écologie appliquée

Contre-violence par destruction de biens

Je suis personnellement depuis le début des années 1970 fidèle adepte de la non-violence, engagé à l’époque dans un groupe de soutien aux objecteurs de conscience et objecteur moi-même. Gandhi est évidemment une de mes figures de référence. Pourtant je m’interroge aujourd’hui face aux déréglementations écologiques qui frappent presque tous les domaines de la vie sur Terre. Ce n’est plus seulement nos guerres imbéciles qui m’interpellent, mais l’extinction des espèces, les chocs pétroliers, les émissions de gaz à effet de serre, la raréfaction halieutique, etc. Comment lutter sur une planète qui brûle ? Comment lutter contre un système techno-industriel qui soutient le capital fossile ? Comment faire réfléchir une population cernée par des moteurs thermiques ? Les manifestations pour le climat se sont essoufflées aussi vite que commencées, Greta Thunberg se contente de dire aux politiques qu’ils feraient bien d’agir, les Conférences internationales sur le climat depuis plus de 25 ans n’ont absolument rien changé aux émissions de gaz à effet de serre ! Pire, des irresponsables au pouvoir dans plusieurs pays font l’inverse de ce qu’il faudrait faire. Je me demande maintenant si une action contre les biens qui causent notre perte ne serait pas une obligation pour qui le sort des générations futures importe. L’arrêt brutal de nombre d’activités à cause de la Covid-19 a parfaitement montré qu’il fallait beaucoup déconstruire pour rendre l’air respirable et que c’était possible. Mais on ne parle maintenant que de relance économique et de soutien aux activités même les plus polluantes comme l’automobile ou l’aviation. Il est beaucoup trop rare de rencontrer des personnes qui prônent une action radicale contre la violence anti-écologique des biens consommés et des infrastructures actuelles, une contre-violence qui irait au-delà d’une non-violence jugée trop paisible. Ce genre d’analyse est restée ultra-minoritaires chez les activistes écologistes ; Greenpeace Sea Shepherd ou Extinction Rebellion par exemple ne détruisent aucun biens.

Il faut donc se rappeler les propos de Françoise d’Eaubonne au début des années 1970, le jour où elle fut scandalisée d’entendre un ami lui dire : « Le problème de la révolution passe au second plan devant l’urgence écologique. Le prochain acte réellement révolutionnaire sera l’attentat contre une centrale nucléaire en construction. Le Capital en est au stade du suicide, mais il tuera tout le monde avec lui ». Il lui aura fallu plus d’un an pour assimiler la profondeur de cette vérité. Au nom de la « contre-violence », Françoise d’Eaubonne participera à la lutte contre l’énergie nucléaire en commettant avec d’autres un attentat à l’explosif le 3 mai 1975 contre la centrale de Fessenheim, retardant de quelques mois son lancement. Elle a assumé cette position radicale jusqu’au bout puisque dans ses derniers tomes de mémoires elle écrit  : « La contre-violence semble très indiquée comme retournement de l’arme de l’ennemi contre lui-même ; il va de soi que les attentats ne visent que des points de rupture précis du front ennemi, économisant au maximum les vies humaines, utilisant les moyens destructifs pour instruire le plus grand nombre possible d’abusés du sens de cette guérilla urbaine. »*

De même un livre** récent d’ Andreas Malm se pose la question de la nécessité de dégonfler les pneus des SUV et détruire pipelines et autres éléments de l’infrastructure basée sur l’énergie fossile. A son avis le mouvement pour le climat devrait s’attaquer directement aux biens les plus néfastes en termes d’émissions de gaz à effet de serre. Il veut forcer le mouvement écologiste à se poser des questions radicales : « Le problème, bien sûr, c’est que faire sauter un pipeline dans un monde à six degrés de plus, ce serait agir un peu tard. Doit-on attendre un assentiment quasi général ? Celui de la majorité ? D’une importante minorité ? » L’usage de la violence contre les biens est certes mal accepté socialement, imaginez la réaction du propriétaire d’un SUV qui retrouve au petit matin sa chère voiture avec les pneus crevés ! Pourtant maintenir le statu quo et le business as usual nous condamne à aller vers une planète invivable. Détruire du matériel qui condamne notre avenir sur une planète surchauffée et à bout de souffle n’est qu’un acte d’autodéfense, un acte de dénonciation d’une société ultra-violente qui en arrive même à dérégler les mécanismes de régulation automatique de la biosphère. Détruire des biens néfastes n’est pas du terrorisme, c’est aimer le présent, c’est sauver bien des vies humaines dans l’avenir, c’est le contraire de la violence. Le plus étonnant, c’est de constater que l’usage de la contre-violence est aujourd’hui rarissime alors que les périls se révèlent apocalyptiques…

Michel Sourrouille

* Françoise d’Eaubonne, « Écologie et féminisme (révolution ou mutation ?) », première édition en 1978, réédition 2018 aux éditions Libre & Solidaire

** Andreas Malm, « Comment saboter un pipeline », La Fabrique éditions, 2020

Saboter les pipelines, un impératif ?

La question des différentes formes de non-violence face à la violence de la société thermo-industrielle doit être discuté par tous les militants de l’écologie. Sur ce blog biosphere, nous pensons que la destruction de biens nuisibles à la santé des humains et de la Terre n’est pas une violence, c’est une contre-violence, elle appartient au domaine de la non-violence. La démonstration qu’en fait Andreas Malm* paraît convaincante. Ainsi par cet exemple :

Deux membres des Catholic Workers, Jessica Reznicek et Ruby Montoya, tout au long du printemps 2017, ont perforé à plusieurs reprises un pipeline en construction. Elles justifient : « Après avoir épuisé toutes les formes d’action possibles, dont la participation à des réunions publiques, la collecte de signatures pour réclamer des études d’impact environnemental, la désobéissance civile, les grèves de la faim, les manifestions, boycotts et campements, nous avons constaté l’incapacité évidente de notre gouvernement (américain) à entendre les revendications populaires. » 

Elles savent dorénavant qu’elles doivent obtenir plus de résultats. N’ayant aucune expérience du sabotage, elles optent d’abord pour l’incendie. Elles brûlent alors six pièces de machinerie lourde en enflammant des chiffons imbibés d’un mélange à base d’essence et d’huile de moteur, le tout placé dans des thermos de café. Elles décident ensuite de cibler les tuyaux. Elles étudient comment percer l’acier, et choisissent d’utiliser un chalumeau à oxygène-acétylène pour trouer l’oléoduc au niveau des vannes d’arrêt (qui en sont la portion émergente du tuyau). Après avoir rassemblé les ressources nécessaires, elles perforent les vannes tout le long de l’oléoduc de mars à mai 2017. Voici leur analyse : « Le pétrole qui est sorti de terre et les machines qui le font sortir et l’infrastructure qui permet cela, voilà la violence. Nous n’avons jamais menacé de vie humaine, nous agissons pour tenter de sauver la vie humaine. Tout ce que nous avons fait, nous l’avons fait avec des mains pacifiques, résolues et toujours aimantes. » Elles ont fini par sortir de la clandestinité en revendiquant publiquement leurs actions : « Nous prenons la parole pour encourager d’autres à entrer dans l’action, le cœur pur, pour démanteler l’infrastructure qui nie notre droit à l’eau, à la terre et à la liberté. »

Kelcy Warren, PDG d’Energy Tranger, s’en est pris directement à ces deux femmes selon son expression « abominables » : « Il s’agit de personnes qui devraient être sorti du patrimoine héréditaire de l’espèce ». Des lois prévoyant de lourdes peines pour toute action de protestation contre les pipelines ont été promulguées dans une douzaine d’Etats américains pendant l’ère Trump. En octobre 2019, Jessica et Ruby ont été mises en examen pour des chefs d’accusation passibles de 110 ans emprisonnement… Pourtant Kelcy Warren et Donald Trump passeront un jour au tribunal de l’histoire pour crime écologique. Jessica Reznicek et Ruby Montoya deviendront des héroïnes !

* Comment saboter un pipeline, de Andréas Malm. La Fabrique éditions 2020.

Sea Shepherd et la tentation de la violence

Lamya Essemlali : « Pour ma part, à la mélancolie qui découle immanquablement de la conscience d’un monde qui agonise et de l’apathie ambiante qui l’accompagne vers une fin tragique tel un cortège funéraire, je n’ai pas trouvé de meilleur remède que l’action. Couler des bateaux à quai, s’interposer physiquement pour empêcher la mise à mort d’une baleine, confisquer de filets de pêche illégaux, harceler des braconniers pour les forcer à lâcher leur proie… tel est le modus operandi de Sea Shepherd ; et forcément la question de la violence revient régulièrement. Jusqu’où peut-on aller pour sauver une baleine ? Couler à quai un bateau qui tue en toute impunité des milliers d’animaux serait-il un acte de violence ? La réponse est sans doute oui si l’on considère que la valeur matérielle de l’objet excède celle des vies qu’il détruit. En revanche la question deviendrait grotesque si on l’appliquait à une équivalence humaine. Des activistes qui détruisent le matériel de braconniers, tout en prenant soin de ne blesser personne, se voient reprocher par certains, y compris dans le camp des écologistes, d’être de violents extrémistes, voire des écoterroristes. Et pourtant, parfois l’attentisme peut en soi devenir une forme de complicité de la violence. Einstein n’a-t-il pas dit que le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal, mais par ceux qui laissent faire !

La vraie question qui se pose, derrière celle de la violence, est celle de la hiérarchie des valeurs. A quel point la vision anthropocentrique et les intérêts cupides de certains humains peuvent-ils passer décemment devant les intérêts vitaux d’autres êtres vivants ? A cette question, Sea Shepherd a répondu dès sa création : dépasser la protestation et intervenir de façon « agressive mais non violente » pour empêcher les atteintes illégales à la vie marine, là où les autorités publiques qui devraient le faire se révèlent incompétentes par manque de moyens ou de volonté. Dans la vision de Sea Shepherd, en tant qu’ONG combative, c’est là que se situe la force : s’interdire la violence envers les êtres vivants, comme une cohérence morale qui consiste à ne pas détruire des vies quand on lutte pour sauver le vivant. La réflexion inverse existe aussi ; pourquoi se contenter de neutraliser le matériel et ne pas s’en prendre directement aux auteurs des crimes contre la nature ? C’est à mon avis une réflexion stratégique face à des gouvernements qui détiennent l’exclusivité de la violence dite légitime : ceux-ci feraient de toute action entraînant des morts ou des blessés une justification pour une riposte encore plus forte et la situation risque de dégénérer rapidement. Il nous faut sauver des vies tout en restant cohérent avec les valeur que l’on défend. Il nous faut redéfinir la notion de violence sur les bases d’une hiérarchie nouvelle qui place l’intégrité du monde naturel au-dessus des profits. Voilà sans doute des sujets qui deviendront incontournables pour les activistes de demain au regard du combat qui se profile à l’horizon. » (encadré page 302-303, Faut-il céder à la tentation de la violence ? in Collapsus, livre collectif (Ed. Albin Michel)

Sea Shepherd Conservation society, fondée par Paul Watson, existe depuis 1977 pour sauver des vies et pour soutenir les lois de conservation internationale que les nations n’ont pas la volonté politique de soutenir elles-mêmes. Pour en savoir plus avec notre blog biosphere :

15 avril 2015, Paul Watson : Earthforce (manuel de l’écoguerrier)

15 novembre 2013, Un terroriste comme nous les aimons, pirate Paul Watson

19 septembre 2012, Ecoterrorisme et écoguerriers, le cas Paul Watson

26 mai 2012, Paul Watson de Sea Shepherd contre le Costa Rica

9 avril 2010, l’écoterroriste Paul Watson

Urgence écolo, faut-il faire brûler les SUV ?

