simplicité volontaire

Faire l’amour en toute simplicité, difficile

Bilan d’un appel à témoignages lancé par le collectif féministe #NousToutes : 89,3 % des répondantes disent avoir déjà subi une pression de la part d’un partenaire pour avoir un rapport sexuel. Ce collectif « demande à ce que la question du consentement devienne un sujet politique »*. La validité de cette « enquête » se fait étriller par les commentateurs sur le monde.fr, quasiment unanimes :

P.Gaujard : Ce n’est pas une enquête c’est un appel à témoignages. ce n’est pas représentatif de quoi que ce soit. Que font les décodeurs? Ils ont été virés?

Michel Marie : Sur tous les sujets en rapport avec le féminisme, Le Monde se transforme en journal militant, et perd de vue tout ce qui fait la base du métier de journaliste. Ce quotidien ne fait que reprendre les positions de groupuscules sectaires et intolérants, sans même faire un effort d’analyse. La moindre enquête sérieuse commence par définir les termes employés. « Neuf femmes sur 10 disent avoir subi une pression pour avoir un rapport sexuel » selon le titre de cet article complaisant. Mais à aucun moment, la notion de « pression » n’est définie. Il ne s’agit donc pas d’une enquête mais d’un ramassis de propos de comptoirs.

Berjac : On commence par un appel à témoin qu’on assimile à une enquête sur échantillon représentatif. Puis on assimile une insistance légère ou lourde à un viol. Il y a quelques jours sur un autre article, on annonçait la fin de l’hétérosexualité. On finira par ne plus rien prendre au sérieux.

Jean Kazadi : Quelle différence fait-on entre courtiser et faire pression sur une femme ?

Philou : Moi aussi j’ai à accepté pour faire plaisir à ma copine. Moi aussi j’ai été réveillé. Ce qui est dramatique c’est le côté binaire qui est en train de gagner notre société. Moi, moi, moi et à la fin, aucun compromis. Avec aussi l’absence totale de la compréhension de la notion de nuance, de contexte etc etc. On met dans le même sac la violence physique qui est inacceptable et le concessions du vivre ensemble.

PV : Ma femme m’a invité à l’hippopotamus pour la St Valentin, j’étais fatigué et aurais préféré regarder la télé, s’agit il d’une pression à passer à la casserole une fois à la maison ?

Pierre HUBU : La plus à plaindre, c’est la dixième, celle qui n’a jamais subi aucune pression pour avoir un rapport sexuel…

Jean-Pierre Bernajuzan : Les commentaires vont de pire en pires. Si on leur dit qu’ils défendent le machisme, ils nient et trouvent une bonne raison, à côté, pour contester tous les efforts, toutes les études qui essaient de mettre à jour les pratiques réelles des Français, hommes et femmes, chacun avec leur ressenti.
Furusato : Non, JPB, c’est la malhonnêteté d’un certain féminisme, son travail au marteau sur des termes confus comme celui de pression. Exemple un des partenaires sexuels n’est pas vraiment excité,ne veut pas vraiment mais se dit bon je vais faire plaisir et s’y met ( parfois avec un excellent résultat), c’est arrivé maintes fois dans mon couple ….d’un côté ou de l’autre. Pression, auto-contrainte ? Et alors ? l’excitation sexuelle des débuts d’une relation , dans son alignement parfait des désirs, dure seulement deux mois en moyenne. Et après ?

Leonidas @ Bernajuzan : Selon une étude faites par moi même (niveau méthodologique équivalent à celui de ce collectif) : 99% des femmes sont opposées au féminisme hystérique et ne partage pas leur haine obsessionnel des hommes. C’est la preuve que ça n’a rien avoir avec du machisme ! Sauf si par « machisme » vous entendez ne pas se laisser insulter et marcher dessus par des hystériques totalitaires.

Catherine R. : Je suis une femme et ces nanas m’horripilent.

C.Carlin : On sait que les femmes passent des heures à trouver le meilleur maquillage, la meilleure tenue, le meilleur soutien gorges, etc pour s’attirer les regards sexuels et les faveurs des hommes. L’égalité est dans les deux sens : si elles veulent être « respectées » (càd pas remarquées, dans leur vocabulaire), alors elle ne doivent plus se mettre en scène non plus. Il faut être un peu logique.

28 février 2020 Sexualité, seins nus et Cour de cassation

10 février 2019 Nature de la sexualité et droit à la sexualité

30 décembre 2018 La bipédie, origine de notre sexualité très encadrée

13 janvier 2018 Sexualité et harcèlement, l’homme, un animal dénaturé

1er septembre 2011 nature et sexualités : le débat sur le genre humain

9 septembre 2009 démographie, sexualité éclairée

* LE MONDE du 4 mars 2020, Neuf femmes sur 10 disent avoir subi une pression pour avoir un rapport sexuel, selon une enquête

Sexualité, seins nus et Cour de cassation

Pour la chambre criminelle de la Cour de cassation, montrer sa poitrine pour une femme est constitutif d’une exhibition sexuelle, délit puni d’un an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende. Oui, vous avez bien lu, en France il y a une «  haute juridiction » qui a des pudeurs de biche effarouchée. Cette Cour a toutefois relaxé la militante qui avait exhibé sa poitrine au musée Grévin de Paris, en juin 2014, reconnaissant une « démarche de protestation politique »*. Les mœurs ont évolué, les poitrines nues peuvent se montrer dans des publicités, des magazines ou à la télévision, mais pas devant la Cour de cassation. Du point de vue des écologistes, cette atteinte judiciaire au nudisme, au naturisme et à la libre disposition de son corps semble anachronique et rétrograde. Les commentateurs sur lemonde.fr écrivent tout le mal qu’ils pensent de cet arrêt :

Fratern : Il faudra que nos éminents juristes prennent des cours d’anatomie. Les organes sexuels se trouvent un peu plus bas. « Un organe sexuel se définit comme un organe impliqué dans la reproduction des Hommes, des animaux mais aussi des plantes (le pistil ou les étamines). Chez la femme, l’organe sexuel est l’ovaire. Plus largement, le terme d’organes sexuels englobe la vulve, les petites et grandes lèvres, le clitoris, le vagin… En anatomie, le sein n’a pas de caractère sexuel.

Hein : les seins, c’est seulement un caractère sexuel secondaire ! Pour certaines cultures, on sait que les cheveux féminins ont un caractère sexuel. Pour d’autres, les pieds. Enfin, les cultures multiplient les « caractères sexuels secondaires » artificiels : les bijoux, le maquillage… En revanche, les seins servent à allaiter.

GGR : « Une exhibition sexuelle est punie d’un an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende »… Quand j’étais jeune, la plupart des femmes étaient topless à la page. Ça en aurait fait du monde en prison chaque été !

JFG : Argumentation étonnante de la part de la Cassation, qui ouvre une boîte de Pandore. L’article 222-32 (NCP) vise « l’exhibition sexuelle » mais sans définir, d’aucune manière, ce qu’elle recouvre. Face à ce flou, le gouvernement de l’époque avait été conduit à clarifier la notion sous-jacente par une simple circulaire. Circulaire tellement floue qu’elle a été attaquée en justice, avec raison et succès (cas réel : un homme se masturbe devant un groupe d’adolescentes dans un camping naturiste ; la circulaire lui fait droit parce que l’espace considéré est exempt de qualifications d’exhibition ; la logique prévaut, heureusement, à l’encontre de cette circulaire, et il est condamné). Boîte de Pandore parce que, demain, on peut manifester entièrement nu/e/s. La jurisprudence Cass retient la qualification d’exhibition sexuelle, mais aussi la « démarche de protestation politique » pour fonder la relaxe…

Franck : La cour de cassation vient de décrédibiliser l’intégralité de ces jugements. Un mec torse nu, est-ce de l’exhibition de sexuelle ? Il y a fort à parier que cette vieille institution ne le jugerait pas de la même manière.

Claude GISSELBRECHT : « Cachez ce sein que je ne saurais voir » … Nouvelle tartufferie ?

Lesgalapagos : Quand est ce qu’un corps humain ne sera plus un tabou pour les humains ? Toutes ces lois sur l’exhibition sexuelle ne sont que des ersatz religieux qui entendent continuer de dominer les humains avec leurs a priori.

Sur ce blog biosphere, nous considérons la nudité comme conforme à notre nature. Car nu nous naissons, et par la suite nous nous nous habillons ou déshabillons comme le veut notre bon plaisir… sans succomber aux effets de mode vestimentaires ni aux diktats religieux.

7 août 2018, Nudité ou burka sur les plages, à chacun son propre choix

5 janvier 2015, Christiane Lecocq, la liberté d’être complètement à poil

* LE MONDE du 28 février 2020, Les seins nus des Femen sont bien de l’exhibition sexuelle, juge la Cour de cassation

Textile, la planète victime de la mode

Déshabiller la Planète pour habiller nos jolies filles et leurs mecs… c’est l’objectif des défilés de mode pour une industrie textile qui pollue autant que les transports maritimes et aériens réunis. LE MONDE fait une double page (14 et 15) sur les nuisances de l’industrie textile, rubrique économie*. Mais dans le même numéro, elle balance une double page (24 et 25) sur la fashion week milanaise, rubrique styles**. Schizophrénie assurée. Ajoutons d’un côté un article de fond sur les excès textile de la société de consommation***. ET de l’autre notre écolo en chef, le schizophrène Macron du « en même temps », organise son soutien au secteur textile à l’Elysée*** : 200 convives au palais de l’Elysée invités par le président de la République, membres du comité exécutif de la Fédération de la haute couture et de la mode, personnalités haut placées dans l’organigramme des grands groupes français (Hermès, LVMH, Kering, Chanel..). Le message délivré par Emmanuel Macron était très clair : honorer la création à l’occasion de la semaine de la mode. Toujours l’économie qui supplante l’écologie, mais ce n’est plus pour longtemps : il y a le coronavirus, ET le changement climatique, ET le pic pétrolier, ET le stress hydrique… On s’habillera comme on pourra dans les temps à venir. Quelques références à retenir :

« Pas de mode sur une planète morte. » Samedi 15 février 2020 à Londres, les défilés de la Fashion Week ont rencontré les pancartes hostiles d’Extinction Rebellion. Au nom de la protection de l’environnement, le Conseil suédois de la mode avait déjà annulé la fashion week de Stockholm en juillet 2019. Le secteur de l’industrie textile est emblématique de tous les excès de la société de consommation – en particulier, l’obsolescence programmée des produits, le cycle infernal des promotions, la surconsommation de produits non nécessaires et la mondialisation de l’économie. Les enseignes de la fast fashion, en renouvelant constamment leurs collections, nous poussent à acheter à l’excès, avec un modèle de prix bas qui implique de produire dans des pays à faibles coûts de main-d’œuvre. On achète deux fois plus de vêtements qu’il y a vingt ans et on les porte deux fois moins longtemps ! Cette industrie émet 2 % des émissions globales de gaz à effet de serre et consomme 4 % de l’eau potable disponible sur Terre.Toutes sortes de produits chimiques, métaux lourds, solvants chlorés, acides, entrant dans le traitement des tissus, finissent dans la nature. Il faut inclure encore les impacts du transport d’un pays à l’autre, des emballages… Notre responsabilité de consommateurs est immense, il nous faut résister au processus imitation/ostentation mis en évidence par Thorstein Veblen dès 1899.

