année 2013

RÉSEAU de DOCUMENTATION

des ECOLOGISTES

éditions les précurseurs de la décroissance,110 pages, 8 euros

Sans avoir conçu le péril écologiste, juste conscient du péril que font courir de tout temps les hommes sur les hommes, Lanza del Vasto a préfiguré la simplicité volontaire des objecteurs de croissance et mis en pratique ce qu'on appelle aujourd'hui les communautés de transition (pour une autonomie alimentaire et énergétique). Voici quelques extraits de la pensée de Lanza pour vous inciter à en lire plus :

1/5) le passé sera notre avenir

On entend dans la bouche de M. Tout-le-monde : « On ne peut pas revenir en arrière. » Or, si l'on a la moindre connaissance de l'Histoire, on s'apercevra qu'on et toujours retourné en arrière. Qu'on ne peut pas ne pas retourner en arrière, vu que l'Histoire n'est pas du tout une route droite et ascendante : c'est une série de cycles. Et le propre du cycle, c'est de revenir au point de départ. Chaque fois qu'une civilisation a construit de grands monuments et de grandes machines, elle a croulé. Mais il y a deux façons de retourner en arrière. Quand tout a croulé, on ne se retrouve pas sur la terre nue. Il s'agit alors de se débrouiller comme l'homme des cavernes. Le peuple autrefois civilisé se remet à souffler sur le feu pour cuire des herbes. Deuxième manière, on peut aussi retourner en arrière par sagesse, sans la catastrophe : un grand effort général de simplification, d'obéissance à la nature, cette nature que nous avons constamment violée en nous et autour de nous.

D'où vient cette admiration des gens à propos des expéditions sur la lune ? Pourquoi intéressent-elles tant ? Parce que c'est la plus efficace façon de se jeter le plus loin possible de soi-même. Voilà la réponse.

2/5) limitation des besoins

Efforce-toi de désirer ce que chacun, comme toi, peut avoir.

Ne proteste pas contre ce que tu désapprouves. Passe-t-en.

Passe-toi de toutes les organisations industrielles, commerciales, officielles.

Si tu désapprouves la laideur du siècle, jette loin de toi ce qui vient d'une usine.

Si tu désapprouves la boucherie, cesse de manger de la viande.

Si tu désapprouves la guerre, ne serre jamais les poings.

Si tu désapprouves la banalité, ne lis par le journal.

Si tu désapprouves la misère, dépouille-toi librement.

Si tu désapprouves le mensonge, quitte la ville.

Que font-elles de nécessaire les villes ?

Font-elles le blé du pain qu'elles mangent ?

Font-elles la laine du drap qu'elles portent ?

Font-elles du lait ? Font-elles un oeuf ? Font-elles le fruit ?

Elles font la boîte. Elles font l'étiquette.

Elles font les prix et la politique.

Elles font la réclame et du bruit.

Elles nous ont ôté l'or de l'évidence, et l'ont perdu.

3/5) Contre la machine

Il est assez clair (mais non pas à tous) que les bienfaits promis par la Machine sont des pièges.

« Je vais te faire gagner du temps », dit la machine ; et dès que l'homme se rend à sa séduisante invite, tout le temps de sa vie est dévoré par la hâte.

« Je vais t'épargner de la peine », promet-elle ; et c'est assez pour qu'elle s'engage dans l'inextricable traquenard des colossales industries.

«  Je vais te donner le bien-être » et aussitôt voilà l'air empesté, la vue bouchée, la pétarade et la bousculade, l'encombrement et le souci, les tonnes de camelote et les vivres en boîte, le gratte-ciel et la cuisine-usine et l'universelle déflagration pour mettre un point final au débordement...

4/5) Les armes de la non-violence

Souvent on nous dit : « Regardez ce monde. Ce n'est pas vous et votre non-violence qui allez venir à bout de tout cela, de toutes ces armées, de ces usines ou de ces trafics ! » Nous répondons avec sérénité : « Même si nous avions le pouvoir de détruire tout cela, nous ne le ferions pas. Mais tout cela sera détruit quand même. Ils vont se détruire les uns les autres. Ils vont se détruire eux-mêmes. Ça paraît inébranlable, irrésistible ; ça va de plus en plus vite ; ça va de plus en plus loin..., mais c'est extrêmement vulnérable. Cela peut s'écrouler en l'espace d'un éclair. » Tu récoltes ce que tu as semé. Si tu jettes une pierre en l'air, elle te retombe sur la tête. Je continue à penser qu'il y aura des destructions énormes. Et qu'on s'y prépare avec un zèle remarquable et qu'on les mérite. Tous les moyens de tout détruire sont là, et l'esprit qui détruit tout est là aussi. On continue à s'armer comme si on ne savait pas qu'on est en train de s'armer contre soi-même et contre les générations futures. On continue à multiplier les poisons, les fumées, le bruit et le désordre. Et puis, en secret, on s'inquiète ; c'est déjà quelque chose. Quant à passer aux actes, non.

A ceux qui s'inquiètent, je leur dis : « Criez, et tâchez d'inquiéter les autres. Rien ne t'oblige à jeter les pierres en l'air, laisse-les par terre. »

5/5) Prémices des communautés de transition

Les besoins de la mécanisation, de l'asservissement à la commodité, du lucre et de la violence qui sont les nôtres, Gandhi les a tranchés d'un coup. J'avais entrepris le pèlerinage aux Sources (l'ashram de Gandhi) pour me pénétrer des traditions du pays où je voulais m'établir. Mais en vertu du principe de Swadeshi, la place d'un disciple occidental de Gandhi était en Occident et sa tâche de semer le grain dans la terre la plus ingrate : chez lui. Il me fallait fonder une confraternité d'hommes, la faire prospérer dans la pauvreté et dans les rudes travaux, croître dans l'indépendance, afin qu'elle transforme du dedans la vie des peuples, rendant inutiles les révolutions sanglantes et l'enchaînement des guerres. J'écrivis avec beaucoup d’émotions mon projet à Gandhi. Je reçus par retour du courrier la réponse suivante : «  Tu feras ce que la voix intérieure te dicte. » Quelques indications sur notre charte :

- Nous nous efforçons de tirer directement de la terre notre subsistance par le travail des mains, en évitant autant que possible l'emploi des machines et l'usage de l'argent.

- Nous réduisons nos désirs à nos besoins et nos besoins à l'extrême, afin de nous affranchir de l'excessive besogne.

- Nous vendons le surplus de ce que nous produisons pour nous-mêmes, mais jamais n'achetons pour vendre et profiter du seul échange.

- Nous nous soucions moins de la quantité du produit que de sa qualité, moins du produit que du travailleur.

- Nous participons tous, les chefs les premiers, aux besognes et corvées les plus basses, afin qu'elles n'abaissent et n'écrasent personne.

- Nul chez nous ne sera enfermé dans un seul métier. Nul artisan ne sera attaché à une besogne fragmentaire et ne fera qu'un bout d'objet, de peur qu'il ne devienne un bout d'homme.

- La communauté de l'Arche n'est pas un ordre religieux, c'est un ordre laborieux. C'est un peuple qui se considère – si petit qu'il soit en nombre et en forces – comme libre et souverain, à l'égal des nomades du désert.