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Marine Tondelier, une écologiste va-t-en-guerre

La différence sur la question militaire est nette entre les écologistes représentés par Marine Tondelier (MT) et les écologistes représentés par Michel Sourrouille (MS). Qui a raison ? A nos commentateurs de trancher…

source : Marine Tondelier : « Si l’Europe ne se dote pas de leviers de puissance, elle ne sera pas respectée »

MT : Nous devons créer et armer un commandement militaire intégré européen placé sous la tutelle du Conseil européen.

MS : L’Union européenne est faite pour unir des peuples par un élargissement progressif à des pays de plus en plus nombreux. C’est une tentative locale de coordination des pays au niveau socio-économique, écologique et politique. Son objectif n’est pas de devenir une nouvelle puissance militaire qui voudrait pouvoir combattre à égalité contre la Chine… ou les USA. Les écologistes doivent rappeler que l’ordre mondial se fait sous l’égide de l’ONU. Voici quelques extraits de la Charte des Nations unies qui forge les relations entre Etats depuis 1945 :

NOUS, PEUPLES DES NATIONS UNIES, RÉSOLUS à préserver les générations futures du fléau de la guerre qui deux fois en l’espace d’une vie humaine a infligé à l’humanité d’indicibles souffrances, à unir nos forces pour maintenir la paix et la sécurité internationales… Les buts des Nations Unies sont les suivants : prendre des mesures collectives efficaces en vue de prévenir et d’écarter les menaces à la paix et de réprimer tout acte d’agression ou autre rupture de la paix… Être un centre où s’harmonisent les efforts des nations vers ces fins communes… Les Membres de l’Organisation s’abstiennent, dans leurs relations internationales, de recourir à la menace ou à l’emploi de la force, soit contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique de tout État, soit de toute autre manière incompatible avec les buts des Nations Unies.

https://www.un.org/fr/about-us/un-charter/full-text

MT : L’Ukraine doit être soutenue militairement, économiquement et politiquement aussi longtemps que nécessaire.

MS : Sur ce point, on ne peut qu’être d’accord mais en faisant remarquer que ce n’est pas à la France, à l’Union européenne ou aux Etats-Unis de porter assistance, mais à l’ONU puisque la Russie, membre de l’ONU, viole la charte qui interdit de recourir à l’emploi de la force contre l’intégrité territoriale d’un autre pays. Mais puisqu’il y a blocage à cause du droit de veto accordé aux grandes puissances, il semble normal de se substituer à une organisation internationale défaillante et de procurer aux Ukrainiens les moyens de se défendre contre une dictature guerrière.

MT : L’autonomie stratégique européenne doit aller de pair avec une plus grande coopération militaire à l’échelle du continent.

MS : Marine Tondelier n’a que l’aspect militaire à la bouche. Mais si les écologistes ne mettent pas en avant les principes du pacifisme et la lutte contre les causes des guerres, qui le fera ?

MT : Les industries nationales d’armement doivent évoluer vers un modèle européen fondé sur la commande publique, une préférence et une intégration européennes et une logique d’exportation encadrée par des critères éthiques et démocratiques.

MS : Il est absurde d’exporter des armes qui ne peuvent que soutenir des guerres à l’extérieur de nos frontières quand elles ne sont pas utilisées contre nous, ce qui est toujours possible. L’Ukraine est un cas particulier dont on a parlé plus haut.

MT : La coopération doit se développer dans les domaines du renseignement, du spatial, des facilitateurs stratégiques, des nouvelles technologies militaires.

MS : La coopération se développe déjà dans ces différents domaines. Par contre au niveau de la lutte contre le réchauffement climatique, la chute de la biodiversité, les pollutions…, il y a une absence de coordination au niveau européen ou mondial. Le progrès technologique a dépassé ses limites, inutile d’avoir des armes encore plus sophistiquée ou d’aller sur Mars pour parer à la surpopulation terrestre. On doit se recentrer sur ce qui est vraiment utile et nécessaire.

MT : La France doit envisager l’extension de sa garantie de sécurité nucléaire de dernier recours sans partager la décision finale.

MS : Au niveau nucléaire, la France devrait ratifier le TIAN (Traité international interdisant les armes nucléaires) déjà en vigueur depuis janvier 2022. Il est amplement montré que la dissuasion nucléaire est une expression trompeuse, les Américains ont déjà montré qu’ils pouvaient utiliser des bombes nucléaires contre des civils et la Russie de Poutine a même menacé d’envoyer une bombe sur Paris. De toute façon le nucléaire n’a jamais empêché les guerres, il suffit de constater ce qui se passe aujourd’hui en Palestine, au Soudan, en Ukraine, et bientôt au Groenland ou à Taïwan !

MT : La France doit aussi conduire avec ses alliés un mouvement de désarmement global pour prévenir la prolifération des armes de destruction massive.

MS : Cette phrase de Marine Tondelier est ambigu, quelles sont les armes de destruction massive concernées : le fusil-mitrailleur ? le missile ? l’arme nucléaire ? Les inventions technologiques sont devenues de plus en plus destructrices, et ce sont les civils qui de nos jours comptent le plus de victimes. On peut abattre des immeubles et des personnes caché derrière un écran. La prolifération des armes ne s’arrêtera que quand les armées nationales disparaîtront. Normalement la recherche de la paix dans notre société mondialisée ne doit pas être fait par des armées nations particulières mais par les casque bleus de l’ONU, les soldats de la paix. Quand la France confiera ses forces armées à l’ONU, on aura fait un grand pas vers la paix mondiale. Les armes utilisées seront alors équivalentes à celles de la gendarmerie française. Une force d’interposition n’envoie pas des missiles, elle est garante de la paix internationale.

MT : La sécurité ne se limite pas au militaire : notre stratégie doit être indissociablement climatique, sociale et démocratique. Aucune politique de défense ne sera durable si elle se fait contre les services publics et la protection sociale.

MS : Quand on dit que la sécurité ne se limite pas au militaire, il faudrait ajouter que ce n’est pas un livret de survie qu’on doit distribuer à la population, mais lui donner la capacité de combattre l’injustice, toutes les injustices. En terme de défense, il faudrait donner priorité à la DCNV (défense civile non violente). Un module sur la question devrait obligatoirement être donné lors de la JDC (Journée Défense Citoyenneté, obligatoire pour tous les jeunes). Le président Macron a au contraire totalement militarisé cette journée depuis septembre 2025.

Pour conclure, les fondements de l’écologie politique reposent sur la non violence, lire ci-dessous. C’est ce que devrait rappeler en premier lieu la secrétaire nationale du parti« Les Écologistes » ».

La Charte des Verts mondiaux (Canberra, 2001)

« Nous déclarons notre engagement en faveur la non-violence et nous nous efforçons de créer une culture de paix et de coopération entre les États, au sein des sociétés et entre les individus pour en faire le fondement de la sécurité mondiale. Nous pensons que la sécurité ne doit pas reposer principalement sur la force militaire mais sur la coopération, sur un développement économique et social sain, sur la sécurité environnementale et le respect des droits de l’Homme. Conditions :

  • Une conception globale de sécurité mondiale qui donne la priorité aux aspects sociaux, économiques, écologiques, psychologiques et culturels d’un conflit, au lieu d’une conception fondée prioritairement sur les rapports de forces militaires ;
  • Un système mondial de la sécurité susceptible de prévenir, de gérer et de résoudre les conflits ;
  • L’élimination des causes de la guerre grâce à la compréhension et au respect des autres cultures, à l’éradication du racisme, à l’encouragement de la liberté et de la démocratie et à l’élimination de la pauvreté dans le monde ;
  • Un désarmement général et complet, notamment par des accords internationaux, afin de garantir une interdiction complète et définitive des armes nucléaires, biologiques et chimiques, des mines anti-personnel et des armes à l’uranium appauvri ;
  • Le renforcement de l’ONU en tant qu’organisation mondiale en charge de la gestion des conflits et du maintien de la paix ;
  • L’établissement d’un code de conduite rigoureux concernant les exportations d’armes à des pays où les droits de l’Homme sont bafoués. »….

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Guerre du pétrole, réalité et faux semblants

La part des produits pétroliers domine encore dans la consommation finale mondiale d’énergie (40 %). Nous sommes donc extrêmement dépendants et pourtant nos faisons comme si le litre d’essence (ressource non renouvelable) devait être similaire au prix du litre de lait entier (ressource renouvelable).

Jean-Baptiste Fressoz : En 2017, rendant visite au siège de la CIA, Donald Trump déclare que les Etats-Unis auraient dû « prendre le pétrole » irakien après l’invasion de 2003, ajoutant qu’« il y aurait peut-être une seconde chance ». Ce genre de déclaration relève de ce que Vitalis appelle « l’oilcraft ». Le terme n’est pas facile à traduire. Par analogie avec statecraft, l’art de gouverner, il désigne un ensemble de récits qui font du pétrole une source quasi magique de puissance politique. Malgré une occupation militaire prolongée, le pétrole irakien est demeuré une marchandise échangée sur le marché mondial, soumise à des logiques commerciales. Il est resté accessible, y compris, et même surtout, à des puissances rivales de Washington, comme la Chine…C’est cette leçon que Donald Trump refuse de tirer lorsqu’il affirme que les Etats-Unis auraient dû « prendre le pétrole » irakien – et qu’ils vont se rattraper sur celui du Venezuela. Le pétrole n’est pas une sorte de trésor souterrain que l’on peut « prendre » : il n’a de valeur que par l’investissement, par l’absence de substitut, par l’expertise des entreprises qui savent l’extraire, par l’intégration aux marchés – tout ce qui fait aujourd’hui défaut au Venezuela. Donald Trump n’est un qu’un croyant naïf. Le problème, c‘est qu’une mauvaise histoire dans un cerveau mégalomaniaque peut engendrer d’immenses désastres.

Michel Sourrouille : L’essentiel dans le discours de Jean-Baptiste, c’est que les conditions d’extraction du pétrole devient de plus en plus coûteuse et donc que le prix du baril doit augmenter. Plus c’est rare, plus c’est cher. Si l’offre est égale à la demande à un moment donné, avec des prix bas et relativement stable, c’est de la myopie. La constance du marché à ne pas envisager le long terme nous envoie dans le mur, une augmentation brutale du baril, un choc pétrolier suivie d’une crise internationale d’autant plus aigu qu’on commencera à envisager la fin du pétrole trop tard. Trump et son « drill, baby drill , n’est que les derniers gémissements des politiciens qui croient encore au miracle. Un système international cohérent ferait en sorte qu’on programme une augmentation constante du prix des carburants pour préparer la population à se passer de ressources fossiles dont on rappelle que leur combustion entraîne le réchauffement climatique. Sinon pétrole apocalypse !

Les commentaires sur lemonde.fr montrent qu’on regarde la réalité par le petit bout de la lorgnette, on occulte complètement ce qui conditionne notre avenir.

JeDubiteTuDubites : Ça doit faire partie du boulot du CNRS de produire des lignes publiées par Fressoz. Avec nos impôts bien sûr !

Makaevitch : Et si l’objectif de Trump était plutôt de contrôler des pays exportateurs de produits pétroliers vers la Chine ?

Oblomov : prix élevés sur le marché signifie prix élevés à la pompe pour l’électeur, et coûts plus élevé pour l’industrie utilisant de l’énergie à base de pétrole. Pas de quoi favoriser le succès de l’économie trumpienne.

LINDAKIEU : Le slogan de Obama est « Yes, we can » et il n’a rien foutu. La quasi-totalité des experts et médias mainstream ont prédit des échecs de Trump. Il a réussi deux fois à se faire élire.

Jacque P : le pétrole est la première source d’énergie mondiale, point. Et les conseillers économiques et politiques de Trump ne se trompent pas, croyez moi – surtout lorsqu’il s’agit de faire du profit, n’est-ce pas? Donc, oui, les USA ont investi le Venezuela pour ses ressources pétrolières.

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Octobre 1974, 50 ans déjà, le 1er choc pétrolier

extraits : Nos dirigeants ont la mémoire courte, ils font comme si le premier choc pétrolier n’avait pas eu lieu, ni les suivants. Ils restent croissancistes. Ils attendent donc le choc pétrolier ultime, celui qui fera en sorte que nous devrons agir dans l’urgence, de façon conflictuelle au niveau national (manifestations contre la hausse des prix) et international (conflits pour la répartition des ressources rares). Voici comme piqûre de rappel ce qui s’est passé en 1973-1974…

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Nobel de l’écologie, la mycologue Toby Kiers

Toby Kiers, une mycologue et biologiste de l’évolution américaine, agit sur tous les fronts pour attirer l’attention sur l’importance des interactions entre plantes et champignons et la nécessité de protéger cette biodiversité. Elle reçoit le Tyler Prize for Environmental Achievement, l’équivalent d’un prix Nobel de l’écologie.

Perrine Mouterde : Le 14 janvier, les champignons mycorhiziens, invisibles mais essentiels à la vie sur Terre, sont à l’honneur à l’occasion de l’annonce de l’attribution du Tyler Prize for Environmental Achievement, doté de 250 000 dollars, à Toby Kiers. Les relations symbiotiques entre les végétaux et les champignons, vieilles de centaines de millions d’années, sont fondamentales. Les plantes absorbent le carbone de l’atmosphère, puis le transforment en sucres et en lipides. Elles envoient ensuite ces nutriments aux champignons, qui en ont besoin pour survivre et étendre leurs réseaux. En échange, les champignons transmettent aux plantes du phosphore et de l’azote, indispensables à leur croissance. Toby Kiers avec le biophysicien Tom Shimizu parvient à donner à voir ce qui était jusqu’ici invisible. Les ressources échangées par les plantes et les champignons sont marquées à l’aide de nanoparticules, et un robot permet de cartographier en continu les réseaux d’échanges.

Souvent présenté comme le « Nobel de l’environnement », ce prix, créé en 1973 et administré par l’université de Californie du Sud, a récompensé des dizaines de personnalités telles que la primatologue britannique Jane Goodall ou le climatologue américain Michael Mann.

Le point de vue des écologistes mycorhiziens

sansay : Oui c’est bien, mais que fait le reste du monde pendant ce temps ? Ça brûle toujours plus de pétrole et même ça s’en va-t-en guerre pour en avoir plus. Il faudrait inventer un prix inverse du Nobel, un prix négatif, pour montrer du doigt tout les salauds qui continuent à détruire notre planète.

