biodiversité

Chasseurs, sauvez des vies, restez chez vous

La fondation Brigitte Bardot  rappelle les 141 accidents annuels, dont onze mortels, pour la saison 2019-2020 : « Chasseurs, sauvez des vies, restez chez vous ! » Les organisations de chasseurs, « scandalisées » par une campagne publicitaire qui utilise les codes rappelant celle du gouvernement à propos du Covid-19, ont porté plainte pour diffamation.

Brigitte Bardot : « Les chasseurs ne manquent pas de toupet ! Non seulement ils n’acceptent pas le moindre questionnement sur leur activité, mais ils ne supportent pas la simple révélation de leurs méfaits. Notre campagne se base sur des chiffres publics et rigoureux. Elle ne dit pas l’angoisse qui étreint les promeneurs dans la campagne et en forêt. Environ 50 % des accidents de chasse se produisent ce jour-là, jour de repos et de balade pour une majorité de Français. Et il faudrait se taire ? Ah non ! Pas mon genre ! Ce n’est pas un énième procès qui va me faire peur ! Avoir traité les chasseurs de « terroristes de nos forêts » m’a valu récemment une nouvelle mise en examen. Mais comment regretter cette image ? Ils sont bel et bien dangereux. Un sondage montre que 78 % des Français sont favorables à ce que le dimanche devienne un jour sans chasse. Mais non : même une demande aussi naturelle, aussi évidente, demeure inacceptable pour ces égoïstes organisés en lobby très puissant… Les jeunes générations, je crois, ont compris que le monde court à sa perte si on ne réagit pas de façon urgente aux horreurs que les hommes font subir à la planète. Et leur attachement à la nature me donne de l’espoir… »

Pour en savoir plus sur Brigitte Bardot :

1er juillet 2018, BIOSPHERE-INFO, l’antispéciste Brigitte Bardot

24 mai 2018, Brigitte Bardot et la maltraitance dans les abattoirs

30 avril 2018, Brigitte Bardot, un extrémisme antispéciste revendiqué

Pour en savoir plus sur les chasseurs :

10 décembre 2019, Les chasseurs dans le viseur

extraits : La colère anti-chasseurs monte, normal quand on voit le discours des viandards…

30 octobre 2018, Le chasseur bientôt interdit de séjour le dimanche ?

extraits : La France est le seul pays d’Europe de l’Ouest où cette activité n’est pas interdite soit le dimanche, soit plusieurs jours en semaine…

28 avril 2018, Chasse, activité dénaturée par des chasseurs motorisés

extraits : … Le chasseur ne devrait pas être cette fourmi motorisée qui envahit les continents avant d’avoir appris à « voir » le jardin à côté de chez lui. [Aldo Leopold, Almanach d’un comté des sables ( 1946, Flammarion 2000)]

Les commentaires sur lemonde.fr égrènent les propos des pro-chasseurs et des anti-chasseurs.

ThreeRavens : La moindre évocation des aberrations de la chasse entraîne la réaction agressive d’un groupe très bien organisé. Les chasseurs ne sont ni des régulateurs ni des amis de la nature. Ils veulent seulement s’adonner à leur loisir en toute quiétude. Et tant pis pour les balles perdues.

Cabal : Cette charmante BB commence fort. Les chasseurs paient pour aller chasser dans des forêts privées. Le public entre en toute illégalité et va se servir. Sachant que les associations de chasseurs sont responsables financièrement des dégâts causés aux cultures par les animaux sauvages, est-elle prête à payer de sa poche pour remplacer ces assos ? Sachant qu’il n’y a aucun prédateur pour maintenir le nombre de sangliers, cerfs etc à un niveau qui ne détruira pas les forêts, peut-elle donner des solutions pratiques pour cela ? Sachant qu’il y a plus de morts et blessés chez les cyclistes que chez les chasseurs, va-t-elle demander aux cyclistes de rester chez eux ?

travailleuse indépendante : Ben oui… on évite la forêt 6 mois par an… et vous trouvez ça normal? Ailleurs, les non-chasseurs ont au moins 1 jour le week-end pour aller se promener sans risquer de se faire tirer dessus. C est ça qui est normal. Pas le contraire.

Acousmate : C’est facile de taper sur les chasseurs, dont une bonne partie est raisonnable mais leurs lobbies et leurs instances les représentent au mieux… Il faudrait rappeler qui fait les lois… Le jour sans chasse par semaine a été abrogé en 2003 par Roselyne Bachelot.

filou2A : Bref, les chasseurs auront plus tués de personnes l’an dernier que le terrorisme.

Sam D : Morts en France du terrorisme islamiste entre 1979 et 2019 : 317. Morts d’accidents de la chasse entre 1999 et 2019 (période deux fois plus courte) : 410. Quand nos courageux politiques déclareront-ils la « guerre à la chasse » comme ils déclarent la « guerre au terrorisme » ?

Sphinx16 : Brigitte Bardot ne voit que de son œil droit et encore que du côté extrême droit dudit œil. La célébrité ne rend le regard ni plus pertinent, ni plus ouvert. Dommage !

Dance Fly : La démonstration n’est plus à faire que la chasse est une activité inutile à la collectivité. Le plus dommageable pour les chasseurs est leur incapacité totale de se remettre en question afin d’adapter la chasse au monde d’aujourd’hui. Quelques pistes: interdiction totale de la chasse dans les réserves naturelles, suppression des chasses à courre et de la chasse en enclos, 1 à 2 jours par semaine sans chasse, réhabilitation de la plupart des espèces dites nuisibles (dont renard, blaireau, fouines, martres, belettes, corneilles, pies, corbeaux, corneilles, geais…), redéfinition des règles concernant le gibier d’élevage (faisans, perdrix, lapereaux…)… Ces quelques mesures permettraient sans doute aux chasseurs de ne pas être détestés par 90% des français.

Mad : La chasse est un combat d’arrière garde, au même titre que la corrida. Il devrait y avoir une seule réunion annuelle autorisée à des fins de prélèvement, et non pas pour défendre un soi-disant mode de vie. J’ai connu ces réunions sans fin des week ends d’ouverture de chasse, avec des chasseurs assez raisonnables… le fait est qu’ils auraient tout aussi bien pu faire une longue balade en forêt et en retirer le même plaisir. Au lieu de ça, une série de non-sens. Le gibier a un goût que la plupart d’entre eux n’apprécient même plus…. Le faisan, le chevreuil sont des viandes amères, désagréables en bouche, que les chasseurs eux mêmes n’apprécient pas et donnent ou laissent sur place.

Michel SOURROUILLE : Le fusil était à l’honneur dans la famille. Mon grand-père paternel était chasseur. Il faisait lui-même ses cartouches. Les lapins étaient nombreux dans les années 1950, le gibier encore sauvage. Puis les lapins ont eu la myxomatose. Et le faisan ne s’envolait plus devant moi, il était apprivoisé et sortait d’un élevage. J’ai arrêté de chasser. La chasse n’était plus ce qu’elle était, une viande d’appoint pour une famille installée à la campagne. Les chasseurs sortent maintenant des villes, avec leur voiture et leur fusil à répétition. La plupart des chasseurs considèrent les écologistes comme des ennemis. Ils ne voient pas que leur ennemi, c’est eux-mêmes. Nous ne sommes plus à l’époque de la chasse et de la cueillette, nous sommes trop nombreux sur chaque territoire, limitant de façon démesurée l’espace de la vie sauvage.

Apiculture, l’hypocrisie des agro-industriels

tribune du MONDE : « Les cultures et les aménagements mellifères (jachères, haies) des champs agricoles permettent à l’apiculteur de garantir à ses abeilles une alimentation variée toute l’année.L’agriculteur est lui dépendant de la bonne pollinisation de ses cultures pour assurer sa production, tant en quantité qu’en qualité, de colza, d’arbres fruitiers, de melon, de semences… Pour qu’elle soit fructueuse, cette complémentarité doit reposer sur une cohabitation en bonne intelligence… Rappelons que la France importe actuellement près de la moitié du miel consommé par les citoyens chaque année en France. Ne perdons pas de vue l’objectif de développement de la production de miel sur notre territoire. En nous focalisant sur l’interdiction de certains produits de traitement, que nos voisins européens continueront à utiliser, nous n’en prenons pas le chemin. » (Christiane Lambert, présidente de la FNSEA et Eric Lelong président de l’interprofession apicole Interapi)

Ce qu’il faut en penser du point de vue des écologistes ? Il suffit de lire les commentateurs sur lemonde.fr :

Michel SOURROUILLE : Il y a confit d’intérêt flagrant dans cette tribune. Interapi, a été promu comme interlocuteur privilégié de l’Etat, mais à sa tête il y avait le représentant du leader européen du miel, la famille Michaud. Les petits producteurs locaux passeront après la vente de miel par les grossistes importateurs. Notons que président d’Interapi n’est plus Vincent Michaud (passé vice président quand même), mais Eric LELONG, apiculteur pro-FNSEA. Notons que la FNSEA (Christiane Lambert) est le bras armé de l’agriculture industrielle friande de pesticides et autres joyeusetés. Notons que Christiane Lambert rassemble plus de 1000 truies dans sa porcherie, elle est bien entendu en faveur des porcheries industrielles. Terminer une tribune en demandant qu’il n’y ait pas d’interdiction de produits de traitement est significatif, « Macron, faites-nous confiance ! ». Hulot, ministre de écologie, s’était déjà heurté frontalement au ministre de l’agriculture de l’époque, un émissaire de la FNSEA…

Dance Fly :Tribune bien pauvre, écrite par des agriculteurs pour des agriculteurs. La vérité c’est que le plan pollinisateur, piloté par le ministère de l’écologie, annonce un nouveau bras de fer avec le ministère de l’agriculture. Beaucoup, comme certains députés (qui « représentent » la profession agricole) et les lobbies (dont les deux auteurs de cette tribune), s’excitent depuis des semaines en exerçant des pressions auprès de M. Denormandie (qui de toute façon ne sera pas difficile à convaincre) pour éviter à tout prix toute remise en cause de l’agrobusiness, principal responsable de la diminution de la diversité des pollinisateurs. Ecrire une tribune sur le thème « pollinisateurs et agriculture » sans faire mention des pesticides et des pollinisateurs sauvages montrent à quel point les auteurs se soucient avant tout de leur business et très peu de biodiversité.

