simplicité volontaire

Le terme « décroissance », un tabou politique

Depuis quelques semaines, dans les médias dominants, on ne parle que de sobriété. Pourtant il ne se passe pas une journée sans que l’on ne rejette la décroissance… Par exemple, fin août, la Première Ministre lors de son discours face au Medef :

« Contrairement à l’affirmation de certains, la décroissance n’est pas la solution. La décroissance attaquerait notre niveau de vie. Elle mettrait en péril le financement de notre modèle social.Elle braquerait nos concitoyens et nous empêcherait d’avancer. »

Voici en réponse notre « Projet de Décroissance », et d’abord quelques approches de la sobriété :

Sobriété, donc consommer moins d’énergie, veut dire moins de PIB : en effet si une entreprise réduit sa facture énergétique, une autre va en vendre moins, donc ses revenus vont baisser, donc ses achats et investissements vont baisser, donc d’autres entreprises vont en pâtir et ainsi de suite. Moins c’est moins, assez basique à comprendre. On ne peut pas faire plus d’omelettes en cassant moins d’œufs !

Sobriété en restant dans une société de croissance, donc sans croissance, ça s’appelle la récession et en général ça se passe mal. Tout notre système économique, de la création monétaire à l’emprunt, de l’investissement aux logiques de profits et d’intérêts et de dividendes est basé sur la logique de croissance : il faut faire tourner toujours plus tourner la machine à produire, échanger et consommer. Sans cela, une entreprise, petite ou transnationale, une municipalité ou un état, un fond de pension ou d’investissement se casse la figure.

Ainsi, si la nécessité de sobriété pour des raisons physiques (déplétion), écologiques (changement climatique, entre autres) et éthiques (arrêter de financer des régimes belliqueux et/ou autoritaire) est exacte, la question est comment ?

– soit sobriété dans une société de croissance, et là oui on a tout ce que la Première Ministre nous reproche…
– soit un projet de décroissance conviviale avec une refonte en profondeur de nos modèles économiques afin de sortir de la dépendance à la croissance, partage et solidarité. L’ enjeu n’est pas de faire la même chose avec moins, mais autrement en mieux.

Qu’est-ce que la décroissance ? En moins d’un an nous avons publié 3 excellents ouvrages sur le sujet :
Décroissance, collection Fake or Not, chez Tana Edition, par Vincent Liegey. Ce livre très pédagogique ouvert à tout public est excellente introduction à la décroissance avec plein d’infographies, de définitions et une approche globale enthousiasmante de ce que pourrait être un projet de décroissance conviviale.
Ce livre est un succès dans les librairies puisqu’il en est à sa troisième réimpression !

– La décroissance et ses déclinaisons, Editions Utopia, par nos ami.e.s de la Maison Commune. Ce livre très complet  se propose de cartographier les d’idées reçues, de clichés et de malentendus et d’y répondre. Dans un deuxième temps il propose seize déclinaisons permettant de mieux appréhender ce qu’est, et ce que n’est pas, la décroissance.

Ralentir ou Périr, L’économie de la décroissance, Edition du Seuil, par Timothée Parrique. Ce livre propose une critique économique de la décroissance pour sortir de l’économicisme ambiant.

Et aussi, pour aller plus loin, nous vous invitons à regarder la superbe enquête du low-tech Lab sur Cargonomia, coopérative de recherche et d’expérimentation sur la Décroissance à Budapest : https://lowtechlab.org/fr/actualites-blog/enquete-8-cargonomia

Et aussi la décroissance en podcast, dans Think Degrowth avec Vincent Liegey : https://podcast.ausha.co/think-degrowth/episode-7-la-croissance-infinie-est-une-fake-news-vincent-liegey

Enfin, on parle beaucoup d’énergie, de sobriété et d’économies afin de passer l’hiver, nous vous proposons un décryptage à travers un débat en vidéo organisé par Alter Kapitae autour de ces enjeux centraux avec Maxence Cordiez et Vincent Liegey : https://youtu.be/VVDCcW9olg0?t=276

www.Projet-Decroissance.net

Fin des inégalités, c’est bon pour le climat

Qu’on se le dise, toute inégalité de revenu ou le patrimoine résulte d’une expropriation par certains individus de la plus-value produite par autrui. Normalement un travailleur, qu’il soit simple manœuvre ou grand PDG, ne peut consacrer en une heure de travail plus de 60 minutes de labeur. Et d’ailleurs chaque personne a les mêmes besoin qu’autrui. On s’aperçoit aujourd’hui, avec les crises écologiques, que la distribution des richesses n’est pas seulement une exploitation de l’homme par l’homme, mais de plus en plus une détérioration forcenée de la planète par les plus riches.

Lire, explosion des inégalités, délires mégalomanes

Stéphane Foucart : Les inégalités sociales ne sont plus seulement définies par la distribution de la richesse dans la société, mais aussi par le pouvoir de destruction de l’environnement mécaniquement associé à cette richesse. Or il y a une grande différence entre ces deux façons d’envisager les inégalités socio-économiques. D’un côté, il n’existe aucune limite à la quantité de richesses distribuables ; de l’autre il n’existe qu’un stock limité de carbone à émettre pour éviter de détruire un bien commun, à savoir le climat terrestre. Alors que la fortune d’autrui est acceptable tant qu’elle n’est pas perçue comme le fruit d’une spoliation, elle ne l’est plus si elle permet de s’arroger un droit à émettre du carbone. Le GIEC assure que « s’attaquer aux inégalités et aux nombreuses formes de consommation ostentatoire favorise les efforts d’atténuation du changement climatique. » Cette n’est pourtant pas évidente pour les économistes et les décideurs, enfermé dans un monde où tout est compensable par la magie des mécanismes de marché ou par des taxes judicieusement choisies.

Le point de vue des écologistes

Notre société est toujours une royauté, avec ses privilégiés qui n’ont pas un carrosse mais un avion personnel, par de palais mais des demeures luxueuses disséminées dans le monde entier, et un amour immodéré pour les paradis fiscaux. L’inégalité permet à certains d’avoir une empreinte écologique démesurée alors que d’autres personnes vivent en dessous du minimum vital. La différence de richesses est non seulement injustifié d’un point de vue socio-économique, mais insupportable d’un point de vue écologique. Notre critère est simple. Dans une société du gaspillage généralisé sur une planète dévastée, nous devons mettre en place un système de sobriété partagée. Les inégalités doivent disparaître et la consommation se réduire de façon drastique. Il faut repenser revenu du travail et revenu du capital, impôt sur le revenu et impôt sur le patrimoine.

– Aucun dirigeant d’entreprise n’a à lui seul le pouvoir de faire de l’argent. En fait il bénéficie du groupe de travail que constitue l’ensemble des travailleurs de l’entreprise ; ce sont eux qui font la valeur ajoutée. Sans personne à sa disposition, un patron n’est qu’une personne indépendante qui ne peut compter pour gagner de l’argent que sur ses propres forces ; artisans et commerçants travaillent beaucoup et ne gagnent pas grand chose.

– Il est possible de fixer un salaire minimum, il est donc possible de plafonner le salaire des dirigeants. Un patron ne possède que deux bras et une seule tête, des besoins similaires à tous, il ne vaut pas beaucoup plus que n’importe lequel d’entre nous et sans doute beaucoup moins dans des tas de domaines (la sagesse, le respect des autres, l’amour de la nature, etc.). Donc à travail égal, salaire égal. Il n’y a pas d’inégalité de valeur entre le travail d’un éboueur et celui d’un PDG.

La propriété, c’est le vol. L’homme ne travaille pas socialement pour lui-même mais pour le bien commun. C’est un locataire perpétuel temporairement embarqué dans des structures collectives qu’on appelle entreprise, capital financier ou technique, maison pavillonnaire ou HLM, participation à la valeur ajoutée de l’entreprise

– Quand le patrimoine est transmis d’une génération à l’autre par famille interposée, les inégalités se reproduisent dans le temps. Toute égalisation consisterait à donner à chaque personne le même capital de départ, ce qui est difficile quand on considère qu’il y a à la fois un capital économique et financier (entreprise, patrimoine de rapport), mais aussi un capital culturel ( pouvoir de se faire entendre, qualité acquise par une socialisation spécifique), ou même un capital relationnel (le carnet d’adresses des parents et/ou de la grande école dont on sort). La disparition de l’héritage des biens mobiliers et immobiliers serait un premier pas vers une société abandonnant la reproduction des privilèges.

Lire, Inégalités : quelle norme pour le suffisant ?

Le gouvernement s’empare du mot « sobriété »

La première ministre, Élisabeth Borne, a exhorté les entreprises à mettre en place des plans d’économie d’énergie sous peine de pâtir de « rationnement ».

La ministre de la transition énergétique, Agnès Pannier-Runacher, lors de l’université d’été du Medef le 29 août 2022 :  La sobriété vise certes à passer l’hiver, mais c’est surtout la condition sine qua non de la réduction de notre empreinte carbone à l’horizon 2050 ».

Le ministre de l’économie Bruno Le Maire a lancé le 30 août 2022 un vibrant appel à « toutes et tous, pas uniquement les entreprises », afin de « faire preuve de plus de sobriété ».

Lire, Sobriété énergétique, l’affolement gagne

Audrey Tonnelier : Emmanuel Macron a longtemps assimilé sobriété et décroissance et raillait en septembre 2020 le « modèle amish » des opposants à la 5G. S’il a prononcé le mot « sobriété » pour la première fois en février 2022, il s’est empressé d’ajouter qu’il ne fallait en aucun cas le relier à l’« austérité énergétique ». Six mois plus tard, les répercussions de la guerre en Ukraine et la crise énergétique ont radicalement modifié la donne : c’est « la fin de l’abondance » que le chef de l’État a annoncé le 24 août  2022.

Le point de vue des écologistes

Nemo Mc Kay : Il n’y a pas longtemps le mot « sobriété » était une hérésie qui attirait insultes et moqueries (pastèques, khmers verts, etc.). Maintenant le patron du medef le revendique. Étape suivante ?

Itapoa : Vivement la prochaine étape pour bannir les mots, croissance et PIB. Deux idioties d’économistes marchant a côté de leurs chaussures.

Brice Z. : ça fait des décennies que l’alerte est lancée sur les limites du système. Faisons les comptes ! S’ils décident de devenir un peu sobres, alors ils reconnaissent implicitement qu’ils étaient ivres, et que le capitalisme était une ivresse, une illusion dont la nature était la consommation-consumation de la Terre et de ses ressources. Vraiment, ces gens là, qui il y a cinq minutes faisaient la morale aux amish, n’ont aucune vergogne.

Lorange : Emmanuel Macron en juin 2020 : « La décroissance n’est pas une réponse au défi climatique ». Il faut dire que la sobriété est très différente de la décroissance : la sobriété c’est moins consommer alors que la décroissance c’est consommer moins.

He jean Passe : Le « pouvoir d’achat » est antinomique de la sobriété, il va falloir choisir, nous ne sommes plus à l’heure des 30 Glorieuses (1944-1974).

Laurent C. : 1972, The Limits to Grooth – Macron 2022 : fin de l’abondance… Que de temps perdu.

Michel SOURROUILLE : De façon imagée, la parabole du nénuphar nous indique qu’il ne faut pas tarder à prendre des décisions politiques. Imaginons un nénuphar dans un grand lac qui aurait la propriété de produire chaque jour son semblable. On estime qu’au bout de trente jours, la totalité du lac va être couverte, ce qui provoquerait l’extinction de la vie. On se décide à n’intervenir qu’au moment où les nénuphars auront occupé la moitié du lac. Quel jour donc ? Réponse : non pas 15 jours, comme on pourrait le penser un peu hâtivement, mais bien au 29ème jour, c’est-à-dire la veille, puisque le double de superficie est recouvert chaque jour. Au bout du 24ème jour, 97% de la surface du lac est encore disponible et on ne pouvait imaginer visuellement la catastrophe qui se préparait dans une semaine. Le cerveau humain semble difficilement saisir les propriétés d’une croissance exponentielle, une vitesse fulgurante. Pour notre civilisation thermo-industrielle, nous sommes le 29e jour…

Lire, La sobriété ne suffit pas vu notre nombre

Marie-C.D : Sobriété fait rigoler. C’est le mot « restrictions » qu’il faut employer, même s’il fait peur à tout le monde, avec son cortège d’aussi vilains mots, profiteurs, marché noir….même si le président a fait marche arrière, même si la première ministre en minimise l’ampleur, ce sont bien des restrictions qui nous attendent, et dans tous les domaines..

