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Tout savoir sur le terme malthusien

Le terme malthusien devrait être connu dès l’école, il se trouve d’ailleurs dans un dictionnaire ordinaire. Malthusien, « qui appartient aux doctrines de Malthus, qui en est partisan ». Malthusianisme, « toute doctrine préconisant une restriction de la population ». Un simple dico n’explique pas que Malthus mettait en comparaison l’évolution exponentielle de la population et l’augmentation simplement linéaire de la production agricole. Thomas Robert Malthus était en 1798 un précurseur de l’écologisme et un lanceur d’alerte. Malheureusement c’est une vision modernisée et dénaturée de « malthusien » qui apparaît dans la plupart des écrits contemporains, une volonté de restrictions socio-économiques. Dans les archives du MONDE par exemple, un article d’août 2020 nous indique que « Notre système universitaire est devenu trop malthusien face à la concurrence internationale ». Ou dans un tout autre registre, « la peine de prison pourra s’exécuter sous forme de placement sous bracelet électronique, c’est le principal bénéfice malthusien de la réforme sur la population carcérale ».

Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphere :

26 mai 2021, Redonnons au mot malthusien son vrai sens

11 janvier 2013, Ce que « malthusien » veut dire, essai de définition

Pour plus de détails :

26 janvier 2021, Association nataliste ( Population&Avenir) versus malthusienne (Démographie responsable)

25 décembre 2020, Définition de l’expression « néo-malthusien »

31 août 2020, Actualisation de la question malthusienne

9 novembre 2019, Pierre Fournier, malthusien sans le dire

27 juillet 2017, Macron, un président malthusien, cela se fête

3 juillet 2017, Les malthusiens se rappellent du courage de Simone Veil

1er juillet 2017, BIOSPHERE-INFO, la question malthusienne (synthèse)

4 mai 2017, Une vision malthusienne par-delà droite et gauche

19 février 2017, On n’échappe pas facilement au dilemme malthusien

20 janvier 2017, La question malthusienne, bon sujet de présidentielle

17 septembre 2016, étonnant, Nicolas Sarkozy serait devenu malthusien

4 septembre 2016, programme malthusien : iconoclaste ou réaliste ?

8 août 2016, Sur ce blog, nous sommes profondément malthusiens

extraits : A tous ceux qui pensent qu’il est idiot de se préoccuper du problème  démographique et que la détérioration de la biosphère ne relève que du mode de vie consumériste, nous pouvons rappeler que parmi les personnages s’étant inquiétés de la surpopulation, on trouve Einstein, Lévi-Strauss, Baudrillard, Freud, Yourcenar… tous bien connus pour leur déficience intellectuelle notoire.

L’associatif face à la question démographique

Après René Dumont, Yves Cousteau, Claude Lévi-Strauss et quelques autres, l’association « Démographie Responsable » reprend le flambeau contre la vanité de notre espèce qui s’estime au dessus des lois … de la nature. Près de huit milliards d’êtres humains sur une planète qui dispose de ressources pour en accueillir durablement beaucoup moins.

1/2) Présentation de Démographie Responsable

L’association Démographie Responsable fondée en 2008 a pour objet d’œuvrer à la stabilisation, voire à la diminution, de la population humaine. Excluant tout ce qui ne respecterait pas les droits humains ou qui remettrait en cause la liberté de procréer, sa démarche passe par une bonne information de chacun(e) sur les conséquences de la pression démographique pour les générations futures, les autres espèces et l’environnement. En parallèle à cette bonne information, elle se donne entre autre pour mission de soutenir toutes les initiatives en faveur de l’instruction, condition nécessaire à la compréhension par tout être humain des dangers écologiques liés à la surpopulation. Cette association milite également pour que la question démographique ait toute sa place au sein des débats liés à la protection de l’environnement

Ses membres sont de fervents défenseurs de l’espèce humaine ainsi que des autres espèces vivantes présentes à ses côtés, désireux de sauvegarder La Vie sur la planète et ce, dans les conditions les moins mauvaises possibles. Issus de différents milieux (écologie, décroissance économique, défense des animaux) ils souhaitent rassembler des personnes originaires de tous les courants de pensée et convaincre les citoyens des pays francophones de la nécessité d’agir.

2/2) les sept mesures de la sagesse par Denis Garnier, Président de Démographie Responsable

Le 31 octobre 2011 est la date choisie officiellement par l’ONU pour le passage aux 7 milliards d’habitants. Selon les projections moyennes, on attend 9,3 milliards en 2050 et 10,1 milliards en 2100. Insoutenable au regard des ressources de notre planète, qu’elles soient énergétiques, alimentaires ou hydriques, sans même parler de la survie des autres espèces vivantes.

Il semble donc nécessaire de porter à la connaissance du public francophone les propositions de l’association Démographie Responsable.

en direction des populations du Nord, dans le cadre d’un débat démocratique sur le couple démographie/écologie : mettre en œuvre une réelle réduction de la consommation et cesser, de façon non rétroactive bien évidemment, toute aide à la procréation au-delà de deux enfants.

en faveur des populations les plus démunies : aider à un développement économique durable, généraliser l’instruction des filles, car elle est très en retard sur celle des garçons, promouvoir la planification familiale y compris la gratuité totale de la contraception (30 % des grossesses sont actuellement non désirées), mener des campagnes de sensibilisation culturellement adaptées et enfin, mettre en place des systèmes de solidarité locale en faveur des personnes âgées.

Le faux débat démographie/niveau de vie

Sur sa page Facebook, David Cormand, ex-secrétaire national d’EELV et député européen écolo, reprend cette opposition artificielle entre démographie et économie :

Christian Aviannes : « Moi j’attends toujours qu’ EELV aborde la question de la démographie mondiale. Comment protéger la nature dans un monde qui va gagner 3 milliards d’habitants d’ici la fin du siècle alors que déjà l’ensemble des grands animaux ont quasiment disparu du fait de l’occupation de tous les territoires ? »

Catherine Bassani : « OK, abordons la question de la démographie, et commençons par stériliser ceux qui polluent le plus la planète, ça vous va ? Plus sérieusement, la question de la répartition des richesses et la préservation des ressources est autrement plus urgente que la démographie ! A moins que vous trouviez normal que les plus pauvres et les plus fragiles soient les premières victimes de nos modes de vie... »

commentaire : La question de la priorité à donner à la démographie ou au niveau de vie est une thématique que nous devons bien maîtriser en tant qu’écologiste. Plutôt que de vous rappeler l’équation IPAT et l’équation de Kaya que vous connaissez certainement, et pour donner la parole à un tiers, voici ce que m’avait écrit Serge Latouche en préface d’un de mes livres : « Dans la collection des Précurseurs de la décroissance que je dirige aux éditions Le passager clandestin et pour des raisons de divergence idéologique et/ou politique, l’éditeur s’est refusé de publier un ouvrage de Michel Sourrouille sur Malthus et ce, en dépit de mon insistance. Cet épisode est assez révélateur des passions que suscite encore aujourd’hui le « sinistre pasteur ». Mais il faut reconnaître que, pour le meilleur ou pour le pire, Malthus est un précurseur…. Si tout chez Malthus est discutable dans le détail, l’ensemble n’en demeure pas moins vrai ; à savoir, qu’il est absurde de penser « qu’un territoire limité peut nourrir une population illimitée». Ma position personnelle qui correspond à celle des principaux théoriciens de la décroissance est que, si une croissance économique infinie est incompatible avec une planète finie, il en va aussi de même pour la croissance de la population.

Le mouvement de la décroissance est né comme protestation contre l’imposture du développement durable, cet oxymore qui mettait tout le monde d’accord en noyant la contradiction entre la croissance et les limites de la planète… L’illimitation démographique, trop souvent instrumentalisée par ceux qui ne veulent rien entendre de la nécessité de remettre en cause l’économie de croissance est seconde… La question démographique, de ce fait, est donc seconde en théorie, mais cela ne signifie pas qu’en pratique elle soit secondaire. Loin de là. Même si les Burkinabés produisent peu et consomment peu, leur multiplication pose problème : la disponibilité en terre, la déforestation, la pression foncière dans les centres urbains, la dégradation des infrastructures, etc. et finalement la diminution de la qualité de vie pour eux et pour les autres, s’ils émigrent à l’étranger. La question démographique doit être prise très au sérieux, mais en évitant de dramatiser à outrance. En dépit des menaces de toutes natures, ni la solution écologique, ni la solution à la surpopulation ne peuvent se mettre en place du jour au lendemain et encore moins par oukase.

Il faut noter d’ailleurs que le problème n’est pas seulement, voire pas prioritairement, celui de la disponibilité alimentaire dont on peut discuter l’urgence, mais celui de la qualité de vie. Michel Sourrouille en est parfaitement conscient et le souligne à la suite de Claude Levi-Strauss et de bien d’autres. En particulier, plus les hommes sont nombreux, moins il reste de place pour les autres espèces. Il est raisonnable de laisser aux autres (animaux et végétaux) source de la biodiversité une juste place. Mais cela n’est pas du Malthus. ..

Toutefois, on aura beau faire et beau dire, si ce n’est aujourd’hui ou demain, Malthus finira toujours par avoir raison après-demain. La vérité de bon sens qu’il a très habilement formulé dans son modèle opposant la progression arithmétique de la production agricole à la progression géométrique de la population « naturelle » s’imposera nécessairement. Ce principe simple est incontournable, en dépit de toutes les faiblesses sur lesquelles il repose et de toutes les critiques qui lui ont été adressés, vérifiant par là la boutade de Paul Valéry : « tout ce qui est simple est faux, mais ce qui n’est pas simple est inutilisable… ».

(propos de Serge Latouche recueillis par Michel SOURROUILLE)

Le parti EELV et la question démographique

Depuis la campagne présidentielle de René Dumont en 1974, malthusien déclaré, la question démographique n’a plus été sujet à débat au sein des Verts, puis d’EELV, Elle a été ignorée, si ce n’est raillée. Voici un échange sur la question démographique qui a eu lieu réellement au sein d’EELV (Europe Ecologie Les Vert). Sylvain reflète dans ses considérations l’opinion majoritaire dans ce parti, Michel donne le point de vue d’un écologiste malthusien.

Sylvain : La démographie n’est pas un tabou, c’est un non-sujet (donc à ne pas traiter politiquement). Il y a d’abord un problème d’éducation/émancipation des femmes.