Patagonia avait montré la voie il y a dix ans déjà, lors d’une campagne qui a marqué : « Notre veste a un impact écologique, donc l’acte le plus responsable que vous puissiez faire est encore de ne pas l’acheter si vous n’en avez pas besoin. » Quelques articles antérieurs sur notre blog biosphere :

29 octobre 2008, La mode se cherche un modèle écologique, en vain

2 mai 2018, Tendance écolo à la mode, ne rien acheter de neuf

10 juillet 2016, À lire, Théorie de la classe de loisir de T.Veblen (1899)

4 mars 2013, pour des vêtements androgynes, non au luxe et à la mode

3 octobre 2009, la mode, la mode, la mode…

14 novembre 2008, l’indécence du luxe

* LE MONDE du 26 février 2020, La planète victime de la mode

** LE MONDE du 26 février 2020, La parenthèse milanaise, la procession Gucci, Le barnum Moncler…

*** LE MONDE du 26 février 2020, « L’industrie textile est emblématique de tous les excès de la société de consommation »

**** LE MONDE du 27 février 2020, Quand la mode défile à l’Élysée

Coronavirus : pandémie et sélection naturelle

Le coronavirus pourrait-il servir de sélection naturelle pour l’espèce humain ? Le SARS-CoV-2 est sortie des frontières de la Chine. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) ne cache plus son inquiétude. « Ce virus est très dangereux. C’est l’ennemi public numéro un et il n’est pas traité comme tel », s’est alarmé son directeur général*. L’OMS ne parle pas encore de pandémie, mais tout devient possible. Voici quelques pensées sur la sélection naturelle :

sociétés premières : « Les Indiens Pirahãs réagissent à l’hostilité de l’environnement par un stoïcisme implacable est souvent difficile à supporter pour l’hôte. Comme la mort sans soin de la jeune Xaogíoso, au bord de l’eau, tandis qu’elle est en train d’accoucher dans l’indifférence de son entourage. » Cette société première estime que chacun doit affronter par lui-même les épreuves de la vie : c’est une forme de sélection. (LE MONDE du 10 juin 2010, « Le Monde ignoré des Indiens Pirahãs », de Daniel Everett : la langue la plus étrange)

1798, Malthus Thomas Robert : « Tournons maintenant nos regards sur les diverses contrées de l’Amérique. On expose généralement les enfants difformes ; et quelques peuplades du Sud font éprouver le même sort aux enfants dont les mères ne supportent pas bien les peines de la grossesse et le travail de l’enfantement, de peur qu’ils héritent de la faiblesse de leurs mères. C’est à de telles causes qu’il faut attribuer l’exemption remarquable de difformité qu’on observe chez ces sauvages. Et lors même qu’une mère veut élever tous ses enfants sans distinction, la mort en enlève un si grand nombre, par la manière dure dont on les traite, qu’il est à peu près impossible que ceux d’une constitution délicate puissent atteindre l’âge d’homme (…) Ainsi la faible population de l’Amérique répandue sur son vaste territoire n’est qu’un exemple de cette vérité évidente, que les hommes ne peuvent multiplier qu’en proportion de leurs moyens de subsistance. » (Des obstacles à la population dans les nations indigènes de l’Amérique / Malthus, Essai sur le principe de population (Flammarion 1992, tome 1, page 91 à 113))

1871, Charles Darwin : « Chez les sauvages, les individus faibles de corps ou d’esprit sont promptement éliminés, et les survivants se font ordinairement remarquer par leur vigoureux état de santé. Quant à nous, hommes civilisés, nous faisons, au contraire, tous nos efforts pour arrêter la marche de l’élimination ; nous construisons des hôpitaux pour les idiots, les informes et les malades ; nous faisons des lois pour venir en aide aux indigents ; nos médecins déplient toute leur science pour prolonger autant que possible la vie de chacun (p.179)… Comme l’a remarqué M.Galton, si les gens prudents évitent le mariage, pendant que les insouciants se marient, les individus inférieurs de la société tendant à supplanter les individus supérieurs (p.750).  » (La descendance de l’homme – 1871) extraits tirés du livre de Ivo Rens, Entretiens sur l’écologie (de la science au politique)

1926, Jean Rostand : « Nos sociétés donnent la possibilité de survivre et de se reproduire à des milliers d’êtres qui eussent été autrefois implacablement éliminés dès le jeune âge. La diminution de la mortalité infantile, les vaccinations généralisées entraînent un affaiblissement de la résistance moyenne de l’espèce. Il s’ensuit un avilissement progressif de l’espèce. Donc par l’effet de la civilisation, nul progrès à espérer pour l’animal humain, mais une décadence à craindre. » (L’homme, éditions Babelio)

1965, Jean Dorst  : « L’humanité, envisagée comme une population animale, a réussi à se débarrasser de la plupart des freins à sa prolifération au risque non négligeable de multiplier les maladies héréditaires, autrefois éliminées en plus grande proportion par la sélection naturelle. On a parfois tenté de se poser la question : faut-il condamner Pasteur en raison de ses découvertes ? Certes non. Mais l’homme se doit de trouver dans les plus brefs délais, un moyen de contrôler une prolificité exagérée, véritable génocide à l’échelle de la planète. Un premier moyen de régulation est l’émigration. Or cela n’est plus guère possible à l’heure actuelle car toute la planète est strictement compartimentée et coupée de barrières. Un deuxième procédé est l’augmentation du taux de mortalité. Certaines sociétés primitives éliminent les vieillards, tandis que d’autres préconisent l’infanticide. C’est impossible à envisager dans le cas de l’humanité évoluée. Le troisième procédé consiste à une diminution du taux de natalité. Aucune religion, aucune morale et aucun préjugé ne doivent nous en empêcher. Le jour où les peuples se jetteront les uns contre les autres, poussés par des motifs en définitive écologiques, cela serait-il plus hautement moral que d’avoir maintenu les populations humaines en harmonie avec leur milieu ? » « Avant que nature meure de Jean Dorst, éditons Delachaux et Niestlé)

2003, William Stanton : « L’avortement ou l’infanticide sont obligatoires si le fœtus ou le bébé s’avèrent très handicapés (la sélection darwinienne élimine les inaptes). Quand, par l’âge avancé, par un accident ou une maladie, un individu devient plus un poids qu’un bénéfice pour la société, sa vie est humainement arrêtée…  Le plus grand obstacle dans le scénario ayant le plus de chance de succès est probablement (à mon avis) la dévotion inintelligente du monde occidental pour le politiquement correct, les droits humains et le caractère sacré de la vie humaine… Aux sentimentalistes qui ne peuvent pas comprendre le besoin de réduire la population de la Grande-Bretagne de 60 millions à environ 2 millions sur cent cinquante ans, et qui sont outrés par la proposition de remplacement des droits humains par une froide logique, je pourrais répondre : ’Vous avez eu votre temps. » (William Stanton , The Rapid Growth of Human Population 1750-2000 : Histories, Consequences, Issues, Nation by Nation, Multi-Science Publishing, 2003) in Serge Latouche Le pari de la décroissance, Arthème Fayard/Pluriel, 2006, pp. 142-143)

2011, Alain Hervé : « Nous échappons aux régulations naturelles comme les épidémies. Pasteur a conjuré la mortalité infantile naturelle. Il ne savait pas qu’il contribuait ainsi à rompre l’équilibre démographique. Maintenant le milliard d’hommes qui naissent et meurent affamés n’accède plus vraiment à l’état humain, il en reste à un état infra-animal. On peut me traiter d’antihumaniste ; le politiquement correct est devenu une peste intellectuelle… » (Propos recueillis par Michel Sourrouille, chronique de mars 2011 parue sur lemonde.fr)

2015, Didier Barthès : « Aujourd’hui les individus mêmes porteurs de faiblesses physiques notables (n’y voyez pas un jugement moral ou dévalorisant) ne sont plus soumis à la sélection naturelle et donc, du point de vue génétique, peuvent transmettre ces faiblesses à leurs descendants. Ainsi aujourd’hui, l’augmentation du nombre de myopes est liée, certes au mode de vie – on regarde de près plus souvent que de loin désormais dans la vie quotidienne – , mais aussi au fait qu’une forte myopie n’est plus un handicap rédhibitoire comme elle le fut auparavant. Ce qui est vrai pour la myopie l’est pour beaucoup d’autres choses. Beaucoup de mécanismes de défense de l’organisme (ne serait ce que la force physique ou la résistance à certaines maladies) ne constituent plus des avantages et ne sont donc plus sélectionnés. Nous dépendrons de plus en plus de la médecine et de moins en moins de nos propres forces. Le jour où la société ne pourra plus assumer de lourdes charges en matière de soins, il est possible que la vie de beaucoup d’entre nous soit menacée. Je suis bien conscient du caractère dérangeant du point de vue que je défends et je ne suis pas un adversaire de la médecine dont je suis heureux à titre personnel de bénéficier comme chacun d’entre nous. Toutefois cela ne saurait me faire oublier que le problème se pose et que peut-être un jour l’humanité le paiera cher. »( Commentaire posté sur cet article, Mainmise de l’industrie sur nos repas : trop de sucre)

2016, Pierre Jouventin : « Darwin réalisa que les capacités de reproduction des espèces dépassaient très largement le nombre des descendants observés et donc qu’il existait une sélection naturelle qui triait en permanence les êtres vivants, ne laissant se perpétuer que ceux capables de s’adapter à leur milieu physique. Au fil des générations, seuls ceux qui sont parvenus à survivre et à se reproduire ont transmis leur patrimoine héréditaire. Cette sélection fut sans doute particulièrement rapide chez nos ancêtres parce que c’était urgent et vital pendant la délicate période d’adoption à un mode de vie radicalement différent de leurs ancêtres arboricoles. Le cerveau, qui était déjà remarquable par sa taille chez les primates, a été fortement sélectionné pour tripler en moins de deux millions d’années. Avoir une gros cerveau n’est pas nécessairement un avantage pour durer, tout au contraire puisque des plantes, des microbes et des animalcules sans système nerveux sont parvenus à se perpétuer pendant des millions d’années, et qu’ils risquent fort de nous survivre. La solution de l’accroissement du cerveau semble un échec inévitable et prévisible de l’Évolution. Sommes-nous une espèce ratée, pathologique, alors que les autres animaux sont fonctionnels, construits pour durer, avec sans doute moins de cervelle, mais moins d’excès et de démesure, avec peu de culture et beaucoup d’instinct pour éviter de se perdre comme nous dans des idéologies fumeuses ? La sélection s’est-elle un peu relâchée chez Homo sapiens et avons-nous régressé intellectuellement à cause de notre douce vie de civilisé ? C’est en tout cas ce qui est arrivé aux chiens qui ont perdu lors de la domestication un tiers du volume cérébral de leur ancêtre sauvage. Le loup il est vrai doit exploiter toutes ses aptitudes motrices et sensorielles pour survivre. » (L’homme, cet animal raté, aux éditions Libre et solidaire)

* LE MONDE du 23-24 février 2020, La propagation du coronavirus inquiète l’OMS

Sport spectacle, pieds nus et tout nus

C’est la fin programmée des records mondiaux : le sportif utilisait 65 % de ses capacités physiques en 1896 (début des JO), contre 99 % actuellement et 99,95 % en 2025 si on prolonge les tendances. Les sportifs de haut niveau s’entraînent dorénavant plusieurs heures par jour contre presque rien  en 1896 ; ils ont des préparateurs physiques, une gestion rationnelle de l’alimentation, on atteint les limites, on échappe normalement au délire olympique du « citius, altius, fortius » (plus vite, plus haut, plus fort). Alors reste les prothèses technologiques et cela pose débat. La pharmacopée dopante est prohibée, fin officielle du dopage. La combinaison de natation grâce à laquelle la peau des nageurs s’apparentait à la peau des dauphins (en polyuréthane) est désormais interdite : elle augmentait la vitesse des nageurs de 3 %. Aujourd’hui se pose le problème des chaussures.

Les nouvelles Vaporfly de l’équipementier Nike relèvent du dopage technologique : des sandales qui allient« légèreté de la chaussure », « amorti, stockage et renvoi de l’énergie [grâce à la semelle en mousse zoomX] » et « rigidité en flexion [permise par la plaque en fibre de carbone] »*. Des innovations qui conduisent à une amélioration des performance jusqu’à 4 % en moyenne à une vitesse de 18 km/h . Le 12 octobre 2019, le Kényan Eliud Kipchoge, chaussé du dernier prototype de Nike, avait abaissé pour la première fois la barrière des deux heures sur marathon. En 2 h 14 min 4 secondes, sa compatriote Birgid Kosgei avait éclipsé des annales le record du monde féminin de la Britannique Paula Radcliffe. World Athletics, la fédération internationale, n’est pas allée jusqu’à l’interdiction des chaussures déjà sur le marché. Elle a en revanche annoncé, le 31 janvier 2020 geler l’introduction de toute nouvelle technologie dans les chaussures jusqu’aux Jeux olympiques de Tokyo (24 juillet-9 août 2020). Les équipementiers devront désormais faire valider chaque nouvelle innovation par un groupe d’experts, mais World Athletics, se dit « ouvert à un dialogue contenu avec les fabricants de chaussures ».

