biodiversité

Trop d’humains, extinction des vertébrés

Entre 1970 et 2016, les populations mondiales de vertébrés – oiseaux, poissons, mammifères, amphibiens et reptiles – ont décliné en moyenne de 68 %, révèle le Fonds mondial pour la nature (WWF). L’organisation a publié le 10 septembre 2020 la mise à jour de son « indice planète vivante » (IPV). Les vertébrés représentent moins de 5 % des espèces animales connues, mais sont les mieux étudiés. L’article du MONDE en liste les causes, destruction de près de 90 % des zones humides mondiales depuis 1700, surexploitation des rivières, pollution, changement climatique, système de production alimentaire. La pression démographique humaine sur les milieux n’est pas prise en compte, les commentaires sur lemonde.fr compensent cet oubli fâcheux :

René B. : Il y a une population de vertébrés qui a hélas augmenté : les êtres humains. Et parmi les grands singes ce sont les plus dangereux…

Kiamb : La proportion d’humains a dû croître dans des proportions similaires voire supérieures au déclin des vertébrés. Je suis toujours étonné que ce lien fort entre ces deux phénomènes soit si peu mis au premier plan des causes (et comment y «remédier », ce qui est encore une autre question).

Frog @Kiamb : Votre constat n’a aucune visée d’efficacité : il n’y a pas grand-chose à faire à part attendre que la courbe de population ne redescende. C’était il y a 50 ans, quand on se moquait de la politique de contrôle de natalité des chinois, qu’il fallait faire quelque chose.

Boltzmann : Sur la période 1976-2020, on a donc doublement de la pression humaine sur le monde sauvage. Et comme le niveau de vie a entre temps augmenté (plus de nourriture, part plus importante de viande, existence du gaspillage…), on ne s’en sort pas. Il est écrit dans LE MONDE « Notre système de production alimentaire est l’un des premiers facteurs de changement d’affectation des terres », mais il me semble que ce n’est pas notre système qui pose problème mais notre nombre. Ou plutôt, un système qui allait bien avec deux fois moins d’humains ne convient plus a notre population actuelle.

Rodgeur : Mais puisqu’on vous dit que c’est la Covid la priorité dans le monde. Le reste on s’en fiche. C’est tout. Et puis, est-ce que ça crée du PIB un vertébré autre que l’être humain ? Tout est dans le modèle proie- prédateur. Si le nombre de prédateurs augmente, le nombre de proies diminue. Et comme le nombre d’hommes augmente… Mais à un moment donné, il peut manquer de proies…

Laissons les araignées dans notre demeure !

Voici quelques petits gestes qui vous positionneront comme Terrien et non plus seulement comme Humain : laisser les toiles d’araignée dans les recoins de la maison, ne plus avoir d’animaux domestiques, pratiquer la marche attentive tout autour de son domicile, accepter sur son trottoir les herbes folles, rouler très lentement sur les petites routes (et même sur les grandes route) et faire preuve en toutes circonstances de sentiment océanique.

Abandonnons le grand récit national qui commence à nos ancêtres les gaulois, retrouvons le sens de la nature que nous avons perdu depuis 10 000 ans avec l’invention de l’agriculture, cultivons une éthique de la Terre et le goût de la nature sauvage (wilderness). Pour les colons puritains de l’Amérique du XVIIe siècle, au sens de la Bible, la nature c’est le désert, la solitude dans laquelle se trouvent les hommes lorsqu’ils sont abandonnés de Dieu. Contre ce reniement de la beauté de la Terre, le mouvement s’inverse au XVIIIe siècle, la wilderness devient la nature que l’homme n’a pas corrompue, un symbole de pureté. Pour le philosophe transcendantaliste Ralph Waldo Emerson (1803-1882), la priorité est de chercher ce qui unit l’homme et la nature. En 1858, l’activiste américain Henry David Thoreau (1817-1862) appelle à créer des parcs nationaux, acte fondateur dans l’émergence de la protection de la nature. John Muir (1838-1914) a notamment contribué à sauver la vallée de Yosemite, en Californie. De leur combat naîtront les premiers parcs nationaux – à commencer par Yellowstone, en 1872. Selon les termes du Wilderness Act (loi américaine sur la protection de la nature) voté en 1964), « dans ses lieux, l’humain est un visiteur qui ne fait que passer ». En parallèle émerge une approche plus philosophique, fondée sur le respect que nous devons à la planète.

Dans un livre publié à titre posthume en 1949, Almanach d’un comté des sables, Aldo Leopold (1887-1948) défend une « éthique de la terre » (land ethic),une manière d’être au monde qui « élargit simplement les frontières de la communauté de manière à y inclure le sol, l’eau, les plantes et les animaux » – ce qui, ajoutait-il, ne peut exister « sans amour, sans respect, sans admiration pour [la terre], et sans une grande considération pour sa valeur ». Les éléments de la nature n’ont pas une simple valeur instrumentale, mais surtout une valeur intrinsèque qui forme ontologie. C’est ce qui pose comme principe premier le philosophe Arne Naess dans sa plate-forme de l’écologie profonde : « Le bien-être et l’épanouissement de la vie humaine et non-humaine sur Terre ont une valeur intrinsèque (en eux-mêmes). Ces valeurs sont indépendantes de l’utilité que peut représenter le monde non-humain pour nos intérêts humains. » Il nous faut agir avec la nature comme partenaire, pas comme une esclave qui doit satisfaire tous nos désirs même les plus criminels.

Pour en lire un peu plus grâce à notre réseau de documentation biosphere.ouvaton :

1854 « Je vivais seul dans les bois » (1er chapitre de Walden) de Henry David Thoreau  …

1946 Almanach d’un comté des sables d’Aldo LEOPOLD  …

1976 Ecologie, communauté et style de vie d’Arne NAESS

1992 Arne NAESS, Vers l’écologie profonde avec David Rothenberg  …

1997 Du bon usage de la nature (pour une philosophie de l’environnement de Catherine et Raphaël Larrère

2003 Quelle éthique pour la nature ? de Jean-Claude Génot (Edisud)

2010 Ethique de la terre de John Baird Callicott (recueil de divers textes) – édition wildproject

2010 Crise écologique, crise des valeurs (Défis pour l’anthropologie et la spiritualité) sous la direction de Dominique Bourg et Philippe Roch

2010 Philosophie et écologie d’Anne Dalsuet

2010 philosophie de la biodiversité (petite éthique pour une nature en péril) de Virginie Maris

2011 Ethique de la nature et philosophie de la crise écologique (DEEPWATER HORIZON) de Stéphane Ferret

2012 Pour une philosophie de l’écologie de Juliette Grange

28 février 2015, Une religion pour la terre-mère est-elle dangereuse ?

11 décembre 2007, écologie et éthique

Manger de la viande et en mourir

Le nombre d’épidémies répertoriées chez les humains dans le monde augmente en corrélation non seulement avec la perte de biodiversité mais aussi avec la densité croissante d’animaux d’élevage. Le nombre de bovins est passé de 1 milliard en 1960 à 1,6 milliard aujourd’hui, celui des porcins de 500 millions à 1,5 milliard et celui de la volaille de 5 milliards à 25 milliards. Dans le même temps, les épidémies humaines sont passées d’environ une centaine par an en 1960 à 500 à 600 par an en 2010. Les épidémies animalières augmentent encore plus vite, car elles sont passées de moins d’une centaine en 2005 à plus de 300 en 2018. (étude publiée dans la revue Biological Conservation)

Corrélation signifie ici relation de causalité. Beaucoup de maladies infectieuses humaines viennent des animaux, car nous partageons avec eux beaucoup de nos microbes. Au total, 60 % des maladies infectieuses et 75 % des maladies émergentes ont une origine animale. De plus, moins de biodiversité signifie plus de circulation des pathogènes. Dans les paysages très diversifiés, avec une forte biodiversité, on a peut-être une diversité de pathogènes, mais la compétition entre espèces permet également cette régulation. La simplification des paysages augmente la possibilité de passage chez l’humain ; dès que quelque chose arrive, ça devient une épidémie. Les animaux domestiques sont souvent un maillon de la chaîne de contamination, tout est lié. Il faudrait donc diminuer la part de protéine animale dans la consommation humaine . Mais de nombreux autres éléments sont à prendre en compte, l’explosion démographique, le changement climatique, ou encore l’urbanisation. Le fait de l’élevage en batterie accroît les risques de pandémie, la circulation industrielle de la viande animale fait le reste.

Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphere :

21 juillet 2020, Virus humain, virus porcin, virus des végétaux

12 janvier 2020, Des vaches à notre image et réciproquement

27 avril 2017, étonnant, une vache peut même brouter de l’herbe !