Pour vivre comme un écologiste devrait vivre, il faut avoir une conscience morale, celle d’une responsabilité vis-à-vis de ce qui nous dépasse : la planète, les autres espèces vivantes, les générations à venir, ce qu’on appelle les acteurs absents. Mais face aux crises écologiques subsistent plusieurs freins à un basculement de notre comportement.

– Les menaces restent très abstraites pour une grande partie de la population. La fonte des glaces, c’est ailleurs, l’extinction de la biodiversité aussi ;

­- Le syndrome de la goutte d’eau, mécanisme de déresponsabilisation, consiste à considérer que ses efforts sont dérisoires et inutiles par rapport aux véritables pollueurs. Ce serait à l’État d’intervenir, pas à nous ;

– ­l’hyper-individualisme, qui concerne 17 % environ de la population, « ce qui compte, c’est moi d’abord, les autres viennent toujours après . L’égoïsme du présent l’emporte largement dans les mentalités sur l’héroïsme de l’altruisme ;

Le coût – psychologique, organisationnel, économique –, de changer ses habitudes quand il s’agit de s’imposer des contraintes supplémentaires alors qu’on vit le confort et la facilité. Dans un système d’injonctions contradictoires, on suit la voie de la facilité même si on sait qu’il faudrait faire autrement. C’est le mécanisme de la dissonance cognitive.

Conclusion. Face à l’inertie politique et à la passivité globale de la population, on ne peut donc rien attendre des autres, il nous faut tracer notre propre chemin vers la simplicité volontaire, devenir un colibri. « Le pessimisme est une prophétie qui s’auto-alimente. Il s’engendre de lui-même et mine notre volonté d’agir… Les changements révolutionnaires ne s’abattent pas sur nous à la manière d’un cataclysme soudain, mais ils sont le produit d’une succession infinie qui, en un processus erratique, nous conduit vers une société plus digne. Il n’est pas nécessaire d’entreprendre des actions héroïques pour participer à ce processus de changement ; les actes les plus infimes, quand ils sont le fait de millions de personnes, peuvent transformer le monde. Et si nous agissons même très modestement, nous n’aurons pas à nous en remettre à un future utopique. Le futur est une succession infinie de moment présents, et vivre dès aujourd’hui comme nous pensons que les hommes devraient vivre, malgré tous les malheurs qui nous cernent, représente déjà une merveilleuse victoire… Même le plus infime des actes vient s’ajouter aux tas de brindilles auxquelles une circonstance imprévue pourrait bien mettre le feu jusqu’à entraîner de brutaux changements… » (Howard Zinn (1922-2010), qui a accompagné de façon militante et non-violente la reconnaissance des droits civiques pour les Noirs d’Amérique et a lutté contre toutes les guerres, particulièrement celle du Vietnam.

Mais l’urgence écologique relève d’une autre temporalité, nous n’avons pas le temps attendre que les gens arrêtent par eux-mêmes de rouler en voiture, nous sommes confrontés à des déséquilibres planétaires qui rentrent dans le domaine de l’irréversible. C’est pourquoi l’atteinte contre les biens qui causent notre perte nous paraît compréhensible. Ainsi pour les gros SUV, on a toute une palette d’actions possibles. Nous écrivions en 2005 « Son usage incarne une américanisation du mode de vie occidental, c’est devenu une forme d’arrogance, si ce n’est de provocation. Des SUV ont été incendiés en Pennsylvanie, des vitres brisées dans l’Etat de Washington et des slogans « no blood for oil » tagués sur leurs carrosseries dans le Massachusetts. La Biosphère saute de joie devant ces actes, car que faire d’autre contre la bêtise humaine : deux tiers des américains préfèrent embrasser leur voiture plutôt que leur mère ! »

Incendier des SUV ? Notre société est tellement formatée par le croissancisme que de telles actions seraient aujourd’hui assimilées à du terrorisme !

Pour en savoir plus sur notre blog biosphere :
22 octobre 2019, SUV ou Climat, faut savoir choisir !

14 juillet 2015, SUV, sports utility vehicles, l’objet à embraser

François Bayrou, grand planificateur en chef

La décision d’Emmanuel Macron de créer un nouveau Commissariat général au Plan et d’en confier la direction à François Bayrou est un spectaculaire non sens. Pas très glorieux cette nomination d’un dinosaure de la politique à un strapontin contemplant le futur. Rappelons que Bayrou est mis en examen, viré du gouvernement français pour cela, et pourtant rattaché directement à l’Elysée pour « réfélchir ». Cette nomination n’est qu’un prétexte pour se mettre Bayrou dans la poche, Macron a besoin des centristes pour finir cahin-caha son septennat. De toute façon le gouvernement a déjà fait ses annonces de relance plus ou moins verte, alloué des financements et définit les objectifs..Que va donc faire l’ineffable Bayrou, qui dans une interview récente n’a même pas évoqué la crise climatique : son horizon est resté à Pau. Quand on regarde le décret créant sa fonction, le titulaire n’a d’autorité sur aucune administration, même pas celle censée s’occuper plus ou moins de plan et de prospective (France-Stratégie). Bref, Bayrou n’est chef de rien et donc ne fera pas grand chose sur le fond. Qui en doutait ? Cette situation est fort dommageable puisqu’on a absolument besoin d’une planification écologiquement compatible

La résurrection du Commissariat au plan acte l’échec des tentatives d’instaurer une situation économique dominée par la finance. Le retour du plan, c’est en effet l’aveu que les marchés ne peuvent pas grand chose lorsqu’il faut affronter l’urgence. Avec le Covid-19, la libre confrontation des intérêts économiques n’est d’aucun secours. A l’inverse, des Bourses globalisées sont un surcroît de fragilité qui a contraint les autorités à ouvrir grand les vannes de la création monétaire pour empêcher qu’un remake de la panique financière de l’automne 2008 se joue sur fond de pandémie. La finance étant incapable de projeter notre devenir économique collectif, cette fonction incombe au politique. Planifier implique de favoriser certaines activités d’en réduire d’autres, croissance et décroissance simultanément, destruction créatrice. Il s’agit d’ouvrir un espace décisionnel sur la définition de nos besoins réels et de créer ainsi du sens commun. Un tel dispositif est rigoureusement l’inverse d’une concurrence « libre et non faussée » qui régit depuis trop longtemps l’insertion européenne et internationale de nos économies.

La pandémie, la descente énergétique et le réchauffement climatique fournissent des exemples de défis mondiaux qui requièrent une vision à long terme. Lorsque le Commissariat général du Plan est créé en 1946, il fallait faire face à des pénuries omniprésentes (nourriture, moyens de transport, matières premières…), il fallait mettre en œuvre un lieu de répartition des rares ressources. Comment ne pas repenser à planifier une sobriété partagée dans l’état actuel de détérioration brutale des conditions de vie sur Terre ? Les crises écologiques nous amènent à une économie de guerre synonyme de démondialisation, de désurbanisation, de dévoiturage et autres joyeusetés qui vont faire frémir de peur Gilets jaunes et managers. Notre blog biosphere soutient tout ce qui s’apparente à une régulation du présent pour préserver un avenir durable, exemples :

20 juillet 2020, Croissance verte ou décroissance écologique ?

7 juin 2020, Une planification écologique est nécessaire

12 mai 2020, post-covid, pour une planification écologique

2 mai 2020, Climat, gare à la relance économique « grise »

27 mars 2012, la planification écologique selon Jean-Luc Mélenchon

Que vive La Décroissance en septembre 2020

– Qu’est-ce que la vie à travers un écran qui fait écran ? Pare-brise de bagnole, téléviseur, smartphone, masque chirurgical, même combat pour fuir l’Autre ! Il est des morts vivants et des vivants morts. (Vincent Cheynet, rédacteur en chef de La Décroissance, page 3)

– Dans son essai intitulé « On achève bien les enfants », Fabien Lebrun n’y va pas par quatre chemins : il constate la destruction totale de l’enfant par les écrans. Non seulement ils laminent le psychisme, mais ils ramollissent les corps, de plus en plus passifs. Les écrans éloignent du réel et enferment les esprits dans une bulle virtuelle. (rubrique « lectures » page 9)

– La 5G fait partie de ce phénomène d’accélération qui nous entraîne dans le cauchemar du totalitarisme numérique à la chinoise (rubrique « la saloperie que nous n’achèterons pas)

– Quand on voit le débat et le combat des élus Verts contre le développement de la 5G, on voit bien les dégâts d’une idéologie du déclin et du refus du progrès. Je suis un défenseur de la croissance verte – les deux mot sont importants. (Yves Jego, secrétaire d’État chargé de l’Outre-mer, Le Point du 22 août 2020)

– Le système s’effondre sous les conséquences du fanatisme des croissancistes et ils insultent les décroissants. C’est vraiment la double peine. Ainsi le premier ministre Jean Castex : « L’écologie est-elle une priorité ? La réponse est clairement oui. La netteté de cette réponse a été retardée par les tenants d’une écologie décroissante et moralisatrice, voire sectaire qui continue de desservir la cause. (Ouest-France, 27 juillet 2020)« 

– L’ambition écologique du premier ministre est affichée, mais comme un levier de réindustrialisation, pas comme un marteau de la décroissance. (éditorial du Figaro, 16 juillet 2020)

– N’oublions pas comment s’impose toujours une idéologie. Pour dominer, la violence ne suffit pas, il faut une justification d’une autre nature. Lorsqu’une personne exerce son pouvoir sur une autre – que ce soit un dictateur, un colon, un mari ou un patron -, sa justification est toujours la même : cette domination est faite pour le bien du dominé. (citation de Chomski)

– La promotion régulière de la maternité de substitution s’inscrit dans cette tendance, hélas trop durable, qui veut faire croire que les femmes choisissent librement, par « plaisir », des activités qui ont représenté pendant des siècles la raison de leur domination. (Ana-Luana Stoicea-Deram)

– La vérité n’intéresse plus personne. A savoir que les États ne sont pas maîtres de la valeur de l’argent. Pour que celle-ci ne se détériore pas, toute dette doit financer une production de richesses marchandes pour une valeur équivalente… Tôt ou tard, la faillite universelle est le bel avenir de la dette perpétuelle. Ses experts se passeront sans problème de mes félicitations. (Denis Baba page 11)

