écologie appliquée

La désobéissance civile des scientifiques

Le 6 avril 2022, le climatologue américain Peter Kalmus s’est enchaîné à la porte d’une banque J.P. Morgan, premier investisseur dans les énergies fossiles. Devant le sentiment de voir les alertes scientifiques ignorées, il a décidé de s’engager dans une action de désobéissance civile. Dans les jours qui ont suivi, plus de mille deux cents scientifiques avaient participé à des actions de ce type dans vingt-six pays.

Lire cette synthèse, Biosphere-Info, la désobéissance civique

Kévin Jean, Jérôme Santolini, Julia Steinberger : La question de l’injustice du dérèglement climatique est aisée à trancher, tant on sait que les moins responsables en subiront les pires conséquences. La notion de dernier recours fait elle aussi peu débat, tant les formes de mobilisation classique semblent épuisées : rapports scientifiques s’accumulant, marches climat se succédant, faible poids face aux moyens colossaux des lobbys… La désobéissance civile de scientifiques serait-elle plus efficace ? Jouissant d’une position associée à un bon niveau de confiance au sein de la société, les scientifiques confèrent respectabilité et confiance à des demandes de changement de trajectoires. Des messages portés par des actions à finalité altruiste présentant un certain risque personnel reçoivent un écho favorable auprès du public.

Selon un argument fréquemment opposé, un certain principe de neutralité requerrait que les scientifiques s’abstiennent d’intervenir dans le débat public. Mais l’épistémologie récente considère que des sciences dépourvues de valeurs constituent un idéal illusoire et peu désirable lorsque les savoirs produits peuvent avoir des implications délétères. La neutralité est simplement mise en avant pour défendre le statu quo ! Enfin des personnes jouissant d’un statut professionnel favorisé auraient même un devoir de s’engager « en première ligne » pour le bien commun, quand d’autres, ne jouissant pas du même statut, s’exposeraient bien d’avantage par les mêmes actions.

Le point de vue des écologistes

Historiquement la désobéissance civile a toujours été menée au nom d’une libération. Lutte contre l’impérialisme anglais avec le mahatma Gandhi, lutte contre la ségrégation raciale avec Martin Luther King, lutte contre les multinationales de la semence pour libérer les paysans, lutte contre l’armée pour se libérer de l’oppression militaire. En bref la désobéissance civile se pratique pour libérer un peuple enchaîné par une contrainte extérieure qui empêche sa libre détermination. L’idée de libération prend une nouvelle forme aujourd’hui, il s’agit de lutter contre l’emprise thermo-industrielle sur nos existences. Les exemples se multiplient aujourd’hui : il y a des grèves scolaires initiées par Greta Thunberg, il y a des gens qui abandonnent un boulot allant à l’encontre de l’équilibre écologique, il y a les militants d’Extinction Rebellion qui essayent de bloquer un système qui nous broie, il y même des éco-guerriers qui détériorent les biens qui nous mènent au désastre, les SUV entre autres. Que des scientifiques se joignent à ce combat, comme déjà l’ont fait maints intellectuels, est donc une avancée dans la lutte contre le système thermo-industriel qui manipule actuellement tous les rouages de l’économie et même la psychologie des masses.

Lire, La désobéissance s’apprend, savoir déterminer l’injuste

« Désobéir » signifie « faire son devoir », répondre à ce que dicte sa conscience même si c’est à l’encontre des règles conventionnelles à un moment donné, et quel qu’en soit parfois le prix. Un désobéissant écolo trouve sa légitimité dans une action faite pour le bien commun, non seulement celui des générations présentes, mais aussi celui des générations futures, sachant qu’il faut aussi considérer la protection des autres espèces et la durabilité du milieu naturel. En clair, la désobéissance civile, mode d’action autrefois de Gandhi ou Luther King, repose principalement aujourd’hui sur des justifications d’ordre écologique. De toute façon on ne peut reprocher à des désobéissants de désobéir à une loi quand on s’enchaîne à la porte d’une banque. Sauf à considérer que le droit de la propriété l’emporte sur le bien collectif !

Il n’existe pas de loi ayant prévu de rendre la planète incompatible avec les différentes formes de vie. Il existe même une loi qui oblige à la préserver. La Charte de l’environnement à valeur constitutionnelle a été approuvée en congrès en 2005 et stipule : « Toute personne a le devoir de prendre part à la préservation et à l’amélioration de l’environnement (article 2) ». On peut également interroger notre démocratie telle qu’elle fonctionne avec des citoyens soumis à l’aliénation marchande. Quelle est la légitimité d’un vote qui déciderait que confort et pouvoir d’achat sont intouchables alors qu’une telle décision engendrerait un cadre de vie extrêmement détérioré pour des milliards d’individus présents et à venir ainsi pour de très nombreuses formes de vie ?

Un seul reproche à faire à cette tribune de scientifiques. Pourquoi s’en tenir aux questions climatiques et ne pas aborder toutes les autres questions liées aux technosciences, que ce soit l’usage immodéré de la chimie, la sophistication extrême des armes de guerre ou l’industrialisation forcenée de l’agriculture.

Dilemme chez les étudiants des Grandes écoles

Face à l’urgence écologique, que doit-on faire quand on est dans une grande école ? Déserter ou agir de l’intérieur ? Des étudiants de plus en plus nombreux se posent cette question à l’ENA, Polytechnique, Ecole des mines, IPEF (ingénieurs des ponts, des eaux et des forêts), Ecole nationale de la magistrature, etc.

Lire, l’impossible réveil écologique des ingénieurs

Marine Miller : « De l’intérieur, une nouvelle génération de hauts fonctionnaires « écolos » veut peser de tout son poids sur les politiques publiques de ces prochaines années, avec l’espoir d’imposer une forme de radicalité dans les rouages de l’Etat. Une fois à l’intérieur, armé et motivé, le chemin peut néanmoins se révéler sinueux.  Il y a ce qu’il est possible de faire à un niveau qui reste marginal, et la force psychologique qu’il faut posséder pour tenir à contre-courant. A extérieur, c’est pire. Les directeurs d’administration centrales sont des quinquagénaires qui perçoivent l’urgence écologique comme une variable parmi d’autres. Les jeunes le conçoivent comme un problème systémique. Lors de la dernière négociation de la politique agricole commune, les arbitrages pour la période 2023-2027 ont été très défavorables. Il y a une pyramide extrêmement verticale, chaque note est validée par dix personnes, et la position la plus ambitieuse finit par être réduite au plus petit dénominateur commun. Dans ce système décisionnel, il ne faut pas dire des choses dérangeantes. La dissonance cognitive règne en maître dans ce milieu. »

Le point de vue des écologistes

Les ingénieurs du futur devront créer des techniques qui prennent en compte les changements climatiques, la raréfaction des ressources, l’effondrement de la biodiversité. Autant dire que ça ne va pas se faire. Ce n’est plus de managers de haut niveau dont nous aurons besoin, mais d’artisans bien au fait des technique d’autant plus durables qu’elles seront rudimentaires. La distinction entre techniques douces et techniques dures (low tech contre high tech dit-on aujourd’hui) était connue depuis les années 1970.

Lire, Rêveries d’un ingénieur solitaire, Philippe Bihouix

On a préféré complexifier toujours d’avantage les processus de production et les machines jusqu’à instaurer un système techno-industriel tellement imbriqué et fragile qu’il va s’effondrer avec l’épuisement des ressources fossiles. Dans cette période de transition entre la rupture et la prise de conscience, il y a une forte propension du système croissanciste à casser toute initiative ou proposition de changement, forçant ainsi toute personne en dehors du discours dominant à l’accommodation et/ou à la distanciation. Étudiant (e)s des Grandes écoles, vous ne pourrez rien faire de l’intérieur du système techno-industriel… mais agissez quand même ! L’important n’est pas de réussir, mais d’aller dans la bonne direction.

Lire, Ingénieur et écologiste, c’est incompatible

Lire, Les ingénieurs doivent démissionner (suite)

Lecteur, lectrice, soutiens Pour un réveil écologique,

le lobby auprès des grandes écoles et des entreprises.

https://pour-un-reveil-ecologique.org/fr/

L’accès à l’Internet est-il une avancée ?

Les statistiques de l’ONU s’intéressent à la « marche du progrès ». Titre du MONDE : « En 2022, un tiers de la population mondiale n’a toujours pas accès à Internet .» Donc il y a déjà deux tiers de zombies et seulement un tiers de Terriens pas encore intoxiqués.Comme si le non-accès à Internet était plus grave que la malnutrition, l’absence de soins médicaux ou même le non-accès à des latrines ! On peut statistiquement faire un parallèle avec l’accès inexistant à l’eau potable, 3 millions de personnes meurent chaque année avec la pollution des eaux.

Selon l’Union internationale des télécommunications, une agence des Nations unies : « Quelque 5,3 milliards de personnes dans le monde utilisent désormais Internet. Bien que la croissance continue soit encourageante (???), la tendance suggère que, sans investissements supplémentaires dans les infrastructures (appel aux fonds publics) et une nouvelle impulsion (publicitaire) pour susciter de nouveaux savoir-faire numériques, les chances de connecter la population mondiale d’ici à 2030 (tous connectés, tous clonés) semblent de plus en plus maigres… Les pays les plus développés affichent des taux de plus de 80 % de leur population connectée. En Asie-Pacifique (les bons élèves), le taux de pénétration d’Internet progresse à 64 %. La (pauvre) Afrique n’a que 40 % de la population en ligne.»

Lire, La fin de l’infinitude en techno-économie

Le point de vue des écologistes

Le complexe techno-financier nous lance à toute vitesse vers le mur de la pénurie énergétique. A une époque assez proche, il fallait brancher le monde entier sur des réseaux électriques pour permettre aux plus pauvres des pays pauvres de réviser leurs leçons de choses à la lumière artificielle. Aujourd’hui cela ne suffit pas, il faut avoir son smartphone et l’accès aux réseaux sociaux. Mais pourquoi connecter tout le monde ? Pour en finir avec les palabres à l’ombre d’un arbre, pour les abrutir de fake news, pour mieux déterminer les opportunités de vendre des trucs inutiles, pour permettre aux djihadistes et autres sectaires de rassembler des troupes, pour les acheteurs de « temps de cerveau disponible », pour faire travailler l’industrie du porno, pour prendre rendez-vous avec le-la prostitué(e) du coin ??? Encore une fois le système techno-industriel nous vante le toujours plus de moyens quantitatifs, mais jamais n’aborde la question des objectifs qualitatifs.

Et dans 30 ans ou même moins, du fait de l’épuisement des sources de matériaux nécessaires aux équipements électroniques et de la pénurie énergétique, Internet deviendra obsolète. Les innombrables microsatellites qui orbitent au-dessus de nos têtes retomberont sur nos crânes.

Lire, Internet produit des imbéciles

Charte du journalisme « écologisé »

Nous relayons la « charte pour un journalisme à la hauteur de l’urgence écologique », publiée ce 14 septembre 2022 et cosignée par plusieurs rédactions et organisations de journalistes, et par de nombreux journalistes.

Le consensus scientifique est clair : la crise climatique et le déclin rapide de la biodiversité sont en cours, et les activités humaines en sont à l’origine. Les impacts sur les écosystèmes et les sociétés humaines sont généralisés et, pour certains, irréversibles. Les limites planétaires sont dépassées l’une après l’autre, et près de la moitié de l’humanité vit déjà en situation de forte vulnérabilité.

Dans son sixième rapport, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) insiste sur le rôle crucial des médias pour « cadrer et transmettre les informations sur le changement climatique ». Il appartient à l’ensemble des journalistes d’être à la hauteur du défi que représente l’emballement du climat pour les générations actuelles et à venir. Face à l’urgence absolue de la situation, nous, journalistes, devons modifier notre façon de travailler pour intégrer pleinement cet enjeu dans le traitement de l’information.

Tel est l’objet de la présente charte. Nous invitons donc la profession à :

1. Traiter le climat, le vivant et la justice sociale de manière transversale. Ces sujets sont indissociables. L’écologie ne doit plus être cantonnée à une simple rubrique ; elle doit devenir un prisme au travers duquel considérer l’ensemble des sujets.

2. Faire œuvre de pédagogie. Les données scientifiques relatives aux questions écologiques sont souvent complexes. Il est nécessaire d’expliquer les ordres de grandeur et les échelles de temps, d’identifier les liens de cause à effet, et de donner des éléments de comparaison.

3. S’interroger sur le lexique et les images utilisées. Il est crucial de bien choisir les mots afin de décrire les faits avec précision et rendre compte de l’urgence. Éviter les images éculées et les expressions faciles qui déforment et minimisent la gravité de la situation

4. Élargir le traitement des enjeux. Ne pas renvoyer uniquement les personnes à leur responsabilité individuelle, car l’essentiel des bouleversements est produit à un niveau systémique et appelle des réponses politiques.

