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Le droit à l’avortement remis en cause

25 juin 2022. La Cour suprême américaine a remis en cause l’arrêt Roe vs Wade de 1973 et renvoyé aux États le soin de légiférer sur cette question. Moins de deux heures après la décision de la Cour suprême, le ministre de la justice du Missouri a activé l’interdiction de l’avortement dans son État.Treize Etats s’étaient en effet dotés ces dernières années de lois dites « gâchette » rédigées pour entrer en vigueur automatiquement en cas de changement de jurisprudence à la Cour suprême. Ces lois interdisent les avortements avec des nuances : l’Idaho prévoit des exceptions en cas de viol ou d’inceste, le Kentucky uniquement en cas de danger pour la vie de la femme enceinte ; la Louisiane prévoit jusqu’à dix ans de prison pour les professionnels de santé, le Missouri jusqu’à quinze ans de prison… Quatre Etats supplémentaires (Géorgie, Iowa, Ohio et Caroline du Sud) disposent de lois interdisant les avortements dès que les battements de cœur de l’embryon sont perceptibles, soit vers six semaines de grossesse quand la plupart des femmes ignorent encore être enceintes. Dans certains États, les femmes ayant recours à l’avortement pourront se voir infliger une amende ou une peine de prison. Grâce à l’outil de géolocalisation ou au moteur de recherche, toute personne ayant approché une clinique où se pratique l’avortement, acheté une pilule abortive en ligne ou même cherché à s’informer sur le moyen d’aider des associations pro-choix pourrait se voir « repérée ».

Lire, La Cour suprême se penche sur l’avortement

Anne Chemin : Fondée en 1789, les neuf juges de la Cour suprême veillent au respect des sept articles et des vingt-sept amendements qui constituent l’appareil constitutionnel de la plus ancienne démocratie moderne. Elle est compétente en toute matière et a toujours le dernier mot. Les Américains lui doivent la fin de la ségrégation raciale dans les écoles publiques en 1954, la suspension de la peine de mort en 1972, son rétablissement en 1976, le droit à l’avortement en 1973 ou le mariage homosexuel en 2015. Comment justifier que ces juges nommés à vie par le président des USA puissent contrecarrer la volonté des représentants élus au suffrage universel ? Ils tranchent les conflits de compétence qui ne manquent pas de surgir entre l’Etat fédéral et les entités fédérées, ils évitent que le « bien commun » puisse varier au gré des circonstances ou des majorités du moment, ils contrebalancent la tyrannie de la majorité. Mais sa toute-puissance n’a cessé d’être questionnée, voire contestée. En 1860, le futur président Abraham Lincoln critique fermement l’arrêt Dred Scott qui refuse la citoyenneté à un esclave . Soixante-dix ans plus tard, le président Franklin Delano Roosevelt affronte à son tour la Cour suprême. La Cour défend le laisser-faire et Roosevelt un Etat-providence interventionniste (le New Deal). Au début des années 2000, avec l’arrêt qui désigne le républicain George W. Bush comme le vainqueur de l’élection présidentielle, le basculement de la Cour suprême dans le camp conservateur élargit l’intensité des critiques.

éditorial du MONDE :  Les deux arrêts, l’un sur les armes, l’autre sur le droit à l’avortement, rendus le 23 et le 24 juin 2022, accentuent les fractures de la société américaine. Ils sacrifient à deux totems de la droite religieuse. Ils sont en effet revenus à la fois sur une loi restreignant le port d’arme en vigueur dans l’Etat de New York depuis plus d’un siècle, et sur le célèbre arrêt Roe v. Wade, réaffirmé en 1992, qui sanctuarisait le droit à l’avortement depuis 1973. Un président largement battu dans le vote populaire, Donald Trump, a désign trois juges ensuite confirmés par un Sénat qui est un reflet déformé du pays.L’un des 9 juges, Clarence Thomas, a encore alimenté l’inquiétude en s’interrogeant sur la protection constitutionnelle dont bénéficient la contraception et les relations sexuelles entre personnes du même sexe. Le rédacteur de l’arrêt contre l’avortement, Samuel Alito, justifie ce revirement au prétexte que l’avortement n’est pas « profondément enraciné dans l’histoire et les traditions de la nation ». La Cour suprême aurait dû, pour préserver sa légitimité, se tenir à distance de la polarisation mortifère qui divise de plus en plus profondément les Etats-Unis.

Mariama Darame : en France, après la décision prise le 24 juin par la Cour suprême américaine, les élus français, de gauche comme de droite, se sont émus de ce recul en matière de libertés. La présidente du groupe LRM, Aurore Bergé, a déposé une proposition de loi constitutionnelle pour inscrire dans la loi fondamentale, à l’article 66-2, que « nul ne peut être privé du droit à l’interruption volontaire de grossesse ». Le garde des sceaux, Eric Dupond-Moretti souhaite « Graver dans le marbre de notre Constitution ce droit fondamental plus nécessaire que jamais en ces temps obscurs ». Si Emmanuel Macron ne s’est pas prononcé pour le moment sur cette proposition de loi constitutionnelle, il semble très clair que sans son concours, rien ne se fera.

Comparaison internationale

Alors qu’une grossesse sur quatre se termine au niveau mondial par un avortement, plus de 40 % des femmes en âge de concevoir vivent dans des Etats aux lois restrictives. Cependant l’avortement est encore interdit dans près d’une vingtaine de pays, notamment dans de nombreuses nations d’Afrique – parmi lesquelles l’Egypte, le Sénégal, le Gabon, Madagascar ou encore la Mauritanie. Sur le continent sud-américain, l’accès à l’IVG est particulièrement difficile. L’avortement n’est pas autorisé au Suriname, au Nicaragua ou encore au Salvador. Ce dernier Etat a même adopté en 1998 une législation draconienne qui prévoit des peines pouvant aller jusqu’à huit ans de prison en cas d’interruption de grossesse. Au Brésil, l’IVG est seulement autorisée en cas de viol, risque pour la mère ou grave malformation du fœtus. Le Honduras, qui interdisait déjà l’avortement y compris en cas de viol ou d’inceste, de malformation grave du fœtus ou quand la vie ou la santé de la mère étaient menacées, a approuvé en janvier 2021 une réforme constitutionnelle qui durcit encore la législation. L’IVG est accessible uniquement en cas de danger pour la vie de la femme en Côte d’Ivoire, Libye, Ouganda, au Soudan du Sud, en Irak, au Liban, en Syrie, Afghanistan, au Yémen, Bangladesh, en Birmanie, au Sri Lanka, Guatemala, Paraguay ou encore Venezuela. En Europe, à Malte, les femmes avortant risquent bien une peine allant de dix-huit mois à trois ans d’emprisonnement. En octobre 2020, le Tribunal constitutionnel de la Pologne a ainsi rendu l’IVG quasi illégale en supprimant la possibilité d’y recourir en cas de malformation du fœtus. A travers le monde, plus de 25 millions d’IVG dangereuses sont encore pratiquées chaque année, en faisant la troisième cause de mortalité maternelle dans le monde.

Le point de vue des écologistes

Quelle est la position à prendre, selon quels critères ? L’impératif biblique « croissez et multipliez » a donné un droit à l’espèce humaine exorbitant de pouvoir se développer en nombre bien plus que les capacités des écosystèmes le permettent. Au delà de ces considération religieuses, ce qui fait la cohérence des prises de positions anti-avortement est politique. Depuis Jean Bodin (1530-1596), on répète cette maxime, « Il ne faut jamais craindre qu’il y ait trop de sujets, trop de citoyens : vu qu’il n’y a richesse, ni force que d’hommes. » Pour les économistes, plus il y a de travailleurs, plus la croissance est forte. Pour les marxistes, la masse des prolétaires permettra la révolte et mènera à la prise du pouvoir. Toutes étiquettes politiques confondues, historiquement les gouvernements, ivres de chair à canon ou de main d’œuvre servile, ont mené une lutte anti-malthusienne. Si des pays interdisent l’avortement, aucun ne s’interdit la guerre. Les associations « pro-life » (pro-vie) qui veulent interdire tout avortement relèvent d’une attitude anti-démocratique. Rappelons qu’une loi libéralisant l’IVG n’oblige pas à avorter. L’avortement est un acte volontaire et non obligatoire, les réactionnaires veulent interdire ce choix avec des arguments d’autorité et pratiques imposées. La mentalité nataliste ne tient aucun compte de la capacité de charge des territoires alors que tous les indicateurs montrent que la Terre est saturée d’humains. Notre nombre, actuellement 8 milliards d’être humains, met déjà en péril le sort des générations futures. Aujourd’hui la démocratie, face au constat mondial de surpopulation, devrait permettre d’autoriser l’IVG (interruption volontaire de grossesse) dans tous les pays sans exception. Redisons à nouveau qu’autoriser ne veut pas dire rendre obligatoire. Il nous faut pratiquer une démographie responsable. Sinon guerres, famines et les épidémies vont ponctionner le surplus de vies humaines.

Un site à consulter,

https://www.demographie-responsable.org/

Croissance démographique, cancer de la Terre

« Il apparaît actuellement que le monde se soit donné pour objectif d’accroître à la fois la population et le niveau de vie matériel de chaque individu. Aussi la société ne manquera pas d’atteindre l’une ou l’autre des nombreuses limites critiques inhérentes à notre écosystème. Une population croissant dans un environnement limité peut même tendre à dépasser le seuil d’intolérance du milieu au point de provoquer un abaissement notable de ce seuil critique, par suite par exemple de surconsommation de quelque ressource naturelle non renouvelable. Pendant un certain temps, la situation est extrêmement dramatique car la population humaine, compte tenu du temps de réponse relativement long du système, continue à croître. Un réajustement à un niveau démographique plus bas ne pourra se produire qu’après une période de recrudescence de la mortalité par suite de carence alimentaire et de détérioration des conditions d’hygiène. »

Tel était le diagnostic posé par le rapport sur les limites de la croissance en 1972. Cinquante ans plus tard, ce diagnostic reste toujours vrai pour certains Internautes :

Démographie Responsable : Le rapport Meadows fête donc ses 50 ans en 2022, période pendant laquelle, excusez du peu, la population mondiale est passée de 4 à 8 milliards d’humains. Les problèmes soulevés alors ont donc mécaniquement doublé. Les projections onusiennes nous annonçant 3 milliards de bipèdes supplémentaires d’ici à la fin du siècle, la situation ira donc de mal en pis. Pour essayer de limiter la casse il faudrait décroître numériquement tout en diminuant évidemment les consommations individuelles d’un certain nombre d’habitants des pays occidentaux.

Zygmunt : Le malthusianisme et la limitation des naissances a mauvaise presse parmi les économistes orthodoxes et c’est une erreur car une humanité se multiplie, c’est des famines et des guerres en perspective. Alors utilisons le mot sobriété qui n’interdit pas le plaisir. Les solutions sont connues. La sobriété sexuelle c’est la contraception masculine et féminine. La sobriété énergétique, c’est la limitation des vitesses et la fin des villes lumières.

Roudoudou : Une fois de plus le sujet majeur, à savoir la maîtrise de la démographie, n’est abordé qu’à la marge par les médias. C’est pourtant l’alpha et l’omega de toute politique environnementale. En Afrique, il n’est pas possible de résoudre les problèmes de développement lorsque les infrastructures mises en place sont aussitôt débordées et dépassées par la croissance exponentielle de la population. Quant à l’occident, on ne peut pas avoir une population qui croit et qui, en même temps, veut avoir sa voiture, sa maison individuelle, son téléphone portable changé chaque année, etc.

Paul Ehrlich : Lorsque des cellules vivantes prolifèrent sans contrôle, il y a cancer ; l’explosion démographique c’est la multiplication sans contrôle des êtres humains.

