écologie appliquée

CLIMAT, Juliana contre les États-Unis

Une Cour d’appel américaine a jugé, vendredi 17 janvier, à une majorité de deux juges contre un, qu’il n’est pas du ressort du pouvoir judiciaire fédéral de contraindre le gouvernement des États-Unis à agir contre les changements climatiques*. Dans le dossier « Juliana contre les Etats-Unis », 21 jeunes requérants reprochaient au gouvernement fédéral d’avoir manqué à leur devoir de les protéger du dérèglement climatique, en soutenant depuis plus de cinquante ans l’utilisation des énergies fossiles. Pour sa défense, le gouvernement a fait valoir que ni la loi ni l’histoire des États-Unis ne peuvent étayer la revendication des plaignants pour un droit fondamental à un « climat vivable ». Remédier au changement climatique, explique la cour d’appel, exige « des décisions politiques complexes confiées, pour le meilleur ou pour le pire, à la sagesse et à la discrétion » de la Maison Blanche et du Congrès. Mais moralement les jeunes ont gagné car il est aussi écrit dans le jugement : « Les plaignants ont fait valoir de façon convaincante la nécessité d’agir ; il sera de plus en plus difficile, à la lumière de ce dossier, pour les branches politiques de nier que les changements climatiques se produisent, que le gouvernement a joué un rôle dans leur apparition et que nos élus ont la responsabilité morale de chercher des solutions, développe la décision. Nous concluons, à contrecœur cependant, que les arguments des plaignants doivent être présentés aux branches politiques ou à l’ensemble de l’électorat, ce dernier pouvant modifier la composition des branches politiques par le biais des urnes. »

La troisième juge a, pour sa part, manifesté ainsi son désaccord : « C’est comme si un astéroïde se dirigeait vers la Terre et que le gouvernement décidait de nous priver de tous nos moyens de défense. En cherchant à annuler ce procès, le gouvernement insiste lourdement sur le fait qu’il a le pouvoir absolu et irrévocable de détruire la nation. (Or) la Constitution américaine ne tolère pas la destruction délibérée de la nation par le changement climatique.» Et pourtant c’est le cas ! Ainsi va la démocratie dans nos systèmes complexes, dans le mur. Le peuple envoie par les urnes à la présidence des États-Unis un climato-sceptique assez ignorant de l’intérêt public pour subir actuellement un procès en destitution. Le peuple élit aussi un sénat aux ordres car fondamentalement conservateur ; il défendra un président en train de mettre la planète en feu avec ses coups de sang type type » assassinat de l’Iranien Ghassem Soleimani. » Poison dans la pomme, Trump démantèle méthodiquement toute la législation américaine de protection de environnement depuis son arrivée au pouvoir.

C’est à cause de cette pseudo-démocratie de citoyens sous-informés et sur-conditionnés que l’année 2019 a été la plus chaude enregistrée (avec 2016) depuis les premiers relevés de température au milieu du XIXe siècle, que la température moyenne à la surface du globe a augmenté de 1,1 °C par rapport à l’époque préindustrielle (1850-1900), tandis que la chaleur accumulée par les océans a atteint un nouveau sommet. Selon l’OMM (Organisation météorologique mondiale) « nous nous dirigeons vers une augmentation de la température de 3 °C à 5 °C d’ici à la fin du siècle  au rythme actuel des émissions de dioxyde de carbone. »

* LE MONDE du 19-20 janvier 2020, Réchauffement climatique : de jeunes citoyens américains perdent leur combat devant la justice

La chasse aux cotons-tiges est ouverte

En France, la mise sur le marché des cotons-tiges à usage unique et en plastique est interdite depuis le 1er janvier 2020. Alors vive le nouveau coton-tige à label écolo. ! Le capitalisme est passé maître dans l’art de récupérer la contestation pour ne rien changer au fond : la sobriété ne doit pas connaître, le consommateur doit consommer. Ainsi

LastSwab, un nouveau concept danois, lance le premier coton-tige lavable et réutilisable breveté au monde : « Conçu intelligemment, son embout est en élastomère thermoplastique (TPE) et la tige en nylon rigide. L’étui, quant à lui, composé de maïs, est biodégradable. LastSwab propose deux versions déclinables: l’une aux embouts rembourrés pour le nettoyage des oreilleset l’autre aux embouts pointus pour les retouches de maquillage. Souhaitez-vous parler de ce nouveau produit éco-responsable ? »

Oui, on en parle, mais pour dire qu’on peut s’en passer. D’abord le maquillage abîme la peau, autant ne rien faire et laisser à notre beauté sans fard l’art de paraître et à nos rides l’a manière de vieillir naturellement. Quant au coton-tige pour les oreilles, on devrait déjà savoir qu’on peut remplacer le coton-tige par des oriculi, des cure-oreilles en bambou réutilisables à vie. Mais après mûre réflexion sur la raréfaction du pétrole et l’apparition du sixième continent*, on peut même comprendre qu’il suffit d’user d’une allumette brûlée au bout de laquelle on tortille un peu de coton. Mieux vaut au final la voie de la simplicité volontaire. Les trucs dans les oreilles, c’est très méchant : ils risquent de provoquer de l’eczéma dans vos conduits auditifs ou provoquer de vilains bouchons de cérumen. Ni coton-tige, ni oriculi, il faut savoir que l’oreille a besoin d’exsuder ses substances pour se sentir bien, et nous avec.

L’Europe accompagne la chasse au plastique menée (de façon très mesurée) par la France. Les eurodéputés avaient soutenu à une large majorité un texte visant même à interdire les produits oxoplastiques, supposés biodégradables, se fragmentent en microparticules de plastique. « Oxoplastique », un terme à connaître mieux que LastSwab ! L’interdiction de couverts et assiettes à usage unique, pailles, cotons-tiges, tiges de ballons, plastiques oxo-dégradables, récipients pour les aliments et gobelets en polystyrène expansé entrera en vigueur au printemps 2021. Les produits concernés par cette interdiction représentent 70 % de l’ensemble des déchets marins selon la Commission européenne. « On trouve des résidus de plastique dans l’organisme de nombreuses espèces marines – tortues de mer, phoques, baleines, oiseaux mais aussi poissons et coquillages – et, partant, dans la chaîne alimentaire humaine« , explique l’exécutif européen. La directive fixe aux Etats membres un objectif de collecte de 90 % des bouteilles en plastique d’ici 2029. Les bouteilles commercialisées dans l’UE devront par ailleurs contenir au moins 25 % de plastique recyclé en 2025 et au moins 30 % en 2030. Le texte adopté instaure également une responsabilité élargie des producteurs (REP) pour deux catégories de produits. Tout d’abord les filtres à cigarettes, qui devront par ailleurs faire l’objet d’un étiquetage obligatoire (tout comme les gobelets en plastique, les lingettes humides et les serviettes hygiéniques). Les engins de pêche ensuite, afin de faire supporter les coûts de collecte des filets perdus en mer par les fabricants.**

* Le vortex de déchets du Pacifique nord est une zone du gyre subtropical du Pacifique nord, également connue sous le nom « soupe plastique », « septième continent », vortex d’ordures, ou encore « grande zone d’ordures du Pacifique ».

** https://www.actu-environnement.com/ae/news/Union-europeenne-interdiction-plastiques-jetables-2021-33170.php4

Maison passive, la maison qu’on ne chauffe pas

Plus besoin de conférences mondiales sur le climat, les médias nous présentent de plus en plus les gestes qui sauvent la planète. Ainsi chaque premier lundi du mois dans LE MONDE*, cette fois pour le chauffage : le bâtiment, en France, c’est 45 % de la consommation d’énergie et un quart des émissions de gaz à effet de serre. Comment s’y prendre pour passer l’hiver au chaud de façon écolo ? Niveau débutant : lutter contre l’humidité, se calfeutrer et réguler son chauffage… Niveau intermédiaire : fermer les volets, baisser le chauffage, mettre un pull… Niveau confirmé : entreprendre des travaux de rénovation thermique, convaincre les copropriétaires, passer aux énergies renouvelables.

Rien n’est dit sur le niveau de température acceptable. Si vous augmentez la température de votre logement de 1°C, vous augmentez mécaniquement votre facture de chauffage de 7 %. Mais jusqu’où aller à la baisse ? L’émission pour la Terre » sur France 2 le 15 octobre 2019 avait l’avantage de médiatiser un tout petit peu l’idée de sobriété dans nos comportements : « se chauffer à 19 degrés. » C’est la température dite « de confort » selon le code de la constrution et de l’habitat avec 16 à 17 ° dans les chambres. En 1979 la « chasse au gaspi » prônait de chauffer son domicile à 18 degrés. Mais les Inuits passent l’hiver boréal dans un igloo, à zéro degré Celsius au ras du sol. Dans la France des années 1960 et dans la plupart des foyers, on ne chauffait pas le logement, on vivait couvert en hiver, dehors et au dedans, la nuit on se blottissait sous les duvets en plume d’oie. Aujourd’hui on parle de précarité énergétique, il y a même un Observatoire pour cela (l’ONPE), on offre même des chèques énergie. Demain avec la descente énergétique il faudra principalement compter sur l’énergie endosomatique, celle de notre propre corps ; c’est tellement plus écolo d’isoler des corps qui fonctionnent naturellement à 37 degrés plutôt que de se chauffer au bois, au gaz ou au nucléaire. Aujourd’hui on parle de « maison passive », qui consomme autant d’énergie qu’elle en produit. Demain la maison passive sera une maison qu’on ne chauffe pas.

