écologie appliquée

MiaouBOX pour une société débile

En tant que journalistes, nous recevons par mail beaucoup de messages d’entreprises plus ou moins débiles, mais celui-là bas le pompon.

« LE CADEAU AU POIL POUR NOËL, LA WOUFBOX & LA MIAOUBOX »

13,5 millions de chiens et 7,4 millions de chats, nos meilleurs amis à quatre pattes ne seront pas les grands oubliés au pied du sapin cette année. Woufbox et Miaoubox ont confectionné une box spécialement pour Noël composée de 8 produits choisis spécialement pour l’occasion sur le thématique des fêtes de fin d’année. Des jouets, des friandises, des accessoires, des produits d’hygiène, adaptés à chaque boule de poils pour garantir une expérience féerique au moment de déballer son cadeau le soir du réveillon Noël !  Qui a dit que gâter son animal de compagnie était onéreux ? Les coffrets cadeaux en Édition Limitée pour Noël contenant 8 produits d’une valeur de 50€, sont proposés à 24,90€. De quoi mettre la patte au porte monnaies sans se ruiner ! Réalisé avec une patte de maître par nos experts canins et félins, chaque coffret est adapté selon les caractéristiques de l’animal. Un cadeau original qui ravira chaque membre de la tribu, en particulier le fidèle compagnon de la famille. L’idée cadeau qui permettra de consacrer encore plus de moments de complicité avec lui ! Chaque box est livrée entre le 15 et le 20 décembre, timing parfait pour la glisser sous le sapin le Jour-J !

Qu’en pense le parti animaliste ?

Il faut connaître l’écolo Pierre Fournier

Né en 1937, décédé brutalement d’une crise cardiaque en 1973, le déroulé de la brève existence de Pierre Fournier offre une excellente approche de ce qu’il faudrait connaître des origines de l’écologie. Son milieu familial fréquente le milieu hygiéniste ou « naturiste, le courant conservateur précurseur de l’écologie qui condamne une modernité destructrice des équilibres naturels. Célestin Freinet (le tâtonnement expérimental) est un ami de la famille, Fournier découvre à 12 ans l’amour de la terre avec « Regain » de Jean Giono, « La Vie claire », le journal des premiers magasins bios en France est une de ses références, il lit dès sa sortie en 1963 « Printemps silencieux » de Rachel Carson, devient co-fondateur de la lutte contre l’atome avec Jean Pignero (Bugey-Cobayes). Il deviendra LE porte-parole de l’écologie en devenant en janvier 1967 un collaborateur permanent de Hara-Kiri. Il décrit la première marée noire après le naufrage en mars 1967 du Torrey Canyon, condamne la prospection immobilière des stations de ski. il défend les paysans et admire Lanza del Vasto qui a fondé la communauté de l’Arche ; de son côté il fera de multiples tentatives pour instaurer une communauté villageoise. Dès 1969 sa conviction est faite, l’humanité court au suicide faute de prendre en considération son environnement. A partir de 1971, il sera à l’avant-garde de la lutte contre les centrales nucléaires. Peu avant sa mort, il fonde le journal qui annonce la fin du monde, véritable sous-titre prémonitoire du mensuel écologique « La Gueule ouverte » (parution du n°1 en novembre 1972). Son éditorial est incisif, extrait : « Pendant qu’on nous amuse avec des guerres et des révolutions qui s’engendrent les unes les autres en répétant toujours la même chose, l’homme est en train, à force d’exploitation technologique incontrôlée, de rendre la terre inhabitable, non seulement pour lui  mais pour toutes les formes de vie supérieures. Le paradis concentrationnaire qui s’esquisse et que nous promettent ces cons de technocrates ne verra jamais le jour parce que leur ignorance et leur mépris des contingences biologiques le tueront dans l’œuf. La catastrophe, beaucoup plus prochaine que vous ne l’imaginez, ne pourrait être évitée que par une réforme des habitudes mentales encore plus radicale encore que celle jadis opérée par les rédacteurs de la Grande Encyclopédie. »

La postface de Diane Veyrat* offre une très bonne synthèse de l’état actuel de l’écologisme. De 1973 à 2019, on dirait qu’on n’a rien su tirer des avertissements de Fournier. Difficile de changer toute une civilisation suicidaire. Ce livre nous offre aussi en annexes plus de 70 pages qui montrent la profonde pugnacité des écrits de Pierre Fournier. Il manquait une biographie actualisée de Pierre Fournier, voici chose faite grâce à Diane Veyrat.

* « Fournier, face à l’avenir » de Diane Veyrat (Les cahiers dessinés, 2019)

PS : une recension a déjà été publiée que le site JNE, association à laquelle Pierre Fournier avait adhéré il y a bien longtemps

pour en savoir plus sur notre blog biosphere :

Pierre Fournier, précurseur de l’écologie par Danielle Fournier et Patrick Gominet (2011)

Éditorial de La Gueule ouverte (périodique, 1972-1980)

2 février 2014, la mort de Cavanna ne vaut pas celle de Pierre Fournier

3 novembre 2011, Pierre Fournier décrit LE MONDE

29 octobre 2011, Pierre Fournier et la décroissance démographique

On ne naît pas écolo, on le devient

Qui suis-je ? Il y a bien des nombres pour me caractériser, mon numéro d’inscription à la sécurité sociale, des chiffres pour téléphoner, un numéro sur ma porte d’entrée, un indicatif postal, une plaque minéralogique, un code bancaire, des chiffres, encore des chiffres. Et moi je ne suis qu’une simple unité parmi des milliards d’habitants qui réduisent d’autant mon espace vital, celui des autres espèces et la beauté de la nature qui m’entourait. Désespérant d’être un minuscule rouage d’une énorme machinerie numérisée qui écrase tout sur son passage. Désespérant ? C’est aussi une motivation pour réagir ! Dans mon carnet de notules que je tenais depuis 1969, j’attribuais à Tchekhov cette phrase que j’ai fait mienne : « Tout homme a en lui-même un esclave qu’il tente de libérer. » Je me suis libéré. Pour mieux réfléchir… Pour aider à améliorer le monde… J’ai soutenu et propagé comme j’ai pu tout ce qui allait dans ce sens, la non-violence, l’objection de conscience, le féminisme, le naturisme, le biocentrisme, le sens de l’écologie, le sentiment des limites de la planète, l’objection de croissance, le malthusianisme, la simplicité volontaire… Pas étonnant que je sois considéré comme écologiste radical. En rupture avec le système dominant. Mais je ne sais pas ce que veut dire faire la révolution, prendre le pouvoir. Trop brutal, inefficace à long terme. Je ne suis qu’un passeur. Je ne fais que transmettre les connaissances que j’ai acquises. Toute mon existence a été vouée à (in)former après m’être (in)formé, et peu importe de ne pas obtenir immédiatement un résultat probant. Chacun de nous apprend aux autres, consciemment ou inconsciemment, de façon maladroite ou pertinente. Car chacun de nos actes ou presque est jugé par d’autres, servant de modèle ou de repoussoir. C’est notre comportement commun qui fait le sens de l’évolution sociale, mais nous ne sommes pas à la place d’autrui, chacun fait ce qu’il peut. Quant à moi, il me suffit d’avoir fait ce que j’estimais devoir faire, la part du colibri.

