écologie appliquée

Planification écologique en Suède

La planification écologique en France pourrait utilement s’inspirer des exemples récents venus des Pays-Bas ou des pays scandinaves.

Wojtek Kalinowski : Fort d’un bilan parmi les meilleurs en Europe en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre territoriales, la Suède s’apprête actuellement à adopter une loi climatique plus complète que la précédente. Elle couvrira non seulement les émissions territoriales mais aussi l’empreinte climatique globale des Suédois, en y incluant l’impact des importations. La proposition de loi retient des objectifs de réduction ambitieux, pour le trafic aérien par exemple. En parallèle, le pays s’apprête à consolider son architecture institutionnelle de la planification. Depuis 2015 déjà, le Conseil des objectifs environnementaux assure le suivi et l’évaluation des politiques publiques, veillant notamment à traiter les conflits qui peuvent émerger, cherchant à rétablir la cohérence et défendant une vision d’ensemble contre les intérêts sectoriels. Aujourd’hui la Suède veut aller plus loin en mettant en place un « conseil de planification » pour analyser les conséquences physiques et spatiales des différents arbitrages politiques. En Suède, la puissance publique met en œuvre elle-même la planification là où l’État français s’appuie sur des politiques incitatives peu efficaces, comme le crédit d’impôt ou le chèque énergie.

A l’échelle macroéconomique, la Suède a prouvé qu’une taxe carbone pouvait faire l’objet d’une acceptation sociale ; Introduite à un niveau bas en 1991 (25 euros), cette taxe a été progressivement relevée pour atteindre le niveau le plus élevé du monde (120 euros actuellement), en poussant très tôt les entreprises suédoises à anticiper le changement. Moins écrasée par le poids de l’exécutif, la démocratie suédoise donne plus de place aux compromis transpartisans.

Quelques commentaires complémentaires :

Le paraméen : Les Suédois ont commencé à planifier il y a 40 ans : consensus, décentralisation objectifs et aussi moyens en face. En France, pour le consensus on peut rêver. Notre système politique ne le permet pas. Décentralisation commentaire inutile, L’Elysée décide de tout. Pour les objectifs, nous sommes les champions. Pour les moyens correspondants, sans commentaire. Révolution proclamait un certain E. M dans un livre !

le sceptique : Précision historique : la Suède a fait passer la taxe carbone dans les années 1990 au terme d’un vaste débat national qui a réformé l’Etat-providence et fait *baisser* la fiscalité globale. Elle n’a pas ajouté des taxes aux taxes sur décret d’un gouvernement central ni sur démagogie prétendant qu’on pouvait tout payer. Précision physique : la Suède a une faible densité, énormément de ressources bois et hydraulique, un nucléaire maintenu, condition qui aide au succès. Précision institutionnelle : l’Etat qui fixe un objectif de résultat laisse les acteurs locaux autonomes dans leurs réalisations. En France (et j’en parle après 10 ans d’expérience de recours en justice sur des sujets énergétiques), ce sont les services du préfet et directions administratives d’agences de moyen sous autorité directe du ministère qui fixent l’essentiel, avec peu d’autonomie de l’acteur local. En outre, le droit français codifié est obèse de normes qui entravent les chantiers.

Michel SOURROUILLE : Le rapport Rocard proposa en 2009 une taxe carbone s’élevant à 32 dollars par tonne de CO2 « dès maintenant » pour atteindre 100 dollars en 2030 et 200 dollars en 2050. La Suède appliquait déjà à l’époque une taxe de 105 dollars par tonne de CO2 ! Le Premier ministre de l’époque, François Fillon ,voulait fixer le prix du carbone à seulement 14 euros la tonne ! Un contretemps constitutionnel a mis la taxe carbone complètement aux oubliettes. Lors d’un déplacement en mars 20a10, le chef de l’État (Sakozy) confirmera : la taxe carbone ne sera pas appliquée en France, « sauf si l’Union européenne décidait de la reprendre à son compte ». Exit donc la taxe carbone. La Fondation Nicolas Hulot a décidé à ce moment-là de se retirer des groupes de travail créés à l’issue du Grenelle de l’environnement.

Ben : « La différence d’approche est le résultat de nos modèles démocratiques respectifs. » Il y a pourtant bien d’autres pays avec un système parlementaire comme la Suède et qui ont une approche catastrophique de la réduction des émissions de Co2… Je pense au contraire que le système politique que la Suède a adopté est le fruit d’une « donnée fortement culturelle »… avec une population plus petite et plus homogène culturellement. Ils ont aussi, je pense, un rapport à la nature beaucoup plus fort que les Français.

Planification écologique, un gadget ?

Si la France a abandonné l’idée d’une planification, c’est parce que la vitesse des innovations technologique et la diversification des modes de consommation ont empêché toute vision globale et rendu impossible la gestion de la complexité. Il n’en est pas de même en période de crise où la limitation devient la norme ; la parenthèse Covid-19 nous a d’ailleurs montré qu’on pouvait rapidement en rester à la couverture des besoins essentiels. Or le blocage énergétique et le réchauffement climatique nécessitent une baisse drastique de nos émissions de gaz à effet de serre, d’où l’urgence de limiter nos besoins de consommation et de simplifier notre appareil de production. Une planification par l’État des changements structurels nécessaires paraît donc nécessaire, et cela peut s’accompagner de plans territoriaux démocratiquement conçus au niveau local. A défaut d’accéder au second tour, Jean-Luc Mélenchon a réussi aujourd’hui à imposer son thème-phare, la planification écologique, qu’Emmanuel Macron a repris à son compte en annonçant qu’il en chargerait directement le premier ministre.

Jean Pisani-Ferry : Le dernier plan français a pris fin en 1992, les économistes répétaient que le rôle des gouvernements n’était pas de jouer les chefs d’orchestre, mais de donner un prix au carbone. Le reste – choix des technologies, spécialisation sectorielle, consommation, modes de vie – serait du ressort des agents privés. Cette belle architecture s’est défaite. En France, en 2013, l’abandon de l’écotaxe poids lourds a coûté 1 milliard d’euros en indemnités et la hausse de la fiscalité carbone est suspendue depuis fin 2018. Il y a pire. Si l’on veut qu’entreprises et ménages investissent pour réduire leurs émissions, il ne suffit pas de fixer le prix du carbone pour aujourd’hui, il faut aussi le programmer pour dans vingt ans. Et donc, oui, planifier. Il n’y aura de transition réussie que si les citoyens se reconnaissent dans un projet collectif, y voient la possibilité d’un avenir désirable et en deviennent les acteurs.

Lire, Planification publique et carte carbone

Commentaires :

Sarah Py : Le solutionnisme macronien, c’est la technologie qui nous sauvera, nucléaire, éolien, solaire, captation du carbone. La question de la sobriété, donc de sacrifices n’est qu’à peine esquissé, la transition climatique sera menée sans vraies ruptures;. Patrick Arthus, c’est Cassandre, ici tout coule d’un fleuve tranquille. Exit crises alimentaires, crises des métaux, risques géopolitiques, tout cela cède devant l’organisation planifiée de nos gouvernants.

Yves Poss : En clair, cette tribune de Patrick Arthus explique que l’engagement pris par Emmanuel Macron à propos de son « virage écologique » implique qu’il révise, en profondeur, le programme qu’il a présenté pendant sa campagne du premier tour. Et il a juste deux mois pour actualiser, adapter ses promesses anciennes à cet engagement nouveau, pour que les députés soient, eux, élus sur un programme qui vaudra engagement vis à vis des citoyens pour la durée de leur mandature. Vaste programme, et les jours sont comptés.

le sceptique : La planification écologique est soit un gadget de comm’, soit une mauvaise idée. La planification est l’horreur bureaucratique : des hauts fonctionnaires qui, après avoir commandité des rapports McKinsey, vont répercuter des directives aux administrations locales, qui vont essayer de forcer la main à des élus locaux, qui vont se cogner la grogne sociale sur le terrain. La France claque déjà un fric fou dans ce « modèle », l’argent public paie des réunions de bureau du mille feuille politico-administratif pour ajuster des normes illisibles et boucler des financements médiocres.

Bahvoyons : Les 10% les plus riches de la planète émettent entre 35 et 48 % de co2… comment demander la participation de tous si ceux-là continuent de bousiller la planète?

HdA @Bahvoyons : les 10% les plus riches dont vous parlez, c’est vous et moi, habitants des pays riches. 50% de notre impact vient des importations : les fringues pas chers que vous achetez avec frénésie, les copies chinoises des produits Occidentaux que vous trouvez sur tik-tok, vos paires de chaussures de sport, vos citytrips, votre smartphone, vos écouteurs, vos produits alimentaires, vos piles et batteries, vos streaming, vos livraisons à domiciles etc… Pas les « riches », ça. Mais la classe moyenne des pays riches et elle représente ces 10 % qui produit 50 % du CO2.

Philip69 : Le problème est que les pauvres sont beaucoup beaucoup plus nombreux que les riches, et que les vrais riches qui flambent et consomment à tout va ne sont qu’une infime partie de la population. Un milliardaire produisant 1000 x plus de CO2 qu’un smicard produit beaucoup moins de CO2 que 100.000 ou un million de smicards. Donc il est illusoire de penser faire passer la pilule de la décroissance en tapant sur les riches. D’autant que la seule aspiration des pauvres, c’est de l’être moins et de consommer plus. Il ne peut y avoir d’adhésion collective à un projet de régression

Izy @Philip69 : Il est complètement illusoire de faire passer la pilule du serrage de ceinture auprès des pauvres si les riches ne serrent pas la leur. Le problème ne vient pas des pauvres, mais de ceux qui les appauvrissent.

Lire, 2027, un ministre de l’Énergie et des Besoins

Nicolas Hulot : Dans le pacte écologique de 2006, je prenais clairement position. L’idée de planifier une politique de décroissance des consommations de matières premières et d’énergie peut choquer, tant nous sommes habitués aux discours inverses. Mais un tel point de vue recouvre néanmoins un principe de réalité incontournable. Personne ne souhaite aller vers une société de privation et d’abstinence, mais nous n’avons pas d’autre choix que de mettre en place des normes, des réglementations, des instruments fiscaux qui concourront à la modération des productions, des comportements et des consommations. J’entends déjà les cris d’orfraie : c’est une révolution ! Eh bien, oui ! Nous sommes, de fait, engagés dans une révolution, planétaire de surcroît. Qui peut imaginer que le défi écologique pourra se relever à la marge ?

MonsieurD : Les 30 glorieuses ont eu le succès que l’on connaît grâce en particulier à la planification. Les gouvernements successifs de la 4ème République sont allés de plans en plans successifs, amendés les uns après les autres, sans que l’alternance rapide des majorités ne change beaucoup de choses. Alors je ne vois pas pourquoi une planification écologique glissante par plans de 3 ou 5 ans ne réussirait pas la transition.

Élisabeth Borne, pragmatisme et petits pas

Élisabeth Borne première ministre réussira-t-elle là où tous les ministres de l’écologie ont échoué depuis 1971? Macron donnera–il les moyens à son obligée de faire un « grand pas » pour le climat, la biodiversité et la sobriété. Les paris sont ouverts !

Lire, En écologie, les petits pas mènent au désastre

Rémi Barroux et Audrey Garric : La diplômée des Ponts et Chaussées est une écologiste pragmatique. Polytechnicienne, ex-directrice de la stratégie de la SNCF est au pied du mur. Alors que les ministres de l’écologie se plaignaient de perdre des arbitrages, la décision finale étant prise par le premier ministre, la voici à Matignon. Il y a urgence tant les effets du réchauffement se multiplient, mais aussi parce que l’État a été condamné à deux reprises – par le Conseil d’Etat et le tribunal administratif de Paris – pour l’insuffisance de son action en matière climatique. Élisabeth Borne devrait affronter, lors des élections législatives de juin, Noé Gauchard, ex-porte-parole de Youth for Climate France. Investi par la Nupes, le jeune homme de 22 ans lui reproche d’avoir « ignoré les objectifs en termes de bifurcation écologique au nom de la compétitivité financière ».

Commentaires perspicaces

ACHILLE : Nicolas Hulot souvenez-vous, il devait tout casser… idem pour la Convention citoyenne pour le climat. Nous savons ce qu’il est advenu…

Frog : Dans le langage courant, « pragmatique » sous entend « asservi aux puissances économiques ». C’est bien pour ça que la France n’avance pas : elle n’est absolument pas réaliste face au réchauffement. Dans trente ans les français auront des problèmes d’eau suite à sa surconsommation, de chaleur urbaine pour avoir encouragé la clim plutôt que la végétalisation, de coût de l’énergie faute d’avoir réduit la voilure, d’incendies à répétitions… etc… Voilà le pragmatisme politique !

Meleze : Le pragmatisme en écologie, c’est le renoncement, ou encore le plaisir sadique de voir s’affronter les avis contraires qui font reculer les échéances.

Michel SOURROUILLE : Pragmatisme ? C’est la politique des petits pas qui part d’un parti-pris de principe, la subordination des lois de la nature à celles de l’économie. Un chaud partisan de la société thermo-industrielle comme Macron ne peut bouger que lentement. Élisabeth Borne sera donc bornée dans ses ambitions. MAIS on n’a pas le temps, la température du globe bascule en Inde et en France, les ressources fossiles seront épuisées dans très peu d’années, la consommation et la population continuent de croître à allure exponentielle… Notre génération présente n’aura pas cessé de gaspiller le capital naturel, nos générations futures se trouveront complètement désarmées face à un chaos généralisé. Que restera-t-il de la démocratie et même de tout sentiment moral lorsqu’il aura fallu choisir entre accepter que l’Europe soit submergée par des dizaines de millions de migrants fuyant des situations encore plus désespérées, ou accepter d’utiliser, pour les repousser, tous les moyens disponibles ?

Gauthier F : Elle pourra faire toutes les politiques qu’elle veut, il faudra qu’elles soient socialement juste. En un mot, un riche n’a aucun droit de polluer plus qu’un pauvre. Point final. Pour cela, donner à chacun un quota Carbone qui est débité à chaque achat. Ce quota n’est pas revendable, pas échangeable. Quand il est terminé, on achète plus. On sait faire. Exemple, les CB. Après on peut moduler en fonction des situations (rural, urbain, travail, emprunts etc). Moi, tant qu’un riche peut me polluer parce qu’il est riche, je ne respecte pas les règles du libéralisme qui sont finalement les règles du capitalisme marchand.

le sceptique @ Gauthier : Dites que vous voulez piquer l’argent des riches, ce sera plus simple. Vous savez, un seigneur d’ancien régime n’utilisait que des énergies renouvelables, il n’empêche que sa vie était meilleure que celle d’un serf. Donc vos histoires de quota carbone ne mènent à rien, le riche pourra toujours d’acheter une maison super moderne, super isolée, à énergie positive, une voiture électrique à bilan carbone reconnu « bon » etc. Pendant que le pauvre, lui, se demandera comment sortir de son vieux diesel, de son vieille chaudière fioul, de sa baraque passoire therrmique, etc.

Gauthier F @ Le septique : Vous n’avez rien compris parce que vous ne voulez pas comprendre. Réfléchissez et vous verrez que le quota Carbone permet justement à ce que le riche ne pollue pas plus que le pauvre mais il n’efface pas le fait qu’il y a des pauvres et des riches. Ce n’est pas son rôle. Son rôle est de donner aux politiques et donc au peuple (par le vote) le choix de son bilan carbone.

SBRC : Sitôt les élections terminées et en cas de majorité obtenue aux législatives, on aura un semblant de structure gouvernementale soi-disant organisé pour la transition mais qui n’augure rien des décisions qui seront prises. On va plutôt chercher à faire des économies, retraites, fonctionnaires etc… Les promesses sur le pouvoir d’achat sont des promesses… On va bien rigoler en septembre.

Lire, Elisabeth Borne, les petits pas de l’écologie

extraits : Le passage à la tête du ministère de la transition écologique et solidaire d’Elisabeth Borne aura duré moins d’un an. Pas plus que ses prédécesseurs l’ancienne ministre n’a réussi à mettre la protection de l’environnement au cœur des décisions du gouvernement.Le premier de nos ministres de l’écologie, est nommé en janvier 1971 « délégué à la Protection de la nature et de l’Environnement ». Dans son livre-témoignage, « Le ministère de l’impossible » (Calmann-Lévy, 1975)…

Lire, Urgence écolo contre politique des petits pas

Emmanuelle Wargon, secrétaire d’Etat au ministère de la transition écologique : « Se coltiner le réel suppose de faire des compromis, d’avancer étape par étape. Nicolas Hulot avait beaucoup plaidé pour que son ministère s’appelle transition écologique et solidaire, or, l’idée même de transition, c’est d’y aller progressivement. L’ambition du président de la République et du premier ministre est intacte, et même renforcée. »

Biosphere : Lors de sa démission du gouvernement il y a un an, Nicolas Hulot dénonçait la politique des « petits pas » en matière écologique. L’éveil de Macron à l’urgence écologique peut se résumer par l’expression « Lentement mais pas trop vite ». Sa ministre de l’écologie est au diapason. Il y a longtemps que la situation n’exige pas une « transition », mais une écologie de rupture.

Les activistes écolos se radicalisent

Des actions font la « une » des tabloïds anglais et suscitent l’ire du gouvernement Johnson, des formations militantes, souvent créées à l’initiative d’anciens de XR (Extinction Rebellion). Plus radicales et plus ciblées, elles partagent les mêmes principes que XR : la désobéissance civile, jugée légitime face à l’urgence climatique et à l’apathie des politiques, et l’action non-violente.

Cécile Ducourtieux : Animal Rebellion est né en 2019 pour sensibiliser aux conséquences de l’agriculture intensive sur le climat. Une partie de ses membres ont ensuite fondé Insulate Britain, en septembre 2021, pour dénoncer le renoncement de Downing Street à augmenter les subventions d’aide à l’isolation des maisons. Ils ont multiplié les blocages d’autoroutes autour de Londres, dont la très fréquentée M25, provocant la colère de nombreux automobilistes. Dernier mouvement en date : Just Stop Oil, une formation apparue en décembre 2021 qui multiplie les blocages de dépôts de carburants dans le sud de l’Angleterre (Essex, Oxfordshire ou Kent), au point, depuis début avril, de provoquer des pénuries ponctuelles d’essence dans le Grand Londres. Des militants – pour la plupart très jeunes –, se fixent à la colle forte au sommet des camions-citernes ou aux entrées des dépôts.

Commentaires

Wily S : Les démocraties s’autodétruisent depuis longtemps par leur incapacité à gérer deux crises existentielles : le réchauffement climatique et la destruction de la biodiversité. Deux crises documentées par les plus grands processus scientifiques de l’histoire de l’humanité : le GIEC et l’IPBES. Quand un système politique n’arrive plus à gérer les problèmes les plus cruciaux des sociétés qu’il est censé gouverner, il perd sa légitimité et il est remis en cause. Ou alors il y a effondrement prévisible.

Pm22 : « l’urgence climatique », c’est super pratique car elle permet de justifier tout et n’importe quoi. Les violences d’extrémistes en quête de frisson révolutionnaire, de juteux investissements au bénéfice garantis, etc.
Si « l’urgence climatique » n’existait pas, c’est triste à dire, elle manquerai pour certains…

Popov @ pm22 : Plutôt que critiquer les gens qui agissent, vous pouvez critiquer les gens qui ne font rien.

Planification écologique, Macron hésite

France Stratégie, institution de prospective attachée à Matignon, propose la création d’une administration chargée de mettre en cohérence les politiques publiques pour garantir le caractère « socialement et démocratiquement soutenable » des décisions prises.

Stéphane Foucart : C’est un rapport de 250 pages, publié le 8 mai qui prend une importance singulière, à l’aune des récentes déclarations d’Emmanuel Macron, assurant faire de la planification écologique une priorité de son second mandat. Un « secrétariat général aux soutenabilités » serait chargé d’« orchestrer » la transition écologique, en exerçant des missions de prospective, d’expertise et de concertation. Le périmètre de cette entité administrative engloberait tout ou partie des attributions de France Stratégie, du Conseil général de l’environnement et du développement durable, de l’Autorité environnementale (AE) qui lui est adossée, du Haut Conseil pour le climat et de la Commission nationale du débat public. Aujourd’hui, les avis d’expert rendus par l’AE, consultatifs, demeurent généralement lettre morte. Un « secrétariat général à la transition écologique » placé auprès du premier ministre, explique Pascal Canfin, serait axé sur la concertation interministérielle « pour accélérer l’accès à des solutions comme le leasing pour la voiture électrique »…

Commentaires éclairés

Mickey : Rapport de France stratégie = on n’a pas de solutions mais donnez-nous du pouvoir et de l’importance !