2 octobre 2013, Vaches en batterie : l’immonde étable à 1000 laitières

1er octobre 2013, Poules en batterie : maltraitance censurée par la justice

16 octobre 2011, épandage du lisier et désertification des océans

22 octobre 2010, lapins en cage, travailleurs en clapier

On assassine 30 % des sangliers français

En 1973, on dénombrait 36 000 sangliers abattus sur l’ensemble du territoire français contre 747 000 en 2019, soit vingt fois plus selon LE MONDE. Pourtant les chasseurs sont débordés, on compte environ 2,5 millions de têtes. Ils doivent pourtant s’en prendre qu’à eux-mêmes, avec l’agrainage qui consiste à répandre du maïs pour les nourrir. L’agrainage a été interdit en 2019 par la loi créant l’Office français de la biodiversité (OFB) mais il est encore largement utilisé. Cette technique alimente le cycle prolifique de la reproduction. La maturité sexuelle arrive à l’âge de un an et la gestation dure en principe 3 mois, 3 semaines et 3 jours soit 115 jours. La laie possède 10 tétines, elle donne naissance chaque année à une portée de 3 à 10 petits. Les excès du nourrissage par les chasseurs entraînent parfois une seconde portée dans la même année. De plus le sanglier s’adapte à tous les environnements et s’accommode très bien de l’espèce humaine.  « Avant, c’était exceptionnel de tirer un sanglier, raconte ce représentant de la FDSEA. Puis il y a eu des lâchers en forêt et, aujourd’hui, c’est un peu le chien qui se mord la queue : les chasseurs veulent du gibier et nous, les agriculteurs, on veut moins de dégâts. » Il y a deux catégories de chasseurs : le local, celui du terrain qui est sensibilisé à la situation ; et le notable qui paie très cher et doit avoir du gibier, quel qu’en soit le prix. Avec le sanglier, les chasseurs deviennent des viandards : ils en veulent toujours plus, ça ne s’arrête jamais. Il vient le dimanche pour la battue, le reste il n’en a rien à faire. Le sanglier met en évidence plusieurs lignes de fractures dans la société, la ruralité contre les villes, les naturalistes contre les chasseurs, les chasseurs contre les agriculteurs…

Les chasseurs doivent-ils être les régulateurs de la faune sauvage ? N’est-ce pas à l’État d’assurer cette fonction ? Ou bien aux loups, l’un des rares prédateurs naturels du sanglier ? Mais la leçon première, c’est que les humains se préoccupent de la régulation du nombre de sangliers sans jamais s’interroger sur la maîtrise de la fécondité humaine. Comme l’exprime récemment un commentateur sur notre blog biosphere, « Écologiquement parlant, un animal prédateur de notre taille ne doit pas être présent à plus de 5 millions. Pourtant nous sommes presque 2 000 fois plus nombreux. Toute réflexion sur l’écologie qui fait fi de cet ordre de grandeur part sur de mauvaises bases. » On se permet d’abattre près de 30 % des sangliers chaque année et nous laissons la planète aller allègrement vers ses 10 milliards d’habitants, avec ou sans le Sars-CoV-2 !

Pour en savoir plus sur la chasse grâce à notre blog biosphere :

10 décembre 2019, Les chasseurs dans le viseur

30 octobre 2018, Le chasseur bientôt interdit de séjour le dimanche ?

28 avril 2018, Chasse, activité dénaturée par des chasseurs motorisés

27 avril 2018, Le bon chasseur respecte l’éthique de la Terre

20 octobre 2017, Une autre façon d’envisager la solution finale

1er septembre 2014, Si tu tues les loups, tu dois aussi tuer les cerfs

4 août 2014, Tuez-les tous et restons bien seuls entre criminels

31 juillet 2008, chassons les chasseurs

(Re)composer avec la nature, ça presse

Recension du livre « Composer avec la Nature (renaturation et géocitoyenneté) » : La vie sur Terre va très mal, une nouvelle pandémie vient de s’abattre sur elle, la Nature réagit à sa façon aux innombrables destructions qu’on lui a fait subir… Nous affrontons trois problèmes majeurs : le dérèglement climatique plus rapide que prévu, la pollution généralisée des sols, des eaux (océans compris), de l’air et la régression rapide de la biodiversité pillée et polluée. Bouleversements qui affectent le monde entier. Les rapports entre États, religions, groupes sociaux et personnes se délitent. Des évolutions divergentes sont à l’œuvre partout. Quatre scénarios se dessinent, les vents contraires sont puissants mais des vents de travers plus salvateurs se sont levés, moins apparents mais aussi effervescents. Les étudier dans leur nature et leurs impacts impose d’abord de revisiter nos rapports à la Nature tout au long de l’Histoire.

Respectée et célébrée autrefois, abandonnée et ignorée, puis méprisée et asservie, dépassée demain ou au contraire retrouvée ? Comment mieux penser la Nature, en nous et en dehors à toutes les échelles. Il n’y a pas d’extérieur du monde, d’écologie « hors sol ». Ce livre appelle à la renaturation du monde et à l’émergence d’une géocitoyenneté mondiale à travers des réapprentissages indispensables, celui d’une coopération décloisonnée entre les humains, dans, avec, par et pour la Nature, clés d’un avenir vivable. Appropriation également d’une pensée complexe, qui relie autant qu’elle distingue, pour oser fonder le couple Conjuguer des points de vue et Concilier des intérêts différents pour co-construire l’intérêt général. Pour en finir avec la démesure, l’hubris, retrouver enfin le sens de l’humilité, des limites, sans lequel aucune vie ne peut durer. 

On peut commander ce livre en direct à l’éditeur l’Harmattan ou via L’Autre librairie. Michel ADAM, ingénieur et sociologue, créateur d’entreprises solidaires et de leurs réseaux, a pratiqué la coopération dans de multiples domaines et publié des ouvrages sur  les schémas, le travail et l’emploi, l’entrepreneuriat, l’association, la pensée précurseure de Jean Monnet. Membre des réseaux Intelligence de la Complexité, LABO de l’ESS, des Convivia-listes, il est aujourd’hui impliqué dans l’action pour les patrimoines naturel, bâti et culturel.

Tout savoir sur le coronavirus

Communication gouvernementale : Les Coronavirus sont une grande famille de virus, qui provoquent des maladies allant d’un simple rhume (certains virus saisonniers sont des Coronavirus) à des pathologies plus sévères comme le MERS-COV ou le SRAS. Le virus identifié en janvier 2020 en Chine est un nouveau Coronavirus. La maladie provoquée par ce Coronavirus a été nommée COVID-19 par l’Organisation mondiale de la Santé – OMS. Depuis le 11 mars 2020, l’OMS qualifie la situation mondiale du COVID-19 de pandémie ; c’est-à-dire que l’épidémie touche désormais 110 pays sur une zone étendue. Les symptômes principaux sont la fièvre ou la sensation de fièvre et des signes de difficultés respiratoires de type toux ou essoufflement. La maladie se transmet par les postillons (éternuements, toux). On considère donc qu’un contact étroit avec une personne malade est nécessaire pour transmettre la maladie : même lieu de vie, contact direct à moins d’un mètre lors d’une toux, d’un éternuement ou une discussion en l’absence de mesures de protection. Un des vecteurs privilégiés de la transmission du virus est le contact des mains non lavées.

Mieux connaître les virus avec wikipedia : Tout être vivant peut être infecté par un virus. Il existe des virus de bactéries, des virus d’archées, des virus d’algues, des virus de plantes, des virus fongiques, des virus d’animaux et même des virus de virus. Les maladies virales comme la rage, la fièvre jaune ou la variole affectent l’Homme depuis des siècles. À la fin du XIXe siècle, la conception d’agents infectieux que l’on ne pût déceler au microscope optique était encore difficile. Le virus de la fièvre jaune est le premier virus pathogène de l’Homme identifié entre 1900 et 1902. Louis Pasteur les nomma « infrabactéries », d’autres les qualifièrent de « virus filtrants ». Vers 1925, un virus était défini comme un « agent responsable d’une maladie infectieuse, parasite et de taille comprise entre 0,01 et 0,3 micromètre ». L’apparition de la microscopie électronique dans les années 1930 permit l’observation des virus, mais on ne savait toujours pas à cette époque ce qu’ils étaient réellement. On caractérise un virus par son incapacité à se reproduire par mitose, par scissiparité ou par méiose. Placés en suspension dans un milieu de culture, ils ne peuvent ni métaboliser, ni produire ou utiliser de l’énergie, ni croître, ni se multiplier, toutes fonctions communes aux êtres vivants. Pour répliquer son acide nucléique, il dépend d’une cellule hôte qu’il doit infecter pour détourner et utiliser son métabolisme : un virus est nécessairement un parasite intracellulaire. Le débat sur le caractère vivant ou inerte des virus reste encore aujourd’hui ouvert. Les génomes des virus ne comportent que de quelques gènes à 1 200 gènes. Les concentrations en virus dans l’eau de mer sont de l’ordre de dix mille virus par millimètre cube. Environ 20% des organismes constituant la biomasse microbienne océanique totale est tuée par des virus. La recherche actuelle estime que dans le corps humain il y a 100 fois plus de virus que de cellules humaines

En 2018, on recense 129 espèces de virus impliqués dans des maladies humaines. Le rhume, la grippe, la varicelle, la rougeole, la mononucléose infectieuse sont des exemples de pathologies humaines relativement courantes d’origine virale. On connaît d’autres exemples plus nocifs comme le SIDA, le SRAS, la grippe aviaire, la variole, ou la fièvre hémorragique causées par le virus Ebola. Caractéristiques d’un virus dangereux :

  • transmission respiratoire ;
  • taux de reproduction de base supérieure à 2 ;
  • taux de mortalité supérieur à 1/1000 ;
  • temps de génération inférieure à trois jours ;
  • contagion avant l’apparition des symptômes.