« Un jour, dit la légende, il y eut un immense incendie de forêt. Tous les animaux terrifiés et atterrés observaient, impuissants le désastre. Seul le petit colibri s’active, allant chercher quelques gouttes d’eau dans son bec pour les jeter sur le feu. Au bout d’un moment, le tatou, agacé par ses agissements dérisoires, lui dit : « Colibri ! Tu n’es pas fou ? Tu crois que c’est avec ces quelques gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu ? » « Je le sais, répond le colibri, mais je fais ma part. » [Pierre Rabhi, La part du colibri, l’espèce humaine face à son devenir (éditions de l’Aube, 2011)

Né en 1947, je ne suis arrivé qu’après mai 1968 aux années de mon éclosion, de ma renaissance. Élevé dans une société autoritaire, imbibée de religiosité et d’économisme, j’ai quand même réussi à penser autrement. Avec ce livre*, je n’ai pas voulu me contenter de dénoncer l’inertie socio-politique et le déni économique face à l’urgence écologique. Ma bibliothèque est déjà plus que pleine de ces livres sur l’effondrement en cours de notre civilisation thermo-industrielle sans qu’on sache quoi que ce soit de l’engagement personnel de l’auteur. J’ai essayé de mettre de la chair autour des idées. Cela me semblait plus porteur qu’un énième livre sur la crise écologique. C’est pourquoi dans chaque partie de ce livre je raconte ma propre expérience pour essayer d’en tirer des enseignements profitables à tous. Je voudrais te convaincre que tu es toi aussi un écologiste qui sommeille, qui s’éveille, qui peut agir. On ne naît pas écolo, on le devient. J’ai essayé de montrer que nous sommes à la fois déterminés par notre milieu social et libre de choisir notre destinée. Il n’y a de liberté véritable que dans la mesure où nous savons mesurer les contraintes qui pèsent sur nous. J’ai écris ce livre pour partager avec toi mes pensées et mon vécu car nous partageons la même maison, la Terre, si belle, si fragile.

* On ne naît pas écolo, on le devient » de Michel Sourrouille aux éditions Sang de la Terre

de la part de biosphere, « Bon anniversaire Michel … »

Il n’y aura rien sans débordement populaire

Cherchez de qui il s’agit grâce à ses phrases commentées sur lemonde.fr :

  • XXX: « La bataille n’est plus sur le niveau de vie, mais sur la vie elle-même. Or, nous sommes dirigés par une élite inconsciente, ou cynique, obsédée par la croissance, la concurrence, la mondialisation, qui fonce droit dans le mur écologique. Nous devons lui reprendre le volant des mains et cet impératif peut nous rassembler. »

– « Il n’y aura rien sans débordement populaire ». Vous mettez ces mêmes mots dans la bouche d’un partisan du RN et toute la gôche s’enflamme. Jusqu’à quand Le Monde va-t-il relayer et amplifier ces appels à la violence de XXX ?

– L’alternative ne se bâtira pas, XXX a raison, par des alliances au « sommet » mais par des luttes collectives, ce fameux « débordement populaire » qu’il appelle de ses vœux, transcendant des couches sociales aujourd’hui divisées mais qui n’ont d’autre choix que subir ou s’unir.

– Très vivifiant qu’un député dise « qui ça fait encore rêver, la 5G? ». Enfin un peu de lucidité. Tant mieux si la Gauche sort du dogme de la croissance, cela signifie qu’on avance. Malheureusement XXX reste trop englué dans une vision manichéenne de la politique. S’il pense qu’un rassemblement autours des verts et des rouges (il en reste?) suffira, il sera déçu.

– « Notre démocratie est colonisée de l’intérieur par un caste dont Macron n’est que la partie émergée » déclare XXX dans son interview. Quels sont les membres de cette « caste », quels sont leur mode d’action, quels sont leur liens avec la City ou la Suisse? Faute de réponse précise, il est difficile de prendre au sérieux ces allégations.

– On gardera en mémoire : «  Le progrès ne passe plus par les biens mais par les liens ». La fin du progrès par les biens expliqué ainsi : « on n’a pas besoin de 2 frigidaires ». Et l’avènement de la société du lien, « développer les emplois d’aide à domicile ». Wouah… puissant !

– Des belles paroles mais rien de bien cohérent. D’un côté, il soutient les gilets jaunes qui demandent plus de pouvoir d’achat, et de l’autre il soutient un modèle de décroissance écolo.

– Ce type est délirant et inquiétant tout à la fois. Il nie le résultat des élections et veut détruire la démocratie. Déjà en Novembre-Décembre dernier il était au bord de la sédition et de la violence au moment du pic du mouvement des gilets jaunes. Il postule l’existence d’une oligarchie mais tout dans son discours diviseur montre qu’il veut imposer la domination par une autre oligarchie.

– Un discours qui part dans tous les sens. Un exemple : « Depuis la préhistoire, dans le peuple, vieillesse a signifié misère ». La vieillesse existait-elle dans l’Antiquité, au Moyen Age ? L’espérance de vie était faible, mais la vieillesse devait être heureuse pour les rares septuagénaires ou octogénaires considérés comme des sages.

– Le nouveau prof de gauche avec sa rhétorique écologiste, féministe, décolonialiste, décroissanciste, altermondialiste, collapsologiste et autres jus de crâne de diplômés du verbe qui vivent dans le confort, non seulement il n’aura pas le prolo avec lui, il l’aura surtout contre lui dès que le frigo sera menacé.

« L’émission pour la Terre » : dix geste écolos

96 % des votants sont prêts à ne manger ni viande ni poisson une fois par semaine. L’intention ne vaut pas l’action, mais« L’émission pour la Terre » de Nagui et Anne-Elisabeth Lemoine sur France 2 le 15 octobre avait au moins l’avantage de médiatiser un tout petit peu l’idée de sobriété dans nos comportements : « acheter des fruits et légumes de saison », « se chauffer à 19 degrés », « planter des fleurs pour les abeilles », « donner du temps à une association pour la nature », « remplacer gobelets et bouteilles en plastique par une gourde », « acheter moins de vêtements » , « ne pas prendre sa voiture pour des trajets inférieurs à 3 kilomètres… si c’est possible » ; « ne pas prendre l’avion pendant un an ». etc. Une manière de greenwashing pour récupérer à des fins marketing la préoccupation écolo du grand public Ce n’est pas à la hauteur de l’urgence.

Ce ne sont dix gestes pour la planète qu’il faudrait mettre en œuvre personnellement, ce sont des milliers de gestes, et cela de façon drastique : ne jamais prendre l’avion, marcher ou rouler en vélo, manger végétarien plusieurs fois par semaine, ne pas faire de tourisme, vendre sa maison secondaire, changer de boulot quand il est nuisible, diminuer ses revenus, etc. En 1979 la « chasse au gaspi » prônait de chauffer son domicile à 18 degrés et les Inuits passent l’hiver boréal dans un igloo, à zéro degré Celsius au ras du sol. Mais trêve de critiques, le végétarien Nagui Fam montre bien l’interdépendance entre notre comportement quotidien et notre responsabilité globale : « Si vous prenez les incendies en Amazonie, on peut dire : c’est Bolsonaro qui brûle le poumon de la planète. Mais si on va plus loin, il brûle la forêt pour cultiver du soja, qu’il revend pour nourrir le bétail dont il exporte la viande. Viande que nous sommes tous susceptibles de manger. Alors, ce n’est pas en ne mangeant qu’un steak par semaine que la forêt amazonienne va s’éteindre ? Et bien, pourquoi pas ! L’effet papillon existe. »

Rappel historique, sur le site www.defipourlaterre.org en mai 2005 : ECOCITOYENS, vous souhaitez passer à l’action ? En quelques clics de souris, engagez-vous, en direct, à fermer le robinet d’eau quand vous vous brossez les dents, à utiliser des ampoules basse consommation ou à aller chercher votre pain à pied plutôt qu’en voiture…

Trois Nobel pour lutter contre la pauvreté !

