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L’écologie de Macron, théâtre de marionnettes

L’écologie de Macron devenu président ne relève pas de sa personne, mais des personnalités écolos que son ombrelle attire.  Dès l’origine de son mouvement « en marche », Macron a pensé qu’il fallait capter les bonnes volontés où qu’elles se trouvent sur l’échiquier politique. Un certain nombre de personnalités de droite comme de gauche l’ont rejoint pour la présidentielle 2017: François de Rugy (ex EELV qui s’était présenté comme candidat écolo à la primaire de gauche), Barbara Pompili (ex-EELV et membre passé du gouvernement Hollande), Nicole Bricq (éphèmère ministre de l’écologie d’Hollande), Corinne Lepage (ancienne ministre de l’écologie sous un gouvernement de droite et présidentiable écolo de centre-droit en 2002), Serge Lepeltier (ancien ministre de l’écologie sous un gouvernement de droite) et même Daniel Cohn-Bendit, figure majeure de l’histoire de l’écologie politique : « Je n’ai pas vraiment envie d’être ministre, mais j’ai envie de soutenir Macron. » Dany et Emmanuel partagaient une même passion pour l’Europe et le foot, ils sont tombés littéralement fous amoureux l’un de l’autre en juin 2016. Tout au cours de son mandat, Macron a mis en avant des figurants en lieu et place de véritable politique écologique : Nicolas Hulot lors de la formation du premier gouvernement Macron en 2017, François de Rugy ministre de l’écologie en 2018, Pascal Canfin chef de file en marche pour les européennes 2019, Barbara Pompili ministre de la transition écologique en juillet 2020. Notre blog biosphere a suivi avec attention la descente aux enfers de l’écologie sous le règne de Jupiter, voici quelques extraits de nos articles :

2 février 2015, Loi Macron, l’écologie tenue pour quantité négligeable

Jusqu’à présent les soi-disant impératifs de l’économie l’emportent largement sur les nécessités écologiques. Le projet de loi Macron ne fait pas exception. L’article 28 proposait de confier au gouvernement le pouvoir de décider lui-même par ordonnance « des projets publics et privés ayant des incidences sur l’environnement ». Une telle disposition aurait sans doute empêché les recours déposés par les opposants « aux grands chantiers », comme le barrage de Sivens.

10 octobre 2016, Emmanuel Macron, un programme écologique pervers

Nous nous sommes penchés sur les positions d’Emmanuel Macron en matière d’écologie quand il était encore ministre de François Hollande. Il est pronucléaire sans sourciller : « Le réchauffement climatique est d’une actualité pressante. Grâce à utilisation de l’énergie nucléaire, la France est parmi les pays les plus décarbonés des pays développés. » Il fait une confiance absolue à la croissance : « La France dispose de grande marges de progression dans le domaine l’efficacité énergétique, c’est l’objet de la loi sur la transition énergétique et la croissance verte ainsi que 4 des 9 solutions industrielles qui composent la Nouvelle France Industrielle. » Il adopte le mythe contemporain du progrès technique in(dé)fini : « Le moteur de la transition, c’est l’innovation industrielle autant que l’innovation des business model. Toutes ces innovations (ndlr : non précisées) impliquent des créations d’entreprises et des emplois. Les start-up ont une bannière, la French Tech. Et un objectif : inventer l’économie française de demain qui sera nécessairement positive. » Il est pour l’impossible perpétuation du mode de vie actuel : « Devons-nous réduire nos déplacements ? Non, au contraire ! Il faut imaginer des véhicules individuels plus sobres, comme les véhicules électriques. » …..

24 avril 2017, Macron président, quelles perspectives écologistes ?

Sur ce blog biosphere, exprimons d’abord notre déception à la lecture du programme de Macron qui nous était envoyé par la poste. Sur les six chantiers, éducation, travail, économie, sécurité, démocratie et international, rien d’explicitement environnementaliste alors que l’urgence écologique est un fait scientifiquement avéré. Croire qu’un « nouveau modèle de croissance » peut réconcilier « transition écolo, industrie du futur et agriculture de demain » est le fourre-tout habituel des promesses plus vagues tu meurs…..

5 mai 2017, L’écologie n’était pas à la fête avec Macron et Le Pen

Il n’a jamais été question d’écologie mercredi soir pendant les 2h30 qu’a duré le débat d’entre-deux-tours entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen.

8 septembre 2018, L’écologie pour Macron, comment ça marche ?

Sans commentaire de notre part pour ne pas être trop méchant, voici le discours aux militants de Christophe Castaner, Délégué général de La République En Marche !

« Je veux, au travers de ce message, saluer l’arrivée au Gouvernement de François de Rugy. Je connais l’expertise et la rigueur de François de Rugy pour accélérer la transition écologique…

13 janvier 2019, Macron, un bilan écologique globalement négatif

Pour savoir si Emmanuel Macron est un « Champion de la Terre », les Décodeurs du MONDE ont établi un bilan écologique globalement négatif : « Objectifs climatiques : une trajectoire inquiétante… Energie, confiance renouvelée au nucléaire… Doute sur le chiffre de 500 000 rénovations énergétique des bâtiments annuelles promises par le gouvernement… Refus d’entreprendre une action ambitieuse contre l’huile de palme… Glyphosate, qui a gagné un sursis jusqu’au moins 2020… Aval à une réglementation européenne plutôt laxiste sur les perturbateurs endocriniens… Quasi-suppression des aides au maintien en bio… Peu de progrès sur la biodiversité et la condition animale… Soutien affiché à plusieurs grands projets d’infrastructures… Des gâteries pour le lobby des chasseurs… Des mesures sur les déchets remis à plus tard… Allégement de la fiscalité écologique sur les carburants… Etc.*

17 juin 2019, Macron : la taxe kérosène pourra attendre…

L’Assemblée nationale à la solde de Macron a refuse une taxation de l’aérien le vendredi 14 juin. La loi d’orientation des mobilités (LOM) se vide encore plus de sa substance. Le kérosène bénéficie d’une exonération de TICPE (taxe de consommation sur les produits énergétiques) alors que les automobilistes sont taxés sur le carburant.

30 avril 2020, Macron : « L’écologie, ça commence à bien faire… »

Le 25 avril, il aura fallu attendre près de quarante minutes de discours avant qu’Emmanuel Macron n’aborde la question de l’urgence écologique. Et le Grand Débat National se traduit par… une nouvelle consultation. Une convention citoyenne, avec 150 membres tirés au sort…

11 août 2020, Macron, le magicien de l’écologie politique

Pendant que le Grand Magicien officie, l’horloge carbone continue à tourner, inexorablement. Me viennent alors des pensées attendries pour Barbara, Dany, François, Pascal et la floppée de pseudo-écolos Macron-compatibles qui ont su préserver leur âme d’enfant et ne demandent qu’à croire et croire encore aux tours de magie.

10 octobre 2020, Emmanuel Macron en panne d’écologie

Jupiter est « écartelé » entre sa (soi-disant) ambition écologique et la volonté de faire redémarrer l’économie française frappée par le Covid. Alors l’écologisme superficiel invente de nouveaux éléments de langage, « progressisme vert  et écoloproductivisme » pour garder dans ses filets la frange la plus « raisonnable » des électeurs.

8 décembre 2020, CLIMAT : Macron / Dion, le torchon brûle

Emmanuel Macron : «Moi, je suis vraiment très en colère contre des activistes comme Cyril Dion qui m’ont aidé au début et qui disent maintenant, il faudrait tout prendre… Je ne veux pas dire que parce que les 150 citoyens ont écrit un truc, c’est la Bible ou le Coran »…  »

19 janvier 2021, La double pensée d’Emmanuel Macron

Lors du « One Planet Summit », le président Macron a brandi son smartphone  : « Cet objet-là, qu’on partage tous, c’est l’un des objets qui sont l’illustration de ce qu’est la mondialisation… c’est l’un des pires objets, sans doute, en termes d’émissions de gaz à effet de serre : chaîne logistique, matériaux rares, obsolescence. On a créé un système où on incite les gens à en changer tous les six mois…. » Mais quatre mois plus tôt, devant le gratin de la « French Tech », Emmanuel Macron moquait les sceptiques de la 5G, les renvoyant à leur obscur désir de « lampe à huile » et assurant que la France allait « prendre le tournant de la 5G parce que c’est le tournant de l’innovation ».

13 mars 2021, Macron, politique de dénigrement des écolos

« J’entends beaucoup de voix qui s’élèvent pour nous expliquer qu’il faudrait relever la complexité des problèmes contemporains en revenant à la lampe à huile. Je ne crois pas au modèle amish », avait-il aussi lancé. Emmanuel Macron, l’antithèse des Amish, pourtant un modèle de civilisation agropastoral bien préférable par sa durabilité au système thermo-industriel qui mène droit à la catastrophe !

François Bayrou et l’impact démographique

François Bayrou, 6 enfants et grand-père de vingt-et-un petits-enfants. Il voudrait que tout le monde fasse comme lui. Ce « haut-commissaire au plan » estime que la natalité et l’accueil de personnes étrangères pour améliorer le rapport actifs-retraités sont les « deux voies » pour « assurer l’avenir démographique » de la France. Ce pacte démographique à la con, les commentateurs sur lemonde.fr le descendent en flèche :

Camtaoij : Il serait temps de changer de logiciel. Comment peut-on craindre de manquer de bras alors qu’on a des millions de chômeurs ?

Castanea : Pffffff… augmenter la natalité alors que la planète court à la catastrophe avec d’un côté un changement climatique qui s’annonce apocalyptique et des pays incapables de s’entendre efficacement pour utiliser les dernières années qui nous restent afin de prendre les mesures radicales qui s’imposent… et de l’autre, un début d’effondrement d’une partie du vivant annonçant une crise de la biodiversité dont nous n’avons pas fini de payer les conséquences sur nos vies, le Covid n’en étant qu’une illustration bénigne mais évidente… Et l’autre, Bayrou, il nous parle de… natalité !

Electron : F Bayrou oublie un point fondamental dans son raisonnement : le développement durable de l’Humanité. L’espèce humaine est en train de surexploiter et détruire sa planète, et les conséquences risquent d’être plus que critiques. Aujourd’hui encore 80 % de notre énergie est d’origine fossile: que sera demain un monde dans lequel le pétrole, qui permet l’agriculture et le ravitaillement, sera épuisé? Et la disponibilité en eau ? La surpopulation, nous y sommes.