Michel : Il est incontournable pour un parti écologiste de prendre position sur la démographie car le poids du nombre d’humains sur la planète est devenu excessif. D’ailleurs parler de libération de la femme, c’est déjà faire de la politique démographique. Les femmes n’ayant pas été scolarisées ont en moyenne 4,5 enfants, 3 après quelques années à l’école primaire, 1,9 avec une ou deux années de cycle secondaire. L’éducation permet aux filles d’explorer d’autres aspects de la vie que celui de la maternité.

Sylvain : Il y a surtout un problème de répartition des richesses.

Michel : Aucun écologiste, malthusien ou non, ne peut dénier la question des inégalités, la sobriété doit être partagée. Il ne faut pas avoir une pensée binaire, blanc ou noir. Agir contre la surpopulation humaine est tout à fait complémentaire de l’action économique. Le problème c’est qu’autant la maîtrise de la fécondité est un objectif difficile à atteindre, autant le partage de richesses est un paradigme revendiqué depuis Karl Marx et jamais résolu. Le système croissanciste a même accru les inégalités mondiales au lieu de les réduire.

Sylvain : En aucun cas EELV ne peut laisser entendre que le problème écologique viendrait des autres, que ce soit des pauvres, des étrangers ou je ne sais quel bouc-émissaire qui permettrait à un riche conservateur occidental qui refuse sa part de responsabilité de se croire exonéré de prendre part à l’effort collectif sous prétexte qu’il y aurait une autre solution, un autre problème, ailleurs.

Michel : Aucun écologiste digne de ce nom ne se réfugie derrière des boucs émissaires ; laissons ce type d’attitude à l’extrême droite (c’est la faute des immigrés) et à l’extrême gauche (c’est la faute des riches). Devant l’extrême gravité des menaces qu’entraînent à la fois la surconsommation et la surpopulation, nous devons modifier profondément notre mode de vie quand on est un privilégié (sachant qu’un OS en France est privilégié par rapport à un pauvre des pays pauvres). Et comme l’exprimait le représentant de l’écologie politique René Dumont l(ors de la présidentielle 1974 ): « Si nous nous multiplions inconsidérément, le phosphore nécessaire à l’agriculture manquerait bientôt. Il faut réagir contre la surpopulation. En Inde surpeuplée certes, mais surtout chez les riches : 500 fois plus d’énergie consommée par tête à ne York que chez le paysan indien. Ce qui remet en cause toutes les formes d’encouragement à la natalité, chez nous en France. » Dumont à cette époque liait explicitement malthusianisme et lutte contre la pauvreté. A bientôt 10 milliards de personnes sur notre globe, c’est d’autant plus d’actualité. Un parti écologiste se devrait de dénoncer la politique nataliste du gouvernement français.

Sylvain : Il n’y a pas, scientifiquement, de démonstration comme quoi il y aurait surpopulation de manière absolue.

Michel : Si des gens meurent de faim au niveau mondial, c’est bien un des signes qu’il y a surpopulation. Si nous sommes perpétuellement dans des conflits armés, c’est bien un des signes qu’il y a surpopulation. Si on s’entasse dans des bidonvilles un peu partout sur la planète, c’est bien qu’il y a surpopulation. S’il y a réchauffement climatique, c’est bien parce qu’il y a trop de conducteurs d’automobiles. S’il y a baisse de la biodiversité, c’est bien parce que la surpopulation humaine prend les territoires des autres espèces. Etc. Bien entendu cela n’empêche pas que le niveau économique joue aussi son rôle, c’est bien montré par les interrelations de la formule IPAT (l’impact environnemental I est le produit de trois facteurs : la taille de la Population (P), les consommations de biens et de services ou niveau de vie (A pour « Affluence » en anglais) et les Technologies T utilisées pour la production des biens) et l’équation de Kaya (CO2 = (CO2 : TEP) x (TEP : PIB) x (PIB : POP) x POP. Quant aux scientifiques, surtout les biologistes, ils nous avertissent depuis de nombreuses années qu’une explosion démographique dans un milieu confiné ne peut aboutir qu’au désastre. Pour l’humanité, la planète est devenu une boîte de Petri. Mais c’est vrai, Sylvain, nos facultés d’adaptation sont telles que nous pouvons survivre (et non vivre) même dans le dénuement le plus absolu.

Sylvain : La surpopulation, c’est toujours un rapport relatif entre la population et la capacité de production.

Michel : Il est en effet nécessaire de relativiser le poids du nombre. C’est ce que faisait Malthus en 1798, montrant que dans des conditions naturelles la fécondité humaine suivait une progression géométrique (exponentielle) alors que les ressources alimentaires, à cause des rendements décroissants en agriculture, ne progressaient que de façon arithmétique (linéaire). Malthus peut donc être considéré comme un précurseur de l’écologie puisqu’il mettait en relation le nombre d’humains et les possibilités de production de son écosystème. Aujourd’hui il n’y a pas que la production alimentaire qui pose problème. C’est ce que montrait déjà en 1972 le rapport sur les limites de la croissance. Le raisonnement paraît imparable : « Notre modèle d’analyse des systèmes traite cinq tendances fondamentales : l’industrialisation, la population, l’alimentation, les ressources naturelles non renouvelables et la pollution. Les interactions sont permanentes. Ainsi la population plafonne si la nourriture manque, la croissance des investissements implique l’utilisation de ressources naturelles, l’utilisation de ces ressources engendre des déchets polluants et la pollution interfère à la fois avec l’expansion démographique et la production alimentaire. » Plus récemment le calcul de l’empreinte écologique a montré que notre activité humaine dépassait notablement les capacités de la planète et que nous sommes obligés de puiser dans le capital naturel au détriment des générations futures. En novembre 2017, plus de 15 000 scientifiques de 184 pays proposaient un ensemble de 13 mesures pour faire face à l’urgence écologique dont celle-ci : « Déterminer à long terme une taille de population humaine soutenable et scientifiquement défendable tout en s’assurant le soutien des pays et des responsables mondiaux pour atteindre cet objectif vital. » C’est une demande que devrait relayer publiquement des présidentiables écolos.

Sylvain : La faim dans la monde est toujours la conséquence de l’inégale répartition des richesse. Nous sommes, mondialement, en surproduction, nous gaspillons nos ressources et c’est bien notre mode de vie, à nous les occidentaux, qui en est responsable. Et qui doit changer.

Michel : Bien entendu on ne peut qu’être d’accord avec ces constats de Sylvain en enlevant le mot « toujours » puisque tout est relatif. Mais plus nous sommes nombreux, plus il est difficile de mettre en œuvre une égale répartition des richesses. Pour lutter contre les inégalités, les bonnes intentions qui se contentent de désigner l’objectif ne suffisent pas. Pour une sobriété partagée nous devrions baisser fortement notre niveau de vie. Un militant d’un mouvement écologiste se doit donc de montrer personnellement l’exemple de la sobriété. Que répondrait un parti écolo à cette proposition d’exemplarité?

Sylvain : La question de la démographie se posera peut-être un jour, aux générations futures, après que les autres leviers auront été actionnés. Si nous échouons à changer de civilisation. Mais nous, il nous appartient d’actionner les autres leviers (éducation, répartition des richesses, post-croissance).

Michel : Je ne sais pas si Sylvain a conscience que sa phrase veut dire que c’est aux générations futures d’assumer les conséquences de notre imprévoyance puisque, selon lui, il ne faut traiter aujourd’hui qu’une partie des problèmes. Après nous la fournaise ? Or nous, écologistes, nous œuvrons aussi pour le long terme, pour atténuer les conséquences funestes de la société thermo-industrielle. Il nous faut actionner tous les leviers, comportements individuels, actions associatives, politique électorale. Et ce dans tous les domaines. Si Sylvain ne veut pas agir sur le plan malthusien, libre à lui, mais qu’il ne dise pas qu’un parti écolo ne doit pas aborder la question démographique car ce serait là un « non sujet », donc hors sujet.

Source : Démographie, un « non-sujet » politique ?

Manger les enfants en surnombre, possible ?

On peut rassembler en communauté des partisans de la loi du fusil ou des pacifistes, des survivalistes ou des croissancistes, des végétaliens ou des anthropophages, etc. Les humains ont mille et une manières de concevoir les rapports avec leurs semblables. Tout est possible du moment que l’idée est suivie d’effet. Jonathan Swift pouvait écrire en 1729 : « Un jeune enfant bien sain, bien nourri, est à l’âge d’un an un aliment délicieux, bouilli, rôti, à l’étuvée ou au four, et je ne mets pas en doute qu’il ne puisse également servir en fricassée et en ragoût. Cette modeste proposition est faite pour empêcher les enfants d’Irlande d’être à charge de leurs parents ou de leur pays et pour les rendre utiles au public. En supposant que mille familles de Dublin deviennent des acheteurs réguliers de viande de nourrisson, sans parler de ceux qui pourraient en consommer à l’occasion d’agapes familiales, mariages et baptêmes en particulier, j’ai calculé que cette ville offrirait un débouché annuel d’environ vingt mille pièces. »

Roger-Pol Droit commente : « Les enfants des pauvres sont beaucoup trop nombreux. Fardeaux pour leur familles, charges inutiles pour la société, causes de désordre permanent. Ils mendient et chapardent sans cesse, le constat est donc simple : ils nuisent à l’ordre public. Les alimenter, les éduquer, les entretenir constitue une dépenses colossale. En pure perte…. Swift détaille les multiples bienfaits de son programme, là où il n’y avait qu’accroissement constant de la misère s’installera la prospérité pour tous dans une démographie apaisée. »*

Quel argument opposer à la vente d’un nouveau-né quand une société dite moderne autorise la gestation pour autrui et la vente du fruit de ses entrailles ? Une situation choquante est-elle moralement absurde ? Où doit-on s’arrêter dans le changement des valeurs, évolution d’une société démocratique qui modifie constamment ses normes éthiques jusqu’à proposer des bébés-médicaments, des chimères homme-animal et des embryons transgéniques ? Notez que le texte de Swift mérite réflexion dans bien d’autres de ses aspects, ainsi :

« Je ne prévois aucune objection possible à ma proposition. Qu’on ne me parle pas d’autres expédients : de n’acheter ni vêtements, ni meubles qui ne soient de notre crû et de nos fabriques ; de rejeter complètement les matières et instruments qui encouragent le luxe étranger ; de guérir nos femmes des dépenses qu’elles font par orgueil, par vanité, par oisiveté ; d’introduire une veine d’économie, de prudence et de tempérance ; de cesser nos animosités et nos factions ; enfin, de faire entrer un peu d’honnêteté, d’industrie et de savoir-faire dans l’esprit de nos boutiquiers qui, si la résolution pouvait être prise de n’acheter que nos marchandises, s’entendraient immédiatement pour nous tromper et nous rançonner sur le prix, la mesure et la qualité. »

Manger local, se vêtir local, limiter ses consommations, proscrire le luxe et le profit… c’est pourtant là une proposition fréquente des écologistes ! Faut-il en rire ?