– Je pense qu’une fois que vous couchez avec ces gens dont l’objectif est le profit, ce ne sont pas eux qui changent, mais vous. Nous n’avons pas d’autre choix que d’affronter l’effondrement en préparant un atterrissage en douceur. (Jeff Gibbs, réalisateur du documentaire Planet of the Humans)

– Quand j’étais adolescente, je me lavais avec une bassine, en utilisant l’eau que je faisais chauffer sur le poêle. Il n’y avait pas de salle de bain. On vivait du jardin et des produits de la ferme… Si on a une carte bleue assez alimentée et qu’on peut acheter ce qu’on veut immédiatement, on n’a plus en tête la valeurs des choses. (Danielle, rubrique « Simplicité volontaire »)

– « La science trouve, l’industrie applique, l’homme se conforme » : telle était la devise de l’Exposition universelle de Chicago en 1933. Ainsi les lois de la bioéthique sont régulièrement révisées pour adapter l’homme et la société aux évolutions techno-scientifiques ? (introduction de l’interview de Jacques Testart page 8)

(extraits du mensuel La Décroissance de septembre 2020)

CLIMAT : « Comment saboter un pipeline »

Le titre du livre d’ Andreas Malm interpelle, parler de sabotage à une époque où le terrorisme est omniprésent dans les médias fait peur. Mais l’auteur, un Suédois à la fois maître de conférences en géographie humaine et activiste écologiste, se réfère aux luttes de libération en montrant que la non-violence absolue n’a jamais abouti à renverser un système bien installé. Même les suffragettes à partir de 1903, après des décennies sans obtenir le droit de vote, ont cassé des vitres, mis le feu à diverses cibles dans le pays, etc. Andreas Malm récuse l’usage de la violence contre les personnes, mais tout son livre tend à montrer que le sabotage devient parfois une nécessité. Il pense que le mouvement pour le climat s’est largement appuyé sur un pacifisme « pieux ». Mais quand le monde est en feu, l’assentiment de l’opinion publique à la destruction des biens qui causent l’incendie augmentera. Dans un contexte où la collapsologie montre que nous courons au désastre, il faudrait d’urgence neutraliser ce qui nous y conduit ou, un jour ou l’autre, nous finirons carbonisés. Il ose : « La dégradation de clôtures (d’une centrale à charbon) pourrait bien apparaître un jour comme un délit très mineur (page 185). »

Bien documenté sur les luttes passées et présentes, ce livre s’interroge sur les différentes conceptions de la « non-violence ». Aujourd’hui les machines de l’économie fossile constituent le problème, les tactiques les plus douces n’ont mené à rien, et rien ne semble justifier l’intégrité physique des dispositifs émetteurs de CO2. A six degré d’augmentation de la température moyenne, l’envie de faire sauter des pipelines pourrait bien être à peu près universelle dans ce qu’il restera d’humanité. Sauf que ce sera trop tard. Agir radicalement contre les biens nuisibles aujourd’hui, c’est donc faire preuve de contre-violence face à la violence de la société thermo-industrielle. Est-ce encore de la non-violence ? Andreas Malm le pense, tout en écrivant qu’il faut faire très attention : « L’extrémisme peut parfois rendre un mouvement si déplaisant qu’il le prive de toute influence (page 152) ».

La Fabrique édition, 2020 (titre original : How to blow up a pipeline (2020)

recension de Michel Sourrouille initialement parue sur le site des JNE

Ce que nous voulons, l’écologie profonde !

Il y a d’innombrables façons de séparer l’écologie en deux entités distinctes. Il y a la version historiquement datée d’André Gorz en 1992 « Écologie scientifique vs écologie politique ». En fait l’écologie scientifique précède l’écologie politique et la nourrit de ses découvertes. Il y a l’approche idéologique et biaisée de Luc Ferry pour qui il faut nécessairement choisir entre l’écologie anti-humaniste (de l’écologie profonde) et une écologie réconciliée avec l’humanisme démocratique. Dans son livre de 1992, Le nouvel ordre écologique, sa méconnaissance de la non violence gandhienne d’Arne Naess est immense. Nous y reviendrons. Il y a le livre de Romain Felli paru en 2008 « les deux âmes de l’écologie » : une écologie « par en haut » dans la lignée du développement durable, une écologie « par en bas » que pratiquerait l’écologie politique. Il y a la préférence des croyants d’opposer écologie humaine et écologie environnementale. Ils préfèrent en 2014 parler d’écologie intégrale : on ne peut protéger le milieu humain sans protéger le milieu naturel, écoutons ce que disent les papes. Il y a l’écologie de droite (vert’libérale) et l’écologie de gauche, opposition qu’on retrouve surtout au moment des élections… en Suisse mais aussi au sein d’EELV. Il y a l’écologie dite « réaliste » de François de Rugy et l’écologie voulue « pragmatique » de Nicolas Hulot quand il était ministre. Il y a l’écologie « molle » et l’écologie « essentielle », distinction exposé fin septembre 2018 par Aymeric Caron devant des membres d’Utopia.

Il y a surtout le livre « L’écologie est politique » de Catherine Larrère, Lucile Schmid, Olivier Fressard pour la Fondation de l’écologie politique qui oppose « écologie superficielle » et « écologie profonde » et redonne ainsi ses lettres de noblesse à Arne Naess. Extraits de leur petit livre de 2013 : « D’un côté des politiques sectorielles de protection de la nature et de prévention des risques, confiées à un ministère en position de faiblesse vis-à-vis d’autres ministères. De l’autre, l’apparition de partis verts porteurs d’un projet global de transformation de la société. Entre politiques écologiques et écologie politique, la dissymétrie semble évidente : c’est celle du superficiel et du profond, du sectoriel et du global. On peut considérer que le développement durable tel qu’il est défini dans le rapport Brundtland relève de l’écologie superficielle ; il ne vise qu’à limiter les excès du capitalisme en cherchant avant tout à le perpétuer (…) Quelle place allons-nous donner dans notre vie aux questions écologiques : marginale ou centrale ? Arne Naess fait une opposition entre shallow ecology et deep ecology. L’une se préoccupe de remédier, par des moyens techniques, aux pollutions et à l’épuisement des ressources, tout en maintenant le bien-être des pays nantis. L’autre cherche à modifier l’ensemble des relations des hommes à leur environnement. Arne Naess insistait non seulement sur le rapport des hommes à la nature, mais aussi sur les droits des êtres de nature. Il distingue des remèdes superficiels aux problèmes écologiques et une transformation de fond de notre mode de vie. »

En tant qu’universitaire à Oslo durant trente ans, Arne Naess a exposé la philosophie de Gandhi. Il en tirait l’enseignement suivant dans « Économie, communauté et style de vie » : « Maximiser le contact avec votre opposant est une norme centrale de l’approche gandhienne. Plus votre opposant comprend votre conduite, moins vous aurez de risques qu’il fasse usage de la violence. Vous gagnez au bout du compte quand vous ralliez votre opposant  à votre cas et que vous en faites un allié. »

Croissance exponentielle, un défi cognitif

Une croissance exponentielle se produit quand une quantité augmente d’autant plus vite qu’elle est déjà grande. C’est le cas par exemple du nombre de malades infectés par le coronavirus. En France, il double en moyenne tous les 4 jours. Au bout de 8 jours, ce nombre est multiplié par 4, au bout de 24 jours, il est multiplié par 64 et par 256 après un mois. Donc rapidement, on obtient des nombres faramineux. Un nombre de nouvelles infections qui double tous les 4 jours signifie que la moitié des personnes infectées depuis le début de l’épidémie l’ont été depuis moins de 4 jours ! Ce phénomène d’emballement est donc difficile à appréhender, le modèle linéaire d’évolution de l’épidémie reste une référence du commun des mortels. Ce biais cognitif a d’aillerus eu un impact sur l’adhésion (difficile) aux mesures de distanciation physique.

La rapidité du réchauffement climatique constitue pour la Terre ce que la pandémie est pour l’humanité : un bouleversement brutal, qui peut très vite échapper à tout contrôle. Cette fois, l’élément perturbateur n’est pas un virus, mais l’espèce humaine, en particulier sa fraction vivant à l’ occidentale. L’action humaine sur la Terre a un temps de doublement de l’ordre de 40 ans qu’il s’agisse de notre emprise sur les minéraux, sur les ressources énergétiques, sur la biodiversité ou sur la pollution. L’ennui pour la Terre, c’est que cette échelle est extrêmement courte : les systèmes vivants, les écosystèmes, sans parler de la géologie, ont des échelles de temps évolutives qui sont plutôt de l’ordre de cent mille à un million d’années. Autrement dit, le parallèle entre la fulgurance de l’épidémie de Covid19 pour l’humanité et la fulgurance du changement climatique pour la planète paraît quasi-parfait, et doit nous aider à prendre conscience de l’urgence qu’il y a à agir. Pour un écologiste averti, le mirage des exponentielles n’est pas une découverte. C’est ce mécanisme qui avait été mis en évidence par le rapport de 1972 sur les limites de la croissance. L’évolution trop rapide de la population humaine, de l’emprise agricole, de l’industrialisation, du pillage des ressources na truelles et des pollutions nous mène au désastre. C’est ce même mécanisme qu’avait déjà mis en évidence Malthus en 1798 : la progression géométrique (exponentielle) de la démographie est en décalage croissant avec la progression arithmétique (linéaire) des ressources alimentaires. On ne peut sortir de ce dilemme qu’en maîtrisant la fécondité humaine.

Tout citoyen devrait comprendre ce que veut dire une exponentielle et en tirer les conclusions qui s’imposent  : il est impératif d’agir politiquement de façon radicale afin d’instaurer une société post-croissance.

NB : Texte de Michel Sourrouille déjà paru dans le cadre de la coopérative écologique. Pour télécharger  leur lettre en format pdf : https://coop.eelv.fr/files/2020/07/INFOLETTRE-DU-MOIS-DE-JUILLET-2020.pdf

les principes d’une société post-croissance

Au sein de l’Archipel écolo, on a rédigé dix principes de conception d’une société post-croisssance :

1) Principe de sobriété : le modèle de développement issu du capitalisme industriel ne tient pas compte des limites biophysiques de la planète. C’est un modèle prédateur, extractiviste, fondé sur la recherche du profit, de l’optimisation, de la compétition au détriment du bien vivre des populations humaines et non humaines. Nous nous engageons à lutter contre le productivisme, le consumérisme et l’extractivisme qui détruisent les conditions de vie sur Terre et à promouvoir une politique de la Terre – c’est-à-dire une politique au service de l’humanité et du vivant dans tous ses aspects- fondée sur la sobriété des usages (sobriété énergétique, sobriété dans l’utilisation des matières premières, sobriété dans l’usage du sol, sobriété numérique…). Notre slogan, c’est « sauvons l’habitabilité de la Terre ».

