biodiversité

Féminisme radical et écologie politique

SCUM Manifesto, pamphlet autoédité en 1967 par Valerie Solanas, n’y va pas de main morte : « Rien dans cette société ne concerne les femmes. Alors, à toutes celles qui ont un brin de civisme, le sens des responsabilités et celui de la rigolade, il ne reste qu’à renverser le gouvernement, en finir avec l’argent, instaurer l’automation à tous les niveaux et supprimer le sexe masculin. » SCUM, acronyme de Society for Cutting Up Men (l’association pour châtrer les hommes) appelle à constituer des banques de sperme pour assurer la reproduction et tient l’homme pour « un accident biologique ; le gène Y (mâle) n’est qu’un gène X (femelle) incomplet, une série incomplète de chromosomes (…) une femme manquée, une fausse couche ambulante, un avorton congénital ». Si Solanas elle-même ne se considérait pas comme féministe et traitait les associations féministes avec mépris, son manifeste est considérés par certaines comme un acte fondateur du féminisme radical. Aux Etats-Unis, SCUM a divisé profondément les féministes au cours des années 1970 et provoqué une fracture au sein de la National Organization for Women (NOW), la principale organisation féministe. L’emblématique fondatrice, Betty Friedan, estimait que les idées de Solanas faisaient du tort à la cause, tandis que d’autres militantes la défendaient. Cinquante ans après, deux essais reprennent l’idée de se passer des hommes : Moi les hommes, je les déteste, de Pauline Harmange et Le Génie lesbien de l’élue Ecologie-Les Verts (EELV) au Conseil de Paris Alice Coffin.

Les pamphlets sont des pamphlets à l’égal des caricatures de Mahomet, des témoignages que la liberté d’expression existe aux États-Unis et en France. SCUM n’est qu’une caricature, un simple prurit. Le sexicide devrait faire rire et ne pas être pris au pied de la lettre. Libres à certaines de ne vivre qu’entre femmes comme des hommes préfèrent l’entre-soi. Mais toutes ces manifestations ne font pas projet de gouvernement. Que Coffin ne lise plus Matzneff, soit, qu’elle fasse virer Girard, c’est un changement de registre. Ce qui inquiète chez ces féministes radicales, c’est de ne plus faire la distinction entre la pensée symbolique et l’action réelle. Ce qui inquiète chez EELV, c’est qu’on donne la parole et des places d’élues à un féminisme extrémiste alors que l’écologie politique prône le sens des limites. Le féminisme politique, c’est-à-dire la volonté de mettre en œuvre l’égalité réelle entre l’homme et la femme est l’exact contraire du séparatisme des sexes. Le terme misoandre n’existait pas avant les années 1970, c’était injuste puisque le terme misogyne existait. Mais l’existence d’un mot désignant certaines attitudes ne devrait pas occulter le fait que nous sommes tous fondamentalement androgynes. Voici quelques compléments d’analyse sur lemonde.fr :

Extrêmecentre : L’argumentation de cet « SCUM » comporte la même structure que les « écrits » antisémites et racistes. En particulier l’animalisation, donc la déshumanisation, d’une partie de l’espèce humaine afin de justifier son élimination. A bien des égards on est en présence d’un Mein Kampf féministe. Je ne comprends même pas qu’on réserve une seule ligne à ce type de machin dont on apprend avec consternation qu’il a inspiré nombre de féministes actuelles (cela étant on s’en doutait).
Hervé Corvellec : Je mettrais le SCUM au rayon littérature et non pas sciences humaines, ce qui n’empêche pas les études de genre d’y faire référence. Il s’agit selon moi d’un écrit de révolte à mettre dans la tradition du Marquis de Sade (sans les détails) ou d’Alfred Jarry (sans l’humour) . Solana y vomit la sociétés des hommes comme d’autres vomissent leur haine de tel ou tel groupe de personnes – ce qui bien sûr pose problème.
Jibé : SCUM montre bien comment le féminisme n’est qu’une des expressions de l’extrême-droite exclusive, qui a réussi par je ne sais que tour de magie à recevoir un label « de gauche » tout en prônant des exclusions et interdictions de mélange dans tous les sens.
Alta : Ce que ces » féministes » ne comprennent pas, c’est que tous leurs excès provoquent ce qu’elles haïssent le plus. Chaque fois qu’une femme dit vouloir exterminer les hommes, elle raidit un peu plus ceux qui auraient pu tendre une main vers elle.
Vermont1 : Solanas était une grande admiratrice de William Burroughs. Selon maints témoignages elle le suivait partout dans New York. Bien sûr, Burroughs (qui avait tué sa femme d’une balle dans la tête) avait écrit, bien avant Solanas, un petit texte intitulé ‘A New Frog’ où, découvrant cette nouveauté scientifique qu’était le clonage, imaginait un monde où les mâles pourraient se reproduire sans les femelles, ce qui rendait la présence du genre féminin sur terre tout à fait dispensable. Burroughs représentait non seulement l’icône gay des années 50, 60, mais aussi le seul grand écrivain de son époque qui assumait une misogynie radicale.

Pour en savoir plus sur l’écoféminisme :

Écoféminisme et question démographique

Tuer des animaux pour se sauver du Covid

Pour mieux lutter contre le Covid-19, sommes-nous prêt à sacrifier des animaux quand on est écolo ? Les modèles animaux, qui permettent de tester « in vivo » les traitements avant de les dispenser aux humains, sont paraît-il cruciaux dans la phase préclinique de la lutte contre le SARS-CoV-2. Dès le mois de mars, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a rassemblé chaque semaine, en vidéo, un groupe international d’experts afin qu’ils sélectionnent les cobayes les plus pertinents. Des visons aux chiens, des chats aux cochons, des poulets aux canards, tous les animaux qui pouvaient avoir un intérêt ont ainsi été utilisés dans le cadre d’expériences. L’équipement d’imagerie exceptionnel rassemblé à Fontenay-aux-Roses permet par exemple de suivre les lésions mais aussi la réponse inflammatoire des animaux malades, « et bientôt l’évolution du pathogène lui-même ». Autant d’observations pratiquement impossibles chez l’humain mais essentielles pour comprendre les vicissitudes du virus. Quelques commentaires sur lemonde.fr, qui l’emporte entre les POUR et les CONTRE l’expérimentation animale ?

Ouuuups : Lectrice assidue du Monde, je me permets pour la première fois d’exprimer mon étonnement quant au traitement journalistique d’un article. Les termes qui sont ici employés s’agissant du sujet délicat de l’expérimentation animale mettent en avant une réification des animaux, les ramenant à de simples « boîtes à outils » et le recours à différents jeux de mots dans les titres voire à une sorte d’humour (« trois espèces se partagent le soin d’accomplir le dernier tour de piste »…) pour désigner les résultats d’expériences sur quatre espèces animales, qui ont nécessairement enduré stress et souffrances dans ce cadre, me laisse perplexe… Si je peux entendre que l’épidémie rend nécessaire ce type de recherches et ne remets pas en cause l’intérêt de l’article, un traitement plus respectueux des animaux (et des lecteurs soucieux de la condition animale) aurait été apprécié…

Alazon : Je suggère que les gens qui sont contre les expérimentations animales se placent dans un grand fichier de refus des médicaments validés grâce à elles. Les médecins consultant celle liste sauront alors qu’il faut les laisser crever plutôt que de leur donner les dits médicaments.

Marioniet : Où sont les vegans, végétariens, végétaliens, pro animaux, défenseurs des animaux, « brigittebardotistes « et autres » aimant-les-animaux »…dont je suis ? Incapable d’écraser un insecte, même méchant, je déplore que l’on exploite la race animale pour connaître ce virus 19 qui s’éteindra de lui-même, comme celui de la grippe espagnole qui, ELLE, a fait des millions de morts.

pierre marie : C’est votre choix, Marioniet. Vous pouvez refuser tous les traitements. Il est toutefois plus complexe d’en priver les autres… La grippe espagnole a surtout fait des morts car nous ne disposions pas à l’époque des médicaments qui permettait de soigner ces effets secondaires. Aujourd’hui, cette grippe n’aurait pas été un problème majeur.

Anti-démago : Il est honteux de faire souffrir des animaux innocents pour sauver des humains. Ça ne montre que le complexe de supériorité de l’humain, qui de plus en plus se retourne contre lui.

Pelayo Decovadonga @ Anti-démago : Le lion qui a mangé le petit Mamadou avait le même complexe de supériorité. Pourquoi l’Homme serait-il la seule espèce à ne pas avoir le droit de mettre le reste de la nature à son service ? Vous croyez à sa singularité dans le monde animal ? A sa supériorité ?

avec le temps @anti-démago : je te rappelle que la TOTALITE des médicaments, aliments, boissons, vêtements, produits de première ou seconde nécessité, sont testés sur des animaux, avant d’être commercialisés. si tu refuses ces tests, il te faut refuser la TOTALITE des produits commercialisés. il te faut donc t’habiller de feuilles et aller chercher des racines ou fruits « naturels » pour te nourrir…

GuillaumeS : Pourquoi ne pas tester sur des primates humains moins évolués que le hamster : les électeurs de trump ?

