simplicité volontaire

Tout savoir sur la sobriété démographique

Compte-rendu d’une récente table ronde qui a réuni Michel Sourrouille, Laure Noualhat, Gilles Pison, Hélène Soubelet et Emmanuel Pont.

La totalité de cette conférence-débat (2 heures) est sur youtube grâce aux JNE

https://www.youtube.com/watch?v=24cyH_hEhdw

Voici le script de l’intervention de Michel Sourrouille.

Table ronde du 12 janvier 2023 à l’Académie du climat (Paris) organisée par l’association des Journalistes-écrivains pour la nature et l’écologie (JNE) :

 Sobriété : et si on parlait de démographie ?

L’animatrice des JNE, Carine Mayo, avait structuré le débat autour de trois questions, chacun des 5 intervenants ayant la parole cinq minutes à chaque fois.

1) Y a-t-il trop d’humains sur terre ?

Je suis né en novembre 1947, nous étions 2,3 milliards. Le 15 novembre 2022, nous sommes passé à 8 milliards. Sur 75 ans, cela correspond à un accroissement annuel de 76 millions d’êtres humains. Je ne prêtais aucune attention à cette évolution démographique, vivant ma vie à mon échelle. Naître dans un monde surpeuplé, c’est s’y habituer.

Mais, faisant des études de sciences économiques et devenant militant, j’ai été amené à m’intéresser à la problématique démographique dans les années 1970. J’ai vécu les débuts de l’écologie politique et étudié 4 évènements consacrés à la question démographique. D’abord la Bombe « P » de Paul Ehrlich publié en 1971 en France. Il y avait explosion de la Population et on devait réagir. L’année suivant le rapport sur les limites de la croissance a fait grand bruit. L’évolution exponentielle de cinq variables en interactions (population, alimentation, industrie, pollution et ressources non renouvelables) faisait prévoir un effondrement socio-économique au cours du XXIe siècle si on n’allait pas vers la croissance zéro. Conscientisé par ces connaissances, j’ai voté pour la première fois de ma vie à la présidentielle de 1974. Le candidat et agronome de renom René Dumont présentait un programme écologiste d’avenir et un projet de réduction de la natalité. La préoccupation démographique avait acquis une telle importance à l’époque que s’est tenu la première Conférence internationale sur la population à Bucarest. Nous étions déjà 4 milliards.

J’avais définitivement intégré l’idée de la surpopulation humaine. Car avec 8 milliards aujourd’hui, le poids du nombre ne pouvait être allégé. Tous les indicateurs sont au rouge, les scientifiques le constatent : réchauffement climatique, 6e extinction des espèces, pic des combustibles fossiles et pic des métaux, etc. L’équation IPAT montre qu’il ne va pas être facile de revenir à une situation d’équilibre. L’impact environnemental, noté I, est le produit de trois facteurs : la taille de la Population (P), les consommations de biens et de services (A pour « Affluence » en anglais) et les Technologies utilisées pour la production des biens (T). Si l’on regarde ce qui se passe réellement, on constate que le taux annuel de la croissance de la population mondiale est de 1 % et le taux de croissance du PIB en moyenne de 3 %. Considérons pour simplifier que T est égal à 1, alors l’impact environnemental augmente de 4 %  environ. Or il faudrait pour résoudre uniquement le problème du réchauffement climatique diviser par 4 ou 5 nos émissions de gaz à effet de serre. Toute croissance, économique ou démographique est incompatible avec cet objectif.

Il est donc nécessaire d’opter pour la sobriété démographique, ce qui n’empêche pas de promouvoir aussi la sobriété dans le mode de vie.

2) Opter pour une sobriété en matière de démographie, est-ce un bon moyen de réduire notre empreinte écologique ?

Jusqu’à récemment, faute de mieux j’utilisais le mot « décroissance ». Or l’idée de « sobriété » s’impose aujourd’hui aux esprits. Décroissance est de l’ordre du quantitatif et du fatalisme, sobriété correspond mieux à une valeur, c’est l’expression d’un volontarisme. Par exemple l’association France-Nature-Environnement nous souhaite pour 2023 une année « sobre et heureuse ». Mais elle rajoute que c’est nécessaire pour éviter une sobriété « contrainte ». Je développerai cet aspect en 3ème partie. Il existe différentes sobriétés, énergétique, alimentaire, partagée…, on peut aussi parler de sobriété démographique. Cette attitude est déjà présente dans « Essai sur le principe de population » de Thomas Robert MALTHUS,  dont la première ébauche date de 1798.

Malthusien est devenu un terme de notre dictionnaire. Il est préférable de se dire malthusien (des naissances d’accord, mais en fonction des possibilités du milieu environnant), plutôt qu’antinataliste, opposé en toutes circonstances à la natalité. Le terme Malthusien est explicatif, le mot antinataliste en reste au quantitatif. La loi de Malthus est incontournable. La fécondité humaine a une tendance naturelle à suivre une évolution exponentielle, un doublement tous les 25 ans en moyenne (1, 2, 4, 8, 16…). La production agricole, soumise à la loi des rendements décroissants, ne peut au mieux que suivre une évolution linéaire (1, 2, 3, 4, 5…). En conséquence il y a un décalage croissant qui implique qu’on ne peut se contenter d’améliorer la productivité agricole si on ne maîtrise pas en même temps l’expansion démographique.

Malthus peut donc être considéré comme un précurseur de l’écologie en tant que recherche de l’équilibre entre l’humain et son milieu de vie. En termes contemporains, un système socio-économique doit rester compatible avec les possibilités de notre écosystème, la Terre. En 1970 la situation était en équilibre mais les spécialistes s’inquiétaient déjà à l’époque de la surpopulation. Or, selon le calcul de l’empreinte écologique, en 2023 il nous faudrait 1,75 Terre pour régénérer ce que l’humanité consomme en termes de surface. On est en train de dilapider le capital terrestre au lieu de vivre de ses fruits. Le « Jour du dépassement » a eu lieu au niveau mondial le 28 juillet 2022. Si l’ensemble de l’humanité vivait comme des Français, il faudrait même 2,9 planètes, ce qui est impossible ; notre niveau de vie n’est pas généralisable. Il y a une finitude de notre planète dont il faudrait bien prendre acte politiquement. Notez que cet indicateur est très anthropo-centré, on part du principe que les biocapacités sont entièrement dédiées à la seule survie des humains sans considération de la biodiversité.

En conséquence, il nous faut collectivement devenir à la fois écologiste ET malthusien pour essayer de préserver le sort des générations futures, il nous faut agir.

3) Une politique en faveur de la baisse de la démographie est-elle réalisable et souhaitable ?

Une politique malthusienne de maîtrise de la fécondité est plus que souhaitable, c’est absolument nécessaire, on ne peut y échapper. Malthus indiquait clairement ce qu’il fallait penser des solutions à la surpopulation : « Si on n’applique pas des obstacles préventifs à l’exubérance de la fécondité humaine, alors des obstacles destructifs (guerres, famines, épidémies…) provoqueront l’effondrement. » En d’autres termes, si on ne diminue pas volontairement la population humaine, elle sera de toute façon réduite de façon radicale et forcée puisqu’on aura laissé libre cours à la violence de la nature et des humains…

Le rapport de 1972 sur les limites de la croissance indiquait que face à une évolution exponentielle de la population, il n’y a que deux façons de rétablir l’équilibre : ou abaisser le taux de natalité, ou il faudra bien que le taux de mortalité augmente à nouveau. Toute société qui tient à éviter un accroissement brutal de ce taux de mortalité doit prendre des mesures délibérées pour contrôler le fonctionnement de la boucle positive : réduire le taux de natalité : «  En d’autres termes, nous demandons que le nombre de bébés à naître au cours d’une année donnée ne soit pas supérieur au nombre de morts prévisibles la même année. » On envisageait donc une croissance zéro de la population alors que la population comptait 4 milliards d’humains. Avec le double aujourd’hui, il nous faut en toute logique mettre en œuvre une diminution.

Une politique en faveur de la baisse de la démographie est réalisable, mais plus on attend, plus il sera difficile d’agir. Il y a inertie de la croissance économique comme de la croissance démographique, ralentir la course à l’abîme aurait du être initié dès les années 1970. Il faut donc considérer un engagement  très volontariste, à la fois individuel, politique et associatif. Personnellement j’ai fait un choix éclairé de fécondité en acceptant un avortement en 1973 (avant la loi sur l’IVG) et en n’ayant qu’un seul enfant biologique. D’autres vont plus loin en restant sans enfant après une contraception définitive pour des raisons particulières ou de plus en plus écologiques. Une politique démographique repose avant tout sur le libre choix (pro-choice) des femmes et des couples. Une naissance doit être désirée. 50 % des grossesses ne sont pas planifiées soit près de 121 millions de femmes. En définitive 60 % de ces grossesses non intentionnelles aboutissent à un avortement, soit au total 30 % de l’ensemble des grossesses.

Pour que la décision de procréation soit exercée en toute connaissance de cause, l’État doit assumer son rôle éducateur. Au sortir des écoles, un jeune citoyen ne doit plus ignorer aucun des aspects de la question démographique, vie sexuelle, égalité de sexes, méthodes de contraception, relation entre population et alimentation, capacité de charge d’un territoire, etc. La politique fiscale en matière d’allocations familiales doit être repensée. N’oublions pas que la France a été anti-malthusienne depuis les lois de 1920 réprimant contraception et avortement. On est allé jusqu’à prévoir la peine de mort pour quiconque contribue à un avortement, une femme et un homme ont été exécuté pendant la seconde guerre mondiale. L’INED (Institut national d’études démographiques) avait lors de sa création en 1945 un objectif nataliste. L’avortement a été interdit jusqu’en 1974, la propagande antinataliste a été interdite jusqu’en 1992. On met en épingle l’Inde et les avortements fortement « conseillés » par le gouvernement d’Indira Gandhi. Mais aujourd’hui 37,9 % des femmes mariées et en âge de procréer ont volontairement choisie la stérilisation. Soyons réalistes, pas dogmatiques ni autoritaires.

Entre l’individu et l’État, il y a l’action des associations. En août 2021 a été crée une « Alliance Européenne pour une Population Soutenable » regroupant différents mouvements abordant le thème de la surpopulation. On constate aujourd’hui que seule en France « Démographie Responsable » a pour objet d’œuvrer pour la stabilisation de la population humaine et sa diminution sur le long terme. Les Amis de la Terre avaient traduit et publié « la bombe P » en 1971, ils ont oublié cette origine. Greenpeace fait une fiche sur la surpopulation, il traite les malthusiens de « racistes » !

A cette table ronde du 12 janvier 2023, sur 5 intervenants je suis le seul à constater le poids du nombre et la nécessité d’agir. Mais si on ignore les contraintes biophysiques, cela ne peut que nous conduire au désastre.

Pour agir avec l’association Démographie responsable

https://www.demographie-responsable.org/

Pour en savoir plus

un livre de Michel Sourrouille

Alerte surpopulation – Le combat de Démographie Responsable

à acheter auprès de son libraire de proximité,

ou à commander à la FNAC

https://livre.fnac.com/a17437174/Michel-Sourrouille-Alerte-surpopulation

Nos vœux de sobriété démographique en 2023

aux citoyens concernés par la question écologique, c’est-à-dire tout le monde.

Si l’expression « sobriété démographique » se popularisait en 2023, ce serait un plus pour la planète. En tant que citoyen, vous pouvez contribuer à cette évolution par votre action en matière de fécondité.