La résistance au froid est une habitude à prendre. Mais faire entendre à des gens habitués à vivre avec 23 ou 24 °C qu’ils doivent se chauffer à moins, c’est déjà compliqué, alors quand on leur dira qu’il ne faut plus du tout chauffer son appartement, ce sera une révolution !

* LE MONDE du 7 janvier 2020, Des gestes pour passer l’hiver au chaud sans monter le thermostat

Une politique agricole commune écologique ?

Dès la signature du traité de Rome en 1957, la Communauté économique européenne (CEE) a mis en place une politique agricole commune (PAC), dont les objectifs étaient multiples : accroître la productivité de l’agriculture, garantir la sécurité des approvisionnements agroalimentaires, assurer un niveau de vie équitable à la population agricole, stabiliser les marchés et assurer des prix raisonnables aux consommateurs. Mais les mécanismes de soutien différencié par des prix garantis ont surtout incité à produire et à exporter à bas prix les productions protégées et à ne plus produire assez de légumineuses et protéagineux. La recherche incessante de compétitivité est allée de pair avec une intensification et une spécialisation exagérée des systèmes de production agricole. Cette agriculture productiviste se révèle destructrice pour l’environnement et génératrice d’exclusion pour les hommes. D’où le départ des paysans vers les villes et la désertification de régions entières.

Lors de la présidentielle 1974, le programme de l’agronome écolo René Dumont remettait en question cette agriculture intensive : l’agriculture sur-industrielle stérilise le sol, déséquilibre les plantes cultivées et leur ôte toute résistance face à leurs ennemis naturels, ce qui rend nécessaire l’emploi d’une quantité de pesticides, insecticides, fongicides. Les marchands d’insecticides et d’engrais, comme par hasard, sont les mêmes. La solution, c’est de régénérer les sols par des façons culturales qui stimulent l’activité bactérienne dans l’humus ; par une polyculture raisonnable ; par la protection de la flore et de la faune sauvages ; par le respect de l’équilibre écologique qui va du minéral à l’homme en passant par toutes les formes de vie microbienne, végétale et animale ; par la diversité des cultures avec priorité à la production vivrière pour le marché intérieur et non monoculture destinée à l’exportation. Nous avons tourné le dos à ce programme.

« Un regard sur la PAC est offert, ces jours-ci, par le New York Times. La conclusion de l’enquête est que la PAC est « un système de subventions délibérément opaque, faussé par la corruption et le conflit d’intérêts ». En 2018, elle a distribué quelque 60 milliards d’euros aux exploitants des Etats membres. Le fait que la plus grande part des subventions de la PAC puisse être indexée sur la taille des exploitations, conjugué aux marges de manœuvre dont chaque État membre dispose dans l’attribution des fonds, a favorisé des mécanismes d’annexion ou de captation frauduleuse du foncier agricoles, surtout en Hongrie, en République tchèque, en Slovaquie et en Bulgarie, ces aides nourrissent « des procédés mafieux d’accaparement des terres ». Cela contribue à agrandir la taille des exploitations, donc à favoriser les systèmes agricoles les plus industriels, ceux qui simplifient le plus les paysages, fonctionnent avec le moins d’emplois et le plus d’intrants. Le résultat est un bilan environnemental désastreux, les gaz à effet de serre émis par l’agriculture européenne ont augmenté de 5 % au cours de la dernière décennie, les populations d’insectes et d’oiseaux des champs s’effondrent, les nitrates polluent les rivières. Qu’une politique européenne subventionne tout à la fois la destruction de l’emploi, le saccage de l’environnement, la concentration du pouvoir économique et les oligarchies d’Europe centrale est un tour de force. L’année qui s’ouvre sera celle de la renégociation de la PAC, le Green Deal européen risque de rester un vœu pieux. » (Stéphane Foucart)*

La responsabilité de la PAC est lourde, mais le système hyperconsumériste l’est tout autant, façonné par la Grande Distribution et ses centrales d’achat qui broient les agriculteurs dans la mécanique du toujours moins cher, ce qui pousse à l’industrialisation et au gigantisme ! Cet article du New York Times n’est d’ailleurs pas une enquête sur la PAC à proprement parler mais sur la façon dont les dirigeants des gouvernements nationalistes en tirent parti, s’enrichissent ainsi que leurs proches en s’adonnant à toutes sortes de prévarications. Viktor Orban étant le meilleur exemple. Le titre d u NYT est d’ailleurs restrictif : « Comment oligarques et populistes soutirent des millions à l’Europe ». Il y aurait aussi beaucoup à dire sur « l’agro-business américain » : Monsanto, OGM, antibiotiques, hormones de croissance, fermes gigantesques, poulets au chlore, …etc…etc, tout ça vient de l’autre côté de l’atlantique. Conclusion, on est pas près d’avoir un monde agricole écolo quand concurrence internationale, désirs formatés des consommateurs, structure de production hyper-concentrée et politiciens à la solde de l’agro-industrie font cause commune. C’est pourquoi nous attendons le Grand Soir, pas la Révolution qui ne fait que redistribuer les cartes du pouvoir central, mais le choc pétrolier ultime qui nous obligera à revenir (dans l’affolement général) à une agriculture paysanne. Ça va pas être triste !

* LE MONDE du 5-6 janvier 2020, « La PAC, une catastrophe agricole commune »

Après les fêtes de Noël, l’économie de guerre

En cette période d’insouciance festive et de retrouvailles familiales plus ou moins houleuses, voici le message déprimant que nous a été délivré en décembre 2019 : puisque nous avons été incapables de faire du volontarisme politique en matière écologique, nous entrerons de force dans une économie de guerre, sauf que dans un premier temps ce sera la guerre de tous contre tous, chacun pour son propre pays ou territoire.

Antonio Guterres, secrétaire général de l’ONU,  à la veille de l’ouverture de la conférence sur les changements climatiques (COP25) à Madrid : « L’espèce humaine est en guerre contre la planète et la planète rend coup pour coup. » Il a présenté la liste effrayante des effets dévastateurs de plus en plus « meurtriers » du réchauffement : hausse du niveau des océans, fonte des calottes polaires, sécheresses… « Le point de non-retour n’est plus loin à l’horizon, il est en vue et se rapproche de nous à toute vitesse », a-t-il souligné. Il a dénoncé les engagements « totalement insuffisants » de la communauté internationale pour réduire les gaz à effet de serre.

Yves Cochet , ancien ministre français de l’écologie: « Les alarmistes lancent des appels dans les journaux : faites quelque chose, vous, les puissants ! Moi, je n’y crois plus. Il est hélas trop tard pour la transition écologique. On peut quand même minimiser le nombre de morts. Au lieu d’en avoir 4 milliards dans les trente ans, on en aura peut-être 3,5 milliards, en faisant des bio-régions résilientes. Mon discours ne fera jamais recette. Je ne suis pas entendu, et c’est précisément pour cela que l’effondrement va arriver. Pour s’en sortir, il faudrait une économie de guerre comme à Londres, en 1941. Je suis pour le rationnement de l’essence, des vivres, des vêtements, et pour le contrôle des naissances. Mais il n’y a pas d’exemples dans l’Histoire où une économie de guerre a été adoptée avant la guerre. Les gens ne l’acceptent pas. Aujourd’hui, la préoccupation première des Français, c’est le pouvoir d’achat. »

Gilles Lacan, association Démographie Responsable : « Au cours des trois derniers quinquennats, ce sont à peu près les mêmes politiques qui ont été suivies, tournées vers la mondialisation, la croissance et l’emploi. S’il est vrai que l’écologie a été de plus en plus présente dans les programmes des partis politiques, au fur et à mesure que la conscience du danger progressait dans l’opinion, elle n’a jamais consisté qu’en l’habillage d’un même projet économique dans les différentes déclinaisons de la croissance verte. Une telle situation appelle une réorientation radicale , donner une place centrale à l’écologie dans la conduite des affaires publiques, ce par rapport à quoi tout prend sens et s’organise. Nous allons entrer dans une économie de guerre comme l’ont été celle de la France entre 1914 et 1918 ou celle des États-Unis entre 1941 et 1945. Nos décisions en matière de production de biens et services, de mix énergétique, de consommation et de ravitaillement, de commerce extérieur, de démographie et d’immigration, de protection des frontières et de sécurité intérieure, de prélèvements obligatoires, de santé publique et d’éducation, devront être déterminées par l’objectif prioritaire de notre survie collective, si du moins nous ne nous résignons pas à subir l’effondrement.