5. Enquêter sur les origines des bouleversements en cours. Questionner le modèle de croissance et ses acteurs économiques, financiers et politiques, et leur rôle décisif dans la crise écologique. Rappeler que les considérations de court terme peuvent être contraires aux intérêts de l’humanité et de la nature.

6. Assurer la transparence. La défiance à l’égard des médias et la propagation de fausses informations qui relativisent les faits, nous obligent à identifier avec précaution les informations et les experts cités, à faire apparaître clairement les sources et à révéler les potentiels conflits d’intérêts.

7. Révéler les stratégies produites pour semer le doute dans l’esprit du public. Certains intérêts économiques et politiques œuvrent activement à la construction de propos qui trompent la compréhension des sujets et retardent l’action nécessaire pour affronter les bouleversements en cours.

8. Informer sur les réponses à la crise. Enquêter avec rigueur sur les manières d’agir face aux enjeux du climat et du vivant, quelle que soit leur échelle d’application. Questionner les solutions qui nous sont présentées.

9. Se former en continu. Pour avoir une vision globale des bouleversements en cours et de ce qu’ils impliquent pour nos sociétés, les journalistes doivent pouvoir se former tout au long de leur carrière. Ce droit est essentiel pour la qualité du traitement de l’information : chacun•e peut exiger de son employeur d’être formé•e aux enjeux écologiques.

10. S’opposer aux financements issus des activités les plus polluantes. Afin d’assurer la cohérence du traitement éditorial des enjeux du climat et du vivant, les journalistes ont le droit d’exprimer sans crainte leur désaccord vis-à-vis des financements, publicités et partenariats média liés à des activités qu’ils jugent nocives.

11. Consolider l’indépendance des rédactions. Pour garantir une information libre de toute pression, il est important d’assurer leur autonomie éditoriale par rapport aux propriétaires de leur média.

12. Pratiquer un journalisme bas carbone. Agir pour réduire l’empreinte écologique des activités journalistiques, en utilisant notamment des outils moins polluants, sans pour autant se couper du nécessaire travail de terrain. Inciter les rédactions à favoriser le recours aux journalistes locaux.

13. Cultiver la coopération. Participer à un écosystème médiatique solidaire et défendre ensemble une pratique journalistique soucieuse de préserver de bonnes conditions de vie sur Terre.

https://www.acrimed.org/Charte-pour-un-journalisme-a-la-hauteur-de-l

Quel traitement merdiatique pour l’écologie ?

Michel Rocard devant les élèves du Centre de formation des journalistes : «  Vous futurs journalistes allez devenir des spécialistes de l’instantané. Or la politique relève du long terme. La brièveté des messages implique que l’on n’aille pas vers la complexité. Vous chercherez seulement le choc de la petite phrase. L’échange d’arguments rationnels qui forme le cœur de la démocratie a été transformé par l’avènement des écrans, Chaque événement fait son entrée en scène à toute vitesse et disparaît aussitôt pour céder la place à un autre. C’est donc un monde sans beaucoup de cohérence ni de sens ; un monde qui ne nous demande pas d’agir et ne nous le permet pas non plus. Aux Etats-Unis, le dialogue politique est conduit pour l’essentiel au moyen d’annonces télévisées de trente secondes. En France les journalistes coupent la parole des politiques au bout de 10 secondes ! Alors, pour expliquer politiquement des questions aussi complexes que le pic pétrolier… Nous écrivions cela sur ce blog en 2011. Dix ans après, rien n’a changé.

Aude Dassonville : En décembre 2022, alors que les températures étaient anormalement hautes, on voyait des reportages montrant des gens en maillot de bain, et aucun éclairage s’interrogeant sur le caractère anormal de ces températures. Hervé Kempf regrette : « La plupart des médias montrent ce qui se passe sans chercher à le relier aux causes et encore moins à des réflexions sur ce qu’il faudrait faire. » Le nombre, l’intensité et la durée des catastrophes de ces dernières semaines seront-ils de nature à faire de l’été 2022 une date charnière dans le traitement médiatique du dérèglement climatique ? En octobre 2021, une étude réalisée pour les Assises internationales du journalisme avait montré que, plutôt qu’à un « traitement anxiogène, catastrophiste et moralisant, c’est à une information concrète, porteuse de solutions (51 %), mais aussi vérifiée (42 %) et pédagogique (35 %) qu’en appellent les Français. »

Le point de vue des écologistes

Helga: un traitement médiatique sensationnaliste en période de crise puis plus rien quand c’est terminé, en attendant la prochaine crise. Des sujets traités à froid et à fond seraient bien plus utiles pour la prise de conscience du public mais généreraient moins de revenus (moins de clics, moins d’audience, moins d’espaces publicitaires).

Sauf qui Peut : Un journal est d’abord et reste une entreprise commerciale. Malheureusement. Comment vendre et faire du profit avec une information aussi indigeste que angoissante…? Heureusement, il reste à publier quelques photos bien encadrées du dernier aléa climatique avec interviews des campeurs survivants. Et puis on tourne la page et on publie les derniers chiffres de la croissance dûment commentés par le ministre de service.

FrédH : Je regarde actuellement un reportage du 13h de France 2 sur l’éco tourisme dans un lodge de luxe au Botswana. Le journaliste suit 2 touristes françaises qui sont ravies de se balader à dos de chevaux dans la réserve au lieu d’être en 4×4. Tout cela est bien mignon mais comment ces 2 touristes aisées se sont rendues au fin fond du Botswana ? En vélo, à pied, en train ? Moi je parierais sur l’avion et était -il éco responsable ? Ça le journaliste (qui lui même profite de ce séjour) ne le mentionne pas !

Etre Europeen : Très dur de s’apercevoir que l’on a fait fausse route. Encore plus dur lorsqu’on s’est posé comme civilisation étalon pour l’humanité toute entière. Regardez comme l’homme blanc est brillant et surpasse toutes civilisations en matière de technologie. Regardez comme l’homme et le seul et unique à avoir posé son pied sur la lune. Regardez comme l’homme blanc, dans sa supériorité, est la source et l’origine de la Révolution Industrielle qui a « libéré » l’être humain de très nombreuses contraintes physiques et lui ont permis de dépasser toutes ses limites.

Gaspard : Oui. Il faut répandre l’anxiété et la culpabilisation dans tous les reportages, traquer la légèreté, l’insouciance et l’indifférence avec férocité. Personne ne doit plus profiter du soleil ou de la pluie en toute innocence, consommer de la viande, du poisson ou du foie gras, prendre l’avion, circuler en voiture, visiter un zoo, fréquenter des lieux climatisés, acheter des produits non bios ou locaux, utiliser des diffuseurs anti-moustiques etc. sans se sentir horriblement honteux, ni s’excuser sans fin. Le journaliste doit devenir un juge et un inquisiteur, il en va du sauvetage de la planète, des glaciers, des ours blancs et de l’espèce humaine.

Dubitativ : Les médias sont détenus par les plus grosses fortunes françaises chantres du capitalisme. Une charte de bonne conduite pour le climat dans ce contexte fera le même bruit qu’une assemblée applaudissant d’une seule main.

Lire, Les journalistes et l’écologie vendue au capitalisme

Michel SOURROUILLE : Sortant des écoles de journalisme, il est imprudent de contester un modèle qui permet au plus grand nombre d’accéder au confort ou à une espérance de vie plus longue. Aller contre le sens du courant idéologique dominant, c’est – pour un journaliste – prendre le risque de se discréditer tant auprès des sources officielles qu’auprès de ses confrères. Sommés d’entretenir de bonnes relations avec les sources officielles, les journalistes se trouvent cantonnés à ce qui est dicible du point de vue des acteurs institutionnels. Ces logiques de censures invisibles sont particulièrement prégnantes en matière d’écologie dans la mesure où la préoccupation environnementale a été stigmatisée. Pour devenir médiatique, la cause écologique a donc abandonné une de ses principales ambitions idéologiques, celle consistant à montrer pourquoi le croissancisme est un projet insoutenable, une réalité présente à dépasser.

Lahlassa : j ai toujours trouvé anormal que les présentateurs météo parlent de  » mauvais temps » pour dire qu’il va pleuvoir en plein hiver et de  » beau temps ensoleillé  » pour journées anormalement chaudes. en fait le mauvais temps c est quand il fait 25 degrés en plein hiver.

Geisberg : Un bédouin m’a dit un jour que nous autres occidentaux sommes tarés, puisque nous disons que le temps est mauvais quand il pleut…

Mkas : je confirme. Rares sont les bulletins météo, surtout en été, qui parlent de la pluie de façon positive. Je crois que ça commence à changer : le mauvais temps et le beau temps = expressions à interdire.

Toledino 20/08/2022 – 16h18

Bonnes initiatives mais il faudrait aussi aller plus loin dans la cohérence : dire que amortir la hausse des carburants de manière indifférenciée, c’est aussi donner une prime à la consommation de GES, se féliciter des succès de Airbus, Renault et Peugeot c’est contradictoire avec une politique de transition, etc …. Il faut analyser toutes les informations sous l’ angle de la crise écologique pour faire progresser les consciences.

Lire, au MONDE, les journalistes frustrés d’écologie (10 septembre 2013)

Pour une démondialisation des échanges

En économie les concepts, loin de former une intangible théorie scientifique issue de la modélisation des faits, précèdent généralement les évolutions de la réalité. Comme disait Keynes, une politique économique est bien souvent la mise en œuvre des idées d’un économiste déjà mort

Lire, Après le Covid-19, vers une démondialisation

Antoine Reverchon : Aujourd’hui, le mot decoupling en anglais désigne la tendance à réduire voire supprimer les liens d’interdépendance économique qui unissent les Etats-Unis, et plus largement l’Occident, à la Chine. Le découplage est devenu une option stratégique, non seulement pour les gouvernements, mais aussi pour les entreprises. Le 18 janvier, le président Xi Jinping déclarait que « les pays du monde doivent poursuivre le véritable multilatéralisme. Nous devons (…) rechercher l’intégration et non le découplage ». Mais, à l’intérieur du pays, de nombreux analystes ne sont pas censurés lorsqu’ils prônent… le découplage. Les grandes entreprises chinoises ont reçu l’ordre de recourir le plus possible à des fournisseurs domestiques.

La mondialisation est passée du registre de la solution à celui du problème, au grand dam des économistes convaincus des bienfaits pacificateurs du « doux commerce ». Car la multiplication des localisations tout au long de la chaîne de production fragilise l’ensemble : si l’un des maillons vient à manquer, c’est toute la chaîne qui s’effondre. Juste avant la pandémie, 70 % du commerce international était réalisé au travers de chaînes de valeur mondialisées. L’augmentation durable des prix des carburants va pousser les entreprises à favoriser les productions à proximité du consommateur. Bienvenue au circuit court !

Le point de vue des écologistes

Autarcique : La corrélation entre libre échange et libéralisme politique est totalement infirmée par le cas chinois : si l’entrée de Pékin à l’OMC en 2001 a bien bouleversé le commerce mondial, la dictature communiste s’en est trouvée renforcée. La loi de sécurité nationale interdit depuis le 30 juin 2020 toute expression de défense de la démocratie à Hongkong aux étrangers, qu’il s’agisse de personnes physiques ou morales, en Chine comme hors de Chine !

Dominique Deux : Nous subissons ce que nous avons infligé avec la « mondialisation-colonisation ». Les habitants des Amériques comme ceux de l’Afrique,en subissent les effets depuis Christophe Colomb : commerce triangulaire, coton indien, café et caoutchouc brésiliens…

Izy : Le capitalisme est indifférent aux moyens. Seule compte pour lui la fin : le gain financier privé maximum. Mondialisme ou nationalisme, légalité ou illégalité, crime organisé, finance claire ou opaque, entreprise avec pignon sur rue ou crime organisé, il n’en a rien à faire. Quand un moyen de s’enrichir devient inopérant, il se reporte sur un autre.

HEGEL : L’argument selon lequel la mondialisation a permis de sortir une partie de l’humanité de la pauvreté m’a toujours étonné. Les inégalités nord/sud ont explosé. Et la montée du populisme a fait apparaître les conséquences politiques néfastes pour la démocratie que pouvaient receler la mondialisation.

Michel SOURROUILLE : L’écologie penche pour le protectionnisme, la démondialisation, en définitive la relocalisation. Rappelons d’abord qu’un libre-échange basé sur le va-et-vient de produits quasi-similaires est une absurdité. Un jour Fritz Schumacher vit un camion à l’effigie d’une marque de biscuits écossais entrer dans Londres ; peu après il apprit qu’une entreprise fabriquant des biscuits à Londres acheminait sa production jusqu’en Écosse. Cette découverte le troubla profondément. En tant qu’économiste, il ne parvenait pas à comprendre pourquoi des être compétents se voyaient contraints de conduire un camion d’un bout à l’autre des îles britanniques dans le seul but de transporter des biscuits. Mais le coût humain et environnemental d’une telle manœuvre n’avait alerté personne. Parce que le faible coût des déplacements grâce aux énergies fossiles a multiplié les échanges, nous sommes passés insensiblement de territoires vivants une quasi-autarcie il y a 200 ans à une mondialisation féroce. Rappelons que la perte d’autonomie quand on ne peut plus nourrir son peuple est synonyme de famine à venir. Mais dans nos société sur-développées, c’est le manque de masques ou de vaccins produits localement qui a fait le buzz.

