année 2009

RÉSEAU de DOCUMENTATION

des ECOLOGISTES

Présentation : C’est un livre angoissant car il montre de façon argumentée la violence potentielle contenue dans l’être humain, acculé à des solutions extrêmes quand il se retrouve en situation de péril extrême. L’ère des Lumières pourrait s’achever (temporairement ?) avec les guerres du climat au XXIe siècle.

1/7) Introduction

L’implacable brutalité avec laquelle les premiers pays industrialisés s’efforcèrent d’assouvir leur fringale de matières premières, de territoires et de puissance, rien n’en montre plus les traces aujourd’hui dans les pays occidentaux. Le souvenir de l’exploitation, de l’esclavage et de la destruction a été gommé par une amnésie démocratique, comme si les Etats de l’Occident avaient toujours été tels qu’ils sont à présent, alors que leur richesse et leur prépondérance se sont bâties sur une histoire meurtrière. On se targue d’avoir inventé, de respecter et de défendre les droits de l’homme, on engage des actions humanitaires, on décide des interventions militaires pour étendre la démocratie. Pourtant le réchauffement climatique, résultat de l’insatiable faim d’énergies fossiles dans les pays les plus anciennement industrialisés, frappe le plus durement les régions les plus pauvres du monde : il y a là une ironie amère qui dément cruellement tout espoir que la vie soit juste. Tout cela traduit cette asymétrie qui détermine l’histoire du monde depuis 250 ans.

Il se pourrait qu’un jour le modèle tout entier de la société occidentale, avec toutes ses conquêtes en matière de démocratie, de libertés, de tolérance, de créations artistiques, apparaisse aux yeux d’un historien du XXIIe siècle comme un vestige incongru. Si du moins il y a encore des historiens au XXIIe siècle. Ce modèle de société, si implacablement efficace qu’il ait été pendant 250 ans, parvient maintenant à une limite de son fonctionnement, une limite que personne ou presque n’avait soupçonnée si proche et si nette, au moment même où les pays communistes succombent eux aussi à l’ivresse d’un mode de vie impliquant voitures, écrans plats et voyages au loin. Comme les ressources vitales s’épuisent, il y aura de plus en plus d’hommes qui disposeront de moins en moins de bases pour assurer leur survie. Il est évident que cela entraînera des conflits violents entre ceux qui prétendent boire à la même source en train de se tarir, et il est non moins  évident que, dans un proche avenir, on ne pourra plus faire de distinction pertinente entre les réfugiés fuyant la guerre et ceux qui fuient leur environnement. Le XXIe siècle verra non seulement des migrations massives, mais des solutions violentes aux problèmes de réfugiés. La violence a toujours été une option de l’action humaine. Les hommes changent dans leurs perceptions et leurs valeurs, en même temps que leur environnement et sans s’en rendre  compte : c’est le phénomène des shifting baselines.

Comment finira l’affaire du changement climatique ? Pas bien. Ses conséquences marqueront la fin du rationalisme des Lumières et de sa conception de la liberté. Des processus sociaux comme l’holocauste ne doivent pas être compris comme une « rupture de civilisation » ou une « rechute dans la barbarie », mais comme la conséquence logique de tentatives modernes pour établir l’ordre et résoudre les problèmes majeurs ressentis par des sociétés. Il est des livres qu’on écrit dans l’espoir de se tromper.

2/7) dissonances et action

Point de vue et comportement sont deux choses dont la corrélation n’est que très lâche, à supposer même qu’elle existe. Les points de vue peuvent varier alors que les actes ont généralement lieu sous pression et sont déterminés par ce qu’exigent les situations :  c’est pourquoi il est fréquent que les hommes commettent des actes qui sont en contradiction avec leur point de vue. Mais il est intéressant de constater qu’ils n’éprouvent alors que rarement de notables difficultés à intégrer de telles contradictions. On compare son comportement à celui d’autrui, bien pire, on trouve que la chose est d’une importance dérisoire dans le cadre d’une problématique d’ensemble… Tout cela vise à réduire une dissonance entre comportement effectif et comportement dont on est moralement partisan.