Audrey : Bayrou, c’est n’importe quoi ! Aujourd’hui un gosse est une charge pour la société. Plus de gosses, ça veut dire plus de personnes au RSA et plus de chômeurs.

Heinrich Von Zimmel : C’est beau cette course en avant. Accueillons plus de personnes qui devront faire plus d’enfants et accueillir encore plus de personnes pour assurer la continuité. On nage en plein désastre après la vague migratoire des années 60-70 et 90-00, il faut en plus encore accueillir de nouvelles personnes ? alors même qu’on a du mal à intégrer les précédentes vagues et que celles-ci refusent de s’assimiler ? On marche sur la tête.

Viviane17 : Faut-il baser le modèle démographique sur une pyramide de Ponzi ? À l’évidence il faut une décroissance démographique mondiale, et en France soutenir la natalité avec des allocations dès le premier enfant, plafonnées à deux ou trois selon les projections. Au delà, c’est un choix personnel qui n’a pas à être financé par la société.

Le Dingue : Bayrou retrouve la magie de la martingale en oubliant son risque : miser toujours plus tant qu’on gagne…jusqu’à ce que le dernier tour fasse perdre d’un coup un multiple de tous les gains accumulés. Ou bien la facilité du tas de sable qu’on déplace…dans le futur. Sachant que si toute la population mondiale avait le profil de consommation du français moyen, il faudrait quatre planètes Terre pour subvenir aux besoins et recycler les déchets (le profil des USA est de dix planètes!). Donc il faudrait en fait diviser la population française par quatre si on veut stabiliser la dégradation de la Terre et de ses ressources.

Maclen : On reste abasourdi par les propositions de M. Bayrou : la chair à enfanter immigrée remplace la chair à canons d’autrefois et ce monsieur phosphore une martingale d’équilibre des retraites qui donne des sueurs froides. Je me lance (pourquoi pas moi ?) : 1/ La planète va mal. Et si nous, la France, donnions l’exemple au monde d’une maîtrise de long terme de notre population ? ; 2/ J’ai remarqué que l’immigration posait des problèmes (« la France c’est pour les papiers », Bataclan…) : pas vous ? 3/ La France vieillit mais un nouvel équilibre viendra, pas de panique ; c’est arithmétique toute chose égale ; 4/ On demande aux femmes, vraiment, intimement, les yeux dans les yeux, ce qu’elles souhaitent et leurs conditions pour enfanter.

GR : Me BAYROU, Il faut se calmer. Vous êtes vous promenez dans les cités de nos grandes villes ? Je ne le pense pas. Il faut arrêter cette course en avant, tout ça pour empiler les gens les uns sur les autres. Revoyez vos modèles économiques pour arriver à l’équilibre, sans augmentation de notre population, svp.

Ithilglin : Sérieusement ? On en est encore à parler de politique nataliste, et on en est encore à en faire une condition de notre modèle social ? Alors que l’impact humain sur les écosystèmes est aujourd’hui intenable et qu’il faut absolument songer à réduire la pression de manière organisée faute de quoi cela se fera de manière désorganisée, donc beaucoup plus violente. Le concept de croissance économique ET démographique est tout simplement stupide dans l’environnement fini qu’est la terre. Aussi dur que cela soit, il faut développer un modèle qui n’a pas besoin de croissance. Ce n’est pas une idéologie, c’est une nécessité physique. On a beaucoup utilisé la science pour justifier les mesures de restrictions ces derniers mois, mais bizarrement toujours quand cela allait dans le sens de l’idéologie au pouvoir.

Énergie libre, un cas d’illusion technologique

Pour montrer l’illusionnisme technologique qui règne dans nos sociétés thermo-industrielles, considérons l’idée folle « d’énergie libre », définie comme une énergie illimitée, gratuite et facile à produire. Certains croient qu’elle existe, mais que les industriels nous la cachent… En fait c’est un mythe, une fake news qui nous induit en erreur. Notre boulimie énergétique et l’amour du progrès technique cultivé par beaucoup de nos contemporains nous empêche d’accéder collectivement au recul nécessaire pour percevoir les réalités du point de vue scientifique. Ainsi, on a vu se développer médiatiquement des idées de moteurs capables de faire avancer des voitures avec de l’eau, des mécanismes capables de reproduire des phénomènes de fission nucléaire à partir de petites quantités d’hélium, des générateurs utilisant les “champs électriques sans fin” pour produire une énergie illimitée ou encore des scientifiques prétendant être capables de reproduire la fusion nucléaire à froid dans un tube à essai. Un certain nombre de dispositifs ont fait la une des médias en faisant la promesse de fonctionner sur le principe de la production surnuméraire : le catalyseur d’énergie d’Andrea Rossi, le résonateur à eau de Jean-Christophe Dumas, les moteurs à mouvement perpétuels, les générateurs de la Fondation Keshe ou les moteurs à plasma type PlasmERG. Le bide intégral ! Toutes ces tentatives ont été démenties par l’expérimentation scientifique. Pour déterminer la réalité en matière d’énergie, il faut s’appuyer sur les lois de la thermodynamique. Allons au plus simple.

1) on ne peut pas “créer” d’énergie. On peut simplement la convertir. En clair, rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme.

2) quand une énergie est convertie d’une forme à une autre, une partie de l’énergie se dissipe, elle devient beaucoup plus difficile à utiliser. C’est l’entropie.

Si l’on continue à raisonner en termes d’énergie libre, cela nous empêche de voir que le principal problème (du point de vue écologique) n’est pas de savoir comment produire plus d’énergie, mais comment en consommer moins.

Pour en savoir plus, lire Nicholas Georgescu Roegen, « entropie, écologie, économie » (The entropy law and the economic process)

en résumé : La théorie économique dominante considère les activités humaines uniquement comme un circuit économique d’échange entre la production et la consommation. Pourtant il y a une continuelle interaction entre ce processus et l’environnement matériel. Selon le premier principe de la thermodynamique, les humains ne peuvent ni créer ni détruire de la matière ou de l’énergie, ils ne peuvent que les transformer ; selon l’entropie, deuxième principe de la thermodynamique, les ressources naturelles qui rentrent dans le circuit avec une valeur d’utilité pour les humains en ressort sous forme de déchets sans valeur. Lorsqu’on brûle un morceau de charbon, son énergie chimique ne subit ni diminution ni augmentation (premier principe de la thermodynamique : rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme), mais l’énergie initiale s’est dissipée sous forme de chaleur, de fumée et de cendres qui ne peuvent être récupérée (deuxième principe ou loi de l’entropie : tout se transforme et échappe alors à l’emprise humaine). En fait tout organisme vivant s’efforce de maintenir constante sa propre entropie ; il y parvient en puisant dans son environnement immédiat de la basse entropie (utilisable) afin de compenser l’augmentation de l’entropie à laquelle son organisme est sujet. Si les humains n’arrivent plus à capter de basse entropie à proximité, ils essayent de la prendre ailleurs. L’énergie atomique n’est ainsi qu’une tentative contemporaine de délier de l’énergie liée. Mais on ne peut produire de façon meilleure ou plus grande qu’en produisant des déchets de manière plus forte et plus grande. Il n’y a pas plus de recyclage gratuit qu’il n’y a d’industrie sans déchets.

Pour en savoir encore plus grâce à notre blog biosphere :

9 décembre 2018, L’illusion technologique confrontée au climat

9 novembre 2018, L’illusion d’une énergie offerte par les algocarburants

18 février 2008, illusions technologiques

OGM, limites de la recherche-développement

A un scientifique versé dans les biotechnologies végétales, on peut objecter cette remarque préalable : devenir un spécialiste dans un domaine empêche trop souvent d’élargir son point de vue. Se présenter du haut de sa chaire, « écoutez-moi je suis un grand scientifique et j’ai fait plein de choses pour les OGM », cela peut irriter dès le départ et entraîner un blocage inter-relationnel. Sans compter l’accusation de « conflits d’intérêt » ! Il suffit de se rappeler le refus total de Jacques Testart (et d’autres) de participer à un débat contradictoire avec l’AFBV (association française de bio-technologie végétale). Le blocage est bien installé car les pro-OGM sont considérés comme dogmatiques, enfermés dans leurs certitudes de chercheurs es techno-science. Cf les archives biosphèrique :

à qui profitent les OGM ? Débat entre Deshayes et Testart (2013)

Tout savoir sur la perversité des pro-OGM (2020)

Sur le fond de la question technologique, le blocage résulte de la difficulté de fixer des limites à l’application dans la vie courante de découvertes scientifiques. A l’extrême règne pour certains le principe d’innovation, une croyance aux bienfaits du progrès technique totalement opposée au principe de précaution : tout ce qui a été inventé doit avoir son application (même la bombe atomique). A l’autre bord extrême, d‘autres vont dire qu’il fallait s’arrêter à l’épée pour en rester au contact direct pour faire la guerre et au cheval de labour pour garder le lien avec la nature. Choisir un moyen terme entre le retour à la bougie et la conquête de Mars reste une interrogation qui reste sans réponse si ce n’est par le débat démocratique. L’introduction d’une nouveauté parmi les Amish, soumise entre eux à controverse « en présentiel », montre que si on dialogue vraiment, on en reste à des techniques très simples. Par contre les lobbyistes de l’appareil techno-industriel veulent nous faire gober la dernière nouveauté à la mode (qu’ils fabriquent eux-mêmes par la publicité et la médiatisation) ; dans ce cas il n’y a plus de frein au « progrès » technique, c’est le « sans limites » qui mène la société thermo-industrielle à sa perte. Technophiles contre technophobes, impossible de concilier les points de vue alors qu’il y a bien un entre-deux, le monde n’est pas en blanc et noir. Des tentatives de trouver le seuil à partir duquel une technique devient contre-productive ont été faites ;, les appellations diffèrent, mais il y a la même idée directrice, Mumford distingue technique démocratique et technique autoritaire (1962). Ivan Illich parle d’outil convivial ou non. Teddy Goldsmith utilise les termes, techniques « enchâssées » contre techniques « branchées ». Ted Kaczynski parle de technologie cloisonnée et de technologie systémique. En termes plus simples, on peut parler de techniques douces et de techniques dures.