Réaliste. : À la FNSEA, les discussions entre apiculteurs et agriculteurs relèvent de la lutte du pot de terre contre le pot de fer. Cette organisation contrôle 99 % des chambres d’agriculture, des caisses locales de la banque ou de la mutuelle des agriculteurs et l’écrasante majorité des coopératives. Pour elle, l’essentiel est de pouvoir continuer à polluer pour ne pas désorganiser les filières de vente de ces produits qui lui permettent de mieux contrôler la masse des paysans.

Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphere :

28 février 2019, L’exaspération des apiculteurs et apicultrices

Surpopulation humaine, éléphants sur la fin

L’éditorial du MONDE (27 mars 2015) titrait – halte au braconnage – : « Malgré une forte mobilisation, la proportion des éléphants africains a chuté de 15 % en dix ans ». Nous écrivions alors sur ce blog, Trop d’humains, pas assez d’éléphants et de vie sauvage. Rien ne change aujourd’hui, seulement en pire ! Sous la plume de Perrine Mouterde en 2021 : « Dans les savanes la population des éléphants d’Afrique a reculé d’au moins 60 % en cinquante ans… Alors que les éléphants ont besoin de vastes espaces pour se nourrir et se déplacer, le développement de l’agriculture et des infrastructures réduisent et fragmentent toujours plus leurs territoires. Les éléphants des savanes n’occupent plus que 15 % de leur aire de répartition historique. » L’article du MONDE attaque surtout le braconnage, mais ne dit rien de la cause première de l’extinction des espèces, la surpopulation humaine. Les commentateurs sur lemonde.fr compensent cet oubli significatif, le malthusianisme est un tabou médiatique :

MD : Il est même très étonnant que cet animal, et d’autres (lions, tigres, rhinocéros, …) puissent encore vivre en liberté dans la nature.

jean-claude meyer : Encore un triste exemple qui montre que l’espèce humaine est la plus grande prédatrice, en particulier quand elle se développe trop vite comme c’est le cas en Afrique.

Jacques Buty : On estime qu’avant la colonisation européenne, 20 millions d’éléphants vivaient en Afrique. Ce qui signifie qu’il ne subsiste plus aujourd’hui que 2 % des populations d’autrefois. Et l’effondrement des populations est similaire pour la plupart des autres espèces de mammifères (lions, guépards, tigres, rhinocéros, gorilles…).
Qui dit expansion humaine dit extermination de la faune…

tartifume : pression démographique et sauvegarde de l’environnement sont incompatibles……On aura beau se débattre et gesticuler, les grands mammifères vont disparaître et accessoirement la planète va fortement se réchauffer ! C’est un combat perdu d’avance….

Michel SOURROUILLE : Si la population humaine diminuait dans les mêmes proportions que les éléphants de savanes, soit 60 %, nous serions quand même un peu plus de 3 milliards au lieu de 7,8 milliards en ce moment. Si la population humaine diminuait de 86 % comme les éléphants des forêts, nous serions encore plus de un milliard, soit la population mondiale en 1800 ! Evolution exponentielle de la population humaine, extinction accélérée de la biodiversité. Au secours Malthus, les humains sont devenus fous !

A. Morin : Le Covid n’est finalement pas assez actif pour faire une coupe claire dans la seule espèce qui mérite de disparaître. Vive les virus !

L’Académie des sciences aime les insectes

Nous adorons les chroniques de Stéphane Foucart, journaliste scientifique du MONDE. Voici quelques extraits de sa dernière analyse suivis de commentaires sur lemonde.fr:

«  Une caractéristique de la France est le conservatisme de ses académies (médecine, sciences, agriculture…), et leur réticence à se prononcer sur tout ce qui pourrait bousculer l’ordre économique et social. Amiante, gaz de schiste, réchauffement, agriculture biologique, principe de précaution, sels nitrités dans l’alimentation : au fil des ans, les vénérables compagnies savantes françaises ont trop souvent défendu des positions défavorables à la préservation de la santé et/ou de l’environnement. L’avis rendu le 26 janvier 2021 par l’Académie des sciences française sur l’urgence à agir pour contrer le déclin des insectes n’en est que plus remarquable… Dans son avis, l’Académie met en avant, parmi les causes majeures de l’effondrement en cours de l’entomofaune, « l’usage croissant et non ciblé de pesticides à haute toxicité (notamment néonicotinoïdes) », ce contre quoi les milieux apicoles se sont battus en vain depuis la fin des années 1990.Elle recommande de prendre « urgemment » une série de mesures… La situation actuelle résulte autant d’une faillite de l’expertise sur l’environnement que de la cécité des responsables politiques. Mais elle est aussi le fruit d’une faillite médiatique à peu près générale… »

Claude Danglot : Superbe article montrant bien la soumission de certains scientifiques au puissances d’argent au détriment de la santé et de l’équilibres de notre biosphère. Merci M. Foucart pour votre courage de journaliste scientifique.

Dance Fly : Deux forces majeures antagonistes s’opposent aujourd’hui: les forces productivistes du siècle passé qui luttent pour poursuivre leur business comme si de rien était, bien que la démonstration est aujourd’hui faite que leurs activités portent préjudice à la biodiversité, au climat, à la santé globale de la planète et donc à l’humain, et des forces apparues récemment qui font la promotion d’un développement plus harmonieux qui nécessite la mise en place d’un nouveau paradigme (où le fossile disparaît alors que l’agriculture biologique apparaît…). Il y a donc encore une chance pour que la Terre demeure la planète des insectes (plus de la moitié de toute la biodiversité) pour encore longtemps.

Leca : le père Armand David (1826-1900), missionnaire botaniste et zoologiste collectant en Chine pour le Muséum écrivait en 1872 : « On se sent malheureux de voir la rapidité avec laquelle progresse la destruction de ces forêts primitives, dont il ne reste plus que des lambeaux dans toute la Chine, et qui ne seront jamais plus remplacées. Avec les grands arbres disparaissent une multitude d’arbustes et d’autres plantes qui ne peuvent se propager qu’à l’ombre, ainsi que tous les animaux, petits et grands, qui auraient besoin de forêts pour vivre et perpétuer leur espèce…Et, malheureusement, ce que les Chinois font chez eux, d’autres le font ailleurs ! C’est réellement dommage que l’éducation générale du genre humain ne se soit pas développée assez à temps pour sauver d’une destruction sans remède tant d’êtres organisés, que le Créateur avait placés dans notre terre pour vivre à côté de l’homme, non seulement pour orner ce monde, mais pour remplir un rôle utile et relativement nécessaire. »

Pour en savoir plus sur l’Académie des sciences grâce à notre blog biosphere :

29 janvier 2020, Cl. Allègre enterré par l’Académie des sciences

20 septembre 2010, la science n’aime pas l’Académie des sciences

Inceste, Xavier Gorce quitte LEMONDE

La caricature est-elle devenue le tabou suprême ? Le dessinateur Xavier Gorce a annoncé le 20 janvier 2021 qu’il mettait un terme à sa collaboration avec LE MONDE.

Le constat : Deux manchots (animal que Gorce utilise pour croquer l’actualité) en pleine discussion. Le plus petit des deux demande à l’autre :« Si j’ai été abusée par le beau-frère adoptif de la compagne de mon père transgenre devenu ma mère, est-ce un inceste ? »

Les réactions des minorités : « Indignation », « indécence », « sidération », « infâme », « violent », « nauséabond », « mauvais goût extrême »…, « il s’ajoute le luxe de se moquer des personnes LGBTQI+, une autre de ses obsessions, pour cracher un peu plus au visage de minorités »,

Mise au point de Jérôme Fenoglio, le directeur du Monde : « Cette démission de Xavier Gorcen que nous ne la souhaitions pas, intervient après la parution, mardi 19 janvier, d’un dessin de Xavier Gorce que nous n’aurions pas dû publier. Nous considérons, en effet, que la liberté de la presse, élément vital de notre démocratie, ne peut se diviser… (Mais) nous considérons que la liberté de la presse est également une responsabilité, qui inclut la capacité à reconnaître une erreur et à présenter des excuses à nos lecteurs. Il ne s’agit ni d’une censure (le dessin reste publié) ni, a fortiori, d’une sanction à l’endroit de notre dessinateur. »

Réactions des lecteurs après cette mise au point : « Il me paraît inadmissible que, si peu de temps après le meurtre de Samuel Paty et la défense du droit à la caricature, après avoir répété que caricaturer une religion n’est pas mépriser ses fidèles, vous cédiez vous-mêmes devant une pression venant non pas d’un groupe religieux mais – et c’est tout comme – d’un groupe de pression décidé à imposer la manière dont on peut parler de certains sujets qu’il estime lui appartenir », « On a le droit de se moquer des curés, des imams… mais pas des transgenres ! C’est n’importe quoi », « Il n’y a que Charlie Hebdo qui a droit à la liberté d’expression ? Il n’y a que les musulmans qu’on a le droit de choquer ? Ce dessin était tout à fait dans la veine des Indégivrables : montrer les limites des emballements médiatiques »,

Un autre dessin de Gorce. Le plus petit des manchots est content : « J’ai fait un joli dessin pour sauver le monde de la perdition ». Réaction du père : « retourne à l’école. » On ne peut s’empêcher de penser à Greta Thunberg, jugée trop jeune pour manifester hors scolarité contre le climat…

Un petit dernier pour montrer que les dessins de Gorce sont aussi au service du débat écologique : le manchot Jancovici à un petit manchot : « Fais le calcul. Il vaut mieux que tu crèves du réchauffement climatique dans 30 ans plutôt que de t’emmerder avec des déchets nucléaires pendant 100 000 ans !