2) Principe de résilience ( : afin de renforcer notre capacité individuelle et collective à subir les chocs à venir (choc climatique, choc économique, choc sanitaire, choc lié à la perte de la biodiversité) . Pour cela, nous nous engageons à renforcer le rôle et l’autonomie des territoires (via par exemple les biorégions), à relocaliser une partie de nos activités,  en particulier celles dont dépendent la santé et l’alimentation, à privilégier les circuits courts, la permaculture…

3) Principe de décroissance choisie et sélective : parce que le PIB, la croissance pour la croissance, ne peuvent plus être notre boussole, nous nous engageons à réévaluer l’ensemble de nos activités à l’aune du bien vivre et des limites de la planète. Contre le productivisme et son pendant consumériste, certaines activités doivent décroitre rapidement (automobile, aérien, activité spéculative, industrie du luxe, élevage industrielle, industrie touristique…) et laisser la place à d’autres activités (énergie renouvelable, low tech, mobilité douce, soin…) ?

4) Principe de solidarité intra et inter-espèces : alors que la domination du néolibéralisme n’a su ni réduire les inégalités sociales ou de genre, ni préserver les conditions d’un monde habitable sur Terre, l’Anthropocène ouvre une nouvelle époque pour l’humanité, ce moment où l’espèce humaine est devenue une force géologique capable de bouleverser les équilibres du système-Terre. Face à cette situation, notre rapport au vivant humain et non humain est à reconsidérer de fond en comble, de nouvelles solidarités se mettre en place. Nous devons réapprendre notre dépendance aux autres, aux milieux et aux communautés biotiques. 

5) Principe de coopération : plutôt que la compétition et l’appropriation privée des ressources de la planète, plutôt que la prédation et l’accumulation sans bornes, nous nous engageons à protéger les communs mondiaux comme l’eau, l’air, les paysages, les sols…Le travail ne doit plus être fondé sur l’exploitation de la ressource humaine et non humaine, mais sur le ménagement, le soin, la prise en compte de notre commune vulnérabilité.

6) Principe de cosmopolitisme : aucune politique de la Terre ne saurait s’envisager sans une prise en compte de l’ordre international et de l’interdépendance des communautés humaines entre elles. Le réchauffement climatique et ses conséquences, l’effondrement de la biodiversité, n’ont que faire des frontières et des Etats-nations.

7) Principe de démétropolisation : parce que les métropoles, par leur densité et leur surpeuplement représentent un élément de vulnérabilité supplémentaire, nous devons repenser la ville et l’aménagement du territoire et mettre fin à terme à la métropolisation. Réduire l’étalement urbain, la consommation et l’artificialisation des sols, rapprocher le lieu de résidence des espaces agricoles, réduire les distances domicile-travail, doivent être au coeur d’une nouvelle approche « ville-campagne ».

8) Principe de démocratie horizontale : aucun changement profond, aucun tournant civilisationnel ne peut être envisagé dans le cadre de nos institutions actuelles. La démocratie doit être réinventée à l’aune des enjeux écologiques planétaires et de la nécessaire participation de toutes et de tous à la définition du nouveau cadre commun. Face à l’urgence et à la profondeur des transformations à engager, le modèle de la démocratie représentative n’est plus suffisant. L’implication et la mobilisation passent par l’avènement d’une démocratie horizontale et l’innovation sociale. 

9) Principe d’émancipation individuelle et collective permettant de donner toute sa place au « non économique » à éducation, art, culture, sport, relations interpersonnelles et collectives et permettre à chacun et à tous de participer démocratiquement à la lutte.

10) Principe de justice sociale : l’exploitation des salarié.es constitue le rapport social au fondement du capitalisme. Dans sa phase actuelle, celle du néolibéralisme, il n’a de cesse de revenir sur les droits sociaux arrachés par les mobilisations passées et aggrave encore plus les inégalités sociales. La gestion des entreprises, basée sur la « création de valeur pour l’actionnaire », est dominée par une logique de stricte rentabilité financière au détriment des conditions de vie et de travail des salarié.es comme des impératifs écologiques. Cette logique financière tend à dominer aujourd’hui la totalité de la vie économique. La remise en cause de ce rapport social doit être au cœur d’un projet d’émancipation.

Passé dépassé, présent et futur de l’écologie

1/3) un passé anti-écolo

Au XVIIIe siècle, tous les débats d’économie politique portent sur la manière d’avoir plus de grains à manger, plus de bois à couper. La conquête des libertés politiques s’appuie alors solidement sur la dynamique du développement économique et marchand. “Nous ne serons jamais aussi riches que si nous sommes libres, nous ne serons jamais aussi libres que si nous sommes riches, et nous allons nous défaire de l’humiliation que constituent les limites naturelles” : telle est la thèse des libéraux anglais au XVIIIe siècle, qui caractérise le projet moderne. Le pacte entre croissance et démocratie, sur lequel se sont fondées nos sociétés modernes, n’aurait pas été possible sans une mise en coupes réglées des ressources naturelles.

2/3) Un présent de villes écologisées

 Pierre Hurmic, le nouveau maire écologiste de Bordeaux : « On a eu ces dernières années à Bordeaux un urbanisme débridé. La ville a été largement bétonnée. Nous allons prononcer le gel de tous les programmes immobiliers en cours et les réexaminer à la lueur de leur impact climatique et écologique… »

Emmanuel Grégoire, premier adjoint d’Anne Hidalgo : « Nous allons insuffler un haut niveau d’exigence environnementale dans la conception même de la ville, dans tous les projets, et à toutes les échelles de son renouvellement. C’est la première fois qu’une collectivité de rang mondial se fixe un objectif aussi exigeant de sobriété environnementale.  La question de la densité sera évidemment posée. Quel est le bon niveau démographique pour une ville comme Paris ? Dans le 11e arrondissement, on frôle déjà les 40 000 habitants au km2. Pour 1 m2 construit, on doit trouver 1 m2 de désartificialisation, selon un principe de compensation strict… »

3/3) Perspectives d’un programme écologique

Retour sur Terre, trente-cinq mesures radicales pour réduire drastiquement notre empreinte carbone. Sept figures de l’écologie, emmenées par le philosophe Dominique Bourg, appellent ni plus ni moins à une « bascule de civilisation » pour maintenir l’habitabilité de la planète. Les auteurs appellent à « décélérer brutalement » nos consommations avec l’objectif de réduire l’empreinte écologique à moins d’une planète (contre 1,7 aujourd’hui) afin de ne pas consommer plus de ressources que la Terre ne peut en régénérer. Les Français se verraient attribuer des quotas individuels de consommation, décidés par référendum. « Chaque produit serait marqué d’un prix en énergie/matière, et chaque achat serait reporté sur un compte personnel », détaille le collectif. Le programme propose aussi de relocaliser au maximum l’activité « par un protectionnisme coordonné et coopératif au niveau international », de réduire les écarts de revenus, de supprimer les paradis fiscaux, de cesser les subventions aux énergies fossiles, d’effacer 70 % de la dette française ou encore de mettre fin à l’indépendance des banques centrales et de nationaliser totalement ou partiellement le secteur bancaire. Dans le domaine de l’agriculture, les auteurs veulent aller vers une « agroécologie décarbonée » et désirent « réempaysanner les terres ».

NB : tous ces extraits sont issus du même numéro du MONDE papier, 24 juillet 2020… même les médias écologisent leur colonnes !

Notre futur, la résilience alimentaire locale

«  Face aux menaces climatiques, de nombreux collectifs écologistes appellent depuis des années à préparer nos territoires aux chocs qu’ils pourraient subir. Comment ? D’abord en relocalisant une partie de notre alimentation. Chaque territoire devrait pouvoir assurer une part essentielle de la production de nourriture de ses habitants. » Ce qui n’était jusqu’à aujourd’hui qu’initiatives militantes devient aujourd’hui un impératif d’État. Le premier ministre, Jean Castex, dans sa déclaration de politique générale le 15 juillet 2020, s’approche de ce que nous soutenons sur ce blog biosphere depuis des années, les communautés de résilience : « Développer une alimentation de qualité, locale, accessible dans toutes les villes et villages de France ». Dans le domaine des « circuits courts », plusieurs collectivités ont pris les devants.

Ainsi le Grand Angoulême. « L’objectif, dans les cinq ans à venir, est de nourrir 150 000 habitants en étant capable de résister à des aléas climatiques, à une crise sanitaire ou économique, à la fin du pétrole… C’est faisable, on a les terres et les savoir-faire pour ça », résume Jean-François Dauré, président de cette intercommunalité. Les vulnérabilités d’un système alimentaire mondialisé deviennent innombrables : changement climatique, effondrement de la biodiversité, dégradation des sols, épuisement des ressources énergétiques et minières, crise économique, conflits armés, crises sanitaires… Les politiques actuelles ne pourront pas éviter des phénomènes de rupture, sur les plans écologique, climatique et/ou énergétique. Le point de dépendance le plus crucial est énergétique : le pétrole, totalement importé, est le sang de notre système alimentaire. Un choc pétrolier et le prix de l’alimentation flambe, les pénuries s’installent. Il faut donc anticiper et adapter nos systèmes alimentaires qui ont une fonction vitale. La collectivité charentaise a fait son calcul. Théoriquement, elle peut prétendre à l’autosuffisance alimentaire grâce à ses 30 000 hectares de surface agricole, à condition de jouer sur certaines variables : par exemple, en réduisant de moitié sa consommation de viande. Mais l question de la résilience du système alimentaire en est encore dans ses balbutiements. La première AMAP (Association pour le maintien d’une agriculture paysanne) date de 2001. Le Manuel de transition de Rob Hopkins édité en 2010 reste une référence incontournable. Lancé lors de l’Exposition universelle de 2015 de Milan, un pacte a rallié de nombreuses villes autour de trois engagements : préserver les terres agricoles, favoriser les circuits de proximité et ne pas gaspiller l’alimentation. Plus récemment, la crise due au Covid-19 a rappelé combien le risque alimentaire peut devenir crucial. La grande distribution a limité les dégâts, mais les gens se sont mis à considérer l’utilité des circuits de proximité et même pour certains imposé l’idée de cultiver son jardin. De graves questions existentielles restent en suspens.

La France peut-elle revenir à une agriculture du XIXe siècle basé sur la polyculture et une très nombreuse main d’œuvre agricole ? Comment les grandes villes peuvent-elles reconquérir leurs ceintures vivrières alors qu’on a tout bétonné ? Quelle est le niveau d’interdépendance à garder entres les différentes collectivités ? Faudra-t-il se priver de thé, de café et de fruits exotiques ? Dans un partenariat entre Paris et la Creuse, quelle pourrait être la contribution de Paris… du pigeon ? du rat ? Ne faut-il pas craindre de voir un jour des hordes d’urbains affamés et armés dévaler sur nos campagnes ? Jean Castex n’a sans aucun doute nulle idée de ce genre de questionnaire, pourtant ligne d’horizon de nos politiciens du futur…

Pour en savoir plus, lire sur notre blog biosphere :

23 mars 2012, Schmallenberg : sécurité alimentaire contre libre-échange

10 septembre 2012, transition énergétique, centralisation, autonomies locales ?