Jacques81 : Prenez l’exemple de la population du Nigeria, 1960 : 45 M hab, 2020 : 210 M ; il n’y a pas assez de terre arable pour nourrir cette population aujourd’hui, alors en 2050 avec 100 M de plus ? Ce sera famines, guerres et épidémies, comme au Moyen-âge, et ce dans une large partie du tiers-monde.

Sergio : Bien d’accord avec vous. La population mondiale a été multipliée par plus de quatre au cours des cent dernières années. Ceci dit même si l’intensité énergétique de l’activité économique baisse sensiblement, les émissions de CO2 des pays développées sont encore trop élevées.

Ol verte : Les conditions physiques jusqu’aux trente glorieuses ont permis notamment la fabrication de beaucoup d’engrais, d’où la révolution verte, d’où l’explosion démographique à ce moment. Ces conditions : hydrocarbures abondants et peu chers, sont en train de se résorber. Peak-oil du pétrole classique en 2008, à venir pour tous les pétroles et un peu + tard pour le gaz. Les moyens de produire en masse et répandre les engrais peu chers se résorbent + ou – vite. Ceux qui ont bénéficié de la manne, nous tous, allons en souffrir.

Natali : Toujours les mêmes commentaires des malthusiens qui n’ont pas compris le problème. Prenons deux pays à la taille de population à peu près comparable : la France et la Tanzanie. La natalité en Tanzanie est effectivement plus de 2 fois celle de la France mais ses émissions de CO2 sont 10.000 fois moindre. Les amener à notre taux de natalité ne changera rien au problème. Le problème réside dans nos pays industrialisés.

le sceptique @ Natali : L’humain est un animal mimétique, dans toute son histoire il a copié et adopté des pratiques ayant émergé de-ci de-là à partir du moment où ces pratiques lui apportaient un profit matériel. Les Tanzaniens n’ont aucune raison de rester à leur stade actuel de développement et de consommation d’énergie puisqu‘ils sont informés qu’on vit beaucoup mieux ailleurs et autrement. La différence entre 1972 et aujourd’hui, c’est que l’ancien tiers-monde a disparu, que le débat ne se résume pas à un discussion entre Etats-Unis et URSS pour savoir le meilleur régime, que la Chine, l’Inde, le Brésil, l’Indonésie et de nombreux autres pays ont entamé la modernisation (industrialisation) de leurs économies. Regardez où sont les hausses majeures de CO2 depuis 30 ans.

He jean Passe : Je rappelle que l’Afrique aujourd’hui c’est 1 milliard d’habitants et peut être 2 milliards en 2050, c’est de notre faute ? Si les occidentaux disparaissaient la pollution disparaîtrait-elle dans les pays du Sud ? J’en doute.

Michel SOURROUILLE : Le processus actuel de croissance économique élargit inexorablement le fossé absolu qui sépare les pays riches des pays pauvres. Le plus grand de tous les obstacles à une répartition plus équitable des ressources est l’accroissement de la population. C’est un fait partout observé, lorsque le nombre de personnes entres lesquelles une quantité donnée de produits doit être distribuée augmente, la répartition devient de plus en plus inégale. Une répartition équitable devient en effet un suicide social si la ration individuelle disponible n’est plus suffisante pour entretenir la vie. Les familles les plus nombreuses, et en particulier leurs enfants, sont statistiquement ceux qui auront le plus à souffrir de la malnutrition. En 1965, Boumediene déclarait en s’emparant du pouvoir qu’à la fin du siècle l’Algérie sera une grande puissance grâce à ses 40 millions d’habitants. René Dumont lui faisait tenir immédiatement un  message : « Sur 40 millions d’Algériens, il y aura 39 millions de miséreux et 1 million de privilégiés. »

Esteban Gignac : En 1972, je vivais dans un pays, l’Algérie, dont la population était de 15 millions de personnes. Aujourd’hui on arrive à 45 millions. J’ai cessé de m’inquiéter, on va dans le mur et on accélère. La nature fera le travail de régulation que l’humanité n’est pas en mesure de faire…

Moins d’enfants, planète préservée ?

Faut-il arrêter de faire des enfants pour sauver la planète? C’est le titre d’un livre d’Emmanuel Pont, formé à CentralSupélec et master de Sciences-Po, un livre ambigu qui flirte avec la déformation de la pensée des Malthusiens. Mais il pose au moins les problèmes.

« Le commandant Cousteau avait établi en 1992 que la population idéale de la Terre était de 600 millions de personnes si toute la population restante vivait et consommait comme un Américain moyen. D’autres études estiment qu’une population à 12 milliards d’habitants n’est pas un problème, mais tout dépend de «ce que les gens estiment être un mode de vie et un rapport à l’environnement souhaitables». L’idée de l’équation IPAT, montre que la population, le niveau de vie et le degré de technologie sont les trois leviers permettant de faire baisser notre impact environnemental. Même à supposer qu’une réduction drastique de la population mondiale soit reconnue comme une solution imparable pour préserver notre planète, les responsables politiques auraient bien du mal à mettre en œuvre des mesures permettant d’obtenir une baisse (progressive) de la quantité d’humains. « Si la France menait une politique de l’enfant unique, suggère Emmanuel Pont à titre d’exemple, il lui faudrait attendre 2100 avant que sa population soit divisée par deux. c’est beaucoup trop tard. » Même si la pollution humaine était divisée par deux, ce serait quand même très insuffisant: par exemple, pour limiter le réchauffement à 1,5 degré Celsius, car il faudrait diviser les émissions de dioxyde de carbone par cinq, voire par dix, d’ici à 2050. »

Le point de vue des écologistes : Cet ouvrage d’Emmanuel Pont est paradoxal. Il ne nie pas qu’il y a surpopulation, mais critique tous les moyens de le prouver, que ce soit l’équation IPAT, la capacité de charge, l’empreinte écologique, les références à Ehrlich (la bombe P) ou à Malthus (qu’il n’a pas lu). Dans sa conclusion (p.245), il récite la vulgate devenue élément de langage d’une certaine gauche anti-malthusienne  : « Il n’y a pas de bombe population dans la mesure où la population mondiale est en voie de stabilisation  » et autres poncifs : « Le débat démographique éloigne de tous les mécanismes politiques qui empêchent l’action aujourd’hui. Il pousse au contraire vers des chemins particulièrement dangereux : ceux de la déshumanisation, de l’eugénisme et de l’autoritarisme. » Comme si le planning familial ainsi que la liberté de contraception et d’avortement étaient des piliers de la dictature. L’auteur a pourtant « autant peur de la crise écologique que du glissement autoritaire et inégalitaire que l’on sent poindre partout dans le monde (p.247, dernière page du livre, dernier §) ». Or inciter à ignorer la question démographique, c’est promouvoir la catastrophe en limitant l’action individuelle et collective de maîtrise de la fécondité humaine. C’est même la fin de l’humanisme, on laisse souvent place à l’inhumanité, la face sombre des humains. Il suffit de constater que tous les systèmes totalitaires sont natalistes et brisent toute velléité de libre choix de procréation. Le souci des générations futures n’est la préoccupation ni de Bolsonaro, ni d’Erdogan, ni de Poutine, ni de Trump, ni de Xi Jinping, etc.

Affirmer que la population est un problème, ce que le terme surpopulation exprime parfaitement, n’est pas une « pente toxique extrême glissante » comme l’exprime l’auteur. Il s’agit de déterminer où est le compromis éthique (p.162 du livre). Emmanuel Pont s’appuie sur la manière de comparer l’intérêt d’exister ou de ne pas exister. Si cette valeur importe, alors il faudrait maximiser le nombre d’humains, même s’ils vivent dans la misère. C’est ce que Derek Parfit dans On What Matters (« De ce qui Importe ») appelle « conclusion répugnante ». A l’inverse de cette conception immorale, il faudrait, pour tenter de vivre le plus convivialement possible, un monde avec le moins possible d’humains, La non-existence est un problème dont personne ne souffre… mais la plupart des gens qui existent semblent clairement préférer l’inverse. Comment sortir de cette contradiction ? Par l’élaboration démocratique de compromis en matière de procréation.

Le libre choix d’avoir ou non des enfants a été nié pendant la majorité de l’histoire humaine, et encore aujourd’hui dans beaucoup de pays, même aux États-Unis. C’est pourtant une avancée majeure de l’évolution culturelle, grâce à l’éducation sexuelle et l’accès facile à la contraception. Mais devoir choisir en matière de fécondité est aussi une énorme responsabilité car faire naître un enfant supplémentaire est un choix définitif qui va impacter une ou plusieurs générations. Ce choix n’est donc pas uniquement personnel, d’autant plus pour des raisons d’ordre écologique : le poids d’un enfant empiète directement sur les intérêts du reste de la société. Emmanuel Pont l’avoue lui-même (p.218) : « Si avoir un enfant est un poids élevé pour l’environnement, ou si une fois né il risque une vie horrible, alors ce sont bien des questions valables de questionner le droit individuel. » Une délibération collective semble nécessaire. Une conférence de citoyens sur la question serait possible. Notons que les partisans du pro-life ne s’embarrassent pas des subtilités de la vie démocratique, ils veulent imposer à toutes leur propre point de vue, l’interdiction de l’avortement.

Malgré le parti pris d’Emmanuel Pont de minimiser la portée du malthusianisme, il a cependant des instants de lucidité : « Si les connaissances scientifiques actuelles ne peuvent permettre de considérer l’effondrement comme probable, elles sont parfaitement compatibles avec sa possibilité. Ainsi le discours catastrophiste n’est pas sans mérite (236). » Il souligne le paradoxe du développement (p.144): « Une accélération du développement (des pays émergents) contribue à réduire la natalité. En revanche cette accélération augmente aussi le poids écologique ! Ce paradoxe du développement concerne toutes les mesures qui font consensus pour aider les pays pauvres à accélérer leur transition démographique : éducation, économie, santé... »

Démographie, l’impasse évolutive…

Présentation du livre de Jean-Michel Favrot

Une nouvelle fois, la démographie se trouve mise au cœur de la protection de l’environnement et tout simplement… de notre avenir. Après une revue de l’état général de la planète puis un approfondissement sur la démographie proprement dite et sur les niveaux de consommation, l’auteur s’attache à montrer l’articulation entre le nombre des hommes et tous les autres éléments qui structurent nos sociétés. Ainsi, sont analysés les liens entre revenus et fécondité, entre démographie et énergie et plus généralement entre démographie et ressources. La problématique du réchauffement climatique est également étudiée sous cet éclairage, de même que celle des atteintes à la biodiversité.

Intéressant par cette multiplicité des approches, «Démographie, l’impasse évolutive» constitue une mine de renseignement, une véritable base de données pour chacun des thèmes abordés. Tableaux et graphiques pourront servir de référence à tous ceux qui souhaitent approfondir le sujet. Le chapitre 12 «La paille dans le cocktail du voisin» donne un aperçu des débats et des arguments souvent échangés autour de ces questions. A ces données « techniques » s’ajoutent des considérations plus sociologiques sur les motivations à avoir (ou pas) des enfants : un sujet à l’ordre du jour en ces périodes d’angoisse sanitaire, le covid est d’ailleurs évoqué en fin d’ouvrage. Chaque chapitre est encadré d’une introduction et d’un résumé ce qui rend la lecture particulièrement aisé pour un livre de cette ampleur.

