écologie appliquée

À lire en période de confinement

lectures conseillées par le site JNE des journalistes-écrivains pour la nature et l’écologie :

Dossier Covid-19

Coronavirus : pouce, on ne joue plus par Danièle Boone >> lire

Covid-19, le vertige des exponentielles par Michel Sourrouille >> lire

Scénario catastrophe numéro dix : les nouvelles épidémies par Yves Paccalet >> lire

Covid-19 : #BienSinformer avec quelques sites clefs par Anne-Sophie Novel >> lire

Le virus Covid-19, vecteur de décroissance par Michel Sourrouille >> lire

La santé environnementale, grande absente du débat sur la crise sanitaire du coronavirus par Jean-Claude Noyé >> lire
Un message à la jeunesse par Frédéric Plénard >> lire
Effet du coronavirus ? La transition énergétique passe au vert en Algérie par M’hamed Rebah >> lire

Livres

Mon cahier cocooning avec les plantes en mode garden thérapie ! par Adeline Gadenne (JNE) et Vanessa Bozec Solar éditions >> lire
Je sauve les oiseaux – Danièle Boone (JNE) – Illustrations Melody Denturck – Rustica éditions >> lire
On a marché sur la Terre – Allain Bougrain Dubourg (JNE) – Les Échappés >> lire
Le pari fou du bio – Claude Aubert – Éditions Terre vivante >> lire
Le hérisson d’Europe – Philippe Jourde – Éditions Delachaux et Niestlé >> lire
Étonnants lapins – Pierre Rigaux – illustrations Marion Jouffroy – Éditions Delachaux et Niestlé >> lire
Faune des villes – Vincent Albouy et André Fouquet – Éditions Delachaux et Niestlé >> lire
Tibet en harmonie avec la panthère des neiges – Frédéric Larrey et Yves Fagniart – Éditions Regard du vivant/Biotope >> lire
Des pigeons dans la ville – Didier Lapostre et Marie-Hélène Goix – Éditions AERHO >> lire
Sur le Rhône – Jean-Louis Michelot – Éditions du Rouergue >> lire
Conservatoires d’espaces naturels – à la découverte de sites remarquables – Éditions Glénat >> lire
Le potager d’Olivier – Olivier Puech – Éditions Terre vivante >> lire
Des canards coureurs indiens dans mon jardin – Sylvie La Spinaz – Éditions Terre vivante >> lire
Des papillons dans mon jardin – Bruno P. Kremer – Éditions Delachaux et Niestlé >> lire
Les insectes de mon jardin – Adeline Ruel – Éditions Flammarion >> lire
Papillons des Alpes – Gianluca Ferreti – Éditions Delachaux et Niestlé >> lire
On n’est pas du bétail ! – Jean-Fred Cambianica et le Cil Vert – Éditions Delcourt >> lire

Actualités nationales

Hommage à Jean-Claude Pecker, l’un des rares scientifiques à lier démographie et écologie par Laurent Samuel >> lire

Être écrivain en colère par Christian Vilà, Nathalie Duport Serval et Jane Hervé (JNE) >> lire
Fréquentation en hausse pour les JNE sur la toile et les réseaux sociaux par Laurent Samuel >> lire
Historique de la radiation de Gabriel Ullmann en tant que commissaire-enquêteur>> lire
Dans les Vosges, le cimetière des grands tétras par Jean-Claude Génot >> lire

Hommage à Chantal Cans, grande figure du droit de l’environnement par Laurent Samuel >> lire

Conférences de consensus et démocratie par Michel Sourrouille >> lire

Après le Covid-19, vers une démondialisation

Daniel Cohen dans Libération : «Le Covid-19 agit comme une métaphore de la démondialisation»

Thierry Gonard dans La Tribune : « Démondialisation » ? La crise du coronavirus révèle une tendance de fond

Bruno Le Maire, ministre de l’Économie : « L’épidémie de coronavirus change la donne de la mondialisation et montre que dans certaines filières, les difficultés d’approvisionnement peuvent poser un problème stratégique. Il devient dès lors impératif de relocaliser un certain nombre d’activités. »

En fait toutes ces personnes ne croient pas à la démondialisation. Ils se trompent, ils nous trompent. Le protectionnisme est une évidence à l’heure d’un libre-échange généralisé qui met la planète au pillage. Si la pandémie actuelle peut nous servir à renouer avec les vertus de la relocalisation, ce serait un miracle que nous attendons avec impatience. Sur ce blog biosphere, nous sommes depuis toujours chaud partisan de la désurbanisation, de la dépopulation, du dévoiturage, et bien sûr de la démondialisation. Exemple sous forme d’extraits :

14 septembre 2019, Taxe aux frontières ou démondialisation ?

Sur le plan environnemental, il va falloir réduire les échanges, puisque le transport de marchandises émet presque 1 milliard de tonnes de CO2 par an ! La mondialisation, c’est la concurrence effrénée où l’emporte le plus antisocial, le plus anti-environnemental, qui utilise les moyens les moins scrupuleux pour fabriquer moins cher. La mondialisation est donc déloyale en mettant en concurrence des anciens pays industrialisés avec des pays nouveaux, qui traitent leurs travailleurs comme des esclaves. La concurrence internationale s’est accompagnée de délocalisation, de surproduction, de chômage et de déséquilibres socio-écologiques. La mondialisation a provoqué deux crises : celle financière des subprimes, où un excès de la dette privée avait dû relayer un pouvoir d’achat insuffisant, et la crise écologique mondiale. La démondialisation est notre destin, il nous faut rechercher les moyens d’un protectionnisme, la souveraineté alimentaire, la relocalisation, les communautés de résilience…

2 septembre 2014, Démondialisation, pour un retour au protectionnisme

L’ouverture des échanges grâce aux nouvelles techniques de déplacement a été une victoire des milieux industriels sur les intérêts agricoles, préparée par la théorie des avantages comparatifs de Ricardo. Si l’ouverture à la concurrence internationale facilite la baisse de prix, c’est aussi la victoire de l’industrie sur l’agriculture, des grosses entreprises sur les petites, une perte d’autonomie, la standardisation de la production, la concurrence déloyale pratiquée par ceux qui utilisent tous les moyens pour réduire leurs coûts de production. Cette approche dogmatique du libre-échange a conduit à considérer l’intégration dans l’économie mondiale comme une fin en soi et non plus comme un simple moyen d’ouverture intellectuelle…

29 avril 2013, le commerce France/Chine contre la démondialisation

Pourquoi a-t-on permis à la Chine d’entrer sans aucune contrepartie dans l’OMC et d’y déployer la puissance de son économie de dumping social, monétaire et environnemental ? En Chine, les salaires de misère, l’absence de sécurité sociale, l’interdiction de protester, de se syndiquer, de faire grève, les atteintes à la santé et à l’environnement des citoyens chinois, le pillage des technologies mondiales, est-ce le progrès attendu ? …

8 septembre 2011, la démondialisation selon Aquilino Morelle

Sacralisée à l’instar d’une loi de la nature, la mondialisation s’imposerait aux hommes. Proposer un autre modèle de développement déclenche aussitôt une classique entreprise de disqualification : la démondialisation serait une  » absurdité  » (Zaki Laïdi), une  « illusion démagogique » (Pierre Lellouche), un  » concept réactionnaire  » (Pascal Lamy). Pour eux (MM. Camdessus, Delors et Lamy),le choc de la  « contrainte extérieure  » (c’est ainsi que l’on désignait alors la mondialisation) a été un événement providentiel… Quel aveuglement idéologique que d’avoir accepté l’entrée de la Chine au sein de l’OMC en 2001 sans aucune contrepartie ! Produisons les marchandises chez nous chaque fois que c’est possible ; c’est le sens des réalités humaines soulignés par Keynes, c’est le retour à la sagesse qui est au cœur du projet de démondialisation…

29 juin 2011, la démondialisation contre le gauche-droite de Zaki Laïdi

Idéologue en cour qui va se répétant de tribune en tribune, Zaki Laïdi a trouvé un nouvel os à ronger : la démondialisation. Il la pense « absurde » sur le seul exemple de l’imbrication des composants Airbus et Boeing produits un peu partout dans le monde. Or la multiplication des kilomètres que parcourt un yaourt ou la construction d’un avion n’est pas soutenable. Ces kilomètres ont besoin d’énergie fossile, d’où l’absurdité de ces va-et-vient puisque le pétrole est en voie de disparition.

28 mars 2012, Made in France ou relocalisation de proximité ?