Jean Kaweskars : Une administration qui prône la création d’une nouvelle administration pour piloter les administrations existantes. Le gag ! L’hydre administratif français, jamais rassasié.

Nico88 : il me semble qu’il suffirait de confier ces prérogatives au commissariat au plan. Cette instance qui est née de ses cendres telle un phénix me parait être tout indiquée.

Numerobis : Seul exemple concret cité de l’action potentielle de cette techno-bureaucratie, faciliter le leasing de la voiture électrique.
On n’est pas rendus.

Nimbus : « sur le modèle de la convention citoyenne pour le climat » !!! Vu le résultat dû au total manque de volonté de la majorité présidentielle, ce n’est pas un modèle. Sur les 146 propositions formulées par les citoyens et acceptées par E.Macron, 15 ont été approuvées sans changement, 55 ont été modifiées, 76 pleinement rejetées par l’Assemblée nationale !
Marc C : Je propose que la présidence de ce commissariat soit confiée à un triumvirat (quoi de plus équilibré qu’une présidence à 3 ?) partagée entre Total Energies, la FNSEA et la Fédération des Chasseurs, tous concernés au premier chef par la question écologique et, osons le dire, premiers écologistes de France (y’a qu’à voir leurs sites Internet).
Seuls les écolos vont râler comme d’habitude, mais ces gens n’ont jamais rien compris à la croissance ni aux affaires.

08/05/2022 : Beaucoup de bonnes intentions, mais aucune mesure concrète et courageuse. Proposons-en quelques unes : 1/ Interdire toutes les manifestations sportives à base de sport mécanique. 2/ Interdire l’usage des Quads dans la campagne, des mobylettes débridées et bruyantes en ville, interdire les 4/4,, etc. 3/ Obliger les agriculteurs à cultiver en mode bio dans un rayon de 10 kilomètres autour des villes de plus de 10.000 habitants. 4/ Interdire les ULM et autres engins motorisés de loisirs dans les airs. 5/ Introduire un PASS kilométrique qui définit le nombre de kilomètres annuels par individu, hors trajets professionnels. (par exemple 15.000 km). 6/ Interdire plus d’un voyage de longue distance (hors voyage professionnel) par an. 7/ Introduire un pourcentage obligatoire d’achats de produits français. Etc. Pas socialement acceptable ? Cosmiquement salvateur. Sinon, ce sera le grand chambardement, et celui-là, il ne sera pas acceptable du tout !

« transition écologique », une expression vide

La plupart des projets d’aménagement et programmes publics examinés en 2021 ne prennent pas en compte l’impact sur le climat ou la biodiversité. C’est la conclusion de l’Autorité environnementale (Ae), une instance adossée au Conseil général de l’environnement et du développement durable et composée d’un collège d’experts.

Martine Valo : Selon l’Ae, les projets restent cantonnés à « des modèles à bout de souffle », aux conséquences irréversibles. « Nous n’avons pas observé de ralentissement des projets autoroutiers et nous avons examiné deux projets aéroportuaires ». L’Etat a sa part dans ce constat sévère, pour les lacunes dans les politiques qu’il mène, mais aussi pour les reculs récents du droit français de l’environnement « au prétexte de “simplifier” les processus administratifs ». Les experts ont eu à analyser la stratégie française dans le cadre de la nouvelle politique agricole commune, le septième plan d’action sur les nitrates ou la deuxième mouture du plan Ecophyto, qui échoue, depuis 2008, à réduire l’usage des pesticides agricoles… L’Ae a aussi été saisie de onze schémas directeurs d’aménagement et de gestion des eaux (Sdage) 2022-2027, onze plans de gestion des risques d’inondation, quatre documents stratégiques pour les littoraux, et,c etc. L’Ae note que, d’une façon générale, « la sobriété énergétique est absente »

Commentaires éclairés :

Mam : Les avis émis par les MRAE ne sont pas contraignants et les aménageurs pulsionnels s’en moquent comme de leur première dalle en béton. Elus locaux, entrepreneurs du bâtiment, chambre de commerce, chambre d’agriculture et services déconcentrées de l’Etat sont systématiquement complices pour massacrer le peu de biodiversité qui nous reste. La concertation du public est un leurre. Les enquêtes publiques sont des formalités sans conséquence pour les aménageurs car l’avis favorable est quasi-systématique quel que soit l’avis émis par l’AE ou le CNPN. Les soi-disant « porteurs de projet » ne sont motivés que par le pognon. Après eux le déluge.

Nafnaf : La solution est pourtant simple : que le simple avis actuellement demandé à l’autorité de l’environnement prenne valeurs d’avis conforme.

Reggio : La grande majorité des français, et pas que eux, veulent que rien ne change dans leur petit carré consumériste bien gavé. Ils veulent de la croissance au beurre tout les jours et ils votent pour ça, de gauche comme de droite. Ceux qui prônent la décroissance ne font que des scores à un chiffre. Comment reprocher à nos élus de coller à cette réalité sauf à sortir le fouet ? Peut-être que nos démocraties ne sont pas taillées pour affronter ces problèmes, non ?

Gemini : Intéressant Reggio votre commentaire et je vous rejoins. D’un côté des gilets jaunes, souvent en province, donc dépendant de l’essence, gueulent pour du pouvoir d’achat sans imaginer changer leurs habitudes (trop difficile d’organiser du co voiturage, prêts à voter RN qui leur promet de baisser le prix des péages, de leur filer de l’essence subventionnée), d’un autre côté des Melenchonistes qui souhaitent de la radicalité en la matière écologique, de la décroissance, voire de tout casser le système, car ça va pas assez vite (par certain qu’une révolution accélère les choses par ailleurs). Donc deux groupes contestent le parti centriste macroniste mais pas du tout pour les mêmes raisons. Après quand je fais du vélo, ben je constate qu’il y a toujours qu’une personne dans les voitures SUV bien lourdes , et je pense qu’une majorité des gens ne se sentent pas préoccupés par la transition écologique, malheureusement. Le prix du litre n’est pas assez cher en fait.

Gilles SPAIER : Pour Macron et ses subordonnés, l’écologie ne compte pas. Elle implique uniquement des obligations de « green washing » de temps à autre. On a l’impression qu’ils se comportent sur le sujet comme le faisaient les soviétiques en construisant de fausses usines pour leurrer leurs visiteurs étrangers.

Taz : Il n’y a pas lieu de s’inquiéter puisque Macron va faire du sujet la priorité de son second mandat. Tout est dans l’usage du futur car pendant son premier quinquennat il a fait l’inverse avec un joli systématisme, sur la pêche, l’agriculture et la rénovation énergétique.

MBa : Macron n’est que le reflet des préoccupations des Français pour l’écologie. La plupart des projets évoqués sont portés par des élus locaux

VRT : C’est fou le nombre d’instances qui existent déjà en France… l’ADEME, le HCC, maintenant l’Ae et sûrement plein d’autres.

le sceptique : Aperçu de la lourde bureaucratie de l’écologie, avec ses autorités, plans, programmations, schémas, etc. Profitez qu’il reste un peu de pognon public pour essayer d’interdire des chantiers, demain il pourrait en manquer pour payer les fonctionnaires qui essaient de les interdire. Si le projet de Macron est de faire de la comm’ sur la « planification écologique » en aggravant des bidules kafkaïens, il ne laissera pas des comptes en brillant état. Le besoin n°1 face à une crise mondiale et des comptes dans le rouge, c’est de multiplier des industries compétitives sur notre sol, pas de devenir un musée de la nature pour bobo écolo et sachant vert.

Jap777 : Trop peu, trop tard. On élabore un futur apocalyptique.

Lire, La transition écologique nécessite une déstructuration

Transgressons une légalité écocidaire !

Le temps des simples marches, trop peu suivies d’effets, est révolu. Seule la désobéissance civile pourrait faire bouger les lignes. Est-ce la bonne solution ?

Sevin Rey-Sahin : Le samedi 16 avril, dans l’entre-deux-tours de la présidentielle, plus de 1 500 militants du mouvement écologiste Extinction Rebellion (XR) ont investi les abords de la porte Saint-Denis pendant trois jours pour dénoncer l’« inaction climatique » du pouvoir – ce « feu qui dévore notre avenir » – et « imaginer une autre démocratie que celle que l’on nous impose ». On l’a vu avec les “gilets jaunes”, pour être entendu, il faut être en capacité de bloquer économiquement un pouvoir sourd à la réalité bioclimatique. Le projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes a été abandonné à la suite de plusieurs années d’occupation et de confrontation avec les forces de l’ordre. Il faut parler de légitimité face à « une violence d’Etat qui rend la planète encore plus inhabitable ». A la différence d’Extinction Rebellion, qui bloque les grandes capitales, investit des aéroports, asperge de sang le siège du Medef, ou de Greenpeace, qui occupe, entre autres, des centrales nucléaires, le mouvement Soulèvements de la Terre promeut un mode d’action plus locale avec un effet direct et brutal sur les projets jugés « écocides ».

Cet article du MONDE soulève l’animosité de commentateurs ! On croyait les abonnés de ce quotidien plus ouvert au débat légalité/légitimité. On leur répond point par point.

Orion : Donc ils perdent une élection démocratique dans les urnes, et ils veulent passer outre en imposant par la force leur vision sociétale. Une dérive factieuse certaine contre la République.

Biosphere : la conception d’Orion est une vision restrictive de la démocratie. L’élection n’est qu’un aspect d’un système complexe qui garantit la liberté de manifester. Les mouvements sociaux ont toujours été à la pointe du changement social, sans cela la société se fige, même si elle est injuste.

PMF : Par certains côtés, on voit là ressurgir une forme de luddisme, on casse tout avec la prétention de réfléchir après. Tout ceci est bien vain. Sauf pour faire parler de soi. Mais c’est peut-être le but.

Biosphere : Le luddisme, PMF, c’est en Angleterre au XIXe siècle la résistance des artisans à domicile contre l’extension des manufactures. Ils ont brisé des machine qui détruisaient leur gagne-pain. Si ce mouvement avait réussi, la révolution industrielle n’aurait pu avoir lieu avec les conséquences qu’on connaît aujourd’hui, l’épuisement des ressources fossiles et le réchauffement climatique au détriment des générations futures.

Peps72 : Léon Trotski dans « Terrorisme et Communisme » (1920) expliquait la même chose, et avec son ami Lénine ils ont tué quoi, entre 2 et 3 millions d’innocents (une paille en somme)…

Biosphere : Renvoyer au communisme comme le fait Peps72 est une comparaison qui ne tient par la route. D’abord parce que le communisme est un idéal qui n’a pas pour uniques représentants Lénine et Staline. Ensuite parce que le mouvement écologiste s’appuie sur des réalités biophysiques et non sociales, à savoir les perturbations qu’inflige la société industrielle aux équilibres naturels.

Paul RIOU : Au nom de leurs idées, ils sont prêts à mettre en place un nouveau fascisme. Menaces, violences, refus du débat… c’est ainsi que Mussolini prit le pouvoir en Italie il y a un siècle. Des groupuscules violents comme Extinction Rébellion sont dans la logique du Duce.

Biosphere : En fait beaucoup trop de commentateurs dont Paul Riou n’est qu’un exemple parmi d’autres, relire les commentaires précédents, atteignent le point Godwin. Ils suivent les traces de Luc Ferry qui atteignait le point Godwin en 1992 dans son livre « le Nouvel Ordre écologique ». Sa comparaison de l’écologisme avec le nazisme était significative d’un refus de l’analyse argumentée.

Jacques81 : Ceux qui veulent « plus de radicalité » ou « transgresser la légalité » devraient savoir que la violence est toujours néfaste car une action entraîne une réaction ; quand un manifestant prendra une flash-balle il sera intarissable sur les violences policières …

Biosphere : Il ne faut pas dire le contraire de la réalité, Jacques81, le mouvement écologiste est d’essence non-violente. Par contre la violence d’État par CRS interposé signifie l’absence de sensibilité écologique d’un gouvernement quand il réprime férocement des manifestants écolos. C’est le déni gouvernemental de l’urgence écologique qui fait en sorte que la non-violence peut se transformer en violence, par exemple par la destruction de biens nuisibles à la planète. Crever les pneus d’un SUV, est-ce de la violence ?

Jacques81 : Avez-vous vu ces écolos d’opérette en Arabie ou en Chine avec Greta en tête ? Non parce qu’ils savent ce qu’ils y risquent. Mais en Europe tous les coups anti-démocratiques sont permis, la justice est compatissante à leurs émotions. Ils se croient dans le camp du Bien, les djihadiste aussi, Poutine aussi !

RobinsonLeon : En transgressant la loi dans les pays européens qui sont à la pointe de la démocratie, ces « activistes » ne risquent rien. C’est facile… Qu’ils aillent donc faire la même chose en Chine, ou en Inde, je serais curieux du résultat…Pour ces délinquants, le terme d’écofasciste me parait approprié.

Biosphere : Même argumentation de Jacques81 et RobinsonLeon ! Rappelons qu’il y a des écologistes qui risquent leur emploi et même leur vie dans des pays totalitaires, Ensuite l’amalgame « écolo, djihadiste et Poutine » n’a aucune signification ; il y a en effet une grosse différence entre se croire dans le camp du Bien et agir réellement pour le Bien commun. Enfin il ne faut pas parler d’écofascisme, mais au contraire de contre-violence en agissant contre une société thermo-industrielle qui est en train de broyer les gens et qui porte atteinte non seulement aux générations futures, mais aussi à la biodiversité. Atteindre le point Godwin, c’est le contraire d’une réflexion démocratiquement menée.

-Alazon- : On peut parler d’écofascisme. L’objectif clairement affiché par ces militants est d’imposer par la force à la majorité ce qui est refusé dans les urnes. Tout démocrate sincère doit défendre, si besoin les armes à la main, nos principes contre cette sédition. On ne saurait mieux illustrer que l’écologisme ce n’est pas que la défense des petites fleurs et des grenouilles, mais une idéologie mortifère à placer au même plan que les pires déviations intellectuelles de l’histoire.

Biosphere : Ce commentateur, pseudo Alazon, est un spécialiste de l’insulte envers toute pensée écologique, ses commentaires en ce sens sur lemonde.fr sont innombrables. Il est amusant de voir que contre des manifestants écolos, il ne voit qu’une solution, renforcer l’État policier.

Jean Kaweskars : La police doit être imaginative en les aspergeant de liquide puant, poisseux et indélébile. ça calmera vite ces petits fachos.

Biosphere : Il est vraiment inquiétant de voir cette agressivité renouvelée contre des militant en lutte contre le réchauffement climatique… Il n’y a aucune argumentation, seulement la volonté de faire taire toute voix discordante et pourtant légitime. Rappelons que les actions dures des écolos sont souvent traitées par la justice, mais que si on a raison au fond, on peut transforme le procès en procès politique, en procès contre l’inaction écologique des gouvernements .

Pm42 : Oui, on connaît le discours, il a donné les Brigades Rouges et autres joyeusetés… Et comme toujours, la gauche bourgeoise confortable est fascinée par les extrêmes, la violence, tout ce qui la fait frissonner un peu et lui fait croire qu’elle fait autre chose que de la résistance à la terrasse du Flore (ou ce qui en tient lieu de nos jours).

Biosphere : La similitude entre tous ces commentaires anti-écolos, c’est de défendre la violence de la société thermo-industrielle en laissant croire que ce sont les anti-systèmes qui sont violents. C’est caractéristique de ceux qui sont en faute, ce n’est jamais eux les coupables, c’est toujours les autres.

Planification écologique, précisions

Emmanuel Macron une fois réélu entend confier la responsabilité au futur premier ministre, épaulé par deux ministères « forts », un ministère de la « planification énergétique » et un ministère « chargé de la planification écologique territoriale ».. Un véritable casse-tête !

Lire, Une planification écologique est nécessaire (7 juin 2020)

Elsa Conesa et Rémi Barroux : Confier la transition écologique à Matignon doit permettre de lui donner plus de corps. Mais symboliquement seulement :car on se contenterait d’étoffer ses équipes de conseillers sans se doter de véritables services administratifs spécifiques, qui resteront dans les divers ministères. Autre complexité, le ministère de la planification énergétique pilotera la politique énergétique et exercera la tutelle la cotutelle avec Bercy, d’EDF. Le ministère de la planification écologique territoriale supervisera les politiques d’accompagnement des ménages, comme la distribution des primes à la conversion des véhicules, ou les aides à la rénovation thermique. Qu’adviendra-t-il de la politique autour de la biodiversité ? Surtout, éclater les compétences du Ministère de l’écolgoie (MTE) permettra-t-il de gagner en efficacité ? « La transition écologique, ça coûte cher, donc Bercy sera toujours dans la boucle », sourit un poids lourd de la maison.

Quelques contributions bienvenues :

Elis : Bercy serait donc lui aussi à la manœuvre! Les logiciels de ces têtes farcies par l’obsession due la croissance ne peuvent se changer du jour au lendemain.

Bruno_F : Tout choix politique a une incidence budgétaire. Ce n est pas pour autant qu il n y a qu un ministère pour s occuper de tous les aspects de la vie. De même l empreinte écologique est indissociable de la vie humaine. Donc tout choix politique a un impact sur notre empreinte écologique. La contrainte écologique doit donc etre gérée comme une contrainte budgétaire qui s applique a tous les ministères . Le budget a gerer ici n est pas directement financier mais celui de notre empreinte écologique.

Michel SOURROUILLE : La résurrection de la planification aujourd’hui acte l’échec des tentatives depuis 1979 d’instaurer durablement une situation économique dominée par la finance et les marchés. C’est l’aveu que le libéralisme économique ne peut pas grand chose lorsqu’il faut affronter l’urgence. Mais en 2020 Emmanuel Macron avait déjà créé un nouveau pose de « haut-commissaire au plan » et en avait confié la direction à François Bayrou ; pas très efficace cette nomination d’un dinosaure de la politique à un strapontin contemplant le futur. François Bayrou n’a laissé aucun trace de sa fonction planificatrice sauf une notice pour « assurer l’avenir démographique » de la France en relançant la natalité et s’ouvrir aux étrangers pour « améliorer le rapport actifs-retraités » ! Autant dire que la planification à la Macron va faire encore pschitt… comme la Convention pour le climat qui pourtant avait bien travaillé pour préparer l’avenir des générations futures.

Prat : Macron 1 le centralisme technocratique à 80 km sur la rocade entre les ronds points ; Macron 2 le clientélisme technocratique on reste sur la rocade avec un chèque énergie ; Macron 3 la planification technocratique… Thèse, antithèse et synthèse cette fois c’est la bonne sortie…

Papillon78 : La planification écologique selon Macron, c’est la planification nucléaire sur fond de poursuite à la fuite en avant vers plus de libéralisme. On parie combien ?

Lire, Planification publique et carte carbone (7 mai 2021)

Tout savoir sur Jean-Luc Mélenchon

Nous suivons la carrière de Jean-Luc depuis longtemps. Revenons quelques décennies en arrière, du temps où Mélenchon était socialiste, encarté depuis longtemps au PS et sénateur, le boulot où on n’a pas besoin de travailler. Et puis, devenu dissident car eurosceptique, il a fondé son propre parti. Lors de la convention du Parti de gauche (PG), qui se réunissait en décembre 2009, JL Mélenchon annonçait que le nom de son parti comporterait dorénavant le sous titre « Ecologie – Socialisme – République ». Plus question d’apparaître comme la « vieille gauche », le PG est moderne et donc écolo. LE MONDE du 20 novembre 2010 titre méchamment sur deux pages: «  Le Parti de gauche : populaire ou populiste ? » Huchon ne mâche pas ses mots : « Le langage de Mélenchon est proche de celui de l’extrême droite, mais c’est plus grave que Le Pen ! Il incarne le populisme d’extrême gauche. » Cohn-Bendit l’accuse de « labourer les terres du FN ». Mamère s’exclame : « Le contenu de son discours fait la part belle à une démagogie, au sens premier du terme. » En fait le livre de Mélenchon, « Qu’ils s’en aillent tous » est clair : seul Mélenchon doit rester. Nous avions vraiment besoin en France d’un Jaurès de l’écologie. Il ne semble pas que Mélenchon puisse s’attribuer ce statut car il ne rassemblait dès lors par ses outrances que les déçus de tous bords… Pour la présidentielle 2017, c‘est JLM qui a fait échouer l’union Hamon-Jadot-Mélenchon. Pour les législatives 2017, il est reparti en solitaire. Nous attendons avec impatience la position de Jean-Luc pour les législatives du 12 juin 2022 . L’union de gauche autour du drapeau de l’écologie ou le chacun pour soi ?

