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des ECOLOGISTES

Corinne Lepage, ancienne ministre de l'Environnement, députée européenne et avocate spécialisée dans les domaines de l'énergie et de l’environnement, vient de publier « La vérité sur le nucléaire », chez Albin Michel. Selon elle, le débat sur la sortie du nucléaire doit surtout être abordé sous un angle industriel, économique et social. Explications.

Vous dites que Fukushima et ses conséquences -l'abandon du nucléaire par l'Allemagne, la Suisse et désormais l'Italie-, représentent un « séisme » potentiel pour la France, que le nucléaire pourrait devenir un « handicap redoutable», un « naufrage économique et industriel»... Vous y allez très fort.

Corinne Lepage : Pas tant que cela. Cela donne un gros coup de bambou à une industrie qui était déjà en difficulté. Regardez la situation financière d'Areva. Elle est catastrophique. Son coeur de métier, le retraitement des déchets nucléaires, se porte très mal : il n'y a plus aucun contrat ! Cette activité perdure uniquement parce que l'Etat impose à EDF de faire retraiter ses déchets à La Hague. La construction de réacteurs ne se porte pas mieux. En Finlande, le chantier de l'EPR a pris quatre ans de retard et devrait coûter 6 milliards d'euros au lieu des 3 milliards prévus. La vérité, c'est qu'Areva ne vend pas de centrales. Et les deux qui ont été vendues en Chine le sont dans le cadre d'une société commune dans laquelle Areva est minoritaire, avec les risques  que l’on connaît en matière de transfert de technologie. Reste la fabrication du combustible. Areva s'attend à une baisse considérable des ventes de Mox, ce combustible qui a causé des problèmes à Fukushima. Quant aux mines d'uranium, elles sont soumises aux aléas géopolitiques et environnementaux. En témoigne la catastrophe de décembre 2010 au Niger, avec des centaines de milliers de litres de boues radioactives déversées dans l'environnement. Et comme c'est l'activité la plus rentable et qu'Areva est terriblement endettée et doit être introduite en bourse avant fin juin, l'Etat veut qu'Areva la vende, comme elle a déjà vendu son activité recherche et développement. Je me demande donc ce qu'il restera. Que va-t-on faire avec Areva qui fait vivre une région entière, le Cotentin? C'est un vrai problème industriel et social.
EDF se porte-t-il mieux ?

Il suffit de regarder son cours de bourse. Il plonge. Depuis novembre 2007, la valeur de l'action a été divisée par plus de trois. Et c'est antérieur à Fukushima. Bien sûr, l'activité d'EDF n'est pas menacée demain. Il y a 58 réacteurs en France. EDF continuera à travailler, même si quelques uns doivent être fermés comme Fessenheim -et ça urge!-. En revanche, sa situation financière est  difficile. Les ventes d'EPR à l'étranger sont au point mort. Le seul pays avec lequel le groupe réalise encore des affaires est la Grande-Bretagne. EDF comptait beaucoup sur l'Italie, c'est fini. Et le PDG Henri Proglio a lui-même indiqué que le nucléaire n'était pas rentable aux Etats-Unis.
On entend pourtant que Fukushima serait un atout pour la France, dont les centrales sont les plus sûres...



Cela fait partie de l'agit' prop mais pas de la réalité économique. Je n'ai pas vu le carnet de commandes de l'EPR s'étoffer depuis trois mois. Et son caractère plus sûr est d’ailleurs contesté. Les autorités de sûreté finlandaises, britanniques et françaises ont émis de sérieuses réserves sur son système de pilotage. Je cite aussi dans mon livre une note interne d'EDF, qui pointe la vulnérabilité de sa conception. A tel point qu'après Fukushima, le président de l'autorité de sûreté nucléaire (ASN), André-Claude Lacoste a émis l'idée d'un moratoire sur la construction de l'EPR de Flamanville. Mais il s'est fait immédiatement recadrer, ce qui fait douter de la réelle indépendance de l'ASN.

Vous dites que la sécurité absolue du nucléaire est un « mythe ».

