biosphere

1929-2020, stratégies écolos en temps de crise

1) blocage énergétique

En 1929, la consommation annuelle de pétrole avait atteint un milliard et demi de barils, en 2020 on consomme 100 millions de baril par jour, environ deux litre par jour et par habitant, soit pour l’année 36 milliards de baril. La relance de l’économie mondiale après 1929 n’a été possible que par l’abondance pétrolière, la guerre n’étant qu’un des moyens d’utiliser l’énergie fossile pour faire fonctionner la société thermo-industrielle. Or les réserves de pétrole sont en train de se tarir, le pic des hydrocarbures toute formes confondues est prévu par Jancovici en 2020. Vouloir après 2020 retrouver une croissance économique est physiquement impossible.

Il faut donc préparer politiquement une société post-carbone et, au-delà de la taxe carbone, déjà envisager une carte carbone, c’est à dire un rationnement de l’énergie. Rappelons l’analyse de Jean-Marc Jancovici : « Si demain nous n’avions plus de pétrole, ni gaz, ni charbon, ce n’est pas 4 % du PIB que nous perdrions (la place de l’énergie dans le PIB), mais près de 99 %. Tant que nous ne nous mettrons pas la décarbonisation de l’économie au sommet de nos politiques, ce qui nous attend au bout du chemin est hélas uniquement le chaos et le totalitarisme. T »

2) blocage démographique

En 1929 la population mondiale était de 2 milliards de personnes, elle est en 2020 de 7,8 milliards. Autant dire que nos problèmes globaux pour manger, se loger, se chauffer, se déplacer ont été multiplié par au moins 4, sachant que la taille d’une population démultiplie les problèmes. C’est ce qu’indique par exemple l’équation de Kaya qui relie démographie et réchauffement climatique : CO2 = (CO2 : KWh)  x (KWh : dollars) x (dollars : Population) x Population = CO2

La surpopulation entraîne des problèmes de concentration humaine en certains lieux (sur-urbanisation, regroupements festifs ou religieux, etc), ce qui a facilité la propagation du virus actuel. La planète devient une ville. D’à peine 11 % en 1800, le taux d’urbanisation moyen des futures régions développées s’élève à 30 % en 1900 . Désormais, à l’échelle mondiale, plus d’un homme sur deux vit en ville (près de 70 % prévue en 2050) alors qu’en 1900 il n’y en avait qu’un sur dix. Cela s’accompagne d’une bidonvilisation dans les pays pauvres. Comment opérer un confinement efficace en Inde ou en Afrique ?

La maîtrise de la fécondité liée la désurbanisation apparaît alors comme une politique à mener. Cela implique que les pays riches montrent l’exemple, d’où l’abandon des politiques natalistes en France, et une aide publique au développement mieux concentrée sur la généralisation du planning familial.

3) double blocage analytique

La durée de la crise de 1929 découle d’un refus de libérer des liquidités. Non seulement on croyait aux vertus du libre jeu du marché avec non intervention de l’État, mais l’étalon-or faisait que toute monnaie devait être gagée par un équivalent en or, ce qui restreignait la création monétaire. La crise ne pouvait que s’amplifier. C’est l’analyse par Keynes en 1936 qui a changé la donne. Face à une crise de grande ampleur, il faut adopter une politique monétaire volontariste par la baisse des taux d’intérêt et une politique budgétaire de relance de l’économie par le déficit. Cette politique a été adoptée systématiquement après la seconde guerre mondiale, ce qui est une des explications des Trente Glorieuses. Mais elle a fait se succéder périodes d’expansion et politiques d’austérité pour aboutir dans les années 1970 à la stagflation et au pillage généralisé de la planète. On ne peut structurellement appliquer une politique de laxisme monétaire et budgétaire, politique qui selon Keynes ne devrait être que conjoncturelle. Il faut donc changer de paradigme, ni le laisser faire du libéralisme économique comme en 1929, ni le déversement de liquidité et la croissance par la dette comme on l’a fait lors de la crise financière de 2008. Pourtant Donald Trump veut déverser aujourd’hui des milliards sous forme de chèques aux particuliers, l’Allemagne s’engage à dépenser plus de 1 000 milliards d’euros , c’est le retour de la bonne vieille planche à billets. On revient au mantra, « business as usual » comme sortie de la crise économique. Mais si les États peuvent payer toutes les factures du Covid-19, cela ne change rien au fond du problème qui est constitué à la fois par une crise climatique, une crise de la biodiversité, une crise par épuisement des ressources naturelles, une crise hydrique, etc.

Il nous faut une nouvelle  conception de l’économie politique adaptée à la situation présente, c’est la bio-économie, ou économie biophysique, c’est-à-dire l’écologie. Il faut prendre en compte le fait que la circulation des richesses fabriquées dans une société n’est que la sous-partie des richesses globales que nous offre la biosphère. Une sobriété partagée ne découle pas d’une distribution globale d’argent, mais d’une régulation secteurs d’activité par secteurs d’activité, c’est-à-dire une planification indicative dont la France avait donné l’exemple au sortir de la seconde guerre mondiale ; il s’agit de revitaliser un commissariat au plan qui devra arbitrer entre les activités à soutenir publiquement et celles laissées au libre jeu du marché. Cela doit s’accompagner de mesures impératives comme le rationnement de l’énergie par une taxe carbone. Pour que cette politique de rigueur soit acceptée par la population, il faut éliminer le plus possible les inégalités de revenus. En 1932, quand Roosevelt arrive au pouvoir après la crise de 1929, le taux de l’impôt fédéral sur le revenu applicable aux plus riches était de 25 % aux Etats-Unis. Le nouveau président décide de le porter immédiatement à 63 %, puis 79 % en 1936, 91 % en 1941… pour un revenu supérieur à 200 000 dollars de l’époque, soit 1 million de dollars d’aujourd’hui (770 000 euros). A ces niveaux d’indécence, ce ne sont pas les compétences ou le dynamisme que l’on rémunère : ce sont la rapacité, des prises de risque excessives, une position médiatique illusoire (sportifs, acteurs…). Ce n’est qu’un exemple de ce qu’on pourrait faire à nouveau, taxer les riches pour partager l’effort de sobriété. La taxation confiscatoire des revenus exorbitants est non seulement possible, mais écologiquement nécessaire.