Lire, Jean-Luc Mélenchon entre productivisme et décroissance

Soyons clair, Mélenchon est aussi écolo que Sarko : un jour il n’y connaît rien, le lendemain, c’est le premier des écolos. C’est à cela qu’on reconnaît un populiste, enfourcher le thème porteur même si par ailleurs on s’assoit dessus. Avant il n’y avait pas pire productiviste que Jean-Luc Mélenchon ! Pour le Congrès socialiste du Mans en 2005, la contribution générale de Mélenchon sur le problème de l’énergie était absolument vide. Pour le Congrès de Reims (novembre 2008), il avait commis une nouvelle contribution générale, « Réinventer la gauche ». Il s’intéressait uniquement au fait d’empêcher la mutation du PS en parti démocrate, à refuser l’Europe américaine et le Traité de Lisbonne. Rien sur l’écologie. Ah, si ! Notons un chapitre sur la planification écologique : « Seules les politiques qui oseront remettre en question le dogme anti-Etat permettront de lutter efficacement contre la destruction de notre environnement ». Rien de précis comme contenu, il suffirait sans doute de confier son porte-monnaie à l’Etat pour que la planète soit propre.

Est-ce que les idées de JLM évoluent  ? Il se confiait au mensuel La Décroissance (avril 2009) sous le titre « Une écologie républicaine » : « Dès ses premiers pas, le Parti de gauche a affirmé sa volonté de rompre avec le productivisme… Le Parti de gauche est partie prenante de l’écologie politique… On ne peut changer la société sans penser l’humanité dans son écosystème…Je suis favorable à une décontamination publicitaire de l’espace public… Les mouvements antipub, injustement criminalisés, contribuent à défendre l’intérêt général… Je crois que l’idée même de publicité doit être interrogée. Comment ne pas voir sa place centrale dans la production méthodique des frustrations qui sont la base de l’extension du  productivisme ?… Nous sommes pour un écart maximum de 1 à 20 entre les plus hauts et les plus bas salaires dans chaque entreprise…» Parfait, vraiment parfait ! Mais le point de départ du programme de Jean-Luc Mélenchon (JLM) reste, comme pour la présidentielle 2012, « L’humain d’abord ». Analysons maintenant, au filtre de l’écologie politique, différents aspects de son livre-programme « L’avenir en commun, le programme de la France insoumise » présenté lors de la présidentielle 2017. Il ne semble pas qu’en 2022 il y ait eu une réelle avancée du mélenchonisme.

Lire, 2022, encore et toujours l’ego de Mélenchon

1/4) La 6ème république, une fausse bonne idée

  1. Jean-Luc Mélenchon veut établir une Assemblée constituante pour changer de fond en comble la Constitution de 1958. Il s’agit de faire table rase du passé. Or modifier la loi fondamentale qui régit l’équilibre des pouvoirs publics ne devrait se faire qu’avec d’infinie précautions. Ce n’est pas comme il est proposé « balayer l’oligarchie et abolir les privilèges de caste », ou « Reconnaître la citoyenneté dans l’entreprise et des droits nouveaux aux salariés ». Ce n’est pas le rôle d’une Constitution de réglementer ou légiférer dans le détail, encore moins « d’amnistier les syndicalistes condamnés pour faits de luttes sociales » ou « recruter 2000 agents pénitentiaires pour les escortes des détenus ». En fait le débat principal porte sur cette revendication mélenchoniste, « Abolir la monarchie présidentielle » pour « rendre le pouvoir au peuple ». Rappelons à JLM que le principe officiel de la République est déjà : « gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple ». Difficile de faire mieux pour un texte.
  2. JLM veut transférer le pouvoir de nomination (du président) au parlement. Or le vote du président au suffrage universel direct. donne « la force et l’obligation d’être le guide de la France et le garant de l’État ». L’impératif écologique nécessite une présidence légitimée, pouvant décider de ruptures souvent désagréables par rapport à notre quotidien actuel. Nos sociétés font la guerre à la planète depuis le début de la révolution thermo-industrielle, la planète rend maintenant notre habitat terrestre de moins en moins accueillant. Comme elle ne négocie pas, il faut des hommes d’État forts qui puissent préparer leurs concitoyens à une société d’après-croissance, une société post-carbone, post-nucléaire, ce qui exige de bousculer l’ensemble de notre mode de vie actuel qui détériore la planète. Qui veut voir triompher ses idées ne peut ignorer une élection qui donne au président un grand pouvoir au nom du peuple français.
  3. JLM veut instaurer un régime parlementaire prétendument « stable » en préconisant une élection de l’Assemblée nationale « à la proportionnelle ». Il est vrai que le scrutin universel direct majoritaire uninominal à deux tours lors des législatives lamine les petits partis. Il permet de faire surgir une majorité nette et constante mais favorise la bipolarisation de la vie politique. Mais il paraît hautement improbable qu’une telle assemblée multi-partisane rendrait le pays gouvernable. L‘important n’est pas de modifier la Constitution, mais d’avoir une conception positive sur l’interprétation de ce texte. La place des partis dans le système constitutionnel est seconde, non déterminante. Si président, ministres et législateurs avaient la même conception, rechercher l’intérêt commun et la préservation de la biosphère, il n’y aurait pas d’antagonisme fondamental. En fait peu importe le mode d’élection des députés, tout se ramène à la possibilité d’exercer son libre arbitre en tant qu’élu au nom de la Nation. Il y a un article de la Constitution actuelle qui n’a pas le succès qu’il mérite : « Tout mandat impératif est nul. Le droit de vote des membres du Parlement est personnel » (Article 27). Le statut d’élu est nominatif et ne dépend pas des partis dans l’exercice de la fonction. Les députés ont toujours le libre choix de leur vote. Or, trop de votes dans l’hémicycle procèdent d’une logique partisane, on vote comme ses camarades car le grand chef l’a dit. La culture du consensus, réalisée au niveau du Parlement européen, n’existe pas dans la pratique parlementaire française. Pourtant, il suffirait d’appliquer cette idée d’un parlementaire votant en son âme et conscience pour que les choses changent. On pourrait arriver à la recherche d’un compromis entre opinions différentes au lieu d’avoir un affrontement stérile entre majorité et opposition. Dans cette perspective, obtenir peu de députés estampillés « écologistes » à cause d’un scrutin uninominal qui favorise un parti dit « de gouvernement » est possible, mais pas dramatique… l’écologie transcende le parti-pris. Au delà de l’opposition droite/gauche, au-delà de la conception habituelle de la démocratie « représentative », un élu se doit de décider aussi en fonction des « acteurs absents », à savoir les générations futures, la biodiversité, l’intérêt global de l’humanité.
  4. JLM veut créer une « Assemblée de l’intervention populaire et du long terme émettant un avis sur l’impact écologique et social des lois. » Il est vrai que le projet écologique, c’est vouloir gérer le long terme, assurer les équilibre fondamentaux dans nos rapports à la nature et aux autres êtres humains. Mais vouloir simplement une Assemblée « du futur » donnant un simple « avis » est carrément insuffisant. La proposition 56 du programme de Yannick Jadot en 2017 était bien meilleure : « Faire évoluer le mandat et la composition du Conseil économique, social et environnemental pour en faire une troisième chambre, aux côtés de l’Assemblée nationale et du Sénat, qui aurait un droit de veto suspensif sur toute mesure législative qui mettrait en cause le long terme. »

2/4) La planification écologique, non précisée

L’introduction du programme JLM pour le quinquennat est bonne : « Le changement climatique menace de détruire le seul écosystème compatible avec la vie humaine. Comment empêcher la catastrophe ? » L’intention est bonne : « C’est autour et à partir de l’exigence écologique que doit se penser toute la politique de la Nation. » Au niveau institutionnel, constitutionnaliser la règle verte est un bon plan : « Ne pas prélever sur la nature davantage que ce qu’elle peut reconstituer ni produire plus que ce qu’elle peut supporter. » Quelques projets sont judicieux, comme réduire la part des protéines carnées dans l’alimentation ou promouvoir les arbres fruitiers dans les espaces publics.

Mais l’idée d’une planification écologique n’est pas détaillé. S’agit-il d’un retour au centralisme démocratique ? En 2008, en 2012 ou en 2016, « seules les politiques qui oseront remettre en question le dogme anti-Etat permettront de lutter efficacement contre la destruction de notre environnement » estime JLM.  Mais allons au-delà de ces généralités, rentrons dans les détails de ses programmes de présidentiable. JLM se situe presque exclusivement du côté de l’offre d’énergie, faisant confiance à une mainmise de l’État sur le secteur de l’énergie. JLM faisait référence au plan Négawatt dans son aspect 100 % énergies renouvelables, il reste plus timide sur l’efficacité énergétique, et il oublie complètement l’idée centrale de sobriété partagée. Or, public ou privé, les ressources de pétrole ou de gaz ne vont pas augmenter pour autant. Du côté de la demande d’énergie, JLM en 2012 saupoudrait son texte de « sobriété énergétique », mais sous réserves : « La nécessaire réduction des consommations ne peut conduire à réduire le niveau de vie des classes populaires ». L’écran plat et le dernier iPad sont-ils des consommations nécessaires ? On voudrait savoir ! Si les programmes de 2012 et 2017 prévoient beaucoup pour réactiver le rail, rien n’est dit contre la voiture individuelle. Or c’est la voiture qui fait la faiblesse du rail. Pire, il faudrait« développer les véhicules électriques ».

En définitive on envisage la catastrophe écologique, mais on ne se donne pas les moyens d’y faire face, on ne peut pas laisser croire que la transition écologique pourra se faire sans une intense participation de tous et une sobriété partagée. L’expression « l’humain d’abord » devient un contre-sens quand on ne respecte pas les contraintes naturelles. C’est « l’écologie d’abord » qui doit être au départ de toute politique, sachant que l’État ne peut qu’accompagner l’action collective, certainement pas la « planifier ».

3/4) Jean-Luc Mélenchon, un technophile avéré

Le livre programme de JLM constitue une ode aux nouvelles technologies dans son dernier chapitre sur « La France aux frontières de l’humanité ». La coopération spatiale, le développement d’Ariane espace et des missions interplanétaires, la mission sur Mars, un bouclier spatial, une station sous-marine permanente, la révolution numérique, des logiciels dans l’Education nationale, un plan 4.0 pour l’industrie, l’impression 3D, la prééminence française dans le virtuel… tout cela ne peut que déboucher sur le transhumanisme : « soutenir la recherche publique sur l’humanité augmentée », dernière ligne du livre.
Rien d’écologique dans une telle ambition d’expansion de l’humanité dans l’espace comme dans l’informatisation de tous les domaines. Il ne s’agit pas d’opposer de façon simpliste technophobes contre technophiles, il n’y a jamais retour à l’âge de pierre ou à la bougie. Notre société cultive un sentiment de techniques sans limites grâce à la profusion actuelle d’énergies fossiles qui met à notre disposition des fusées, des sous-marins et du numérique. Mais, outre le problème de l’approvisionnement en énergie et métaux, la durabilité des techniques suppose une autre contrainte. Plus une technique, par exemple pour le déplacement, est sophistiquée, plus elle s’accompagne d’une complexité croissante. Il y a allongement du détour de production, c’est-à-dire utilisation d’un capital technique de plus en plus imposant, et division extrême du travail social avec intervention de spécialistes, ingénieurs, réseau commercial… Or plus une structure est complexe, plus elle est fragile. Dans ce contexte, ce sont les mouvements anti-aéroport, anti-autoroutes ou anti-LGV (ligne à grande vitesse) qui préfigurent  notre avenir en commun.
Une technologie va nous sauver, une forme radicalement nouvelle de stockage du gaz carbonique, bon marché et efficace. Elle a pour nom : laisser les carburants fossiles sous la terre. Pour approcher de ce résultat, il faut mettre en œuvre l’autonomie alimentaire et énergétique la plus grande possible. Cela ne peut advenir qu’au niveau de petites communautés. Cette relocalisation des activités s’accompagnera nécessairement d’une relocalisation des techniques. Il faudra user d’instruments techniques simples, produits et réparés sur place. En langage moderne, low tech et non plus high tech. Tout cela, le programme de JLM n’en parle pas.

4/4) Sortir des traités européens, une marque d’impuissance

L’Union Européenne est un mécanisme de coopération entre les peuples dont l’objectif premier est le rapprochement pour éviter le retour des nombreuses guerres que l’Europe a connu. Mais JLM estime que son programme n’est pas compatible avec les règles des traités européens et qu’il faudra en conséquence désobéir aux traités dès son arrivée au pouvoir : « L’UE, on la change ou on la quitte ! » En fait on retrouve dans le programme de JLM des mesures qui sont déjà possibles actuellement : s’exonérer du pacte de stabilité, mettre au pas la finance, appliquer la législation nationale aux travailleurs étrangers, etc. L’Union Européenne est un mécanisme extrêmement complexe qui concilie des règles concertées entre nations d’une part et la sauvegarde des intérêts nationaux d’autre part. La politique du tout ou rien est donc absurde. Si on veut réintroduire du protectionnisme, mieux vaut que ce soit fait de façon coordonné sous l’égide du parlement européen plutôt que revenir à une situation du « chacun pour soi » qui ne peut qu’amener un contexte de crise. Dire que « le peuple français décidera souverainement par référendum de sa participation à l’UE » est assez amusant. JLM avait regretté en 1992 le vote des Danois contre le traité de Maastricht : « Si cruel que ce soit à entendre, les peuples peuvent se tromper… » En 2004 le peuple des militants socialistes avait décidé de voter OUI au traité constitutionnel européen, Jean-Luc fera une campagne (tonitruante) pour le NON malgré l’avis de ses camarades. Un populiste parle de référendum quand cela l’arrange…

Derrière cette attitude anti-européenne, il y a surtout la condamnation de toute politique de sobriété : « Nous proposons une alliance des pays d’Europe du Sud pour sortir de l’austérité et engager des politiques de relance écologique et sociale de l’activité. » Une Europe de relance alors que la vie austère est la première des priorités d’un écolo ! Mélenchon emploie des mots sans les définir. D’autre part sortir de l’austérité par une politique de relance de type keynésien est anti-écolo, notre niveau de vie actuel en France est déjà au dessus des possibilités durables de la planète. Ce n’est pas le mirage de la croissance qu’il faut poursuivre, il s’agit de mettre un terme aux inégalités et de partager de façon solidaire la pénurie à venir. Car de plus en plus nous allons faire face aux deux jumeaux de l’hydrocarbure, pic pétrolier et réchauffement climatique. Un héritage dégradé dégradera nos héritiers. En fin de compte Mélenchon n’est qu’un agitateur professionnel qui n’a connu que la politique politicienne tout au cours de son existence. Après de multiples appartenances partisanes, il a fait aujourd’hui campagne pour la présidentielle 2022 au nom des « insoumis » dont on sait, comme le nom l’indique, qu’il n’y a pas lieu à action commune.

Conclusion

Il n’y a pas de problème à ce que des partis de tous bords ou des candidats lambda à telle ou telle élection s’inspirent de l’écologie. Plus les militants seront nombreux à parler de l’écologie, plus l’écologie sera dans le débat politique. Mais Jean-Luc Mélenchon est d’abord dans une logique bloc contre bloc, et on ne gagne jamais durablement contre les autres. Alexander Van der Bellen l’a emporté en Autriche non pas en déclarant qu’il était contre le candidat d’extrême droite Norbert Hofer, mais en disant que l’Autriche est une société ouverte, européenne et écolo.

Une personne qui fédère seulement les électeurs mécontents ne fait que du populisme, et en ce sens JLM et MLP sont à mettre dans le même sac. Lors de la présidentielle 2022, le vote « utile » a été à géométrie variable, motivé uniquement par des tactiques politiciennes de la part des électeurs. Ce qui faudrait pour une démocratie véritable, ce sont des votes de conviction et des programme consacrés au bien commun, présent et futur..

Programme écolo pour le quinquennat 2027-2032

Les résultats de l’épisode présidentiel 2022 montrent que cinquante ans après la publication en 1972 du rapport Meadows sur les limites à la croissance, l’écologie politique stagne électoralement à moins de 5 %. La simple idée qu’il puisse exister des limites écologiques à la croissance économique est restée minoritaire dans l’opinion publique, et carrément hérétique parmi les décideurs. L’idée de gestion du long terme y est complètement ignorée. Or le dernier rapport du GIEC est plus alarmant que jamais, la guerre en Ukraine fait craindre pour la sûreté des centrales nucléaires, la hausse des prix de l’énergie préfigure un choc pétrolier et gazier… C’est pourquoi il nous faut envisager dès maintenant 2027 avec des propositions de programme pour un quinquennat. Reprenant avec son autorisation le livre de Michel SOURROUILLE, « L’écologie à l’épreuve du pouvoir » (2016), notre blog biosphere présente ci-dessous des liens vers un tel programme décomposé par ministère :

Le premier ministre, en charge de l’écologie

Ministère de l’Économie biophysique et des Flux financiers

Ministère de l’Énergie durable en adéquation avec les besoins

Ministère de l’équilibre entre population et alimentation

Ministère du travail et du temps partagé

Ministère de la Protection des populations

Ministère de la Relocalisation et de la Mobilité

Ministère des Techniques douces et appropriées

Ministère de l’Espérance de vie en bonne santé

Ministère de la Sobriété partagée et de la Lutte contre les inégalités

Ministère de la Jeunesse et des Générations futures

Ministère de la Nature et de la Biodiversité

Ministère de la Subsidiarité entre territoires

NB : Pour recevoir gratuitement chaque mois une synthèse de nos contributions sur ce blog, écrire à biosphere@ouvaton.org, merci.

2027, un ministre de la Subsidiarité

Extraits du livre de Michel SOURROUILLE, « L’écologie à l’épreuve du pouvoir ».

Voici nos trois propositions pour harmoniser les relations entre les différents territoires :

  •  décentralisation et respect du principe de subsidiarité,
  • institutionnalisation d’une conférence mondiale de l’environnement,
  • réorientation de l’aide publique au développement.

Ministre de la Subsidiarité entre territoires

1. Décentralisation et respect du principe de subsidiarité

Les grands pays, quel que soit leur régime, ont à faire face aux risques de la bureaucratie et de la technocratie, ce qui peut conduire à de nouvelles formes d’écrasement de l’individu et du citoyen. Cette tendance peut être contrebalancée par la décentralisation qui rapproche l’institution de l’individu. La décentralisation devrait être un principe absolu. L’avantage de l’autonomie locale n’est pas seulement de constituer une école de la démocratie, elle est de réaliser un équilibre indispensable des pouvoirs au niveau spatial. C’est une loi française de 1884 qui affirme le principe toujours en vigueur de la compétence générale de la commune : « Le conseil municipal règle, par ses délibérations, les affaires du ressort de la commune ». Depuis les lois de décentralisation de 1982, le conseil municipal est élu au suffrage universel direct et s’administre librement. Le maire dispose d’un pouvoir réglementaire propre. Chargé du maintien de l’ordre et de la sécurité, il dispose aussi d’un pouvoir de police. Il est enfin un représentant de l’État qui marie ses concitoyens, tient l’état civil et gère tous les équipement locaux (école, voirie). Cette collectivité territoriale de proximité fait participer près d’un Français sur cent aux conseil municipaux. Le département et la région complètent en France les intermédiaires nécessaires entre l’individu et l’État central. Lors des régionales de 2015, le pays est passé de 22 à 13 régions via un processus de fusions. Cette décision de recentralisation constitue une des erreurs politiques majeures de la présidence Hollande, une erreur qu’il faudra réparer.