Une conférence-débat est consacrée à cette thématique le jeudi 12 janvier 2023 à Paris.

Sobriété: et si l’on parlait de démographie ?

Organisé par les Journalistes-écrivains pour la nature et l’écologie (JNE)

Où ? À l’Académie du Climat, 2 place Baudoyer, Paris 4e – salle Pépinière (Rez-de-Chaussée)

Tout public, de 19h à 21h

présentation : Nous venons de passer le cap des 8 milliards d’humains sur Terre. Quels sont les impacts de la démographie sur le climat, la biodiversité et les limites planétaires? Peut-on parler de surpopulation? Faut-il arrêter de faire des enfants pour répondre à l’urgence écologique? Au carrefour de l’intime et des politiques publiques, cette table-ronde fera un tour d’horizon des enjeux liés à la démographie et à l’écologie.

Intervenants

Michel Sourrouille, auteur de Alerte surpopulation. Le combat de Démographie responsable (Edilivre)

Laure Noualhat, autrice de Comment rester écolo sans finir dépressif (Tana) et de l’enquête Trop d’humains sur Terre? Le défi du siècle sur Reporterre.fr

Emmanuel Pont, auteur de Faut-il arrêter de faire des enfants pour sauver la planète? (Payot)

Gilles Pison, professeur émérite au Muséum national d’histoire naturelle, conseiller de la direction de l’Institut national d’études démographiques, auteur de l’Atlas de la population mondiale(Autrement)

Hélène Soubelet, directrice de la Fondation pour la recherche sur la biodiversité (FRB), coordinatrice d’une publication consacrée aux liens entre démographie et érosion de la biodiversité.

Débat animé par Antoine Bonfils, président des JNE et Carine Mayo, secrétaire générale des JNE.

pour en savoir plus

Alerte surpopulation

Le combat de Démographie Responsable

à acheter auprès de ton libraire de proximité ou

https://livre.fnac.com/a17437174/Michel-Sourrouille-Alerte-surpopulation

CLIMAT, supprimons totalement la publicité

Les quelque 34 milliards d’euros de dépenses annuelles en publicité et marketing promotionnel – un montant comparable à l’effort des entreprises françaises en matière de recherche et développement – continuent de doper des modèles économiques fondés sur la surconsommation et incompatibles avec les limites planétaires.

Lire, Publicité, une agression caractérisée

Mathilde Dupré et Renaud Fossard : En 2022, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) a souligné le caractère incontournable de la sobriété dans la lutte contre le dérèglement climatique, évoquant aussi la « régulation de la publicité » comme un des outils appropriés pour promouvoir des modes de consommation plus sobres. Au cours des trente dernières années en France, les dépenses de publicité et marketing ont conduit à une augmentation cumulée de la consommation des ménages de 5,3 %, et à un renforcement du poids de la consommation au sein du produit intérieur brut. En cause, la forte pression publicitaire, qui conduit les individus à se sentir frustrés de leur niveau présent de consommation et à renouveler toujours plus rapidement des produits qui fonctionnent encore. Ce qu’on appelle l’« obsolescence marketing ». Or la consommation des ménages constitue une source importante des émissions de gaz à effet de serre. La publicité a donc un impact écologique qui est d’autant plus fort que les dépenses en la matière se concentrent massivement sur une poignée de produits et de services polluants, tels que la voiture individuelle (en particulier les SUV), le fast-food ou encore les sodas (deux types de nourriture qui, outre l’accumulation de déchets, plastiques notamment, posent aussi des enjeux majeurs de santé publique). Que faire ?

Premièrement, pour prévenir efficacement les incitations à l’obsolescence marketing et le « greenwashing », il est temps de confier la régulation des contenus publicitaires à une autorité indépendante et non aux organismes contrôlés par la profession elle-même.

Deuxièmement, l’accès au marché publicitaire doit aussi être barré pour une poignée de produits qui sont particulièrement polluants ou néfastes pour la santé publique (voitures individuelles à moteur thermique, voyages en avion ou produits alimentaires de Nutriscore D ou E), à l’instar des règles qui existent dans de nombreux pays sur le tabac ou à Singapour pour les boissons sucrées.

Troisièmement, la lutte contre la surconsommation et l’obsolescence marketing suppose également d’agir sur le niveau général de pression publicitaire. Selon l’étude précitée, un triplement du (très faible) niveau actuel de taxation des dépenses publicitaires permettrait de les réduire de l’ordre de 14 %,

Le point de vue des écologistes

La première mesure que devrait promouvoir un politique responsable ? Pour l’envoi de toute publicité, recueillir le consentement préalable des individus. L’application d’une telle mesure remettrait la filière inversée à l’endroit ; ce n’est pas au consommateur de subir sans l’avoir demandé les annonceurs dans les rues, dans les journaux et sur les écrans. Sur les boîtes aux lettres, plus besoin de mettre STOP pub, aux addicts de mettre s’ils le souhaitent OUI pub. Les journaux devraient proposer un exemplaire au choix, avec pub ou sans pub, etc. Remettons l’information à sa place, personne ne devrait être obligé de payer une publicité pour les autres.

Un programme politique écologiquement cohérent devrait même annoncer la suppression totale de la publicité pour en revenir à la réalité de nos besoins. Dans un contexte où la publicité serait totalement absente, on retrouverait une certaine pertinence au prix à payer.

Lire, Tout savoir sur la publicité qui nous dévore

Décroissance… de l’espérance de vie ?

L’espérance de vie actuelle dans les pays riches a été rendu possible par la croissance économique. Devons-nous accepter de vivre moins longtemps pour sauvegarder les conditions d’existence de nos descendants ?

Lire, espérance de vie croissante, la grande illusion

Olivier Rey : Le fond de l’idéologie croissanciste, c’est le principe que plus est toujours mieux. Lorsque vous avez des oppositions à certaines technologies, vous faites témoigner des associations de malades et tout le monde y adhère. L’augmentation de l’espérance de vie est devenu l’argument ultime au service d’une idéologie de la croissance. Or la poursuite du mouvement technologique engendre aujourd’hui plus de maladies qu’il ne permet d’en soigner. Le stade de la contre-productivité est atteint. Cela signifie que sortir du croissancisme, c’est admettre que, le cas échéant, l’espérance de vie puisse être réduite. Or ce n‘est pas la durée comme telle qui est en cause, mais la durée « de quoi » qui est en question.

Corinne Lalo : Quant à l’espérance de vie en bonne santé, elle recule déjà. Notons que l’énergie n’a été qu’un facteur parmi d’autres de l’allongement de la vie. Le premier, c’’est l’hygiène, par exemple se laver les mains lors d’un accouchement a eu un impact très fort sur la mortalité infantile. La nourriture aussi a contribué à l’amélioration, et aussi les vaccins. Mais depuis l’après-guerre, nous avons produit tellement de produits chimiques que beaucoup de produits du quotidien sont devenus toxiques. De même la nourriture avec des aliments ultra-transformés nous empoisonne. Au moment d’un deuil, au lieu de vous dire que c’est normal d’être triste, on vous donne un antidépresseur.

Jacques Testart : Il importe de parler de « vie en bonne santé », car la prolongation acharnée des grabataires ou des zombies ne saurait être une victoire de l’humanisme. Est-il d’ailleurs certain que la décroissance diminuerait l’espérance de vie à la naissance ? Dans les pays pauvres, des mesures élémentaires comme la prévention et le traitement des maladies contagieuses, l’hygiène des maternités ou la suffisance alimentaire augmenterait l’espérance de vie sans que la croissance économique soit requise. La survalorisation du progrès médical a masqué les bénéfices de l’amélioration des conditions sociales. Même au XVe siècle, soit avant l’apparition d’une médecine compétente, la longévité moyenne de personnes célèbres et donc de milieu favorisé montrent une longévité moyenne de 65 à 70 ans. Aujourd’hui de pollution de l’air, de l’eau, de la nourriture montrent que la médecine court désormais après la santé, jusqu’à des thérapies géniques à plus d’un million d’euros, une solution intenable.

Source : La Décroissance n° 195, décembre 2022-janvier 2023

Lire, espérance de vie et équivalent pétrole

Le point de vue des écologistes

Comme les autres espèces, les humains sont programmés pour mourir, mais ils modifient leur environnement pour mieux résister au processus de dégradation des corps. Certains veulent même agir contre les processus de vieillissement, manipuler la télomérase, lutter contre les radicaux libres, encombrer les centres de soins palliatifs. Peine perdue, l’espérance de vie en bonne santé régresse. Soyons réalistes, il faudrait se demander si c’est bien vivre que de vivre tous centenaires, si c’est respecter les cycles vitaux que de s’attarder sur la planète et prendre ainsi un peu plus de l’espace vital tant d’autrui que de la biodiversité.

Il faudrait donc pouvoir déterminer le seuil à partir duquel une prise en charge thérapeutique devient inappropriée. On peut démontrer que la décroissance économique et démographique est inéluctable, mais il est très difficile de lister ce qui doit décroître et en quelle proportion. Se passer de certaines opérations chirurgicales, oublier la roulette du dentiste et les analgésiques, multiplier les médicaments de confort sans remboursement, arrêter le téléthon ? Le débat est ouvert…

La décroissance implique la sobriété partagée

L’écologie politique n’assume pas clairement la rupture avec le dogme de la croissance. C’est ce que regrette, dans une tribune au « Monde », la députée Delphine Batho de Génération écologie. De toute façon la décroissance ne relève pas d’un choix. Que ce soit de gré ou que ce soit sous la contrainte de la nature et de l’épuisement des ressources fossiles, la sobriété est déjà notre ligne d’horizon. Reste deux possibilités : soit on l’embrasse, soit on la repousse le plus tard possible… sachant que plus on attend plus ce sera brutal et douloureux.

Lire, Delphine Batho, un programme de décroissance

Delphine Batho : La jeunesse cherche une réponse radicale, au sens littéral du terme, c’est-à-dire qui s’attaque à la racine du fonctionnement de nos sociétés. La jeunesse coupe les amarres. Dans les grandes écoles et dans les universités, des jeunes refusent de devenir les futurs cadres de la destruction. A l’échelle mondiale, au collège, au lycée, ils ont fait grève pour le climat. Dans la rue, ils se collent à terre, dans les musées, sur le périphérique parisien, dans les stades, ils crient leur désespérance. Ils quittent leur boulot pour ne plus se sentir comme des souris dans une cage à faire tourner la grande roue de la consommation. La jeunesse devrait se tourner vers l’écologie politique, mais qu’entend-elle ? Une polyphonie chaotique où se mêlent simplisme de l’utopie à bon marché, pragmatisme du changement de chaudière, opinions à l’emporte-pièce sur tout un tas de sujets. Dans un mouvement paradoxal, plus le danger de l’extinction devient évident pour le plus grand nombre, plus le discours de l’écologie politique devient confus, immature, sans grille de lecture.

Les options du présidentiable Mélenchon, visant une augmentation du produit intérieur brut de 2 % par an, étaient contraires aux objectifs écologistes. Les mots d’ordre de hausse du pouvoir d’achat et de relance de la consommation se sont imposés au sein de la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes). Le cœur de cette crise de l’écologie politique est l’absence de rupture avec le dogme de la croissance économique. Là où la décroissance n’est pas assumée, les programmes paraissent interchangeables. Le moment est donc venu d’assumer la décroissance comme étendard de l’écologie.