A la différence du maillot de bain qui paraît pour les pudibonds indispensable dans les compétitions de natation, il n’y a aucune obligation aujourd’hui à mettre des chaussures pour courir en compétition. Tour le monde devrait connaître l’Éthiopien Abebe Bikila, vainqueur pieds nus du marathon olympique de Rome en 1960. En 1996 aux JO d’Atlanta, les athlètes comoriens, dont la Fédération n’avait pas les moyens de leur offrir les dernières chaussures de sprint qui équipaient leurs adversaires, ont couru pieds nus pour protester contre la « course à l’armement ». Imaginons un athlète prometteur et ambitieux. Il se fait amputer au dessous des genoux pour se faire poser une prothèse en lames de carbone : il y aura restitution de 30 % d ‘énergie en plus que le pied quand il était intact. La course à pied peut-être, mais pieds nus puisque le sport n’est en soi ni une performance nationaliste, ni le spectacle de sa marchandisation. Les sportifs doivent rester des amateurs et pratiquer les Jeux Olympiques comme dans l’antiquité, entièrement nus de la tête aux pieds, et sans sponsors. Pour bâtir un alter-JO écolo, nous suggérons aussi la fin de l’hyperspécialisation : chaque athlète devrait concourir dans quinze disciplines différentes. Enfin l’écologie devrait être aux avant-postes : pas de déplacement des sportifs et des spectateurs, chacun concourt près de son lieu de résidence pour éviter le coût énergétique des déplacements…

Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphère :

29 août 2011, artificialisation du sport et fin de la compétition

8 août 2008, les JO ? Plutôt courir pieds nus !

* LE MONDE du 1er février 2020, Les « chaussures miracles » Vaporfly de Nike autorisées aux Jeux olympiques, mais…

Écovégétarien, flexitarien, végétalien…

Christian Rémésy : nous avons développé un clivage entre végétarien et non végétarien, centré sur la consommation de viandes, sauf que l’urgence climatique exige plutôt de faire la part entre calories d’origine animale ou végétale. La nécessité de lutter contre les anciens clivages commence à être dénoncée et certains se qualifient maintenant de flexitarien pour signifier qu’ils sont des mangeurs occasionnels de viandes. Nous aurions besoin d’un mot plus signifiant, celui d’« écovégétarien », que je vous invite à adopter dans la vie de tous les jours. Une attitude écoresponsable devrait donc nous conduire à diminuer d’environ de moitié notre consommation de produits animaux pour que la part des calories animales dans nos assiettes passe de 30 % à 15 % des calories totales. A titre indicatif, cela équivaut à consommer de la viande (environ 100-120 g) seulement quatre ou cinq fois par semaine, du poisson une fois par semaine, des produits laitiers quatre ou sept fois, des œufs deux à quatre fois et de la charcuterie quatre ou cinq fois par mois seulement. Etre « écovégétarien », c’est aussi opter pour le bio en évitant ses dérives industrielles. C’est enfin un atout remarquable pour rester en bonne santé. Mais les pouvoirs publics évitent de se prononcer clairement pour ne pas avoir à affronter les puissants lobbies de l’élevage.*

Sur notre blog biosphere, quelques variation sur végétarien, végétalien, vegan, lovavore, extraits :

12 septembre 2019, Le repas végétarien à l’école, enfin !

Dans un pays ou seulement 5 % de Français se déclarent végétariens, et 35 % « flexitariens », l’appropriation culturelle du repas végétarien est un processus long, trop long. Dix ans pour que l’État réagisse enfin ! Le 29 mai 2009 L’A.V.F. (Association Végétarienne de France) avait lancé la campagne pour « un jour végétarien hebdomadaire en France » à la suite de l’initiative de la ville belge de Gand. Elle travaillait en partenariat avec toutes les organisations se reconnaissant dans l’intérêt du « Lundi Jour Végétarien »…

11 juin 2012, Locavore, l’art de cuisiner dans le futur

Les locavores mangent local. Tout ce qui n’a pas été produit, préparé et emballé dans un rayon de 160 km (ou 30, ou 200) est interdit de séjour dans les assiettes de ceux qui adoptent la façon de manger locavore.  Le New Oxford American dictionary a fait de locavore son mot de l’année 2007. Ce sera le mot d’ordre du XXIe siècle. Pour économiser l’énergie et conforter la sécurité alimentaire, il faudra produire et consommer le plus possible localement sa nourriture. Mais le locavore que nous deviendrons tous de gré ou de force après le choc pétrolier n’aura pas la vie facile. Manger local, ce sera souvent faire vache maigre, avec de préférence un régime très végétarien…

28 aout 2017, Végan, l’art de l’ersatz et de la confusion des valeurs

Il est discutable de vouloir confondre les végétariens, les végétaliens un peu plus radicaux, et les extrémistes végans pour qui tout produit issu de l’exploitation animale est à bannir. Il est encore plus contestable de réduire le débat à la question qui tue : « Est-il loisible, recommandé ou condamnable de tuer des animaux pour les manger ? » Il est sans consistance aucune d’évoquer « des raisons morales » au choix végan. A force d’approximations, il s’agit pour cette militante du véganisme de laisser le lecteur dans l’ignorance de ce que veulent dire les mots et les pratiques. Éclairons le débat. Le végétarisme exclut tout régime alimentaire basé sur la consommation de chair animale (viande, poissons ou crustacés). Le végétalisme s’interdit en outre tout produit issu des animaux, œufs, miel, laitages. Le véganisme va encore plus loin et récuse toute forme de contact avec les animaux, le cuir, la soie, la laine et tout produit contenant des matières animales…

* LE MONDE du 19-20 janvier 2020, « Devenir “écovégétarien” offre l’espoir d’être plus en harmonie avec le monde vivant »

La fin des inégalités, c’est pour demain !

Notre société est toujours une royauté, avec ses privilégiés qui n’ont pas un carrosse mais un avion personnel, par de palais mais des demeures luxueuses disséminées dans le monde entier, pas de jets d’eau dans le jardin mais des palaces flottants dans les paradis fiscaux. Rares sont les transfuges de cette super-classe. Abigail Disney, une des héritières de l’empire Disney, a adhéré en 211 au club des Patriotic Millionaires, les millionnaires patriotiques, super-riches culpabilisant de l’être un peu trop. En octobre 2019, Abigail a reçu la distinction de « traître de classe », décernée par l’Union pour une économie juste, une association fondée par Chuck Collins, 60 arrière-petit-fils du magnat du hot-dog, Oscar Mayer. Un social-traître lui aussi : à 26 ans, il distribuait la totalité de son héritage à des organismes de justice sociale et environnementale.*

La différence de revenus entre personnes est non seulement injustifié d’un point de vue économique, mais insupportable d’un point de vue écologique. Un jour où Abigail voyageait, seule dans le Boeing 737 familial, installée dans son grand lit, elle a réalisé que l’avion était un peu disproportionné. « L’empreinte carbone, le carburant. Je me suis dit que c’était totalement erroné. » En mars 2018, on l’informa qu’à Disneylan. le personnel n’arrivait plus à joindre les deux bouts. « C’était censé être l’endroit du plus parfait bonheur sur terre, et les employés étaient si mal payés qu’ils étaient obligés de dormir dans leur voiture ou de se nourrir dans les banques alimentaires », a-t-elle relaté. Parallèlement, Disney avait enregistré un profit de 13 milliards de dollars et son PDG, Bob Iger, avait été gratifié d’une rémunération de 65 millions de dollars. Soit plus de mille fois le salaire médian des salariés. Comment passer de ce cas particulier à une proposition globale ? Avec les Patriotic Millionaires, Abigail Disney fait maintenant campagne pour imposer une surtaxe de 1 % aux compagnies qui rémunèrent les patrons de 50 à 100 fois plus que les salariés – et de 4 % si le ratio est de plus de 300. La législation ne s’appliquerait qu’aux entreprises qui réalisent plus de 10 millions de dollars de revenus imposables. On peut aller beaucoup plus loin. Nos principes de base sur l’égalisation des conditions reposent sur deux points :

– La propriété, c’est le vol. L’homme ne travaille pas socialement pour lui-même mais pour le bien commun. Il n’a aucun droit absolu sur « son » entreprise », « son » capital, « sa » maison, « son » salaire, etc. C’est un locataire perpétuel temporairement embarqué dans des structures collectives qu’on appelle entreprise, capital financier ou technique, maison pavillonnaire ou HLM, participation à la valeur ajoutée de l’entreprise (pour le paiement des salaires ou le bénéfice)….

– A travail égal, salaire égal. Il n’y a pas d’inégalité de valeur entre le travail d’un éboueur et celui d’un PDG. Ils sont aussi utiles à la société l’un que l’autre, ils dépendent autant l’un de l’autre, ils ont les mêmes besoins matériels. Alors pourquoi alors à travail égal un revenu différencié ? L’unité monétaire devrait être définie par l’heure de travail, seul le nombre d’heures travaillées ferait la différence de revenu entre dirigeant et dirigés. Pratiquons la simplicité volontaire, exigeons des cadres et des patrons de faire de même.

Rappelons l’essentiel de notre article « Salaire élevé d’un patron, n’acceptons pas l’injustifiable » : L’inégalité des revenus permet à certains d’avoir une empreinte écologique démesurée alors que d’autres personnes vivent en dessous du minimum vital. Qu’est-ce qui justifie cet état de fait ? Aucun dirigeant d’entreprise n’a à lui seul le pouvoir de faire de l’argent. En fait il bénéficie du groupe de travail que constitue l’ensemble des travailleurs de l’entreprise. Sans personne à sa disposition, un patron n’est qu’une personne indépendante qui ne peut compter pour gagner de l’argent que sur ses propres forces; les artisans et commerçants travaillent beaucoup et ne gagnent pas grand chose. L’autre aspect est le chiffre d’affaires de l’entreprise, c’est-à-dire l’apport d’argent par les consommateurs. Plutôt que de rémunérer le seul patrons sur les bénéfices, on peut aussi bien distribuer l’argent à l’ensemble du personnel ou, mieux, redonner le surplus d’argent aux consommateurs en diminuant les prix de vente. D’ailleurs les montants versés aux dirigeants ne dépendent pas de leur « performance » individuelle mais de la taille de l’entreprise. Plus l’entreprise est grande, plus sa valeur ajoutée permet les fortes rémunérations d’une seule personne… avec la bienveillance d’un conseil d’administration inféodé à ce patron. Admettons qu’un patron travaille 15 heures par jour sept jours sur sept en pensant certaines nuits à son entreprise. Même dans ce cas il ne devrait être payé que trois fois la somme donné au travailleur de base de son entreprise, il ne turbine pas du chapeau plus de 100 heures par semaine ! En savoir plus grâce à notre réseau biosphere :

http://biosphere.blog.lemonde.fr/2011/04/06/supprimons-les-inegalites-de-salaires/
http://biosphere.blog.lemonde.fr/2011/04/07/supprimons-les-inegalites-de-salaires-suite/
Comment les riches détruisent la planète d’Hervé Kempf (Seuil, 2007)

* LE MONDE du 23 janvier 2020, Abigail Disney, héritière et « millionnaire patriotique »

Dry January, janvier sans alcool, dur dur

L’opération « Janvier sec » ou « Dry January», qui consiste à suspendre sa consommation d’alcool pendant un mois, devait être soutenue par l’agence nationale Santé publique France, mais voilà que le vigneron triomphe : elle se fera sans l’État*. Macron ne veut pas de diète alcoolique, il est bien entouré. Désignée conseillère agriculture du président en mai 2017, Audrey Bourolleau a accompagné Emmanuel Macron tout au long de sa campagne. Mais elle était aussi déléguée générale de Vin & Société depuis 2012. Créditée pour avoir mené, en 2015, la dernière offensive victorieuse de détricotage de la loi Evin – les contenus consacrés au « patrimoine culturel, gastronomique ou paysager liés à une boisson alcoolique » ne sont plus considérés comme de la publicité mais comme de l’information ! La ministre de la santé, Agnès Buzyn, fait profil bas.

Paradoxe bien connu dans nos société marchandes, la contradiction ne fait pas peur. LE MONDE « science&médecine » du 22 janvier montre comment le lobby de l’alcool sape la prévention. Et le supplément « LE MONDE des vins » du 21 janvier était uniquement consacré à vanter les soirées alcoolisées, mais en bio s’il vous plaît : les promesses du bio, 75 flacon bons et bio à moins de 25 euros, et même l’appui de Mario Vargas Llosa « come une lange, le vin relie les hommes » ! Il est vrai que le Prix Nobel de littérature est aussi lauréat du prix littéraire Château La Tour Carnet 2019 : « Je ne consomme pas d’alcool fort. Mais je déguste seulement du rouge le soir, pas au déjeuner, sinon je suis paralysé et je ne peux pas travailler. Un jour, un médecin m’a recommandé d’arrêter l’alcool pendant un mois. Je lui ai avoué que je ne buvais que du vin. Cela l’a rassuré, et il m’a dit que ce n’était pas de l’alcool ! Je lui ai alors demandé ce qu’était le vin. Il m’a répondu : « C’est la civilisation. » Quelle civilisation ? C’est la marque de l’intoxiqué d’aimer la source de son addiction, surtout quand il est payé pour en faire la propagande, le prix était doté de 20 000 euros. .