Danielito Cevenas
 : Mais qu’en disent les anti-specistes? Les Bardot et autres écolos animalistes?

Kryssy @Cevenas : L’humain sauve sa peau. C’est logique. Il a supériorité pour lui aujourd’hui (pour combien de temps ?). L’expérimentation animale nous est malheureusement ( et je l’écris au sens littéral) indispensable pour sauver notre peau. Nous le faisons au détriment d’êtres vivants à qui on nie l’empathie, les émotions et la souffrance.

Article complémentaire sur notre blog biosphere :
25 mai 2015, L’expérimentation animale dans la recherche médicale

Législation, féminisme et avortement

Pour valider une pensée, il faut savoir d’où on vient pour mieux déterminer où on veut aller. Né en 1947, ma mère venait juste d’obtenir le droit de vote ; lycéen, je n’avais pas le droit d’avoir des cheveux longs ; les femmes dans leur profession n’avaient pas droit au pantalon. Mon père était légalement le chef de famille, le texte de loi n’a changé qu’en 1972. Depuis cette époque, bien des changement ont eu lieu. Ma pensée éco-féministe a évolué. En 2020, l’état de la législation en France est tel que l’objectif du féminisme, l’égalité entre l’homme et la femme, a été atteint. S’il existe peut-être des lacunes de la loi en la matière, je voudrais qu’on m’en fasse part en commentaire sur ce blog. A mon sens certaines améliorations ponctuelles peuvent être proposées, mais la pratique montre qu’on peut tomber dans la démesure, par exemple au niveau de l’IVG.

René Dumont lors de la présidentielle 1974 réclamait la liberté d’avorter, ce fut légalisé le 17 janvier 1975. Dont acte. Aujourd’hui en 2020 une proposition de loi fait passer le délai légal de recours à l’IVG de douze à quatorze semaine de grossesse. Les femmes ne demandent pas de pouvoir avorter plus tard, elles demandent à être prises en charge tout de suite, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. On sait très bien que les délais n’ont pas été allongés pour le bien des femmes, il s’agissait seulement de pallier les défaillances du système de santé. Il semble que l’agitation politique actuelle nous fait oublier la complexité du monde dans lequel nous vivons et les risques que des techniques mises en œuvre nous font prendre ; avorter à 14 semaines, ce n’est pas anodin, ni pour la femme, ni pour le praticien. Ce qu’il faudrait, c’est un droit opposable à l’avortement, qui obligerait l’État à garantir une IVG

Rappelons quelques idées sur le féminisme. C’est par définition un ensemble de mouvements et d’idées qui partagent un but commun : promouvoir et atteindre l’égalité entre les femmes et les hommes dans tous les domaines ( Wikipédia). Quant à approfondir la question, on peux se référer à mon livre de 2017, « On ne naît pas écolo, on le devient » (éditions Sang de la Terre), rubrique Féminisme : « Je suis né garçon et pourtant je suis féministe. Aussi loin que je me rappelle, j’ai toujours été féministe, en faveur de l’égalité pleine et entière des hommes et des femmes. Pourquoi ? Difficile à dire. Ma mère ne pouvait rien faire sans l’aval de mon père. Peut-être est-ce là une explication de mon féminisme, un soutien indirect à ma mère ! C’est avec Jean Rostand à 22 ans que je découvre en 1970 la diversité sociologique du statut de la femme. Chez les Arapesh, il existe un seul type sexuel de comportement social qui correspond au type féminin des nations occidentales. Chez les Mundugumor, c’est la référence masculine qui est privilégié par les deux sexes. Quant aux Tchambuli, nous retrouvons les deux catégories, mais inversées par rapport aux société machistes….

A partir de 1975-76, ma vie professionnelle de professeur de SES va me permettre de rationaliser mes convictions et de faire des cours sur le féminisme. La nature physique de la femme ne dit rien de son statut social par rapport à l’homme : le comportement humain est déterminé par un conditionnement culturel. Il n’y a pas d’éternel féminin, il y a des cultures diverses qui produisent telle ou telle image de la femme. Avec les élèves de seconde, nous nous interrogeons sur la notion d’actif/inactif. La notion officielle de l’activité fait que la femme au foyer n’est pas comptée dans le PIB. Je fais chercher la réponse à cette question existentielle : que fait le PIB quand un médecin épouse sa femme de ménage ? J’organise des débats genre « les femmes doivent-elles rester à la maison ? ». J’interroge les élèves : « Que connaissez-vous comme métier spécifiquement masculin… ou féminin. » On m’a sorti un jour « ouvrir les huîtres, masculin ». Les parents sont les premiers responsables d’une différenciation des rôles injustement fondée sur une différence biologique. J’ai étudié avec mes élèves un texte de Simone de Beauvoir (Le deuxième sexe – 1949) dans lequel se trouve ma phrase fétiche « On ne naît pas femme, on le devient ». Notre comportement n’est pas fixé par nos gènes, « naturel », pré-établi à la naissance. Tout est culturel, issu d’une socialisation, que ce soit les (in)égalités sexuées ou notre attitude vis-à-vis de la nature. Un bébé a un comportement androgyne. C’est à travers la bouche, les mains et les yeux que les nourrissons des deux sexes appréhendent l’univers. Jusqu’à douze ans environ, la fillette est aussi robuste qu’un garçon du même âge, et les capacités intellectuelles sont similaires tout au cours de la vie. Ce n’est pas la nature qui, pendant des siècles, avait empêché les femmes d’aller à l’université, mais des élites masculines qui ne voulaient pas partager le pouvoir, aidées par des femmes qui avaient intériorisé une impuissance factice. L’égalité des sexes progresse dans les jeunes esprits de mes élèves… un peu ! Nous sommes tous androgynes, mais nous ne le savons pas vraiment. (…) »

Michel SOURROUILLE

pour en savoir plus grâce à ce blog biosphere :

8 mars 2020, Écoféminisme et question démographique

1er novembre 2017, Biosphere-info, féminisme et écologie (synthèse)

Le choix végan, discutable ou fiable ?

Se mettre à la place d’un végan, c’est probablement se sentir très seul dans un monde de fous : « Confectionner des chaussures, des canapés, des sacs avec un ventre, s’envelopper d’un pelage pour se réchauffer, manger un corps, le découper en morceaux puis le faire frire dans l’huile, est-ce possible que ces monstruosités aient vraiment lieu ? Cette tuerie gigantesque organisée, cruelle et impassible, mécanique, sans aucun remords, sans la moindre réflexion… Avons-nous perdu la tête ? » (Dernière phrase d’un article de Stéphane Foucart). Les commentateurs sur lemonde.fr s’en donnent à cœur joie :

Le Dingue : Ne confondons « manger de la viande » ou sans euphémisme « manger des animaux » avec « abattre les animaux » de manière indigne. Avec la philosophie Vegan (végétalienne) il faudrait faire sortir des milliers d’espèces carnivores du jardin d’Eden : tigres, ours, poissons par centaines, lézards de toutes tailles, grenouilles et …..tous les oiseaux !

Buber : Un peu fouillis cet article de Foucart car végétarisme et véganisme sont différents. Oui les humains ont toujours mangé de la viande et ont des dents adaptées pour ce faire–ce qui ne dit rien sur les quantités absorbées ni sur l’industrialisation de la mort. Oui les vegans doivent prendre des compléments alimentaires (vitamine B 12) et dépendent de la chimie pour leur équilibre alimentaire. Oui nous mangeons trop de viande rouge ce qui a un impact négatif sur l’environnement. Mais on peut être flexitarien avec un peu de viande, surtout blanche, dans son assiette.

Hermès32 : Qu’il faille diminuer fortement notre consommation de viande n’est aujourd’hui plus guère contesté par personne. Par rapport au véganisme il ne faudrait tout de même pas oublier deux choses : il y a un monde entre les élevages de poulets en batterie ou de porcs industriels et les pratiques de l’agropastoralisme où la nourriture bio donnée aux animaux (élevés en plein air) et leur bien-être sont des critères essentiels ; ce serait une grossière erreur de prendre les végans pour des victimes, il ne faut pas oublier qu’il y a derrière ce mouvement des lobbys financiers très puissants qui avancent soigneusement cachés.

Lucius V : Sur les trois végans que j’ai connus, une est revenue à une consommation très modérée de produits carnés et une autre au végétarisme pour cause de carences. Ce qui pour moi soulève surtout une inquiétude pour les enfants nourris à ce régime. Pour le reste, entre un viandard invétéré et un végan, il y a des attitudes médianes bien que pour beaucoup de gens il n’y a que Paradis ou Enfer.

Paco : Végan/carnivore. Féminin/masculin. Capitale/territoire. Racisé/universaliste. Privé/public. Nordiste/sudiste. Régionaliste/jacobin. etc. Riches/pauvres, ah, ça non!!! Continuez à vous déchirer sur des parcelles, nous on s’occupe du reste : le pognon et votre exploitation.

Citoyen Lambda : Rien contre les végans du moment qu’ils n’essaient pas d’imposer leur conviction aux autres.

Azerty : Et combien de parents sont jugés pour nourrir leurs gosses aux burgers et au soda à les en rendre obèses ? Aucun, alors qu’ils sont bien plus nombreux. Et range, non?

