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RÉSEAU de DOCUMENTATION

des ECOLOGISTES

Pierre-Emmanuel Neurohr a fait des actions de blocage d'avions sur l'aéroport Charles-de-Gaulle. Il s’est retrouvé en prison à la Santé. L'interview ci-dessous est passée dans le magazine Causette du mois de janvier 2013

1. Comment ça s'est passé, physiquement et psychologiquement ?

Physiquement, je suis cassé. J'ai passé un mois et trois semaines à quatre dans 12 m2. Le climat dans une prison est très violent. J'ai pleuré, j'ai subi des humiliations, j'ai évité plusieurs fois des coups des autres détenus. Mais tout est relatif : je lisais un livre d'Histoire où il était question de gens enfermés dans cette même prison de la Santé, mais lorsque la porte s'ouvrait pour eux, c'était la Gestapo. Psychologiquement, surtout après un changement en cellule individuelle pour la dernière partie de mon "séjour", ça allait, je savais que ce combat était nécessaire, ça m'a aidé.

2. Tu as fait une grève de la faim ?

Au bout de 10 jours à l'eau, sans rien d'autre, j'ai arrêté. J'avais du sang dans les urines, et le médecin me donnait 24 h pour faire un coma. J'avais demandé ma libération à la ministre de la Justice, tout en sachant que d'un point de vue juridique, ça ne pouvait aboutir. Mais à partir d'un certain degré de stress, pour ne pas dire de peur, j'étais prêt à tout plutôt que de rester inactif, sans me battre pour ma libération.

3. Quelles étaient tes conditions de détention ?

Le bâtiment de la Santé est très "basique", mais cet aspect des choses perd très rapidement toute importance. Le plus dur, c'est la violence de certains détenus. Les surveillants, ils étaient corrects. L'un des problèmes, c'est que j'ai quand même passé un mois et demi sans être autorisé à voir quiconque de ma famille. Alors que durant les promenades dans la cour de la Santé, je croisais des trafiquants de drogue qui avaient obtenu leur parloir au bout de 15 jours... Ça m'a fait adorer ma juge d'instruction. La dernière semaine, j'ai été enfin autorisé à voir ma mère et mon amie.

4. Que lisais-tu ? Qu'écoutais-tu ?

Je lisais "La grande histoire des Français sous l'occupation", d'Henri Amouroux, en tout environ 5000 pages, passionnantes. A mon corps défendant, avant de changer de cellule, j'ai été soumis à littéralement 15 h de TF1 par jour. Ce fut horrible. Je peux en rire maintenant, mais ce fut vraiment horrible. Par ailleurs, je n'avais pas de musique, c'est l'une des choses qui m'ont manqué le plus, Mozart, Radiohead, Brel...

5. Que faisais-tu pour t'évader ?

Je lisais, et je réfléchissais à la situation qui m'avait obligée à risquer la prison. J'évitais de penser aux choses agréables - le tango avec mon amie, un footing dans ma forêt d'Alsace... -, ç'aurait été du masochisme, dans la dernière cellule que j'ai eue, j'étais tout-de-même seul dans 6 m2.

6. Raconte ce que tu penses de tout ça.

Je pense que, comme les autres écologistes, j'ai fait du théâtre, pendant 25 ans : actions symboliques, communiqués de presse, etc. Là, pour la première fois peut-être de ma vie, je me suis "battu" - de manière non-violente.

7. Penses-tu être allé trop loin ?

Non, j'ai agi de manière non-violente, avec pour toute "arme" des études scientifiques.

8. Pas assez loin ?

Non, non ! Après deux mois en prison, je pense que j'ai donné pas mal de ma personne.

9. Qu'espères-tu à court terme ? A moyen terme ?

A court terme, j'ai atteint ce que je voulais. A savoir qu'en 2012, des médias français d'importance nationale impriment dans la même phrase les mots "destruction du climat" et "génocide". A moyen terme, il faut arriver à une situation où 51 % des Français décident de prendre au sérieux ce que disent les climatologues. Ce qui signifie, entre autres, d'interdire l'avion, machine qui vous fait dépasser votre quota annuel de CO2... en quelques heures (1).

10. As-tu essayé de sensibiliser tes co-détenus à la cause ?

Non, mon instinct de survie n'était pas vraiment d'accord.

11. Comment as-tu vécu le relatif silence autour de ton action et de ta situation ?

Bien, d'abord parce qu'il a été "relatif", justement, puisqu'un nombre appréciable de médias nationaux en ont parlé, et l'argumentaire a bien circulé sur les réseaux militants. Ensuite, parce que je savais que ce serait une campagne très difficile. Même s'il est évident, du point de vue des chiffres, que prendre l'avion est la pire chose que puisse faire quelqu'un en 2012 par rapport au climat, il ne faut pas oublier que parmi les principaux utilisateurs de cette machine de mort se trouvent les journalistes, les écologistes et les politiques !

12. Que réponds-tu à ceux qui te prennent pour un hurluberlu ?

De venir déjeuner avec moi, dans un bon resto - la bouffe de la Santé laissait à désirer ! -, et qu'on en débatte. Je pense que mes arguments sont solides. Malheureusement.

(1) Voir www.parti-de-la-resistance.fr

Nota bene : comme toujours, pensez à faire suivre ces informations à vos contacts, et à leur dire qu'ils peuvent s'abonner à La Lettre de la Résistance via le site : www.parti-de-la-resistance.fr
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