Pour mener cette politique, il faut un État. L’Europe n’en est pas un, non seulement politiquement mais surtout administrativement : il y a moins de fonctionnaires dans l’ensemble des institutions de l’Union Européenne que dans la seule ville de Paris. Or, notre société va devoir affronter des épisodes de pénurie, qu’il s’agisse de l’énergie, des denrées alimentaires, sans doute de l’eau potable, qui devraient eux-mêmes générer, les métropoles étant devenues peu vivables, un exode urbain incontrôlé et peut-être chaotique. S’il n’y a pas d’État, c’est-à-dire de force publique, sous contrôle démocratique, capable d’assurer un minimum d’état de droit, cela sera, selon la formule de Hobbes, un « état de guerre de chacun contre chacun ». Cet État ne pourra pas être confiné à ses fonctions régaliennes, il devra en outre pourvoir au ravitaillement et au logement de la population, à la santé publique et, dans la mesure du possible, à l’éducation.

Enfin, il nous faut changer complètement de paradigme : ralentir, réduire notre consommation, notre population, nos déplacements, nos connexions, relocaliser notre économie, protéger nos frontières, revenir aux basses technologies pour la production de nos biens. La différence posée ici avec certains « collapsologues » est qu’il faut le faire dès maintenant, en tout cas le plus vite possible, sans attendre d’un effondrement, secrètement espéré, les vertus salvatrices du Déluge, de l’Apocalypse ou du Grand Soir. Il n’y aura pas de catharsis de l’effondrement, l’homme ne sera pas meilleur après la catastrophe. Malheureusement. »

L’art de classer ce qui est bien ou mal

La taxonomie écologique devient une préoccupation partagée, désir de classer ce qui est plus ou moins « propre » au niveau des entreprises, des techniques et des ménages. Le 15 juin 2019, les grands investisseurs mondiaux regroupés dans le Carbone Disclosure Project ont publié une liste d’entreprises ne donnant pas assez d’informations sur leur rôle en matière de climat, de préservation de l’eau et de déforestation. La Commission européenne avait publié le 18 juin 2019 une proposition de « référentiel d’activités durables » pour permettre aux investisseurs et aux entreprises d’identifier les secteurs qui génèrent des bénéfices environnementaux, c’est-à-dire qui contribuent significativement à la lutte contre le changement climatique sans pour autant provoquer des dommages collatéraux. Ainsi les énergies renouvelables vont figurer dans la catégorie verte et le charbon dans la catégorie noire. Mais la chose se complique pour des secteurs comme l’automobile, la construction ou l’agriculture.Et aussi pour le gaz et le nucléaire. Ainsi, le gaz, quand il remplace le charbon, représente une avancée. Mais ne peut constituer une solution satisfaisante à terme. Quant au nucléaire, si, en termes d’émission de CO2, il n’est pas problématique, il pose en revanche de lourdes questions en matière de traitements de déchets. Pour la Commission, ce référentiel a pour objectif essentiel d’inciter les entreprises à passer « du marron au vert ». Mais sur le plan financier, certaines entreprises allaient voir leur valeur s’effondrer du fait d’une transition abrupte vers une économie bas carbone. C’est pourquoi en décembre 2019* la France et le Royaume-Uni ont bloqué la tentative de taxonomie parce qu’elle rendait pratiquement impossible le financement de l’énergie nucléaire par des produits financiers durables. Dans un communiqué, le groupe des Verts au Parlement européen évoque les « tentatives des gouvernements de politiser les critères environnementaux afin d’inclure leurs industries nationales dans les définitions européennes du développement durable ».

Cette préoccupation à propos de l’investissement devrait être relayé par une réflexion sur la classification des techniques, de la plus appropriée à la plus néfaste. Nous pouvons opérer une taxonomie des technologies par les caractéristiques de l’énergie utilisée. Ainsi pour les méthodes de déplacement, nous sommes passés de l’utilisation de notre énergie endosomatique, propre à notre corps, puis nous avons ajouté l’énergie exosomatique, énergie animale, et l’énergie du feu (bois, énergie fossile, nucléaire…) pour finir par se déplacer avec des machines de plus en plus monstrueuses. Ainsi ce tableau donnant la marche de l’histoire vers le « progrès » :

marche cheval vélo train voiture voiture électrique avion fusée

La société de croissance nous a fait passer de la gauche du tableau à la droite en épuisant les ressources non renouvelables et en créant une pollution dont le réchauffement climatique n’est qu’un des aspects. Le paradigme actuel du déplacement motorisé va s’inverser, le mot d’ordre deviendra « moins loin, moins souvent, moins vite… et beaucoup plus cher ». Les mouvements anti-aéroport, anti-autoroutes ou anti-LGV (ligne à grande vitesse) préfigurent  cette évolution. On peut de même classer toutes nos activités de la plus approprié à l’inacceptable :

– Energie humaine > solaire passif > éolien > hydroélectrique > bois > biomasse > photovoltaïque > agrocarburants > Gaz > pétrole > charbon > nucléaire

– Maison non chauffée > bois > Géothermique > gaz > électricité > fuel > charbon

– Bouche à oreille > téléphone fixe collectif > téléphone fixe au foyer  > téléphone mobile > mobile 3G > nouvelle génération…

– Radio  > cinéma (collectif) > télévision noir et blanc (individualisée) > télévision couleur analogique > passage au numérique >société des écrans

Au niveau d’une taxonomie de nos besoins, la notion de sobriété nous invite à nous interroger personnellement sur nos besoins, sur leur importance réelle ou supposée, ainsi que sur les priorités que nous pouvons établir entre eux. Nous pouvons définir une hiérarchie qui passe des besoins vitaux aux essentiels, puis indispensables, utiles, convenables, accessoires, futiles, extravagants et inacceptables. Chacun peut se livrer à l’exercice pour lui-même, en famille ou au travail, de façon à prendre conscience de l’impact de tel ou tel achat ou comportement. Rien ne sera possible sans une adhésion pleine et entière de tous nos concitoyens. Il s’agit de faire jouer à plein ce qui est la contre-partie indissociable de notre liberté : notre responsabilité ! Prenons l’exemple de nos besoins de mobilité individuelle. Ai-je vraiment besoin de me déplacer ? Quels sont les déplacements de loisirs et les déplacement contraints ? Le principe de sobriété nous incite à les réduire en essayant de nous rapprocher de notre lieu de travail. Nous pouvons aussi recourir à un mode doux de déplacement, marche, vélo, rollers, trottinette… La sobriété dimensionnelle nous incite à éviter toute surpuissance inutile dans le choix d’un véhicule. La sobriété coopérative repose sur la mise en commun pour réduire les besoins : mutualisation des équipements, autopartage, co-voiturage, auto-stop. La sobriété d’usage consiste à limiter le niveau et la durée d’utilisation d’un appareil, conduite douce par exemple.

La définition de taxonomies par un gouvernement aurait l’avantage de devenir un élément de langage collectif permettant à une société de retrouver à la fois une certaine cohérence et des perspectives d’avenir moins sombres…

* LE MONDE du 13 décembre, L’Europe peine à s’accorder sur ce qu’est réellement une activité économique « verte »

TV sur l’eau ce soir, à voir absolument

Main Basse sur l’eau, un documentaire de Jérôme Fritel sur Arte à 20h50. Cela nous change du néant dans lequel se dissout les chaînes de télévision ce jour. Sur une planète de plus en plus peuplée et victime de dérèglements climatiques, l’eau, dont 70 % des réserves sont exploitées par l’homme, se raréfie. Les Nations unies estiment que la demande va augmenter de 50 % d’ici à 2030, et que 40 % de la population mondiale souffrira de pénuries. Pour certains fonds spéculatifs, cette richesse naturelle est en passe de devenir un produit financier comme un autre. Un responsable de Citigroup annonce clairement la fin de l’eau gratuite. « Ce n’est pas parce que l’eau est la vie qu’elle ne doit pas avoir un prix. Comment convaincre les gens de réduire leur consommation si vous leur donnez l’eau gratuitement ! » Mais pour les financiers vautours, la sécheresse est synonyme de bonnes affaires, avec des rendements rapides et élevés au détriment de ceux qui ont besoin d’eau, c’est-à-dire tout le monde.

Après avoir épuisé les ressources non renouvelables au XXe siècle, nous entrons dans la raréfaction des ressources renouvelables, à commencer par la plus précieuse, celle qui est nécessaire à notre corps et fait vivre l’agriculture, l’eau. Rappelons-nous le verre d’eau de René Dumont lors de la présidentielle 1974, ou alors découvrons, voir la video. Dans combien de temps couperons-nous l’eau pour cause de factures impayées ? C’est déjà fait dans plusieurs pays sur la planète. Il y aura des guerres de l’eau, elles ont déjà commencé. Alors pour donner un peu d’espoir, allez lire Elinor Ostrom. Elle nous donne les principes de gestion durable des ressources communes :

1. des limites aux prélèvements clairement définies ;

2. la concordance entre les règles et les conditions locales ;

3. des dispositifs de choix collectifs sur le mode participatif ;

4. une surveillance et une autosurveillance des comportements ;

5. des sanctions graduelles pour les transgressions ;

6. des mécanismes de résolutions des conflits ou arènes locales ;

7. le droit à s’organiser sans intervention d’autorités externes ;

8. des entreprises imbriquées (pour les systèmes à grande échelle).

Nous sommes loin de la financiarisation de l’eau et des politiques libérales à la Thatcher !