Étant donné que les virus utilisent la machinerie cellulaire de l’hôte pour se reproduire à l’intérieur même de la cellule, il est difficile de les éliminer sans tuer la cellule hôte. Des médicaments antiviraux permettent cependant de perturber la réplication du virus. Une autre approche est la vaccination qui permet de résister à l’infection. Les antibiotiques sont sans effet sur les virus. Les antibiotiques interfèrent seulement avec le métabolisme des bactéries et ne permettent pas de traiter les maladies d’origine virale.

Biodiversité, CDB, COP15 et IPBES… en vain

Qui a écrit , « Face à l’effondrement de la biodiversité, annonciateur de celui des sociétés humaines, il n’est plus temps de tergiverser, de lésiner ou de se payer de fortes paroles. On ne marchande pas avec la vie » ? Cette phrase était la conclusion d’un éditorial du MONDE* il y a plus de deux ans. Depuis rien n’a bougé, le soi-disant contre-pouvoir des médias n’existe pas. Reste l’incantation des diplomates. La Convention des Nations unies sur la Diversité Biologique (CDB) est un traité international adopté lors du Sommet de la Terre à Rio de Janeiro, en 1992. En 2020, les États-Unis n’avaient toujours pas ratifié cette Convention. En 2010, lors de la COP10 (conférence des parties) au Japon, la CBD avait adopté les accords dits « objectifs d’Aïchi », qui établissaient vingt points à atteindre pour 2020. Dix ans plus tard le constat était amer : la plupart des objectifs n’avaient pas été atteints. La Plate-forme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES) n’a vu le jour qu’en 2012, vingt ans après Rio. La 15e Conférence des Parties (COP15) de la Convention des Nations unies sur la diversité biologique (CDB) est programmée en octobre 2020 à Kunming, en Chine**. COP15 pour la biodiversité et nous n’étions même pas au courant qu’il y en avait 14 avant ! L’objectif est de protéger au moins 30 % de la planète – terre et mer – d’ici à 2030. Dans ces 30 %, 10 % des zones protégées devraient être en état de « protection stricte », aucune activité humaine, comme la pêche ou l’agriculture, même réglementée, ne pourra y avoir lieu.

Ce genre d’objectifs ambitieux, on connaît. C’est comme les COP sur le climat, l’ambition est là et les moyens inexistants ; il s’agissait de limiter la température du globe à moins de 2°C et c’est pourtant parti pour 4 ou 5 degrés. L’Australie flambe et Trump est sorti des accords sur le climat. Sur ce blog, nous suivons avec inquiétude l’état de plus en plus désespérant de la biodiversité. Exemples :

La biodiversité dans le monde

9 mai 2019, Biodiversité en péril extrême, tout le monde s’en fout

2 mai 2019, L’IPBES, l’équivalent pour la biodiversité du GIEC

25 mars 2018, L’homme disparaîtra, bon débarras ! L’IPBES le dit…

20 octobre 2012, Conférence mondiale sur la biodiversité, bavardage !

20 février 2010, biodiversité, un objectif perdu d’avance

2 février 2005, la biodiversité en péril selon l’union mondiale de la nature

La biodiversité en France

8 juillet 2018, Plan biodiversité, laissez-moi rigoler…

22 mai 2018, Nicolas Hulot à l’épreuve de la chute de la biodiversité

6 janvier 2017, La police de la biodiversité mise en place sans moyens

17 mars 2016, Loi sur la biodiversité, un vrai parcours du combattant

19 janvier 2016, loi sur la biodiversité, la mascarade de la compensation

26 mars 2015, Loi sur la biodiversité ne veut pas dire biocentrisme

1er juin 2012, sans sentiment de nature, la biodiversité fout le camp

14 août 2008, bagnole versus Biodiversité

25 juin 2008, Donner un prix à la biodiversité (Pavan Sukhdev)

9 décembre 2007, le concept de biodiversité (définition)

* LE MONDE du 7 juillet 2018, éditorial : Biodiversité,fortes paroles et faibles moyens

** LE MONDE du 15 janvier 2019, L’ONU propose de protéger 30 % de la planète d’ici à 2030

Des vaches à notre image et réciproquement

« Je ne suis pas une écolo, je pollue, C’est mon métier (p.107). »

« Je suis en train de devenir une écolo. Je n’utilise pas l’avion et je ne prends plus ma voiture pour aller travailler (p.109)»

Voici en deux phrases nichées au milieu du livre « Les vaches aiment le yaourt », le terrible dilemme de chacun de nous en ces années de « transition écologique » : être ou ne pas être écolo. L’auteur, Anne Galais, est éleveur de vaches, soumise aux affres du productivisme et poussée par la nécessité d’alimenter les grandes surfaces : il faut bien nourrir notre boulimie de yaourts et de viande. Elle en a fait un roman qui colle de près à son quotidien. Fini le paysan qui, de générations en générations, reproduit des techniques ancestrales. L’innovation est son quotidien, sa principale préoccupation est de chercher les meilleurs rendements, la sélection génétique est désormais au cœur de son métier. Ce n’est plus une cloche accrochée au cou des vaches, c’est un appareillage informatique.

Être ou ne pas être écolo ? Anne Galais a raison, polluer est notre métier à tous. Dans un système qui ne repose plus sur la quasi-autarcie des campagnes, chaque activité humaine nous fait dépendre d’un flux de biens et de services venus d’ailleurs. Qu’on produise ou qu’on consomme, on pollue, on rejette des gaz à effet de serre, on ponctionne des ressources naturelles en voie de raréfaction, on prend tous conscience que cela n’est pas durable et qu’il nous faudrait changer. Tache difficile, impossible, nous sommes prisonnier d’un système où il faut courir toujours plus vite pour rester concurrentiel ou pour se payer le dernier gadget à la mode. Société urbanisée et sur-développée, consommation carnée de masse, donc production de masse et élevage en batterie. Qu’on se le dise, les vaches sont comme les humains… et réciproquement. Les vaches sont comme nous, des animaux, la gestation dure neuf mois dans l’un comme dans l’autre cas. On arrache les veaux à leur mère peu après la naissance, il faut mettre les enfants à la crèche dès qu’ils marchent sur deux jambes, ou même avant. Les centrales d’achat et les administrations aiment les chiffres et les gens captifs. Les vaches portent un numéro d’identification dès la naissance pour assurer la traçabilité. Pour nous c’est le numéro de sécurité sociale. On ne les appelle plus par un joli petit nom, c’est devenu un matricule. C’est aussi notre lot commun, quand nous sommes sommés d’énoncer tous les numéros de notre carte bancaire. Les vaches sont entassées dans un grand hangar, les humains s’amoncellent dans leur HLM. Les humains préfèrent leur cage, qu’en pensent les vaches ?

Nous avons rencontré Anne Galais. Elle aime ses vaches et son métier. Elle n’aime pas les mots productivisme et agro-industrie. Elle a voulu simplement présenter sa situation professionnelle comme un yaourt, un mixte de choses à bien savourer. Mais elle est comme nous, soumise avec son élevage à un système agro-industriel qui nous broie. Elle attend de voir ce qui va se passer, coincé comme elle l’est par les diktats de la PAC (politique agricole commune) et du marché. Si on lui demande de faire du bio, elle fera du bio, pour le moment elle s’occupe d’un élevage intensif, bien plus qu’une centaine de vaches à viande. Elle a abandonné les laitières car on a abattu tout son troupeau. Elle explique le mécanisme morbide dans son livre. La vache 8452 avait présenté à l’analyse vétérinaire une lésion tuberculeuse. La France se voulant indemne de tette maladie à moins de 1 % à l’exportation, il était obligatoire d’amener à l’abattoir le troupeau entier… même si on ne trouve qu’un seul cas positif. On ne peut pas tricher, les services sanitaires connaissent toutes les vaches, chacune est enregistrée sur une base informatique. C’est évident, les humains sont comme des vaches, des vaches à lait pour engraisser le système et nourrir les GAFA. Si vous voulez mieux comprendre la condition réelle et imaginée des éleveurs, lire le livre d’Anne Galais distribué par Amazon (2019), 7 euros et 30 cents pour 214 pages.