C’est la marque de notre société marchande d’imposer ses produits mêmes toxiques aux consommateurs par différents moyens, politiques, publicitaires et agents de liaisons. Qu’elle dure un mois ou toujours, les alcooliers ne veulent pas de l’abstinence. Au cauchemar de la sobriété, ils préfèrent la « modération » toute l’année. Le détournement des repères par le lobbying viticole est d’autant plus lourd de conséquences que, depuis la fin des années 2000, les études scientifiques qui s’accumulent finissent de balayer le mythe des effets bénéfiques de l’alcool consommé avec « modération ». Face aux avancées de la science, tous les moyens sont bons pour ignorer les faits. Un éditorial de La Revue du vin de France vilipende les « associations hygiénistes qui font régner la peur en associant le vin à la mort et au cancer », n’hésite pas à parler de « camarilla prohibitionniste », de « censeurs », de « ligues de vertu », du « carcan mortifère de la loi Evin », qui encadre le tabac et l’alcool. « Il faut réagir, s’enflamme le directeur de la rédaction, cesser de financer ces associations parasites qui préconisent la ruine de notre secteur viticole, le reniement de notre culture. » Comment résister au déferlement de la haine quand on touche aux intérêt financiers ? Face au pouvoir de l’argent, la résistance n’est que symbolique, janvier sec, semaine sans écrans, lundi végétarien, etc. Mais ce n’est pas parce qu’on est minoritaire qu’on n’a pas raison. Le détournement des repères par le secteur est d’autant plus lourd de conséquences que, depuis la fin des années 2000, les études scientifiques qui s’accumulent finissent de balayer le mythe des effets bénéfiques de l’alcool consommé avec « modération ». L’alcool est la deuxième cause de mortalité prématurée évitable après le tabac. Vin, bière ou rhum : tous les alcools ont les mêmes effets. Pour en lire plus sur notre blog biosphere :

27 janvier 2019, Même le vin bio, c’est pas bien, c’est pas beau

13 février 2012, dur pour un écolo de refuser de trinquer ?

* LE MONDE du 22 janvier 2020, Comment le lobby de l’alcool sape toute prévention prônant l’abstinence

** LE MONDE du 21 janvier 2020, Mario Vargas Llosa : « Comme une langue, le vin relie les hommes »

Nous aimons beaucoup trop les feux d’artifice

Chaque nuit du 31 décembre, les crépitements et détonations d’objets pyrotechniques à tous les coins des rues allemandes créent une ambiance festive. Mais c’est source de pollution atmosphérique, de blessures graves… les pétards de la Saint-Sylvestre se trouvent sous le feu des critiques. Pour les commerçants, cette tradition est une aubaine, un chiffre d’affaires de 133 millions d’euros en 2018. Cependant, l’orgie pyrotechnique de la Saint-Sylvestre libère 5 000 tonnes de particules fines en une nuit, soit 16 % de la pollution causée par le trafic routier en une année. En dépit de la polémique, les Allemands restent attachés aux feux d’artifice ; 84 % d’entre eux attendaient avec impatience les Feuerwerke de 2019. Ainsi va la vie, nourries de contradictions. L’humain occidentalisé est soumis à des injonctions contradictoires, aller en voiture au travail pour s’acheter des feux de Bengale et respirer en y allant un air vicié rempli de gaz à effet de serre. La dissonance cognitive ou « double pensée » nous joue des tours et nous empêche d’agir comme il faudrait. Difficile de se passer de ses habitudes de plaisir et des feux d’artifice ! Difficile de se passer de ses habitudes de pensée, comment envisager l’absence de pensions de retraite dans l’avenir ! Difficile de se passer de tabac même s’il est inscrit sur son paquet de clopes « fumer tue » ! Les commentateurs écolo-sceptiques se déchaînent sur lemonde.fr* sans avoir conscience de leurs propres dissonances cognitives :

Luc Grinand : C’est quand même atterrant de fanatisme d’en arriver là. Quand il y a un problème de pollution aux particules fines, c’est que l’air est stagnant et que les gaz d’échappements des voiture s’accumule dans les villes, mais l’alerte retombe assez vite… pour la simple et bonne raison que les particules ne sont pas des gaz, elles retombent par terre sous 24-48h… c’est vraiment de l’écologie a la con que de parler en portion des émissions annuelles pour un problème qui n’a lieu qu’un jour par an, d’ailleurs si ça représente une telle « proportion » c’est justement parce que la réglementation a efficacement réduit les émissions de particules fines des voitures. Imaginons qu’on interdise les barbecue au prétexte que « ohmondieu ça représente 30% de nos émissions ! » ? c’est ça l’idée ? Faudra pas s’étonner de se faire traiter de khmer verts hein…

Azerty : Le fanatisme, est-ce remettre en question ses habitudes/traditions au nom d’une cause noble et primordiale ou dénigrer ceux qui remettent en question leurs habitudes/traditions au nom d’une cause noble et primordiale? Vaut mieux être khmer vert que khmer réac..

Untel : L’écologisme part du principe que nous sommes dans le péché, collectivement, en tant qu’éléments du genre humain. L’essentiel de son travail consiste à fournir des formes de rédemption à ses adeptes (ex. ne pas manger de viande) et à trouver des rebuffades pour les autres, les infidèles (ex. les priver de festivités de fin d’année : pas de foie gras, pas de feu d’artifice, pas d’achat de cadeaux pour les enfants au Black Friday).

Escorailles @ Untel: C’est très décevant, vous n’avez pas réussi ou songé à caller « bobo ecolos parisiens » dans votre texte. Vous baissez Untel, vous baissez…

Olivier Dobson : 16% des particules fines d’une année de trafic routier en une nuit ! Même si c’est pas encore gagné, je suis satisfait de voir que les lignes bougent, au final. Avec Rennes qui interdit les chauffages de terrasses ça donne un peu d’optimisme en cette fin d’année. haut les cœurs !

Luc Grinand : oh ça va, les particules fines ça retombe, c’est pas un gros problème, contrairement a tout le CO2 que recrachent leurs foutues centrales a charbon et leurs aciéries pour leur précieuse industrie automobile. ah mais non, suis-je bête, on sauvera le monde en interdisant les pétards ! Soit l’art et la manière d’agiter un hochet devant le public pour faire croire que les choses bouges quand en réalité on ne fait rien.

Olivier Dobson @ Luc Grinand : quand on se renseigne un peu et qu’on s’en tient aux faits, on évite de donner dans un anti-germanisme franchouillard, daté et peu éclairé, et c’est mieux. L’Allemagne produit beaucoup d’énergie renouvelable, est en plein débat pour sortir du charbon (ce qui est chose compliquée maintenant que leurs centrales nucléaires sont arrêtées), et non, les particules fines ne retombent pas sur terre, à plus forte raison par temps sec et quand une grosse chape de hautes pressions persiste au dessus du pays comme c’est le cas en ce moment. AVC et infarctus sont fortement corrélés au taux de PM5 et 10…

Olivier MT : Les enfants allemands trépignent jusqu’à ce que leurs parents cèdent et finissent par acheter pétards et feux d’artifices. Chaque année intense polémique sur la nécessité de les interdire ou non. Il y a 30 ans déjà, au nom de la sécurité, maintenant au nom de l’environnement. Le résultat est le même : ça continue.

* LE MONDE du 2 janvier 2020, En Allemagne, l’engouement pour les feux d’artifice du Nouvel An fait débat

Noël autrement, Noël écolo

Que dire quand on est écolo à l’approche de Noël ? De la sobriété, de la sobriété et encore plus de sobriété, le plus possible heureuse. Mais pour porter ce message, il ne faut pas trop attendre de l’écologie institutionnelle, accaparée par l’organisation de diverses élections ou le soutien aux grévistes du 5 décembre. Même le mensuel « La Décroissance », trop occupé à fêter ses 20 ans, ne dit pas un mot de la gabegie des fêtes de Noël dans son dernier numéro*. Fin 2005, des mouvements catholiques avaient bien lancé un appel « vivre Noël autrement ». Ils avaient diffusé une affichette avec le slogan : « Noël, bonne nouvelle pour la Terre » puisque « Jésus nous offre un monde nouveau, sans caddies pleins de cadeaux qui comblent les armoires et les décharges. » Les tracts invitaient à consommer moins et à se rapprocher de ses voisins avec lesquels la fête sera plus belle encore sans faire des kilomètres inutiles avec sa voiture, en offrant un peu de temps, un sourire, une oreille attentive, en inventant des gestes qui contribuent à sauver l’air, la terre, la mer, les forêts. Ce mouvement est resté confidentiel, il est même tombé en léthargie. Reste toujours la grande foire commerciale qu’est devenu Noël, l’occasion pour chaque Français de dépenser quelque 570 euros en moyenne avec des enfants sur-gâtés et des cadeaux qui seront revendus au Bon coin. Apothéose consumériste annuelle sans contradiction possible ? Pas sûr !

Je remarque un tournant dans les médias vers un Noël plus responsable. Prenons un journal pas spécialement écolo, LE MONDE*. Du repas de fête aux cadeaux en passant par la déco, on nous donne de multiples conseils. Evitez les sapins artificiels, l’empreinte écologique est désastreuse, comptez 48,3 kg de CO2 contre 3,1 kg pour un arbre naturel. A ce rythme, il faudrait conserver son sapin en plastique plus de 15 ans pour amortir son bilan carbone. Pour la déco, avant de courir acheter de nouvelles boules et guirlandes, sortez du grenier une guirlande un peu déplumée, un Père Noël de guingois, et on répare ce qui est cassé au lieu de remplacer. Pour le repas, donner aux convives quelques boîtes alimentaires en carton afin qu’ils repartent avec les inévitables restes. Pas de produits carnés en entrée, 75 g seulement de viande ou poisson par personne avec un bel accompagnement de légumes. Le plastique est à bannir, privilégiez les jouets en bois et les productions artisanales locales. Privilégiez le train à la voiture et à l’avion, résister à la tentation d’aller retrouver le soleil à l’autre bout de la planète. Etc. etc.

Je dirais dans ce contexte médiatique qu’il n’y a plus besoins de partis écolos. Les menaces qui pèsent sur notre avenir sont suffisamment intenses et reconnues par différentes études pour que l’opinion publique, via les médias, intériorise la nécessité d’une sobriété partagée. Mais il faut reconnaître que les autres partis sont loin d’être devenus écolos et que les élections ont besoin d’Europe Ecologie Les Verts. Avec quel discours ? Le nouveau secrétaire national, Julien Bayou, exprime dans Mediapart l’idée d’un « dépassement ». Le contour reste flou, « cristalliser un troisième pôle entre Macron et Le Pen ». On en reste à la politique politicienne, le nécessaire changement de comportement est évoqué à la marge par Julien : « Pour sauver le climat, nous devons tout repenser, et tout changer dans nos manières de produire, consommer, nous déplacer, habiter nos villes, en sortant du règne de la marchandise et de la croissance. » D’accord, mais cela reste très superficiel. Que pense Julien de la fête consumériste de Noël ?