Des meurtriers dans une guerre d’extermination agissent en groupe, loin de leurs réseaux sociaux habituels, et du coup les normes qui se développent parmi eux et qu’ils se confirment mutuellement ne sont contestées par aucune sorte de critique extérieure. C’est pourquoi même des actes qui, de l’extérieur, paraissent complètement irrationnels, contre-productifs et absurdes peuvent apparaître à celui qui les commet comme extrêmement sensés, et même lorsqu’il se nuit à lui-même. Ce n’est nullement la pure objectivité d’un événement qui détermine les réactions des intéressés, mais c’est le cadre référentiel dans lequel est classée la perception de cet événement. L’irrationalité des mobiles n’a pas d’influence sur la rationalité des actes. L’holocauste est la preuve la plus dérangeante de l’exactitude du théorème de William Thomas : « Quand les hommes considèrent une situation comme réelle, alors elle l’est dans ses conséquences. » Même s’agissant de la survie de l’individu, les facteurs culturels, affectifs et symboliques jouent souvent un plus grand rôle que l’instinct de conservation. Il suffit de songer à la culture de l’attentat-suicide pour trouver un parallèle avec le présent.

Dans les sociétés modernes, où les fonctions sont différenciées, les enchaînements longs et les interdépendances complexes, il est par principe difficile à un individu de faire le rapport entre ce qu’il déclenche et ce dont il peut assumer la responsabilité personnelle. La disparition de la responsabilité est donc un problème qui est posé par la modernisation des processus sociaux. De plus comment se poser le problème lorsque ceux qui sont à l’origine d’une série d’actes ne peuvent en être rendus responsables parce qu’ils ne sont plus en vie. Dans le cas de l’évolution du climat, les causes des problèmes qui se profilent à l’horizon se situent à un demi-siècle en arrière pour le moins.

3/7) shifting baselines

Les politiciens, a dit un jour Henry Kissinger, qui était bien placé pour le savoir, « n’apprennent rien de plus, dans l’exercice de leurs fonctions, par rapport à leurs convictions antérieures. Elles sont leur capital intellectuel, acquis avant leur prise de  fonctions et dépensé pendant qu’ils les exercent. » Mais les hommes politiques ne sont pas les seuls ; les managers, les scientifiques ou les enseignants s’en tiennent eux aussi aux recettes qu’ils appliquent depuis longtemps et souvent avec succès, même quand les conditions d’application de ces modèles de comportement ont complètement changé. Les changements rapides dans la perception de l’environnement expliquent pourquoi la plupart des gens assistent au déclin de la biodiversité sans s’émouvoir outre mesure ; dans leur perception quotidienne, peu de choses changent en effet. Dans une étude sur les lieux de pêche, alors que les vieux se souvenaient qu’autrefois l’on n’avait pas besoin de s’éloigner de la côte pour faire bonne pêche, les jeunes n’avaient même plus l’idée qu’on ait jamais pu pêcher là, et aucun d’entre eux ne pensait que ces zones côtières avaient été victimes de la surpêche. Autrement dit, dans leur cadre référentiel, il n’y avait tout simplement pas de poisson près des côtes.

Un tel immobilisme intellectuel n’est pas le seul aspect dramatique de la politique révélé à propos des escalades de violences faisant suite à des changements de système. En tant que membre d’une société dont les normes changent, on ne remarque pas que ses propres normes sont soumises à ce changement, parce qu’on se maintient constamment en accord avec ceux qui vous entourent. On peut parler à ce propos de shifting baselines ou de lignes de références fluctuantes.

Les êtres humains sont capables de s’ajuster à une vitesse surprenante dans leurs orientations morales, leurs valeurs, leurs identifications. C’est en particulier le cas quand des menaces, ressenties ou réelles, rétrécissent le spectre d’action qui est perçu et paraissent exiger des décisions rapides. Le degré de concrétisation ou d’abstraction d’une menace joue là un grand rôle. Les changements ne sont pas perçus dans l’absolu, mais toujours de façon relative à leur point d’observation. C’est pourquoi les générations présentes  conçoivent tout au plus vaguement et abstraitement que non seulement le monde cultivé et bâti des générations précédentes était différent, mais que l’était aussi l’environnement qu’ils croient naturel. L’idéologie, par rapport à des transformations de l’espace social, ne joue guère de rôle. Les gens changent leurs valeurs parce que leur monde change, et non l’inverse.