NB : article initialement paru sur le site des JNE

Les humains face aux autres prédateurs

En France, il ne faut pas marcher avec les loups : Le Syndicat Agricole FDSEA05 a appelé via facebook à manifester contre le film « Marche avec les loups » dimanche dernier 5 janvier. En se donnant rendez-vous devant le siège de la Chambre d’agriculture à Gap pour ensuite se diriger vers le cinéma le Palace où se tenait une avant-première. Face au tollé des internautes sur facebook, cette manifestation a été annulée. C’était la deuxième fois. Ce fait n’est pas isolé. Lors du tournage le réalisateur Jean-Michel Bertrand a reçu à 3 reprises des menaces de mort ! Les élus du département des Hautes Alpes et de la Région Sud (ex Paca) ont refusé de soutenir le film. Dans la région Auvergne-Rhône-Alpes les élus, bien qu’ayant financé le film, ont demandé à ne pas apparaître dans la communication autour du film. Ils n’apparaissent ni au générique ni sur les affiches, sur la pression des éleveurs. Il ne s’agit que de loups, que diraient éleveurs et pouvoirs publics face à un troupeau d’éléphants ?

Entre Sri-Lankais et éléphants, la guerre est déclarée : L’habitat est grignoté par la déforestation et les infrastructures routières. On étend les plantations de thé, de noix de coco, de banane ou de mangue pour développer le revenu local. Les fermiers sont tentés de se lancer dans l’élevage bovin, pour sa rentabilité. Les pachydermes sont contraints de se rapprocher des villages pour se nourrir. Chaque camp compte ses morts. Il y a dix ans, c’était autour de 70 humains tués chaque année, mais plus de 80 les années récentes, pour atteindre 100 victimes en 2019. L’année 2018 avait vu pour la première fois le nombre d’éléphants tués dépasser les 300, pour atteindre 319. A la mi-décembre 2019, on en comptait 360 en moins d’un an. Face à l’aggravation des conflits, la solution gouvernementale a consisté à déplacer les éléphants problématiques dans des parcs nationaux. Mais ceux-ci sont désormais saturés. (LE MONDE du 8 janvier 2020)

« Il va falloir apprendre à cohabiter, à se partager le territoire », pourrait-on conclure avec les protecteurs de la biodiversité. Plus facile à dire qu’à faire, il faudrait à la fois réduire drastiquement le niveau de la population humaine ET ne plus bénéficier des avantages de la société techno-industrielle…

Les chasseurs dans le viseur

La colère anti-chasseurs monte, normal quand on voit le discours des viandards*.

Willy Schraen, président de la Fédération nationale des chasseurs : « Ce n’est pas la chasse, c’est la ruralité dans son ensemble qu’attaquent ces activistes minoritaires, comme les végans. Ils ne supportent pas que d’autres vivent différemment. Les chasses traditionnelles existaient avant l’arme à feu. La chasse à courre ? Il n’y a que les cons pour ne pas comprendre que l’animal a dix fois plus de chances de se sauver que d’être attrapé. Souvent le cerf est vieux ou malade, c’est la sélection naturelle. Pas le monde des Bisounours ! On est en haut de la chaîne alimentaire, les animaux sont en dessous, c’est l’ordre des choses. Qui travaille sur la biodiversité ? Ce ne sont pas ceux qui font des grands discours, à Paris, qui plantent des haies, des arbres, qui entretiennent les zones humides, qui nourrissent les animaux, et qui apportent ainsi 4 milliards d’euros à la nature tous les ans ! »

Gérard Lang, patron des chasseurs du Bas-Rhin : « Etre chasseur, c’est dans nos gènes. Parce que, à l’époque préhistorique, celui qui n’était pas bon chasseur ne survivait pas. »

Guy Harlé d’Ophove, président de la Fédération des chasseurs de l’Oise : « Les gens ne connaissent plus les fondamentaux de la ruralité. Dans l’Oise, la vénerie est tout à fait acceptée, à part dans quelques points de fixation artificiellement créés par des groupuscules extrémistes. C’est un spectacle auquel beaucoup tiennent. Ceux qui manifestent viennent de Paris… »

Alain Lignier, directeur de la Fédération de chasse de l’Ardèche : « On est dans l’irrationnel. Dès l’instant où l’on se dit pour la chasse, le débat est fermé, même si l’on construit toute l’année la cohabitation avec les fédérations de randonneurs et de cyclistes… La chasse fait partie du paysage quand on vit en campagne, comme les cloches et le coq du voisin ! »

Le président Emmanuel Macron semble avoir été convaincu de cette équivalence : Chasse = ruralité. il a réduit de moitié le prix du permis de chasse national (de 400 à 200 euros), rouvert les chasses présidentielles, autorisé les silencieux sur les fusils. Au total, 42 millions d’euros de cadeaux au monde de la chasse, pour s’offrir ce vernis ruraliste, sans requérir des chasseurs le moindre effort de changement.Les agriculteurs ne représentent que 8 % des détenteurs de permis. Le gros des bataillons ? Des quinquagénaires ou sexagénaires exerçant une profession libérale ou cadres (à 36 %), citadins les jours de semaine. En Allemagne, les chasseurs ne décrochent leur permis qu’après plusieurs années de préparation théorique – zoobiologie, protection de la faune, maîtrise des chiens… – et d’entraînement au tir ; ils doivent aussi prouver leur aptitude physique.

Les associations anti-chasseurs :

Aspas-nature, association pour la protection des animaux sauvages

AVA, abolissons la vénerie aujourd’hui

Fondation Brigitte Bardot

Front de libération des animaux

LPO, Ligue pour la protection des oiseaux

One Voice, pour le respect de la vie sous toutes ses formes

* LE MONDE des 8-9 décembre 2019, Les chasseurs dans le viseur

LE MONDE se positionne contre la chasse

Les dérogations accordées à l’activité de la chasse semblent d’autant plus exorbitantes que cette pratique souffre d’un rejet massif de l’écrasante majorité de la population, relève dans sa chronique Stéphane Foucart, journaliste au « Monde ». En bref : « Les concessions faites aux chasseurs depuis l’arrivée d’Emmanuel Macron à l’Elysée sont si étourdissantes qu’elles ont précipité le départ du ministre de la transition écologique Nicolas Hulot… La gestion de l’activité cynégétique est désormais dite « adaptative », les quotas d’oiseaux tués étant déterminés par le Comité d’experts sur la gestion adaptative (CEGA). Hélas : sans grande surprise, six des quinze membres du groupe sont notoirement proches des fédérations de chasse et leurs déclarations d’intérêts ne sont pas publiques.Ce n’est pas tout : le nouvel Office français de la biodiversité sera cogéré par les fédérations de chasseurs, inscrivant dans le marbre institutionnel l’un des slogans préférés des porteurs de fusil, selon lequel les chasseurs seraient les premiers écologistes de France. (Mais) qui eût cru, voilà seulement une dizaine d’années, que des élus de premier plan devraient avoir une opinion sur l’exploitation des animaux sauvages dans les cirques, sur les delphinariums, sur la taille des cages des poules pondeuses, voire sur les méthodes les moins cruelles de dératisation ? Le gain politique des faveurs faites aux chasseurs pourrait, bien plus vite qu’on ne le pense, se changer en fardeau. »*

Pour en savoir plus sur les chasseurs, lire sur notre blog biosphere :

3 janvier 2019, Le président Macron, un chasseur d’oies aux ordres

30 octobre 2018, Le chasseur bientôt interdit de séjour le dimanche ?

24 août 2018, Permis de chasse à prix réduit, un Macron anti-écolo

28 avril 2018, Chasse, activité dénaturée par des chasseurs motorisés

27 avril 2018, Le bon chasseur respecte l’éthique de la Terre

18 septembre 2013, pour en finir avec la chasse-loisir, chasse sans avenir

12 mai 2013, Mieux vaut un surfeur mort que la chasse aux requins

2 janvier 2010, LE VILAIN CHASSEUR (Serge Dassault)

31 juillet 2008, chassons les chasseurs

* LE MONDE du 24-25 novembre 2019, « En France, à l’exact inverse des discours tenus, tout semble être mobilisé pour favoriser le déclin de la biodiversité »

Biomimétisme, détruire la nature

Le biomimétisme – s’inspirer du vivant pour mettre au point des systèmes productifs et technologiques performants – est annoncé comme l’avenir, mais celui-ci n’arrive que trop lentement à en croire le monde industriel et ses représentants. Idriss Aberkane, professeur à l’Ecole centrale, avait en 2016 rappelé les trois phases qui caractérisent selon lui toute révolution : « Comme pour le droit de vote des femmes ou la fin de l’esclavage, on dit “c’est ridicule”, puis “c’est dangereux” et enfin “c’est évident”. » Et d’asséner le credo du biomimétisme : « La nature est un laboratoire de recherches vieux de 4 millions d’années, une bibliothèque fabuleuse qu’il faut arrêter de détruire. »* Deux masters ouvriront en 2020, s’inspirant de l’ingéniosité du vivant avec le fabuleux prétexte de mieux le préserver en retour. « On va enfin en finir avec cet enseignement en silo, qui isole les biologistes des physiciens, des chimistes et des mathématiciens », se réjouit Laurent Billon, coresponsable du futur master en matériaux bio-inspirés de Pau.**