* LE MONDE du 30 juillet 2021, rubrique « Ils rient de tout, jusqu’où ?»

 

Le parti MEI face à la question démographique

A quelques exceptions africaines près, l’abaissement généralisé de la fécondité humaine est une bonne nouvelle. Celle-ci ne doit pas cependant créer l’illusion d’une tendance à l’équilibre. Non seulement, la population mondiale va encore croître d’un à deux milliards d’individus, mais nous voici face à l’onde de choc de l’explosion démographique du XXe siècle, qui a vu notre nombre multiplié par 7, alors que se profile l’effondrement de la base énergétique qui a permis cette croissance.

L’onde de choc d’après l’explosion démographique

La population mondiale grossit de 1,2 % par an (elle double en 60 ans), mais son poids sur les ressources de la planète augmente de 6,8 % par an (doublement en 10 ans). Ce phénomène est alimenté par l’accès au mode de vie occidental de centaines de millions de consommateurs supplémentaires, localisés pour l’essentiel en Asie. Les cinq milliards d’êtres humains laissés en marge du développement ont vocation, à court ou moyen terme, à rejoindre le standard consumériste des pays industrialisés. La Chine et l’Inde sont sur cette voie, à marche forcée… En réalité, la perspective que six, sept ou huit milliards d’être humains atteignent le niveau de vie occidental est matériellement impossible.

L’effacement de la base énergétique

Toutes les périodes de croissance démographique de l’histoire humaine sont liées à des sauts dans la mobilisation des ressources naturelles, notamment énergétiques. La dernière période, qui a pris la dimension d’une “explosion”, repose sur l’exploitation d’une énergie bon marché, le pétrole. Or, dans un délai plus ou moins rapproché, l’offre ne permettra plus de satisfaire la demande. La base énergétique sur laquelle repose la densité actuelle du peuplement humain va s’effacer. Que l’événement se produise en 2030, comme l’annonce l’Agence Mondiale de l’énergie, ne change rien au défi. La fin du pétrole bon marché s’accompagnera d’une contraction de l’économie globale et d’un effondrement de la productivité agricole. Les hauts rendements actuels reposent sur de gros apports d’engrais azotés : or, il faut trois tonnes de pétrole pour produire une tonne d’ammoniaque. Sans les fortes doses d’intrants (associées ou non à l’irrigation), une partie des surfaces agricoles utilisées perdraient même toute capacité à produire. Facteur additionnel, la dérive climatique va déplacer les zones de productivité, rendre plus fréquents les accidents météorologiques qui détruisent les récoltes et noyer des terres sur lesquelles vivent des millions de personnes.

Agir sans tarder

Pour stabiliser l’impact de l’Humanité sur les ressources et les écosystèmes de la Terre, tout en permettant à chacun de vivre selon les standards français, la population devrait se réduire à 1,7 ou 2 milliards d’individus. Cet optimum ne peut pas être atteint rapidement compte tenu de la relative inertie des phénomènes démographiques. C’est pourquoi, les décennies à venir s’annoncent difficiles, surtout si nous ne savons pas anticiper les événements… En démocratie, une formation politique est créatrice d’idées et de propositions, conteste ce qui est contraire à l’intérêt du plus grand nombre et participe à la gestion des villes, des régions et de la nation. Participer à la vie d’une formation politique, c’est s’engager dans la vie et participer à la mise en œuvre de nos idées pour le bien commun. Devenir écologiste, c’est mettre l’Écologie au plus haut des sujets à traiter.

Les Ecologistes – Mouvement Ecologiste Indépendant (MEI)

#PassDeLaHonte, un ramassis d’anti-écolos

Gilets jaunes et anti-vaxx, même combat, même manifestants aux message protéiformes. Essayer de convaincre ces personnes, mélange hétéroclite d’amateurs de l’extrême droite ou de l’extrême gauche, adeptes de pseudo-sciences et convaincus d’un complot des élites, allergiques à un gouvernement quel qu’il soit, criant à la dictature parce que ça défoule. Quelques dizaines de milliers d’opposants à l’extension du passe sanitaire ont défilé le 31 juillet 2021 dans de nombreuses villes de France, anti-masques, anti-vaccins, anti-confinement, anti-tout. Peu importe pour eux que sur les 900 personnes mortes du Covid entre le 31 mai et le 11 juillet, 801 morts n’étaient pas vaccinés. Ils veulent bien mourir, vont-il le faire en chantant la Marseillaise ou l’Internationale ? D’un côté 350 000 personnes de vaccinés par jour (42 millions au total), de l’autre quelques agités du bocal. #PassDeLaHonte, un ramassis d’anti-écolos.

Le spectaculaire plaît, la réflexion fatigue, le consensus s’effrite. Combattre la taxe carbone avec un Gilet Jaune ou ignorer un virus en enlevant son masque est le signe que toute tentative politique de faire raisonner la population est vouée à l’échec. D’autant plus que la sphère médiatique souffle toujours sur les braises. Une prime est donnée aux plus visibles, aux plus braillards, à des minorités organisées et violentes, et à tous les aficionados des réseaux sociaux. Dans ce contexte délétère, vouloir mettre en place des politiques contraignantes pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, restreindre le tourisme, faire en sorte que la voiture individuelle et le voyage en avion deviennent hors de prix, éliminer les achats de luxe et promouvoir la sobriété énergétique, toutes ces mesures indispensables n’obtiendront jamais l’acceptation sociale dans le monde tel qu’il s’agite. Face à des politiques qui vont être qualifiées de liberticides, ce ne sont pas quelques milliers de manifestants qui vont s’insurger, c’est la plus grande partie de la population.

Soyons clair. Protester contre le passe sanitaire, ce n’est pas bon pour résister collectivement à un virus aux multiples mutations, mais pire, cela ne présage rien de bon ni pour la planète, ni pour les générations à venir. La Déclaration universelle des droits de l’homme et du citoyen précise sans ambiguïté que nous ne sommes libres que dans la mesure où nous ne nuisons pas à autrui. Nous ne mesurons pas toutes les conséquences de cet article fondateur quand nos actions au quotidien détériorent les conditions de vie au présent et pour le futur.

Création d’une internationale malthusienne

Nous allons consacrer chaque jour du mois d’août à la question démographique. Bientôt 8 milliards d’habitants sur une planète qui se réduit en proportion pour chaque individu, et pourtant les médias ne s’emparent pas de cette question brûlante, pourtant encore plus source de menaces que le réchauffement climatique. Nous notons cependant un léger frémissement, on commence même à parler malthusien. Signalons par exemple que les 21 et le 22 août prochains l’association Suisse Ecopop fêtera son 50ème anniversaire à Filzbach en Suisse. Cet anniversaire sera l’occasion de lancer de manière plus concrète la future fédération des associations européennes antinatalistes ; sa dénomination provisoire, EPA (European Population Alliance). Depuis quelques mois déjà, des personnes élaborent les structures de ce mouvement via des visio-conférences. La France et son association Démographie Responsable a participé à ces réunions préparatoires.

Message reçu d’Ecopop : Dear friends of the future EPA,

The board of ECOPOP is looking forward to a fruitful collaboration with all of you!

To kick it off, ECOPOP is pleading to start with a membership fee of Euro 50.- / organisation. By these means, also smaller organizations can afford a membership. On the occasion of our 50 years jubilee, the board of ECOPOP has decided to donate an initial seed capital to EPA of CHF 5’000.-, depending on future activities and sensitive to effective investments. By the same token, ECOPOP hopes doing this step encourages other bigger organisation to also donate voluntarily more than the bare minimum, in accordance with their organisations budgets. Our board also discussed that the membership fee could be adapted, according to future working volume and the need for investments. An estimated budget for EPA should be established as soon as possible. We believe it is vitally important that every organization actively participates and also invests actual working hours in order to create a successful EPA.

NB : Ne pas confondre EPA et EPA, « Enquête sur la Population Active » ou Environmental Protection Agency !

Donnons au futur l’importance qu’il mérite

La question du temps recouvre tout un champ de l’économie qui étudie les phénomènes à partir des comportements individuels. Du point de vue des écologistes, il ne s’agit pas simplement d’arbitrer entre consommation présente et épargne (consommation future), mais de tenir compte au présent de la planète à transmettre aux générations futures.

Laurie Bréban : Les économistes expliquent la manière d’arbitrer dans le temps entre consommation présente et épargne (consommation future). Dans les modèles microéconomiques, on accorde un forte pondération au présent relativement au futur, « la préférence pour le présent ». Dans La Théorie des sentiments moraux, ouvrage d’Adam Smith publié en 1759, on distingue deux types d’individus : les « prodigues », qui se laissent emporter par la « passion » pour les jouissances présentes, et les « frugaux », qui s’astreignent à épargner une part importante de leur revenu présent afin d’obtenir un profit dans le futur. Deux possibilités s’offrent à ces derniers : utiliser eux-mêmes leurs fonds ou les prêter. C’est afin d’orienter les fonds prêtés vers le financement dans des secteurs apparemment moins profitables, mais au rendement plus certain et plus durables, que Smith propose de réguler le marché du crédit. La fixation d’un taux d’intérêt maximum légal permettrait d’évincer les investisseurs imprudents du marché du crédit au bénéfice des « investisseurs sages ». » Mais on sait aussi que les interactions sociales influencent la manière dont les individus maîtrisent leurs passions et leur attitude à l’égard du temps.

Michel Sourrouille : Croissance, croissance, Laurie Bréban est une croissanciste. L’épargne ne sert qu’à investir pour une croissance future. Or les économistes devraient savoir qu’investir aujourd’hui, c’est accroître le capital productif pour dégrader encore plus une planète déjà fort mal au point. Les « frugaux » dont parlait Smith au Laurie Bréban XVIIe siècle pratiquent aujourd’hui la simplicité volontaire, réduisent leur revenus monétaires et donc se retrouvent avec une capacité d’épargne proche de zéro. Ils sont l’avant-garde qui montre que le gaspillage de nos consommations ostentatoires, c’est le passé, c’est fini, et qu’il nous faut pratiquer la sobriété partagée. Comme l’indique en passant Laurie, il n’y a pas de comportement gravé dans le marbre, ils évoluent avec les interactions sociales, ce qu’on appelle les interactions spéculaires : chacun fait ce qu’on attend de lui, et la planète nous dit : stoppez vos investissements à la con qui détruisent les possibilités de vos vies futures.

Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphere :

19 mars 2021, Les générations futures font entendre leurs voix

24 juillet 2020, Notre futur, la résilience alimentaire locale

25 mai 2019, Fridays for Future, génération CLIMAT dans la rue

2 février 2012, les coûts cachés du nucléaire, l’oubli des générations futures

18 janvier 2012, Tribunal pour les générations futures : la surpopulation

L’économie française accélère… face au mur !

Bruno Le Maire, ministre de l’économie : « La performance exceptionnelle de l’économie française devrait lui permettre de renouer avec son niveau d’avant-crise début 2022. L’acquis de croissance atteint à la fin du premier semestre (4,8 %) rend atteignable l’objectif de 6 % fixé pour 2021. »

Selin Ozyurt, économiste : « Les indicateurs sont au vert : la confiance est là, les carnets de commandes sont pleins, et la situation est d’autant plus favorable que les revenus des ménages ont été préservés pendant la crise ».

Pour nous faire plaisir en tant qu’écologiste, voici quelques commentaires sur lemonde.fr expliquant que croissance au vert ET écologie verte sont incompatibles :

Cyclable : Parfait, 6% de croissance au service du même type de système économique. Pas de remise en question, pas de projection, tout le monde est content, rendez-vous donc à la catastrophe climatique (et, pour elle, il n’y aura pas de vaccin). Bon, faut dire que l’on ne change pas une équipe qui perd.

Popov : Est-ce qu’à un moment les gens vont comprendre que « reprise économique » ou « atteindre le niveau de productivité de 2019 » n’est pas une bonne nouvelle pour le climat ? On ne peut pas écrire des articles alarmistes sur le climat et s’enorgueillir d’une reprise économique fulgurante d’un autre côté. Il va bien falloir se rentrer dans le crâne que les deux sont incompatibles !!

jamaiscontent : Bienvenu dans le monde d’avant, celui où le PIB est le seul indicateur retenu pour parler de tout, celui qui a causé la crise de 2008 puis celle du Covid, celui qui provoque l’emballement climatique et créé des millions de réfugiés climatiques. Chouette, le PIB augmente, on va consommer, gaspiller, réchauffer !!

disparition des lucioles : Le PIB est un mauvais indicateur, il est urgent de le réformer. Une marée noire augmente le PIB. Un accident sur l’autoroute augmente le PIB. Le thermomètre préféré des économiste, sur lequel se base TOUTES nos politiques, ne prend en compte ni les lois de la thermodynamique ni le capital naturel, comme si ce dernier était une abstraction pure et illimitées. (voir Jancovici, Giraud, Bihouix)

Klyden : Il faudrait 2,9 planètes Terre pour subvenir aux besoins de l’humanité si nous vivions tous comme les Français. En France on surconsomme les ressources de notre planète et le ministre de l’économie se félicite que cette année, on surconsomme encore plus que l’année dernière.

O-Sidartha : Ah bon , j’espérais qu’on avait compris qu’il fallait changer de façon de vivre pour moins polluer et éviter le réchauffement climatique. Il n’en est rien ,on recommence comme avant en triomphant …. Alors le prochain COP en Ecosse, pourquoi faire le déplacement vu que ça ne sert à rien ?

« Résilience », l’administration du désastre

Walter Benjamin: Un bon manuel de jardinage serait sans doute plus utile, pour traverser les cataclysmes qui viennent, que des écrits théoriques persistant à spéculer imperturbablement sur le pourquoi et le comment du naufrage de la société industrielle.

René Riesel : Les représentations catastrophistes massivement diffusées ne sont pas conçues pour faire renoncer à notre mode de vie si enviable, mais pour faire accepter les restrictions et aménagements techniques qui permettront, espère-t-on, de le perpétuer.

Thierry Ribault : L’idéologie de l’adaptation  est la dernière-née des technologies du consentement. Les politiques publiques répondent aux désastres du techno-capitalisme – des politiques anti-Covid19 aux plans de lutte contre le réchauffement climatique – par une nouvelle religion d’État, la résilience. Alors que la catastrophe nucléaire de Fukushima se poursuit depuis plus de dix ans maintenant, le gouvernement japonais a mis en œuvre une « politique de résilience » enjoignant la population à vivre, quoi qu’il en coûte, avec la contamination radioactive. La gestion par les « seuils » d’insécurité, revus à la hausse, relève de l’ignorance organisée : tant qu’ils ne sont pas dépassés, l’évaluation du risque ne requiert pas d’action supplémentaire. Or l’accommodation est en réalité inapplicable dans le monde de la radioactivité, comme dans nombre de situations d’exposition toxique ou de contamination. L’ignorance organisée opère un rétrécissement cognitif permettant d’aménager une réalité contradictoire : vivre en toute plénitude dans un milieu nocif. La résilience institue les victimes en cogestionnaires du désastre. On évalue ses chances de survie, on s’endurcit pour faire face au désastre. C’est une attitude aux antipodes du fait de ressentir la menace et de s’attaquer à ses causes réelles. La résilience fétichise les moyens pour éviter de réfléchir aux fins. Arguer que si la connaissance était disponible une action enfin rationnelle en découlerait relève d’une vision naïve. Il nous faut reconnaître notre impuissance, y compris technologique, face aux désastres, en prendre acte et en tirer les conséquences.

Anthony Laurent (Sciences Critiques) : Si la résilience est une « imposture solutionniste », comme vous l’écrivez, comment faire face aux désastres qui nous menacent ?

Thierry Ribault : Donner la parole au malheur, certes, mais pas pour lui donner un sens afin de mieux l’évacuer. Faire advenir à la conscience la dureté de ce qui est. Sortir de l’exaltation du sacrifice et de la souffrance, inversement proportionnelle aux efforts déployés pour en être épargnés. Reconnaître notre impuissance, y compris technologique, face aux désastres, en prendre acte et en tirer les conséquences. Proclamer les vertus du courage, de l’endurance, de la solidarité, ne sert qu’à détourner de la peur, qui passe désormais pour une vanité ou une honte. Alors que la peur est un moment indispensable pour prendre conscience des causes qui nous amènent à l’éprouver, la peur est devenue le symptôme d’une maladie de l’inadaptation que la résilience est censée soigner. On peut comprendre les motifs d’un gouvernement par la peur de la peur, car elle peut stimuler en nous la colère et la nécessité de bouleverser une organisation qui se nourrit du désastre qu’elle génère.

Pour approfondir, le livre de Thierry Ribault « Contre la résilience. A Fukushima et ailleurs »  (L’Echappée, 2021)

Les « signes vitaux » de la Terre au rouge

Alerte scientifique : Les gouvernements ont, de manière systématique, échoué à s’attaquer aux causes du changement climatique : « la surexploitation de la Terre ». Sur les 31 « signes vitaux » de la planète, qui incluent les émissions de gaz à effet de serre, l’épaisseur des glaciers ou la déforestation, dix-huit atteignent des records, selon un texte publié dans la revue BioScience. Ainsi, en 2020 et en 2021, malgré la chute des émissions de gaz à effet de serre liée au ralentissement de l’activité, induit par la pandémie de Covid-19, les concentrations de CO2 et de méthane observées dans l’atmosphère n’ont jamais été aussi élevées et la déforestation en Amazonie brésilienne transforme ce puits de carbone crucial en émetteur net de CO2. Les auteurs estiment qu’il existe « de plus en plus de preuves que nous approchons, voire avons déjà dépassé » certains des points de bascule qui pourraient entraîner le système climatique vers un changement dramatique et irrémédiable. Les auteurs réclament des actions radicales, éliminer les énergies fossiles, s’éloigner du modèle de croissance actuel et stabiliser la population mondiale.

La plupart des commentateurs sur lemonde.fr s’inquiètent :

Michel SOURROUILLE : J’ai lu les 60 commentaires, assez concordants dans le pessimisme. Dommage qu’aucun ne fasse référence au jour du dépassement qui aura lieu demain 29 août 2021. A partir de ce moment-là nous puisons dans le capital naturel, nous nous appauvrissons irrémédiablement… et nos générations futures à plus forte raison. Le constat d’effondrement en cours est effrayant, mais il est vrai aussi que nous vivons encore une période d’anesthésie, la plupart des « consummateurs » et des politiciens qui les représentent ne rêvent que d’une chose, revoir bientôt le monde d’avant la pandémie et ses contraintes. Comme je le dis sur le blog biosphere depuis plus de quinze ans maintenant, puisque la pédagogie de la catastrophe n’a aucun impact suffisant, c’est la catastrophe qui servira de pédagogie… pour les survivants !

Rémont : Si ces scientifiques ont raison, la situation est déjà irrémédiablement fichue et ce n’est même plus la peine de faire semblant de chercher une solution. Préparons les soins palliatifs des dernières générations humaines et considérons que c’est du sadisme pur que de faire des enfants forcément voués à la catastrophe .

Justin Kidam : Éviter le gâchis des ressources, stopper la croissance de la population, etc… Comme le font remarquer beaucoup de commentaires, il sera extrêmement difficile, voire impossible d’y parvenir. Mais ce n’est pas une raison pour ne pas commencer. Parce qu’il y a des tas de choses faciles et quasi indolores à faire pour commencer. Pourquoi les SUV sont-ils encore la catégorie de voiture la plus vendue en France? Pourquoi au supermarché trouve t on encore des fruits qui ont parcouru la moitié de la terre avant d’arriver ? Je ne comprends pas les consommateurs qui achètent des poires d’Afrique du Sud ou du raisin d’Inde.

Mafalda : Bon nombre de gens ont depuis longtemps conscience qu’il faut changer nos modes de vie, stopper le libéralisme (et non pas nos libertés, comme certains se plaisent à confondre), et arrêter de dilapider les richesses planétaires détournées au profit de quelques uns. Ça bouge : dans les urnes, dans la rue, dans nos vies, nos associations, nos syndicats.

le sceptique @ Mafalda : Mouais, pour l’instant les opinions et les régimes bougent plutôt vers la droite. Si les écolo-gauchistes pensent qu’ils ont trouvé le truc pour ré-inventer le soviet, on peut craindre qu’ils ré-inventent surtout la voie vers la case prison ou cimetière dans l’hypothèse où ils se montrent un peu trop virulents avec leur utopie. Les gens ont de bonnes raisons d’être davantage intéressés parce que vous n’aimez pas, l’option technologique du dépassement (véhicules électriques, avions à biocarburant, trains à hydrogène, fermes de serveurs accolée à des grands barrages alimentant des loisirs et échanges numériques sans fin, burgers à viande de synthèse, conso recyclée en néo-matériaux, robots autonomes, rêves d’exploitation de l’espace, etc.). Enfin, on verra bien.