La nouvelle Miss France, Maëva Coucke

Miss Nord-Pas-de-Calais, Maëva Coucke, 23 ans, a été élue Miss France. Contrairement à ce qui a pu être revendiqué, le concours des miss est tout sauf un pendant du féminisme. A moins que le féminisme ne se réduise à la promotion d’un modèle de beauté hyper-standardisé et ouvertement commercialisé ? Au-delà du fait que nous doutions que la beauté puisse être objectivée, d’un point de vue philosophique, ce concours n’a de toute façon pas lieu d’être parce qu’il représente non pas « des beautés » mais « une beauté » ! Le choix est déjà fait d’avance : vous avez voté pour une femme mince, grande, à la peau lisse, aux cheveux longs, aux formes bien proportionnées, et aux dents blanches. Comment est-il possible de cautionner une émission qui réduit la femme à son physique ? C’est bien dans ce but que toutes ces potiches qui nous viennent des quatre coins de la France secouent leur chevelure, remuent leur fessier et se tortillent dans des tenues plus vulgaires les une que les autres, du moins lorsqu’elles en ont, étant donné qu’elles passent les trois quarts de l’émission en maillot de bain et en sous-vêtements, sur talons aiguilles, bien sûr.

Qu’est-ce qui justifie, chères miss, que vous vous exhibiez à la télévision comme de simples objets de désir sans être accablées par la honte ? Nous comprenons que les Français aient besoin de se détendre et de se divertir. Mais n’y a-t- il pas d’autres distractions bien plus enrichissantes qui n’impliquent pas la dégradation de la femme ? Nous imaginons que cela doit procurer une extrême jouissance que de contempler toutes ces jolies femmes, ô combien mises en valeur, qui brillent de mille feux, sous l’effet des projecteurs, mais permettez juste une question : laisseriez-vous votre propre fille se donner en spectacle à la télévision, donc aux yeux du monde, dans le but d’alimenter un fantasme sexuel ? Arrêtons l’hypocrisie et cessons de dire que cette « émission » sert le féminisme. Comme nous savons qu’il s’agit de l’émission la plus regardée de l’année, on est en droit de se demander : où va le monde ?

Manon Secardin

NDLR : C’était, en décembre 2017, l’opinion du médiateur du Monde. Depuis lors, aucun article sur ce « concours » n’a été publié par LE MONDE.

« Casseurs de pub » vingt ans après

1999 : Automobile, la solution finale ! La civilisation automobile nous conduit tout droit à l’holocauste écologique. Épuisement des ressources naturelles, fossiles, minières… Pollution atmosphérique… Bétonnage massif. Plus sûrement que toutes les dictatures, automobile extermine la vie sur Terre, sasn différence de sexe, de race, d’espèces, animale ou végétale. Le régiment des hommes nouveaux, dans leur armure d’acier, écrase toute résistance. Rien d’étonnant, alors, que des groupes industriels, fleurons d’anciens régimes totalitaires, collaborent à cette destruction annoncée…. Armura, voiture propre ! Dans son habitacle filtré, vous voilà enfin protégé de totue pollution. L’insonorisation très soignée vous épargne tout bruit extérieur et la caisse renforcée ne vous fait craindre aucun violence. D’ailleurs de nouvelles vitres teintées à cristaux liquides vous isolent du monde, effaçant la laideur environnante. Au volant de l’Armura, vous ressentez un sentiment de puissance jusqu’à présent inconnu. Vous accédez à une nouvelle dimension. Les grands espaces s’ouvrent devant vous, vous vous sentez redevenir ce prédateur que vous n’avez jamais cessé d’être. Vous dominez l’Armura, vous faites corps avec l’Arura, vous êtes l’Armura. (Casseurs de pub n° 1 ( dossier de novembre 1999, 25 francs))

2019 : L’idée selon laquelle la voiture n’est qu’un objet, et non un système demeure. Les gens se disent que la voiture privée est nécessaire, car il n’y a actuellement aucune alternative à l’utilisation de la voiture pour certains trajets. On ne comprend pas que c’est le système automobile qui a créé ce problème : en étendant les villes au-delà des limites d’un piéton, en rendant les alternatives moins accessibles voire inexistantes, et en générant un besoin accru de déplacements. Nous devrions nous rappeler qu’il existait autrefois des alternatives, et qu’elles réapparaîtront si, d’une manière ou d’une autre, automobile était mise hors d’usage… Je suis naturellement optimiste, mais je ne peux pas non plus ignorer que l’époque de l’Anthropocène a été catastrophique pour le monde naturel. Tous les indicateurs montrent que la situation s’aggrave. Les nécessaires changements radicaux ne doivent pas être considérés comme des fardeaux ; ils sont avant tout des opportunités pour améliorer notre qualité de vie. (Randall Ghent, premier président de Casseurs de pub, fondateur de la revue Carbusters in La décroissance, numéro double décembre 2019-janvier 2020 (dossier Casseurs de pub, vingt ans))

éditorial de novembre 1999 : Quand la planète arrivera au bout de ce qu’elle peut nous donner. Quand tout sera devenu rare, l’air, le pétrole, l’eau. Quand apeurés, nous réclamerons des pouvoirs forts pour nous sauver de notre soif sans fin de consommation. Ils seront là tapis dans l’ombre, tous les petits Mao, Benito, Adolphe, Joseph… prêts à assouvir leur soif de pouvoir absolu. Ce numéro de Casseurs de pub, revue de l’environnement mental, est là pour que nous changions librement avant qu’on ne nous l’impose par la force. La sortie de la crise écologique ne se trouve pas dans un ordinateur, mais dans la tête de chacun de nous. Le pouvoir réel nous appartient, il est au bout de chacun de nos actes, quand nous prenons le vélo plutôt que la voiture, achetons dans une épicerie plutôt que dans une grande surface. Le pouvoir nous le détenons ; changeons, et le monde changera. (Raoul Anvélaut)

NDLR : « La Décroissance est le prolongement de « Casseurs de pub ». Que ce soit en 1999 ou en 2019, les protagoniste de cette critique radicale de notre système sont toujours Vincent Cheynet, Bruno Clémentin… et leur pseudo Anvélault. Bravo à ces deux-là pour leur constance sur vingt ans. Notre blog biosphere n’a que 14 ans, mais nous avons tous leurs numéros en archives, de 1999 à 2019.

Courrier, vouloir la pub, pas la subir

Chaque année en France, ce sont environ 18 milliards de publicités non sollicitées, soit 800 000 tonnes de papier, qui arrivent dans nos boites aux lettres. Chaque foyer français reçoit en moyenne 30 kg de prospectus. Fabrication, distribution, ramassage, traitement des déchets, recyclage, abandon en pleine nature… leur impact carbone peut être estimé à environ 800 000 tonnes de CO21, soit l’équivalent des émissions de 600 000 voitures neuves qui parcourraient 13 300 km dans l’année. Objets « à usage unique », ces imprimés ont une durée vie très courte. Alors que les citoyens ne demandent pas à recevoir ces publicités, ce sont eux qui, in fine, paient la facture. Trois milliards d’euros annuels dépensés par les publicitaires dans les prospectus sont au final payés par les consommateurs au travers de leurs achats, ce qui représente un coût de 200 euros pour une famille de 4 personnes. Plutôt que StopPub sur les boîtes aux lettres, un affichage « Pub acceptée » serait normal et nécessaire.

France Nature Environnement mène le combat contre le gaspillage des publicités non souhaitées dans les boîtes aux lettres depuis 1991. La fédération avait alors imaginé le dispositif « StopPub » pour permettre à chacun de refuser l’intrusion des messages commerciaux dans leur quotidien. Pas toujours respecté par les distributeurs, parfois arraché, abîmé avec le temps, difficile à obtenir ou même refusé par certaines copropriétés pour manque d’esthétisme, le dispositif a malheureusement montré ses limites. Il est donc temps d’inverser la tendance. Ce n’est pas à ceux qui ne souhaitent pas recevoir de publicité de faire un effort, mais bien à ceux qui souhaitent la recevoir, de le signaler. La logique de réduction des déchets, de préservation des ressources et l’urgence environnementale l’imposent : le geste par défaut doit être le geste vertueux. Autrement dit, pas de distribution de prospectus dans les boîtes aux lettres sans autocollant « Publicité acceptée ».

A l’occasion du projet de loi Anti-gaspillage, France Nature Environnement demande au gouvernement et aux parlementaires de soutenir sa proposition. Réduire de 50% les prospectus publicitaires serait deux fois plus efficace en termes de diminution des émissions de CO2 que de passer de 60 à 100% de recyclage sur les bouteilles plastique. Certains avanceront l’excuse de l’emploi pour reculer, alors que près de la moitié des prospectus sont actuellement imprimés à l’étranger.