La nécessaire décentralisation est un procédé qui doit être encadré par le principe de subsidiarité. Il s’agit d’une régulation qui invite à déterminer, au cas par cas, si le transfert d’une décision du niveau local au niveau global permet de gagner en efficacité. Par exemple une pollution comme l’effet de serre ignore les frontières et il est alors préférable de confier la décision à prendre au niveau multinational ; en revanche, la création d’un dépôt de déchet concerne au premier chef la commune dans laquelle il va s’effectuer. Ce principe existe officiellement dans le traité de Maastricht (1992) qui fonde l’Union européenne. La subsidiarité commande à l’Union de n’intervenir que si, et dans la mesure où, les objectifs entrant dans les compétences qu’elle partage avec les États « ne peuvent être réalisés de manière suffisante par les États membres et peuvent donc, en raison des dimensions de l’action envisagée, être mieux réalisés au niveau communautaire ». Un protocole mentionne trois aspects qui aideront à juger si cette condition est remplie : la question a-t-elle des aspects transnationaux qui ne peuvent être réglés par les États membres ; une action nationale, ou l’absence d’action, serait-elle contraire aux exigences du Traité ; l’action communautaire présente-t-elle des avantages manifestes. Par exemple le droit de chasse des oiseaux de passage ne peut pas être décidé au niveau local, mais au niveau européen ou même parfois au-delà car une telle migration ne connaît pas de frontières. Le recul progressif du principe de souveraineté au profit de celui de subsidiarité et de coopération entre pays permet à l’Union européenne d’envisager plus facilement que d’autres le passage à une gestion multilatérale des problèmes globaux de la planète. Décentralisation réussie et respect de la subsidiarité s’opèrent au mieux quand de plus en plus de territoires acquièrent leur autonomie alimentaire et énergétique. L’État doit promouvoir et faciliter la multiplication des communautés de résilience.

Le principe de subsidiarité doit aussi s’appliquer au niveau économique. Les États n’ont jamais cessé de réguler la vie économique. Ils déterminent les règles du jeu et en conséquence facilitent la transparence des transactions. Or, le phénomène de concentration internationale soustrait la plupart des firmes multinationales au contrôle de l’État-nation. Par exemple Citigroup est le résultat de la fusion entre assureur, banque d’affaires et banque commerciale, d’où l’avènement d’un groupe financier universel, mondialisé et présent dans tous les métiers de l’argent. Une future régulation politique mondialisée limitera la sphère de compétence des multinationales à la répartition équitable de nos matières premières. L’essentiel de l’activité économique s’installera à nouveau dans des emplois de proximité correspondant à l’actuel artisanat et aux professions libérales. Les PME, petites et moyennes entreprises, correspondent à une économie humaine, décentralisée et diversifiée qui repose à la fois sur l’initiative individuelle et la coopération ; chaque entrepreneur peut y exprimer sa capacité d’initiative, son entreprise est suffisamment petite pour trouver des marchés maîtrisés et elle pourra être encadrée par une clientèle attentive à limiter tout abus de pouvoir. Il faudra réduire le carcan administratif qui pèse sur les PME et réduire leurs charges. L’emploi localisé ne peut progresser que si l’État se fait plus léger.

Notons enfin que la concentration des entreprises qui découle paradoxalement de l’évolution du capitalisme n’est, au-delà des apparences, que l’expression d’une coopération pragmatique, une institutionnalisation progressive. Le principe fondateur d’une activité économique n’est pas la concurrence comme le croit les libéraux, mais tout au contraire la coopération entre entreprises et consommateurs… dans le respect du principe de subsidiarité.

2. Institutionnalisation d’une conférence mondiale de l’environnement

À menace mondiale, réponse mondiale. Dans le domaine économique, de puissantes organisations multilatérales ont été mise sur pied, la Banque mondiale, le Fonds monétaire internationale (FMI), l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Or, les questions écologiques, d’essence pourtant planétaire et interdépendante, restent traitées de manière éclatée, par l’intermédiaire d’institutions spécialisées avec des déperditions considérables d’efficacité. Il existe plus de 500 traités internationaux relatifs à l’environnement. Mais que pèsent les recommandations du modeste Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) par rapport aux choix libre-échangistes de l’OMC ?

La priorité diplomatique à poursuivre, c’est la création d’une Organisation mondiale de l’environnement. Lors du Sommet mondial du développement durable à Johannesburg, le président Jacques Chirac avait introduit cette idée le 2 septembre 2002 :

« Notre maison brûle et nous regardons ailleurs. La nature, mutilée, surexploitée, ne parvient plus à se reconstituer et nous refusons de l’admettre… Dix ans après Rio, nous n’avons pas de quoi être fiers. La conscience de notre défaillance doit nous conduire, ici, à Johannesburg, à conclure une alliance mondiale par laquelle les pays développés engageront la révolution écologique, la révolution de leurs modes de production et de consommation… Pour humaniser et pour maîtriser la mondialisation. Il est temps de reconnaître qu’existent des biens publics mondiaux et que nous devons les gérer ensemble. Il est temps d’affirmer et de faire prévaloir un intérêt supérieur de l’humanité, qui dépasse à l’évidence l’intérêt de chacun des pays qui la compose. Pour mieux gérer l’environnement, nous avons besoin d’une Organisation mondiale de l’environnement…. Aujourd’hui, à Johannesburg, » l’humanité a rendez-vous avec son destin. »

Mais dans le plan d’action adopté en 2002 à Johannesburg, l’expression « Organisation mondiale de l’environnement » ne figure pas une seule fois, tandis que le sigle OMC apparaît 28 fois. L’OME devrait être une Organisation intergouvernementale autonome, elle est toujours en 2022 en attente de formalisation.

« Aucun des grands chocs environnementaux – changements climatiques, pénuries énergétiques, érosion de la biodiversité, épuisement des ressources, stress hydrique, désertification des sols, pollutions, déforestations, acidification des océans, urbanisation galopante, maladies émergentes – ne sera contenu à l’intérieur des frontières nationales. De la manière dont on va traiter tous ces chocs dépend rien moins que l’instauration d’un état de guerre ou de paix au sein des communautés humaines. Tony Blair disait à juste titre que le changement climatique était une menace bien plus grave pour l’avenir que le terrorisme international. Le prix Nobel de la paix, attribué conjointement à Al Gore et au GIEC en 2007 pour leur action en faveur du climat, soulignait le lien fondamental entre la paix et la protection de l’environnement.

Il faut doter d’urgence notre politique étrangère d’une véritable diplomatie environnementale, en prise avec tous les enjeux géostratégiques. La première mesure concrète pourrait être la création d’une grande direction des Affaires globales au sein du ministère des Affaires étrangères, qui se consacrerait aux questions caractérisées par les interdépendances transfrontalières ».1

3. Réorientation de l’aide publique au développement

La France doit aussi augmenter son aide publique au développement (APD). Mais il ne s’agit pas de consacrer des crédits à n’importe quel type de développement. L’expérience montre que des sommes considérables ont été dilapidées pour des projets qui se sont révélés contraires au développement tout court, souvent au profit unilatéral des entreprises des pays donateurs. L’objectif est de contribuer à promouvoir une agriculture durable dans les pays du Sud, à renforcer les modes de production et les marchés locaux, à encourager la protection de la diversité biologique. La pratique du co-développement permettrait en outre de limiter les flux migratoires vers le Nord par la création d’emplois sur place. L’ensemble de l’aide économique devrait s’accompagner de moyens accrus donnés au planning familial.

« Le capital humain est inévitablement lié aux questions démographiques. La population doit être stabilisée à un niveau compatible avec l’espace de fonctionnement sécurisé de notre planète. La planification familiale s’avère être d’un excellent rapport coût-efficacité : les Nations unies ont ainsi montré que chaque dollar investi dans la planification des naissances permet à terme d’économiser de deux à six dollars sur d’autres objectifs de développement. On estime qu’un tiers des naissances dans le monde est le fruit de grossesses non désirées. Plus de 200 millions de femmes vivant dans les pays en développement préféreraient retarder leur grossesse suivante, voire ne pas avoir d’autres enfants.

Malheureusement, de nombreux obstacles empêchent ces femmes d’assurer leurs choix : absence d’accès aux contraceptifs, valeurs culturelles ou opposition des membres de la famille. La stabilisation, voire la réduction de la population mondiale, pourrait nous permettre d’atteindre nos objectifs ».2

Il ne suffit pas de créer des emplois ou d’accroître la production agricole si la pression démographique augmente encore plus vite. Les efforts déployés par un ministère du Planning familial peuvent avoir davantage d’effets que ceux d’un ministère de l’Agriculture cherchant à augmenter la productivité agricole. Comme l’explique fort bien le démographe belge John May, « un dollar investi dans la planification familiale permet aux gouvernements d’économiser jusqu’à quatre dollars en dépenses de santé, de logement, d’approvisionnement et d’autres services publics ». Alors que nous dépensons mondialement quelque 42 milliards de dollars par an en nourriture pour animaux domestiques, il suffirait de 24,6 milliards pour financer les services de planning familial. Il faut promouvoir l’éducation des jeunes filles, renforcer le rôle des femmes dans les communautés, lutter contre la mortalité infantile. Il faut aussi permettre aux femmes de prendre leurs propres décisions quant à la maternité. Il faut que le sentiment d’un homme qui « se sent plus grand quand il a une grande famille » devienne l’expression d’une contre-vérité socialement dénoncée. Si toutes les femmes pouvaient décider du moment de leur grossesse, le taux de fécondité à l’échelle du globe passerait sous l’indice de renouvellement des générations. Toutes ces mesures doivent être considérées comme « sujets écologiques ». Rappelons cette recommandation, adressée au Comité des ministres du Conseil de l’Europe à propos de l’aide publique au développement (APD) :

  • Pour les pays donateurs, consacrer au moins 0,7 % du PIB à l’APD, dont 10 % à la santé et aux droits sexuels et reproductifs. 
  • Dans les pays destinataires de l’APD,  le budget santé devrait représenter 15 % du budget national, le planning familial étant financé aux deux tiers par le pays, le tiers restant émanant de donations externes.

Notons que ce texte est encore imprégné du « tabou » qui interdit de parler directement de la nécessité vitale de modérer la natalité. À l’occasion des élections européennes du 25 mai 2014, l’association Démographie Responsable demandait qu’un quart du budget actuel de l’aide au développement de l’UE soit affecté au planning familial.

Nous nous trouvons au seuil d’un changement de civilisation imposé par les contraintes biophysiques de la planète. Il nous faut élaborer ensemble une société post-carbone, une civilisation à basse consommation d’énergie, de viande et de métaux, économisant pour les générations futures les ressources rares de la planète, respectant la biodiversité, limitant la population humaine. Il nous faut au cours de ce siècle réinventer une civilisation agraire, rétrécir les villes… et agrandir si possible l’espace sauvage. Un présidentiable écolo porte en lui et devant les électeurs ce programme. C’est un projet qui paraît utopique, car cela signifie modifier nos modes de vie et de comportement, aller à l’encontre de la plupart des dérives de la société de consommation et de la société du spectacle, retrouver les valeurs qui permettent une société durable ici et ailleurs, maintenant et pour le(s) siècle(s) à venir. Le programme d’un quinquennat ne suffit pas pour envisager tout ce qu’il faut faire. La gouvernance de la France doit élaborer une perspective à long terme dont on présentera plus tard quelques éléments…

1. Nicolas Hulot (avec le Comité de veille écologique), Pour un pacte écologique, op. cit.

2. Collectif, Vivement 2050 ! : Programme pour une économie soutenable et désirable, Paris, Éditions Les petits matins, 2013.

2027, un ministère de la Biodiversité

Extraits du livre de Michel SOURROUILLE, « L’écologie à l’épreuve du pouvoir ».

Voici nos deux propositions pour réconcilier l’homme et la nature :

  • protéger la biodiversité en France ,
  • renforcer au niveau international le rôle de la Convention sur la diversité biologique.

Le Premier ministre étant déjà en charge de superviser tous les domaines liés à la transversalité de l’écologie, un ministère spécifique aura pour objectif de faire respecter le tissu du vivant pour mieux s’en ressentir partie prenante.

« Notre croissance démographique se fait au détriment des autres espèces, alors même que nous commençons juste à prendre conscience de notre dépendance vitale vis-à-vis de la biodiversité. La conversion des terres détruit l’habitat des autres espèces, accélère la perte de biodiversité et, couplée à l’extraction des ressources et aux émissions de polluants, réduit les services éco-systémiques de soutien de la vie humaine. La nature est peuplée d’un nombre incalculable d’espèces dont beaucoup sont sensibles, font preuve d’émotions et sont capables d’apprendre et de vivre au sein de sociétés qu’elles ont elles-mêmes organisées. Respecter tout type de vie, c’est admettre que l’ensemble de la nature a des droits. Les reconnaître est un préalable à une juste répartition des ressources ».1

« Il nous faut honorer l’océan, l’humus, l’eau et l’air », nous disait Nicolas Hulot. La protection et la réhabilitation des océans, des forêts, des zones humides, des terres arables, de tous les écosystèmes ne sont pas facultatives, mais constituent une obligation pour lutter contre le réchauffement climatique, préserver la vie sous toutes ses formes et enrayer la pauvreté.

Ministre de la Nature et de la Biodiversité

1. Protéger la biodiversité en France

Avec la crise écologique, on est bien face à une défaillance du marché. Si les services rendus par la nature sont surexploités, c’est que personne n’en assure le coût. La nature ne se fait pas payer quand elle nous donne son eau, son pétrole, ses forêts, ou quand elle gère et digère nos déchets. Elle n’envoie pas d’avocat pour les préjudices qu’elle subit quand on dérégule le climat ou qu’on détruit la biodiversité. Il n’y a pas d’autres choix que de recourir à des mécanismes impliquant la puissance publique. Autrement dit, la gestion de la biodiversité en tant que bien collectif doit devenir une mission régalienne.

Les tentatives récentes d’élaborer une loi sur la biodiversité sont aussi lentes qu’insuffisantes. En mars 2015 le projet de loi pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages avait été voté en première lecture à l’Assemblée nationale. Ce projet de loi n’arrive que le 19 janvier 2016 en première lecture au Sénat. La biodiversité n’est pas au centre des préoccupations du gouvernement socialiste. Cette loi n’aura pas les moyens de peser sur les grandes politiques agricoles, de transports ou industrielles qui portent le plus atteinte à la biodiversité. L’enjeu principal réside dans la notion de compensation. Depuis une loi de 1976, l’idée est que tout maître d’ouvrage doit « éviter, réduire et compenser » les impacts de ses projets sur les milieux naturels. Or, on constate que les deux premiers critères s’effacent au profit du troisième. Cela donne un droit à détruire la nature en laissant croire qu’on peut remplacer ce qu’on a détruit à un endroit par un bout de nature supposé équivalent à un autre endroit. De nombreuses études scientifiques ont prouvé que la fonctionnalité des écosystèmes restaurés n’atteint jamais celle de ceux détruits, tant il est difficile de récréer des milieux constitués au fil des siècles. Au final, il y a « financiarisation de la biodiversité », banques de compensation, transfert des actifs naturels, reprise du vocabulaire de l’économie. Il faut revoir ces procédures et privilégier le premier principe, « éviter » de détruire la nature.

Le projet de loi actuel envisage aussi la création d’une Agence française pour la biodiversité, soit 1 200 agents de quatre structures déjà existantes. Mais l’AFB n’inclut pas, entre autres, l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) et ses 1 800 agents. Il s’agit donc de doter l’État d’un instrument plus efficient, une Agence nationale du patrimoine naturel, élargie à d’autres organismes comme le Conservatoire du littoral et les établissements publics des parcs nationaux. Beaucoup reste à faire en termes de revalorisation des organismes qui existent déjà et qui ont été dénaturés. Ainsi Brice Lalonde avait créé les DIREN (directions régionales de l’environnement), organismes ouverts au public. Les présidences Chirac puis Sarkozy les ont supprimées, sans bruit, l’une après l’autre, pour les fondre dans les DREAL (direction régionales de l’environnement, de l’architecture et du logement), sous l’autorité des préfets, simple courroie de transmission du pouvoir. Les DREAL favorisent l’industrie, le bâtiment. Le souci de l’environnement s’y limite au respect de normes, lesquelles sont souvent arrachées de haute lutte par les écolos de terrain. Le simple citoyen n’a plus accès à la documentation naturaliste ni sur les pollutions, bien que la convention d’Aarhus lui garantisse le droit d’en être informé.

Reste donc à former les élèves de l’ENA (École nationale d’administration), ainsi que tous les autres participants des grands corps de l’État, à leurs responsabilités globales en leur enseignant la toxicologie industrielle et les vertus de la biodiversité.

2. Renforcer la Convention internationale sur la diversité biologique

La dimension internationale de la biodiversité doit aussi être prise en compte, l’extinction des espèces ne connaît pas les frontières et l’exubérance du vivant est une garantie de résilience, cette capacité de résister aux chocs.

‘Les épisodes géologiques d’extinction massive ont certes pu provoquer de véritables hécatombes parmi les espèces vivantes. Toutefois, même les cinq d’entre eux qui furent les plus apocalyptiques se sont néanmoins effectués sur des durées se chiffrant en centaines de milliers, voire en millions d’années. Le sixième épisode d’extinction massive, celui auquel nous assistons actuellement, est le seul fait de l’action de l’homme et s’effectue à une vitesse 1 000 à 10 000 fois supérieure à celle des plus rapides extinctions géologiques du passé ! Ainsi il est estimé que la destruction des forêts pluvieuses tropicales conduirait, à son rythme actuel, à la disparition de la moitié des espèces qui les peuplent, soit au minimum quelque 2,5 millions d’espèces vivantes, d’ici à 2050. La situation est proportionnellement pire encore dans de nombreux groupes d’animaux. Ainsi sur les 4 000 espèces de mammifères peuplant la biosphère, plus de 1 000 sont dès à présent menacées de disparition.

Il s’impose à l’ensemble des humains de prendre conscience de l’interdépendance de leurs actions sur l’environnement global, en particulier des conséquences désastreuses de l’utilisation anarchique des ressources naturelles. Les conséquences écologiques globales qui en résultent compromettent de plus en plus l’équilibre de la biosphère’.2

La Convention sur la diversité biologique (CDB) a été adoptée lors du Sommet de la Terre de Rio en 1992. Les signataires de la Convention se disent (dans son préambule) conscients de « la valeur intrinsèque de la diversité biologique et de la valeur de la diversité de ses éléments constitutifs sur les plans environnemental, génétique, social, économique, scientifique, éducatif culturel, récréatif et esthétique ». En 2002, on s’était engagé à freiner la disparition accélérée des espèces d’ici à 2010 ; aucun pays n’a respecté cet objectif. La Convention devait comporter un volet financier. Elle en a été privée sous la pression des États-Unis. La 11e conférence des parties de la Convention sur la diversité biologique a eu lieu fin 2012 à Hyderabad, dans le sud de l’Inde. On a bien défini une « stratégie de mobilisation des ressources financières » dont on sait que les fonds ne seront jamais débloqués. Les scientifiques démontrent qu’il n’y a pas de planète de rechange, pourtant rien ne change politiquement.

Une conférence internationale est par définition une rencontre entre nations : chacun défend les intérêts de son pays, pas l’intérêt commun. La superficie et la qualité des habitats naturels continuent à se dégrader presque partout. La France devra agir avec l’aide de l’Union européenne pour donner à la CDB les moyens de son action.

1. Voir à ce sujet : Collectif, Vivement 2050 ! : Programme pour une économie soutenable et désirable, Paris, Éditions Les petits matins, 2013.

2. Contribution de François Ramade, in Laurent de Bartillat, Simon Retallack, Stop, Paris, Seuil, 2008.

2027, ministère des Générations futures

Extraits du livre de Michel SOURROUILLE, « L’écologie à l’épreuve du pouvoir ».

Voici nos trois propositions pour améliorer le fonctionnement du système scolaire :

  • un vaste chantier d’éducation à la crise écologique,
  • la recherche d’un langage commun,
  • une nouvelle structuration du système scolaire.

Ministre de la Jeunesse et des Générations futures

1. Éducation à la crise écologique

Le futur président de la République doit lancer, dès la nomination de son Gouvernement, un grand chantier d’éducation pour comprendre la crise écologique, l’évaluer, l’anticiper et la gérer. C’est aussi important pour notre avenir que l’éducation aux principes de la démocratie, aux mécanismes économiques ou aux règles de bonne conduite. En France, l’éducation à l’environnement a fait son entrée officielle dans le système scolaire grâce à une circulaire du ministre de l’Éducation nationale le 29 août 1977. La Charte de l’environnement de 2005 a été incluse dans la constitution française. Son article 8 explicite clairement que « l’éducation et la formation à l’environnement doivent contribuer à l’exercice des droits et devoirs définis par la présente Charte ». Il faut généraliser et approfondir ce qui a déjà été décidé. En 2006, le Pacte écologique de Nicolas Hulot est signé par la plupart des candidats à la présidentielle 2007. La cinquième proposition consiste à « promouvoir une grande politique nationale d’éducation et de sensibilisation à l’écologie et au développement durable ».