Junko : J’ai hâte de voir les tutos YouTube où les pauvres expliqueront aux riches les principes de la sobriété existentielle : La douche a l’eau froide en 5 étapes… Les 7 gestes élémentaires pour laver soi-même sa vaisselle… Cuisiner à l’ancienne, sans robots, les techniques expliquées pas à pas … Comment se passer de chauffage en hiver…S’isoler du froid grâce au papier journal… Savoir disposer ses bougies pour optimiser l’éclairage… Apprendre à sécher son linge en utilisant l’air ambiant… Survivre sans aspirateur, l’art de passer un balai…

Lire notre article de janvier 2009, sobriété énergétique?

Lire notre article de septembre 2011, sobriété volontaire ET forcée !

La guerre de l’eau est déclarée

Eau potable, irrigation, production électrique : tensions sur le partage de l’eau dans le Sud-Est asséché. La guerre de l’eau est déclarée. Même en France, même pour une ressource renouvelable on se dispute une eau en voie de raréfaction. Rappelons-nous le verre d’eau prémonitoire de René Dumont lors de la présidentielle 1974.

Lire aussi, Main Basse sur l’eau, un documentaire de Jérôme Fritel

Gilles Rof : « C’est un immense château d’eau que beaucoup pensaient inépuisable et dont la sécheresse exceptionnelle de cette année 2022 révèle soudain les limites. Le système Durance-Verdon constitue un complexe schéma de captation, de stockage et de distribution des eaux en Haute-Provence. Les captages permettent l’alimentation en eau potable de 3,5 millions d’habitants et l’irrigation de 80 000 hectares de terres agricoles. Enfin,la création de lacs artificiels a fait naître un tourisme essentiel pour de nombreuses communes alpestres. Les agriculteurs défendent âprement leur priorité. « La première des nécessités est d’avoir à manger ». L’alimentation en eau potable est une autre urgence incontournable. De son côté, EDF pourrait avoir à répondre, l’hiver prochain, à une potentielle crise énergétique. Quant au secteur du tourisme, il espère la pluie. »

Le point de vue des écologistes

Shiva : Le problème théorique de l’âne de Buridan se complexifie dans la réalité : quelle est la priorité entre boire, manger, avoir de l’électricité, etc ? Dire qu’à l’élection présidentielle de 1974, René Dumont avait bu un verre devant la caméra pour illustrer la rareté future de ce liquide, cet homme voyait loin !

Itapoa : Cet homme était un visionnaire et passait pour un original. 50 ans après , pas mal d évènements lui donnent raison .

Découvrez la video présentant son discours de 1974

Dan78 : Tout le monde parle de restrictions, de modération, de remettre à plat l’utilisation des ressources hydriques, « il va falloir s’habituer à ce type de situations », etc etc…Mais, de la cause racine, pas un mot : quelles mesures prise pour réduire urgemment et drastiquement nos émissions de gaz à effet de serre ? On continue à tergiverser alors qu’on va droit dans la mur.

Delest : Situation de crise et interdiction d’arroser ses légumes… mais autorisation de le faire sur les green de golf. Une explication ?

Patrick Rosa : On a bien une échelle de prix pour l’électricité selon la puissance installée, on devrait avoir une échelle de prix selon la consommation d’eau. En fait un rationnement dans les faits. Ce qui permettrait de plus d’appliquer une politique sociale : prix très bas ou nul pour la consommation de base (de survie), payé par les prix progressifs pour les maniaques de la douche, les possesseurs de piscine et les golfeurs invétérés… Ça en conduira beaucoup à découvrir les bienfaits des toilettes sèches et de la récupération d’eau de pluie!

Nico88 : La solution est simple: sobriété pour tout le monde. Quand aux touristes, ben ils n’ont qu’à aller dans le nord…

Tundra Cotton : Eau, essence, chauffage, matières premières, seuls des prix beaucoup plus élevés peuvent changer les habitudes de consommation et les modes de production. Le marché est le moyen le plus sûr et le plus impitoyable de réguler la distribution. Quitte à aider les plus modestes en parallèle.

Gilles SPAIER : Il faudra envisager de supprimer l’eau courante, et ce qui va avec, douches, lave linges, lave vaisselles, chasses d’eau etc.. Ce qui permettra à chacun de vivre avec 10 litres d’eau par jour. Certes, prôner cette dernière solution est politiquement risqué.

Block : Tout à fait d’accord Hélas ! des bonnets rouges aux Gillet jaunes tout va dans le sens contraire ….

Jean Rouergue : Le céréalier dit avoir à manger, le viticulteur dit avoir à boire, l’éleveur ne pense qu’au lait que sans eau ses vaches ne produiront pas, et le citadin à l’eau pour faire tourner la machine à laver… Bref sans farine il y eut révolution, sans eau ce sera un feu d’artifice ?

MARCO : L’eau, du moment qu’il en reste pour le pastis, ça va…

Hipparchia fait l’amour dans la rue

Mieux vaut faire l’amour que la guerre, cela pourrait être le point de vue des écologistes, proches de la nature et éloignés des violences humaines. Depuis que la contraception a dissocié la fonction de reproduction et le principe de plaisir, nous pouvions penser que la sexualité, enfin associée à l’extase sans angoisse, pouvait devenir une activité banalisée et fréquente… à l’image d‘Hipparchia. Mais le véritable plaisir des humains, c’est de tout compliquer. Tant que nous n’aurons pas de rite de passage à la vie sexuelle, simple et généralisé à tous, nous connaîtrons l’angoisse et/ou la violence du passage à l’acte qui a abouti au processus #MeToo, balance ton porc, élimine les hommes. Misère, misère…

Roger-Pol DROIT : « Hipparchia vécut vers 350-280 av. J.-C., en Grèce. Elle renonça à la respectabilité pour vivre selon les enseignements de l’école cynique, sans gêne ni pudeur. Une liberté en actes qui étonne encore. Jeune fille de bonne famille, Hipparchia est née en Thrace. Elle était destinée à faire vite quelque riche mariage avant d’élever ses enfants en silence au gynécée, l’espace clos réservé aux femmes. La philosophie en a ­décidé autrement, bouleversant son existence. Tout commence avec son frère ­Métroclès qui étudie rhétorique et philosophie à l’école fondée par Aristote à Athènes. Déclamant un discours qu’il a composé avec application, le jeune homme lâche un gigantesque pet. Mort de honte, il s’enferme, cesse de s’alimenter, veut se laisser mourir. Un de ses amis vient à son secours. Il se nomme Cratès et s’efforce de vivre « selon la nature », conformément aux enseignements de l’école cynique, fondée par Antisthène, illustrée par Diogène. A grand renfort de pets tonitruants et d’éclats de rire, Cratès persuade le frère d’Hipparchia que « rien de ce qui est naturel ne saurait être honteux ». Le chien (kunos en grec) ignore gêne et pudeur, et les cyniques (c’est-à-dire, littéralement, les « canins ») veulent en débarrasser les humains. Révélation fulgurante pour la jeune femme. Elle décide de vivre, elle aussi, selon la nature. Et d’épouser Cratès. Pas beau ? Peu importe. Trop vieux ? Elle s’en ­moque. Elle menace de se donner la mort si on l’empêche de mener sa vie comme elle l’entend. Les parents cèdent.

Hipparchia et Cratès scellent donc un « mariage de chiens », comme ils disent. Ils ne se quittent plus, consomment leur union en public, n’importe où, au coin des rues. Au grand scandale des passants, au grand dam de la famille. Et en devenant, pour la postérité, l’exemple de la provocation et de l’outrance. Saint Augustin dans La Cité de Dieu déclare de tels comportements légendaires. Il est impossible, à son avis, d’éprouver un désir sexuel sous le regard d’autrui – jugement qui semble témoigner principalement de ses propres limites, dans la mesure où toutes sortes de réalités bien connues attestent le contraire. Malgré tout, il serait hâtif de conclure que faire l’amour dans la rue suffit pour être philosophe. Mais en se délestant des obligations sociales et culturelles, Hipparchia donne à voir leur ­artifice et leur pesanteur – par des actes, plus efficacement sans doute que par de longs discours. »

Le point de vue des écologistes : Il n’y a pas de différence entre chiens et chiennes, c’est un modèle que les humains auraient du méditer depuis longtemps. On se refuse notre état de nature, et on fait n’importe quoi. L’amour en public aujourd’hui, c’est de notoriété publique, il suffit de regarder des images vidéos de ce qu’on appelle l’industrie pornographique. Mais c’est seulement un appendice de notre système marchand et de son exploitation des êtres humains. On monétise le plaisir sexuel et on fabrique des voyeurs.

Avant d’aller plus loin, prenons un exemple plus conventionnel, la nudité sur les plages et ailleurs. Le naturisme devrait pouvoir être pratiqué aux yeux de tous, c’est pourtant un tabou. Nous sommes corsetés par une morale contre-nature. Pour un naturiste, faire l’amour quand on veut, où on veut ne pourrait être qu’une étape supplémentaire vers la tolérance partagée : « Ils font l’amour au coin du bois (au coin du parking), grand bien leur fasse... »

Mais dans un camp naturiste, on n’apprécierait pas forcément Hipparchia. Les naturistes ne sont pas toujours des écologistes proches de la nature… Misère, misère.

Lire, Faire l’amour en public, est-ce écologique ?

Vacances, faut rester chez soi

La question se pose : les Français qui ne partent pas en vacances ne sont-il pas en avance sur leur temps ? L‘histoire est cyclique, avant 1936 on ne partait pas en vacances, après 2036 on risque fort de ne plus pouvoir partir en vacances. En effet il n’y aura plus de carburant pour prendre la voiture et de toute façon la température sur les plages sera insupportable. L’hiver on ne pourra plus aller skier, il n’y aura plus de neige sur les sommets et les canons à neige seront interdits. Les agences de voyages auront fait faillite. Les rares privilégiés qui prendront encore l’avion devront se justifier devant un tribunal populaire qui délivrera les autorisations de sortie au compte-goutte. La situation sera très bien acceptée par l’opinion publique, pendant le confinement suite à la pandémie, on n’avait le droit que d’aller pas plus loin que 1 kilomètre hors de son domicile... Vivement ce futur, on aura le plaisir de faire le tour de son jardin potager, à genoux pour désherber.

Jean-Michel Bezat : En 1936, le Front populaire octroie aux salariés douze jours de congés payés par an, aujourd’hui l’évasion est définie par quatre nuits consécutives hors de chez soi, y compris dans la famille ou chez des amis. Les trains bondés, les aéroports saturés et les campings complets ne doivent pas faire illusion. La « fracture touristique » persiste, quatre Français sur dix ne s’évadent pas durant la trêve estivale faute de moyens financiers suffisants. La société du temps libre, une partie des classes populaires n’en profite pas, assignée à résidence.

Quelques commentaires bien inspirés

J. Martin : Ça va peut-être paraître un peu cynique ce que je vais dire. Mais d’une certaine façon, « heureusement » que 40 % des français ne partent pas en vacances vu le niveau de saturation des infrastructures de transports et d’accueil atteint avec les 60 % qui partent. Et je ne parle même pas de l’empreinte écologique, déjà faramineuse avec les 60 % de vacanciers.