Mam : Si le gouvernement écoutait les scientifiques experts plutôt que les bourrins en tracteur, il ferait en sorte que le sol martyrisé par l’agriculture intensive redevienne vivant.

MirGar : Les réseaux mycorhiziens de la terre présentent des analogies dans leurs fonctions avec les réseaux sanguins des êtres vivants.

ti Gilou : Cela fait des années que je ne retourne plus mon potager avec des résultats certains. Je pensais que c’était du uniquement aux vers de terre. Je découvre l’action de ces champignons mycorhiziens

Jean-Claude Herrenschmidt: Un travail académique de plus qui permet de montrer l’action létale de l’industrie humaine sur le vivant. Celui-ci, s’est développé pendant des centaines de millions d’années dans un système d’inter-relations auto régulateur très élaboré et hypercomplexe. Chaque nouvel événement, « extérieur » à lui, a ainsi pu être intégré dans son fonctionnement. L’industrie humaine a déversé sur ce système une telle quantité et diversité d’évènements nouveaux en si peu de temps qu’il ne peut pas réagir avec efficacité. Débordé de toutes parts, il ne peut que périr. Une catastrophe prévisible ?

OnaEcO : Qu’en pensent les dirigeants de la Fnsea ou la coordination rurale pour qui la terre, le sol, n’est qu’une source de production agro-industrielle ?

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Écoblanchiment, verdissage, le prix Pinocchio

extraits : Un prix pour récompenser « le meilleur du pire ». Le prix Pinocchio 2020 vient d’être remis par Les Amis de la Terre et la Confédération paysanne à la multinationale Yara, fabricant norvégien d’engrais de synthèse. Cette récompense mal acquise distingue chaque année une entreprise pour son greenwashing, soit le décalage entre l’image vertueuse pour l’environnement qu’elle se donne et la réalité de ses actions.Yara vante ses services pour « une agriculture intelligente pour le climat ». Yara a dépensé plus de 11 millions d’euros depuis 2010 pour des activités de lobbying à l’échelle européenne. Les organisateurs des prix Pinocchio dénoncent « une agriculture basée sur l’utilisation intensive d’intrants chimiques, au détriment de la santé, des écosystèmes et du climat ». La multinationale a vu ses émissions de gaz à effet de serre augmenter de 20 % entre 2009 et 2017, la fabrication d’engrais chimiques nécessitant de l’hydrogène produit à partir d’énergies fossiles. Cette production est également responsables d’émissions de protoxyde d’azote, d’ammoniac et de pollutions de l’eau par les nitrates….

Les différents substituts au prix Nobel d’économie

extraits : Depuis 1989, le Prix Goldman rend chaque année hommage aux défenseurs de l’écologie issus des six régions du monde. Cette récompense individuelle est considérée comme « le prix Nobel de l’Écologie ». Voici quelques autres prix Nobel qui méritent d’avoir leur place au Panthéon de l’écologie….

N’oubliez pas les noms des héros de l’environnement (prix Goldman 2018)

extraits : Voici les Portraits de six héros de l’environnement primés le lundi 23 avril 2018. Pour l’Europe, Claire Nouvian (protectrice des fonds marins) ; Pour l’Afrique, Makoma Lekalakala et Liz McDaid (unies contre le nucléaire) ; Pour l’Amérique du Nord, LeeAnne Walters (un combat pour l’eau potable) ; Pour l’Amérique du Sud, Francia Marquez (la culture pour résister contre l’orpaillage illégal) ; Pour l’Asie, Khanh Nguy Thi (remplacer le charbon par une énergie verte) ; Manny Calonzo, Philippin (fini le plomb, place à la peinture responsable et durable)….

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Seule avec mon chat, pourquoi faire un gosse ?

Pour la première fois depuis la fin de la seconde guerre mondiale, indique le bilan démographique de l’Insee publié le 3 janvier 2025, le nombre de décès excède celui des naissances. La France affiche le nombre moyen d’enfants par femme le plus faible depuis la fin de la seconde guerre mondiale.

éditorial du MONDE : En France comme en Europe, la substitution progressive, depuis les années 1970, du « désir d’enfant » au « devoir d’enfant », qui, pendant des siècles, a conduit à désigner les femmes comme les seuls agents de la natalité, constitue un immense progrès, qui renforce les responsabilités parentales. On doit reconnaître la gravité des conséquences de la crise démographique. Du logement aux retraites, de l’éducation aux conditions de travail, de la protection sociale à la place de la France dans le monde, aucun domaine de l’action politique ne devrait être considéré indépendamment de l’enjeu démographique. (extraits)

Le point de vue des écologistes malthusiens

LaurentHBDE : Une fois les papys sous terre, les enfants auront la France pour eux, de l’immobilier disponible à bas prix, probablement moins de pollutions et des emplois enfin accessibles. Quelqu’un m’explique pourquoi je devrais paniquer ?

Luc de Noiolo : « Les plus de 65 ans seront bientôt plus nombreux que les moins de 20 ans » ; le taux de natalité « bien inférieur au seuil de renouvellement »; « gravité de la crise démographique »… Les éditoriaux du MONDE sur la situation démographique se suivent et se ressemblent : une liste de mauvaises nouvelles assénées d’un ton autant péremptoire que faussement neutre. Et bien sûr, toujours aucune mention d’un phénomène qui pourtant ne s’embarrasse aucunement du conditionnel : le Papy Crash, ou disparition naturelle des boomers: Stabilisation du nombre de retraités dès 2028-2029, diminution à partir de 2037-2038. Jusqu’à 2000 décès par jour, autant de pensions et de dépenses de santé en moins.

Forza : L’obstination d’avoir toujours plus de population pour faire vivre un modèle de croissance infinie, est une hérésie hors sol. Il faut le dire. C’est bien que la population baisse. Certes il faut trouver de quoi compenser, mais on va aussi moins dépenser !!! En tout cas, on ne peut pas continuer a se multiplier comme des lapins sur une planète qui crame…

Michel Sourrouille : Il est étonnant qu’on ne se soit jamais inquiété de la hausse de la population alors que la France a depuis longtemps dépassé la capacité de charge de son territoire… Maintenant on trouve épouvantable la baisse de fécondité alors que c’est une excellente nouvelle pour les voyageurs dans le métro et le nombre de loups en France !

Donc amis politiques, travaillez sur des scénarios de décroissance, c’est vital.

SBC1982 : Enfin ! Les humains n’étant pas indispensables sur cette petite planète, vivement qu’ils deviennent le moins nombreux possible. Arriver à zéro, c’est très bien.

La question complexe du désir d’enfant

Solène Cordier : Cette chute de la natalité, amorcée en 2011, traduit-elle une baisse du désir d’enfant  ? En vingt-cinq ans, le nombre d’enfants souhaités est en effet passé de 2,7 à 2,3 en moyenne. Dans la tranche d’âge des 25-39 ans, un âge-clé en matière de procréation, les intentions de fécondité sont en baisse dans toutes les catégories sociales, de genre et d’origine. Or, il existe un décalage entre le nombre d’enfants souhaités et le nombre d’enfants réels, moins élevé. Les incertitudes liées à l’avenir, d’ordre climatique, économique et politique, sont avancées. Émancipation des femmes et entrée massive de ces dernières dans le monde du travail, injonctions fortes pesant sur la parentalité, angoisse climatique, infertilité croissante, coût élevé du logement… Une foule de raisons peuvent peser sur la décision de procréer.

La psychanalyste Geneviève Delaisi de Parseval : « Depuis le Moyen Age, c’était le devoir d’enfant qui primait et écrasait le désir. Devoir vis-à-vis des parents des individus, vis-à-vis d’enfants aînés décédés, vis-à-vis de la société, vis-à-vis de l’espèce… ».

L’historienne Sylvie Chaperon : « Plus qu’un désir, on considérait que c’est la nature des femmes de mettre au monde des enfants ».

L’émergence du désir de maternité assumée en tout conscience renvoie à une période très récente. Avec deux dates importantes : 1956, la création de la Maternité heureuse, l’ancêtre du Planning familial, et la décennie 1970, qui se caractérise par la diffusion des méthodes de contraception et la légalisation de l’avortement.

Sur le plan des idées : La sortie en 1949 du Deuxième Sexe, livre de Simone de Beauvoir, est une date importante. Beauvoir affirme que les mauvaises mères existent et s’élève contre l’idée d’un instinct maternel. De nos jours, la parole des nullipares se libère. Dans des podcasts, des ouvrages, des comptes Instagram, le non-désir d’enfant est davantage assumé. Le phénomène prend racine dans une « volonté de sortir des diktats de la maternité ».

Zorglu : Ne faudrait-il pas inverser la question : plutôt que se demander pourquoi les gens veulent moins d’enfants, il serait intéressant de leur demander pourquoi ils en veulent ? On serait très étonné par les réponses. Les allocations familiales ? Donner un petit frère à la petite sœur ? Ma troisième femme en voulait un elle aussi !

Allons allons… : Un enfant ça coûte un pognon de dingue…

Fran56 : La perspective de se retrouver dans un régime d’extrême droite ne donne pas non plus très envie d’imposer ce naufrage à des enfants

testiflette : Même si elle a eu des enfants, elle termine « seule avec son chats ». En effet, les enfants, flexibilité de l’emploi oblige, ne vivent plus à proximité de leurs parents et les visitent seulement occasionnellement… quand ils ont le temps.

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Le pentobarbital bientôt en vente libre

Douze prévenus, âgés de 75 à 89 ans, membres de l’association qui milite pour la légalisation du suicide assisté, ont été déclarés coupables le 9 janvier 2026 d’avoir aidé illégalement des dizaines de personnes à se procurer du pentobarbital.

Pascale Robert-Diard : Une amende et des peines de trois à dix mois d’emprisonnement avec sursis ont été prononcées. Les juges relèvent que « ces militants ne sont pas médecins, n’ont aucun moyen défini de s’assurer que les accompagnés ont bien été informés de toutes les alternatives thérapeutiques possibles, voire assument à la barre qu’ils n’ont pas à connaître les pathologies des adhérents. » Les juges se montrent particulièrement sévères à l’égard de « l’extrémisme du positionnement » de trois membres historiques d’Ultime Liberté qui « ont assumé à la barre une philosophie de liberté de mettre fin à ses jours sans condition, notamment d’âge ou de maladie ». Mais la présidente du tribunal a tenu à rappeler qu’il n’est reproché ni « trafic » de pentobarbital, ni enrichissement personnel aux prévenus. « Ils n’ont agi que bénévolement, dans le cadre de leur engagement associatif ». Aucune personne ou famille d’une personne ayant profité de l’aide des prévenus ne s’est constituée partie civile.

Le point de vue des écologistes suicidaires

– On ne parle pas de l’amateurisme des décideurs français, incapables de pondre une loi décente sur le sujet, alors que des pays comme la Belgique ont statué il y a plus de… 20 ans !!!

– Les militants d’Ultime Liberté, avec leurs moyens et compétences limités mais animés d’une bienveillance indiscutable, m’ont été d’une aide précieuse ne serait-ce que sur le plan psychologique,

– Ils choisissent le suicide par pendaison, saut du haut d’un toit ou prise de pentobarbital. C’est leur choix. Alors qu’est ce que ça peut bien faire aux magistrats ?

– L’association « Ultime liberté » ne fait que pallier à l’incurie du gouvernement français, incapable d’admettre que les citoyens sont aptes à prendre la décision de quitter en toute conscience la vie.

– Le problème vient de tous ces « intermédiaires » (prêtres, médecins, législateurs…) qui refusent la liberté des autres pour défendre qui son pouvoir, qui son idéologie, qui son gagne pain. Les psychiatres sont les pires avec leur chantage « ils sont en souffrance donc leur décision n’est pas libre ».

– Le tribunal révèle involontairement que les principes religieux condamnant le suicide tiennent sa plume…

– Je suis scandalisé par l’attitude du corps médical en général sur ce sujet. Il n’est pas de leur autorité de savoir si quelqu’un veut mourir ou pas. Ils dépassent là leurs domaine professionnel.

Je soutiens la position que le tribunal qualifie pourtant d’ « extrémiste » : liberté totale de se suicider, quelles que soient les raisons, et droit à accéder à des produits permettant de le faire de façon sûre et indolore.

– « Aucune liberté ne devrait être retirée à celui qui ne nuit pas à autrui » (John Stuart Mill)

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Pour le suicide assisté en libre service

extraits : « J’ai aidé des personnes à se procurer à l’étranger du pentobarbital, le produit permettant de quitter la vie dignement. J’ai été mis en examen. Pourtant l’assistance au suicide est légale en France. D’abord pour des raisons de principe : le suicide n’étant pas un délit, l’assistance à un acte qui n’est pas un délit ne saurait en être un. C’est pourquoi les poursuites à ce sujet ont toujours recouru au subterfuge juridique d’un autre article du code pénal : celui qui punit la « non-assistance à personne en danger »…. (François Galichet)

Suicide mode d’emploi, de 1982 à 2023

extraits : Sous le titre  » Suicide, mode d’emploi « , le quotidien  » Libération  » du 21 février 1979 publiait un répertoire des six manières les plus courantes de se donner la mort. Il ne s‘agissait que d’un exercice de style qui n’apprenait pas grand-chose sur le plan de la technique des suicides, suffisamment connue et décrite au cinéma et dans la littérature. Notre article un peu plus explicite « Suicide mode d’emploi, voici les nouvelles recettes », a été publié le 5 juillet 2013. Il arrive encore aujourd’hui (en 2023) en troisième position de consultation (sur les 28 derniers jours). Question brûlante donc, recherche individuelle constante. Interdire ou non la pensée du suicide, le débat n’est pas neuf. Peut-on écrire sur le suicide sans risquer des sanctions. Peut-on légiférer sur le suicide sans risque d’attenter aux libertés individuelles….

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Bernard Arnault, académicien de pacotille

Ainsi va notre système sclérosé. Bernard Arnault, président-directeur général (PDG) du groupe Louis Vuitton-Moët Hennessy (LVMH), numéro un mondial du luxe, a été installé le 12 janvier 2025 à l’Académie des sciences morales et politiques. Son épée – élément du rituel codifié de l’Institut de France –, a été conçu pour la Fondation Louis Vuitton. L’habit vert a été réalisé par Dior, une des marques du groupe LVMH. Étaient présents parmi les invités le milliardaire Vincent Bolloré, le président d’honneur de Publicis, Maurice Lévy et Pharrell Williams, directeur artistique des collections homme de Louis Vuitton. Que du beau monde.