Voici par exemple la position de Theodore J. Kaczynski : « Nous faisons une distinction entre deux types de technologies : la technologie cloisonnée et la technologie systémique. La première, qui se développe au niveau de petites cellules circonscrites, jouit d’une grande autonomie et ne nécessite pas d’aide extérieure. La seconde s’appuie sur une organisation sociale complexe, faite de réseaux interconnectés. En ce qui concerne la technologie cloisonnée, aucun exemple de régression n’a été observé. Mais la technologie systémique peut régresser si l’organisation sociale dont elle dépend s’effondre. »

En termes contemporains, on peut parler de low tech :

Bihouix, Low tech contre High tech (2019)

Résilience, un passage nécessaire par les low tech (2014)

Venons-en au débat spécifique sur les OGM. Ce blog biosphere a présenté plusieurs fois cette controverse, entre autres :

équivalence en substance des OGM, manipulation du réel (2017)

dialogue avec un partisan des OGM, membre de l’AFBV (2011)

Conclusion : La seule ambition d’une recherche éthique en matière technique, c’est de se contenter de développer la connaissance, et non d’asservir les autres humains ou la Nature. L’objectif de la recherche sans développement, c’est de rendre le monde plus intelligible, pas de le transformer. En janvier 2005, tout début de ce blog biosphere, Il n’y avait que trois articles dont celui-ci, « Quelle recherche ? ». Cet article ne semble pas avoir vieilli :

« Il faudrait considérer la recherche non comme un tout dont l’objectif serait d’accaparer au moins 3 % du PIB, mais comme des études spécifiques dont les domaines d’application seraient réellement utiles et sans danger pour la société humaine et pour le reste de la planète. Par exemple, faut-il financer principalement la biologie moléculaire et les OGM ou faut-il favoriser la recherche des naturalistes sur les avantages de la biodiversité dont on nous a rappelé lors de la dernière conférence internationale à Paris qu’elle était en péril extrême. Faut-il consacrer plus de 80 % du financement de la France en matière d’énergie à la recherche nucléaire et laisser seulement quelques miettes pour les énergies renouvelables. Faut-il toujours plus de recherche en tous genres sans s’interroger sur les risques pour la santé humaine de nos applications techno-scientifiques alors que nous accumulons déjà des tas de produits chimiques dans notre corps et que les cas de cancers et d’allergie se multiplient. Finalement notre polarisation sur d’éventuels sauts technologiques dans la recherche à la mode (une mode déterminée par les industriels) nous empêche de consacrer toutes nos forces et notre attention à l’endiguement des dégâts que nous infligeons aujourd’hui à notre planète, donc à nous-mêmes. Le débat politique ne peut plus porter sur une enveloppe financière globale qui va sauver quelques emplois de chercheurs, mais sur notre manière de penser et de vivre qui pèse beaucoup trop sur la Biosphère et pénalise le sort des générations futures. »

à lire, quelques conseils des JNE

Nos batailles pour l’environnement – 50 procès, 50 ans de combats par Corinne Lepage et Christian Huglo >> lire
Le monde soyeux des araignées par Christine Rollard >> lire
Autobiographie d’un poulpe par Vinciane Despret >> lire
J’ai écouté les Alpes par Nicolas Crunchant. >> lire
Histoires de Grands-ducs par Patrick Balluet,>> lire
Guide du naturaliste Causses et Cévennes >> lire
Cueilleur d’essences par Dominique Roques >> lire
La croissance verte contre la nature par Hélène Tordjman >> lire
Manger du Faux pour du vrai – Les scandales de la fraude alimentaire par Ingrid Kragl >> lire
La vie du sol de nos jardins par Gabriel Primetens >> lire
Les animaux parlent – sachons les écouter par Nicolas Mathevon.>> lire
Les jardins de Weleda >> lire
Rapaces nocturnes d’Europe par Marco Mastrorilli >> lire
La fabrique des pandémies par Marie-Monique Robin >> lire
Frères d’âme – Edgar Morin et Pierre Rabhi – entretien avec Denis Lafay >> lire
Et si ma fourchette pouvait sauver la planète par Marion Haas >> lire
Le cheval, c’est l’avenir par Jean-Louis Gouraud >>
lire

2022, encore et toujours l’ego de Mélenchon

Le leader bien aimé de La France insoumise (LFI) croit pouvoir gagner en 2022.

Jean-Luc Mélenchon : « M. Macron a adopté la grammaire de l’extrême droite… Le logiciel du PS, basé sur la croissance sans fin, est obsolète… Les écologistes méconnaissent la nécessité de la souveraineté du peuple en toutes circonstances… La masse veut la retraite à 60 ans, la répartition de la richesse, changer la production et la consommation… Je propose un nouvel humanisme qui affirme l’harmonie entre les êtres humains et la nature… Je fais le pari de l’athéisme : l’absolue responsabilité de l’humain. Je ne suis pas à l’aise avec tout ce qui soumet à une transcendance. Cependant, « Laudato Si » est extrêmement proche de ma manière de formuler les problèmes… Contre le capitalisme, il faut imaginer un autre modèle de construction de soi que celui qui se réalise par les consommations ostentatoires… Sandrine Rousseau porte une écologie « rupturiste ». Si elle gagne la primaire des Verts, ça ouvre des possibilités d’union qui n’existent pas autrement… Je crois fermement à mes chances de l’emporter dans un contexte de désagrégation du champ politique… »

Les réactions sur lemonde.fr sont innombrables, à peu près 200. En résumé :

OpticNerve : Un vrai petit rebelle l’ancien pourtant il y déjà plus de quarante années qu’il en croque du pouvoir et des débats politiques télévisés stériles…sacré rigolo la république c’est lui haha

Léon Tr. : Je m’interroge… sont-ce les ravages de l’âge ? C’est Mélenchon contre le reste du monde : les écolos pas à la hauteur, le PS et le PC finis, le peuple français « fourbu », certains camarades de LFI des « traitres ». C’est une grande distribution de claques, pour conclure sur le fait qu’il pense – sans rire – l’emporter au second tour contre Marine Le Pen ! Franchement, qui peut encore le prendre au sérieux ?

Le monde est merveilleux : Collectivisme et matérialisme historique nous dit-il ? En attendant, le camarade méluch’ loge dans un grand appartement parisien et non dans un phalanstère. Quant à sa conversion à l’écologie, nous voudrions bien y croire s’il avait une quelconque réalisation concrète en la matière…

Gilles SPAIER : J’allais écrire tout le mal que je pensais de M. Mélenchon, mais après avoir lu quelques réactions, j’ai pensé qu’il était habillé pour l’hiver. J’ai rarement vu une personnalité politique déclencher une telle unanimité contre lui. Cela ne pose aucune question à son parti?

Pour mieux connaître Jean-Luc Mélenchon, sur notre blog biosphere :

notre synthèse, BIOSPHERE-INFO, Jean-Luc Mélenchon et l’écologie

Pour en savoir encore plus :

27 mars 2012, Jean-Luc Mélenchon entre productivisme et décroissance

27 mars 2012, la planification écologique selon Jean-Luc Mélenchon

4 décembre 2016, Programme de Jean-Luc Mélenchon, travail collaboratif ?

14 décembre 2016, Jean-Luc Mélenchon, un technophile avéré

5 janvier 2017, La 6ème république, un fantasme de Jean-Luc Mélenchon

17 janvier 2017, La planification écologique selon Jean-Luc Mélenchon

16 février 2017, Jean-Luc Mélenchon à l’épreuve du pouvoir

3 décembre 2018, Mélenchon victime de la forme gazeuse de son mouvement

11 novembre 2020, Jean-Luc Mélenchon, président en 2022 ?

Une histoire nationale à dé(re)construire

L’histoire nationale, on s’en fout sauf à filtrer avec l’extrême droite. Ce n’est pas l’avis d’un candidat à la présidentielle de 2022 !

Xavier Bertrand : « L’heure n’est pas à la déconstruction de l’histoire mais à la reconstruction d’une cohésion nationale. L’histoire est à une nation ce que la mémoire est à un individu. Elle fonde son identité : elle est donnée, tout entière, en héritage à ceux qui naissent sur le sol de France, et en partage à ceux qui veulent devenir français. Elle éclaire notre action. Elle nous permet de nous projeter vers l’avenir. Avec ses dimensions de grandeur et sa part d’ombre, notre histoire nous définit et forme le socle de nos valeurs. Le chef de l’État voudrait « déconstruire » notre histoire, c’est une atteinte portée à notre dignité nationale, et ce sur un média étranger. Cette position instille un poison mortel dans notre unité nationale. »

Xavier Bertrand veut nous faire croire que la France ne s’est pas bâtie sur la colonisation et l’esclavage, que l’islamisme radical et l’ultragauche sont culs et chemise, qu’il y a une guerre idéologique engagée contre la France, qu’il faut restaurer la souveraineté migratoire et qu’entre Macron et Le Pen, il y a LUI, l’autre choix pour 2022. Mais l’histoire n’a pas à être politisée dans un sens ou un autre, le travail des historiens est seulement de s’approcher le plus possible de la vérité des faits et de leurs enchaînements. La récupération politicienne du résultat des recherches historiques, c’est juste… de la politique. L’histoire « nationale » est une construction du XIXe siècle, on a inventé le choc des nations pour mettre un semblant d’ordre dans la multiplicité des peuples du monde. Cette idéologie réductrice est complètement dépassée par l’histoire à construire qui se compose de deux éléments ; d’une part celle du passé de l’humanité toute entière et du support qui nous fait vivre, la Terre, d’autre part celle de la construction de notre avenir. Toutes nos pensées, tous nos comportements, reposent sur des histoires inventées. Le récit confère à notre vie une dimension de sens qu’ignorent les autres animaux. L’imagination précède l’action et les récits qui en découlent façonnent nos perceptions.