Le risque zéro n'existe pas. Dans le nucléaire non plus. J'ai été très frappée de ce qu'a dit Mr Repussard, le directeur général de l'IRSN (Institut de recherche et de sécurité nucléaire) en avril : il a évalué le risque de catastrophe nucléaire à une tous les 22 ans dans le monde. Cela fait quand même beaucoup. Or cela veut dire des morts, une pollution radioactive et des zones entières complètement coupées du monde pour des années. Ajoutez à cela que nous avons des centrales très vieillissantes, qu'il n'y a pas eu d'investissements depuis des années et qu'EDF recourt de plus en plus à la sous-traitance... Par rapport à leurs collègues d'EDF, ces hommes (les sous-traitants) ont le droit de recevoir le double de dose de radioactivité et n'ont absolument pas la même formation en matière de sécurité. J'ai eu plusieurs fois en direct des contacts avec les syndicats d'EDF qui m'appelaient au secours, paniqués par ce qu'ils voyaient. L'entretien laisse de plus en plus à désirer. Le plus grave à mes yeux, c'est que notre programme nucléaire, qui est pourtant l'un des plus structurants pour la société française, a été fondé sur l'idée qu'il n'y aurait jamais d'accident chez nous. Que c'était impensable. Parce que sinon, on ne l'aurait pas fait. Car un pays qui a une forte activité économique, agricole et touristique, ne peut pas se payer le luxe de prendre un risque pareil.

Autre chose : le nucléaire n'est rentable que parce qu'il n'y a quasiment pas d'assurance. Le plafond pour EDF aujourd'hui, c'est 91 millions d'euros par accident. Le plafond global, c'est 1,5 milliard de DTS. Ce n'est rien du tout ! La Suisse a évalué à 4000 milliards d'euros le coût d'une catastrophe !

Pourquoi la France ne favorise-t-elle pas plus les énergies renouvelables, alors ?

Le lobby nucléaire les sabote, j'en suis persuadée. A chaque fois qu'une filière devenait mature, on l'a flinguée. Cela a commencé avec l'éolien terrestre, puis le solaire. Maintenant on nous dit que la panacée universelle c'est l'éolien offshore. Je suis prête à prendre tous les paris qu'il sera lui aussi démoli. Le choix du «plus de nucléaire possible» au motif que ce n'est « pas cher », rend impossible le développement d'une industrie de l'efficacité énergétique et d'une industrie des énergies renouvelables. Avec plusieurs arguments : on n'en a pas besoin, cela défigure le paysage, on achète des panneaux solaires etc... Résultat, nous sommes toujours à 15% d'énergies renouvelables dans notre mix électrique, la majeure partie étant de l'hydroélectricité.

On a tout fait pour casser la filière solaire photovoltaïque. Il y avait pourtant un vrai engouement, des tas de petites PME s'étaient créés à cet effet. Dans les dix premiers groupes photovoltaïques, il n'y a que deux non asiatiques, une américaine et une allemande. On passe complètement à côté du grand marché capable de nous réindustrialiser pour les vingt ans qui viennent. Bien sûr on part avec du retard. Mais nous avons d'excellents ingénieurs.

Sortir du nucléaire coûterait les yeux de la tête, nous dit-on...

Il y a du vrai et du faux là-dedans. Ce qui est vrai, c'est que le kW/h, qui sort aujourd'hui d'une centrale totalement amortie, coûte entre 25 et 30 centimes d'euros. C'est très peu cher. Mais si c'est amorti, c'est parce que les français ont payé en amont (près de 150 milliards d'euros depuis 40 ans, sachant que nous continuons à payer pour la recherche-développement). Et si le prix est si modeste, c'est parce qu'on n'a pas compté la réalité du coût du nucléaire, c'est-à-dire les déchets et le démantèlement entre autres.