« L’ensemble des programmes et activités scolaires, du primaire aux cursus supérieurs, devront être progressivement réformés dans leur contenu afin qu’y soit intégré l’enseignement des connaissances permettant de comprendre pourquoi ce qui a fonctionné jusqu’à présent cesse d’être valide, ainsi que des notions de base sur le fonctionnement de la nature. Il s’agit d’imprégner l’ensemble des enseignements afin que, au minimum, les élèves et les étudiants intègrent ces connaissance au même titre que la lecture ou le calcul.

Dans tous les cursus supérieurs (agriculture, architecture, ingénierie, journalisme, sciences politiques, etc.), des modules sur l’écologie et ses différentes composantes (énergie, pollution, érosion de la biodiversité…) seront obligatoirement inclus.

Pour réussir cette réforme du système scolaire français, il conviendra, au préalable, de mobiliser le corps enseignant et de le former à ces questions. L’objectif de cette politique d’éducation, c’est d’obtenir que la majorité de la population puisse intégrer, dans des délais rapides, les connaissances et pratiques fondamentales en écologie. Le Gouvernement s’adressera directement à l’opinion publique, en s’appuyant sur toutes les types de médias, télévision, Internet, presse écrite, radiophonie. Ces campagnes se feront aux conditions tarifaires réservées aux questions d’intérêt public, sur le modèle des campagnes de la sécurité routière ou de la lutte contre le tabagisme ».1

Au niveau primaire, les jardins potagers, la plantation d’arbres fruitiers, les petits élevages, l’observation des mares, les jeux de pleine nature seront généralisés dans tous les établissement scolaires. Les enfants doivent pouvoir « sortir de la ville » et découvrir que l’écologie est une pratique quotidienne des relations qui existent entre les différents êtres vivant sur la Terre et des équilibres qui en découlent. Les centres permanents d’initiation à l’environnement (CPIE) seront popularisés. L’éducation à l’environnement et au développement durable (EEDD), introduite dans le Code de l’éducation (article L.302-19) comme mission générale de l’école, devrait déboucher sur la transversalité de l’éducation et la polyvalence des enseignants.

2. Recherche d’un langage commun

La cohésion entre action gouvernementale et relais médiatiques est indispensable. Les informations diffusées n’accordent à l’heure actuelle qu’une place minime aux questions d’environnement et la plus grande place aux faits divers, alors que presse, radio et télévision sont censées répercuter ce qui doit compter aux yeux du public. Ils doivent éviter la « life politics » ou politique de la vie : médiatiser un meurtre plutôt qu’une lutte ouvrière, insister sur le terrorisme plutôt que sur la fonte des glaciers… Cela doit changer.

La place des messages publicitaires devra être repensée. Les mass-média jouent en effet un rôle déterminant dans le formatage des esprits et des comportements. Rappelons-nous cette formule célèbre de Patrick Le Lay, alors PDG de TF1 : « Pour qu’un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Les émissions de TF1 ont pour vocation de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages publicitaires. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau disponible. » La réforme de l’audiovisuel public devait supprimer la publicité après 20 heures dès janvier 2009 et totalement à la fin 2011. Des tentatives ont été faites pour interdire toute publicité pendant les programmes destinés aux enfants. Une mesure pour interdire l’accès à la publicité télévisée aux produits et services qui ont un impact écologique significativement négatif sera mise à l’étude. Dans un avenir contraint par la pénurie de ressources, la recherche de la sobriété partagée aboutira bientôt à la disparition totale de la publicité, remplacée par les études qualité-prix.

La recherche d’un langage commun sera facilité par l’apprentissage à l’école d’une langue-pont entre les nations plutôt qu’à la démultiplication des langues étrangères. En 1887, Ludwik Zamenhof, un jeune médecin polonais polyglotte, lance les bases de l’espéranto : 7 500 mots d’usage courant, une grammaire très simplifiée de 16 règles ne connaissant pas d’exception, une langue si facile que le temps d’apprentissage en est réduit. Se limiter à la langue maternelle et à l’espéranto, ce n’est pas ce que cultivent les politiques aujourd’hui. La députée Barbara Pompili avait posé en 2012 une question écrite au ministre de l’Éducation nationale sur la pratique de l’espéranto : « L’usage de cette langue est reconnu pour son intérêt dans les échanges entre les peuples et son action en faveur de l’amitié transnationale. L’apprentissage de l’espéranto est également considéré comme relativement aisé, notamment pour les jeunes. C’est pourquoi je demande s’il est envisagé que l’espéranto puisse devenir une option facultative au baccalauréat. » On reproduit ici la réponse du Gouvernement, en résumé :

« Bien que parlé par des millions de locuteurs dans le monde, l’espéranto n’est pas en mesure de concurrencer les langues internationales comme l’anglais, l’arabe, l’espagnol, le russe et le français… À titre de rappel, 58 langues sont déjà possibles au baccalauréat : danois, hébreu moderne, catalan, créole, amharique, bambara, haoussa, etc. Ces langues ont été retenues parce qu’elles répondent à une forte demande des candidats… Or l’espéranto n’est ni une langue répondant à une forte demande des candidats et faisant l’objet d’un enseignement, ni une langue maternelle. Il n’est donc pas envisagé d’accroître encore la diversité des langues évaluées au baccalauréat ».2

Le ridicule de cette réponse qui laisse penser à une infériorité de l’espéranto sur le bambara laisse pantois. Notre mère la Terre a pourtant besoin de l’élaboration d’un langage commun aux humains. Puisque les relations intercommunautaires oscillent trop souvent entre l’indifférence et le mépris, il est nécessaire que l’échange verbal puisse au moins être compris par les deux parties. L’étude de l’espéranto devra devenir obligatoire à la rentrée scolaire de septembre 2017, dès la grande classe de maternelle, pour être programmée année après année dans les autres niveaux de l’école élémentaire.

3. Nouvelle structuration du système scolaire

Une société post-carbone ne sera pas facile à mettre en place. Cela implique une nouvelle structuration du système scolaire dans une perspective qui dépasse largement le cadre d’un quinquennat. L’idée générale est à la fois le raccourcissement des études et la prépondérance de la pratique sur la théorie.

« Pendant la Longue Catastrophe (l’épuisement des ressources fossiles), les études seront moins longues, et il se peut que les enfants soient obligés de travailler une partie du temps. Comme tout sera local, la prise en charge de l’éducation dépendra des conditions économiques et du niveau de stabilité sociale de l’endroit, et il y aura de grandes différences. D’innombrables spécialisations professionnelles vont disparaître, et par conséquent les moyens d’existence qu’elles représentent. Le marché de l’emploi radicalement transformé n’aura plus besoin d’innombrables diplômés de l’enseignement supérieur ».3

Les nations riches ont préparé avec l’école obligatoire instituée au xixe siècle l’abandon par leurs enfants de la terre nourricière pour des activités de plus en plus parasitaires. Nous possédons des techniques d’enseignement et des batteries de tests pour former et évaluer nos enfants, mais l’essentiel de ce qu’ils apprennent pour passer les examens est oublié dans les jours qui suivent. Bien qu’ils restent des années assis à recevoir des cours, leur apprentissage réel ne commence souvent que le lendemain du jour où ils quittent le lycée. Si l’on se réfère à l’objectif égalitaire que l’école se proposait initialement, partout la prolongation des études est devenue improductive et la pyramide sociale se maintient intacte. Scolariser les adolescents n’est pas un but en soi, ce qui importe est l’entrée dans la vie active… Or, l’allongement de la scolarité n’est plus favorable à l’insertion professionnelle. L’école des pays riches était autrefois une école sans risque qui donnait 100 % de gagnants pour les 10 % de joueurs seulement qui pouvaient participer à cette roulette éducative. La scolarisation massive (collège unique, objectif de 80 % de bacheliers dans chaque génération…) a bouleversé les pronostics de gain. Quand il y a 100 % de jeunes qui font des études longues, il n’y a plus que 10 % de gagnants : la hiérarchie sociale n’a pas été modifiée alors que la scolarisation se généralisait, il n’y a toujours qu’une minorité de privilégiés professionnellement.

On peut faire de l’acquisition de connaissances une activité qui dure toute la vie au lieu de se limiter aux années d’enseignement initial à l’école. Le concept anglo-saxon de literacy désigne une aptitude générale à comprendre et à utiliser des informations écrites de toute nature (textes, schémas, documents chiffrés), mais aussi à étendre ses connaissances tout au cours de la vie. La reconnaissance de l’expérience sociale ou professionnelle rompt avec la tradition selon laquelle tout diplôme sanctionne une formation théorique. Chacun aurait le droit de faire certifier des compétences acquises aussi bien dans le cadre d’une activité professionnelle que dans celui d’une association ou d’un syndicat. Ainsi pourrait-on acquérir un diplôme ou un titre à finalité professionnelle sans passer par les voies traditionnelles de l’école ou de l’université. Il existe déjà un modèle nordique qui s’appuie notamment sur un solide système de formation continue des adultes en offrant des passerelles multiples entre les différents domaines de compétence. Si l’on va au bout de cette logique, on résout au passage la question du chômage : excepté les personnes malades, tout le monde serait soit au travail, soit en formation rémunérée.

1. Nicolas Hulot (avec le Comité de veille écologique), Pour un pacte écologique, op. cit.

3. James Howard Kunstler, La fin du pétrole, le vrai défi du xxie siècle, Paris, Plon, 2005.

2027, Ministère de la Sobriété partagée

Extraits du livre de Michel SOURROUILLE, « L’écologie à l’épreuve du pouvoir ».

Voici nos deux propositions pour bâtir une société conviviale et durable :

  • réduire les besoins,
  • diminuer fortement les inégalités de revenus.

Il faut préparer les citoyens à la sobriété partagée dans un contexte de pénurie énergétique croissante. Ce programme doit s’accompagner d’une réduction drastique de l’inégalité des revenus pour que l’effort demandé soit compréhensible par tous. Stock-options très encadrés et bonus supprimés ne seront qu’une toute petite partie de tout ce qu’il faudra accomplir.

Ministre de la Sobriété partagée et de la Lutte contre les inégalités

1. Réduire les besoins

La définition du niveau de vie convenable est relative. Mais politiser la question du luxe est la meilleure voie pour élargir l’audience de l’écologie vers les classes populaires. La première contribution du dessinateur Wolinski paru en 1976 à la une du journal L’Humanité présentait deux dessins. Sur le premier, une bourgeoise affalée sur son divan explique à sa petite fille que le luxe, c’est les bijoux, les toilettes, le parfum, le champagne. Sur le deuxième, une prolétaire explique à son jeune fils que le luxe, c’est la viande, le café, les légumes, les fruits… La notion de besoin social déborde largement la notion de demande économique et il est légitime d’espérer une organisation socio-économique égalitariste. C’est l’objectif théorique de la Déclaration universelle des droits de l’homme : « Toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et ceux de sa famille, notamment pour l’alimentation, l’habillement, le logement, les soins médicaux ainsi que pour les services sociaux nécessaires » (article 25). Pour être concrétisé, cet objectif présuppose des besoins simplifiés dans un monde unifié. Notre conception des besoins devrait suivre un principe de généralisation : généralisation dans l’espace (je ne peux satisfaire un besoin que dans la mesure où n’importe qui n’importe où sur notre planète peut accéder à un niveau de vie équivalent) ; généralisation dans le temps (je ne peux satisfaire un besoin que dans la mesure où cela n’empêchera pas les générations futures de satisfaire les leurs).

Des critères de « la vie bonne » devront être recherchés. En France aujourd’hui, les classes des écoles peuvent fermer si la température descend en dessous de 13 °C et la plupart des références médicales donnent 16 °C comme température normale d’une chambre (la nuit). Mais dans la France d’il n’y a pas très longtemps, les chambres n’étaient pas du tout chauffées. Les citoyens doivent accepter des contraintes opposées à leurs désirs (de déplacements sans limites, de puissance sans limites, de consommation sans limites). Au niveau gouvernemental, il s’agit de montrer que le sens des limites ne progressera dans les mentalités que s’il y a interaction entre les comportements individuels et les décisions collectives. Chacun doit faire preuve d’exemplarité en limitant sa consommation matérielle et énergétique. Rechercher la « simplicité volontaire » ne sert à rien s’il n’y a pas effet d’entraînement. L’État doit accompagner ce mouvement. Les prix doivent être dépendants des matières premières et des contraintes matérielles de fabrication, de leur rareté et de leur nuisance, et non pas simplement du coût du travail et du capital technique. Les prix, et plus particulièrement ceux des énergies, ne doivent pas être dégressifs en fonction des quantités mais au contraire progressifs. Programmer une hausse continue du prix des carburants permet par exemple à la population de changer ses comportements dans l’usage de la voiture.

On doit aussi promouvoir une économie du partage. Un grand nombre des produits que nous possédons sont peu utilisés ; une voiture reste 92 % de son temps à l’arrêt, une perceuse est utilisée une demi-heure par an en moyenne. 69 % des Français on déjà pratiqué le marché de l’occasion, 32 % le covoiturage, 25 % la location du logement entre particuliers pour les vacances… Au total, 71 % des Français se sont déjà abonnés à au moins une pratique collaborative. Ce mouvement accompagne le recul du niveau de vie de 0,3 % en moyenne annuelle entre 2007 et 2013. Mais au-delà des considérations financières, l’économie du partage est le signe d’une prise de responsabilité individuelle dans un monde en crise. Il s’agit de retrouver du lien social, s’éloigner de l’anonymat des marchés industrialisés. Les consommateurs changent leurs habitudes, le gouvernement doit promouvoir une sobriété partagée. Cela passe aussi par la lutte gouvernementale contre les inégalités de revenus.

2. Diminuer les inégalités de revenus

Les inégalités de revenu possèdent une forte composante environnementale, car plus une personne possède de richesse, plus elle consomme, plus elle consume la planète. Le revenu fait le pouvoir d’achat. Avec un pouvoir d’achat trop élevé, les hommes achètent des maisons plus grandes, multiplient les appareils domestiques, les gadgets électroniques et même les déplacements par avion. Les inégalités permettent en outre un processus en boucle. La différence entre riches et pauvres crée en effet un processus d’imitation et de différenciation qui est utilisé à fond par la publicité : regarde la belle voiture que j’ai, regarde la belle voiture qu’il te faut acheter ! En vertu de l’effet Veblen (imitation-ostentation), on considère en effet qu’il est normal de vouloir grimper dans l’échelle sociale, de rejoindre la classe sociale consumériste, en oubliant quel prix il faudra payer en termes de dégradation de l’environnement. Dans l’état actuel de la planète, affaiblie et épuisée, un travailleur devrait s’estimer heureux d’avoir un niveau de vie supérieur à celui de la moyenne mondiale, soit 840 euros par mois (10 000 euros par an, soit un peu plus de 11 000 dollars). À comparer avec ce qui forme le minimum en France : le RSA (revenu de solidarité active), qui s’élève à 524 euros par mois en 2016 pour une personne seule.

Pour réduire les inégalités de revenu, l’État devra définir un RMA ou revenu maximum acceptable. Le pouvoir politique, même socialiste, hésite pourtant à définir un plafond pour le revenu. Les partisans de la décroissance ont déjà leur projet, qu’il faudra concrétiser si l’on veut écologiser la société. Le RMA est un plafond de revenus ne pouvant être dépassé. Il est x fois l’équivalent du revenu minimum (nous préconisons un facteur 4). Au-delà de ce plafond, l’État prend tout. Il est important de rappeler que ce type de mesures a déjà existé après la crise de 1929 et au moment de la Seconde Guerre mondiale aux États-Unis. En 1942, Franklin Roosevelt déclarait : « Aucun citoyen américain ne doit avoir un revenu (après impôt) supérieur à 25 000 dollars par an. »

‘Le RMA est un moyen de réduire l’impact écologique insoutenable du mode de vie des plus riches. Il s’agit d’éviter de scandaleux gaspillages et d’outrancières pratiques, qui ne peuvent être généralisables et, surtout, qui ne peuvent plus être considérés comme un idéal à atteindre par le reste de la population. Mesure de justice sociale mais aussi de justice environnementale, nous estimons qu’au-delà de ces nécessaires bienfaits, le RMA contribuerait à participer à une décolonisation de nos imaginaires consuméristes en supprimant le mode de vie des plus riches, à la fois considéré comme quelque chose de normal et surtout comme modèle de vie et de bonheur à suivre et à atteindre. Il s’agit de rompre avec les effets pervers de cette rivalité ostentatoire. Ce modèle, vendu par la publicité et les médias, a pour effet de faire accepter la présence de telles inégalités, de frustrer toujours plus et ainsi de nous transformer en consommateurs compulsifs jamais rassasiés ».1

Les inégalités, qu’elles soient économiques, patrimoniales ou relationnelles, indiquent qu’une telle société fonctionne d’abord pour une élite. En fait, la contribution personnelle d’un individu est généralement inobservable car l’ensemble du travail social est collectif. L’écart de rémunération relève alors de la convention et non d’une mesure objective de la contribution de chacun à la production. La hiérarchie des salaires entre hommes et femmes, entre patrons et travailleurs, entre ouvriers qualifiés et non qualifiés reflète une inégalité de considération toujours instituée par une société donnée. Au pouvoir politique de déterminer l’éventail des revenus. Pour les écologistes, il doit être le plus resserré possible.

1. Collectif, Un projet de décroissance – Manifeste pour une Dotation Inconditionnelle d’Autonomie, Paris, Les Éditions Utopia, 2013.

2027, ministère de la bonne santé

Extraits du livre de Michel SOURROUILLE, « L’écologie à l’épreuve du pouvoir ».

Voici trois propositions pour garder une population en bonne santé :

  • dépolluer le milieu de vie,
  • se soigner autrement,
  • sortir du sport-spectacle.

Ministère de l’Espérance de vie en bonne santé

Un gouvernement écologiste doit s’attacher à résoudre à la fois le problème du déficit de la sécurité sociale et préserver la vie en bonne santé. En 2011, les régimes de base représentent un budget total de 440,8 milliards d’euros, soit environ un quart du PIB de la France. Le déficit de la sécurité sociale a représenté 2,66 % du budget total, soit 11,7 milliard d’euros. Depuis 1998, le solde du régime général n’a été excédentaire qu’à trois reprises, en 1999, 2000 et 2001. En 2011, la dette sociale s’élevait à 142,8 milliards d’euros. Les dépenses ont tendance à progresser plus vite que la croissance économique alors que nous risquons la récession économique quand la raréfaction des ressources naturelles se fera sensible. Si l’espérance de vie s’établit à 85 ans en moyenne pour une femme et 78,7 ans pour un homme, l’espérance de vie en bonne santé n’est que de 63,5 ans pour les femmes et à 61,9 ans pour les hommes (en 2010) avec une tendance à la baisse. Il faut dès maintenant apprendre à lutter contre les causes de détérioration de la santé et apprendre à se soigner autrement.

1. Dépolluer le milieu de vie

Autrefois l’agriculture était largement exempte des intrants de synthèse (pesticides) ; aujourd’hui les femmes enceintes et les jeunes sont exposés à une quantité toujours plus grande de substances qui interfèrent avec le système hormonal. Les inconvénients du système technique commencent à prendre le pas sur les bénéfices qu’ils nous ont apportés. Les maladies de civilisation, favorisées ou provoquées par la technique, pèsent désormais plus lourd que les maladies naturelles.

« La transition épidémiologique s’est faite en France au milieu des années 1920, quand les maladies infectieuses sont passées derrière les maladies cardiovasculaires. Depuis 2004, celles-ci ont été à leur tour dépassées par le cancer qui représente aujourd’hui 30 % des causes de mortalité contre 3 % en 1906. Malgré des moyens considérables mis en œuvre, il n’y a pas eu de progrès majeur en matière de traitement du cancer depuis trente ans. L’OMS ne peut plus continuer à limiter les causes des maladies chroniques à quatre facteurs (tabac, alcool, alimentation et sédentarité) en passant sous silence la responsabilité de la pollution physico-chimique. La santé est la traduction de la qualité de la relation de la personne humaine à son écosystème. Par exemple, une ville conçue pour la voiture engendre une pollution urbaine, mais aussi une baisse d’activité physique, et donc un risque d’obésité.