Extrait de la quatrième de couverture

« Et si tous les maux actuels de la Terre, catastrophes naturelles, réchauffement climatique avaient une cause originelle ? Et si ce dénominateur commun était l’un des seuls leviers sur lequel il est encore possible d’agir pour atténuer les conséquences graves des crises environnementales et humaines qui ne manqueront pas d’émailler ce 21ème siècle ? Après avoir décrit l’impasse évolutive dans laquelle l’humanité s’est engagée depuis des siècles, l’auteur propose une nouvelle vision de l’humanité, de son rôle, de sa place.Ce chemin sur lequel l’auteur propose de s’engager est fondé sur une nouvelle philosophie moins anthropocentrée qui redonne toute sa place au vivant…Une démographie maîtrisée, un nouvel espoir pour l’humanité et la biodiversité. »

Jean Michel Favrot : Démographie, l’impasse évolutive. Des clefs pour de nouvelles relations hommes-nature.

554 pages, 19,00 € (papier) ou 8,99 € (Ebook),

Editions, Books on Demand (BoD), Paris 2020.

source : blog économie durable

Ne pas confondre Euthanasie et État nazi

Normalement la délibération démocratique permet à un groupe social confronté à un problème de trouver collectivement la meilleure solution. Ainsi le rapport à la mort et l’accompagnement des mourants sont en train de changer sous l’effet du vieillissement de la population.

Lire, 297 députés veulent choisir leur fin de vie

Au Japon, 30 % de la population est âgée de plus de 65 ans (en France, 18 %) et, dans dix ans, les plus de 75 ans représenteront un quart de la population. Comme l’envisage le film « Plan 75 », un jour les personnes âgées pourraient se voir proposer une euthanasie dont elles fixeraient le terme, afin d’alléger le « fardeau » que représente pour l’État le maintien en vie de ces « improductifs » dont la présence « handicape » l’économie.

Philippe Pons : Dans son ouvrage, « La Belle Mort. Vivre sa mort à domicile au Japon », le docteur Ochiro Kobori estime qu’il ne sert à rien de garder à l’hôpital des patients qui sont au-delà de toute thérapie, mais qu’il vaut mieux les entourer chez eux. Le prolongement de la vie pèse non seulement sur les budgets nationaux, mais surtout sur le devoir moral de toute société d’assurer à ses citoyens une mort décente. Le traitement des malades âgés, mourants en devenir, est un problème qui taraude les dirigeants et le corps médical mais aussi l’opinion japonaise. Pour le corps médical, écrit le docteur Kobori, « la mort est considérée comme une défaite et conduit à un acharnement thérapeutique qui tend à “éluder la mort”. Au début des années 2000, le Japon a décidé de transférer partiellement de l’hôpital au domicile le traitement des patients en fin de vie. Une pratique qui coûte moins cher que les soins dispensés en milieu hospitalier, mais qui entraîne des pratiques de marchandisation du grand âge.

Le point de vue des écologistes : Définir la « qualité de la mort » devient une exigence. Dans le cadre de l’Assemblée nationale, un rapport fait en 2004 au nom de la MISSION D’INFORMATION SUR L’ACCOMPAGNEMENT DE LA FIN DE VIE indiquait :

« Parce que les exigences de nos concitoyens en faveur d’une meilleure qualité de la vie se prolongent jusque dans l’exigence d’une qualité de la mort, le débat sur la fin de vie et son accompagnement est au confluent de multiples données démographiques, sociales et médicales. Le vieillissement de la population nous impose de réfléchir sur les soins qu’attendent des personnes de plus en plus âgées. S’il y a 200 ans, 8 % de la population franchissaient le cap des 75 ans, ils sont aujourd’hui 58 % dans ce cas. Dans le même temps, l’apparition de maladies comme le sida a touché des personnes jeunes, peu préparées à affronter la mort. Plus profondément, notre rapport à celle-ci a changé. Tandis que la mort en images, proche ou lointaine, envahit nos écrans de télévision, les personnes âgées, vulnérables et isolées, les mourants sont tenus à l’écart ».

Or le débat sur la qualité de la mort s’est rapidement polarisé sur l’idée d’extension des soins palliatifs. En janvier 2014, l’OMS avait publié une première étude sur le sujet, regrettant que « seule une personne sur dix » dans le monde, ayant « besoin de soins palliatifs pour soulager la douleur, en bénéficie ». En 2015 The Economist Intelligence Unit réalise une étude intitulée « l’index de la qualité de la mort, classement des soins palliatifs à travers le monde ». Le docteur Ochiro Kobori estime au contraire qu’il est préférable de sortir de l’hôpital un malade dont les médecins savent qu’il est dans un état au-delà de toute thérapie et de ne pas lui infliger des soins intrusifs de réanimation, mais de lui permettre de mourir chez lui.

« Il s’agit de laisser un malade choisir s’il souhaite une fin rapide et paisible… Le rôle du médecin, poursuit-il, est de soulager les douleurs éventuelles du mourant, mais ce n’est pas à lui de l’accompagner. Ce rôle revient aux membres de la famille. Le praticien doit faire en sorte qu’ils réagissent avec sang-froid face à la mort. »

Lire : Fin de vie : « Offrons une possibilité apaisée de mourir »

Lire aussi, Fin de vie à domicile, la galère

La mort dans la dignité, l’euthanasie active ou passive ou même le suicide assisté deviennent des enjeux de la délibération démocratique, c’est une bonne chose. La France a déjà voté plusieurs lois sur la fin de vie, mais encore incomplètes. L’essentiel est de voir que le libre choix des personnes compte de plus en plus, que ce soit dans le cas de l’interruption volontaire de grossesse (IVG) ou dans le cas de l’interruption volontaire de vieillesse IVV).

Lire, Fin de vie, comparaison internationale

Avoir des enfants dans un monde en péril ?

Présentation d’un livre de Luka Cisot

Faut-il arrêter de faire des enfants sur une planète dévastée  ? Les populations des pays les plus pauvres font-elles trop d’enfants  ? Faudrait-il dépeupler la Terre pour réduire l’impact environnemental de l’humanité  ? Est-il moralement défendable de mettre au monde un être humain dans un monde en péril ? C’est à ces questions, et bien d’autres encore, que ce livre contribue à répondre en mobilisant des connaissances issues des sciences de l’environnement, de la démographie, de l’éthique et des sciences sociales. L’auteur traite sans dogmatisme et avec nuance de certaines évidences contemporaines parfois simplistes. À l’heure où le débat entre conservateurs et libéraux sur le mariage et la procréation se crispe, de plus en plus de jeunes prennent une troisième voie en déclarant choisir de ne pas avoir d’enfants en raison des bouleversements environnementaux. En s’attaquant à certains tabous, cet ouvrage propose des pistes de réflexion pour se construire une opinion à propos de cet enjeu à la fois intime et planétaire.

« Avoir des enfants dans un monde en péril ? Les clés d’un enjeu de société «

Éditions Yves Michel, mai 2022, 9,90 euros

Luka Cisot est docteur en sciences de l’environnement et diplômé en écologie globale et économie écologique. Enseignant au lycée, il s’intéresse aux mouvements sociaux en lutte pour une société égalitaire et respectueuse du vivant. Il porte une attention particulière à la cohérence entre actes, discours et valeurs, notamment en s’engageant résolument sur le chemin du cyber-minimalisme.

Tout savoir sur les COP « biodiversité »

Alors que plus d’un million d’espèces animales et végétales sont menacées d’extinction et que les trois quarts des écosystèmes terrestres ont été altérés par les activités humaines, la COP15 en décembre 2022 devrait permettre d’établir un nouveau cadre mondial visant à mettre un terme à l’érosion de la biodiversité d’ici à 2030. Illusion, les rencontres diplomatiques ne servent qu’à faire semblant.

Lire, Biodiversité, CDB, COP15 et IPBES… en vain

Perrine Mouterde (21 juin 2022)

Après deux ans de reports, la COP15 sur la biodiversité aura lieu en décembre au Canada. Le projet d’accord est organisé autour de 21 cibles pour 2030. Il prévoit notamment de protéger 30 % des terres et des mers, de restaurer au moins 20 % des écosystèmes prioritaires ou encore de réduire les subventions néfastes à la nature. Mais sur nombre de sujets, aucun compromis ni objectif chiffré n’a encore été trouvé. La question du financement de la biodiversité, notamment, reste un sujet de vives tensions entre pays émergents et développés. Rien de tout cela ne peut être accompli sans des changements rapides, profonds et systémiques dans nos modes de production et de consommation. Les participants des COP sur le climat disent la même chose.

Perrine Mouterde  ( 30 avril 2022)

L’enjeu de cette COP15, annoncée pour la fin de l’été à Kunming, en Chine, est vital : mettre un terme à l’érosion de la biodiversité d’ici à 2030. Les accords d’Aichi, signés en 2010, prévoyaient déjà d’atteindre cet objectif en… 2020, mais ils ont échoué sur toute la ligne. Dès qu’une délégation nationale n’est pas d’accord avec l’un des termes proposés, celui-ci est mis entre crochets ; le projet d’accord, construit autour de vingt et un objectifs concrets pour 2030, s’est rempli de crochets au point de ressembler à un arbre de Noël auquel chacun aurait accroché sa guirlande de propositions. Les objectifs chiffrés ont disparu ou sont entre crochets. Les moyens pour suivre et évaluer les progrès qui seront réalisés ces prochaines années et les indicateurs ne font pas consensus. Et on ne connaît pas encore les dates officielles de la COP15 ? Cette conférence mondiale a déjà été reportée quatre fois, les Nations unies et les délégations du monde entier attendent toujours que Pékin, aux prises avec la pandémie de Covid-19, confirme si l’événement pourra bien se tenir dans tout juste quatre mois. Plus les jours passent, plus cette hypothèse semble improbable, laissant présager un énième report… De toute façon la Chine ne s’est absolument pas impliquée pour faciliter les négociations et construire des coalitions. Pourtant l’effondrement du vivant menace la survie de l’humanité tout autant que le réchauffement de la planète.

Le point de vue des écologistes : Il y a COP et COP. Deux conférences internationales ont lieu en parallèle, et cela fait des années que ça dure. En novembre 2021, la 26e conférence mondiale annuelle sur le climat s’est tenue à Glasgow, la COP26. Une autre Convention-cadre des Nations unies, la Convention sur la diversité biologique, créée en 1992, est organisée tous les deux ans, ce sera bientôt la COP15. Mais pour la biodiversité, le désintérêt politique est encore plus grand que pour le climat. En France, la publication de la nouvelle stratégie nationale pour la biodiversité est reportée, la « partie opérationnelle » doit encore faire l’objet de travaux supplémentaires !!!Le Conseil national de la transition écologique avait émis un avis défavorable, jugeant le projet « insuffisamment ambitieux », présentant « peu de réponses opérationnelles et un calendrier imprécis », et ne présentant « aucune hiérarchisation » des mesures. La décroissance de la biodiversité et la croissance de réchauffement climatiques sont les deux éléments qui nous font prédire effondrement de la civilisation thermo-industrielle et d’immenses difficultés quant à la survie des générations futures.

Lire, Surpopulation => fin de la Biodiversité

Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphere :

6 septembre 2021, UICN, IPBES, les mots-maux de la biodiversité

6 septembre 2021, UICN, les humains écrasent la biodiversité

12 juin 2021, GIEC et IPBES sont dans un bateau…

25 juin 2008, prix de la biodiversité

extraits : Pavan Sukhdev, chargé d’une étude mondiale sur l’économie des écosystèmes, voudrait mettre en place une comptabilité verte : « Il faut donner un prix à la biodiversité »…)

9 décembre 2007, concept de biodiversité

extraits : Le terme biological diversity est récent, il n’est employé par Thomas Lovejoy qu’en 1980. Peu après le père de la sociobiologie, Edward Osborn Wilson, publie à l’automne 1985 un article qui connaît un retentissement mondial : The Crisis of Biological Diversity. Il souligne les enjeux et les implications d’un appauvrissement de la diversité biologique dans le domaine animal, végétal et microbien…)

2 février 2005, la biodiversité en péril

extraits : Selon l’Union mondiale pour la nature, 12 à 52 % des espèces actuelles seraient menacées. Le manque de précision provient des lacunes de l’inventaire des espèces, mais on peut déjà penser à une sixième extinction (la dernière a vu la disparition des dinosaures il y a 66 millions d’années) et cette fois l’activité humaine en est presque le seul et unique responsable…)

Ne faisons pas confiance à nos députés

Loin des querelles partisanes et des recherches d’une majorité, il faudrait rappeler l’article 27 de la Constitution française : « Tout mandat impératif est nul. Le droit de vote des membres du parlement est personnel ». Chaque député, représentant du peuple français et non d’un chef de parti, est directement responsable de son vote. Il doit agir en son âme et conscience pour le bien commun de la nation, qu’il soit de droite, de gauche ou d’ailleurs. Encore faut-il qu’il soit compétent pour voter à bon escient. C’est loin d’être le cas !