Pour les déchets à vie longue, l'enfouissement en couches profondes, à Bure, a été évalué à 15 milliards d'euros. Désormais, EDF chiffre cela plutôt à 35 milliards. Ce sera sans doute plus, 45 ou 50. Donc EDF parle plutôt d''enfouissement dans une mine de sel. A ceci près qu'on a l'exemple de l'Allemagne où cela s'est révélé être une catastrophe écologique.

Question démantèlement, si on fait une règle de trois à partir des estimations britanniques et suédoises, il coûterait entre 150 et 200 milliards d'euros pour nos 58 réacteurs. A un moment où on parle tant, et à juste titre, de dette publique, en voilà une dont personne ne parle ! C'est évidemment le contribuable qui paiera. Et ce n'est pas tout. Il va falloir investir énormément pour la sécurité des centrales. Et le coût du kw/h sorti d'un EPR, sans intégrer les déchets et le démantèlement, se situe entre 55 et 60 centimes, le double du prix des centrales amorties. On se rapproche de l'éolien qui tourne à 70 centimes. Deux industries se font face : le solaire et l'éolien dont le prix ne cesse de baisser et le nucléaire, dont le prix ne cesse de monter. L'ancien PDG d'EDF, Pierre Gadonneix, avait indiqué il y a déjà plusieurs années qu'il voulait augmenter de 30% le prix de l'électricité. Pas pour sortir du nucléaire, juste pour assurer les investissements qu'il avait à faire. Il ne faut pas nous raconter que c'est à cause de ce qu'il se passe maintenant que le prix de l'électricité va monter. La hausse de 30% est déjà programmée. Ce n'est pas plus que la hausse prévue en Allemagne suite à la sortie du nucléaire. Or elle, crée 370. 000 emplois, alors que chez nous, du fait des décisions du gouvernement en matière solaire, la filière va perdre 25.000 emplois. Qui en parle ?

Une sortie du nucléaire à terme ne pénaliserait donc pas notre économie ?

Au contraire : la sortie du nucléaire, c'est un outil de redynamisation et de réindustrialisation de l'économie nationale. Et un outil de décentralisation. Il y a des régions complètement abandonnées mais où il existe par exemple beaucoup de bois, donc beaucoup de biomasse potentielle, avec toute une possibilité d'activité derrière. Par ailleurs, nous avons un vrai savoir-faire, pourquoi ne pas devenir leader du démantèlement des centrales ?

La première chose à faire, et là-dessus je rejoins Dany Cohn-Bendit, c'est de ne pas construire de nouvelles centrales. Ni Flamanville ni Penly, rien du tout. Ce qui veut dire qu'on a devant nous pour 25 ou 30 ans de nucléaire, à condition qu'on investisse beaucoup pour assurer la sécurité de nos centrales et qu'on ferme celles pour lesquelles on ne peut plus investir. Si on fermait les 19 réacteurs les plus vieux aujourd'hui, il nous manquerait 8% d'électricité, ce n'est pas injouable. Vous auriez un engouement et une vraie dynamique d'investissement pour compenser. La bonne nouvelle, c'est que la France est le premier gisement européen d'énergies renouvelables. Et comme on n'a pas fait grand chose en terme d'efficacité énergétique, nous disposons de marges de progrès à bas coûts considérables. Il faudrait travailler là-dessus, ne serait-ce que pour compenser la hausse inévitable de nos émissions de gaz à effets de serre pendant la période de transition.

Donc la sortie du nucléaire n'est pas qu'une question politique...

Non. C'est d'abord une question économique et industrielle. S'accrocher à tout prix au nucléaire est une erreur stratégique majeure. C'est peut-être ce qui me différencie des Verts. Mon approche n'est pas seulement de dire que le nucléaire est insupportable en soi par les risques qu'il fait courir. Pour notre économie, c'est une catastrophe programmée. Si la sortie du nucléaire n'était qu'une décision politique, dogmatique, expliquez-moi pourquoi des entreprises aussi importantes que l'Américain General Electric ou l'Allemand Siemens abandonnent cette filière, l'un pour investir massivement dans le solaire, l'autre dans l'éolien ? C'est bien au motif que le nucléaire n'est pas rentable.

 

 

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