Une déconstruction /reconstruction ne peut reposer que sur le message écologique, ce qui nous réconciliera avec une planète que nous avons pillée et dévastée. Jusqu’à présent, la société libérale et thermo-industrielle a été soutenue par une myriade d’articles, de livres, de films, de publicités qui lui ont permis de l’emporter sur le récit marxiste. Aujourd’hui nous sommes en présence d’un écrasant imaginaire fait de prouesses technologiques, de vacances sur des plages paradisiaques, de smartphones, de filles à moitié nues sur les affiches, de voitures dans des décors de rêve, de livraisons en vingt quatre heures sur Amazon… Que faire en tant que militants écolo face à un tel imaginaire ? Que pèse une campagne d’ONG face à des millions de messages contraires délivrés chaque jour par les marques, les chaînes, les influenceurs de toutes sortes qui inondent les réseaux sociaux ? Que pèse un post de Greenpeace International sur Instagram (628 000 followers) appelant à agir pour le climat, contre un post de Kim Kardashian (105 millions de followers) appelant à acheter son nouveau gloss à paillettes ? La religion de la croissance est la plus puissante fiction de notre époque. Nous pillons les ressources naturelles, éradiquons les espèces au nom d’histoires et de fictions.

Mais dans son livre Blessed Unrest, Paul Hawken décrit ce qu’il appelle le plus grand mouvement social de l’histoire : « Il y a déjà un à deux millions d’organisations qui œuvrent pour la durabilité écologique et la justice sociale. » Ce blog biosphere n’est qu’un élément de cette reconstruction de l’histoire,, ce sont les petits ruisseaux qui se transforment en grands fleuves.

Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphere :

17 juin 2018, Écologie : changer d’histoire pour changer l’histoire

27 mai 2015, Le programme idéal d’histoire n’existe pas encore

18 octobre 2012, Histoire de la crise écologique

13 septembre 2010, les profs d’histoire nous manipulent

Réinventons notre relation à la montagne

Un collectif s’insurge contre le projet d’un téléphérique sur un glacier : « Et si les humains, les autres animaux et les glaciers partageaient plus qu’une simple relation d’utilitarisme… La bonne manière de se relier à la montagne est-elle de continuer à monter, plus vite, plus haut, plus fort… N’est-il pas temps de descendre d’un cran, de se poser la question de ce qu’est un glacier en train de mourir… Nous proposons de réinventer de nouvelles formes de relations au glacier, allier les pratiques de ski de montagne et l’éducation aux problématiques écologiques et climatiques… Nous sommes habitués, en Occident, à penser les glaciers comme des éléments inanimés faisant partie de notre « environnement naturel » plutôt que comme des acteurs à part entière d’un monde que nous habitons en commun. C’est cette idée qu’il nous faut déconstruire pour tisser les fils d’une autre histoire possible… Est-il si difficile de transformer une cosmologie héritée de la révolution industrielle, nous intimant de croire qu’il existerait une nature extérieure à nous que nous devrions exploiter jusqu’à ce que plus une once de ce grand dehors ne résiste à nos impératifs de gestion rentable et profitable ? Sentez-vous une tristesse naître en vous lorsque l’on vous explique que l’économie des vallées montagnardes ne tient qu’à l’aménagement touristique bétonné et mécanisé ? Si oui, c’est que vous vous demandez ce que nous avons fait du monde qui soutenait nos existences… A l’image des peuple autochtones, nous sommes nombreux à vouloir expérimenter d’autres formes de relation aux entités qui peuplent nos milieux… Nous ne disons pas que nous savons ce que c’est que penser comme un glacier. Mais nous décidons d’arrêter de nous acharner sur ses restes, nous décidons d’en prendre soin… Un autre modèle de développement est possible. Demandons l’étude d’un autre projet qui mette différemment en valeur le glacier de la Girose… » 

Admirable insurrection des consciences, sauf que ce collectif s’arrête en chemin. Respecter la haute montagne, c’est la laisser à sa splendeur inviolée. Les alpinistes ont été des conquérants de l’inutile, les skieurs hors ou sur pistes sont devenu des nuisibles. Les riverains d’un océan n’allaient pas autrefois sur le bord de la plage, ils avaient bien d’autres choses à faire. Les gens vivant à proximité de la montagne ne ressentaient pas du tout le fait que la montagne était synonyme de loisirs marchands. Dans un monde écologisé, on se contentera de ce qu’on a autour de soi, on ira moins loin, moins vite et moins haut. Après le choc pétrolier ultime, nous n’aurons de toute façon plus les moyens de rêver ni à aux voyages en voiture, ni aux vacances de neige…

Pour en savoir plus sur la radicalité de ce blog biosphere,

24 juin 2019, Stations de ski et réchauffement climatique

7 février 2018, Ne skiez pas, ni au Pla d’Adet ni ailleurs

20 octobre 2014, L’inutile conquête des sommets de l’Himalaya

Localisme à la sauce Rassemblement National

Hervé Juvin, candidat localiste, est  farouchement hostile aux éoliennes et ardent supporter du nucléaire. Hervé est de fait le penseur de l’écologie à la sauce Rassemblement National. Il prône une « écologie heureuse », appuyée sur des référendums locaux, contre « l’écologie punitive » des Verts. Il pense à un label de préférence locale ou régionale pour privilégier les circuits courts. Le 10 mai dernier, Marine Le Pen est venue le soutenir localement pour les élections régionales. Selon ses flatteries, « Hervé Juvin a une vraie vision », le localisme, « un sujet tout à fait essentiel ». Mais l’ex-frontiste n’a pas peur de ses contradictions internes : « La France est un Etat-Nation, et déconstruire l’Etat, c’est porter atteinte à la Nation… La mer n’appartient pas à Emmanuel Macron ni aux consortiums, elle appartient aux Français. »

Ce sont des citations du MONDE qui nous donne aujourd’hui notre Pen quotidien.

Soyons complexe, plus complexe que les petites phrases des communicants politiques que les journalistes du MONDE se contentent de relayer. En 2010, Hervé Juvin participe à un colloque du Bloc identitaire intitulé « Localisme et identité, la réponse au mondialisme ». Il est élu député européen sur la liste du Rassemblement national (RN) lors des élections européennes de 2019. Hervé était dans le charter affrété par Poutine en juillet 2020 pour venir valider son référendum constitutionnel à des « observateurs européens ». C’est là le signe d’un engagement très localiste, du genre franco-russe. En janvier 2021, alors qu’il n’a toujours pas adhéré au RN, il lance le Parti localiste. Présenté comme complémentaire au Rassemblement national, ce micro-parti souhaite mettre l’accent sur l’écologie, l’identité et les territoires. Aujourd’hui, il est tête de liste localiste du RN pour les élections régionales dans les Pays de la Loire. Mais Hervé ne crache pas sur la mondialisation quant à ses finances. Selon les données rendues publiques par la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP), Hervé Juvin détient, en 2019, 634 800 euros du capital d’Air liquide, 168 665 euros dans Total, 54 723 euros dans Vinci, 44 439 euros dans Royal Dutch (Shell), 16 692 euros d’Amazon et 9 525 euros de Microsoft. Hervé Juvin s’était exprimé dans « Limite » : « La nation était le meilleur antidote au choc des civilisations. Par la frontière et l’exigence de la citoyenneté, on était parvenu à faire vivre côte à côte des gens très différents de par leur foi religieuse ou leur appartenance. Quand vous enlevez le couvercle de la nation, vous rêvez de concorde , mais vous récoltez la guerre de tous contre tous. »* Ce n’est pas bien connaître l’histoire humaine, jalonnée de guerres résultant du choc des nations depuis plus de deux siècles.

Localisme et nationalisme sont deux conceptions aux antipodes l’une de l’autre. Le slogan fondamental de l’écologie politique pourrait être « produire local et consommer local pour résister à la mondialisation et faire alternative au nationalisme ». Sur un territoire qu’on peut appeler biorégion, le localisme écolo tend à la résilience aux chocs provoqués par les hydrocarbures (descente énergétique et réchauffement climatique). On met en œuvre une autonomie locale au niveau alimentaire et énergétique. On ne va pas soutenir le complexe pétrolier et la grande distribution. On ne va pas mettre une centrale nucléaire dans chaque lieu. On installe des éoliennes à dimension humaine, les moulins à vent étaient autrefois répandes partout sur le territoire français. On fait renaître les ceintures vivrières des villes. Mettre en avant le collectif local, c’est aussi miser sur des rapports démocratiques de proximité… contrairement au RN qui n’existe que par son chef ou sa cheftaine.

Pour en savoir plus, notre synthèse,  L’écologie vert de gris de Marine Le Pen

* Limite n° 2, revue d’écologie intégrale (dans le dossier «Naufrage mondial, Ancrage local», quelques extraits sur l’immigration)

Les préjugés du journal « La décroissance »

Nous aimons ce mensuel iconoclaste qui porte la seule parole d’avenir aujourd’hui : « Il nous faut maîtriser la décroissance de notre système thermo-industriel, sinon le choc sera très brutal ». Il nous semble cependant que Vincent Cheynet, son rédacteur en chef, ne réfléchit pas toujours comme il faudrait.

Par exemple les colonnes de son journal sont interdites à tous ceux qui analysent la décroissance démographique. On ne jure que par la décroissance économique, la maîtrise de la fécondité humaine, c‘est tabou. Le mot « malthusien » est même interdit de séjour. On préfère louer les ventres qui s’arrondissent. C’est pourquoi ce journal en reste à des superficialités. Ainsi dans le numéro de mai 2021, la comédienne Audrey Vernon : « J’ai envie qu’on arrête de fabriquer des smartphones, des SUV, mais pas des bébés. » Commentaire du journal : « On rêve d’un monde du spectacle qui devienne aussi subversif ». Après ce commentaire abrupt, Vincent Cheynet cite le livre d’Audrey, Billion dollar baby : lettre ouverte à mon enfant à naître. Il faut s’en contenter alors que la pensée d’Audrey est bien plus ouverte : « La littérature écologiste radicale est passionnante, stimulante… Notre civilisation ressemble de plus en plus à la grande barrière de corail, blanchie, fantomatique, sale… J’ai envie qu’on arrête de fabriquer des produits, de transformer l’animé en inanimé.. Je propose la décroissance, le retour à la réalité, la fin du décalage prométhéen entre nos techniques et notre incapacité qui fait qu’on n’arrive pas à imaginer les conséquences de nos actes et de l’utilisation de ce « progrès »… Il faut revenir à la réalité biologique et partir de ça pour reconstruire des techniques adaptées à la vie et qui ne détruisent pas tout ce qu’elles touchent. On ne devrait fabriquer que des choses biodégradables, retrouver cette osmose avec les êtres vivants dont nous co-dépendons. Se souvenir que l’océan avant d’être une décharge est notre oxygène, que la terre avant d’être une source de profit est la condition de notre vie biologique… Et aussi laisser les milliardaires aller sur Mars… tout seuls. Les périls sont immenses, on parle quand même de 6ème extinction de masse. De génocides en cours et à venir. Des enfants meurent tous les jours de notre confort, je rêve qu’appuyer sur un interrupteur n’ait pas pour conséquences l’expulsion de populations, la famine, la vie dans des bidonvilles…» Après ces fortes paroles, on ne voit pas pourquoi Audrey n’a pas intitulé son opuscule « lettre à l’enfant que je n’aurai jamais».