Le point de vue des écologistes

Michel SOURROUILLE : Parler politiquement de décroissance permet de renverser la table des productivistes, pas de proposer un projet de société. Le mot sobriété est bien meilleur car il comporte non seulement l’aspect d’une maîtrise quantitative, mais aussi une dimension morale. Il s’agit de penser différemment par la modération contre la démesure, qui propose la satisfaction des besoins essentiels contre la surconsommation, le dévoiturage contre la sur-mobilité, la maîtrise de la fécondité contre la surpopulation. C’est une bonne chose que ce mot serve cette année 2022 d’élément de langage dans tous les domaine, sobriété énergétique, sobriété consumériste, sobriété foncière, sobriété démographique, sobriété partagée, etc. Même le gouvernement s’y met. Macron a prononcé le mot « sobriété » pour la première fois en février 2022 , le gouvernement a détaillé le 6 octobre son plan de sobriété énergétique. Contre l’ébriété, la sobriété !

Lire, Le gouvernement s’empare du mot « sobriété »

JVM : Pourquoi continuer à utiliser ce critère imbécile du PIB sur une planète aux ressources finies ? De Yvan Illich à Bruno Latour, en passant par Aldo Léopold et André Gorz, tout à été dit depuis longtemps déjà, hélas. Peut-être faudra-t-il encore quelques catastrophes (proches, n’est-ce pas, qui touchent nos pays riches et pollueurs) pour que les technocrates au pouvoir changent de « braquet »… et encore… Compte tenu de l’urgence, Delphine Bato propose l’exigence de la radicalité (qui nécessite probablement une réforme des institutions et une refonte du lien social à partir de l’intérêt général, des communs) , ce qu’ont compris de nombreux mouvements de jeunes. On est très loin de l’éthique de la bienveillance, du « care », qui participent à la dépolitisation du débat.

Don Sancho de la Mancha : La décroissance n’est pas un choix politique, elle vient du fait qu’en moins de 200 ans nous aurons utilise l’essentiel des ressources naturelles (fossiles, métaux, etc). Il va donc falloir gérer la pénurie, avec le choix entre la poursuite de la jungle actuelle ( des super-riches et de plus en plus de pauvres) ou un système plus juste.A court terme les choix qui sont faits ne vont pas dans cette direction, qui pourra se payer des voitures électriques ?

DomTom : Et oui la décroissance implique moins de consommation et une meilleur répartition des richesses….Si on ne s’engage pas vers la seule voix possible : la décroissance, on l’a subira avec son lot de tension géopolitique, de famine, d’effondrement économique…

Aloes : La sobriété est un mot pertinent car il permet d’ajuster en permanence le souhaitable et le possible.

Pour en savoir plus

Sobriété énergétique, l’affolement gagne

2027, Ministère de la Sobriété partagée

êtes-vous hydroresponsable ou coupable ?

De plus en plus de personnes commencent à ressentir la « honte de voler » en avion, flygskam en suédois, flight shame en anglais. Ce sentiment de culpabilité nous semble tout à fait normal rationnel, moralement nécessaire, et même inéluctable à l’heure de la fin du kérosène et du réchauffement climatique. Cette nouvelle tendance, changer de comportement, se généralise dans bien des domaines ; la chasse au gaspi se retrouve dans l’achat de vêtements (d’occasion), l’usage du vélo plutôt que la voiture, les consommations courantes et donc l’utilisation de l’eau.

Hydroresponsable pour ne pas pécher ! La culpabilité entraîne le sens de la responsabilité, et plus besoin de s’agenouiller dans un confessionnel.

Lire, Culpabilité écolo, un premier pas décisif

Guillemette Faure : Plus question de gaspiller les « eaux grises », les eaux sales. On garde un arrosoir dans la douche pour y mettre l’eau que l’on fait couler en attendant qu’elle soit chaude. Certains baissent presque la voix pour dire qu’ils ne tirent plus la chasse « à chaque pipi » ou qu’ils ne prennent plus de douche tous les jours. Certains trouvent dommage de chasser les excréments à l’eau potable, alors place aux toilettes sèches. « On est dans l’insouciance, et un jour on se réveille », résume Myriam Pied, spécialiste des plantes sauvages comestibles. Il n’y a pas de raison d’opposer les petites actions aux grandes, à en croire ceux qui nous ont raconté leur démarche pour réemployer les eaux usées. Parce qu’une fois qu’on commence à s’interroger, il y a toujours un après. Sur Facebook, un groupe « Récupération et utilisation eau de pluie » a été créé en septembre. Un mois plus tard, il comptait près de 100 000 membres s’échangeant leurs bons tuyaux…

Un échange instructif

ERoy : Sympathique article, drôle et plutôt positif. Obtenir l’adhésion à une démarche devrait sûrement se faire ainsi, avec le sourire. Là où brutalement je deviens méfiant, c’est vers la fin de l’article, lorsqu’il est dit : « Ceux qui font des petits gestes vont mettre la pression sur ceux qui doivent faire les grands ». Je n’ai pas envie de rire du tout lorsqu’on passe, mine de rien, d’un mécanisme d’adhésion à celui de coercition. C’est toujours avec la meilleure bonne volonté du monde qu’on a créé l’Inquisition et les tribunaux politiques. Dans tous les cas il fallait contraindre les mauvais (croyants, citoyens, soldats…).

Michel SOURROUILLE : Bonjour Eroy. Vous faites usage du « sophisme de la pente glissante », accuser une personne pleine de bonnes intentions et agissant pour le bien commun de vouloir en fait le règne des KHMERS VERTS et autres inquisiteurs. Mais le bon geste relève d’une autre stratégie, non coercitive : donner l’exemple pour que cela fasse boule de neige et entraîne de plus en plus de concitoyens à faire de même, une conduite vertueuse. Nous fonctionnons socialement en interaction spéculaire, nous faisons ce que les autres attendent de nous, et si cela va dans le sens d’écologiser les comportements de tout un chacun, on ne voit pas où est la mal !

Le point de vue des écologistes

Cet exemple particulier de l’utilisation économe de l’eau n’est qu’une illustration du mot qui va être intégré assez rapidement par toute la population, « sobriété » Voici quelques références sur ce blog biosphere.

Le gouvernement s’empare du mot « sobriété »

Sobriété énergétique, l’affolement gagne

La Sobriété, liberticide et punitive ????????????

La Sobriété face à la SURconsommation ?

2027, Ministère de la Sobriété partagée

Prenez l’escalier, mettez l’ascenseur en panne

Avec 100 millions de trajets quotidiens en France, les 630 000 ascenseurs sont le moyen de transport le plus utilisé dans le pays. Pourquoi ne pas adopter le réflexe-escalier et dépenser de l’énergie musculaire plutôt qu’électrique ?

Sandrine Cabut : Dans votre immeuble, savez-vous au moins où se trouvent la cage d’escalier ? En matière de santé, les atouts des escaliers sont incontestables. La montée régulière des marches est associée à une amoindrissement des facteurs de risque de maladies cardiovasculaires. Cela contribue aussi à augmenter la capacité physique. La descente de marches sollicite bien moins le cœur et le système respiratoire que l’ascension, mais c’est une activité pendant laquelle le muscle subit un étirement, qui est aussi un très bon exercice de renforcement musculaire. Quid des potentielles économies d’énergie ? En France, les ascenseurs représentent de 5 % à 8 % de la consommation des bâtiments, soit au total un milliard de kilowhattheures par an, l’équivalent de la consommation électrique d’une grande ville comme Nantes ou Bordeaux.

Le point de vue des écologistes

Le regretté Aguigui Mouna le proclamait: « énergie musculaire, énergie la moins chère ». Mais les gens deviennent de plus en plus fainéant et le gouvernement fait tout pour qu’il en soit ainsi. Les immeubles parisiens construits à la fin du 19è siècles avec typiquement 6 étages ne disposaient pas d’ascenseurs. Le décret du 11 avril 2019 met en œuvre l’abaissement de quatre à trois étages du seuil d’obligation d’installation d’un ascenseur… en clair deux étages sans ascenseur, et bientôt l’escalator pour monter au premier. On en arrive à une génération dont la condition physique est extrêmement dégradée… Si on y ajoute le surpoids et l’attrait des trottinettes électriques, nos jeunes se préparent des lendemains qui déchantent.

Je suis toujours à 75 ans un écolomaniak, obsédé par les économies d’électricité et ma forme physique. Je monte toujours les escaliers alors que l’escalator est à ma disposition. Je râle quand la porte du magasin s’ouvre automatiquement devant moi alors qu’il est si simple d’ouvrir soi-même une porte. Je suis ulcéré par le presse-citron électrique qui tourne l’orange à notre place et nous empêche d‘exercer notre poignet. Je regarde avec découragement l’empressement des convives autour des dosettes d’une machine à café à mille lieux électriques de la bouilloire antique, d’ailleurs je ne bois plus de café. Je suis effaré par l’inconscience d’une société qui s’acharne à nous faire passer au tout électrique, à la numérisation de la planète. Les grandes pannes d’électricité d’un avenir proche vont nous laisser désemparés… bientôt le retour à l’huile de coude et à la marche forcée !

L’exemplarité ne porte pas encore ses fruits. Dans les immeubles comme dans les grands magasins, seule une petite minorité privilégie l’escalier. Beaucoup de personnes valides habitant seulement au 1er ou 2e étage prennent l’ascenseur. Mais gardons à l’esprit les propos de Colin Beavan, dit No Impact Man : « On ne sait jamais d’où part une réaction en chaîne. Qui sait quelle influence chacun de nous est susceptible d’exercer sur les autres ? Au lieu de débattre stérilement de l’utilité de l’action individuelle contre l’action collective, pourquoi ne pas les promouvoir toutes deux sous une appellation globale telle que citoyenneté engagée ? Le système doit certes changer, mais n’oublions pas que le système n’est qu’un groupe d’individus, la somme de toutes nos actions individuelles d’actionnaires, de cadres, de concepteurs de produits, de clients, d’amis, de parents. Cessons d’attendre que le système change. L’action qui déclenche l’effet domino a besoin que chacun de nous se positionne dans la ligne pour que la réaction en chaîne se produise. »

Concluons avec Jacques ELLUL : S’il y a une chance que l’homme puisse sortir de l’étau idéologico-matériel, il faut avant tout se garder d’une erreur qui consisterait à croire que l’individu est libre. Si nous avons la certitude que l’homme est bien libre en dernière instance de choisir son destin, de choisir entre le bien et le mal, de  choisir entre les multiples possibles qu’offrent les milliers de gadgets techniques, si nous croyons qu’il est libre d’aller coloniser l’espace pour tout recommencer, si… si… si…, alors nous sommes réellement perdus car la seule voie qui laisse un étroit passage, c’est que l’homme ait encore un niveau de conscience suffisant pour reconnaître qu’il descend, depuis un siècle, de marche en marche l’escalier de l’absolue nécessité. C’est lorsqu’il reconnaît sa non-liberté qu’alors le citoyen atteste par là sa liberté ! Ce système techno-industriel ne cesse de grandir, mais il n’y a pas d’exemple jusqu’ici de croissance qui n’atteigne son point de rupture. Nous devons donc nous attendre, même sans guerre atomique ou sans crise exceptionnelle, à un énorme désordre mondial. Il faudrait que  ce soit le moins coûteux possible. Pour cela deux conditions : y être préparé en décelant les lignes de fracture, et découvrir que tout se jouera au niveau des qualités de l’individu. (Pessac, le 8 octobre 1986) »

La sobriété à la mode gouvernementale

Le plan du gouvernement pour passer l’hiver écarte toute idée de contrainte et donne la priorité à l’incitation et à la pédagogie. C’est comme la lutte contre le réchauffement climatique, on a fait appel depuis trente ans à la bonne volonté des États et les émissions de gaz à effet de serre continent de croître ! Voici les dernières informations sur la question sobriété.