Audrey Garric

Devant l’Assemblée nationale, trente-cinq scientifiques de renom se relaient pour sensibiliser les élus de tous bords aux crises du climat et de la biodiversité, et présenter des solutions. La démarche, apartisane, a vocation à s’adresser à l’ensemble des 577 députés. Le climat ou la biodiversité ne sont pas un problème d’opinion politique, mais de science. Mardi 21 juin, ils étaient 58 à s’être déplacés : 36 élus Nupes (dont l’intégralité des 22 du pôle écologiste et 13 « insoumis », accompagnés par Jean-Luc Mélenchon), 20 Ensemble ! (dont 13 de La République en marche, LRM), ainsi qu’un divers gauche et un divers droite. Aucun membre des Républicains ni du Rassemblement national à ce stade. Un élu ne doit-il pas être « en pleine conscience écologique » pour voter par exemple la loi de programmation sur l’énergie et le climat ? Or, selon une étude de l’Ademe, 20 % des parlementaires estiment que le changement climatique ne fait pas l’objet de consensus scientifique et la même proportion pense qu’il s’agit « uniquement d’un phénomène naturel qui a toujours existé »… alors que la totalité de la communauté scientifique compétente s’accorde sur le fait que le réchauffement est dû aux activités humaines.

Le point de vue des écologistes

YW ; Très bonne initiative ! Hallucinant que tant de députés soient autant à la ramasse aujourd’hui sur un sujet vital. Une formation devrait être obligatoire pour tous les élus …et tous les citoyens en fait.

MiamMiam : une formation offerte « aux nouveaux arrivants au Palais-Bourbon qui le souhaitent » Tout est dit…! Ce qui est littéralement de l’ordre de notre survie et celle du vivant est une étape facultative et anodine pour nos décideurs. On sauvera le monde plus tard, après tout.

paul duvaux : En fait c’est sur tous les sujets qu’il faudrait former les députés, avec un examen pour vérifier qu’ils ont bien appris l’essentiel. Cela devrait être une obligation légale de suivre des formations et la note de l’examen devrait être publique. Aujourd’hui les lois sont écrites par les lobbies et les parlementaires sont en général parfaitement incompétents.

Tofou : On peut être député, faire des lois, les voter et être un ignare concernant le monde dans lequel on vit. Cela explique beaucoup de choses et justifie pleinement que des organisations de citoyens fassent entendre leurs voix par d’autres moyens. Nos institutions ont été construites à une époque où le temps s’écoulait lentement et les connaissances limitées, ce n’est plus le cas aujourd’hui.

Marine Le Pen : « Tout ce qui va dans le sens de l’intérêt de la France et des Français, nous le voterons ; tout ce qui nous apparaît toxique ou néfaste, nous nous y opposerons. »

François Bayrou : .« Il y a des personnes à droite, à gauche, au centre, aux extrêmes. Nous avons à inventer l’harmonie pour que toutes ces sensibilités entrent dans la symphonie qu’est la démocratie ».

Mal de mères, le mal du siècle

La démographie touche tous les domaines puisque naissances, décès et migrations sont les composantes indissociables de l’ensemble de notre vécu terrestre. Or nos comportements sont conditionnes culturellement, c’est le discours social qui nous format ou nous fait changer d’avis. En matière de maternité, on revendique de plus en plus par exemple le fait de ne pas avoir d’enfants, ou ses regrets d’avoir été mère…

Lire, Gisèle Halimi, maternité n’est pas obligée

Voici un exposé par Anna Villechenon des difficultés rencontrées après une naissance. Extraits :

Les jeunes mères osent désormais témoigner de l’âpreté de leur quotidien, loin d’une vision enchanteresse qui leur a longtemps imposé le silence. Sur les réseaux sociaux, les mères parfaites entourées de leurs enfants ont fait place à celles qui montrent l’envers du décor,. On y lit les récits d’accouchements interminables, médicalisés à outrance, mais aussi les fausses couches et les deuils périnataux., le manque de désir après l’accouchement, les conflits dans le couple à l’arrivée de l’enfant, l’épuisement parental, la tentation du suicide, l’attachement inexistant …

Commentaires

du côté féminin

Pjm : Encore un petit effort, et grâce a ce genre de féminisme, les femmes qui n’aiment pas leurs enfants pourront enfin libérer leur parole et le leur dire !

Emma Paris : Cela fait plus d’un siècle que la psychanalyse a mis en lumière les ambivalences de la maternité, et dans ses BD des années 1970, Claire Brétecher montrait avec humour une mère au bout du rouleau, prête à jeter son nourrisson à la poubelle. Prétendre qu’il aurait fallu attendre les années 2000, pour que, enfin, on parle des aléas de la maternité relève d’un effet d’optique.

Coco36 : Disons que les jeunes femmes sont plus éclairées que les générations précédentes. Elles mesurent les tenants et aboutissants de l’aventure… et je respecte profondément leur choix de vivre sans enfants. Mais  » a mon époque » , il y a 2 a 3 décennies, on ne se posait pas la question ! Il fallait se reproduire coûte que coûte et pour les femmes c’était (sauf qq exceptions rares) « pas de salut hors de la maternité.… »

ROTZ : La libéralisation des femmes passe aussi par cette étape essentielle: la démystification de la grossesse. Et, en allant plus loin, le fait pour certaines femmes de tout simplement ne pas avoir envie d’être mère sans devoir se justifier ou être regardée bizarrement !

Lire, Féminisme, sensibilité écologique et refus de maternité

Wulidiplo92 : Il me paraît fou que les femmes acceptent encore de subir une grossesse… On n à pas la technologie pour faire grandir des embryons dans des bocaux ?

PP2 : Non, mais si on a un peu de sous, on peut déjà payer des femmes pauvres pour qu’elles subissent la grossesse et l’accouchement à votre place : ça s’appelle la GPA

Lirritable : Francaises urbaines éclairées de gauche au corps parfait, ne faites plus de mômes… Des génitrices importées massivement de continents miséreux s’en chargent déjà !

Du côté masculin

Français en Afrique noire : Où est le papa ? Au foot ? Devant la télé ? Avec les copains ? S’occupe-t-il de temps en temps de ses gosses pour laisser un peu d’air à la maman ?

Asph : A quand la libération de la parole des pères ? Combien ont accepté de faire un enfant parce leur compagne le leur demandait ou qu’ils ne voulaient pas la priver de quelque chose qu’elle désirait ? Combien ont été placés devant le fait accompli? Pour ma part, j’ai deux enfants, mais je n’ai jamais eu le projet d’en avoir… Quant à la dépression post partum et à la chute du désir chez la femme, les conjoints sont aux premières loges et peuvent hélas témoigner des dégâts que cela provoque dans leur couple.

Prismil : Ce qu’il manque aujourd’hui c’est le « village pour élever l’enfant ». Je pense que c’est cette solitude, l’individualisme qui rendent les choses difficiles.

 

Une conférence-débat… organisée par le groupe LE MONDE

Faut-il encore faire des enfants ?

Arrêtons l’aide alimentaire structurelle

Dès qu’on parle de Malthus et de Démographie Responsable, des esprits mal informés s’insurgent, par exemple en remettant en cause la loi de Malthus : « Lorsque la population n’est arrêtée par aucun obstacle, elle va doubler tous les vingt-cinq ans, et croît de période en période. » Un doublement de la population tous les 25 ans est la conséquence d’un taux d’accroissement annuel moyen de 2,8 %. En 2020 selon les statistiques officielles, la loi de Malthus est plus qu’en vigueur dans un certain nombre de pays. Exemple : Niger (3,8 %) ; Guinée équatoriale (3,4) ; Ouganda (3,3) ; Angola (3,2) ; Congo (3,1) ; Tchad et Mali (3) ; Mozambique, Somalie, Tanzanie et Zambie (2,9) ; Burkina-Faso et Guinée (2,8). De plus Malthus prend ses précautions en précisant que le doublement tous les 25 ans ne s’opère qu’en l’absence d’obstacles à la fécondité humaine. Dans plusieurs pays, on s’occupe de planning familial, de contraception à la disposition de tous, de liberté d’avorter, de libération de la femme, etc.. Dans d’autres pays actuellement on fait le contraire sous l’emprise de diktats religieux, d’incompétence politique ou d’idéologies natalistes réactionnaires. Disons-le alors tout net, tout pays qui ne fait pas l’effort de maîtriser sa fécondité, et subit en conséquences des problèmes économiques et socio-politiques structurels, n’a pas droit à une aide alimentaire. Malthus était très clair sur ce point :

« N’oublions pas que l’humanité et une vraie politique requièrent impérieusement que dans des circonstances de famine, les pauvres reçoivent tous les secours que la nature des choses permet de leur donner. Il est donc de notre devoir de leur donner dans les années de détresse quelques secours temporaires. »

Il s’agit donc d’une aide de court terme, on ne peut soutenir éternellement des pays ou des personnes qui se complaisent dans leur misère sans rien faire pour s’en sortir.

Lire, Biosphere-Info, les textes de MALTHUS

Une autre critique malintentionnée est de balancer une accusation sans preuve, de poser toujours la même question préalable : « Que les malthusiens nous expliquent COMMENT nous pourrions arrêter le Paquebot (10 milliards en 2050 etc.). COMMENT (concrètement) nous pourrions ramener la population mondiale à je ne sais combien de terriens… afin de retrouver ce fameux équilibre. » Malthus au début du XXe siècle répondait clairement à cette question.

 »  Des obstacles qui s’opposent à l’accroissement de la population. Les obstacles à la population qui maintiennent le nombre des individus au niveau de leurs moyens de subsistance, peuvent être rangés sous deux chefs. Les uns agissent en prévenant l’accroissement de la population, et les autres en la détruisant. La somme des premiers compose ce qu’on peut appeler l’obstacle privatif ; celle des seconds, l’obstacle destructif. L’obstacle privatif, en tant qu’il est volontaire, est propre à l’espèce humaine et résulte d’une faculté qui le distingue des animaux ; à savoir, de la capacité de prévoir et d’apprécier des conséquences éloignées… Pour les obstacles privatifs, l’abstinence du mariage, jointe à la chasteté, est ce que j’appelle contrainte morale. »

Les méchants critiques en rajoutent alors : «  Et puis qu’ils nous disent comment ils voient le Monde d’Après. Non pas ce monde de chaos, de guerres et de famines, que prédisait Malthus… mais celui d’après la Pluie et la Tempête. » Comme l’exprime Malthus, guerres et famines arrivent fatalement si on ne fait pas obstacle à l’exubérance de la fécondité humaine.