Le 51e « prix Nobel » d’économie a été attribué, lundi 14 octobre, à la Franco-Américaine Esther Duflo et aux Américains Abhijit Banerjee et Michael Kremer pour leurs travaux sur la réduction de la pauvreté dans le monde. Ils se partageront le prix de 9 millions de couronnes (environ 830 000 euros), on se demande avec qui ils vont partager cette somme à leur tour…

Notons que ce n’est pas un « prix Nobel », mais le « prix de la Banque centrale de Suède en sciences économiques en mémoire d’Alfred Nobel ». Nobel doit se retourner dans sa tombe, et d’ailleurs ses descendants ne sont pas d’accord : Jamais, dans la correspondance d’Alfred Nobel, on ne trouve la moindre mention concernant un prix en économie. Comme un coucou, la Banque royale de Suède a déposé son œuf dans le nid d’un autre oiseau. Bref, la profession des économistes s’est frauduleusement appropriée le prestige de ce prix. Notons surtout qu’il faut remonter à 1990 avec le prix Nobel d’économie décernée à Elinor Ostrom pour avoir une vision réaliste de nos pratiques (gouvernance des biens communs). Le Nobel d’économie, c’est surtout pour le courant dominant, libéral-orthodoxe, business as usual.

L’an dernier, ce fut une imposture avec le prix décernée aux Américains William Nordhaus et Paul Romer. Les colauréats avaient « mis au point des méthodes pour conjuguer croissance durable à long terme de l’économie mondiale et bien-être de la planète ». Comme chacun devrait savoir, une personne qui croit encore qu’une croissance à long terme est possible dans un système planétaire clos (dont on a déjà transgressé toutes les limites) est soit un fou, soit un économiste. Pour être un bon économiste est faut d’abord être un bon écologiste, sinon c’est de l’économie hors sol. Pour lutter contre la pauvreté, les nobélisés sous-estiment les données biophysiques, matérielles, de notre habitat et de ses ressources. On ne peut attribuer le salaire minimum, l’assurance santé et la gratuité de l’éducation qu’à une minorité des humains, la grande majorité étant au bord de la famine et les pays développés au bord de l’effondrement systémique. Un système de redistribution n’est possible que quand il y a un surplus à redistribuer.

Généalogie du négationnisme écologique

Ecolopop : Le négationnisme écologique se porte bien (lire aussi les aventures de M. Allègre, ancien ministre d’état). De quoi s’agit-il ? Tout simplement, de publier un maximum d’articles et de reportages visant à nier l’évidence du réchauffement climatique avec un objectif ultime : continuer à vendre le maximum de pétrole, pour ramasser un max de dollars. (2007)

environnement.blogs.liberation : « Du négationnisme écologique et autres considérations… Les opposants au principe de précaution prétendent que s’il avait été appliqué dans le passé, il n’y aurait ni aspirine, ni feu, ni progrès, … mais un ramassis d’Homo erectus tapis dans des cavernes. Utilisons le même raisonnement à l’envers : avec le principe de précaution, il n’y aurait eu ni poudre, ni arbalètes (d’ailleurs interdites par le pape Inoccent III pour les guerres entre Chrétiens !), ni bombe atomique… De l’aspirine ou des armes, qu’est-ce qui affiche le plus de victimes au compteur ? » (Laure Noualhat, 2007)

alerte-environnement : Dans une tribune publiée sur le site NouvelObs.com le 26 mai, intitulée « Allègre et l’oxymore gouvernementale », Corinne Lepage dénonce Claude Allègre « qui illustre en France le négationnisme écologique ». La formule choc n’est pas le fruit de la créativité lexicale de la présidente de CAP21, mais de celle d’Alain Lipietz. Chose amusante, ce dernier l’a utilisée le 15 juin 2004 contre un certain Yves Lenoir, accusé alors d’être « négationniste de l’effet de serre ». (2009)

blogs.mediapart : Le négationnisme écologique a été une stratégie pendant de nombreuses années. Il s’est écoulé pas moins de 30 ans entre la publication du Printemps silencieux de Rachel Louise Carson en 1962, et la conférence de Rio sur la biodiversité en 1992. Pendant de nombreuses années, les écologistes, qu’ils soient scientifiques, membres d’association ou de partis politiques étaient vus au mieux comme de sympathiques hippies au pire de dangereux terroristes.(2010)

Valeurs vertes : Le négationnisme est le fait de nier la réalité de l’ampleur du changement climatique et de la crise écologique telle qu’elle a été établie par les connaissances scientifiques. On qualifie traditionnellement de climato-sceptiques ceux qui nient le changement climatique. Il faut aujourd’hui requalifier ce terme par climato-négationnistes. Pourquoi utiliser ce terme de négationnisme à fort contenu politique ? De la même façon que nier le processus d’extermination alors que les faits sont établis et que les historiens les ont parfaitement décrits, est un délit, le négationnisme climatique devrait être lui aussi être dénoncé comme une idéologie anti-science dangereuse. La question du négationnisme touche aussi la biodiversité dont la dégradation est autant préoccupante que celle du climat. Il faudrait donc parler plus généralement de négationnisme écologique, d’éco-négationnisme, c’est-à-dire nier les connaissances scientifiques qui établissent l’ampleur de la crise écologique. (Christian Brodhag, mars 2019)

Reporterre : Question, Le problème n’est-il pas le « négationnisme écologique de l’économie » ? Réponse d’Antonin Pottier : « Je refuse de parler de négationnisme parce que le mot appartient à un contexte historique précis : il ne faut pas le galvauder. En revanche, oui, il y a un oubli — presque parfois par inadvertance — du soubassement écologique des économies développées. On représente souvent l’environnement comme ce qui est autour de l’économie, placée au centre, alors qu’en fait c’est un socle sur lequel les sociétés et l’économie se développent. » (septembre 2016)

Romain Perez : « On ne doit plus pouvoir nier ou minimiser impunément la réalité des changements climatiques, ou la nocivité des intrants chimiques dans l’agriculture. Le négationnisme écologique forme aujourd’hui l’argumentaire principal des intérêts économiques engagés dans les activités les plus hostiles à notre écosystème. Il y a le négationnisme explicite, qui pousse certains politiciens et autres experts, généralement en lien avec ces intérêts, à minimiser ou nier la réalité des dommages environnementaux qu’ils créent. Il y a surtout le négationnisme implicite – le fameux « greenwashing » – qui consiste à maquiller ces dommages à travers des représentations et des messages volontairement trompeurs. De cette manipulation, le consommateur ressort désorienté et les organisations qui œuvrent réellement en faveur de l’environnement en sont pénalisées. Proscrire le négationnisme écologique en le sanctionnant pénalement serait donc une œuvre utile. » (octobre 2019)

Les émissions anthropiques de carbone

Depuis quinze ans, les émissions de gaz à effet de serre découlant des activités humaines ont dépassé le niveau d’injection massive de carbone lors de l’extinction des dinosaures :

Le Deep Carbon Observatory  (1) – forte de 504 chercheurs spécialistes du carbone : Les émissions naturelles annuelles (volcans, etc.) sont estimées entre 0,28 et 0,36 milliard de tonnes de CO2 par an. Or, en 2018, les émissions anthropiques, ont été de 33,1 milliards de tonnes pour le seul CO2 issu de la combustion du pétrole, du charbon et du gaz. L’industrie humaine surclasse la géologie et la réduit à une action marginale sur le système climatique terrestre pour ce facteur. Toutefois, notent les géologues, il est arrivé à la Terre de produire toute seule, sans l’intervention des humains qui n’existaient pas, des événements comparables en termes d’émissions de CO2. C’est arrivé cinq fois en 500 millions d’années. Ces injections massives de carbone ont provoqué des cataclysmes climatiques, l’acidification des océans et… des extinctions massives d’espèces vivantes. Les chercheurs prennent l’exemple de la collision d’un astéroïde géant, il y a 66 millions d’années, qui frappa la Terre dans la péninsule du Yucatan. Baptisé Chicxculub, ce bolide provoqua l’injection dans l’atmosphère d’entre 425 et 1400 milliards de tonnes de CO2. Il s’ensuivit un cataclysme climatique provoquant la disparition d’environ 75% des plantes et des animaux (dont les fameux dinosaures).