27 janvier 2014, Localité et simplicité : les clés de la résilience

24 juin 2017, Biorégions pour le futur, instituer la résilience locale

19 novembre 2017, effondrement, le risque agricole/alimentaire

2 mai 2018, Autonome grâce à son potager, c’est possible

30 juin 2019, Créez votre communauté résiliente

7 septembre 2019, la résilience selon Piero San Giorgo

L’autorité environnementale en panne

La démocratie environnementale, c’est-à-dire la participation du public à la prise de décision en matière environnementale, est incontestablement en recul sous l’égide de Macron. La saisine de l’autorité environnementale, dont les avis indépendants sur les impacts gênent manifestement le gouvernement, sera désormais réglée au cas par cas, le choix de la saisir ou pas étant dans les mains du préfet. Voici quelques précisions. L’autorité environnementale de la CGEDD* regroupe tous les acteurs, administrations, associations, maître d’ouvrages pour faire une étude d’impact et élaborer des propositions… Même si l’autorité environnementale n’est pas une autorité administrative indépendante comme la CNIL, la CADA ou le Défenseur des Droits, ses avis ne peuvent pas être ignorés par les décideurs car ils sont publics. Ses rapports sont très édifiants : qualités/défauts des projets, imprécision des documents présentés par le maître d’ouvrage, qualité des études d’impacts, etc. Si les promoteurs d’un projet persistent dans leurs intentions marchandes, tout ces éléments seront autant d’arguments devant le juge lorsque les opposants attaqueront les autorisations administratives. Voici quelques exemples glanés dans LE MONDE :

Autoroutes : « Il est paradoxal et juridiquement fragile que le plan de relance autoroutier, qui induit des incidences environnementales majeures, n’ait pas, à l’inverse de la plupart des plans susceptibles d’incidences environnementales, fait l’objet d’une évaluation environnementale », pointe le document de l’autorité environnementale (AE) qui synthétise ses 104 avis rendus entre sa création en 2009 et début 2018 sur les projets d’infrastructures de transport routières : « La situation n’a pas fondamentalement évolué depuis la publication du premier avis. » Au premier rang des « lacunes significatives persistantes » repérées dans « la plupart » des dossiers : les études de trafic « ne prennent presque jamais en compte les trafics induits par la création ou la transformation de l’infrastructure ».

Stations de ski : La stratégie qui vise à préserver à tout prix l’activité économique du ski est fortement critiquée par la MRAe ** d’Auvergne-Rhône-Alpes. La mission note que « le développement des domaines skiables par le haut, porteur des effets environnementaux en général les plus significatifs, apparaît motivé par une volonté d’augmenter l’attractivité économique à très court terme et ne fait pas l’examen de solutions de substitutions raisonnables ». Pour l’autorité environnementale , « certains de ces projets tels que l’interconnexion de la Croix du Sud, l’extension des domaines skiables de Val Cenis ou d’Aussois, sont susceptibles de causer des dommages très significatifs voire irréversibles, à des milieux écologiques d’une valeur exceptionnelle ».

Sites classés : La dune du Pilat, le massif du Mont-Blanc, le Mont-Saint-Michel, les gorges du Tarn ou celles de l’Ardèche, les calanques de Marseille… Tous ces sites classés – ils sont 2 700 en France, couvrant 2 % du territoire – sont-ils menacés ? Seront-ils moins bien protégés ? Un projet de décret, qui fait l’objet d’une consultation publique qui s’achevait jeudi 20 juin, propose de confier la délivrance des autorisations de travaux sur ces sites au préfet, dans un but de « simplification ». Dans l’entourage du ministre de la transition écologique et solidaire, François de Rugy, on préfère rappeler que « la décision pourra continuer à revenir au ministère pour tous les projets jugés susceptibles d’avoir un impact sur l’environnement, puisque le ministre conserve le pouvoir de s’autosaisir ou d’être saisi sur chaque demande d’autorisation ».

Filière éolienne : Le Conseil d’Etat a annulé, en décembre 2017, un décret qui désigne le préfet de région comme autorité environnementale, avec pour compétence de valider les études de nombreux projets ayant un impact sur l’environnement. Ce qui concerne, entre autres, les projets éoliens.

* CGEDD : Le Conseil général de l’environnement et du développement durable est un service d’inspection du ministère de la Transition écologique et Solidaire créé en 2008

** MRAe : Les missions régionales d’Autorité environnementale (sous le sigle MRAe) ont quant à elles été créées en avril 2016 et ont repris une partie des missions d’Autorité environnementale antérieurement confiées aux préfets de région. Les plans et programmes à caractère local (SCOT, PLU, PDU, SRADT, SAGE, etc.) relèvent depuis avril 2016 du « MRAe » du CGEDD.

Remarques du blog biosphere : le droit de l’environnement est devenu un fatras immonde de sigles et d’organismes dont on se rend compte qu’ils ne servent à rien puisque leurs recommandations ne sont presque jamais suivies d’effet. Les politiciens pratiquent contre l’urgence écologique leur objectif premier, « Business as usual ». Ils peuvent le faire en toute impunité, presque aucun citoyen ne connaît « l’autorité environnementale » , une « autorité » sans autorité ! En ne comptez pas sur nous pour fêter le 14 juillet, fête des armées…

Elisabeth Borne, les petits pas de l’écologie

Le passage à la tête du ministère de la transition écologique et solidaire d’Elisabeth Borne aura duré moins d’un an. Pas plus que ses prédécesseurs l’ancienne ministre n’a réussi à mettre la protection de l’environnement au cœur des décisions du gouvernement. L’avancée des politiques écologiques dépend d’abord des capacités à gagner des arbitrages en réunions interministérielles, et de la confrontation avec des ministères toujours puissants, comme celui de l’économie ou celui de l’agriculture. Il est donc évident que ce ministère est d’une instabilité chronique et renvoie aux choix du président de la République et du premier ministre. Le premier de nos ministres de l’écologie, est nommé en janvier 1971 « délégué à la Protection de la nature et de l’Environnement ». Dans son livre-témoignage, « Le ministère de l’impossible » (Calmann-Lévy, 1975), Robert Poujade s’appuyait sur sa propre expérience pour montrer l’impossibilité d’une politique écologique au sein d’un gouvernement obnubilé par le PIB. « C’est intéressant, votre ministère. Il ne devrait rien coûter à l’Etat », entend-il dès son arrivée. « Vous n’aurez pas beaucoup de moyens. Vous aurez peu d’action très directe sur les choses. » prévient le président de la République Pompidou ! Depuis 50 ans, on constate que la situation n’a pas beaucoup évolué, et Nicolas Hulot a du démissionner du ministère de l’impossible. La nouvelle ministre, Barbara Pompili, a donc de fortes chances d’être virée par Castex si elle fait bien son boulot… Voici un bilan du ministère Borne :

Quelques semaines après son arrivée, à la mi-septembre 2019, Elisabeth Borne avait signé une lettre au PDG d’EDF qui lui donnait une feuille de route pour envisager la construction de six nouveaux réacteurs EPR. Elisabeth Borne a voulu mettre l’accent sur la rénovation énergétique, mais elle n’a pas pu aller très loin, ses marges de manœuvre ayant été très réduites. Pas plus que ses prédécesseurs Elisabeth Borne n’aura infléchi la politique du gouvernement en matière de lutte contre la pollution de l’air. Elisabeth Borne a organisé une consultation publique sur la question sensible des distances minimales à respecter entre aires de traitement et habitations. On réclamait au moins 150 mètres, son décret a retenu des distances de trois, cinq, dix, voire très exceptionnellement vingt mètres. Elisabeth Borne a transféré aux préfets de nouveaux pouvoirs de décision, ce qui a affaiblit le droit environnemental. Enfin, Elisabeth Borne a été en retrait sur la scène internationale, déléguant à sa secrétaire d’État, Brune Poirson, une grosse partie du travail et de la représentation en matière de négociations climatiques (COP, etc.). Pour conclure, Elisabeth Borne ne pouvait pas mieux faire que ses prédécesseurs au ministère de l’impossible.

Voici nos articles antérieurs sur ce blog biosphere :

17 juillet 2019, Elisabeth Borne, l’écologie à la pein

5 septembre 2018, de Rugy ministre de l’écologie, l’ambition au pouvoir

31 août 2018, Nicolas Hulot vivait au ministère de l’impossible

19 mai 2017, Si le 1er ministre n’est pas écolo, il y aura blocage

16 novembre 2014, Etre ministre de l’écologie, une mission impossible

29 avril 2014, Ségolène Royal, une ministre de l’écologie incompétente

14 septembre 2013, un métier à haut risque, ministre de l’écologie

24 juin 2012, éviction de la ministre de l’écologie, un PS anti-écolo

Biosphere-Info, un consensus sur le climat

Notre synthèse « Biosphere-Info » paraît le premier de chaque mois. Pour la recevoir gratuitement par mail, il suffit de contacter biosphere@ouvaton.org

Bilan de la CONVENTION CITOYENNE

Durant neuf mois, 150 citoyen.e.s ont réfléchi dans le cadre de la convention citoyenne pour le climat. Nous avons suivi attentivement leurs travaux. Voici d’abord la synthèse de leur rapport de 600 pages présentées par les citoyens et citoyennes réunis dans cet exerce salutaire de démocratie participative. En résumé : « Ce que nous avons vécu est une véritable prise de conscience de l’urgence climatique… La plupart d’entre nous n’auraient pu imaginer en acceptant de participer à cette convention qu’ils puissent préconiser des mesures qui peuvent sembler extrêmes. » Suivent des extraits de nos articles antérieurs sur le blog biosphere. Merci de votre attention, bonne lecture.

Validité de la convention (en introduction) : « Citoyennes et citoyens de toutes origines et professions, nous sommes représentatifs de la société ; nous avons été sélectionnés par tirage au sort selon une génération aléatoire de numéros de téléphone, sans nous être portés volontaires préalablement. Nous ne sommes pas des experts, la convention citoyenne reconnaît la capacité des citoyens moyens de s’exprimer sur un sujet d’avenir majeur. Pour répondre à la question qui nous était posée, « Comment réduire d’au moins 40 % par rapport à 1990 les émissions de gaz à effet de serre [(GES)] d’ici à 2030, dans le respect de la justice sociale ? », nous avons échangé librement dans la pluralité de nos opinions. Nous nous sommes nourris d’échanges avec des experts et des représentants économiques, associatifs et publics, afin d’être en capacité de rédiger des mesures concrètes, en connaissance de cause et en toute indépendance. Ce que nous avons vécu est une véritable prise de conscience de l’urgence climatique : la Terre peut vivre sans nous, mais, nous ne pouvons pas vivre sans elle. Si nous ne rattrapons pas le retard pris, beaucoup de régions du globe deviendront inhabitables, du fait de la montée des eaux ou de climats trop arides. C’est une question de vie ou de mort ! »

Rupture civilisationnelle (en conclusion) : « Nous ne sommes pas en compétition avec les élus ou les autres acteurs de la société française : nous devons tous changer nos comportements en profondeur pour laisser à nos enfants et petits-enfants une planète viable. L’urgence climatique nous impose des décisions difficiles mais indispensables . Il apparaît inévitable de revoir nos modes de vie, nos manières de consommer, de produire et de travailler, de nous déplacer, de nous loger et de nous nourrir. Nous, les 150 citoyennes et citoyens, sommes conscients que les mesures que nous préconisons peuvent être difficiles à comprendre et parfois à accepter pour tous ceux qui verront leur métier disparaître et devront se réorienter, et qu’elles impliquent de nouvelles contraintes pour tous les Français. La plupart d’entre nous n’auraient pu imaginer en acceptant de participer à cette convention qu’ils puissent préconiser des mesures qui peuvent sembler extrêmes. Pour autant, il est vraisemblable qu’elles soient encore insuffisantes pour atteindre l’objectif de réduction de 40 % des émissions de GES et maintenir l’augmentation de la température de la terre en deçà de 2 degrés. Nous pensons donc important que nos concitoyennes et concitoyens se saisissent de tous les sujets que nous avons travaillés pendant neuf mois avec le souci constant de l’intérêt commun..