Dans l’expression libre-échange, l’adjectif « libre » est bien sympathique, mais d’autant plus trompeur ! Le développement du libre-échange est argumenté en termes d’intérêt général, alors qu’il ne sert en définitive que les intérêts des plus forts, centrés sur le profit. Demain le coût et la difficulté des transports pousseront à la démondialisation. Le journaliste Adrien de Tricornot parle d’« effondrement » . Effondrement parce que notre extrême dépendance aux productions lointaines témoigne de la fragilité incommensurable de notre niveau de vie. Effondrement parce que c’est l’énergie fossile qui a autorisé l’expansion du libre-échange et que la descente énergétique va pousser au chacun pour soi. Que faire ? Si nous le voulons, une certaine forme du passé sera notre avenir : vivre à la fois au Moyen Age et dans le monde moderne. Au Moyen Age, 90 % des biens que consomme un paysan sont produits dans un cercle de cinq kilomètres autour de son habitation ; dans des sociétés de résilience, il  en serait presque de même, l’électricité en plus…

Virus et Climat, il faudrait agir de même

Stéphane Foucart : « Pour la première fois de l’histoire récente, la croissance économique a momentanément cessé d’être la seule et unique métrique du succès des politiques publiques. Il y a, en face, le nombre de morts qui pourra y être opposé… Dans son allocution du 12 mars, Emmanuel Macron l’a martelé : les conséquences sanitaires de la pandémie de Covid-19 doivent être jugulées, « quoi qu’il en coûte ». Répété à plusieurs reprises, le mot n’a rien d’anodin. Il marque la volonté présidentielle de faire passer le message que la santé des populations prime sur celle des entreprises… Si les États œuvrent traditionnellement à favoriser, quoi qu’il en coûte, l’activité de leurs industries, ils peuvent aussi renverser ce paradigme. Si les États veulent éviter la part la plus catastrophique du réchauffement en cours et ralentir l’effondrement de la vie, ils devront sans doute – une fois consommé l’échec des politiques actuelles – user de la potion amère qu’ils s’administrent face au Covid-19. Non en entravant momentanément, comme c’est le cas aujourd’hui, les activités qui impliquent des rassemblements de populations et qui favorisent la circulation du coronavirus, mais en contraignant durablement celles qui impliquent la combustion de ressources fossiles, l’industrialisation du secteur primaire, la surexploitation des ressources et la destruction du vivant… Soyons lucides : ce n’est sans doute pas demain que le climat et la biodiversité seront préservés « quoi qu’il en coûte »… »*

Mister Z sur lemonde.fr : Stéphane Foucart a malheureusement raison de parler d’aimable fiction ! Souvenons – nous de l’après krach en 2008 : on en a fini avec les paradis fiscaux, avec la spéculation effrénée, avec la cupidité (« greed »), l’ère des véhicules voraces se terminait, finis les 4/4 etc On a vu ce qu’il en était.

HEGEL : Comment pourra-t-il en être autrement, tant sont illimités l’avidité et l’aveuglement hubristique des néolibéraux – et parmi eux les capitalistes des industries fossiles. Ils sont tellement orgueilleux qu’ils ne se rendent pas compte que demain une crise sanitaire encore plus violente que celle du Covid19 pourra être couplée à une crise climatique majeure.

Jean Rouergue : C’est d’autant scandaleux que le réchauffement climatique fera plus de victimes que le virus n’en fera… Seulement le virus est là, maintenant. Le réchauffement on le voit, on le vit, mais il ne crée pas encore de victimes. Dans nos démocraties toute décision politique devrait recevoir l’aval d’un super ministre responsable de la lutte contre le réchauffement.

Obéron : Entre la pandémie et le réchauffement climatique, ce sont les échelles de temps qui diffèrent. L’incubation avec des symptômes limités (sauf pour les scientifiques et les plus attentifs d’entre nous) est bien plus grande pour le réchauffement climatique. Mais une fois que la maladie sera installée, elle sera bien plus longue et plus difficile à guérir, s’il y a encore des remèdes.

Didi : Effectivement, toute la différence est dans la lenteur du réchauffement climatique qui nous laisse penser qu’on aura le temps de trouver des solutions. Si à cause du réchauffement climatique la terre devait exploser dans 20 ans, je pense qu’on trouverait des solutions rapides et efficaces pour réduire la température terrestre.

ED_ 1 : On aurait envie d’être optimiste et de croire qu’à la faveur d’événements exceptionnels il y ait une prise de conscience et l’amorce de solutions positives. Mais le modèle économique n’a pas changé parce qu’un virus a fait son apparition. Cette crise fera des gagnants et des perdants, comme à chaque fois. Tu as investi dans les masques ou les pharma, tu vas faire de la tune, dans le pétrole ou le tourisme, tu vas boire la tasse. Les partisans du laisser faire devraient défendre la solution darwinienne, laisser faire le virus, il va épargner les plus forts…

* LE MONDE du 14-15 rs 2020, « Soyons lucides : ce n’est pas demain que le climat et la biodiversité seront préservés “quoi qu’il en coûte” »

Covid-19, choix de l’immunité collective en GB

Les Anglais ont choisi de laisser faire la sélection naturelle plutôt que de lisser l’épidémie par la distanciation sociale. Patrick Vallance est le conseiller scientifique en chef du gouvernement britannique, l’autorité scientifique sur laquelle Boris Johnson s’appuie pour prendre ses décisions. Il a détaillé son approche jeudi soir à Downing Street, l’« immunité collective » (herd immunity) : « Il n’est pas possible d’éviter que tout le monde attrape le virus. Et ce n’est pas non plus souhaitable car il faut que la population acquière une certaine immunité. » Toujours selon M. Vallance, il faudrait qu’environ 60 % de la population britannique contracte le virus pour qu’elle développe cette immunité collective permettant d’éviter de futures épidémies. Sachant que le pays compte un peu plus de 66 millions d’habitants, il s’agirait que 40 millions de Britanniques soient infectés par le virus. Avec un taux de mortalité du Covid-19 estimé à 1 %, et si on suit le raisonnement de M. Vallance, ce sont quelque 400 000 décès qui pourraient advenir dans le pays. Autant dire que le National Health Service (NHS), le système de santé publique britannique, avec ses 5 000 lits en réanimation disponibles, serait très vite débordé. Depuis deux jours, la controverse enfle dans les médias et sur les réseaux sociaux, surtout après que M. Johnson a alerté les Britanniques sur le fait qu’ils devaient se préparer « à perdre bien davantage d’êtres aimés ». Les réactions sur lemonde.fr* vont bon train, notre choix parmi plus de 120 commentaires :

Guillaume de Saluste du Bartas : En fait Boris fait un pari (ultralibéral ) . Pourquoi pas ? 😉

Cavizza : Le nombre de morts officiellement déclarés en Italie ce soir (source : bulletin officiel de la Protezione Civile italienne de ce soir) est de 1441, sur un total de 21157 cas recensés (sur plus de 100.000 tests effectués). Le taux de mortalité est donc de 6,8%. Appliqué à 40 millions de britanniques, comme suggéré dans l’article, cela ferait plus de deux millions et demi de morts. Je trouve ça épouvantable…

BGA : Si une telle décision était prise en France, je devrais me préparer tout de suite au décès de mes parents très âgés. C’est la démonstration d’un cynisme qui est assez logique de la part du pays qui a théorisé le libéralisme avant qu’il ne tourne à l’ultra… Boris Johnson avec 2 millions de morts sur la conscience serait-il encore capable de dormir?… Mais oui bien sûr!

JFG : Je ne comprends absolument pas l’idée, essayer d’atteindre « l’immunité de groupe ». Le terme est mal utilisé. En épidémiologie, on utilise le terme « immunité grégaire ». Chaque pathogène a un seuil d’immunité grégaire, mais on ne connaît *bsolument pas celui du SARS-2. Il est calculable dans une certaine mesure (avec des pincettes) en fonction du Ro, qu’on ne connaît pas non plus précisément. Plus grave : c’est un concept surtout utilisé pour l’évaluation des campagnes de vaccination. OK, on prend aussi en compte l’immunité acquise naturellement (infection/guérison). Mais c’est bien la première fois, à ma connaissance, qu’on ose exposer toute une population pour atteindre la HI uniquement par immunité naturelle… Pire : on commence à voir que l’immunité naturelle est très courte/limitée. C’est du meurtre de masse…

Pierre G @ JFG : Mais que proposez vous? A l’évidence on ne trouvera pas de vaccin cet hiver. Sur la base de chiffres actuels en France : Part des + 60 ans décédés du virus: 93,7% (source science et avenir) Part des – de 60 ans: 6,3% 1,8×6,3/100= 0,11% soit 4500 morts sur 40 M d’habitants. C’est moins que le nombre de morts sur les route. Quand interdira-t-on aux gens de conduire (sans jamais acquérir une quelconque immunité pour le coup) Il est probable que la maladie fasse un retour l’hiver prochain (pour autant qu’elle ait un cycle saisonnier, e.g. grippe). Doit on mettre le monde en quarantaine chaque hiver?

Alain PANNETIER : Oui. Les ssRNA virus sont ceux qui mutent le plus facilement (x100/locus comparé aux virus DNA). Sinon, on n’attraperait la grippe qu’une seule fois. S’il y a rebond l’année prochaine, ce qui est loin d’être certain, rien ne garantit que l’immunité acquise sera efficace.

du nord : En gros, laissons faire la nature, intervenons aussi peu que possible. C’est une stratégie qui sacrifie clairement et cyniquement les plus faibles, les plus âgés, les plus malades et les plus pauvres dont la chance de s’en sortir une fois qu’ils ont attrapé le virus est infiniment plus faible que celle des autres catégories sociales, plus jeunes, plus robustes, plus aisées. Entendre Boris Johnson dire que 80 % des personnes vont avoir le virus et que beaucoup de familles vont perdre leurs « loved ones » avant leur temps était en quelque sorte une façon de préparer l’opinion publique mais c’était aussi surréaliste qu’effrayant. Résultat : Plus de pensions de retraite à payer, moins de prestations sociales, des NHS hôpitaux surchargés qui respirent.

pierre guillemot : Le raisonnement de Boris Johnson n’est pas idiot. La Chine a stabilisé l’épidémie au prix de la dévastation de la vie sociale et économique du pays et le chiffre brillant du résultat ( 3000 morts) cache les morts de ceux qui étaient malades d’autre chose et n’ont pas pu continuer leur traitement. Les morts seront principalement des gens âgés et/ou fragiles dont la disparition n’aura pas beaucoup d’effet, à part le chagrin de leurs proches. Rappel de mauvais goût : je suis né avant les vaccins modernes (rougeole, varicelle, oreillons, scarlatine …) et les petits enfants s’immunisaient en échangeant leurs virus à l’école primaire. J’ai tout eu et je ne suis pas mort. Il y avait des morts et on trouvait ça triste mais pas épouvantable. J’ai souvenir du médecin disant « il faut qu’il l’attrape maintenant ; quand il sera grand, ce serait grave ». Seule crainte: la rubéole; interdit de s’approcher d’une femme enceinte.

