Nous sommes en 2026
et le choc pétrolier ultime se profile
12.04.2005 Les corons à l’abandon
Le travail dans les houillères a duré 270 ans dans le Nord, 150 ans dans le Pas-de-Calais ; la dernière mine a fermé en 1990. Maintenant les terrils portent des sentiers de randonnée et les corons sont habités par des locataires sans emploi, souvent d’ailleurs les enfants et les petits-enfants de mineurs inadaptés aux emplois nouveaux par insuffisance de qualification.
Quand ce seront les puits de pétrole qui fermeront bientôt, soit 5 % du PIB mondial pour rémunérer les pays pétroliers, mais aussi 50 % du PIB avec toutes les activités qui découlent du pétrole, j’aimerais qu’un économiste néo-classique me calcule le pourcentage de chômeurs « inadaptés » qu’il y aura en France à ce moment-là !
25.05.2005 Bientôt le « peak oil »
Le point culminant de la production mondiale de pétrole est envisagée pour 2037 par le National Intelligence Council des USA, quelque part entre 2013 et 2037 par l’Agence internationale de l’énergie, mais avant la fin de la décennie par l’Aspo (Association for the study of peak oil and gas) qui organisait son colloque Lisbonne. Ainsi les réserves mondiales, estimées aujourd’hui à 2275 milliards de barils, seraient seulement de 1750 milliards. L’Aspo est composée de spécialistes de l’industrie pétrolière comme son fondateur l’Irlandais Colin Campbell qui a dirigé le département Géologie d’Amoco avant de terminer sa carrière comme vice-président de Fina. Il est vrai que Shell a récemment admis qu’un tiers de ses réserves « prouvées » étaient imaginaires et que l’Opep indexe depuis 1985 ses quotas sur une prétendue augmentation constante de leurs réserves. Dans le même temps la déforestation de la planète prend des proportions alarmantes.
Dans ce contexte inquiétant pour la santé économique du libéralisme, le débat franco-français sur le projet de Constitution européenne apparaîtra aux yeux des générations futures comme pur enfantillage …
27.07.2005 Après la pétroapocalypse
Depuis le mercredi 6 juillet 2015, les caisses de l’Etat sont officiellement vides, il n’y a plus d’argent, le pays est en faillite. Le Trésor public a apposé une affichette un peu partout : « En raison des conséquences du choc pétrolier, toutes les dépenses publiques sont suspendues jusqu’à nouvel ordre. » C’est le résultat final d’une longue agonie du secteur public ; les fonctionnaires ont reçu en mai leur salaire de février et les retraités attendent encore de toucher des pensions impayées depuis un an. Le chef de l’Etat, un général arrivé au pouvoir à la suite d’un putsch, n’a plus d’ailleurs comme soutien que celui de l’armée. Il faut dire que les militaires sont les seuls à être encore toujours payés rubis sur l’ongle et on peut déjà dire que la dernière goutte de pétrole servira à faire fonctionner un tank ou une automitrailleuse. Ainsi va le quotidien politique de la plupart des pays depuis l’augmentation sans fin du prix du baril au cours de ces dix dernières années.
La Biosphère vous dit : « On pourrait croire ce scénario improbable, mais c’est (en juillet 2005) déjà la réalité du Centrafrique, un Etat incapable de sortir du piège de la pauvreté, un pays qui vous montre le gouffre dans lequel le monde entier va être précipité avec une pétroapocalypse qui ne laisserait aucun pays indemne».
02.09.2005 La rente pétrolière
Le triplement du prix du baril, passé de 20 à 60 dollars depuis l’an 2000, entraîne l’enrichissement des pays exportateurs, de Riyad à Lagos, de Caracas à Moscou. Mais le pétrole n’est que malédiction. Cet argent facile soutient artificiellement le budget d’un Etat parasitaire, la corruption augmente plus que proportionnellement aux « investissements » somptuaires en palais, yachts et bijoux, des proportions importantes des pétrodollars prennent le chemin des paradis bancaires internationaux., les populations locales restent le plus souvent pauvres ou asservies. Même si de nouvelle infrastructures routières, portuaires ou touristiques sont mises en chantier, la croissance démographique va de pair avec un chômage structurel que nulle croissance économique dans un monde fini ne pourra résorber.