Grève du 5 décembre et limites planétaires

Les manifestations de masse vont plutôt à la protection des avantages acquis, nous ne serons jamais plusieurs millions dans les rues pour exiger la sobriété partagée. La volonté de combattre le 5 décembre la énième réforme des retraites en était un exemple parmi d’autres. Les limites planétaires, on s’en fout quand on est cheminot ou enseignant, policier ou avocat, on est d’abord au service de sa propre catégorie professionnelle. La COP25, on s’en fout, mieux vaut manifester contre Macron. Pourtant le CO2 émis sur le territoire national représente 4,9 t/hab ; le dépassement est encore plus frappant quand on inclut les émissions liées aux importations, 7,9 t/hab. Pour espérer limiter le réchauffement de la planète à + 2 °C par rapport à l’ère préindustrielle, il faudrait limiter les émissions de CO2 entre 1,6 et 2,8 tonnes par an et par habitant sur la période 2018-2100. Cela veut dire en termes clairs chauffer sa maison à 17°C maximum, diviser par quatre ou cinq l’usage de la voiture individuelle, ne jamais faire du tourisme par avion interposé, ne manger de la viande rouge qu’une fois pas semaine, ne plus se nourrir avec des préparations industrielles, etc. Nos émissions de gaz à effet de serre se trouvent en effet à la maison, dans nos déplacements et même dans notre assiette. Des études de plus en plus nombreuses constatent que nous sommes dans le rouge et que nos générations futures n’auront que des miettes au milieu de nos poubelles, y compris nucléaires. L’artificialisation des sols ne cesse jamais. Nos eaux souterraines sont infiltrées par des nitrates, des pesticides et des médicaments. Mais on aime manifester contre l’inéluctable réforme des retraites. Que dire de plus ?

Neuf limites planétaires et la France n’est pas la dernière pour les franchir. Pour la première fois un rapport officiel du ministère de la transition écologique l’affirme, mais qui va lire les 220 pages du rapport ? Qui va changer son mode de vie et faire preuve de sobriété ? Pourtant l’urgence est là, et pas seulement climatique. Une équipe de chercheurs internationaux avait forgé en 2009 cette notion de « limite planétaire ». Leurs travaux identifiaient les seuils-limite à ne pas franchir pour éviter que « le système-Terre ne bascule dans un état bien défavorable au développement des sociétés humaines ». En 2015 la même équipe identifiait quatre limites déjà franchies ou en cours de dépassement.

– Sur le front du climat, les auteurs estiment que la concentration atmosphérique de dioxyde de carbone (CO2) ne doit pas dépasser une valeur située quelque part entre 350 parties par million (ppm) et 450 ppm. La teneur moyenne actuelle est d’environ 400 ppm, soit au beau milieu de la ligne rouge. L’objectif des deux degrés de réchauffement, fixé par la communauté internationale comme limite à ne pas dépasser, représenterait déjà des risques significatifs pour les sociétés humaines partout sur Terre.

– La diversité du vivant pourrait s’éroder à un rythme de 10 espèces par an sur un capital d’un million sans impacts majeurs pour les société humaines. Cette limite est largement dépassée par le taux d’érosion actuel, 10 à 100 fois supérieur.

– Le changement rapide d’usage des sols est, lui aussi, globalement hors limite. Les chercheurs estiment ainsi qu’il faudrait conserver 75 % de couvert forestier dans les zones auparavant forestières ; au niveau mondial, le taux moyen actuel est estimé à tout juste un peu plus de 60 %.

– La quatrième limite franchie est la perturbation des cycles de l’azote et du phosphore qui assurent la fertilité des sols agricoles. Ces perturbations sont principalement causées par l’utilisation excessive d’engrais et la mauvaise gestion des effluents des exploitations animales. Les phosphates naturels, qui servent à produire les engrais phosphatés, ont été recensés en 2014 par la Commission européenne comme faisant partie des 20 matières premières critiques, et c’est la seule qui concerne directement les questions de sécurité alimentaire.

Biosphere-Info, in memoriam Pierre Fournier

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Né en 1937, décédé brutalement d’une crise cardiaque en 1973, le déroulé de la brève existence de Pierre Fournier offre une excellente approche de ce qu’il faudrait connaître des origines de l’écologie. Son milieu familial fréquente le milieu hygiéniste, le courant conservateur précurseur de l’écologie qui condamne une modernité destructrice des équilibres naturels. Célestin Freinet (le tâtonnement expérimental) est un ami de la famille, Fournier découvre à 12 ans l’amour de la terre avec « Regain » de Jean Giono, « La Vie claire », le journal des premiers magasins bios en France est une de ses références, il lit dès sa sortie en 1963 « Printemps silencieux » de Rachel Carson, devient co-fondateur de la lutte contre l’atome avec Jean Pignero (Bugey-Cobayes). Il deviendra LE porte-parole de l’écologie en devenant en janvier 1967 un collaborateur permanent de Hara-Kiri. Il décrit la première marée noire après le naufrage en mars 1967 du Torrey Canyon, condamne la prospection immobilière des stations de ski. il défend les paysans et admire Lanza del Vasto qui a fondé la communauté de l’Arche ; de son côté il fera de multiples tentatives pour instaurer une communauté villageoise.

Dès 1969 sa conviction est faite, l’humanité court au suicide faute de prendre en considération son environnement. A partir de 1971, il sera à l’avant-garde de la lutte contre les centrales nucléaires. Peu avant sa mort, il fonde le « journal qui annonce la fin du monde », véritable sous-titre prémonitoire. Son éditorial est incisif, extrait : « Pendant qu’on nous amuse avec des guerres et des révolutions qui s’engendrent les unes les autres en répétant toujours la même chose, l’homme est en train, à force d’exploitation technologique incontrôlée, de rendre la terre inhabitable, non seulement pour lui  mais pour toutes les formes de vie supérieures. Le paradis concentrationnaire qui s’esquisse et que nous promettent ces cons de technocrates ne verra jamais le jour parce que leur ignorance et leur mépris des contingences biologiques le tueront dans l’œuf. La catastrophe, beaucoup plus prochaine que vous ne l’imaginez, ne pourrait être évitée que par une réforme des habitudes mentales encore plus radicale encore que celle jadis opérée par les rédacteurs de la Grande Encyclopédie. » (mensuel écologique »La Gueule ouverte », parution du n°1 en novembre 1972)

repères bibliographiques

Pierre Fournier, précurseur de l’écologie par Danielle Fournier et Patrick Gominet (2011)

La Gueule ouverte (périodique, 1972-1980), 1er éditorial de Pierre Fournier

pour en savoir plus, « Fournier, face à l’avenir » de Diane Veyrat (Les cahiers dessinés, 2019)

sur notre blog biosphere

Il faut connaître l’écolo Pierre Fournier

Quelques dates en hommage à Pierre Fournier

Paroles de Pierre Fournier (1937-1973)

Pierre Fournier, l’esprit de communauté

Pierre Fournier, malthusien sans le dire

Pierre Fournier et la décroissance démographique

Pierre Fournier décrit LE MONDE

la mort de Cavanna ne vaut pas celle de Pierre Fournier

L’utopie écologique, un imaginaire à vivre

L’utopie « techno-libérale » décrit une société hyperindividualiste organisée pour une croissance forte tirée par la science et la technologie, avec le transhumanisme comme point d’horizon. L’Utopie « écologique »i dépeint une organisation de l’économie et de la société tendue vers la sobriété, le « moins mais mieux ». L’Utopie « sécuritaire » renvoie à une société nostalgique d’un passé révolu, attachée à la morale et à la tradition, soucieuse de préserver son identité face aux influences étrangères. Notre enquête d’opinion* a mesuré le degré d’adhésion des Français à ces trois modèles de société idéale, trois « systèmes utopiques » contemporains qui prescrivent des priorités, des politiques et des institutions supposées conduire à un avenir souhaitable.

Chaque système utopique a été présenté aux personnes ayant participé à l’enquête de manière détaillée, en couvrant les aspects relatifs à l’organisation de la vie économique, au système politique, aux modes de vie et de consommation, etc. 55 % des répondants ont accordé leur meilleure note à l’utopie « écologique ». L’utopie « sécuritaire » se classe en deuxième (29 % des répondants), l’utopie « techno-libérale » reste à 16 %. Mais la porosité des préférences s’étend dans toutes les directions, les répondants ont tendance à se construire leur propre société idéale en picorant dans les trois systèmes utopiques les aspects dans lesquels ils se reconnaissaient le mieux. L’utopie écologique profite sans conteste de l’accélération récente de la prise de conscience des enjeux écologiques par les Français, et notamment de la montée en résonance médiatique de la thématique de l’effondrement. Elle séduit également de manière positive, par les modes de vie qui lui sont attachés. Une très large majorité de Français se déclarent attirés par la perspective de modes de vie ancrés sur un territoire de proximité, favorisant les liens sociaux (en particulier avec ses proches), associés à des modes de consommation qui font la part belle à la consommation de produits locaux, en grande partie bio, où la consommation de viande aurait fortement reculé au profit des protéines végétales. C’est l’inverse de ce vers quoi nous a mené concrètement le techno-libéralisme qui en fait, est une « utopie » réalisée grâce au pillage de la planète. Les citoyens veulent désormais redonner du sens dans une société de marchandisation qui a cassé toutes les solidarités de proximités qui existaient autrefois. Malheureusement l’optique sécuritaire, cultivée par les gouvernements (lutte contre le terrorisme) et les nationalistes/populistes, brouillent le message sur ce que pourrait être une société idéale. Quelques commendataires sur lemonde.fr :