L’Académie est censée œuvrer dans le champ des sciences humaines et sociales. Elle constitue théoriquement un organe de réflexion interdisciplinaire. Sur l’enseignement des SES au lycée, elle écrivait pourtant dans un rapport (2008) : « La multidisciplinarité ne convient pas aux besoins de l’enseignement, particulièrement au niveau du lycée – pas plus qu’on ne saurait, par exemple, recommander la fusion des enseignements de chimie et de sciences de la vie au prétexte que les deux disciplines fournissent des visions complémentaires des phénomènes biochimiques … L’idée de ‘regards croisés’, mêlant des approches diverses et souvent divergentes, paraît dangereuse, dans la mesure où elle gêne l’acquisition de compétences spécifiques, et conduit naturellement à un relativisme néfaste. » Aucun membre de la section « morale et sociologie » n’avait été associé à ce rapport sur les SES (sciences économiques ET sociales) au lycée.

On ne connaît à cette Académie qu’une pensée profonde : en 2013, elle se positionne contre la légalisation du mariage pour tous. En résumé :

– Comment peut on concilier morale et optimisation fiscale ?

La production intellectuelle d’Arnault dans les domaines de l’académie est bien connue.

– Bientôt Sarko à l’Académie Française, Trump au Nobel et pour Dati la médaille Fields.

– Qu’on ne nous fasse pas croire que ce n’est pas une oligarchie / ploutocratie donc.

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Contre les pratiques culturelles actuelles

L’écologie impose de « faire moins ». Elle contredit ainsi la fonction symbolique d’une grande partie des pratiques culturelles. Organiser une fête sobre, ou tenter d’encadrer les prodigalités artistiques dans un régime de décroissance, revient à demander à ces moments d’exubérance maîtrisée de renoncer à leur propre logique.

Fabrice Raffin : L’écologie, telle qu’elle est mise en scène aujourd’hui, fonctionne souvent comme un discours de fin du monde : un récit eschatologique où tout serait sur le point de basculer, et où chacun devrait apprendre à se restreindre avant qu’il ne soit trop tard. On demande alors au secteur culturel de s’y conformer. Mais les effervescences collectives ne sont pas des détails. Elles activent un ressort anthropologique essentiel, existentiel : la dépense collective. On la retrouve dans la dépense ostentatoire et l’exubérance ritualisée qui suspend brièvement l’ordre du quotidien. Les célébrations somptuaires, la grande fête rassurent parce qu’elles donnent l’impression que, malgré les crises, il reste un surplus de vie. L’art ouvre des espaces symboliques et imaginaires où la limite semble temporairement neutralisée.

D’où la contradiction structurelle dans laquelle se débattent aujourd’hui les acteurs culturels : ils annoncent vouloir réduire les déplacements, mais dépendent de la circulation des artistes ; ils prônent la sobriété, mais l’économie de l’événementiel valorise la démesure ; ils parlent de relocalisation, tout en restant pris dans des infrastructures globalisées. La difficulté actuelle du secteur culturel ne vient donc pas d’un manque de volonté, mais de la collision entre deux récits incompatibles : celui de l’écologie, qui impose la limite, et celui des réjouissances culturelles, qui reposent encore sur la démonstration d’une abondance possible.

Tant que l’écologie n’est pas ressentie comme une urgence vécue, il est illusoire d’espérer un renoncement profond à des modes d’existence occidentaux dans le confort matériel.

Le point de vue des écologistes qui jouent au piano chez eux

– Cette tribune est très juste. Elle revient à dire plus prosaïquement : l’écologie c’est triste, emmerdant et inhumain. Mais l’art pour l’art, c’est fantastique.

– L’art n’est que l’expression de son époque, et la nôtre qui est particulièrement dénuée de grandeur, d’idéal et d’absolu, ne peut plus que consoler son vide dans l’opulence et l’excès de consommation, qui ne sont que des illusions.

– La culture depuis les années 80 avec ses gigantesques animations est faite pour des peuples convertis en ultra-consommateurs.

– Le cinéma, le théâtre, les salle de spectacles… sont des lieux où il faut aller avec émissions de gaz à effet de serre.

Où est la culture qui permet d’appréhender l’avenir avec une conscience plus éclairée ?

– Une attitude « culturelle écologique » consisterait à ne pas écouter le discours consumériste du genre  » un spectacle à ne pas manquer » , un « must », « ne ratez surtout pas… »,

– Oui l’écologie remet les limites au centre de nos préoccupations. La fête est finie ..…

– La baisse du niveau de vie qui va avec la fin du pétrole fera en sorte que l’argent n’ira pas à la culture payante.

– Une porte de sortie, c’est de faire la promotion d’activités culturelles locales.

– Après tout, faire partie d’une chorale locale est encore plus agréable que de s’agglutiner dans une salle de spectacle.

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Décroissance culturelle, l’art de l’essentiel

extraits : Les artistes qui vivent de l’air ambiant préfèrent amuser ou épater la galerie plutôt que d’aborder les véritables problèmes de fond, anxiogènes. La vie culturelle semble se dérouler en dehors de la réalité environnementale. Rentrée littéraire après rentrée littéraire, l’écologie est absente des centaines de nouveaux romans publiés et des préoccupations des écrivains. En art contemporain, les artistes les plus plébiscités ne s’inscrivent pas dans une démarche écologique. Rares sont les films, en dehors des documentaires, qui intègrent l’écologie comme thématique. Les séries télévisées sont encore plus loin du sujet. La chanson française est peu inspirée par les changements du climat et des écosystèmes…

Nous nous réveillerons seulement quand les soubresauts de la planète menaceront de nous ensevelir. A ce moment-là l’art et la culture seront remplacés par des stages de survie et/ou de jardinage !

Contre les pratiques culturelles actuelles Lire la suite »

ONG humanitaires et recherche de la paix

Le pouvoir israélien a confirmé le 1er janvier 202, l’interdiction de l’entrée de 37 organisations humanitaires à Gaza dont Médecins sans frontières, Save the Children, CARE, Oxfam, Médecins du Monde, Handicap International… Il faut ajouter la suppression décidée par Donald Trump en 2025 de plus de 90 % des financements de l’Usaid, la puissante agence américaine d’aide humanitaire dans le monde, et l’arrêt des financements américains à plusieurs agences onusiennes, dont l’UNRWA (agence créée par l’ONU en 1949 pour le secours des réfugiés palestiniens). Ainsi, à Gaza et ailleurs, le soin humanitaire est tombé de son piédestal, et c’est une chute brutale.

Michel Agier : Les années 1990 ont été marquées par le déploiement à l’échelle planétaire des grandes organisations non gouvernementales (ONG). Ce fut le cas d’Oxfam International, en 1995, de l’alliance internationale Save the Children, en 1997, du mouvement international MSF, en 1990, ou encore du réseau Action contre la faim international, en 1995. Ces mouvements ont incarné un élan compassionnel. En même temps, l’affaire est devenue trop juteuse pour la laisser aux mains de jeunes rêveurs déterminés par leurs seuls élans humanistes. Un caractère plus entrepreneurial que militant s’est progressivement développé dans la culture professionnelle des ONG, un capitalisme de catastrophe est à l’œuvre. Aujourd’hui elles sont explicitement désavouées par les gouvernants d’extrême droite des dites « démocraties occidentales » (extratis)

NB : Cet article n’est pas ouvert aux commentaires sur lemonde.fr, ce qui montre l’inflammabilité du débat.

Le point de vue des écologistes radicaux

Radical veut dire « qui vise à agir sur la cause profonde de ce que l’on veut modifier ». Autant dire que les ONG humanitaires soignent les symptômes, mais laissent intactes les causes de la violence contre les personnes. Un emplâtre sur une jambe de bois.

Filipe Ribeiro, chef de mission de Médecins sans frontières à Jérusalem : « Nous ne faisons que décrire ce que nous voyons, à savoir une destruction systématique, un génocide contre la population de Gaza, et l’impossibilité, ou en tout cas les difficultés énormes, de faire entrer le matériel nécessaire pour que les gens puissent survivre dans l’enclave. »

Filippo Grandi, Haut-commissaire des Nations unies pour les réfugiés : « Le HCR a les mêmes fonds cette année qu’en 2015, alors que le nombre de réfugiés a presque doublé pour s’établir à 117 millions, du fait notamment des crises en Ukraine, au Soudan, au Venezuela. La contribution de la France est passée de 120 millions d’euros en 2024 à 50 millions en 2025.L’Europe contribue moins elle aussi. C’est un désengagement inédit. Nous vivons dans un monde incapable de faire la paix. Le Conseil de sécurité créé après la seconde guerre mondiale est un organisme devenu inutile. Il ne trouve presque jamais de consensus, même sur des questions humanitaires. »

Le problème, c’est qu’il y a une multitude d’associations humanitaires, mais presque aucune qui fasse pression sur les pouvoirs publics pour éliminer les causes des conflits. Le problème, c’est que si des associations humanitaires se mettent à critiquer les pouvoirs en place, on ne leur donne plus le droit d’agir.

La solution se trouve dans l’action politique, au niveau des gouvernements. L’institution chargé de faire la paix dans le monde existe, elle s’appelle l’Organisation des Nations unies. Cet objectif est intégré dans la Charte de l’ONU  : « Nous, Peuples des Nations Unies, résolus à préserver les générations futures du fléau de la guerre qui deux fois en l’espace d’une vie humaine a infligé à l’humanité d’indicibles souffrances. » Cette Charte stipule que les États doivent résoudre leurs différends de manière pacifique et s’abstenir d’utiliser la force. La force de l’ONU dépend  du militantisme non-violent de chacun.

Militez au sein des organisations pacifistes

Alternatives non violentes (revue) : https://www.alternatives-non-violentes.org/

Mouvement pour une alternative non violente (MAN) : https://nonviolence.fr/

Campagne internationale pour abolir les armes nucléaires : https://icanfrance.org/

Union pacifiste : https://www.unionpacifiste.org/

Mouvement de la paix : https://www.mvtpaix.org/wordpress/lemouvementdelapaix/

Organisation mondiale pour la paix : https://www.wofp.org/fr/inicio.htm

Actions pour un monde pacifique (ONU) : https://www.un.org/fr/actnow/ten-actions-peaceful-world

ICNC, International Center on Nonviolent Conflict : https://www.nonviolent-conflict.org/

Ne donnez pas votre voix aux élections pour des personnes qui n’envisagent pas les moyens de faire de notre monde un monde de paix et de sérénité collective.

 

 

 

 

 

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Accès à l’énergie et guerres du pétrole

Donald Trump revendique haut et fort le sale petit secret au cœur de la géostratégie américaine depuis un demi-siècle : il n’y a pas de puissance sans contrôle de l’accès à l’énergie.

Ce secret de Polichinelle, l’Europe doit le regarder à nouveau bien en face. Les sources d’hydrocarbures de la mer du Nord ont commencé à se tarir il y a un quart de siècle. Pour échapper à la tenaille des deux « superpuissances » énergétiques que sont la Russie et les Etats-Unis, l’UE doit miser avec lucidité sur ses faibles sources domestiques d’énergie, renouvelables et nucléaire.

Matthieu Auzanneau : En 1970, les sources vieillissantes de pétrole conventionnel des Etats-Uni entrent en déclin. L’amorce de ce double tarissement de l’or noir classique sur le continent américain sur-détermine les chocs pétroliers de 1973 et 1979. Il coïncide aussi avec l’investissement cauchemardesque de la puissance américaine autour du golfe Persique, depuis la longue guerre Iran-Irak (autorisation du recours de l’Irak à l’arme chimique, « Irangate »…) jusqu’à l’invasion de l’Irak en 2003. L’ex-gouverneur de la Fed [la Banque centrale américaine] Alan Greenspan, affirmait : « Le pétrole est le seul mobile de la guerre d’Irak. » Le déclin du pétrole conventionnel n’a pas cessé de se poursuivre. Confrontée à ce phénomène naturel, l’industrie américaine cherche à partir des années 1980 à développer les sources non conventionnelles. On vise alors les pétroles lourds du Canada et du Venezuela. Exploiter ces bruts visqueux demande des investissements importants pour les traiter. La plupart des raffineries des Etats-Unis s’équipent alors pour traiter en particulier le brut « extra-lourd » vénézuélien, plus intéressant économiquement que les sables bitumineux canadiens.

En 1999, la prise de pouvoir du socialiste Hugo Chavez bouleverse ce plan de sauvegarde de l’industrie pétrolière américaine. Sur le continent américain, du Canada à l’Argentine, 40 % de la production mondiale de brut est à la portée de l’influence de Washington. En procrastinant sur ses objectifs climatiques de décarbonation, l’Europe, première importatrice mondiale de pétrole à égalité avec la Chine, s’est d’elle-même placée dans une position géostratégique terriblement vulnérable.

Le point de vue de Michel Sourrouille

Je supplie les partis politiques, et particulièrement les partis écolos, de prendre en compte notre situation de « guerres du pétrole ». Dans le livre de Matthieu Auzanneau et Hortense Chauvin « Pétrole, le déclin est proche », le pic pétrolier global « surviendra probablement durant la décennie 2020. Une chose est certaine, le pic de production du pétrole dit conventionnel – ou à bas prix – est déjà loin derrière nous, depuis 2008. »

Le réchauffement climatique a occulté la réalité du pic pétrolier, mais cela fait une double menace qui pèse sur notre mode de vie futur. L’Union européenne est presque totalement dépendante de l’importation de ressources fossiles. La boulimie énergétique des USA accroît la concurrence sur ces ressources

J’avais organisé un colloque à l’Assemblée nationale le 25 janvier 2011 : « Pic pétrolier, quelles conséquences politiques pour 2012 ». A la tribune entre autres Yves Cochet, Jean-Marc Jancovici, Matthieu Auzanneau… devant un large public et plusieurs députés.