Or, ces quantités sont similaires à celles des émissions anthropiques, puisqu’en moins de 15 ans le bas de l’estimation des géologues est dépassé si on en croit les émissions de 2018. Et rien ne permet de penser que les émissions mondiales de CO2 vont chuter dans un avenir proche.

Écologie populaire et médiatisations

D’un côté 150 Français tirés au sort, rassemblés dans une convention citoyenne pour le climat, ont commencé à se pencher sur les mesures à prendre lutter contre le dérèglement climatique. Le premier ministre a assuré que cette convention a « vocation à inventer une écologie populaire dans tout ce que ce terme a de plus glorieux ». En fait il s’agit là d’une démagogie démocratique surréaliste, car la question qui est posée, nous savons déjà comment y répondre. Sous Macron la bavardage écolo tient lieu de politique, quand Emmanuel est devenu président il a su imposer une réforme du code du travail sans faire intervenir les citoyens. De l’autre côté les militants du mouvement Extinction Rebellion (XR) ont lancé quinze jours de désobéissance civile à travers la planète visant à dénoncer l’inaction « criminelle » des gouvernements face au changement climatique.

Bravo à eux, bravo aux blocages symboliques, bravo à nos étudiants qui font la grève scolaire pour le climat. Mais ces mouvements restent minoritaires, le blocage de carrefours routiers par les Gilets jaune a eu beaucoup plus d’influence en France. Nous sommes seulement dans les prémisses d’un mai 1968 mettant en scène la génération climat en 2019. Pour l’instant on préfère politiquement recevoir à Paris la Visite Officielle du LL.AA.RR le Prince Héritier et la Princesse Héritière du Danemark les 7 et 8 octobre, pour prétendre aborder la transition énergétique ! Alors, de l’écologie d’apparence ou des mouvements socio-écolos qui va gagner ?

Ce qui nous rassure un chouia, c’est la rapidité du tournant médiatique qui s’opère sur la question écologique. Toute la page 3 du quotidien « La Charente Libre » est consacrée aux adeptes de la collapsologie qui « préparent la fin de la civilisation ». Extinction Rebellion vit aussi à Angoulême et la page Facebook « Collapsologie Charente » compte déjà 286 membres ». On veut « redonner du sens à sa vie et décroître financièrement », on affirme que « plus on dépense, plus on pollue », et on prédit une lente agonie de l’humanité si rien n’est fait. Notons que l’autonomie alimentaire d’Angoulême est de seulement 1,33 % des produit agricoles qui composent les repas sont produits par la ville, on est loin d’une communauté de résilience adossée à son autonomie alimentaire… Qui des effets dévastateurs de l’épuisement de la planète par raréfaction des ressources et explosion des pollutions d’une part OU de la capacité de sobriété et des efforts de cohésion sociale d’autre part va gagner, les paris sont ouverts !

Jancovici, « sans pétrole t’es plus rien »

« Les indicateurs monétaires ne font que suivre les indicateurs physiques. L’économie n’est qu’une machine à transformer des ressources naturelles. Par définition, l’énergie est la grandeur qui quantifie le degré de changement d’un système. Il n’y a donc pas de transformation sans énergie, et donc pas d’économie sans énergie, fût-ce celle de nos muscles. Il nous faut un convertisseur d’énergie, notre propre organisme est alimenté par alimentation. Compter l’énergie utilisée, c’est mesurer nos possibilités de transformation de notre milieu environnant. 100 watts seulement de puissance avec l’utilisation de nos jambes, une simple ampoule à incandescence peut avoir la même puissance. On est passé aux énergies renouvelables, on les a toutes utilisées. Le charbon a sauvé les forêts françaises. Il n’y a pas de substitution entre sources d’énergies, mais une accumulation. Les énergies fossiles ont permis la multiplication des machines. Même notre habillement dépend des machines, beaucoup de machines. Mais on ne s’en rend pas compte. Les seules démocraties antiques ont été des sociétés esclavagistes. On reproduit le même système aujourd’hui, les machines remplaçant les esclaves. L’Angleterre a pu réinventer la démocratie grâce au charbon. Pas de pétrole, pas de croissance, c’est pas sûr du tout qu’on garde la démocratie. 200 esclaves énergétiques en moyenne par personne au niveau mondial, nous aurions donc besoin de 1400 milliards de personnes pour arriver au niveau de notre production actuelle avec l’énergie de notre corps. Diminution du temps de travail, études longues, retraite, tout ça c’est grâce aux machines. Le smicard vit comme un nabab. Son niveau de vie est même déjà trop élevé par rapport aux possibilités de la planète. On ne peut pas le lui dire, mais c’est la réalité. C’est çà le drame politique actuel, ne pas le dire. Le pic des hydrocarbures toute formes confondues est prévu demain, en 2020. Pourtant les médias n’en parlent jamais car les activistes s’agitent sur le réchauffement climatique et les prix ne disent rien de la raréfaction croissance des ressources fossiles. PIB ou CO2 faut choisir. Personne dans le discours politique ne le dit, à part Yves Cochet. Les politiques sont devenus paresseux, ils ne font pas l’effort de concevoir des programmes qui permettraient de vivre sous contrainte et de faire revenir du sens, ce qui ne se trouve pas dans l’idée de vouloir augmenter les résultats trimestriels. Un manque d’énergie signifie diminution de production, c’est un facteur limitant. Pas d’énergie, pas de PIB. Sans énergies fossiles, il n’y aura pas de croissance économique. Quand on ne pourra plus promettre la croissance, les arbitrages politiques vont devenir très violents. Marine Le Pen, enfant du carbone ! Tant que nous ne nous mettrons pas la décarbonisation de l’économie au sommet de nos politiques, ce qui nous attend au bout du chemin est hélas uniquement le chaos et le totalitarisme. Tant que la pédagogie du problème ne sera pas faite, ce sera l’impasse. » (extraits de la Leçon inaugurale de Jean-Marc Jancovici à Sciences Po le 29.08.2019)*

Pour en savoir plus sur Jean-Marc Jancovici :

Le plein s’il vous plaît (2006)

C’est maintenant ! Trois ans pour sauver le monde (2009)

Le changement climatique expliqué à ma fille (2009)

Changer le monde, tout un programme (2011)

le pic pétrolier vu par JM Jancovici (14 février 2011)

Dormez tranquilles jusqu’en 2100 et autres malentendus sur le climat et l’énergie (2015)

* https://www.youtube.com/watch?reload=9&v=Vjkq8V5rVy0&fbclid=IwAR1eVM3VyyC_wkkM3N5ZFkF_QU7E2TkJJ6-zcL8DmllAVfpQWJAa-oS-Qb4