Gloup : Lorsque l’instinct de survie individuel, pollué par des années de consumérisme, ne peut plus voir son intérêt à préserver son environnement sur le long terme, cela ressemble à un suicide collectif… Malheureusement, à part une éradication de l’espèce invasive, je ne trouve pas vraiment de mesure rapide et efficace… Se contenter de peu, avec quelques exceptions, pour être heureux n’est déjà plus à l’agenda…

Robert Corel : Il faut réduire la population mondiale par un contrôle des naissances et un maintien du taux de fécondité sous le seuil du renouvellement . Personne enfin peu de gens sont prêts à l’entendre, c’est pourtant essentiel si on veut offrir à toute l’humanité la paix et un niveau de vie correct.

Lesseville : C’est une évidence rejetée par beaucoup mais 1 milliard en 1900 , 7 aujourd’hui et 11 en 2100 c’est du suicide pour notre espèce.

Untel : C’est une solution à long terme tout à fait possible, appliquée en Chine avec succès. Au lieu de ça des scientifiques militants entretiennent l’illusion auprès des lecteurs (les plus naïfs) que le Père Noël va apporter la fin des énergies fossiles et un changement de modèle économique. Comme ça, parce qu’ils le lui ont demandé gentiment dans une petite tribune. Si la survie de la planète dépendait vraiment de ces bisounours nous serions mal barrés !

Claude Kalman : Et pendant que l’irrémédiable approche, Xi Jinping, Narendra Modi, Erdogan, Bolsonaro, Dutertre, Al-Sissi, au Moyen-Orient et en Afrique, les chefs d’état, autoritaires ou tyranniques, ne pensent qu’à une chose : renforcer leur pouvoir sur les milliards d’humains qu’ils gouvernent. Je fais le colibri, bien sûr. Mais comment espérer ?

Dilemme de À à Z : A partir des années 2001 , il a fallu se protéger des terroristes … surveillance , protection policière , vigipirate , fichage etc… en 2020 , il a fallu se protéger du virus …confinement, restrictions , pass sanitaire , masques …. Demain de nouvelles contraintes vont se faire jour … pour sauver la planète et des catastrophes… restreindre l’usage des voitures et avion , manger autrement ,… la technologie va nous aider à alléger ces contraintes , mais elle vont perdurer et il faut réinventer le vivre ensemble d’urgence et réfléchir aux politiques à mettre en œuvre … la liberté devient conditionnelle .. et espérons plus égalitaire … chacun devra faire sa part , beaucoup n’en auront pas envie … que va devenir la démocratie face à l’urgence pour l’humanité ?

SuperKurva : Le problème de tous ces braves gens un peu poètes (« les signes vitaux de la Terrre », LOL²) est qu’ils essayent désespérément de résoudre la crise climatique avec un modèle démocratique. Prenez la campagne de vaccination. Pensez-vous un instant résoudre un problème de cette nature avec l’aide des Dupont-Aignan, le gilets jaunes amateurs de SUV diesel d’occaz , Melenchon, Francis Lalanne et autres Ciotti qui crient à la dictature à propos de la vaccination et du pass sanitaire ? La réalité est que nous irons vers des régimes politiques réellement autoritaires qui seront seuls à même de résoudre un problème de cette nature et d’*imposer* les mesures nécessaires, certes aux « riches », mais surtout aux demi-pauvres qui pleurnichent après les aides pour acheter leur nouveau smartphone, la dernière console à la mode ou aller en vacances très lowcost dans les pays arabes.

pierre marie : l’inconvénient des dictatures qui veulent faire le bien, c’est qu’elles font d’abord beaucoup de mal. Et s’arrête là. Beaucoup d’œufs cassés et pas trop d’omelette.

SuperKurva @pierre-marie : aucune dictature ne veut « faire le bien » comme vous dites. Elles essayent de perpétuer leur propre pouvoir.

Eric.Jean : Les limites de la croissance, y compris par épuisement de l’environnement, ont été modélisées très correctement dés 1972 par un groupe de scientifiques et d’économistes mandatés par l’OCDE (le « Club de Rome ») quand ils ont publié leur rapport (dis « rapport Meadows ») Personne n’a nié la qualité des travaux mais comme les conclusions n’étaient pas plus acceptables que l’annonce d’un cancer mortel à un homme apparemment en bonne santé ,le rapport a été rangé au fond de l’armoire et la société a continué dans le déni. Je n’ai guère de doute qu’elle continuera, l’homme n’est pas assez intelligent pour échapper au destin biologique de tout le vivant végétal ou animal : Croître en utilisant toutes les ressources disponibles puis décroître avec l’épuisement de celles-ci.

M51705 : Oui l’objectif de bâtir un monde pire est donc beaucoup plus raisonnable !

MaxLombard : Mes frères et mes sœurs la fin des temps approche, repentez vous … Tiens j’ai déjà entendu çà !

Biosphere @ MaxLomard : Cher Terrien trop humain, puisque que n’as pas encore compris que la très forte probabilité d’une catastrophe découle d’études scientifiques et non d’une croyance aveugle, la Terre-mère ne t’aime plus, tu es trop méchant…

29 juillet 2021, « le jour du dépassement »

L’humanité a consommé, le 29 juillet, l’ensemble des ressources planétaires.. C’est donc le « jour du dépassement de la Terre ». Cet indice a pour but d’illustrer la consommation toujours plus rapide d’une population humaine en expansion sur une planète aux ressources limitées. Il faudrait ainsi, cette année, 1,7 Terre pour subvenir aux besoins de la population mondiale de façon durable. La date est calculée en croisant l’empreinte écologique des activités humaines (surfaces terrestre et maritime nécessaires pour produire les ressources consommées et pour absorber les déchets de la population) et la biocapacité de la Terre (capacité des écosystèmes à se régénérer et à absorber les déchets produits par l’homme, notamment la séquestration du CO2). Le « dépassement » était fixé au 29 décembre en 1970, au 4 novembre en 1980 et au 7 août en 2010. A partir de ce moment-là, l’humanité puise dans le capital naturel, ce qui n’est pas durable ; on ne brûle pas sa maison impunément.

Quelques commentaires sur lemonde.fr :

Le Vrai est en premier lieu invisible : C’est toujours un mystère pour moi ce « jour du dépassement ». Alors lorsqu’on le dépasse, en suite, on vit sur quoi comme ressources matérielles ?!!

LeBret : On va essayer une métaphore. Si vous récoltez un hectare de blé, la production est séparé en 2 : une partie que vous allez consommer jusqu’à la prochaine récolte, et une partie que vous conservez pour resemer l’année prochaine. Cette partie doit vous permettre de resemer au moins un hectare. Si durant l’année vous consommez trop, vous allez consommer la partie destiner à être resemée, et l’année suivante vous ne pourrez resemer que 0,9 ou 0,8 hectare. Mais vu que l’année précédente un hectare n’a pas suffit, une surface inférieure ne suffira pas. Donc vous allez encore plus consommer la partie destinée à être resemer. Et ainsi de suite. Tant qu’il y a de la marge, ça passe. Mais si votre consommation annuelle continue à augmenter ou si il y a un coup dur (sécheresse…) cela vire très vite à la catastrophe. Est-ce plus clair ?

Musicale : Un journaliste pour s’intéresser à la méthode de cette ONG ? Et à ses limites justement. Ce jour du dépassement qui revient chaque année fait vendre du papier et stimule nos penchants défaitistes avec des airs de fin du monde. Il serait d’utilité publique de vérifier que le calcul et le mètre étalon sont pertinents

Pierre E. @musicale : en quelques clics vous trouverez aisément ce que vous cherchez et pourrez vous faire votre idée par vous même. Mais ce n’est pas en mettant en doute la précision du thermomètre que vous supprimerez l’augmentation (ou la diminution) de ce qu’il mesure. Quant aux « penchants défaitistes », je crains qu’ils ne soient d’équivalente valeur aux « penchants optimistes » : moins fiables que la mesure, aussi imparfaite soit-elle, de l’empreinte écologique globale.

Jean-Claude TIREX : Depuis le temps que cette ONG américaine nous rabâche cette antienne, la planète ne devrait plus exister. Où est l’erreur?

Michel SOURROUILLE : on nous rabâche de différentes manières qu’il faut pour la durabilité de notre monde vivre et consommer autrement, mais certains comme Jean-Claude Tirex restent allergiques aux Cassandre. Jean-claude, petit conseil de lecture : « Le rapport Meadows, limites à la croissance » écrit en 1970, mis a jour en 1990 et 2010. Tout y est, et j’ai eu qq nuits blanches en lisant ces travaux. Surtout qd on sait depuis 50 ans, que les boomers étaient au courant et qu’ils n’ont RIEN fait. Bonne lecture !

Marc Br : Et bien je vais aller faire un p’tit tour de périph avec ma M3 pour fêter cela,à 3H du matin on peut faire un bon temps. Bon un peu d’effort les écolos mettez moi des bornes de recharges et du nucléaire partout et je ferai mon tour de périph avec une Tesla ! ! !

Michel SOURROUILLE : Marc Br veut continuer à vivre à crédit au détriment des possibilités de vie de nos générations futures, il vit encore à l’époque du nucléaire et des périphériques.
MaxLombard : Encore un effort et le dépassement arrivera avant la fin de l’année précédente !

Michel SOURROUILLE : Et comme MxLombard l’exprime à juste titre, notre consommation de capital renouvelable de la planète prendra, au rythme où on va ,plus qu’une années entière. Autant dire que la situation de l’espèce humaine, un véritable parasite si ce n’est un cancer, de la Terre, deviendra complètement désespérée. D’ailleurs des humains dans plusieurs de nos contrées en crèvent déjà de guerres et de famines sans compter les épidémies… Malthus nous avait portant prévenu, on ne peut faire plus que ce que le substrat matériel nous permet de faire de façon renouvelable.

Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphere :

22 août 2020, Jour du dépassement

29 juillet 2019, jour du dépassement

Le Jour du dépassement, aujourd’hui 1er août 2018

13 août 2015, le jour du dépassement des limites

Le jour du dépassement, 19 août 2014 : tous aux abris !

Aujourd’hui 22 août 2012, le jour du dépassement

le jour du dépassement, 27 septembre 2011

le jour du dépassement, 21 août 2010

éthique de la réciprocité… intergénérationnelle

Nous ne voyons nulle part d’altruisme inconditionnel (hormis quelques figures exceptionnelles type Gandhi), que ce soit dans des petits groupes ou dans de grandes communautés. Il pourrait en être autrement. Individuellement et collectivement, nous avons toujours théoriquement le choix. Car c’est notre socialisation qui formate nos sentiments. D’un côté l’égoïsme, le chacun pour soi, la violence à fleur de peau, les conflits familiaux et de voisinage, etc. Au niveau collectif, l’exubérance irrationnelle mais si merveilleuse du pillage total de la planète par un consumérisme de satisfaction immédiate. De l’autre nous pourrions cultiver l’altruisme, l’empathie envers autrui et l’ensemble du vivant et plus généralement une austérité assumée pour laisser des ressources viables aux générations futures et de l’espace pour les autres espèces vivantes. On peut donc de façon contradictoire adhérer aux codes d’une bande de prédateurs ou se sentir concerné par l’avenir lointain. Parvenus au point où nous en sommes, une planète exsangue, nous voici sommés de choisir entre une évolution fondée sur des sentiments positifs où l’emporteraient l’amitié, la solidarité, la coopération, la fraternité, la convivialité, les forces de l’esprit et, pour tout dire, l’amour, et une société encore et toujours traversée d’intenses compétitions aboutissant à des conflits généralisés et à un cataclysme écologique sans précédent. En d’autres termes, nous n’avons pas le choix, mais nous n’en avons pas encore conscience.T el devrait être le postulat d’un écologiste, combattre l’égoïsme et favoriser l’altruisme.

Selon la morale en vigueur, nous pouvons faire tout ce qui ne nuit pas à autrui et nous devons assurer aux autres membres de la société la jouissance de ces mêmes droits. C’est ce qu’on appelle une éthique de la réciprocité. La plupart du temps, on pratique la réciprocité directe, je te redonne l’équivalent de ce que tu m’as donné. C’est typique de l’échange marchand, j’ai obtenu l’objet ou le service, je paye directement en monnaie. C’est là une conception étriquée de l’éthique. Car qui dit réciprocité dit aussi relation. Il commence à exister une réciprocité généralisée, se comporter de telle façon que si les autres faisaient de même, la société deviendrait meilleure. Peu importe le résultat immédiat, l’important est d’indiquer le chemin à suivre. Par exemple, si tout le monde était objecteur de conscience, rejetant l’usage collectif des armes, il n’y aurait plus de guerres. Le gros problème réside dans le « si ». Les objecteurs en France ont été très peu nombreux en France malgré le fait qu’ils aient obtenu officiellement un statut en 1963, et plus personne n’en parle aujourd’hui avec la suspension du service militaire pour les jeunes. On ne peut guère attendre des autres qu’ils pratiquent la réciprocité généralisée dans une société qui célèbre le culte des armées et le choc des nations. Mais si tu ne commences pas à agir pour le bien commun, qui le fera ? Au niveau écologique, la tentative des colibris est une autre application : l’exemplarité de ceux qui pratiquent la simplicité volontaire pourrait servir de catalyseur, et devenir un mouvement de masse. Mais à l’heure de la consommation de masse et de l’abondance à crédit, les changement de comportements individuels et collectifs restent microscopiques.

Envisager une réciprocité intergénérationnelle, considérer des êtres qui n’existent pas encore et agir pour leurs intérêts futurs, demande encore plus d’ouverture d’esprit qu’une réciprocité généralisée uniquement adaptée aux temps présents. Il nous faudrait répondre aux besoins des générations présentes sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs. Cette belle phrase, popularisée par le Sommet de la terre de Rio en 1992, a été malheureusement considérée comme donnant droit à encore plus de croissance économique. L’oxymore « développement durable » de Rio a laissé place à l’imbécillité de l’expression « croissance verte », et maintenant nous subissons le mot fourre-tout « transition écologique ». Des mots, des mots pour mélanger l’inconciliable. L’inflation d’oxymores aujourd’hui tels que « voiture propre », « fonds de placements éthiques », « entreprises citoyenne », « croissance durable », « guerre propre », « agriculture raisonnée », « marché civilisationnel », « financiarisation durable », « flexisécurité », « moralisation du capitalisme », « vidéoprotection »… est symptomatique d’une société qui se grise de paroles pour ne pas penser à une rupture radicale avec la société thermo-industrielle. Tourner complètement le dos à notre confort exosomatique actuel est pourtant une condition incontournable pour pouvoir laisser quelques miettes aux générations futures. Nous devrions tous connaître l’expression « acteurs absents », l’avenir s’en porterait mieux.

En savoir plus sur l’éthique de la réciprocité :

15 avril 2014, Choisir l’égoïsme du présent ou l’altruisme envers avenir

15 octobre 2017, De l’ère de la compétition à la loi de la réciprocité

4 novembre 2017, Quelle boussole pour diriger mon action envers autrui ?

29 juin 2020, Le colibri, emblème de l’écologie en marche

En savoir plus sur l’éthique intergénérationnelle :

28 mai 2019, De la génération 1968 à la génération climat

19 mars 2019, Les générations futures font entendre leurs voix

2 février 2012, les coûts cachés du nucléaire, l’oubli des générations futures

18 janvier 2012, Tribunal pour les générations futures : la surpopulation

Mort de la recherche-développement, enfin !

La conception d’une science neutre, motivée par la saine curiosité intellectuelle et la passion de la découverte, a aujourd’hui cédé le pas au vrai visage de la science moderne, rattachée par des liens organiques à la société industrielle qu’elle alimente en progrès illusoires et néfastes tout à la fois. … Les applications industrielles de la recherche scientifique ont permis un développement considérable des forces productives, entraînant désastres écologiques et décomposition sociale. C’est pour cette raison que je condamne la recherche-développement pour toutes ces découvertes qui font dorénavant partie de notre vie quotidienne : centrales nucléaires et téléphones portables, industries agroalimentaires et pesticides, voitures et TGV, tourisme spatial, etc. De toute façon, comme l’exprime à juste titre Jean Colcombet, la décrue énergétique supprimera des pans entiers de la recherche académique. Déjà des gens ultra-diplômés en viennent à travailler la terre…

Jean Colcombet (INRAe, biologie végétale) : « En moins d’un siècle, la mécanisation a entraîné une diminution drastique du nombre d’agriculteurs, a décuplé la productivité au point de rendre les ouvriers quasi accessoires et a permis un accroissement explosif du secteur tertiaire, devenu nécessaire pour gérer des flux de plus en plus complexes… L’ironie veut que la recherche scientifique, fille de la modernité et des énergies fossiles, nous aide à analyser les grands enjeux de l’anthropocène : nous comprenons désormais que notre développement glouton nous fait dépasser les frontières planétaires et fragilise les écosystèmes… Si nous n’y prenons garde, la décrue énergétique inévitable et les perturbations environnementales déstabiliseront notre agriculture et la société dans son ensemble. Il est alors possible que notre histoire s’écrive à rebours de celle des siècles passés : moins d’énergie et de mécanisation induira un retour aux activités manuelles et à la terre, dans un contexte environnemental dégradé. Cette simplification sociétale, mal comprise et mal préparée, sera vécue à juste titre comme une perte, engendrant de fortes tensions sociales… Dans un monde en contraction, ne devons-nous pas considérer que, face à l’urgence écologique, certains domaines de recherche sont plus importants que d’autres ? »

Bref, chaque chercheur ne doit-il pas se demander quel sens donner à un possible chant du cygne de son activité ?

Notre synthèse sur ce blog biosphere :

BIOSPHERE-INFO, sur la « science sans conscience »

l’Écologisme devient un mythe fédérateur

Les valeurs écologistes vont dessiner de nouvelles normes sociales en passe de se substituer à celles de la civilisation thermo-industrielle. Ce que je propose à titre de sociologue, c’est de voir comment le discours éco-environnementaliste est en train de se constituer comme fait social total, c’est-à-dire comment il est en mesure de mobiliser à la fois les individus et les institutions afin de réguler les comportements. Le discours écologiste a toutes les caractéristiques d’un discours mythique au sens où l’entend Claude Lévi-Strauss, c’est-à-dire qu’il permet à toute société humaine de construire du sens à propos de l’univers dans lequel elle évolue. Le mythe fabrique du lien social et des objectifs. L’anthropologue souligne que « la substance du mythe ne se trouve ni dans le style, ni dans le mode de narration, ni dans la syntaxe, mais dans l’histoire qui y est racontée ». Le mythe codifie les interdits moraux et sociaux, mobilise dans un but donné par l’effet de croyances partagées par l’individu et le collectif. Rare sont les mythes qui sont en mesure comme l’Écologisme de mobiliser en l’espace de deux générations seulement autant de gens et de politiques. La promesse faite par l’écologisme est celle d’un avenir radieux pour la planète, où l’empreinte de l’être humain sur la planète serait limitée au maximum, où la décroissance économique et démographique serait à l’ordre du jour, où le climat serait revenu à ce qu’il était avant la révolution industrielle, où la pollution serait quasi-inexistente, où l’autosuffisance alimentaire deviendrait chose courante, où la consommation de viande ne serait le fait que de quelques irréductibles, où toute production industrielle serait soumise au principe de précaution… L’Écologisme se veut essentiellement une déconstruction de la révolution industrielle, une remise en question de toutes les valeurs capitalistes. Elle remplace par une nouvelle perception des réalités biophysiques l’idée que la croissance économique est source de progrès et que la technologie reste la seule solution pour résoudre les problèmes qu’elle a créé.

La construction de ce mythe se dessine sur un fond d’incertitudes multiples et inquiétantes, c’est ce qui fait sa force. Greta Thunberg ne dit-elle pas : : « Je ne veux pas que vous soyez plein d’espoir. Je veux que vous paniquiez. Je veux que vous ressentiez la peur que je ressens tous les jours. Et ensuite, je veux que vous agissiez. » Quand bien même l’American psychological association (APA) n’a pas intégrée cette peur à sa bible des maladies mentales, le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-V), elle l’officialise peu à peu, évoquant l’éco-anxiété dans son rapport de mars 2017 consacré aux conséquences des changements climatiques sur la santé mentale. Sa définition : « peur chronique d’un environnement condamné ». 