Arnaud Montebourg : Le bilan de la dernière décennie de mondialisation est un désastre  : délocalisation en série, destruction d’emplois et d’outils de travail, diminution des revenus du travail par la pression à la baisse. Si l’on voulait résumer les quinze années écoulées, il ne serait pas excessif de dire que la mondialisation a fabriqué des chômeurs au Nord et augmenté le nombre de quasi-esclaves au Sud. Cette ouverture aux marchandises et aux capitaux est l’ennemi déclaré de l’économie locale, y compris au niveau alimentaire.

Lire aussi, Patriotisme économique et démondialisation

Voler en jet privé… ou en classe touriste ?

Tracés sur les réseaux sociaux, les vols en jets privés suscitent l’indignation quant à leur bilan carbone. Mais le tourisme de masse garde toutes les faveurs des merdias vendus au système marchand.

Clément Beaune, ministre délégué aux transports :  Il existe des motifs d’urgence, mais le jet privé ne peut pas être un mode de déplacement individuel de confort Il ne s’agit pas pour autant d’interdire les vols en jet privés, laviation d’affaire étant une activité économique importante en France ».

Julien Bayou, secrétaire général d’EELV) : « Un jet pollue dix fois plus qu’un avion. Il est donc temps de les bannir, parce qu’ils nous empoisonnent littéralement avec leurs  déplacements caprices... Si on mettait une taxe, par exemple de 15 000 euros, ce ne serait même pas de l’argent de poche pour ces personnes »

Le point de vue des écologistes

TellagNono : Je ne sais pas ce qui est le plus effrayant, que des ultras-riches ne se rendent pas compte de l’indécence de leur comportement égocentré ou que la majorité des citoyens légitiment celui-ci (ça n’a pas tellement d’impact, ça va coûter des emplois, ça va les contrarier…).

Bga80 : « Il nous faut définir les limites technologiques à ne pas dépasser estimait Ivan Illich dans son livre La convivialité (Seuil, 1973). Malheureusement ces limites ne s’imposeront pas par les élections, ni par la population d’ailleurs ! Pour exemple, un sondage sur Le Point avec cette question « Faut-il interdire les jets privés comme le demande Julien Bayou ?  » Et ben 66,8 % des gens s’opposent à cette interdiction !! Alors qu’il n’y a même pas 0,0000001 % de gens propriétaires d’un jet privé ! C’est quand même incroyable que la grande majorité des gens s’opposent à cette interdiction alors que nous entrons en pleine déplétion des ressources fossiles, et donc du kérosène ! Nous allons donc attendre un prix du baril à 1000 euros pour réagir, mais nous aurons déjà les pieds dans l’eau en France, et/ou nous vivrons dans un territoire désertifié… La planète brûle et les gens regardent ailleurs !

PU : Vu l’impact réel en pollution des jets privés, il s’agit d’abord d’un enjeu symbolique, celui du partage des efforts à venir pour tenter une upture écologique. Mais le symbolique est essentiel en politique.

Eric.Jean : Toucher à des symboles comme la vie de luxe n’a strictement aucun effet. Pour un résultat mesurable, il faudrait au minimum interdire tous les déplacements motorisés de loisirs, à commencer par la totalité de l’aviation civile mondiale. Évidemment ce serait la faillite d’Airbus & Co et d’au-moins la moitié de l’économie liée au tourisme, ce qui ferait très mal particulièrement en France… mais il est plus que temps d’arrêter de rêver car décarboner l’économie ne se fera pas sans douleurs.

JlF : « L’aviation d’affaire est une activité économique importante en France », dit le ministre. Tant que l’économie prendra le pas sur l’économie, on continuera de faire des colloques, des COP et d’écrire des rapports, mais on ne fera rien. Il y a certes du cash derrière les jets privés, comme d’ailleurs derrière les yachts, les paquebots de croisières, et les voitures individuelles. Tant que les riches pourront devenir encore plus riches et faire rêver les pauvres, on aura toujours le même discours commençant par : « oui mai, il y a des intérêts économiques ». Et pourtant, face à la catastrophe écologique en cours, il ne s’agit plus d’opposer la fin du monde à la fin du mois.

Requiem : Commençons par – supprimer l’avantage fiscal sur le kérosène, – supprimer les subventions des collectivités locales et des chambres de commerce aux petits aéroports et aérodromes de tourisme – mettre une substantielle taxe d’usage des aérodromes et aéroport (il existe bien une taxe de séjour pour les nuitées touristiques)… Cela a l’avantage de n’être pas « liberticide » et d’être justifié écologiquement, économiquement et politiquement et d’être applicable rapidement.

Charles Bastille : Pourquoi ne pas taxer aussi les personnes qui circulent seules dans leur voiture ? Autre question, quelle est la consommation, rapportée au nombre de personnes transportées au km des deux roues motorisées ? Alors, pourquoi ne pas interdire aussi l’utilisation pure et simple des deux roues motorisés.

Alain Georges : Pourquoi les riches changeraient-ils leur train de vie, alors que nous – classe moyenne- refusons de changer le nôtre ? Car si Bernard Arnault et consorts sont les riches des Français, le Français moyen est le riche de la grande majorité de l’humanité. Et malgré qu’il a créé le réchauffement climatique et continue de l’alimenter, le Français moyen et ses homologues occidentaux n’ont aucune intention de dédommager la grande majorité de l’humanité pauvre qui subit de plein fouet le réchauffement, d’une part; ni, d’autre part, de réduire drastiquement sa consommation et ses émissions de GES. Ne nous cherchons pas un bouc-émissaire – fût il milliardaire – pour nous dédouaner de notre refus d’agir véritablement.

JM_duSud : Quand je lis dans un autre article que Ryanair a transporté à elle seule 16,8 millions de personnes rien qu’en juillet, je pense que faire un débat politique sur les avions d’affaires est complètement lunaire… Le tourisme de masse est un vrai fléau écologique.

Friday : C’est une excellente chose que ce genre de sujet émerge dans le débat public. L’alternative est réelle : désinciter par l’argent ou interdire par la loi ? Question cruciale pour tout le processus de transition, qui se pose à tous les niveaux, pour les comportements des citoyens, des entreprises, des administrations, etc. Car comment demander au Français moyen de payer plus cher son essence ou son chauffage (ce qu’on ne pourra pas éviter) si on est même pas capable de taxer le kérosène des milliardaires ? Intenable…

Lithopedion : Plutôt que d’interdire tel ou tel mode de transport, je propose la création du « Pass Carbone », variante du Pass Sanitaire, qui recense toutes les activités polluantes ou compensatoires, et qui plafonne l’empreinte carbone à 0,6 t de CO2 par an par individu. Ainsi, à chaque fois que vous irez faire le plein, il faudra présenter son pass carbone, et une entrée sera ajoutée dans l’application mentionnant le type de carburant et la quantité achetée. En cas de dépassement du quota carbone, il ne sera plus possible d’aller faire le plein ou de prendre l’avion.

Hansi : Le plus simple serait de pucer chaque individu et à chaque fois qu’il passe dans un aéroport, dans un hôtel, on le trace et on lui enlève une partie de son quota carbone.

Dino : On va vers une économie de la pénurie, du rationnement et des quotas, il va falloir s’y habituer. On peut pleurnicher et vitupérer autant qu’on veut contre les khmers verts et les pastèques, ça ne changera rien. Quand vous n’aurez plus d’eau dans le robinet et que prendre l’avion sera devenu tellement prohibitif qu’on ne pourra plus se le permettre, tout le monde sera pour l’interdiction des jets privés.

Partipris : A quand le bannissement des vélos électriques ? Encore un effort camarade.

Écologie, le ministère de l’impossible

Robert Poujade (1928-2020), le premier titulaire du portefeuille de l’environnement en 1971, avait qualifié son poste de « ministère de l’impossible » ; la formule reste d’actualité. Michel Sourrouille avait publié un livre en octobre 2018, « Nicolas Hulot, la brûlure du pouvoir ». Dès la nomination de Nicolas comme ministre de l’écologie, il avait prévu qu’il démissionnerait, un écologiste sincère, même très motivé, ne peut pas grand-chose au gouvernement. Mais ce n’est pas seulement la faute des politiciens en place et d’un système économique croissanciste. Comme l’exprimait Nicolas Hulot, « il n’y aura pas de sortie de la myopie démocratique si les citoyens ne sont pas eux-mêmes les défenseurs d’une conscience élargie du monde dans le temps et dans l’espace. » Un ministre de l’écologie a besoin de l’engagement de chacun d’entre nous, sinon il ne peut pas faire grand chose. Nous sommes tous co-responsables face à l’urgence écologique.

Lire, Nicolas Hulot vivait au ministère de l’impossible

Léo Cohen

Après huit cents jours passés à l’hôtel de Roquelaure à Paris, auprès de Barbara Pompili lorsqu’elle était secrétaire d’Etat à la biodiversité (2016-2017), puis du ministre de l’écologie François de Rugy (2018-2019), j’ai quitté mes fonctions ministérielles épuisé, découragé. J’ai vu de près les blocages s’additionner, jusqu’à former un mur infranchissable, notre manière de gouverner est antinomique de l’action environnementale. Les lobbys privés ralentissent ou empêchent l’action, des projets désastreux pour l’environnement, comme la Montagne d’or, une immense mine au cœur de la forêt tropicale guyanaise, deviennent rentables grâce aux subventions publiques. Les hauts fonctionnaires sont pour la plupart « totalement hermétique » au défi climatique. Le ministre de l’écologie est confronté à la fois à une grande « solitude » et à un « parcours du combattant » .

« 800 jours au ministère de l’impossible. L’écologie à l’épreuve du pouvoir », de Léo Cohen, Les Petits Matins, 144 pages, 15 euros.

Justine Reix

J’ai mené l’enquête pendant deux ans, des couloirs de l’Assemblée nationale aux bureaux feutrés, à la rencontre de ministres, de députés, d’ONG, de chercheurs ou de lobbyistes. Le ministère n’a cessé de voir son budget et ses effectifs fondre, année après année − même si son administration compte 52 000 agents. Il est encore trop petit et trop faible pour une cause bien trop grande, l’espérance de vie du mandat est une des plus courtes au sein du gouvernement. Le fait de placer le ministère de l’écologie comme numéro deux ou trois relève seulement de la poudre aux yeux. Roquelaure est le siège d’un ministère transversal confronté à ses ennemis, l’économie, mais aussi l’agriculture, l’éducation ou les armées. Il y a concurrence temporelle entre l’écologie – dont les bénéfices se mesurent à long terme – et un système politique centré sur le court terme, dont la priorité est de faire baisser la dette et le taux de chômage pour voir ses dirigeants réélus. Nicole Bricq a été écartée du ministère de l’écologie, un mois après son arrivée, pour avoir annoncé la suspension des permis d’exploration d’hydrocarbures, une décision pénalisant l’entreprise pétrolière Shell, qui prospectait au large de la Guyane. La ministre Ségolène Royal a institutionnalisé la formule de l’« écologie punitive », qui a contribué à décrédibiliser les politiques environnementales…

« La Poudre aux yeux. Enquête sur le ministère de l’écologie », de Justine Reix, JC Lattès, 240 pages, 19 euros.

Michel Sourrouille : Être ministre de l’écologie, c’est difficile, souvent insupportable. D’une certaine manière, on sort toujours abîmé de l’antagonisme qui existe entre nos idéaux et la dure réalité de la politique. En tant que ministre, tu dois à la fois protéger les loups et protéger les éleveurs. Il n’y a plus de choix parfait, il faut mécontenter tout le monde en choisissant entre deux mauvaises solutions. Le problème global, c’est qu’on devrait aller à contre-sens de la marche actuelle de la société thermo-industrielle. Le problème personnel d’un ministre de l’écologie, c’est qu’il doit éviter d’être contaminé par les habitudes de pensée des autres membres du gouvernement qui pensent majoritairement business as usual et croissance à n’importe quel prix. En 1995, Nicolas pouvait écrire : « Je passais en revue le spectacle politique, médiatique, judiciaire qui souvent nous égare. Ces règles qu’on nous impose, ces opinions que l’on nous dicte, ces notions de réussite dont on nous gave, ces pouvoirs dispersés, chacun rêve d’en abuser. Je me méfie comme de la peste de ces influences sournoises qui diffusent et s’immiscent sans éveiller la conscience. Religieuses, éducatives, idéologiques, elles façonnent le creuset de nos pensées en évitant trop souvent le chemin de la réflexion. Je me méfie des grands courants impétueux comme de la peste. Il faut savoir se rebeller contre toutes ces dépendances et conserver son libre arbitre : être rebelle pour choisir ensuite. » Mais difficile de nager de façon autonome contre le courant dominant. Le troisième problème est temporel. Un ministre de l’écologie ne peut pas tout faire en même temps, il doit donc décider d’un calendrier programmatique, ce qui laissera de côté bien des domaines d’action. De plus il devra gérer en priorité les événements de court terme, ce qui l’empêchera de prendre le temps de préparer le long terme pour les générations futures.