Pour un désarmement nucléaire

Le jeudi 26 septembre 2019 marquera la célébration par l’ONU de la « Journée Internationale pour l’élimination totale des armes nucléaires ». A cette occasion, la Fondation de l’Ecologie Politique publie une note sur l’interdiction des armes nucléaires rédigée par deux porte-paroles d’ICAN France, la branche française de la Campagne internationale pour abolir les armes nucléaires : « L’élimination des armes nucléaires fait partie des fondamentaux de la pensée écologiste. Les individus et mouvements qui s’en réclament ont participé à cette dynamique qui a permis d’arrêter les essais nucléaires, d’apporter reconnaissance aux victimes et aujourd’hui d’interdire ces armes de destruction massive…Tous ensemble, nous devons faire entendre une voix différente, la nôtre, celle des populations pour, dans un premier temps, réactiver les fondements du projet onusien du « plus jamais ça ! » ; comme ceux du projet européen : construire la paix entre des ennemis « héréditaires » par le biais de la coopération et de l’échange… Cela est possible par un changement de paradigme : faire de la confiance la base du nouveau rapport avec le monde ; où le dialogue (même conflictuel parfois) vient remplacer la guerre et sa préparation, vient remplacer la stratégie de la dissuasion qui n’est autre qu’une imposture et un exercice de la menace de terreur… L’utopie, l’irréalisme qui nous sont systématiquement reprochés — lorsque est évoqué le désarmement nucléaire — n’est pas du côté des abolitionnistes… L’illusion c’est de croire que la bombe atomique ne sera jamais à nouveau utilisée et qu’elle restera une arme de non-emploi grâce à l’efficacité de la politique de dissuasion nucléaire. »

AGENDA

– jeudi 26 septembre à Bruxelles : «  Le commerce des armes : un business comme un autre ? »
https://www.grip.org/fr/bd-commerce-armes

– vendredi 27 septembre à 19H, film débat « La bombe et nous » à la Maison des associations gervaisiennes (3, place Anatole France – 93310 Le Pré Saint-Gervais), organisé par le comité local du MRAP (Pantin- Le Pré Saint-Gervais), La Paille et le Mil, WILPF, ICAN, ville du Pré Saint-Gervais; film documentaire de Xavier-Marie Bonnot (2017) – 70 minutes – débat animé par Bruno Cramer.

– mardi 1er octobre à 18H30, réunion du Collectif contre le SNU (Service National Universel), Union Syndicale Solidaires Paris 31 Rue de la Grange aux Belles, 75010 Paris;

– samedi 5 et dimanche 6 octobre: « NoWar2019 Pathways to Peace » à Limerick, Ireland / World Beyond War:
https://worldbeyondwar.org/nowar2019/

– vendredi 11 octobre à l’ONU (NYC), initiative jeunesse pour le désarmement:

– 30/11-1er, 3 et 4 décembre Sommet de l’OTAN à Londres (un contre-Sommet et manifestation seront organisés à cette occasion par le réseau international « Non a la guerre, non à l’Otan)

Actualité climatique, et vitrines brisées

Samedi 21 septembre, vitrines cassées, banque dégradée, barricades de fortune incendiées à Paris… « Ne prenez aucun risque et quittez la Marche pour le climat. Les conditions d’une marche non-violente ne sont pas réunies », a tweeté Greenpeace. Les émeutiers masqués et en noir devraient être cloués au sol par les autres manifestants et livrés à la police.

Vendredi 20septembre, « Friday for future ». De New York à Sao Paulo dans plus de 150 pays, plusieurs millions d’écoliers et d’étudiants sont descendus dans les rues pour une « grève globale » en faveur du climat. « Nous sommes l’avenir et nous méritons mieux », a déclaré à Bangkok Lilly Satidtanasarn, 12 ans, surnommée la « Greta Thunberg de Thaïlande ». Aucune manifestation n’a été autorisée en Chine, premier émetteur de gaz à effet de serre au monde, mais Zheng Xiaowen, du Réseau d’action de la jeunesse pour le climat, a promis d’autres formes de mobilisation. « Les jeunes Chinois ont leurs propres méthodes », a-t-elle déclaré. Un sommet spécial sur le climat est prévu lundi prochain à l’ONU, avec une centaine de chefs d’Etat et de gouvernement, dont Emmanuel Macron et Angela Merkel. Cette dernière a animé un conseil des ministres extraordinaire, le premier du genre, entièrement consacré à la lutte contre le réchauffement climatique. Mais les annonces ont tout l’air d’expédients. Elles constituent un catalogue de mesures techniques dont on comprend qu’elles visent à être aussi incitatives et aussi peu douloureuses que possible. Le vieux monde est aux abois. Qu’écrivent les commentateurs éclairés sur lemonde.fr ?

VincentB : Le seul indicateur qui permet de mesurer l’efficacité du combat contre le réchauffement climatique, c’est la production de pétrole. La voyez-vous baisser ?

Lomcha : Quand Airbus se réjouit hier que la flotte aérienne double dans les 20 ans, on se dit que c’est mal barré.

The Ad : L’économie de la planète est basée sur la consommation de matière et d’énergie ! Aucune solution soft ne peut exister compte tenu de l’exigence de l’objectif (la neutralité carbone en 2050). Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de solution : c’est juste pour ne pas se bercer d’illusions sur les « jeunes » arrivant à convaincre les « vieux » qu’il faut changer de modèle économique mondial !

Iphigénie : Ce gouvernement, les précédents et les suivants, voit une manif pour les retraites. Il demande une note de synthèse à Bercy, qui réponds : « pour assurer les retraites, il faut tout faire pour augmenter la croissance et baisser le chômage, mais ça augmentera le CO2.  » Ensuite il voit une manif pour le climat, il demande au ministère de l’écologie quoi faire et on lui dit « pour faire baisser le CO2, il faut faire de la décroissance, ce qui créera du chômage et demandera de réduire les redistributions sociales. » Donc il se réunit et se dit « on va faire du green-washing en espérant que ça passe jusqu’aux prochaines élections. »

Electron : Il est clair, comme le dit si bien JM Jancovici, qu’entre PIB et climat il faut choisir. Vouloir réduire son empreinte carbone, c’est aujourd’hui moins d’électricité, de transport, de chauffage, de nourriture, de béton, d’acier, de smartphone, d’internet.… Les solutions technologiques sans carbone (hydrogène, renouvelables, tout électrique) sont très coûteuses et complexes à mettre en œuvre, et ne remplaceront pas ce que peuvent apporter les énergies carbonées, et notamment le pétrole. Mais ce dernier n’en a plus probablement pour longtemps…

L’écologie en tête du palmarès des likes

2019 marque le basculement des consciences, en attendant l’insurrection des consciences. Au cours des deux dernières années, l’écologie a progressé de manière continue pour s’installer à la première place dans la dernière enquête Ipsos Sopra-Steria*. L’environnement n’est plus la préoccupation des gens aisés mais de tout le monde, sauf ceux en extrême difficulté. Par exemple 55 % de ceux qui se considèrent comme appartenant aux milieux populaires citent l’environnement comme priorité, juste devant le pouvoir d’achat (54 %). L’écologie a fait progressivement tache d’huile. Le clivage qui oppose les personnes faisant de la question environnementale leur priorité et celles qui en font un aspect secondaire est devenue l’opposition politique la plus importante. Les Français perçoivent maintenant directement les chocs écologiques : canicules, pollution dans les grandes villes, effondrement de la biodiversité, conséquences sur la santé. Les cris d’alarme des experts (depuis 1972 !) portent enfin leurs fruits. Mais il faut relativiser, les statistiques sont toujours une forme du mensonge. Car dire qu’on est inquiet de la détérioration de la planète qui nous fait vivre ne veut pas dire qu’on va s’engager pour changer l’ordre des choses. Ainsi ces commentaires sur lemonde.fr :