Le débat sur le malthusianisme mériterait d’être ouvert par Vincent Cheynet.

Notre synthèse, MALTHUS, décroissant nié par les décroissants (27 août 2020)

Deuxième exemple d’ostracisme, la manie de Vincent Cheynet d’attaquer tout ce qui bouge en matière d’écologisme, celles et ceux qu’il appelle écotartuffes. Cyril Dion est emblématique des préjugés du journal envers les personnes et leurs idées. Dans le numéro de mai 2021, on fait une longue citation des propos de Cyril : « Y’a un livre passionnant qui s’appelle Comment saboter un pipeline d’Andreas Malm… Finalement, dans l’histoire, que ce soit pour les droits civiques, que ce soit pour les suffragettes, que ce soit pour indépendance de l’Inde, en réalité il y a à la fois des mouvements non-violents, ce que l’histoire a gardé dans ses tablettes, mais aussi des mouvements d’action directe qui faisaient toujours attention à ne pas faire de victimes humaines mais où y’avait des sabotages, ou y’avait des attentats : les suffragettes faisaient péter des bombes, et cette action instaurait une épreuve de force avec le pouvoir qui a permis à la fraction non-violente de pouvoir avancer ses pions, et de pouvoir transformer les lois et la société…. » Le mensuel en tire le commentaire définitif suivant : « Voilà notre écologiste médiatique qui fait l’apologie de la violence qui, en fait « ouvrirait la voix aux non-violents (sic). »

Là encore le journal La décroissance refuse d’aborder le débat de fond, les modes d’action à envisager dans un contexte d’urgence écologique. Est-ce que la violence contre les biens nuisibles à l’équilibre socio-écologique sont (ou non) une forme de non-violence, le débat méritait d’être ouvert par Vincent Cheynet.

Notre synthèse, Urgence écologique et destructions de biens (11 octobre 2020)

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Pour avoir un point de comparaison, Charte des commentaires selon lemonde.fr

Léonore Moncond’huy, seule contre les avions

Un tollé général de l’ensemble de l’éventail politique face aux propos de la maire de Poitiers, Léonore Moncond’huy : « L’aérien ne doit plus faire partie des rêves d’enfants. »  On extrait de son analyse sur le climat un minuscule fragment pour en faire un drame national et ne pas avoir à réfléchir. Les réactions sont brutales, y compris en provenance des amis écolos de Léonore :

Yannick Jadot d’EELV : « Je pense que les rêves, c’est l’intimité. J’ai pu découvrir une partie de la beauté du monde grâce à l’avion. »

L’insoumis Jean-Luc Mélenchon sur Twitter : « Coucou Poitiers! Les rêves restent toujours libres, signé Icare. »

L’ancien pilote de ligne, Jean-Baptiste Djebbari : « Des élucubrations autoritaires et moribondes ».

Maud Bregeon, porte-parole de La République en marche : « Des mots dogmatiques, cyniques, et tristes. »

Marine Le Pen, présidente du Rassemblement national : « Interdire, punir, faire payer, freiner l’innovation, vouloir détruire les filières d’excellence industrielle comme le nucléaire et l’aéronautique, s’en prendre aux rêves des enfants: voilà le vrai visage de ces ‘verts’ qui n’ont rien d’écologiste. »

Bruno Le Maire, ministre de l’économie, a qualifié les propos de la maire écologiste de Poitiers de « totalement stupides ». Il dénonce « une folie révoltante et dangereuse ».

Tous ces gens nous mènent au désastre du réchauffement climatique puisque pour eux, les rêves des enfants ne doivent pas oublier l’avion. Précisons les termes exacts de l’enjeu. Lors du conseil municipal de Poitiers qui s’est déroulé le 29 mars 2021, Léonore Moncond’huy justifiait son « choix difficile » de ne plus subventionner les aéroclubs de Poitiers pour « protéger l’avenir des enfants ». Elle répondait à l’opposition qui mettait en avant le rôle « éducatif » de ces structures, en ajoutant : « C’était mon rêve d’enfant de prendre l’avion pour aller à l’autre bout du monde. Mais je pense que vous ne vous rendez pas compte des rêves dont on doit préserver les enfants. L’aérien, c’est triste à dire, mais cela ne doit plus faire partie des rêves d’enfants aujourd’hui. » Elle pointant ainsi du doigt la participation de l’association des Chevaliers du ciel au programme «Rêve de gosse» qui permet à des enfants handicapés de faire un tour en avion. La propagande pour l’avion n’a pas de limites. Léonore évoque enfin un signal de responsabilité : « Compte-tenu du fait que cela ne menace par la survie de l’association, aujourd’hui, nous considérons que l’argent public ne doit plus financer les sports fondés sur la consommation de ressources épuisables, a-t-elle notamment expliqué lors du conseil municipal, ajoutant : « c’est aussi pour ces décisions, qui requestionnent nos politiques au filtre du changement climatique, que nous avons été élus. »

Est-il totalement stupide de penser que tous les fanatiques de l’avion contribuent à la destruction de « la beauté du monde » grâce à leurs voyages dans des plus lourds que l’air qui ont besoin de kérosène ? Le trafic aérien représente, en dehors du temps de pandémie, presque 2 % des émissions mondiales de CO2. «Le futur des enfants dans une France avec 5 et 6 degrés de plus sera bouleversé et leurs rêves aussi», a précisé sur Twitter Léonore Moncond’huy. Elle aspire à «un nouvel imaginaire» et à «de nouveaux rêves» que le XXIe siècle doit inventer pour les « enfants d’aujourd’hui ». Cette approche devrait être partagée par tous les politiciens sans exception, de l’extrême gauche à l’extrême droite ; l’urgence écologique devrait faire consensus absolu. Mais cette unanimité contre la maire de Poitiers montre qu’il est inutile de faire de grandes phrases sur le climat quand on se complaît dans une ambiance délétère qui n’a pour seul objectif que marquer quelques misérables points de « notoriété » dans la joute électorale. Tant que l’art de convaincre des écologistes se heurtera à la libre expression des politiques, surtout quand elle est débile, il n’y aura pas de véritable démocratie possible, c’est-à-dire un système qui repose sur le choix éclairé des électeurs de base et leurs rêves d’un avenir vivable et durable.

Liberté d’expression ou bien art de convaincre

La seule liberté que nous puissions avoir, c’est d’être conscient des contraintes apportées par notre socialisation primaire, notre vécu socio-économique et le milieu environnant. On ne peut penser à l’origine que dans un cadre familial et scolaire, puis nous respectons les règles de notre parcours professionnel et nous nous comportons en toutes circonstances comme nous le dicte la pression sociale. C’est pourquoi évoquer la « liberté d’expression » est un abus de langage, notre discours est toujours codifié par d’autres. Pourtant il s’agit d’une innovation qui fonde le fonctionnement démocratique d’une société. Il n’y a plus de discours d’autorité imposé par une religion, un empereur ou une idéologie. Le changement social se fait grâce aux interactions du débat, sinon la société se fige. Mais quelle est la direction à prendre ? Sur une planète exsangue, le seul discours qui pourrait arriver à un consensus commun grâce au dialogue, c’est l’urgence écologique.

  1. la liberté de convaincre pour l’écologie

Le positionnement des écologistes a été clairement défini par le philosophe Arne Naess : « L’un des principaux aspects de nos actions est d’attirer l’attention du public. La condition du succès est alors dépendante de notre capacité à confirmer l’hypothèse suivante : si seulement l’opinion publique savait ce que les écologistes défendent, alors la majorité des gens serait de leur côté. Maximiser le contact avec votre opposant est une norme centrale de l’approche gandhienne. Plus votre opposant comprend votre conduite, moins vous aurez de risques qu’il fasse usage de la violence. Vous gagnez au bout du compte quand vous ralliez votre opposant  à votre cas et que vous en faites un allié… Il n’est pas bon d’exprimer des positions hostiles à l’industrie en général. Notre point de vue doit être que nous soutenons l’industrie, puis ensuite souligner que la grande industrie est une déviance historique. Pareillement, nous ne devons pas émettre de slogan général contre la technologie. Les technologies doivent être essentiellement légères ou « proches ».

Arne Naess prend un exemple de dialogue : « Quelqu’un projette de construire une nouvelle centrale hydroélectrique… il dit : « Nous nous attendons à une augmentation des besoins en électricité et, en tant que décideurs, nous risquons d’être fortement critiqués s’il y a une pénurie d’électricité. Il faut donc construire un nouveau barrage. » Tu dis alors : « Mais êtes-vous sûr qu’il y ait plus de besoin en électricité ? » Il dira : « Oh ! oui, regardez les chiffres. Il y a tant de pour cent d’augmentation. » Mais tu rétorques : « Il y a une augmentation de la demande sur le marché, et vous appelez ça un besoin ? » Ensuite, après quelques échanges, il répond : « Non, non, bien sûr. Nombre de demandes ne reflètent par des besoins réels. » « Mais alors, en tant qu’individu, vous accédez à une demande sans vous poser de questions ? Si toutes les nations consommaient autant d’électricité par personne que la Norvège, ce serait certainement une catastrophe. Notre consommation par tête est même plus élevée que celle des Etats-Unis. Quelle est la justification éthique ? Ne serait-il pas nécessaire de diminuer la consommation d’énergie en Norvège ? » D’après mon expérience, ce serviteur zélé du peuple, qui avait dit oui à une centrale électrique, admettra à peu près tout ce que tu lui diras en tant que philosophe. Mais il ajoutera « C’est trop tôt, ce n’est pas encore possible politiquement. Vous voulez que je quitte la politique ? » Ce à quoi tu répondras : « Je comprends ce que vous voulez dire. Oui, je comprends. Mais notre objectif à long terme est construit sur la base de prémisses beaucoup plus profondes que celles sur lesquelles repose votre argumentation. Tout ce que nous pouvons vous demander, c’est que vous reconnaissiez au moins une fois par an que vous êtes d’accord avec nous. Adoptez la perspective du long terme ! » Si cet homme politique soutient désormais de temps à autre quelques-uns des objectifs fondamentaux de l’écologie profonde, son schéma d’argumentation ne sera plus aussi superficiel. Il sera sauvé, si l’on peut dire. »

Parfait, le message écolo a éveillé une conscience, mais ce n’est pas encore l’insurrection des consciences.