4/7) « Nous », qui est-ce ?

L’usage du « nous »suppose une perception collective de la réalité qui n’existe pas car les conséquences du réchauffement climatique frappent les hommes de façon variable. Pendant que « nous tous », décidons de vivre à partir de demain en ménageant le climat, nos efforts sont sabotés par un autre « nous », disons la Chine et chacune des centrales thermiques mise en service chaque semaine. D’un côté se trouvent des gens appartenant à la classe mondiale, qui ont des connaissances d’anglais, ont accès au fax et à la télévision par satellite, sont munis de dollars ou de cartes de crédit et peuvent partir en voyage où ils veulent ; de l’autre côté l’on trouve ceux qui sont exclus des processus mondiaux ; dont la capacité de déplacement est limitée par des barrages routiers, des visas, et qui sont menacés d’être affamés délibérément, victimes de mines, et autres.

Une étude de l’UNEP (United Nations Environment Programme) de juin 2007 résume ainsi la situation au Darfour : les problèmes liés à l’environnement, combinés avec un accroissement exorbitant de la population, créent les conditions-cadre de conflits violents qui éclatent le long de frontières ethniques. C’est-à-dire que des conflits qui ont des causes écologiques sont perçus comme ethniques. Le déclin social est déclenché par un effondrement écologique, mais la plupart des acteurs ne le voient pas. Ce qu’ils voient, ce sont des attaques, des pillages, bref l’hostilité d’un groupe « eux » contre leur groupe « nous ». L’UNEP constate d’ailleurs froidement qu’on ne parviendra pas à une paix durable au Soudan tant que les conditions d’environnement et de survie resteront telles qu’elles sont, caractérisées par les sécheresses, les désertifications, la déforestation. On peut décrire cela comme la dynamique autodestructrice qui fait naître et occupe des espaces ouverts à la violence, lesquels aggravent la désétatisation et la fragilité des Etats, ce qui à son tour provoque l’intervention d’acteurs internationaux, lesquels accroissent la violence autour des ressources, etc. Il s’agit dans tout cela de tentatives humaines d’adaptation à des situations environnementales, et la manifestation de telles adaptations, c’est l’apparition de marchés de la violence, de spécialistes de la violence, de réfugiés, de camps, de morts.

Une fois un conflit défini comme opposant des groupes « nous » et « eux » comme des catégories différentes, les solutions de conciliation deviennent impensables, et cela a pour effet que ces conflits sont partis pour durer, en tout cas jusqu’à ce qu’un côté ait vaincu l’autre. Le fait de faire de groupes humains des catégories distinctes aboutit régulièrement au meurtre. On constate, de la part des Etats-Unis en position d’attaqués, que les mesures de sécurité prennent de plus en plus le pas sur les libertés : torture de prisonniers, création de camps censés jouir de l’exterritorialité, stratégie d’arrestations illégales ; le déséquilibre entre liberté et sécurité s’accroît progressivement. Or de tels glissements ne sont pas l’apanage de l’Amérique. Une radicalisation des conséquences du changement climatique pourrait entraîner un changement radical des valeurs. Quelle sera la réaction d’un Etat le jour où augmentera le nombre de réfugiés chassés par leur environnement et où ils causeront aux frontières des problèmes massifs de sécurité ?

5/7) La guerre aux frontières

Il n’est pas question de déplacer la moitié de la population de l’Afrique, et encore moins, en matière de changement climatique les gens du Bangladesh qui auront perdu leur biotope. Les catastrophes sociales sapent les certitudes sociales. Tous les pays occidentaux, à l’exception de la Suisse, de la Belgique, de la Grande-Bretagne et de l’Espagne, doivent leur forme actuelle d’Etats-nations à une politique d’homogénéisation ethnique dont l’envers est la purification ethnique ; c’est le côté caché de la démocratisation. L’Union européenne réagit déjà à l’afflux croissant de migrants.