Kosim : Je veux bien entendre que pour le budget vacances soit impossible à sortir, mais pas pour 40 % des gens. Le problème des fins de mois difficiles, c’est en grande partie la capacité à gérer (ou non) son budget et à faire les bons choix : console de jeux à 600 euros, portable changé tous les ans, sans compter la consommation hebdomadaire de vin, de sodas, de sucreries, de cigarettes, et de tickets à gratter, le fast-food, etc. Voilà le quotidien d’une grande partie de la population qui se plaint tout le temps. Et qui a 3 ou 4 enfants au lieu de se limiter à 1 ou 2.

Philippe A : Les vacances l’été c’est la masse qui s’agglutine sur quelques m2, mieux vaut rester chez soi et se reposer.

G.M : Arrêtons de vendre la mer comme le lieu de vacances idéal. S’entasser sur des plages pour y glander en faisant la gueule, ça n’élèvera pas les masses laborieuses. On peut trouver beaucoup plus enrichissant pour tout le monde.

Pessicart : L’idéal des élites d’aujourd’hui est basé sur la mobilité, se moquer des distances. Mais pas besoin d’avoir lu Épicure qui prônait la galette d’avoine pour comprendre que ce modèle est dépassé. Mes meilleures vacances je les ai passées à ramasser du foin pour un paysan qui nous hébergeait. Quelques sardines et légumes grillés, une bonne bouteille de rosé, qui n’a pas accès à ça aujourd’hui ? De nos jours personne ne promeut l’essentiel, l’engagement, le respect de la nature, le couple, la famille, la vie intérieure…

MaxLombard : Ne pas partir en vacances pour limite son bilan carbone, il faudrait encore plus de pauvres…

Lire, Bloquons la circulation sur la route des vacances

Lire, Des vacances de Noël sans chausser les skis

Sobriété énergétique, l’affolement gagne

Catherine MacGregor, directrice générale d’Engie, Jean-Bernard Lévy, président-directeur général d’EDF, Patrick Pouyanné, président-directeur général de TotalEnergies appellent à une sobriété d’urgence face à la flambée des prix de l’énergie. (Le Journal du Dimanche)

lire, Sobriété, un mot à la mode dans LE MONDE

Éditorial du MONDE

Il est assez rare que des entreprises incitent leurs clients à moins acheter les produits qu’elles commercialisent. « Le prix de l’énergie menace notre cohésion », clament les dirigeants dans la tribune. Une phrase qui aurait sans doute encore beaucoup plus de retentissement si elle était prononcée et assumée au sommet de l’Etat. Lorsque les efforts sont massifs et coordonnés, les économies d’énergie sont substantielles. Mais la ruée sur les climatiseurs lors de la dernière vague de chaleur montre qu’il y a encore beaucoup à faire en matière de civisme énergétique. Le gouvernement doit expliquer clairement que la sobriété est une moindre contrainte que le rationnement. Or, si la première n’est pas acceptée, c’est le second qui finira par s’imposer.

Lire, La sobriété partagée, une nécessité vitale

Contributions

Marc Zaninetti : 100% d’accord. Mais il faudra aussi l’appui inconditionnel des médias.

Pessicart : Il n’y aura pas un seul homme politique d’envergure pour expliquer les enjeux aux français. Même les écolos mettent l’idéologie avant la réalité. Leur fond de commerce, système présidentiel oblige, c’est de faire croire qu’avec eux il n’y aura ni effort à produire ni problème de financement.

Electron : La sobriété énergétique est évidemment du bon gouvernement. A la fois parce que l’on doit lutter contre le réchauffement climatique, qu’avec la guerre en Ukraine l’année prochaine risque d’être particulièrement difficile avec le gaz, mais aussi parce que pétrole et gaz sont des ressources fossiles qui vont commencer à manquer. Et que les conséquences, si elles ne sont pas anticipées, risquent d’être particulièrement grave. Mais la France a produit les Gilets jaunes, première révolte mondiale contre l’action pour la transition énergétique. Et elle a voté à 45 % pour Le Pen et Mélenchon, qui promettent de baisser le prix du pétrole par miracle. Et surtout le dernier, dont la programmation écologique, c’est de permettre aux français de polluer un max… avec l’appui des Verts.

Jubb : Publiquement, Engie m’incite à la sobriété énergétique. Pourtant, par mail, Engie me démarche par venir installer la climatisation chez moi. C’est ça un discours d’affichage ?

MaLon : Je reçois depuis 2 semaines, tous les 2/3 jours, de la pub d’Engie pour m’équiper en climatiseur…. Allez comprendre la logique….

Kosim : Tant que les publicités et les reportages en tout genre renvoient en parallèle un modèle de sur-consommation, on ne créera que de la frustration et de la colère à dire qu’il faut être sobre….

Fred64 : Tous les jours sur le port je regarde les plaisanciers sortir leurs gros bateaux et faire des ronds dans l’eau à X litres à l’heure !

Transition_necessaire : Que ce sujet soit enfin prioritaire. Je continue à voir du gaspillage partout autour de moi, par des personnes pas forcément méchantes. Je recommande une analyse complète sur le sujet mise en musique : « il en faut peu pour être heureux, il faut se satisfaire du nécessaire » (le livre de la jungle)

Frog : Les partisans de la décroissance sont de plus en plus nombreux, on dirait. C’est étrange ces conversions subite pour les scénarios Negawatts quand il n’y a plus rien à vendre…

sur notre blog biosphere

2027, Ministère de la Sobriété partagée

Tout savoir sur la « Sobriété » obligée

La Sobriété face à la SURconsommation ?

Indépendance énergétique par la sobriété

Sobriété, l’antithèse du pouvoir d’achat

La Sobriété, liberticide et punitive ?

La Sobriété, liberticide et punitive ????????????

On a peur du mot décroissance, alors on parle de sobriété. On ne veut pas de sobriété, alors on parle de mesures liberticides et on condamne l’écologie punitive,. On recule le moment de la fessée, ce sera un grand coup de bâton qui frappera bientôt tous les intoxiquée de la modernité.

Dominique Méda : Sicco Mansholt en février 1972, à la suite de sa lecture du rapport « Limits to Growth », plaidait en faveur d’une forte diminution de la production et de la consommation de biens matériels, organisée grâce à une planification capable d’assurer à chacun un minimum vital. Aujourd’hui le dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) parle de« sufficiency ». Pour dénoncer la responsabilité des riches, il utilse, des termes forgés, en 1899, par le sociologue américain Thorstein Veblen : « La consommation ostentatoire des riches est à l’origine d’une grande partie des émissions dans tous les pays, liée aux dépenses consacrées à des choses telles que les voyages en avion, le tourisme, les gros véhicules privés et les grandes maisons. » Dans le rapport « Soutenabilités ! Planifier l’action publique », publié par France Stratégie, une note de bas de page explique qu’en France les 50 % les plus modestes devraient réduire leur empreinte carbone de 4 % contre 81 % pour les 10 % les plus riches…. Mais très peu de travaux s’intéressent à la manière dont les reconversions devraient être anticipées et accompagnées dans les secteurs appelés à connaître de très fortes transformations (aviation, automobile, pétrole et gaz notamment). Dans sa lettre de 1972, Sicco Mansholt proposait de développer des mesures fiscales canalisant la consommation dans le sens de l’utilité et de la durabilité. Saurons-nous, cinquante ans après, entendre enfin cette voix ?

Commentaires pro-sobriété 

Vieux : La sobriété ne relève pas d’un choix. Que ce soit de gré ou que ce soit sous la contrainte de la nature, la sobriété est déjà notre ligne d’horizon. Reste deux possibilités : soit on l’embrasse soit on la repousse le plus tard possible. Sachant que plus on attend plus ce sera brutal et douloureux. Nous avons l’occasion de rendre les choses un peu moins pénibles mais nous sommes humains et donc incapable de renoncer au circuit de la récompense comme le prouve l’article sur la consommation agissant avec les effets d’une drogue. La seule certitude : un jour nous (à l’exception de nantis) serons tous sobres. On peut juste agir sur l’intensité de la gueule de bois.

Untel : Le refus de promouvoir la sobriété vient du fait que 90% des électeurs viennent de voter pour l’amélioration du pouvoir d’achat et pas pour la sobriété

le sceptique : Idée fausse de gauche : la sobriété impactera les riches, pas les pauvres. D’abord, il se trouve que les 50% les plus pauvres en France sont des riches à échelle de la planète, et qu’eux aussi doivent diviser par 2 environ leurs émissions carbone. Le cacher, c’est entretenir démagogie et doubles discours climat-économie. Ensuite, la consommation carbone n’est pas si élastique que cela : un riche ne conduit pas 50 voitures par jour, ne mange pas 50 steaks par jour, ne construit pas 50 maisons par jour. Prendre au riche pour donner au pauvre (le programme Mélenchon = distribuer 250 milliards en salaires et aides pour créer 275 milliards de revenus, selon lui), c’est stimuler la consommation carbonée mais pas la réprimer. Enfin, le pauvre est débiteur net par rapport au système de redistribution qui est payé sur l’impôt du riche. Une baisse du PIB par sobriété entraîne une baisse de redistribution, sauf à proposer un système où 60, 70… 100% de la richesse est taxée.

Philbast : La sobriété frapperait d’abord les plus aisés ??? Vraiment ? Je suis le plus aisé de ma famille : je suis le seul à ne pas avoir de voiture. Mes belles sœurs et beaux frères ont des vieux diesel, ou un SUV qu’lls-elles ont acheté en leasing avec leurs Smic. Ils vont au Macdo live en voiture et l’écologie pour eux c’est vague. Ils ne sont pas locavores, le tri les emmerde et le compost les fait rigoler. Leurs maisons sont des passoires et ils vont bosser en voiture parce que les transports en commun c’est chiant. Je ne caricature même pas.

Commentaires malthusiens

Rego : Il a fallu 200 000 ans pour atteindre 1 milliard d’humains sur terre. Seulement 200 ans pour arriver à 7 milliards. A la fin du 21e siècle, nous serons 11 milliards. Il est proprement hallucinant que la principale raison du dérèglement et des bouleversements climatiques ne soient jamais mentionné par aucunes des personnes qui prétendent combattre le réchauffement climatique.

RLap : La démographie est bien sûr le paramètre essentiel mais attention dans Le Monde on est qualifié d’anti pauvres si on prône la réduction des naissances

He jean Passe : La planète étouffe d’abord sous la surpopulation, ce sont les religieux et les marxistes qui ont contribué à cette situation. Malthus aurait eu tort selon eux, sauf que 100 ans plus tard on voit bien où était la vérité et la réalité. On peut arrêter sans trop de difficulté de sur-consommer de la viande, des voitures ou des logements mais pour arrêter la bombe démographique il n’y a rien à faire sauf craindre les famines, les guerres.

Pomponnius : Cette dame Méda nous fait un article sur la sobriété sans jamais évoquer la surpopulation humaine. Puisque nous savons maintenant que les ressources de la planète sont limitées, il faut pour un bon partage à diminuer le diviseur : donc « sobriété » drastique de la reproduction humaine. Faire croire qu’en dépouillant les 20 % les plus riches on va enrichir les plus pauvres est une ficelle usée à laquelle plus personne ne croît si les dits pauvres continuent à se reproduire comme des lapins.

Block : Je souhaite bon courage à l’humanité… encore une fois les plus riches seront préservés et les plus crédules iront faire le tour du rond-point…

La Démobilité face à la SUR-mobilité

On a peur du mot décroissance, alors on parle de sobriété. On a peur de la sobriété/restriction, alors on parle de mode de consommation durable. Ce défi de l’attitude à avoir face à la surconsommation, LE MONDE en fait une série de 5 articles que ne sont pas à la hauteur de la nécessaire rupture avec nos habitudes présentes.