Cyril Videau : Je pense qu’un des chiffres à retenir est que les Français émettent aujourd’hui en moyenne 11 ou 12 tonnes de Co2 par habitant et par an. Pour limiter le changement climatique à +1,5 degré (objectif de l’accord de Paris), nous ne devrions émettre que 2 tonnes de Co2 par habitant et par an. A quelle époque les Français n’émettaient-ils que 2 tonnes de CO2 par habitant et par an ? En 1950 ? En 1930 ? ou même avant. On peut alors demander aux citoyens s’ils sont prêts à ré-adopter le mode de vie que l’on avait à cette époque. Vous aurez ainsi le pourcentage de ceux pour qui l’écologie est réellement « une préoccupation majeure ».

le sceptique : Il y a un déni (« négationnisme » comme on dit maintenant) de la classe politico-médiatique sur quelques évidences, par exemple :
– à technologies connues, stopper réellement les émissions carbone en 30 ans demande un bouleversement sans précédent de notre économie et de notre mode de vie;
– protéger réellement la biodiversité exige de cesser quasiment toute pollution et artificialisation supplémentaire de la nature, donc geler urbanisme, agriculture, extractions, etc.
Sans conscience de cela, le Français croit que « protéger l’environnement » consiste à rester 30 secondes de moins sous sa douche, à voyager en avion tous les 48 mois plutôt que 24 ou à manger des fruits et légumes bio (au même prix que le conventionnel).

Colonel de Guerlass : C’est le genre de sondage bourrage de crâne, qui ne résiste pas à l’examen des faits. Quand les ecolos ont voulu faire augmenter le prix de l’essence pour satisfaire leur lubie, ils ont déclenché le mouvement de rejet des Gilets jaunes soutenu par 80% des français.

Untel : C’est le résultat de la bonne vieille méthode, celle qui dans le passé a fait progresser la droite grâce au sentiment d’insécurité et qui aide maintenant les écologistes grâce au sentiment d’insécurité climatique et au développement de l’hypochondrie dans le public (pesticides, Linky, maladie de Lyme, nanoparticules, perturbateurs endocriniens, bébés sans bras, gluten, Lévothyrox…).

Violette @ Untel : Tout ce que vous qualifiez d’hypocondrie existe réellement. Encore un effort de votre part et Fukushima ne serait qu’une fable et vous conseillerez une cuillerée de Glyphosate au petit-déjeuner pour mieux affronter l’hiver !

* LE MONDE du 17 septembre 2019, L’écologie, une préoccupation désormais majeure pour les Français

Marchons pour le climat le 21 septembre

Samedi 21 septembre, nous marcherons par milliers dans les rues, partout en France, pour dénoncer l’inaction climatique du gouvernement et exiger la justice sociale. Cette marche sera engagée, festive et familiale : que vous veniez seul·e, en famille ou entre ami·es, nous marcherons côte à côte pour exiger la fin d’un système destructeur pour l’humain et le climat. Le sommet de l’ONU pour le climat le 23 septembre est une fenêtre de tir à ne pas laisser passer.

Je veux savoir où marcher

Les raisons pour se mobiliser ne manquent pas :
1. Cet été, la planète nous a envoyé des signaux d’urgence.
2. Si le gouvernement continue de ne rien faire, ces catastrophes vont s’intensifier.
3. Il est encore temps d’agir : chaque dixième de degré compte.
4. La mobilisation pour le climat sera mondiale du 20 au 27 septembre.
5. Citoyen·nes, organisations et syndicats formeront un immense cortège pour marcher ensemble : parce que défendre le climat, c’est lutter pour davantage de justice sociale.
6. Lundi 23 septembre, Emmanuel Macron est convoqué à l’ONU et il est attendu au tournant ! Le secrétaire général de l’ONU a déclaré à l’ensemble des responsables politiques : “Apportez des plans, et pas des discours” car il s’agit de “lutter pour nos vies”. Mais pour le moment, la France refuse d’adopter des objectifs climatiques compatibles avec l’Accord de Paris.
Tous et toutes, partout autour du monde, faisons pression sur les responsables pour que les Etats soient précis et ambitieux dans leurs objectifs climatiques. Le sommet de l’ONU pour le climat le 23 septembre est une fenêtre de tir à ne pas laisser passer.
Samedi 21 septembre, mobilisons-nous contre l’inaction climatique !
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CLIMAT, décrocher Macron de son cadre

Apportons notre soutien aux décrocheurs de portraits d’Emmanuel Macron, jugés ce 11 septembre 8h30 à Paris. La planète brûle et le gouvernement persiste dans l’inaction et les petits pas. Face à cet immobilisme, la société civile se mobilise et agit pour sensibiliser l’opinion publique par la multiplication d’actions non-violentes, réprimées dans la violence comme sur le pont de Sully où la France a vu des militantes et militants pacifistes passé-es au poivre à bout portant. Au cœur de cette mobilisation, ANV-COP21 a lancé le mouvement dit des “décrocheurs”. Assumant le risque de la condamnation des militantes et militants de toute la France décrochent depuis des mois les portraits d’Emmanuel Macron dans les mairies des petites comme des grandes villes. Un emprunt pour rappeler que l’action contre le réchauffement climatique n’attend pas. Après plus de 128 portraits décrochés, des militantes et militants sont d’ores et déjà sous le coup d’un passage devant la justice. Demain, les décrocheurs comparaîtront devant la 16e chambre du tribunal correctionnel de Paris – celle qui juge les terroristes et les délinquants chevronnés. Ils encourent cinq ans de prison et 75 000 euros d’amende.

Le 12 juin 2019, le tribunal de grande instance de Bourg-en-Bresse avait déjà condamné six militants d’Action non violente-COP21 : 500 euros d’amende avec sursis. Lors de l’audience du 28 mai, les militants et leurs avocats avaient insisté sur le montant « disproportionné » des amendes au vu du coût réel du portrait, soit 8,70 euros (sur le site de l’Elysée). Voulant dénoncer l’inaction du président face aux changements climatiques, la campagne #Décrochonsmacron met en avant l’urgence et l’état de nécessité qui poussent à agir, « de façon non violente » insistent les militants. Ces portraits pourraient être restitués en cas de changement de politique climatique et environnementale avait expliqué au président du tribunal l’un des prévenus, ce qui avait valu la réplique savoureuse de ce dernier : « Donc vous n’allez pas les rendre. » La jurisprudence devrait pourtant jouer pour ses militants : dans l’affaire des chaises empruntées par les militants altermondialistes, la plupart ont été relaxés.

Derrière les discours, la réalité de l’action gouvernementale va en marche arrière : glyphosate, épandage de pesticides aux abords des maisons, accords de libre-échange, investissements fossiles, taxe sur le kérosène, aides à la bio, etc. Non seulement rien de ce qui est nécessaire n’a été entrepris mais, pire, le gouvernement recule et applique à la lettre les besoins des lobbies. L’action des décrocheurs est une action bénéfique à la société. En attirant l’attention du grand public, ils rappellent le gouvernement à ses devoirs. Chacune de ces personnes prend des risques personnels pour aider le collectif à s’en sortir. Ils méritent des décorations, pas des condamnations.

À lire, mensuel « La décroissance », extraits

Raoul Anvélaut : Nous remettons fondamentalement en cause l’hypermobilité et appelons à en finir avec la grande vitesse, que ce soit sur mer, dans les airs, sur rail, sur route ou dans des tubes à faible pression d’air. Ni TGV, ni Hyper-loop, ni avion à réaction. De la lenteur, de l’enracinement, de l’enclavement. Les transports rapides et les télécommunications instantanées n’ont abouti qu’à uniformiser le monde, à anéantir l’espace, à transformer la planète en un vaste banlieue où tous les réseaux convergent vers les métropoles.