Les conflits d’espace vital et de ressources auront, dans les décennies à venir, des effets radicaux sur la forme que prendront les sociétés occidentales. En 2005 a été créée une « Agence européenne pour la gestion de la coopération opérationnelle aux frontières extérieures des Etats membres de l’Union européenne ». L’agence s’appelle désormais Frontex. Entrée en vigueur en mars 2006, l’accord de Schengen a repoussé les frontières des Etats membres aux bords de l’Europe. Frontex n’est qu’un petit signe avant-coureur. Un règlement du 26 avril 2007 a prévu la mise sur pied d’équipes d’intervention rapide aux frontières, Rapid Border Intervention Teams, RABITs. En réaction aux attentats terroristes du 11 septembre 2001, les Etats-Unis se sont  dotés d’un ministère de la sécurité du territoire qui est depuis lors responsable de la protection des frontières. Depuis lors, même les contrôles des entrées légales n’ont cessé de se durcir. Fin septembre 2006, le sénat finit par approuver l’installation d’une clôture de 1123 km le long de la frontière du Mexique. En 2006, plus d’un million de personnes se sont déjà fait arrêter sur la frontière des Etats-Unis avec le Mexique. Comme les Européens, les Américains s’efforcent également d’arrêter les immigrants avant même qu’ils n’arrivent aux frontières de leur territoire. Vu le chiffre probable des réfugiés, on peut parler d’un nouveau type de conflit,  caractérisé par la délégation de la violence et aboutissant à une déculpabilisation technique. La puissance politique et économique de l’UE est employée pour faire de pays comme le Maroc ou la Libye des partenaires coopérant à la délocalisation de la violence.

Car il y a un lien direct entre l’évolution du climat et la guerre. En termes de psychosociologie, la question se pose aussi de savoir dans quelle mesure l’augmentation de la pression migratoire provoque chez la population européenne des sentiments de menace et des besoins de sécurité, qui entraîneraient des exigences d’une politique de sécurité plus rigoureuse. Les restrictions apportées à l’Etat de droit affaibliront les moyens qu’aura la civilisation pour s’opposer à l’arbitraire et à la violence, et les tentatives pour résoudre les problèmes des sociétés ne pourront que se radicaliser.

6/7) vers des conflits généralisés

Les tribunaux internationaux qui pourraient instruire des cas d’infractions aux principes de respect de l’environnement n’existent pas. Il faudrait pourtant se demander si la justice consiste à offrir à chacun la même possibilité de saper par son mode de vie les bases de la survie à long terme de l’humanité. La poursuite de la croissance économique, donc la poursuite de l’exploitation des énergies fossiles importées et autres matières premières, aboutira à ce qu’on limite systématiquement l’aide aux sociétés confrontées à des difficultés toujours plus grandes.

Lorsqu’on constate la vitesse avec laquelle se sont déroulés les processus d’ethnisation en Yougoslavie, entraînant toute une société dans une guerre d’une brutalité extrême, avec purification ethnique et massacre de masse, ou lorsqu’on note dans quel délai incroyablement bref la société allemande s’est nazifiée, après janvier 1933, on se rend compte combien est manifestement faible l’hypothèse d’une inertie des sociétés modernes. Les menaces extérieures sont une cause de cohérence interne. Percevoir l’acte de tuer comme un acte de défense est, pour tous les coupables de génocides, un élément important de la légitimation qu’ils se confèrent et des pleins pouvoirs qu’ils s’attribuent. Répandre des fantasmes de menace comme au Rwanda a pour corollaire de créer une disposition à se défendre chez ceux qui se croient menacés, de sorte que toute forme d’extermination systématique peut dès lors être perçue comme une mesure de défense nécessaire.

Un regard sur le Soudan est un regard d’avenir. Dans ce pays, on dénombre 5 millions de réfugiés, appelés Internal displaced Persons (IDPs). Le Darfour compte deux autres millions de IDPs. Avec le réchauffement, les migrations transnationales se multiplieront, tout comme le nombre de réfugiés intérieurs, entraînant des violences au plan local comme régional. Les estimations varient entre 50 et 200 millions de réfugiés dits « climatiques » en 2050, alors qu’ils sont déjà environ 25 millions actuellement.