(2/5) moins de voitures et plus d’avion…

La mobilité constitue un levier majeur pour changer la donne en matière d’incidence climatique. Les voitures et les camionnettes comptent pour 70 % de ces 135 millions de gaz à effet de serre, suivies des poids lourds (23 %), des avions (vols intérieurs seulement, 4 %), des deux-roues (2 %), des bateaux (1 %) et des trains (0,3 %). Il y a cinq leviers pour décarboner la mobilité, explique-t-il. La demande de transport, le report modal, le taux de remplissage, l’efficacité énergétique des véhicules et l’intensité carbone de l’énergie. Les trois premiers relèvent de la sobriété, les deux derniers jouent plutôt sur la technologie. Or, la stratégie nationale bas carbone visant à arriver à zéro émission en 2050,prévoit surtout d’agir sur les leviers technologiques. Le facteur-clé, c’est la demande de vitesse, et donc de la distance parcourue. Ni le temps de transport des Français, une heure par jour, ni le nombre de trajets, trois à quatre par jour, n’a changé entre maintenant et l’époque où la marche était le moyen de locomotion surdominant ! Or l’idée de limiter les autoroutes à 110 km/h déclenche un tollé. Le système voiture se caractérise par l’excentration des activités d’achat, des lieux de travail et d’habitation, rendant l’automobile indispensable et créant des imaginaires qui nous font désirer des véhicules lourds et puissant. De plus l’automobile représente, en France, pas loin de 900 000 emplois (y compris indirects et induits) et l’aéronautique autour de 300 000, sans compter les 60 milliards d’euros de contribution au commerce extérieur de la France. Un vol sur dix qui décolle de France est un jet privé.

Le point de vue des écologistes

La croissance contemporaine des mobilités nous est présenté comme l’incarnation de libertés nouvelles, c’est en fait une puissante menace environnementale. En 1968, 2 % seulement de l’humanité franchissait une frontière, 60 millions de personnes. Aujourd’hui 20 %, soit un milliard et demi. Face à ce bougisme pendulaire (on part d’un endroit pour revenir au même endroit), voici le temps venu de l’immobilité. Le problème de la nécessaire rupture écologique, c’est qu’elle demande une complète déconstruction de nos structures matérielles et mentales actuelles. Il nous faut un nouvel imaginaire, répétait Serge Latouche. Il nous faut aller moins vite, moins loin et moins souvent, s’exclamait Yves Cochet. Nous marchons sur la tête, ou plutôt nous ne marchons pas assez. Il nous faut tous devenir adepte de la déconstruction du système thermo-industriel , il nous faut pratiquer toute la palette des « dé », démobilité, déconsommer, démondialiser, désurbaniser, dévoiturer… pour lutter contre le règne des SUR (surdéplacements, surabondance, suractivité, surcommunication, surconsommation, surdéveloppement, suremballage, surendettement, suréquipement, surmédicalisation, surpâturage, surpêche, surproduction…).

Lire sur notre blog biosphere

25 janvier 2021, Transports : 2020, année de la « démobilité »

15 mars 2021, Entrons en résistance, « Dé »construisons

15 novembre 2020, Voici venu le temps de l’immobilité…

30 juillet 2018, Le futur de la mobilité, sans voitures c’est mieux !

4 avril 2015, La mobilité géographique, un mythe contemporain

30 mai 2011, le culte de la mobilité, irrationnel

17 septembre 2009, écolomobilité, non électrique

La Belgique décriminalise la prostitution

Selon le discours des Verts français, « La prostitution n’est pas un élément naturellement constitutif de la vie en société. » C’est vrai, la sexualité tarifée relève du culturel. Mais la sexualité ordinaire aussi. Il n’y a donc aucune règle définitive qui puisse nous permettre de privilégier a priori la répression totale de la prostitution ou la légalisation intégrale des travailleurs du sexe. Voici une analyse comparative du statut de la prostitution en France et en Belgique.

Lire, l’écologie face aux abolitionnistes de la prostitution

Jean-Pierre Stroobants : Les travailleurs et travailleuses du sexe (TDS) vivent une révolution depuis le 1er juin 2022. Une loi votée en mars leur permet de sortir de voir leur activité décriminalisée. Les prostitués (femmes dans une proportion de 95 %) auront les mêmes droits que les autres travailleurs indépendants, dont celui de bénéficier de la sécurité sociale, du chômage, de l’accès aux soins, d’un congé maternité, etc. Et tous les tiers qui soutiennent leur activité ne peuvent plus être poursuivis, sauf en cas de profit anormal. La réforme est accompagnée d’une répression plus sévère du proxénétisme et des abus sexuels. Le concept de consentement est précisé : sans consentement explicite d’une personne, tout rapport sexuel avec elle sera punissable. L’âge de la majorité sexuelle (16 ans) ne change pas, mais un rapport avec un mineur ou une mineure de 14 au moins échappera à la sanction si la jeune femme ou le jeune garçon y consent et que son/sa partenaire n’a pas plus de 17 ans. Octroyer un statut à la prostitution consentie est le meilleur moyen de lutter contre la prostitution forcée. C’est le premier État européen à adopter de telles mesures, et le deuxième au monde après la Nouvelle-Zélande. Le statut de la prostitution est donc différent de celui de la Suède (la prohibition), de celui des Pays-Bas (une légalisation réglementée, soumise à un permis d’exercer) ou de la France ( pénalisation du client depuis 2016).

Quelques commentaires

RVDB : Sans être expert sur le sujet, il me semble que cette approche belge est celle qui est le plus dans l’intérêt de celles et ceux qui se retrouvent à pratiquer cette activité. Les lois répressives ne me semble pas avoir réussi à faire disparaître la prostitution, juste à la cacher, ce qui a fragilisé les personnes qui se sont retrouvées sous la coupe de proxénètes.

Michèle de Dordogne : Les Belges vivent vient dans un pays bien plus pragmatique que le nôtre : les gens en fin de vie meurent quand ils le veulent et comme ils le veulent, celles qui se prostituent ne sont plus considérées comme des pestiférées.

François Aubert : C’est notre bien-pensance qui a poussé à « l’abolition » de la prostitution en scandant « il n’y a pas de prostitution heureuse ». On peut répondre aussi bien qu’ il n’y a pas de travail qui ne soit -peu ou prou- prostitution ! La loi française a été votée en 2016 alors que seuls 87 députés ont pris part au vote final (64 pour, 12 contre et 11 abstentions)..Le résultat final est une aggravation de la situation des prostitués. Je mets « prostitués » car pour moi le masculin devient le neutre dès que les deux sexes sont visés (je n’arrive pas à m’habituer à l’hypocrite « celles et ceux » qui alourdit tous les discours).

FDD : La moraline victorienne française refuse d’admettre que l’on ait le droit d’accepter des rapports sexuels contre rémunération. Pourtant, de tout temps, l’argent est entré dans les relations sexuelles, ne serait-ce que par l’obligation faite au mari d’entretenir (le joli verbe…) son épouse.

Michel SOURROUILLE : L’exercice de la sexualité procure naturellement du plaisir quand on se laisse aller. Il y a prostitution parce qu’il y a frustration. Si les humains passaient plus de temps à faire l’amour comme les Bonobos, sans esprit de conquête et chaque fois qu’il faut réduire les tensions sociales, sans doute n’y aurait-il plus de prostitution (ni même de guerres). L’amour libre, le sexe libéré, implique aussi de lutter contre les rapports de domination. Comme on disait en d’autres temps, « peace and love », l’amour et la paix. Réconcilier nature (liberté sexuelle) et culture (règles régissant le rapport entre les sexes), n’est-ce pas là l’objectif premier des écologistes ?

SJ : Rendez-vous dans dix ans pour une étude comparative sérieuse France/Belgique sur le seul critère important : quel système protège le mieux (ou moins mal) les prostitué(e)s?

Lire sur notre blog, La prostitution est un boulot comme un autre

Le XXIe siècle sera paysan… ou ne sera pas !

L’Atelier Paysan soutient les technologies paysannes pour « reprendre la terre aux machines ». Les machines comme engins de guerre agricole, mais aussi comme machine économique, industrielle, machine administrée, machine à nourrir ou plutôt à remplir les caddies. Cette agro-industrie profite de chaque choc pour se propager encore, éliminant les savoir-faire, les communautés paysannes, mais aussi la biodiversité et finalement le savoir et le pouvoir s’alimenter. Les dégâts sanitaires et sociaux sont colossaux, pas moins que les dégâts environnementaux. Nicolas Mirouze, vigneron bio mais aussi ancien élève d’AgroParisTech, écrit une tribune dont voici l’essentiel :

« 5,5 millions de personnes en grande précarité alimentaire dans la France de 2018, donc avant la crise due au Covid-19, se procuraient leurs repas quotidiens grâce à l’aide alimentaire. Elle est alimentée par les surplus de l’agriculture intensive et les invendus de la grande distribution, elle participe directement à la compression des coûts des produits agricoles et donc à la diminution du revenu des agriculteurs…. La mécanisation industrielle, soutenue par des politiques publiques depuis soixante-dix ans, a créé de terribles dépendances techniques et financières. Avec 400 000 exploitants et 650 000 travailleurs et travailleuses de la terre au total en 2019, l’usage massif de pesticides est absolument inévitable.  L’histoire se répète, les drones, les robots et le numérique représente la « nouvelle frontière » du lobby agro-industriel. Ce qui nous est promis, c’est une agriculture dans une campagne complètement déshumanisée, définitivement vidée de ses paysans. Nous avons pour objectif d’installer dans les campagnes françaises un million de paysans… »

Commentaire biosphèrique : Il manque dans cette tribune le lien entre le million d’agriculteurs supplémentaires, des revenus décents pour chacun d’entre eux, et des prix abordables en magasin. Tout ça est très beau, et je suis prêt à signer, mais comment fait-on ? Avec l’égalité entre les sexes, ça fera 500 000 femmes à racler le sol et à pousser une brouette, sous le soleil, avec les mains calleuses. A la télé elles verront encore les influenceuses qui ont évité ça, genre Kardashian. Les urbains devront quitter leurs postes de fonctionnaires et retourner à la terre. Très belle idée, mais la terre est basse et les RTT n’existent pas dans l’agriculture : il faut rentrer les foins avant qu’il pleuve, y compris si c’est un dimanche et qu’on est crevé. Comment attirer un million de personnes ? Comment repartir en sens inverse ? Dans les années 1970, il y avait dans mon village dix familles qui vivaient de la terre (élevage de quelque vaches, le toit à cochon, les poules en liberté et les lapins dans leur clapier. Ce n’était pas le grand luxe mais tout le monde avait un toit et mangeait à sa faim. Mais de Gaulle et son ministre Pisani ont décidé la modernisation de la France agricole. Résultat en quelques décennies, disparition de la paysannerie et généralisation des tracteurs. Les bâtiments abandonnés sont habités par des ruraux condamnés à la possession de voiture. Aujourd’hui plus personnes ne vit de l’agriculture dans le village, plus de chant du coq, plus de bouses de vaches, seul le bruit des machines de la ferme industrielle. De plus c‘est quand même très étrange que cette tribune provienne de quelqu’un qui produit une denrée nocive et inutile à l’alimentation humaine. L’alcool est un poison responsable de 75 000 décès annuels en France. De toute façon un million de paysans sans machine avec un revenu décent, cela va augmenter considérablement le prix des légumes et de la viande. La part de l’alimentation dans les budgets des ménages va tripler. Il faudra avoir une police très efficace pour empêcher les manifestations des millions de Gilets Jaunes qui ne pourront plus boucler leur fin de moi. Nous retrouverons enfin le plaisir des veillées à la bougie le soir, il n’y aura plus de télé financée par la publicité puisqu’il n’y aura plus rien à acheter. Il y aura juste des « cacathon », concours invitant des paysans à venir avec leur « meilleur fumier, compost et jus de lombric », pour gagner des prix comme la « bouse d’or ».

Lire, tous paysans en 2050 ?