* LE MONDE du 15-16 mars 2020, L’« immunité collective », stratégie risquée du Royaume-Uni pour lutter contre le coronavirus

Covid-19, la « distanciation sociale » en France

Le gouvernement a décrété ce samedi 14 mars le passage au « stade 3 » du plan de lutte contre le Covid, car le virus est transmissible sur l’ensemble du territoire. Edouard Philippe a annoncé samedi 14 mars au soir la fermeture dès minuit de tous les « lieux recevant du public non indispensables à la vie du pays ». Restaurants, bars, discothèques, cinémas sont appelés à fermer leurs portes. Les commerces sont aussi touchés, à l’exception des magasins alimentaires, pharmacies, banques, bureau de tabac ou encore stations-essence. Dans une allocution solennelle, le premier ministre a dressé le constat que les « premières mesures prises de limitation des rassemblements [étaient] imparfaitement appliquées » et que « la meilleure façon de freiner l’épidémie était la distanciation sociale ».

Parmi les mesures “barrière” énoncées pour lutter contre le coronavirus, la distanciation sociale est assez contraignante, notamment pour se saluer. Elle est cependant très efficace pour ralentir la propagation du virus. Nous qui avions jusqu’ici l’habitude de se faire la bise ou de se serrer la main à tout va, nous voilà réduits à un simple coucou “de loin”, coronavirus oblige. La distanciation sociale, autrement dit le fait de demeurer à au moins un mètre d’autrui, et d’éviter les rassemblements, fait partie des gestes “barrière” recommandés par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Plusieurs experts estiment qu’à terme, jusqu’à 70% de la population pourrait être infectée par le coronavirus, à quoi bon essayer de contenir l’épidémie ? Il s’agit simplement de s’assurer que nos systèmes de santé pourront faire face à tous les cas nécessitant une hospitalisation, et seront ainsi en mesure de limiter le nombre de décès. Lidée est d’aplatir la courbe représentant le nombre de cas en fonction du temps. Plutôt que de laisser le virus se répandre rapidement dans la population, saturant les systèmes de santé, l’idée est de faire en sorte qu’il se propage sur une plus longue période. Globalement, les mesures de confinement mises en place permettent bien de freiner la propagation du coronavirus, comme en témoigne la situation en Chine, où le nombre de nouveaux cas par jour est passé de plus de 15 000 à moins de 50 par jour entre le 9 et le 12 mars. Le dernier bilan du coronavirus SARS-CoV-2 en France est de quatre-vingt-onze morts et 4 500 contaminations à travers le pays.

Commentaire de biosphere : la « distanciation sociale » serait facilité si nous étions beaucoup moins nombreux, avec une population non concentré dans des villes tentaculaires et des lieux de rassemblement démesuré, dans une civilisation thermo-industrielle qui voue un culte à la mobilité mondialisée, y compris touristique. Du point de vue des écologistes, il nous faudrait devenir malthusien (maîtrisant sa fécondité), recentré sur les campagnes et heureux de faire à pied le tour de son environnement habituel. En clair, faire l’inverse de ce que nous faisons actuellement !

Le virus Covid-19, vecteur de décroissance

Les militants de la décroissance l’ont rêvé, le coronavirus l’a fait : l’activité productive est à l’arrêt, le krach boursier est arrivé, les perspectives de croissance sont en berne, les déplacements sont réduits au strict minimum, les voyages par avion sont supprimés, les enfants restent en famille chez eux, le foot spectacle se joue à huis clos, et même les gouvernements sont en danger.

La Bourse de Paris a vécu, jeudi 12 mars, la pire journée de son histoire en subissant une chute de − 12,28 %, à l’image des principales places européennes, qui se sont toutes effondrées, provoquant un krach boursier historique. Wall Street s’est également effondrée de 7,3 % (Dow Jones) à l’ouverture, ce qui a provoqué une interruption automatique des échanges. La BCE constate une « considérable aggravation des perspectives de croissance ». Lors de la crise financière de 2008, la panique avait finalement été enrayée quand les leaders du G20, les principales économies de la planète, avaient réussi à se coordonner. Leur front commun s’était avéré décisif. Pour l’instant, les réactions en ordre dispersé face à la pandémie de Covid-19 accentuent la panique et rendent inaudibles les plans de secours. L’Autriche et la Hongrie ont interdit les rassemblements fermés de plus de 100 personnes et ceux dépassant 500 personnes en extérieur. Les Pays-Bas ont interdit les rassemblements de plus de 100 personnes, la République tchèque de plus de 30. En Italie, comme à Chypre, tout rassemblement est prohibé. L’Italie a ordonné à ses habitants de rester chez eux jusqu’au 3 avril ; on ne peut sortir que pour aller travailler, se faire soigner ou acheter à manger ; 12 462 cas de coronavirus sont confirmés, les rues sont désormais quasiment désertes. Toutes les écoles et universités sont fermées jusqu’au 3 avril en Italie et jusqu’au 25 mars en Pologne et en Grèce. En France tous les établissements scolaires sont fermés à partir du lundi 16 mars. Des aéroports ferment déjà ici et là. Le président des Etats-Unis, Donald Trump, a annoncé, mercredi, la suspension pour trente jours à partir de vendredi de tous les voyages d’étrangers de l’Europe vers les États-Unis. Certains matchs de foot se sont tenus à huis clos, les championnats italien et espagnol, avaient choisi une suspension provisoire. Désormais, la menace d’un arrêt total des compétitions de football gagne du terrain. L’ensemble du gouvernement espagnol s’est soumis jeudi au test de dépistage du Covid-19 après qu’une ministre s’est révélée être l’une des quelque 3 000 personnes contaminées dans le pays…

Le coronavirus mauvais pour l’homme et très bon pour la planète. Certains spécialistes soulignent les bénéfices majeurs de cette crise du Coronavirus. Pour nombre d’écologistes la santé de la planète doit passer par une décroissance économique (contrainte plutôt que forcée). Une carte, publiée par la Nasa, montre lla différence entre les émissions de dioxyde d’azote   du 1er au 20 janvier et celles du 10 au 25 février 2020…

LEVI’S sur mediapart : Avec la mise en quarantaine, chacun se met en mode “pause” et se réapproprie du temps. Mais le temps, ce n’est pas de l’argent, c’est de l’énergie disponible. Pour une fois, nous pouvons mettre le nez à la fenêtre et observer le décor charmant d’une Nature qui se réveille après un hiver qui n’en a plus que le nom. Nous avons atteint, et même dépassé, nos limites pour créer un Système qui nous plonge dans la peur et l’individualisme à outrance. Les frontières se referment, les ponts-levis se relèvent pour rétablir les forteresses et on pille les greniers pour anticiper sa propre faim. La guerre civile nous guette pour engendrer le pire…

Les arguments des ennemis de l’écologie

L’écologie est un totalitarisme. Luc Ferry dans son livre « le Nouvel Ordre écologique » atteint le point Godwin en 1992. Sa comparaison de l’écologisme avec le nazisme est significative d’un refus de l’analyse argumentée ; « Hitler n’était-il pas végétarien ! » En juillet 2019 dans Le Figaro il se déchaîne toujours : « Après la chute du communisme, la haine du libéralisme devait absolument trouver un nouveau cheval. Miracle : l’Écologisme fit rapidement figure de candidat idéal. » Puis en août : « C’est désormais écologisme radical qui, sous les couleurs de l’effondrisme prend le relais de leur anticapitalisme, c’est lui qui poursuit l’idéal antilibéral du gauchisme et du tiers-mondisme défunts ». En fait il s’agit là de défendre un système croissanciste en présupposant une face caché de l’écologisme. Luc Ferry est le chien de garde d’un capitalisme libéral qui met en péril l’avenir des générations futures. Son accusation repose sur l’idée que l’écologie porterait en germe un projet de société totalitaire alors que c’est notre inaction présente provoquée par les défenseurs du business as usual qui accroît les problèmes et facilite un passage au fascisme.

L’écologie est un anti-humanisme. Claude Allègre reprend à son compte en 2007 l’argument de Luc Ferry : « Luc Ferry distingue deux tendances. L’une, environnementaliste, pour laquelle l’homme est premier. Il faut aimer la nature d’abord par raison. Dans la seconde qu’on appelle deep ecology, c’est la nature qui est première. Les environnementalistes sont des humanistes qui critiques le progrès de l’intérieur. Les éco-fondamentalistes sont  hostiles à l’humanisme, leurs critique sont externes. » Il relaye une citation qui tourne en boucle parmi ces intellectuels : « Comme dit Marcel Gauchet (en 1990), « l’amour de la nature dissimule mal la haine des hommes » L’animal ou l’arbre doivent être protégés, respectés, pourquoi pas vénérés  ! C’est la stratégie de la deep ecology qui poursuit en justice ceux qui coupent les arbres ou qui tuent les insectes avec le DDT. Tout ce qui est naturel est bon. Donc tout ce qui modifie la nature est à poursuivre, à condamner. L’homme et la société passent au second rang. » En bref, « ils aiment la nature parce qu’ils détestent les hommes » ! Ça sonne bien mais c’est là faire un procès d’intention, faire dire à autrui ce qu’il n’a jamais pensé. Le discours anti-écolo se nourrit d’un inépuisable carburant, la mauvaise foi.