Mais quel est l’intérêt véritable de s’inspirer des marteaux de la petite crevette-mante qui percent les blindages de coquillages pour réaliser des torpilles, ou la mise au point par des chercheurs du Boston Dynamics (financé par la défense) de robots amphibies équipés d’armes. Pour trois drones télécommandés, deux robots quadrupèdes armés de caméras et une poignée de catamaran qui marchent sur l’eau, combien d’insectes, combien de passereaux etc. etc. disparaissent simultanément par dizaines de milliers d’espèces ? Il y a beaucoup de fantasmes autour de l’imitation des insectes. Le concept de « robot bees »

[robot abeille]

permettrait une pollinisation des fleurs mais parallèlement, rien n’est entrepris pour enrayer le déclin des insectes pollinisateurs. Le velcro issu de la bardane, les ailes d’avion inspirées des cigognes, les maillots de bain peau de requin… tout cela a fonctionné mais les bénéfices pour la biodiversité sont infinitésimalement ténus. On dépense des sommes folles pour savoir s’il peut y avoir de la vie sur Mars alors qu’on a encore une connaissance très fragmentaire du monde vivant planétaire ! Avec un biomimétisme qui renforce la technoscience et son emprise destructrice sur le monde vivant, nous sommes loin des « principes des écosystèmes pour guider notre bioéconomie » selon Gauthier Chapelle, spécialiste du biomimétisme  : « Le temps du vivant couvre 3,8 milliards d’années sans surexploitation de la planète. Pourquoi ce miracle de durabilité ? Parce que tous les organismes vivants jusqu’à présent…

s’appuient sur la coopération et la diversité ;

utilisent les déchets comme matériaux ;

s’approvisionnent localement ;

ne surexploitent pas leurs ressources ;

récoltent en permanence des informations et s’y ajustent ;

optimisent plutôt que maximisent ;

utilisent l’énergie solaire (à 90 %) avec efficacité ;

s’interdisent les toxiques persistants ;

rebondissent après les chocs. »

Les humains pratiquent l’inverse de ces lois favorisant l’équilibre naturel. Le système industriel repose sur compétition et concurrence, prédation du sol, du sous-sol et des mers, libre-échange mondialisé, surexploitation des ressources renouvelables ou non, ajustement inexistant à leurs connaissances (pensez au refus de la carte carbone par exemple), maximisation du toujours plus, utilisation forcenée des énergies fossiles non renouvelables, usage généralisé de toxiques persistants… Biomimétisme ou non, nous aurons donc de fortes chance d’avoir beaucoup de difficultés à rebondir après le prochain choc pétrolier et/ou un effondrement financier,.

* LE MONDE du 5 juillet 2016, Le biomimétisme, ou comment s’inspirer de la nature plutôt que la détruire

** LE MONDE du 13 novembre 2019, Le biomimétisme se déploie dans l’enseignement supérieur

Effondrement de la vie, aujourd’hui et en 1973

1973 : On a plus entamé le capital biologique commun pendant les dix dernières années que pendant toute l’histoire du monde avant ces dix années, et l’on détruira encore plus pendant les dix prochaines années. La vie dans les mers a diminué de 40 % en vingt ans. Elle devrait à ce rythme avoir disparu dans vingt ans, et la nôtre avec. Il faut donc que quelque chose se passe AVANT. Quoi ? J’en sais rien, mais quelque chose qui stoppe la course à la mort. C’est l’avènement de ce renversement inimaginable qu’encourage, en ses balbutiements, le mouvement écologique, le vrai. Je vous parle pas d’amuse-couillons du type « Charte de la nature » (bétonnez tout, puisqu’il le faut, mais ménagez des espaces verts), charte approuvée par l’unanimité des partis et syndicats, dans le même temps où ils se retrouvaient tous d’accord pour déclarer que Concorde, c’est l’avenir. L’Avenir ? Vous croyez pas si bien dire. L’avenir, il est déjà en train, pauvres cloches, de vous revenir sur la tronche contrairement à tous vos minables calculs… Ce n’est sûrement pas par hasard qu’au moment où s’annonce aux États-Unis la grande crise de l’énergie le gouvernement satellite du Brésil, en perçant l’autoroute trans-amazonienne, voue à disparaître le dernier poumon, la dernière réserve naturelle du globe au risque de modifier le climat de la planète… Que voulez-vous faire d’autre que de vous battre, et de précipiter l’effondrement du monstre avant qu’il n’ait tout dévoré ? (Pierre Fournier)*

2019 : La probabilité est forte que l’information la plus importante de la semaine écoulée vous ait échappé. Le crash en cours des populations d’invertébrés terrestres très rapide, les résultats de l’étude sont à vous glacer le sang. Les auteurs ont analysé l’évolution des captures d’arthropodes sur 300 sites de trois régions allemandes, entre 2008 et 2017. Le travail qu’ils ont accompli est considérable. Les chercheurs ont analysé un million d’individus capturés au cours de cette décennie, et ont recensé les quelque 2 700 espèces auxquelles ils appartiennent. Ils ont ensuite estimé l’évolution de ces populations grâce à plusieurs indicateurs : le représentées. Quelle que soit la métrique considérée, le désastre est à peu près total, les chiffres sidérants : le nombre d’individus s’est effondré de 78 %, la biomasse a chuté de 67 % et leur diversité a chuté d’un tiers. Tout désigne les pratiques agricoles, notamment le recours systématique à la chimie de synthèse. En France aussi la faune insectivore s’effondre à une vitesse vertigineuse. Conséquence, les oiseaux des champs ont perdu près d’un tiers de leur effectif en quinze ans, les chauves-souris disparaissent plus vite encore et les amphibiens ne se portent pas beaucoup mieux. Une stérilisation à peu près complète des campagnes d’Europe occidentale et d’Amérique du Nord est une perspective à plus ou moins brève échéance. La raréfaction des grands mammifères emblématiques d’Afrique ou d’Asie nous passionne, mais l’effondrement, sous nos latitudes, des formes de vie les plus communes reste, ainsi, largement sous le radar médiatique et politique.

Comme pour le climat, il faudra sans doute attendre que la situation soit devenue critique pour que disparaissent le déni et l’indifférence. Et, de la même façon que la lutte contre le réchauffement est aujourd’hui partiellement perdue, il sera alors trop tard. (Stéphane Foucart)**

* Charlie Hebdo n°118 du 12 février 1973 (avant-dernier article de Pierre Fournier avant sa mort)

** LE MONDE du 12 novembre 2019, « L’effondrement de la vie sous nos latitudes reste largement sous le radar médiatique »

Arachnophobie, naturel ou culturel ?

Pour déterminer si un comportement est naturel ou culturel, on peut envisager deux critères. Si ce comportement est universel chez une espèce, il s’agit sans aucun doute d’un conditionnement génétique. Montrer que ce comportement est relatif, variable selon les individus, serait donc une preuve de conditionnement culturel. Il suffit alors de mettre à jour l’apprentissage social d’un comportement pour déterminer d’où il vient. C’est ce que fait Christine Rollard, une spécialiste des araignées au Muséum national d’histoire naturelle. Son dernier ouvrage, cosigné avec le psychothérapeute Abdelkader Mokeddem, s’intitule « Je n’ai plus peur des araignées ». Extraits de son discours :

« La réaction de peur n’est pas ancestrale mais culturelle, car elle n’existe pas partout dans le monde. Dans la plupart des pays qui ont une approche de la nature différente de la nôtre, avec une connaissance des animaux et des plantes plus fine, cette image négative n’apparaît pas. D’où provient la peur des araignées dans la culture occidentale ? On ne le sait pas précisément, mais il s’agit sans doute d’un phénomène ancien. Les écrits en témoignent, cela fait longtemps que l’araignée y est associée à quelque chose de méconnu, nocturne et invasif. Cette crainte a par la suite été amplement entretenue par les médias et les productions cinématographiques. On ne compte pas les films ou les araignées sont exploitées pour déclencher l’effroi et l’horreur ; on oublie, en revanche, que les araignées, pendant que nous dormons, nous débarrassent des moustiques et d’autres petits insectes dont elles se nourrissent. Certains naturalistes amateurs sont captivés par la diversité de ces animaux (plus de 48 250 espèces dans le monde, réparties en 120 familles !). Les araignées ont la caractéristique d’être toutes carnivores et venimeuses. Pour autant, aucune araignée n’est mortelle pour l’homme. En général, elles n’injectent pas de venin, produit précieux qu’elles gardent uniquement pour attaquer leurs proies. Enfin, quand bien même elles en injecteraient, celui-ci est très peu actif sur les gros mammifères que nous sommes. »*

Un des problèmes de l’écologie, c’est cet affrontement artificiel entre nature et culture. Même s’il n’y a aucun danger objectif comme dans le cas des araignées, on peut avoir très très peur. Voir un serpent en tétanise plus d’un. Paradoxalement, même si le péril est immense, on peut socialement le nier, ainsi du réchauffement avec les négationnistes du climat. Les attaques virulentes contre ceux et celles qui essayent de faire leur travail de conscientisation comme Greta Thunberg montrent que nous n’affronterons la réalité de nos peurs que quand la planète aurait basculé vers des conditions de vie insoutenables. Voir Bolsanoro se réjouir intérieurement de l’Amazonie en feu est un triste symbole de nos aveuglements culturels. Il nous faut oeuvrer de toute urgence pour la réconciliation de la Nature et de nos cultures.