Citoyen étonné : Et qu’est-ce qu’on fait avec le gentil petit chat de mémère, carnivore exclusif qui, passe ses nuits à pourchasser mulots et musaraignes, ou attend au pied du nid qu’un bébé mésange rate son envol ? On lui explique qu’il doit devenir vegan et changer son intestin ? L’animal humain lui est omnivore, et son intestin ne lui permet pas de digérer les fibres.

Gaston : de toute façon avec la démographie délirante de notre espèce le végétarisme deviendra la norme question de survie

Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphere :

8 janvier 2019, Paul Ariès accuse les végans de mentir sciemment

02 juillet 2018, Les végans occultent notre rapport complexe à la mort

31 octobre 2017, Entrée du véganisme dans la collection « Que sais-je ? »

14 octobre 2017, Pour ou contre… la viande de substitution

12 octobre 2017, Le véganisme est-il contre les animaux domestiques ?

28 septembre 2017, Demain tous vegans ? Ce serait une catastrophe

28 août 2017, Végan, l’art de l’ersatz et de la confusion des valeurs

ASPAS, protection de la nature sauvage

L’Association pour la protection des animaux sauvages (Aspas) avait inauguré le 22 avril 2014, au cœur de la Drôme, la première réserve privée de vie sauvage. Objectif de ce lieu inédit en France : laisser la nature s’exprimer sans la moindre intervention humaine. Sont interdits la chasse et la pêche, l’exploitation forestière et agricole, l’élevage, les feux, les dépôts de déchets, le passage de chiens non tenus en laisse et même la cueillette. Seule la promenade non motorisée, sur les sentiers, est autorisée. Ce niveau de protection très élevé et unique en France correspond à la catégorie 1b (zone de nature sauvage) du classement des aires protégées, réalisé par l’Union internationale de conservation de la nature. Le seul mode de gestion est la libre évolution. Bravo !

En 2020 un article du MONDE titre : « Ils arrivent avec leur pognon et disent : écartez-vous, c’est nous qui allons sauver la nature ». Dans le massif du Vercors en 2019, l’Aspas a racheté 500 hectares, sa quatrième réserve de vie sauvage. L’Aspas avait fait appel à un financement participatif, vous donnez 30 euros pour 200 mètres carrés d’un endroit où on va laisser en paix la faune et la flore. Ce site était auparavant une réserve de chasse… où les animaux étaient nourris. Une manifestation a été organisée fin août 2020 pour dire « non au ré-ensauvagement » ; pourquoi ne pas faire confiance aux « autochtones » pour protéger ces espaces ? L’écologie est un combat, pour et contre s’affrontent sur lemonde.fr :

G. Delaurens : A lire les réactions, on comprend bien que l’homme n’est pas près à lâcher la moindre parcelle de terrain, et que la lutte pour la préservation des espèces n’est qu’un simulacre. Même le droit de propriété dans un pays légaliste ne garantit pas qu’on puisse empêcher l’influence humaine sur un territoire. Nous sommes juste bons à éliminer toute forme de vie évoluée en dehors de nos chiens, chats et espèces végétales « de rendement » !

Ana : l’ASPAS cit « On a toujours été dans une posture de combat ,donc on est un peu en mode bulldozer. » Ainsi parlait une Khmer verte.

Mam : 500 ha, c’est quand même pas le Yellowstone. Il faut une sacré dose d’intolérance au vivant pour ne pas supporter une part aussi infime de sauvage.

Yolanda : Je suis très engagée dans la défense des animaux et je n’approuve pas les méthodes de cette association. Pourquoi l’ASPAS s’oppose-t-elle aux éleveurs en pastoralisme, qui subissent déjà la pression immense de l’élevage intensif ?

Thibaut : Le droit de la propriété est sacré, non ? N’est-ce pas l’argument employé par les agriculteurs pour planter des OGM ou épandre des glyphosates ? N’est-ce pas l’argument employé par les châtelains pour justifier leurs chasses à courre ? Et bien voilà… Les écolos font ce qu’ils veulent chez eux :o)

Revers lifté : De jeunes écolos enfants de bonnes familles, friqués et arrogants, viennent satisfaire leurs fantasmes sans aucun dialogue avec les gens du coin mais en décrétant ce qu’il faut faire et ne pas faire ! On comprend l’opposition des agriculteurs, éleveurs, forestiers…

DFL : Si les agriculteurs et les chasseurs avaient sauvé la nature, on s’en serait aperçu depuis un bon moment

Toto : Le dogmatisme d’écolos venus d’ailleurs, c’est quand même effrayant…

Jean Claude Grange : Quelle plaisanterie ! Combien de centaines de milliers d’hectare a-t’on bétonné pour construire des zones commerciales avec partout les mêmes hangars en tôle et de gigantesques parking en bitume, qui ont littéralement défiguré le paysage français et contribué à la perte de biodiversité. Et on vient se plaindre pour 500 hectares, qui n’est vraiment pas une grosse surface ?

Pierre-marie : Quelle tristesse et quelle incompréhension du bon fonctionnement des milieux façonnés par l’homme depuis la fin de l’âge glacière… Le « rien faire » n’aboutit pas au « retour » enchanteur à la « nature en équilibre »… C’est la ruine de systèmes riches et complexes, en permanente évolution avec l’homme… Un peu comme un potager qui se transforme en friche où les ligneux étouffent les 3/4 de la vie. La flore des prés fauchées sera étouffée. Les arbres (qui ont toujours été cultivés par l’homme) vont dépérir… Un appauvrissement.

CDA : Non, Les arbres n’ont pas toujours été cultivés par l’homme : à l’origine, la nature est sauvage et des milliards d’années d’évolution prouvent suffisamment qu’elle n’a pas besoin de « façonnage » pour prospérer. Un champ cultivé est un système beaucoup moins riche et complexe qu’une forêt primaire. Pierre-Marie confond biodiversité et jardinage. Un petit bout de terrain, ce n’est pas un retour à avant l’intervention de l’homme, pour ça c’est trop tard. Les agriculteurs et les chasseurs doivent comprendre qu’ils n’ont plus le monopole sur ces espaces non urbains et qu’il y a d’autres visions que les leurs pour leur devenir.

Lire aussi La nature sans les humains se porterait beaucoup mieux (21 avril 2014)

Trop d’humains, extinction des vertébrés

Entre 1970 et 2016, les populations mondiales de vertébrés – oiseaux, poissons, mammifères, amphibiens et reptiles – ont décliné en moyenne de 68 %, révèle le Fonds mondial pour la nature (WWF). L’organisation a publié le 10 septembre 2020 la mise à jour de son « indice planète vivante » (IPV). Les vertébrés représentent moins de 5 % des espèces animales connues, mais sont les mieux étudiés. L’article du MONDE en liste les causes, destruction de près de 90 % des zones humides mondiales depuis 1700, surexploitation des rivières, pollution, changement climatique, système de production alimentaire. La pression démographique humaine sur les milieux n’est pas prise en compte, les commentaires sur lemonde.fr compensent cet oubli fâcheux :

René B. : Il y a une population de vertébrés qui a hélas augmenté : les êtres humains. Et parmi les grands singes ce sont les plus dangereux…

Kiamb : La proportion d’humains a dû croître dans des proportions similaires voire supérieures au déclin des vertébrés. Je suis toujours étonné que ce lien fort entre ces deux phénomènes soit si peu mis au premier plan des causes (et comment y «remédier », ce qui est encore une autre question).

Frog @Kiamb : Votre constat n’a aucune visée d’efficacité : il n’y a pas grand-chose à faire à part attendre que la courbe de population ne redescende. C’était il y a 50 ans, quand on se moquait de la politique de contrôle de natalité des chinois, qu’il fallait faire quelque chose.

Boltzmann : Sur la période 1976-2020, on a donc doublement de la pression humaine sur le monde sauvage. Et comme le niveau de vie a entre temps augmenté (plus de nourriture, part plus importante de viande, existence du gaspillage…), on ne s’en sort pas. Il est écrit dans LE MONDE « Notre système de production alimentaire est l’un des premiers facteurs de changement d’affectation des terres », mais il me semble que ce n’est pas notre système qui pose problème mais notre nombre. Ou plutôt, un système qui allait bien avec deux fois moins d’humains ne convient plus a notre population actuelle.

Rodgeur : Mais puisqu’on vous dit que c’est la Covid la priorité dans le monde. Le reste on s’en fiche. C’est tout. Et puis, est-ce que ça crée du PIB un vertébré autre que l’être humain ? Tout est dans le modèle proie- prédateur. Si le nombre de prédateurs augmente, le nombre de proies diminue. Et comme le nombre d’hommes augmente… Mais à un moment donné, il peut manquer de proies…

Laissons les araignées dans notre demeure !

Voici quelques petits gestes qui vous positionneront comme Terrien et non plus seulement comme Humain : laisser les toiles d’araignée dans les recoins de la maison, ne plus avoir d’animaux domestiques, pratiquer la marche attentive tout autour de son domicile, accepter sur son trottoir les herbes folles, rouler très lentement sur les petites routes (et même sur les grandes route) et faire preuve en toutes circonstances de sentiment océanique.