« Les obstacles destructifs qui s’opposent à la population sont d’une nature très variée. Ils renferment toutes les causes qui tendent de quelque manière à abréger la durée naturelle de la vie humaine. Ainsi on peut ranger sous ce chef toutes les occupations malsaines, l’extrême pauvreté, la mauvaise nourriture des enfants, l’insalubrité des grandes villes, toutes les espèces de maladies et d’épidémies, la guerre, la peste, la famine. Dans un pays où la population ne peut pas croître indéfiniment, l’obstacle privatif et l’obstacle destructif doivent être en raison inverse l’un de l’autre : c’est-à-dire que dans les pays malsains, l’obstacle privatif aura peu d’influence. Dans ceux au contraire qui jouissent d’une grande salubrité, et où l’obstacle privatif agit avec force, l’obstacle destructif agira faiblement et la mortalité sera très petite. »

En 2009 sur ce blog, nous avions donné nos réponses à des questions similaires du type « comment faire » posées par Bruno Clémentin, rédacteur au mensuel La Décroissance.

Lire, décroissance démographique

Malgré toutes nos explications détaillées de l’époque, Bruno pouvait encore écrire dix ans plus tard : «  On l’a déjà dit, on va le répéter : il n’y a pas trop de monde sur notre planète, il y a trop d’automobilistes et de motards) » (éditorial du mensuel La décroissance de novembre 2019). Il en est des anti-malthusiens comme des négationnistes du climat, en l’absence de contre-argumentation plausible ils se contentent de répéter la même chose… Le plus triste dans l’histoire, c’est que si on critique la maîtrise malthusienne de la fécondité, on se retrouve automatiquement dans le camp des natalistes, en compagnie de religieux, d’extrêmes de droite, du patronat, des militaristes et même de quelques décroissants… en fait tous des partisans de l’effondrement en cours

Famine Et pauvreté au programme mondial

L’aide alimentaire en péril. Le Programme alimentaire mondial annonce le 19 juin 2022 devoir réduire les rations des réfugiés en Afrique. Les ressources disponibles ne peuvent plus suivre la demande croissante de nourriture dans le monde – un problème aggravé par la guerre en Ukraine. Le PAM) devrait désormais rationner les réfugiés en Afrique de l’Est et en Afrique de l’Ouest. Ceux se trouvant en Éthiopie, au Kenya, au Soudan du Sud et en Ouganda seront les plus touchés.« Nous sommes contraints de prendre la décision déchirante de réduire les rations alimentaires pour les réfugiés qui dépendent de nous pour leur survie », a déclaré David Beasley, directeur exécutif du PAM. Le PAM dit avoir un besoin urgent de 426 millions de dollars pour les six prochains mois pour éviter la famine au Soudan du Sud où plus des deux tiers des habitants ont besoin d’une aide humanitaire. Quelque 8,3 millions de personnes, y compris des réfugiés, devraient y faire face à une « faim aiguë sévère » cette année.

L’électricité n’est pas généralisée.

Environ 600 millions de personnes sur le continent africains, soit près de la moitié de la population, vivent sans raccordement au réseau, notamment en République démocratique du Congo, en Éthiopie, au Nigeria, en Tanzanie et en Ouganda. Les vœux de l’Organisation des Nations unies, formulés dès 2015, « garantir l’accès de tous à des services énergétiques fiables, durables et modernes, à un coût abordable » est un horizon qui recule à mesure qu’on avance. « Pour la première fois depuis 2014, le nombre d’Africains n’ayant pas accès à l’électricité a augmenté en 2020 et en 2021, et je n’exclus pas que 2022 soit une autre mauvaise année », dit Fatih Birol, directeur exécutif de l’AIE. De plus les prix de l’énergie ont passé la surmultipliée. En outre, près de 970 millions d’Africains cuisinent avec des modes de cuisson polluants : bois de chauffage, charbon de bois, déchets agricoles.

Coupures de courant au Pakistan.

Depuis plusieurs semaines, les Pakistanais sont contraints de vivre au rythme des coupures de courant. Le Pakistan produit près de 21 000 mégawatts d’électricité, mais la demande du pays de 220 millions d’habitants a augmenté sous l’effet d’une vague de chaleur durable. Les coupures de courant mettent à mal des pans entiers de l’économie comme le textile (60 % des exportations nationales). Les fabricants d’engrais sont aussi touchés, ce qui pourrait affecter les prochaines récoltes et aggraver la hausse des prix des denrées alimentaires.La pénurie de devises étrangères empêche le Pakistan d’importer davantage de gaz ou de pétrole. Les réserves de change sont passées sous la barre des 10 milliards de dollars. Même pas de quoi assurer les besoins en importations pour les deux prochains mois. Le gouvernement a relevé les prix des carburants, du gaz naturel et de l’électricité de 40 % à 45 %. L’inflation a donc continué de grimper en flèche, atteignant 13,8 % en mai, en glissement annuel. Le 15 juin 2022, les autorités ont procédé à une nouvelle hausse des prix des carburants, la troisième en trois semaines.

Le point de vue des écologistes.

Les prévisions de Malthus se confirment, la progression limitée des ressources alimentaires ne suivent plus la forte hausse de la population dans plusieurs pays. Rappelons la loi de Malthus : « Lorsque la population n’est arrêtée par aucun obstacle, elle va doubler tous les vingt-cinq ans, et croît de période en période selon une progression géométrique (exponentielle). On n’obtiendra pas avec la même facilité la nourriture nécessaire. En effet, l’agriculture étant soumise à la loi des rendements décroissants, les moyens de subsistance ne peuvent jamais augmenter plus rapidement que selon une progression arithmétique (linéaire). D’où un décalage croissant entre population et alimentation ». Ajoutons que les tendances structurelles montrent qu’on ne peut plus miser sur le développement économique pour entraîner une baisse de la fécondité. L’accès à l’électricité et à l’énergie fossile devenant de plus en plus difficile, on ne peut plus prétendre avoir des solutions viables en termes de croissance économique. Devenons malthusiens, maîtrisons la fécondité humaine.

Lire, Corne de l’Afrique minée par la surpopulation

Lire, L’Éthiopie, victime de sa surpopulation

Lire, Le Nigeria, miné par la surpopulation

Valérie Cabanes, l’écocide est un crime

L’écocide consiste en des « actes illégaux ou arbitraires commis en sachant la réelle probabilité que ces actes causent à l’environnement des dommages graves qui soient étendus ou durables ». Ils devraient être jugés comme tel, en temps de paix comme en temps de guerre.

Valérie Cabanes 

– Dans les années 1970, quand la guerre du Vietnam a conduit la communauté internationale à se mobiliser contre les atteintes à l’environnement, des juristes comme l’Américain Richard A. Falk ont, dès le départ, travaillé en parallèle sur un projet de protocole applicable en temps de guerre et sur une convention internationale sur le crime d’écocide applicable aussi en temps de paix. Mais seul le premier a abouti.

– Dans les années 1990, à nouveau, lorsque les compétences de la Cour pénale internationale (CPI) ont été discutées, une version préliminaire du statut de Rome, qui encadre les crimes les plus graves touchant la communauté internationale, prévoyait un même article – le 26 –, pour définir les crimes contre l’environnement en temps de guerre et en temps de paix. Plusieurs États nucléarisés – la France, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis – ont vu dans ce texte une menace à leurs intérêts et s’y sont opposés en faisant pression sur le président de la commission préparatoire. L’article a été supprimé au cours de la nuit.

– En 2019, une demande de reconnaissance officielle du crime d’écocide a été faite pour la première fois devant l’Assemblée des États parties chargée du contrôle administratif de la Cour pénale internationale.

Lire aussi, Délit d’écocide, où est le coupable ?

Extraits : …Punir la mise en danger délibérée de l’environnement voudrait dire incriminer l’organisation économique actuelle elle-même qui repose sur la destruction de l’environnement. Celle-ci est inscrite dans la logique motrice du mode de production capitaliste et des couples qu’il génère : productivisme et consumérisme, extractivisme et gaspillage. Que faire quand c’est tout un modèle de développement qui peut à bon droit être qualifié de criminel. Croit-on vraiment que nul « banditisme environnemental » n’entre dans l’essence que nous brûlons, le smartphone que nous utilisons ?

Références anciennes sur notre blog biosphere

5 octobre 2011, crime écologique, crimes verts, écocide

27 janvier 2015, D’une définition de l’écocide à une application pénale

CLIMAT, les pieds dans l’eau, le corps en feu

Depuis cinquante ans, des centaines de rapports, sommets, conférences… et les dérèglements planétaires ne cessent de s’aggraver !

Le climat en 1972

Le 16 juin 1972 se clôturait à Stockholm la Conférence des Nations unies sur l’environnement humain, premier sommet onusien de la Terre,.Deux des 109 recommandations finales de ce sommet prônent une vigilance sur les « activités pour lesquelles il existe un risque appréciable d’effets sur le climat ». Le rôle des produits de combustion dans l’effet de serre est connu depuis le début du XXe siècle. Au milieu des années 1950, la teneur croissante de l’atmosphère en CO2 est surveillée. A la fin des années 1950, les services géologiques des États-Unis annoncent une montée des océans déjà en cours. En 1967, les premiers modèles du climat prévoient un net réchauffement planétaire : + 0,5 °C entre 1970 et l’an 2000, puis entre + 2 et + 4 °C au cours du XXIe siècle. A la suite de deux rapports de 1970 et 1971, coordonnés par le MIT et rassemblant des scientifiques de nombreux pays, la Délégation interministérielle à l’aménagement du territoire et à l’attractivité régionale (Datar) affirme en 1972 : « Nous en savons assez aujourd’hui de la théorie du climat et de la construction de modèles climatiques pour voir que l’homme peut fort bien provoquer des changements de climat ».  (Christophe Bonneuil)

Le climat en 2022

La France étouffe sous une canicule exceptionnellement précoce, les Etats-Unis subissent un dôme de chaleur, l’Inde et le Pakistan ont connu des températures extrêmes atteignant jusqu’à 51 °C… Pourtant les pourparlers entre les représentants de 196 pays n’ont débouché, jeudi 16 juin 2022 sur aucune avancée notable pour préparer la 27e conférence des Nations unies sur le climat (COP27), qui se tiendra en novembre à Charm el-Cheikh (Egypte). Faute de volonté politique, le processus est englué dans une hyper-technicité et une super-lenteur procédurière. Rien de concret concernant le financement de l’adaptation des pays pauvres au changement climatique et même aucun accord sur les modalités du programme de travail àv enir sur l’atténuation (division par deux des émissions mondiales d’ici à 2030). Pendant ce temps, des gens meurent déjà du changement climatique…

Que faire face à l’impasse climatique ? Emmanuel Macron a LA solution,. Le 18 juin 2022 au salon VivaTech, le chef de l’État a relancé son objectif de développement dans les cinq ans qui vienne de DIX géants de la tech en Europe et d’atteindre le chiffre de CENT licornes [contre 27 actuellement] à l’horizon 2030…

Le point de vue des écologistes

Climat, la faute à la Surpopulation ou à la Surconsommation ? La surconsommation est très clairement ce qui produit le plus de CO2. Un Allemand 1,8 fois plus qu’un Français, un Américain 5 fois plus, un Quatari 7 fois plus, un Marocain 3,5 fois moins et un Africain, l’épaisseur d’un trait. Une infime minorité dans les pays occidentaux fera ce qu’elle peut pour réduire son empreinte carbone. Personne ne voudra de sobriété énergétique dans les pays riches du Golfe. Pire, la classe moyenne Asiatique et Africaine veut rapidement rejoindre le niveau d’émission de gaz à effet de serre des pays développés. La combinaison surpopulation ET surconsommation va faire exploser le CO2. En conséquence la régulation sera mise en œuvre par la Nature ; le réchauffement climatique sera bientôt très efficace pour éradiquer le surplus de consommation ET de population.