* LE MONDE du 24 août 2019, Christine Rollard : « La peur des araignées n’est pas ancestrale mais culturelle »

Le blé, bien plus complexe qu’un homo sapiens

Parmi l’ensemble du monde vivant, le Blé possède un des génomes les plus complexes, environ 17 Gpb (giga paires de bases, soit 17 milliard). C’est 5 à 6 fois la taille du génome humain. De son côté l’amphibien mexicain Axolotl, une espèce de salamandre, possède un génome dix fois plus gros que celui des humains. Végétaux et animaux, homo sapiens compris, ont la même origine, des acides aminés qui se sont complexifiés et répliqués grâce à leur ADN. Mais notre nombre démesuré et nos capacités technologiques démentielles nous ont fait oublier nos origines : sur la biomasse terrestre, seuls quelques pour-cents sont des animaux sauvages, environ un quart sont des humains et tout le reste, environ les trois quarts, sont des animaux vivants destinés à l’élevage.

Pour Frans de Waal*, il existe beaucoup plus de similitudes que de différences entre les humains et les animaux. Le nier pose des problèmes : « J’ai baptisé ce déni « anthropodéni ». Il nous empêche d’apprécier objectivement qui nous sommes en tant qu’espèce. Je crains que le fait de considérer notre espèce comme tellement extraordinaire ne soit la cause fondamentale des problèmes écologiques que nous connaissons actuellement. Nous pensons à l’humanité comme si elle était séparée de la nature et seule dans le cosmos. Pourtant, nous sommes une partie intégrante de la nature, et nous ne pouvons pas continuer à piller la Terre. Nous sommes aussi dépendants de cette planète que toutes les autres créatures. Quand on voit à quel point les animaux agissent comme nous, ont les mêmes réactions physiologiques, les mêmes expressions faciales et possèdent le même type de cerveau, n’est-ce pas étrange de penser que leurs expériences intérieures sont radicalement différentes des nôtres ? »

L’animalisme n’est pas un anti-humanisme, c’est simplement un constat de réalité biologique. L’intelligence des plantes ou la sensibilité des animaux font actuellement le présentoir des librairies. La science a depuis longtemps démontré que les plantes sont des êtres conscients d’eux-mêmes, doués de mémoire, capables de communiquer entre elles et avec d’autres formes de vie. Les réflexions éthiques ont contribué à reconnaître les animaux comme des êtres doués de sensibilité, voire comme des sujets ayant des droits. L’animal a des intérêts liés à ses besoins de base et des préférences individuelles. Le risque aujourd’hui, c’est que nous basculions dans un monde purement utilitaire, où la nature et les animaux sont vus comme de simples ressources. La question animale nous force à critiquer un modèle de développement fondé sur l’exploitation sans limites des autres vivants. Un tel monde conduit à la marchandisation de tout, à l’exploitation de l’homme par l’homme, à la barbarie. Il faut mettre des limites à ce qu’il est décent ou pas de faire dans l’élevage ou dan l’exploitation des sols et sous-sols. L’animalisme est un autre humanisme, un humanisme de l’altérité.

* LE MONDE science du 30 janvier 2019, « Nous n’avons plus aucune excuse pour continuer à traiter les animaux comme nous le faisons »

Le coût écologique des animaux domestiques

Après avoir été sensibilisé sur le coût écologique de leurs compagnons, les propriétaires d’animaux domestiques et leurs enfants ne pourraient que décider de s’en séparer et/ou de ne jamais en avoir. En effet ces bestioles (parfois très grosses) consomment des ressources et polluent, comme leurs maîtres. La France est particulièrement concernée : championne d’Europe de la possession de compagnons à quatre pattes (42 % des foyers en ont), il faut y nourrir 13,5 millions de chats et 7,3 millions de chiens. Du nombre naît l’impact environnemental. Rien que dans l’Hexagone, 1,2 million de tonnes de produits d’alimentation sont vendues chaque année, et des centaines de milliers de tonnes de déchets générées. Un chien, par exemple, consomme en moyenne 164 kg de viande par an (et 95 kg de céréales). Le chat est un redoutable prédateur. Les chercheurs anglais imputent ainsi aux neuf millions de félins insulaires la mort de 55 millions d’oiseaux par an*. Le chien est un redoutable chasseur qui multiplie des trophées de son maître.

C’est comme la voiture propre ou le tourisme équitable, il n’y a pas de chat vert et de chien innocent. La seule vraie solution c’est de ne pas « consommer ». Pas de voiture, moins de déplacements, pas de chien ni de chat, mangeons plutôt végétarien sauf parfois un chien en maraude. Deux universitaires néo-zélandais ont calculé que l’empreinte carbone d’un chien de taille moyenne était deux fois supérieure à celle d’un SUV parcourant 10 000 km par an. Ils en ont tiré en 2009 un livre au titre évocateur : Time to Eat the Dog ? (« Faut-il manger le chien ? ». Pour faire quelque chose du temps et des ressources économisés par l’absence d’un animal de compagnie, vivons de façon conviviale en invitant ses voisins à table si on n’a ni enfant ni famille. En complément ordinaire, on peut adopter des poules pondeuses qui sont aussi attachantes qu’un chat/chien et qui sont en plus productrices de protéines à partir de végétaux.

Bien entendu nous n’avons rien contre les chiens d’aveugles et les patous protecteurs de troupeaux, ni contre les chats qui limitent l’action des rongeurs chez un producteur de céréales. Mais pour être rationnel, il faut déterminer l’utilité maximum pour le moins d’impact écologique possible. Ajoutons pour conclure que la meilleure façon de réduire globalement le bilan carbone de l’humanité, c’est de réduire notre propre nombre de la façon la plus acceptable possible. Ne dit-on pas interruption volontaire de grossesse ? Car du nombre naît toujours l’impact environnemental…

Sur notre blog biosphere le 31 octobre 2012, coût écologique de ton animal de compagnie

Lire aussi Erik Assadourian, Vers une prospérité durable, Impact des animaux domestiques sur l’environnement (éditions de la Martinière, 2012)

* LE MONDE du 4 juin 2019, Qui soupçonnerait les chiens ou chats de plomber le bilan carbone du foyer ? Quatorze gestes pour moins polluer en leur compagnie

Loups en France ou troupeaux d’éléphants ?

Les loups attaquent. « A chaque fois que je dois achever une bête agonisante, j’ai envie de chialer », explique un éleveur d’Ampus. « Le loup est un sujet à problèmes, explique le chef de service de l’ONCFS du Var. Mais il ne faut pas dramatiser, la plupart du temps, ce ne sont que des chiens. » L’anti-écologiste Emmanuel Macron veut pourtant relèvement le pourcentage de loups pouvant être tués, de 10-12 % à 17-19 %. Un internaute attend le jour « où un ramasseur de champignons se fera bouffer, et tant mieux si c’est un écolo bobo »*. Quelques réactions sur lemonde.fr :

pm42 : C’était notre chapitre « il faut sauver la biodiversité sauf quand elle nous dérange ».

Blanche Miroir : hum, l’image du gars « déchiré quand il voit une brebis tuée par un loup » me laisse sceptique. Je veux dire, quand il faut tuer les jolis petits agneaux nouveaux-nés afin de récupérer le lait de brebis, ça ne lui déchire pas le cœur plus que ça… Quant au « bobo écolo », s’exprimer par clichés montre bien la pauvreté de la pensée. On devrait offrir des stages en Slovénie aux éleveurs français, petit pays qui compte beaucoup plus de loups qu’ici.