La Biosphère attend avec impatience la fin de cette malédiction pétrolière qui pèse sur la planète, que ce soit dans l’impasse de tous ces pays qui perdent une partie de leur sous-sol au profit de richesses apparentes, ou dans l’aveuglement d’un monde mue par un système thermo-industriel sans lendemain, si ce n’est le réchauffement climatique qui en résulte.
14.09.2005 L’ère de l’après-pétrole
La demande de pétrole des Chinois est vertigineuse, depuis 2000 elle absorbe un bon tiers du surcroît de la production mondiale. Mais ce sont les Américains qui gaspillent le plus, 20 millions de barils chaque jour alors que les Chinois n’en consomment encore que 7 millions (deux fois plus qu’il y a dix ans cependant). Du côté des réserves, les volumes découverts depuis vingt ans sont inférieurs à ceux consommés : on trouve de 12 à 15 milliards de barils chaque année alors que la planète en consomme 30 milliards. Le déséquilibre entre l’offre et la demande est irréversible, les humains ont sans doute depuis le jaillissement de l’or noir à Titusville en 1859 déjà consommés près de la moitié des réserves mondiales. Mais quel homme politique serait assez fou pour taxer l’american way of life que toute le monde voudrait imiter, même les communistes chinois !
La Biosphère a mis des millions d’années pour accumuler ces réserves fossiles, les humains n’avaient pas le droit de les brûler en quelques années. Contre la folie humaine, les politiques et les citoyens doivent être assez fous pour mettre en place une société qui, de toute façon, fonctionnera bientôt sans pétrole.
24.11.2005 Économisez le pétrole !!!
L’Agence Internationale de l’Energie, cette officine chargée depuis 1974 de défendre les intérêts des pays consommateurs, change enfin de discours. Après avoir bercé le monde des politiciens occidentaux d’illusions, l’AIE reconnaît dans son rapport annuel 2005 que la production des Etats qui ne sont pas membre de l’OPEP (Russie, Etats-Unis, Norvège…) devrait décliner peu après 2010 alors qu’ils fournissent aujourd’hui 60 % du brut mondial. Après des années d’insouciance, le mot d’ordre devient : « Economisez l’énergie, économisez le pétrole ! Et diversifiez-vous, s’il vous plaît. Sortez du pétrole ! » Le directeur des études économiques de l’AIE a même le culot de déclarer : « Le pétrole, c’est comme une petite amie, vous savez depuis le début de votre relation qu’elle vous quittera un jour. Pour qu’elle ne vous brise pas le cœur, mieux vaut la quitter avant qu’elle ne vous quitte. » Il faudrait ajouter que le niveau de réserves de l’OPEP (le seul espace géographique qui n’a pas encore dépassé le pic pétrolier) n’est pas connu de source sûre, mais il est très vraisemblable qu’il soit généreusement sur-évalué.
Non seulement la ressource s’épuise officiellement, mais les déchets (effet de serre et changement climatique) feront sentir leurs effets pendant très longtemps : à force de mépriser la Biosphère, les humains ont tressé la corde pour se pendre.
25.11.2005 Du nucléaire au pétrole
Dans les années 1970 se constitue l’OPEP (organisation des pays exportateurs de pétrole), mais ce cartel de pays reste globalement sous le contrôle des puissances occidentales. Par la suite les deux chocs pétroliers (forte augmentation du prix du baril) successifs ne sont pas dus à une volonté structurelle de l’OPEP de faire payer la rareté croissante du pétrole, mais à des raisons politiques complètement conjoncturelles (de court terme). Après la guerre du Kippour en 1973, le quadruplement du prix du baril n’est que le soutien des pays arabes à une Egypte en train de perdre la guerre contre Israël. Par la suite, c’est l’arrivée de l’imam Khomeyni en 1979 qui renverse le Shah en Iran et déstabilise le marché. Aujourd’hui le monde occidental risque encore d’être confronté à un choc pétrolier accéléré pour des raisons politiques : l’Iran voudrait avoir une politique nucléaire indépendante et face aux menaces américaines et européennes de sanction, elle envisageait en septembre 2005 d’user de l’arme pétrolière. Il est vrai que l’Iran détient les deuxièmes réserves de pétrole de la planète derrière l’Arabie Saoudite, et les deuxièmes réserves de gaz naturel après la Russie. De plus, alors que la coupure d’une source d’approvisionnement pouvait être compensé jusqu’alors par d’autres pays, il n’existe plus désormais que de faibles capacités d’extraction supplémentaires.