Francis Jarrige : L’an dernier la France renouait avec un Grand prix de formule 1 après dix ans d’absence. Comme si tourner en rond le plus vite possible sur un circuit automobile était un besoin fondamental dont l’interdiction serait inacceptable. Pourtant chacun sent qu’il faudrait freiner l’essor des mobilités, réduisant les consommations d’énergie. Comment imaginer une transiton fondée que la sobriété énergétique alors que des circuits continuent un peu partout d’entretenir le désir de vitesse et le culte de la bagnole ?

Philippe Pongy : J’ai eu l’ineffable bonheur de connaître un temps où à partir de rien (un caillou, une pétale de fleur, un mot) on découvrait et créait le monde. Aujourd’hui, à partir d’un monde sans limite, il semblerait qu’on ne découvre et ne crée plus rien. La réalité augmentée permet de mixer et de confondre totalement la réalité extérieure et réalité virtuelle.

Julien Lebrun : Les écrans sont pires que l’automobile. Car leur développement fulgurant témoigne en effet que nus sommes loin, bien loin, de plus en plus loin d’intégrer ce que suppose notre vie sur terre.

Hervé Krief : Voiture et smartphone contribuent au mêmes fantasme de liberté, de vitesse, d’enivrement technologique, de déstructuration de l’espace qui sont utilisé par les industriels et les États pour nous convaincre de leur bien-fondé et du caractère inéluctable de leur présence. Ils portent en eux la volonté d’asservir les populations en leur fabricant une vie simplifiée et vide. Ils participent activement à la déstructuration concomitante de la vie sur Terre et de notre condition humaine.

Florent Busssy : Le numérique crée une dépendance qui fait qu’on ne se déconnecte plus jamais. Tout est fait pour accroître nos besoins dans la logique d’une recherche de profits fondés sur la consommation de masse. L’économie capitaliste ne peut se passer de croissance et production cette dépendance. C’est à elle qu’il faut résister.

La décroissance n° 162, septembre 2019

Leopold KOHR, éloge de la petitesse

Quand vous avez atteint le bord de l’abysse, la seule choses qui ait du sens, c’est de reculer. Ayant soutenu que la taille modeste est une solution aux problèmes créés par la taille excessive pendant plus de quatre décennies, j’ai été traité d’excentrique dès le début des années 1940. Cela ne m’a jamais vraiment dérangé. La seule chose qui me faisait douter était que ce qui devait être fait, et pouvait être fait, serait également fait. La question n’est plus comment s’étendre, mais comment se contracter ; plus combien croître mais comment mettre des limites à la croissance. Mais quel est l’ordre de grandeur critique qui mène aux abus ? La réponse n’est pas bien compliquée à trouver. Il s’agit de la quantité de pouvoir qui empêche toutes représailles et assure ainsi l’impunité. Cela arrive chaque fois que le pouvoir persuade qu’il ne peut être remis en cause par accumulation de pouvoir plus grande que celle qu’il possède lui-même. Les petits enfants, sans pour autant perdre de leur charme et de leur innocence, font aux petites créatures ce qu’ils n’oseraient pas faire aux plus grandes. Ajoutons que le seul garde-fou pour ne pas pêcher n’est pas tant la stature morale que la peur de la punition, c’est-à-dire l’absence d’opportunité. Certains individus peuvent développer une extraordinaire volonté et rester dans le droit chemin, mais le simple fait que même ces êtres extraordinaires aient à mener de durs combats intérieurs face aux forces de l’opportunité montre le caractère élémentaire de ces dernières. Ainsi ce que Bernard Shaw a dit de la vertu d’une femme, à savoir qu’elle n’est qu’une question d’opportunités.

Dans une petite société, le seuil critique de pouvoir ne peut qu’être rarement atteint puisque la force de cohésion du groupe est facilement paralysée par les tendances centrifuges autorégulatrices portées par les individus. Dans les sociétés plus grandes, la pression du nombre peut devenir telle que les tendances à la compétition individuelle disparaissent et que le danger de la fusion sociale, portée à un stade critique, soit présent en permanence. Comme l’a montré l’Histoire, la fusion sociale peut atteindre un degré tel qu’aucune force de police ne serait en mesure de la gérer… à moins d’atteindre elles-mêmes un volume tel qu’en nous sauvant des atrocités commises par le peuple, elles les remplacent par leurs propres atrocités de police d’État. Cela ne laisse comme méthode fiable pour traiter la violence que l’établissement d’un système fondé sur des entités sociales de si petite taille que la cristallisation de puissance collective ne peut pas atteindre un stade critique. Si nous voulons éliminer le crime à Chicago, nous ne devons pas éduquer Chicago et le repeupler de membres de l’Armée du Salut ; nous devons éliminer les communautés de la taille de Chicago.

Napoléon ou Hitler furent d’abord agressifs uniquement envers ceux dont ils savaient pour triompher facilement. Mais chacune de leurs conquêtes augmenta leur pouvoir jusqu’à ce qu’ils soient si puissants qu’ils aient quelques raisons de croire qu’aucune alliance ne sera en mesure de les arrêter. Quant on voit où les partisans de l’unification nous ont menés, appliquons la théorie de la taille à l’Europe. Nous devons démanteler les nations pour une nouvelle fournée de petits États, l’Aragon, la Catalogne, la Bohème, la Moravie, la Slovaquie, la Macédoine, la Transylvanie, la Moldavie, la Bessarabie, et ainsi de suite. Un fait saute aux yeux, il n’y a rien d’artificiel dans cette nouvelle carte. Il s’agit en fait du paysage originel européen. Dans un monde composé de grands comme de petits États la guerre existera toujours. La violence et autres traits de caractères indésirables sont liés à la nature humaine. Au Moyen Age, il y avait quelque part en Europe une guerre déclarée presque chaque jour. Mais les guerres médiévales étaient de petites vagues jamais grosses au point de prendre les proportions d’une marée qui aurait recouvert le continent entier. Les problèmes de la violence ne disparaissent pas, ils sont juste réduits à des proportions supportables.

Leopold KOHR, L’effondrement des puissances (éditions RN 2018, 1ère édition 1957 : The Breakdown of Nations )

à lire sur notre blog biosphere :

4 mai 2019, De la limitation du pouvoir dans les grands groupes

28 novembre 2016, Leopold Kohr (1909-1994), précurseur de la décroissance

20 juillet 2016, À lire, The Breakdown of Nations (Leopold Kohr, 1957)

la BAD, base autonome durable

J’ai (Piero San Giorgo) longuement conversé avec des survivalistes américains. Je suis arrivé à la conclusion que le seul moyen de survivre c’est de s’établir dans un endroit éloigné des zones de trouble potentiel et d’acquérir une autonomie aussi grande que possible pour tout ce qui concerne l’eau, la nourriture et l’énergie tout en s’intégrant dans une communauté locale. J’ai été autorisé par ses inventeurs à développer l’idée de BAD (base autonome durable), un programme construit sur 7 éléments fondamentaux : eau, nourriture, hygiène et santé, énergie, connaissance, défense et lien social.

C’est lorsque le puits est à sec que nous apprécions la valeur de l’eau… L’idéal est de produire soi-même sa nourriture… Nous serons confrontés à la disparition des services de soins et de santé, vous n’aurez pas intérêt à être malade… La seule énergie gratuite est celle que vous n’avez pas besoin de générer… Celui qui possède un métier est comme celui qui possède un château fort… Si vis pacem, para bellum car le plus grand danger pour l’homme reste l’homme… Le lien social est le septième et dernier élément fondamental d’une BAD.