Un texte de notre blog biosphere : discuter PMA, c’est interdit par les LGBT

On perdra toujours contre les virus

Tout être vivant peut être infecté par un virus. Il existe des virus de bactéries, des virus de plantes, des virus d’animaux et même des virus de virus. Les maladies virales comme la rage, la fièvre jaune ou la variole affectent l’Homme depuis des siècles. Quelle perspectives de la lutte anti-virale ? La guerre est perdue d’avance. En effet les virus évoluent plus rapidement que l’espèce humaine, qui n’a connu que 7500 générations en 200 000 ans. Le VIH atteint le même nombre de générations en vingt ans au sein d’un même patient. Les virus sont des milliards de milliards, nous ne sommes que des milliards. Le variant anglais du coronavirus, très contagieux, envahit aujourd’hui la France et la planète. Voici un peu d’histoire sur la vaccination et son analyse :

1723. En France, tout au long du XVIIIe siècle, 50 000 à 80 000 personnes mouraient chaque année de ce qu’on appelait « la petite vérole ». Elle contaminait jusqu’à 80 % de la population, n’épargnant aucune classe sociale. Le virus de la variole fit en 1723 à Paris 14 000 morts. Voltaire parvint à survivre, il avait 29 ans. La XIe de ses Lettres philosophiques, publiées en 1734, s’intitule « Sur l’insertion de la petite vérole ». Elle prend la défense de l’inoculation, ancêtre des vaccins, importée d’Orient par Lady Mary Montagu. Pour créer une immunité, on incisait la peau, du bras ou de la jambe, pour y mettre un peu de pus prélevé sur un malade.

1804, première campagne publique de vaccination en France. Le ministre de l’intérieur, Jean-Antoine Chaptal, fixe la vaccination comme mission prioritaire : « Aucun objet ne réclame plus hautement votre attention ; c’est des plus chers intérêts de l’État qu’il s’agit et du moyen assuré d’accroître la population. » Mais multiplier le nombre d’humains, est-ce vraiment un bonne politique ?

1871, Charles Darwin : « Chez les sauvages, les individus faibles de corps ou d’esprit sont promptement éliminés, et les survivants se font ordinairement remarquer par leur vigoureux état de santé. Quant à nous, hommes civilisés, nous faisons, au contraire, tous nos efforts pour arrêter la marche de l’élimination ; nous construisons des hôpitaux pour les idiots, les informes et les malades ; nous faisons des lois pour venir en aide aux indigents ; nos médecins déplient toute leur science pour prolonger autant que possible la vie de chacun… (in La descendance de l’homme – 1871)

1926, Jean Rostand : « Nos sociétés donnent la possibilité de survivre et de se reproduire à des milliers d’êtres qui eussent été autrefois implacablement éliminés dès le jeune âge. La diminution de la mortalité infantile, les vaccinations généralisées entraînent un affaiblissement de la résistance moyenne de l’espèce. Il s’ensuit un avilissement progressif de l’espèce. Donc par l’effet de la civilisation, nul progrès à espérer pour l’animal humain, mais une décadence à craindre. (L’homme, éditions Babelio) » Cette liberté d’expression ferait scandale aujourd’hui.

1980. L’OMS a déclaré la complète disparition de la variole au niveau mondial, un succès de la vaccination. Mais si la disparition de la poliomyélite a été prise en 1988, ce virus court toujours en 2021.

2020. Le virus Sars-Cov-2 entraîne une pandémie mondiale dont l’humanité n’est toujours pas sortie en 2021. Darwin prend sa revanche sur Pasteur, l’évolution des populations par variabilité, héritabilité et sélectivité expliquent à la fois nos faiblesses et nos résistances aux virus. Notons aussi que les microbes font de la résistance à nos antibiotiques. On perdra toujours des plumes contre les virus et les microbes, la mort est notre destin naturel. Faut-il miser sur la sélection naturelle ? Voici un texte à méditer :

25 mars 2015, La vaccination obligatoire contre la sélection naturelle

One Planet Summit, la CDB de Macron

Biodiversité, les sommets de la terre se succèdent et les espèces disparaissent. Une première conférence sous l’égide des Nations Unies a eu lieu à Stockholm en 1972 sur le thème « L’homme et l’environnement ». Quelques objectifs réduits, comme un moratoire de dix ans sur la chasse commerciale à la baleine, point final. Vingt ans plus tard, lors du Sommet de la Terre à Rio de Janeiro en 1992, on met en place la Convention des Nations unies sur la Diversité Biologique (CDB). En 2010, lors de la COP10 (conférence des parties) au Japon, la CBD avait adopté les accords dits « objectifs d’Aïchi », qui établissaient vingt points à atteindre pour 2020 ; les objectifs n’ont pas été atteints. La Plate-forme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES), l’équivalent du GIEC sur le climat, n’a vu le jour qu’en 2012. La 15e Conférence des Parties (COP15) de la Convention des Nations unies sur la diversité biologique (CDB) était programmée à Kunming (Chine) en octobre 2020. Mais sous prétexte pandémique, elle a été reportée (17 au 30 mai 2021). Alors Emmanuel Macron réunit à lui tout seul le One Planet Summit (11 janvier 2020). Autant dire qu’on a assisté au défilé des annonces périmées et du « bla-bla » habituel.

Le président français lance une série de rendez-vous déjà prévus de longue date. Il est très fier de lui : « Notre avenir et celui de la planète dépendent de ce que nous faisons ici et maintenant. » Il est vrai que ça urge, une espèce sur huit, animale et végétale, risque de disparaître à brève échéance. Mais l’idée de placer 10 % des terres et des mers sous protection forte n’a pas été abordée… faute de consensus. De toute façon le flou persiste quant au niveau de protection envisagé. On insiste sur les liens entre les trois crises majeures que sont le dérèglement climatique, l’érosion de la biodiversité et la pandémie de Covid-19. On se contente d’insister. On lance un « appel » à ce que 30 % des investissements en faveur du climat soient aussi bénéfiques à la protection de la nature d’ici à 2030. Hello, hello, écho entends-tu ? « Nous avons besoin de solidarité entre les continents ; nous avons besoin d’une Grande Muraille verte au Sahel et de plus petites murailles vertes à l’échelle de chaque pays ; nous avons besoin de protéger nos forêts ici et ailleurs. » Certes, nous en avons bien besoin, mais la satisfaction attendra. La Chine, qui accueillera la COP15 de la CDB, a simplement appelé à un « effort collectif » et ça, ça ne mange pas de pain. Bien entendu la question démographique est complètement absente des débats, ce que relève ce dialogue sur lemonde.fr :

lecteur assidu : La politique de l’enfant unique et la non-croissance des populations est le b-a-ba de la protection des écosystèmes. Le reste c’est du baratin politicien à la Duflot.

Mercuryal : La démographie, c’est une solution de fond, mais pas directement connectée à l’urgence du problème. Il faut combattre tous les facteurs de pollution pour sauver les eaux potables, la qualité de l’air. Combattre l’industrialisation sauvage et l’agriculture chimique pour sauver les terres arables et préserver l’environnement sauvage.

Michel SOURROUILLE : Mercuryal, les humains par leur nombre prennent l’espace vital de toutes les autres espèces et cela, c’est directement relié à la chute de la biodiversité. Et si on pratique une agriculture chimique non durable, c’est pour l’objectif affirmé de nourrir une population trop nombreuse. Démographie, biodiversité et économie sont en interdépendances étroites, il n’y a rien de secondaire dans ces variables, étudiez la relation IPAT.

Adrien H : « Sauvons le monde en ayant moins d’enfants » est la fausse idée géniale de ceux qui n’ont pas vraiment compris le problème, et qui en général croient naïvement que cela suffirait pour conserver leur mode de vie.

Michel SOURROUILLE @ Adrien H : Lors du sommet de la Terre à Rio en 1992, toutes les composantes de la vie sur Terre étaient déjà mises sur la table, sauf une, la démographie. Maurice Strong, le secrétaire général de cette rencontre, eut beau déclarer que « soit nous réduisons volontairement la population mondiale, soit la nature s’en chargera pour nous et brutalement », dès le début ce sujet était purement et simplement tabou.

Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphere :

16 janvier 2020, Biodiversité, CDB, COP15 et IPBES… en vain

Féminisme radical et écologie politique

SCUM Manifesto, pamphlet autoédité en 1967 par Valerie Solanas, n’y va pas de main morte : « Rien dans cette société ne concerne les femmes. Alors, à toutes celles qui ont un brin de civisme, le sens des responsabilités et celui de la rigolade, il ne reste qu’à renverser le gouvernement, en finir avec l’argent, instaurer l’automation à tous les niveaux et supprimer le sexe masculin. » SCUM, acronyme de Society for Cutting Up Men (l’association pour châtrer les hommes) appelle à constituer des banques de sperme pour assurer la reproduction et tient l’homme pour « un accident biologique ; le gène Y (mâle) n’est qu’un gène X (femelle) incomplet, une série incomplète de chromosomes (…) une femme manquée, une fausse couche ambulante, un avorton congénital ». Si Solanas elle-même ne se considérait pas comme féministe et traitait les associations féministes avec mépris, son manifeste est considérés par certaines comme un acte fondateur du féminisme radical. Aux Etats-Unis, SCUM a divisé profondément les féministes au cours des années 1970 et provoqué une fracture au sein de la National Organization for Women (NOW), la principale organisation féministe. L’emblématique fondatrice, Betty Friedan, estimait que les idées de Solanas faisaient du tort à la cause, tandis que d’autres militantes la défendaient. Cinquante ans après, deux essais reprennent l’idée de se passer des hommes : Moi les hommes, je les déteste, de Pauline Harmange et Le Génie lesbien de l’élue Ecologie-Les Verts (EELV) au Conseil de Paris Alice Coffin.