Lire, Le gouvernement s’empare du mot « sobriété » (4 septembre 2022)

le plan du gouvernement : Le 6 octobre, 2022 le gouvernement a détaillé son plan de sobriété énergétique. Objectif ? Faire baisser en deux ans la consommation totale d’énergie de 10 % par rapport à celle de 2019. Une nécessité pour faire face à un risque inédit de pénuries d’électricité et de gaz au cours de l’hiver, lié à la crise énergétique provoquée par la guerre en Ukraine, mais aussi une première étape plus structurante pour atteindre l’objectif de 40 % d’économie, indispensable pour espérer parvenir à la neutralité carbone en 2050. Depuis septembre, l’exécutif s’est d’abord efforcé de faire prendre conscience à l’opinion de la gravité de la situation. Mais miser sur la bonne volonté des acteurs ne suffira pas à atteindre les objectifs. Baisser par exemple sa vitesse personnelle sur la route serait une bonne chose, mais cela ne donnerait des résultats qu’avec une mesure réglementaire concernant l’ensemble de la population. Pour arriver à la neutralité carbone en 2050, on estime qu’il faudra diviser par deux la consommation d’énergie. Et comme on consomme de l’énergie dans tous les domaines de l’activité humaine…

Le compteur Linky va-t-il nous couper l’eau chaude cet hiver ? Enedis a annoncé que les ballons électriques se seraient plus enclenchés à la mi-journée pour 4,3 millions de foyers. Le compteur Linky permet, entre autres, de piloter sans intervention humaine le déclenchement en heures creuses ou pleines, mais également de dissocier les chauffe-eau des autres usages. Autrement dit, il rend possible une mesure visant spécifiquement les chauffe-eau mais pas le reste des appareils.

Réduire la consommation d’énergie de 10 % d’ici à 2024, un objectif atteignable selon l’association négaWatt : Ses experts ont chiffré l’impact de cinquante mesures, essentiellement pour les bâtiments privés et publics, qui peuvent être mises en place rapidement, avoir un coût nul ou faible et être acceptables par chacun. L’association rappelle aussi que certaines mesures n’ayant qu’un gain énergétique limité, telles que l’extinction des panneaux publicitaires la nuit, sont malgré tout essentielles pour leur portée symbolique.

Les publicités lumineuses interdites entre 1 heure et 6 heures partout en France : La ministre de la transition énergétique, Agnès Pannier-Runacher, et publié jeudi 6 octobre au Journal officiel (JO), le décret prévoit d’harmoniser les règles existantes d’extinction des publicités lumineuses, qui différaient jusqu’à présent selon la taille de l’agglomération.

Lire, Sobriété énergétique, l’affolement gagne

Le point de vue des écologistes

La sobriété ne relève pas d’un choix. Que ce soit de gré ou que ce soit sous la contrainte de la nature et de l’épuisement des ressources fossiles, la sobriété est déjà notre ligne d’horizon. Reste deux possibilités : soit on l’embrasse soit on la repousse le plus tard possible… sachant que plus on attend plus ce sera brutal et douloureux. Nous avons l’occasion de rendre les choses un peu moins pénibles mais nous sommes humains et donc incapable de renoncer aux mirages de l’abondance à crédit. Le refus de promouvoir la sobriété vient du fait que 90 % des électeurs votent en France pour l’amélioration du pouvoir d’achat et pas pour des restrictions.

Une seule certitude : un jour plus ou moins proche nous pratiquerons, si tout se passe bien, la sobriété partagée. En finir avec les inégalités et la société de consommation ? Pour l’instant le gouvernement agit juste sur l’intensité de la gueule de bois.

Nous commençons juste à reconnaître que les ressources énergétiques de la planète sont limitées. Il faut donc diminuer le niveau de vie de la classe globale, encore faut-il penser au poids du nombre : donc « sobriété » drastique de la reproduction humaine.

Lire, Des classes sociales à la classe globale

Le terme « décroissance », un tabou politique

Depuis quelques semaines, dans les médias dominants, on ne parle que de sobriété. Pourtant il ne se passe pas une journée sans que l’on ne rejette la décroissance… Par exemple, fin août, la Première Ministre lors de son discours face au Medef :

« Contrairement à l’affirmation de certains, la décroissance n’est pas la solution. La décroissance attaquerait notre niveau de vie. Elle mettrait en péril le financement de notre modèle social.Elle braquerait nos concitoyens et nous empêcherait d’avancer. »

Voici en réponse notre « Projet de Décroissance », et d’abord quelques approches de la sobriété :

Sobriété, donc consommer moins d’énergie, veut dire moins de PIB : en effet si une entreprise réduit sa facture énergétique, une autre va en vendre moins, donc ses revenus vont baisser, donc ses achats et investissements vont baisser, donc d’autres entreprises vont en pâtir et ainsi de suite. Moins c’est moins, assez basique à comprendre. On ne peut pas faire plus d’omelettes en cassant moins d’œufs !

Sobriété en restant dans une société de croissance, donc sans croissance, ça s’appelle la récession et en général ça se passe mal. Tout notre système économique, de la création monétaire à l’emprunt, de l’investissement aux logiques de profits et d’intérêts et de dividendes est basé sur la logique de croissance : il faut faire tourner toujours plus tourner la machine à produire, échanger et consommer. Sans cela, une entreprise, petite ou transnationale, une municipalité ou un état, un fond de pension ou d’investissement se casse la figure.

Ainsi, si la nécessité de sobriété pour des raisons physiques (déplétion), écologiques (changement climatique, entre autres) et éthiques (arrêter de financer des régimes belliqueux et/ou autoritaire) est exacte, la question est comment ?

– soit sobriété dans une société de croissance, et là oui on a tout ce que la Première Ministre nous reproche…
– soit un projet de décroissance conviviale avec une refonte en profondeur de nos modèles économiques afin de sortir de la dépendance à la croissance, partage et solidarité. L’ enjeu n’est pas de faire la même chose avec moins, mais autrement en mieux.

Qu’est-ce que la décroissance ? En moins d’un an nous avons publié 3 excellents ouvrages sur le sujet :
Décroissance, collection Fake or Not, chez Tana Edition, par Vincent Liegey. Ce livre très pédagogique ouvert à tout public est excellente introduction à la décroissance avec plein d’infographies, de définitions et une approche globale enthousiasmante de ce que pourrait être un projet de décroissance conviviale.
Ce livre est un succès dans les librairies puisqu’il en est à sa troisième réimpression !

– La décroissance et ses déclinaisons, Editions Utopia, par nos ami.e.s de la Maison Commune. Ce livre très complet  se propose de cartographier les d’idées reçues, de clichés et de malentendus et d’y répondre. Dans un deuxième temps il propose seize déclinaisons permettant de mieux appréhender ce qu’est, et ce que n’est pas, la décroissance.

Ralentir ou Périr, L’économie de la décroissance, Edition du Seuil, par Timothée Parrique. Ce livre propose une critique économique de la décroissance pour sortir de l’économicisme ambiant.

Et aussi, pour aller plus loin, nous vous invitons à regarder la superbe enquête du low-tech Lab sur Cargonomia, coopérative de recherche et d’expérimentation sur la Décroissance à Budapest : https://lowtechlab.org/fr/actualites-blog/enquete-8-cargonomia

Et aussi la décroissance en podcast, dans Think Degrowth avec Vincent Liegey : https://podcast.ausha.co/think-degrowth/episode-7-la-croissance-infinie-est-une-fake-news-vincent-liegey

Enfin, on parle beaucoup d’énergie, de sobriété et d’économies afin de passer l’hiver, nous vous proposons un décryptage à travers un débat en vidéo organisé par Alter Kapitae autour de ces enjeux centraux avec Maxence Cordiez et Vincent Liegey : https://youtu.be/VVDCcW9olg0?t=276

www.Projet-Decroissance.net

Fin des inégalités, c’est bon pour le climat

Qu’on se le dise, toute inégalité de revenu ou le patrimoine résulte d’une expropriation par certains individus de la plus-value produite par autrui. Normalement un travailleur, qu’il soit simple manœuvre ou grand PDG, ne peut consacrer en une heure de travail plus de 60 minutes de labeur. Et d’ailleurs chaque personne a les mêmes besoin qu’autrui. On s’aperçoit aujourd’hui, avec les crises écologiques, que la distribution des richesses n’est pas seulement une exploitation de l’homme par l’homme, mais de plus en plus une détérioration forcenée de la planète par les plus riches.

Lire, explosion des inégalités, délires mégalomanes

Stéphane Foucart : Les inégalités sociales ne sont plus seulement définies par la distribution de la richesse dans la société, mais aussi par le pouvoir de destruction de l’environnement mécaniquement associé à cette richesse. Or il y a une grande différence entre ces deux façons d’envisager les inégalités socio-économiques. D’un côté, il n’existe aucune limite à la quantité de richesses distribuables ; de l’autre il n’existe qu’un stock limité de carbone à émettre pour éviter de détruire un bien commun, à savoir le climat terrestre. Alors que la fortune d’autrui est acceptable tant qu’elle n’est pas perçue comme le fruit d’une spoliation, elle ne l’est plus si elle permet de s’arroger un droit à émettre du carbone. Le GIEC assure que « s’attaquer aux inégalités et aux nombreuses formes de consommation ostentatoire favorise les efforts d’atténuation du changement climatique. » Cette n’est pourtant pas évidente pour les économistes et les décideurs, enfermé dans un monde où tout est compensable par la magie des mécanismes de marché ou par des taxes judicieusement choisies.

Le point de vue des écologistes

Notre société est toujours une royauté, avec ses privilégiés qui n’ont pas un carrosse mais un avion personnel, par de palais mais des demeures luxueuses disséminées dans le monde entier, et un amour immodéré pour les paradis fiscaux. L’inégalité permet à certains d’avoir une empreinte écologique démesurée alors que d’autres personnes vivent en dessous du minimum vital. La différence de richesses est non seulement injustifié d’un point de vue socio-économique, mais insupportable d’un point de vue écologique. Notre critère est simple. Dans une société du gaspillage généralisé sur une planète dévastée, nous devons mettre en place un système de sobriété partagée. Les inégalités doivent disparaître et la consommation se réduire de façon drastique. Il faut repenser revenu du travail et revenu du capital, impôt sur le revenu et impôt sur le patrimoine.

– Aucun dirigeant d’entreprise n’a à lui seul le pouvoir de faire de l’argent. En fait il bénéficie du groupe de travail que constitue l’ensemble des travailleurs de l’entreprise ; ce sont eux qui font la valeur ajoutée. Sans personne à sa disposition, un patron n’est qu’une personne indépendante qui ne peut compter pour gagner de l’argent que sur ses propres forces ; artisans et commerçants travaillent beaucoup et ne gagnent pas grand chose.

– Il est possible de fixer un salaire minimum, il est donc possible de plafonner le salaire des dirigeants. Un patron ne possède que deux bras et une seule tête, des besoins similaires à tous, il ne vaut pas beaucoup plus que n’importe lequel d’entre nous et sans doute beaucoup moins dans des tas de domaines (la sagesse, le respect des autres, l’amour de la nature, etc.). Donc à travail égal, salaire égal. Il n’y a pas d’inégalité de valeur entre le travail d’un éboueur et celui d’un PDG.

