DECLARATION de CANDIDATURE de Michele RIVASI

Nous avons reçu cette déclaration de la députée européenne EELV Michèle RIVASI pour la primaire des écolos fin octobre :

Mes cherEs amiEs,
Sidérés par la terreur, nous avançons aujourd’hui dans la nuit en somnambules, errant vers de nouvelles catastrophes sans en prendre conscience et sans prise sur le réel. Or dans ce vieux monde finissant dans le chaos, où les citoyens souffrent d’une perte de repères aveuglés qu’ils sont par l’horreur des attentats et la surenchère sécuritaire mettant en péril nos libertés fondamentales, dénoncer ne suffit plus. Il faut énoncer une perspective, retrouver un horizon. Résister à la terreur et à la stratégie de la peur qui l’accompagne est faire preuve d’une résilience capitale pour entamer la grande transition qui se profile : le passage d’un monde qui ne sera plus fondé sur la croissance et le « toujours plus » mais le mieux vivre ensemble, unis avec nos différences.
Pour entamer cette métamorphose, plus que jamais l’impératif écologique s’impose. Plus que jamais la phrase de René Dumont « l’écologie ou la mort » sonne juste. Un récent rapport de l’OMS a montré que 23% des décès dans le monde sont dû à l’environnement, à la raréfaction des ressources naturelles et de l’eau alors que son dernier rapport sur la pollution atmosphérique dans le monde en milieu urbain montre qu’elle est le principal risque environnemental pour la santé, causant plus de 3,5 millions de décès prématurés chaque année dans le monde. De même, le changement climatique pourrait provoquer plus de 500.000 morts supplémentaires en 2050 dans le monde indique une étude parue récemment dans The Lancet.
Crise climatique,  sixième extinction de la biodiversité, catastrophes industrielles et sanitaires, artificialisation et accaparement galopant des terres cultivables… l’état d’urgence écologique est bien là.
Les inégalités sociales explosent également : selon le dernier rapport d’Oxfam les 62 plus grosses fortunes du monde possèdent autant que 50% de la population mondiale. Ghandi aurait des raisons de s’indigner aujourd’hui encore lui qui affirma qu’ « Il y a suffisamment de ressources pour répondre aux besoins de tous, mais pas assez pour satisfaire le désir de possession de chacun ». La tyrannie du profit et de l’argent creuse le sillon des inégalités et fait le lit de futurs conflits finissant souvent dans le sang.
Et pendant ce temps là, notre mouvement est en miettes après la parenthèse enchantée de 2009 / 2011. Pourtant, l’effervescence écolo-citoyenne est bien là. Le succès du film Demain montre bien l’appétit des citoyens pour inventer un nouveau projet de société face à l’obsolescence constatée du système et de tous les appareils classiques de gauche, comme de droite. Partout, germent des petites graines pour la réappropriation citoyenne de la chose publique et des Biens Communs, une soif de démocratie réelle face à l’asphyxie de nos institutions en proie aux lobbys et aux dérives oligarchiques. Ces lueurs d’espoirs, ces chemins de transition ici et maintenant, montrent que l’écologie est bien debout et vivante.
Il faut que toutes ces petites lumières convergent et répondent à l’obscurantisme et à la barbarie post-moderniste pour faire naître un nouvel humanisme, une Renaissance écologiste, humaniste et solidaire. Il y a urgence à inventer un modèle de société fondé sur le Bien-Vivre ayant renoncé à la croissance et au productivisme / consumérisme comme horizon absolu. Une société des communs s’appuyant sur une économie plurielle. Un projet qui lie l’urgence sociale à l’urgence environnementale tout en répondant à la crise démocratique. Voilà une perspective de réenchantement du monde, antidote à tous les extrêmismes. Les élections de 2017 doivent être l’occasion de remettre au cœur des débats le discours écologiste et de donner un débouché à l’insurrection citoyenne qui a lieu un peu partout dans le monde pour enterrer le vieux monde et ses dirigeants atteints d’obsolescence programmée.