Abandonnons le grand récit national qui commence à nos ancêtres les gaulois, retrouvons le sens de la nature que nous avons perdu depuis 10 000 ans avec l’invention de l’agriculture, cultivons une éthique de la Terre et le goût de la nature sauvage (wilderness). Pour les colons puritains de l’Amérique du XVIIe siècle, au sens de la Bible, la nature c’est le désert, la solitude dans laquelle se trouvent les hommes lorsqu’ils sont abandonnés de Dieu. Contre ce reniement de la beauté de la Terre, le mouvement s’inverse au XVIIIe siècle, la wilderness devient la nature que l’homme n’a pas corrompue, un symbole de pureté. Pour le philosophe transcendantaliste Ralph Waldo Emerson (1803-1882), la priorité est de chercher ce qui unit l’homme et la nature. En 1858, l’activiste américain Henry David Thoreau (1817-1862) appelle à créer des parcs nationaux, acte fondateur dans l’émergence de la protection de la nature. John Muir (1838-1914) a notamment contribué à sauver la vallée de Yosemite, en Californie. De leur combat naîtront les premiers parcs nationaux – à commencer par Yellowstone, en 1872. Selon les termes du Wilderness Act (loi américaine sur la protection de la nature) voté en 1964), « dans ses lieux, l’humain est un visiteur qui ne fait que passer ». En parallèle émerge une approche plus philosophique, fondée sur le respect que nous devons à la planète.

Dans un livre publié à titre posthume en 1949, Almanach d’un comté des sables, Aldo Leopold (1887-1948) défend une « éthique de la terre » (land ethic),une manière d’être au monde qui « élargit simplement les frontières de la communauté de manière à y inclure le sol, l’eau, les plantes et les animaux » – ce qui, ajoutait-il, ne peut exister « sans amour, sans respect, sans admiration pour [la terre], et sans une grande considération pour sa valeur ». Les éléments de la nature n’ont pas une simple valeur instrumentale, mais surtout une valeur intrinsèque qui forme ontologie. C’est ce qui pose comme principe premier le philosophe Arne Naess dans sa plate-forme de l’écologie profonde : « Le bien-être et l’épanouissement de la vie humaine et non-humaine sur Terre ont une valeur intrinsèque (en eux-mêmes). Ces valeurs sont indépendantes de l’utilité que peut représenter le monde non-humain pour nos intérêts humains. » Il nous faut agir avec la nature comme partenaire, pas comme une esclave qui doit satisfaire tous nos désirs même les plus criminels.

Pour en lire un peu plus grâce à notre réseau de documentation biosphere.ouvaton :

1854 « Je vivais seul dans les bois » (1er chapitre de Walden) de Henry David Thoreau  …

1946 Almanach d’un comté des sables d’Aldo LEOPOLD  …

1976 Ecologie, communauté et style de vie d’Arne NAESS

1992 Arne NAESS, Vers l’écologie profonde avec David Rothenberg  …

1997 Du bon usage de la nature (pour une philosophie de l’environnement de Catherine et Raphaël Larrère

2003 Quelle éthique pour la nature ? de Jean-Claude Génot (Edisud)

2010 Ethique de la terre de John Baird Callicott (recueil de divers textes) – édition wildproject

2010 Crise écologique, crise des valeurs (Défis pour l’anthropologie et la spiritualité) sous la direction de Dominique Bourg et Philippe Roch

2010 Philosophie et écologie d’Anne Dalsuet

2010 philosophie de la biodiversité (petite éthique pour une nature en péril) de Virginie Maris

2011 Ethique de la nature et philosophie de la crise écologique (DEEPWATER HORIZON) de Stéphane Ferret

2012 Pour une philosophie de l’écologie de Juliette Grange

28 février 2015, Une religion pour la terre-mère est-elle dangereuse ?

11 décembre 2007, écologie et éthique

Manger de la viande et en mourir

Le nombre d’épidémies répertoriées chez les humains dans le monde augmente en corrélation non seulement avec la perte de biodiversité mais aussi avec la densité croissante d’animaux d’élevage. Le nombre de bovins est passé de 1 milliard en 1960 à 1,6 milliard aujourd’hui, celui des porcins de 500 millions à 1,5 milliard et celui de la volaille de 5 milliards à 25 milliards. Dans le même temps, les épidémies humaines sont passées d’environ une centaine par an en 1960 à 500 à 600 par an en 2010. Les épidémies animalières augmentent encore plus vite, car elles sont passées de moins d’une centaine en 2005 à plus de 300 en 2018. (étude publiée dans la revue Biological Conservation)

Corrélation signifie ici relation de causalité. Beaucoup de maladies infectieuses humaines viennent des animaux, car nous partageons avec eux beaucoup de nos microbes. Au total, 60 % des maladies infectieuses et 75 % des maladies émergentes ont une origine animale. De plus, moins de biodiversité signifie plus de circulation des pathogènes. Dans les paysages très diversifiés, avec une forte biodiversité, on a peut-être une diversité de pathogènes, mais la compétition entre espèces permet également cette régulation. La simplification des paysages augmente la possibilité de passage chez l’humain ; dès que quelque chose arrive, ça devient une épidémie. Les animaux domestiques sont souvent un maillon de la chaîne de contamination, tout est lié. Il faudrait donc diminuer la part de protéine animale dans la consommation humaine . Mais de nombreux autres éléments sont à prendre en compte, l’explosion démographique, le changement climatique, ou encore l’urbanisation. Le fait de l’élevage en batterie accroît les risques de pandémie, la circulation industrielle de la viande animale fait le reste.

Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphere :

21 juillet 2020, Virus humain, virus porcin, virus des végétaux

12 janvier 2020, Des vaches à notre image et réciproquement

27 avril 2017, étonnant, une vache peut même brouter de l’herbe !

2 octobre 2013, Vaches en batterie : l’immonde étable à 1000 laitières

1er octobre 2013, Poules en batterie : maltraitance censurée par la justice

16 octobre 2011, épandage du lisier et désertification des océans

22 octobre 2010, lapins en cage, travailleurs en clapier

On assassine 30 % des sangliers français

En 1973, on dénombrait 36 000 sangliers abattus sur l’ensemble du territoire français contre 747 000 en 2019, soit vingt fois plus selon LE MONDE. Pourtant les chasseurs sont débordés, on compte environ 2,5 millions de têtes. Ils doivent pourtant s’en prendre qu’à eux-mêmes, avec l’agrainage qui consiste à répandre du maïs pour les nourrir. L’agrainage a été interdit en 2019 par la loi créant l’Office français de la biodiversité (OFB) mais il est encore largement utilisé. Cette technique alimente le cycle prolifique de la reproduction. La maturité sexuelle arrive à l’âge de un an et la gestation dure en principe 3 mois, 3 semaines et 3 jours soit 115 jours. La laie possède 10 tétines, elle donne naissance chaque année à une portée de 3 à 10 petits. Les excès du nourrissage par les chasseurs entraînent parfois une seconde portée dans la même année. De plus le sanglier s’adapte à tous les environnements et s’accommode très bien de l’espèce humaine.  « Avant, c’était exceptionnel de tirer un sanglier, raconte ce représentant de la FDSEA. Puis il y a eu des lâchers en forêt et, aujourd’hui, c’est un peu le chien qui se mord la queue : les chasseurs veulent du gibier et nous, les agriculteurs, on veut moins de dégâts. » Il y a deux catégories de chasseurs : le local, celui du terrain qui est sensibilisé à la situation ; et le notable qui paie très cher et doit avoir du gibier, quel qu’en soit le prix. Avec le sanglier, les chasseurs deviennent des viandards : ils en veulent toujours plus, ça ne s’arrête jamais. Il vient le dimanche pour la battue, le reste il n’en a rien à faire. Le sanglier met en évidence plusieurs lignes de fractures dans la société, la ruralité contre les villes, les naturalistes contre les chasseurs, les chasseurs contre les agriculteurs…

Les chasseurs doivent-ils être les régulateurs de la faune sauvage ? N’est-ce pas à l’État d’assurer cette fonction ? Ou bien aux loups, l’un des rares prédateurs naturels du sanglier ? Mais la leçon première, c’est que les humains se préoccupent de la régulation du nombre de sangliers sans jamais s’interroger sur la maîtrise de la fécondité humaine. Comme l’exprime récemment un commentateur sur notre blog biosphere, « Écologiquement parlant, un animal prédateur de notre taille ne doit pas être présent à plus de 5 millions. Pourtant nous sommes presque 2 000 fois plus nombreux. Toute réflexion sur l’écologie qui fait fi de cet ordre de grandeur part sur de mauvaises bases. » On se permet d’abattre près de 30 % des sangliers chaque année et nous laissons la planète aller allègrement vers ses 10 milliards d’habitants, avec ou sans le Sars-CoV-2 !

Pour en savoir plus sur la chasse grâce à notre blog biosphere :

10 décembre 2019, Les chasseurs dans le viseur

30 octobre 2018, Le chasseur bientôt interdit de séjour le dimanche ?