2) liberté d’expression pour la philosophie

Voici ce qu’en dit Monique Canto-Sperber : « La liberté d’expression, c’est permettre la diversité des opinions ; on ne peut pas priver les autres de la possibilité de penser différemment. Il faut vouloir se confronter à une adversité pour apprendre à défendre ses propres valeurs. Car ce n’est pas en faisant taire ses détracteurs que l’on montre la force de ses convictions. Dans la tradition libérale, toutes les opinions sont permises sauf celles qui font « un tort objectif à autrui ». Des propos transgressifs, qui peuvent même blesser, doivent être tolérés comme éléments du débat car leur but n’est pas de réduire l’autre au silence. Le philosophe John Stuart Mill (1806-1873) a défini les règles de la liberté d’expression : lorsqu’il est libre, le débat contradictoire peut conduire à une forme d’autorégulation spontanée de la parole. Les contre-vérités, les propos aberrants ou loufoques finissent toujours par être critiqués et neutralisés. Mais à cette époque, peu de personnes avaient accès à la parole publique et toutes partageaient les mêmes codes de langage. Entre radicaux et réactionnaires, le débat était possible. Ce n’est plus le cas aujourd’hui dans nos sociétés pluralistes et fragmentées, car ce ne sont pas seulement des arguments qui s’affrontent mais aussi des identités. Les propos qui rappellent les faits ou font appel à la raison deviennent vite inaudibles. »

« Les propos qui rappellent les faits ou font appel à la raison deviennent vite inaudibles. » Nous en savons quelque chose sur ce blog biosphere, y’a pas d’images, c’est trop rationnel, on peut pas rigoler, que du catastrophisme, misère, misère… Nous sommes encore loin de l’insurrection des consciences écolos !

Limiter les naissances, plutôt choisir sa mort

Un jeune auditeur : « Plutôt que de limiter les naissances, supprimons les soins médicaux dès l’âge de 80 ans. » Un autre encore plus jeune : « Pour ne plus être trop nombreux, changeons de société : 20 ans pour étudier, 20 ans pour travailler, 20 ans de retraite pour profiter de la vie et dès l ‘âge de 60 ans, euthanasie obligatoire. » C’était à la fin des années 1980 deux interventions lors d’une émission radio « Faut-il limiter les naissances ? ». Quarante ans plus tard, on se pose toujours en France la question de choisir sa mort. Le débat est à la fois public et parlementaire.

1) Éditorial du « MONDE le 7 avril 2021 : Récurrente, douloureuse, mais fondamentale et rebelle à tout manichéisme, la question de la fin de vie revient à l’ordre du jour… Selon plusieurs sondages, une large majorité de Français, y compris les catholiques pratiquants, souhaite une évolution de la loi… De leur côté, les adversaires du texte insistent sur les progrès en matière de soins palliatifs… Mais c’est un fait , la mort est un événement sur lequel les individus souhaitent de plus en plus exercer leur liberté…

Réactions à cet éditorial sur lemonde.fr :

Michèle de Dordogne : Il faut faire comprendre une chose importante aux soignants : Lorsqu’ ils mettent quelqu’un sous sédation profonde terminale (ce qui est légal mais que beaucoup refusent encore) ou qu’ils pratiquent une euthanasie active, ce n’est pas eux qui tuent le malade mais leur maladie : ils ne font que mettre fin à des douleurs et qu’aider le passage, un acte de charité, un acte de soignants responsables jusqu’ au bout.

Pascale C. : Comme le disent les gens bien, pourquoi l’euthanasie alors qu’on peut très bien se jeter d’un pont ? Et pourquoi mourir sans souffrances inutiles quand on peut avoir une mort bien douloureuse, bien lente et bien atroce ? Pourquoi ne pas profiter pleinement des plaisirs de l’Alzheimer, surtout en phase terminale ?… Tout cela me paraît bête à pleurer. Je désire pouvoir mettre fin à ma vie d’une manière indolore et parce que c’est mon choix : en un mot, même si ce mot est discuté, dignement, et sans être infantilisée par une bande de bigots et de cagots qui s’arrogeraient jusqu’à mon dernier instant le droit de dire le bien à ma place.

joelle Koenig : Peut être certaines personnes qui ont mon âge, nées après la 2eme Guerre Mondiale, se rappellent-elles avoir appris à L’Ecole Publique cette fable de Lafontaine: «  » »le Laboureur et ses enfants » »: Le laboureur sentant sa mort prochaine fit venir ses enfants, leur parla sans témoins : Travaillez prenez de la peine…. et surtout la morale : JE VOUDRAIS QU’A CET AGE ON SORTÎT DE LA VIE AINSI QUE D’UN BANQUET ET QU’ ON FÎT SON PAQUET CAR DE COMBIEN PEUT ON RETARDER LE VOYAGE?

Dominique : Beaucoup de bruit pour pas grand chose. Cette proposition de loi « donnant le droit à une fin de vie libre et choisie » ne vise en fait que les personnes « en phase avancée ou terminale d’une affection grave et incurable (…) lui infligeant une souffrance physique ou psychique qui ne peut être apaisée ou qu’elle juge insupportable », ce qui restreint considérablement son champ d’application. La seule véritable avancée serait une loi autorisant explicitement le suicide assisté ou l’assistance au suicide (« fin de vie » = hypocrisie pour ne pas employer le mot « suicide ») pour tout individu en pleine possession de ses facultés. Aujourd’hui, une personne qui décide de ne plus vivre, et c’est son droit le plus strict même si elle ne souffre d’aucune affection grave ou bénigne, n’a le choix qu’entre des moyens violents (arme à feu, pendaison, poison, etc.). C’est cela qui est scandaleux, ainsi que le fait que certains s’arrogent le droit d’obliger quelqu’un à vivre alors qu’il n’en a pas envie.

Sam D : Juste pour rappeler que tout le monde a droit à mettre fin à sa vie sans que cela passe forcément par la médecine (c’est d’ailleurs un peu le même problème que pour beaucoup de procréations médicalement assistées). Ce sont souvent les mêmes qui hurlent à la dictature des blouses blanches et font appel à la médecine pour des choses qui n’en relèvent pas forcément…

Claustaire : Sam, vous pouvez effectivement repeindre votre salon pour vos héritiers en recourant au fusil de chasse.

I.H : On pourrait commencer par une campagne promouvant la rédaction des directives anticipées. Qui ne concernent pas que le quatrième âge. Il y a 6 ans j’étais la seule et première patiente de mon généraliste à l’avoir demandé. Cela avait pris beaucoup de temps, je crois que depuis des formulaires ont été mis à la disposition des médecins pour en faciliter la compréhension et la rédaction.

297 députés veulent choisir leur fin de vie

Un jeune auditeur : « Plutôt que de limiter les naissances, supprimons les soins médicaux dès l’âge de 80 ans. » Un autre encore plus jeune : « Pour ne plus être trop nombreux, changeons de société : 20 ans pour étudier, 20 ans pour travailler, 20 ans de retraite pour profiter de la vie et dès l ‘âge de 60 ans, euthanasie obligatoire. » C’était à la fin des années 1980 deux interventions lors d’une émission radio « Faut-il limiter les naissances ? ». Quarante ans plus tard, on se pose toujours en France la question de choisir sa mort.

Quelque 300 députés de tous bords veulent poursuivre les débats sur l’euthanasie : Plus de la moitié de l’Assemblée nationale a demandé le 7 mai 2021 au premier ministre, dans un courrier, d’inscrire à l’ordre du jour la proposition de loi autorisant l’euthanasie, dont l’examen n’avait pu aller à son terme le 8 avril face à des milliers d’amendements déposés par quelques élus Les Républicains. « Il importe maintenant de poursuivre ce travail parlementaire. Les Français demandent instamment à ce que tout soit fait dans la période actuelle pour protéger les vivants et pour humaniser l’agonie des mourants »… « Engagée de longue date pour le droit à la fin de vie dans la dignité, je soutiens l’appel de ces 297 députés », a écrit la ministre déléguée à la citoyenneté, Marlène Schiappa… « Choisir dans la dignité sa #findevie, un débat sociétal qui doit trouver sa place au Parlement », a twitté la ministre déléguée à l’industrie, Agnès Pannier-Runacher.

Commentaires sur lemonde.fr :

Marie Rose Poux du ciel : Qui sont ces députés LR : Patrick Hetzel, Xavier Breton, Marc Le Fur, Julien Ravier et Frédéric Reiss sont les auteurs de 2 300 des 3000 amendements déposés sur le texte. Ils sont apparemment habitués des blocages des débats les sujets societaux………

Serge Mad : Et bah nos institutions marchent super bien, on dirait ! 5 députés peuvent empêcher un texte de passer (faut juste payer des assistants parlementaires pour rédiger des milliers d’amendements foireux). Mais par contre, quand plus de la moitié des députés est d’accord sur un truc… Bah « faut attendre, oui, peut-être, il est urgent d’attendre, il faut en débattre, etc.… » Nan mais on est d’accord que ça marche pas, ce truc parlementaire !