Julien Bayou, un écotartuffe enfin député

Julien Bayou, un écotartuffe ? Ses premiers faits d’armes ont lieu dans les associations « Générations précaires » et « Jeudi noir » qui combattent notamment la crise du logement à Paris. Puis c’est « Sauvons les riches » avec l’organisation de mobilisations parodiques qui plaisent tant aux médias. Mais le happening nourrit difficilement son homme. Le plus efficace pour s’approcher au plus près de la galette reste la voie politicienne. Bayou adhère aux Verts en 2009 pour y faire une carrière météorite. Élu conseiller régional d’Île de France pour de bons et utiles contacts, il lancer le site aiderlesrefugies.fr et crée « Mon revenu de base ». Cette frénésie militante n’a aucun rapport avec la critique écologiste du croissancisme. Elle sert surtout à occuper le créneau médiatique du rebelle écolodegôche pour devenir député. L’Écologie politique n’a pas encore les militants qu’elle mérite.

Service politique : La deuxième tentative est la bonne pour Julien Bayou aux élections législatives : le secrétaire national d’Europe Ecologie-Les Verts (EELV) a été élu député le 19 juin 2022, dans la 5e circonscription de Paris avec 58 % des suffrages exprimés face à la candidate du camp présidentiel. Moins visible que Yannick Jadot pendant la campagne présidentielle, il a été remis en avant par les tractations qu’il a conduites ensuite avec La France insoumise, faisant des Verts un partenaire du parti de Jean-Luc Mélenchon dans la Nupes.

Le point de vue des écologistes : Le mensuel « La Décroissance » de février 2020 consacrait une partie de ses colonnes à faire le tri entre les « vrais » et les « faux » écologistes. Si la récupération des questions écologiques est un problème crucial quand des entreprises s’expriment « au nom de l’écologie » (écoblanchiment, greenwashing), une des difficultés est de ne pas tomber pour autant dans une chasse aux sorcières quand il s’agit de personnes. En souvenir de Molière, l’écotartuffe renvoie à l’hypocrisie de tous ceux qui prétendent « faire le bien » pour ne servir que leurs propres intérêts. Alors qu’il y a cinquante ans les mêmes se seraient mis « au service de la classe ouvrière », l’engagement écologiste est aujourd’hui le terrain privilégié des tartuffes modernes. Presque toutes les associations dans lesquelles Julien Bayou s’est engagé ont disparu depuis longtemps. Car il ne s’agissait jamais de s’inscrire dans un temps long, mais de multiplier les coups médiatiques pour servir une carrière.

Mais passons à l’essentiel, ces législatives 2022  plongent l’Assemblée nationale dans l’inconnu. Une majorité absolue de Macron envolée, deux partis contestataires consacrés comme premiers groupes d’opposition… Sur la dizaine de groupes potentiels, sept seront d’opposition dont trois seront en mesure de déposer une motion de censure. Ensemble ! obtient 246 sièges, la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes), 142, le Rassemblement national (RN), 89, le parti Les Républicains (LR) et l’Union des démocrates et indépendants (UDI), 64, la gauche hors Nupes, 13. La France insoumise (LFI) voit son nombre d’élus bondir, de 17 en 2017 à 75 aujourd’hui. Europe Ecologie-Les Verts (EELV) obtient 16 députés, Le Parti socialiste 27 et le Parti communiste français (PCF) 12. Mésententes assurées de tous les les côtés. A l’heure où on refile aux générations futures une planète pourrie, la décomposition politique de la France ne peut rendre optimiste.

Transition énergétique, un oxymore de plus

Lire, Nucléaire vert, énergie durable, oxymores

La « transition » énergétique  n’a pas eu lieu, elle n’aura jamais lieu, la croissance record des renouvelables ne fait rien à l’affaire. Du point de vue des écologistes, il faut parler de « rupture » d’’avec la société thermo-industrielle, pas de molle transformation progressive.

Lire, Dire « Transition énergétique », un non sens

Perrine Mouterde : Le réseau international des énergies renouvelables REN21, qui rassemble des membres issus du monde scientifique, académique, de l’industrie, d’ONG ou de gouvernements, publiait le 15 juin 2022 la 17e édition de son rapport annuel. Le système énergétique continue d’être largement dominé par les énergies fossiles, à des niveaux quasi similaires à ce qu’ils étaient il y a une dizaine d’années.

« La transition énergétique n’a pas lieu », regrette REN21, Alors qu’en 2021 les gouvernements avaient été de plus en plus nombreux à s’engager à atteindre la neutralité carbone, la réalité est que, en réponse à la crise en Ukraine, de nombreux pays recommencent à développer de nouvelles sources de combustibles fossiles, et à en brûler davantage ».

En parallèle, la demande en énergie a continué de croître (+ 4 % en 2021), notamment dans les pays émergents en Afrique et en Asie. Or, une grande partie de ces besoins ont été comblés par un recours accru au charbon et au gaz naturel. Les émissions globales de CO2, dont les trois quarts sont liés au secteur de l’énergie, ont ainsi bondi de 6 % l’an dernier, ajoutant 2 milliards de tonnes dans l’atmosphère…. Outre l’efficacité technologique, des acteurs de la société civile appellent à réfléchir aux différents usages de l’énergie et à mettre en place des politiques de sobriété, pour diminuer la demande.

Commentaires éclairés

Raphou : En 150 ans d’histoire du pétrole, pas une seule fois les améliorations d’efficacité énergétique n’ont entraîne une diminution de la consommation énergétique globale : à chaque fois qu’un moteur a gagné 20 % de rendement, il s’en est vendu au moins 20 % de plus… Et ceci pour une raison bien simple liée à la nature du capitalisme : celui qui a financé la recherche et le développement pour améliorer l’efficacité énergétique cherche toujours à rentabiliser son investissement, en vendant 20 % de plus. Source = le livre « Or Noir, l’histoire du pétrole ».

Marredesc : Le nucléaire n’a pas remplacé le gaz qui n’a pas remplacé le pétrole qui n’a remplacé le charbon qui n’a pas remplacé le bois. Nous vivons sur une hypothèse (la substitution) qui n’a pas raison d’être si nous ne devenons pas plus frugaux. Rien de nouveau sous le soleil, hélas.

Isaphan : JM Jancovici a maintes fois montré que les renouvelables n’ont jamais remplacé du fossile mais sont venus se surajouter à la consommation d’énergie. La seule solution : la sobriété énergétique qui va forcément s’accompagner d’une décroissance. Le reste, c’est pipeau.

GDarmois : Ce n’est pas seulement la production qu’il faut regarder, mais la consommation. Changer un patrimoine consommateur (logement, transport en particulier) prend des années. Les voitures proposées sont de plus en plus grosses et puissantes; la rénovation thermique des logements est beaucoup trop complexe à mettre en œuvre pour un individu normal. Les diagnostiqueurs font du coupé-collé et personne ne garantit que les travaux seront effectivement rentables.

G. Delaurens : Chaque proposition d’évolution pour lutter contre l’effet de serre (Diesel, agrocarburants, nucléaire …) ne vise qu’à répondre à des besoins nouveaux, qui viennent se rajouter à l’existant. C’est une logique économique imparable : on ne change rien mais on répond aux nouveaux besoins. On en rajoute une couche … Il est donc tout à fait normal que la réalité diverge avec les prévisions puisque l’on n’a jamais prévu de traiter le problème de fond !

Lire, effet rebond,effet débond

Freddom : La rupture énergétique se fera sous la contrainte de la raréfaction des ressources dans un monde qui deviendra explosif (famines, guerres de subsistance). La décroissance énergétique a déjà commencé en Europe depuis quelques années et c a va s accélérer inévitablement. Le seul choix que nous avons étant soit d essayer d en profiter encore un peu avant le chaos définitif et l implosion de nos sociétés ou alors se préparer au plus vite à rendre résiliant nos sociétés à un monde aux ressources limitées dans un environnement plus hostile (climat, biodiversité, accès à la nourriture)

Jean-Pierre M : Avec l’accroissement de la population, les émissions de CO2 ne risque pas de baisser, tout au contraire… c’est juste de la logique

Brutus : Je ne m’en ferais pas trop quand même. A partir de 2030, soit dans 8 petites années, au rythme de la consommation actuelle, (100 millions de barils/jour) le pétrole accessible va VRAIMENT se raréfier (il y aura toujours du gaz et du charbon mais pas assez pour alimenter le monde jusqu’à la fin du siècle), ce qui va forcément ouvrir la voie en grand à d’autres solutions. On sera confrontés à la raréfaction et au renchérissement de l’énergie avant tout autre problème.

John Garcia : Au fur et à mesure que le réchauffement final et la fin des énergies fossiles s’approchent, les pays s’effondreront et la sobriété se mettra en place naturellement. L’Inde en prends le chemin, le Pérou aussi. Dieu seul sait ce qui se passera en Chine. Si les Russes coupent le gaz aux allemands, leur industrie s’arrêtera et les émissions avec. En bref, la planète s’autorégule.

Représentativité démocratique par panel !

La démocratie directe dans un petit groupe est à l’image des citoyens, mais dans une population nombreuse la démocratie représentative ne reflète que l’idéologie personnelle ou clanique des élus quant il n’y a pas de mandat impératif. Il est difficile dans un contexte de démocratie de masse de définir les formes d’un système qui exprimerait le pouvoir d’un peuple décidant à bon escient.

Dominique Rousseau estime que nous sommes arrivés au bout du cycle de la démocratie représentative. La journaliste du MONDE Claire Legros envisage la participation citoyenne comme alternative. Mais dans les sociétés composées d’un très grand nombre de personnes, il est absolument impossible de réunir la libre expression de l’ensemble des citoyens et citoyennes sans exclure. Instituer par exemple un référendum en France sur la suppression ou l’extension du nucléaire civil serait un exercice à haut risque pour quelque gouvernement que ce soit. Cette contrainte du nombre pèse d’autant plus qu’il n’y a pas de références partagées dans notre monde multipolaire où il n’existe plus de discours légitimé, qu’il soit religieux, idéologique ou même rationnel. C’est pourquoi la démocratie représentative conserve encore beaucoup de partisans.

Notons que le système monarchique peut être considéré déjà comme un système représentatif, le suzerain ayant une force symbolique exprimant une sorte de « représentation-fusion » du peuple. Et les leaders charismatiques relèvent de cette même tendance à personnifier le pouvoir. C’est d’ailleurs la solution la plus simple pour cristalliser l’idée qu’on se fait du devenir et de la sécurité d’un groupe humain très nombreux. Pourtant il s’agit d’une autorité remise aux mains d’une personne dont on n’est jamais sûr de la clairvoyance de ses décisions. Un pouvoir sans contre-pouvoirs entraîne souvent l’abus de pouvoir. C’est pourquoi la représentation par élection donne l’avantage de ne confier la souveraineté que d’une manière temporaire.

Dans son livre, « Ces princes qui nous gouvernent », Michel Debré pouvait affirmer en 1957 : « Le nombre de citoyens qui suivent les affaires publiques avec le désir d’y prendre part est limité : il est heureux qu’il en soit ainsi… Le simple citoyen qui est un vrai démocrate se fait, en silence, un jugement sur le gouvernement de son pays et lorsqu’il est consulté à dates régulières pour l’élection d’un député par exemple, exprime son accord ou son désaccord. Après quoi, comme il est normal et sain, il retourne à ses préoccupations personnelles . » Le corps de la nation est ainsi associé à celui de ses élus.