L’obésité se traduit par une baisse d’espérance de vie de 5 à 15 ans selon les estimations ; or, celle-ci étant croissante, mécaniquement l’espérance de vie ne peut que régresser. La diminution de l’espérance de vie en bonne santé constatée dans plusieurs pays européens est un autre signal. Entre 2003 et 2007, on a observé une décroissance de cet indicateur pour les hommes en Italie (de 70,9 ans à 62,8), en Espagne (de 66,8 à 63,2), en Allemagne (de 65 à 59,8) ; il en est de même pour les femmes ».1

L’État veillera à interdire les perturbateurs endocriniens et autres substances nocives dispersées dans notre environnement comme les néonicotinoïdes. Mais ce n’est là que l’aspect le plus voyant. Pour lutter contre les caries mais aussi l’obésité ou le diabète, l’Organisation mondiale de la santé avait recommandé début mars 2014 la limitation à moins de 10 % de la ration énergétique journalière la part des sucres ajoutés dans l’alimentation, soit 50 grammes de sucre ( 12 cuillères à café). Si vous prenez un bol de céréales le matin, une cannette de boisson sucrée et un yaourt sucré, vous avez déjà dépassé cette limite ! Ce n’est pas le lobbying de l’industrie agroalimentaire qui doit faire les lois, c’est le parlement.

2. Se soigner autrement

Se soigner autrement, c’est avoir une autre approche du médecin, du médicament et de la mort. L’acte médical devrait rester une relation interindividuelle aidée par la technique et non l’inverse. Si beaucoup de médecins croient que le patient attend des médicaments, c’est parce qu’ils ont été formés au curatif au détriment du préventif, parce qu’il ont été formatés par l’industrie pharmaceutique à prescrire le remède miracle. Pourtant 80 % des Français interrogés considèrent qu’une consultation ne doit pas forcément se terminer par la délivrance de médicaments : on attend du praticien qu’il explique ce dont on souffre, qu’il fasse preuve d’une bonne écoute et donne des conseils utiles.

Les médicaments génériques doivent être la loi commune. Le meilleur rapport qualité-prix devrait être encouragé. Il y a près de 7 000 marques qui se font concurrence alors que la dénomination commune internationale (DPI), l’espéranto du médicament, ne compte que 1 700 substances thérapeutiques. Une commission de la transparence en France avait évalué en 2005 1 100 médicaments ordinaires : un quart n’avait pas fait la preuve de son efficacité. Bien plus, les médicaments sont sommés aujourd’hui d’améliorer le bien-être de gens qui ne sont pas malades, que ce soit pour maigrir ou pour faire l’amour. Dans le même temps les pays pauvres sont ignorés des laboratoires pharmaceutiques. En fait les humains peuvent faire de la bonne médecine avec trente médicaments seulement. Un décret du 25 mars 2016 a conditionné le remboursement des médicaments au respect de critères scientifiques avec « amélioration du service médical rendu ». 85 % des médicaments ont obtenu la note V, à savoir absence de progrès thérapeutique.

L’hospitalisation devra être aussi repensée.

« Les bons sentiments sans kilowattheures risquent d’être difficiles à mettre en œuvre ! Une journée d’hospitalisation en service de réanimation, accessible à tout citoyen occidental, coûte de 500 à 5000 kWh d’énergie, l’essentiel étant contenu dans les biens et services utilisés par l’hôpital. Elle n’est en outre possible que grâce à l’utilisation en France de métaux et produits chimiques extraits dans de lointaines contrées, de gaz russe ou de pétrole norvégien pour chauffer les bâtiments, laver les draps ou faire le plastique des cathéters, etc. Même si cela peut paraître sordide, dès lors que la quantité d’euros (d’énergie) est limitée, il devient légitime de se demander si la collectivité doit plutôt les dépenser pour sauver mille conducteurs imprudents ou vingt malades de Parkinson. Il faudra soigner avec moins de flux matériels à disposition. Cela soulèvera des débats difficiles sur notre rapport à la mort, et sur le fait qu’aujourd’hui nous jugeons que toute consommation de ressources non renouvelables est justifiée pour maintenir en vie des personnes en bout de course avec des dispositifs lourds ».2

L’acharnement thérapeutique provoqué par la médecine en général et par la médecine palliative en particulier pose un vrai problème. L’État s’est déjà penché sur la fin de vie. Avec la loi Leonetti de 2005, il y avait un peu moins d’acharnement thérapeutique, le malade est sédaté, il ne semble pas souffrir… mais il ne meurt pas. Ou du moins il n’en finit pas de mourir. L’ADMD (droit de mourir dans la dignité) essaye de faire évoluer la législation française en matière de fin de vie. En France, en 2007, le programme présidentiel du Parti socialiste se voulait volontariste : « Nous saisirons le Parlement d’un projet de “loi Vincent Humbert” sur l’assistance médicalisée pour mourir dans la dignité. » Dans les 60 engagements de la présidentielle 2012, François Hollande proposait que « toute personne majeure en phase avancée ou terminale d’une maladie incurable, provoquant une souffrance physique ou psychique insupportable, et qui ne peut être apaisée, puisse demander à bénéficier d’une assistance médicalisée pour terminer sa vie dans la dignité ». Après bien des péripéties, la loi Claeys-Leonetti sur la fin de vie a été définitivement adoptée en janvier 2016. Elle ne constitue ni l’avancée décisive espérée par les partisans d’un « droit à mourir » ni le statu quo défendu par les pro-vie. Une évolution vers le suicide assisté est possible.

3. Sortir du sport-spectacle

Dans un gouvernement écologiste, il n’y aura pas de ministre dédié aux sports en tant que tels. L’espérance de vie en bonne santé ne dépend pas du sport-spectacle. L’ancien sprinter Roger Bambuck, médaillé aux JO de Mexico en 1968 et secrétaire d’État à la Jeunesse et aux Sports de 1988 à 1992, s’exprimait ainsi en 2016 : « L’activité physique est 100 % positive pour la santé, l’équilibre mental et social. Alors que le sport de haut niveau, je n’hésite pas à le dire, est une activité dangereuse à tout point de vue » (Le Monde du 2 avril 2016). Il est vrai qu’il a été obligé de mettre en place la première loi de prévention et de lutte contre le dopage. Loin du sport-spectacle, l’activité physique se moque des records.

L’activité physique est de la responsabilité de la personne, d’un club ou d’une organisation territoriale, le national n’a rien à gérer. Car le sport de masse détourne l’attention de l’essentiel. Si les médias, les politiques et les Terriens avaient prêté autant d’attention au réchauffement climatique qu’aux Coupes du monde de football, les conférences internationales auraient été un franc succès. Mais le capitalisme libéral préfère que les humains s’intéressent au foot-spectacle plutôt qu’à leurs conditions de vie présentes et futures. Les dirigeants les plus puissants de la planète déroulent le tapis rouge devant les bureaucrates de la FIFA (Fédération internationale de football association) quand il s’agit de plaider la cause de leur pays pour obtenir le Mondial.

« Le football est une multinationale comme une autre, qui participe au même titre que Coca-Cola ou McDonald’s à la reproduction élargie du capital, à la stabilisation des régimes politiques et à la crétinisation consumériste des masses. Ses clubs sont cotés en bourse, ses spectacles sponsorisés pas les multinationales, ses pratiques illégales (dopage, évasion fiscale) et ses panneaux publicitaires omniprésents ».3

La politique n’a pas à se mêler de l’organisation d’un show planétaire, même quand il s’agit des Jeux olympiques. Les JO ont été privés de ressources financières jusqu’en 1972 parce que le président du CIO de l’époque était un farouche défenseur de l’amateurisme ; le CIO d’aujourd’hui est devenu richissime grâce à la vente des droits de retransmission et au sponsoring d’épreuves désormais ouvertement professionnelles. Sous le prétexte du sport comme expression des peuples, les Jeux olympiques sont aujourd’hui le cache-sexe du système marchand : sur le stade comme ailleurs, la lutte entre États se transforme en lutte entre firmes. Quand François Hollande se déclare « favorable à ce que la Ville de Paris, si elle en décide », se porte candidate aux Jeux olympiques de 2024, c’est sur la base de faux arguments : « C’est très important parce que ce sera un moment de ferveur, et surtout ça fera plein d’équipements avant, plein d’emplois, plein d’industries qui pourront se montrer. » Ce sera plutôt de Grands travaux inutiles et imposés.

À l’avenir la facture énergétique sera l’un des freins les plus puissants au développement sportif. Il y aura une réduction drastique des déplacements et des compétitions quand le prix du baril explosera. Plus vite, plus loin, plus fort, telle est la devise des Jeux olympiques modernes, alors même que les principes d’une société équilibrée devraient être, à l’inverse : « Aller moins vite, aller moins loin, plus de douceur ».

1. André Cicolella, « Crise sanitaire, la quatrième crise écologique », in EcoRev’, n36, 2011.

2. Jean-Marc Jancovici, Changer le monde : tout un programme !, op. cit.

3. « Football, la colonisation du monde », Quel Sport ? no 25/26 : http://www.quelsport.org/

vote du 24 avril 2022, le choix du moins pire

Les urnes ont tranché entre deux « non-écolos », l’une anti-écolo notoire et l’autre écolo de pacotille. En route pour un deuxième quinquennat avec 58,54 % des suffrages exprimés et un peu plus de 28 % d’abstentions… sans compter les bulletins blancs ou nuls. Les votes blancs ont atteint 6,35 % des bulletins dépouillés tandis que les nuls en représentent 2,25 %. 

Lors du débat télévisé le 20 avril, Emmanuel Macron avait accusé son adversaire du RN d’être « climatosceptique ». En retour, Marine Le Pen avait qualifié le président sortant de « climato-hypocrite ». Beau raccourci d’une réalité inquiétante car préfiguration des temps difficiles à venir, l’urgence écologique ayant été complètement occultée par les présidentiables finalistes. Quelques commentaires qui expriment pour partie le point de vue des écologistes :

Levraimeccool : Excusez-moi, je crois que je me suis endormi pendant 2h30 environ le 20 avril.. .Qu’est ce qui a été proposé en terme de transport, pour sortir des énergies fossiles? – l’avion à hydrogène qui sera au point en 2098? – les voitures électriques alimentées par 250 centrales EPR en 2330? – la téléportation qui devrait être opérationnelle en 2555? – les yachts de luxe, poussés par des dauphins domestiqués? – le jet pack pour voler vers d’autres cieux….? Haaaa on est pas bien là, à admirer les patrons du CAC 40 qui doublent leurs bénéfices, le ruissellement est tellement important pour faire « vivre » l’économie, on va pas commencer à écouter ces ayatollah verts climatogauchistes islamistes qui comprennent pas que la croissance infini est le seul moteur pour sauver tous les pauvres sur terre. C’est pas avec l’écolo pastèque (vert à l’extérieur et rouge à l’intérieur) qu’on va permettre aux somaliens de prendre l’avion !

SioX : Je trouve les deux présidentiables plutôt alignés : aussi irresponsables l’un que l’autre.

Francis Baque : Ben oui en fait d’opposition frontale on a deux cancres de la lutte pour une planète durable.

Mistigrise : Dans le débat du 20 avril il n’était question que de décarbonation. Le terme biodiversité était totalement absent. Si l’environnement se résume au nucléaire ça va pas le faire.

doc sportello : « – moi je veux faire 10 nouveaux EPR – eh ben moi je vais en faire 20 ! – eh ben moi je vais en faire 25 alors ! » ……… Au secours…

padussau : Il faut arrêter de se focaliser sur les déclarations, et plutôt parler des actes. Si on compare le bilan écologique de M. Macron et les déclarations présentes et passées de Mme Le Pen, on voit bien que nous jeunes ont du souci à se faire pour l’avenir. La presse doit certes essayer de ne pas trop juger; mais parler des déclarations sans mentionner le bilan du président actuel, c’est juger par omission.

Levraimeccool : L’écologie n’est pas un choix, c’est une obligation pour sauver les générations futures… Une génération est en train d’en enterrer une autre, ce débat l’a encore prouvé… On peut aussi demander leur avis aux influenceurs qui partent le week-end à Dubaï faire des selfies ou aux millionnaires qui se déplacent uniquement en yachts ou jets privée… Spoiler, donner à l’avance le nom de l’assassin. ça ne fera pas avancer le débat sur les moyens à mettre en place…

Victor M : Macron estime que « la société est tellement fracturée, parfois désorientée » et dit vouloir « changer dès le lendemain de l’élection » en « associant davantage nos compatriotes, dans la durée, en leur donnant une place comme véritables acteurs ». Après un quinquennat à essayer de faire passer les écologistes pour des Amish, les Gilets jaunes pour des casseurs, les musulmans pour des terroristes et des séparatistes, les chômeurs pour des profiteurs, les antipass pour des emmerdeurs, …, j’ai du mal à croire qu’il changera du jour au lendemain. Surtout qu’il a radicalisé ses positions sur bien des sujets : intensification de l’agriculture, réduction de la construction d’éoliennes terrestres, subvention des énergies fossiles …

Pinpon : Macron a même assuré avoir l’intention de mener « un nouveau grand débat permanent ». Il nous a déjà montré qu’en Macronie, cela se traduit par « Cause toujours ».

Forza : Marine, pas un programme, seulement des coups de mentons qui laissent croire que la dame, seule, décide et que les autres doivent plier sous sa volonté de fer. Elle exacerbe le nationalisme, veut laisser croire que l’on est encore une nation immense. Mais il n’en est plus rien depuis au moins 1/2 siècle, et il faut si résoudre. Nier ça, c’est vouloir sacrifié la population pour servir sa soif de grandeur. Elle, une petite héritière bourgeoise, sans réel talent, politicarde professionnelle.

goupil hardi : Ça magouille à Bruxelles, ça s’encanaille à Moscou, ça ripaille au château et ça braille à tout-va son amour de la patrie. Ubuesque !

YV : Macron veut nous précariser tous, Le Pen en persécuter certains.

Pistafoura : Un choix cornélien que font à chaque élection et sans en faire un fromage puant les royalistes, les ochlocrates, les théocrates, les totalitaristes, etc..

Lire, Macron écolo ? Laissez-moi rire !

Lire, L’écologie vert de gris de Marine Le Pen

2027, ministère des Techniques appropriées

Extraits du livre de Michel SOURROUILLE, « L’écologie à l’épreuve du pouvoir ».

Voici nos deux propositions pour des techniques douces aux humains et à la nature :

  • changer les objectifs de la recherche scientifique ;
  • généraliser un savoir technique au sein de la population.

Ministre des Techniques douces et appropriées

Dès la campagne de René Dumont pour la présidentielle en 1974, le ton était donné. La technoscience nous amène à une impasse.

« On nous dit que la technologie permettra de résoudre tous les problèmes. C’est faux dans l’état actuel des choses car la technologie et la recherche sont tournées, presque entièrement, vers l’expansion de leurs applications. L’écart ne fait que se creuser entre les techniques de lutte contre les nuisances et la technologie génératrice de nuisances. La technique sécrète des produits de plus en plus dangereux pour l’avenir, comme le plutonium. Les produits dangereux n’apparaissent comme tels qu’après plusieurs années d’utilisation : mercure, DDT, PCB… quand le mal est fait. Nos machines, esclaves invisibles, polluent et sont consommatrices d’énergie, de matières première et d’espace : l’automobile, la machine à laver la vaisselle, etc. Les chèques en blanc tirés sur les générations futures sont de plus en plus élevés. »1

Aujourd’hui la situation est comparable, mais en pire. Le corps de chacun d’entre nous devient une véritable pharmacopée chimique. Certes la science et la technique ont permis des progrès « miraculeux », mais ce sont bien ces progrès qui conduisent à la destruction accélérée des ressources naturelles. Les bateaux de pêche moderne sont par exemple de véritables machines de guerre. Les filets peuvent mesurer 50 kilomètres de long, un chalut de pêche à la crevette ratisse une zone d’environ 25 à 35 mètres de large. Les technologies militaires ont été systématiquement appliquées à la pêche : radars, sonars, systèmes électroniques de navigation, localisation par satellites. Nous sommes « technologiquement surpuissants, mais culturellement impotents », constate Nicolas Hulot.

1. Changer les objectifs de la recherche scientifique

Les applications industrielles de la recherche technoscientifique ont permis un développement considérable des forces productives, entraînant désastres écologiques et décomposition sociale. La conception d’une science neutre, motivée par la saine curiosité intellectuelle et la passion de la découverte, a dorénavant cédé le pas à la recherche appliquée qui alimente l’industrie. Les scientifiques deviennent trop souvent des fondamentalistes de la croissance : l’énorme préférence pour le développement technologique plutôt que pour l’utilisation raisonnable du savoir est un problème majeur. On connaît déjà la solution à l’obésité, au diabète et aux maladies cardiovasculaires : un meilleur régime alimentaire et davantage d’exercices physiques. Mais au lieu de modifier les structures sociétales, on investit massivement dans la recherche moléculaire et pharmacologique pour trouver des solutions technologiques. N’est-il pas temps de maîtriser la recherche scientifique ?

« La technologie, liée aux secteurs financiers, qui prétend être l’unique solution aux problèmes, de fait, est ordinairement incapable de voir le mystère des multiples relations qui existent entre les choses, et par conséquent, résout parfois un problème en en créant un autre »2.

La différenciation entre techniques appropriées et technologie trop complexe mérite d’être politiquement diffusée. Il n’y a pas les technophiles d’un côté et les technophobes de l’autre. Il y a différentes techniques entre lesquelles nous devons faire des choix. Ce dualisme de la technique a été abordé par certains auteurs. Les appellations diffèrent, mais il y a la même idée directrice, « techniques conviviales » contre « technologie non durable ». Lewis Mumford distingue technique démocratique et technique autoritaire (1962). Ivan Illich parle d’outil convivial ou non. Teddy Goldsmith, qui s’appuie sur Wolfgang Sax, utilise d’autres termes, techniques « enchâssées » contre techniques « branchées ». Ted Kaczynski parle de technologie cloisonnée et de technologie systémique. En termes plus simples, on peut parler de techniques douces et de techniques dures. Depuis Marx, il est habituel de faire des luddites3 les premiers technophobes. Tout au contraire, le luddite campe sur une position résolument technophile puisqu’il revendique la destruction des machines au nom de son propre savoir-faire, c’est-à-dire au nom de la technique dont il est le dépositaire. Nous pourrions favoriser politiquement des techniques durables qui nous permettraient de résister localement aux crises socio-économiques comme aux chocs écologiques.

« La technologie est l’exact inverse de la technique. Là où la technique présuppose une expérience humaine riche de sens, des rapports communautaires de taille restreinte fondés sur un mode de vie ménageant des espaces de solidarité ainsi qu’une orientation du travail selon les besoins et les nécessités du moment, la technologie implique le triple désœuvrement auquel les luddites se sont opposés ; chômage rendu inéluctable en raison du remplacement du travail vivant par le travail mort (capital technique), perte de sens généralisé produite par un travail mécanique indépendant de toute finalité autre que financière ou politique, et finalement disparition des modes de vie impliquant proximité et communauté pour les remplacer par des organisations sociales fondées sur une stricte division hiérarchisée des tâches et des fonctions… »4

En raison de son extrême gravité, la crise écologique s’impose aujourd’hui à la science et devrait déterminer ses priorités. La recherche sur les innovations technologiques devrait être mieux orientée pour permettre d’économiser l’énergie, pour favoriser l’émergence de sources d’énergie sans CO2, pour réduire la production de déchets, pour mettre au point des produits réutilisables, pour restaurer les écosystèmes dégradés, etc. L’effort nécessaire concerne toutes les disciplines scientifiques, aussi bien l’innovation que la recherche fondamentale. Une rupture est donc nécessaire dans le mode de distribution du soutien à la recherche, que ce soit à travers l’Agence nationale de la recherche ou dans la répartition des moyens au sein des établissement publics. Un programme national doit être mis en place aussi bien pour la recherche sur la biodiversité et le biomimétisme que sur toutes les autres questions d’écologie scientifique. L’enjeu étant planétaire, cet effort doit évidemment s’intégrer dans un cadre international. Le politique ne peut plus se contenter d’attendre passivement les propositions. Il faudra changer les critères d’évaluation : minimiser l’utilisation des ressources naturelles devrait être un critère primordial et l’innovation ne devrait plus être qu’un critère secondaire.

Le progrès technique n’a aucun sens intrinsèque ; il n’a de sens que par rapport à la société qui le réalise. Nos pans de béton indestructibles, nos satellites espions et nos voitures de course paraîtront certainement sans le moindre intérêt pratique pour les générations futures qui vivront autrement que nous.

2. Généraliser un savoir technique au sein de la population

L’État doit réorienter les sciences et les techniques vers la création d’outils adaptés à l’action autonome des gens. Chacun d’entre nous pourrait rechercher toutes les occasions pour rééquiper peu à peu son environnement en outils simples grâce auxquels il pourrait faire de plus en plus de choses par lui-même et réduire d’autant son temps de travail professionnel et son revenu. Le revenu monétaire se mettrait à baisser, mais non pas le niveau ni la qualité de la vie. Pour un nombre croissant de produits courants, 80 % du prix payé par le consommateur final sert en réalité à rémunérer les fabricants d’emballages et de palettes, les transporteurs, les magasins de gros, les détaillants, les assureurs, bref tous les intermédiaires. Il faut se dégager par étape de la dichotomie producteur/consommateur.