Les prédécesseurs de Nicolas Hulot forment un florilège de ministres en difficulté, si ce n’est en perdition. Le premier de nos ministres, délégué à la Protection de la nature et de l’Environnement (Robert Poujade), est nommé en janvier 1971. Dans son livre-témoignage, Le ministère de l’impossible (Calmann-Lévy, 1975), il s’appuyait sur sa propre expérience pour montrer l’impossibilité d’une politique écologique au sein d’un gouvernement obnubilé par le PIB. « C’est intéressant, votre ministère. Il ne devrait rien coûter à l’Etat », entend-il dès son arrivée. « Vous n’aurez pas beaucoup de moyens. Vous aurez peu d’action très directe sur les choses. » prévient le président de la République Pompidou. Ses bureaux, composés à la hâte avec des paravents, ne sont pas fonctionnels : « Avec 300 fonctionnaires et un budget minuscule, il me fallait infléchir – essayer d’infléchir ! – la politique d’une douzaine de ministères, disposant d’administrations puissantes, et de très grands moyens. » Les autoroutes se multiplient, le ministère de l’Environnement a le droit d’émettre un avis sur le tracé, en aucun cas de s’interroger sur le bien-fondé de la bétonnisation. Alors que Pompidou martèle qu’ « il faut adapter la ville à l’automobile », on détruit des anciens quartiers pour dérouler des voies express ; on ferme aussi des voies de chemin de fer, on développe l’agriculture intensive à grands déversements d’engrais et de pesticides. Robert Poujade est réduit à l’impuissance :

« J’ai souvent ressenti avec amertume la force des intérêts privés et la faiblesse de l’État. J’ai eu trop souvent le sentiment de lutter presque seul contre des entreprises que tout aurait dû condamner… On accepte de subventionner n’importe quelle activité sous la pression des intérêts privés, mais beaucoup plus difficilement de prélever une part très modeste de profits, faits au détriment de la collectivité, pour lui permettre de réparer des dommages… La civilisation industrielle a préféré le rendement immédiat à la protection des ressources naturelles. »

Ministre de l’environnement entre 1995 et 1997, Corinne Lepage tire de son expérience le livre On ne peut rien faire, Madame le ministre (Albin Michel, 1998) :

« Il est un abîme entre la manière dont l’immense majorité des politiques croient pouvoir traiter les questions écologiques et ce qui serait, en réalité, impératif pour répliquer de manière efficace aux périls Le principe d’intégration qui veut que l’environnement soit intégré en amont de tous les choix publics est piétiné… Les ministères de l’agriculture, de l’industrie, des transports, de la santé, gèrent désormais seuls ou presque les pesticides et les nitrates, les choix énergétiques, le bruit des avions et les pollutions de la mer… Le ministère de l’agriculture sera celui des agriculteurs, le ministère des transports celui des transporteurs : cette organisation verticale est en contradiction totale avec les impératifs de la gestion des systèmes complexes qui appellent à l’horizontalité. »

Serge Lepeltier, ministre de l’écologie et du développement durable en 2004-2005, ose dans son allocution de départ :

« J’ai réalisé que les enjeux environnementaux sont plus considérables qu’on ne le dit. Mon ministère est un ministère qui dérange, l’empêcheur de tourner en rond. Alors ceux que l’on dérange, les représentants d’intérêts particuliers, ne souhaitent qu’une chose, c’est qu’il n’existe pas. C’est ma crainte. On ne le supprimera pas, c’est impossible politiquement. Mais, sans le dire, on risque de n’en faire qu’une vitrine. »

Chantal Jouanno, secrétaire d’Etat chargée de l’écologie (2009-2010) a pu écrire :

« On m’a fait venir au gouvernement en me disant « on veut une écolo moderne ». En fait, ils voulaient l’image, mais pas le son. Et moi, j’ai produit du son ! J’étais en désaccord avec le premier ministre François Fillon sur la construction du circuit de formule 1 dans les Yvelines, ou la taxe carbone, je l’ai dit. On me l’a reproché. « Maintenant que tu es ministre, tu n’es plus une militante, mais une politique » m’a dit François Fillon. Sous-entendu : tu dois savoir taire tes convictions. C’est castrateur d’être au gouvernement. On a le choix entre se taire, pour espérer faire avancer ses dossiers, ou dire ce qu’on pense et abandonner l’idée de peser dans l’action gouvernementale. »

Nicole Bricq, ministre (socialiste) de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie, n’a duré qu’un mois (16 mai 2012 au 18 juin 2012). Elle a été licenciée par le premier ministre (socialiste) Jean-Marc Ayrault pour avoir voulu suspendre des forages pétroliers au large de la Guyane. Sa remplaçante entre juin 2012 et juillet 2013, la socialiste Delphine Batho, a été licenciée par Jean-Marc Ayrault… parce qu’elle contestait la faiblesse du budget qui avait été attribué à l’écologie ! Un ministre de l’écologie, ça ferme sa gueule ou il est mis à la porte.

Nicolas Hulot savait tout cela, et il a été confronté aux mêmes difficultés. Rappelons son état d’esprit :

« Je peux passer dans la même phrase de l’abattement à l’espoir. Trois fois par jour, j’ai envie de tout abandonner. Et puis je me dis qu’il ne faut pas. A un moment, le bon sens finira par s’imposer. Je suis surnommé le « commandant couche-tôt » par mes amis – je ne bois pas, je ne fume pas, je m’endors avec les poules et je me réveille avec les mouettes. J’ai pourtant du mal à dormir car chaque nuit, je fais le procès de la veille. On peut toujours aller plus loin, faire mieux. J’ai un côté Primo Levi, celui de l’homme qui se demande « pourquoi suis-je vivant, à quoi puis-je être utile ? » Je suis « habité » par mes convictions. »

Or il est impossible de défendre véritablement la cause écologique dans une France où nos ressortissants sont arc-boutés sur leur privilèges et leur niveau de vie, dans une Europe ressassant les slogans usés de la concurrence libérale et de la compétitivité, dans une cacophonie mondiale où les nations du monde entier sont allergiques à la pensée du bien commun. Nicolas, moi-même et bien d’autres militants, nous essayons de forger un discours commun, un langage de référence qui puisse se généraliser à l’ensemble de nos concitoyens. Nous sommes un peuple en formation, taraudé par le même désir, l’équilibre entre l’espèce humaine et notre terre d’appartenance. Pour changer la société, nous devons être des millions, pas une poignée de radicaux. Un ministre écolo sans le soutien du peuple ne peut pas faire grand-chose, un peuple sans ministre écolo se retrouve orphelin. L écologie au gouvernement, c’est impossible, mais pour reprendre les mots de Nelson Mandela, « Cela semblait impossible jusqu’à ce que ce soit fait ».

« Nicolas Hulot, la brûlure du pouvoir » de Michel Sourrouille, octobre 2018

Représentativité démocratique par panel !

La démocratie directe dans un petit groupe est à l’image des citoyens, mais dans une population nombreuse la démocratie représentative ne reflète que l’idéologie personnelle ou clanique des élus quant il n’y a pas de mandat impératif. Il est difficile dans un contexte de démocratie de masse de définir les formes d’un système qui exprimerait le pouvoir d’un peuple décidant à bon escient.

Dominique Rousseau estime que nous sommes arrivés au bout du cycle de la démocratie représentative. La journaliste du MONDE Claire Legros envisage la participation citoyenne comme alternative. Mais dans les sociétés composées d’un très grand nombre de personnes, il est absolument impossible de réunir la libre expression de l’ensemble des citoyens et citoyennes sans exclure. Instituer par exemple un référendum en France sur la suppression ou l’extension du nucléaire civil serait un exercice à haut risque pour quelque gouvernement que ce soit. Cette contrainte du nombre pèse d’autant plus qu’il n’y a pas de références partagées dans notre monde multipolaire où il n’existe plus de discours légitimé, qu’il soit religieux, idéologique ou même rationnel. C’est pourquoi la démocratie représentative conserve encore beaucoup de partisans.

Notons que le système monarchique peut être considéré déjà comme un système représentatif, le suzerain ayant une force symbolique exprimant une sorte de « représentation-fusion » du peuple. Et les leaders charismatiques relèvent de cette même tendance à personnifier le pouvoir. C’est d’ailleurs la solution la plus simple pour cristalliser l’idée qu’on se fait du devenir et de la sécurité d’un groupe humain très nombreux. Pourtant il s’agit d’une autorité remise aux mains d’une personne dont on n’est jamais sûr de la clairvoyance de ses décisions. Un pouvoir sans contre-pouvoirs entraîne souvent l’abus de pouvoir. C’est pourquoi la représentation par élection donne l’avantage de ne confier la souveraineté que d’une manière temporaire.

Dans son livre, « Ces princes qui nous gouvernent », Michel Debré pouvait affirmer en 1957 : « Le nombre de citoyens qui suivent les affaires publiques avec le désir d’y prendre part est limité : il est heureux qu’il en soit ainsi… Le simple citoyen qui est un vrai démocrate se fait, en silence, un jugement sur le gouvernement de son pays et lorsqu’il est consulté à dates régulières pour l’élection d’un député par exemple, exprime son accord ou son désaccord. Après quoi, comme il est normal et sain, il retourne à ses préoccupations personnelles . » Le corps de la nation est ainsi associé à celui de ses élus.

Les temps changent. Mai 1968 a favorisé la libération de la parole, l’invention d’Internet a facilité l’expression individuelle, il y a une propension médiatique à mettre en avant le plus infime des mouvement de contestation. Tous ces éléments ont contribué à contester la représentativité des élus. Le mouvement des Gilets jaunes a entraîné l’instauration du Grand débat, mais cette démarche, donnant la parole à qui le veut avec des questions qui orientaient d’une certaine façon les réponses, a abouti à des données non exploitables ou des propositions non consensuelles. Il s’agissait en fin de compte d’un grand Barnum de la communication. Les conclusions tirées de cette expression collective, ce fut le seul discours du président de la république et 10 milliards d’euros mis sur la table. Par contre la Convention citoyenne pour le climat, un panel de 150 citoyens tirés au sort, a été efficace. Il s’agissait d’une mise en application de ce qu’on appelle les conférences de consensus (ou de citoyens, ou conventions). Ces débats organisés constituent une nouvelle forme d’exercice démocratique alliant citoyen de base, tirage au sort et réflexion collective sur des problèmes contemporains. Elles sont expérimentées à l’origine dans les années 1970 par le sociologue allemand Peter Dienel ; les « cellules de planification » rassemblent des groupes de 25 personnes tirées au sort parmi les habitants d’un quartier. Mobilisés pendant plusieurs jours, ils reçoivent des éléments de formation et d’information sur le problème à traiter, puis délibèrent pour élaborer des recommandations. De nouvelles perspectives apparaissent en 1987 quand le Danish Board of Technology affine la méthode qu’il baptise « Conférence de consensus ». Ce projet a mobilisé un groupe de citoyens à qui on a soumis une question qui n’appartenait en rien à la sphère locale, elle portait sur l’usage des organismes génétiquement modifiés. La première conférence de consensus a eu lieu en France en 1998 sur le même thème.

De nos jours, les membres de la Convention pour le climat a travaillé pendant neuf mois pour répondre à une question ambitieuse, « Comment réduire d’au moins 40 % par rapport à 1990 les émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030, dans le respect de la justice sociale ? » Cette réflexion collective a abouti à 149 propositions soumises au parlement, mais, ce qui est moins connue, à un rapport de 600 pages dont voici quelques extraits significatifs de l’introduction : « Citoyennes et citoyens de toutes origines et professions, nous sommes représentatifs de la société ; nous avons été sélectionnés par tirage au sort selon une génération aléatoire de numéros de téléphone, sans nous être portés volontaires préalablement. Nous ne sommes pas des experts, la convention citoyenne reconnaît la capacité des citoyens moyens de s’exprimer sur un sujet d’avenir majeur. » Ce microcosme délimité statistiquement semble bien être une incarnation du peuple. Pourquoi ne pas généraliser une telle procédure ? La démocratie aurait tout à gagner à permettre fréquemment à un panel de citoyens de délibérer sur une thématique. Cette réflexion en petit groupe pourrait même faire l’objet d’émissions de « télé-réalité » en continu qui, pour une fois, serviraient à quelque chose. Reste à déterminer ce que les parlementaires, désignés encore pour le moment par élection, devront faire des résultats obtenus.