JM Jancovici ce jour-là (extraits) : « L’idée qu’on va pouvoir trouver des substituts à l’énergie fossile ou à l’uranium, c’est une chimère, ça n’existera pas. Aujourd’hui, pour faire un baril jour de pétrole conventionnel, il faut mettre sur la table 20 000 dollars de coût en capital. Pour les hydrocarbures non conventionnels, coal to liquids ou sables bitumineux, il faut 200 000 dollars. Dix fois plus de capital nécessaire, le coût en capital du déplacement des ressources fossiles représente des sommes astronomiques. Il faut donc investir massivement dans les économies d’énergie sinon le problème social sera dramatique…. »

Dès 2005, Yves Cochet pouvait parler de pétrole-apocalypse : « La hausse du cours des hydrocarbures ne sera pas un simple choc pétrolier, ce sera la fin du monde tel que nous le  connaissons… Dans les pays industrialisés, l’alimentation du consommateur est le dernier maillon d’une chaîne agroalimentaire dominée par la délocalisation et la désaisonnalisé… Suite au pic pétrolier, les pays importateurs souffriront de pénurie, ce qui les entraînera vers l’effondrement économique et social. Où aller pour trouver à boire et à manger ? Nous n’avons plus de parents fermiers à la campagne chez lesquels nous réfugier comme nous l’avons fait au cours de la débâcle de 1940. Nous n’avons plus un ailleurs inexploré comme l’avaient jadis quelques hordes, émigrant massivement lorsque la pression démographique sur le territoire traditionnel dépassait sa capacité de charge écologique. Que nous restera-t-il hormis la violence ? Il n’existe qu’une demi-solution : la sobriété immédiate… »

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Le réchauffement climatique a occulté le pic pétrolier

extraits : Nous sommes une société où l’information chasse la précédente, donc plus aucun événement n’a d’importance. Un jour on nous parle de la fonte des glaciers, c’est abominable, le lendemain de la mort de Johnny Hallyday, c’est atterrant, le surlendemain de l’extinction de la biodiversité, c’est catastrophique, et de temps en temps on s’immobilise médiatiquement sur des événements anodins… quand il n’y a pas un attentat terroriste. Autant dire que le pic pétrolier est derrière nous, on a déjà oublié que les ressources fossiles ne sont pas renouvelables. Misère, misère, trop d’informations tue l’information, tu l’intelligence, tue notre capacité à envisager l’avenir. Seuls quelques spécialistes de l’énergie lancent en vain un cri d’alarme par rapport à notre addiction à la merde du diable….

Lire, « Pétrole-apocalypse «  d’Yves Cochet

http://biosphere.ouvaton.org/de-2005-a-2008/1119-2005-petrole-apocalypse-dyves-cochet

Sur ce blog biosphere, nous sonnons le tocsin depuis longtemps :

16 mars 2016, BIOSPHERE-INFO, bientôt la crise pétrolière ultime

23 avril 2014, Le PIB va s’effondrer avec le prochain choc pétrolier

31 mars 2013, transition énergétique : rien sur le pic pétrolier !!!

10 décembre 2012, Pic pétrolier : l’alerte ignorée d’un expert du FMI

25 février 2012, campagne présidentielle française et déni du pic pétrolier

6 février 2012, pic pétrolier, pic de la mondialisation, pic de notre civilisation

16 février 2011, le pic pétrolier vu par les politiciens

15 février 2011, le pic pétrolier vu par Yves Cochet

14 février 2011, le pic pétrolier vu par JM Jancovici

13 février 2011, le pic pétrolier vu par Bernard Durand

30 décembre 2010, Crise ultime et pic pétrolier

4 décembre 2010, tout savoir sur le pic pétrolier

25 novembre 2010, pic pétrolier, le commencement de la fin

6 novembre 2010, après le pic pétrolier, le pic charbonnier !

12 août 2010, la date du pic pétrolier

19 avril 2008, pic pétrolier (USA, Russie, etc.)

Il n’y a pire aveugle que celui qui ne veut pas voir…

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L’impérialisme fou de Trump le cinglé

Jusqu’où ira Donald Trump ? C’est la question que chacun est en droit de se poser après l’attaque spectaculaire menée au Venezuela et l’enlèvement de son dirigeant, Nicolas Maduro. En affirmant sa volonté de profiter des quelque 30 milliards de barils de réserve d’or noir du Venezuela, Donald Trump assume de mettre la superpuissance militaire américaine au service de son idéologie « L’Amérique d’abord ». Ce pays, qui s’est fondé sur le génocide des autochtones et la spoliation des terres et des ressources revient à ses fondamentaux.

Le président Donald Trump piétine un droit international déjà bien mal en point, ainsi que le rôle constitutionnel du Congrès américain et tout ce que les Etats-Unis comptent comme alliés. Rien ne permet d’affirmer que le milliardaire s’arrêtera là. Au contrôle d’un Etat souverain revendiqué par les Etats-Unis s’ajoutent désormais les menaces plus ou moins explicites visant l’Iran, la Colombie et Cuba, sans compter les velléités d’annexion du Groenland, territoire appartenant au Danemark, pays membre de l’OTAN. Aucun président américain n’a jamais déployé autant d’énergie pour affaiblir l’influence des États-Unis dans le monde en croyant le contraire.

Nous relatons les errements de Donald Trump et ses conséquences depuis ce début d’année 2026 en tenant à jour cette chronique.

3 janvier 2026. Donald Trump fait bombarder le Venezuela. Dans la foulée Donald Trump déclare dans un message publié sur son réseau, Truth Social : « Les Etats-Unis d’Amérique ont mené avec succès une frappe d’envergure contre le Venezuela et son dirigeant (Nicolas Maduro), qui a été capturé avec son épouse, et exfiltré du pays ».

– Le vice-président américain, J. D. Vance, explique que « le président [Donald Trump] a proposé à plusieurs reprises des voies de sortie, mais il a été très clair tout au long de ce processus : le trafic de drogue doit cesser et le pétrole volé doit être restitué aux Etats-Unis.

– Le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva : « Les bombardements sur le territoire vénézuélien et la capture de son président franchissent une ligne inacceptable. Attaquer des pays, en violation flagrante du droit international, est le premier pas vers un monde de violence, de chaos et d’instabilité, où la loi du plus fort l’emporte sur le multilatéralisme. »

– Jean-Noël Barrot, ministre français des affaires étrangères, a dénoncé « une atteinte grave à [la] dignité et [au] droit à l’autodétermination » du peuple vénézuélien, « la France rappelle qu’aucune solution politique durable ne saurait être imposée de l’extérieur et que les peuples souverains décident seuls de leur avenir ».

3 janvier 2026. Trump s’exprime publiquement à 17h42 heure française :
« A ma demande, les forces armées américaines ont conduit une opération militaire extraordinaire dans la capitale du Venezuela, un assaut comme on en n’avait pas vu depuis la Seconde Guerre mondiale pour confronter à la justice le dictateur hors-la-loi Nicolas Maduro. Nous allons diriger le pays jusqu’à ce que nous puissions assurer une transition sûre, appropriée et judicieuse. Nous ne pouvons pas prendre le risque qu’un autre s’empare du Venezuela qui ne souhaiterait pas le bien du peuple vénézuélien. Nous allons faire intervenir nos très grandes compagnies pétrolières américaines, les plus importantes au monde, qui vont investir des milliards de dollars pour réparer les infrastructures gravement endommagées, partager les ressources pétrolières et commencer à générer des revenus pour le pays »

– Le mot pétrole a été prononcé pas moins de 20 fois lors de la conférence de presse de Donald. « Nous allons leur vendre le pétrole » a-t-il asséné, dans une formule qui montre qu’il considère désormais les réserves en hydrocarbure à l’étranger comme les siennes. Que les Etats-Unis aient été mis dehors lors de la nationalisation par Hugo Chavez des réserves pétrolières n’est pas un vol, mais le droit absolu d’un État souverain.

– Dans les premières prises de parole, les officiels américains ont insisté sur le fait qu’il s’agissait d’une intervention ciblée contre un individu (Nicolas Maduro) soupçonné de trafic de drogue, menée par des officiers judiciaires protégés par les forces spéciales de l’armée, et non d’une intervention militaire contre le dirigeant d’un autre pays, ce qui reviendrait à une déclaration de guerre. Aux Etats-Unis, le pouvoir de déclarer une guerre revient au Congrès, qui n’a pas été consulté en la matière.

– Ce qui vient d’être commis est du même acabit que l’attaque de l’Ukraine par Poutine, un acte contraire au droit international. Avec le non respect de la Charte des Nations Unies par deux pays qui sont membres du Conseil de Sécurité, les bornes sont franchies, il n’y a plus de limites. Ceci montre que l’extrême droite nationaliste au pouvoir c’est toujours la trahison des idéaux. Trump, Poutine appartiennent à la catégorie des dictateurs fauteurs de guerre, fouteurs de merde et maîtres en pillage.

– L’opération militaire coup de poing est certes une réussite, les soldats font la seule chose qu’ils savent faire, obéir et frapper. Mais gérer un pays de 28,5 millions d’habitant est une autre paire de manche. Des troupes américaines au sol vont être considérés comme des envahisseurs. Une élection au Venezuela sous contrôle américain est une gageure. Une telle méconnaissance des réalités d’un pays riche en pétrole mais socialement et économiquement à la dérive est ahurissante. Cela montre que Trump ne prend pas conseil auprès de personne compétentes au niveau géopolitique.

3 janvier 2026. « Nous n’avons pas peur d’envoyer des troupes sur le terrain si besoin », a déclaré Donald Trump en réponse à une question sur la manière dont les Etats-Unis comptaient désormais gouverner le Venezuela. Avant de poursuivre : « Le Venezuela va être géré avec beaucoup de discernement et d’équité. Et ça va rapporter beaucoup d’argent. On va donner de l’argent aux gens, on va rembourser ceux qui ont été lésés. On va prendre soin de tout le monde. On ne pouvait pas les laisser faire. Vous savez, ils ont volé notre pétrole. On a construit toute cette industrie là-bas, et ils nous l’ont prise comme si on n’était rien. »

– La Charte des Nations unies, qui forge les relations entre Etats depuis quatre-vingts ans, demande à ses membres (193 aujourd’hui) dans leurs relations internationales. » de recourir à la menace ou à l’emploi de la force contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique de tout Etat ». La charte prévoit des exceptions : pour être légale, une intervention doit être validée par le Conseil de sécurité des Nations unies ou doit relever de la légitime défense. Ce qui, dans la situation présente, n’est pas le cas. La procédure pénale enclenchée aux Etats-Unis contre M. Maduro pour justifier l’intervention ne confère aucun titre juridique autorisant l’exercice d’une contrainte armée sur le territoire d’un Etat souverain.

– Déclaration conjointe de l’Espagne, du Brésil, du Chili, de la Colombie, du Mexique et de l’Uruguay concernant les événements au Venezuela : « Nous exprimons notre préoccupation face à toute tentative de contrôle, d’administration ou d’appropriation extérieure par un gouvernement de ressources naturelles ou stratégiques, qui est incompatible avec le droit international et menace la stabilité politique, économique et sociale de la région. »

– Les Etats-Unis risquent de se retrouver avec une situation locale compliquée à gérer, dans un pays où la Chine et la Russie ont des intérêts.

– Trump vient de légitimer l’envahissement prochain de Taïwan par la Chine. En une seule année, et même s’il perd les midterms (élections de mi-mandat), il aura semé les graines de conflits majeurs à travers le monde. Ce personnage est le chaos incarné. Vraiment, ce n’est pas un cadeau que les Américains se sont faits et ont fait au monde…

– Donald Trump est déjà bien embêté pour déterminer qui devrait avoir le pouvoir au Venezuela. Il a rejeté sèchement toute possibilité d’une accession au pouvoir de la cheffe de l’opposition vénézuélienne et Prix Nobel de la paix, Maria Corina Machado. Il a affirmé que la vice-présidente du Venezuela, Delcy Rodriguez, avait dit au secrétaire d’Etat américain Marco Rubio être prête à coopérer avec les Etats-Unis. Celle-ci a cependant déclaré dans la soirée que Nicolas Maduro était « l’unique président du Venezuela ».
On souhaite à Trump bien des mésaventures pour diriger à distance un pays ingouvernable où les yankees ne sont pas les bienvenus. « Yankees go home » va bientôt être sur toutes les lèvres en Amérique du Sud.

– L’une des mesures entérinées dès le 3 janvier 2026 par le régime vénézuélien a été la déclaration d’un décret d’estado de conmocion exterior, sorte d’état d’urgence qui octroie des pouvoirs élargis au chef de l’État face à la menace d’une « agression de l’empire américain ». Il ordonne notamment la recherche et l’arrestation de « toute personne impliquée dans la promotion ou l’attaque de l’armée des Etats-Unis ».

– En 2003, les États-Unis de George W. Bush avaient envahi l’Irak sans mandat international mais après le vote d’une autorisation d’usage de la force par les élus du Congrès. Ce précédent rappelle ce que peuvent provoquer des interventions brutales, dépourvues de légitimité internationale, dans des pays fragilisés par un pouvoir autoritaire. Il faut être armé d’un solide optimisme pour imaginer qu’une administration à ce point aveuglée par l’idéologie impérialiste et l’esprit de rapine s’est préparée à toutes les éventualités au Venezuela.

– Si le précédent de Caracas fait école, ceux qui veulent trouver des vertus au marteau américain, en négligeant ses périls, regretteront amèrement leur complaisance lorsque leurs propres intérêts seront à leur tour et tout aussi arbitrairement réduits en poussière.

– Donald Trump accuse Nicolas Maduro de diriger le prétendu cartel vénézuélien de Los Soles, mais il a dans le même temps gracié et libéré l’ancien président hondurien Juan Orlando Hernandez (2014-2022), pourtant condamné aux Etats-Unis à quarante-cinq ans de prison pour trafic de drogue.

– Kamala Harris, l’ancienne candidate démocrate à la présidentielle : « Nous avons déjà vu ce scénario. Des guerres pour un changement de régime ou pour le pétrole, présentées comme des démonstrations de force, se transforment en chaos, et les familles américaines en paient le prix. »

– Malgré une production domestique importante, les USA sont importateurs de pétrole. Le pétrole brut raffiné aux USA provient seulement à 60 % de la production nationale. Pour le reste 25 % vient du Canada, 3 % du Mexique pour 3 % et 12 % du reste du monde. Le rebond de la production grâce au “pétrole de schiste” est majeur, mais n’a pas permis de rendre le pays autosuffisant. Et ce pétrole non conventionnel est beaucoup trop coûteux à extraire pour être rentable.Les Américains consomment actuellement 20 % environ du pétrole mondial à eux tout seuls. Ajoutons que la population américaine de 348 millions d’habitants ne représente que 4,2 % de la population mondiale.