Nous prenons conscience avec l’Écologisme que l’être humain est fondamentalement un prédateur de la nature, une espèce envahissante, en quelque sorte un cancer à la surface de la planète. Et les penseurs de la nature sauvage ainsi que les néo-malthusiens peuvent en conclure à juste titre que moins il y aurait de gens sur la planète, plus nombreux seraient le milieux naturels protégés et plus les humains bénéficieraient d’une meilleure qualité de vie. D’autre part, si nous considérons les humains comme un chancre destructeur, il est de peu d’intérêt de prendre position contre le génocide au Darfour, la guerre en Irak ou la pauvreté, parce que ces préoccupations particulières relèvent du militantisme socio-culturel et non du combat environnemental.

Concluons avec Greta Thunberg : « Je me fiche de savoir si ce que je fais – ce que nous faisons – est ou non plein d’espoir. On doit le faire de toute façon. Même s’il n’y a plus d’espoir et que tout est sans espoir, nous devons faire ce que nous pouvons. »

NB : libre reconstitution de l’idée générale du livre de Pierre Fraser,

L’écologisme ou le succès d’une idéologie politique (éditions Liber, 2021)

La filière (bio)Gaz naturel véhicule, beurk

tribune du MONDE: « Nous, élus de toutes sensibilités politiques, appelons de nos vœux des motorisations à faibles émissions utilisant un « mix » énergétique : énergie électrique, (bio)gaz et hydrogène ; la fin des véhicules essence et diesel ne saurait se traduire par le remplacement d’un monopole énergétique par un autre. La réglementation européenne, en mesurant uniquement les émissions de CO2 en sortie de pot d’échappement, pénalise le (bio)Gaz naturel véhicule (GNV). Il s’agit pourtant d’une énergie renouvelable, produite localement à partir des boues d’épuration, de la méthanisation des déchets alimentaires et des effluents d’élevage. En se basant sur une analyse du cycle de vie, les performances environnementales de véhicules bio GNV sont supérieures à toute autre solution… »

Cosigné par un présidentiable écolo Eric Piolle, ce pensum pue le lobbying pour la filière gaz naturel. Les commentateurs sur le monde.fr se déchaînent :

Wiss : « un collectif de membres d’associations et d’organisations environnementales » Sic.. Je n’en ai pas trouvé dans les signataires. Justes de élus EELV et des promoteurs du « bio » gaz. Methanisateurs, constructeurs, etc…

Eirikr : Que même les écologistes se concentrent sur le changement de technologie sans même évoquer dans cette tribune la nécessité de changer de mode de déplacement … Misère ! …

YW : Ce n’est visiblement pas cette écologie là, en ne posant même pas le problème de l’impact carbone du modèle de la voiture individuelle, qui proposera une transition suffisamment rapide, courageuse et intelligente pour être efficace.

Rakaye : A partir du moment où la production d’énergie est plus longue que la vitesse de consommation de celle–ci on a perdu : 15 jours pour brûler un arbre et 15 ans pour qu’il pousse ce qui nous un peu moins de 15 ans d’accumulation de CO2 sans compter les taux de micro particules record.

Katouchka : En fait il faut se rendre compte qu’on va changer de mode de vie de gré ou de force. Fini les virées décidées au dernier moment, les voyages trop court et trop loin, Il va falloir ré apprendre à voyager lentement, il va falloir prendre le train, le vélo, la marche… Courage à vous tous !

Michel SOURROUILLE : Nous devrions savoir qu’il n’y a pas des « bio »-carburants, mais plutôt des agrocarburants issus d’activités industrielles, donc plutôt des nécro-carburants en concurrence avec la production alimentaire. En penser nous faire encore rouler dans des voitures individuelle (1,2 milliards de véhicules en circulation sur la planète) avec seulement des résidus de l’activité alimentaire, c’est à manger son chapeau ou à mourir de rire. Nous ne pouvons faire face à la crise de l’énergie que si notre consommation dans tous les domaines, la mobilité n’étant qu’une de nos activités préférées (hors embouteillage), arrive tendanciellement à correspondre aux énergies renouvelables. Il faut donc nous préparer à nous passer de pétrole, d’uranium, de charbon et bien sûr de «(bio)gaz… Manger ou conduire, il faudra savoir choisir…

Isidorv : Je préconise le gazogène pour faire Paris-Marseille. Évidemment, il faut se préparer longtemps à l’avance : collecter les déjections canines, réduire la potion du chat, prévoir des étapes sur le parcours, surtout si le vent faibli et par temps couverts. Le char à bœuf me semble une bonne alternative. Surtout penser à collecter le crottin.

Doudoudodudor : C’est sûr. On a oublié que le gazogène a pu permettre la mobilité des Français pendant l’occupation. Ce n’est pas seulement un combustible d’un passé, rappelant une période trouble. Il a aussi un avenir.

Ana : Vive la voiture à pédales

Notre synthèse sur ce blog biosphere :

Enfin la vérité sur les « biocarburants » !

Fin du moteur thermique, dévoiturage obligé

Jean-Michel Normand : « L’Union européenne a décidé qu’à partir de 2035, il ne sera plus possible de commercialiser une voiture neuve émettant du CO2. La durée de vie moyenne d’une automobile étant de quinze ans, l’échéance s’inscrit dans la perspective de parvenir à une « neutralité carbone » en Europe en 2050. Les énormes investissements réalisés dans les voitures électriques désignent clairement la nouvelle priorité des constructeurs. Mais la question de l’origine de l’électricité reste ouverte. La constitution d’un réseau de recharge dense et fiable pose problème. La voiture électrique soulève aussi la question de l’emploi, car sa fabrication réclame une main-d’œuvre environ trois fois moins nombreuse. L’automobile risque de redevenir un produit de luxe. »

Lire notre article synthèse sur ce blog : Le rêve de l’automobile pour tous prend fin.

Quelques commentaires intéressants :

Alsatian : on ferme les centrales thermiques, on n’en construit pas d’autres, et on prétend passer au tout électrique avec une borne en panne tous les 500km. Et ne parlons pas de l’origine des matériaux pour fabriquer accus et moteurs.… Çà c’est de la planification!

O.Coutrot : Beaucoup se soucient de disposer d’un réseau de recharge des voitures électriques ? Noble souci ! Mais tirer des câbles électriques n’est pas très difficile encore que, pour alimenter 1 million de vacanciers le 1er juillet ! Mais surtout, au bout, à l’origine du câble que va-t-on mettre ? Un âne pour faire tourner la gégène ? Mon Dieu que de ânnissements, si vous permettez ce néologisme odieux ! La vraie question que personne ne pose est avec quelle matière première produire la monstrueuse quantité l’électricité nécessaire pour alimenter tout le parc de voiture, camions, autobus ? Éoliennes, photo-voltaïque, bio-masse seront incapables de fournir les quantités requises. Quand à l’hydrogène propre, ça n’existe pas. Alors combien de centrales nucléaires pour répondre à la demande ? Sautons dans le vide allègrement !

lours.des.wab : C’est quoi la durée de vie d’une batterie ? Combien je perds de Km d’autonomie par an avant qu’elle ne me lâche ? C’est quoi la valeur résiduelle de ma voiture avec une batterie presque hors d’usage ? Combien de Lithium il faut pour soutenir une telle demande en France ? Et dans le monde ? Ça représente combien en plus par rapport à la production actuelle ? En pression supplémentaire sur les écosystèmes ? Moi ça me semble être surtout un feu de paille pour essayer de sauver un mode vie condamné (énergie abondante et bon marché).

Lmbmichel : Comme d’habitude, on ne parle que des voitures, jamais des poids lourds. C’est une totale hypocrisie.

Pessicart : Comme le disait Blaise Pascal « tout le malheur des hommes vient de ne pas savoir rester au repos dans une chambre ».

Michel SOURROUILLE : L’automobile en tant qu’objet de consommation de masse (1,2 milliards de voitures dans le monde) est devenue le cancer de notre civilisation thermo-industrielle. Elle casse les villes, dégrade l’espace, pollue la nature. Elle ronge toute nos infrastructures par sa prolifération effarante, anarchique et  dominatrice. Elle gaspille une énergie sans cesse plus rare et plus coûteuse à produire. Elle brise les cadres d’une vie communautaire, chacun de nous restant enfermé dans sa petite carapace qui exalte notre agressivité… ou cultive notre découragement dans les embouteillages. Alors pourquoi s’ingénier à vouloir donner par l’électrification une nouvelle vie à nos carrosses  ? La voiture électrique ne peut promouvoir une « transition juste » sur le plan écologique et social, il faut fabriquer, distribuer et conserver l’électricité, tâche impossible à grande échelle. Vive le dévoiturage, le rapprochement du lieu de vie et du lieu de travail, la fin du tourisme au long cours…

Requiem : Je crois que je vais placer mes économie dans l’industrie de la chaussure et suggérer à mes petits-enfants de s’orienter vers le métier de cordonnier ou de réparateur de vélo. Car ce ne sont pas les énergies renouvelables qui fourniront l’électricité pour la vie courante, l’industrie et en plus pour les transports.

Palétuvier rose : Je maintiens qu’il ne faut pas sous-estimer la filière de la voiture à pédale, la seule qui assure d’avoir de beaux mollets.

La mort des Jeux Olympiques, bonne idée !

Le MONDE dans son éditorial y croit encore, mais à peine : «  L’enjeu de Paris en 2024 sera de redonner du souffle à un événement usé… Il faut se rendre à l’évidence : la magie de l’olympisme n’opère plus comme avant… La devise du baron Pierre de Coubertin, « plus vite, plus haut, plus fort » s’est transformée en « plus coûteux, plus contesté, plus politique »… Concernant les coûts, la course au gigantisme a depuis longtemps atteint ses limites. Depuis Montréal 1976, l’exercice tourne au cauchemar financier… Quant aux audiences télé, principale source de recettes pour l’olympisme, elles sont vieillissantes et déclinantes… »

Les commentateurs sur lemonde.fr enterrent les Jeux Olympiques :

Gullivez : Les disciplines olympiques sont usées. La professionnalisation a transformé l’image des sportifs, qui ne sont plus des athlètes mais des machines à résultats.