L’écologie est un néo-malthusianisme. Jean Baptiste Fressoz* ne peut s’empêcher d’enfourcher sans preuve un anti-malthusianisme primaire répandue dans une frange de la gauche décroissante : « Certains discours tenus au nom de l’écologie sont porteurs d’un discours néo-malthusien à la limite du racisme sur le péril démographique que représenteraient les pays africains. On voir les passerelles possibles entre néo-malthusiens, discours de l’effondrement et politique anti-migratoire d’extrême droite. » L’amalgame est un procédé vraiment pas très argumenté. Nier que la question démographique se pose, c’est nier la réalité. Pourtant cet historien sait aussi combattre les anti-écolos : «  J’emploie l’expression carbo-fasciste comme un pied de nez à l’expression « éco-fasciste » popularisée par Luc Ferry et consorts, qui désignerait de soi-disant écologistes extrémistes et anti-humanistes. Je n’ai pas du tout l’impression que le danger autoritaire vienne des militants écologistes. Le risque vient plutôt de gouvernements d’extrême droite farouchement anti-écolo. »

Conclusion : « Faut-il vraiment que nous renoncions à nos voitures et à nos avions, nos smartphones, nos usines ou nos hôpitaux high-tech pour sauver la planète » s’exclame Luc Ferry en parlant d’écologisme mortifère, punitif, à vocation totalitaire. Oui, Luc, il faudra se passer de tout ce qui est superflu. Dire l’inverse, c’est cela qui est réactionnaire, c’est promouvoir un bouleversement climatique et une déplétion pétrolière qui nous punira de tout ce que nous n’avons pas voulu faire.

* Socialterre (n ° 38, décembre 2019 – janvier 2020)

Fessenheim ferme, démantèlement incertain

Le réacteur n°1 de la centrale nucléaire de Fessenheim a été débranché du réseau électrique national le 22 février. Cet arrêt de mort de la centrale alsacienne, bâtie dans les années 1970, débute le cycle de sortie progressive du nucléaire, c’est pas trop tôt. Le réacteur n° 2 sera arrêté le 30 juin. L’évacuation du combustible de la centrale devrait être achevée en 2023. Ensuite doit se poursuivre la phase de « préparation » au démantèlement, processus inédit en France à l’échelle d’une centrale entière qui devrait commencer à l’horizon 2025 et se poursuivre au moins jusqu’en 2040. Les gesticulations des pro-nucléaires se poursuivent, y compris sur lemonde.fr :

Claude Brender, le maire de la commune de Fessenehim : On tue une machine qui aurait pu tourner encore 20 ans et on ne sait toujours pas pourquoi !

Sybarite : Dans les 5000 prochaines années, il y aura des tempêtes qui effondreront des éoliennes, des séismes qui détruiront des barrages, des tsunamis qui noieront des villes entières, des épidémies etc… Et surtout nous seront morts.

Grabotte : Honte sur nous, Français, de ne pas savoir faire la différence entre risques maîtrisés et peur irrationnelles, d’avoir une si mauvaise culture scientifique. Honte sur nos gouvernements de céder au chantage électoral des moutons guidés par Greenpeace. Une très mauvaise décision. Espérons qu’ils ne recommencent plus jamais, et que nos gouvernements successifs d’aujourd’hui et demain se remettent à construire des EPR.

Valentini : Estimation du démentiellement : 1 milliards d’euros…. multiplié par la nombre de centrale en France (car leurs durée de vie est limitée dans le temps), l’addition va être très salée. Alors prétendre que le nucléaire est une énergie propre (déchets) et bon marché, c’est un mensonge. Ce sont avec nos impôts que la facture sera réglée.

Airain : EDF a freiné au maximum pour repousser la fermeture de cette centrale pour une seule raison: cette entreprise ne sait pas démanteler une centrale nucléaire à un coût acceptable. Autrement dit, dans dix ans, quand les premiers chiffres réalistes vont sortir, quand les français vont se rendre compte du vrai coût d’une centrale nucléaire, je crois que l’on va assister à un scandale d’état, un gros.

Un Montreuillois : Il me semble que les fonds nécessaires au démantèlement sont provisionnés et placés depuis longtemps et rapportent des intérêts élevés à EDF. Autrement dit, plus on attend, plus les fonds disponibles pour démanteler sont importants et plus le coûts total de l’énergie produite baisse.

Axel : Trouvé dans un rapport parlementaire : coût de démantèlement estimé du parc français 75 milliard €, provisions déjà réalisée par EDF 36 Md€. Certains jugent l’évaluation sous estimé par rapport aux règles d’autres pays. EDF s’en défend en argumentant sur les économies d’échelle avec l’homogénéité de ses centrales.

The GonZo Man : Comme l’électricité de cette centrale était vendue à l’Allemagne et comme l’Allemagne va démarrer une nouvelle centrale au charbon tout va bien…

Jean Sérien : J’attends de voir dans le programme de Jadot pour la présidentielle, la fermeture progressive mais rapide d’Airbus, d’Air France, des chantiers navals de Saint Nazaire, etc, etc… Et le tonnerre d’applaudissements que vont susciter ces annonces…

synthèse, Le nucléaire a-t-il un avenir ? Certainement pas ! Nos articles antérieurs sur ce blog biosphere :

6 octobre 2019, Fessenheim, démantèlement d’un plan de reconversion

25 mars 2016, Un impossible démantèlement des centrales nucléaires

29 mai 2014, Le coût incommensurable du démantèlement des centrales

* LE MONDE du 22 février 2020 ; Malgré la pression des salariés, le réacteur n°1 de Fessenheim débranché du réseau EDF

Le pire et le meilleur de « La Décroissance »

Un mensuel comme La Décroissance (né en 2004) consacre une partie de ses colonnes à faire le tri entre les « vrais » et les « faux » écologistes,ces derniers étant jugés « écotartuffes ». On bascule d’une posture politique à une posture moralisatrice. La récupération des questions écologiques est un problème crucial car cet opportunisme qui prétend agir « au nom de l’écologie » (écoblanchiment, greenwashing) va à l’encontre de ce qu’il faut faire vraiment. Une des difficultés pour les écologistes décroissants est de ne pas tomber pour autant dans une chasse aux sorcières, comme les rédacteurs en donnent parfois l’impression en prenant le risque d’avoir raison tout seuls. Ceci dit, il y a bien d’autres choses qui importent dans cette revue ; nous lisons leurs publications depuis leur origine et nous leur faisons de la publicité depuis des années, ainsi nos articles en 2005 :

– La décroissance, le journal de la joie de vivre. Ce bimestriel est aussi le journal de Casseurs de pub, il résume tout ce que la Biosphère voudrait que les humains pensent. Dans son numéro de juin-juillet 2005, le grand titre nous engage à « Vivre après le pétrole », avec dessin de la bagnole transformée en poulailler. Il nous indique tout ce qu’il faut savoir sur la marche des décroissants pour supprimer le Grand prix de France de F1. Il fait une biographie du père de la décroissance, le mahatma Gandhi et indique qu’il faut aussi décroître l’armée. Une page entière sur le pic du pétrole (nous y sommes presque), c’est-à-dire le commencement de la fin, et un encadré sur la saloperie que nous n’achèterons pas, ce mois-ci la tondeuse à gazon. A chaque fois un petit reportage sur les éco-citoyens qui pratiquent la simplicité volontaire : on y voit Elke et Pascal vivre sans voiture et sans télé, ce qui donne le temps de s’occuper d’un jardin, mais qui vivent aussi dans le péché parce qu’ils ont un ordinateur et pratiquent la sexualité libre. Ils pensent que faire l’amour avec sa voisine ou son voisin ou les deux à la fois n’a pas de sens moral (ndlr, sauf si on fait trop d’enfants !), mais que prendre la voiture pour aller au boulot, ça, oui ! (14 juillet 2005)

– Casseurs de pub. A la fin de chaque année, on a droit à un numéro spécial du journal « La décroissance » (11 place Croix-Pâquet, 69001 Lyon)* pour galvaniser la résistance contre tous ceux qui tendent à détruire la nature, à conditionner nos idées et à réduire nos vies à celles de simples consommateurs. On trouve en particulier un article « Comment Libération (le journal) se convertit à la publicité » (en février 1982). Fondé en 1973 par le philosophe JP .Sartre pour lutter contre le journalisme couché, ce quotidien se voulait pourtant libre de tous pouvoirs économiques afin de porter un regard critique sur la société. Son manifeste initial avait promis : « Il n’y aura pas de publicité car les annonceurs, en finançant la presse, la dirigent et la censurent. » Moi vivant, disait S.July en 1973, il n’y aura jamais de pub dans Libé. Le même assénait en 1982 que sans publicité Libération eût été incomplet, en retard car de nouvelles valeurs sociales se sont imposées qui croisent celles pour lesquelles la publicité est un moyen prédisposé !!! Ce qui devait arriver arriva, en 2005 ce journal aux idées révolutionnaires est détenu à hauteur de presque 40 % par Edouard de Rothschild, « Libération » est restructuré et des licenciement effectués car la publicité ne couvre pas suffisamment les frais ! (4 janvier 2006)

*NB : la rédaction est aujourd’hui à l’adresse 32 rue Crillon(BP36003) – 694111 Lyon cedex 06

Convention citoyenne sur l’écologie, acte 5

Cinquième week-end de travail des 150 membres de la Convention citoyenne pour la transition écologique*. Voici quelques les propositions des groupes de travail thématiques (30 personnes) : 1) se loger, lutter contre l’artificialisation des sols et l’étalement urbain, rénover énergétiquement tout le parc immobilier, inciter à ne pas dépasser une température de 19 °C dans les bâtiments… 2) se déplacer, limiter les émissions polluantes du secteur aérien et l’impact carbone du numérique, encourager l’usage du vélo et des transports en commun, covoiturage pour les trajets domicile-travail… 3) se nourrir, ne pas ratifier le CETA en l’état… 4) consommer, éviter le suremballage, interdire les terrasses chauffées et l’éclairage des magasins la nuit après leur fermeture… 5) produire-travailler, limiter la consommation d’énergie dans les lieux publics.