Nous considérons que la réussite de cette convention dépendra en grande partie du respect par l’exécutif de son engagement à transmettre nos propositions « sans filtre », c’est-à-dire dire sans être reformulées ni adaptées, mais également de leur prise en compte par le pouvoir législatif. Nous attendons des pouvoirs publics une prise en compte immédiate de nos propositions permettant une accélération de la transition écologique, notamment en faisant du climat la priorité des politiques publiques, en évaluant les résultats et en sanctionnant les écarts. Nous invitons les acteurs économiques à mener une action plus volontariste en faveur de la transition écologique, repensant en profondeur nos modes de production et de consommation, et favoriser une meilleure distribution des richesses. Les référendums sur la Constitution et la reconnaissance du crime d’écocide que nous demandons permettront à tous les Français de prendre conscience, comme nous l’avons fait, des enjeux et des dangers du réchauffement climatique, et d’une sixième extinction de masse, de débattre et de s’approprier la transformation de la société qu’impliquent nos mesures. »

Articles antérieurs

30 juin 2020, Macron répond à la Convention pour le Climat

Macron : « Vous (la convention citoyenne) proposez un projet humaniste et tout ce que nous (le gouvernement) sommes en train de faire pour l’environnement, c’est non pas parce que nous mettons la nature au-dessus de nous, mais parce que nous considérons que défendre les droits de la nature est un de nos devoirs en tant qu’homme au sens générique du terme. C’est pourquoi il est essentiel de le mettre au bon niveau, mais de ne pas mettre un droit de la nature au-dessus des droits humains parce que je crois que ce n’est pas cohérent avec le projet et la philosophie des Lumières qui portent notre République…« 

29 juin 2020, Le colibri inspire la convention citoyenne

La convention citoyenne pour le climat vient de rendre publiques ses propositions. Aucune ne prône le maintien du statu quo thermo-industriel, voici quelques propositions iconoclastes qu’ils ont votées : « réduire la vitesse sur les autoroutes de 130 à 110 km/h, limiter les déplacements des salariés et des fonctionnaires. renforcer l’écocontribution kilométrique du transport aérien, interdire les terrasses chauffées,et l’éclairage des magasins la nuit,interdire la construction de nouveaux aéroports et l’extension de ceux existants, obliger le changement des chaudières au fioul et à charbon d’ici à 2030, renoncer à la climatisation en deçà de 30 °C, tous les produits manufacturés vendus en France devront pouvoir être réparés, plastiques à usage unique supprimés dès 2023, deux repas végétariens par semaine dans la restauration collective à partir de 2025, légiférer sur le crime d’écocide. »…

22 juin 2020, Climat, pour ou contre la Convention des 150

Editorial du MONDE, en bref : « La conclusion des travaux de la convention citoyenne sur le climat apparaît prometteuse. Il n’était pas écrit d’avance que 150 citoyens tirés au sort parviennent à formuler des propositions précises visant à réduire de 40 % les émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030 « dans un esprit de justice sociale ». La démocratie participative peut être l’une des réponses convaincantes à la crise de la représentativité, à condition que la réponse du président de la République soit, maintenant, à la hauteur. En 2007, le Grenelle de l’environnement avait soulevé un grand espoir avant d’accoucher d’une souris après la crise de 2008. Cette fois, il n’y a plus le choix : l’urgence climatique est telle qu’il faut agir vite et fort. Mais deux sujets essentiels ont été éludés, le sort de la taxe carbone et la part du nucléaire dans le mix énergétique... »

15 juin 2020, Une démocratie véritable par tirage au sort

Il est possible d’impliquer des citoyens ordinaires sur des enjeux politiques complexes à un niveau national, c’est ce que démontre la convention citoyenne pour le climat. Le recours à des panels de citoyens désignés par le hasard fait un retour significatif dans les démocraties libérales. Cette démarche rompt avec une théorie politique fondée sur l’élection comme mode de désignation légitime des représentants. Elle s’inscrit dans une ancienne tradition. Au IVe siècle avant J.-C.  était selon la formule d’Aristote « considéré comme démocratique que les magistratures soient attribuées par le sort et comme oligarchique qu’elles soient électives »…

2 juin 2020 Convention citoyenne CLIMAT, pschittt…

Les 150 tirés au sort de la convention citoyenne pour le climat ont longuement débattu en visioconférence les 30 mai et 31 mai 2020 : près de 150 propositions visant à « changer en profondeur la société ». Il n’était pas facile de se mettre d’accord ! Alors on vote, on élague, et on oublie toute virulence. Les 19, 20 et 21 juin, cette convention présentera à l’exécutif un document final dont on connaît déjà le résultat final : tout ce qu’ils diront a déjà été dit et presque jamais mis en application…

9 mars 2020, acte 6, sauver le climat avec 150 citoyens ?

150 Français tirés au sort ont débattu du 6 au 8 mars 2020 de cent cinquante propositions destinées à « changer en profondeur la société ». Ces lycéens, médecins, sapeurs-pompiers ou agriculteurs, âgés de 16 à 81 ans et originaires de toutes les régions françaises, ont auditionné plus d’un centaine d’experts, lu des dizaines de rapports, et poursuivi leurs travaux entre les sessions, en participant à des webinaires (« séminaires par Internet »). Les antagonismes ont été particulièrement vifs sur la question de la réduction de la vitesse sur les autoroutes, de l’évolution des régimes alimentaires, de la taxation des entreprises…

12 février 2020, Convention citoyenne sur l’écologie, acte 5

Cinquième week-end de travail des 150 membres de la Convention citoyenne pour la transition écologique*. Voici quelques les propositions des groupes de travail thématiques (30 personnes) : 1) se loger, lutter contre l’artificialisation des sols et l’étalement urbain, rénover énergétiquement tout le parc immobilier, inciter à ne pas dépasser une température de 19 °C dans les bâtiments… 2) se déplacer, limiter les émissions polluantes du secteur aérien et l’impact carbone du numérique, encourager l’usage du vélo et des transports en commun, covoiturage pour les trajets domicile-travail… 3) se nourrir, ne pas ratifier le CETA en l’état… 4) consommer, éviter le suremballage, interdire les terrasses chauffées et l’éclairage des magasins la nuit après leur fermeture… 5) produire-travailler, limiter la consommation d’énergie dans les lieux publics…

1er février 2020, Biosphere-Info, les conférences de consensus

Députés et sénateurs, rentrez chez vous, on n’a plus besoin de vous. Les conférences de citoyen vont vous remplacer à meilleur résultat et moindre frais. C’est ce que pourrait démontrer les conférences de citoyens tirés au sort. Voici quelques éléments pour mieux comprendre cette procédure démocratique à la recherche d’un consensus…

19 janvier 2020, CLIMAT, convention citoyenne et décisions

Le site de la convention citoyenne pour le climat vaut le détour. Pratiquer les recommandations qui en émergent mériteraient d’entrer en application tout de suite. Exemples : Faire une commission de citoyens tirés au sort qui déciderait de la commercialisation ou non des produits que les entreprises souhaitent vendre, selon leur impact pour la société ; Faire calculer à tous les élèves de primaire le bilan carbone de leurs parents et le comparer aux objectifs de 2030 afin de les sensibiliser ; Inverser la politique actuelle d’allocations familiales en n’ouvrant des allocations qu’au premier enfant ; Interdire de vendre les produits qui nécessitent de brûler de la forêt (exemple cité : soja) ; Obliger la vente à emporter de ne vendre que des boissons à verser dans des gourdes ; Apprendre aux élèves de l’école primaire à bricoler et réparer les objets ; Faire un quota d’achat d’1kg de vêtements neufs par an ; Produire soi-même sa nourriture…

15 janvier 2020, Emmanuel Macron devant 150 citoyens

Devant les 150 citoyens qui bossent pour lui, Emmanuel Macron a présenté trois scénarios suite à leurs propositions sur le climat. Dans le premier cas de figure, le chef de l’Etat n’est pas d’accord : « Je n’ai pas fait cet exercice pour en arriver là. » Deuxième possibilité, « le texte que vous avez se tient, et on y va sans filtre … Les propositions trouveront leur cheminement par voie réglementaire, par voie législative ou par référendum ».Troisième option, la proposition n’est pas assez précise et le chef de l’État s’engage à la « finaliser » avec les citoyens…

24 novembre 2019, 150 citoyens tirés au sort, et moi et moi émoi

Emmanuel Macron annonçait le 25 avril 2019, sur les décombres de la taxe carbone, la création d’une convention citoyenne pour le climat. 150 citoyens tentent de résoudre ce que les élus de la nation ne sont pas parvenus à faire. L’objectif est fondamental : définir une série de mesures permettant de réduire d’« au moins 40 % les émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030, dans un esprit de justice sociale »…

8 octobre 2019, Écologie populaire et médiatisations

D’un côté 150 Français tirés au sort, rassemblés dans une convention citoyenne pour le climat, ont commencé à se pencher sur les mesures à prendre lutter contre le dérèglement climatique. Le premier ministre a assuré que cette convention a « vocation à inventer une écologie populaire dans tout ce que ce terme a de plus glorieux ». En fait il s’agit là d’une démagogie démocratique surréaliste, car la question qui est posée, nous savons déjà comment y répondre. Sous Macron la bavardage écolo tient lieu de politique, quand Emmanuel est devenu président il a su imposer une réforme du code du travail sans faire intervenir les citoyens. De l’autre côté les militants du mouvement Extinction Rebellion (XR) ont lancé quinze jours de désobéissance civile à travers la planète visant à dénoncer l’inaction « criminelle » des gouvernements face au changement climatique…

3 septembre 2019, Convention citoyenne sur le climat, mascarade ?