Michel SOURROUILLE : Que diraient les éleveurs des montagnes françaises si, au lieu de loups, ils étaient confrontés à des troupeaux d’éléphants ! Le Botswana n’a levé que le 22 mai dernier l’interdiction de chasser l’éléphant sur son territoire. Le Botswana (superficie comparable à la France) a de loin la plus importante population d’éléphants en Afrique, avec 135 000 individus recensés en 2015, qui se déplacent librement. En France il n’y a que 430 loups. Autre comparaison, il y a 1500-2000 loups en Espagne et 1000-1500 en Italie. J’en arrive à me demander si les Français ne mangent pas trop de viande, à moins qu’ils ne soient trop nombreux, 67 millions de parasites de la chaîne alimentaire…

Herr Satz : Les éleveurs souhaitent travailler 35H et « avoir une vie ». Ils ne souhaitent plus dormir sur place pour surveiller le troupeau. Moralité : ce n’est pas le loup le problème, c’est l’éleveur. Au fait, ça sert à quoi un berger ?

Lescargot : La France a longtemps été un pays anti-écologique par excellence. L’ensemble du territoire a été déboisé. Excepté dans les Vosges, il n’existe que des forêts secondaires avec très peu d’espèces d’arbre, et une biodiversité ridicule. La question du loup n’en est qu’une parmi tant d’autres :
– Tortues / Phoques moines de Méditerranée n’ont plus aucune zone disponible en bord de mer.
– Raies / Requins ont quasiment disparu et les rares survivants sont en train de se nourrir de plastique
– Oiseaux, avec un nombre en chute libre depuis des dizaines d’années. En cause : les pratiques agricoles, les chats et la dégradation des derniers environnements
– Saumons / Esturgeons… : Barrages, sur-pêche et pollution ont fait de ces poissons autrefois très communs des animaux en danger d’extinction en France (et en Europe)
La liste est trop longue, le groupe Lynx / Ours / Loup est juste un autre exemple. Quand apprendrons-nous en France à vivre avec notre environnement ?

Jong : Urbain, jeunesse « rurale », je vois d’un œil sarcastique les « ruraux » qui se posent en défenseur de la « nature » au titre que eux la connaissent mieux. Avec leurs voitures et leur kilométrage annuel a base de 10aines de milliers de km, leurs mono-cultures, mono-élevages, leurs pesticides, la destruction consciencieuse de la biodiversité. Qui de plus font porter sur « l’Etat » (=les autres) la responsabilité de leurs déboires. Non décidément pas de leçons de « nature » à recevoir.

Jean-Rémi : Je suis un bobo qui aime la montagne la rando, les moutons, les bergers et savoir qu’il y a des Loups dans la montagne. Ne peut-on pas progressivement tous les piéger et leur mettre un collier gps ? Des qu’ils s’approchent du troupeau = alerte = mesures d’effarouchement. Après tout, dans l’évolution les animaux terrestres qui n’ont pas appris à craindre les hommes ont tous disparus, avec un collier gps les pauvres loups vont apprendre à craindre les moutons. Ils vont vivre leur révolution numérique eux aussi.

* LEMONDE du 29 mai 2019, Dans le Var, les attaques de loups cristallisent le sentiment d’abandon du monde rural

Biodiversité en péril extrême, tout le monde s’en fout

LE MONDE en page Une et gros titre : « Un million d’espèces menacées de disparition… Il n’est pas trop tard pour agir. » Bonne nouvelle, on commence dans l’éditorial* à s’éloigner de l’anthropocentrisme dominant : « La planète s’achemine vers la sixième extinction de masse avec un unique responsable : l’homme… Rien ne saurait justifier qu’une espèce – la nôtre – s’arroge le droit de vie et de mort sur toutes les autres… L’humanité fait partie intégrante de la biodiversité, elle a un destin lié avec l’ensemble du vivant… » Mauvaise nouvelle, l’utilitarisme refait très vite surface : « En sapant la biodiversité, nous mettons en péril notre propre avenir… La qualité de l’air que nous respirons, de l’eau que nous buvons, de la terre qui nous nourrit, est aussi tributaire de celle des milieux naturels. » Le problème, c’est que pour ce média « La réponse à l’extinction des espèces est désormais entre les mains des gouvernements ». Faire confiance à des gouvernements qui n’ont jamais considéré l’épuisement en ressources fossiles, qui organisent depuis bientôt 25 ans des conférences sur le péril climatique sans rien changer à nos modes de vie, c’est un non-sens. D’autant plus que la biodiversité, tout le monde s’en tape le coquillard. Nous aurons ce que nous méritons, famines, guerres et épidémies sur un sol où ciment, goudron et friches industrielles conserveront les ultimes traces de la civilisation thermo-industrielle.

Pour agir vraiment il faudrait verser dans l’écocentrisme prosélyte, pratiquer la sobriété partagée et combattre la société de croissance. C’est notre envahissement de l’espace de toutes les espèces vivantes par notre population et nos activités qui entraîne la chute de la biodiversité. Quelques points de vue sur lemonde.fr :

Hum : « Rien ne saurait justifier qu’une espèce, la nôtre.. » Attention, l’homme a peut-être tous les défauts du monde mais cette planète est d’abord la sienne, il y a créé ce qu’aucune autre espèce n’est capable de faire, civilisations, cultures, valeurs, histoires.

Animal poilu mais pas méchant : Pour sauver je ne sais pas combien des millions d’espèces dans les siècles à venir, il y a une seule espèce à supprimer : l’espèce humaine et sa cupidité, son arrogance, son ignorance et son incompréhension de la place qui lui revient dans l’ordre naturel.

HdA : Depuis la sortie d’Afrique d’Homo Erectus, partout où il est passé, des centaines d’espèces ont disparu. L’agriculture a accéléré le phénomène. La vie moderne met la barre un peu plus haut. Et rien ne vient enrayer cette détermination à détruire, des mammouths aux loups de Tasmanie et passant par les mégathériums, le dodo, la vache marine de Stelléride, la perruche de Caroline et des milliers d’autres. Nous avons toujours une bonne raison de les détruire.

Claude Hutin : Qu’une grenouille à pattes vertes endémique à Bornéo disparaisse, ça fait quoi au juste concrètement ? Pendant ce temps il y a des vraies personnes qui meurent, du paludisme par exemple, et les écologistes s’en fichent. La sauvegarde de la biodiversité n’est pas une fin en soi, il faut savoir ce qu’on veut préserver et pourquoi.

Alphonse : A moins que cette petite grenouille ne soit capable de se nourrir des larves de moustiques porteurs du paludisme? Pauvre petit Hutin.

JEAN-PHILIPPE PETIT : L’origine humaine de l’effondrement prévu est attestée, mais rien de vraiment très concret ne l’empêche et l’humanité le sait. Nous colloquons. En 2018, total des dépenses militaires mondiales : 1 565 milliards d’euros. Les rogner ou « suicider » l’humanité prochaine ?

SIMON M : il faudra quand même parler de l’éléphant dans la pièce… la destruction des habitats, c’est la surpopulation, et l’incapacité (ou l’absolu manque de volonté) de certains états à contrôler/limiter les naissances… C’est sûr qu’à plus de 7 milliards d’êtres humains (d’autant que nous sommes une espèce relativement auto-centrée sur nos besoins), ça laisse moins de place aux autres espèces…

Marcel : La nature poursuit tranquillement son chemin, elle n’a que faire de l’avenir de l’humain. L’avenir est au plus malin, et ce n’est pas l’humain, mais le cafard qui existe depuis 355 millions d’années…

L’IPBES, l’équivalent pour la biodiversité du GIEC

mars 2018 : Partout sur la planète, le déclin de la biodiversité se poursuit, « réduisant considérablement la capacité de la nature à contribuer au bien-être des populations ». Ne pas agir pour stopper et inverser ce processus, c’est mettre en péril « non seulement l’avenir que nous voulons, mais aussi les vies que nous menons actuellement ». Tel est le message d’alerte délivré par la Plate-forme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES), réunie du 17 au 24 mars à Medellin (Colombie), pour sa 6e session plénière. Créée en 2012, sous l’égide des Nations unies et fédérant aujourd’hui 132 pays, l’IPBES peut être considérée comme le « GIEC de la biodiversité », en référence au Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, dont elle a repris, dans son domaine, le mode de travail.

Avril 2019 : La sixième extinction de masse des espèces est bel et bien en cours. Et la terrible nouveauté, par rapport aux précédentes comme la disparition des dinosaures, voilà 65 millions d’années, est qu’elle se produit en quelques décennies seulement, et qu’une espèce parmi toutes les autres, l’homme, en est responsable : destruction des habitats terrestres et marins, surexploitation des ressources, pollutions de toute nature, prolifération d’espèces envahissantes, mais aussi changement climatique. Les experts de l‘IPBES se réunissent à Paris. Les délégués devront adopter un rapport scientifique de plus de 1 700 pages, élaboré par 150 chercheurs de cinquante pays, avec des contributions fournies par 250 spécialistes des sciences naturelles, mais aussi économiques et sociales. Encore faudra-t-il, pour espérer endiguer la perte du vivant, que les États agissent alors plus efficacement qu’ils ne l’ont fait jusqu’à présent pour contenir le réchauffement planétaire. Quelques réactions sur lemonde.fr*, en particulier sur le rôle des moustiques. L’écologie, c’est le domaine de la complexité :

Olivier Martineau : Déclin vertigineux… Et il semble qu’aucune de ces alertes ne soit en mesure de toucher les décideurs et les électeurs. Alors que nous savons tout cela depuis plus d’une décennie, tout continue comme avant. Les émissions de CO2 augmentent et nous déforestons à tout va. L’humanité est-elle devenue si apathique, que le destin des générations futures lui soit devenu indifférent ?