– Réduire la situation vénézuélienne à une opposition morale (« dictature » vs « démocratie ») occulte l’essentiel : la centralité du pétrole dans les rapports de force actuels.

– « Récemment, Trump a avancé un autre prétexte pour justifier son action. Il a écrit sur les réseaux sociaux qu’il souhaitait que le Venezuela restitue “aux Etats-Unis d’Amérique tout le pétrole, les terres et autres biens qu’ils nous ont volés” … C’est un mensonge : le Venezuela a nationalisé ses champs pétrolifères en 1976, mais de nombreux autres pays ont fait de même, notamment l’Arabie saoudite avec la Russie… Cela laisse penser que l’objectif de Trump n’est pas d’apporter la liberté au Venezuela, mais plutôt d’obtenir l’accès à ses réserves de pétrole, les plus importantes au monde. » (Washington Post) 

– « Le Venezuela semble être devenu le premier pays victime de cet impérialisme des temps modernes, et cela représente une conception dangereuse et illégale de la place des Etats-Unis dans le monde » (New York Times)

– La question écologique n’est donc pas seulement qui gouverne le Venezuela, mais pourquoi le pétrole reste un levier de domination mondiale. C’est cette dépendance énergétique, et non tel ou tel dirigeant, qui rend ces situations récurrentes. Si l’écologie politique veut être cohérente, elle doit dénoncer la logique d’appropriation des ressources fossiles ; appeler que la sortie des hydrocarbures est aussi une condition de paix durable ; refuser de servir de caution morale à des stratégies énergétiques déguisées.

4 janvier 2026. Donald Trump a réaffirmé, son souhait de voir le Groenland passer sous la coupe américaine, après que la première ministre danoise a exhorté les Etats-Unis à « cesser [les] menaces » d’annexer le territoire ce week-end. « Nous avons besoin du Groenland du point de vue de la sécurité nationale, et le Danemark ne sera pas en mesure de s’en occuper », a déclaré le président américain aux journalistes à bord d’Air Force One. « Nous nous occuperons du Groenland dans environ deux mois… parlons du Groenland dans vingt jours »

– Ils sont de plus en plus cinglés. Donald Trump et son équipe « discutent de plusieurs options » pour obtenir le Groenland, « et bien sûr utiliser l’armée américaine est toujours une option à la disposition » du président, a déclaré, mardi 6 janvier 2026, sa porte-parole, Karoline Leavitt.Le président américain « a fait savoir clairement qu’acquérir le Groenland était une priorité de sécurité nationale pour les Etats-Unis, et c’est vital pour tenir en respect nos adversaires dans la région arctique », a-t-elle fait savoir.

La première ministre danoise a exhorté les Etats-Unis à « cesser [les] menaces » d’annexer le territoire ce week-end. « Nous avons besoin du Groenland du point de vue de la sécurité nationale, et le Danemark ne sera pas en mesure de s’en occuper », a déclaré le président américain aux journalistes à bord d’Air Force One. « Nous nous occuperons du Groenland dans environ deux mois… parlons du Groenland dans vingt jours »

– Plusieurs membres de la Chambre des représentants, dont certains issus des rangs républicains, ont exprimé leur désaccord face à la prédation d’un territoire associé à l’Union européenne et à l’OTAN, le tout sans l’accord de ses habitants, les Groenlandais.

5 janvier 2026. Après l’opération militaire américaine au Venezuela, le Conseil de sécurité s’est réuni en urgence à New York. En dépit de quelques critiques, le conseil ne s’est pas prononcé clairement sur la légalité ou pas de l’enlèvement du président vénézuélien par Washington, laissant présager qu’après l’invasion de l’Ukraine ou la guerre menée à Gaza par Israël, cet épisode vénézuélien pourrait bien être un troisième clou dans le cercueil du multilatéralisme et du droit international. L’ambassadeur américain, Mike Waltz, a surtout martelé qu’il était « inacceptable que les plus grandes réserves d’énergie du monde continuent d’être sous le contrôle d’adversaires des Etats-Unis ».

Nous sommes clairement face à une guerre du pétrole où le plus gourmand en énergie fossile, les USA (20 % des la consommation pour 4 % de la population mondiale) en veut toujours plus alors qu’ils sont déjà gros émetteurs de gaz à effet de serre.

– Pour la première fois, un président américain revendique ouvertement le fait d’avoir tenu le Congrès à l’écart, non par nécessité stratégique ou par urgence, mais par mépris, par crainte de « fuites » venant du Capitole. Il y a une ironie tragique à voir Donald Trump se poser en libérateur du Venezuela, alors même qu’il a évincé et humilié son propre Congrès à deux reprises, y compris après l’assaut meurtrier du Capitole, le 6 janvier 2021. Nicolas Maduro, de son côté, a lui aussi méprisé son Parlement, contraignant Juan Guaido, son dernier président légalement élu, à l’exil. Le parallèle est cruel : celui qui se prétend champion de la liberté ailleurs pratique chez lui une concentration des pouvoirs que Montesquieu aurait qualifiée de despotique. Montesquieu avait anticipé ce danger dans De l’esprit des lois (1748) : « Lorsque, dans la même personne ou dans le même corps de magistrature, la puissance législative est réunie à la puissance exécutrice, il n’y a point de liberté. »

– Déclaration de Jeffrey D. Sachs au Conseil de sécurité de l’ONU concernant l’agression étasunienne contre le Venezuela : « La question soumise au Conseil est de savoir si un État membre a le droit, par la force, la coercition ou l’étranglement économique, de déterminer l’avenir politique du Venezuela ou d’exercer un contrôle sur ses affaires. Au cours de l’année écoulée, les États-Unis ont mené des opérations de bombardement dans sept pays, sans autorisation du Conseil de sécurité ni au titre de la légitime défense au sens de la Charte. Parmi les pays visés figuraient l’Iran, l’Irak, le Nigeria, la Somalie, la Syrie, le Yémen et, désormais, le Venezuela. Au cours du mois écoulé, le président Trump a proféré des menaces directes contre au moins six États membres de l’ONU, dont la Colombie, le Danemark, l’Iran, le Mexique, le Nigeria et, bien sûr, le Venezuela. …L’anarchie internationale mène à la tragédie… Selon la Charte, l’ONU a été créée « pour préserver les générations futures du fléau de la guerre, qui, à deux reprises au cours de notre vie, a causé d’innombrables souffrances à l’humanité…». (extraits)

https://www.pressenza.com/fr/2026/01/declaration-de-jeffrey-d-sachs-au-conseil-de-securite-de-lonu-concernant-lagression-etasunienne-contre-le-venezuela/

6 janvier 2026. Donald Trump, a assuré le que Caracas allait remettre aux Etats-Unis « entre 30 et 50 millions de barils de pétrole » actuellement stockés sur des navires. « Ce pétrole sera vendu aux prix du marché et l’argent sera contrôlé par moi »Le gouvernement américain a aussi annoncé le 7 janvier que Washington contrôlerait « pour une période indéterminée » la commercialisation du pétrole vénézuélien.

7 janvier 2026. Donald Trump a signé un décret ordonnant le retrait des Etats-Unis de 66 organisations internationales qui « ne servent plus les intérêts américains ». 31 sont liées à l’ONU, dont la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC). En septembre 2025, depuis la tribune de l’Assemblée générale de l’ONU, Donald Trump avait qualifié le réchauffement de « plus grande arnaque de notre histoire » et fait l’éloge du charbon « propre et magnifique ».

– Washington poursuit ainsi son désengagement de la coopération mondiale sur le climat. « L’administration Trump a jugé ces institutions redondantes, mal gérées, inutiles, coûteuses, inefficaces, instrumentalisées par des acteurs poursuivant des objectifs contraires aux nôtres, ou menaçant la souveraineté, les libertés et la prospérité générale de notre nation », a déclaré le département d’État.

– Dans un communiqué, le secrétaire d’Etat américain, Marco Rubio, a accusé les organisations visées de promouvoir une « idéologie progressiste », dénonçant notamment « les campagnes pour “l’égalité de genre” et l’orthodoxie climatique ».

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TRUMP, extractiviste notoire de la finitude

La planète est perforée, surexploitée comme jamais dans son histoire. Minerais critiques au Groenland, pétrole au Venezuela : l’intérêt du président américain, Donald Trump, pour les matières premières de ces pays illustre la dépendance croissante de l’économie mondiale aux ressources naturelles. Les ressources extraites du sous-sol représentent désormais 20 % du commerce mondial. L’extraction et la transformation des ressources du sous-sol génèrent plus de 60 % des émissions de CO2. 

L’extractivisme  est un terme popularisé en Amérique du Sud dans les années 1990 qui désigne les conséquences politiques et sociales d’une économie entièrement tournée vers l’exploitation du sous-sol ; elle creuse les inégalités et freine le développement. En 1957, les bénéfices réalisés par les majors américaines au Venezuela représentent l’équivalent de 12 % du produit intérieur net du pays, soit à peu près autant que ce que touchaient les 50 % les plus pauvres.

Julien Bouissou : L’évolution d’un indicateur peu connu, celui des « extractions mondiales » publié par les Nations unies, donne le vertige : au cours des cinquante dernières années, les quantités extraites du sous-sol, que ce soit des minerais métalliques ou non, comme le sable, des sources d’énergies primaires, à l’instar du charbon ou du pétrole, ont été multipliées par 3,5. En 2024, 106 milliards de tonnes ont ainsi été extraites, contre 31 milliards en 1970. Sur cette même période, l’extraction par habitant est passée de 23 à 39 kilos en moyenne par jour.

La politique extérieure de Donald Trump est, en grande partie, déterminée par la sécurisation des approvisionnements américains. Incontournable, le pétrole alimente 30 % de la demande énergétique mondiale. La part du continent américain dans la production mondiale d’or noir est de 35 %, contre 31 % pour les pays du Moyen-Orient.Selon une liste établie par les Etats-Unis, le Groenland possède 39 des 50 minéraux critiques indispensables aux industries de pointe. Or, la Chine domine aujourd’hui largement le marché des terres rares, avec 68 % de la production en 2024, loin devant les Etats-Unis (11 %). Il est aussi beaucoup plus difficile de sécuriser l’approvisionnement en minerais critiques qu’en pétrole, car la production est éclatée entre un nombre plus élevé de pays, dont la plupart sont alignés sur la Chine. D’où l’intérêt, pour les Etats-Unis, de placer le continent américain sous leur contrôle.

Dans un monde où le commerce, fondé sur les avantages comparatifs de chacun, ne bénéficie plus aux Etats-Unis, la coercition remplace les règles de la concurrence.

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MALTHUS, un incontournable penseur de la finitude

ll est si rare que MALTHUS soit considéré à sa juste valeur que nous ne nous refusons pas le plaisir de vous transmettre ce texte récent (4 septembre 2025). Nous vous précisons que Michel Sourrouille fera de son côté paraître son 9e livre, « Devenons malthusiens », fin janvier 2026.

« THE CONVERSATION » (L’expertise universitaire, l’exigence journalistique)

https://theconversation.com/malthus-penseur-dune-humanite-soumise-a-des-limites-naturelles-263772

Malthus, penseur d’une humanité soumise à des limites naturelles

Personne n’utilise aujourd’hui le terme « malthusien » comme un compliment. L’économiste britannique Thomas Malthus (1766-1834) a longtemps été dénigré pour sa vision négative du progrès. Depuis 1798, date à laquelle l’économiste et ecclésiastique Thomas Malthus a publié pour la première fois Essai sur le principe de population, la position « malthusienne » – l’idée que les humains sont soumis à des limites naturelles – a été vilipendée et méprisée. Aujourd’hui, ce terme est utilisé pour désigner toute personne qui ose remettre en question l’optimisme d’un progrès infini.

Mais presque tout ce que la plupart des gens pensent savoir sur Malthus est faux.

Dans un contexte de crise écologique aiguë, sa pensée d’un monde limité mérite d’être revisitée. Voici l’histoire telle qu’elle s’est déroulée réellement. Il était une fois un pasteur anglais qui eut l’idée que la population augmente à un rythme « géométrique », tandis que la production alimentaire augmente à un rythme « arithmétique ». Autrement dit, la population double tous les vingt-cinq ans, tandis que les rendements agricoles augmentent beaucoup plus lentement. À terme, une telle divergence ne peut que conduire à une catastrophe. Mais Malthus a identifié deux facteurs qui réduisaient la reproduction et empêchaient la catastrophe : les codes moraux, ou ce qu’il appelait les « freins préventifs », et les « freins destructifs », tels que la pollution, la guerre, la maladie.

Malthus fut caricaturé comme un ecclésiastique borné, mauvais en mathématiques, qui pensait que la seule solution à la faim était de maintenir les pauvres dans la pauvreté afin qu’ils aient moins d’enfants. L’étude de Malthus révèle un personnage très différent, un penseur novateur et perspicace. Non seulement, il fut l’un des fondateurs de l’économie environnementale, mais il s’est également révélé être un critique prophétique de la croyance selon laquelle l’histoire tend vers l’amélioration humaine, ce que nous appelons le progrès. Malthus était familier de l’idée de progrès, élevé par des protestants anglais progressistes qui prônaient la séparation de l’Église et de l’État. Son père était un ami et admirateur du philosophe Jean-Jacques Rousseau qui inspira la Révolution française.

Son Essai sur le principe de population est caractérisé par une démarche empirique, notamment au fil des éditions successives. Son argumentation sur les taux de croissance géométrique et arithmétique par exemple, s’appuyait sur la croissance démographique rapide observée dans les colonies américaines. Elle s’inspirait également de ce qu’il observait autour de lui. Au cours des dernières décennies du XVIIIe siècle, la Grande-Bretagne a été ravagée par des pénuries alimentaires et des émeutes répétées. La population est passée de 5,9 millions à 8,7 millions d’habitants, soit une augmentation de près de 50 %, tandis que la production agricole stagnait. En 1795, les Londoniens affamés ont pris d’assaut le carrosse du roi George III pour réclamer du pain.En tant qu’écrivain et membre actif du parti whig, Malthus était un réformateur qui prônait, entre autres, la gratuité de l’enseignement national, l’extension du droit de vote, l’abolition de l’esclavage et la gratuité des soins médicaux pour les pauvres.