28 avril 2018, Chasse, activité dénaturée par des chasseurs motorisés

27 avril 2018, Le bon chasseur respecte l’éthique de la Terre

20 octobre 2017, Une autre façon d’envisager la solution finale

1er septembre 2014, Si tu tues les loups, tu dois aussi tuer les cerfs

4 août 2014, Tuez-les tous et restons bien seuls entre criminels

31 juillet 2008, chassons les chasseurs

(Re)composer avec la nature, ça presse

Recension du livre « Composer avec la Nature (renaturation et géocitoyenneté) » : La vie sur Terre va très mal, une nouvelle pandémie vient de s’abattre sur elle, la Nature réagit à sa façon aux innombrables destructions qu’on lui a fait subir… Nous affrontons trois problèmes majeurs : le dérèglement climatique plus rapide que prévu, la pollution généralisée des sols, des eaux (océans compris), de l’air et la régression rapide de la biodiversité pillée et polluée. Bouleversements qui affectent le monde entier. Les rapports entre États, religions, groupes sociaux et personnes se délitent. Des évolutions divergentes sont à l’œuvre partout. Quatre scénarios se dessinent, les vents contraires sont puissants mais des vents de travers plus salvateurs se sont levés, moins apparents mais aussi effervescents. Les étudier dans leur nature et leurs impacts impose d’abord de revisiter nos rapports à la Nature tout au long de l’Histoire.

Respectée et célébrée autrefois, abandonnée et ignorée, puis méprisée et asservie, dépassée demain ou au contraire retrouvée ? Comment mieux penser la Nature, en nous et en dehors à toutes les échelles. Il n’y a pas d’extérieur du monde, d’écologie « hors sol ». Ce livre appelle à la renaturation du monde et à l’émergence d’une géocitoyenneté mondiale à travers des réapprentissages indispensables, celui d’une coopération décloisonnée entre les humains, dans, avec, par et pour la Nature, clés d’un avenir vivable. Appropriation également d’une pensée complexe, qui relie autant qu’elle distingue, pour oser fonder le couple Conjuguer des points de vue et Concilier des intérêts différents pour co-construire l’intérêt général. Pour en finir avec la démesure, l’hubris, retrouver enfin le sens de l’humilité, des limites, sans lequel aucune vie ne peut durer. 

On peut commander ce livre en direct à l’éditeur l’Harmattan ou via L’Autre librairie. Michel ADAM, ingénieur et sociologue, créateur d’entreprises solidaires et de leurs réseaux, a pratiqué la coopération dans de multiples domaines et publié des ouvrages sur  les schémas, le travail et l’emploi, l’entrepreneuriat, l’association, la pensée précurseure de Jean Monnet. Membre des réseaux Intelligence de la Complexité, LABO de l’ESS, des Convivia-listes, il est aujourd’hui impliqué dans l’action pour les patrimoines naturel, bâti et culturel.

Tout savoir sur le coronavirus

Communication gouvernementale : Les Coronavirus sont une grande famille de virus, qui provoquent des maladies allant d’un simple rhume (certains virus saisonniers sont des Coronavirus) à des pathologies plus sévères comme le MERS-COV ou le SRAS. Le virus identifié en janvier 2020 en Chine est un nouveau Coronavirus. La maladie provoquée par ce Coronavirus a été nommée COVID-19 par l’Organisation mondiale de la Santé – OMS. Depuis le 11 mars 2020, l’OMS qualifie la situation mondiale du COVID-19 de pandémie ; c’est-à-dire que l’épidémie touche désormais 110 pays sur une zone étendue. Les symptômes principaux sont la fièvre ou la sensation de fièvre et des signes de difficultés respiratoires de type toux ou essoufflement. La maladie se transmet par les postillons (éternuements, toux). On considère donc qu’un contact étroit avec une personne malade est nécessaire pour transmettre la maladie : même lieu de vie, contact direct à moins d’un mètre lors d’une toux, d’un éternuement ou une discussion en l’absence de mesures de protection. Un des vecteurs privilégiés de la transmission du virus est le contact des mains non lavées.

Mieux connaître les virus avec wikipedia : Tout être vivant peut être infecté par un virus. Il existe des virus de bactéries, des virus d’archées, des virus d’algues, des virus de plantes, des virus fongiques, des virus d’animaux et même des virus de virus. Les maladies virales comme la rage, la fièvre jaune ou la variole affectent l’Homme depuis des siècles. À la fin du XIXe siècle, la conception d’agents infectieux que l’on ne pût déceler au microscope optique était encore difficile. Le virus de la fièvre jaune est le premier virus pathogène de l’Homme identifié entre 1900 et 1902. Louis Pasteur les nomma « infrabactéries », d’autres les qualifièrent de « virus filtrants ». Vers 1925, un virus était défini comme un « agent responsable d’une maladie infectieuse, parasite et de taille comprise entre 0,01 et 0,3 micromètre ». L’apparition de la microscopie électronique dans les années 1930 permit l’observation des virus, mais on ne savait toujours pas à cette époque ce qu’ils étaient réellement. On caractérise un virus par son incapacité à se reproduire par mitose, par scissiparité ou par méiose. Placés en suspension dans un milieu de culture, ils ne peuvent ni métaboliser, ni produire ou utiliser de l’énergie, ni croître, ni se multiplier, toutes fonctions communes aux êtres vivants. Pour répliquer son acide nucléique, il dépend d’une cellule hôte qu’il doit infecter pour détourner et utiliser son métabolisme : un virus est nécessairement un parasite intracellulaire. Le débat sur le caractère vivant ou inerte des virus reste encore aujourd’hui ouvert. Les génomes des virus ne comportent que de quelques gènes à 1 200 gènes. Les concentrations en virus dans l’eau de mer sont de l’ordre de dix mille virus par millimètre cube. Environ 20% des organismes constituant la biomasse microbienne océanique totale est tuée par des virus. La recherche actuelle estime que dans le corps humain il y a 100 fois plus de virus que de cellules humaines

En 2018, on recense 129 espèces de virus impliqués dans des maladies humaines. Le rhume, la grippe, la varicelle, la rougeole, la mononucléose infectieuse sont des exemples de pathologies humaines relativement courantes d’origine virale. On connaît d’autres exemples plus nocifs comme le SIDA, le SRAS, la grippe aviaire, la variole, ou la fièvre hémorragique causées par le virus Ebola. Caractéristiques d’un virus dangereux :

  • transmission respiratoire ;
  • taux de reproduction de base supérieure à 2 ;
  • taux de mortalité supérieur à 1/1000 ;
  • temps de génération inférieure à trois jours ;
  • contagion avant l’apparition des symptômes.

Étant donné que les virus utilisent la machinerie cellulaire de l’hôte pour se reproduire à l’intérieur même de la cellule, il est difficile de les éliminer sans tuer la cellule hôte. Des médicaments antiviraux permettent cependant de perturber la réplication du virus. Une autre approche est la vaccination qui permet de résister à l’infection. Les antibiotiques sont sans effet sur les virus. Les antibiotiques interfèrent seulement avec le métabolisme des bactéries et ne permettent pas de traiter les maladies d’origine virale.

Biodiversité, CDB, COP15 et IPBES… en vain

Qui a écrit , « Face à l’effondrement de la biodiversité, annonciateur de celui des sociétés humaines, il n’est plus temps de tergiverser, de lésiner ou de se payer de fortes paroles. On ne marchande pas avec la vie » ? Cette phrase était la conclusion d’un éditorial du MONDE* il y a plus de deux ans. Depuis rien n’a bougé, le soi-disant contre-pouvoir des médias n’existe pas. Reste l’incantation des diplomates. La Convention des Nations unies sur la Diversité Biologique (CDB) est un traité international adopté lors du Sommet de la Terre à Rio de Janeiro, en 1992. En 2020, les États-Unis n’avaient toujours pas ratifié cette Convention. En 2010, lors de la COP10 (conférence des parties) au Japon, la CBD avait adopté les accords dits « objectifs d’Aïchi », qui établissaient vingt points à atteindre pour 2020. Dix ans plus tard le constat était amer : la plupart des objectifs n’avaient pas été atteints. La Plate-forme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES) n’a vu le jour qu’en 2012, vingt ans après Rio. La 15e Conférence des Parties (COP15) de la Convention des Nations unies sur la diversité biologique (CDB) est programmée en octobre 2020 à Kunming, en Chine**. COP15 pour la biodiversité et nous n’étions même pas au courant qu’il y en avait 14 avant ! L’objectif est de protéger au moins 30 % de la planète – terre et mer – d’ici à 2030. Dans ces 30 %, 10 % des zones protégées devraient être en état de « protection stricte », aucune activité humaine, comme la pêche ou l’agriculture, même réglementée, ne pourra y avoir lieu.

Ce genre d’objectifs ambitieux, on connaît. C’est comme les COP sur le climat, l’ambition est là et les moyens inexistants ; il s’agissait de limiter la température du globe à moins de 2°C et c’est pourtant parti pour 4 ou 5 degrés. L’Australie flambe et Trump est sorti des accords sur le climat. Sur ce blog, nous suivons avec inquiétude l’état de plus en plus désespérant de la biodiversité. Exemples :

La biodiversité dans le monde

9 mai 2019, Biodiversité en péril extrême, tout le monde s’en fout

2 mai 2019, L’IPBES, l’équivalent pour la biodiversité du GIEC

25 mars 2018, L’homme disparaîtra, bon débarras ! L’IPBES le dit…

20 octobre 2012, Conférence mondiale sur la biodiversité, bavardage !