* numéro spécial décembre 2019-janvier 2020

** LE MONDE du 2 décembre 2019, Sapins certifiés, boules en bois et cadeaux immatériels : des idées pour un Noël (plus) écolo

Faut le faire, ce sera Noël sans cadeau

Décroissant sous le sapin. Pour en finir avec le mythe de la croissance, Noël est un bon indicateur de notre aptitude réelle à changer. Car qui est vraiment prêt à dire à ses proches le jour J : «  Je ne vous ai rien acheté, car on va crever de surconsommation, et je préfère favoriser la vie » ? Combien sommes-nous à regarder en face ceux qu’on aime… sans rien leur offrir ? Combien sommes-nous à fabriquer nous-mêmes nos cadeaux ? Très peu, trop peu. (édito du Kaizen, novembre-décembre 2019)

La meilleure démarche pour un Noël sans cadeau, c’est de nier au cadeau toute valeur pour cette fête. Trop d’enfants n’ont plus accès à cette joie que procure des choses simples. Ils sont blasés devant l’excès et ont perdu la saveur de l’attente et de la patience devant la rareté. Un rituel comme celui de Noël ne devrait être là que pour nous ramener à l’essentiel, contribuer à la fraternisation et à la cohésion de nos groupes sociaux. Que dire à nos enfants ? A ma petite fille de 4 ans à qui je voulais faire prendre conscience des réalités, j’avais posé la question de l’origine des cadeaux : qui les fabriquait ? Elle me répondit du tac au tac que ce n’était pas un problème, les lutins dans le ciel s’en chargeaient… Comment faire ressentir l’exploitation des enfants dans les pays pauvres qui triment pour presque rien en fabriquant les cadeaux qui arrivent soi disant dans nos cheminées ? Que peuvent penser les enfants quand ils prendront conscience de l’énorme mensonge quand ils s’apercevront que le Père Noël n’est qu’affabulation ? Il faut dire et redire à quel point cette fête sainte est devenue un extraordinaire business. C’est important de sensiblerie les enfants à l’aspect mercantile et commercial de cet événement.

Rappelons que la nuit du 24 au 25 décembre, les parents déploient des trésors d’imagination pour faire croire aux enfants que les cadeaux tombent littéralement du ciel. La figure du Père Noël est intimement liée à la société de consommation avec la frénésie d’achat de cadeaux. On cultive la toute puissance de l’enfant qui aura l’idée de « ce que je demande, toujours je l’obtiens ». Et ensuite on se plaindra qu’ils deviennent des enfants gâtés qui réclament toujours plus de cadeaux, ne se rendent pas compte de leur valeur, manque pour finir de reconnaissance envers ceux qui leur offrent. Et si Le Père Noël devient un moyen de chantage « Sois sage, sinon le Père Noël ne passera pas », c’est aussi néfaste car l’enfant peut intégrer qu’il faut faire pour plaire, et si on ne le fais pas on n’est pas digne d’amour. Maria Montessori écrivait à propos du Père Noël : « Mais comment ce qui est le fruit de notre imagination d’adultes pourrait-elle développer l’imagination des enfants ? Nous seuls imaginons et non eux : ils croient, ils n’imaginent pas. » Il ne faut pas mentir à nos enfants et jouer avec leur crédulité. (Faire croire au Père Noël, mensonge ou magie ? in Kaizen, novembre-décembre 2019)

Rappelons aux adultes que le Père Noël est une invention récente qui apparaît seulement en 1823 dans un poème du pasteur américain Clarke Moore : un bonhomme à barbe blanche, assis dans un traîneau tiré par des rennes, apporte des cadeaux aux enfants le soir de Noël. Les couleurs rouges et blanches de son vêtement sont le fait de Coca-Cola en 1931. La marque s’est emparé d’un mythe devenu populaire et habille le vieillard à ses couleurs en le faisant boire la célèbre boisson pour qu’il reprenne des forces pendant la distribution de jouets. Ah Ah Ah, Noël glouglou !

Jonathan Safran Foer montre notre assiette

Jonathan Safran Foer a trouvé le filon. Après Eating Animals en 2009 (« Faut-il manger les animaux ? »), il publie « L’avenir de la planète commence dans notre assiette »*. Voici un dialogue possible avec lui :

Jonathan Safran Foer : Nous sommes en quelque sorte une génération charnière : ceux qui vivent aujourd’hui sont ceux qui réussiront, ou non, à sauver la planète. Aujourd’hui, notre espèce vit sous la menace d’un suicide de masse.

Biosphere : Nous sommes il est vrai une « génération charnière », celle qui va passer de l’abondance permise par les énergies fossiles à une période de pénuries et de rationnement. Nous allons basculer de façon assez brutale de la génération-écran à la génération-climat. Il est vrai aussi que cette « transition écologique » se fera au prix d’un grand nombre de morts, inondations, sécheresses, famines, guerres, épidémies… Mais il est encore plus vrai qu’il ne s’agit pas de « sauver la planète », elle se fout complètement de notre existence ou de notre disparition, elle vit sa vie. Après nous les méduses ?

Jonathan Safran Foer : A l’échelle individuelle, nous pouvons principalement mener quatre types d’actions pour réduire notre empreinte carbone : moins utiliser l’avion, vivre sans voiture, avoir moins d’enfants et réduire notre consommation de produits d’origine animale. La réflexion sur les trois premiers registres est certes nécessaire, mais ce sont des questions complexes, qui doivent être pensées sur le long terme. Or, nous n’avons plus de temps pour agir !

Biosphere : C’est un constat qu’il faut répéter, la fécondité, la voiture, l’avion et le mode alimentaire sont des activités qui découlent de notre comportement individuel. Sauf exception (à mon insu ou de mon plein gré), ce n’est pas autrui qui fait les enfants à ma place. Or changer un comportement socialement intériorisé prend du temps, y compris la consommation de viande. Nous n’en avons jamais consommé autant qu’aujourd’hui ; même l’Inde l’Inde et la Chine s’y mettent. La production de viande est passée de 70 millions de tonnes en 1961 à 330 millions en 2018… La tendance est lourde, nous ne deviendrons pas végétariens d’un coup de baguette magique. Cela mettra au moins autant de temps que nous passer de voiture individuelle !

Jonathan Safran Foer : La voiture ? La plupart des grandes villes américaines ont été conçues pour la rendre indispensable et 85 % des Américains l’utilisent pour aller au travail.

Biosphere : Pour maintenir le réchauffement planétaire à moins de 2 °C, il faut abandonner la plus grande partie de notre consommation d’énergies fossiles – charbon, pétrole, gaz – afin de réduire les émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES). Que les Américains et les Gilets jaunes le veuillent ou non, soit il faut individuellement accepter l’augmentation du prix du carburant pour rapprocher lieu de travail et domicile, soit c’est l’apocalypse climatique accompagnée d’une effroyable descente énergétique.

Jonathan Safran Foer : Pour ce qui est de l’avion, une bonne part des déplacements ont un motif professionnel ou sont effectués dans un but personnel indépendant des loisirs, par exemple, rendre visite à un membre de sa famille malade.

Biosphere : De plus en plus de Suédois commencent à ressentir la « honte de voler (flygskam) » en avion, pourquoi pas aux États-Unis et en France. Jonathan, vous faites assaut de faux arguments pour ne rien faire contre les déplacements d’une élite réduite et de touristes au long cours. Pour les Français, vacances et loisirs sont le principal motif de déplacement en avion (près de 70 %), tandis que les usages professionnels représentent moins d’un tiers des vols.

Jonathan Safran Foer : Quant à la décision d’avoir des enfants, ce n’est pas au centre des préoccupations urgentes de la majorité des gens – je suis sûr que la plupart de vos lecteurs ne sont pas, en ce moment précis, en train de se demander s’ils veulent mettre un enfant en route dans le mois qui suit.

Biosphere : Les citoyens ne se demandent pas si leurs activités quotidiennes émettent plus ou moins de gaz à effet de serre. Par contre le choix d’avoir ou non un enfant devrait poser problème à tout citoyen : procréer alors que le futur s’assombrit, est-ce une bonne idée ? Les nullipares existent, elles sont peut-être moins nombreuses que les végans, mais leur nombre ne peut que s’accroître, écologie oblige.

Jonathan Safran Foer : L’alimentation, en revanche, est un choix que nous faisons trois fois par jour et, pour presque tout le monde, ce n’est pas un choix contraint : personne ne nous force à manger d’une façon ou d’une autre.

Biosphere : Vous aviez écrit dans votre précédent livre : « Ce n’est pas au consommateur qu’il devrait incomber de savoir ce qui est cruel et ce qui ne l’est pas, ce qui est destructeur et ce qui est viable pour l’environnement. Les produits alimentaires cruels et destructeurs devraient être interdits. Nous ne devrions pas avoir à choisir des jouets contenant de la peinture au plomb, des aérosols avec des chlorofluorocarbones. » La société évolue grâce aux changements individuels de comportements, mais ceci ne peut se généraliser qu’en étroite corrélation avec les choix collectifs. Un repas végétarien par semaine dans tous les restaurants scolaires devrait être une obligation pédagogique.

Jonathan Safran Foer : Quand vous voyez quelque chose qui vous fait envie, vous ne le volez pas. Vous ne le volerez pas parce que vous savez qu’on ne doit pas voler, c’est inscrit en vous. Il nous faut devenir des gens qui ne volent rien à la planète, qui ne volent rien à l’avenir.

Biosphere : Des humains qui ne volent rien à la planète, c’est impossible. Cela ne consiste pas seulement à éviter la viande puisque tout est parasitaire dans l’activité humaine. Pour exister, se chauffer, se transformer, publier un livre… on vole matières et énergie disponibles dans la nature. Donc adopter un comportement écolo, faire de l’économie au sens « économiser », ce sera bientôt la norme, qu’elle soit simplicité volontaire ou imposée. A ce moment il y a intériorisation, la sobriété deviendra naturelle, on la pratiquera sans y penser.

Jonathan Safran Foer : Il est étonnant de voir le nombre de fois où quelqu’un me demande : « Avez-vous l’espoir que les gens finiront par changer ? » En général, je rétorque : « Avez-vous l’espoir, vous, que vous finirez par changer ? » Souvent, on me répond : « Oui, je crois que je pourrais changer un peu. » Et j’insiste : « Que voulez-vous dire par un peu ? Parlons de l’avion. Que croyez-vous que vous pourriez faire pour le prendre moins souvent ? Je ne vais pas vous juger, j’espère que vous ne me jugerez pas non plus, mais parlons-en. » Et ces conversations, c’est vrai, me donnent de l’espoir.

Biosphere : C’est bien résumé, c’est l’art de convaincre d’une juste cause. Arne Naess tenait le même raisonnement : « La violence à court terme contredit la réduction universelle à long terme de la violence. Maximiser le contact avec votre opposant est une norme centrale de l’approche gandhienne. Plus votre opposant comprend votre conduite, moins vous aurez de risques qu’il fasse usage de la violence. Vous gagnez au bout du compte quand vous ralliez votre opposant  à votre cas et que vous en faites un allié. »

Jonathan Safran Foer : Au bout du compte, que je sois optimiste ou non n’a pas beaucoup d’importance ; ce qui compte, c’est ce que nous faisons.Ce qui est certain, c’est que la conscience que nous avons de la situation augmente à un rythme très rapide : si nous continuons de changer à cette cadence, alors je crois que nous avons de vraies chances de gagner la partie.

Biosphere : c’est l’effet boule de neige. On y arrivera quand on s’apercevra que la nature ne négocie pas, la catastrophe servira de pédagogie si la pédagogie de la catastrophe n’a pas eu le succès qu’elle méritait…

* LE MONDE du 16 novembre 2019 Jonathan Safran Foer : « Il nous faut devenir des gens qui ne volent rien à la planète »

Le repas végétarien à l’école, enfin !

Dans un pays ou seulement 5 % de Français se déclarent végétariens, et 35 % « flexitariens », l’appropriation culturelle du repas végétarien est un processus long, trop long. Dix ans pour que l’État réagisse enfin ! Le 29 mai 2009 L’A.V.F. (Association Végétarienne de France) avait lancé la campagne pour « un jour végétarien hebdomadaire en France » à la suite de l’initiative de la ville belge de Gand. Elle travaillait en partenariat avec toutes les organisations se reconnaissant dans l’intérêt du « Lundi Jour Végétarien ». Voici leurs arguments :

– Manger végétarien un jour par semaine, c’est bon ! Vous n’avez rien à perdre, mais beaucoup à gagner. A la découverte de nouveaux ingrédients, recettes, restaurants et livres de cuisine… un monde de nouveautés gustatives s’ouvre à vous !

– Vous prenez soin de votre santé. L’instauration d’une journée végétarienne par semaine est un excellent pas vers un mode d’alimentation plus sain. La plupart des personnes mangent trop de viande et trop peu de fruits et légumes. L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) le dit pourtant noir sur blanc : adoptez des habitudes alimentaires saines, à base de produits végétaux principalement.

– Vous sauvegardez la planète. Manger plus souvent végétarien signifie moins d’abattage de massifs forestiers pour les pâtures et les aliments fourragers, moins de pollution mais aussi moins de gaz à effet de serre. L’élevage est en effet responsable du rejet d’une part majeure des gaz à effet de serre.