Si c’est pour ressasser les mêmes rengaines sur le vélo, les suremballages, la température à 19°, l’isolation des logements, était-ce bien la peine ? NON ! Tout le monde connaissait déjà les solutions. Le problème n’est plus à les énoncer, c’est de passer à l’acte, le reste c’est du blabla. On ne s’est même pas interrogés sur pourquoi tout cela n’a pas été mis en place précédemment. La préservation de l’environnement était déjà un objet de valeur constitutionnelle à travers la Charte de 2005, cela n’a servi à rien. Et la relance de la taxe carbone, qui entraînerait des effet globaux, n’a pas été envisagée par les groupes thématiques. D’autant plus que le cirque n’est pas fini. Lors du sixième week-end, 6 au 8 mars, 2020, les propositions seront soumises au vote des 150 citoyens. On va s’écharper ! Celles qui recueilleront plus de 50 % des voix seront transmises à un comité « légistique » pour être transcrites en texte de loi. Les propositions seront également évaluées par un groupe d’experts du point de vue de leur coût. Enfin, le 3 avril, les citoyens voteront sur un paquet final, constitué de simples recommandations. Emmanuel Macron fera ensuite ce qu’il voudra, comme après le Grand Débat suite aux manifs des Gilets jaunes. Voici sur ce blog biosphere nos articles antérieurs :

synthèse, Biosphere-Info, les conférences de consensus

19 janvier 2020, CLIMAT, convention citoyenne et décisions

15 janvier 2020, Emmanuel Macron devant 150 citoyens

24 novembre 2019, 150 citoyens tirés au sort, et moi et moi émoi

8 octobre 2019, Écologie populaire et médiatisations

3 septembre 2019, Convention citoyenne sur le climat, mascarade ?

14 août 2019, La volonté du peuple exprimée grâce au tirage au sort

* LE MONDE du 12 février 2019, Les 150 citoyens de la convention pour le climat esquissent leur vision de la France en 2030

Un contexte néfaste à l’intelligence humaine

Il y a l’intelligence des plantes, la sensibilité des animaux… et la débilité humaine. Cette dernière est une constante depuis longtemps, mais les perspectives sont encore plus sombres aujourd’hui. L’effet « dysgénique » indique que les familles les moins intelligentes procréent davantage et font baisser le niveau moyen de l’intelligence. D’autres chercheurs pointent les ­migrants et leurs enfants, en moyenne moins éduqués, ce qui ferait diminuer la moyenne des performances. Une étude norvégienne qui compare les performances ­au sein de fratries va marginaliser ces explications. A partir de la génération 1975, il y a une baisse de 0,34 point par an à l’intérieur des familles. On peut donc minimiser penser que les causes de la régression sont plutôt environnementales. Certains perturbateurs endocriniens altèrent la construction cérébrale, et l’exposition massive aux écrans feraient des crétins. Dans une interview à L’Est républicain, Michel Desmurget s’inquiétait ainsi pour « la première génération dont le QI sera inférieur à la précédente ». Sur RMC, il expliquait que « plus les enfants regardent d’écrans, plus le QI diminue ». Michel Desmurget tient à préciser que ce ne sont pas les écrans eux-mêmes qui sont en cause, mais leur usage : « Force est de constater que l’usage récréatif qui en est fait aujourd’hui par les jeunes est débilitant. La question n’est pas de les supprimer – professionnellement je les utilise moi-même largement – mais de limiter drastiquement ces consommations débilitantes ». Quelques réactions sur lemonde.fr :

Boucle d’Or : Je ne sais pas si les fameuses études scientifiques faites du QI peuvent donner des résultats interprétables, mais ce que je constate au quotidien en tant que psychologue de l’EN dans le 1er degré, avec les gens de terrain (enseignants), c’est un effondrement du langage sans précédent, des troubles de l’attention et de la concentration ingérables dans une classe, des crises quotidiennes d’élèves dans toutes les classes… qui affectent de manière catastrophiques la qualité des apprentissages… Bizarrement, ça correspond à l’augmentation démente du temps d’exposition devant écran par les enfants de plus en plus jeunes et de plus en plus longtemps… Bien sûr, ce n’est que de l’empirisme…

Sarah Py : A chacun sa théorie. La mienne reste qu’apprendre s’apprend… Voyez la facilité du « croire » qui s’étend face à l’exigence du savoir. La paresse contre le travail. Le papillonner contre la concentration. L’immédiateté contre la durée. La communication contre l’approfondissement.

Untel : Mon intime conviction est qu’il existe bien une baisse du niveau d’attention et de la capacité d’apprentissage chez les enfants exposés à des images saccadées épileptogènes dans leur petite enfance, au moment même où les connexions synaptiques se mettent en place.

Julius Puech : Décérébration généralisée, omniprésence de la pensée économique libérale, surveillance de masse, amplification des théories extrémistes et complotistes : tout est prêt pour le capitalisme autoritaire, un joyeux mélange de Big Brother et de Soleil Vert.

Sur notre blog biosphere :

10 mars 2014, Perturbateurs endocrines et perturbateurs de l’intelligence

4 janvier 2017, longévité, intelligence…. tout commence à décroître

25 octobre 2019, Écrans, décérébration à grande échelle

liberté du bien vivre / liberté d’entreprendre

Le Conseil constitutionnel a rejeté dans une décision rendue le 31 janvier 2020, la question prioritaire de constitutionnalité (QPC) posée par l’Union de l’industrie de la protection des plantes (UIPP), qui regroupe Bayer, Syngenta, BASF… La QPC visait l’article 83 de la loi sur l’alimentation (Egalim) d’octobre 2018 interdisant, à partir de 2022, la production, le stockage et la circulation de produits phytopharmaceutiques contenant des substances actives non autorisées en Europe pour des raisons liées à la protection de la santé ou à la préservation de l’environnement. De nombreux pesticides interdits sont toujours produits en France dans le but d’être vendus, principalement dans les pays en développement, et tout particulièrement en Afrique. L’UIPP estimait que ledit article portait une « atteinte excessive à la liberté d’entreprendre, protégée par la déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 ». L’interdiction aura « un effet sanitaire nul », dans la mesure où elle est limitée à la France et n’empêchera donc pas les exportations depuis d’autres pays. Elle introduit, en revanche, une « distorsion de concurrence » en défaveur des entreprises implantées sur le territoire national.

Contre cette argumentation, le Conseil constitutionnel reconnaît pour la première fois que « la protection de l’environnement peut justifier des atteintes à la liberté d’entreprendre ». Il estime pour la première fois qu’« il appartient au législateur d’assurer la conciliation des objectifs de valeur constitutionnelle de protection de l’environnement et de protection de la santé avec l’exercice de la liberté d’entreprendre. À ce titre, le législateur est fondé à tenir compte des effets que les activités exercées en France peuvent porter à l’environnement à l’étranger ». Ses membres jugent ainsi qu’avec « l’atteinte portée à la liberté d’entreprendre » par la loi Egalim, « le législateur a entendu faire obstacle à ce que des entreprises établies en France participent à la vente de tels produits partout dans le monde, et donc, indirectement, aux atteintes qui peuvent en résulter pour la santé humaine et l’environnement ». Cette décision constitue un revirement de jurisprudence dans la mesure où elle reconnaît l’environnement comme « patrimoine commun des êtres humains ». De son côté, l’UIPP « étudie les voies juridiques possibles afin de préserver les 2700 emplois menacés de délocalisation ».* Quelques réactions sur lemonde.fr :

Laurent Pigot : Voilà ce qui nous attend, les atteintes à la liberté encouragées par les mous du bulbe enrôlés dans l’armée décérébrée des adorateurs de Greta. La dictature verte sera aussi meurtrière que les autres mais là, les tortionnaires le feront au nom du bien être de la planète. Honte à ceux qui s’en prennent à la liberté.

René B. : Oh ! quel cri de douleur ! tortionnaires, mou du bulbe, dictature ! Vous n’y allez pas de main morte ! Il manque toutefois à ce chapelet de qualificatifs ceux employés par les fanatiques de l’ultra-libéralisme économique : « Ecolobobos, vivant au pays des bisounours, Khmers verts, adeptes du retour à la bougie.. « 

Ulysse : La protection de notre environnement et du climat va à l’encontre même de certaines libertés, oui. La liberté individuel de pouvoir faire n’importe quoi quand on en a les moyens est clairement à remettre en cause.

Frog : La liberté d’entreprendre ne peut pas passer au-dessus de la liberté de ne pas subir d’intoxications….

Alternactif : la liberté… Je rappelle qu’elle s’arrête là où commence celle des autres. Vaut-il mieux être totalement libre de mourir dans un désert aride ou bien s’épanouir avec quelques règles évidentes de respect de la nature ? Nature qui nous nourrit tous.

F. P. : Il devient de plus en plus clair que c’est au plan du droit également que se jouent et se joueront les luttes écologistes. Liberté : ne rien faire qui nuise à autrui. Liberté : droit corrélé à un devoir, celui de ne pas détruire le monde en le rendant à peu près inhabitable. Liberté : limitation de la liberté d’entreprendre toutes les fois qu’elle se confond avec la liberté de détruire le monde !

Vieil observateur : Le cynisme, l’irresponsabilité et la cupidité des industriels sont impressionnants. L’emploi ne les intéresse que comme argument. Un autre argumentaire leur permet de justifier des suppressions de milliers d’emploi là ou ailleurs, sans plus d’états d’âme.