L’écologie politique est un ailleurs qui transcende le clivage gauche / droite devenu infondé par les trahisons de la gauche, les nouvelles techniques de triangulation et de braconnage sur le terrain adverse. Le brouillage des valeurs est tel que la ligne de fracture pertinente qui existe aujourd’hui, et je l’éprouve chaque jour dans ma lutte contre le lobby pharmaceutique, nucléaire ou chimique, est celle qui opposent les défenseurs de l’intérêt général à ceux qui sont soumis au diktats des lobbys et d’intérêts particuliers souvent purement financiers. Ce clivage entre le peuple, les citoyens et l’oligarchie qui sert ses propres intérêts au détriment des masses est pour moi premier. C’est le combat de toute ma vie. Je suis et sera toujours du côté des victimes du système. Faire l’impasse sur 2017 serait une erreur funeste pour l’avenir de l’écologie politique en France.
Je regrette pour ma part le renoncement de Nicolas Hulot à être le porte voix de l’écologie qu’il incarne parfaitement aux yeux des français par son approche pédagogique et sa foi du converti. Nous sommes aujourd’hui un peu orphelins car sa candidature nous aurait permis de retrouver notre place dans le champ politique et médiatique.
Nous ne pouvons soutenir le probable Président-candidat François Hollande dont le bilan en matière d’écologie est nul. Ca n’a été que renoncements sur renoncement : de l’abandon de la taxe poids lourds dite carbone, à la non fermeture de Fessenheim, à l’entêtement sur le plus grand projet inutile (l’aéroport de NDDL), à la prolongation du rejet des boues rouges en Méditerranée en passant par la mort de Rémi Fraisse à Sivens, la prolongation de la durée de vie des centrales vieillissantes, la non programmation budgétaire de la baisse de la part du nucléaire dans le parc électrique qui transforme la loi sur la transition énergétique en chiffon de papier. Sans oublier : la tentative d’abolir le principe pollueur – payeur et d’éviter l’interdiction des néonicotinoïdes (les pesticides tueurs d’abeilles). Sans parler également des dérives funestes de sa fin de mandat : la tentative d’inscrire dans la Constitution la déchéance de nationalité et le vote de la scélérate loi Travail au forceps via le 49-3.
Nous ne pouvons pas non plus soutenir la candidature du tribun bonapartiste Jean-Luc Mélenchon. Certes, il apparaît comme converti à l’impératif écologiste après avoir été un parfait productiviste, mais je ne crois pas à la planification écologiste exclusivement étatiste et je réprouve le patriotisme franchouillard de l’ami de Patrick Buisson, soutien des dictateurs russe et syrien, Poutine et Assad. Il reste inscrit, malgré de grands talents oratoires, dans un logiciel du 20eme siècle jacobin et souverainiste.
CANDIDATE POUR REPRESENTER LE PEUPLE DE L’ECOLOGIE, LES LANCEURS D’ALERTE ET LES DEFENSEURS DE BIENS COMMUNS
Forte de mon parcours dans la société civile comme co-fondatrice de la CRIIRAD (laboratoire indépendant sur la radioactivité pour dénoncer le mensonge d’Etat de Tchernobyl) et du CRIIREM (sur la pollution électromagnétique) ou directrice de Greenpeace France puis comme parlementaire (à l’Assemblée nationale entre 1997 et 2002 et au Parlement européen depuis 2009), je suis candidate pour représenter le peuple de l’écologie, la voix des lanceurs d’alerte et des défenseurs des Biens communs en 2017. Ce n’est pas l’aboutissement d’une ambition de carrière personnelle. Les gens qui me connaissent savent que je suis une femme de combat, proche des gens. Je pense être capable de fédérer les acteurs de l’écologie du quotidien et répondre à la défiance qui s’abat -injustement- sur nous par mon double profil associatif et politique.Tous mes combats que ce soient contre le tout nucléaire, les grands projets inutiles ou l’accès à la santé pour tous et la reconnaissance du facteur environnemental dans l’explosion de maladies émergentes ou d’épidémies de cancers ont été centrés sur la lutte contre l’opacité et le mensonge, les conflits d’intérêts et la corruption qui gangrènent trop souvent notre démocratie et sapent nos fondements républicains.