Les temps changent. Mai 1968 a favorisé la libération de la parole, l’invention d’Internet a facilité l’expression individuelle, il y a une propension médiatique à mettre en avant le plus infime des mouvement de contestation. Tous ces éléments ont contribué à contester la représentativité des élus. Le mouvement des Gilets jaunes a entraîné l’instauration du Grand débat, mais cette démarche, donnant la parole à qui le veut avec des questions qui orientaient d’une certaine façon les réponses, a abouti à des données non exploitables ou des propositions non consensuelles. Il s’agissait en fin de compte d’un grand Barnum de la communication. Les conclusions tirées de cette expression collective, ce fut le seul discours du président de la république et 10 milliards d’euros mis sur la table. Par contre la Convention citoyenne pour le climat, un panel de 150 citoyens tirés au sort, a été efficace. Il s’agissait d’une mise en application de ce qu’on appelle les conférences de consensus (ou de citoyens, ou conventions). Ces débats organisés constituent une nouvelle forme d’exercice démocratique alliant citoyen de base, tirage au sort et réflexion collective sur des problèmes contemporains. Elles sont expérimentées à l’origine dans les années 1970 par le sociologue allemand Peter Dienel ; les « cellules de planification » rassemblent des groupes de 25 personnes tirées au sort parmi les habitants d’un quartier. Mobilisés pendant plusieurs jours, ils reçoivent des éléments de formation et d’information sur le problème à traiter, puis délibèrent pour élaborer des recommandations. De nouvelles perspectives apparaissent en 1987 quand le Danish Board of Technology affine la méthode qu’il baptise « Conférence de consensus ». Ce projet a mobilisé un groupe de citoyens à qui on a soumis une question qui n’appartenait en rien à la sphère locale, elle portait sur l’usage des organismes génétiquement modifiés. La première conférence de consensus a eu lieu en France en 1998 sur le même thème.

De nos jours, les membres de la Convention pour le climat a travaillé pendant neuf mois pour répondre à une question ambitieuse, « Comment réduire d’au moins 40 % par rapport à 1990 les émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030, dans le respect de la justice sociale ? » Cette réflexion collective a abouti à 149 propositions soumises au parlement, mais, ce qui est moins connue, à un rapport de 600 pages dont voici quelques extraits significatifs de l’introduction : « Citoyennes et citoyens de toutes origines et professions, nous sommes représentatifs de la société ; nous avons été sélectionnés par tirage au sort selon une génération aléatoire de numéros de téléphone, sans nous être portés volontaires préalablement. Nous ne sommes pas des experts, la convention citoyenne reconnaît la capacité des citoyens moyens de s’exprimer sur un sujet d’avenir majeur. » Ce microcosme délimité statistiquement semble bien être une incarnation du peuple. Pourquoi ne pas généraliser une telle procédure ? La démocratie aurait tout à gagner à permettre fréquemment à un panel de citoyens de délibérer sur une thématique. Cette réflexion en petit groupe pourrait même faire l’objet d’émissions de « télé-réalité » en continu qui, pour une fois, serviraient à quelque chose. Reste à déterminer ce que les parlementaires, désignés encore pour le moment par élection, devront faire des résultats obtenus.

Lire, Tout savoir sur les conférences de consensus

Quelques articles antérieurs sur notre blog Biosphere quant à la démocratie :

Lire, Quelle démocratie dans une société écologisée (2021)

Lire, Une démocratie véritable par tirage au sort (2020)

Lire, Biosphere-Info, un consensus sur le climat (2020)

Lire, Tout savoir sur les conférences de consensus (2020)

Lire, Sans écologisme, la démocratie part en vrille (2019))

Lire, Quelle démocratie en période d’urgence écologique ? (2019)

Lire, Ochlocratie : les peuples contre la démocratie (2019)

Lire, Quelle démocratie pour une société écologisée ? (2019)

Lire, Grand débat, vers une conclusion courue d’avance (2019)

Lire, Grand débat national, ce sera la grande désillusion (2019)

Lire, Climat 2019, la démocratie à l’épreuve de l’écologie (2019)

Lire, Allons bien au-delà de la démocratie représentative (2017)

Lire, Conférence de citoyen, image de la démocratie de masse (2016)

Lire, Une démocratie réelle ne peut qu’être écologique (2015)

Lire, Démocratie écologique, tout le pouvoir aux mandarins ? (2014)

Lire, Pour une démocratie écologique (Pierre Rosanvallon) (2014)

Lire, Le nucléaire, histoire d’une faillite de la démocratie (2013)

Lire, Conférence de consensus, jury citoyen et télé-réalité (2013)

Lire, démocratie et risque d’écofascisme (2011)

Au-delà des élections, des perspectives

David Van Reybrouck, auteur de « Contre les élections » (Actes Sud, 2014) :

« En français et dans beaucoup d’autres langues, les mots « élection » et « élite » ont la même racine. L’élection est une procédure qui installe une élite, l’aristocratie héréditaire a été remplacée par aristocratie élective. En théorie tout le monde peut se présenter aux élections. Mais quand on regarde la pratique, c’est bien différent. On constate en France que moins de 2 % des électeurs sont membres d’un parti politique. Moins de la moité des encartés sont actifs. Et au cœur de ce tout petit pourcentage, un nombre infinitésimal va se présenter aux élections. Finalement dans ce groupuscule, quelques-uns seront élus. Et nous appelons ça la démocratie représentative ! C’est un peu exagéré, non ? Pour moi, le futur de la démocratie se situe dans de nouvelles formes de représentation de la population.

Avec un référendum ou un sondage, on peut répondre à une question par oui ou par non. C’est tout de même un peu limité. Dans un sondage, on demande aux gens ce qu’ils pensent quand ils ne pensent pas, il serait plus intéressant d’écouter ce qu’ils pensent quand ils ont la chance de penser. C’est ce qu’on appelle la démocratie délibérative : on contacte mille personnes comme avec un sondage, mais on les invite à venir se parler, à rencontrer des experts, à se nourrir d’information sur un sujet, puis, après les débats et les échanges, on leur demande leur opinion à nouveau. Et inévitablement les réponses seront plus avisées. Cette nouvelle forme de démocratie est extrêmement prometteuse.

Il y a une deuxième formule pour créer une représentation du peuple : le tirage au sort. Nos sociétés connaissent ce système dans un domaine limité, les jurys d’assises. Même si ce système n’est pas parfait, on voit que les jurés prennent très au sérieux leur devoir. Ils investissement énormément pour prendre une décision qui sert la justice. C’est un exemple qui montre que des citoyens lambda sont capables de devenir des citoyens alpha, qui se prennent en main et s’occupent du bien être de la société. Des personnes tirées au sort sont capables d’aller au-delà de leur propre intérêt. Elles ont peut-être moins de compétences que les élus politiques, mais elles ont une liberté bien plus grande qu’un parlementaire. Elles ne sont pas pieds et poings liés à toute une série d’intérêts commerciaux ou à leur parti politique. Si on couple le tirage au sort avec la démocratie délibérative, alors on peut arriver à des décisions nettement meilleures que ce que les partis politiques sont capables de faire aujourd’hui. » (Extraits de « Demain, un nouveau monde en marche »)

Dominique Rousseau :

Nous sommes au bout d’un cycle, celui d’une démocratie représentative pensée à la fin du XVIIIe siècle. L’abbé Sieyès pouvait dire en 1789 : « Le peuple (…) ne peut parler, ne peut agir, que par ses représentants ». Mais la « représentation écart » – est déjà inscrite dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 : « Les citoyens concourent personnellement ou par leurs représentants à la fabrication des lois. » Avec l’adverbe « personnellement », la compétence normative est inscrite en toutes lettres. En outre, on peut lire dans le préambule que la Déclaration vise à permettre au citoyen de « comparer » l’action du pouvoir politique avec ses droits, afin d’en « réclamer » le respect. Les fondements constitutionnels d’une démocratie continue sont présents dans cette reconnaissance d’une autonomie politique du citoyen. L’espace public est miné par les fausses informations et les bulles des réseaux sociaux où l’on se conforte dans ses propres idées. Pour s’inscrire dans la durée, les mouvements sociaux doivent se prolonger dans l’institution. Sinon, l’énergie citoyenne retombe, l’inventivité se perd. Il ne peut y avoir de démocratie sans institutions. Mais les institutions peuvent aussi étouffer la démocratie.

Je propose, pour fonder une « démocratie continue », d’instituer un « mandat délibératif » du député, des assemblées primaires de citoyens au sein de chaque circonscription, une refondation juridictionnelle du Conseil d’État, un statut de lanceur d’alerte pour dénoncer les dysfonctionnements des institutions et une articulation entre tirage au sort, référendum et rôle de la justice…

Contributions sur lemonde.fr :

Charles Monneron : La participation volontaire des citoyens aux problématiques publiques est un mécanisme de sélection des excités sectaires et des démagogues sans foi ni loi. Seul le tirage au sort des représentants est une alternative viable à la désignation par suffrage.

Keorl : « Nuit debout, les « gilets jaunes », les zadistes, tous ces mouvements sociaux expriment cette nouvelle revendication. » Si c’est ça, le futur de la démocratie, on est mal barrés.

Dump : Cet ouvrage de Rousseau, totalement théorique et hors sol, défend une thèse erronée et complètement démentie par la pratique. Quand on est sur le terrain et non cloué à sa table de travail, que constate t on ? Et bien, en dehors de flambées ou intérêt soudain mais éphémère, on constate les mille difficultés pour réunir les gens, des Assemblées Générales de six personnes (y compris dans de très grandes structures), la difficulté de réunir une poignée de gens pour le travail concret, etc une posture systématique de désintérêt des jeunes, après parfois un fort engouement de nature médiatique, et une apathie de plus anciens, etc. on n’en finit pas de le constater. Les exceptions, assez rares, explicables, ne sont pas la règle. Alors la soif de démocratie, ah ah ah !

Tinos : il y a eu un article dans LE MONDE il y a quelques mois sur quelques villages qui avaient tenté l’aventure de la démocratie participative. Résultat : au bout de quelques semaines, moins de 10% de participation, soit le pouvoir abandonné à une minorité. La question se pose plus de savoir comment reconstruire la confiance dans des représentants élus, voire d’en changer totalement, que d’inventer une espèce d’autogestion permanente citoyenne, qui ne marche pas, et donne le pouvoir, toujours, sans plus aucun contrôle à la toute petite minorité qui n’a rien d’autre à faire. Donc non !

Sarah Py : Toute réflexion sur la démocratie qui oublie la fonction politique est, je suis sévère, sans grand intérêt. Quand de Gaulle, qui a pu constater l’impuissance de la troisième République face à Hitler, puis celle de la quatrième, a élaboré cette cinquième République, il a eu à cœur de lier les principes démocratiques et les exigences propres à un pouvoir exécutif, cette capacité à l’action qui est le but in fine de la démocratie.

Michel SOURROUILLE : les membres de la Convention pour le climat ont travaillé pendant neuf mois pour répondre à une question ambitieuse, « Comment réduire d’au moins 40 % par rapport à 1990 les émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030, dans le respect de la justice sociale ? » Cette réflexion collective a abouti à 149 propositions soumises au parlement, mais, ce qui est moins connue, à un rapport de 600 pages dont voici quelques extraits significatifs de l’introduction : « Citoyennes et citoyens de toutes origines et professions, nous sommes représentatifs de la société ; nous avons été sélectionnés par tirage au sort selon une génération aléatoire de numéros de téléphone, sans nous être portés volontaires préalablement. Nous ne sommes pas des experts, la convention citoyenne reconnaît la capacité des citoyens moyens de s’exprimer sur un sujet d’avenir majeur. » Ce microcosme délimité statistiquement semble bien être une incarnation du peuple. Pourquoi ne pas généraliser une telle procédure ? La démocratie aurait tout à gagner à permettre fréquemment à un panel de citoyens de délibérer sur une thématique. Cette réflexion en petit groupe pourrait même faire l’objet d’émissions de « télé-réalité » en continu qui, pour une fois, serviraient à quelque chose. Reste à déterminer ce que les parlementaires, désignés encore pour le moment par élection, devront faire des résultats obtenus.