Michèle de Dordogne : Il y a 40 ans que les hommes politiques nous expliquent que ce n’est pas le moment de légiférer sur la fin de vie. Sans doute ont-ils dans leur entourage des médecins solidaires qui sauront les aider le moment venu. Mais le reste des Français ? Tout le monde n’a pas les moyens d’aller à Zurich.

Rabino : Il me semble qu’il y a d’autres priorités plus importantes pour cette législature en fin de mandat. Soyons raisonnable, combien de personnes sont actuellement concernées : 100 ou 1000 par rapport aux millions touchés par la maladie, la pauvreté, l’insécurité, le chômage et autres formes de précarité ; sans oublier les décisions difficiles à prendre pour protéger l’environnement.
Établir le juste calendrier des priorités est la responsabilité d’un bon gouvernement.

Noussachons @ Rabino : Ah vraiment ? Les assemblées ne peuvent pas délibérer ? Les commissions travailler ? Toujours la même rengaine pour justifier l’immobilisme. L’environnement ? Une loi pipeau a été votée qui n’engage en rien la responsabilité de ce gouvernement qui continue à délivrer des dérogations mortifères sur les pesticides par exemple. Pour ça on trouve le temps. Dites plutôt que votre ontologie judéo-chrétienne vous interdit même de penser la mort sans souffrance.

O. Pinion : Avoir la possibilité de tirer la porte proprement, de dire « Adieu » aux siens sereinement, qu’y-a-t-il de mal à ça ? On dirait que certains préfèrent voir leurs congénères souffrir physiquement et moralement ou bien mettre fin à leurs jours dans une action violente pour eux et les témoins et traumatisante pour leurs familles. Certains nous imposent leur intégrisme alors qu’on leur demande juste d’avoir le choix, seulement le choix.

Terrible avenir tel qu’on se le cache

Dans les conversations courantes, une considération chasse l’autre. La pandémie aujourd’hui, hier le terrorisme, le réchauffement climatique en toile de fond, la canicule un jour, les inondations le lendemain, quelques considérations très ponctuelles sur la chute de la biodiversité et toujours l’avalanche des faits divers… on en oublie la descente énergétique qui s’amorce. Les médias se consacrent aux problèmes de société et aux événements croustillants, raffolent de la culture d’élite et du sport de masse, décortiquent les débats sans fin sur les ravages de la pandémie, les masques, la vaccination, se penchent de temps en temps sur les chômeurs et les familles à la dérive, nous abreuvent de publicités… Ils nous détournent de l’essentiel. Les politiciens captent eux aussi notre attention avec le bal des ego et les jeux d’appareil. Nous sommes submergés de nouvelles, anesthésiés, incapables de trier entre l’important et le dérisoire.

Qui se souvient encore du krach financier de 2008 ? Qui se rappelle du pic pétrolier mondial de 2006 ? Qui a fait le lien entre ces deux événements ? Qui parle aujourd’hui du choc pétrolier ultime qui va survenir bien avant que nous ayons commencer à lutter vraiment pour le climat ? Crises pétrolières et crises climatiques sont les jumeaux de l’hydrocarbure, liés l’un à l’autre de façon très étroite. Laisser le pétrole sous terre pour éviter les gaz à effet de serre, et c’est la catastrophe économique par manque de carburant d’une civilisation basée sur les ressources fossiles. Brûler du pétrole, c’est l’apocalypse climatique et une planète invivable pour les générations futures. Peu de gens restent lucides sur le rôle central du pétrole, le viagra des sociétés croissancistes. Pourtant, les avertissements remontent à loin, encore faut-il les connaître

Le pic pétrolier est ce point de retournement à partir duquel la production de pétrole commence à baisser inéluctablement. Le géologue américain King Hubbert avait annoncé en 1956 que les États-Unis connaîtraient ce pic vers 1970. A l’époque, la majorité des experts s’était montrée incrédule. Pourtant, le pic de Hubbert a été atteint aux Etats-Unis entre 1971 et 1972. Un spécialiste de l’automobile, Jean Albert Grégoire, publie un livre en 1979, Vivre sans pétrole : « Comment l’automobiliste pourrait-il admettre la pénurie lorsqu’il voit l’essence couler à flot dans les pompes… Apercevoir la fin des ressources pétrolières, admettre son caractère inéluctable et définitif, provoquera une crise irrémédiable que j’appellerai crise ultime. » Jean-Marc Jancovici précisait récemment que jamais un humain n’avait autant utilisé de pétrole par habitant qu’en 1979, et jamais plus il n’en utilisera autant. La descente énergétique avait commencé, et les indicateurs monétaires ne font que suivre les indicateurs physiques. L’économie n’est qu’une machine à transformer les ressources naturelles. Sans ressources à disposition, c’est la chute du PIB. Opinion publique, médias ou politiciens, qui le dit assez fort pour être entendu ?

La lutte pour le climat va précipiter l’arrivée de la date du choc pétrolier ultime. Selon ses engagements, l’Europe devrait d’ici à 2050 avoir fait disparaître la consommation de charbon, avoir réduit de 85 % sa consommation de pétrole et de 55 % sa consommation de gaz naturel. Mais difficile à une époque de fausses nouvelles, d’idéologie croissanciste répandue dans tous les milieux médiatisés, d’économie de la promesse au sortir du confinement et de croyance au progrès technique sans limites, difficile donc de penser aujourd’hui que la taxe carbone aurait du être mise en place depuis de nombreuses années déjà ; cette réalité a été occultée, y compris par la Convention citoyenne sur le climat dans ses 149 propositions. Nous serons donc un jour prochain obligé d’adopter un rationnement avec des cartes carbones individuelles. Qui le dit assez fort pour être crédible ?

Le problème de la nécessaire rupture écologique, c’est qu’elle demande une complète déconstruction de nos structures matérielles et mentales actuelles. Il nous faut un nouvel imaginaire, répétait Serge Latouche. Il nous faut aller moins vite, moins loin et moins souvent, s’exclamait Yves Cochet. Mais bousculer des habitudes socio-culturelles demande du temps, pratiquer la sobriété partagée ne va pas de soi. Pourtant, le double choc pétrolier et climatique nous oblige à réagir drastiquement. L’avantage de ces vagues pandémiques mondialisées à répétition, c’est qu’elles nous préparent aux politiques de restrictions dans tous les domaines : se déplacer, se nourrir, trouver un emploi, pratiquer les loisirs. On est en train d’en revenir à l’essentiel de nos besoins, poussés par un virus et non par notre réflexion commune. Qui explique à la population que nous sommes entrés dans l’ère de la démobilité, de la désurbanisation, de la décroissance du superflu ? Qui énonce que cette période est nécessaire et qu’elle sera durable ? Qui nous dit que le monde d’avant, le monde de l’abondance matérielle et des esclaves énergétiques à profusion est prochainement révolue ? Il nous faudra attendre le choc pétrolier ultime pour en prendre collectivement conscience…

Michel Sourrouille, article paru initialement sur le site des JNE :

https://jne-asso.org/blogjne/2021/02/14/lavenir-tel-quon-se-le-cache/

Planification publique et carte carbone

Il ne suffit pas de définir un objectif de neutralité carbone à atteindre en 2050, encore faut-il s’en donner les moyens. Réapparition du « haut-commissaire au plan » en France, Plan Biden aux Etats-Unis, Green New Deal en Europe… lidée de « planification » de l’économie par la puissance publique fait son chemin après des décennies de règne de la « loi du marché ». Du point de vue des écologistes, planifier semble nécessaire pour définir une politique globale visant à la décarbonation de l’économie. En effet la réduction drastique des émissions de gaz à effet de serre ne peut pas s’en tenir à la libre volonté des agents économiques.

Un opuscule* fait le tour du problème. Il pointe l’ampleur de la tâche à accomplir pour que les mentalités acceptent les changements majeurs nécessaires, à savoir une vraie rupture écologique. Il en va ainsi de la reconversion des cohortes de travailleurs des industries de l’énergie, de l’automobile ou de l’aéronautique, en passant par l’abandon par les économistes des canons libéraux. Le mythe selon lequel tout pourrait se régler par le « signal prix », l’État restant neutre face aux choix technologiques, nous mène à l’impasse et les générations futures au désastre. Personne actuellement ne connaît la stratégie nationale bas carbone (SNBC) édictée en 2015 et censée diriger depuis toutes les politiques publiques. Il nous faut un marqueur fort, la mise en place planifiée d’une carte carbone nous semble la voie la plus prometteuse.

Voici notre référence la plus ancienne sur la question : « Les chercheurs londoniens de la Royal Society for Encouragement of arts, manufactures & commerce (RSA) étudient la mise en place de cartes-carbones. On verserait à chaque citoyen un quota annuel d’émission de gaz à effet de serre sur un compte individuel, une unité représentant 1 kilo de CO2 (sachant que chaque Britannique en produit déjà annuellement 9,3 tonnes). Tout citoyen disposerait du même droit à polluer, les plus vertueux pourraient revendre leurs unités-carbone non utilisées. La mise en œuvre est envisageable puisque la technologie existe et que le coût serait inférieur à d’autres projets moins urgents comme la nouvelle carte d’identité. Cette mise en œuvre est d’autant plus nécessaire que le changement climatique constitue une vraie menace. Ce projet d’encadrement des pratiques personnelles est fondé puisque plus de 50 % des émissions de gaz carbonique en Europe proviennent de la consommation individuelle d’énergie, essentiellement le transport automobile et aérien, l’électricité et le chauffage domestique. Cela veut dire aussi que ce projet ne devrait pas être réservé aux Anglais, d’autres citoyens comme les Américains sont de gros pollueurs. A la mi-juillet, le secrétaire britannique à l’environnement a qualifié cette perspective de « passionnante expérience de pensée ». La Biosphère estime que ces cartes carbone devraient devenir une réalité internationale non d’ici 2020, mais l’année prochaine ! (écrit le 18.09.2006 par Michel Sourrouille) »

Pour en savoir plus, lire notre synthèse, Carte carbone, bientôt généralisée à tous

* « La planification, une idée d’avenir », « L’Economie politique », n° 89, janvier 2021, 12 euros.