Cassandre : Utopie : vue politique ou sociale qui ne tient pas compte de la réalité… utopie communiste, utopie nazie, utopie libertaire…

Michel SOURROUILLE : Utopie, lieu qui n’existe pas encore mais que les efforts coordonnées et non-violents de tous les membres du groupe humain peuvent faire en sorte que cela devienne réalité. Cassandre devrait relire Thomas More, l’inventeur du mot Utopie, qui a décrit une société idéale dont on pourrait s’approcher si on y mettait du sien. N’oubliez pas aussi le livre de René Dumont en 1972, L’utopie ou la mort, qui constitue le premier ouvrage de référence de l’écologie française. Dumont a essayé lors de la présidentielle 1974 de faire en sorte que l’Utopie écolo devienne réalité, les électeurs n’ont pas voulu, tant pis pour eux, la situation est maintenant telle qu’on la voit, catastrophique…

untel : Monstrueusement biaisé par la « présentation » aux sondés des différentes utopies. Les sondeurs adorent depuis toujours faire choisir entre un gâteau et un étron, ce qui leur permet d’obtenir des résultats significatifs sans trop d’effort.

le sceptique : Tout dépend de la manière dont est présentée la société idéale ! Si l’on a fait comprendre aux gens que consommer moins, c’est produire moins, donc moins de richesses et de revenus, moins de services publics et droits sociaux payés par l’impôt, moins de capacités de vie (genre maisons, voitures, voyages) payées par le travail, alors oui, la France est mûre pour la décroissance. Si l’on a laissé entendre que c’était grosso modo le même train de vie qu’aujourd’hui avec plus de temps en famille et en jardinage, alors non, on a enfumé les participants par un biais d’omission sur les conséquences systémiques désagréables d’une richesse collective et individuelle qui baisse. Vu les mobilisations sociales en France et dans le monde dès qu’on a le sentiment de perdre des avantages, j’ai quelques doutes.

Bernard l. @le sceptique : Vous émettez le doute que l’on n’aurait pas présenté aux sondés les aspects que vous considérez comme négatifs de l’utopie écologique. On peut aussi considérer que les sondés ne sont pas totalement idiots. Mais qu’en serait-il selon vous des aspects négatifs des deux autres utopies ? Pourquoi n’en parlez-vous pas ? Pourquoi vous considérez-vous fondé à dénigrer tout ce qui relève de ce qui est présenté ici comme l’utopie écologique, à en dénigrer toute objectivité, toute légitimité, au delà de tout argument de fond ? Et ne jamais remettre en question les autres « utopies » ?

* LE MONDE du 23 novembre 2019, Philippe Moati : « L’utopie écologique séduit les Français »

Pierre Fournier, l’esprit de communauté

Pierre Fournier (1937-1973) a dès les années 1970 perçu l’intérêt de retourner vivre en communautés rurales. Exemple :

17 septembre 1968, lettre à Elise Freinet : Ce sont les barricades de mai 1968 qui m’ont décidé. Elles m’ont fait comprendre qu’une idée se vit, ne se dit pas ; que l’expérience naît de l’action, ne la précède pas ; que tout est encore possible à qui agit pendant que les autres palabrent… »

Hara-Kiri (23 juin 1969) : Mon action (de revitalisation d’un village abandonné) s’insère dans un mouvement naissant visant à l’instauration d’une structure économique parallèle qui doit nous opposer aux structures aliénantes de notre société de consommation. Le but est de maintenir coûte que coûte les bases organiques auxquelles s’attaquent notre civilisation suicidaire, de démontrer par l’exemple que l’épuisement des ressources vitales et la pollution de la biosphère ne sont pas des fatalités inscrites dans un déroulement irréversible. Nous ne fuyons pas la société, au contraire nous allons à sa rencontre, aux sources qu’elle rejoindra bientôt malgré elle. Nous ne cherchons pas des refuges, mais des avant-postes. Dans nos villages, nous aurons nos coopératives pour la commercialisation de produits agricoles biologiques, nos ateliers et même nos laboratoires, car, contrairement à ce qu’on peut penser, nous ne souhaitons pas freiner la connaissance scientifique mais seulement contrôler ses applications. Ce que je cherche encore, c’est le capitaliste génial qui, en participant à la société d’économie mixte fondée par la municipalité pour la mise en valeur de son territoire, investira dans la civilisation de l’avenir.

Hara-Kiri (4 au 18 août 1969) : Il s’agit de cultiver, dans un but d’exemplarité, de contagion (et si la contagion ne se produit pas, tant pis), un art de vivre difficile, un art de vivre en bonne santé, c’est-à-dire en bon accord avec le sol, les saisons, les autres, qu’ils soient plantes, animaux ou humains, et en satisfaisant au mieux, c’est-à-dire sans faire du tort à personne, nos vrais besoin.s Car nous n’avons pas des besoins très différents de ceux du nuage, de la terre et de l’arbre. Nous avons comme eux nos nécessités intimes, inscrites en nous, très profondément, par des millénaires de difficile adaptation aux conditions de vie terrestres.

Charlie Hebdo (1er novembre 1971) : Je suis à peu près persuadé que tout ce qu’il reste à faire d’intelligent est de fonder des communautés. Mais en même temps qu’il n’y a quasiment plus d’endroits où ce soit possible et il n’y a pas encore de gens avec qui ce soit possible. Se lancer là-dedans, c’est le meilleur moyen de se faire bouffer tout cru. J’aime mieux perdre mon temps à bosser pour Charlie que perdre mon temps à faire le con avec des communautaires foireux.

Charlie Hebdo (25 septembre 1972) : Un cultivateur moderne, condamné à la rentabilité selon les normes de l’agriculture industrielle, est un conducteur d’engins, rien de plus. Un paysan traditionnel est un botaniste, un naturaliste, un météorologue, un maçon, un boisselier, un forgeron, et j’en oublie. Il est le dernier dépositaire d’un trésor culturel, mais il a honte devant son fils parce que cet abruti sait lire le Dauphiné libéré, et écrire le nom d’un démagogue sur un bulletin de vote… Nous ne pourrons pas longtemps vivre tous dans les villes, en laissant aux machines le soin d’exploiter à mort ce qu’il restera de désert dans les interstices de la banlieue totale.

La Gueule ouvert (décembre 1972) : Si l’on excepte le cas trop particulier de l’Arche (la communauté fondée il y a vingt ans par Lanza del Vasto) et quelques autres peut-être, qui toutes ont en commun le mysticisme, aucune communauté véritable, à ce jour, n’a tenu assez longtemps pour pouvoir constituer un exemple. Ce n’est pas décourageant. Le mouvement n’en est qu’à ses débuts.

Pour en savoir plus, « Fournier, face à l’avenir » de Diane Veyrat (Les cahiers dessinés, 2019)

Quelques dates en hommage à Pierre Fournier

La brève existence de Pierre Fournier (1937-1973) marque la médiatisation de l’urgence écologique.

janvier 1967, Pierre Fournier devient un collaborateur permanent de Hara-Kiri. Il aura été pendant quatre années l’écologiste le plus lu et le plus inspirant de France, des centaines de pages d’informations, de récits, d’ incitations à faire…

septembre 1968, conférence de la biosphère à l’égide de l’UNESCO, sous le titre « Notre planète devient-elle inhabitable ? »

1970, proclamée « année européenne de la conservation de la nature ».

22 avril 1970, le premier « Earth Day » marque aux États-Unis la naissance du mouvement environnemental.

16 novembre 1970, la couverture d’Hara-Kiri associe la mort du général de Gaulle et l’incendie d’un dancing en Isère : « Bal tragique à l’Élysée – 1 mort ». Le journal est interdit sur le champ, Il ressort en kiosque la semaine suivante sous le titre Charlie Hebdo.

Fin 1970, Alexander Grothendiek du mouvement « Survivre, pour la lutte des scientifiques avec les masses pour survivre », contacte Pierre Fournier.

Début 1971, création du ministère de l’environnement, soit 0,1 % du budget de l’Etat.

12 avril 1971, Prémillieu invite Fournier à participer à la première manifestation anti-nucléaire à Fessenheim, il y aura 1000 manifestants. Dans Charlie Hebdo, Fournier avait écrit : «  il faut aller gueuler contre le dépôt d’une bombe atomique à effet ralenti sur la rive du Rhin. » De toute la presse hebdomadaire pharisienne, il sera le seul à couvrir l’événement.

Fin avril, Fournier confie à Cavanna qu’outre ses actions militantes anti-nucléaires, il devient un « journaliste informatif ». En mai, il adhère à l’association des journaliste et écrivains pour la protection de la nature. Il reprend le vocabulaire de Survivre dont les feuilles, en ce mois de mai, prêchent une révolution fondée sur l’ÉCOLOGIE. Il se sent investi d’une mission : « Je ne vois pas qui pourrait ouvrir sa gueule à ma place dans la situation actuelle. » Pour Pierre, l’écologie est la suite logique de Mai 1968, dorénavant le rôle des politiques est « d’engager la société sur la voie qui conciliera la survie de l’espèce et le libre épanouissement de l’individu ».

Juin 1971, Gébé publie dans les pages de Charlie-Hebdo sa bande dessinée « L’An 01, on arrête tout, on réfléchit et c’est pas triste ».