7/7) conclusion

Un individu  qui ne voit pas le moindre problème à gagner 70 fois plus que tous les autres, tout en consommant leurs matières premières et rejetant 9 fois plus de substances nocives dans l’environnement devient une personnalité pathologique. Cette personnalité psychopathologique se désintéresse de surcroît aux conditions de vie de ses enfants et petits-enfants. Un être pareil serait considéré, selon tous les critères normatifs, comme un dangereux parasite qu’il faudrait empêcher de nuire. Là où la tolérance est pratiquée sans tenir compte des déséquilibres des pouvoirs existants, elle profite par principe à ceux qui en détiennent le plus. Dans une société basée sur l’inégalité, Marcuse explique que la tolérance devient répressive, elle ne fait que figer la position des plus faibles.

Et naturellement ce sont, dans une perspective internationale, les intérêts complètement disparates qui empêcheront qu’on mette par une résolution commune un frein au réchauffement. Les processus de rattrapage du retard industriel dans les pays émergents, l’insatiable appétit énergétique des pays tôt industrialisés et la diffusion mondiale d’un modèle de société fondé sur la croissance et l’épuisement des ressources font apparaître comme irréaliste qu’on limite à deux degrés seulement le réchauffement d’ici le milieu du siècle. Et c’est là un résumé qui s’appuie seulement sur l’aspect linéaire des choses, sans tenir compte des processus non linéaires susceptibles d’aggraver radicalement le problème climatique – si, par exemple, le dégel du permafrost dégage du méthane en quantités énormes. Il peut y avoir des effets de dominos encore insoupçonnables.

De même la logique des processus sociaux n’est pas linéaire. Comme les conséquences climatiques les plus dures frappent les sociétés disposant des possibilités les plus réduites d’y faire front, les migrations mondiales augmenteront dramatiquement au cours du XXIe siècle et pousseront à des solutions radicales les sociétés où la poussée migratoire est perçue comme une menace. Le corollaire de la sécurisation des frontières extérieures de l’Europe et de l’Amérique du Nord est la sévérité constamment accrue des mesures de sécurité intérieure. Tout cela se trouve dans un rapport d’interaction vitale avec la montée du terrorisme au sein du monde moderne globalisé. La pression pour résoudre les problèmes va s’accentuer et l’espace mental se rétrécir ; la probabilité augmente de stratégies irrationnelles et contre-productives. A la lumière de l’histoire, il est hautement probable que des êtres humains qui sembleront menacer les  besoins de prospérité des gens bien établis recevront le statut de superflus et mourront en grand nombre ; que ce soit par manque d’eau et de nourriture, que ce soit par une guerre aux frontières, par des guerres civiles ou par des confits entre Etats. Quand des hommes interprètent des problèmes comme menaçants leur propre existence, ils tendent à prendre des solutions radicales, telles qu’ils n’y avaient jamais pensé avant.

Les cultures occidentales n’ont pas appris cette leçon du XXe siècle, mais tiennent très fort à l’Humanisme, à la Raison et au Droit, bien que ces trois régulations de l’action humaine aient historiquement succombé à chaque attaque, dès qu’elle fut un peu  rude. De fait la culture n’a de sens qu’en elle-même, en tant que technique pour accroître les chances de survie des groupes sociaux. La variante occidentale ne dure que depuis 250 ans seulement, et au cours de cette minuscule période il s’est trouvé plus de ressources détruites que pendant les 39 750 années précédentes. Or ces ressources ne sont pas perdues que pour le présent, mais aussi pour l’avenir. L’histoire de l’Occident libre, démocratique et éclairé écrit aussi sa  contre-histoire, faite de non-liberté, d’oppression et du contraire des Lumières. De cette dialectique, l’avenir des conséquences du climat montre que le rationalisme des Lumières ne pourra s’exempter. Il y connaîtra son échec.

(Gallimard, 2009)