– Vous aidez autrui.Aujourd’hui, plus d’un milliard de personnes souffrent de la faim. Elles n’ont pas suffisamment accès à des aliments nourrissants et bon marché. Pendant ce temps, près de 40% des céréales à travers le monde servent à nourrir le bétail, ainsi que 90 % du soja. En mangeant moins de viande animale, vous réservez plus de céréales, de terres cultivables et d’eau pour les humains.

– Vous sauvez des animaux. Sa vie durant, un Français non-végétarien mangera 6 à 7 bœufs, vaches ou veaux, 33 cochons, 1 à 2 chèvres, 9 moutons, plus de 1300 volailles et 60 lapins, ainsi que des centaines d’animaux marins, sans compter tout le reste… En mangeant végétarien une fois par semaine, vous sauvez donc la vie d’un grand nombre d’animaux.

Dix ans plus tard, au 1er novembre 2019, toutes les cantines scolaires françaises devront proposer au moins un repas végétarien par semaine aux élèves. La mesure, qui prend pour l’instant la forme d’une expérimentation de deux ans introduite par la loi EGalim (octobre 2018) constitue selon le gouvernement un levier important en termes de santé et de lutte contre le réchauffement climatique. Le temps de restauration à la cantine est en effet un temps d’éducation. Mais aucun décret d’application de cette loi « expérimentale » n’a encore été publié. Et puis il faudrait éviter que l’arrivée de plats végétariens dans les cantines ne profite « à l’industrie agroalimentaire, aux steaks de soja ou boulettes de pois chiche industrielles plutôt qu’aux produits et aux producteurs locaux de qualité, donc aux usagers »*. Quelques compléments montrant que notre blog biosphere s’intéresse à la question depuis longtemps :

4 janvier 2019, 500 personnes (plus moi) appellent au lundi végétarien

30 mars 2015, Le lundi végétarien à la place de la viande de porc ?

21 mars 2013, Journée sans viande ou lundi végétarien ?

21 mars 2011, journée sans viande ou lundi végétarien ?

9 juin 2010, Interbev et le lundi végétarien

22 mai 2010, pour un lundi végétarien

* LE MONDE du 8 septembre 2019, Le défi des repas végétariens obligatoires dans les cantines scolaires

Méga-yachts, à couler d’urgence

Insupportable luxe ostentatoire. Le port d’Antibes* abrite des méga-yachts où les magnats de la finance ou du pétrole créent leur propre univers. Le même pavillon de complaisance, celui des îles Caïmans, flotte à la poupe de presque tous les méga-yachts positionnés à la perpendiculaire du« quai des milliardaires ». La zone, surveillée par vingt caméras vidéo, est interdite au public et aucun drone n’a l’autorisation de la survoler. Quelques spécimens amarrés : le Barbara (88,50 mètres), propriétaire de l’oligarque russe Vladimir Potanin.. Deux fleurons de famille royale saoudienne jouxtent le Barbara, le Montkaj (78 m) et le Sarafsa (82 m). Le magnat russe Alicher Ousmanov est propriétaire du Dilbar ; coût ? Entre 500 et 700 millions de dollars. Ces paradis fantasmés comportent des cabines spacieuses, avec une salle de bains pour madame et une pour monsieur, Jacuzzi d’eau de mer, piscine, salle de cinéma, héliport, télécommunications par satellite. Et énormément de jouets aquatiques : Jet-Ski, kayaks, sous-marin de poche et équipements de plongée. L’Al Saïd (155 m), qui appartient à la famille royale du sultanat d’Oman, dispose, par exemple, d’une salle de concert susceptible d’accueillir un orchestre de cinquante musiciens. Le Prince Abdulaziz (147 m), qui complète l’escadre de la famille royale saoudienne, jouit d’un bloc opératoire et d’une mosquée.

Normalement, vu la vacuité et la trivialité des richesses exposées dans les 5 numéros de la série du MONDE « Sur la planète des ultra-riches » on devrait avoir une conclusion … Rien, nada ! La « démocratie » est le moteur de ce tas de boue et les médias simples fournisseurs à l’étalage d’insignifiantes dépenses somptuaires ? A défaut de critique sur le yachting de luxe, la journaliste Marie-Béatrice Baudet se contente d’évoquer les effets sur l’emploi, un ruissellement de quelques gouttelettes :  « Le yachting haut de gamme, c’est une chaîne de métiers et d’emplois : l’architecte, le constructeur, le courtier, la maintenance, les équipages, jusqu’aux agents maritimes…. N’oubliez pas qu’un méga-yacht en escale fait aussi vivre les commerces d’une ville, du vendeur de gasoil à l’épicerie fine spécialisée dans le caviar. » Après avoir lu l’intégralité de la série, on peut conclure que ces super-prédateurs n’ont plus aucune raison de se considérer comme membres à part entière de la société des humains, avec lesquels ils ne partagent plus rien.

Comparez à ces extravagances l’initiative de Trevor Neilson**. Cet investisseur américain a lancé début juillet le Climate Emergency Fund (CEF), un fonds consacré au financement de la désobéissance civile pour le climat. Son fonds a pour l’heure rassemblé 600 000 dollars, attribués à différents mouvements américains (les groupes Extinction Rebellion de New York et de Los Angeles et le groupe The Climate Mobilization). Somme à comparer aux 500 à 700 milliards de dollars qu’aurait coûté le seul « Dilbar ». Trevor Neilson raconte : « Le plus grand feu de l’histoire de la Californie du Sud a atteint ma ville en novembre. Cette expérience, ma famille fuyant un feu provoqué par le changement climatique, m’a convaincu : nous n’avons pas le temps d’être diplomates. » Faut-il envoyer tous les méga-yachts par le fond ?

* LE MONDE du 17 août 2019, Ces palaces amarrés au « quai des milliardaires »

** LE MONDE du 17 août 2019, Des mécènes financent la désobéissance civile sur le climat

Revenu universel de solidarité, le débat

Alain : Le « Biosphère-Info » n° 388 sur l’association « TECHNOlogos » qui lutte contre l’esclavage de la technique et son hégémonie sur la vie humaine met en lumière la nécessité du revenu universel de solidarité que Michel Rocard défendait à la fin de sa vie. Je dois dire que j’ai profondément été choqué par le fait que « biosphere » puisse s’opposer à une telle mesure de survie alors que nous sentons que les algorithmes vont déposséder le plus grand nombre, non seulement de leurs droits et de leurs facultés, mais aussi de leur travail et de la démocratie participative à laquelle nous sommes attachés. N’y a-t-il pas là une « urgence écologique » à mesurer et à définir dans un nouveau contrat social, pour ne laisser personne sur le bord du chemin de la solidarité et de la dignité humaine, en utilisant « le contrat naturel » de notre brillant philosophe aquitain Michel Serres ? Aussi, j’attire votre bienveillante attention sur son article paru dans « Philosophie Magazine » de septembre 2017 qu’il intitule « la dialectique du maître et du robot » où il parle du travail qui peut disparaître et comment nous devons nous y préparer.

Biosphere @ Alain : nos rapports ont toujours été sincères, cela va donc jusqu’à « supporter » qu’on puisse avoir un avis assez opposé sur une question, c’est pas grave. D’autant que le revenu universel n’est qu’une infime partie des problématique contemporaines. Notre position de fond sur toutes les questions qui se posent actuellement, c’est que si l’économique étouffe le social on est déjà perdant, mais si le social étouffe l’écologique on va obligatoirement au désastre. En effet ce sont les ressources de la terre qui nous permettent de manger et acheter toutes les autres bricoles. Or le niveau de vie du Français moyen a déjà besoin de deux ou trois planètes, niveau qu’il est donc impossible de conserver sur la durée. D’où le fait qu’il nous faudra arriver un jour ou l’autre à l’idée de rationnement collectivement décidé, ce qui s’appelle aujourd’hui au niveau individuel « simplicité volontaire ». Toute distribution d’une manne généreusement distribuée par l’État va à l’encontre de cette évolution car cela est synonyme du toujours plus, et pour le revenu « inconditionnel » d’un toujours plus sans aucune contre-partie. L’écologie, c’est le sens des limites, pas la corne d’abondance. Quant aux algorithmes et autres fadaises contemporaines sur la fin du travail, la descente énergétique qui va se révéler brutale car nous n’avons rien fait pour nous y préparer, va faire basculer notre conception de la robotique capitalistique (utilisant beaucoup de capital technique) au travail manuel généralisé. C’est-à-dire qu’on va passer d’une société à énergie exosomatique à une société où il faudra compter sur ses propres forces dans tous les sens du terme.

Quant à Michel Serres, il souffre de dissonance cognitive. Avec « Petite Poucette » (pour la capacité de la jeunesse à envoyer des SMS avec son pouce), il se présente comme un dévot du progrès technique comme il y en a encore partout actuellement. Il croit que « Petite Poucette n’aura pas faim, pas soif, pas froid, sans doute jamais mal, ni même peur de la guerre sous nos latitudes… Et elle vivra cent ans. » Il prolonge les tendance passées de la « révolution techno-industrielle » sans considérer que notre civilisation thermo-industrielle est au bord de la rupture ; nos générations futures connaîtront le sang, la sueur et les larmes. Il croit que la situation actuelle de farniente peut se poursuivre indéfiniment : « La campagne, lieu de dur travail, est devenue un lieu de vacances. Petite Poucette ne connaît que la nature arcadienne, c’est pour elle un terrain de loisirs et de tourisme dont elle doit se préoccuper. » Mais d’un autre côté, et c’est là sa dissonance, Serres est au courant que la planète va mal : « On est entré dans l’ère de l’anthropocène et de l’hominescence, l’homme étant devenu l’acteur majeur du climat, des grands cycles de la nature. Savez-vous que la communauté humaine, aujourd’hui, produit autant de déchets que la Terre émet de sédiments par érosion naturelle… L’avenir de la planète, de l’environnement, du réchauffement climatique… tout est bousculé, menacé. » Entre deux choses contradictoires, le péril d’un côté, le bonheur de l’autre, les humains choisissent généralement la loi du moindre effort, croire encore aux lendemains qui chantent. C’est alors la grande question, pour les parents et les enseignants : que transmettre entre générations, le sens des limites prôné par écologie ou l’illusion qu’on peut tout avoir sans rien faire (le revenu universel) ? Serre prenait l’exemple d’un candidat au concours de l’Ecole normale qui était interrogé sur un texte du XIXe siècle qui parlait de moissons et de labourage. Le malheureux ignorait tout ce vocabulaire ! Il conclut : « Nous ne pouvions pas le sanctionner, c’était un Petit Poucet qui ne connaissait que la ville. » D’autres pédagogues comme nous ont un avis contraire, les pratiques du passé doivent être connues sur le bout des doigts. Il y a maintenant des jeunes qui sortent de classes prestigieuses et ont compris l’avenir : ils se lancent à l’encontre de leurs diplômes dans l’artisanat ou la permaculture car là sera le contenu principal de nos futures études… et de nos revenus d’activité.

Revenu universel d’activité… ou inconditionnel

Le revenu universel d’activité, promesse faite par Emmanuel Macron lors du lancement du plan pauvreté, regrouperait en une prestation unique l’ensemble des minima sociaux, revenu de solidarité active (RSA), allocation de solidarité spécifique (ASS, perçue en fin de période d’indemnisation du chômage), allocation aux adultes handicapés (AAH), allocation de solidarité aux personnes âgées (ASPA, l’ancien minimum vieillesse) ainsi que la prime d’activité et les différentes aides au logement. Ce big bang des aides sociales met en jeu des sommes énormes : 48 milliards d’euros, dont 18 milliards pour les seules aides au logement. Un objectif de cette réforme est de conditionner les aides sociales aux efforts d’insertion sur le marché de l’emploi. Pour Marianne Louis, déléguée générale de l’Union sociale pour l’habitat, « Se loger, c’est un droit fondamental,. Et il me semble curieux que l’on conditionne ce droit à une recherche d’emploi. »*

Ce « revenu universel » (ou synthèse de l’existant) ne doit pas être confondu avec le revenu de base ou d’existence, « universel et inconditionnel », soutenu par la droite libérale et paradoxalement par la gauche et le mouvement des Verts. Sur cet aspect lire nos articles antérieurs :

14 janvier 2017, B.Hamon et Y.Jadot, pour quel revenu d’existence ?