20 février 2010, biodiversité, un objectif perdu d’avance

2 février 2005, la biodiversité en péril selon l’union mondiale de la nature

La biodiversité en France

8 juillet 2018, Plan biodiversité, laissez-moi rigoler…

22 mai 2018, Nicolas Hulot à l’épreuve de la chute de la biodiversité

6 janvier 2017, La police de la biodiversité mise en place sans moyens

17 mars 2016, Loi sur la biodiversité, un vrai parcours du combattant

19 janvier 2016, loi sur la biodiversité, la mascarade de la compensation

26 mars 2015, Loi sur la biodiversité ne veut pas dire biocentrisme

1er juin 2012, sans sentiment de nature, la biodiversité fout le camp

14 août 2008, bagnole versus Biodiversité

25 juin 2008, Donner un prix à la biodiversité (Pavan Sukhdev)

9 décembre 2007, le concept de biodiversité (définition)

* LE MONDE du 7 juillet 2018, éditorial : Biodiversité,fortes paroles et faibles moyens

** LE MONDE du 15 janvier 2019, L’ONU propose de protéger 30 % de la planète d’ici à 2030

Des vaches à notre image et réciproquement

« Je ne suis pas une écolo, je pollue, C’est mon métier (p.107). »

« Je suis en train de devenir une écolo. Je n’utilise pas l’avion et je ne prends plus ma voiture pour aller travailler (p.109)»

Voici en deux phrases nichées au milieu du livre « Les vaches aiment le yaourt », le terrible dilemme de chacun de nous en ces années de « transition écologique » : être ou ne pas être écolo. L’auteur, Anne Galais, est éleveur de vaches, soumise aux affres du productivisme et poussée par la nécessité d’alimenter les grandes surfaces : il faut bien nourrir notre boulimie de yaourts et de viande. Elle en a fait un roman qui colle de près à son quotidien. Fini le paysan qui, de générations en générations, reproduit des techniques ancestrales. L’innovation est son quotidien, sa principale préoccupation est de chercher les meilleurs rendements, la sélection génétique est désormais au cœur de son métier. Ce n’est plus une cloche accrochée au cou des vaches, c’est un appareillage informatique.

Être ou ne pas être écolo ? Anne Galais a raison, polluer est notre métier à tous. Dans un système qui ne repose plus sur la quasi-autarcie des campagnes, chaque activité humaine nous fait dépendre d’un flux de biens et de services venus d’ailleurs. Qu’on produise ou qu’on consomme, on pollue, on rejette des gaz à effet de serre, on ponctionne des ressources naturelles en voie de raréfaction, on prend tous conscience que cela n’est pas durable et qu’il nous faudrait changer. Tache difficile, impossible, nous sommes prisonnier d’un système où il faut courir toujours plus vite pour rester concurrentiel ou pour se payer le dernier gadget à la mode. Société urbanisée et sur-développée, consommation carnée de masse, donc production de masse et élevage en batterie. Qu’on se le dise, les vaches sont comme les humains… et réciproquement. Les vaches sont comme nous, des animaux, la gestation dure neuf mois dans l’un comme dans l’autre cas. On arrache les veaux à leur mère peu après la naissance, il faut mettre les enfants à la crèche dès qu’ils marchent sur deux jambes, ou même avant. Les centrales d’achat et les administrations aiment les chiffres et les gens captifs. Les vaches portent un numéro d’identification dès la naissance pour assurer la traçabilité. Pour nous c’est le numéro de sécurité sociale. On ne les appelle plus par un joli petit nom, c’est devenu un matricule. C’est aussi notre lot commun, quand nous sommes sommés d’énoncer tous les numéros de notre carte bancaire. Les vaches sont entassées dans un grand hangar, les humains s’amoncellent dans leur HLM. Les humains préfèrent leur cage, qu’en pensent les vaches ?

Nous avons rencontré Anne Galais. Elle aime ses vaches et son métier. Elle n’aime pas les mots productivisme et agro-industrie. Elle a voulu simplement présenter sa situation professionnelle comme un yaourt, un mixte de choses à bien savourer. Mais elle est comme nous, soumise avec son élevage à un système agro-industriel qui nous broie. Elle attend de voir ce qui va se passer, coincé comme elle l’est par les diktats de la PAC (politique agricole commune) et du marché. Si on lui demande de faire du bio, elle fera du bio, pour le moment elle s’occupe d’un élevage intensif, bien plus qu’une centaine de vaches à viande. Elle a abandonné les laitières car on a abattu tout son troupeau. Elle explique le mécanisme morbide dans son livre. La vache 8452 avait présenté à l’analyse vétérinaire une lésion tuberculeuse. La France se voulant indemne de tette maladie à moins de 1 % à l’exportation, il était obligatoire d’amener à l’abattoir le troupeau entier… même si on ne trouve qu’un seul cas positif. On ne peut pas tricher, les services sanitaires connaissent toutes les vaches, chacune est enregistrée sur une base informatique. C’est évident, les humains sont comme des vaches, des vaches à lait pour engraisser le système et nourrir les GAFA. Si vous voulez mieux comprendre la condition réelle et imaginée des éleveurs, lire le livre d’Anne Galais distribué par Amazon (2019), 7 euros et 30 cents pour 214 pages.

NB : article initialement paru sur le site des JNE

Les humains face aux autres prédateurs

En France, il ne faut pas marcher avec les loups : Le Syndicat Agricole FDSEA05 a appelé via facebook à manifester contre le film « Marche avec les loups » dimanche dernier 5 janvier. En se donnant rendez-vous devant le siège de la Chambre d’agriculture à Gap pour ensuite se diriger vers le cinéma le Palace où se tenait une avant-première. Face au tollé des internautes sur facebook, cette manifestation a été annulée. C’était la deuxième fois. Ce fait n’est pas isolé. Lors du tournage le réalisateur Jean-Michel Bertrand a reçu à 3 reprises des menaces de mort ! Les élus du département des Hautes Alpes et de la Région Sud (ex Paca) ont refusé de soutenir le film. Dans la région Auvergne-Rhône-Alpes les élus, bien qu’ayant financé le film, ont demandé à ne pas apparaître dans la communication autour du film. Ils n’apparaissent ni au générique ni sur les affiches, sur la pression des éleveurs. Il ne s’agit que de loups, que diraient éleveurs et pouvoirs publics face à un troupeau d’éléphants ?

Entre Sri-Lankais et éléphants, la guerre est déclarée : L’habitat est grignoté par la déforestation et les infrastructures routières. On étend les plantations de thé, de noix de coco, de banane ou de mangue pour développer le revenu local. Les fermiers sont tentés de se lancer dans l’élevage bovin, pour sa rentabilité. Les pachydermes sont contraints de se rapprocher des villages pour se nourrir. Chaque camp compte ses morts. Il y a dix ans, c’était autour de 70 humains tués chaque année, mais plus de 80 les années récentes, pour atteindre 100 victimes en 2019. L’année 2018 avait vu pour la première fois le nombre d’éléphants tués dépasser les 300, pour atteindre 319. A la mi-décembre 2019, on en comptait 360 en moins d’un an. Face à l’aggravation des conflits, la solution gouvernementale a consisté à déplacer les éléphants problématiques dans des parcs nationaux. Mais ceux-ci sont désormais saturés. (LE MONDE du 8 janvier 2020)

« Il va falloir apprendre à cohabiter, à se partager le territoire », pourrait-on conclure avec les protecteurs de la biodiversité. Plus facile à dire qu’à faire, il faudrait à la fois réduire drastiquement le niveau de la population humaine ET ne plus bénéficier des avantages de la société techno-industrielle…

Les chasseurs dans le viseur

La colère anti-chasseurs monte, normal quand on voit le discours des viandards*.