En 2050, nous serons au lendemain des grands chocs écologiques qui vont déstructurer la société thermo-industrielle. Ce sera comme pendant une grande guerre, la pénurie et le rapprochement des campagnes. Ce sera le retour des paysans comme décrit par Silvia Pérez-Vitoria : « Quel que soit l’avenir de nos sociétés, la terre reste le fondement de notre alimentation. Entre 1940 et 1944 c’était une chance pour la France de compter encore un bon tiers de la population dans l’agriculture. Si un conflit d’une ampleur comparable se produisait aujourd’hui, il n’est pas sûr que la population française puisse survivre. Une grande crise fait apparaître les avantages du système agricole traditionnel, on aura besoin de plus de main d’œuvre dans les campagnes. A Cuba, les habitants des villes ont été fortement encouragés à planter des fruits et des légumes. C’est en fait la situation à laquelle conduirait une exacerbation de la crise pétrolière. En France, on aurait sur les marchés 3 600 variétés de pommes au lieu des 12 actuelles. On consommerait davantage sur place. Peut-être ne redeviendrons-nous pas tous paysans, mais il est peu probable que nos sociétés aient un avenir sans une paysannerie nombreuse et forte. On estime qu’aujourd’hui, dans le monde, il existe environ 28 millions de tracteurs, tandis que 350 millions de paysans font appel à la traction animale et 1 milliard travaillent manuellement. C’est précisément cet ancrage local qui assure une des meilleures bases pour lutter contre la mondialisation en crise; les hommes vivent d’abord dans des territoires. Le XXIe siècle sera paysan… ou ne sera pas.

« OUI pub » sur nos boîtes aux lettres ?

La publicité dévore la planète et pollue nos sentiments. Vingt-deux associations, dont Les Amis de la Terre France, Foodwatch, l’institut Veblen, Résistance à l’agression publicitaire (RAP), Sherpa, Communication sans frontières…, dénoncent dans un rapport l’influence des milliards d’euros investis en dépenses publicitaires sur les comportements, en contradiction avec la transition écologique. Les dépenses annuelles mondiales de publicité et de communication des grandes entreprises ont dépassé 1 320 milliards d’euros en 2021. En France, 46,2 milliards d’euros. D’autant plus que le pouvoir d’influencer est complètement déséquilibré. Parmi les quelque trois millions d’entreprises en France, moins de 1 % ont accès au marché publicitaire. Le secteur automobile se dispute chaque année avec celui de la grande distribution la place de premier investisseur publicitaire. Pour des raisons écologiques et socio-économiques, toute publicité commerciale devrait être interdite. Mais on se contente de s’intéresser à nos boîtes aux lettres !

Lire, La publicité dévore la planète et nous avec

LE MONDE : Contre le gaspillage des publicités dans les boîtes aux lettres, une expérimentation a été lancée dans quinze territoires, « Oui pub » : Recevoir des publicités uniquement si on l’a choisi. Cette expérimentation ne reprend que partiellement les propositions des 150 citoyens de la convention citoyenne pour le climat, qui avaient proposé d’interdire totalement la distribution de publicités dans les boîtes aux lettres… Six mois avant la fin de l’expérimentation, un rapport parlementaire devra dresser un bilan… A l’issue de la période de test de trois ans, un comité d’évaluation sera institué… Si la visée de ce dispositif est louable, il pose toutefois question, la distribution publicitaire risque de faire face à des suppressions de postes.

Commentaires :

Modeste : 3 ans avant d’en tirer un bilan ? Ce sont bien les gens de McKinsey qui ont conçu cette usine à gaz !

Corentin : C’est une expérimentation qui sera généralisée si elle fonctionne? Et vous croyez que les entreprises de distributions vont jouer le jeu pour que ça fonctionne!

J.Schneider : Je n’ai pas vu quelles sont les sanctions en cas de non respect du « Oui Pub » . Sans sanction, comme « Stop Pub » qui n’a jamais été respecté, ça ne sert à rien. Du bluff.

LJ : Allez encore un effort, quand arrêtons-nous les coups de fil intempestifs avec des numéros affiches qui ne correspondent pas à celui de l’appelant ?

Fouilla : Et de façon générale en ces temps de sobriété, la pub devrait être fortement réduite: 30 milliards par an, 500 euros par français et même beaucoup plus en comptant les dépenses superflues …

Michel SOURROUILLE : La convention citoyenne pour le climat voulait interdire la réclame pour les produits les plus émetteurs de gaz à effets de serre et obliger à la publication d’incitations à moins consomme. Aujourd’hui c’est devenu un simple « OUI pub ». Pour nous c’est « NON pub », plus du tout de pub commerciales. Il devrait être évident pour tous les citoyens que n’importe quelle publicité est faite pour provoquer la surconsommation, donc l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre. Du point de vue des écologistes, la publicité, qui n’est qu’une forme sournoise de propagande, devrait être interdite. Comment continuer à accepter qu’il soit autorisé de faire le vide dans les cerveaux pour inciter à boire du Coca Cola ou à rouler en SUV ?

Lire, Tout savoir sur la publicité qui nous dévore

rappel : « Pour faire évoluer les comportements du consommateur dans un sens écoresponsable, nous (conférence citoyenne) voulons Interdire de manière efficace la publicité des produits les plus émetteurs de GES sur tous les supports publicitaires, réguler la publicité pour limiter fortement les incitations quotidiennes et non-choisies à la consommation, mettre en place des mentions pour inciter à moins consommer du type « En avez-vous vraiment besoin ? » ou «  La surconsommation nuit à la planète. » »

Sobriété, un mot à la mode dans LE MONDE

Jamais la sobriété énergétique de nos concitoyens n’a été aussi cruciale pour notre destin. En baissant tous nos thermostats de quelques degrés, en organisant des dimanches sans voiture, et plein d’autres actions individuelles, c’est une multitude de vies que nous sauverons dans l’est de l’Europe et pour les générations futures confrontées aux dérèglements climatiques. Chacun à son niveau se doit d’agir, pour s’opposer simultanément à la guerre en Europe et au changement climatique. Le quotidien LE MONDE commence à s’apercevoir de l’importance de la sobriété.

LE MONDE du 20 octobre 2021, Sobriété, efficacité et renouvelables : le scénario de négaWatt pour atteindre la neutralité carbone

LE MONDE du 13 novembre 2021, Avenir énergétique de la France : une consultation citoyenne teintée de sobriété

LE MONDE du 17 novembre 2021, La sobriété, cette « évidence » devenue un angle mort de la société de consommation

LE MONDE du 16 décembre 2021, Neutralité carbone : tous les scénarios passent par une même exigence, la sobriété

LE MONDE du 20 janvier 2022, « Il faut transformer l’infrastructure de l’économie, pour rendre possible une sobriété systémique »

LE MONDE du 5 mars 2022, « Vivre avec moins, c’est beaucoup mieux. Il y a du plaisir dans la sobriété »

LE MONDE du 11 mars 2022, « Jamais la sobriété énergétique de nos concitoyens n’a été aussi cruciale pour notre destin »

Jean-Michel Glachan et Christian Gollier : La hausse des prix des énergies fossiles devrait naturellement conduire les consommateurs à décarboner leur mode de vie, comme ce fut le cas lors des chocs pétroliers à la fin du siècle dernier. Mais cette transition énergétique va prendre du temps, puisqu’elle est fondée sur des investissements dans les énergies renouvelables et sur l’électrification des usages énergétiques dont les impacts climatiques et sécuritaires mettront des années à se matérialiser. Le blocage de prix, s’il peut se comprendre pour des raisons de vulnérabilité des ménages les plus modestes, implique une insensibilité au soutien flagrant de l’agression russe. Chaque kilowattheure mal consommé appauvrit l’Europe et enrichit l’armée russe. En réduisant notre consommation d’énergies fossiles, ici et maintenant, nous affirmons notre volonté, individuelle et collective, de sauver simultanément nos démocraties et notre environnement.

Quelques commentaires d’Internautes :

Yego : Après deux ans de discours culpabilisateurs, liés à la pandémie de Covid-19, adressés aux foules irresponsables, il était temps que des discours culpabilisateurs liés à la guerre en Ukraine viennent s’y ajouter. Merci.

Bolzano : « Les Européens doivent diminuer leur consommation pour se passer des hydrocarbures russes » c’est très incomplet et cela arrive très tard. D’abord c’est le monde entier qui doit diminuer sa consommation, nous n’avons qu’une planète et nous sommes dans le même bateau. Ensuite ce n’est pas pour se passer des hydrocarbures russes, option à courte vue découverte il y a deux semaines, mais pour économiser les hydrocarbures de la seule terre que nous avons pour leurs usages indispensables, le facteur prix induit par cette crise peut être un déclencheur. Enfin le constat arrive cinquante ans après les avertissements du Club de Rome, qui ont eux-mêmes précédé trois chocs pétroliers, diverses guerres et hausses de prix, sans que grand chose soit remis en cause.

Jean Rouergue : Ce que le climat n’avait réussi à obtenir, la décroissance, une frugalité voulue, la guerre en Ukraine, avec ses façades éventrées, ses familles sur les routes, ses morts, ses douleurs… la guerre va t’elle nous y amener, nous y conduire ? La frugalité on doit se l’imposer pour ses enfants, alors on devrait se l’imposer aussi pour tous les Ukrainiens.

Javert : La transition énergétique n’est pas une question d’efforts individuels, c’est une question de choix politiques. Si la communication sur l’énergie et le co2 s’est faite depuis des décennies sur un mode de la responsabilisation des individus, c’est parce que c’était le meilleur moyen de faire une écologie qui ne fache personne et surtout pas les intérêts économiques. La seule politique de transition énergétique efficace se fera en réduisant les inégalités économiques monstrueuses qui sont aussi des inégalités d’émissions de co2

Patrick S @ Javert : Votre raisonnement nie l’action complètement le pouvoir, que chacun de nous a en fonction de ses moyens et sa situation bien évidemment, de changer un peu ou beaucoup son mode de vie. Comme toujours, tout attendre des autres et des politiques en particulier ne fait que montrer notre passivité et mollesse d’enfants gâtés.

Frog : Le pouvoir d’achat devrait s’appeler « esclavage d’achat ». Réussir à moins consommer, c’est plus de liberté.

les carottes sont cuites : Utopie de personnes vivant où ? Le pétrole russe sera remplacé par du pétrole saoudien qui tout le monde le sait est propre et démocratique. Personne ne veut sacrifier son confort pour un pays lointain comme l’Ukraine. Désolé mais cela me rappelle les délires du covid où nos utopiques de services espéraient un changement d’économie après la fin de la pandémie.…

skid ; Le plus étonnant est que le simple fait de lister et rappeler les aspects catastrophiques des énergies fossiles, connus depuis longtemps, ne semble pas faire réfléchir les gens ni les pousser à la recherche de solution. On récolte surtout le déni et la mauvaise foi. Pourtant les fossiles c’est : – des matières premières qui ont mis des millions d’années à se former et qu’on va épuiser bêtement en 150 ans.- la fin de la stabilité climatique pour des millénaires.- des sommes colossales d’argent alimentant des guerres menées par les saoudiens et le Kremlin.- des pollutions aux particules insensées, millions de cancers, marées noires etc.

Tout savoir sur la « Sobriété » obligée

La simple raison commande la Sobriété, la sagesse conduit à la Frugalité, la vertu exige la Tempérance. On peut aussi parler de retenue et de modération dans une société croissanciste qui cultive l’excès et la voracité, la perte des repères et le pillage de la planète. Dans un contexte de pénuries avérées des ressources naturelle, de pandémie qui isole et de guerre en Ukraine ou ailleurs, le maître mot de la campagne présidentielle pour avril 2022 devrait être « Sobriété » et son application concrète s’appelle « Rationnement ».