Les conférences de consensus (ou de citoyens) sont un mécanisme qui devrait être mis en avant par les écologistes car c’est une nouvelle forme d’exercice démocratique alliant citoyen de base, tirage au sort et réflexion collective sur nos problèmes contemporains. Voici quelques éléments de présentation de ce système mis en place… par Macron ! Voici aussi nos critiques…

14 août 2019, La volonté du peuple exprimée grâce au tirage au sort

Le nombre de personnes pour représenter le peuple en réflexion est trop grand ; plus il y a de personnes, plus le nombre d’interrelations se multiplie et bloque l’expression d’une intelligence collective. Une Conférence de consensus avec une vingtaine de participants suffit. Notons d’ailleurs que nos députés n’ont pas de compétence particulière, si ce n’est l’art et la manière de se faire élire, ce qui ne prédispose en rien à être représentatif d’autrui…

30 avril 2019, Macron : « L’écologie, ça commence à bien faire… »

Le 25 avril, il aura fallu attendre près de quarante minutes de discours avant qu’Emmanuel Macron n’aborde la question de l’urgence écologique. Et le Grand Débat National se traduit par… une nouvelle consultation. Une convention citoyenne, avec 150 membres tirés au sort, aurait l’impossible tâche de définir les mesures permettant de traiter de l’urgence climatique ! Macron a également annoncé la création d’un Conseil de défense écologique… alors qu’il a lui-même créé, il y a quelques mois, un Haut-Conseil pour le Climat, dont il n’y a rien à attendre. Au-delà de l’aspect climatique, on ne peut que regretter l’impasse faite sur la transition énergétique, la biodiversité, la pollution, la transition agro-alimentaire… autant de sujets éminemment liés, qui restent sans réponse. L’augmentation de la taxe carbone qui avait mis le feu aux poudres en novembre 2018 n’a même pas été évoquée. De toute façon il y a absence totale d’annonces concrètes…

La publicité commerciale est indéfendable

Un rapport consacré à la « publicité et à la transition écologique » et commandité par la ministre de l’écologie vient d’être rendu public. Mais à la différence des associations qui s’attaquent à la publicité de manière frontale, les deux rapporteurs préfèrent « une stratégie permettant au secteur publicitaire de devenir un acteur de la transition écologique… évitant  des blocages de la profession. » Les rapporteurs espèrent simplement que la profession saura se doter de« règles d’autodiscipline pour une fonction plus responsable » !Autant dire qu’il ne faut rien faire contre le système marchand qui dévore la planète et nous avec. Pourtant beaucoup d’arguments amènent à penser que la publicité commerciale devrait être complètement interdite  :

1/3) La publicité ne relève pas de la liberté d’expression : Le fondement constitutionnel de la liberté d’expression en France repose sur l’article 11 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen du 26 août 1789  : « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme ; tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi ». Le Constituant entendait favoriser le débat d’idées. Il ne visait explicitement que la libre communication « des pensées et des opinions », certainement pas des informations ordinaires et encore moins de la publicité commerciale qui n’existait pas à l’époque. La publicité n’a nullement pour objectif de transmettre des idées mais de faire vendre des produits. Elle a donc plutôt pour fondement la liberté d’entreprendre ou la liberté du commerce et de l’industrie, des libertés dont la portée est susceptible de limitations dans l’intérêt général. De plus « la liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas autrui » est-il écrit à l’article 4 de la Déclaration de 1789, laquelle précise, dans son article 5, que la loi peut défendre les « actions nuisibles à la société ». Or, l’affichage publicitaire porte fréquemment atteinte à des droits fondamentaux et en premier lieu à la conception libérale de la liberté d’expression. La liberté d’expression apparaît, en effet, comme la liberté de celui qui s’exprime, qui parle, qui écrit… mais on ne saurait oublier qu’elle doit être totalement conciliée avec la liberté de celui qui est susceptible de recevoir le message. Nul ne peut être contraint, sauf abus, d’entendre, de lire, de voir un message contre son gré. La liberté d’expression ne saurait en aucun cas se confondre avec une quelconque liberté d’agression.Même si la Déclaration de 1789 mentionne explicitement la liberté de l’émetteur, elle ne néglige pas pour autant la liberté du receveur. Le juge constitutionnel donne, en cas de conflit, la préférence à la liberté du receveur sur celle de l’émetteur (décision des 10-11 octobre 1984 sur les entreprises de presse).

2/3) La publicité, c’est de la propagande : On retrouve dans le phénomène publicitaire tout ce qui caractérise la propagande : manipulation, désinformation, aveuglement, idéologie confinant à l’idolâtrie religieuse et même tendance totalitaire. Il est totalitaire en ce ce qu’il détourne, en en inversant le sens, toutes les valeurs et tous les imaginaires vers le consumérisme. Le naturel fait vendre de l’artifice, le sport de l’obésité, l’écologie de la pollution, l’artisanat des marchandises industrielles, la liberté de la dépendance. Selon Hitler, pour attirer l’attention des masses, la propagande doit « se limiter à un petit nombre d’objets et les répéter constamment… Son action doit toujours faire appel au sentiment et très peu à la raison… Son niveau spirituel doit être situé d’autant plus bas que la masse des hommes à atteindre est plus nombreuse. » La publicité a même techniquement surclassé la propagande du passé. Fondé sur les sciences humaines, elle a dépassé le stade du bricolage empirique, ce qui la rend plus efficace. Par exemple John B. Watson, fondateur du behaviorism et vice-président d’une des premières transnationales de la publicité, disait vouloir éliminer les « attitudes sociales qui résistent à la consommation. » (De la misère humaine en milieu publicitaire (comment le monde se meurt de notre mode de vie) par le groupe Marcuse)

3/3) La publicité, c’est le règne des marchands : Il est toujours plus facile de faire croire aux gens qu’ils sont libres et souverains que de leur faire comprendre que ce n’est pas si simple. La publicité peut être définie comme un processus de communication orienté émanant d’une organisation, structurée de façon à favoriser l’émetteur du message, dans le but de convaincre la cible d’aimer et d’acheter un produit et un service. Au service des pouvoirs économiques qui disposent du capital requis pour s’offrir ses coûteuses prestations, son rôle est de redorer leur blason en propageant des bobards qu’ils voudraient que les populations gobent. Dans la publicité, il ne s’agit ni d’échanger, ni de confronter des idées. On veut imposer des « images ». C’est une communication à sens unique. N’admettant de réponse qu’en termes d’achat, la suggestion publicitaire est de l’ordre de l’hypnose. La création artistique au Moyen Age était au service du pouvoir féodal et de la religion. Aujourd’hui l’imagerie publicitaire est au service de la religion consumériste et de ces nouvelles puissances féodales que sont les marques.

Une planification écologique est nécessaire

David Cormand (la thèse) : « La planification, c’est un mot concept qui plaît à un gaulliste, à un jacobin, à un stalinien ou à un colbertiste parce que son ambiguïté est telle que personne n’y met la même chose. Bien évidemment il faut penser transition. Mais je me méfie du terme de planification, car il renvoie à la technostructure, et donc à la technocratie. Or l’écologie, l’émancipation, et la réorganisation d’une forme d’autonomie démocratique des gens sur leurs territoires, sont peu compatibles avec la technocratie. » («Il ne faut pas une synthèse molle autour d’un candidat» – 28 mai 2020 sur mediapart)

Dominique Plihon (l’antithèse) : « La crise environnementale place la France dans la situation de 1946, lorsque la planification avait permis la reconstructionde l’appareil productif. La Suède s’est dotée d’un système de planification écologique décentralisé. Seize objectifs stratégiques à long terme de qualité de l’environnement ont été fixés, concernant le climat, la couche d’ozone, la biodiversité… Dès 1991, une programmation de l’évolution à moyen-long terme du prix du carbone a été instituée, couplée avec une réforme de la fiscalité comprenant un volet écologique. Résultat : la Suède affiche des performances écologiques supérieures à la moyenne européenne pour les émissions de CO2, le développement des énergies renouvelables, le traitement des déchets, la préservation de la biodiversité. Depuis 1973, la consommation des produits pétroliers y a été divisée par deux, et la part des énergies fossiles est tombée à 49 %, contre 70 % en France. La planification à la française, qui a fonctionné jusque dans les années 1990, était indicative. Elle avait été qualifiée de « réducteur d’incertitude ». La planification écologique ne serait-elle pas un moyen efficace de réduire l’incertitude sur l’avenir ? » (LE MONDE du 15 mai 2020)

Synthèse de biosphere : Si la France a abandonné l’idée d’une planification, c’est parce que la vitesse des innovations technologique et la diversification des modes de consommation ont empêché toute vision globale et rendu impossible la gestion de la complexité. Il n’en est pas de même en période de crise, la parenthèse Covid-19 nous a d’ailleurs montré qu’on pouvait rapidement en rester à la couverture des besoins essentiels. Or le blocage énergétique et le réchauffement climatique nécessitent une baisse drastique de nos émissions de gaz à effet de serre, d’où l’urgence de limiter nos besoins de consommation et de simplifier notre appareil de production. Une planification par l’État des changements structurels nécessaires paraît donc nécessaire, et cela peut s’accompagner de plans territoriaux démocratiquement conçus au niveau local. En fait, il existe déjà une planification indicative nationale (PPE programmation pluri-annuelle de l’énergie, SNBC stratégie nationale bas-carbone) comme il existe déjà une planification indicative régionale (les SRCAE devenus récemment les SRADDET, schéma régionaux d’aménagement, développement durable et d’égalité des territoires), ainsi que divers outils locaux.En fait, il existe déjà une planification indicative nationale (PPE programmation pluri-annuelle de l’énergie, SNBC stratégie nationale bas-carbone) comme il existe déjà une planification indicative régionale (les SRCAE devenus récemment les SRADDET, schéma régionaux d’aménagement, développement durable et d’égalité des territoires), ainsi que divers outils locaux. L’urgence écologique nécessite des débats techniques et non des envolées lyriques. Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphere :

12 mai 2020, post-covid, pour une planification écologique

17 janvier 2017, La planification écologique selon Jean-Luc Mélenchon

27 mars 2012, la planification écologique selon Jean-Luc Mélenchon

25 juillet 2010, planification impérative des naissances ?

16 mai 2010, liberté contraceptive ou planification ?