Willy Schraen, président de la Fédération nationale des chasseurs : « Ce n’est pas la chasse, c’est la ruralité dans son ensemble qu’attaquent ces activistes minoritaires, comme les végans. Ils ne supportent pas que d’autres vivent différemment. Les chasses traditionnelles existaient avant l’arme à feu. La chasse à courre ? Il n’y a que les cons pour ne pas comprendre que l’animal a dix fois plus de chances de se sauver que d’être attrapé. Souvent le cerf est vieux ou malade, c’est la sélection naturelle. Pas le monde des Bisounours ! On est en haut de la chaîne alimentaire, les animaux sont en dessous, c’est l’ordre des choses. Qui travaille sur la biodiversité ? Ce ne sont pas ceux qui font des grands discours, à Paris, qui plantent des haies, des arbres, qui entretiennent les zones humides, qui nourrissent les animaux, et qui apportent ainsi 4 milliards d’euros à la nature tous les ans ! »

Gérard Lang, patron des chasseurs du Bas-Rhin : « Etre chasseur, c’est dans nos gènes. Parce que, à l’époque préhistorique, celui qui n’était pas bon chasseur ne survivait pas. »

Guy Harlé d’Ophove, président de la Fédération des chasseurs de l’Oise : « Les gens ne connaissent plus les fondamentaux de la ruralité. Dans l’Oise, la vénerie est tout à fait acceptée, à part dans quelques points de fixation artificiellement créés par des groupuscules extrémistes. C’est un spectacle auquel beaucoup tiennent. Ceux qui manifestent viennent de Paris… »

Alain Lignier, directeur de la Fédération de chasse de l’Ardèche : « On est dans l’irrationnel. Dès l’instant où l’on se dit pour la chasse, le débat est fermé, même si l’on construit toute l’année la cohabitation avec les fédérations de randonneurs et de cyclistes… La chasse fait partie du paysage quand on vit en campagne, comme les cloches et le coq du voisin ! »

Le président Emmanuel Macron semble avoir été convaincu de cette équivalence : Chasse = ruralité. il a réduit de moitié le prix du permis de chasse national (de 400 à 200 euros), rouvert les chasses présidentielles, autorisé les silencieux sur les fusils. Au total, 42 millions d’euros de cadeaux au monde de la chasse, pour s’offrir ce vernis ruraliste, sans requérir des chasseurs le moindre effort de changement.Les agriculteurs ne représentent que 8 % des détenteurs de permis. Le gros des bataillons ? Des quinquagénaires ou sexagénaires exerçant une profession libérale ou cadres (à 36 %), citadins les jours de semaine. En Allemagne, les chasseurs ne décrochent leur permis qu’après plusieurs années de préparation théorique – zoobiologie, protection de la faune, maîtrise des chiens… – et d’entraînement au tir ; ils doivent aussi prouver leur aptitude physique.

Les associations anti-chasseurs :

Aspas-nature, association pour la protection des animaux sauvages

AVA, abolissons la vénerie aujourd’hui

Fondation Brigitte Bardot

Front de libération des animaux

LPO, Ligue pour la protection des oiseaux

One Voice, pour le respect de la vie sous toutes ses formes

* LE MONDE des 8-9 décembre 2019, Les chasseurs dans le viseur

LE MONDE se positionne contre la chasse

Les dérogations accordées à l’activité de la chasse semblent d’autant plus exorbitantes que cette pratique souffre d’un rejet massif de l’écrasante majorité de la population, relève dans sa chronique Stéphane Foucart, journaliste au « Monde ». En bref : « Les concessions faites aux chasseurs depuis l’arrivée d’Emmanuel Macron à l’Elysée sont si étourdissantes qu’elles ont précipité le départ du ministre de la transition écologique Nicolas Hulot… La gestion de l’activité cynégétique est désormais dite « adaptative », les quotas d’oiseaux tués étant déterminés par le Comité d’experts sur la gestion adaptative (CEGA). Hélas : sans grande surprise, six des quinze membres du groupe sont notoirement proches des fédérations de chasse et leurs déclarations d’intérêts ne sont pas publiques.Ce n’est pas tout : le nouvel Office français de la biodiversité sera cogéré par les fédérations de chasseurs, inscrivant dans le marbre institutionnel l’un des slogans préférés des porteurs de fusil, selon lequel les chasseurs seraient les premiers écologistes de France. (Mais) qui eût cru, voilà seulement une dizaine d’années, que des élus de premier plan devraient avoir une opinion sur l’exploitation des animaux sauvages dans les cirques, sur les delphinariums, sur la taille des cages des poules pondeuses, voire sur les méthodes les moins cruelles de dératisation ? Le gain politique des faveurs faites aux chasseurs pourrait, bien plus vite qu’on ne le pense, se changer en fardeau. »*

Pour en savoir plus sur les chasseurs, lire sur notre blog biosphere :

3 janvier 2019, Le président Macron, un chasseur d’oies aux ordres

30 octobre 2018, Le chasseur bientôt interdit de séjour le dimanche ?

24 août 2018, Permis de chasse à prix réduit, un Macron anti-écolo

28 avril 2018, Chasse, activité dénaturée par des chasseurs motorisés

27 avril 2018, Le bon chasseur respecte l’éthique de la Terre

18 septembre 2013, pour en finir avec la chasse-loisir, chasse sans avenir

12 mai 2013, Mieux vaut un surfeur mort que la chasse aux requins

2 janvier 2010, LE VILAIN CHASSEUR (Serge Dassault)

31 juillet 2008, chassons les chasseurs

* LE MONDE du 24-25 novembre 2019, « En France, à l’exact inverse des discours tenus, tout semble être mobilisé pour favoriser le déclin de la biodiversité »

Biomimétisme, détruire la nature

Le biomimétisme – s’inspirer du vivant pour mettre au point des systèmes productifs et technologiques performants – est annoncé comme l’avenir, mais celui-ci n’arrive que trop lentement à en croire le monde industriel et ses représentants. Idriss Aberkane, professeur à l’Ecole centrale, avait en 2016 rappelé les trois phases qui caractérisent selon lui toute révolution : « Comme pour le droit de vote des femmes ou la fin de l’esclavage, on dit “c’est ridicule”, puis “c’est dangereux” et enfin “c’est évident”. » Et d’asséner le credo du biomimétisme : « La nature est un laboratoire de recherches vieux de 4 millions d’années, une bibliothèque fabuleuse qu’il faut arrêter de détruire. »* Deux masters ouvriront en 2020, s’inspirant de l’ingéniosité du vivant avec le fabuleux prétexte de mieux le préserver en retour. « On va enfin en finir avec cet enseignement en silo, qui isole les biologistes des physiciens, des chimistes et des mathématiciens », se réjouit Laurent Billon, coresponsable du futur master en matériaux bio-inspirés de Pau.**

Mais quel est l’intérêt véritable de s’inspirer des marteaux de la petite crevette-mante qui percent les blindages de coquillages pour réaliser des torpilles, ou la mise au point par des chercheurs du Boston Dynamics (financé par la défense) de robots amphibies équipés d’armes. Pour trois drones télécommandés, deux robots quadrupèdes armés de caméras et une poignée de catamaran qui marchent sur l’eau, combien d’insectes, combien de passereaux etc. etc. disparaissent simultanément par dizaines de milliers d’espèces ? Il y a beaucoup de fantasmes autour de l’imitation des insectes. Le concept de « robot bees »

[robot abeille]

permettrait une pollinisation des fleurs mais parallèlement, rien n’est entrepris pour enrayer le déclin des insectes pollinisateurs. Le velcro issu de la bardane, les ailes d’avion inspirées des cigognes, les maillots de bain peau de requin… tout cela a fonctionné mais les bénéfices pour la biodiversité sont infinitésimalement ténus. On dépense des sommes folles pour savoir s’il peut y avoir de la vie sur Mars alors qu’on a encore une connaissance très fragmentaire du monde vivant planétaire ! Avec un biomimétisme qui renforce la technoscience et son emprise destructrice sur le monde vivant, nous sommes loin des « principes des écosystèmes pour guider notre bioéconomie » selon Gauthier Chapelle, spécialiste du biomimétisme  : « Le temps du vivant couvre 3,8 milliards d’années sans surexploitation de la planète. Pourquoi ce miracle de durabilité ? Parce que tous les organismes vivants jusqu’à présent…

s’appuient sur la coopération et la diversité ;

utilisent les déchets comme matériaux ;

s’approvisionnent localement ;

ne surexploitent pas leurs ressources ;

récoltent en permanence des informations et s’y ajustent ;

optimisent plutôt que maximisent ;

utilisent l’énergie solaire (à 90 %) avec efficacité ;

s’interdisent les toxiques persistants ;

rebondissent après les chocs. »

Les humains pratiquent l’inverse de ces lois favorisant l’équilibre naturel. Le système industriel repose sur compétition et concurrence, prédation du sol, du sous-sol et des mers, libre-échange mondialisé, surexploitation des ressources renouvelables ou non, ajustement inexistant à leurs connaissances (pensez au refus de la carte carbone par exemple), maximisation du toujours plus, utilisation forcenée des énergies fossiles non renouvelables, usage généralisé de toxiques persistants… Biomimétisme ou non, nous aurons donc de fortes chance d’avoir beaucoup de difficultés à rebondir après le prochain choc pétrolier et/ou un effondrement financier,.