Éliminons chiens et chats de compagnie

Le culte de l’animal de compagnie sert les intérêts d’une puissante industrie. En 2023, le juteux business du « pet care » devrait atteindre au total 868 milliards de dollars de revenus sur les marchés des pays du Nord.En effet, les gens remplacent peu à peu les déchets alimentaires donnés traditionnellement aux animaux domestiques par de la nourriture industrielle préparée. On appelle cela la tyrannie de la commodité. Sans surprise, cette industrie en forte croissance génère un énorme impact écologique. Aux États-Unis, la production de nourriture pour chiens et chats produit autant de dioxyde de carbone que 13,6 millions de voitures en une année. Les chats et les chiens américains consomment autant de calories que la population française et leur consommation de viande se classerait en 5ème position s’ils représentaient un pays, juste derrière la Russie, le Brésil, les Etats-Unis et la Chine. En France, le marché du pet care — distribution, pet food, services, assurance — pèse près de 5 milliards d’euros et affiche une croissance de 2,5 % à 3 % par an.

Outre l’impact résultant de la marchandisation de l’animal de compagnie, leur prolifération est devenue une sérieuse menace pour la vie sauvage, principalement en raison de la prédation des chiens et des chats errants. Le chat domestique se classe comme la pire espèce invasive de mammifère dans le monde, devant le rat. Toujours guidé par son instinct malgré la domestication, le chat a une tendance naturelle à « l’abattage en surplus » : il continue à chasser même lorsqu’il est bien nourri. Côté reproduction, il est équipé pour coloniser rapidement un nouveau territoire. Avec deux phases de reproduction dans l’année durant lesquelles les femelles peuvent avoir jusqu’à 15 chatons et une maturité sexuelle atteinte en seulement quelques mois, un couple de chats peut produire une descendance de 10 000 à plus de 20 000 individus en seulement quelques années. En France depuis le début des années 2000, la population de chats domestiques est passée de 9 à 13,5 millions et cette croissance démographique s’accélère. Il faut encore y ajouter la population de chats errants estimée à 11 millions d’individus. A son tableau de chasse figurent 63 espèces exterminées en 500 ans. De son côté, le chien domestique rafle la troisième place du podium des mammifères invasifs avec 11 espèces éradiquées.

Face à cette catastrophe écologique, la plupart des défenseurs de la cause animale se gardent bien de faire une analyse globale du problème, encore moins de dénoncer ouvertement l’industrie du pet care. Pour mettre fin à l’exploitation animale, ils proposent par exemple de donner des droits aux animaux. 0l’hystérie collective autour de la cause animale peut être vue comme un symptôme du délabrement des relations humaines et des structures familiales. Ne jamais s’attaquer à la racine du mal. Toujours proposer des substituts à l’existant pour perpétuer le business. Énième pseudo-solution proposée par le mouvement animaliste : la nourriture vegan ! Sous couvert de rapprocher l’homme et l’animal, cette mouvance creuse en réalité le fossé entre les hommes et le vivant en faisant la promotion de la nourriture artificielle produite en labo-usine. Et durant leur vie, nos amis les bêtes ont désormais droit à l’allopathie, la chirurgie, la diététique et même à la psychanalyse. La cécité idéologique des animalistes les empêche de voir que ce qu’ils nomment progrès est en réalité une régression pour l’animal, une démarche qui ressemble bien au stade ultime de l’anthropocentrisme. En vérité, les humains civilisés seraient mieux avisés de soigner leur narcissisme pathologique pour renouer avec leur animalité afin de s’élever au rang de l’animal au lieu de faire la démarche inverse.

Dans les sociétés traditionnelles et rurales, la relation entre le chien et l’humain se distingue par le niveau d’interdépendance — le chien protège le troupeau et les cultures, il reçoit en échange le gîte, la protection et le couvert. Au sein des sociétés industrielles, le chien devient « animal de compagnie » sans autre fonction que de compenser un besoin résultant des inconvénients du mode de vie au sein du monde moderne ; divertir, responsabiliser les enfants, remédier à la solitude ou au stress, faire de l’exercice, etc. L’animal de compagnie est un palliatif, une béquille pour améliorer son existence sans agir sur la cause profonde du mal-être.

Philippe Oberlé

Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphere :

31 octobre 2012, le coût écologique de ton animal de compagnie

11 juin 2019, Le coût écologique des animaux domestiques

Comment obtenir une majorité écologisée ?

Les idées socialistes se sont propagée à partir du XIXe siècle et la révolution industrielle a différencié de plus en plus clairement patronat et salariés dépendants. Pourtant en France le socialisme n’a jamais pris le pouvoir sauf très courtes périodes, la droite restant au pouvoir. Bien entendu les pays qui se disent socialistes/communistes n’ont jamais éradiqué le pouvoir d’une bourgeoisie/nomenklatura sauf que c’est le pouvoir qui fait les privilèges et non la fortune. Au XXIe siècle, ce sont maintenant les idées écologistes qui infusent dans la société, mais cela ne fait pas du tout une majorité électorale. Pas encore ?

La politiste Vanessa Jérome insiste sur les dissensions internes aux Verts qui les empêchent d’arriver au pouvoir : « Leurs alliances sont à géométrie variable ce qui alimente leurs divisions récurrentes… Leurs élus sont des outsiders sur la scène politique… Il n’existe pas vraiment de leader national… » On pourrait ajouter bien d’autres défauts à l’écologie institutionnelle, leur goût prononcé pour le gauchisme, leur soutien constant à toutes les minorités activistes (accueil sans réserve des sans papiers, soutien des LGBT+, féminisme exacerbé, discours genré et écriture inclusive, etc.), des statuts extrêmement complexes mais jamais respectés, des guerres de pouvoir et un culte de l’ego très prononcé , etc. Mais ce n’est pas l’essentiel, il faut ajouter la lutte interne qui fait rage entre les partisans minoritaires d’une écologie radicale et les nombreux soutiens d’une écologie consensuelle /superficielle. Le point de vue écolo est multiple et souvent contradictoire comme l’était le débat récurent entre les socialistes utopistes et les communistes marxistes, la lutte de classes contre la social-démocratie accommodante, les pacifistes d’un côté et les va-t-en guerre de l’autre, etc. On pourrait donc se dire que l’écologisme aujourd’hui traverse une période de maturation qui prendra beaucoup de temps pour constituer une majorité de pouvoir.

Le problème, qui n’est pas seulement franco-français, c’est que l’urgence écologique est telle et tellement multidimensionnelle qu’on n’a pas le temps d’attendre. Il nous faut une écologie de rupture qui ne peut obtenir l’acception sociale : des sapins de Noël qui resteraient dans leurs forêts, un Tour de France qui paraîtrait ringard, beaucoup moins d’avions dans le ciel et de voitures sur les routes, beaucoup plus d’efforts physiques et beaucoup moins de société du spectacle, une perte de pouvoir d’achat et un retour aux besoins essentiels, plus de liens et moins de biens, la mort du tourisme, un avenir qui ressemblera à notre passé d’avant la révolution industrielle… Comme tout cela rend inaudible la pédagogie de la catastrophe dans une société formatée par les écrans publicitaires, ce sera donc les catastrophes qui serviront de pédagogie au prix d’un bon nombre de morts et de dérives politiques totalitaires. CQFD.

Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphere, Covid-19, une pédagogie de la catastrophe ?

L’écran pharmakon, à la fois remède et poison

L‘objet technicisé à outrance est à la fois la solution à un problème et la source d’un nouveau, conséquence de la résolution du premier. L’écran n’échappe pas au statut de pharmakon, remède et poison. Exemple.

2018, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) intègre le jeu vidéo à sa classification internationale des maladies (« trouble de l’usage »). Dans notre société de l’excès, la numérisation des relations entraîne dégradations du cerveau par captation de l’attention, du sommeil, de la vue et même troubles du comportement. Le monde numérique est un cocon dont il est difficile de sortir, une source d’addiction à l’égal du tabac ou de l’alcool.

2021, dans le contexte du confinement, L’OMS promeut lusage des écrans, notamment pour faire du sport ou gérer son stress. Face aux « mises à distance physique », la numérisation du lien s’est révélée une aide, les écrans deviennent un espace relationnel de substitution. Le télétravail évite de longs et coûteux trajets.

Difficile dans ce contexte de définir un discours cohérent bénéfices/risques, de faire admette des périodes sans écran, de définir des limites en tant que parent. Cet exemple particulier de la schizophrénie de notre époque, cultivant en même temps le bien et le mal, n’est pas nouvelle et accompagne toutes nos innovations humaines. Dans le Phèdre, Platon, persuadé de la supériorité de l’instruction par le discours oral et vivant sur l’écrit, comparait déjà l’écriture à une « drogue » (pharmakon : poison). Derrida proposera, quant à lui, que l’écriture relève à la fois d’un remède et d’un poison. C’est toute l’ambivalence du mot grec pharmakon, on choisissait une victime expiatoire pour trouver le bien. Nous avons aussi ait le choix du feu, une impasse avec un précipice au bout par manque de ressources fossiles. Le choix « vapeur-chaleur » qui a été fait il y a deux siècles allait fermer toutes les ouvertures qu’offrait l’usage durable des énergies renouvelables. Aujourd’hui c’est le choix des écrans et la décérébration à grande échelle.

Concluons avec Dmitry Orlov : «  En dernière analyse, peut-être que nous, et toute la vie sur Terre, aurions été davantage en sécurité si les êtres humains n’avaient pas évolué vers le langage. L’usage de la connaissance qu’offre le langage, poussé à son extrême, nous permet seulement de parvenir à un plus haut niveau général de stupidité suicidaire (…) Avec la diffusion de l’écriture, la charge de la mémoire a été allégée. La facilité avec laquelle l’information peut être récupérée par les moteurs de recherche a réduit la quantité de renseignements que les gens retiennent. Commencez à marcher avec une béquille, et vous développerez une claudication. Un second effet délétère de l’alphabétisation est qu’elle cause une profusion débridée d’informations sans entraîner un accroissement de la connaissance. La plupart des individus ne possèdent plus de connaissance réelle, mais véhiculent simplement de l’information. La conséquence paradoxale de ce trop-plein est que tout le monde se voit contraint de patauger dans la confusion, en devenant de plus en plus impotent. Il y a un danger que la culture numérique s’achève avec des groupes humains agrippant désespérément leur portable en panne, ne sachant plus où ils sont, qui sont les autres, ni même où déjeuner. »