21 octobre 2016, Revenu de base, une considération non écologique

8 janvier 2016, Revenu de base inconditionnel et société marchande

11 mai 2014, Vincent Cheynet écrit contre le revenu inconditionnel

28 décembre 2013, le Revenu d’existence, universel et inconditionnel ?

* LE MONDE du 24 juillet 2019, Les acteurs du logement inquiets du futur revenu universel d’activité

Savoir dire non au politiquement correct

Nous sommes victimes de ce qu’on appelle l’interaction spéculaire, comme par l’intermédiaire d’un miroir nous devenons ce que notre groupe d’appartenance attend de nous et tout le monde veut faire de même dans le groupe. Nous accédons souvent à une information inadéquate pour bien juger ce ce qui devrait être en raison de notre statut apparent ou de nos fréquentations, que ce soit dans la vraie vie ou sur Internet. Contre cette dépendance, l’esprit critique n’a jamais été enseigné à l’école. Il faut apprendre à se méfier de ses propres intuitions sur ce qu’il est normal de penser ou de vivre car notre raisonnement peut s’égarer de bien des façons. On enseigne à l’école des fragments de savoir, lire-écrire-compter ne fait pas des esprits éclairés. Les études en lycée ne disent pas assez que l’on doit apprendre à réfléchir, à critiquer, à opposer les différents points de vue, à se construire une opinion personnelle. On le faisait parfois en sciences économiques et sociales, mais la réforme des programmes appliquée en septembre 2019 pour les premières renonce assez largement à cette approche, remplacée par l’apprentissage d’un catéchisme économique. A l’université, la fragmentation entre les disciplines est tellement prégnante qu’elle forme des spécialistes, l’esprit critique est en berne. Ne parlons pas des Grandes écoles où le conformisme est de mise. Nous sommes soumis à un mécanisme de servitude volontaire. Approfondissement :

La soumission s’imprime dès l’enfance, c’est un passage obligé de notre élaboration cérébrale. Avec la socialisation primaire, la conformité sociale est acquise dans les premiers âges. On se soumet aux contraintes du milieu familial, l’enrobage affectif facilitant la reproduction des schèmes ancestraux. Ensuite l’école, attachant les élèves à leurs chaises pendant des années et des années, fait passer l’idée que réciter la vulgate enseignée par des professeurs est gage du succès dans la vie. Plus tard, le cursus dans une entreprise ou une administration apprendra le code spécifique à sa structure d’appartenance professionnelle. Tout passe par des filtres cognitifs, notre cerveau ne laisse passer que les informations qui nous confortent dans une vision du monde partagée par notre entourage. Nous sommes victimes d’un processus de conservatisme social auquel nous nous soumettons sans même y penser. Le problème, c’est que notre comportement ainsi conditionné, s’il se révèle inadapté aux circonstances nouvelles, nous fait accepter une situation anormale. L’esclavage a été légitimité et accepté pendant des millénaires, de même l’infériorité imposée à la femme ou à d’autres « races ». Il n’y a que quelques personnes, rares, qui dès l’origine ont voulu combattre l’esclavage, la phallocratie, le racisme. Elles ont été marginalisées jusqu’à ce que l’évidence d’une autre conception s’impose socialement. Il faut pour cela un bouleversement interne ou un choc extérieur. La fin de l’esclavage n’a pas tellement découlé de l’action des abolitionnistes, mais de l’arrivée des esclaves énergétiques qui ont rendu la main d’œuvre servile moins attrayante. La fin du primat des hommes ne s’est pas opérée simplement par l’action des suffragettes et des féministes, mais par la découverte que le cerveau féminin avait des potentialités identiques au cerveau masculin, donnant droit à l’égalité des sexes. La condamnation du racisme a découlé des avancées de l’ethnologie, montrant qu’il n’y avait pas des « civilisations » supérieures ou inférieures, mais des organisations sociales différentes. La découverte de la structure génétique identique d’un bout à l’autre de la planète a rendu perceptible l’unicité de l’espèce humaine. Nous ne pouvons évoluer que si on peut nous (dé)montrer que nous pouvons penser autrement.

Aujourd’hui dans les démocraties occidentales, la fin de l’esclavage, l’égalité des sexes ou la diversité culturelle apparaissent comme des évidences. Mais les nouvelles thématiques à la mode, croissance économique et progrès technique, sont devenues les pensées incontournables du monde contemporain : une croyance sociale bien implantée. Le même processus de soumission volontaire est à l’œuvre. Quand la crise financière des subprimes a eu lieu en 2008, ce fut à la surprise générale, sauf pour de rares experts non-conformistes. Le sens commun avait accepté qu’on puisse vivre indéfiniment à crédit dans une société de croissance. L’alignement collectif était devenu une abdication partagée. En effet, la capacité d’un raisonnement personnel devient négligeable quand on se retrouve dans un milieu partisan, où la pression sociale tend à l’homogénéisation des comportements. Il y a donc interaction spéculaire, les autres sont le miroir dans lequel nous retrouvons notre propre attitude. La capacité d’avoir une action éthique ou raisonnée est de 100 % quand une personne est en situation de pouvoir juger personnellement. Elle n’est que de 50 % lorsqu’on se retrouve confronté aux attitudes d’une autre personne, la conscience de soi est divisée par deux. Dans un groupe, nos possibilités de faire différemment sont négligeables.

Se renouvelle l’enjeu : comment sortir de la soumission volontaire et échapper aux diktats du temps présent ? La fin de la société de croissance n’arrivera que quand l’activisme des marché se sera fracassé sur les limites écologiques de la planète ; nous ne pourrons plus relancer artificiellement les finances par injection de monnaie. Ce sera des chocs extérieurs, les soubresauts de la biosphère, qui nous feront évoluer culturellement. A ce moment, le mécanisme de l’interaction spéculaire pourra agir pour inverser nos sentiments. Les militants de la simplicité volontaire dont tout le monde se gausse à l’heure actuelle deviendront les exemples à suivre. Il y aura un phénomène boule de neige qui fera collectivement admettre l’austérité partagée. A la société du gaspillage nécessaire à sa perpétuation succédera l’économie, au sens propre de savoir économiser : une écologie du quotidien pratiquée par des individus éclairés.

Reprise actualisée de notre texte du 1er mai 2014, Soumission/ volontaire, comment sortir de cet oxymore ?

BIOSPHERE INFO, Small is Beautiful

La présentation de Small is Beautiful d’Ernst Friedrich Schumacher a été faite par Satish Kumar dans son livre« Pour une écologie spirituelle » (Belfond, 2018). Dans les années 1970, Satish a travaillé avec Schumacher (1911-1977) et leur relation professionnelle s’est très vite muée en amitié. Juste après sa mort, il a fondé la Schumacher Society, une des associations qui perpétuent l’héritage d’une personnalité dont le livre, « Small is Beautiful » (1973), devrait être reconnu comme pionnier pour les tentatives actuelles de relocalisation des activités économiques.

Introduction

Ernst Friedrich (ou Fritz) Schumacher fut l’un des rares économistes occidentaux sensibles au lien qui unit l’économie à l’éthique. Il espérait voir la société se tourner vers la non-violence plutôt que la violence, la coopération avec la nature plutôt que sa destruction, la mise en place de solutions à basse consommation d’énergie plutôt que la poursuite d’un système industriel alimenté par des moyens lourds et brutaux – centrales nucléaires et combustibles fossiles. Pour lui, il semblait d’ores et déjà évident qu’une économie basée sur des ressources non renouvelables, pétrole, charbon et métallurgie, ne saurait être davantage qu’une courte anomalie dans l’histoire de l’humanité. Le bouddhisme résumait à lui seul l’ensemble des valeurs auxquelles il adhérait était allemand à l’origine. On lui doit d’avoir popularisé en 1973 l’expression Small is beautiful de son maître Leopold Kohr. En 1937 il avait fui l’Allemagne nazie pour s’établir à Londres. Il avait suivi des études d’économie à Oxford au début des années 1930, mais il adorait planter et cultiver. Il passait des journées au grand air, qu’il pleuve, qu’il vente ou qu’il neige. Sa passion pour le jardinage l’amena à diriger la Soil Association en 1946 pour défendre la qualité des sols menacés par le développement de l’agriculture intensive. Si tu prends soin du sol, disait-il souvent, le sol prendra soin du reste.

L’origine des pensées de Schumacher

Au milieu des années 1950, Fritz Schumacher avait accepté une mission de consultant en développement pour le Premier ministre birman, qui s’interrogeait sur la pertinence du modèle occidental et la meilleur manière de le transposer dans son pays. Schumacher constata que les Birmans disposaient déjà d’un excellent système économique, partiellement inspiré par la doctrine bouddhique. Surtout il s’aperçut que les Birmans issus des classes populaires étaient satisfaits de leur existence : joyeux, créatifs et proches de la nature, ils prenaient soin d’autrui de la terre et des animaux avec plaisir. Le bon travail, que les bouddhistes nomment « moyen d’existence parfait », est celui qui transforme l’homme pour le meilleur ; le mauvais travail est celui qui le change pour le pire. Dans ces conditions il semblait insensé de leur imposer un système industriel, urbain et mécanisé. A son retour de Birmanie, Schumacher expliqua qu’il avait eu le sentiment, en découvrant l’économie bouddhique, d’effecteur un « retour au pays natal ». Il avait désormais en horreur l’idée selon laquelle l’industrialisation de l’agriculture relèverait du « développement « économique, alors que l’agriculture à l’échelle humaine, reposant sur de petites exploitations, du savoir-faire et des transactions locales, relèverait, elle du « sous-développement ». Il en vint à penser que sa mission et celle de sa génération pouvaient être assimilées à une « reconstruction métaphysique » face au désastre écologique généré par l’industrie moderne, qui engloutit tant de ressources naturelles pour un résultat somme toute plus que modeste en termes de bien-être et d’harmonie.

Un jour il vit un camion à l’effigie d’une marque de biscuits écossais entrer dans Londres ; peu après il apprit qu’une entreprise fabriquant des biscuits à Londres acheminait sa production jusqu’en Écosse. Cette découverte le troubla profondément. En tant qu’économiste, il ne parvenait pas à comprendre pourquoi des être compétents se voyaient contraints de conduire un camion d’un bout à l’autre des îles britanniques dans le seul but de transporter des biscuits. N’était-ce pas absurde ? Le coût humain et environnemental d’une tel manœuvre n’avait donc alerter personne ? Schumacher eut beau tourner et retourner le problème dans sa tête, il faut incapable d’y déceler la moindre logique. Et il n’y a pas que les biscuits qui sont ainsi transportés sans raison d’une région ou d’un pays à un autre. La Grande-Bretagne exporte presque autant de beurre qu’elle en importe. Sous prétexte de faire des économies d’échelle, on feint d’ignorer les dés-économies d’échelle qui en résultent. La relocalisation permettrait de réduire le chômage et la pollution. Enthousiasmé par l’exemple de Rachel Carson (parution de Printemps silencieux en 1962), par le Sommet de la Terre en juin 1972 et le rapport au club de Rome sur les limites de la croissance, Fritz Schumacher entrepris de faire un livre, Small is beautiful, publié en 1973. 

Les avantages de produire à petite échelle

D’après E. F. Schumacher, si l’homme produisait à petite échelle partout sur la planète, il conjuguerait à la fois l’excellence et la protection de la nature. En produisant à petite échelle, les acteurs économiques sont amenés à se montrer plus autonomes. Ils sont aussi plus à même de veiller sur l’environnement, sur eux-mêmes et sur autrui – en d’autres termes sur la terre, l’âme et la société. Du point de vue de l’action, nous avons besoin de petites unités, car l’action est une aventure éminemment personnelle, et l’on ne saurait être en relations dynamiques et personnelles à tout moment qu’avec un nombre très restreint de personnes. Il en va de même pour la Terre : bien qu’elle soit partout notre maison, nous développons un lien privilégié, un sentiment d’appartenance et de connexion spirituelle avec l’endroit où nous vivons. Produire à petite échelle permet aussi d’améliorer le bien-être personnel, psychologique et émotionnel des personnes. L’âme se port mieux dans yen entreprise à taille humaine ; elle se perd et se dissout dans les grandes multinationales, quand l’individu a l’impression de n’être plus qu’un petit rouage. Personne n’aime être gouverné par des règles, c’est-à-dire par des personnes dont la réponse à chaque doléance est : « Ce n’est pas moi qui fait les règles, je ne fais que les appliquer. » Si nos activités économiques sont menées à petite échelle au niveau local, notre empreinte sur la Terre demeurera minime. Les travailleurs veilleront à ne consommer qu’avec modération, à réutiliser, recycler et réparer les objets dont ils se servent au quotidien. En revanche, dès qu’elles dépassent une certaine taille, les unités de production entraînent gaspillage et pollution de masse.