* LE MONDE du 5 juillet 2016, Le biomimétisme, ou comment s’inspirer de la nature plutôt que la détruire

** LE MONDE du 13 novembre 2019, Le biomimétisme se déploie dans l’enseignement supérieur

Effondrement de la vie, aujourd’hui et en 1973

1973 : On a plus entamé le capital biologique commun pendant les dix dernières années que pendant toute l’histoire du monde avant ces dix années, et l’on détruira encore plus pendant les dix prochaines années. La vie dans les mers a diminué de 40 % en vingt ans. Elle devrait à ce rythme avoir disparu dans vingt ans, et la nôtre avec. Il faut donc que quelque chose se passe AVANT. Quoi ? J’en sais rien, mais quelque chose qui stoppe la course à la mort. C’est l’avènement de ce renversement inimaginable qu’encourage, en ses balbutiements, le mouvement écologique, le vrai. Je vous parle pas d’amuse-couillons du type « Charte de la nature » (bétonnez tout, puisqu’il le faut, mais ménagez des espaces verts), charte approuvée par l’unanimité des partis et syndicats, dans le même temps où ils se retrouvaient tous d’accord pour déclarer que Concorde, c’est l’avenir. L’Avenir ? Vous croyez pas si bien dire. L’avenir, il est déjà en train, pauvres cloches, de vous revenir sur la tronche contrairement à tous vos minables calculs… Ce n’est sûrement pas par hasard qu’au moment où s’annonce aux États-Unis la grande crise de l’énergie le gouvernement satellite du Brésil, en perçant l’autoroute trans-amazonienne, voue à disparaître le dernier poumon, la dernière réserve naturelle du globe au risque de modifier le climat de la planète… Que voulez-vous faire d’autre que de vous battre, et de précipiter l’effondrement du monstre avant qu’il n’ait tout dévoré ? (Pierre Fournier)*

2019 : La probabilité est forte que l’information la plus importante de la semaine écoulée vous ait échappé. Le crash en cours des populations d’invertébrés terrestres très rapide, les résultats de l’étude sont à vous glacer le sang. Les auteurs ont analysé l’évolution des captures d’arthropodes sur 300 sites de trois régions allemandes, entre 2008 et 2017. Le travail qu’ils ont accompli est considérable. Les chercheurs ont analysé un million d’individus capturés au cours de cette décennie, et ont recensé les quelque 2 700 espèces auxquelles ils appartiennent. Ils ont ensuite estimé l’évolution de ces populations grâce à plusieurs indicateurs : le représentées. Quelle que soit la métrique considérée, le désastre est à peu près total, les chiffres sidérants : le nombre d’individus s’est effondré de 78 %, la biomasse a chuté de 67 % et leur diversité a chuté d’un tiers. Tout désigne les pratiques agricoles, notamment le recours systématique à la chimie de synthèse. En France aussi la faune insectivore s’effondre à une vitesse vertigineuse. Conséquence, les oiseaux des champs ont perdu près d’un tiers de leur effectif en quinze ans, les chauves-souris disparaissent plus vite encore et les amphibiens ne se portent pas beaucoup mieux. Une stérilisation à peu près complète des campagnes d’Europe occidentale et d’Amérique du Nord est une perspective à plus ou moins brève échéance. La raréfaction des grands mammifères emblématiques d’Afrique ou d’Asie nous passionne, mais l’effondrement, sous nos latitudes, des formes de vie les plus communes reste, ainsi, largement sous le radar médiatique et politique.

Comme pour le climat, il faudra sans doute attendre que la situation soit devenue critique pour que disparaissent le déni et l’indifférence. Et, de la même façon que la lutte contre le réchauffement est aujourd’hui partiellement perdue, il sera alors trop tard. (Stéphane Foucart)**

* Charlie Hebdo n°118 du 12 février 1973 (avant-dernier article de Pierre Fournier avant sa mort)

** LE MONDE du 12 novembre 2019, « L’effondrement de la vie sous nos latitudes reste largement sous le radar médiatique »

Arachnophobie, naturel ou culturel ?

Pour déterminer si un comportement est naturel ou culturel, on peut envisager deux critères. Si ce comportement est universel chez une espèce, il s’agit sans aucun doute d’un conditionnement génétique. Montrer que ce comportement est relatif, variable selon les individus, serait donc une preuve de conditionnement culturel. Il suffit alors de mettre à jour l’apprentissage social d’un comportement pour déterminer d’où il vient. C’est ce que fait Christine Rollard, une spécialiste des araignées au Muséum national d’histoire naturelle. Son dernier ouvrage, cosigné avec le psychothérapeute Abdelkader Mokeddem, s’intitule « Je n’ai plus peur des araignées ». Extraits de son discours :

« La réaction de peur n’est pas ancestrale mais culturelle, car elle n’existe pas partout dans le monde. Dans la plupart des pays qui ont une approche de la nature différente de la nôtre, avec une connaissance des animaux et des plantes plus fine, cette image négative n’apparaît pas. D’où provient la peur des araignées dans la culture occidentale ? On ne le sait pas précisément, mais il s’agit sans doute d’un phénomène ancien. Les écrits en témoignent, cela fait longtemps que l’araignée y est associée à quelque chose de méconnu, nocturne et invasif. Cette crainte a par la suite été amplement entretenue par les médias et les productions cinématographiques. On ne compte pas les films ou les araignées sont exploitées pour déclencher l’effroi et l’horreur ; on oublie, en revanche, que les araignées, pendant que nous dormons, nous débarrassent des moustiques et d’autres petits insectes dont elles se nourrissent. Certains naturalistes amateurs sont captivés par la diversité de ces animaux (plus de 48 250 espèces dans le monde, réparties en 120 familles !). Les araignées ont la caractéristique d’être toutes carnivores et venimeuses. Pour autant, aucune araignée n’est mortelle pour l’homme. En général, elles n’injectent pas de venin, produit précieux qu’elles gardent uniquement pour attaquer leurs proies. Enfin, quand bien même elles en injecteraient, celui-ci est très peu actif sur les gros mammifères que nous sommes. »*

Un des problèmes de l’écologie, c’est cet affrontement artificiel entre nature et culture. Même s’il n’y a aucun danger objectif comme dans le cas des araignées, on peut avoir très très peur. Voir un serpent en tétanise plus d’un. Paradoxalement, même si le péril est immense, on peut socialement le nier, ainsi du réchauffement avec les négationnistes du climat. Les attaques virulentes contre ceux et celles qui essayent de faire leur travail de conscientisation comme Greta Thunberg montrent que nous n’affronterons la réalité de nos peurs que quand la planète aurait basculé vers des conditions de vie insoutenables. Voir Bolsanoro se réjouir intérieurement de l’Amazonie en feu est un triste symbole de nos aveuglements culturels. Il nous faut oeuvrer de toute urgence pour la réconciliation de la Nature et de nos cultures.

* LE MONDE du 24 août 2019, Christine Rollard : « La peur des araignées n’est pas ancestrale mais culturelle »

Le blé, bien plus complexe qu’un homo sapiens

Parmi l’ensemble du monde vivant, le Blé possède un des génomes les plus complexes, environ 17 Gpb (giga paires de bases, soit 17 milliard). C’est 5 à 6 fois la taille du génome humain. De son côté l’amphibien mexicain Axolotl, une espèce de salamandre, possède un génome dix fois plus gros que celui des humains. Végétaux et animaux, homo sapiens compris, ont la même origine, des acides aminés qui se sont complexifiés et répliqués grâce à leur ADN. Mais notre nombre démesuré et nos capacités technologiques démentielles nous ont fait oublier nos origines : sur la biomasse terrestre, seuls quelques pour-cents sont des animaux sauvages, environ un quart sont des humains et tout le reste, environ les trois quarts, sont des animaux vivants destinés à l’élevage.

Pour Frans de Waal*, il existe beaucoup plus de similitudes que de différences entre les humains et les animaux. Le nier pose des problèmes : « J’ai baptisé ce déni « anthropodéni ». Il nous empêche d’apprécier objectivement qui nous sommes en tant qu’espèce. Je crains que le fait de considérer notre espèce comme tellement extraordinaire ne soit la cause fondamentale des problèmes écologiques que nous connaissons actuellement. Nous pensons à l’humanité comme si elle était séparée de la nature et seule dans le cosmos. Pourtant, nous sommes une partie intégrante de la nature, et nous ne pouvons pas continuer à piller la Terre. Nous sommes aussi dépendants de cette planète que toutes les autres créatures. Quand on voit à quel point les animaux agissent comme nous, ont les mêmes réactions physiologiques, les mêmes expressions faciales et possèdent le même type de cerveau, n’est-ce pas étrange de penser que leurs expériences intérieures sont radicalement différentes des nôtres ? »

L’animalisme n’est pas un anti-humanisme, c’est simplement un constat de réalité biologique. L’intelligence des plantes ou la sensibilité des animaux font actuellement le présentoir des librairies. La science a depuis longtemps démontré que les plantes sont des êtres conscients d’eux-mêmes, doués de mémoire, capables de communiquer entre elles et avec d’autres formes de vie. Les réflexions éthiques ont contribué à reconnaître les animaux comme des êtres doués de sensibilité, voire comme des sujets ayant des droits. L’animal a des intérêts liés à ses besoins de base et des préférences individuelles. Le risque aujourd’hui, c’est que nous basculions dans un monde purement utilitaire, où la nature et les animaux sont vus comme de simples ressources. La question animale nous force à critiquer un modèle de développement fondé sur l’exploitation sans limites des autres vivants. Un tel monde conduit à la marchandisation de tout, à l’exploitation de l’homme par l’homme, à la barbarie. Il faut mettre des limites à ce qu’il est décent ou pas de faire dans l’élevage ou dan l’exploitation des sols et sous-sols. L’animalisme est un autre humanisme, un humanisme de l’altérité.

* LE MONDE science du 30 janvier 2019, « Nous n’avons plus aucune excuse pour continuer à traiter les animaux comme nous le faisons »