Vous ne pourrez survivre longtemps seul. Vous devez constituer un réseau, vous intégrer à des communautés grâce à des relations mutuellement interdépendantes, et faire en sorte que les gens et les groupes de gens autour de vous aient le moins de raisons possibles de vous agresser et qu’ils s’associent à vous pour une défense commune. Etre capable de survivre seul, c’est bien. Mais la force est aussi dans le nombre. Imaginez un village entier, une vallée organisée pour une production optimale de ressources alimentaires et énergétiques et une mise en commun des savoir-faire (médecins, maçons, etc.), créer une meilleure défense et entreprendre des travaux pour le bien commun. Ce genre de communautés se met déjà en place, Résilience communautaire en France, Transition Towns, Post Carbon Cities et Relocalisation Projects au Canada, Belastbar Gemeinde en Allemagne…

La BAD peut être individualiste, mobile, 100 % survivaliste, par exemple avec un voilier. Mais le meilleur choix possible et la BAD rurale, où on s’enracine dans tous les sens du terme. Rappelez-vous que toute richesse est d’abord issue de la terre nourricière. La mise en place d’une BAD en ville peut avoir du sens si vous n’avez pas les moyens pour mettre en place une BAD en milieu rural. Choisissez une ville de taille moyenne, traversée d’une rivière, avec une centrale hydroélectrique toute proche. Vous avez aussi l’option d’une BAD délocalisée. Mais qui peut vous garantir qu’en tant que riche étranger, vous ne finirez pas victime de nettoyages ethniques ?

In Survivre à l’effondrement économique (édition le  Retour aux Sources, 2011)

la résilience selon Piero San Giorgo

Des capacités de résilience ? Avec l’effondrement économique, les Etats seront incapables de fonctionner. Ce sera la fin du salariat. Fini aussi l’assistanat de l’Etat providence ! Les retraités, les handicapés et les malades auront intérêt à avoir une famille qui s’occupe d’eux. Sans transport automobile, les villes vont radicalement changer d’aspect ; les gratte-ciel seront laissés à l’abandon et resteront un témoignage de l’époque des énergies fossiles abondantes. On peut imaginer que des organisations continuent d’exercer une forme de gouvernement sur un territoire plus réduit. Des régions, devenues de fait autonomes, du moins celles qui ne seront pas plongées dans le chaos, sauvegarderont un relatif maintien de l’ordre.

Toute entreprise devra redevenir locale. La richesse consistera en l’accès à des ressources physiques, comme la nourriture et l’eau potable, et à des intangibles, comme les relations et les réseaux. La vraie richesse sera surtout celle du savoir-faire : savoir cultiver un potager, réparer des batteries et des panneaux solaires, etc. Les petites fermes vont s’en sortir grâce à leurs connaissances et à leur taille. Les artisans redeviendront vraiment utiles, forgerons, bottiers, menuisiers, etc.

Ceux qui possèdent la terre pourront permettre à certaines familles de s’établir en échange de leur travail. Mais ces propriétaires auront intérêt à savoir défendre leur domaine contre les pillards, ils pourront embaucher des milices. Ce sera le retour d’une sorte de système féodal. Mais une fois le pire de la crise passé, on assistera sans doute, du fait de la vie en communautés plus petites et plus proches de la nature, à un retour à la spiritualité naturelle, à un ré-enchantement du monde pour lui redonner du sens.

In Survivre à l’effondrement économique (édition le  Retour aux Sources, 2011)

Survivaliste à 8 ans, Yves Cochet a 73 ans

En 2015, l’institut Ipsos avait interrogé 500 enfants de 8 à 11 ans sur leur vision de l’écologie : 63 % des sondés estimaient alors que la planète était en mauvais état. Et, pour 87 % d’entre eux, les adultes ne faisaient pas ­assez d’effort pour protéger l’environnement.Aujourd’hui, les jeunes générations ne cessent d’entendre des discours alarmants qui infusent en profondeur dans leurs petits cerveaux ; l’angoisse qui imprègne le monde des adultes a immanquablement un impact sur eux. L’attrait de mon fils* de 8 ans pour le survivalisme n’est donc pas la perpétuation d’un habitus familial, mais peut s’envisager comme une réponse singulière à la crise écologique. Il s’est progressivement transformé en survivaliste en culottes courtes ; son petit sac à dos, qu’il désigne lui-même comme son « kit de survie », doit permettre – en théorie – de parer à toute situation d’urgence, lampe de poche à manivelle, une paire de jumelles, une boussole, une mini-trousse de premiers soins, un sifflet, une bougie, un Opinel à bout rond, etc. Tout pour faire plaisir à Yves Cochet, constant oiseau de mauvaise augure et ardent partisan de la résilience communautaire.

Son projet de motion collapso pour le Congrès d’EELV de novembre 2019, en bref : « L’effondrement est comme un trou noir qui attire à lui toutes les certitudes passées. Si, comme moi, on croit au scénario d’un effondrement systémique, global, imminent, comme le scénario le plus probable des trente prochaines année sur Terre, alors toutes nos pensées et nos actions doivent être orientées par ce trou noir, cet attracteur, ce magnétisme. La période 2020 – 2050 sera la plus bouleversante qu’aura jamais vécu l’humanité en si peu de temps. À quelques années près, elle se composera de trois étapes successives : la fin du monde tel que nous le connaissons (2020-2030), l’intervalle de survie (2030-2040), le début d’une renaissance (2040-2050). De telles affirmations s’appuient sur de nombreuses publications scientifiques que l’on peut réunir sous la bannière de l’Anthropocène, compris au sens de rupture au sein du système-Terre, caractérisée par le dépassement irrépressible et irréversible de certains seuils géo-bio-physiques globaux. Ces ruptures sont désormais imparables, le système-Terre se comportant comme un automate qu’aucune force humaine ne peut contrôler. La croyance générale dans le libéral-productivisme renforce ce pronostic. La prégnance anthropique de cette croyance est si invasive qu’aucun assemblage alternatif de croyances ne parviendra à la remplacer, sauf après l’événement exceptionnel que sera l’effondrement systémique mondial imminent dû au triple crunch énergétique, climatique, alimentaire. La décroissance est notre destin. La seconde étape, dans les prochaines années trente, sera la plus pénible au vu de l’abaissement brusque de la population mondiale (épidémies, famines, guerres), de la déplétion des ressources énergétiques et alimentaires, de la perte des infrastructures (y aura-t-il de l’électricité en France en 2035 ?), et de la faillite des gouvernements. Ce sera une période de survie précaire et malheureuse de l’humanité, au cours de laquelle le principal des ressources nécessaires proviendra de certains résidus recyclables de la civilisation thermo-industrielle en ruine.

On peut espérer que s’ensuive une troisième étape de renaissance.Il découle de notre scénario central que l’essentiel de la vie humaine dépendra bientôt de l’échelon local. Les États, les institutions internationales, les firmes transnationales étant défunts, seuls les groupements humains locaux pourront maintenir une certaine civilisation. D’abord en réexaminant comment satisfaire, à moindre empreinte écologique, les besoins de base de toute société : air, eau, alimentation, vêtements, habitat, énergie, sécurité, mobilité, communication, apprentissage et connaissances, outils, santé, justice, institutions politiques, imaginaire collectif (les valeurs partagées) qui soude la société. Afin de préparer ce vaste mouvement d’exode urbain, d’autosuffisance locale et de société Low Tech, indiquons quelque orientations pour cet objectif de résilience locale (…) »

* LE MONDE du 1-2 septembre 2019, Parentologie : Mon fils est un survivaliste