Lire, Tout savoir sur les conférences de consensus

Quelques articles antérieurs sur notre blog Biosphere quant à la démocratie :

Lire, Quelle démocratie dans une société écologisée (2021)

Lire, Une démocratie véritable par tirage au sort (2020)

Lire, Biosphere-Info, un consensus sur le climat (2020)

Lire, Tout savoir sur les conférences de consensus (2020)

Lire, Sans écologisme, la démocratie part en vrille (2019))

Lire, Quelle démocratie en période d’urgence écologique ? (2019)

Lire, Ochlocratie : les peuples contre la démocratie (2019)

Lire, Quelle démocratie pour une société écologisée ? (2019)

Lire, Grand débat, vers une conclusion courue d’avance (2019)

Lire, Grand débat national, ce sera la grande désillusion (2019)

Lire, Climat 2019, la démocratie à l’épreuve de l’écologie (2019)

Lire, Allons bien au-delà de la démocratie représentative (2017)

Lire, Conférence de citoyen, image de la démocratie de masse (2016)

Lire, Une démocratie réelle ne peut qu’être écologique (2015)

Lire, Démocratie écologique, tout le pouvoir aux mandarins ? (2014)

Lire, Pour une démocratie écologique (Pierre Rosanvallon) (2014)

Lire, Le nucléaire, histoire d’une faillite de la démocratie (2013)

Lire, Conférence de consensus, jury citoyen et télé-réalité (2013)

Lire, démocratie et risque d’écofascisme (2011)

Malthus et la fausse révolution « verte »

L’agriculture bio, ce n’est pas le retour en arrière, c’est l’utilisation de la nature elle-même pour des rendements sûrs et pérennes. Et ceci nécessite un ré-apprentissage pendant plusieurs années puisque l’industrie chimique nous a fait complètement perdre les méthodes ancestrales de conservation des sols. Prenons l’exemple du Sri-Lanka.

Sophie Landrin

Le 27 avril 2021 Gotabaya Rajapaksa, le président de la République du Sri Lanka, annonce qu’il interdisait toute importation d’engrais et de pesticides chimiques ; il ordonnait d’utiliser des biofertilisants locaux pour faire de la nation insulaire le premier pays au monde à pratiquer une agriculture exclusivement biologique. Une décision a effet immédiat, la production a chuté et les revenus aussi. Imposée brutalement, l’opération était vouée à l’échec. Le riz est l’aliment de base, il fournit près de la moitié des calories totales et 40 % des besoins totaux en protéines de la population du Sri Lanka. Le pays, qui était autosuffisant, est désormais menacé par l’insécurité alimentaire et doit importer. La production de thé est stratégique, elle représente 12 % des exportations – pour 1,2 milliard de dollars en 2020 – et emploie plus de 1 million de personnes. En octobre 2021, face au désastre et au risque d’extension des conflits, le gouvernement autorisait de nouveau l’usage et l’importation d’engrais et de pesticides chimiques. Il faut au minimum trois à cinq ans pour convertir un agriculteur, lui apprendre les techniques indispensables pour préparer son compost, lutter contre les ravageurs avec des méthodes naturelles, etc. A l’échelle d’un pays, dix à quinze ans sont nécessaires.

Les lobbys des engrais se sont engouffrés dans le fiasco du Sri Lanka pour dénoncer l’ineptie de l’agriculture biologique à grande échelle. Pourtant le président Gotabaya Rajapaksa avait posé le bon diagnostic. Dans l’avis publié au journal officiel, il est noté que l’utilisation d’engrais et de produits agrochimiques, aussi productive soit-elle, a entraîné une « contamination des lacs, des canaux et des rivières », ainsi que la propagation de pathologies non transmissibles telles que les « maladies rénales », liées à la contamination des eaux souterraines. Une fois la maladie installée, les patients n’ont aucune chance de guérison. La seule alternative à la dialyse est la transplantation rénale. Pendant des années, à partir de la révolution verte mise en place en 1965, les paysans ont été encouragés à utiliser massivement des variétés de riz à haut rendement et des produits chimiques, engrais et pesticides, subventionnés par le gouvernement. Les conséquences sur la santé ne sont apparues que trois décennies plus tard. Le renoncement à la réforme de 2021 risque d’allonger un peu plus la liste des malades et des morts.

Grabotte : Cet article est bourré de contresens. Peut-être que l’abus de pesticides est responsable des maladies rénales, il ne s’en déduit pas que le bio est la réponse raisonnable. Le problème résidait sans doute dans un abus des pesticides, des quantités déraisonnables manipulées par des fermiers non formés et n’appliquant pas les bonnes méthodes de protections (EPI etc.) Quant au glyphosate interdit depuis 8 ans, il a une très faible rémanence…

Passenparla @ Grabotte : Cela s’appelle le biais de confirmation : vous cherchez dans un article ce que vous pensez être la vérité. Vous considérez ainsi que tout article s’y opposant est erroné. La « raisonnabilité » si chère aux lobbys chimiques….. Raisonnabilité qui n’a jamais été démontrée dans un article scientifique, ceux-ci montrant justement que l’effet se fait sentir même à faible concentration. Après, il y a des raisonnements non scientifiques effectivement…..

Michel SOURROUILLE : Avec Borlaug, la révolution verte a reçu le prix Nobel de la paix en 1970 sous le prétexte que les nouvelles technologies en chimie allait apporter la prospérité, et que la prospérité apporterait la paix. Les Américains disaient : « Diffusez les produits chimiques et vous éviterez le communisme ». Vandana Shiva résume : « Cela s’est appelé la révolution verte, par opposition à la révolution rouge qui se répandait en Inde, venant de Chine. Malheureusement ces produits coûtaient cher et nuisaient à l’environnement. Tout cela s’est révélé au bout de dix ans en Inde, si bien qu’au lieu d’être en paix et de profiter de la prospérité, les jeunes ont connu une nouvelle pauvreté et pris les armes.  Après la répression très violente par les forces militaires contre les insurgés dans le Punjab, on ne pouvait plus prendre son fusil. Alors les agriculteurs ont commencé à boire les pesticides pour mettre fin à leurs jours. »

Le point de vue des écologistes : Norman Borlaug aurait, paraît-il, sauvé un nombre incalculable de vies humaines en contribuant à vaincre les famines par ses semences à haut rendement (« révolution verte »). Mais son innovation n’a fait qu’entretenir la course sans fin entre ressources alimentaires et population humaine. Les sommets mondiaux sur la « sécurité alimentaire » ont soi-disant l’objectif d’éradiquer la faim de la surface de la terre ! Notre mémoire collective est courte, un rapport de la FAO  en 1974 se terminait déjà par cette promesse : « Dans dix ans, sur cette terre, aucun homme, aucune femme, aucun enfant n’ira au lit le ventre vide ». Nous avons aujourd’hui près d’un milliard de personnes qui ne mangent pas à leur faim. Dans dix ans ce sera pire. L’accroissement de la productivité agricole ne fait qu’alimenter la pullulation humaine, homo sapiens étant depuis longtemps exempt de tout prédateur assez efficace pour réguler naturellement sa population. Soulignons que Borlaug lui-même était bien conscient de la relation perverse entre démographie et alimentation. Lors de son discours de réception du prix Nobel de la paix en 1970, Norma, Borlaug s’est exclamé :

« Nous sommes face à deux forces contraires, le pouvoir scientifique de la production alimentaire et le pouvoir biologique de la reproduction humaine. L’homme a acquis les moyens de réduire avec efficacité et humanisme le rythme de la reproduction humaine. Il utilise ses pouvoirs pour augmenter le rythme et l’ampleur de la production alimentaire. Mais il n’exploite pas encore de façon adéquate son potentiel pour limiter la reproduction humaine. »

Ce n’est pas d’un sommet alimentaire dont nous avons besoin, mais d’un sommet sur la démographie qui n’aurait pas peur d’affronter les tabous et de prôner, outre une agriculture respectueuse de sa durabilité, la généralisation des méthodes contraceptives et l’éducation des populations aux risques de la surpopulation.

Lire aussi : Normal Borlaug, bienfaiteur de l’humanité ?

Le coût écologique exorbitant des guerres

Il est étonnant que le pacifisme soit complètement marginalisée par l’idéologie militariste. Rares sont les objecteurs de conscience, opposés à l’usage collectif des armes, rares les manifestation anti-guerre, rares les livres sur la question. LUnion pacifiste est née en 1961 et accueille tous ceux qui se reconnaissent dans le pacifisme intégral, le refus de toute armée et de toute guerre… c’est-à-dire presque personne. Une personnalité extraordinaire comme Louis Lecoin, né en 1888 et à l’origine en France du statut des objecteurs de conscience en 1963, a été obligé d’éditer son autobiographie à son compte. Il a été traduit devant toutes les juridictions, le tribunal correctionnel, la cour d’assises, le conseil de guerre et ainsi plus de quinze fois. Sa réaction : « Eh bien ! croyez-moi, je ne m’en sens nullement diminué. Je plaide non coupable et ce sont les juges, et le régime injuste qu’ils représentent, que je mettrais en accusation. » Peut-être que les préoccupations écologiques contemporaines vont faire ressentir l’absurdité des guerres et entraîner la fin des armées.

Lire, Le cours d’une vie de Louis Lecoin (1965)

Claire Legros : Dans le fracas des bombardements sur les populations civiles, l’appel est passé inaperçu. « La nature n’a pas de frontières, et elle est violée et torturée par l’invasion russe », alertait le 22 avril Iryna Stavchuk, vice-ministre ukrainienne de l’environnement et des ressources naturelles.

Tour à tour enjeu stratégique ou victime collatérale, l’environnement n’a jamais été épargné dans la longue histoire des peuples et de leurs affrontements. Des batailles menées par Darius contre les Scythes en – 513 av. J.-C. jusqu’aux puits de pétrole incendiés au Koweït par l’armée de Saddam Hussein en 1990, la stratégie de la terre brûlée s’est de tout temps révélée une arme redoutable. Dans cette histoire de feu et de sang, les conflits de masse du XXe siècle ont franchi un palier. Les guerres industrielles, capables d’anéantir les populations, dévastent aussi durablement les écosystèmes. Sans compter l’arsenal atomique qui fait peser une menace écologique sans précédent dans l’histoire de l’humanité. Pourtant, face à ces tragédies, le prix écologique exorbitant des guerres, le « thanatocène », est longtemps resté un angle mort de la réflexion politique. La guerre perpétuelle de l’homme contre l ‘homme a changé nos systèmes de représentation, elle est source d’une forme de désinhibition. En même temps qu’on développe des produits chimiques visant à la fois les insectes et l’ennemi, on se met à penser une guerre sans limite contre d’autres hommes et une guerre sans limite contre la nature. Entre 1961 et 1971, l’armée états-unienne déverse quelque soixante-dix millions de litres d’un puissant défoliant produit par la firme Monsanto, l’« agent orange », sur les forêts vietnamiennes. L’objectif est de dénuder les arbres afin de mettre l’ennemi à découvert, mais la dioxine contamine aussi durablement les populations et les écosystèmes.La guerre stimule l’extractivisme, repoussant toujours plus loin la prospection des ressources naturelles dans des territoires jusque-là préservés. La guerre crée un état d’exception qui incite les États à placer les effets de long terme au second plan. L’heure n’est pas à la sobriété militaire, les politiciens n’attendent pas de l’armée qu’elle ait un bon bilan carbone, ils veulent que les missions soient réalisées.Or la paix sur Terre dépend de notre capacité à protéger notre environnement.

Lire, La nature est un champ de bataille de Razmig Keucheyan

Harald Welzer : Comme les ressources vitales s’épuisent, il y aura de plus en plus d’hommes qui disposeront de moins en moins de bases pour assurer leur survie. Il est évident que cela entraînera des conflits violents entre ceux qui prétendent boire à la même source en train de se tarir, et il est non moins  évident que, dans un proche avenir, on ne pourra plus faire de distinction pertinente entre les réfugiés fuyant la guerre et ceux qui fuient leur environnement.

Comment finira l’affaire du changement climatique ? Pas bien.Le XXIe siècle verra non seulement des migrations massives, mais des solutions violentes aux problèmes de réfugiés. La violence a toujours été une option de l’action humaine. Des processus sociaux comme l’holocauste ne doivent pas être compris comme une « rupture de civilisation » ou une « rechute dans la barbarie », mais comme la conséquence logique de tentatives modernes pour établir l’ordre et résoudre les problèmes majeurs ressentis par des sociétés. Les hommes changent dans leurs perceptions et leurs valeurs, en même temps que leur environnement et sans s’en rendre  compte : c’est le phénomène des shifting baselines. Les politiques, les managers et même les scientifiques s’en tiennent aux recettes qu’ils appliquent depuis longtemps même quand les conditions d’application de ces modèles de comportement ont complètement changé. Et on se maintient constamment en accord avec ceux qui vous entourent.

Résistance à l’Agression Publicitaire (R.A.P.)

Célébrons les 30 ans de Résistance à l’Agression Publicitaire (R.A.P.), rendez-vous les samedi 25 et dimanche 26 juin 2022 à Paris.