L’étude de l’histoire a conduit Malthus à conclure que les sociétés n’évoluaient pas selon une ligne ascendante de progrès, mais selon des cycles d’expansion et de déclin. Malthus chercha à démystifier le progressisme grandiloquent de Godwin. Mais il ne dit pas que le changement positif était impossible, seulement qu’il était limité par les lois de la nature. L’Essai sur les principes de la population fut une tentative pour déterminer où se situaient certaines de ces limites, afin que les politiques puissent répondre efficacement aux problèmes sociaux, plutôt que de les exacerber en essayant de réaliser l’impossible.

Lorsque son essai a été publié, la population mondiale était d’environ 800 millions d’individus. Aujourd’hui elle dépasse les 8 milliards, soit une multiplication par dix en un peu plus de deux siècles. Au cours de cette période, les partisans du progrès ont rejeté l’idée selon laquelle les êtres humains étaient soumis à des limites naturelles et ont dénigré quiconque remettait en question le fantasme d’une croissance infinie comme étant « malthusien ». Pourtant, Malthus demeure incontournable, car son analyse pessimiste de la société exprime clairement une idée qui résiste au temps et aux critiques : les lois de la nature s’appliquent aussi à la société humaine.

En effet, « la grande accélération » du développement humain et de son impact au cours des 80 dernières années pourrait avoir conduit la société à un point de rupture. Les scientifiques avertissent que nous avons dépassé six des neuf limites planétaires pour une vie soutenable et que nous sommes sur le point de franchir une septième limite.

L’une de ces limites est un climat stable. Le réchauffement climatique menace non seulement d’élever le niveau des mers, d’augmenter les incendies de forêt et des tempêtes violentes, mais aussi d’amplifier la sécheresse et de perturber l’agriculture mondiale. Malthus n’avait peut-être pas prévu les développements qui ont alimenté la croissance démographique au cours des deux derniers siècles. Mais sa vision fondamentale des limites de la croissance n’en est devenue que plus pertinente.

Alors que nous sommes confrontés à une crise écologique mondiale qui s’accélère, il est peut-être temps de revisiter la pensée pessimiste d’un monde limité. Reconsidérer ce que nous entendons par « malthusien » pourrait être un bon point de départ.

(La version originale de cet article a été publiée en anglais)

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À limiter : l’IA qui dévore la planète

Derrière les réponses presque magiques de ChatGPT, les vidéos imaginaires sans limites de Sora ou les images synthétiques bluffantes de Grok ou Gemini, l’intelligence artificielle (IA) a une empreinte bien réelle sur le monde. Cette absorption de ressources fait craindre des pénuries ou des conflits d’usage locaux avec d’autres besoins essentiels tels que l’agriculture, l’électrification des transports ou de l’industrie. L’augmentation de la puissance installée des data centers devrait en conséquence faire bondir leur consommation électrique annuelle liée à leur utilisation. Celle-ci pourrait tripler d’ici à 2030. Pour le moment, l’électricité alimentant les data centers ne représente qu’environ 1,5 % de la consommation mondiale, selon l’AIE. Mais aux Etats-Unis, cette part pourrait passer de 4,4 % à entre 7 % et 12 % en 2028, selon le ministère de l’énergie américain. L’IA n’est pas seulement vorace en énergie, elle est aussi insatiable en eau. En 2023, les prélèvements associés aux centres de données auraient déjà dépassé les 5 000 milliards de litres, selon les calculs de l’Agence internationale de l’énergie (AIE). Soit l’équivalent de toute l’eau potable puisée en France en une année.

lemonde.fr : L’IA doit-elle donc être développée à tout prix ? l n’existe pas de recensement mondial du nombre de kilomètres carrés aujourd’hui occupés par les data centers. Mais, aux Etats-Unis, les montants investis dans la construction de ces infrastructures sont sur le point de dépasser ceux des bureaux traditionnels. Et le 8 décembre, plus de 230 ONG ont demandé un moratoire sur la construction de nouveaux centres de données aux Etats-Unis. En France, le gouvernement a annoncé avoir identifié 35 sites « favorables » à l’installation de centres de données pour un total de 12 km² – soit 1 680 terrains de foot.

L’Agence de la transition écologique (Ademe), dans une étude publiée début novembre 2025, recommande de la piloter « avec sobriété », en choisissant « le juste niveau de technologie au service d’un besoin réel »

Le point de vue des écologistes débranchés

Déterminer « le juste niveau de technologie au service d’un besoin réel » est un véritable casse-tête. Faut-il en revenir à la hache de pierre ?

– Nous passons 70% de notre temps sur des gadgets futiles chronophages et polluants et toxique psychiquement…. parce ça plaît à notre ego.

– Où est le progrès à part la croissance du nombre de like de temps de visionnage et donc de publicité… l’argent n a pas d’odeur mais c’est dingue comment ça pue et c’est écœurant

– Tout ce gaspillage pour que des gens qui s’ennuient produisent des vidéos IA de chats qu’ils pourront montrer à d’autres gens qui s’ennuient tout autant…Cette folie trouve son origine dans le fait que les requêtes adressées aux IA ont, pour l’usager un coût marginal nul. Autrement dit, une fois mon abonnement payé, que je fasse une ou mille vidéos de chats, cela ne me coûte rien de plus que le temps passé. Cela conduit à une surconsommation totalement déraisonnable et ne peut être viable !

– L’économie enseigne une chose essentielle: quand les choses ne sont pas tarifiées à leur véritable coût, il n’y a que des problèmes. On devrait appliquer à l’IA, comme d’ailleurs à internet en général, le principe du pollueur payeur. C’est la seule façon de rendre viable ce système.

– L’autre question pour l’IA est l’impact sur l’emploi. Est-ce que les gains réalisés génèrent assez d’activités et d’emplois pour compenser ceux perdus par l’IA? On a connu le même phénomène avec internet, une perte d’emplois importante mais compensé par un surcroît d’activité lui-même générateur d’emplois. Dans le cadre de IA, on a le problème de vitesse. La vitesse de destruction des emplois est supérieure à leur création. Sans compter qu’il y a un problème qualitatif puisque l’IA détruit des emplois de services à haute valeur ajoutée.

– Je vous suggère de vous intéresser au paradoxe de Jevons ou effet rebond. Par les gains de productivité correspondants, l’IA va créer d’innombrables nouvelles possibilités et demandes qui vont faire exploser les besoins en matériel informatique, en énergie… qui ne pourront être mis à disposition sans catastrophe écologique.
– Quand arrivera le moment de bascule, on se rendra compte que le vital c’est l’air, l’eau et un écosystème qui te fournit généreusement une alimentation saine et une vie agréable.

– Personne, si ce n’est ce blog biosphere, n’a encore défini les limites à ne pas dépasser, mais ça viendra inéluctablement. Nécessité fait loi.

En savoir plus grâce à notre blog biosphere

Savoir définir les limites à ne pas dépasser

extraits : La population française sait parfaitement qu’il ne faut pas dépasser la limitation de vitesse sur routes. Mais elle ignore dans sa grande globalité que nous avons dépassé les limites de la planète et qu’il faudrait instaurer des limites dans tous les domaines. Voici un récapitulatif de nos articles traitant (en titre) des limites, un mot qui nous incite forcément à penser « Décroissance »….

le portable, technique douce ou dure ?

extraits : Les techniques que nous utilisons devraient être douces à la nature, douce aux communautés humaines. Prenons l’exemple de la communication orale. Rien de plus simple, nous pouvons échanger directement, facilement. Mais notre société a tout compliqué. Le tout petit enfant mâchouille quelque chose au moment de la poussée des dents. Alors les usines mettent sur le marché des morceaux de caoutchouc reproduisant un portable, avec touches et tout. L’intoxication commence. Puis est venue pour l’enfant l’accumulation de jouets, à Noël et autres anniversaires : une montagne de jouets nécessitant presque tous des piles électriques. Pas étonnant qu’à 7-8 ans, l’enfant réclame déjà son téléphone personnel ! Mais ce n’est plus à l’autonomie que l’enfant accède, c’est à la soumission à une société thermo-industrielle. Car qui dit électricité dit prise électrique, énorme réseau de poteaux et de transformateurs, et tout au bout la centrale nucléaire. L’enfant dès le plus jeune âge apprend à devenir complice de ce système de production. Au lieu de jouer avec un simple ballon et d’aller dans la nature faire son propre apprentissage, on enferme les jeunes devant la télé et ses émissions pour tout-petits, on lui laissera bientôt prendre le téléphone à la place de ses parents, puis le portable sera l’aboutissement d’une rupture avec la nature, avec les adultes, et avec la relation directe à l’autre : les « facilités » du tout électrique l’emportent….

Pour en savoir encore plus

https://biosphere.ouvaton.org/blog/?s=technique+douce

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Un climato-sceptique peut-il s’exprimer librement ?

Un climato-sceptique peut-il s’exprimer librement ? Oui, mais.. toute liberté est soumise à des contraintes.

L’émission Punchline, c’est sur Cnews. La télévision selon Bolloré ne donne la parole à personne si ce n’est aux obsessions de son propriétaire. L’Arcom (Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique) a sanctionné le fait qu’un climato-sceptique a pu s’exprimer sur sa chaîne « sans que la position qu’il défendait ne soit mise en perspective et sans qu’une contradiction ne soit exprimée à la suite de ses propos. Il y a méconnaissance des exigences d’honnêteté de l’information et de maîtrise de l’antenne. »

Il est vrai que l’intervenant parlait de l’influence humaine sur le réchauffement climatique comme un mensonge, une escroquerie et un complot destinés à justifier l’intervention de l’État dans la vie quotidienne qui s’apparenterait à un totalitarisme. La chaîne (mais pas l’intervenant lui-même) a été sanctionnée d’une amende de 20 000 euros. L’intervenant pouvait donc tout dire, mais Cnews devait permettre aux auditeurs de déterminer où était la vérité et de savoir que c’était une opinion invalidées par les données de la climatologie.

On pourrait s’arrêter là mais Vincent Cheynet, dans un article de « la décroissance » (janvier-février 2026), s’insurge contre une écologie qui serait liberticide : « L’opinion devient un délit, notre société sombre dans un totalitarisme, c’est l’ère de la police de la pensée, l’écologie est utilisée pour nier la liberté… ». Vincent Cheynet s’attache à une superficialité.

« La liberté d’expression est un droit »… sauf qu’il ne faut pas troubler l’ordre public..

« La liberté est ce qui nous spécifie comme humaine » ; sauf que la liberté doit être accompagné de l’égalité, de la fraternité, du respect des avancées scientifiques, du souci des non-humains et des générations futures, etc.

Cet ancien rédacteur en chef de ce journal décroissant s’appuie entre autres pour justifier son point de vue sur cette sentence apocryphe : « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire. » Mais dans l’émission Punchline, redisons qu’il n’y avait pas interdiction d’exprimer son climato-scepticisme, mais obligation pour une chaîne d’information de garder une certaine objectivité dans des opinions proférées publiquement. Il est nécessaire d’être protégés contre les fake news, sinon on va tout droit vers une société où les réseaux sociaux aux mains de milliardaires feront la loi et l’aliénation des masses.

En fait Cheynet termine son article par l’essentiel pour lui, faire la publicité pour son prochain livre à paraître en 2026 : « Liberté et décroissance » (parution 20 février 2026 aux éditions du Rouge et du Noir). Il faut connaître la pensée des personnes qui ne pensent pas tout à fait comme nous.

Le point de vue des écologistes réchauffistes

Soutenir d’une manière ou d’une autre les climato-sceptiques est une grave erreur étant donné que cela donne prise au refus de toute action contre nos émissions de gaz à effet de serre. Comme la combustion du carbone fossile est aussi un facteur fondamental de la croissance économique, il est paradoxal pour un décroissant comme Vincent Cheynet de se tirer une balle dans le pied.

Mais comme tout n’est pas noir chez un militant de longue date, voici un résumé de son livre de 2008 (sur notre site de documentation des écologistes).

Le choc de la décroissance de Vincent Cheynet (extraits)

Vincent attaque assez assidûment ses confrères en objection de croissance, Ellul, Latouche, Hulot, l’ASPO, Malthus, Paccalet, les pédagogues de la catastrophe… Il traite même l’écologie de « mot qui piège ». Mais comme assez souvent il dit des choses très vraies, attardons-nous sur ces morceaux choisis :

– La réflexion sur les mots est primordiale car ceux-ci sont le socle sur lequel faire avancer les idées. Il existe tout autant des mots poisons qui empêchent de penser, que d’autres qui frayent de nouveaux imaginaires. Les capitalistes l’ont bien compris. Armés de légions de communicants, ils s’emploient autant à vider les mots de leur sens qu’à s’accaparer les mots de leurs contradicteurs.

– L’expression objecteurs de croissance est très parlante : les objecteurs de croissance font acte de non violence en refusant la guerre économique comme les objecteurs de conscience refusent l’ordre de la guerre.

– La récusation du débat par notre société est symptomatique d’une forme de totalitarisme mou. Cela se traduit par une inflation d’oxymores tels que « guerre propre », « voiture propre », « croissance verte » « durable » ou « écologique », « fonds de placements éthiques », « entreprises citoyenne », « développement durable », etc

– Depuis deux siècles, la « science » économique occidentale a quasiment évacué le paramètre écologique de ses raisonnements. Elle fonctionne déconnectée de la réalité physique et géochimique.

– Répondant au député des Verts Yves Cochet qui lui rappelait nos responsabilités face aux limites de la planète, le chroniqueur du Figaro Philippe Simonnot s’énerve : « Moi, ce qui compte pour moi, c’est la liberté. Je veux pouvoir acheter mes chemises à Hongkong, mes chaussures en Inde. C’est ça qui compte pour moi. »

………………………………….….

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Francis Hallé, voyage à la cime des arbres

Francis Hallé, professeur de botanique, est un spécialiste de l’arbre, et particulièrement de son architecture. Désireux d’étudier la forêt tropicale, il a lancé à la fin des années 1980 les expéditions appelées « radeau des cimes », consistant à déposer à la cime des arbres des boudins gonflés avec des filets, afin d’inventorier la biodiversité de la canopée. Infatigable défenseur des arbres, il est mort à l’âge de 87 ans le 31 décembre 2025.

disparitions : Francis Hallé avait été l’un des premiers scientifiques de terrain à mettre en avant la fonction irremplaçable des vastes forêts tropicales dans la régulation climatique, et leur rôle tout aussi essentiel dans la préservation de la biodiversité. Pessimiste sur les chances de parvenir à protéger les dernières grandes forêts primaires de la planète, alors que l’Amazonie elle-même était déforestée à une échelle industrielle et que de « mégafeux » dévastaient les forêts australiennes, Francis Hallé resta toujours un infatigable pédagogue. La quête du profit immédiat, omniprésente dans les sociétés occidentales, le révulsait, et il ne manquait jamais de rappeler son incompatibilité avec la patience qui doit accompagner, au-delà d’une vie, la croissance des grands arbres. Ce sont les arrière-petits-enfants de ceux qui les ont plantés qui jouiront de l’ombre bienfaisante des arbres forestiers, disait-il.