La propriété, c’est le vol. L’homme ne travaille pas socialement pour lui-même mais pour le bien commun. C’est un locataire perpétuel temporairement embarqué dans des structures collectives qu’on appelle entreprise, capital financier ou technique, maison pavillonnaire ou HLM, participation à la valeur ajoutée de l’entreprise

– Quand le patrimoine est transmis d’une génération à l’autre par famille interposée, les inégalités se reproduisent dans le temps. Toute égalisation consisterait à donner à chaque personne le même capital de départ, ce qui est difficile quand on considère qu’il y a à la fois un capital économique et financier (entreprise, patrimoine de rapport), mais aussi un capital culturel ( pouvoir de se faire entendre, qualité acquise par une socialisation spécifique), ou même un capital relationnel (le carnet d’adresses des parents et/ou de la grande école dont on sort). La disparition de l’héritage des biens mobiliers et immobiliers serait un premier pas vers une société abandonnant la reproduction des privilèges.

Lire, Inégalités : quelle norme pour le suffisant ?

Le gouvernement s’empare du mot « sobriété »

La première ministre, Élisabeth Borne, a exhorté les entreprises à mettre en place des plans d’économie d’énergie sous peine de pâtir de « rationnement ».

La ministre de la transition énergétique, Agnès Pannier-Runacher, lors de l’université d’été du Medef le 29 août 2022 :  La sobriété vise certes à passer l’hiver, mais c’est surtout la condition sine qua non de la réduction de notre empreinte carbone à l’horizon 2050 ».

Le ministre de l’économie Bruno Le Maire a lancé le 30 août 2022 un vibrant appel à « toutes et tous, pas uniquement les entreprises », afin de « faire preuve de plus de sobriété ».

Lire, Sobriété énergétique, l’affolement gagne

Audrey Tonnelier : Emmanuel Macron a longtemps assimilé sobriété et décroissance et raillait en septembre 2020 le « modèle amish » des opposants à la 5G. S’il a prononcé le mot « sobriété » pour la première fois en février 2022, il s’est empressé d’ajouter qu’il ne fallait en aucun cas le relier à l’« austérité énergétique ». Six mois plus tard, les répercussions de la guerre en Ukraine et la crise énergétique ont radicalement modifié la donne : c’est « la fin de l’abondance » que le chef de l’État a annoncé le 24 août  2022.

Le point de vue des écologistes

Nemo Mc Kay : Il n’y a pas longtemps le mot « sobriété » était une hérésie qui attirait insultes et moqueries (pastèques, khmers verts, etc.). Maintenant le patron du medef le revendique. Étape suivante ?

Itapoa : Vivement la prochaine étape pour bannir les mots, croissance et PIB. Deux idioties d’économistes marchant a côté de leurs chaussures.

Brice Z. : ça fait des décennies que l’alerte est lancée sur les limites du système. Faisons les comptes ! S’ils décident de devenir un peu sobres, alors ils reconnaissent implicitement qu’ils étaient ivres, et que le capitalisme était une ivresse, une illusion dont la nature était la consommation-consumation de la Terre et de ses ressources. Vraiment, ces gens là, qui il y a cinq minutes faisaient la morale aux amish, n’ont aucune vergogne.

Lorange : Emmanuel Macron en juin 2020 : « La décroissance n’est pas une réponse au défi climatique ». Il faut dire que la sobriété est très différente de la décroissance : la sobriété c’est moins consommer alors que la décroissance c’est consommer moins.

He jean Passe : Le « pouvoir d’achat » est antinomique de la sobriété, il va falloir choisir, nous ne sommes plus à l’heure des 30 Glorieuses (1944-1974).

Laurent C. : 1972, The Limits to Grooth – Macron 2022 : fin de l’abondance… Que de temps perdu.

Michel SOURROUILLE : De façon imagée, la parabole du nénuphar nous indique qu’il ne faut pas tarder à prendre des décisions politiques. Imaginons un nénuphar dans un grand lac qui aurait la propriété de produire chaque jour son semblable. On estime qu’au bout de trente jours, la totalité du lac va être couverte, ce qui provoquerait l’extinction de la vie. On se décide à n’intervenir qu’au moment où les nénuphars auront occupé la moitié du lac. Quel jour donc ? Réponse : non pas 15 jours, comme on pourrait le penser un peu hâtivement, mais bien au 29ème jour, c’est-à-dire la veille, puisque le double de superficie est recouvert chaque jour. Au bout du 24ème jour, 97% de la surface du lac est encore disponible et on ne pouvait imaginer visuellement la catastrophe qui se préparait dans une semaine. Le cerveau humain semble difficilement saisir les propriétés d’une croissance exponentielle, une vitesse fulgurante. Pour notre civilisation thermo-industrielle, nous sommes le 29e jour…

Lire, La sobriété ne suffit pas vu notre nombre

Marie-C.D : Sobriété fait rigoler. C’est le mot « restrictions » qu’il faut employer, même s’il fait peur à tout le monde, avec son cortège d’aussi vilains mots, profiteurs, marché noir….même si le président a fait marche arrière, même si la première ministre en minimise l’ampleur, ce sont bien des restrictions qui nous attendent, et dans tous les domaines..

Junko : J’ai hâte de voir les tutos YouTube où les pauvres expliqueront aux riches les principes de la sobriété existentielle : La douche a l’eau froide en 5 étapes… Les 7 gestes élémentaires pour laver soi-même sa vaisselle… Cuisiner à l’ancienne, sans robots, les techniques expliquées pas à pas … Comment se passer de chauffage en hiver…S’isoler du froid grâce au papier journal… Savoir disposer ses bougies pour optimiser l’éclairage… Apprendre à sécher son linge en utilisant l’air ambiant… Survivre sans aspirateur, l’art de passer un balai…

Lire notre article de janvier 2009, sobriété énergétique?

Lire notre article de septembre 2011, sobriété volontaire ET forcée !

La guerre de l’eau est déclarée

Eau potable, irrigation, production électrique : tensions sur le partage de l’eau dans le Sud-Est asséché. La guerre de l’eau est déclarée. Même en France, même pour une ressource renouvelable on se dispute une eau en voie de raréfaction. Rappelons-nous le verre d’eau prémonitoire de René Dumont lors de la présidentielle 1974.

Lire aussi, Main Basse sur l’eau, un documentaire de Jérôme Fritel

Gilles Rof : « C’est un immense château d’eau que beaucoup pensaient inépuisable et dont la sécheresse exceptionnelle de cette année 2022 révèle soudain les limites. Le système Durance-Verdon constitue un complexe schéma de captation, de stockage et de distribution des eaux en Haute-Provence. Les captages permettent l’alimentation en eau potable de 3,5 millions d’habitants et l’irrigation de 80 000 hectares de terres agricoles. Enfin,la création de lacs artificiels a fait naître un tourisme essentiel pour de nombreuses communes alpestres. Les agriculteurs défendent âprement leur priorité. « La première des nécessités est d’avoir à manger ». L’alimentation en eau potable est une autre urgence incontournable. De son côté, EDF pourrait avoir à répondre, l’hiver prochain, à une potentielle crise énergétique. Quant au secteur du tourisme, il espère la pluie. »

Le point de vue des écologistes

Shiva : Le problème théorique de l’âne de Buridan se complexifie dans la réalité : quelle est la priorité entre boire, manger, avoir de l’électricité, etc ? Dire qu’à l’élection présidentielle de 1974, René Dumont avait bu un verre devant la caméra pour illustrer la rareté future de ce liquide, cet homme voyait loin !

Itapoa : Cet homme était un visionnaire et passait pour un original. 50 ans après , pas mal d évènements lui donnent raison .

Découvrez la video présentant son discours de 1974

Dan78 : Tout le monde parle de restrictions, de modération, de remettre à plat l’utilisation des ressources hydriques, « il va falloir s’habituer à ce type de situations », etc etc…Mais, de la cause racine, pas un mot : quelles mesures prise pour réduire urgemment et drastiquement nos émissions de gaz à effet de serre ? On continue à tergiverser alors qu’on va droit dans la mur.

Delest : Situation de crise et interdiction d’arroser ses légumes… mais autorisation de le faire sur les green de golf. Une explication ?

Patrick Rosa : On a bien une échelle de prix pour l’électricité selon la puissance installée, on devrait avoir une échelle de prix selon la consommation d’eau. En fait un rationnement dans les faits. Ce qui permettrait de plus d’appliquer une politique sociale : prix très bas ou nul pour la consommation de base (de survie), payé par les prix progressifs pour les maniaques de la douche, les possesseurs de piscine et les golfeurs invétérés… Ça en conduira beaucoup à découvrir les bienfaits des toilettes sèches et de la récupération d’eau de pluie!

Nico88 : La solution est simple: sobriété pour tout le monde. Quand aux touristes, ben ils n’ont qu’à aller dans le nord…

Tundra Cotton : Eau, essence, chauffage, matières premières, seuls des prix beaucoup plus élevés peuvent changer les habitudes de consommation et les modes de production. Le marché est le moyen le plus sûr et le plus impitoyable de réguler la distribution. Quitte à aider les plus modestes en parallèle.

Gilles SPAIER : Il faudra envisager de supprimer l’eau courante, et ce qui va avec, douches, lave linges, lave vaisselles, chasses d’eau etc.. Ce qui permettra à chacun de vivre avec 10 litres d’eau par jour. Certes, prôner cette dernière solution est politiquement risqué.

Block : Tout à fait d’accord Hélas ! des bonnets rouges aux Gillet jaunes tout va dans le sens contraire ….

Jean Rouergue : Le céréalier dit avoir à manger, le viticulteur dit avoir à boire, l’éleveur ne pense qu’au lait que sans eau ses vaches ne produiront pas, et le citadin à l’eau pour faire tourner la machine à laver… Bref sans farine il y eut révolution, sans eau ce sera un feu d’artifice ?

MARCO : L’eau, du moment qu’il en reste pour le pastis, ça va…

Hipparchia fait l’amour dans la rue

Mieux vaut faire l’amour que la guerre, cela pourrait être le point de vue des écologistes, proches de la nature et éloignés des violences humaines. Depuis que la contraception a dissocié la fonction de reproduction et le principe de plaisir, nous pouvions penser que la sexualité, enfin associée à l’extase sans angoisse, pouvait devenir une activité banalisée et fréquente… à l’image d‘Hipparchia. Mais le véritable plaisir des humains, c’est de tout compliquer. Tant que nous n’aurons pas de rite de passage à la vie sexuelle, simple et généralisé à tous, nous connaîtrons l’angoisse et/ou la violence du passage à l’acte qui a abouti au processus #MeToo, balance ton porc, élimine les hommes. Misère, misère…

Roger-Pol DROIT : « Hipparchia vécut vers 350-280 av. J.-C., en Grèce. Elle renonça à la respectabilité pour vivre selon les enseignements de l’école cynique, sans gêne ni pudeur. Une liberté en actes qui étonne encore. Jeune fille de bonne famille, Hipparchia est née en Thrace. Elle était destinée à faire vite quelque riche mariage avant d’élever ses enfants en silence au gynécée, l’espace clos réservé aux femmes. La philosophie en a ­décidé autrement, bouleversant son existence. Tout commence avec son frère ­Métroclès qui étudie rhétorique et philosophie à l’école fondée par Aristote à Athènes. Déclamant un discours qu’il a composé avec application, le jeune homme lâche un gigantesque pet. Mort de honte, il s’enferme, cesse de s’alimenter, veut se laisser mourir. Un de ses amis vient à son secours. Il se nomme Cratès et s’efforce de vivre « selon la nature », conformément aux enseignements de l’école cynique, fondée par Antisthène, illustrée par Diogène. A grand renfort de pets tonitruants et d’éclats de rire, Cratès persuade le frère d’Hipparchia que « rien de ce qui est naturel ne saurait être honteux ». Le chien (kunos en grec) ignore gêne et pudeur, et les cyniques (c’est-à-dire, littéralement, les « canins ») veulent en débarrasser les humains. Révélation fulgurante pour la jeune femme. Elle décide de vivre, elle aussi, selon la nature. Et d’épouser Cratès. Pas beau ? Peu importe. Trop vieux ? Elle s’en ­moque. Elle menace de se donner la mort si on l’empêche de mener sa vie comme elle l’entend. Les parents cèdent.