 En 1992, c’est à la suite de la diffusion massive de l’appel intitulé « La Publicité en cause, appel à la résistance » que R.A.P. a été créée. Le 20 juin 1992, une trentaine de personnes ont mis en place les objectifs, adopté des statuts, choisi le nom de l’association. En 2003 R.A.P. a eu des « enfants », les antipub du métro, le collectif des DéboulonneursDepuis le 25 mars 2015, journée mondiale contre la pub, R.A.P. a co-construit un réseau international anti-publicitaire nommé « Subvertisers International ». Plus récemment, le mouvement « Ban-Fossil Ads » a été mcréé. Les mouvements écologistes s’approprient partout notre discours. Même le dernier rapport du GIEC a présenté la régulation de la publicité comme une mesure de protection du climat.

À l’occasion de son assemblée générale les 25 et 26 juin 2022, Résistance à l’Agression Publicitaire ouvre ses portes et invite tous⋅tes les citoyennes et les citoyens qui en ont assez de la pub à participer aux 30 ans de R.A.P.

Le programme de ce w-e est riche en ateliers et moments festifs. C’est aussi une occasion pour découvrir la galaxie antipub et venir la renforcer ! Les disponibilités logistiques étant limitées,

merci de vous inscrire via le formulaire prévu à cet effet.

En espérant vous voir nombreuses et nombreux,

nous vous invitons à transmettre ce message à votre réseau.

La Sobriété face à la SURconsommation ?

On a peur du mot décroissance, alors on parle de sobriété. On a peur de la sobriété/restriction, alors on parle de mode de consommation durable. Ce défi de l’attitude à avoir face à la surconsommation, LE MONDE en fait une série de 5 articles que ne sont pas à la hauteur de la nécessaire rupture avec nos habitudes présentes.

(1.5) Surconsommation dans l’impasse

Quand on considère l’ensemble des crises, l’extinction de la biodiversité, l’appauvrissement des sols, l’épuisement des ressources minérales ou fossiles…, la sobriété semble d incontournable, mais elle reste éminemment clivante. Dans les années 1970, après la publication du rapport au Club de Rome sur les limites de la croissance, est apparue l’idée que notre croissance exponentielle et notre désir de richesse insatiable pourraient conduire à notre perte. La question est centrale : nos modes de vie doivent-ils « s’écrouler » ? Emmanuel Macron affirme l’inverse. Gagner en sobriété pourrait se faire sans aucune « privation », « restriction » ou « décroissance », mais grâce à « l’innovation » ou à la « transformation des processus industriels ». Mais pour décarboner l’aviation par exemple, il n’y a pas d’autre solution que de moins prendre l’avion. Alors qu’une maison, à la fin du XIXe siècle, comportait quelques centaines d’objets, il y en aurait désormais près de 100 000 dans les maisons françaises. Pour espérer convaincre les citoyens de renoncer à certains droits, ce sont les plus aisés qui devront, en premier lieu, se serrer la ceinture. D’autres soulignent que s’il faut bien instaurer un « plafond » à nos modes de vie pour les rendre compatibles avec les limites planétaires, il faut aussi introduire un « plancher », qui correspond à celui des conditions de vie décentes pour tous. Mais la sobriété passe nécessairement par un renoncement à certaines libertés. Plus la réduction volontaire de la consommation tarde, plus elle risque de se dérouler sous la contrainte .

Le point de vue des écologistes

Trois ingrédients sont nécessaires pour que la société de consommation puisse poursuivre sa ronde diabolique : la publicité, qui crée le désir de consommer, le crédit, qui en donne les moyens, et l’obsolescence programmée des produits, qui en renouvelle la nécessité. Ces trois ressorts de la société de croissance sont de véritables pousse-au-crime. Sur le premier point, l’essentiel a déjà été dit par la récente conférence des citoyens mis en place par Macron et pourtant elle n’a pas été écoutée : «  Pour faire évoluer les comportements du consommateur dans un sens écoresponsable, nous (conférence citoyenne) voulons Interdire de manière efficace la publicité des produits les plus émetteurs de GES sur tous les supports publicitaires, réguler la publicité pour limiter fortement les incitations quotidiennes et non-choisies à la consommation, mettre en place des mentions pour inciter à moins consommer du type « En avez-vous vraiment besoin ? » ou «  La surconsommation nuit à la planète. » De façon plus abrupte, il faut affirmer que la lutte contre la surconsommation ne peut passer que par la dé-publicité, la suppression radicale de toutes les publicités ; par le martellement marchand et l’incitation permanente à la consommation., elles font le vide dans nos cerveaux. Devenez Casseurs de pub.

Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphere :

23 septembre 2020, Tout savoir sur la publicité qui nous dévore

14 juin 2020, La publicité commerciale est indéfendable

13 juin 2020, La publicité dévore la planète et nous avec

4 mars 2020, L’urgence climatique interdite de publicité

12 décembre 2019, « Casseurs de pub » vingt ans après

7 janvier 2019, Damnation, les médias aux ordres des publicitaires !

23 mai 2018, publicité pour Nutella = disparition des orang-outan

2 février 2016, Faire disparaître les riches, l’innovation… et la publicité

18 janvier 2016, Un premier pas vers la fin de la publicité… pour enfant

30 décembre 2015, Ascèse ou désir, l’emprise de la publicité sur nos vies

26 novembre 2014, Action municipale contre la publicité, autres actions…

6 septembre 2014, Halte à la publicité sur les chaînes publiques et privées

3 décembre 2013, « déboulonneurs » de publicité, des publiphobes ?

4 septembre 2013, Publicité, désinformation et dévastation du monde

3 septembre 2013, Publicité, règne des marchands et de la propagande

2 septembre 2013, La publicité ne relève pas de la liberté d’expression

26 juin 2012, Devenons casseurs de pub, soutenons les déboulonneurs

Planification écologique, notre synthèse

La planification écologique est annoncée comme le nouveau mantra du prochain quinquennat. Planification impérative comme aux temps de feu dans l’URSS des années 1930 ? Planification indicative à la française comme au temps de feu le commissariat au plan quinquennaux  après 1945 ? Il s’agit de déterminer politiquement les secteurs d’activité qui doivent être supprimés, réorientés ou soutenus. Autant dire que Macron ne fera pas grand-chose question déconstruction de la société thermo-industrielle, sauf à y être obligé par les pénuries croissantes qui impactent déjà la population française (sans compter les crises avérées à l’extérieur de nos frontières).

Nicolas Hulot : L’idée de planifier une politique de décroissance des consommations peut choquer, tant nous sommes habitués aux discours inverses. Mais un tel point de vue recouvre néanmoins un principe de réalité incontournable. Personne ne souhaite aller vers une société de privation et d’abstinence, mais nous n’avons pas d’autre choix que de mettre en place des normes, des réglementations, des instruments fiscaux qui concourront à la modération des productions, des comportements et des consommations. J’entends déjà les cris d’orfraie : c’est une révolution ! Eh bien, oui ! Nous sommes, de fait, engagés dans une révolution, planétaire de surcroît. Qui peut imaginer que le défi écologique pourra se relever à la marge ? Si nous n’opérons pas de manière planifiée, à quoi ferons-nous appel ? Au marché, dont on connaît le peu de cas qu’il fait de l’intérêt général si on le laisse jouer librement ? A la vertu de l’humanité qui, comme chacun le sait, présente quelques fragilités ?

Eric Monnet : après 1945, la planification reposait sur la concertation entre dirigeants d’entreprises publiques et privées, syndicats, financeurs et administration. Ces structures de concertation sont aujourd’hui à réinventer. Mais on sait également comment les années 1950-1960, en dépit du développement de ces formes de concertation, peuvent difficilement paraître comme un modèle démocratique pour les sociétés européennes actuelles. Cela nécessite un rôle majeur de l’Etat pour une régulation drastique qui interdise au secteur privé le financement international d’activités néfastes. La planification des années 1950-1960 a totalement échoué lorsqu’il fut question, non plus de développer la production industrielle et agricole, mais d’organiser la désindustrialisation à partir des années 1970. Aujourd’hui, le démantèlement de certaines activités industrielles polluantes est un des objectifs premiers. Le coût financier de ces démantèlements est encore incertain, mais on sait qu’il sera élevé, et l’organisation financière publique pour les prendre en charge est encore à inventer, dans l’urgence.

ChP : Les économistes expliquent très bien ce qui s’est passé, très mal ce qui se passe, ne prévoient jamais les crises. Alors quand un économiste nous parle de ce que peut apporter la planification écologique en ne nous parlant que du passé, sans dire un mot sur les différentes formes que pourraient prendre la transition écologique, c’est qu’il n’a rien a planifier. Qu’il en donc reste a ses chères études. Il reviendra nous voir pour nous expliquer les conséquences de ce que nous n’avons pas fait.

Michel Brunet : J’attends toujours ce que l’on entend par « planification écologique » car la comparaison avec celle de l’après guerre où il s’agissait avant tout de « reconstruire » pour subvenir aux besoins de base de la population (alimentation, logements, emplois,..etc.) me parait être très éloignée du problème de la diminution des émissions de GES entre autres pour lutter contre le réchauffement. Pour moi une planification écolo serait plutôt une dé-construction pour reconstruire sur des bases technologiques une société de grande sobriété énergétique peu émettrice de GES. Les moyens d’y arriver me semble difficiles, voire peut être inacceptables par la population… et ce n’est pas les rengaines sur le « pouvoir d’achat » entres autres qui portent à l’optimisme. Et nos politiques toutes tendances se gardent bien d’approfondir le problème et de rentrer dans le dur des mesures qu’il faudrait prendre, « demain on rase gratis » reste le slogan ad nauseam

le sceptique : les Gilets Jaunes ont probablement fait comprendre qu’une planification dédiée à sacrifier les populations au nom du climat ou de la biodiversité auront comme seul effet la victoire populiste à terme et le démantèlement d’institutions précieuses.

Jean-Luc Mélenchon : L’État aurait du imposer depuis quelques années déjà les choix d’un retour à l’équilibre entre l’activité humaine et les possibilités de la Biosphère. Au niveau institutionnel, constitutionnaliser une règle verte (2016, Le programme de la France insoumise, L’avenir en commun, 2016) est un bon plan : « Ne pas prélever sur la nature davantage que ce qu’elle peut reconstituer ni produire plus que ce qu’elle peut supporter. »

Nos article précédents sur ce blog biosphere :

Une planification écologique est nécessaire

Planification publique et carte carbone

Planification écologique, un gadget ?

Planification écologique, Macron hésite

La planification écologique selon Jean-Luc Mélenchon

Planification écologique en Suède

Planification écologique, précisions

Nicolas Hulot et la PLANIFICATION

Planification écologique en Suède

La planification écologique en France pourrait utilement s’inspirer des exemples récents venus des Pays-Bas ou des pays scandinaves.

Wojtek Kalinowski : Fort d’un bilan parmi les meilleurs en Europe en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre territoriales, la Suède s’apprête actuellement à adopter une loi climatique plus complète que la précédente. Elle couvrira non seulement les émissions territoriales mais aussi l’empreinte climatique globale des Suédois, en y incluant l’impact des importations. La proposition de loi retient des objectifs de réduction ambitieux, pour le trafic aérien par exemple. En parallèle, le pays s’apprête à consolider son architecture institutionnelle de la planification. Depuis 2015 déjà, le Conseil des objectifs environnementaux assure le suivi et l’évaluation des politiques publiques, veillant notamment à traiter les conflits qui peuvent émerger, cherchant à rétablir la cohérence et défendant une vision d’ensemble contre les intérêts sectoriels. Aujourd’hui la Suède veut aller plus loin en mettant en place un « conseil de planification » pour analyser les conséquences physiques et spatiales des différents arbitrages politiques. En Suède, la puissance publique met en œuvre elle-même la planification là où l’État français s’appuie sur des politiques incitatives peu efficaces, comme le crédit d’impôt ou le chèque énergie.

A l’échelle macroéconomique, la Suède a prouvé qu’une taxe carbone pouvait faire l’objet d’une acceptation sociale ; Introduite à un niveau bas en 1991 (25 euros), cette taxe a été progressivement relevée pour atteindre le niveau le plus élevé du monde (120 euros actuellement), en poussant très tôt les entreprises suédoises à anticiper le changement. Moins écrasée par le poids de l’exécutif, la démocratie suédoise donne plus de place aux compromis transpartisans.

Quelques commentaires complémentaires :

Le paraméen : Les Suédois ont commencé à planifier il y a 40 ans : consensus, décentralisation objectifs et aussi moyens en face. En France, pour le consensus on peut rêver. Notre système politique ne le permet pas. Décentralisation commentaire inutile, L’Elysée décide de tout. Pour les objectifs, nous sommes les champions. Pour les moyens correspondants, sans commentaire. Révolution proclamait un certain E. M dans un livre !

le sceptique : Précision historique : la Suède a fait passer la taxe carbone dans les années 1990 au terme d’un vaste débat national qui a réformé l’Etat-providence et fait *baisser* la fiscalité globale. Elle n’a pas ajouté des taxes aux taxes sur décret d’un gouvernement central ni sur démagogie prétendant qu’on pouvait tout payer. Précision physique : la Suède a une faible densité, énormément de ressources bois et hydraulique, un nucléaire maintenu, condition qui aide au succès. Précision institutionnelle : l’Etat qui fixe un objectif de résultat laisse les acteurs locaux autonomes dans leurs réalisations. En France (et j’en parle après 10 ans d’expérience de recours en justice sur des sujets énergétiques), ce sont les services du préfet et directions administratives d’agences de moyen sous autorité directe du ministère qui fixent l’essentiel, avec peu d’autonomie de l’acteur local. En outre, le droit français codifié est obèse de normes qui entravent les chantiers.