Les pamphlets sont des pamphlets à l’égal des caricatures de Mahomet, des témoignages que la liberté d’expression existe aux États-Unis et en France. SCUM n’est qu’une caricature, un simple prurit. Le sexicide devrait faire rire et ne pas être pris au pied de la lettre. Libres à certaines de ne vivre qu’entre femmes comme des hommes préfèrent l’entre-soi. Mais toutes ces manifestations ne font pas projet de gouvernement. Que Coffin ne lise plus Matzneff, soit, qu’elle fasse virer Girard, c’est un changement de registre. Ce qui inquiète chez ces féministes radicales, c’est de ne plus faire la distinction entre la pensée symbolique et l’action réelle. Ce qui inquiète chez EELV, c’est qu’on donne la parole et des places d’élues à un féminisme extrémiste alors que l’écologie politique prône le sens des limites. Le féminisme politique, c’est-à-dire la volonté de mettre en œuvre l’égalité réelle entre l’homme et la femme est l’exact contraire du séparatisme des sexes. Le terme misoandre n’existait pas avant les années 1970, c’était injuste puisque le terme misogyne existait. Mais l’existence d’un mot désignant certaines attitudes ne devrait pas occulter le fait que nous sommes tous fondamentalement androgynes. Voici quelques compléments d’analyse sur lemonde.fr :

Extrêmecentre : L’argumentation de cet « SCUM » comporte la même structure que les « écrits » antisémites et racistes. En particulier l’animalisation, donc la déshumanisation, d’une partie de l’espèce humaine afin de justifier son élimination. A bien des égards on est en présence d’un Mein Kampf féministe. Je ne comprends même pas qu’on réserve une seule ligne à ce type de machin dont on apprend avec consternation qu’il a inspiré nombre de féministes actuelles (cela étant on s’en doutait).
Hervé Corvellec : Je mettrais le SCUM au rayon littérature et non pas sciences humaines, ce qui n’empêche pas les études de genre d’y faire référence. Il s’agit selon moi d’un écrit de révolte à mettre dans la tradition du Marquis de Sade (sans les détails) ou d’Alfred Jarry (sans l’humour) . Solana y vomit la sociétés des hommes comme d’autres vomissent leur haine de tel ou tel groupe de personnes – ce qui bien sûr pose problème.
Jibé : SCUM montre bien comment le féminisme n’est qu’une des expressions de l’extrême-droite exclusive, qui a réussi par je ne sais que tour de magie à recevoir un label « de gauche » tout en prônant des exclusions et interdictions de mélange dans tous les sens.
Alta : Ce que ces » féministes » ne comprennent pas, c’est que tous leurs excès provoquent ce qu’elles haïssent le plus. Chaque fois qu’une femme dit vouloir exterminer les hommes, elle raidit un peu plus ceux qui auraient pu tendre une main vers elle.
Vermont1 : Solanas était une grande admiratrice de William Burroughs. Selon maints témoignages elle le suivait partout dans New York. Bien sûr, Burroughs (qui avait tué sa femme d’une balle dans la tête) avait écrit, bien avant Solanas, un petit texte intitulé ‘A New Frog’ où, découvrant cette nouveauté scientifique qu’était le clonage, imaginait un monde où les mâles pourraient se reproduire sans les femelles, ce qui rendait la présence du genre féminin sur terre tout à fait dispensable. Burroughs représentait non seulement l’icône gay des années 50, 60, mais aussi le seul grand écrivain de son époque qui assumait une misogynie radicale.

Pour en savoir plus sur l’écoféminisme :

Écoféminisme et question démographique

Tuer des animaux pour se sauver du Covid

Pour mieux lutter contre le Covid-19, sommes-nous prêt à sacrifier des animaux quand on est écolo ? Les modèles animaux, qui permettent de tester « in vivo » les traitements avant de les dispenser aux humains, sont paraît-il cruciaux dans la phase préclinique de la lutte contre le SARS-CoV-2. Dès le mois de mars, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a rassemblé chaque semaine, en vidéo, un groupe international d’experts afin qu’ils sélectionnent les cobayes les plus pertinents. Des visons aux chiens, des chats aux cochons, des poulets aux canards, tous les animaux qui pouvaient avoir un intérêt ont ainsi été utilisés dans le cadre d’expériences. L’équipement d’imagerie exceptionnel rassemblé à Fontenay-aux-Roses permet par exemple de suivre les lésions mais aussi la réponse inflammatoire des animaux malades, « et bientôt l’évolution du pathogène lui-même ». Autant d’observations pratiquement impossibles chez l’humain mais essentielles pour comprendre les vicissitudes du virus. Quelques commentaires sur lemonde.fr, qui l’emporte entre les POUR et les CONTRE l’expérimentation animale ?

Ouuuups : Lectrice assidue du Monde, je me permets pour la première fois d’exprimer mon étonnement quant au traitement journalistique d’un article. Les termes qui sont ici employés s’agissant du sujet délicat de l’expérimentation animale mettent en avant une réification des animaux, les ramenant à de simples « boîtes à outils » et le recours à différents jeux de mots dans les titres voire à une sorte d’humour (« trois espèces se partagent le soin d’accomplir le dernier tour de piste »…) pour désigner les résultats d’expériences sur quatre espèces animales, qui ont nécessairement enduré stress et souffrances dans ce cadre, me laisse perplexe… Si je peux entendre que l’épidémie rend nécessaire ce type de recherches et ne remets pas en cause l’intérêt de l’article, un traitement plus respectueux des animaux (et des lecteurs soucieux de la condition animale) aurait été apprécié…

Alazon : Je suggère que les gens qui sont contre les expérimentations animales se placent dans un grand fichier de refus des médicaments validés grâce à elles. Les médecins consultant celle liste sauront alors qu’il faut les laisser crever plutôt que de leur donner les dits médicaments.

Marioniet : Où sont les vegans, végétariens, végétaliens, pro animaux, défenseurs des animaux, « brigittebardotistes « et autres » aimant-les-animaux »…dont je suis ? Incapable d’écraser un insecte, même méchant, je déplore que l’on exploite la race animale pour connaître ce virus 19 qui s’éteindra de lui-même, comme celui de la grippe espagnole qui, ELLE, a fait des millions de morts.

pierre marie : C’est votre choix, Marioniet. Vous pouvez refuser tous les traitements. Il est toutefois plus complexe d’en priver les autres… La grippe espagnole a surtout fait des morts car nous ne disposions pas à l’époque des médicaments qui permettait de soigner ces effets secondaires. Aujourd’hui, cette grippe n’aurait pas été un problème majeur.

Anti-démago : Il est honteux de faire souffrir des animaux innocents pour sauver des humains. Ça ne montre que le complexe de supériorité de l’humain, qui de plus en plus se retourne contre lui.

Pelayo Decovadonga @ Anti-démago : Le lion qui a mangé le petit Mamadou avait le même complexe de supériorité. Pourquoi l’Homme serait-il la seule espèce à ne pas avoir le droit de mettre le reste de la nature à son service ? Vous croyez à sa singularité dans le monde animal ? A sa supériorité ?

avec le temps @anti-démago : je te rappelle que la TOTALITE des médicaments, aliments, boissons, vêtements, produits de première ou seconde nécessité, sont testés sur des animaux, avant d’être commercialisés. si tu refuses ces tests, il te faut refuser la TOTALITE des produits commercialisés. il te faut donc t’habiller de feuilles et aller chercher des racines ou fruits « naturels » pour te nourrir…

GuillaumeS : Pourquoi ne pas tester sur des primates humains moins évolués que le hamster : les électeurs de trump ?

Danielito Cevenas
 : Mais qu’en disent les anti-specistes? Les Bardot et autres écolos animalistes?

Kryssy @Cevenas : L’humain sauve sa peau. C’est logique. Il a supériorité pour lui aujourd’hui (pour combien de temps ?). L’expérimentation animale nous est malheureusement ( et je l’écris au sens littéral) indispensable pour sauver notre peau. Nous le faisons au détriment d’êtres vivants à qui on nie l’empathie, les émotions et la souffrance.

Article complémentaire sur notre blog biosphere :
25 mai 2015, L’expérimentation animale dans la recherche médicale

Législation, féminisme et avortement

Pour valider une pensée, il faut savoir d’où on vient pour mieux déterminer où on veut aller. Né en 1947, ma mère venait juste d’obtenir le droit de vote ; lycéen, je n’avais pas le droit d’avoir des cheveux longs ; les femmes dans leur profession n’avaient pas droit au pantalon. Mon père était légalement le chef de famille, le texte de loi n’a changé qu’en 1972. Depuis cette époque, bien des changement ont eu lieu. Ma pensée éco-féministe a évolué. En 2020, l’état de la législation en France est tel que l’objectif du féminisme, l’égalité entre l’homme et la femme, a été atteint. S’il existe peut-être des lacunes de la loi en la matière, je voudrais qu’on m’en fasse part en commentaire sur ce blog. A mon sens certaines améliorations ponctuelles peuvent être proposées, mais la pratique montre qu’on peut tomber dans la démesure, par exemple au niveau de l’IVG.