Dogmatique traitant autrui de dogmatique

Christophe Ramaux en mai 2020 : « Avec la décroissance, il n’est pas possible d’augmenter significativement le revenu des plus démunis en pariant uniquement sur le fait de « faire payer les riches »… Réduire le PIB c’est réduire la production et la demande, mais aussi automatiquement les revenus distribués… Le découplage entre production et émissions de GES a déjà commencé à l’échelle mondiale en réduisant l’intensité carbone de l’énergie par le recours au nucléaire… La plupart des partisans de la décroissance abandonnent de fait l’objectif du plein-emploi… Un emploi quel qu’il soit augmente la richesse monétaire, le PIB, et partant le niveau de vie… L’émancipation sociale au XXe siècle a été embrumée par le dogmatisme rouge. Puisse le XXIe siècle ne pas l’être par le dogmatisme vert. »

Christophe Ramaux en août 2019 : « Les collapsologues ravalent le politique à un mode religieux. L’écologie mérite mieux que la régression des nouveaux prophètes de l’apocalypse… Miser sur la réduction de la croissance économique annihilerait le développement (le soulèvement des « gilets jaunes » atteste l’étendue des besoins insatisfait)… L’écologie elle-même exige un surcroît de croissance : rénovation du bâti, etc. .. Le découplage relatif – augmentation des gaz à effet de serre (GES) inférieure à celle du PIB – a déjà commencé à l’échelle mondiale, le découplage absolu n’est pas hors d’atteinte… La réduction de l’intensité carbone de l’énergie implique d’abandonner les énergies fossiles au profit du nucléaire… L’histoire fourmille de promesses d’émancipation abîmées par le dogmatisme. Puisse l’écologie y échapper. »

Les commentateurs sur lemonde.fr étrillent à juste titre ce maître de conférences qui répète toujours la même chose sans se soucier de la validité de ses dires :

20100 : Soyons sérieux il n’y a pas de découplage à cause de l’habituel effet rebond : une amélioration d’efficacité est toujours contrebalancée par une augmentation plus importante de la consommation (croissance oblige…). On est toujours dans la fuite en avant.

ChrisL : Ce mec Ramaux ne connaît que l’argent ! Il n’a jamais entendu parler de solidarité, d’échanges directs de services et de biens sans passer par l’argent. Il oublie que le PIB ne prend pas en compte la dégradation de l’environnement.

JY REHAULT : Si l’on intégrait en négatif dans le PIB l’épuisement la planète, la décroissance serait constatée depuis longtemps !

VDBs : Il n’est nul besoin d’être expert pour réaliser que le modèle actuel ne garantit plus le plein emploi depuis belle lurette et ne le fera jamais. Cela n’est possible que dans certaines régions du monde qui deviennent pendant un temps les usines pour le reste des pays, jusqu’à ce qu’elles se fassent supplanter à leur tour. Ce discours anti-écologique est même assez extraordinaire. Ce ne sont pas les écologistes qui alertent contre la surexploitation de la planète, contre le réchauffement climatique ou contre les dangers du nucléaire ou de la destruction de la biodiversité, ce sont les scientifiques. Les écologistes, dans l’ensemble, ne font que tenter de proposer des solutions, à discuter bien entendu, à ces problèmes incontournables. Cet article donne l’impression qu’il faudrait ignorer pour continuer dans la voie qui les a créé. Je trouve que cette vision d’un économiste « à la Sorbonne» n’est pas à la hauteur des enjeux.

Iphigenie : Ce que l’article ne dit pas, c’est que nous avons 0 solution, nada, rien, pour faire bouger les voitures, produire dans les champs et créer des services sans émettre de CO2. La voiture électrique produit autant de CO2 que celle à pétrole (il faut retourner des millions de tonnes de terre pour isoler les terres rares des batteries). La compensation est un mythe (il faudrait planter 50% de la surface de la France pour compenser nos émissions françaises ). Donc la décroissance viendra, soit organisée, avec ses limites, soit forcée, dans la violence. C’est là notre choix.

Desideriusminimus : Que de sophismes dans ce texte qui n’est informé qu’en apparence ! Pour ce qui est de la décroissance, ce n’est pas une option politique, mais un constat de fait qui relève de la physique : dans un monde fini, une croissance infinie est impossible. ucun décroissant que je sache ne prône «d’augmenter significativement le revenu des plus démunis en pariant uniquement sur le fait de ‘faire payer les riches’. Il s’agit bien plutôt de partager équitablement la baisse du PIB qui nous attend. Celle-ci ne sera pas nécessairement synonyme de perte d’emplois, mais d’une réorganisation de ceux-ci vers des activités moins dépendantes des matériaux et énergies fossiles.

Bobby Videau : Si 90% de la population active est dans les champs à cultiver des patates pour se nourrir (les 10% restants sont les artisans, fonctionnaires, médecins… qui sont nécessaires au fonctionnement de la société), on peut faire de la décroissance économique qui inclut le plein emploi, non ? C’est même plutôt logique : moins d’énergie, moins de machines, c’est aussi un plus grand besoin de main d’œuvre humaine et animale (chevaux, bœufs…).

J.Dupont29 : Et si le vrai sujet était la DÉCROISSANCE DÉMOGRAPHIQUE ? La limitation de la démographie des classes populaires éviterait de créer une demande très forte parmi les emplois peu rémunérés, ce qui pousserait les employeurs à améliorer leur rémunération. Rappelons que l’emploi est aussi un marché…

Convention citoyenne CLIMAT, pschittt…

Les 150 tirés au sort de la convention citoyenne pour le climat ont longuement débattu en visioconférence les 30 mai et 31 mai 2020 : près de 150 propositions visant à « changer en profondeur la société ». Il n’était pas facile de se mettre d’accord ! Alors on vote, on élague, et on oublie toute virulence. Les 19, 20 et 21 juin, cette convention présentera à l’exécutif un document final dont on connaît déjà le résultat final : tout ce qu’ils diront a déjà été dit et presque jamais mis en application. Rappelons les atermoiements d’Emmanuel Macron quant à la question écologique. Il recule devant la taxe carbone à cause de quelques manifestants en gilets jaunes sur les ronds-points. Il annonce un Grand Débat National dont il ne retire aucun enseignement sauf celui qu’il faut donner de l’argent. Il est confronté à une pandémie dont il ne retire aucun enseignement sauf celui qu’il faut donner de l’argent. Il multiplie les organismes consultatifs pour faire croire qu’il fait quelque chose. Il annonce la création d’un Conseil de défense écologique… alors qu’il a lui-même créé, quelques mois auparavant, un Haut-Conseil pour le Climat dont il n’y a rien à attendre. Rappelons aussi que l’urgence climatique ne couvre pas l’ensemble de nos problèmes structurels. La biodiversité, la pollution, la réforme agro-alimentaire… restent toujours sans réponse durable. Il est dommage que la bonne idée de conférence de consensus soient utilisés par le gouvernement uniquement pour cacher son impuissance à remettre en question la société thermo-industrielle. Voici nos articles antérieurs à propos de la convention citoyenne. Merci de votre attention, bonne lecture.

9 mars 2020, acte 6, sauver le climat avec 150 citoyens ?

12 février 2020, Convention citoyenne sur l’écologie, acte 5

19 janvier 2020, CLIMAT, convention citoyenne et décisions

1er février 2020, Biosphere-Info, les conférences de consensus

15 janvier 2020, Emmanuel Macron devant 150 citoyens

24 novembre 2019, 150 citoyens tirés au sort, et moi et moi émoi

8 octobre 2019, Écologie populaire et médiatisations

3 septembre 2019, Convention citoyenne sur le climat, mascarade ?

14 août 2019, La volonté du peuple exprimée grâce au tirage au sort

Scolarité, l’éducation à l’écologie absente

Surtout pas de catastrophisme dans l’éducation nationale : « La prise de conscience des questions environnementales, économiques, socioculturelles doit, sans catastrophisme mais avec lucidité, aider les élèves à mieux percevoir l’interdépendance des sociétés humaines avec l’ensemble du système planétaire et la nécessité pour tous d’adopter des comportements propices à la gestion durable de celui-ci (circulaire de juillet 2004, rubrique EEDD, éducation à l’environnement et au développement durable). » Un adepte de la pédagogie de la catastrophe fait-il preuve de lucidité ? Ce n’est pas faire du catastrophisme (termes du texte officiel) que de montrer la réalité aux jeunes que nous éduquons (épuisement des ressources fossiles, choc climatique, stress hydrique, perte de biodiversité… sans compter le poids des dettes que nous léguons en France aux générations futures. La catastrophe va bientôt sonner à notre porte parce que nous aurons été beaucoup trop mous pour s’engager dans une autre voie qu’un croissancisme mortifère. Mais chut, il ne faut pas le dire aux élèves.

« L’histoire des textes officiels en dit long sur la difficulté de l’école à enseigner la transition écologique » dixit de nos jours Anne-Françoise Gibert dans LE MONDE. Apparue en France en 1977, l’éducation à l’environnement a été qualifiée à la rentrée 2019 de « transition écologique ». Mais la transversalité de l’écologie n’est toujours pas au programme, on reste sur organisation bureaucratique « un cours, une matière, un professeur, une classe ». De plus l’école française a une particularité, elle s’inscrit dans une conception de l’enseignement du « vrai »… autant dire que cette conception des savoirs scolaires s’accorde mal avec la réflexion sur l’environnement qui présuppose différents points de vue souvent contradictoires. Patrons et syndiqués peuvent même se retrouver faire cause commune contre les revendications d’ordre écologique. L’enseignement agricole est en avance. Confronté à des questions brûlantes comme les OGM, les pesticides et le bien-être animal, la réforme de 2014 « Enseigner à produire autrement » promeut l’approche agroécologique. Mais nous restons très loin d’une remise en question, au sein de l’éducation nationale, des politiques de maximisation de la production et du profit. Pour en savoir plus grâce » à notre blog biosphere, extraits :

30 mars 2019, L’éducation à l’écologie, déprimante et si nécessaire

Le temps consacré à l’enseignement en relation avec les deux enjeux vitaux à l’échelle planétaire, l’effondrement de la biodiversité et le changement climatique, apparaît très insuffisant au collège comme au lycée…

15 avril 2018, SES, l’avenir de l’écologie passera par le baccalauréat

Le problème de la réforme actuelle du bac n’est pas la suppression des filières L, SES et S**. Le problème de fond, c’est que le tronc commun comporterait les enseignements de français, philosophie, histoire-géographie, enseignement moral et civique, langues vivantes 1 et 2, éducation physique et sportive, humanités scientifiques et numériques. Tout pour les disciplines traditionnelles, rien pour l’écologie alors que cette approche systémique est la seule vraiment transversale, propre à ouvrir nos lycéens à une réflexion approfondie car globale.

1er mars 2016, BIOSPHERE-INFO : spécial « éducation à l’écologie »

La charte de l’environnement de 2005 a été inclus dans la constitution française. Son article 8 explicite clairement que « L’éducation et la formation à l’environnement doivent contribuer à l’exercice des droits et devoirs définis par la présente Charte. »…

23 mars 2013, L’écologie, axe central de l’éducation scolaire

Voici quelques directions à prendre :

–          Faire entrer à part entière l’enseignement de la coopération dans les matières enseignées.

–          Assurer des passerelles entre les formations et supprimer la hiérarchisation des métiers.

–          Placer les activités manuelles, indispensables à l’équilibre général des compétences, au cœur des programmes.

–          Mettre au cœur de l’enseignement des enfants, la connaissance, la compréhension, l’interaction avec la Nature.

–          Enseigner les cycles du vivant et la dépendance de l’être humain à la Nature.

–          Encourager les démarches de transition écologique et humaine dans les écoles de son territoire : rénovation thermiques, cantines bio, recyclage, etc. »