Auteur de nombreux ouvrages, Francis Hallé laisse, avec son Eloge de la plante (Le Seuil, 1999) ou son Plaidoyer pour l’arbre (Actes Sud, 2005), les manifestes d’un infatigable défenseur du vivant. Le dernier projet auquel son nom restera attaché est donc la recréation d’une forêt primaire en Europe de l’Ouest sur une superficie de 70 000 hectares, d’une forêt primaire. Six ou sept siècles seront nécessaires à l’établissement de cette nouvelle forêt primaire à partir de la forêt existante (il aurait fallu mille ans sur un sol nu).

A côté de son œuvre scientifique, l’accomplissement de ce projet littéralement extra-ordinaire pourrait valoir à son promoteur une éternelle reconnaissance : celle des arbres eux-mêmes.

Le point de vue des écologistes

Recréation d’une forêt primaire sur 600 ans, c‘est quand même moins ambitieux que le projet d’enfouissement des déchets très radioactifs à Bure, qui se compte en dizaines de milliers d’années.

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La vie sauvage dans notre jardin, c’est possible

extraits : On peut, à notre échelle, restaurer le vivant en créant des refuges sur nos parcelles. Mon terrain, ma petite réserve écologique. Une volonté de sanctuariser émerge, chez nombre de Français, pressés de protéger, au moins à l’échelle de leur propriété, cette biodiversité dont l’effondrement affole. A l’entrée de certaines propriétés, les panneaux s’accumulent : « Chasse interdite », « Refuge LPO », « Havre de vie sauvage-Aspas ». On passe le message à ses enfants : « Chaque être vivant a son utilité. » Notons cependant que la nature ne parvient à s’auto-réguler que si un véritable écosystème complet s’installe sur une vaste échelle : le rêve de Francis Hallé par exemple et sa forêt primaire européenne

lire, Les secrets des arbres décryptés par Francis Hallé

compte-rendu de sa conférence à l’abbaye de l’Epau (Sarthe), le 11 mars 2014.

– L’animateur lui demande de définir un arbre. Hallé répond qu’il avait naguère une définition, mais qu’un voyage en Afrique du Sud l’a jeté dans la perplexité : il existe là-bas un arbre souterrain dont les racines et le tronc restent sous terre, et dont le feuillage rampe au sol, en grandes surfaces.

– Comme dit Francis Ponge, « les animaux, c’est l’oral ; les plantes, c’est l’écrit ». L’arbre est autonome et divisible. « Avec un sécateur, je vous en fais des centaines ». L’homme, en revanche, est indivisible. C’est l’individu.

– L’animal se fait manipuler par les plantes, qui l’attirent par leurs fleurs et leurs fruits. Sans champignons dans le sol, pas d’arbres.

– En matière d’architecture de l’arbre, on connaît 22 modèles pour 70.000 espèces.

– Si l’on met à plat toutes les surfaces d’un arbre, on aboutit à des superficies immenses. Un arbre urbain moyen fait 200 hectares !

– En 2012, nous avons lancé l’Etoile des cimes au Laos, beaucoup plus légère que le radeau, qui pouvait porter six personnes. Pour la biodiversité, la forêt tropicale est imbattable : la bande équatoriale recèle 75 % de la biodiversité, alors que les mers n’en recèlent que 14 % ! »

– Quand on a commencé à étudier les insectes de la canopée, on est passé de 3 millions d’espèces à 30 millions ! Il y a là-haut des crabes qui mangent les têtards de rainettes dans le creux mouillé des branches.

– En Tasmanie, il existe un arbre de 43.000 ans qui se multiplie par les racines et produit sans cesse des clones.

– Je suis pour qu’on plante des arbres dans les cours des prisons. L’univers minéral, 24h sur 24, c’est l’enfer.

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Taxe carbone, un vrai serpent de mer

Le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières est entré en vigueur dans l’UE le 1ᵉʳ janvier 2026. L’Union européenne (UE) est-elle en passe de se doter d’un outil majeur de sa politique climatique, ou de fabriquer un nouveau casse-tête réglementaire et financier ? Censé protéger l’Europe de la concurrence, il est jugé insuffisant par de nombreux industriels et le réchauffement climatique demande bien plus.

Il faudra bien un jour en arriver à la carte carbone

lemonde.fr : En 2005, l’UE a mis en place sa première taxation sur les émissions de CO2, l’European Union Emissions Trading System (ETS). Aujourd’hui, les producteurs d’électricité et la plupart des industries lourdes (acier, ciment, aluminium, céramique, raffinage de pétrole…) doivent s’en acquitter. Initialement, pour amortir le choc, de très nombreux droits à polluer gratuits ont été distribués par l’UE, si bien que le prix des ETS était très bas. Progressivement, les conditions se sont durcies et, depuis quatre ans, le prix de la tonne de CO2 oscille entre 80 et 100 euros. Les ETS couvrent 40 % des émissions de gaz à effet de serre de l’UE. Le problème est qu’elle place les producteurs européens en situation de concurrence déloyale face au reste du monde. Rien n’empêche une usine européenne d’importer son acier d’Inde ou de Chine, ou ses engrais de Russie, alors que ces derniers n’ont pas eu à payer de surtaxe environnementale. La « fuite carbone », c’est-à-dire la délocalisation de production hors de l’UE pour des raisons environnementales, a été « substantielle.

C’est pourquoi le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF) impose une taxe aux importations des produits industriels les plus polluants. Il est donc censé redresser la barre. Il touchera seulement 3 % des importations européennes. Mais le MACF doit permettre de protéger certains sous-secteurs industriels déjà très mal en point, comme la sidérurgie. A partir du 1er janvier 2026, les importations seront imposées d’un montant équivalent au prix des ETS. Initialement, le mécanisme s’applique à 303 produits provenant des industries les plus polluantes : fer, acier, ciment, engrais, aluminium, électricité et hydrogène. Mais il y a là un risque de fraude majeure. Une nouvelle mouture du MACF doit par la suite être négociée entre le Parlement européen et les vingt-sept Etats membres, démarrage seulement après janvier 2028 !

Le point de vue des écologistes décarbonés

– Si on en croit le MACF, pour chaque ouvrier qui travaille sur une ligne de production d’acier, il y a au moins trois comptables, un ingénieur fiscal et deux juristes à temps plein dans les bureaux.

– Pourquoi les générations actuelles auraient-elles le droit d’acheter à bas prix des produits souvent inutiles venant de l’autre bout de la planète au détriment des futures générations ?

– Le changement de mode de vie porte déjà un nom : un prix de l’énergie toujours croissant. C’est si simple, il suffit juste de le vouloir ! Votez pour le premier candidat qui proposera d’augmenter progressivement et indéfiniment la fiscalité sur les énergies fossiles !

– Pour sauver la planète, la tonne de CO2 pour 1000 euros tout de suite pour tout et pour tous et l’essence à 10 euros le litre!

– Pour dépasser la complexité de la taxe carbone, pour pallier la déplétion des ressources fossiles, pour agir contre les émissions de gaz à effet de serre, nous en arriverons inéluctablement à la « carte carbone ». Elle se déploie ainsi : chaque habitant de la France reçoit un quota annuel de droits d’émissions de CO2 qui encadre toute consommation d’énergie (pétrole, gaz, charbon, électricité…). Si, par exemple, vous voulez faire le plein dans une station-service, vous payez le carburant en euros et votre carte carbone à puce est également décrémentée des droits d’émissions correspondant à la quantité de carburant que vous avez achetée….

– Le rationnement en période de grande difficulté socio-économique est la mesure la plus logique : une sobriété imposée, mais égalitariste.

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Climat : la stupidité du marché carbone (écrit le 18 mai 2007)

extraits : Le prix du quota de dioxyde de carbone a clôturé à 0,88 euro le 21 février 2007 sur le marché Powernext Carbon, l’une des principales plates-formes européennes d’échanges de permis d’émission de gaz à effet de serre. Pour mémoire, il valait entre 8 et 10 euros début 2005, au lancement du marché européen des quotas (un quota correspondant à une tonne de CO2 émis), et avait même atteint 30 euros au printemps 2006. avec un quota à moins d’un euro, les entreprises n’ont aucun intérêt à faire des efforts. Il est vrai que les quotas ne dépendent pas réellement du marché, ils sont déterminés par chaque pays avec approbation nécessaire de la Commission européenne. Des quotas trop laxistes sont à l’origine des déboires actuels….

du marché carbone au rationnement carbone, l’inéluctable (2013)

extraits : Prenons l’exemple du carbone, c’est-à-dire les ressources fossiles, charbon, pétrole ou gaz, qui irriguent toutes nos activités économiques. Comme il s’agit d’énergie de stocks, il faut bien prévoir la fin de ces ressources. Un marché carbone pourrait renchérir l’utilisation de ces sources d’énergie, donc limiter la consommation. Nous n’en prenons pas le chemin. Avec la crise financière, le prix du CO2 s’est effondré : 25 euros la tonne en 2008, 7 euros en 2012 puis 5 euros récemment…. Puisque le marché carbone est soumis aux contraintes politiques, puisque la plupart des gouvernements refusent aussi la taxe carbone, le rationnement par une carte carbone deviendra inéluctable lors d’un prochain choc pétrolier. C’est ce que nous prévoyons sur ce blog depuis 2009….

Yves Cochet : carte carbone mieux que taxe carbone (2019)

extraits : « Pour dépasser la contradiction entre « gilets jaunes » et taxe sur les carburants, nous proposons la « carte carbone ». Elle se déploie ainsi : chaque habitant de la France reçoit un quota annuel de droits d’émissions de CO2 qui encadre toute consommation d’énergie (pétrole, gaz, charbon, électricité…). Si, par exemple, vous voulez faire le plein dans une station-service, vous payez le carburant en euros et votre carte carbone à puce est également décrémentée des droits d’émissions correspondant à la quantité de carburant que vous avez achetée…. (Yves Cochet)

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L’extractiviste Trump veut le pétrole de Maduro

Le vice-président américain, J. D. Vance, explique que « le président [Donald Trump] a proposé à plusieurs reprises des voies de sortie, mais il a été très clair tout au long de ce processus : le trafic de drogue doit cesser et le pétrole volé doit être restitué aux Etats-Unis. Le président Maduro reprochait aux Etats-Unis de vouloir le renverser pour s’emparer des réserves de pétrole du pays, les plus grandes de la planète. Donald Trump à Fox News: «Washington ne peut pas prendre le risque de laisser quelqu’un d’autre prendre la place de Maduro et poursuivre sur sa voie ».Il ajoute que les Etats-Unis seront « très impliqués » dans l’avenir du Venezuela, disant « vouloir la liberté pour le peuple ».

Tout est dit, les Américains sous la houlette de Trump veulent continuer à piller la planète à leur guise. Trump considérait déjà que le Canada serait une province des États-Unis et que le Groenland bien sûr était américain. Il s’attaque maintenant à l’Amérique du Sud, ou plutôt à ses réserves naturelles. Trump est très clair dans son extractivisme quand il s’exprime publiquement  le 3 janvier 2026 à 17h40 heure française :

« A ma demande, les forces armées américaines ont conduit une opération militaire extraordinaire dans la capitale du Venezuela, un assaut comme on en n’avait pas vu depuis la Seconde Guerre mondiale pour confronter à la justice le dictateur hors-la-loi Nicolas Maduro. Nous allons diriger le pays jusqu’à ce que nous puissions assurer une transition sûre, appropriée et judicieuse. Nous allons faire intervenir nos très grandes compagnies pétrolières américaines, les plus importantes au monde, qui vont investir des milliards de dollars pour réparer les infrastructures gravement endommagées, partager les ressources pétrolières et commencer à générer des revenus pour le pays. »

Trump et bien d’autres dirigeants de la société croissanciste (et donc extractiviste) feraient mieux de s’inspirer de l’histoire de Nauru, une île dévastée à cause de ses ressources en phosphate. Une entrée massive d’argent joue un rôle incroyablement déstabilisateur : un peu comme ces gagnants du loto qui finissent par perdre la tête. Les Nauruans cessèrent de travailler et se comportèrent en rentiers. Un bref instant historique, Naurutopia a pu se définir comme une sorte de socialisme parfait où chaque citoyen récolte les fruits du sous-sol. Mais évidemment, les choses se gâtèrent avec les premiers signes d’épuisement des mines de phosphate au début des années 1990 ; l’économie de Nauru s’est alors tout simplement effondrée. Le sort de Nauru préfigure non seulement le présent du Venezuela, mais celui de toute la civilisation thermo-industrielle, bâtie sur l’exploitation des ressources en hydrocarbures et en métaux du sous-sol…

Lire, Extractivisme d’Anna Bednik (2016)

extraits : Les nouveaux tenants du pouvoir en Amérique du sud ont en effet poursuivi la spécialisation primo-exportatrice historique de leurs pays car la rente extractive a permis à ces régimes les fonds qui leur permettaient de financer les politique sociales. Aux dires du président équatorien Rafael Correa, on construira une société plus juste et plus équitable «avec le même modèle». La lutte contre la pauvreté (entendu au sens occidental du terme) a pris le dessus. Derrière la notion de développement, il y a l’idée que vivre ne serait pas suffisant. Ceux qui nous disent pauvres, expliquent les paysans-ronderos d’Ayabaca au Pérou «ne voient pas nos richesses, ils comptent l’argent». En Australie, les Aborigènes interrogent : «Nous avons du soleil, du vent et des habitants, Pourquoi polluer notre environnement pour de l’argent?» Le buen vivir (ou vivir bien) n’est plus qu’un slogan utilisé à des fins de marketing politique qui se confond, selon les besoins de ceux qui les utilisent, avec «développement», «services de base», voire  «accroissement du pouvoir d’achat». Le seul fait d’intensifier l’extractivisme a enseveli tout espoir de renouveau….