René Dumont lors de la présidentielle 1974 réclamait la liberté d’avorter, ce fut légalisé le 17 janvier 1975. Dont acte. Aujourd’hui en 2020 une proposition de loi fait passer le délai légal de recours à l’IVG de douze à quatorze semaine de grossesse. Les femmes ne demandent pas de pouvoir avorter plus tard, elles demandent à être prises en charge tout de suite, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. On sait très bien que les délais n’ont pas été allongés pour le bien des femmes, il s’agissait seulement de pallier les défaillances du système de santé. Il semble que l’agitation politique actuelle nous fait oublier la complexité du monde dans lequel nous vivons et les risques que des techniques mises en œuvre nous font prendre ; avorter à 14 semaines, ce n’est pas anodin, ni pour la femme, ni pour le praticien. Ce qu’il faudrait, c’est un droit opposable à l’avortement, qui obligerait l’État à garantir une IVG

Rappelons quelques idées sur le féminisme. C’est par définition un ensemble de mouvements et d’idées qui partagent un but commun : promouvoir et atteindre l’égalité entre les femmes et les hommes dans tous les domaines ( Wikipédia). Quant à approfondir la question, on peux se référer à mon livre de 2017, « On ne naît pas écolo, on le devient » (éditions Sang de la Terre), rubrique Féminisme : « Je suis né garçon et pourtant je suis féministe. Aussi loin que je me rappelle, j’ai toujours été féministe, en faveur de l’égalité pleine et entière des hommes et des femmes. Pourquoi ? Difficile à dire. Ma mère ne pouvait rien faire sans l’aval de mon père. Peut-être est-ce là une explication de mon féminisme, un soutien indirect à ma mère ! C’est avec Jean Rostand à 22 ans que je découvre en 1970 la diversité sociologique du statut de la femme. Chez les Arapesh, il existe un seul type sexuel de comportement social qui correspond au type féminin des nations occidentales. Chez les Mundugumor, c’est la référence masculine qui est privilégié par les deux sexes. Quant aux Tchambuli, nous retrouvons les deux catégories, mais inversées par rapport aux société machistes….

A partir de 1975-76, ma vie professionnelle de professeur de SES va me permettre de rationaliser mes convictions et de faire des cours sur le féminisme. La nature physique de la femme ne dit rien de son statut social par rapport à l’homme : le comportement humain est déterminé par un conditionnement culturel. Il n’y a pas d’éternel féminin, il y a des cultures diverses qui produisent telle ou telle image de la femme. Avec les élèves de seconde, nous nous interrogeons sur la notion d’actif/inactif. La notion officielle de l’activité fait que la femme au foyer n’est pas comptée dans le PIB. Je fais chercher la réponse à cette question existentielle : que fait le PIB quand un médecin épouse sa femme de ménage ? J’organise des débats genre « les femmes doivent-elles rester à la maison ? ». J’interroge les élèves : « Que connaissez-vous comme métier spécifiquement masculin… ou féminin. » On m’a sorti un jour « ouvrir les huîtres, masculin ». Les parents sont les premiers responsables d’une différenciation des rôles injustement fondée sur une différence biologique. J’ai étudié avec mes élèves un texte de Simone de Beauvoir (Le deuxième sexe – 1949) dans lequel se trouve ma phrase fétiche « On ne naît pas femme, on le devient ». Notre comportement n’est pas fixé par nos gènes, « naturel », pré-établi à la naissance. Tout est culturel, issu d’une socialisation, que ce soit les (in)égalités sexuées ou notre attitude vis-à-vis de la nature. Un bébé a un comportement androgyne. C’est à travers la bouche, les mains et les yeux que les nourrissons des deux sexes appréhendent l’univers. Jusqu’à douze ans environ, la fillette est aussi robuste qu’un garçon du même âge, et les capacités intellectuelles sont similaires tout au cours de la vie. Ce n’est pas la nature qui, pendant des siècles, avait empêché les femmes d’aller à l’université, mais des élites masculines qui ne voulaient pas partager le pouvoir, aidées par des femmes qui avaient intériorisé une impuissance factice. L’égalité des sexes progresse dans les jeunes esprits de mes élèves… un peu ! Nous sommes tous androgynes, mais nous ne le savons pas vraiment. (…) »

Michel SOURROUILLE

pour en savoir plus grâce à ce blog biosphere :

8 mars 2020, Écoféminisme et question démographique

1er novembre 2017, Biosphere-info, féminisme et écologie (synthèse)

Le choix végan, discutable ou fiable ?

Se mettre à la place d’un végan, c’est probablement se sentir très seul dans un monde de fous : « Confectionner des chaussures, des canapés, des sacs avec un ventre, s’envelopper d’un pelage pour se réchauffer, manger un corps, le découper en morceaux puis le faire frire dans l’huile, est-ce possible que ces monstruosités aient vraiment lieu ? Cette tuerie gigantesque organisée, cruelle et impassible, mécanique, sans aucun remords, sans la moindre réflexion… Avons-nous perdu la tête ? » (Dernière phrase d’un article de Stéphane Foucart). Les commentateurs sur lemonde.fr s’en donnent à cœur joie :

Le Dingue : Ne confondons « manger de la viande » ou sans euphémisme « manger des animaux » avec « abattre les animaux » de manière indigne. Avec la philosophie Vegan (végétalienne) il faudrait faire sortir des milliers d’espèces carnivores du jardin d’Eden : tigres, ours, poissons par centaines, lézards de toutes tailles, grenouilles et …..tous les oiseaux !

Buber : Un peu fouillis cet article de Foucart car végétarisme et véganisme sont différents. Oui les humains ont toujours mangé de la viande et ont des dents adaptées pour ce faire–ce qui ne dit rien sur les quantités absorbées ni sur l’industrialisation de la mort. Oui les vegans doivent prendre des compléments alimentaires (vitamine B 12) et dépendent de la chimie pour leur équilibre alimentaire. Oui nous mangeons trop de viande rouge ce qui a un impact négatif sur l’environnement. Mais on peut être flexitarien avec un peu de viande, surtout blanche, dans son assiette.

Hermès32 : Qu’il faille diminuer fortement notre consommation de viande n’est aujourd’hui plus guère contesté par personne. Par rapport au véganisme il ne faudrait tout de même pas oublier deux choses : il y a un monde entre les élevages de poulets en batterie ou de porcs industriels et les pratiques de l’agropastoralisme où la nourriture bio donnée aux animaux (élevés en plein air) et leur bien-être sont des critères essentiels ; ce serait une grossière erreur de prendre les végans pour des victimes, il ne faut pas oublier qu’il y a derrière ce mouvement des lobbys financiers très puissants qui avancent soigneusement cachés.

Lucius V : Sur les trois végans que j’ai connus, une est revenue à une consommation très modérée de produits carnés et une autre au végétarisme pour cause de carences. Ce qui pour moi soulève surtout une inquiétude pour les enfants nourris à ce régime. Pour le reste, entre un viandard invétéré et un végan, il y a des attitudes médianes bien que pour beaucoup de gens il n’y a que Paradis ou Enfer.

Paco : Végan/carnivore. Féminin/masculin. Capitale/territoire. Racisé/universaliste. Privé/public. Nordiste/sudiste. Régionaliste/jacobin. etc. Riches/pauvres, ah, ça non!!! Continuez à vous déchirer sur des parcelles, nous on s’occupe du reste : le pognon et votre exploitation.

Citoyen Lambda : Rien contre les végans du moment qu’ils n’essaient pas d’imposer leur conviction aux autres.

Azerty : Et combien de parents sont jugés pour nourrir leurs gosses aux burgers et au soda à les en rendre obèses ? Aucun, alors qu’ils sont bien plus nombreux. Et range, non?

Citoyen étonné : Et qu’est-ce qu’on fait avec le gentil petit chat de mémère, carnivore exclusif qui, passe ses nuits à pourchasser mulots et musaraignes, ou attend au pied du nid qu’un bébé mésange rate son envol ? On lui explique qu’il doit devenir vegan et changer son intestin ? L’animal humain lui est omnivore, et son intestin ne lui permet pas de digérer les fibres.

Gaston : de toute façon avec la démographie délirante de notre espèce le végétarisme deviendra la norme question de survie

Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphere :

8 janvier 2019, Paul Ariès accuse les végans de mentir sciemment

02 juillet 2018, Les végans occultent notre rapport complexe à la mort

31 octobre 2017, Entrée du véganisme dans la collection « Que sais-je ? »

14 octobre 2017, Pour ou contre… la viande de substitution

12 octobre 2017, Le véganisme est-il contre les animaux domestiques ?

28 septembre 2017, Demain tous vegans ? Ce serait une catastrophe

28 août 2017, Végan, l’art de l’ersatz et de la confusion des valeurs

ASPAS, protection de la nature sauvage

L’Association pour la protection des animaux sauvages (Aspas) avait inauguré le 22 avril 2014, au cœur de la Drôme, la première réserve privée de vie sauvage. Objectif de ce lieu inédit en France : laisser la nature s’exprimer sans la moindre intervention humaine. Sont interdits la chasse et la pêche, l’exploitation forestière et agricole, l’élevage, les feux, les dépôts de déchets, le passage de chiens non tenus en laisse et même la cueillette. Seule la promenade non motorisée, sur les sentiers, est autorisée. Ce niveau de protection très élevé et unique en France correspond à la catégorie 1b (zone de nature sauvage) du classement des aires protégées, réalisé par l’Union internationale de conservation de la nature. Le seul mode de gestion est la libre évolution. Bravo !

En 2020 un article du MONDE titre : « Ils arrivent avec leur pognon et disent : écartez-vous, c’est nous qui allons sauver la nature ». Dans le massif du Vercors en 2019, l’Aspas a racheté 500 hectares, sa quatrième réserve de vie sauvage. L’Aspas avait fait appel à un financement participatif, vous donnez 30 euros pour 200 mètres carrés d’un endroit où on va laisser en paix la faune et la flore. Ce site était auparavant une réserve de chasse… où les animaux étaient nourris. Une manifestation a été organisée fin août 2020 pour dire « non au ré-ensauvagement » ; pourquoi ne pas faire confiance aux « autochtones » pour protéger ces espaces ? L’écologie est un combat, pour et contre s’affrontent sur lemonde.fr :

G. Delaurens : A lire les réactions, on comprend bien que l’homme n’est pas près à lâcher la moindre parcelle de terrain, et que la lutte pour la préservation des espèces n’est qu’un simulacre. Même le droit de propriété dans un pays légaliste ne garantit pas qu’on puisse empêcher l’influence humaine sur un territoire. Nous sommes juste bons à éliminer toute forme de vie évoluée en dehors de nos chiens, chats et espèces végétales « de rendement » !