10 juillet 1971, le comité Bugey-Cobayes de Prémillieu et Fournier rassemble 15 000 personnes. A la suite se crée une dizaine d’associations de lutte contre les centrales nucléaires en construction.

Janvier 1972, l’ouvrage « A Blueprint for Survival » préconise la décentralisation de la société en de petites communautés capables d’auto-réguler leur population, d’assurer leur propres besoins alimentaires et de réduire la taille de leurs industries et infrastructures.

Mars 1972, rapport au Club de Rome sur les limites de la croissance. Il prévoit un effondrement de la civilisation au cours du XXIe siècle si la trajectoire du développement exponentiel reste inchangé.

Avril 1972, les Amis de la Terre organisent, aux cris de « les vélos, pas l’auto ! » la première manifestation cycliste à Paris : 10 000 participants.

Juin 1972, premier sommet des Nations unies sur « l’environnement et le développement ». Le numéro spécial environnement du Nouvel Observateur, « La dernière chance de la Terre » se vend à plus de 200 000 exemplaires.

Septembre 1972, Fournier lance son mensuel écologiste, « La Gueule ouverte, journal qui annonce la fin du monde » : 70 000 exemplaires vendus.

15 février 1973, alors qu’il participe au bouclage du numéro 5, Fournier est emporté par un arrêt cardiaque.

1974 : René Dumont se présente à la présidentielle en tant qu’écologiste. L’écologie entre en politique, Pierre Fournier avait facilité ce passage.

Pour en savoir plus, « Fournier, face à l’avenir » de Diane Veyrat (Les cahiers dessinés, 2019)

repères bibliographiques

Pierre Fournier, précurseur de l’écologie par Danielle Fournier et Patrick Gominet (2011)

Éditorial de La Gueule ouverte (périodique, 1972-1980)

sur notre blog biosphere

2 février 2014, la mort de Cavanna ne vaut pas celle de Pierre Fournier

3 novembre 2011, Pierre Fournier décrit LE MONDE

29 octobre 2011, Pierre Fournier et la décroissance démographique

Paroles de Pierre Fournier (1937-1973)

– Papa, c’est loin l’apocalypse ? Tais-toi et consomme.

– Depuis que je suis tout petit, le monde « moderne », le monde où nous enferme une technologie acéphale et monstrueusement foisonnante, me remplit d’horreur par sa laideur. Cette laideur est le signe d’un profond déséquilibre, et ce déséquilibre finira par entraîné la destruction de la civilisation qui l’avait engendré.

– Le « devoir » de nos concitoyens est de déserter un espace rural désormais voué à la pollution touristique et de s’entasser frénétiquement dans des mégalopoles invivables. Toute une imprégnation idéologique les y pousse.

– Je ne peux pas piffrer ce mot d’environnement, il pue l’anthropocentrisme, alors que la prise de conscience qui l’a mis à la mode annonce la fin d’un anthropocentrisme dépassé.

– Pendant qu’on nous amuse avec des guerres et des révolutions qui s’engendrent les unes aux autres en répétant toujours la même chose, l’homme est en train, à force d’exploitation technologique incontrôlée, de rendre la Terre inhabitable non seulement pour lui, mais pour toutes les formes de vie qui s’étaient jusqu’alors accommodées de sa présence.

– Si l’homme peut détruire le monde d’une manière brutale, il peut aussi le détruire tranquillement, mais tout aussi efficacement, en déchirant le fine toile que la nature a tissée afin de maintenir toutes choses dépendantes les unes des autres, depuis la plus élémentaire forme de vie contenue dans le sol, jusqu’à l’homme, en passant par la plante et par l’animal.

– C’est toujours le Fric qui commande, c’est-à-dire les choses, c’est-à-dire personne, Vous pouvez remonter n’importe quelle filière du Pouvoir vous trouverez toujours, au bout, les Choses, l’engrenage des prétendues « fatalités », rien.

– Outre que notre attitude donne mauvaise conscience aux inertes, aux obéissants, – à tout le monde quoi !- , notre action si elle s’étendait, dérangerait les plans des technocrates, fausserait les calculs des profiteurs et troublerait la quiétude des esclaves. Autant dire que nos idées ont tout pour faire l’unanimité contre elles.

– Le problème de la survie n’est pas seulement politique, il va beaucoup plus loin que ça. C’est le problème de la relation de l’homme au réel. C’est un problème religieux (du latin religere, relier). Une religion est un système de relations de l’homme à la nature, et pas suite de l’homme à l’homme. Elle n’implique pas l’existence du Dieu judéo-chrétien. Toute grande révolution est un changement de religion. Le culte du progrès est une religion messianique et fataliste, basées sur des dogmes métaphysique, entretenues par une Eglise qui a comme celle du Moyen Age, les monopoles de l’éducation, plus beaucoup d’autres que l’Église médiévale n’avait pas.

– Il y a quelques irréductibles qui n’achètent jamais rien. Ils font leur pain avec leur blé, et leur lessive avec les cendres du four. Ils polluent pas plus qu’un papou. Ils sont les derniers hommes libres. Ou les premiers, peut-être ? En tout cas, si on veut pas disparaître dans la tourmente, quand tout va se faire la valise, on ferait bien de se mettre à leur école.

– Nous sommes des prophètes de malheur. Nous sommes des emmerdeurs et des minoritaires indésirables. Admettre le bien-fondé de notre position, c’est admettre qu’il faut tout remettre en cause, jusqu’aux habitudes physiques et mentales les plus confortables et les mieux ancrées.

– La révolution écologique consiste à tout remettre à l’endroit.

Extraits de « Fournier, face à l’avenir » (Diane Veyrat – Les cahiers dessinés, 2019)

MiaouBOX pour une société débile

En tant que journalistes, nous recevons par mail beaucoup de messages d’entreprises plus ou moins débiles, mais celui-là bas le pompon.

« LE CADEAU AU POIL POUR NOËL, LA WOUFBOX & LA MIAOUBOX »

13,5 millions de chiens et 7,4 millions de chats, nos meilleurs amis à quatre pattes ne seront pas les grands oubliés au pied du sapin cette année. Woufbox et Miaoubox ont confectionné une box spécialement pour Noël composée de 8 produits choisis spécialement pour l’occasion sur le thématique des fêtes de fin d’année. Des jouets, des friandises, des accessoires, des produits d’hygiène, adaptés à chaque boule de poils pour garantir une expérience féerique au moment de déballer son cadeau le soir du réveillon Noël !  Qui a dit que gâter son animal de compagnie était onéreux ? Les coffrets cadeaux en Édition Limitée pour Noël contenant 8 produits d’une valeur de 50€, sont proposés à 24,90€. De quoi mettre la patte au porte monnaies sans se ruiner ! Réalisé avec une patte de maître par nos experts canins et félins, chaque coffret est adapté selon les caractéristiques de l’animal. Un cadeau original qui ravira chaque membre de la tribu, en particulier le fidèle compagnon de la famille. L’idée cadeau qui permettra de consacrer encore plus de moments de complicité avec lui ! Chaque box est livrée entre le 15 et le 20 décembre, timing parfait pour la glisser sous le sapin le Jour-J !

Qu’en pense le parti animaliste ?

Il faut connaître l’écolo Pierre Fournier

Né en 1937, décédé brutalement d’une crise cardiaque en 1973, le déroulé de la brève existence de Pierre Fournier offre une excellente approche de ce qu’il faudrait connaître des origines de l’écologie. Son milieu familial fréquente le milieu hygiéniste ou « naturiste, le courant conservateur précurseur de l’écologie qui condamne une modernité destructrice des équilibres naturels. Célestin Freinet (le tâtonnement expérimental) est un ami de la famille, Fournier découvre à 12 ans l’amour de la terre avec « Regain » de Jean Giono, « La Vie claire », le journal des premiers magasins bios en France est une de ses références, il lit dès sa sortie en 1963 « Printemps silencieux » de Rachel Carson, devient co-fondateur de la lutte contre l’atome avec Jean Pignero (Bugey-Cobayes). Il deviendra LE porte-parole de l’écologie en devenant en janvier 1967 un collaborateur permanent de Hara-Kiri. Il décrit la première marée noire après le naufrage en mars 1967 du Torrey Canyon, condamne la prospection immobilière des stations de ski. il défend les paysans et admire Lanza del Vasto qui a fondé la communauté de l’Arche ; de son côté il fera de multiples tentatives pour instaurer une communauté villageoise. Dès 1969 sa conviction est faite, l’humanité court au suicide faute de prendre en considération son environnement. A partir de 1971, il sera à l’avant-garde de la lutte contre les centrales nucléaires. Peu avant sa mort, il fonde le journal qui annonce la fin du monde, véritable sous-titre prémonitoire du mensuel écologique « La Gueule ouverte » (parution du n°1 en novembre 1972). Son éditorial est incisif, extrait : « Pendant qu’on nous amuse avec des guerres et des révolutions qui s’engendrent les unes les autres en répétant toujours la même chose, l’homme est en train, à force d’exploitation technologique incontrôlée, de rendre la terre inhabitable, non seulement pour lui  mais pour toutes les formes de vie supérieures. Le paradis concentrationnaire qui s’esquisse et que nous promettent ces cons de technocrates ne verra jamais le jour parce que leur ignorance et leur mépris des contingences biologiques le tueront dans l’œuf. La catastrophe, beaucoup plus prochaine que vous ne l’imaginez, ne pourrait être évitée que par une réforme des habitudes mentales encore plus radicale encore que celle jadis opérée par les rédacteurs de la Grande Encyclopédie. »

La postface de Diane Veyrat* offre une très bonne synthèse de l’état actuel de l’écologisme. De 1973 à 2019, on dirait qu’on n’a rien su tirer des avertissements de Fournier. Difficile de changer toute une civilisation suicidaire. Ce livre nous offre aussi en annexes plus de 70 pages qui montrent la profonde pugnacité des écrits de Pierre Fournier. Il manquait une biographie actualisée de Pierre Fournier, voici chose faite grâce à Diane Veyrat.