Lire, Édito JNE. La construction d’une société sobre

Nicolas Hulot : « Les illusions matérialistes détournent de sa propre vérité et de celle des autres. C’est pourquoi j’ajouterais aux valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité… la sobriété. Nous ne pouvons pas continuer dans une forme d’ébriété et de civilisation du gâchis. L’ébriété actuelle vient du fait que l’on ne distingue plus l’essentiel du superflu, l’utile du futile. On se confronte au fait que le libéralisme, doublé d’une puissance de feu marketing sans égal, a fini par faire croire à l’opinion qu’il était possible et même souhaitable de faire le contraire de ce qu’il faudrait faire. Je sais aujourd’hui que moins nous acceptons de poser des limites, plus les tyrannies du désir nous envahissent. J’ai compris au Ladakh que la quête vers le nirvana passe par l’abstraction de tous les désirs, mais je ne tends pas vers ça. Le défi consiste à trouver le point d’équilibre entre le matérialisme et l’ascétisme. Pour vivre quelque part entre une société de matérialisme absolu et une société d’ascètes, il existe une troisième voie la « société d’abondance frugale ». L’urgence écologique nous pousse à une société de modération, à la sobriété heureuse. Pour moi d’abord, car tant qu’on ne s’applique pas les choses à soi-même, il paraît difficile de les proposer aux autres. »

Tout cela est bon à dire, mais l’acceptabilité sociale est incertaine et il ne suffit pas de « punir les riches » quand tout le monde doit se restreindre. De toute façon la sobriété, même monacale, ne servira à rien tant que la population mondiale continuera sa croissance exponentielle. Or la question malthusienne n’est presque jamais abordée par les apôtres de la frugalité.

La sobriété est une vertu morale mise en avant sur notre blog biosphere depuis longtemps.

Février 2022, Sobriété, l’antithèse du pouvoir d’achat

Février 2022, Macron vante les EPR 2, Jadot parle sobriété

Décembre 2021, Réveillon du Nouvel An dans la sobriété

Décembre 2021, L’ADEME, technologie ou frugalité ???

Décembre 2021, La sobriété vu par les lecteurs du MONDE

Décembre 2021, Neutralité carbone, l’exigence de la sobriété

Novembre 2021, En marche… vers la sobriété partagée (synthèse)

Novembre 2021, Sobriété ou Nucléaire, E. Macron a tranché

Novembre 2021, La sobriété, une valeur émergente

Novembre 2021, COP26, technologie ou sobriété partagée ?

Octobre 2021, CLIMAT : rationnement, alternative d’avenir

Octobre 2021, Simplicité, Sobriété… Techniques douces

Mars 2021, John KERRY et le CLIMAT, sobriété attendra

Février 2021, La sobriété en médecine au temps du Covid

Décembre 2020, La sobriété ne suffit pas vu notre nombre

Juin 2018, Histoire et avenir du rationnement de 1973 à demain

août 2017, Le rationnement, outil convivial (selon Mathilde Szuba)

Janvier 2017, Notre défi, 100 % de sobriété énergétique en 2050

Avril 2013, du marché carbone au rationnement carbone, l’inéluctable

Mars 2011, sobriété volontaire ET forcée !

Juin 2010, volontarisme ou rationnement carbone ?

Juillet 2009, rationnement carbone

Janvier 2009, sobriété énergétique ?

Indépendance énergétique par la sobriété

Le plus sûr chemin pour accéder à l’indépendance énergétique n’est pas le nucléaire mais la sobriété énergétique.

Stéphen Kerckhove (Directeur général dAgir pour l’environnement) : Le déficit de notre balance commerciale a atteint un record absolu en 2021 de 84,7 milliards d’euros. La moitié de ce déficit est due à notre facture énergétique. Le conformisme énergétique postule que, pour rompre la dépendance à l’égard des pétromonarchies et autres dictatures gazières, il nous faudrait accroître nos capacités de production renouvelables et nucléaires. Jamais ou presque le principe d’une sobriété énergétique n’est appréhendé avec sérieux par notre classe politique. Il faudrait produire ce qui est consommé et non pas consommer ce qui est produit. Près de la moitié de la facture électrique des communes est induite par l’éclairage public. Des dizaines de milliers de panneaux publicitaires rétroéclairés absorbent unitairement l’équivalent électrique de trois familles de quatre personnes. Près de 10 % du trafic aérien est lié aux vols de jets privés, naviguant à vide 40 % du temps. Notre urbanisme tentaculaire, fait de grands projets inutiles et autres hypermarchés, contribue aux cinquante années gaspilleuses. Face à cet impensé, nous devons rappeler les vertus de la sobriété. Comme le veut la formule consacrée, l’énergie la moins polluante est celle que l’on ne consomme pas. Le plus sûr chemin pour accéder à l’indépendance énergétique de l’Europe n’est pas le nucléaire, qui ne représente que 17 % de l’énergie finale consommée en France, mais la sobriété énergétique.

Quelques éléments du débat :

le sceptique : Actuellement, la France consomme sur son sol 1600 TWh d’énergie finale, toutes sources confondues. On peut vanter la sobriété, mais il faut faire les maths : les petites mesures auront des petits effets. Il ne s’agit pas de se moquer des « amish », juste d’observer que si vous revenez à la conso d’énergie par habitant de 1850 ou de 1950, vous aurez grosso modo le même niveau de vie qu’en 1850 ou 1950. Rappel : si un prof est payé 2000 € aujourd’hui contre 200 € sous Gambetta, ce n’est pas qu’il enseigne à plus de personnes (sa productivité n’a pas changé), c’est qu’il est inséré dans une économie énergivore permettant ce salaire.

Frog : Tribune de Kerckhove extrêmement juste, mais si je doute que la majorité des politiques se saisissent du sujet. Plus qu’au pouvoir d’achat (qui n’est pas forcément un pouvoir), il serait effectivement temps de s’intéresser au réel besoin des individus. J’ai souvent entendu parler avec mépris des Amish qui voudraient nous priver de « l’innocent plaisir » de mettre la clim à fond ou d’installer une piscine chauffée dans son jardin.… Aujourd’hui, pendant que ces hédonistes s’affolent et pleurent pour que l’état leur donne des ristournes avec nos impôt, je ne vois arriver aucune tension dans mon mode de vie : ma facture énergétique est ultra- basse, je prends les transports en commun, je mange les légumes de mon potager, je reste en vacances en France comme tous les ans…. Bref, je vis avec beaucoup de plaisir pendant que tout le monde s’affole.

Sarah Py : L’idée de la sobriété devient de plus en plus présente dans les discours, mais la peur du Gilet Jaune rôde. Je vais suggérer une étape intermédiaire moins polémique, celle de lutte contre les gaspillages. Qui va être contre ? Les exemples donnés par Kerckhove relèvent d’ailleurs souvent de cela, du gaspillage. Et puis peu à peu élargir cette notion de gaspillage, puisque nous devons convaincre que si nous n’organisons pas notre sobriété, nous la subirons, et là ce sera frugalité et économie de guerre le sujet.

PCVT : Il vaudrait mieux parler d’économie d’énergie que de sobriété, qui a un côté moraliste, triste. Si on plonge les villes dans le noir et si on ne peut plus s’asseoir en terrasse en hiver, la vie va devenir plutôt sombre (pour les citadins).

Juste du Bonsens @ PCVT : C’est triste d’avoir besoin d’une terrasse chauffée en hiver pour ne pas être triste !

Haydée : On n’en peut plus de ces discours moralisateurs à 2 euros qui ne voient pas plus loin que la prochaine frontière. Si demain on éteint tout en UE (plus aucune consommation d’énergie), il n’y aura que 15% d’émissions en moins sur terre… alors on fait quoi ? On fait quoi avec la Chine? Et l’Inde ? Et les États-Unis ? Le seul avenir de l’humanité, c’est pas de rouler à vélo, c’est d’investir dans la science !

PPX : Ce qui est dit par Kerckhove est une totale ineptie. Aujourd’hui on consomme 1600 TWh d’énergie pour se chauffer, se déplacer, produire. Seulement 650 TWh sont décarbonés ( dont 350 sont d’origine nucléaire) et 950 sont fossiles, pétrole et gaz. La sobriété ne peut pas éliminer les 2/3 de nos besoins d’énergie !! Il faut éliminer l’énergie issue de fossiles au plus vite et la remplacer par de l’électricité solaire, éolienne et nucléaire + du biogaz et des biocarburants. Et bien sûr aussi de la sobriété dans ce qui est raisonnable, sans doute pas plus de 50 TWh à économiser sauf à supprimer chauffage et déplacements en voiture, (83% des déplacements aujourd’hui, dont une grande partie est contrainte) et fret routier. Toutes ces données sont publiques, faciles à vérifier.

Michel SOURROUILLE : Il ne peut pas y avoir d’opposition valide à l’idée de sobriété énergétique. Les ressources fossiles sont non renouvelable et le stock d’uranium limité. Quand il n’y aura plus une goutte de pétrole à un tarif abordable, il n’y aura plus de voiture thermiques, c’est aussi simple que cela, c’est une réalité d’ordre géologique. Les gouvernements mettent en place actuellement une taxe carbone « aux frontières » (de l’UE), mais l’effet prix arrive trop tard pour que changent rapidement les habitudes de déplacement. Pour que les automobilistes prennent conscience, il aurait fallu augmenter régulièrement le prix de l’essence depuis des années et des années (1972 pour être précis, année où on a démontré les limites de la croissance). Il faudra donc passer politiquement à la carte carbone, un rationnement des consommations d’énergie. Bien sûr il y aura des maisons qu’on ne chauffe plus en permanence, des villes dans le noir et des routiers en colère. Mais nécessité fait loi !

Vince : De la sobriété choisie, nous allons fort probablement passer à la décroissance subie. Il ne faut jamais sous-estimer la bêtise humaine, dixit Huval Noah Harari. Les années qui s’annoncent vont être difficiles. Le nucléaire est en chute libre et il faudrait 15 ans pour voir le bout d’un nouveau réacteur opérationnel (et je suis très optimiste). Les infrastructures énergétiques ont été pensées par une caste, pas du tout pour assurer la résilience au pays. Ils ont trahi. Les prix vont exploser avec les pénuries et la grogne sociale suivra. Les Flash-ball et les grands débats seront sans doute la réponse du pouvoir.

Culpabilité écolo, un premier pas décisif

Culpabilité écolo, un premier pas qui ne suffit pas. La marche individuelle vers la sobriété sans rupture avec tous les structures socio-économique qui nous ont transformé en pilleurs des richesses de la planète est vouée à l’échec… mais il faut bien commencer par qqch !

Lire, Écologie, culpabiliser pour ressentir la culpabilité

Maroussia Dubreuil : un léger sentiment de culpabilité gagne 85 % de nos concitoyens « préoccupés par les questions environnementales » (Elabe, 2019). Désolés de participer au réchauffement climatique, désolé pour nos enfants qui vivront de petits accidents nucléaires et se seront pris dans l’œil deux ou trois cyclones sans jamais avoir vu de mésanges. A moins de nous planquer dans un cercueil en papier mâché – et encore, il restera nos implants en titane et nos hanches en polyéthylène –, nous tentons en vain de nous arranger avec les chiffres de notre bilan carbone. On émet en moyenne 9 tonnes équivalent CO2 par individu et par an, il faudrait ses contenter de  2 tonnes (pour atteindre la neutralité en 2050). Nous tentons d’échapper à la « dissonance cognitive », mais nous n’y arrivons pas tout à fait : comment faire taire notre culpabilité pour envoyer allégrement notre repas au gosier sans gêner le plaisir des papilles ? Il y a la procrastination (demain j’arrête), la relativisation (devant une entrecôte saignante), la bienvenue compensation ((un voyage en avion = un arbre planté). C’est pourquoi nous craignons davantage de nous crasher aujourd’hui que de crasher le monde de demain ? Sans sevrage, nous sommes condamnés à parlementer avec notre striatum. Pour ne plus se laisser boulotter par la culpabilité, certains d’entre nous se posent la question fatale : « A quoi bon ? » A quoi bon payer un euro de plus un colis TPR (« toujours plus responsable »), fabriquer sa lessive, mettre un couvercle sur la casserole, faire pipi sous la douche, rapporter les médicaments périmés chez le pharmacien, se priver de viande ? De fait, selon le rapport du cabinet Carbone 4, « même avec un comportement individuel proprement héroïque, un Français ne peut espérer réduire son empreinte de plus de 2,8 tonnes par an, un peu moins d’un tiers de l’effort à faire pour atteindre les objectifs fixés par l’accord de Paris ». « Individuellement, nous n’avons qu’une marge de 25 %… Le plus dur, c’est de vivre avec ça sans abandonner, sans cesser de faire les choses », ajoute Laure Noualhat, auteure de Comment rester écolo sans finir dépressif.