Hipparchia et Cratès scellent donc un « mariage de chiens », comme ils disent. Ils ne se quittent plus, consomment leur union en public, n’importe où, au coin des rues. Au grand scandale des passants, au grand dam de la famille. Et en devenant, pour la postérité, l’exemple de la provocation et de l’outrance. Saint Augustin dans La Cité de Dieu déclare de tels comportements légendaires. Il est impossible, à son avis, d’éprouver un désir sexuel sous le regard d’autrui – jugement qui semble témoigner principalement de ses propres limites, dans la mesure où toutes sortes de réalités bien connues attestent le contraire. Malgré tout, il serait hâtif de conclure que faire l’amour dans la rue suffit pour être philosophe. Mais en se délestant des obligations sociales et culturelles, Hipparchia donne à voir leur ­artifice et leur pesanteur – par des actes, plus efficacement sans doute que par de longs discours. »

Le point de vue des écologistes : Il n’y a pas de différence entre chiens et chiennes, c’est un modèle que les humains auraient du méditer depuis longtemps. On se refuse notre état de nature, et on fait n’importe quoi. L’amour en public aujourd’hui, c’est de notoriété publique, il suffit de regarder des images vidéos de ce qu’on appelle l’industrie pornographique. Mais c’est seulement un appendice de notre système marchand et de son exploitation des êtres humains. On monétise le plaisir sexuel et on fabrique des voyeurs.

Avant d’aller plus loin, prenons un exemple plus conventionnel, la nudité sur les plages et ailleurs. Le naturisme devrait pouvoir être pratiqué aux yeux de tous, c’est pourtant un tabou. Nous sommes corsetés par une morale contre-nature. Pour un naturiste, faire l’amour quand on veut, où on veut ne pourrait être qu’une étape supplémentaire vers la tolérance partagée : « Ils font l’amour au coin du bois (au coin du parking), grand bien leur fasse... »

Mais dans un camp naturiste, on n’apprécierait pas forcément Hipparchia. Les naturistes ne sont pas toujours des écologistes proches de la nature… Misère, misère.

Lire, Faire l’amour en public, est-ce écologique ?

Vacances, faut rester chez soi

La question se pose : les Français qui ne partent pas en vacances ne sont-il pas en avance sur leur temps ? L‘histoire est cyclique, avant 1936 on ne partait pas en vacances, après 2036 on risque fort de ne plus pouvoir partir en vacances. En effet il n’y aura plus de carburant pour prendre la voiture et de toute façon la température sur les plages sera insupportable. L’hiver on ne pourra plus aller skier, il n’y aura plus de neige sur les sommets et les canons à neige seront interdits. Les agences de voyages auront fait faillite. Les rares privilégiés qui prendront encore l’avion devront se justifier devant un tribunal populaire qui délivrera les autorisations de sortie au compte-goutte. La situation sera très bien acceptée par l’opinion publique, pendant le confinement suite à la pandémie, on n’avait le droit que d’aller pas plus loin que 1 kilomètre hors de son domicile... Vivement ce futur, on aura le plaisir de faire le tour de son jardin potager, à genoux pour désherber.

Jean-Michel Bezat : En 1936, le Front populaire octroie aux salariés douze jours de congés payés par an, aujourd’hui l’évasion est définie par quatre nuits consécutives hors de chez soi, y compris dans la famille ou chez des amis. Les trains bondés, les aéroports saturés et les campings complets ne doivent pas faire illusion. La « fracture touristique » persiste, quatre Français sur dix ne s’évadent pas durant la trêve estivale faute de moyens financiers suffisants. La société du temps libre, une partie des classes populaires n’en profite pas, assignée à résidence.

Quelques commentaires bien inspirés

J. Martin : Ça va peut-être paraître un peu cynique ce que je vais dire. Mais d’une certaine façon, « heureusement » que 40 % des français ne partent pas en vacances vu le niveau de saturation des infrastructures de transports et d’accueil atteint avec les 60 % qui partent. Et je ne parle même pas de l’empreinte écologique, déjà faramineuse avec les 60 % de vacanciers.

Kosim : Je veux bien entendre que pour le budget vacances soit impossible à sortir, mais pas pour 40 % des gens. Le problème des fins de mois difficiles, c’est en grande partie la capacité à gérer (ou non) son budget et à faire les bons choix : console de jeux à 600 euros, portable changé tous les ans, sans compter la consommation hebdomadaire de vin, de sodas, de sucreries, de cigarettes, et de tickets à gratter, le fast-food, etc. Voilà le quotidien d’une grande partie de la population qui se plaint tout le temps. Et qui a 3 ou 4 enfants au lieu de se limiter à 1 ou 2.

Philippe A : Les vacances l’été c’est la masse qui s’agglutine sur quelques m2, mieux vaut rester chez soi et se reposer.

G.M : Arrêtons de vendre la mer comme le lieu de vacances idéal. S’entasser sur des plages pour y glander en faisant la gueule, ça n’élèvera pas les masses laborieuses. On peut trouver beaucoup plus enrichissant pour tout le monde.

Pessicart : L’idéal des élites d’aujourd’hui est basé sur la mobilité, se moquer des distances. Mais pas besoin d’avoir lu Épicure qui prônait la galette d’avoine pour comprendre que ce modèle est dépassé. Mes meilleures vacances je les ai passées à ramasser du foin pour un paysan qui nous hébergeait. Quelques sardines et légumes grillés, une bonne bouteille de rosé, qui n’a pas accès à ça aujourd’hui ? De nos jours personne ne promeut l’essentiel, l’engagement, le respect de la nature, le couple, la famille, la vie intérieure…

MaxLombard : Ne pas partir en vacances pour limite son bilan carbone, il faudrait encore plus de pauvres…

Lire, Bloquons la circulation sur la route des vacances

Lire, Des vacances de Noël sans chausser les skis

Sobriété énergétique, l’affolement gagne

Catherine MacGregor, directrice générale d’Engie, Jean-Bernard Lévy, président-directeur général d’EDF, Patrick Pouyanné, président-directeur général de TotalEnergies appellent à une sobriété d’urgence face à la flambée des prix de l’énergie. (Le Journal du Dimanche)

lire, Sobriété, un mot à la mode dans LE MONDE

Éditorial du MONDE

Il est assez rare que des entreprises incitent leurs clients à moins acheter les produits qu’elles commercialisent. « Le prix de l’énergie menace notre cohésion », clament les dirigeants dans la tribune. Une phrase qui aurait sans doute encore beaucoup plus de retentissement si elle était prononcée et assumée au sommet de l’Etat. Lorsque les efforts sont massifs et coordonnés, les économies d’énergie sont substantielles. Mais la ruée sur les climatiseurs lors de la dernière vague de chaleur montre qu’il y a encore beaucoup à faire en matière de civisme énergétique. Le gouvernement doit expliquer clairement que la sobriété est une moindre contrainte que le rationnement. Or, si la première n’est pas acceptée, c’est le second qui finira par s’imposer.

Lire, La sobriété partagée, une nécessité vitale

Contributions

Marc Zaninetti : 100% d’accord. Mais il faudra aussi l’appui inconditionnel des médias.

Pessicart : Il n’y aura pas un seul homme politique d’envergure pour expliquer les enjeux aux français. Même les écolos mettent l’idéologie avant la réalité. Leur fond de commerce, système présidentiel oblige, c’est de faire croire qu’avec eux il n’y aura ni effort à produire ni problème de financement.

Electron : La sobriété énergétique est évidemment du bon gouvernement. A la fois parce que l’on doit lutter contre le réchauffement climatique, qu’avec la guerre en Ukraine l’année prochaine risque d’être particulièrement difficile avec le gaz, mais aussi parce que pétrole et gaz sont des ressources fossiles qui vont commencer à manquer. Et que les conséquences, si elles ne sont pas anticipées, risquent d’être particulièrement grave. Mais la France a produit les Gilets jaunes, première révolte mondiale contre l’action pour la transition énergétique. Et elle a voté à 45 % pour Le Pen et Mélenchon, qui promettent de baisser le prix du pétrole par miracle. Et surtout le dernier, dont la programmation écologique, c’est de permettre aux français de polluer un max… avec l’appui des Verts.

Jubb : Publiquement, Engie m’incite à la sobriété énergétique. Pourtant, par mail, Engie me démarche par venir installer la climatisation chez moi. C’est ça un discours d’affichage ?

MaLon : Je reçois depuis 2 semaines, tous les 2/3 jours, de la pub d’Engie pour m’équiper en climatiseur…. Allez comprendre la logique….

Kosim : Tant que les publicités et les reportages en tout genre renvoient en parallèle un modèle de sur-consommation, on ne créera que de la frustration et de la colère à dire qu’il faut être sobre….

Fred64 : Tous les jours sur le port je regarde les plaisanciers sortir leurs gros bateaux et faire des ronds dans l’eau à X litres à l’heure !

Transition_necessaire : Que ce sujet soit enfin prioritaire. Je continue à voir du gaspillage partout autour de moi, par des personnes pas forcément méchantes. Je recommande une analyse complète sur le sujet mise en musique : « il en faut peu pour être heureux, il faut se satisfaire du nécessaire » (le livre de la jungle)

Frog : Les partisans de la décroissance sont de plus en plus nombreux, on dirait. C’est étrange ces conversions subite pour les scénarios Negawatts quand il n’y a plus rien à vendre…

sur notre blog biosphere

2027, Ministère de la Sobriété partagée

Tout savoir sur la « Sobriété » obligée

La Sobriété face à la SURconsommation ?

Indépendance énergétique par la sobriété

Sobriété, l’antithèse du pouvoir d’achat

La Sobriété, liberticide et punitive ?

La Sobriété, liberticide et punitive ????????????

On a peur du mot décroissance, alors on parle de sobriété. On ne veut pas de sobriété, alors on parle de mesures liberticides et on condamne l’écologie punitive,. On recule le moment de la fessée, ce sera un grand coup de bâton qui frappera bientôt tous les intoxiquée de la modernité.