* « Fournier, face à l’avenir » de Diane Veyrat (Les cahiers dessinés, 2019)

PS : une recension a déjà été publiée que le site JNE, association à laquelle Pierre Fournier avait adhéré il y a bien longtemps

pour en savoir plus sur notre blog biosphere :

Pierre Fournier, précurseur de l’écologie par Danielle Fournier et Patrick Gominet (2011)

Éditorial de La Gueule ouverte (périodique, 1972-1980)

2 février 2014, la mort de Cavanna ne vaut pas celle de Pierre Fournier

3 novembre 2011, Pierre Fournier décrit LE MONDE

29 octobre 2011, Pierre Fournier et la décroissance démographique

On ne naît pas écolo, on le devient

Qui suis-je ? Il y a bien des nombres pour me caractériser, mon numéro d’inscription à la sécurité sociale, des chiffres pour téléphoner, un numéro sur ma porte d’entrée, un indicatif postal, une plaque minéralogique, un code bancaire, des chiffres, encore des chiffres. Et moi je ne suis qu’une simple unité parmi des milliards d’habitants qui réduisent d’autant mon espace vital, celui des autres espèces et la beauté de la nature qui m’entourait. Désespérant d’être un minuscule rouage d’une énorme machinerie numérisée qui écrase tout sur son passage. Désespérant ? C’est aussi une motivation pour réagir ! Dans mon carnet de notules que je tenais depuis 1969, j’attribuais à Tchekhov cette phrase que j’ai fait mienne : « Tout homme a en lui-même un esclave qu’il tente de libérer. » Je me suis libéré. Pour mieux réfléchir… Pour aider à améliorer le monde… J’ai soutenu et propagé comme j’ai pu tout ce qui allait dans ce sens, la non-violence, l’objection de conscience, le féminisme, le naturisme, le biocentrisme, le sens de l’écologie, le sentiment des limites de la planète, l’objection de croissance, le malthusianisme, la simplicité volontaire… Pas étonnant que je sois considéré comme écologiste radical. En rupture avec le système dominant. Mais je ne sais pas ce que veut dire faire la révolution, prendre le pouvoir. Trop brutal, inefficace à long terme. Je ne suis qu’un passeur. Je ne fais que transmettre les connaissances que j’ai acquises. Toute mon existence a été vouée à (in)former après m’être (in)formé, et peu importe de ne pas obtenir immédiatement un résultat probant. Chacun de nous apprend aux autres, consciemment ou inconsciemment, de façon maladroite ou pertinente. Car chacun de nos actes ou presque est jugé par d’autres, servant de modèle ou de repoussoir. C’est notre comportement commun qui fait le sens de l’évolution sociale, mais nous ne sommes pas à la place d’autrui, chacun fait ce qu’il peut. Quant à moi, il me suffit d’avoir fait ce que j’estimais devoir faire, la part du colibri.

« Un jour, dit la légende, il y eut un immense incendie de forêt. Tous les animaux terrifiés et atterrés observaient, impuissants le désastre. Seul le petit colibri s’active, allant chercher quelques gouttes d’eau dans son bec pour les jeter sur le feu. Au bout d’un moment, le tatou, agacé par ses agissements dérisoires, lui dit : « Colibri ! Tu n’es pas fou ? Tu crois que c’est avec ces quelques gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu ? » « Je le sais, répond le colibri, mais je fais ma part. » [Pierre Rabhi, La part du colibri, l’espèce humaine face à son devenir (éditions de l’Aube, 2011)

Né en 1947, je ne suis arrivé qu’après mai 1968 aux années de mon éclosion, de ma renaissance. Élevé dans une société autoritaire, imbibée de religiosité et d’économisme, j’ai quand même réussi à penser autrement. Avec ce livre*, je n’ai pas voulu me contenter de dénoncer l’inertie socio-politique et le déni économique face à l’urgence écologique. Ma bibliothèque est déjà plus que pleine de ces livres sur l’effondrement en cours de notre civilisation thermo-industrielle sans qu’on sache quoi que ce soit de l’engagement personnel de l’auteur. J’ai essayé de mettre de la chair autour des idées. Cela me semblait plus porteur qu’un énième livre sur la crise écologique. C’est pourquoi dans chaque partie de ce livre je raconte ma propre expérience pour essayer d’en tirer des enseignements profitables à tous. Je voudrais te convaincre que tu es toi aussi un écologiste qui sommeille, qui s’éveille, qui peut agir. On ne naît pas écolo, on le devient. J’ai essayé de montrer que nous sommes à la fois déterminés par notre milieu social et libre de choisir notre destinée. Il n’y a de liberté véritable que dans la mesure où nous savons mesurer les contraintes qui pèsent sur nous. J’ai écris ce livre pour partager avec toi mes pensées et mon vécu car nous partageons la même maison, la Terre, si belle, si fragile.

* On ne naît pas écolo, on le devient » de Michel Sourrouille aux éditions Sang de la Terre

de la part de biosphere, « Bon anniversaire Michel … »

Il n’y aura rien sans débordement populaire

Cherchez de qui il s’agit grâce à ses phrases commentées sur lemonde.fr :

  • XXX: « La bataille n’est plus sur le niveau de vie, mais sur la vie elle-même. Or, nous sommes dirigés par une élite inconsciente, ou cynique, obsédée par la croissance, la concurrence, la mondialisation, qui fonce droit dans le mur écologique. Nous devons lui reprendre le volant des mains et cet impératif peut nous rassembler. »

– « Il n’y aura rien sans débordement populaire ». Vous mettez ces mêmes mots dans la bouche d’un partisan du RN et toute la gôche s’enflamme. Jusqu’à quand Le Monde va-t-il relayer et amplifier ces appels à la violence de XXX ?

– L’alternative ne se bâtira pas, XXX a raison, par des alliances au « sommet » mais par des luttes collectives, ce fameux « débordement populaire » qu’il appelle de ses vœux, transcendant des couches sociales aujourd’hui divisées mais qui n’ont d’autre choix que subir ou s’unir.

– Très vivifiant qu’un député dise « qui ça fait encore rêver, la 5G? ». Enfin un peu de lucidité. Tant mieux si la Gauche sort du dogme de la croissance, cela signifie qu’on avance. Malheureusement XXX reste trop englué dans une vision manichéenne de la politique. S’il pense qu’un rassemblement autours des verts et des rouges (il en reste?) suffira, il sera déçu.

– « Notre démocratie est colonisée de l’intérieur par un caste dont Macron n’est que la partie émergée » déclare XXX dans son interview. Quels sont les membres de cette « caste », quels sont leur mode d’action, quels sont leur liens avec la City ou la Suisse? Faute de réponse précise, il est difficile de prendre au sérieux ces allégations.

– On gardera en mémoire : «  Le progrès ne passe plus par les biens mais par les liens ». La fin du progrès par les biens expliqué ainsi : « on n’a pas besoin de 2 frigidaires ». Et l’avènement de la société du lien, « développer les emplois d’aide à domicile ». Wouah… puissant !

– Des belles paroles mais rien de bien cohérent. D’un côté, il soutient les gilets jaunes qui demandent plus de pouvoir d’achat, et de l’autre il soutient un modèle de décroissance écolo.

– Ce type est délirant et inquiétant tout à la fois. Il nie le résultat des élections et veut détruire la démocratie. Déjà en Novembre-Décembre dernier il était au bord de la sédition et de la violence au moment du pic du mouvement des gilets jaunes. Il postule l’existence d’une oligarchie mais tout dans son discours diviseur montre qu’il veut imposer la domination par une autre oligarchie.

– Un discours qui part dans tous les sens. Un exemple : « Depuis la préhistoire, dans le peuple, vieillesse a signifié misère ». La vieillesse existait-elle dans l’Antiquité, au Moyen Age ? L’espérance de vie était faible, mais la vieillesse devait être heureuse pour les rares septuagénaires ou octogénaires considérés comme des sages.

– Le nouveau prof de gauche avec sa rhétorique écologiste, féministe, décolonialiste, décroissanciste, altermondialiste, collapsologiste et autres jus de crâne de diplômés du verbe qui vivent dans le confort, non seulement il n’aura pas le prolo avec lui, il l’aura surtout contre lui dès que le frigo sera menacé.