En savoir plus sur l’extractivisme

« extractivisme », synthèse de notre folie

extraits : Le mot extrativismo (sans c) est apparu au Brésil, dans les années 1930, pour désigner l’exploitation des plantations de caoutchouc. C’est avec une acception différente que le mot extractivismo (avec un c) s’est diffusé, à partir des années 1980 dans les pays voisins, avec comme contexte la résistance des peuples autochtones aux grands projets miniers.A la fin des années 2000, cette notion militante a été généralisée par des chercheurs engagés. Ce terme est devenu une caractéristique du capitalisme contemporain : la valeur y est “extraite” plutôt que “produite” par le travail. Deux traits majeurs le définissent : une exploitation des ressources qui ne se préoccupe pas de leur renouvellement et des externalités négatives (pollution, pauvreté…), et un contrôle par des réseaux oligopolistiques. Les bénéfices tirés de cette « capture de valeur » sont concentrés entre les mains de quelques-uns, tandis que les coûts sont légués au reste de l’humanité. L’extractivisme imprègne les mentalités de nombreux dirigeants, ce que Donald Trump a confirmé avec son slogan de présidentiable : « Drill, baby, drill ! » (« fore, bébé, fore ! »)

En savoir plus sur le Venezuela

Venezuela, la malédiction extractiviste (août 2025)

extraits : Les immenses mines d’argent de Potosi, pillées à partir du XVIe siècle, avaient servi de berceau au capitalisme en Europe. La république bolivarienne du Venezuela repose encore aujourd’hui sur un imaginaire extractiviste. Neuvième producteur de brut mondial et cinquième exportateur, le Venezuela vit de la rente pétrolière. Corruptions et violences autour du pétrole n’ont pas fini de s’y donner la main… Au pouvoir depuis 1999, Hugo Chavez avait mis PDVSA (Petroleos de Venezuela SA) au service de la « révolution bolivarienne ». Le président depuis la mort de Chavez, Nicolas Maduro, promet à ses concitoyens de « reconquérir » l’Essequibo au Guyana. C’est un désert vert au sous-sol chargé de gaz et de pétrole, d’or, de diamants, de cuivre, de bauxite, de fer et d’aluminium.…Le 3 décembre 2023, les électeurs vénézuéliens ont été appelés à se prononcer par référendum sur l’avenir de cette région… située dans un autre pays. Le référendum a donné 95 % de « Oui » à une tentative de prendre une partie de son territoire à un pays limitrophe.

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Donald Trump envahit le Venezuela

Nous ne quittons pas la cause écologique en parlant de Donald Trump car celui-ci représente une menace effroyable contre la démocratie, l’entente internationale et l’équilibre écologique de la planète. Exceptionnellement, suite à l’enlèvement d’un chef d’État par un autre chef d’État, Maduro par Trump, nous publions ce jour notre analyse sur le trumpisme.

Mais la raison première de ce kidnapping vénézuélien est le goût immodéré de Trump pour beaucoup beaucoup de verres de pétrole sur sa propre table.

Donald Trump n’aime pas le président du Venezuela Nicolas Maduro. Son action est comme d’habitude disproportionnée ; il fait bombarder le pays le 3 janvier 2026. Dans la foulée Donald Trump déclare dans un message publié sur son réseau, Truth Social : « Les Etats-Unis d’Amérique ont mené avec succès une frappe d’envergure contre le Venezuela et son dirigeant, qui a été capturé avec son épouse, et exfiltré du pays ».

– Donald Trump se lève le matin après avoir regardé assidûment la télévision pendant la nuit. Que vais-je faire pour qu’on parle de moi se dit-il ? Par   exemp leDonald Trump a moqué le mercredi 31 décembre 2025 la naturalisation française de George et Amal Clooney, « deux des pires pronostiqueurs politiques de tous les temps »

– Vendredi 2 janvier 2026, sur son réseau Truth Social, Donald Trump a menacé les autorités iraniennes : « Si l’Iran tire sur des manifestants pacifiques et les tue de manière violente – ce qui est leur habitude – les Etats-Unis d’Amérique viendront à leur secours. Nous sommes prêts et armés, prêts à intervenir »

– Que pense vraiment Donald Trump ? Seulement ce qui intéresse sa propre personne et ses fantasmes. L’affairiste n’avait pu empêcher en 2011 la construction d’un parc éolien offshore visible depuis l’un de ses terrains de golf en Écosse. Il a alors qualifiées les éoliennes d’« affreuses », « coûteuses » et « inefficaces ». Devenu président, il a suspendu le 22 décembre 2025 avec effet immédiat les permis d’exploitation de tous les grands projets offshore en cours de construction aux Etats-Unis. Soit un investissement total de 25 milliards de dollars !

– Donald Trump mêle allègrement ses intérêts personnels et son action politique, c’est sa marque de fabrique. Il investit d’une main dans les cryptomonnaies tout en les déréglementant de l’autre.

– Le président américain se lance dans l’industrie nucléaire, une activité extrêmement dangereuse dont la surveillance relève de la compétence de l’administration fédérale… donc de la sienne. Le 18 décembre 2025, la holding Trump Media et la société spécialisée dans la fusion nucléaire TAE Technologies annoncent leur mariage. Le seul point commun entre les deux sociétés est leur fragilité. Trump Media perd des dizaines de millions de dollars par an, et TAE n’est… qu’un projet.

Donald Trump a l’âge de ses artères, 79 ans. Tout dictateur, qu’il soit apprenti ou bien installé, est mortel. Donald Trump pèse un peu plus de 120 kilos, se nourrit notoirement mal (de la junk food essentiellement) et mène une vie fatigante. Il se targue tout seul de réussir brillamment son « examen cognitif ». Il prend beaucoup trop d’aspirine. « On dit que l’aspirine est bonne pour liquéfier le sang et je ne veux pas que du sang épais irrigue mon cœur. Je veux un joli sang fluide. »

– Comme son mentor, l’avocat Roy Cohn, Trump ment presque tout le temps, sur tout. Alors sa santé…? Même mort, il se déclarerait être en pleine forme.

– Le président d’un État, a fortiori quand c’est le président du pays le plus puissant du monde, ne devrait pas se permettre de concrétiser des phobies personnelles sauf à mettre en difficulté les fragiles équilibres socio-politiques de nos société complexes.

– Normalement les Américains vont rendre leur grandeur à l’Amérique en renouvelant le 3 novembre 2026 l’intégralité de la Chambre des représentants et un tiers du Sénat (élections de mi-mandat).

Donald Trump, un président dont l’histoire dira qu’il aura été le pire dirigeant d’un pays démocratique.

 

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Décroissance, mot nécessaire et indicible

A sa seule mention du mot « décroissance » apparaissent immédiatement des images mentales de pénurie, de privations et de retour à la bougie. Mais que se passe-t-il lorsque les individus sont amenés à juger de ses grands principes lorsque le mot lui-même n’est pas mentionné ? Une équipe de chercheurs en économie et en sciences comportementales de la London School of Economics et de l’université autonome de Barcelone a testé le concept.

Stéphane Foucart : Les idées saillantes de la décroissance, quand on ne mentionne pas le mot, recueillent un large soutien, de 74 % à 84 % au Royaume-Uni et de 67 % à 73 % aux Etats-Unis : réduction de la production des biens et services inutiles et nuisibles à la santé et/ou l’environnement, accès universel aux services publics et à des logements abordables, mise en place progressive d’un contrôle démocratique de l’économie, abolition des mécanismes d’appropriation des ressources du Sud global par les pays riches, recherche d’efficacité technologique en accord avec des impératifs de durabilité, etc. L’adhésion à la décroissance ne dépend pas, chez les individus interrogés, de leur niveau de revenus ou de la satisfaction qu’ils en tirent. Les plus riches n’y étaient en moyenne pas moins favorables que les moins fortunés. La résistance du public à la décroissance ne tient donc pas à une opposition à ses fondements, mais à un manque d’occasions d’en débattre en tant que politique cohérente.

Une très large majorité des gens aspirent à une économie radicalement différente. Mais la théorie économique telle qu’elle existe aujourd’hui a été fondamentalement conçue pour résoudre les problèmes d’un autre siècle.

Le point de vue des écologistes décroissants

La convention citoyenne sur le climat, d’octobre 2019 à juin 2020, l’avait déjà certes démontré : des citoyens tirés au sort, peu ou pas politisés, lorsqu’ils sont confrontés à l’état de la connaissance et qu’ils sont extraits de l’océan d’insignifiances et de diversions du bavardage médiatique, peuvent proposer des mesures de protection de l’environnement et du climat plus fortes que les plus ambitieuses portées par les partis écologistes. Et ce, en assumant explicitement de faire décroître certains secteurs, comme le transport aérien, la chimie ou l’agroalimentaire.

Mais il ne faut pas se payer de mots, littéralement. Si une réalité fait peur, appelez-la par un nom désirable et le tour serait joué ? Remplacez « décroissance » par « économie du bien-être », « guerre » par « opération spéciale », « mensonge » par « liberté d’expression », etc. Ce qu’il faudrait tester, ce n’est pas l’adhésion aux idées, mais l’adhésion aux conséquences concrètes de ces idées. Évidemment que tout le monde est d’accord pour ne pas consommer de biens inutiles ou nuisibles. Mais qui est prêt à ne pas faire crouler les enfants sous des monceaux de cadeaux à Noël ? Qui est prêt à se passer des facilités d’un système économique qui flatte l’égo, l’égoïsme et l’égocentrisme ?

De toute façon, si on ne veut pas utiliser publiquement ce terme «  décroissance », pourtant celle-ci s’imposera bientôt à nous. La démesure de la société thermo-industrielle avait entraîné le règne des « SUR » : SURabondance, SURactivité, SURcommunication, SURconsommation, SURdéveloppement, SURemballage, SURendettement, SURéquipement, SURmédicalisation, SURpâturage, SURpêche, SURproduction, SURtourisme…

Dans un contexte de pénurie globale des ressources naturelles, l’avenir n’est plus dans l’expansion, mais nécessairement dans son inverse. A la croissance économique doit donc succéder la DEcroissance conviviale, à l’effet rebond l’effet DEbond, à la mondialisation la DEmondialisation, à la pollution des sols et des esprits la DEpollution, au populationnisme la DEpopulation, à l’urbanisation la DEsurbanisation, à la voiture pour tous le Devoiturage, au réarmement actuel la DEmilitarisation et au tourisme de masse la Demobilité.

Mais le passage à la décroissance socialement consentie ne peut se faire immédiatement, nous sommes tellement bercés actuellement par la musique ambiguë du croissancisme destructeur.

 

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Faut-il avoir peur de la nature ?

Jeudi 8 janvier 2026 à l’Académie du climat (Paris)

Rencontre autour de l’œuvre de François Terrasson

organisée par les JNE (Journalistes-écrivains pour la Nature et l’écologie)

Quelques textes introductifs

Apprivoiser sa peur

(extraits) François Terrasson, je l’ai rencontré lors de voyages JNE à Johannesburg (NDLR 2002) et puis en Guyane (2004). J’aimais sa façon de décrypter nos rapports à la nature, le penchant humain de vouloir la maîtriser coûte que coûte et la nécessité de laisser des espaces libres de toute intervention humaine. Je me souviens quand il est arrivé chez moi dans sa vieille Lada par une journée printanière.  Nous sommes partis sur les chemins forestiers repérer les lieux qui soient suffisamment isolés les uns des autres, pour y déposer les journalistes prêts à tenter l’expérience :  passer une nuit seule au milieu de nulle part, sans téléphone et lampe, juste un duvet …  Chemin faisant, François Terrasson me faisait l’éloge des mousses, des ronces et du rôle primordial de la lisière pour la faune et la flore. François Terrasson, au-delà de ses livres, nous a transmis une expérience sensuelle de la nature….

Myriam Goldminc

Une nuit en forêt

(extraits) Quand j’entre dans la forêt, presque malgré moi, à la lisière entre le clair et l’obscur, je m’incline. Mes genoux cèdent et ma tête se courbe. Comme lorsque j’entre dans une église. Plus sûrement que dans une église. Je salue et je deviens silence…. La nuit, bien sûr, c’est encore plus fort. Il n’y a plus de place à la triche. Je suis livrée à moi-même, sans autre alternative que de m’y réfugier. C’est alors que commence la véritable rencontre… L’obscurité s’intensifie, l’air devient plus coupant et le silence plus dense. Comme derrière le rideau qui vient de tomber sur la scène, tout s’anime : les arbres s’étirent et changent de forme, les animaux sortent de leur cachette, le chevreuil ose une échappée dans la clairière, les sangliers labourent la terre à la recherche de nourriture et moi, je m’immisce plus avant dans les profondeurs. Je ne reconnais plus rien. Les distances, les reliefs, les sons… Je deviens forêt. C’est un réveil en cascade des sens, un feu d’artifice qui se propage de cellule en cellule….Il n’est à mon sens pas d’exercice d’écologie et de réconciliation plus puissant, de communion plus intense, que cette immersion inconditionnelle dans le ventre de la nature….

Christine Krystof-Lardet

« La peur de la nature » de François Terrasson

Quelques extraits significatifs du livre de François Terrasson paru en 1988, La peur de la nature (éditions Sang de la Terre).

(extraits) La Terre n’est pas la planète des hommes. Pendant des centaines de  millions d’années, d’autres êtres vivants ont occupé les lieux où se trouvent maintenant nos maisons, nos lits et nos chaises (p. 15).

La nature, c’est ce qui existe en dehors de toute action de la part de l’Homme. Conserver  la nature ce sera, plus que préserver telle ou telle espèce, parvenir à maintenir l’impression sensibles que nous éprouvons en face de tout ce qui n’est pas d’origine humaine (p. 28-29).

L’expérience du désert ne se raconte qu’en récusant les mots qui servent à le faire. Il n’y a personne, il n’y a trace de personne, rien qui rappelle l’existence de l’homme et de sa civilisation (p. 34-35).

Nous sommes hommes, mais nous pourrions être aussi bien blaireau, pierre ou serpent (p. 83).

La sorcière nature n’a que faire de notre regard, qu’on la voie comme une vieille terrifiante ou comme une belle jeune fille, elle s’en contre-fout, puisqu’elle est les deux et bien plus encore (p .119)….

Michel Sourrouille

L’intégralité du dossier

https://www.jne-asso.org/category/dossiers/dossier-francois-terrasson/

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