« Cela suppose de réorienter les sciences et les techniques vers la création d’outils adaptés à l’action autonome des gens. C’est l’exemple de la machine à coudre, à opposer à l’usine de confection. Même notre petite énergie corporelle pourrait suffire si l’on modernisait le bon vieux pédalier à volant. À la place de l’usine de charcuterie, c’est le cochon qu’on tue et sale avec l’aide des voisins selon des règles de réciprocité, ce qui signifie bien plus qu’une simple collaboration technique. Ne peut-on imaginer des formules d’achat direct chez le paysan, à plusieurs, d’un porc ou d’un mouton ? Des associations de quartier, des municipalités peuvent prendre l’initiative de mettre à la disposition des habitants des instruments et des machines dans des ateliers ouverts à tous. Chacun n’a besoin de ces ateliers que de temps en temps. Il en faut de plusieurs sortes, menuiserie, travail des métaux, réparation d’objets… Au fur et à mesure que l’on étend le domaine vernaculaire, l’outillage devient de plus en plus compatible avec les sources d’énergie proches et renouvelables. Il y a des domaines où la technicité du travail exige évidemment une spécialisation professionnelle. Mais chaque îlot d’autonomie voit s’élever peu à peu le niveau de sa culture pratique, celle que tous les participants partagent pour assumer leur subsistance et qui leur permettra plus tard de faire d’autres technologies, plus complexes. Le but est de contester le préjugé qui nous pousse à croire que tous les biens ne peuvent pas être produits autrement que sur le mode industriel« 5.

Ce que je fais chez moi, avec les miens, pour vivre à ma manière, tu peux aussi le faire chez toi, avec les tiens, pour vivre à ta manière. Il nous est possible ici et maintenant de retrouver, à travers l’autonomie personnelles des activités vernaculaires reconquises, le visage des autres, la saveur des gestes dans des relations face à face, le goût de la présence mutuelle à travers tous les actes de la vie, à commencer par ceux qui sont liés aux nécessités même de l’existence. L’action de l’État n’est efficace que si elle est relayée par la population.

1. René Dumont, À vous de choisir : l’écologie ou la mort – La campagne de René Dumont, op. cit.

2. Pape François, Loué sois-Tu [Laudato si’] : sur la sauvegarde de la maison commune, lettre encyclique du souverain pontife, Paris, Éditions Salvator, 2015.

3. À l’origine, le terme « luddites » renvoie aux membres d’une des bandes d’ouvriers du textile anglais, menés par Ned Ludd, qui, de 1811 à 1813 et en 1816, s’organisèrent pour détruire les machines, accusées de provoquer le chômage.

4. Cédric Biagini, Guillaume Carnino, Les luddites en France : résistance à l’industrialisation et à l’information, Paris, Éditions L’Échappée, 2010.

5. Ingmar Granstedt, Du chômage à l’autonomie conviviale [1982 pour la 1re édition], La Bauche, Éditions À plus d’un titre, 2012.

2027, un ministre de la Relocalisation

Extraits du livre de Michel SOURROUILLE, « L’écologie à l’épreuve du pouvoir ».

La thèse centrale de l’ouvrage de Leopold Kohr, The Breakdown of Nations (1957), est remarquablement simple : « Il semble qu’il n’y ait qu’une seule cause derrière toutes les formes de misère sociale : la taille excessive. Partout où quelque chose ne va pas, quelque chose est trop gros. » C’est pourquoi la relocalisation est un enjeu crucial. Voici cinq propositions pour une écologisation de l’espace :

  •  améliorer l’aménagement de l’espace,
  • rompre avec la course aux infrastructures,
  • oser le dévoiturage,
  • agir sur le besoin de mobilité,
  • instaurer des communautés de résilience.

Un ministre de la Relocalisation et de la Mobilité

1. Aménagement de l’espace

Avec le Comité de veille écologique, Nicolas Hulot a proposé lors de la présidentielle 2007 un programme cohérent en matière d’aménagement du territoire.

« Les politiques d’aménagement du territoire doivent se réorienter à cause des enjeux écologiques et énergétiques. Destinées au départ à faciliter l’accès des citoyens aux services publics, à l’emploi, au logement et aux déplacements, elles doivent s’orienter vers l’aménagement durable des espaces urbains, agricoles et naturels sans occupation croissante de l’espace. C’est d’ailleurs ce que prévoit la loi d’orientation et d’aménagement du territoire de 1999, qui a intégré la qualité de la vie et la protection de l’environnement. Pourtant l’aménagement du territoire tel qu’il se poursuit aujourd’hui continue à favoriser l’artificialisation de l’espace au détriment des paysages et des écosystèmes. À la profusion et à la complexité des lois, à leur affaiblissement par le parlement, à leur manque de suivi, voire à leur non application par manque de contraintes, s’ajoutent un trop grand nombre de niveaux de décision et une dispersion excessives des responsabilités : commune, département, région, État, Union européenne. À l’évidence, il faut simplifier les procédures.

Une triple rupture doit s’accomplir, avec la course aux infrastructures de toutes sortes, avec la tendance à un étalement urbain continu, avec une agriculture de plus en plus industrialisée. Il faut décréter un moratoire sur les projets d’infrastructures et d’équipements, y compris dans les DOM-TOM. Convenir par exemple que la desserte autoroutière et routière est désormais suffisante en France, la France qui détient déjà l’un des réseaux parmi les plus denses du monde… Les élus doivent comprendre que leur rôle n’est plus de lancer des projets de « développement » à base d’équipements lourds, mais de mettre en place une gestion du territoire compatible avec la nécessaire sobriété énergétique et la conservation des services rendus par les écosystèmes. Un inventaire du patrimoine naturel doit être fait pour servir de référence incontestée lors des plans locaux d’urbanisme (PLU) et des schémas de cohérence territoriale (SCOT). Il faut aussi rompre avec la logique de périurbanisation. Combien pèsent les enjeux écologiques face aux projets d’intérêt général (PIG), qui répondent aux demandes de rocades, de voies ferrées à grande vitesse, de surfaces dédiées au commerce… La limitation drastique de l’expansion périphérique des villes devrait, désormais, figurer comme la priorité des priorités. »1

Il s’agit en somme d’abandonner la traditionnelle politique de séparation des fonctions : zones résidentielles, zones économiques, zones commerciales, zones de loisirs. Il faut s’employer à la densification de petits pôles urbains. Une charte pour l’élaboration des documents d’urbanisme pourrait donner des consignes strictes en l’accompagnant d’un contrôle par l’État quant à la consommation d’espace périurbain

2. Fin de la course aux infrastructures

La construction d’une infrastructure est fortement dépendante de l’énergie fossile et détermine notre mode de vie et nos déplacements sur le long terme. Plus le niveau d’interdépendance des infrastructures est élevé, plus de petites perturbations peuvent avoir des conséquences importantes sur l’ensemble d’un pays. Dans notre société, très peu de gens savent aujourd’hui survivre sans supermarché, sans carte de crédit et sans station-service. Lorsqu’une société devient hors-sol, c’est-à-dire lorsqu’une majorité de ses habitants n’a plus de contact direct avec le système-Terre, la population devient entièrement dépendante de la structure artificielle qui la maintient dans cet état. Si cette structure s’écroule, c’est la survie de la population qui pourrait ne plus être assurée.

Pourtant les gouvernements persistent et signent en France ou ailleurs, ils restent adeptes des « Grands travaux  inutiles » (GTI) et imposés. Les intérêts économiques en jeu derrière tous ces grands projets mégalomaniaques posent de véritables questions : Pour qui ? Pourquoi ? Nous comptons en France déjà 145 aéroports (contre 47 en Allemagne, 37 en Angleterre). Alors pourquoi le projet d’un nouvel aéroport à Notre-Dame-des-Landes est-il soutenu par le gouvernement Hollande ? Sommes-nous à ce point obstinés à dilapider l’argent public dans la poursuite de tous ces projets pharaoniques qui reposent sur une estimation disproportionnée de nos besoins dans le futur ? Il n’y a pas que les aéroports et les LGV (Ligne SNCF à grande vitesse), il y a aussi ITER et ASTRID (super réacteurs nucléaires), des autoroutes, le Stade des Lumières, la tour Triangle, les incinérateurs géants, etc. Les GTI illustrent à merveille les dérives d’un système productiviste qui ne survit qu’à force de gaspillage énergétique. Nos grands élus se comportent comme les pharaons qui ont fait ériger les pyramides et Louis XIV qui a commandé son château de Versailles. La quête d’éternité rencontre la folie des grandeurs, le pouvoir manifeste sa libéralité par la grandiloquence de certaines infrastructures construites avec l’argent des contribuables. Mais il existe une faille grandissante entre une élite qui s’affranchit ouvertement des contraintes écologiques, financières et démocratiques d’une part et un peuple qui commence à réagir d’autre part. Pour une approche plus précise, lisez Le petit livre noir des Grands projets inutiles, dont les auteurs, préférant rester anonymes, se sont regroupés sous le pseudonyme de Camille (Éditions Le Passager clandestin, 130 pages, 7 euros).

3. Osons le dévoiturage

Il y a aussi urgence de sortir du tout routier, ce qu’on pourrait appeler dévoiturage, le covoiturage n’étant qu’un intermédiaire particulier pour arriver bientôt à une société post-carbone.

« L’activité des transports, dans laquelle le secteur routier se taille la part du lion (89 % des déplacements de personnes et 80 % du trafic de marchandises) progresse en France deux fois plus vite que l’activité économique générale. En développant un système global fondé sur la mobilité, la prééminence du transport routier façonne désormais tout le fonctionnement de la société. Moteur du dynamisme économique et de la mobilité individuelle, le trafic routier se présente en même temps comme une des causes principales du fameux effet de double ciseau : raréfaction de la ressource pétrolière d’une part et aggravation de l’effet de serre d’autre part.

L’aberration des modes de transport routier est patente : une personne qui se déplace en ville avec une voiture consomme trois à quatre fois plus de pétrole que si elle empruntait les transports publics ; le transport longue distance par camion d’une tonne de marchandise consomme trois à quatre fois plus d’énergie que par voie ferrée. Toute rationalité semble exclue de nos déplacements en voiture. Alors que la vitesse admise est limitée, 88 % des automobiles vendues aujourd’hui en France peuvent dépasser 170 km/h, un tiers pouvant même rouler à plus de 200 km/h. Comme le moteur d’une voiture est réglé en fonction de sa vitesse maximale, on consomme plus de carburant, on dérègle davantage le climat. Au vu des tendance actuelles, le nombre d’automobiles en circulation sur la planète pourrait doubler d’ici à 2020.

Il n’y a pas de mystère, c’est à la déconstruction de ce monopole routier qu’il faut travailler. Il faut diminuer la puissance des automobiles mises en vente pour les rendre conformes aux limitations de vitesse (qui sont aussi des exigences de sécurité). Comme la réglementation technique des automobiles relève de la législation européenne (avis du Conseil d’État de juillet 2006), c’est au niveau de l’Union européenne que la décision doit être prise. À l’évidence, tous les États européens sont soumis aux mêmes impératifs de changements climatiques et de raréfaction des ressources pétrolières. Cette mesure pourrait s’accompagner d’une réduction de la vitesse maximal autorisée, la France faisant partie des pays européens où elle est la plus élevée. La vérité des prix doit aussi s’appliquer à l’automobiliste avec la restauration de la vignette, impôt écologique par excellence. Depuis sa suppression incohérente, de timides initiatives ont été prises dans ce sens. Mais leur aspect dissuasif reste dérisoire. On peut offrir aux communes la possibilité légale d’instaurer un péage urbain. On doit aussi mettre en place un péage kilométrique pour les poids lourds, comme en Allemagne et en Autriche. La plupart des transporteurs n’achètent pas leur carburant en France, ils ne contribuent donc en rien au paiement des infrastructures routières, ni au coût des pollutions qu’ils engendrent. »2

Il est bien évident que les quads, Jet-Skis et autres gadgets motorisés seront interdits de circulation un jour ou l’autre. L’abandon de la voiture individuelle se fera dans la douleur, mais c’est nécessaire. La construction en chaîne des Ford T dans les années 1910 a été la plus grande catastrophe écologique du xxe siècle. La construction automobile nécessite l’aliénation par le travail à la chaîne et repose sur la productivité qui crée le chômage, cela facilite l’urbanisation sauvage, la stérilisation des terres par un réseau routier sans limites, la multiplication des déplacements par la distance que l’automobile a mis entre domiciles et lieux de travail, entre zones de production et centres commerciaux, entre espaces de vie et destinations du tourisme. Cela implique aussi l’épuisement du pétrole, ressource non renouvelable, et l’augmentation de l’effet de serre, donc un changement climatique. Le paradigme fordiste, c’est-à-dire cet équilibre entre la production de masse grâce au travail à la chaîne et la consommation de masse autorisée par l’augmentation des salaires, repose sur l’hypothèse absurde d’une humanité hors-sol, disposant de ressources naturelles illimitées et gratuites. Le fordisme n’aura été qu’une parenthèse historique, il faudra expliquer cela à la population.

4. Agir sur le besoin de mobilité

Il s’agit, à plus long terme, d’agir sur le besoin de mobilité avec la relocalisation des activités économiques, le rapprochement des services, la densification urbaine, l’organisation de circuits courts de distribution, etc. Il faudra aussi réguler la très forte mobilité internationale des populations, qu’elle soit professionnelle, touristique ou forcée, pour des raisons économiques, politiques ou environnementales.

Aujourd’hui, ce n’est plus quelques conquistadors qui s’aventurent au-delà des mers, ce sont des peuples tout entiers. Le rapport de l’OIM (Organisation internationale pour les migrations) indiquait en 2012 que la mobilité humaine est sans précédent. Nous cumulons 214 millions de migrants internationaux et près d’un milliard en comptant les migrations internes. Il en résulte malheureusement une perception anxiogène et une image négative des migrants, qui s’accompagnent de manifestations de xénophobie, d’attitudes discriminatoires, et d’une percée électorale de l’extrême droite et des partis nationalistes. Nous sommes dans une sorte de spirale infernale avec des manifestations de peur, de rejet et de violence un peu partout dans le monde. Les lois contre les étrangers se durcissent, dans les pays riches comme dans les pays pauvres, aucun espace géographique n’est à l’abri de la construction d’un mur à ses frontières. Des conflits d’espace vital et de ressources découleront encore plus, dans les décennies à venir, de la non acceptation des migrants. L’ère de La planète migratoire touche à sa fin.

L’opposition à l’immigration incontrôlée est souvent assimilée à tort à la xénophobie anti-immigrés. Mais dans une perspective écologique, l’immigration n’est pratiquement jamais souhaitable. Lorsqu’elle se fait massivement, elle ne fait que mondialiser le problème de surpopulation. De plus, ce n’est que lorsque les groupes humains se sont enracinés dans une zone particulière, au fil de plusieurs générations, qu’ils développent un sens des limites en termes de ressources. Dans une optique de limitation de l’immigration, il serait urgent d’inclure d’une part la fin du drainage, par les pays du Nord, des ressources des nations du Sud, d’accompagner les réformes agraires dans les pays à faible revenu et de soutenir les organismes de planning familial. Notons aussi que plus on attendra pour lutter contre le réchauffement climatique en réduisant drastiquement la combustion de ressources fossiles, plus il y aura de réfugiés climatiques et plus les replis identitaires seront importants.

5. Instaurer des communautés de résilience

L’État devra encourager et accompagner la multiplication de communautés de résilience.

  •  C’est une démarche logique : les jumeaux hydrocarbures (pic pétrolier et réchauffement climatique) nous imposent une descente énergétique. Il ne s’agit pas de catastrophisme, mais d’une réalité. Le meilleur moyen est de tendre localement à l’autonomie alimentaire et énergétique
  • C’est une démarche non idéologique : il y a un intérêt commun à adopter une telle voie, quelle que soit l’appartenance politique des habitants d’un territoire. Agir ensemble sur son propre territoire implique une décentralisation en acte et une solidarité de fait.
  • C’est une démarche pragmatique : le territoire doit élaborer un plan d’action de descente énergétique (Pade), ce qui peut rejoindre des pratiques locales existantes : plan climat local, association pour le maintien d’une agriculture paysanne (AMAP), système d’échange local (SEL), maison de l’agriculture biologique (MAB), Velo-city, espace info-énergie, jardins partagés, etc. Il s’agit d’instaurer une dynamique collective.

Osons le dire, une certaine forme du passé sera notre avenir : vivre à la fois au Moyen Âge et dans le monde moderne. Au Moyen Âge, 90 % des biens que consommait un paysan étaient produits dans un cercle de cinq kilomètres autour de son habitation ; dans des communautés de résilience, cette autonomie alimentaire et énergétique sera l’un des objectif à atteindre. Ce ne sera pas la bougie, il y aura l’électricité, mais celle proviendra de ressources renouvelables. Notre avenir utilisera des techniques mais pas n’importe quelles technologies, des technologies appropriées, des techniques douces.

1. Nicolas Hulot (avec le Comité de veille écologique), Pour un pacte écologique, op.cit.

2. Nicolas Hulot (avec le Comité de veille écologique), Pour un pacte écologique, op.cit.

2027, État et Protection des populations

Extraits du livre de Michel SOURROUILLE, « L’écologie à l’épreuve du pouvoir ».

Voici nos propositions pour une refonte de l’appareil judiciaire, de la force publique et de la défense nationale en ne perdant jamais de vue l’objectif environnemental.

Un ministre de la Protection des populations

1. La Justice

Les rois ont conservé longtemps le pouvoir de juger par eux-mêmes sans justification ; le pouvoir judiciaire faisait partie de leurs attributs à une époque où la séparation des pouvoirs n’existait pas. Une véritable justice admet des juges totalement indépendants qui appliquent des règles faites pour la paix sociale avec le souci de préserver l’égalité des citoyens devant la loi. En France, le président de la République est garant de l’indépendance de l’autorité judiciaire selon l’article 64 de la Constitution. Contrairement aux dérives qu’on a pu observer dans le passé, un présidentiable écolo s’engagera à faire respecter ce principe. Car la séparation des pouvoirs, dans une société où peut s’instaurer à tout moment la loi du plus fort, est une nécessité absolue. Au niveau de la justice ordinaire, le pays des droits de l’homme connaît une certaine maturité institutionnelle, si ce n’est l’inflation démesurée des textes de lois et la propension actuelle à inventer des lois de plus en plus liberticides. Cela doit changer, il faut savoir prévenir, le répressif vient en dernier recours. Quant au niveau de la justice environnementale, beaucoup reste à faire.

« La conservation des fondements naturels de la vie doit constituer une des fonctions principales de l’État. Plus tôt nous prendrons des mesures face aux menaces du xxie siècle, moins le risque sera grand de voir l’État sombrer dans un état d’exception. L’apparition de catastrophes sociales d’une ampleur redoutable a toujours été dévastatrice sur le plan démocratique. Certains contemporains bien-pensants choisissent le beau rôle lorsqu’ils se contentent, en guise de contribution à la résolution du problème environnemental, d’agiter le spectre de la « dictature écologique ». Il est certain que cela serait un malheur terrible, mais on peut être sûr d’y être exposé si la démocratie ne se donne pas les moyens de résoudre elle-même le problème écologique.« 1

L’article 4 de la Charte de l’environnement (2005) indique : « Toute personne doit contribuer à la réparation des dommages qu’elle cause à l’environnement, dans les conditions définies par la loi. » Mais que dit la loi ? L’article 1382 du code civil est restrictif : « Celui dont la faute cause un dommage à autrui est tenu de le réparer. » Nulle trace d’environnement, uniquement l’atteinte aux personnes ! Un nouvel article du code civil est donc en gestation : « Toute personne qui cause un dommage grave et durable à l’environnement est tenue de le réparer. » Un groupe de travail formule en septembre 2013 dix propositions, ce rapport Jégouzo reste lettre morte. En novembre 2015, la ministre de la justice Christiane Taubira reconnaît qu’elle ne parvient pas à inscrire le texte à l’ordre du jour du Parlement. Le gouvernement bloque toute écologie qu’il considère comme « punitive » pour les finances de l’État, et les lobbies industriels s’activent en coulisse pour éliminer tout risque juridique pour les entreprises. Le principe du pollueur-payeur reste un principe respectable du moment qu’il n’est pas respecté ! Finalement l’inscription dans le code civil du préjudice écologique sera voté à l’Assemblé nationale le 15 mars 2016. Avec un gouvernement écologiste, les choses devraient se débloquer beaucoup plus rapidement en matière de protection de la planète et de ses habitants.