La production et la consommation de masse, ajoutées au fret à l’échelle mondiale, polluent les sols, l’air et l’eau, dilapident les ressources naturelles et nuisent à la créativité humaine. Dès lors que les entreprises atteignent une certaine taille, elles tendent à s’enliser dans la gestion de l’entreprise elle-même. Dès lors qu’une entreprise considère ses employés et ses clients comme de simples moyens pour maximiser ses profits, ou comme des instruments destinés à perpétuer sa propre existence, c’est qu’elle est trop grande. Les multinationales soumettent leurs salariés à ses propres objectifs, alors que les petites unités de production parviennent mieux à maintenir l’équilibre entre le bien-être de leurs employés et la réalisation de leurs objectifs commerciaux. La croissance frénétique de certaines métropoles inquiétait beaucoup Schumacher, qui voyait dans l’exode rural une des catastrophes du XXe siècle. « Des millions de gens commencent à se déplacer. Attirés par les lumières de la ville, ils désertent les zones ruarles et vont se déverser dans la grande ville où ils provoquent une croissance pathologique ». Schumacher estimait à 50 000 habitants la limite supérieure au-delà de laquelle une cité n’est plus vivable. En deçà de cette limite, les habits peuvent traverser leur ville à pied sans devoir prendre un bus ou une voiture ; ils se rendent en quelques minutes à l’école, ua marché, à la bibliothèque ou au centre médical. La ville et la campagne se sont pas coupées l’une de l’autre. La zone urbaine se situe à proximité de cultures maraîchères et de vergers où les citadins peuvent s’approvisionner localement. Les villes, avec toute leur richesse, ne sont que des producteurs secondaires. La production primaire, condition première de toute vie économique, est le fait des campagnes. Cette question d’échelle est tout aussi vraie pour les institutions et le pouvoir politique. Pour avoir longtemps travaillé dans une grosse institution – il était économiste en chef au National Coal Board, l’autorité britannique du charbon -, Schumacher savait que les grandes entreprises prennent leurs décisions sur des bases de réflexion très étroites, et que ces décisions sont biaisées par des objectifs à court terme ; équilibrer le bilan comptable trimestriel ou augmenter la marge bénéficiaire annuelle par exemple.

Les fermes géantes, l’ingénierie génétique, la mécanisation des semailles et des récoltes, l’emploi d’engrais chimiques, de pesticides, d’herbicides, la déforestation, les mines à ciel ouvert, le recours aux forages en eaux profondes et à la fracturation hydraulique, la pêche industrielle et bien d’autres pratiques encore, témoignent d’un climat éminemment belliqueux : l’économie capitalise conçoit la nature comme un adversaire à combattre et à vaincre. En gaspillant nos ressources fossiles, nous faisons peser une menace sur la civilisation ; mais en gaspillant le capital que représente la nature vivante autour de nous, c’est pour la vie elle-même que nous sommes une menace. L’économie moderne a redistribué les rôles, inversant l’ordre des priorités établis par les théories classiques: le capital, qui occupait la troisième position en ordre d’importance après la terre et le travail, occupe désormais la position dominante : la terre et le travail ne sont là que pour le servir. Alors que le capital financier ne sert qu’à mettre de l’huile dans les rouages, les théories modernes ont attribué à l’argent une valeur en soi. La primauté accordée à l’argent constitue l’un des facteurs de la crise écologique actuelle.

Conclusion

Pour Schumacher, la notion de petitesse n’avait rien de dogmatique. Il s’agissait de l’appliquer au cas par cas, il préférait parler d’échelle « appropriée ». S’il se faisait l’avocat de la petitesse, c’est parce qu’il trouvait le monde victime d’une idolâtrie quasi universelle du gigantisme. Il jugeait pathologique, car obsessionnelle et surtout chimérique, puisque nul ne peut prétendre à une croissance infinie sur une planète aux ressources finies et limitées. Dans ce cadre, toute multiplication des besoins tend à augmenter la dépendance à l’égard de forces extérieures qui échappent à notre contrôle. Ce n’est qu’en réduisant ses besoins que l’on peut encourager une authentique réduction des tensions responsables des luttes et des guerres. L’économie à grande échelle est une économie de violence. La sagesse exige une novelle orientation de la science et de la technologie vers l’organique, le généreux, le non violent. Comment édifier la paix en la fondant sur une science imprudente et une technologie violente ? Des machines toujours plus grosses, entraînant des concentrations de pouvoir économique toujours plus grandes et violentant toujours davantage l’environnement ne représentent nullement le progrès : ce sont autant de refus de sagesse. Ensemble, les forces de l’offre et de la demande, le libre-échange, la mondialisation et la croissance économique ont constitué une véritable religion de l’économie où règne et triomphe la quantité, écrit Schumacher, avant d’ajouter : Dans la mesure où la conception économique repose sur le marché, elle ôte à la vie tout caractère sacré, car rien de ce qui a un prix ne peut être sacré. Dans un tel système, même les valeurs le moins « économiques », telles la beauté, la santé et la propreté, ne survivront que si elles se révèlent capables d’être commercialisées. Il ne s’aveuglait pas pour autant : il savait que les petites unités peuvent se rendre coupables, elles aussi, de pollution, de destruction et d’agression envers l’homme et la nature. Mais leurs exactions, lorsqu’elles en commettent, ont nécessairement moins d’impact puisqu’elles sont plus petites.

Extraits de « Pour une écologie spirituelle » de Satish Kumar (Belfond, 2018), titre originel SOIL, SOUL SOCIETY (2013)

livre de référence : « Small is beautiful : Une société à la mesure de l’homme », de E. F. Schumacher (Seuil, 1979), traduit de l’anglais (1973)

Notre cerveau nous pousse à détruire la planète

A qui la faute si la planète est en cours de destruction ? A notre cerveau, et plus particulièrement au striatum répond Sébastien Bohler*. En neuroanatomie, le striatum est une structure nerveuse subcorticale. Cette structure profonde de notre cerveau fonctionne à grand renfort de dopamine et ne possède pas de fonction stop ; il y a recherche incessante du plaisir. Ainsi, avec la consommation de masse du sexe, le problème n’est plus la quantité, le problème est de s’arrêter. L’addict au sexe virtuel ne découvre l’impasse que lorsqu’il commence à souffrir de troubles sexuels et de dysphorie ; les troubles de l’érection ont doublé au cours de la dernière décennie, de façon parallèle à l’essor de la pornographie sur Internet. Il y a impossibilité de maîtriser son envie de surfer sur les sites porno, besoin d’augmenter les doses (phénomène de tolérance), symptômes de manque en cas d’impossibilité d’y accéder, perte de sensibilité aux stimulations sexuelles, et bien entendu conséquences néfastes sur le plan du couple et des relations sociales. Le striatum est fait pour que nous recherchions activement et sans limite sexe, nourriture, pouvoir, rang social, information. Quand nous les trouvons, le circuit de la récompense asperge alors les neurones avec de la dopamine et procure un plaisir addictif plus puissant que les parties raisonnables de notre cerveau.

Sébatien Bohler espère un allié, le conditionnement social, le sens des limites par socialisation. Mais toutes les tentatives passées de bloquer le striatum par des commandements moraux ont échoué. D’ailleurs son livre, « Le Bug Humain », ne s’avance pas jusqu’à proposer une solution politique claire. A l’époque actuelle du consumérisme généralisé, nous sommes comme ces rats dans une cage munie d’un levier qui délivre des biens en abondance, nous devenons cornucopiens, nous ne pouvons plus réfléchir au fait que nos activités quotidiennes préparent une montée des océans qui engloutira des millions d’habitations dans les années à venir. Ce sont les limites de la planète qui vont changer notre mode de socialisation, pas les dénonciations et les bonnes résolutions. En situation de pénurie, on devra se contenter de peu et y trouver le bonheur .

Nous avons déjà traité un problème biologique similaire dans l’article Dopamine/sérotonine, le plaisir est ennemi du bonheur. La clé du « circuit de la récompense », c’est la dopamine. C’est ce mécanisme de la récompense qui a été « piraté » [hacking en anglais] par les industriels, pour induire toujours plus de consommation… le tout en organisant, grâce au marketing, la confusion entre plaisir et bonheur. Le neurotransmetteur impliqué dans le bonheur, ce sentiment de plénitude et de contentement, c’est la sérotonine ; mais elle a un fonctionnement beaucoup plus complexe que la dopamine. Lorsque vous avez une interaction sociale avec quelqu’un, l’échange de regards avec cette personne active vos neurones dits « miroirs » – les neurones de l’empathie. Ce type d’interaction induit la synthèse de sérotonine. Mais si cette interaction se fait par le biais d’un réseau social comme Facebook, à travers les « likes » par exemple, elle active le circuit de la récompense, l’absence de contact visuel laisse les neurones miroirs de marbre… D’où, là encore, une baisse potentielle des niveaux de sérotonine et une moindre capacité au contentement. Quand on est heureux, on n’a pas besoin de stimulation, on se contente de ce qu’on a, de ce qu’on est, de quelques phrases échangées avec le voisin, du travail dans son potager, de l’amour avec son conjoint. Lisez le Manifeste pour le bonheur.

* Sébastien Bohler, « Le bug humain, Pourquoi notre cerveau nous pousse à détruire la planète et comment l’en empêcher« 

Écologie, culpabiliser pour ressentir la culpabilité

De plus en plus de Suédois commencent à ressentir la « honte de voler » en avion*. Ce sentiment de culpabilité nous semble tout à fait normal rationnel, moralement nécessaire, et même inéluctable. C’est le contraire, vouloir « voler sans entraves », qui nous semble absurde à l’heure de la déplétion pétrolière et du réchauffement climatique. Cette intériorisation des contraintes à s’imposer sur soi-même ne relève pas du « péché » à la mode catholique, mais d’une conséquence logique d’une réalité biophysique. Il ne s’agit pas de penser en termes d’écologie punitive, mais d’écologie réaliste. Mais comme les humains sont trop souvent soumis à la force des habitudes, cela demande un effort sur soi quand le voyage en avion est devenu la norme de son milieu social. Il faut d’abord un processus de culpabilisation, auquel succède le sentiment de culpabilité, puis viendra par la suite la résolution personnelle de ne plus voler dans un plus lourd que l’air. C’est l’évolution que nous présente la Suède, un pays où on voyage en avion cinq fois plus que la moyenne mondiale.

Comment culpabiliser ? Par l’action militante et les règles institutionnelles. Si vous avez décidé de ne plus voler et que vous voulez faire partager votre choix, vos pouvez lancer une campagne sur les réseaux sociaux, les blogs… Cet activisme se généralise en Suède, d’où la popularité croissante du mot : flygskam ( « honte de voler »). Alors se crée une situation où il n’est plus possible de faire un repas entre amis sans que la discussion ne glisse sur le climat et finisse sur l’avion. On évite de discuter en public de son séjour sur de lointaines plages de rêve. La culpabilisation devient culpabilité. En Suède, des sportifs, des politiciens, des personnalités du monde de la culture, font publiquement le serment de ne plus prendre l’avion. Il y a effet boule de neige, les mentalités se modifient, la structuration sociale de même. Ainsi les programmateurs d’une salle de concerts ont annoncé qu’ils ne feraient plus jouer que des artistes capables de venir sans passer par les airs*. Renoncer à ce mode de transport très émetteur de gaz à effet de serre devient tendance, une nouvelle norme sociale s’établit.

Il y aura relocalisation des activités, un tourisme de proximité, minimisation de tous les déplacements. Un nouveau mode de vie écologiquement compatible s’installe dans les consciences et les pratiques. Alors un jour les avions seront interdits de vol et les voitures de rouler. Prions pour que l’intelligence collective ne tarde pas à l’allumage, espérons que nous n’arriverons pas au stade de l’inexistence des machines thermiques quand la température moyenne du globe sera de 5°C plus élevées qu’aujourd’hui !

* LE MONDE du 3 avril 2019, De plus en plus de Suédois acceptent d’avoir « honte de voler » en avion