* LE MONDE du 1er février 2020, Le Conseil constitutionnel reconnaît que « la protection de l’environnement » peut justifier des « atteintes à la liberté d’entreprendre »

CLIMAT, Juliana contre les États-Unis

Une Cour d’appel américaine a jugé, vendredi 17 janvier, à une majorité de deux juges contre un, qu’il n’est pas du ressort du pouvoir judiciaire fédéral de contraindre le gouvernement des États-Unis à agir contre les changements climatiques*. Dans le dossier « Juliana contre les Etats-Unis », 21 jeunes requérants reprochaient au gouvernement fédéral d’avoir manqué à leur devoir de les protéger du dérèglement climatique, en soutenant depuis plus de cinquante ans l’utilisation des énergies fossiles. Pour sa défense, le gouvernement a fait valoir que ni la loi ni l’histoire des États-Unis ne peuvent étayer la revendication des plaignants pour un droit fondamental à un « climat vivable ». Remédier au changement climatique, explique la cour d’appel, exige « des décisions politiques complexes confiées, pour le meilleur ou pour le pire, à la sagesse et à la discrétion » de la Maison Blanche et du Congrès. Mais moralement les jeunes ont gagné car il est aussi écrit dans le jugement : « Les plaignants ont fait valoir de façon convaincante la nécessité d’agir ; il sera de plus en plus difficile, à la lumière de ce dossier, pour les branches politiques de nier que les changements climatiques se produisent, que le gouvernement a joué un rôle dans leur apparition et que nos élus ont la responsabilité morale de chercher des solutions, développe la décision. Nous concluons, à contrecœur cependant, que les arguments des plaignants doivent être présentés aux branches politiques ou à l’ensemble de l’électorat, ce dernier pouvant modifier la composition des branches politiques par le biais des urnes. »

La troisième juge a, pour sa part, manifesté ainsi son désaccord : « C’est comme si un astéroïde se dirigeait vers la Terre et que le gouvernement décidait de nous priver de tous nos moyens de défense. En cherchant à annuler ce procès, le gouvernement insiste lourdement sur le fait qu’il a le pouvoir absolu et irrévocable de détruire la nation. (Or) la Constitution américaine ne tolère pas la destruction délibérée de la nation par le changement climatique.» Et pourtant c’est le cas ! Ainsi va la démocratie dans nos systèmes complexes, dans le mur. Le peuple envoie par les urnes à la présidence des États-Unis un climato-sceptique assez ignorant de l’intérêt public pour subir actuellement un procès en destitution. Le peuple élit aussi un sénat aux ordres car fondamentalement conservateur ; il défendra un président en train de mettre la planète en feu avec ses coups de sang type type » assassinat de l’Iranien Ghassem Soleimani. » Poison dans la pomme, Trump démantèle méthodiquement toute la législation américaine de protection de environnement depuis son arrivée au pouvoir.

C’est à cause de cette pseudo-démocratie de citoyens sous-informés et sur-conditionnés que l’année 2019 a été la plus chaude enregistrée (avec 2016) depuis les premiers relevés de température au milieu du XIXe siècle, que la température moyenne à la surface du globe a augmenté de 1,1 °C par rapport à l’époque préindustrielle (1850-1900), tandis que la chaleur accumulée par les océans a atteint un nouveau sommet. Selon l’OMM (Organisation météorologique mondiale) « nous nous dirigeons vers une augmentation de la température de 3 °C à 5 °C d’ici à la fin du siècle  au rythme actuel des émissions de dioxyde de carbone. »

* LE MONDE du 19-20 janvier 2020, Réchauffement climatique : de jeunes citoyens américains perdent leur combat devant la justice

La chasse aux cotons-tiges est ouverte

En France, la mise sur le marché des cotons-tiges à usage unique et en plastique est interdite depuis le 1er janvier 2020. Alors vive le nouveau coton-tige à label écolo. ! Le capitalisme est passé maître dans l’art de récupérer la contestation pour ne rien changer au fond : la sobriété ne doit pas connaître, le consommateur doit consommer. Ainsi

LastSwab, un nouveau concept danois, lance le premier coton-tige lavable et réutilisable breveté au monde : « Conçu intelligemment, son embout est en élastomère thermoplastique (TPE) et la tige en nylon rigide. L’étui, quant à lui, composé de maïs, est biodégradable. LastSwab propose deux versions déclinables: l’une aux embouts rembourrés pour le nettoyage des oreilleset l’autre aux embouts pointus pour les retouches de maquillage. Souhaitez-vous parler de ce nouveau produit éco-responsable ? »

Oui, on en parle, mais pour dire qu’on peut s’en passer. D’abord le maquillage abîme la peau, autant ne rien faire et laisser à notre beauté sans fard l’art de paraître et à nos rides l’a manière de vieillir naturellement. Quant au coton-tige pour les oreilles, on devrait déjà savoir qu’on peut remplacer le coton-tige par des oriculi, des cure-oreilles en bambou réutilisables à vie. Mais après mûre réflexion sur la raréfaction du pétrole et l’apparition du sixième continent*, on peut même comprendre qu’il suffit d’user d’une allumette brûlée au bout de laquelle on tortille un peu de coton. Mieux vaut au final la voie de la simplicité volontaire. Les trucs dans les oreilles, c’est très méchant : ils risquent de provoquer de l’eczéma dans vos conduits auditifs ou provoquer de vilains bouchons de cérumen. Ni coton-tige, ni oriculi, il faut savoir que l’oreille a besoin d’exsuder ses substances pour se sentir bien, et nous avec.

L’Europe accompagne la chasse au plastique menée (de façon très mesurée) par la France. Les eurodéputés avaient soutenu à une large majorité un texte visant même à interdire les produits oxoplastiques, supposés biodégradables, se fragmentent en microparticules de plastique. « Oxoplastique », un terme à connaître mieux que LastSwab ! L’interdiction de couverts et assiettes à usage unique, pailles, cotons-tiges, tiges de ballons, plastiques oxo-dégradables, récipients pour les aliments et gobelets en polystyrène expansé entrera en vigueur au printemps 2021. Les produits concernés par cette interdiction représentent 70 % de l’ensemble des déchets marins selon la Commission européenne. « On trouve des résidus de plastique dans l’organisme de nombreuses espèces marines – tortues de mer, phoques, baleines, oiseaux mais aussi poissons et coquillages – et, partant, dans la chaîne alimentaire humaine« , explique l’exécutif européen. La directive fixe aux Etats membres un objectif de collecte de 90 % des bouteilles en plastique d’ici 2029. Les bouteilles commercialisées dans l’UE devront par ailleurs contenir au moins 25 % de plastique recyclé en 2025 et au moins 30 % en 2030. Le texte adopté instaure également une responsabilité élargie des producteurs (REP) pour deux catégories de produits. Tout d’abord les filtres à cigarettes, qui devront par ailleurs faire l’objet d’un étiquetage obligatoire (tout comme les gobelets en plastique, les lingettes humides et les serviettes hygiéniques). Les engins de pêche ensuite, afin de faire supporter les coûts de collecte des filets perdus en mer par les fabricants.**

* Le vortex de déchets du Pacifique nord est une zone du gyre subtropical du Pacifique nord, également connue sous le nom « soupe plastique », « septième continent », vortex d’ordures, ou encore « grande zone d’ordures du Pacifique ».

** https://www.actu-environnement.com/ae/news/Union-europeenne-interdiction-plastiques-jetables-2021-33170.php4

Maison passive, la maison qu’on ne chauffe pas

Plus besoin de conférences mondiales sur le climat, les médias nous présentent de plus en plus les gestes qui sauvent la planète. Ainsi chaque premier lundi du mois dans LE MONDE*, cette fois pour le chauffage : le bâtiment, en France, c’est 45 % de la consommation d’énergie et un quart des émissions de gaz à effet de serre. Comment s’y prendre pour passer l’hiver au chaud de façon écolo ? Niveau débutant : lutter contre l’humidité, se calfeutrer et réguler son chauffage… Niveau intermédiaire : fermer les volets, baisser le chauffage, mettre un pull… Niveau confirmé : entreprendre des travaux de rénovation thermique, convaincre les copropriétaires, passer aux énergies renouvelables.

Rien n’est dit sur le niveau de température acceptable. Si vous augmentez la température de votre logement de 1°C, vous augmentez mécaniquement votre facture de chauffage de 7 %. Mais jusqu’où aller à la baisse ? L’émission pour la Terre » sur France 2 le 15 octobre 2019 avait l’avantage de médiatiser un tout petit peu l’idée de sobriété dans nos comportements : « se chauffer à 19 degrés. » C’est la température dite « de confort » selon le code de la constrution et de l’habitat avec 16 à 17 ° dans les chambres. En 1979 la « chasse au gaspi » prônait de chauffer son domicile à 18 degrés. Mais les Inuits passent l’hiver boréal dans un igloo, à zéro degré Celsius au ras du sol. Dans la France des années 1960 et dans la plupart des foyers, on ne chauffait pas le logement, on vivait couvert en hiver, dehors et au dedans, la nuit on se blottissait sous les duvets en plume d’oie. Aujourd’hui on parle de précarité énergétique, il y a même un Observatoire pour cela (l’ONPE), on offre même des chèques énergie. Demain avec la descente énergétique il faudra principalement compter sur l’énergie endosomatique, celle de notre propre corps ; c’est tellement plus écolo d’isoler des corps qui fonctionnent naturellement à 37 degrés plutôt que de se chauffer au bois, au gaz ou au nucléaire. Aujourd’hui on parle de « maison passive », qui consomme autant d’énergie qu’elle en produit. Demain la maison passive sera une maison qu’on ne chauffe pas.

La résistance au froid est une habitude à prendre. Mais faire entendre à des gens habitués à vivre avec 23 ou 24 °C qu’ils doivent se chauffer à moins, c’est déjà compliqué, alors quand on leur dira qu’il ne faut plus du tout chauffer son appartement, ce sera une révolution !

* LE MONDE du 7 janvier 2020, Des gestes pour passer l’hiver au chaud sans monter le thermostat

Une politique agricole commune écologique ?