Gilles SPAIER : Entre les constructions, les déplacements des différents participants, etc.. je suis curieux de connaître le bilan carbone d’une telle manifestation. A mon avis, ces jeux représentent un luxe que les humains ne peuvent plus s’offrir. Quant à moi, JO, Mondial, Euro, Tour de France etc. sont des manifestations qui ont plus à voir avec l’affairisme qu’avec le sport. Je snobe toutes les retransmissions, qu’elles soient télévisuelles, radiophoniques ou autres.

Agné : Dans l’Antiquité grecque et romaine, les Jeux olympiques ne comprenaient que des épreuves sportives correspondant aux nécessités de l’art de la guerre. Les Jeux modernes ont diversifié les disciplines mais ont conservé voire exacerbé l’esprit de compétition entre les nations. Or, pour que l’humanité ait encore un avenir, ce n’est plus la compétition qu’il faut cultiver mais la coopération. L’idéal olympique ne devrait plus être « plus vite, plus haut, plus fort » mais  » tous ensemble pour le bien de tous ». Peut-on envisager de tels Jeux ? C’est un rêve peu probable.

Regiomontanus : Pendant longtemps, les JO étaient le seul rassemblement mondial des athlètes des différentes disciplines (les championnats du monde de natation n’ont été créés qu’en 1973, ceux d’athlétisme en 1983). Ils avaient alors tout leur sens. Aujourd’hui où la moindre sous-discipline a ses championnats interplanétaires tous les quinze jours, ils ne sont plus qu’un Barnum publicitaire qui bénéficie beaucoup plus aux  »sponsors » qu’aux athlètes, corruption en prime dans certains cas.

DécroissantsDeLamourEtDuTofu : A l’origine, le sport n’est qu’un prétexte pour maintenir notre corps en forme et santé. Pratiqué de manière intensive et professionnelle, le sport devient au contraire nuisible à la santé : troubles musculo-squelettiques, dopage, obsession mentale délirante, esprit de compétition régressif et grotesque… Sans oublier le coût excessif pour les contribuables (stades), les manipulations publicitaires, la starification aux effets délétères, la survalorisation du sport comme écran de fumée au détriment des vrais sujets (écologie, justice sociale), l’imbécillité régressive des commentateurs surjouant l’hystérie et des fans : puérilité, esprit de clocher, sexisme, machisme, racisme. Pour le bien de l’humanité, le sport professionnel doit disparaître.

Michel SOURROUILLE : Les JO, c’est la synthèse de tout ce qu’on déteste, l’affairisme, la corruption, le dopage, la publicité de « grandes » marques, l’oubli des limites. L’idéal olympique ? Il s’agit surtout de piller les ressources publiques et de plumer les contribuables. Les JO, c’est en effet un pognon de dingue, avec systématiquement dépassement des coûts. Londres, en 2012, avait dû débourser 6 milliards d’euros supplémentaires (total de 11 milliards). Initialement chiffré à 7,3 milliards de dollars, le coût des Jeux de Tokyo atteint désormais 15,4 milliards, montant bien sûr sous-évalué. Nous écologistes, nous sommes contre les Jeux Olympiques, le Tour de France, le Mondial de foot, etc. Nous sommes contre tous les sports massifiés, spectacularisés, symboles du culte de la performance et de la marchandisation des humains. Le sport professionnel est avec la publicité un des meilleurs moyens d’anesthésier le peuple en occultant la hiérarchie des vraies valeurs.

Notre synthèse sur ce blog biosphere :

NON aux Jeux Olympiques à Paris en 2024

Questions/réponses sur le « désir d’enfant »

Une étudiante a envoyé un questionnaire pour son mémoire de fin d’année : « Je traite les enjeux sociaux de la reproduction, sous forme d’étude diachronique pour comprendre comment des acteurs se réapproprient la question de la reproduction et de son contrôle à des fins de changement social ou de révolution.  »

Voici les questions et les réponses de notre chroniqueur spécialiste de la question démographique.

ENGAGEMENT POLITIQUE ET SOCIAL     

– Au cours de mes recherches, il me semble revenir à l’anarchisme en permanence. Avez-vous une idée du lien entre le non-désir d’enfant et la pensée anarchiste ? Vous rapprochez-vous vous-même de cette pensée politique ?  

Le « non-désir d’enfant » me paraît une vision réductrice de la problématique qui importe, celle de faire des enfants ou non en toute connaissance de cause. Historiquement le courant néo-malthusien est porté par un anarchiste, Paul Robin. En 1896, celui-ci fonde la Ligue de la régénération humaine dont la devise sera « bonne naissance-éducation intégrale ». Il se propose de « répandre les notions exactes de science physiologique et sociale permettant aux parents d’apprécier les cas où ils devront se montrer prudents quant au nombre de leurs enfants, et assurant, sous ce rapport, leur liberté et surtout celle de la femme ». Mais il est resté isolé, même parmi les anarchistes.

– Considérez-vous les individus refusant d’avoir des enfants pour des questions de non-désir, d’engagement politique écologique ou philosophique comme constituant d’un mouvement ? Ou simplement comme des individus ? Avez-vous l’impression d’appartenir à un mouvement ?  

La psychologie d’une personne résulte d’une multitude d’influences sociales, et la norme actuelle reste encore pour beaucoup de mères le « désir d’enfant ». Il faut donc une capacité de résistance pour aller à l’encontre de ce contexte nataliste. Eve Libera a écrit « Arrêtez de faire des gosses ! », mais son livre relève de motivation très égoïstes. Un mouvement plus altruiste découle de considération écologiques, pourquoi faire un enfant de plus sur une planète déjà surpeuplée et surexploitée ! C’est par exemple le cas des ginks (Green Inclinations No Kids). Personnellement je milite au sein de l’association Démographie Responsable. J’ai coordonné en 2014 un livre collectif, « Moins nombreux, plus heureux (’urgence écologique de repenser la démographie) » aux éditions Sang de la Terre. En 2020, j’ai publié « Arrêtons de faire des gosses ! (Comment la surpopulation nous mène à notre perte) aux éditions Kiwi. Dans une société vraiment démocratique, un individu doit faire des choix de vie responsables, adhérer à une association pour agir collectivement, et faire politiquement tout ce qui est en son pouvoir pour constituer une société désirable, avec des enfants durablement heureux de vivre sur une planète préservée.

CHILDFREE/DENATALISTE/ANTINATALISTE 

– Au cours de mes recherches j’ai pu remarquer une porosité entre les frontières de ces trois catégories et de fait lors de mes entretiens, personne ne s’est défini comme uniquement childfree ou uniquement dénataliste, … Que pensez-vous de ces définitions, des frontières entre-elles, et des manières dont certains se distinguent des autres (les childfree qui disent ne pas vouloir d’enfant par non-désir mais pour aucunes raisons politiques par exemple) ? En bref comment ces catégories redéfinissent la manière dont les différentes personnes ne voulant pas d’enfants interagissent entre-elles malgré des buts communs ?  

 Le mot malthusien est dans le dictionnaire ordinaire, il est pourtant inconnu de la majorité de la population. Il y a même un courant anti-malthusien très fort dans la société française, faisant en sorte qu’évoquer la décroissance démographique reste tabou. Il est symptomatique que François Bayrou, Haut-commissaire au plan et à ce titre chargé des propectives à long terme, ait recommandé récemment d’augmenter la natalité française. Entre les injonctions sociales à devenir mères, les politiques étatiques françaises carrément natalistes, et un malthusianisme ignoré, il n’est pas étonnant que les individus aient du mal à se situer quant à la question de leur fécondité. Personnellement je pense qu’un écologiste doit se définir comme antinataliste, la capacité de charge de la France et de la planète est dépassée, notre nombre est devenu trop imposant, la fécondité doit être maîtrisée, responsable comme l’indique l’association DR. L’idée de childfree (nullipares) ne fait que témoigner du penchant social à l’exagération, le fait de n’avoir aucun enfant n’est qu’un choix individuel (assumé par exemples par les prêtres ou les personnes qui s’épanouissent dans leur travail) sans enjeu collectif. Par contre un gouvernement responsable pourrait proposer le modèle d’un seul enfant par femme comme idéal à atteindre, et ce démocratiquement cela va de soi.

  DESIR D’ENFANT  

– Comment définir le désir d’enfant pour vous ?    

Votre questionnaire est trop centré sur la psychologie. Or le comportement individuel est tellement différent d’une personne à une autre qu’on ne peut en retenir de leçon générale. Il faut replacer le « désir d’enfant » dans un contexte sociologique, la pression du groupe, l’état des politiques publiques, les traditions religieuses ou familiales, etc. Il est d’ailleurs remarquable qu’à l’heure actuelle même des personnes homosexuelles désirent avoir un enfant et ne questionnent pas leur désir…

HISTOIRE DES ENJEUX SOCIAUX DE LA REPRODUCTION 

– Que pensez-vous des liens entre les néo-malthusiens fin 19e début 20e et l’antinatalisme aujourd’hui ? Et leurs différences ?  

 J’ai déjà évoqué Paul Robin. Il avait déjà tout dit à son époque, y compris sur la nécessaire libération de la femme et un système scolaire mieux adapté à nos besoins réels. Il n’a pas été écouté, il y a même eu les lois répressives anti-malthusiennes de 1920 et des combats difficiles pour la contraception et l’avortement. En 2021, nous sommes encore trop peu à nous définir comme néomalthusien(ne)s ; c’est un des signes comme quoi notre société croissanciste désire aller au désastre.

 CAPITALISME ET REPRODUCTION  

– Du rapport capitalisme/reproduction on sait que le lien est fort. Sans armée de réserve par exemple, les ouvriers auraient le choix de négocier leurs salaires, et si une réforme pour le plein emploi ou des propositions comme le salaire universel peuvent le permettre, une baisse de la natalité pourrait également aller dans cette direction. Cependant aujourd’hui les grandes entreprises multinationales ont tendance à laisser entendre aux femmes de leur entreprise qu’elles devraient faire des enfants plus tard, l’employée modèle étant celle qui n’aura jamais d’enfants et dont le corps sera donc au service de l’employeur sans repos (sauf celui qui permet de revenir au travail le lendemain). Que pensez de ce changement de situation ?  

Ce questionnement est plus une réponse qu’une question ! Je précise que la volonté de faire plus d’enfants pour assurer la puissance d’un pays, pour faire de la chair à canon, pour payer les retraites ou pour constituer une armée de réserve n’est pas la marque spécifique du capitalisme, mais aussi des régimes socialistes, communistes et surtout totalitaires. Rares sont les pays, quel que soit leur régime politique, qui ont mis en place des politiques malthusiennes, et même la Chine revient actuellement en arrière.

Michel SOURROUILLE