Ana : l’ASPAS cit « On a toujours été dans une posture de combat ,donc on est un peu en mode bulldozer. » Ainsi parlait une Khmer verte.

Mam : 500 ha, c’est quand même pas le Yellowstone. Il faut une sacré dose d’intolérance au vivant pour ne pas supporter une part aussi infime de sauvage.

Yolanda : Je suis très engagée dans la défense des animaux et je n’approuve pas les méthodes de cette association. Pourquoi l’ASPAS s’oppose-t-elle aux éleveurs en pastoralisme, qui subissent déjà la pression immense de l’élevage intensif ?

Thibaut : Le droit de la propriété est sacré, non ? N’est-ce pas l’argument employé par les agriculteurs pour planter des OGM ou épandre des glyphosates ? N’est-ce pas l’argument employé par les châtelains pour justifier leurs chasses à courre ? Et bien voilà… Les écolos font ce qu’ils veulent chez eux :o)

Revers lifté : De jeunes écolos enfants de bonnes familles, friqués et arrogants, viennent satisfaire leurs fantasmes sans aucun dialogue avec les gens du coin mais en décrétant ce qu’il faut faire et ne pas faire ! On comprend l’opposition des agriculteurs, éleveurs, forestiers…

DFL : Si les agriculteurs et les chasseurs avaient sauvé la nature, on s’en serait aperçu depuis un bon moment

Toto : Le dogmatisme d’écolos venus d’ailleurs, c’est quand même effrayant…

Jean Claude Grange : Quelle plaisanterie ! Combien de centaines de milliers d’hectare a-t’on bétonné pour construire des zones commerciales avec partout les mêmes hangars en tôle et de gigantesques parking en bitume, qui ont littéralement défiguré le paysage français et contribué à la perte de biodiversité. Et on vient se plaindre pour 500 hectares, qui n’est vraiment pas une grosse surface ?

Pierre-marie : Quelle tristesse et quelle incompréhension du bon fonctionnement des milieux façonnés par l’homme depuis la fin de l’âge glacière… Le « rien faire » n’aboutit pas au « retour » enchanteur à la « nature en équilibre »… C’est la ruine de systèmes riches et complexes, en permanente évolution avec l’homme… Un peu comme un potager qui se transforme en friche où les ligneux étouffent les 3/4 de la vie. La flore des prés fauchées sera étouffée. Les arbres (qui ont toujours été cultivés par l’homme) vont dépérir… Un appauvrissement.

CDA : Non, Les arbres n’ont pas toujours été cultivés par l’homme : à l’origine, la nature est sauvage et des milliards d’années d’évolution prouvent suffisamment qu’elle n’a pas besoin de « façonnage » pour prospérer. Un champ cultivé est un système beaucoup moins riche et complexe qu’une forêt primaire. Pierre-Marie confond biodiversité et jardinage. Un petit bout de terrain, ce n’est pas un retour à avant l’intervention de l’homme, pour ça c’est trop tard. Les agriculteurs et les chasseurs doivent comprendre qu’ils n’ont plus le monopole sur ces espaces non urbains et qu’il y a d’autres visions que les leurs pour leur devenir.

Lire aussi La nature sans les humains se porterait beaucoup mieux (21 avril 2014)

Trop d’humains, extinction des vertébrés

Entre 1970 et 2016, les populations mondiales de vertébrés – oiseaux, poissons, mammifères, amphibiens et reptiles – ont décliné en moyenne de 68 %, révèle le Fonds mondial pour la nature (WWF). L’organisation a publié le 10 septembre 2020 la mise à jour de son « indice planète vivante » (IPV). Les vertébrés représentent moins de 5 % des espèces animales connues, mais sont les mieux étudiés. L’article du MONDE en liste les causes, destruction de près de 90 % des zones humides mondiales depuis 1700, surexploitation des rivières, pollution, changement climatique, système de production alimentaire. La pression démographique humaine sur les milieux n’est pas prise en compte, les commentaires sur lemonde.fr compensent cet oubli fâcheux :

René B. : Il y a une population de vertébrés qui a hélas augmenté : les êtres humains. Et parmi les grands singes ce sont les plus dangereux…

Kiamb : La proportion d’humains a dû croître dans des proportions similaires voire supérieures au déclin des vertébrés. Je suis toujours étonné que ce lien fort entre ces deux phénomènes soit si peu mis au premier plan des causes (et comment y «remédier », ce qui est encore une autre question).

Frog @Kiamb : Votre constat n’a aucune visée d’efficacité : il n’y a pas grand-chose à faire à part attendre que la courbe de population ne redescende. C’était il y a 50 ans, quand on se moquait de la politique de contrôle de natalité des chinois, qu’il fallait faire quelque chose.

Boltzmann : Sur la période 1976-2020, on a donc doublement de la pression humaine sur le monde sauvage. Et comme le niveau de vie a entre temps augmenté (plus de nourriture, part plus importante de viande, existence du gaspillage…), on ne s’en sort pas. Il est écrit dans LE MONDE « Notre système de production alimentaire est l’un des premiers facteurs de changement d’affectation des terres », mais il me semble que ce n’est pas notre système qui pose problème mais notre nombre. Ou plutôt, un système qui allait bien avec deux fois moins d’humains ne convient plus a notre population actuelle.

Rodgeur : Mais puisqu’on vous dit que c’est la Covid la priorité dans le monde. Le reste on s’en fiche. C’est tout. Et puis, est-ce que ça crée du PIB un vertébré autre que l’être humain ? Tout est dans le modèle proie- prédateur. Si le nombre de prédateurs augmente, le nombre de proies diminue. Et comme le nombre d’hommes augmente… Mais à un moment donné, il peut manquer de proies…

Laissons les araignées dans notre demeure !

Voici quelques petits gestes qui vous positionneront comme Terrien et non plus seulement comme Humain : laisser les toiles d’araignée dans les recoins de la maison, ne plus avoir d’animaux domestiques, pratiquer la marche attentive tout autour de son domicile, accepter sur son trottoir les herbes folles, rouler très lentement sur les petites routes (et même sur les grandes route) et faire preuve en toutes circonstances de sentiment océanique.

Abandonnons le grand récit national qui commence à nos ancêtres les gaulois, retrouvons le sens de la nature que nous avons perdu depuis 10 000 ans avec l’invention de l’agriculture, cultivons une éthique de la Terre et le goût de la nature sauvage (wilderness). Pour les colons puritains de l’Amérique du XVIIe siècle, au sens de la Bible, la nature c’est le désert, la solitude dans laquelle se trouvent les hommes lorsqu’ils sont abandonnés de Dieu. Contre ce reniement de la beauté de la Terre, le mouvement s’inverse au XVIIIe siècle, la wilderness devient la nature que l’homme n’a pas corrompue, un symbole de pureté. Pour le philosophe transcendantaliste Ralph Waldo Emerson (1803-1882), la priorité est de chercher ce qui unit l’homme et la nature. En 1858, l’activiste américain Henry David Thoreau (1817-1862) appelle à créer des parcs nationaux, acte fondateur dans l’émergence de la protection de la nature. John Muir (1838-1914) a notamment contribué à sauver la vallée de Yosemite, en Californie. De leur combat naîtront les premiers parcs nationaux – à commencer par Yellowstone, en 1872. Selon les termes du Wilderness Act (loi américaine sur la protection de la nature) voté en 1964), « dans ses lieux, l’humain est un visiteur qui ne fait que passer ». En parallèle émerge une approche plus philosophique, fondée sur le respect que nous devons à la planète.

Dans un livre publié à titre posthume en 1949, Almanach d’un comté des sables, Aldo Leopold (1887-1948) défend une « éthique de la terre » (land ethic),une manière d’être au monde qui « élargit simplement les frontières de la communauté de manière à y inclure le sol, l’eau, les plantes et les animaux » – ce qui, ajoutait-il, ne peut exister « sans amour, sans respect, sans admiration pour [la terre], et sans une grande considération pour sa valeur ». Les éléments de la nature n’ont pas une simple valeur instrumentale, mais surtout une valeur intrinsèque qui forme ontologie. C’est ce qui pose comme principe premier le philosophe Arne Naess dans sa plate-forme de l’écologie profonde : « Le bien-être et l’épanouissement de la vie humaine et non-humaine sur Terre ont une valeur intrinsèque (en eux-mêmes). Ces valeurs sont indépendantes de l’utilité que peut représenter le monde non-humain pour nos intérêts humains. » Il nous faut agir avec la nature comme partenaire, pas comme une esclave qui doit satisfaire tous nos désirs même les plus criminels.

Pour en lire un peu plus grâce à notre réseau de documentation biosphere.ouvaton :

1854 « Je vivais seul dans les bois » (1er chapitre de Walden) de Henry David Thoreau  …

1946 Almanach d’un comté des sables d’Aldo LEOPOLD  …

1976 Ecologie, communauté et style de vie d’Arne NAESS

1992 Arne NAESS, Vers l’écologie profonde avec David Rothenberg  …

1997 Du bon usage de la nature (pour une philosophie de l’environnement de Catherine et Raphaël Larrère

2003 Quelle éthique pour la nature ? de Jean-Claude Génot (Edisud)

2010 Ethique de la terre de John Baird Callicott (recueil de divers textes) – édition wildproject

2010 Crise écologique, crise des valeurs (Défis pour l’anthropologie et la spiritualité) sous la direction de Dominique Bourg et Philippe Roch

2010 Philosophie et écologie d’Anne Dalsuet

2010 philosophie de la biodiversité (petite éthique pour une nature en péril) de Virginie Maris

2011 Ethique de la nature et philosophie de la crise écologique (DEEPWATER HORIZON) de Stéphane Ferret

2012 Pour une philosophie de l’écologie de Juliette Grange

28 février 2015, Une religion pour la terre-mère est-elle dangereuse ?