Dès la signature du traité de Rome en 1957, la Communauté économique européenne (CEE) a mis en place une politique agricole commune (PAC), dont les objectifs étaient multiples : accroître la productivité de l’agriculture, garantir la sécurité des approvisionnements agroalimentaires, assurer un niveau de vie équitable à la population agricole, stabiliser les marchés et assurer des prix raisonnables aux consommateurs. Mais les mécanismes de soutien différencié par des prix garantis ont surtout incité à produire et à exporter à bas prix les productions protégées et à ne plus produire assez de légumineuses et protéagineux. La recherche incessante de compétitivité est allée de pair avec une intensification et une spécialisation exagérée des systèmes de production agricole. Cette agriculture productiviste se révèle destructrice pour l’environnement et génératrice d’exclusion pour les hommes. D’où le départ des paysans vers les villes et la désertification de régions entières.

Lors de la présidentielle 1974, le programme de l’agronome écolo René Dumont remettait en question cette agriculture intensive : l’agriculture sur-industrielle stérilise le sol, déséquilibre les plantes cultivées et leur ôte toute résistance face à leurs ennemis naturels, ce qui rend nécessaire l’emploi d’une quantité de pesticides, insecticides, fongicides. Les marchands d’insecticides et d’engrais, comme par hasard, sont les mêmes. La solution, c’est de régénérer les sols par des façons culturales qui stimulent l’activité bactérienne dans l’humus ; par une polyculture raisonnable ; par la protection de la flore et de la faune sauvages ; par le respect de l’équilibre écologique qui va du minéral à l’homme en passant par toutes les formes de vie microbienne, végétale et animale ; par la diversité des cultures avec priorité à la production vivrière pour le marché intérieur et non monoculture destinée à l’exportation. Nous avons tourné le dos à ce programme.

« Un regard sur la PAC est offert, ces jours-ci, par le New York Times. La conclusion de l’enquête est que la PAC est « un système de subventions délibérément opaque, faussé par la corruption et le conflit d’intérêts ». En 2018, elle a distribué quelque 60 milliards d’euros aux exploitants des Etats membres. Le fait que la plus grande part des subventions de la PAC puisse être indexée sur la taille des exploitations, conjugué aux marges de manœuvre dont chaque État membre dispose dans l’attribution des fonds, a favorisé des mécanismes d’annexion ou de captation frauduleuse du foncier agricoles, surtout en Hongrie, en République tchèque, en Slovaquie et en Bulgarie, ces aides nourrissent « des procédés mafieux d’accaparement des terres ». Cela contribue à agrandir la taille des exploitations, donc à favoriser les systèmes agricoles les plus industriels, ceux qui simplifient le plus les paysages, fonctionnent avec le moins d’emplois et le plus d’intrants. Le résultat est un bilan environnemental désastreux, les gaz à effet de serre émis par l’agriculture européenne ont augmenté de 5 % au cours de la dernière décennie, les populations d’insectes et d’oiseaux des champs s’effondrent, les nitrates polluent les rivières. Qu’une politique européenne subventionne tout à la fois la destruction de l’emploi, le saccage de l’environnement, la concentration du pouvoir économique et les oligarchies d’Europe centrale est un tour de force. L’année qui s’ouvre sera celle de la renégociation de la PAC, le Green Deal européen risque de rester un vœu pieux. » (Stéphane Foucart)*

La responsabilité de la PAC est lourde, mais le système hyperconsumériste l’est tout autant, façonné par la Grande Distribution et ses centrales d’achat qui broient les agriculteurs dans la mécanique du toujours moins cher, ce qui pousse à l’industrialisation et au gigantisme ! Cet article du New York Times n’est d’ailleurs pas une enquête sur la PAC à proprement parler mais sur la façon dont les dirigeants des gouvernements nationalistes en tirent parti, s’enrichissent ainsi que leurs proches en s’adonnant à toutes sortes de prévarications. Viktor Orban étant le meilleur exemple. Le titre d u NYT est d’ailleurs restrictif : « Comment oligarques et populistes soutirent des millions à l’Europe ». Il y aurait aussi beaucoup à dire sur « l’agro-business américain » : Monsanto, OGM, antibiotiques, hormones de croissance, fermes gigantesques, poulets au chlore, …etc…etc, tout ça vient de l’autre côté de l’atlantique. Conclusion, on est pas près d’avoir un monde agricole écolo quand concurrence internationale, désirs formatés des consommateurs, structure de production hyper-concentrée et politiciens à la solde de l’agro-industrie font cause commune. C’est pourquoi nous attendons le Grand Soir, pas la Révolution qui ne fait que redistribuer les cartes du pouvoir central, mais le choc pétrolier ultime qui nous obligera à revenir (dans l’affolement général) à une agriculture paysanne. Ça va pas être triste !

* LE MONDE du 5-6 janvier 2020, « La PAC, une catastrophe agricole commune »

Après les fêtes de Noël, l’économie de guerre

En cette période d’insouciance festive et de retrouvailles familiales plus ou moins houleuses, voici le message déprimant que nous a été délivré en décembre 2019 : puisque nous avons été incapables de faire du volontarisme politique en matière écologique, nous entrerons de force dans une économie de guerre, sauf que dans un premier temps ce sera la guerre de tous contre tous, chacun pour son propre pays ou territoire.

Antonio Guterres, secrétaire général de l’ONU,  à la veille de l’ouverture de la conférence sur les changements climatiques (COP25) à Madrid : « L’espèce humaine est en guerre contre la planète et la planète rend coup pour coup. » Il a présenté la liste effrayante des effets dévastateurs de plus en plus « meurtriers » du réchauffement : hausse du niveau des océans, fonte des calottes polaires, sécheresses… « Le point de non-retour n’est plus loin à l’horizon, il est en vue et se rapproche de nous à toute vitesse », a-t-il souligné. Il a dénoncé les engagements « totalement insuffisants » de la communauté internationale pour réduire les gaz à effet de serre.

Yves Cochet , ancien ministre français de l’écologie: « Les alarmistes lancent des appels dans les journaux : faites quelque chose, vous, les puissants ! Moi, je n’y crois plus. Il est hélas trop tard pour la transition écologique. On peut quand même minimiser le nombre de morts. Au lieu d’en avoir 4 milliards dans les trente ans, on en aura peut-être 3,5 milliards, en faisant des bio-régions résilientes. Mon discours ne fera jamais recette. Je ne suis pas entendu, et c’est précisément pour cela que l’effondrement va arriver. Pour s’en sortir, il faudrait une économie de guerre comme à Londres, en 1941. Je suis pour le rationnement de l’essence, des vivres, des vêtements, et pour le contrôle des naissances. Mais il n’y a pas d’exemples dans l’Histoire où une économie de guerre a été adoptée avant la guerre. Les gens ne l’acceptent pas. Aujourd’hui, la préoccupation première des Français, c’est le pouvoir d’achat. »

Gilles Lacan, association Démographie Responsable : « Au cours des trois derniers quinquennats, ce sont à peu près les mêmes politiques qui ont été suivies, tournées vers la mondialisation, la croissance et l’emploi. S’il est vrai que l’écologie a été de plus en plus présente dans les programmes des partis politiques, au fur et à mesure que la conscience du danger progressait dans l’opinion, elle n’a jamais consisté qu’en l’habillage d’un même projet économique dans les différentes déclinaisons de la croissance verte. Une telle situation appelle une réorientation radicale , donner une place centrale à l’écologie dans la conduite des affaires publiques, ce par rapport à quoi tout prend sens et s’organise. Nous allons entrer dans une économie de guerre comme l’ont été celle de la France entre 1914 et 1918 ou celle des États-Unis entre 1941 et 1945. Nos décisions en matière de production de biens et services, de mix énergétique, de consommation et de ravitaillement, de commerce extérieur, de démographie et d’immigration, de protection des frontières et de sécurité intérieure, de prélèvements obligatoires, de santé publique et d’éducation, devront être déterminées par l’objectif prioritaire de notre survie collective, si du moins nous ne nous résignons pas à subir l’effondrement.

Pour mener cette politique, il faut un État. L’Europe n’en est pas un, non seulement politiquement mais surtout administrativement : il y a moins de fonctionnaires dans l’ensemble des institutions de l’Union Européenne que dans la seule ville de Paris. Or, notre société va devoir affronter des épisodes de pénurie, qu’il s’agisse de l’énergie, des denrées alimentaires, sans doute de l’eau potable, qui devraient eux-mêmes générer, les métropoles étant devenues peu vivables, un exode urbain incontrôlé et peut-être chaotique. S’il n’y a pas d’État, c’est-à-dire de force publique, sous contrôle démocratique, capable d’assurer un minimum d’état de droit, cela sera, selon la formule de Hobbes, un « état de guerre de chacun contre chacun ». Cet État ne pourra pas être confiné à ses fonctions régaliennes, il devra en outre pourvoir au ravitaillement et au logement de la population, à la santé publique et, dans la mesure du possible, à l’éducation.