La Biosphère, qui souhaite depuis longtemps un baril à plus de 100 dollars (et même très vite à 1000 dollars !), constate avec regret que les humains n’économisent pas par raison une ressource non renouvelable : il leur faut un conflit inter-humain ou l’arrivée de l’inéluctable, l’épuisement quasi-total de la ressource. Dire que leur cerveau est surdéveloppé, disons plutôt surdimensionné !
26.11.2005 Un baril à 360 dollars ?
A la fin du mois de mars 2005, la banque d’affaires Goldman Sachs avait fait sensation en affirmant que le prix du baril de pétrole pourrait prochainement atteindre 105 dollars. Quelques semaines plus tard, l’institution financière Ixis CIB évoquait la possibilité d’un cours du baril à 360 dollars en 2015. Le même organisme notait d’ailleurs que si le prix du pétrole avait augmenté depuis 1974 au rythme optimal d’une ressource épuisable, il vaudrait déjà 122 dollars en 2005 (alors qu’il ne côte que 66,6 dollar au 22 septembre). En effet, il y a une grande incertitude au niveau de la pérennité de l’offre : les estimations des réserves varient de 780 milliards à 1100 milliards de barils et début 2004 Shell avait reconnu avoir surestimé de 20 % ses réserves prouvées ; que dire de l’état des réserves en Arabie Saoudite ! Du côté de la demande au contraire, une forte certitude, les besoins en énergie de la Chine et d’autre pays émergents sont immenses. C’est pourquoi l’OCDE a déjà décidé de ne plus établir de prévisions sur le cours du pétrole !!! Mais les automobilistes de la classe globale continuent de faire comme si de rien n’était, sauf à réclamer des baisse de prix de l’essence ou du fioul quand le baril s’embrase.
Dans une Biosphère qui sera de moins en moins généreuse, avec des ressources fossiles qui disparaîtront prochainement et un réchauffement climatique qui ira en s’amplifiant, les humains restent de petits êtres irresponsables qui dilapident l’or noir de la planète sans penser aux lendemains qui déchantent : après moi le déluge, disent-ils, ils vont l’avoir, la sécheresse en prime !
27.11.2005 Moins de pétrole, plus de pauvres
Les pays pauvres importateurs de l’or noir n’ont pas fini de souffrir. L’Etat prenait souvent à sa charge l’écart entre les cours mondiaux et les tarifs intérieurs, c’était le seul moyen de rendre l’essence et le combustible domestique accessible à des populations très démunies. Comme ils connaissent maintenant un nouveau choc pétrolier avec un baril autour de 60 $, l’alourdissement de la facture pétrolière devient insupportable pour les budgets publics et les balances des paiements. Le poids de la facture énergétique peut en effet dépasser dans certains pays 5 % du PIB (1,75 % pour la France en 2004) et leur industrialisation peu efficace reste très énergivorace. Le coût du pétrole risque même d’annuler les effets bénéfiques de l’effacement récent de la dette multilatérale envers les 18 pays les plus pauvres. Même si le président Hugo Chavez d’un Venezuela pétrolier donne des facilités de paiement en Amérique central (pour réduire ainsi l’influence des Etats-Unis dans cette zone), même si les pays de l’OPAEP pourraient faire de même dans leur zone géographique, les pays pauvres importateurs de l’or noir qui ne veulent pas rogner dans les budgets consacrés à l’éducation ou la santé seront obligés de pratiquer la vérité des prix en affrontant le mécontentement populaire qui en résultera. Mais ce sont les voitures de la classe globale qui devraient être mises à la casse, tant que les pays riches ne donneront pas l’exemple de la sobriété énergétique, les inégalités mondiales s’accentueront.
De toute façon la meilleure solution dans l’intérêt bien compris de la Biosphère comme des humains est de laisser le plus rapidement possible des ressources fossiles dans les profondeurs de la Terre dont elles n’auraient jamais du sortir.