11 décembre 2007, écologie et éthique

Manger de la viande et en mourir

Le nombre d’épidémies répertoriées chez les humains dans le monde augmente en corrélation non seulement avec la perte de biodiversité mais aussi avec la densité croissante d’animaux d’élevage. Le nombre de bovins est passé de 1 milliard en 1960 à 1,6 milliard aujourd’hui, celui des porcins de 500 millions à 1,5 milliard et celui de la volaille de 5 milliards à 25 milliards. Dans le même temps, les épidémies humaines sont passées d’environ une centaine par an en 1960 à 500 à 600 par an en 2010. Les épidémies animalières augmentent encore plus vite, car elles sont passées de moins d’une centaine en 2005 à plus de 300 en 2018. (étude publiée dans la revue Biological Conservation)

Corrélation signifie ici relation de causalité. Beaucoup de maladies infectieuses humaines viennent des animaux, car nous partageons avec eux beaucoup de nos microbes. Au total, 60 % des maladies infectieuses et 75 % des maladies émergentes ont une origine animale. De plus, moins de biodiversité signifie plus de circulation des pathogènes. Dans les paysages très diversifiés, avec une forte biodiversité, on a peut-être une diversité de pathogènes, mais la compétition entre espèces permet également cette régulation. La simplification des paysages augmente la possibilité de passage chez l’humain ; dès que quelque chose arrive, ça devient une épidémie. Les animaux domestiques sont souvent un maillon de la chaîne de contamination, tout est lié. Il faudrait donc diminuer la part de protéine animale dans la consommation humaine . Mais de nombreux autres éléments sont à prendre en compte, l’explosion démographique, le changement climatique, ou encore l’urbanisation. Le fait de l’élevage en batterie accroît les risques de pandémie, la circulation industrielle de la viande animale fait le reste.

Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphere :

21 juillet 2020, Virus humain, virus porcin, virus des végétaux

12 janvier 2020, Des vaches à notre image et réciproquement

27 avril 2017, étonnant, une vache peut même brouter de l’herbe !

2 octobre 2013, Vaches en batterie : l’immonde étable à 1000 laitières

1er octobre 2013, Poules en batterie : maltraitance censurée par la justice

16 octobre 2011, épandage du lisier et désertification des océans

22 octobre 2010, lapins en cage, travailleurs en clapier

On assassine 30 % des sangliers français

En 1973, on dénombrait 36 000 sangliers abattus sur l’ensemble du territoire français contre 747 000 en 2019, soit vingt fois plus selon LE MONDE. Pourtant les chasseurs sont débordés, on compte environ 2,5 millions de têtes. Ils doivent pourtant s’en prendre qu’à eux-mêmes, avec l’agrainage qui consiste à répandre du maïs pour les nourrir. L’agrainage a été interdit en 2019 par la loi créant l’Office français de la biodiversité (OFB) mais il est encore largement utilisé. Cette technique alimente le cycle prolifique de la reproduction. La maturité sexuelle arrive à l’âge de un an et la gestation dure en principe 3 mois, 3 semaines et 3 jours soit 115 jours. La laie possède 10 tétines, elle donne naissance chaque année à une portée de 3 à 10 petits. Les excès du nourrissage par les chasseurs entraînent parfois une seconde portée dans la même année. De plus le sanglier s’adapte à tous les environnements et s’accommode très bien de l’espèce humaine.  « Avant, c’était exceptionnel de tirer un sanglier, raconte ce représentant de la FDSEA. Puis il y a eu des lâchers en forêt et, aujourd’hui, c’est un peu le chien qui se mord la queue : les chasseurs veulent du gibier et nous, les agriculteurs, on veut moins de dégâts. » Il y a deux catégories de chasseurs : le local, celui du terrain qui est sensibilisé à la situation ; et le notable qui paie très cher et doit avoir du gibier, quel qu’en soit le prix. Avec le sanglier, les chasseurs deviennent des viandards : ils en veulent toujours plus, ça ne s’arrête jamais. Il vient le dimanche pour la battue, le reste il n’en a rien à faire. Le sanglier met en évidence plusieurs lignes de fractures dans la société, la ruralité contre les villes, les naturalistes contre les chasseurs, les chasseurs contre les agriculteurs…

Les chasseurs doivent-ils être les régulateurs de la faune sauvage ? N’est-ce pas à l’État d’assurer cette fonction ? Ou bien aux loups, l’un des rares prédateurs naturels du sanglier ? Mais la leçon première, c’est que les humains se préoccupent de la régulation du nombre de sangliers sans jamais s’interroger sur la maîtrise de la fécondité humaine. Comme l’exprime récemment un commentateur sur notre blog biosphere, « Écologiquement parlant, un animal prédateur de notre taille ne doit pas être présent à plus de 5 millions. Pourtant nous sommes presque 2 000 fois plus nombreux. Toute réflexion sur l’écologie qui fait fi de cet ordre de grandeur part sur de mauvaises bases. » On se permet d’abattre près de 30 % des sangliers chaque année et nous laissons la planète aller allègrement vers ses 10 milliards d’habitants, avec ou sans le Sars-CoV-2 !

Pour en savoir plus sur la chasse grâce à notre blog biosphere :

10 décembre 2019, Les chasseurs dans le viseur

30 octobre 2018, Le chasseur bientôt interdit de séjour le dimanche ?

28 avril 2018, Chasse, activité dénaturée par des chasseurs motorisés

27 avril 2018, Le bon chasseur respecte l’éthique de la Terre

20 octobre 2017, Une autre façon d’envisager la solution finale

1er septembre 2014, Si tu tues les loups, tu dois aussi tuer les cerfs

4 août 2014, Tuez-les tous et restons bien seuls entre criminels

31 juillet 2008, chassons les chasseurs

(Re)composer avec la nature, ça presse

Recension du livre « Composer avec la Nature (renaturation et géocitoyenneté) » : La vie sur Terre va très mal, une nouvelle pandémie vient de s’abattre sur elle, la Nature réagit à sa façon aux innombrables destructions qu’on lui a fait subir… Nous affrontons trois problèmes majeurs : le dérèglement climatique plus rapide que prévu, la pollution généralisée des sols, des eaux (océans compris), de l’air et la régression rapide de la biodiversité pillée et polluée. Bouleversements qui affectent le monde entier. Les rapports entre États, religions, groupes sociaux et personnes se délitent. Des évolutions divergentes sont à l’œuvre partout. Quatre scénarios se dessinent, les vents contraires sont puissants mais des vents de travers plus salvateurs se sont levés, moins apparents mais aussi effervescents. Les étudier dans leur nature et leurs impacts impose d’abord de revisiter nos rapports à la Nature tout au long de l’Histoire.

Respectée et célébrée autrefois, abandonnée et ignorée, puis méprisée et asservie, dépassée demain ou au contraire retrouvée ? Comment mieux penser la Nature, en nous et en dehors à toutes les échelles. Il n’y a pas d’extérieur du monde, d’écologie « hors sol ». Ce livre appelle à la renaturation du monde et à l’émergence d’une géocitoyenneté mondiale à travers des réapprentissages indispensables, celui d’une coopération décloisonnée entre les humains, dans, avec, par et pour la Nature, clés d’un avenir vivable. Appropriation également d’une pensée complexe, qui relie autant qu’elle distingue, pour oser fonder le couple Conjuguer des points de vue et Concilier des intérêts différents pour co-construire l’intérêt général. Pour en finir avec la démesure, l’hubris, retrouver enfin le sens de l’humilité, des limites, sans lequel aucune vie ne peut durer. 

On peut commander ce livre en direct à l’éditeur l’Harmattan ou via L’Autre librairie. Michel ADAM, ingénieur et sociologue, créateur d’entreprises solidaires et de leurs réseaux, a pratiqué la coopération dans de multiples domaines et publié des ouvrages sur  les schémas, le travail et l’emploi, l’entrepreneuriat, l’association, la pensée précurseure de Jean Monnet. Membre des réseaux Intelligence de la Complexité, LABO de l’ESS, des Convivia-listes, il est aujourd’hui impliqué dans l’action pour les patrimoines naturel, bâti et culturel.

Tout savoir sur le coronavirus

Communication gouvernementale : Les Coronavirus sont une grande famille de virus, qui provoquent des maladies allant d’un simple rhume (certains virus saisonniers sont des Coronavirus) à des pathologies plus sévères comme le MERS-COV ou le SRAS. Le virus identifié en janvier 2020 en Chine est un nouveau Coronavirus. La maladie provoquée par ce Coronavirus a été nommée COVID-19 par l’Organisation mondiale de la Santé – OMS. Depuis le 11 mars 2020, l’OMS qualifie la situation mondiale du COVID-19 de pandémie ; c’est-à-dire que l’épidémie touche désormais 110 pays sur une zone étendue. Les symptômes principaux sont la fièvre ou la sensation de fièvre et des signes de difficultés respiratoires de type toux ou essoufflement. La maladie se transmet par les postillons (éternuements, toux). On considère donc qu’un contact étroit avec une personne malade est nécessaire pour transmettre la maladie : même lieu de vie, contact direct à moins d’un mètre lors d’une toux, d’un éternuement ou une discussion en l’absence de mesures de protection. Un des vecteurs privilégiés de la transmission du virus est le contact des mains non lavées.