Enfin, il nous faut changer complètement de paradigme : ralentir, réduire notre consommation, notre population, nos déplacements, nos connexions, relocaliser notre économie, protéger nos frontières, revenir aux basses technologies pour la production de nos biens. La différence posée ici avec certains « collapsologues » est qu’il faut le faire dès maintenant, en tout cas le plus vite possible, sans attendre d’un effondrement, secrètement espéré, les vertus salvatrices du Déluge, de l’Apocalypse ou du Grand Soir. Il n’y aura pas de catharsis de l’effondrement, l’homme ne sera pas meilleur après la catastrophe. Malheureusement. »

L’art de classer ce qui est bien ou mal

La taxonomie écologique devient une préoccupation partagée, désir de classer ce qui est plus ou moins « propre » au niveau des entreprises, des techniques et des ménages. Le 15 juin 2019, les grands investisseurs mondiaux regroupés dans le Carbone Disclosure Project ont publié une liste d’entreprises ne donnant pas assez d’informations sur leur rôle en matière de climat, de préservation de l’eau et de déforestation. La Commission européenne avait publié le 18 juin 2019 une proposition de « référentiel d’activités durables » pour permettre aux investisseurs et aux entreprises d’identifier les secteurs qui génèrent des bénéfices environnementaux, c’est-à-dire qui contribuent significativement à la lutte contre le changement climatique sans pour autant provoquer des dommages collatéraux. Ainsi les énergies renouvelables vont figurer dans la catégorie verte et le charbon dans la catégorie noire. Mais la chose se complique pour des secteurs comme l’automobile, la construction ou l’agriculture.Et aussi pour le gaz et le nucléaire. Ainsi, le gaz, quand il remplace le charbon, représente une avancée. Mais ne peut constituer une solution satisfaisante à terme. Quant au nucléaire, si, en termes d’émission de CO2, il n’est pas problématique, il pose en revanche de lourdes questions en matière de traitements de déchets. Pour la Commission, ce référentiel a pour objectif essentiel d’inciter les entreprises à passer « du marron au vert ». Mais sur le plan financier, certaines entreprises allaient voir leur valeur s’effondrer du fait d’une transition abrupte vers une économie bas carbone. C’est pourquoi en décembre 2019* la France et le Royaume-Uni ont bloqué la tentative de taxonomie parce qu’elle rendait pratiquement impossible le financement de l’énergie nucléaire par des produits financiers durables. Dans un communiqué, le groupe des Verts au Parlement européen évoque les « tentatives des gouvernements de politiser les critères environnementaux afin d’inclure leurs industries nationales dans les définitions européennes du développement durable ».

Cette préoccupation à propos de l’investissement devrait être relayé par une réflexion sur la classification des techniques, de la plus appropriée à la plus néfaste. Nous pouvons opérer une taxonomie des technologies par les caractéristiques de l’énergie utilisée. Ainsi pour les méthodes de déplacement, nous sommes passés de l’utilisation de notre énergie endosomatique, propre à notre corps, puis nous avons ajouté l’énergie exosomatique, énergie animale, et l’énergie du feu (bois, énergie fossile, nucléaire…) pour finir par se déplacer avec des machines de plus en plus monstrueuses. Ainsi ce tableau donnant la marche de l’histoire vers le « progrès » :

marche cheval vélo train voiture voiture électrique avion fusée

La société de croissance nous a fait passer de la gauche du tableau à la droite en épuisant les ressources non renouvelables et en créant une pollution dont le réchauffement climatique n’est qu’un des aspects. Le paradigme actuel du déplacement motorisé va s’inverser, le mot d’ordre deviendra « moins loin, moins souvent, moins vite… et beaucoup plus cher ». Les mouvements anti-aéroport, anti-autoroutes ou anti-LGV (ligne à grande vitesse) préfigurent  cette évolution. On peut de même classer toutes nos activités de la plus approprié à l’inacceptable :

– Energie humaine > solaire passif > éolien > hydroélectrique > bois > biomasse > photovoltaïque > agrocarburants > Gaz > pétrole > charbon > nucléaire

– Maison non chauffée > bois > Géothermique > gaz > électricité > fuel > charbon

– Bouche à oreille > téléphone fixe collectif > téléphone fixe au foyer  > téléphone mobile > mobile 3G > nouvelle génération…

– Radio  > cinéma (collectif) > télévision noir et blanc (individualisée) > télévision couleur analogique > passage au numérique >société des écrans

Au niveau d’une taxonomie de nos besoins, la notion de sobriété nous invite à nous interroger personnellement sur nos besoins, sur leur importance réelle ou supposée, ainsi que sur les priorités que nous pouvons établir entre eux. Nous pouvons définir une hiérarchie qui passe des besoins vitaux aux essentiels, puis indispensables, utiles, convenables, accessoires, futiles, extravagants et inacceptables. Chacun peut se livrer à l’exercice pour lui-même, en famille ou au travail, de façon à prendre conscience de l’impact de tel ou tel achat ou comportement. Rien ne sera possible sans une adhésion pleine et entière de tous nos concitoyens. Il s’agit de faire jouer à plein ce qui est la contre-partie indissociable de notre liberté : notre responsabilité ! Prenons l’exemple de nos besoins de mobilité individuelle. Ai-je vraiment besoin de me déplacer ? Quels sont les déplacements de loisirs et les déplacement contraints ? Le principe de sobriété nous incite à les réduire en essayant de nous rapprocher de notre lieu de travail. Nous pouvons aussi recourir à un mode doux de déplacement, marche, vélo, rollers, trottinette… La sobriété dimensionnelle nous incite à éviter toute surpuissance inutile dans le choix d’un véhicule. La sobriété coopérative repose sur la mise en commun pour réduire les besoins : mutualisation des équipements, autopartage, co-voiturage, auto-stop. La sobriété d’usage consiste à limiter le niveau et la durée d’utilisation d’un appareil, conduite douce par exemple.

La définition de taxonomies par un gouvernement aurait l’avantage de devenir un élément de langage collectif permettant à une société de retrouver à la fois une certaine cohérence et des perspectives d’avenir moins sombres…

* LE MONDE du 13 décembre, L’Europe peine à s’accorder sur ce qu’est réellement une activité économique « verte »

TV sur l’eau ce soir, à voir absolument

Main Basse sur l’eau, un documentaire de Jérôme Fritel sur Arte à 20h50. Cela nous change du néant dans lequel se dissout les chaînes de télévision ce jour. Sur une planète de plus en plus peuplée et victime de dérèglements climatiques, l’eau, dont 70 % des réserves sont exploitées par l’homme, se raréfie. Les Nations unies estiment que la demande va augmenter de 50 % d’ici à 2030, et que 40 % de la population mondiale souffrira de pénuries. Pour certains fonds spéculatifs, cette richesse naturelle est en passe de devenir un produit financier comme un autre. Un responsable de Citigroup annonce clairement la fin de l’eau gratuite. « Ce n’est pas parce que l’eau est la vie qu’elle ne doit pas avoir un prix. Comment convaincre les gens de réduire leur consommation si vous leur donnez l’eau gratuitement ! » Mais pour les financiers vautours, la sécheresse est synonyme de bonnes affaires, avec des rendements rapides et élevés au détriment de ceux qui ont besoin d’eau, c’est-à-dire tout le monde.

Après avoir épuisé les ressources non renouvelables au XXe siècle, nous entrons dans la raréfaction des ressources renouvelables, à commencer par la plus précieuse, celle qui est nécessaire à notre corps et fait vivre l’agriculture, l’eau. Rappelons-nous le verre d’eau de René Dumont lors de la présidentielle 1974, ou alors découvrons, voir la video. Dans combien de temps couperons-nous l’eau pour cause de factures impayées ? C’est déjà fait dans plusieurs pays sur la planète. Il y aura des guerres de l’eau, elles ont déjà commencé. Alors pour donner un peu d’espoir, allez lire Elinor Ostrom. Elle nous donne les principes de gestion durable des ressources communes :

1. des limites aux prélèvements clairement définies ;

2. la concordance entre les règles et les conditions locales ;

3. des dispositifs de choix collectifs sur le mode participatif ;

4. une surveillance et une autosurveillance des comportements ;

5. des sanctions graduelles pour les transgressions ;

6. des mécanismes de résolutions des conflits ou arènes locales ;

7. le droit à s’organiser sans intervention d’autorités externes ;

8. des entreprises imbriquées (pour les systèmes à grande échelle).

Nous sommes loin de la financiarisation de l’eau et des politiques libérales à la Thatcher !

La nouvelle Miss France, Maëva Coucke

Miss Nord-Pas-de-Calais, Maëva Coucke, 23 ans, a été élue Miss France. Contrairement à ce qui a pu être revendiqué, le concours des miss est tout sauf un pendant du féminisme. A moins que le féminisme ne se réduise à la promotion d’un modèle de beauté hyper-standardisé et ouvertement commercialisé ? Au-delà du fait que nous doutions que la beauté puisse être objectivée, d’un point de vue philosophique, ce concours n’a de toute façon pas lieu d’être parce qu’il représente non pas « des beautés » mais « une beauté » ! Le choix est déjà fait d’avance : vous avez voté pour une femme mince, grande, à la peau lisse, aux cheveux longs, aux formes bien proportionnées, et aux dents blanches. Comment est-il possible de cautionner une émission qui réduit la femme à son physique ? C’est bien dans ce but que toutes ces potiches qui nous viennent des quatre coins de la France secouent leur chevelure, remuent leur fessier et se tortillent dans des tenues plus vulgaires les une que les autres, du moins lorsqu’elles en ont, étant donné qu’elles passent les trois quarts de l’émission en maillot de bain et en sous-vêtements, sur talons aiguilles, bien sûr.

Qu’est-ce qui justifie, chères miss, que vous vous exhibiez à la télévision comme de simples objets de désir sans être accablées par la honte ? Nous comprenons que les Français aient besoin de se détendre et de se divertir. Mais n’y a-t- il pas d’autres distractions bien plus enrichissantes qui n’impliquent pas la dégradation de la femme ? Nous imaginons que cela doit procurer une extrême jouissance que de contempler toutes ces jolies femmes, ô combien mises en valeur, qui brillent de mille feux, sous l’effet des projecteurs, mais permettez juste une question : laisseriez-vous votre propre fille se donner en spectacle à la télévision, donc aux yeux du monde, dans le but d’alimenter un fantasme sexuel ? Arrêtons l’hypocrisie et cessons de dire que cette « émission » sert le féminisme. Comme nous savons qu’il s’agit de l’émission la plus regardée de l’année, on est en droit de se demander : où va le monde ?

Manon Secardin

NDLR : C’était, en décembre 2017, l’opinion du médiateur du Monde. Depuis lors, aucun article sur ce « concours » n’a été publié par LE MONDE.