Quelques commentaires :

Gambetta : Il faut une volonté politique d’abord, bien plus qu’individuelle. Nous sommes des drogués, des aliénés de ce système..Le sevrage va être violent, comme des drogués en crise, et son lot de violence. Nous allons vivre des dictatures de différentes formes, fascisante, écologique, racialiste, en tout cas nationaliste. Les JO de Pekin sont un scandale sans nom, un écocide, et ce sera pire avec la coupe au Qatar retransmise en mondovision sur tous les réseaux.
Fchloe : Tant que l’emporte le  » je suis libre » ou « J’ai le droit de » sont, il n’y a pas de changement possible. L’argent donne des droits, des possibilités à ceux qui en ont et ils utilisent ce droit. Seuls le rationnement sera efficace. Et celui de tous ! Pas d’un seul pays. Mais les gens, striatum oblige, ne sont pas prêts à l’accepter. Seuls des crises majeures peuvent faire changer les choses. L’Ukraine le montre : l’Europe existe d’un coup. Il faut donc souhaiter des crises majeures qui feront évoluer les consciences : en clair, il faut des morts.

Mdut : Et si on commençait par faire face à la réalité ? Pour ralentir le réchauffement climatique, il ne faut pas être 8 milliards, il faut commencer par diviser la population de la Terre par 2. Cela implique, comme cela a été fait en Chine (donc c’est faisable) la règle absolue : un enfant par femme pendant le temps qu’il faudra (50 à 100 ans probablement). La démographie est la clé principale du ralentissement du réchauffement climatique. Et gérer la démographie des peuples n’est pas simple. On pourrait peut-être y réfléchir au lieu de s’intéresser aux pets des vaches.

D6 : Je remarque que le plus efficace, faire moins d’enfants, est toujours un tabou passé sous silence…

Laure Noualhat : J’ai l’habitude de me dire que, comme je n’ai pas d’enfants, mon bilan carbone s’arrêtera quand je mourrai. J’ai longtemps fait des blagues en disant que le meilleur geste écolo, c’était le suicide. Mais une fois qu’on comprend que toute activité humaine entraîne des pollutions, l’idée, c’est de faire son équation personnelle entre ce à quoi on ne peut pas renoncer et ce qu’on peut transformer. Tout le travail à venir est de montrer que le plaisir se trouve aussi du côté de la sobriété. Mais nous ne représentons que 25 % du problème. Les 75 % restant viennent entre autres des politiques urbanistiques qui décident d’installer un centre commercial à l’orée d’une ville, ce qui va nécessiter des échangeurs, et donc des bagnoles, etc.

Sigi Dijkstra : Culpabilité ! Péché ! Repentissez-vous mes frères, car la fin est proche ! C’est dommage qu’on ne trouve plus de curés, on pouvait aller à confesse et recommencer tranquillement à profiter de la vie jusqu’à la prochaine. Le réchauffement climatique, mais surtout l’adaptation de la démographie à nos ressources, sont des problèmes techniques et économiques. Ils seront résolus par des adaptations quasi-automatiques gouvernées par les principes de Darwin et par la main invisible d’Adam Smith.

La sobriété partagée, une nécessité vitale

Le politiste Bruno Villalba considère que la guerre en Ukraine agit comme un « révélateur » du lien entre nos modes de vie et leurs conséquences sur les équilibres planétaires. La crise d’approvisionnement d’énergie doit nous interroger sur notre besoin frénétique de consommer de l’énergie et l’inégale répartition de cette consommation.

Lire, Sobriété, l’antithèse du pouvoir d’achat

La sobriété ne peut pas être une étape transitoire, sauf à méconnaître la réalité et les limites de la planète. A la fin des années 1970 après les chocs pétroliers, il y a eu déploiement du programme nucléaire français. On a pu repartir comme avant, sans remettre en cause la finalité des dépenses énergétiques, bien au contraire, puisque c’est à partir de cette époque que s’est généralisé le passage au tout-électrique individuel dans les appartements, une catastrophe dont les locataires payent depuis le prix fort. Aujourd’hui encore, on reste dans l’idée que l’on va pouvoir apporter une solution technique et rebondir par l’innovation, sans voir que l’on ne fait que déplacer le problème. La réduction de l’usage de la voiture n’est pas au programme ; on va remplacer les véhicules thermiques par des véhicules électriques, c’est-à-dire nucléaires, et accroître notre dépendance aux pays producteurs d’uranium et à une ressource qui est, elle aussi, limitée en stock, sans parler des menaces nucléaires et de la charge que nous imposons aux générations futures. La substitution pourra fonctionner pendant un court délai, mais après, nous nous retrouverons dans une situation encore plus dégradée.

– La sobriété est un sujet très compliqué à manier en politique, car elle remet en cause un imaginaire de l’abondance qui imprègne profondément depuis trois siècles nos sociétés. Chez les stoïciens, la modération était un impératif moral individuel. A l’ère chrétienne, au contraire, la sobriété n’était pas un choix personnel, mais une obligation religieuse, l’objectif de l’organisation sociale au Moyen Age n’était ni le travail ni la production, mais la célébration de Dieu. Au cours des XVIIe et XVIIIe siècles se construit l’idée d’un monde sans limite que décrivent très bien les atlas de l’époque. A cela s’ajoute l’imaginaire d’une profusion du vivant. Les premiers explorateurs des États-Unis, décrivent des hordes de bisons de plusieurs kilomètres, des nuées d’oiseaux qui « obscurcissent le ciel ». Le monde semble s’offrir aux Occidentaux qui vont pouvoir l’exploiter autant qu’ils le veulent, car ils disposent – et c’est nouveau aussi – des techniques et de la connaissance scientifique pour le faire. L’économiste français Jean-Baptiste Say écrit, en 1803, dans son Traité d’économie politique que « les ressources naturelles sont inépuisables, car sans cela nous ne les obtiendrions pas gratuitement ». Naît aussi l’idée que de toute façon, si elles viennent à s’épuiser ici, on ira les chercher ailleurs.

Dans une logique d’abondance, la sobriété peut être perçue comme une forme de renoncement à la liberté individuelle. La liberté de l’individu se définit aujourd’hui par sa capacité à déterminer ses propres choix et à les réaliser. Pour y parvenir, la démocratie va construire une extension constante des droits – droit de propriété, droits politiques, sociaux et économiques – et une infinité de choix possibles pour les satisfaire. Ce modèle politique développe à son tour un imaginaire d’une société sans limite ; il se constitue « hors sol ». L’utilisation intensive des ressources fossiles permet le développement des régimes démocratiques au prix d’une externalisation des contraintes environnementales. Il n’est pas facile d’admettre que la multiplicité des possibilités qui nous ont été offertes jusqu’à maintenant est source de guerres et de catastrophes liées au changement climatique. Si le modèle a fonctionné, surtout pour une partie des habitants de la planète, il se heurte aujourd’hui aux limites planétaires. La démocratie n’est pas seulement le régime politique qui donne des droits, c’est aussi celui qui organise la façon dont les citoyens s’imposent des normes communes. Organiser démocratiquement la sobriété dans un monde fini, c’est négocier collectivement ce qui est nécessaire pour que chacun ait accès à des conditions de vie décentes et définir ensemble des priorités : va-t-on utiliser l’énergie dont nous disposons pour satisfaire le confort de quelques-uns – c’est le cas de la vitesse automobile, par exemple – ou pour ce qui relève du commun ?

La sobriété n’a de sens que si elle est portée par la collectivité. La revue scientifique The Lancet a publié un rapport sur les conséquences d’une baisse des approvisionnements en pétrole sur les soins dans les hôpitaux : il conclut à un inévitable rationnement des soins, car les systèmes de santé dépendent étroitement des ressources énergétiques. Prioriser l’accès aux soins nécessite une définition compatible avec la pression démographique, la raréfaction des ressources et le dérèglement climatique. Elle a besoin de mécanismes décidés démocratiquement.

Pour une sobriété partagée. Faire peser des politiques d’économie d’énergie sur les catégories sociales qui sont déjà en situation de sobriété contrainte sur le plan de la mobilité, de la consommation ou de l’énergie n’est pas tenable. A l’inverse, l’idée, largement partagée dans la classe politique, que la productivité pourrait résoudre les inégalités sociales est un leurre, car elle se heurte aux limites planétaires. Maintenir l’idée d’un « rattrapage pour tous » grâce à la relance, c’est faire de fausses promesses qu’on ne pourra pas tenir durablement, parce que le stock de ressources est fini. Et c’est encore plus vrai si on raisonne à l’échelle de la planète. Il y a plutôt un travail de péréquation à établir pour accéder à un bien-être équitablement partagé. La carte carbone ?

Lire, Neutralité carbone, l’exigence de la sobriété

Quelques réactions d’Internautes :

Sardine : Et si nous parlions plutôt d’économie ? Économie dans le sens d’épargne. Nous devons être économe de nos ressources, ce qui veut dire en faire usage à bon escient et ne pas les gaspiller.

Patrick Vaillant : « Notre monde est clos et le désir est infini ». C’est le titre d’un essai de Daniel Cohen, l’économiste. Ce raccourci lumineux permet de comprendre pourquoi un programme politique basé sur une sobriété rationnelle a peu de chance d’être mis en œuvre. Certaines réactions des commentateurs sont éclairantes tant elles traduisent ce qui se passe quand la raison (ou la science, par exemple) vient faire obstacle au désir : l’irruption de la frustration, une frustration archaïque empreinte de colère et potentiellement violente, une frustration qui rend impossible tout échange, toute discussion. Il n’y a hélas pas de réponse possible à la frustration, même si la réalité vient peser de tout son poids catastrophique. Le frustré est en mesure de s’inventer une légende (à l’instar du trumpien avec ses « faits alternatifs ») au moment même où le Titanic est en train de sombrer. Tout ceci n’augure rien de bon pour la suite, n’est-ce pas ?

Elis : La sobriété c’est frustrant ! C’est sûr. Sauf si on s’élève un peu pour réfléchir à sa nécessité. Les personnes qui ont des enfants souhaitent elles des malheurs climatiques, avec des famines ou des guerres.. à leur progéniture ? Si mon voisin gaspille et consomme plus plus, est-ce une raison pour continuer à faire comme lui ? Drogués à la consommation, il nous est nécessaire de faire face au manque. Ce vide sera forcément créateur même s’il est d’abord angoissant. La sobriété n’est pas la pauvreté ou l’ennui, c’est une recherche d’autres activités à faire ensemble, à créer.

Richard Nowak : Nous n’arrivons pas à introduire dans le débat la notion de répartition de l’effort pour répondre aux contraintes climatiques et leurs répercussions sur le corps social directement ou sur l’environnement plus globalement. DONC les 1 % qui produisent 90 % des GES ont à produire 90 % des efforts s’ils veulent conserver leurs positions actuelles. Personne pour le moment, parmi les candidats ose aborder la seule question qui nous intéresse.

fchloe : Nombreux sont encore ceux qui n’ont rien compris ou ne veulent pas comprendre. Quotas d’essence et de gaz pour chaque citoyen, carte carbone. Riche ou pauvre. C’est pas compliqué à comprendre et ça s’appelle sobriété partagée.

Lire, En marche… vers la sobriété partagée

Le pouvoir d’achat ne se décrète pas

Au-delà des contraintes écologiques qui rendent absurdes les revendications d’une hausse globale du pouvoir d’achat, des considérations spécifiquement économiques expliquent que défendre le pouvoir d’achat n’est pas le rôle d’un présidentiable. De telles propositions sont soit irréalistes, soit un jeu de dupes.