Mieux connaître les virus avec wikipedia : Tout être vivant peut être infecté par un virus. Il existe des virus de bactéries, des virus d’archées, des virus d’algues, des virus de plantes, des virus fongiques, des virus d’animaux et même des virus de virus. Les maladies virales comme la rage, la fièvre jaune ou la variole affectent l’Homme depuis des siècles. À la fin du XIXe siècle, la conception d’agents infectieux que l’on ne pût déceler au microscope optique était encore difficile. Le virus de la fièvre jaune est le premier virus pathogène de l’Homme identifié entre 1900 et 1902. Louis Pasteur les nomma « infrabactéries », d’autres les qualifièrent de « virus filtrants ». Vers 1925, un virus était défini comme un « agent responsable d’une maladie infectieuse, parasite et de taille comprise entre 0,01 et 0,3 micromètre ». L’apparition de la microscopie électronique dans les années 1930 permit l’observation des virus, mais on ne savait toujours pas à cette époque ce qu’ils étaient réellement. On caractérise un virus par son incapacité à se reproduire par mitose, par scissiparité ou par méiose. Placés en suspension dans un milieu de culture, ils ne peuvent ni métaboliser, ni produire ou utiliser de l’énergie, ni croître, ni se multiplier, toutes fonctions communes aux êtres vivants. Pour répliquer son acide nucléique, il dépend d’une cellule hôte qu’il doit infecter pour détourner et utiliser son métabolisme : un virus est nécessairement un parasite intracellulaire. Le débat sur le caractère vivant ou inerte des virus reste encore aujourd’hui ouvert. Les génomes des virus ne comportent que de quelques gènes à 1 200 gènes. Les concentrations en virus dans l’eau de mer sont de l’ordre de dix mille virus par millimètre cube. Environ 20% des organismes constituant la biomasse microbienne océanique totale est tuée par des virus. La recherche actuelle estime que dans le corps humain il y a 100 fois plus de virus que de cellules humaines

En 2018, on recense 129 espèces de virus impliqués dans des maladies humaines. Le rhume, la grippe, la varicelle, la rougeole, la mononucléose infectieuse sont des exemples de pathologies humaines relativement courantes d’origine virale. On connaît d’autres exemples plus nocifs comme le SIDA, le SRAS, la grippe aviaire, la variole, ou la fièvre hémorragique causées par le virus Ebola. Caractéristiques d’un virus dangereux :

  • transmission respiratoire ;
  • taux de reproduction de base supérieure à 2 ;
  • taux de mortalité supérieur à 1/1000 ;
  • temps de génération inférieure à trois jours ;
  • contagion avant l’apparition des symptômes.

Étant donné que les virus utilisent la machinerie cellulaire de l’hôte pour se reproduire à l’intérieur même de la cellule, il est difficile de les éliminer sans tuer la cellule hôte. Des médicaments antiviraux permettent cependant de perturber la réplication du virus. Une autre approche est la vaccination qui permet de résister à l’infection. Les antibiotiques sont sans effet sur les virus. Les antibiotiques interfèrent seulement avec le métabolisme des bactéries et ne permettent pas de traiter les maladies d’origine virale.

Biodiversité, CDB, COP15 et IPBES… en vain

Qui a écrit , « Face à l’effondrement de la biodiversité, annonciateur de celui des sociétés humaines, il n’est plus temps de tergiverser, de lésiner ou de se payer de fortes paroles. On ne marchande pas avec la vie » ? Cette phrase était la conclusion d’un éditorial du MONDE* il y a plus de deux ans. Depuis rien n’a bougé, le soi-disant contre-pouvoir des médias n’existe pas. Reste l’incantation des diplomates. La Convention des Nations unies sur la Diversité Biologique (CDB) est un traité international adopté lors du Sommet de la Terre à Rio de Janeiro, en 1992. En 2020, les États-Unis n’avaient toujours pas ratifié cette Convention. En 2010, lors de la COP10 (conférence des parties) au Japon, la CBD avait adopté les accords dits « objectifs d’Aïchi », qui établissaient vingt points à atteindre pour 2020. Dix ans plus tard le constat était amer : la plupart des objectifs n’avaient pas été atteints. La Plate-forme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES) n’a vu le jour qu’en 2012, vingt ans après Rio. La 15e Conférence des Parties (COP15) de la Convention des Nations unies sur la diversité biologique (CDB) est programmée en octobre 2020 à Kunming, en Chine**. COP15 pour la biodiversité et nous n’étions même pas au courant qu’il y en avait 14 avant ! L’objectif est de protéger au moins 30 % de la planète – terre et mer – d’ici à 2030. Dans ces 30 %, 10 % des zones protégées devraient être en état de « protection stricte », aucune activité humaine, comme la pêche ou l’agriculture, même réglementée, ne pourra y avoir lieu.

Ce genre d’objectifs ambitieux, on connaît. C’est comme les COP sur le climat, l’ambition est là et les moyens inexistants ; il s’agissait de limiter la température du globe à moins de 2°C et c’est pourtant parti pour 4 ou 5 degrés. L’Australie flambe et Trump est sorti des accords sur le climat. Sur ce blog, nous suivons avec inquiétude l’état de plus en plus désespérant de la biodiversité. Exemples :

La biodiversité dans le monde

9 mai 2019, Biodiversité en péril extrême, tout le monde s’en fout

2 mai 2019, L’IPBES, l’équivalent pour la biodiversité du GIEC

25 mars 2018, L’homme disparaîtra, bon débarras ! L’IPBES le dit…

20 octobre 2012, Conférence mondiale sur la biodiversité, bavardage !

20 février 2010, biodiversité, un objectif perdu d’avance

2 février 2005, la biodiversité en péril selon l’union mondiale de la nature

La biodiversité en France

8 juillet 2018, Plan biodiversité, laissez-moi rigoler…

22 mai 2018, Nicolas Hulot à l’épreuve de la chute de la biodiversité

6 janvier 2017, La police de la biodiversité mise en place sans moyens

17 mars 2016, Loi sur la biodiversité, un vrai parcours du combattant

19 janvier 2016, loi sur la biodiversité, la mascarade de la compensation

26 mars 2015, Loi sur la biodiversité ne veut pas dire biocentrisme

1er juin 2012, sans sentiment de nature, la biodiversité fout le camp

14 août 2008, bagnole versus Biodiversité

25 juin 2008, Donner un prix à la biodiversité (Pavan Sukhdev)

9 décembre 2007, le concept de biodiversité (définition)

* LE MONDE du 7 juillet 2018, éditorial : Biodiversité,fortes paroles et faibles moyens

** LE MONDE du 15 janvier 2019, L’ONU propose de protéger 30 % de la planète d’ici à 2030

Des vaches à notre image et réciproquement

« Je ne suis pas une écolo, je pollue, C’est mon métier (p.107). »

« Je suis en train de devenir une écolo. Je n’utilise pas l’avion et je ne prends plus ma voiture pour aller travailler (p.109)»

Voici en deux phrases nichées au milieu du livre « Les vaches aiment le yaourt », le terrible dilemme de chacun de nous en ces années de « transition écologique » : être ou ne pas être écolo. L’auteur, Anne Galais, est éleveur de vaches, soumise aux affres du productivisme et poussée par la nécessité d’alimenter les grandes surfaces : il faut bien nourrir notre boulimie de yaourts et de viande. Elle en a fait un roman qui colle de près à son quotidien. Fini le paysan qui, de générations en générations, reproduit des techniques ancestrales. L’innovation est son quotidien, sa principale préoccupation est de chercher les meilleurs rendements, la sélection génétique est désormais au cœur de son métier. Ce n’est plus une cloche accrochée au cou des vaches, c’est un appareillage informatique.

Être ou ne pas être écolo ? Anne Galais a raison, polluer est notre métier à tous. Dans un système qui ne repose plus sur la quasi-autarcie des campagnes, chaque activité humaine nous fait dépendre d’un flux de biens et de services venus d’ailleurs. Qu’on produise ou qu’on consomme, on pollue, on rejette des gaz à effet de serre, on ponctionne des ressources naturelles en voie de raréfaction, on prend tous conscience que cela n’est pas durable et qu’il nous faudrait changer. Tache difficile, impossible, nous sommes prisonnier d’un système où il faut courir toujours plus vite pour rester concurrentiel ou pour se payer le dernier gadget à la mode. Société urbanisée et sur-développée, consommation carnée de masse, donc production de masse et élevage en batterie. Qu’on se le dise, les vaches sont comme les humains… et réciproquement. Les vaches sont comme nous, des animaux, la gestation dure neuf mois dans l’un comme dans l’autre cas. On arrache les veaux à leur mère peu après la naissance, il faut mettre les enfants à la crèche dès qu’ils marchent sur deux jambes, ou même avant. Les centrales d’achat et les administrations aiment les chiffres et les gens captifs. Les vaches portent un numéro d’identification dès la naissance pour assurer la traçabilité. Pour nous c’est le numéro de sécurité sociale. On ne les appelle plus par un joli petit nom, c’est devenu un matricule. C’est aussi notre lot commun, quand nous sommes sommés d’énoncer tous les numéros de notre carte bancaire. Les vaches sont entassées dans un grand hangar, les humains s’amoncellent dans leur HLM. Les humains préfèrent leur cage, qu’en pensent les vaches ?

Nous avons rencontré Anne Galais. Elle aime ses vaches et son métier. Elle n’aime pas les mots productivisme et agro-industrie. Elle a voulu simplement présenter sa situation professionnelle comme un yaourt, un mixte de choses à bien savourer. Mais elle est comme nous, soumise avec son élevage à un système agro-industriel qui nous broie. Elle attend de voir ce qui va se passer, coincé comme elle l’est par les diktats de la PAC (politique agricole commune) et du marché. Si on lui demande de faire du bio, elle fera du bio, pour le moment elle s’occupe d’un élevage intensif, bien plus qu’une centaine de vaches à viande. Elle a abandonné les laitières car on a abattu tout son troupeau. Elle explique le mécanisme morbide dans son livre. La vache 8452 avait présenté à l’analyse vétérinaire une lésion tuberculeuse. La France se voulant indemne de tette maladie à moins de 1 % à l’exportation, il était obligatoire d’amener à l’abattoir le troupeau entier… même si on ne trouve qu’un seul cas positif. On ne peut pas tricher, les services sanitaires connaissent toutes les vaches, chacune est enregistrée sur une base informatique. C’est évident, les humains sont comme des vaches, des vaches à lait pour engraisser le système et nourrir les GAFA. Si vous voulez mieux comprendre la condition réelle et imaginée des éleveurs, lire le livre d’Anne Galais distribué par Amazon (2019), 7 euros et 30 cents pour 214 pages.

NB : article initialement paru sur le site des JNE