Dominique Méda : Sicco Mansholt en février 1972, à la suite de sa lecture du rapport « Limits to Growth », plaidait en faveur d’une forte diminution de la production et de la consommation de biens matériels, organisée grâce à une planification capable d’assurer à chacun un minimum vital. Aujourd’hui le dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) parle de« sufficiency ». Pour dénoncer la responsabilité des riches, il utilse, des termes forgés, en 1899, par le sociologue américain Thorstein Veblen : « La consommation ostentatoire des riches est à l’origine d’une grande partie des émissions dans tous les pays, liée aux dépenses consacrées à des choses telles que les voyages en avion, le tourisme, les gros véhicules privés et les grandes maisons. » Dans le rapport « Soutenabilités ! Planifier l’action publique », publié par France Stratégie, une note de bas de page explique qu’en France les 50 % les plus modestes devraient réduire leur empreinte carbone de 4 % contre 81 % pour les 10 % les plus riches…. Mais très peu de travaux s’intéressent à la manière dont les reconversions devraient être anticipées et accompagnées dans les secteurs appelés à connaître de très fortes transformations (aviation, automobile, pétrole et gaz notamment). Dans sa lettre de 1972, Sicco Mansholt proposait de développer des mesures fiscales canalisant la consommation dans le sens de l’utilité et de la durabilité. Saurons-nous, cinquante ans après, entendre enfin cette voix ?

Commentaires pro-sobriété 

Vieux : La sobriété ne relève pas d’un choix. Que ce soit de gré ou que ce soit sous la contrainte de la nature, la sobriété est déjà notre ligne d’horizon. Reste deux possibilités : soit on l’embrasse soit on la repousse le plus tard possible. Sachant que plus on attend plus ce sera brutal et douloureux. Nous avons l’occasion de rendre les choses un peu moins pénibles mais nous sommes humains et donc incapable de renoncer au circuit de la récompense comme le prouve l’article sur la consommation agissant avec les effets d’une drogue. La seule certitude : un jour nous (à l’exception de nantis) serons tous sobres. On peut juste agir sur l’intensité de la gueule de bois.

Untel : Le refus de promouvoir la sobriété vient du fait que 90% des électeurs viennent de voter pour l’amélioration du pouvoir d’achat et pas pour la sobriété

le sceptique : Idée fausse de gauche : la sobriété impactera les riches, pas les pauvres. D’abord, il se trouve que les 50% les plus pauvres en France sont des riches à échelle de la planète, et qu’eux aussi doivent diviser par 2 environ leurs émissions carbone. Le cacher, c’est entretenir démagogie et doubles discours climat-économie. Ensuite, la consommation carbone n’est pas si élastique que cela : un riche ne conduit pas 50 voitures par jour, ne mange pas 50 steaks par jour, ne construit pas 50 maisons par jour. Prendre au riche pour donner au pauvre (le programme Mélenchon = distribuer 250 milliards en salaires et aides pour créer 275 milliards de revenus, selon lui), c’est stimuler la consommation carbonée mais pas la réprimer. Enfin, le pauvre est débiteur net par rapport au système de redistribution qui est payé sur l’impôt du riche. Une baisse du PIB par sobriété entraîne une baisse de redistribution, sauf à proposer un système où 60, 70… 100% de la richesse est taxée.

Philbast : La sobriété frapperait d’abord les plus aisés ??? Vraiment ? Je suis le plus aisé de ma famille : je suis le seul à ne pas avoir de voiture. Mes belles sœurs et beaux frères ont des vieux diesel, ou un SUV qu’lls-elles ont acheté en leasing avec leurs Smic. Ils vont au Macdo live en voiture et l’écologie pour eux c’est vague. Ils ne sont pas locavores, le tri les emmerde et le compost les fait rigoler. Leurs maisons sont des passoires et ils vont bosser en voiture parce que les transports en commun c’est chiant. Je ne caricature même pas.

Commentaires malthusiens

Rego : Il a fallu 200 000 ans pour atteindre 1 milliard d’humains sur terre. Seulement 200 ans pour arriver à 7 milliards. A la fin du 21e siècle, nous serons 11 milliards. Il est proprement hallucinant que la principale raison du dérèglement et des bouleversements climatiques ne soient jamais mentionné par aucunes des personnes qui prétendent combattre le réchauffement climatique.

RLap : La démographie est bien sûr le paramètre essentiel mais attention dans Le Monde on est qualifié d’anti pauvres si on prône la réduction des naissances

He jean Passe : La planète étouffe d’abord sous la surpopulation, ce sont les religieux et les marxistes qui ont contribué à cette situation. Malthus aurait eu tort selon eux, sauf que 100 ans plus tard on voit bien où était la vérité et la réalité. On peut arrêter sans trop de difficulté de sur-consommer de la viande, des voitures ou des logements mais pour arrêter la bombe démographique il n’y a rien à faire sauf craindre les famines, les guerres.

Pomponnius : Cette dame Méda nous fait un article sur la sobriété sans jamais évoquer la surpopulation humaine. Puisque nous savons maintenant que les ressources de la planète sont limitées, il faut pour un bon partage à diminuer le diviseur : donc « sobriété » drastique de la reproduction humaine. Faire croire qu’en dépouillant les 20 % les plus riches on va enrichir les plus pauvres est une ficelle usée à laquelle plus personne ne croît si les dits pauvres continuent à se reproduire comme des lapins.

Block : Je souhaite bon courage à l’humanité… encore une fois les plus riches seront préservés et les plus crédules iront faire le tour du rond-point…

La Démobilité face à la SUR-mobilité

On a peur du mot décroissance, alors on parle de sobriété. On a peur de la sobriété/restriction, alors on parle de mode de consommation durable. Ce défi de l’attitude à avoir face à la surconsommation, LE MONDE en fait une série de 5 articles que ne sont pas à la hauteur de la nécessaire rupture avec nos habitudes présentes.

(2/5) moins de voitures et plus d’avion…

La mobilité constitue un levier majeur pour changer la donne en matière d’incidence climatique. Les voitures et les camionnettes comptent pour 70 % de ces 135 millions de gaz à effet de serre, suivies des poids lourds (23 %), des avions (vols intérieurs seulement, 4 %), des deux-roues (2 %), des bateaux (1 %) et des trains (0,3 %). Il y a cinq leviers pour décarboner la mobilité, explique-t-il. La demande de transport, le report modal, le taux de remplissage, l’efficacité énergétique des véhicules et l’intensité carbone de l’énergie. Les trois premiers relèvent de la sobriété, les deux derniers jouent plutôt sur la technologie. Or, la stratégie nationale bas carbone visant à arriver à zéro émission en 2050,prévoit surtout d’agir sur les leviers technologiques. Le facteur-clé, c’est la demande de vitesse, et donc de la distance parcourue. Ni le temps de transport des Français, une heure par jour, ni le nombre de trajets, trois à quatre par jour, n’a changé entre maintenant et l’époque où la marche était le moyen de locomotion surdominant ! Or l’idée de limiter les autoroutes à 110 km/h déclenche un tollé. Le système voiture se caractérise par l’excentration des activités d’achat, des lieux de travail et d’habitation, rendant l’automobile indispensable et créant des imaginaires qui nous font désirer des véhicules lourds et puissant. De plus l’automobile représente, en France, pas loin de 900 000 emplois (y compris indirects et induits) et l’aéronautique autour de 300 000, sans compter les 60 milliards d’euros de contribution au commerce extérieur de la France. Un vol sur dix qui décolle de France est un jet privé.

Le point de vue des écologistes

La croissance contemporaine des mobilités nous est présenté comme l’incarnation de libertés nouvelles, c’est en fait une puissante menace environnementale. En 1968, 2 % seulement de l’humanité franchissait une frontière, 60 millions de personnes. Aujourd’hui 20 %, soit un milliard et demi. Face à ce bougisme pendulaire (on part d’un endroit pour revenir au même endroit), voici le temps venu de l’immobilité. Le problème de la nécessaire rupture écologique, c’est qu’elle demande une complète déconstruction de nos structures matérielles et mentales actuelles. Il nous faut un nouvel imaginaire, répétait Serge Latouche. Il nous faut aller moins vite, moins loin et moins souvent, s’exclamait Yves Cochet. Nous marchons sur la tête, ou plutôt nous ne marchons pas assez. Il nous faut tous devenir adepte de la déconstruction du système thermo-industriel , il nous faut pratiquer toute la palette des « dé », démobilité, déconsommer, démondialiser, désurbaniser, dévoiturer… pour lutter contre le règne des SUR (surdéplacements, surabondance, suractivité, surcommunication, surconsommation, surdéveloppement, suremballage, surendettement, suréquipement, surmédicalisation, surpâturage, surpêche, surproduction…).

Lire sur notre blog biosphere

25 janvier 2021, Transports : 2020, année de la « démobilité »

15 mars 2021, Entrons en résistance, « Dé »construisons

15 novembre 2020, Voici venu le temps de l’immobilité…

30 juillet 2018, Le futur de la mobilité, sans voitures c’est mieux !

4 avril 2015, La mobilité géographique, un mythe contemporain

30 mai 2011, le culte de la mobilité, irrationnel

17 septembre 2009, écolomobilité, non électrique

La Belgique décriminalise la prostitution

Selon le discours des Verts français, « La prostitution n’est pas un élément naturellement constitutif de la vie en société. » C’est vrai, la sexualité tarifée relève du culturel. Mais la sexualité ordinaire aussi. Il n’y a donc aucune règle définitive qui puisse nous permettre de privilégier a priori la répression totale de la prostitution ou la légalisation intégrale des travailleurs du sexe. Voici une analyse comparative du statut de la prostitution en France et en Belgique.

Lire, l’écologie face aux abolitionnistes de la prostitution

Jean-Pierre Stroobants : Les travailleurs et travailleuses du sexe (TDS) vivent une révolution depuis le 1er juin 2022. Une loi votée en mars leur permet de sortir de voir leur activité décriminalisée. Les prostitués (femmes dans une proportion de 95 %) auront les mêmes droits que les autres travailleurs indépendants, dont celui de bénéficier de la sécurité sociale, du chômage, de l’accès aux soins, d’un congé maternité, etc. Et tous les tiers qui soutiennent leur activité ne peuvent plus être poursuivis, sauf en cas de profit anormal. La réforme est accompagnée d’une répression plus sévère du proxénétisme et des abus sexuels. Le concept de consentement est précisé : sans consentement explicite d’une personne, tout rapport sexuel avec elle sera punissable. L’âge de la majorité sexuelle (16 ans) ne change pas, mais un rapport avec un mineur ou une mineure de 14 au moins échappera à la sanction si la jeune femme ou le jeune garçon y consent et que son/sa partenaire n’a pas plus de 17 ans. Octroyer un statut à la prostitution consentie est le meilleur moyen de lutter contre la prostitution forcée. C’est le premier État européen à adopter de telles mesures, et le deuxième au monde après la Nouvelle-Zélande. Le statut de la prostitution est donc différent de celui de la Suède (la prohibition), de celui des Pays-Bas (une légalisation réglementée, soumise à un permis d’exercer) ou de la France ( pénalisation du client depuis 2016).

Quelques commentaires

RVDB : Sans être expert sur le sujet, il me semble que cette approche belge est celle qui est le plus dans l’intérêt de celles et ceux qui se retrouvent à pratiquer cette activité. Les lois répressives ne me semble pas avoir réussi à faire disparaître la prostitution, juste à la cacher, ce qui a fragilisé les personnes qui se sont retrouvées sous la coupe de proxénètes.

Michèle de Dordogne : Les Belges vivent vient dans un pays bien plus pragmatique que le nôtre : les gens en fin de vie meurent quand ils le veulent et comme ils le veulent, celles qui se prostituent ne sont plus considérées comme des pestiférées.