Dans mon travail de parlementaire, je me bats aux côtés de associations de victimes, des ONG ou des chercheurs pour modifier la législation nationale ou européenne notamment au niveau des politiques de santé publique, de santé environnement ou de politique énergétique.
Mes principaux combats actuels sont l’ouverture d’un centre d’accueil pour les électro-hypersensibles dans une zone blanche sur le territoire alpin, la mise en place d’une réglementation spécifique pour favoriser la phagothérapie face à l’explosion de l’antibiorésistance, la lutte contre les grands projets inutiles que sont le Lyon-Turin, ITER ou la méga-centrale de bio-masse EON de Gardanne, contre le rejet des boues rouges dans les Calanques, le centre d’enfouissement des déchets radioactifs à Bure, pour qu’ERDF s’engage à effectuer une étude indépendante avec le CRIIREM au sujet des si controversés compteurs Linky… Je mène depuis plusieurs années un travail de veille et de dénonciations des dérives de l’industrie pharmaceutique et de maîtrise publique de la politique des médicaments et des vaccins dans notre pays et sur le continent européen. J’ai participé à la création d’un observatoire du nucléaire (NTW) pour exiger la transparence dans un domaine où l’opacité règne en maître…
Par le passé et en tant que parlementaire, j’ai pu travailler sur plusieurs rapports et mettre en avant des failles dans la gestion des déchets nucléaires, la reconnaissance du syndrome de la guerre du Golfe ou la responsabilité en matière de produits défectueux. De par mon parcours je pense humblement pouvoir faire la passerelle entre l’écologie en mouvement, les acteurs de la transition sur les territoires (associations, entreprises, collectifs…) et les représentants de l’écologie politique.

4 chantiers me paraissent prioritaires mais je porterai notre projet collectif : la réappropriation et le contrôle citoyen (via des comités d’usagers) de l’ensemble de nos Biens communs passant par une lutte acharnée contre la corruption et la collusion public-privé et le changement de nos institutions à bout de souffle ; l’instauration d’un revenu garanti universel pour tous en reconnaissant à sa juste mesure toute activité socialement utile ; la mise en place d’une véritable fiscalité écologique fondée sur la justice sociale et le principe pollueur-payeur dans le but d’entreprendre une reconversion écologique de nos activités économiques ; la résorption du mal- logement par la réquisition des logements publics vacants en appliquant l’ordonnance de 1945 du général De Gaulle.
Je veux aussi à l’heure de la dislocation du rêve européen et après les mobilisations autour du sommet de Paris de la COP 21 autour de l’enjeu d’un accord de paix universel définir un cadre de régulation et un espace public démocratique à l’échelle mondiale en même temps que repenser l’Europe. Il y a nécessité face aux enjeux planétaires de batailler pour la reconnaissance d’une communauté mondiale et humaine de destin. Il faut susciter à cet échelon un rêve d’avenir partagé sans quoi le nationalisme et la guerre triompheront et l’histoire bégaiera.
Le mouvement écologiste n’a de sens aujourd’hui qu’en s’inscrivant dans la perspective de l’émergence d’une société civique mondiale, porteuse d’un Nouveau Contrat Social Ecologique Planétaire. Nous devons opposer comme peut le faire l’écrivain Edouard Glissant la « mondialité » comme nouveau paradigme redéfinissant un universel pluriel respectueux des biodiversités naturelles et humaines face à la mondialisation, sa guerre économique, son uniformisation et son nivellement par le bas. Notre projet doit soutenir avec les convivialistes et le Serment de Paris l’impératif d’une déclaration d’interdépendance mondiale fondée sur les principes de coresponsabilité et de solidarité planétaire.
C’est donc l’heure de nous-mêmes. Pris dans la tempête nationale-populiste, la terreur djihadiste et la démission sur l’autel des valeurs de nos responsables aux convictions balayées par ce vent mauvais, nous sommes les dépositaires de l’espoir.
Cela nous oblige.
Je suis prête à prendre mes responsabilités et à porter dans une démarche collective et ouverte à la société en mouvement les couleurs de l’écologie en 2017. Vous connaissez ma détermination. Je serai avec vous pour redresser notre bateau ivre si vous me faites confiance.
Michele RIVASI