Bien entendu le problème de la justice environnementale dépasse la problématique franco-française, les crimes contre la biosphère sont généralisés. La Commission européenne analyse un projet de directive qui imposerait aux différents pays membres de l’Union européenne de criminaliser les actes de pollution. Autrement dit, toute personne ayant « commis intentionnellement ou par négligence grave » des actes causant des dommages substantiels à l’environnement se verrait poursuivie pénalement. En avril 2010, l’avocate Polly Higgins a déposé officiellement le concept d’écocide auprès de la commission des lois des Nations unies. Son idée : en faire le cinquième crime international contre la paix, qui comprend déjà le génocide, le crime contre l’humanité, le crime d’agression et le crime de guerre. Définition de l’écocide : des dommages extensifs ou la destruction d’un écosystème d’un territoire donné. Toutes ces initiatives seront soutenues par le Gouvernement français.

2. La police

Dans une société bien policée, il n’y a pas besoin d’un contrôle externe. La police a été créée dans et pour la ville (polis en grec, signifie la cité) car la campagne où tout le monde se connaît instituait ses propres mécanismes d’autodiscipline. Avec la ville contemporaine vient l’anonymat, l’organisation d’enclaves résidentielles, l’insécurité. En vérité, la question n’est pas de savoir dans nos sociétés surpeuplées s’il faut ou non une police, mais de déterminer les critères de bon fonctionnement de la police. Mais autant la police ordinaire est bien pourvue en moyens, surtout si on se réfère aux promesses gouvernementales, autant la protection de l’environnement laisse à désirer.

Manque de moyens, baisses d’effectifs, dégradation des conditions de travail, inquiétudes sur le lancement de l’Agence française pour la biodiversité (AFB). Une intersyndicale des personnels de l’environnement avait appelé à une grève le 4 février 2016 : « Aujourd’hui, la préservation de notre cadre de vie repose sur une vingtaine de fonctionnaires par département, pour toutes les thématiques : eau, chasse, pêche, police, connaissance, éducation… Des particuliers, des collectivités territoriales, des associations, alertent pour des pollutions, des infractions, mais un quart de ces signalements ne sont pas traités. » Au ministère de l’Écologie, on reconnaît une baisse des effectifs de l’ordre de 2 % par an… Encore un domaine où l’on a besoin d’accroître institutionnellement la sensibilité écologique.

3. La défense nationale

Un présidentiable écolo pourrait avoir en 2027 une conception très avancée en matière militaire qui ferait de la France un modèle à imiter. Le mouvement écologiste est explicitement partisan de la non-violence. Ainsi dans la Charte des Verts mondiaux (Canberra, 2001) :

« Nous déclarons notre engagement en faveur la non-violence et nous nous efforçons de créer une culture de paix et de coopération entre les États, au sein des sociétés et entre les individus pour en faire le fondement de la sécurité mondiale. Nous pensons que la sécurité ne doit pas reposer principalement sur la force militaire mais sur la coopération, sur un développement économique et social sain, sur la sécurité environnementale et le respect des droits de l’Homme. Conditions :

  • Une conception globale de sécurité mondiale qui donne la priorité aux aspects sociaux, économiques, écologiques, psychologiques et culturels d’un conflit, au lieu d’une conception fondée prioritairement sur les rapports de forces militaires ;
  • Un système mondial de la sécurité susceptible de prévenir, de gérer et de résoudre les conflits ;
  • L’élimination des causes de la guerre grâce à la compréhension et au respect des autres cultures, à l’éradication du racisme, à l’encouragement de la liberté et de la démocratie et à l’élimination de la pauvreté dans le monde ;
  • Un désarmement général et complet, notamment par des accords internationaux, afin de garantir une interdiction complète et définitive des armes nucléaires, biologiques et chimiques, des mines anti-personnel et des armes à l’uranium appauvri ;
  • Le renforcement de l’ONU en tant qu’organisation mondiale en charge de la gestion des conflits et du maintien de la paix ;
  • L’établissement d’un code de conduite rigoureux concernant les exportations d’armes à des pays où les droits de l’Homme sont bafoués. »2

En conséquence on pourrait constitutionnaliser un renoncement à la guerre comme l’a fait le Japon au sortir de la Seconde Guerre mondiale (article 9 de la Constitution adoptée en novembre 1946) : Aspirant sincèrement à une paix internationale fondée sur la justice et l’ordre, le peuple japonais renonce à jamais à la guerre en tant que droit souverain de la nation, ou à la menace, ou à l’usage de la force comme moyen de règlement des conflits internationaux. Pour atteindre le but fixé au paragraphe précédent, il ne sera jamais maintenu de forces terrestres, navales et aériennes, ou autre potentiel de guerre. Le droit de belligérance de l’État ne sera pas reconnu. (Article 9 de la Constitution japonaise votée en novembre 1946.)

Il s’agirait de transformer la Journée d’appel de préparation à la défense. Cette journée d’incorporation instituée en 1998 est dénommée depuis le 1er juillet 2010 « Journée défense et citoyenneté ». C’est un substitut à l’appel sous les drapeaux. Tous les jeunes, hommes et femmes qui doivent obligatoirement y participer, n’ont pas conscience que le service militaire obligatoire n’est pas supprimé, mais seulement suspendu. On devrait ce jour-là leur expliquer l’historique des objecteurs de conscience. Rappelons qu’un objecteur de conscience est à l’origine personnellement opposé à l’usage individuel des armes, que le statut a été adopté en décembre 1963 et que l’obtention du statut est devenue automatique à partir de 1983. La France en renonçant à la guerre transforme tous ses habitants en objecteurs de conscience, opposés à un usage collectif des armes qui ne serait pas à vocation supranationale.

Mettre les forces militaires de la France au service de l’ONU

Les Casques bleus de l’ONU, c’est un budget de 8 milliards de dollars en 2015, une somme trop faible pour intervenir sur tous les points chauds de la planète. Début 2016, c’est seulement 120 000 hommes et femmes qui sont déployés dans le cadre de seize opérations de maintien de la paix. Avec les troupes que veulent bien lui fournir les États membres, autrement dit pas grand-chose du côté des pays riches. Donc des soldats sous-équipés, souvent mal formés, et venus des pays les plus pauvres. Le chef des opérations de maintien de la paix avait invité les pays du Nord lors de l’assemblée générale de septembre 2015 à augmenter leur contribution en troupes, en vain. Pourtant les missions de l’ONU deviennent encore plus complexes. De maintien de la paix (peacekeeping), on s’oriente vers une forme d’engagement « multidimensionnel » pour la construction de la paix (peacebuilding) : désarmer les combattants, reconstruire les institutions, promouvoir les réformes, réconcilier les peuples.

Il existe une solution pour améliorer l’efficacité des troupes de l’ONU. C’est la création de forces permanentes de l’ONU, nombreuses et bien équipées, issues des pays riches. À ce moment-là, l’humanité posséderait une sorte de police supranationale qui marquerait l’avènement d’une société pacifiée. Un président d’envergure internationale mettrait les forces armées françaises à disposition de l’ONU. La France ne chercherait plus à préserver une défense armée nationale, elle serait directement partie prenante d’une instance internationale ayant pour objectif premier le maintien de la paix et de la sécurité dans le monde. Notre pays pourrait ainsi assurer d’une façon indirecte sa propre sécurité : pourquoi attaquer un pays qui se veut le garant de la paix universelle ?

Programmer le désarmement nucléaire militaire unilatéral de la France

La bombe est l’aboutissement ultime de l’évolution technique qui dépossède les humains de leur autonomie. Si la légitimité de la lutte, c’est la défense, alors l’arme absolue qui s’impose sans protection possible est absolument mauvaise. La bombe atomique est l’arme ignoble par définition puisque sans parade. Force de frappe dite « dissuasive », cette bombe est uniquement un moyen d’agression, et – fait nouveau par rapport aux guerres traditionnelles – elle est destinée aux populations civiles ; ce qui devrait poser un problème de conscience aux militaires eux-mêmes. Pourtant le général (et président de la République) Charles de Gaulle précisait dans une directive du 16 décembre 1961 sa conception de la force de frappe : « Dans dix ans, nous aurons de quoi tuer 80 millions de Russes. Eh bien je crois qu’on n’attaque pas volontiers des gens qui ont de quoi tuer 80 millions de Russes, même si on a soi-même de quoi tuer 800 millions de Français, à supposer qu’il y eût 800 millions de Français. » Exterminer l’ennemi de façon massive, de loin et sans même l’avoir vu, hommes, femmes et enfants indistinctement, c’est le contraire de toute guerre juste, de tout honneur et de toute gloire. La possession de l’arme nucléaire par la France et autres puissances étatiques devrait entraîner une réprobation unanime. Dans le programme du premier candidat écologiste René Dumont pour la présidentielles 1974, il était écrit : « Nous refusons de continuer à faire des bombes atomiques et à gaspiller la majorité des chercheurs en recherche militaire. » Ce refus doit être politiquement concrétisé le plus rapidement possible.

Abandonner le commerce des armes

L’absence de réglementation sur le commerce mondial des armes est alarmante. Les gouvernements répressifs obtiennent les moyens de leur répression, comme les auteurs de violations des droits humains et les criminels. Face à ce constat, une campagne internationale sur le commerce des armes légères avait été lancée en 2003. Le Traité sur le commerce international des armements conventionnels a été adopté par l’ONU en 2013 ; il est entré en vigueur le 24 décembre 2014. On doit aller plus loin. Comme pour la dissuasion nucléaire, la France doit se retirer du marché international de l’armement de façon unilatérale et progressive. Dans un premier temps il faudra fermer Eurosatory, supermarché de la mort qui se tient tous les deux ans à Paris.

N’oublions pas que les violences armées et la dégradation de la biosphère sont intimement liées. Dans le programme du premier candidat écologiste René Dumont pour les présidentielles de 1974, il était déjà écrit : « Chaque fois que vous prenez votre voiture pour le week-end, la France doit vendre un revolver à un pays pétrolier du tiers-monde. » Nos échanges « armes contre pétrole » doivent cesser, ce qui nécessite bien entendu de préparer politiquement une société post-carbone. L’écologie, c’est la démonstration que tout est lié, tout est interdépendant, si bien qu’agir à un niveau c’est bouleverser ailleurs.

1.Voir à ce propos : Vittorio Hösle, Philosophie de la crise écologique [Philosophie der ökologischen Krise, 1991], Paris, Payot, 2011.

2027, ministre du travail et du temps partagé

Extraits du livre de Michel SOURROUILLE, « L’écologie à l’épreuve du pouvoir ».

Voici nos trois propositions pour une politique de l’emploi dans un cadre écologique :

  • une diminution concertée de la productivité ; 
  • la réduction du temps de travail ;
  • l’appel à un protectionnisme tempéré.

Ministre du travail et du temps partagé

À partir du premier choc pétrolier en 1973, le chômage devient structurel, incompressible. Auparavant le taux de chômage était de 2,5 % en moyenne, il a ensuite progressé constamment pour dépasser 10 % de la population active à partir de 1984. En valeur absolue, le nombre de chômeurs en 2016 est à peu près de trois millions. Encore faudrait-il ajouter la somme des emplois aidés, soit 545 000 personnes en 2015, ce qui constitue en fait un chômage déguisé. Aucune politique gouvernementale n’a réussi à enrayer cette évolution dramatique et, malgré ses promesses, le président François Hollande a attendu en vain depuis 2012 une inversion de la courbe du chômage. Il est vrai que ce n’est pas le gouvernement qui crée directement des emplois, sachant que le nombre de fonctionnaires est voué à diminuer étant donnée les difficultés budgétaires de l’État français et des collectivités territoriales.

Dans ce contexte, on a tendance à privilégier l’impératif social au détriment de l’impératif écologique. Mais il faut être clair, le vrai choix n’est pas entre emploi et environnement, il faudra gagner sur les deux plans où l’on perdra sur tous les plans. Car la contrainte énergétique va s’ajouter aux exigences actuelles de compétitivité pour accentuer encore plus les difficultés du marché du travail. Comme l’exprime Jean-Marc Jancovici, « étudiants, enseignants, comptables, informaticiens, chercheurs, banquiers, employés de la Sécu, retraités, vacanciers et guides de musée sont tous des enfants de l’énergie abondante à prix décroissant : rien de tout cela ou presque n’existe dans les pays où l’énergie reste un luxe1 ».

1. Diminution concertée de la productivité

Dans toutes les nations industrielles, l’effet des technologies sur l’emploi a été néfaste. Le rôle des humains comme pièces maîtresses du système de production est devenu marginal. La machine a provoqué le chômage de masse et les consommateurs achètent des produits qu’eux-mêmes sont tout à fait incapables de produire. La théorie économique supposait que le progrès technique supprime des emplois à brève échéance, mais les multiplie à long terme. La vérité est que cette théorie est fausse dans le long terme. Le mécanisme historique du déversement d’un secteur à l’autre, les paysans qui quittent la terre pour trouver un emploi dans l’industrie, puis le gonflement du tertiaire, cela appartient maintenant au passé. Les travailleurs sont remplacés par des machines dans tous les domaines et l’essor du tout numérique va amplifier ce phénomène. La lutte contre le chômage n’a donc qu’une solution : inverser les tendances. Il faudra des travailleurs manuels en quantité croissante et des employés devant leur ordinateur en quantité décroissante.

Les productions capitalistiques (utilisant beaucoup de capital technique) doivent laisser place aux activités plus intensives en main-d’œuvre. Selon l’Insee, l’apparition des grandes surfaces à la fin des années 1960 a éliminé en France 17 % des boulangeries, 43 % des quincailleries, 84 % des épiceries. Aujourd’hui les cinq centrales d’achats de la grande distribution couvrent 90 % du commerce de détail en France. Or un emploi précaire dans la grande distribution détruit cinq emplois durables dans les commerces de proximité. L’État devrait entre autres programmer la disparition progressive des hypermarchés excentrés. Il n’est pas normal d’aller faire ses courses en prenant une voiture qui détraque le climat pour aller acheter des produits industriels qui viennent parfois de l’autre bout du monde. La France métropolitaine, qui comptait 59 000 marins pêcheurs en 1950, n’en avait plus que 18 000 en 2008. Encore ne s’agit-il que de la partie apparente du déclin : on estime qu’à dix emplois embarqués correspondent une dizaine d’emplois à terre. La cause ? De 87 kilowatts en 1980, la puissance moyenne par bateau était passé à 132 kW en 1990 et les effectifs de marins avaient baissé de 40 %. Cela ne veut pas dire qu’on reviendra instantanément à la marine à voile, mais cela y ressemblera.

La fin du pétrole et des moteurs à explosion entraînera une baisse de productivité favorable à l’emploi. L’utilisation massive d’une énergie fossile gratuitement offerte par la nature avait dévalorisé le travail humain. Le renchérissement du coût de l’énergie forcera les entreprises à embaucher. L’énergie avait remplacé le travailleur, le travailleur remplacera l’énergie fossile. Cela sera vrai dans tous les domaines. Toute machine qui prétend rendre un homme inutile devra être progressivement laissée de côté. Soulignons que les PME (petites et moyennes entreprises) représentent plus de 3 millions de commerces et d’industries en France. C’est là où se trouvent les capacités d’adaptation et de création d’emploi, pas dans les grandes entreprises internationalisées. Il faudra réduire le carcan administratif qui pèse sur les PME et réduire leurs charges. L’emploi localisé ne peut progresser que si l’État se fait plus léger.

2. Réduction du temps de travail

Il s’agit aussi de partager le travail, de réduire le temps de travail. Nous sommes passés légalement en 1998-2000 aux 35 heures avec un gouvernement socialiste. En 2016 le gouvernement socialiste veut revenir sur cette avancée. C’est un contre-sens.

« La création d’emploi résulte en termes économiques de la relation entre la croissance de la production et celle de la productivité. En France, sur deux siècles environ, la productivité horaire du travail a été multipliée par 30, la production a été multipliée par 26, ce qui a permis un emploi multiplié par 1,75 seulement et une division par 2 de la durée individuelle du travail. Durant des siècles, les gains de productivité ont été systématiquement transformés en croissance du produit plutôt qu’en décroissance de l’effort. Une réduction féroce du temps de travail imposé est une condition nécessaire pour sortir d’un modèle travailliste de croissance. Reste la nécessité de redonner du sens au temps libéré.« 2

Si les travailleurs arrivent à penser que l’emploi à plein temps, c’est 32 heures pas plus, il devient alors possible de freiner la dégradation écologique, de faire reculer le chômage et de donner du temps pour ses proches et la communauté.

3. Un protectionnisme tempéré

Le protectionnisme n’est pas un gros mot. Le libre-échange n’a historiquement profité qu’aux pays qui étaient en avance de développement sur les autres, ce qui a entraîné une inégalité toujours plus grande entre pays et à l’intérieur des pays.

« La mondialisation s’est résumée à une mise en concurrence mondiale, sans limites, sans scrupule, sans filet, des salariés, des entrepreneurs, des agriculteurs et de tous ceux qui ont été placés en compétition directe avec des travailleurs chinois, des ingénieurs indiens et des paysans argentins, ceux-là mêmes qui n’ont d’autre choix que d’accepter des rémunérations de misère. La course au moins-disant salarial est un suicide collectif.

Si l’on voulait résumer les quinze années écoulées, il ne serait pas excessif de dire que la mondialisation a fabriqué des chômeurs au nord et augmenté le nombre de quasi-esclaves au sud. Quel est le sens de consommer des crevettes pêchées au Sénégal, épluchées en Hollande et consommées dans le monde entier ? Avec mes confrères de Focus on the Global South, nous avons présenté il y a de cela près de dix ans la démondialisation comme un modèle pouvant remplacer la mondialisation néolibérale ».3

En France, il s’agit de reconstruire les industries perdues pendant ces années de démondialisation. L’État doit inciter les entreprises à reconquérir le marchés intérieur et la population doit prêter attention à la provenance des produits : « Nos emplettes sont nos emplois », « Acheter français », l’échelle locale et nationale doit être privilégiée. N’oublions pas que les produits du commerce mondial, pour arriver sur notre marché, réclament jusqu’à vingt fois plus d’équivalent pétrole que leurs homologues locaux. Or la création de l’Europe des peuples s’est construite surtout par son volet économique depuis 1957 : Marché commun avec libre circulation des produits au niveau interne, puis tarif douanier extérieur commun dès 1968. Les négociations sur le protectionnisme passent obligatoirement par les instances de l’Union européenne, la France doit mettre cela à l’agenda communautaire.

« L’énergie contrainte devrait mener à réviser le mandat européen. On trouve encore le mot « croissance » toutes les deux pages dans les documents produits par l’Europe, ce qui explique pourquoi elle persévère dans une approche libérale qui n’est plus pertinente avec des contraintes physiques. L’Europe a été construite pour faire la paix, pas pour faire un marché. Il faudrait un nouveau traité constitutionnel qui affirme que l’Union européenne encourage les modèles économiques pérennes qui supportent la limitation de l’exploitation des ressources naturelles et la réduction des impacts sur l’environnement.

Cela suppose entre autres choses qu’aucun État de l’Union ne cherche à rendre durable un excédent commercial réalisé sur le dos des autres membres sans que l’argent ainsi gagné ne soit redistribué dans des mécanismes de solidarité. Il faut passer d’un bien importé à un bien produit localement. L’argent du consommateur est payé à un agent économique domestique qui va fournir des revenus à des habitants du pays, alors que dans l’autre cas, cet argent va alimenter des salaires et des rentes à l’étranger. »4

Le problème de l’emploi soulève une dernière question, fondamentale, celle de l’utilité réelle d’un travail social donné. Mais supprimer en France tous les emplois parasitaires ou destructeurs de l’environnement est un projet de long terme qui dépasse largement le cadre du quinquennat 2027-2031

1. Jean-Marc Jancovici, Changer le monde : tout un programme !, Paris, Calmann-Lévy, 2011.

2. Serge Latouche, Petit traité de la décroissance sereine, Paris, Mille et une Nuits, 2007.

3. Arnaud Montebourg, Des idées et des rêves, Paris, Flammarion, 2010.

4. Jean-Marc Jancovici, Dormez tranquilles jusqu’en 2100 et autres malentendus sur le climat et l’énergie, op. cit.