François Aubert : C’est notre bien-pensance qui a poussé à « l’abolition » de la prostitution en scandant « il n’y a pas de prostitution heureuse ». On peut répondre aussi bien qu’ il n’y a pas de travail qui ne soit -peu ou prou- prostitution ! La loi française a été votée en 2016 alors que seuls 87 députés ont pris part au vote final (64 pour, 12 contre et 11 abstentions)..Le résultat final est une aggravation de la situation des prostitués. Je mets « prostitués » car pour moi le masculin devient le neutre dès que les deux sexes sont visés (je n’arrive pas à m’habituer à l’hypocrite « celles et ceux » qui alourdit tous les discours).

FDD : La moraline victorienne française refuse d’admettre que l’on ait le droit d’accepter des rapports sexuels contre rémunération. Pourtant, de tout temps, l’argent est entré dans les relations sexuelles, ne serait-ce que par l’obligation faite au mari d’entretenir (le joli verbe…) son épouse.

Michel SOURROUILLE : L’exercice de la sexualité procure naturellement du plaisir quand on se laisse aller. Il y a prostitution parce qu’il y a frustration. Si les humains passaient plus de temps à faire l’amour comme les Bonobos, sans esprit de conquête et chaque fois qu’il faut réduire les tensions sociales, sans doute n’y aurait-il plus de prostitution (ni même de guerres). L’amour libre, le sexe libéré, implique aussi de lutter contre les rapports de domination. Comme on disait en d’autres temps, « peace and love », l’amour et la paix. Réconcilier nature (liberté sexuelle) et culture (règles régissant le rapport entre les sexes), n’est-ce pas là l’objectif premier des écologistes ?

SJ : Rendez-vous dans dix ans pour une étude comparative sérieuse France/Belgique sur le seul critère important : quel système protège le mieux (ou moins mal) les prostitué(e)s?

Lire sur notre blog, La prostitution est un boulot comme un autre

Le XXIe siècle sera paysan… ou ne sera pas !

L’Atelier Paysan soutient les technologies paysannes pour « reprendre la terre aux machines ». Les machines comme engins de guerre agricole, mais aussi comme machine économique, industrielle, machine administrée, machine à nourrir ou plutôt à remplir les caddies. Cette agro-industrie profite de chaque choc pour se propager encore, éliminant les savoir-faire, les communautés paysannes, mais aussi la biodiversité et finalement le savoir et le pouvoir s’alimenter. Les dégâts sanitaires et sociaux sont colossaux, pas moins que les dégâts environnementaux. Nicolas Mirouze, vigneron bio mais aussi ancien élève d’AgroParisTech, écrit une tribune dont voici l’essentiel :

« 5,5 millions de personnes en grande précarité alimentaire dans la France de 2018, donc avant la crise due au Covid-19, se procuraient leurs repas quotidiens grâce à l’aide alimentaire. Elle est alimentée par les surplus de l’agriculture intensive et les invendus de la grande distribution, elle participe directement à la compression des coûts des produits agricoles et donc à la diminution du revenu des agriculteurs…. La mécanisation industrielle, soutenue par des politiques publiques depuis soixante-dix ans, a créé de terribles dépendances techniques et financières. Avec 400 000 exploitants et 650 000 travailleurs et travailleuses de la terre au total en 2019, l’usage massif de pesticides est absolument inévitable.  L’histoire se répète, les drones, les robots et le numérique représente la « nouvelle frontière » du lobby agro-industriel. Ce qui nous est promis, c’est une agriculture dans une campagne complètement déshumanisée, définitivement vidée de ses paysans. Nous avons pour objectif d’installer dans les campagnes françaises un million de paysans… »

Commentaire biosphèrique : Il manque dans cette tribune le lien entre le million d’agriculteurs supplémentaires, des revenus décents pour chacun d’entre eux, et des prix abordables en magasin. Tout ça est très beau, et je suis prêt à signer, mais comment fait-on ? Avec l’égalité entre les sexes, ça fera 500 000 femmes à racler le sol et à pousser une brouette, sous le soleil, avec les mains calleuses. A la télé elles verront encore les influenceuses qui ont évité ça, genre Kardashian. Les urbains devront quitter leurs postes de fonctionnaires et retourner à la terre. Très belle idée, mais la terre est basse et les RTT n’existent pas dans l’agriculture : il faut rentrer les foins avant qu’il pleuve, y compris si c’est un dimanche et qu’on est crevé. Comment attirer un million de personnes ? Comment repartir en sens inverse ? Dans les années 1970, il y avait dans mon village dix familles qui vivaient de la terre (élevage de quelque vaches, le toit à cochon, les poules en liberté et les lapins dans leur clapier. Ce n’était pas le grand luxe mais tout le monde avait un toit et mangeait à sa faim. Mais de Gaulle et son ministre Pisani ont décidé la modernisation de la France agricole. Résultat en quelques décennies, disparition de la paysannerie et généralisation des tracteurs. Les bâtiments abandonnés sont habités par des ruraux condamnés à la possession de voiture. Aujourd’hui plus personnes ne vit de l’agriculture dans le village, plus de chant du coq, plus de bouses de vaches, seul le bruit des machines de la ferme industrielle. De plus c‘est quand même très étrange que cette tribune provienne de quelqu’un qui produit une denrée nocive et inutile à l’alimentation humaine. L’alcool est un poison responsable de 75 000 décès annuels en France. De toute façon un million de paysans sans machine avec un revenu décent, cela va augmenter considérablement le prix des légumes et de la viande. La part de l’alimentation dans les budgets des ménages va tripler. Il faudra avoir une police très efficace pour empêcher les manifestations des millions de Gilets Jaunes qui ne pourront plus boucler leur fin de moi. Nous retrouverons enfin le plaisir des veillées à la bougie le soir, il n’y aura plus de télé financée par la publicité puisqu’il n’y aura plus rien à acheter. Il y aura juste des « cacathon », concours invitant des paysans à venir avec leur « meilleur fumier, compost et jus de lombric », pour gagner des prix comme la « bouse d’or ».

Lire, tous paysans en 2050 ?

En 2050, nous serons au lendemain des grands chocs écologiques qui vont déstructurer la société thermo-industrielle. Ce sera comme pendant une grande guerre, la pénurie et le rapprochement des campagnes. Ce sera le retour des paysans comme décrit par Silvia Pérez-Vitoria : « Quel que soit l’avenir de nos sociétés, la terre reste le fondement de notre alimentation. Entre 1940 et 1944 c’était une chance pour la France de compter encore un bon tiers de la population dans l’agriculture. Si un conflit d’une ampleur comparable se produisait aujourd’hui, il n’est pas sûr que la population française puisse survivre. Une grande crise fait apparaître les avantages du système agricole traditionnel, on aura besoin de plus de main d’œuvre dans les campagnes. A Cuba, les habitants des villes ont été fortement encouragés à planter des fruits et des légumes. C’est en fait la situation à laquelle conduirait une exacerbation de la crise pétrolière. En France, on aurait sur les marchés 3 600 variétés de pommes au lieu des 12 actuelles. On consommerait davantage sur place. Peut-être ne redeviendrons-nous pas tous paysans, mais il est peu probable que nos sociétés aient un avenir sans une paysannerie nombreuse et forte. On estime qu’aujourd’hui, dans le monde, il existe environ 28 millions de tracteurs, tandis que 350 millions de paysans font appel à la traction animale et 1 milliard travaillent manuellement. C’est précisément cet ancrage local qui assure une des meilleures bases pour lutter contre la mondialisation en crise; les hommes vivent d’abord dans des territoires. Le XXIe siècle sera paysan… ou ne sera pas.

« OUI pub » sur nos boîtes aux lettres ?

La publicité dévore la planète et pollue nos sentiments. Vingt-deux associations, dont Les Amis de la Terre France, Foodwatch, l’institut Veblen, Résistance à l’agression publicitaire (RAP), Sherpa, Communication sans frontières…, dénoncent dans un rapport l’influence des milliards d’euros investis en dépenses publicitaires sur les comportements, en contradiction avec la transition écologique. Les dépenses annuelles mondiales de publicité et de communication des grandes entreprises ont dépassé 1 320 milliards d’euros en 2021. En France, 46,2 milliards d’euros. D’autant plus que le pouvoir d’influencer est complètement déséquilibré. Parmi les quelque trois millions d’entreprises en France, moins de 1 % ont accès au marché publicitaire. Le secteur automobile se dispute chaque année avec celui de la grande distribution la place de premier investisseur publicitaire. Pour des raisons écologiques et socio-économiques, toute publicité commerciale devrait être interdite. Mais on se contente de s’intéresser à nos boîtes aux lettres !

Lire, La publicité dévore la planète et nous avec

LE MONDE : Contre le gaspillage des publicités dans les boîtes aux lettres, une expérimentation a été lancée dans quinze territoires, « Oui pub » : Recevoir des publicités uniquement si on l’a choisi. Cette expérimentation ne reprend que partiellement les propositions des 150 citoyens de la convention citoyenne pour le climat, qui avaient proposé d’interdire totalement la distribution de publicités dans les boîtes aux lettres… Six mois avant la fin de l’expérimentation, un rapport parlementaire devra dresser un bilan… A l’issue de la période de test de trois ans, un comité d’évaluation sera institué… Si la visée de ce dispositif est louable, il pose toutefois question, la distribution publicitaire risque de faire face à des suppressions de postes.

Commentaires :

Modeste : 3 ans avant d’en tirer un bilan ? Ce sont bien les gens de McKinsey qui ont conçu cette usine à gaz !

Corentin : C’est une expérimentation qui sera généralisée si elle fonctionne? Et vous croyez que les entreprises de distributions vont jouer le jeu pour que ça fonctionne!

J.Schneider : Je n’ai pas vu quelles sont les sanctions en cas de non respect du « Oui Pub » . Sans sanction, comme « Stop Pub » qui n’a jamais été respecté, ça ne sert à rien. Du bluff.

LJ : Allez encore un effort, quand arrêtons-nous les coups de fil intempestifs avec des numéros affiches qui ne correspondent pas à celui de l’appelant ?

Fouilla : Et de façon générale en ces temps de sobriété, la pub devrait être fortement réduite: 30 milliards par an, 500 euros par français et même beaucoup plus en comptant les dépenses superflues …

Michel SOURROUILLE : La convention citoyenne pour le climat voulait interdire la réclame pour les produits les plus émetteurs de gaz à effets de serre et obliger à la publication d’incitations à moins consomme. Aujourd’hui c’est devenu un simple « OUI pub ». Pour nous c’est « NON pub », plus du tout de pub commerciales. Il devrait être évident pour tous les citoyens que n’importe quelle publicité est faite pour provoquer la surconsommation, donc l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre. Du point de vue des écologistes, la publicité, qui n’est qu’une forme sournoise de propagande, devrait être interdite. Comment continuer à accepter qu’il soit autorisé de faire le vide dans les cerveaux pour inciter à boire du Coca Cola ou à rouler en SUV ?

Lire, Tout savoir sur la publicité qui nous dévore

rappel : « Pour faire évoluer les comportements du consommateur dans un sens écoresponsable, nous (conférence citoyenne) voulons Interdire de manière efficace la publicité des produits les plus émetteurs de GES sur tous les supports publicitaires, réguler la publicité pour limiter fortement les incitations quotidiennes et non-choisies à la consommation, mettre en place des mentions pour inciter à moins consommer du type « En avez-vous vraiment besoin ? » ou «  La surconsommation nuit à la planète. » »