Michel SOURROUILLE : Le rapport Rocard proposa en 2009 une taxe carbone s’élevant à 32 dollars par tonne de CO2 « dès maintenant » pour atteindre 100 dollars en 2030 et 200 dollars en 2050. La Suède appliquait déjà à l’époque une taxe de 105 dollars par tonne de CO2 ! Le Premier ministre de l’époque, François Fillon ,voulait fixer le prix du carbone à seulement 14 euros la tonne ! Un contretemps constitutionnel a mis la taxe carbone complètement aux oubliettes. Lors d’un déplacement en mars 20a10, le chef de l’État (Sakozy) confirmera : la taxe carbone ne sera pas appliquée en France, « sauf si l’Union européenne décidait de la reprendre à son compte ». Exit donc la taxe carbone. La Fondation Nicolas Hulot a décidé à ce moment-là de se retirer des groupes de travail créés à l’issue du Grenelle de l’environnement.

Ben : « La différence d’approche est le résultat de nos modèles démocratiques respectifs. » Il y a pourtant bien d’autres pays avec un système parlementaire comme la Suède et qui ont une approche catastrophique de la réduction des émissions de Co2… Je pense au contraire que le système politique que la Suède a adopté est le fruit d’une « donnée fortement culturelle »… avec une population plus petite et plus homogène culturellement. Ils ont aussi, je pense, un rapport à la nature beaucoup plus fort que les Français.

Planification écologique, un gadget ?

Si la France a abandonné l’idée d’une planification, c’est parce que la vitesse des innovations technologique et la diversification des modes de consommation ont empêché toute vision globale et rendu impossible la gestion de la complexité. Il n’en est pas de même en période de crise où la limitation devient la norme ; la parenthèse Covid-19 nous a d’ailleurs montré qu’on pouvait rapidement en rester à la couverture des besoins essentiels. Or le blocage énergétique et le réchauffement climatique nécessitent une baisse drastique de nos émissions de gaz à effet de serre, d’où l’urgence de limiter nos besoins de consommation et de simplifier notre appareil de production. Une planification par l’État des changements structurels nécessaires paraît donc nécessaire, et cela peut s’accompagner de plans territoriaux démocratiquement conçus au niveau local. A défaut d’accéder au second tour, Jean-Luc Mélenchon a réussi aujourd’hui à imposer son thème-phare, la planification écologique, qu’Emmanuel Macron a repris à son compte en annonçant qu’il en chargerait directement le premier ministre.

Jean Pisani-Ferry : Le dernier plan français a pris fin en 1992, les économistes répétaient que le rôle des gouvernements n’était pas de jouer les chefs d’orchestre, mais de donner un prix au carbone. Le reste – choix des technologies, spécialisation sectorielle, consommation, modes de vie – serait du ressort des agents privés. Cette belle architecture s’est défaite. En France, en 2013, l’abandon de l’écotaxe poids lourds a coûté 1 milliard d’euros en indemnités et la hausse de la fiscalité carbone est suspendue depuis fin 2018. Il y a pire. Si l’on veut qu’entreprises et ménages investissent pour réduire leurs émissions, il ne suffit pas de fixer le prix du carbone pour aujourd’hui, il faut aussi le programmer pour dans vingt ans. Et donc, oui, planifier. Il n’y aura de transition réussie que si les citoyens se reconnaissent dans un projet collectif, y voient la possibilité d’un avenir désirable et en deviennent les acteurs.

Lire, Planification publique et carte carbone

Commentaires :

Sarah Py : Le solutionnisme macronien, c’est la technologie qui nous sauvera, nucléaire, éolien, solaire, captation du carbone. La question de la sobriété, donc de sacrifices n’est qu’à peine esquissé, la transition climatique sera menée sans vraies ruptures;. Patrick Arthus, c’est Cassandre, ici tout coule d’un fleuve tranquille. Exit crises alimentaires, crises des métaux, risques géopolitiques, tout cela cède devant l’organisation planifiée de nos gouvernants.

Yves Poss : En clair, cette tribune de Patrick Arthus explique que l’engagement pris par Emmanuel Macron à propos de son « virage écologique » implique qu’il révise, en profondeur, le programme qu’il a présenté pendant sa campagne du premier tour. Et il a juste deux mois pour actualiser, adapter ses promesses anciennes à cet engagement nouveau, pour que les députés soient, eux, élus sur un programme qui vaudra engagement vis à vis des citoyens pour la durée de leur mandature. Vaste programme, et les jours sont comptés.

le sceptique : La planification écologique est soit un gadget de comm’, soit une mauvaise idée. La planification est l’horreur bureaucratique : des hauts fonctionnaires qui, après avoir commandité des rapports McKinsey, vont répercuter des directives aux administrations locales, qui vont essayer de forcer la main à des élus locaux, qui vont se cogner la grogne sociale sur le terrain. La France claque déjà un fric fou dans ce « modèle », l’argent public paie des réunions de bureau du mille feuille politico-administratif pour ajuster des normes illisibles et boucler des financements médiocres.

Bahvoyons : Les 10% les plus riches de la planète émettent entre 35 et 48 % de co2… comment demander la participation de tous si ceux-là continuent de bousiller la planète?

HdA @Bahvoyons : les 10% les plus riches dont vous parlez, c’est vous et moi, habitants des pays riches. 50% de notre impact vient des importations : les fringues pas chers que vous achetez avec frénésie, les copies chinoises des produits Occidentaux que vous trouvez sur tik-tok, vos paires de chaussures de sport, vos citytrips, votre smartphone, vos écouteurs, vos produits alimentaires, vos piles et batteries, vos streaming, vos livraisons à domiciles etc… Pas les « riches », ça. Mais la classe moyenne des pays riches et elle représente ces 10 % qui produit 50 % du CO2.

Philip69 : Le problème est que les pauvres sont beaucoup beaucoup plus nombreux que les riches, et que les vrais riches qui flambent et consomment à tout va ne sont qu’une infime partie de la population. Un milliardaire produisant 1000 x plus de CO2 qu’un smicard produit beaucoup moins de CO2 que 100.000 ou un million de smicards. Donc il est illusoire de penser faire passer la pilule de la décroissance en tapant sur les riches. D’autant que la seule aspiration des pauvres, c’est de l’être moins et de consommer plus. Il ne peut y avoir d’adhésion collective à un projet de régression

Izy @Philip69 : Il est complètement illusoire de faire passer la pilule du serrage de ceinture auprès des pauvres si les riches ne serrent pas la leur. Le problème ne vient pas des pauvres, mais de ceux qui les appauvrissent.

Lire, 2027, un ministre de l’Énergie et des Besoins

Nicolas Hulot : Dans le pacte écologique de 2006, je prenais clairement position. L’idée de planifier une politique de décroissance des consommations de matières premières et d’énergie peut choquer, tant nous sommes habitués aux discours inverses. Mais un tel point de vue recouvre néanmoins un principe de réalité incontournable. Personne ne souhaite aller vers une société de privation et d’abstinence, mais nous n’avons pas d’autre choix que de mettre en place des normes, des réglementations, des instruments fiscaux qui concourront à la modération des productions, des comportements et des consommations. J’entends déjà les cris d’orfraie : c’est une révolution ! Eh bien, oui ! Nous sommes, de fait, engagés dans une révolution, planétaire de surcroît. Qui peut imaginer que le défi écologique pourra se relever à la marge ?

MonsieurD : Les 30 glorieuses ont eu le succès que l’on connaît grâce en particulier à la planification. Les gouvernements successifs de la 4ème République sont allés de plans en plans successifs, amendés les uns après les autres, sans que l’alternance rapide des majorités ne change beaucoup de choses. Alors je ne vois pas pourquoi une planification écologique glissante par plans de 3 ou 5 ans ne réussirait pas la transition.

Élisabeth Borne, pragmatisme et petits pas

Élisabeth Borne première ministre réussira-t-elle là où tous les ministres de l’écologie ont échoué depuis 1971? Macron donnera–il les moyens à son obligée de faire un « grand pas » pour le climat, la biodiversité et la sobriété. Les paris sont ouverts !

Lire, En écologie, les petits pas mènent au désastre

Rémi Barroux et Audrey Garric : La diplômée des Ponts et Chaussées est une écologiste pragmatique. Polytechnicienne, ex-directrice de la stratégie de la SNCF est au pied du mur. Alors que les ministres de l’écologie se plaignaient de perdre des arbitrages, la décision finale étant prise par le premier ministre, la voici à Matignon. Il y a urgence tant les effets du réchauffement se multiplient, mais aussi parce que l’État a été condamné à deux reprises – par le Conseil d’Etat et le tribunal administratif de Paris – pour l’insuffisance de son action en matière climatique. Élisabeth Borne devrait affronter, lors des élections législatives de juin, Noé Gauchard, ex-porte-parole de Youth for Climate France. Investi par la Nupes, le jeune homme de 22 ans lui reproche d’avoir « ignoré les objectifs en termes de bifurcation écologique au nom de la compétitivité financière ».

Commentaires perspicaces

ACHILLE : Nicolas Hulot souvenez-vous, il devait tout casser… idem pour la Convention citoyenne pour le climat. Nous savons ce qu’il est advenu…

Frog : Dans le langage courant, « pragmatique » sous entend « asservi aux puissances économiques ». C’est bien pour ça que la France n’avance pas : elle n’est absolument pas réaliste face au réchauffement. Dans trente ans les français auront des problèmes d’eau suite à sa surconsommation, de chaleur urbaine pour avoir encouragé la clim plutôt que la végétalisation, de coût de l’énergie faute d’avoir réduit la voilure, d’incendies à répétitions… etc… Voilà le pragmatisme politique !

Meleze : Le pragmatisme en écologie, c’est le renoncement, ou encore le plaisir sadique de voir s’affronter les avis contraires qui font reculer les échéances.

Michel SOURROUILLE : Pragmatisme ? C’est la politique des petits pas qui part d’un parti-pris de principe, la subordination des lois de la nature à celles de l’économie. Un chaud partisan de la société thermo-industrielle comme Macron ne peut bouger que lentement. Élisabeth Borne sera donc bornée dans ses ambitions. MAIS on n’a pas le temps, la température du globe bascule en Inde et en France, les ressources fossiles seront épuisées dans très peu d’années, la consommation et la population continuent de croître à allure exponentielle… Notre génération présente n’aura pas cessé de gaspiller le capital naturel, nos générations futures se trouveront complètement désarmées face à un chaos généralisé. Que restera-t-il de la démocratie et même de tout sentiment moral lorsqu’il aura fallu choisir entre accepter que l’Europe soit submergée par des dizaines de millions de migrants fuyant des situations encore plus désespérées, ou accepter d’utiliser, pour les repousser, tous les moyens disponibles ?

Gauthier F : Elle pourra faire toutes les politiques qu’elle veut, il faudra qu’elles soient socialement juste. En un mot, un riche n’a aucun droit de polluer plus qu’un pauvre. Point final. Pour cela, donner à chacun un quota Carbone qui est débité à chaque achat. Ce quota n’est pas revendable, pas échangeable. Quand il est terminé, on achète plus. On sait faire. Exemple, les CB. Après on peut moduler en fonction des situations (rural, urbain, travail, emprunts etc). Moi, tant qu’un riche peut me polluer parce qu’il est riche, je ne respecte pas les règles du libéralisme qui sont finalement les règles du capitalisme marchand.

le sceptique @ Gauthier : Dites que vous voulez piquer l’argent des riches, ce sera plus simple. Vous savez, un seigneur d’ancien régime n’utilisait que des énergies renouvelables, il n’empêche que sa vie était meilleure que celle d’un serf. Donc vos histoires de quota carbone ne mènent à rien, le riche pourra toujours d’acheter une maison super moderne, super isolée, à énergie positive, une voiture électrique à bilan carbone reconnu « bon » etc. Pendant que le pauvre, lui, se demandera comment sortir de son vieux diesel, de son vieille chaudière fioul, de sa baraque passoire therrmique, etc.

Gauthier F @ Le septique : Vous n’avez rien compris parce que vous ne voulez pas comprendre. Réfléchissez et vous verrez que le quota Carbone permet justement à ce que le riche ne pollue pas plus que le pauvre mais il n’efface pas le fait qu’il y a des pauvres et des riches. Ce n’est pas son rôle. Son rôle est de donner aux politiques et donc au peuple (par le vote) le choix de son bilan carbone.