Stéphane Lauer : « Les électeurs devraient prendre conscience que la capacité d’un président de la République à améliorer le pouvoir d’achat reste limitée car le pouvoir d’achat ne se décrète pas. Les programmes se divisent en deux catégories. La gauche opte pour une hausse spectaculaire du salaire minimum. La droite pour une réduction des charges sociales. Concernant la première option, notons d’abord que la France est l’un des pays où le salaire minimum corrigé des différences de niveau des prix et de durée du travail est le plus élevé. Ensuite, le groupe d’experts sur le Smic rappelle qu’une « hausse des salaires supérieure aux gains de productivité accroît les coûts de production des entreprises, qui doivent réduire l’emploi, ou augmenter leurs prix de vente et, partant, perdre en compétitivité-prix, ou encore réduire leurs marges, ce qui pénalise leur capacité à investir. »A cela s’ajoute un phénomène d’écrasement de la hiérarchie des salaires au détriment des emplois plus qualifiés. Pour rappel, la France fait partie des nations dans lesquelles l’écart entre le salaire minimum et le salaire médian est le plus faible. L’autre option consiste à supprimer une partie des cotisations sociales pour augmenter le salaire net. Valérie Pécresse veut, par exemple, baisser les cotisations vieillesse de 2,4 % pour augmenter les salaires nets de 3 %. Comme il n’est pas question que ces largesses se fassent au détriment des prestations sociales, l’État doit, pour compenser le manque à gagner, puiser dans ses recettes fiscales. Cela revient à résoudre un problème de pouvoir d’achat à court terme par un creusement à long terme du déficit de l’Etat. Jouer sur les cotisations finit par fragiliser le financement de notre système de protection sociale, qui – on l’oublie trop souvent – est aussi constitutif du pouvoir d’achat. »

Le pouvoir d’achat découle du progrès technique, de l’élévation des compétences et de l’augmentation du taux d’activité de la population. En clair, il faut faire travailler d’avantage les machines… ou travailler plus pour gagner plus ! Il n’y a pas de miracle en matière de pouvoir de consommer. Quelques remarques supplémentaires :

gnocch : Donc les électeurs attendent la Lune. Procédure: 1) Se plaindre, 2) Réclamer aux politiques.

Philb : Il faut penser au gâteau global : si des personnes arrivent à se gaver hors proportion de ce qu’ils apportent à la production, c’est tout le monde qui en pâtit. J’ai eu la chance d’avoir Raymond Barre en cours d’économie ( et oui ça ne me rajeunit pas) qui disait à ces étudiants que si on ne fabriquait qu’un bol de riz par Français, les salariés n’achèteraient que des bols de riz.

Isaphan : Je vais vous parler de 1968 où le patronat avait rué dans les brancards disant qu’une augmentation du Smig de 30% allait mettre l’économie de la France par terre.
Et bien il furent augmenté de 35 % grâce aux accords de Grenelle. Et sans effondrement économique.

Francois.31 : Ispahan, on peut aussi citer 1981: une hausse des salaires qui entraîné une forte consommation, mais consommation de biens étrangers qui entraîne un déficit commercial, une dégradation de l’économie française et plusieurs dévaluations de notre monnaie : le franc à l’époque. En 1968 nous n’étions pas encore dans une économie mondialisée. L’analyse de Stephane Lauer est donc correcte.

Philip69 : Toute hausse des salaires dans une économie qui a affaibli son appareil productif par une politique de la demande ayant dégradé sa compétitivité subventionne en fait les importations à court terme. De plus cela nuit encore davantage à moyen terme à la compétitivité des entreprises françaises, ce qui entraîne moins d’investissements et de gains de productivité, moins de rentabilité, donc moins d’emplois et moins de salaires élevés. Cela fait 40 ans que la France, tous gouvernements confondus (mais à un degré supérieur pour a gauche) pratiquent cette politique de la demande. Pure démagogie, qui tire inéluctablement notre économie vers le déclin : faillites, délocalisations, 55 % des emplois industriels perdus en 20 ans, le PIB/habitant passé du 11e rang mondial au 29e dans le laps de temps… Et certains (presque tous les présidentiables en fait) voudraient que l’on continue dans cette voie !!

Lire, 2022, l’obsession morbide du pouvoir d’achat

Sobriété, l’antithèse du pouvoir d’achat

Comme les personnes disent ce que tout le monde dit, on peut en arriver à se tromper lourdement au niveau d’une collectivité. Quand le sens commun dérape par rapport aux réalités biophysiques, cela prend même une dimension mortifère. Par exemple, tous les présidentiables pour le 10 avril 2022 estiment qu’il faut augmenter le Smic et préserver le niveau de vie. Ils n’ont donc pas conscience du devenir qu’on commence scientifiquement à envisager : une crise économique structurelle par manque de combustibles fossiles. Aux conséquences de cette descente énergétique, il faut ajouter les effets du réchauffement climatique, le stress hydrique, la chute de la biodiversité, etc. Le maître-mot pour cette année 2022 devrait donc être « sobriété », certainement pas « pouvoir d’achat ».

Lire, Neutralité carbone, l’exigence de la sobriété

Pourtant aujourd’hui on raisonne encore par rapport à des dépenses qu’on appelle « contraintes ». Elle auraient un caractère obligatoire du fait de la loi (impôt, assurance…) et de la signature de contrats (loyer, abonnement téléphonique, factures d’eau, services financiers…). Mais elles ne sont pas pré-engagées pour des raisons de dépenses absolument incontournables, elles restent conformes à ce qu’on estime être le mode de vie nécessaire. En 2021, les ménages français (couple avec deux enfants) ont dépensé en moyenne 1055 € par mois, il faudra vivre prochainement avec beaucoup moins. Lcoût du logement, c’est environ 662 € (loyer, électricité, chauffage… . Mais chaque Français dispose en moyenne pour se loger de plus de 45 m2, en 2015 dans une maison (contre 23 m2 en 1970). Selon les commissions d’attribution locative, on pourrait prendre pour norme de surfaces habitables, 9 m2 pour 1 personne, 16 m2 pour 2 personnes puis 9 m2 par personne supplémentaire. En 1968, un logement sur dix était encore dépourvu d’eau courante et plus de la moitié n’avaient pas de salle de bain. Le transport revient à 218 € par mois, dont le remboursement du crédit automobile, 186 € en moyenne. Mais nous devrions savoir que l’ère de l’Homo automobilis se termine. Les frais de communication (téléphonie, internet, abonnements numériques) comptent pour 80 € en moyenne. Les dépenses de télécommunications étaient quasi inexistantes dans les années 1960. On se souvient de l’article-portrait d’un couple de Gilets jaunes pour lequel les fringues de marques faisaient évidemment partie de l’incontournable.

Lire, Dépenses contraintes, reste-à-vivre et minimum vital

Pour un écologiste, le grand débat national pour la présidentielle 2022 aurait du se pencher non sur le montant du salaire minimum, mais sur une définition du minimum vital, préalable à la dynamique d’une sobriété partagée. Cette problématique est complexe, nous ne sommes plus aux temps de Vauban pour qui le Minimum vital pour une famille ouvrière française en 1707 était le seuil au-dessous duquel la survie n’est plus possible. La ration correspondait à quelques 1500 calories, mélange de blé et d’autres céréales appelé méteil dont la part dans le budget total était presque de 70 %. Aujourd’hui le minimum vital regroupe la voiture, les vacances, les abonnements d’électricité et de gaz, l’accès aux services publics, etc. Or la manière dont personnellement nous consommons par notre mode de vie des carburants fossiles a des répercussions tant sur la vie des autres personnes que sur celle des non-humains et des générations futures, ce qu’on appelle les acteurs absents.

La loi d’Engel, définie en 1857 par le statisticien allemand Ernst Engel, énonce qu’au fur et à mesure que le revenu augmente, la part des dépenses alimentaires dans le budget total des ménages diminue. Au sortir de cette période de croissance économique insatiable, il va y avoir inversion : la part des dépenses de première nécessité, c’est-à- dire principalement alimentaires, va s’accroître. Cela veut dire aussi qu’il va falloir sabrer dans les dépenses superflues, moins de déplacement en voiture, moins de loisirs, moins de télécommunications, moins de tenues vestimentaires, moins de quads et de hors-bord, moins de résidences secondaires, etc. Une telle analyse n’est pas indécente et encore moins ignoble, elle est tout simplement incontournable dans une société contrainte par les ressources naturelles. Il va falloir apprendre à trier entre besoins essentiels et besoins superflus, et cela ne va pas être facile. Ne pas se préparer politiquement à cette société de pénuries à venir, c’est aller vers un monde d’affrontements qui iront bien au-delà de l’occupation de quelques carrefours par quelques Gilets jaunes. Cela veut dire que les CRS en France interviendront lourdement, il y aura beaucoup de manifestations, mais il y aura aussi de plus en plus de morts. Sans une volonté collective d’aller vers la sobriété, il n’y aura pas de société pacifiée. Limiter l’expansion indéfinie de nos désirs de consommer, c’est la seule voie réaliste vers une société d’abondance frugale.

Lire, Nicolas Hulot, SOBRIÉTÉ et SIMPLICITÉ

NB : Article précédemment par sur le site des JNE, Journalistes-écrivains pour la nature et l’écologie

https://jne-asso.org/2022/02/21/sobriete-lantithese-du-pouvoir-dachat-par-michel-sourrouille/

Réveillon du Nouvel An dans la sobriété

Difficile de trouver des appels à la sobriété pour célébrer le Nouvel An, même si sur ce blog biosphere nous n’hésitons pas à mettre les pieds dans les grands plats.

À lire, 31 décembre 2020, les réveillons au pilori

En cette fin 2021, nous n’avons toujours pas trouvé d’appel public à la sobriété, un angle mort de la société de consommation. Au milieu des annonces de confinement forcé face au variant Omicron, plus de 100 000 contaminations par jour, il nous faudrait quand même faire la fête. Alors il faut faire appel à la fiction pour mieux résumer ce qui nous attend prochainement et dont nous avons aujourd’hui un avant-goût, virus, changement climatique, démographie en berne :

En ce jour de réveillon en 2050, Léa est bien seule, il ne lui reste plus qu’un dernier descendant. Ses deux autres petits-enfants sont décédés il y a trois ans, ils ont succombé à l’une de ces nouvelles maladies à côté desquelles l’épidémie de grippe aviaire, qui avait frappé la France en 2010, n’avait été qu’une discrète entrée en matière. Ils avaient été victimes d’un virus apparu en Sibérie du Nord, là où le permafrost a cédé la place à des marais à partir de l’année 2025. Léa confectionne un repas 100 % local, ce qui réduit considérablement la variété des mets possibles. Elle se souvient comme d’un rêve des papayes que ses parents lui achetaient à la fin du XXe siècle, sans se soucier du fait qu’il avait fallu dépenser pour cela plusieurs litres de pétrole. De toute façon elle a renoncé depuis longtemps à l’idée d’acheter une automobile ; en 2035, l’Union européenne avait réservé l’usage des biocarburants aux véhicules utilitaires. Même l’utilisation du charbon liquéfié a été proscrite car les sols et surtout les océans qui séquestraient le carbone depuis toujours, ne jouaient plus leur rôle, renforçant ainsi très brutalement l’effet de serre anthropique et les dérèglements du climat. Cet été, Léa avait appris par une amie que le thermomètre était monté jusqu’à 45°C à Caen. Maintenant des millions de personnes sont au chômage. Le gouvernement français vient d’interdire toute manifestation et même les rassemblements de protestation. Le ministre de l’Intérieur vient de prendre un de ces décrets maudits, c’est l’armée qui réprimera d’éventuels troubles de l’ordre public…

à lire, Neutralité carbone, l’exigence de la sobriété

La Biosphère vous souhaite une sobriété heureuse et partagée en 2022