Faut-il encore faire des enfants ?

Alors que nous pourrions bientôt être 8 milliards de Terriens, est-il bien raisonnable de continuer à faire des enfants ? Vaste débat. Cette question iconoclaste est un des 7 thèmes retenus par les journalistes du groupe Le Monde pour la sixième édition du « festival international du journalisme » qui aura lieu du 15 au 17 juillet à Couthures-sur-Garonne. Voici le programme sur la question démographique :

https://festivalinternationaldejournalisme.com/programmation/?theme=enfants

vendredi 15 juillet 2022

10h30. Avoir un enfant, une aberration écolo ?

11h30. Sommes-nous trop nombreux sur Terre ?

12h30. La crise écologique bouleverse-t-elle le rôle des parents ?

Samedi 16 juillet.2022

14h. Désir d’enfant : jusqu’où doit aller la médecine ?

15h. Pourquoi j’ai choisi de ne pas être mère ?

16h. Le regret d’être mère, l’ultime tabou ?

Dimanche 17 juillet 2022

10h. Homme et femme, pourquoi toujours tant d’inégalités ?

11h. Faut-il un consentement plus éclairé à la maternité ?

12h. Comme être parent en temps de crise ?

L’humanité, un psychopathe destructeur

L’humanité est devenue l’espèce la plus dangereuse de la planète, comme l’exprime le dernier livre de Sébastien Bohler. Elle se comporte comme un psychopathe face à la nature, c’est le titre d’un article d’Élisabeth Berthou.

« Dans moins de trente ans, la Terre sera en partie invivable et dans quatre-vingt… Game over », profère Sébastien Bohler, au début de Human Psycho. Pour expliquer ce dysfonctionnement, le neuroscientifique compare l’humanité à un « être global » dépourvu de cortex orbitofrontal, qui appréhende le monde comme un mécanisme… Homo sapiens a instrumentalisé les espèces animales et les ressources naturelles  à la façon d’un prédateur. Ce « superorganisme » revêt une personnalité de psychopathe : sentiment de supériorité, tendance à la manipulation et à l’exploitation d’autrui, absence d’empathie et incapacité à prendre en compte l’avenir pour fixer des limites à ses actes. Il exerce une violence croissante vis-à-vis de sa victime, la nature. »

Il est vrai que notre fonctionnement social actuel préfère la post-vérité et les fake news à l’analyse de la réalité.

« Nous sommes entrés dans une période où l’opinion personnelle, l’idéologie, l’émotion l’emportent sur la réalité des faits. Des chercheurs ont décrypté des millions de livres en anglais et en espagnol couvrant la période de 1850 à 2019. En partant des cinq mille mots les plus utilisés dans chacune des deux langues, leur approche a été celle de l’analyse en composantes principales (ACP), qui permet statistiquement de tirer des tendances.la fréquence d’utilisation de mots associés. Après 1850 la rationalité,avec des mots tels que « déterminer », « conclusion », « analyse », etc., a systématiquement augmenté tandis que celle de mots à connotation sentimentale ou liés à l’expérience humaine, tels « ressentir », « croire », « imaginer », etc., baissait. Quel est l’état d’esprit de notre société ? Nous ne sommes plus entraînés à prendre le temps de réfléchir en profondeur. Et parallèlement, nous sommes sociétalement plus libérés et même encouragés à exprimer nos ressentis. »

Pour beaucoup trop de personnes, un mensonge simple est bien plus attirant qu’une vérité exigeante. L’exemple typique de ce dérèglement de l’esprit de clarté se retrouve dans la posture d’un président de la république, Donald Trump, adepte des faits alternatifs pour mieux cacher sa propre turpitude. C’est ce que vient de démontrer une commission d’enquête suite à lAssaut du Capitole : une plongée sidérante dans les mensonges de Donald Trump.

« De la défaite de Donald Trump face à Joe Biden lors de la présidentielle du 3 novembre 2020 jusqu’à l’attaque initiée par les partisans du président sortant, une campagne de mensonges sur des fraudes imaginaires a été lancée. L’avocat Rudy Giuliani en a été la force motrice, encourageant le président à suivre son instinct, à proclamer sa victoire et à lancer la croisade contre les fraudes. Au total, 62 plaintes en justice ont été déposées par l’équipe présidentielle. Dans aucun des cas un tribunal n’a établi que les accusations de fraude étaient fondées.  L’échec des recours en justice, en novembre 2020, n’a nullement arrêté l’entreprise d’intoxication de l’opinion publique conservatrice. Au contraire. La commission insiste sur l’intérêt pécuniaire des mensonges promus par l’équipe Trump, qui envoyait jusqu’à 25 courriels par jour à ses sympathisants. Au total, 250 millions de dollars ont été levés, dont 100 millions de dollars au cours de la première semaine après l’élection présidentielle, supposément pour financer les plaintes et les investigations sur les fraudes. Le parti républicain s’est détruit sur l’autel de Trump.

Lire aussi : Donald Trump, narcissique et psychopathe

Le point de vue des écologistes : Une humanité qui est devenue le cancer de la Terre (cf. notre article de 2007), le parasite suprême, un super-prédateur et donc un psychopathe destructeur ne peut qu’accompagner ses dysfonctionnements par des éléments de langage qui justifient les comportements individuels et collectifs. Le déni de la réalité a été la première position des négationnistes du climat, la post-vérité devient aujourd’hui l’alibi mensonger qui clôt la discussion. Les psychologues ont certes parlé d’interaction spéculaire ou de dissonance cognitive, n’empêche que le problème reste entier : comment réagir face à des médias qui nous font prendre l’état délirant des choses comme une situation habituelle qu’on peut regarder calmement dans son fauteuil, devant la télé ? Des jeunes, des moins jeunes et des associations essayent de faire ce qu’il peuvent dans un monde en folie. Plus nous serons nombreux pour agir, moins l’effondrement de la société thermo-industrielle sera violent. Mais restons lucide. Tant que notre nombre démesuré et notre croissance économique, disproportionnés par rapport aux possibilités limitées de la planète, restera tel qu’il est, l’action individuelle et collective restera de peu d’effets.

Lire sur ce blog : Population et consommation en interactions

Thierry Ripoll et Sébastien Bohler (suite)

Selon deux psycho-chercheurs,Thierry Ripoll et Sébastien Bohler, l’insatiable soif de croissance de l’humanité et la crise globale qui en découle seraient la conséquence de notre « câblage » cérébral. Voici en caractère gras quelques éléments à retenir de leur conversation.

T. R. : Je prends ma douche trois minutes de plus que nécessaire tous les jours. Accepter d’écourter ma douche n’a de sens que si je suis convaincu que les quelque 8 milliards d’humains en feront de même.

S. B. : Les anthropologues appellent ce processus d’incommensurabilité entre l’action individuelle et l’action collective la coopération conditionnelle. On a observé que si on demande à des individus de faire des efforts pour réduire leur empreinte carbone, ils sont capables de sacrifices, à condition que les autres y consentent aussi. Pour revenir sur le phénomène de croissance, dans l’histoire de la Terre, des espèces ont eu quasiment le même impact que l’humanité aujourd’hui. Ainsi, il y a 2,5 milliards d’années, les cyanobactéries ont prospéré, rempli les océans et changé la composition de l’atmosphère – elles n’avaient aucune notion d’une limite à respecter. L’humain a suivi la voie d’une négation de la limite à cause de l’alliance du principe de croissance de la dopamine et de l’intelligence. Le phénomène de dévalorisation temporelle constitue une autre caractéristique. Plus un avantage est éloigné dans le temps, moins il a de valeur pour notre cerveau. On donne le choix à un enfant soit de manger un marshmallow tout de suite, soit d’en recevoir un second s’il résiste quelques minutes. La plupart des enfants se jettent sur la première option car ils ne peuvent résister à l’attrait de l’instantanéité. Le striatum guide cette décision parce qu’il donne immédiatement de la dopamine. Quant aux autres enfants, leur choix est surtout lié au fait que leurs parents les ont éduqués à résister à leur impulsion face aux envies. Plus vous êtes dans un monde où on vous propose tout, tout de suite, moins vous êtes capable de patienter et de refuser le plaisir immédiat en raison des enjeux futurs.

T. R. : Notre système actuel a besoin de croissance pour survivre, d’autant qu’une société en récession rencontre nécessairement de grands problèmes sociaux. Mais cet objectif qui a sa cohérence à court terme est irrationnel à long terme. Le calcul de l’output (la somme de nos productions, consommations et impacts sur la planète) pour une croissance de 2 % sur mille ans indique qu’il serait 1 086 plus élevé que celui d’aujourd’hui. Cette trajectoire économique est contrainte à la fois par des déterminismes biologiques fondamentaux et par la nature du modèle capitaliste qui organise nos sociétés.

S. B. : D’où la problématique : croissance de la conscience versus décroissance matérielle. Les gens qui sont dans la surenchère permanente de la satisfaction de leurs désirs matérialistes ne connaissent même plus la notion de bonheur. Dès qu’un plaisir est satisfait, le suivant intervient à un niveau supérieur : ils vont changer de smartphone tous les ans, de voiture, etc.

T. R. : Il est dangereux de faire croire aux citoyens que l’efficience technologique va permettre de résoudre les problèmes environnementaux. Cela retarde encore le moment où, collectivement, nous déciderons de mettre en place une société différente et plus sobre. Le cornucopianisme nous incite à croire que nous allons pouvoir continuer de croître sans perturber notre environnement – ce qu’on appelle le découplage. Or, les études montrent que toute forme de découplage produit un effet rebond : le fait d’exploiter ce gain d’efficience écologique pour consommer davantage.

S. B. : L’idée de note de citoyenneté m’a été inspirée par l’exemple de la Chine, elle repose par l’observation des comportements dans la façon de respecter les règles de vie sociale, puis donne des droits en fonction d’une note obtenue sur de bons comportements. Un tel système, adapté aux critères écologiques, aurait probablement une action assez radical. Si des milliards d’individus ne peuvent prétendre à la liberté de consommer de façon durable, je ne vois guère de moyen aujourd’hui d’imposer une instance régulatrice capable de mettre en place un crédit citoyen universel…

T. R. : Rappelons la métaphore de la main invisible d’Adam Smith : chacun cherche égoïstement et librement à satisfaire son intérêt personnel et il contribuera ainsi à la richesse de son pays et au bien commun. Cette théorie n’a de sens que dans un monde sans limite, non dans un monde fini. Préserver la planète aura une dimension nécessairement liberticide. Mais que serait la liberté sur une planète morte ? Lorsque l’impact de la crise environnementale menacera directement notre quotidien – dans les prochaines décennies –, chaque humain, chaque Etat réévaluera le poids comparé de l’intérêt particulier et de l’intérêt général. Je n’exclus pas alors qu’un regain de rationalité permette aux humains de créer une structure transnationale, qui, d’un commun accord, poserait des contraintes à la consommation. A moins qu’elle ne sombre littéralement pour ne pas avoir réussi à s’affranchir des fléaux que sont la violence, l’inégalité et l’obsession de croissance.

DMA : L’existence d’une espèce animale capable de décrire les mécanismes physiques et psychologiques à l’œuvre et consciente qu’elle va être la principale cause de l’effondrement, mais absolument incapable de changer de trajectoire, a quelque chose de fascinant. Si Dieu existe, il est tout de même un tantinet pervers sur ce coup là.

Recensions sur notre blog biosphere

âge de pierre, âge d’abondance (Marshall Sahlins)

– Pourquoi détruit-on la planète ? (de Thierry Ripoll) –

Notre cerveau nous pousse à détruire la planète (Sébastien Bohler)