SBRC : Sitôt les élections terminées et en cas de majorité obtenue aux législatives, on aura un semblant de structure gouvernementale soi-disant organisé pour la transition mais qui n’augure rien des décisions qui seront prises. On va plutôt chercher à faire des économies, retraites, fonctionnaires etc… Les promesses sur le pouvoir d’achat sont des promesses… On va bien rigoler en septembre.

Lire, Elisabeth Borne, les petits pas de l’écologie

extraits : Le passage à la tête du ministère de la transition écologique et solidaire d’Elisabeth Borne aura duré moins d’un an. Pas plus que ses prédécesseurs l’ancienne ministre n’a réussi à mettre la protection de l’environnement au cœur des décisions du gouvernement.Le premier de nos ministres de l’écologie, est nommé en janvier 1971 « délégué à la Protection de la nature et de l’Environnement ». Dans son livre-témoignage, « Le ministère de l’impossible » (Calmann-Lévy, 1975)…

Lire, Urgence écolo contre politique des petits pas

Emmanuelle Wargon, secrétaire d’Etat au ministère de la transition écologique : « Se coltiner le réel suppose de faire des compromis, d’avancer étape par étape. Nicolas Hulot avait beaucoup plaidé pour que son ministère s’appelle transition écologique et solidaire, or, l’idée même de transition, c’est d’y aller progressivement. L’ambition du président de la République et du premier ministre est intacte, et même renforcée. »

Biosphere : Lors de sa démission du gouvernement il y a un an, Nicolas Hulot dénonçait la politique des « petits pas » en matière écologique. L’éveil de Macron à l’urgence écologique peut se résumer par l’expression « Lentement mais pas trop vite ». Sa ministre de l’écologie est au diapason. Il y a longtemps que la situation n’exige pas une « transition », mais une écologie de rupture.

Les activistes écolos se radicalisent

Des actions font la « une » des tabloïds anglais et suscitent l’ire du gouvernement Johnson, des formations militantes, souvent créées à l’initiative d’anciens de XR (Extinction Rebellion). Plus radicales et plus ciblées, elles partagent les mêmes principes que XR : la désobéissance civile, jugée légitime face à l’urgence climatique et à l’apathie des politiques, et l’action non-violente.

Cécile Ducourtieux : Animal Rebellion est né en 2019 pour sensibiliser aux conséquences de l’agriculture intensive sur le climat. Une partie de ses membres ont ensuite fondé Insulate Britain, en septembre 2021, pour dénoncer le renoncement de Downing Street à augmenter les subventions d’aide à l’isolation des maisons. Ils ont multiplié les blocages d’autoroutes autour de Londres, dont la très fréquentée M25, provocant la colère de nombreux automobilistes. Dernier mouvement en date : Just Stop Oil, une formation apparue en décembre 2021 qui multiplie les blocages de dépôts de carburants dans le sud de l’Angleterre (Essex, Oxfordshire ou Kent), au point, depuis début avril, de provoquer des pénuries ponctuelles d’essence dans le Grand Londres. Des militants – pour la plupart très jeunes –, se fixent à la colle forte au sommet des camions-citernes ou aux entrées des dépôts.

Commentaires

Wily S : Les démocraties s’autodétruisent depuis longtemps par leur incapacité à gérer deux crises existentielles : le réchauffement climatique et la destruction de la biodiversité. Deux crises documentées par les plus grands processus scientifiques de l’histoire de l’humanité : le GIEC et l’IPBES. Quand un système politique n’arrive plus à gérer les problèmes les plus cruciaux des sociétés qu’il est censé gouverner, il perd sa légitimité et il est remis en cause. Ou alors il y a effondrement prévisible.

Pm22 : « l’urgence climatique », c’est super pratique car elle permet de justifier tout et n’importe quoi. Les violences d’extrémistes en quête de frisson révolutionnaire, de juteux investissements au bénéfice garantis, etc.
Si « l’urgence climatique » n’existait pas, c’est triste à dire, elle manquerai pour certains…

Popov @ pm22 : Plutôt que critiquer les gens qui agissent, vous pouvez critiquer les gens qui ne font rien.

Planification écologique, Macron hésite

France Stratégie, institution de prospective attachée à Matignon, propose la création d’une administration chargée de mettre en cohérence les politiques publiques pour garantir le caractère « socialement et démocratiquement soutenable » des décisions prises.

Stéphane Foucart : C’est un rapport de 250 pages, publié le 8 mai qui prend une importance singulière, à l’aune des récentes déclarations d’Emmanuel Macron, assurant faire de la planification écologique une priorité de son second mandat. Un « secrétariat général aux soutenabilités » serait chargé d’« orchestrer » la transition écologique, en exerçant des missions de prospective, d’expertise et de concertation. Le périmètre de cette entité administrative engloberait tout ou partie des attributions de France Stratégie, du Conseil général de l’environnement et du développement durable, de l’Autorité environnementale (AE) qui lui est adossée, du Haut Conseil pour le climat et de la Commission nationale du débat public. Aujourd’hui, les avis d’expert rendus par l’AE, consultatifs, demeurent généralement lettre morte. Un « secrétariat général à la transition écologique » placé auprès du premier ministre, explique Pascal Canfin, serait axé sur la concertation interministérielle « pour accélérer l’accès à des solutions comme le leasing pour la voiture électrique »…

Commentaires éclairés

Mickey : Rapport de France stratégie = on n’a pas de solutions mais donnez-nous du pouvoir et de l’importance !

Jean Kaweskars : Une administration qui prône la création d’une nouvelle administration pour piloter les administrations existantes. Le gag ! L’hydre administratif français, jamais rassasié.

Nico88 : il me semble qu’il suffirait de confier ces prérogatives au commissariat au plan. Cette instance qui est née de ses cendres telle un phénix me parait être tout indiquée.

Numerobis : Seul exemple concret cité de l’action potentielle de cette techno-bureaucratie, faciliter le leasing de la voiture électrique.
On n’est pas rendus.

Nimbus : « sur le modèle de la convention citoyenne pour le climat » !!! Vu le résultat dû au total manque de volonté de la majorité présidentielle, ce n’est pas un modèle. Sur les 146 propositions formulées par les citoyens et acceptées par E.Macron, 15 ont été approuvées sans changement, 55 ont été modifiées, 76 pleinement rejetées par l’Assemblée nationale !
Marc C : Je propose que la présidence de ce commissariat soit confiée à un triumvirat (quoi de plus équilibré qu’une présidence à 3 ?) partagée entre Total Energies, la FNSEA et la Fédération des Chasseurs, tous concernés au premier chef par la question écologique et, osons le dire, premiers écologistes de France (y’a qu’à voir leurs sites Internet).
Seuls les écolos vont râler comme d’habitude, mais ces gens n’ont jamais rien compris à la croissance ni aux affaires.

08/05/2022 : Beaucoup de bonnes intentions, mais aucune mesure concrète et courageuse. Proposons-en quelques unes : 1/ Interdire toutes les manifestations sportives à base de sport mécanique. 2/ Interdire l’usage des Quads dans la campagne, des mobylettes débridées et bruyantes en ville, interdire les 4/4,, etc. 3/ Obliger les agriculteurs à cultiver en mode bio dans un rayon de 10 kilomètres autour des villes de plus de 10.000 habitants. 4/ Interdire les ULM et autres engins motorisés de loisirs dans les airs. 5/ Introduire un PASS kilométrique qui définit le nombre de kilomètres annuels par individu, hors trajets professionnels. (par exemple 15.000 km). 6/ Interdire plus d’un voyage de longue distance (hors voyage professionnel) par an. 7/ Introduire un pourcentage obligatoire d’achats de produits français. Etc. Pas socialement acceptable ? Cosmiquement salvateur. Sinon, ce sera le grand chambardement, et celui-là, il ne sera pas acceptable du tout !

« transition écologique », une expression vide

La plupart des projets d’aménagement et programmes publics examinés en 2021 ne prennent pas en compte l’impact sur le climat ou la biodiversité. C’est la conclusion de l’Autorité environnementale (Ae), une instance adossée au Conseil général de l’environnement et du développement durable et composée d’un collège d’experts.

Martine Valo : Selon l’Ae, les projets restent cantonnés à « des modèles à bout de souffle », aux conséquences irréversibles. « Nous n’avons pas observé de ralentissement des projets autoroutiers et nous avons examiné deux projets aéroportuaires ». L’Etat a sa part dans ce constat sévère, pour les lacunes dans les politiques qu’il mène, mais aussi pour les reculs récents du droit français de l’environnement « au prétexte de “simplifier” les processus administratifs ». Les experts ont eu à analyser la stratégie française dans le cadre de la nouvelle politique agricole commune, le septième plan d’action sur les nitrates ou la deuxième mouture du plan Ecophyto, qui échoue, depuis 2008, à réduire l’usage des pesticides agricoles… L’Ae a aussi été saisie de onze schémas directeurs d’aménagement et de gestion des eaux (Sdage) 2022-2027, onze plans de gestion des risques d’inondation, quatre documents stratégiques pour les littoraux, et,c etc. L’Ae note que, d’une façon générale, « la sobriété énergétique est absente »

Commentaires éclairés :

Mam : Les avis émis par les MRAE ne sont pas contraignants et les aménageurs pulsionnels s’en moquent comme de leur première dalle en béton. Elus locaux, entrepreneurs du bâtiment, chambre de commerce, chambre d’agriculture et services déconcentrées de l’Etat sont systématiquement complices pour massacrer le peu de biodiversité qui nous reste. La concertation du public est un leurre. Les enquêtes publiques sont des formalités sans conséquence pour les aménageurs car l’avis favorable est quasi-systématique quel que soit l’avis émis par l’AE ou le CNPN. Les soi-disant « porteurs de projet » ne sont motivés que par le pognon. Après eux le déluge.

Nafnaf : La solution est pourtant simple : que le simple avis actuellement demandé à l’autorité de l’environnement prenne valeurs d’avis conforme.

Reggio : La grande majorité des français, et pas que eux, veulent que rien ne change dans leur petit carré consumériste bien gavé. Ils veulent de la croissance au beurre tout les jours et ils votent pour ça, de gauche comme de droite. Ceux qui prônent la décroissance ne font que des scores à un chiffre. Comment reprocher à nos élus de coller à cette réalité sauf à sortir le fouet ? Peut-être que nos démocraties ne sont pas taillées pour affronter ces problèmes, non ?

Gemini : Intéressant Reggio votre commentaire et je vous rejoins. D’un côté des gilets jaunes, souvent en province, donc dépendant de l’essence, gueulent pour du pouvoir d’achat sans imaginer changer leurs habitudes (trop difficile d’organiser du co voiturage, prêts à voter RN qui leur promet de baisser le prix des péages, de leur filer de l’essence subventionnée), d’un autre côté des Melenchonistes qui souhaitent de la radicalité en la matière écologique, de la décroissance, voire de tout casser le système, car ça va pas assez vite (par certain qu’une révolution accélère les choses par ailleurs). Donc deux groupes contestent le parti centriste macroniste mais pas du tout pour les mêmes raisons. Après quand je fais du vélo, ben je constate qu’il y a toujours qu’une personne dans les voitures SUV bien lourdes , et je pense qu’une majorité des gens ne se sentent pas préoccupés par la transition écologique, malheureusement. Le prix du litre n’est pas assez cher en fait.

Gilles SPAIER : Pour Macron et ses subordonnés, l’écologie ne compte pas. Elle implique uniquement des obligations de « green washing » de temps à autre. On a l’impression qu’ils se comportent sur le sujet comme le faisaient les soviétiques en construisant de fausses usines pour leurrer leurs visiteurs étrangers.

Taz : Il n’y a pas lieu de s’inquiéter puisque Macron va faire du sujet la priorité de son second mandat. Tout est dans l’usage du futur car pendant son premier quinquennat il a fait l’inverse avec un joli systématisme, sur la pêche, l’agriculture et la rénovation énergétique.

MBa : Macron n’est que le reflet des préoccupations des Français pour l’écologie. La plupart des projets évoqués sont portés par des élus locaux

VRT : C’est fou le nombre d’instances qui existent déjà en France… l’ADEME, le HCC, maintenant l’Ae et sûrement plein d’autres.

le sceptique : Aperçu de la lourde bureaucratie de l’écologie, avec ses autorités, plans, programmations, schémas, etc. Profitez qu’il reste un peu de pognon public pour essayer d’interdire des chantiers, demain il pourrait en manquer pour payer les fonctionnaires qui essaient de les interdire. Si le projet de Macron est de faire de la comm’ sur la « planification écologique » en aggravant des bidules kafkaïens, il ne laissera pas des comptes en brillant état. Le besoin n°1 face à une crise mondiale et des comptes dans le rouge, c’est de multiplier des industries compétitives sur notre sol, pas de devenir un musée de la nature pour bobo écolo et sachant vert.

Jap777 : Trop peu, trop tard. On élabore un futur apocalyptique.

Lire, La transition écologique nécessite une déstructuration