TW : Recommandations « non contraignantes ». Tout est dit. Tant qu’il en sera ainsi, rien ne changera.

Ivo Mieupa : Il y a urgence là aussi : Macron va créer un conseil citoyen sur la biodiversité afin de dégager des pistes de réflexion pour 2060. Et hop ! Plus de problème. What else ?

Action réaction : Est-il encore temps d’alerter les décideurs ? Il me semble que les décideurs savent, et considèrent qu’il ne peuvent pas agir car l’économie reste la priorité malgré la faille suicidaire de ce raisonnement. Ne serait-il pas temps que la science s’organise afin d’entrer en politique ?

CYNIQUE DU BON SENS ET RAISON : Comparez, »Les dépenses mondiales d’armement approchent des 2 000 milliards de dollars »… Ce monde, notre civilisation, est juste suicidaire.

le sceptique : Dès le début, on aurait aimé que les deux « éco » (économie, écologie) jouent franc jeu ensemble en mettant sur la table ce qui coince. A savoir que l’objectif d’un climat stable et d’une biodiversité stable est impossible sur fond d’exploitation croissante de la planète pour nourrir les besoins et désirs humains. Mais chacun dans son coin, le géophysicien regarde ses courbes glaces et CO2, l’écologue ses courbes espèces et habitats, l’économiste ses courbes PIB et pouvoir d’achat.

Daniel : La biodiversité est l’assurance vie de notre écosystème planétaire; elle lui confère sa capacité à s’adapter aux changements qui surviennent en son sein. Continuons de la réduire et nous atteindrons le point de rupture où les écosystèmes ne pourront plus assurer cette  » contribution de la nature aux sociétés ».

Syfre : comme d’hab dans ce genre d’article la démographie humaine n’est jamais évoquée alors que c’est LA principale raison de tous les problèmes.

JP4921 : Vous avez raison, quand Pasteur trouve le moyen de sauver tant d’Humains, il ne se doute pas de l’utilité de toutes ces « petites, petites, bêtes » que depuis nous tuons grâce à une chimie « protectrice » de notre démographie galopante…

Laurent Jacques : Et alors ? Faudrait-il un petit génocide pour protéger les abeilles et les rhinos ?

Enkidou : la nature n’est pas autre chose qu’une ressource pour l’homme. Il faut la gérer, comme n’importe quelle ressource, au bénéfice de l’humanité, mais pas la diviniser. La biodiversité doit être protégée, mais seulement dans la mesure où son maintien est plus utile aux hommes que sa diminution. Je doute fort, par exemple, que la forte réduction du nombre de moustiques (y compris ses conséquences) soit une calamité pour l’homme.

PIERRE FERRON : « Ecologie » désigne l’équilibre d’un systéme vivant ; les moustiques font partie de ce systéme, ils nourrissent les oiseaux, entre autres. Supprimez un maillon de la chaîne du vivant ( » bios » ) et l’ensemble est déséquilibré. Nous ne connaissons pas encore toute la teneur des interactions entre tous les maillons de la chaîne. « L’économie » ne peut exister sans « l’écologie », Un président qui se veut « moderne » aurait dû comprendre ça profondément.

Enkidou @ PF : « Nous ne connaissons pas encore toute la teneur des interactions entre tous les maillons de la chaîne », dites-vous. Certes. Mais si l’homme avait attendu de connaître toutes les conséquences de ses actions avant d’agir, il en serait encore à l’âge de pierre, et nous ne serions pas là pour en deviser.

GILLES GAMAICHE @ Enquidou : Quelle ignorance crasse. La nature n’est pas une ressource pour l’homme. L’homme fait partie intégrante de la nature. Il en est même tout à la fois son espèce la plus disruptive et la plus fragile.

Claude Hutin : Supprimons ces saloperies de moustiques et nous supprimerons le paludisme et d’autres maladies ignobles qui tuent encore des centaines de milliers d’enfants chaque année. D’autres insectes prendront leur place, ou il y aura moins d’insectes, mais je me fous de cette nature qui tue des enfants.

Lysistrata : Par simple cohérence intellectuelle, Le Monde pourrait cesser de jouer les pleureuses dès que la croissance baisse. Le niveau minimum de récession pour sauver le vivant (et donc aussi les êtres humains) est de – 2% par an. Il est indispensable que nous soyons durablement en récession pour que nos enfants survivent. Et on ne meurt pas d’avoir une voiture plus petite, de ne pas passer nos vacances en Tunisie et de manger du steak seulement une fois par semaine.

* LE MONDE du 30 avril 2019, Les délégués de 132 pays et les experts de l’IPBES entament lundi une semaine de discussions à Paris pour alerter sur la disparition accélérée du vivant

Pas de bol, l’impossible retour à la nature sauvage

La « première nature » est celle qui existe « à l’état sauvage », « vierge de toute intervention humaine ». La deuxième est retravaillée par l’homme : « Nous semons le blé, plantons des arbres, fertilisons les sols par l’irrigation, maîtrisons les fleuves et redressons ou détournons leurs cours. En résumé, par le travail de nos mains, nous essayons, pour ainsi dire, de créer une seconde nature au sein du monde naturel. (Cicéron, De natura deorum, 45 avant J.-C.)» L’anthropologue Anna Lowenhaupt Tsing propose dans Le Champignon de la fin du monde une autre vision. La troisième nature, explique-t-elle, est celle qui « réussit à exister malgré le capitalisme ». Dans les friches urbaines et les interstices de l’agriculture intensive survivent les espèces végétales et animales dites « férales » – sauvages. A Tchernobyl, la vie naturelle reprend, vaille que vaille, « avec ses bleuets irradiés ». Anna ne s’inscrit pas dans la lignée des utopistes d’un « retour à la nature » , il est trop tard pour que l’humanité emprunte cette voie.*

Pas de bol, « Il est trop tard ». Trop tard pour revenir à l’époque de la chasse et de la cueillette. Trop tard pour que l’agriculture nourrisse l’humanité tout en préservant les sols, les zones humides et les forêts. Trop tard pour espérer vivre avec des loups et des ours à nos portes. Trop tard pour avoir un sentiment océanique au milieu des vacanciers des bords de mer. Trop tard pour aller dans un lieu préservé de l’homme car il devient la destination prévue d’un tourisme organisé. Trop tard pour que nos enfants des villes sachent goûter l’aventure dans la nature. Trop tard pour définir des zones naturelles sauvegardées étant donnée la prolifération de l’espèce humaine. Trop tard pour limiter le nombre de nos animaux d’élevage pour laisser plus de place aux espèces férales. Trop tard, trop tard ! Je me souviens des regrets de François Terrasson** :

– La Terre n’est pas la planète des hommes. Pendant des centaines de millions d’années, d’autres êtres vivants ont occupé les lieux où se trouvent maintenant nos maisons, nos lits et nos chaises.

– La protection tue la nature, en ce sens qu’elle élimine l’ambiance de l’involontaire, essence du concept de nature.

– La vague d’urbains se précipitant sur de fausses pistes, qu’elles soient de ski ou de grande randonnée, diffuse ses modèles jusqu’au cœur des sociétés rurales dont l’idéal se situe, en sens contraire des arrivants, en milieu urbain.

– Le sentiment de la nature, de la nature puissante, le sentiment cosmique, métaphysique, presque religieux, cette chose là on ne l’aura plus, parce que justement, cela nécessite un endroit non réglementé, et un endroit relativement vaste. On rencontre déjà des gens qui n’ont plus le concept de nature, qui ne peuvent pas concevoir un lieu sans homme, un lieu sans aménagement.

– Une ruine, c’est l’endroit où la nature reconquiert un lieu de civilisation humaine. Une puissance étrangère faite de mousses, de ronces, d’orties, de lézards et de limaces s’infiltre, s’installe, triomphe là où l’homme avait dressé le symbole de sa puissance face à l’environnement : sa maison. Pour le visiteur qui « prend son pied » dans les ruines, la nature n’est pas perçue comme une force étrangère.

– Nous sommes hommes, mais nous pourrions être aussi bien blaireau, pierre ou serpent (…) Nous ne possédons pas la terre, c’est la terre qui nous possède.

– Le monde s’écroulerait peut-être moins vite s’il n’y avait pas de présence d’homme…

* LE MONDE du 25 avril 2019, Histoire d’une notion : la « troisième nature » ou les dynamiques vitales du sauvage

** La peur de la nature de François TERRASSON (1988, réédition Sang de la Terre, 2007)