Comme l’exprime Hervé Kempf dans son livre Comment les riches détruisent la planète, « La seule façon que vous et moi acceptions de consommer moins de matière et d’énergie, c’est que la consommation matérielle, donc le revenu, de l’oligarchie soit sévèrement réduite. En soi pour des raisons d’équité, et plus encore, en suivant la leçon de Veblen, pour changer les standards culturels de la consommation ostentatoire. Puisque la classe de loisir établit le modèle de consommation de la société, si son niveau est abaissé, le niveau général de consommation diminuera. Nous consommerons moins, la planète ira mieux, et nous serons moins frustrés par le manque de ce que nous n’avons pas. » L’épidémie de coronavirus met en lumière toute une série de métiers jusqu’ici mal considérés, chauffeurs-livreurs ou caissiers, devenus, à la faveur de la crise, vitaux. Le ministre de l’économie annonçait récemment que les entreprises qui demandent le report de leurs échéances fiscales et sociales ne pourront pas verser de dividendes. Ce nest qu’un premier pas dans la bonne direction.

Covid-19, les footballeurs en complet désarroi

Qui dit championnats à l’arrêt, dit absence de recettes de billetterie et, surtout non-versement d’une partie des droits télévisuels. Un gros trou dans les caisses ! La Juventus Turin a annoncé, samedi 28 mars, qu’elle ne versera pas de salaires à ses joueurs de « mars à juin ». Ces différentes décisions ne sont pas du goût des représentants des joueurs. « Nous sommes extrêmement inquiets qu’un nombre important de clubs, dans plus d’une demi-douzaine de pays, aient commencé à mettre [les joueurs] au chômage technique ou réduire unilatéralement leurs salaires », a déclaré, vendredi 27 mars, le syndicat mondial des footballeurs professionnels. Quelques commentaires sur lemonde.fr* :

yeux ouverts : Dans l’Equipe « Di Maria vit mal son confinement » dans son 350 m2 parisien, alors que Neymar fait du beau volley à Copacabana… no comment !

Hawthorne Abendsen : Personne n’est à plaindre dans ce monde irréel déconnecté de la réalité. Mes enfants sont médecins avec des salaires inférieur a une secrétaire de club de foot… Sans autres commentaires.

JLMUL : Cela serait le summum du cocotier que l’on paie les stars avec nos impôts comme si c’était des smicards sans réserve !

Pascalou : Dans l’article, « Le danger, c’est d’avoir des disparités colossales. On a des situations très hétéroclites, qui nécessitent un accompagnement ». Oui, que les footeux les plus riches soient solidaires avec les footeux les plus pauvres. On n’a pas à payer pour eux.

L’équipe : Dans le journal L’Equipe du vendredi 7 février 2020, un article : Les salaires de la Ligue 1, La valse des millions. Le champion de France paie à prix d’or ses stars et sait les retenir avec des augmentations pharaoniques. Salaires mensuels bruts en euros de : Neymar: 3 060 000. M.bappé : 1 910 000. Thiago Silva : 1 500 000. Cavani : 1 345 000. Marquinos : 1 200 000. M.Verrati : 1 200 000. A.Di Maria : 1 100 000. K. etc.

Bruno BOUSSUGE : La démesure de certaines rémunérations de stars sportives qui semble « éclater » au plein jour sont parfaitement connues. Peut-être simplement, mais ce n’est même pas sûr, que cela n’est plus tolérable dans le nouveau contexte qui émerge en ramènant brutalement a l’essentiel. et qui éloigne, au moins provisoirement, d’une vacuité faussement emplie de divertissements…

BobZ : Si le covid-19 pouvait débarrasser la planète de tous les excès du football pro, en finir avec ce business obscène et ramener ce sport à une pratique amateur ce serait une vraie bonne nouvelle ! Je crois que personne ne va pleurer sur les footballeurs pro.

Sur notre blog le 29 août 2018, Un intellectuel ne devrait pas faire l’éloge du football

* https://www.lemonde.fr/sport/article/2020/03/29/football-les-clubs-reduisent-les-salaires-les-syndicats-de-joueurs-reclament-un-cadre-commun_6034813_3242.html

Covid-19, les skippers en complet désarroi

Un bateau sous cloche c’est toujours des salaires qu’il faut continuer à verser et des amortissements à assumer. C’est selon la taille des armements entre 2 et 3 millions par an… que l’on courre ou pas. En conséquence les skippeurs s’interrogent sur la capacité qu’auront leurs sponsors « à encaisser le séisme économique » provoqué par la pandémie. Ils savent ce que valent les contrats, du moins tant que la croissance des entreprises permet de dégager des budgets de communication. Or, quand la machine est grippée, ces budgets sont les premiers sacrifiés. Nous connaissons la règle : « c’est la réclame qui saute quand les affaires ne vont pas bien. » Quelques commentaires sur le monde.fr* :

Régis F : Les journalistes sportifs au chômage technique svp. Ne cherchez pas à occuper votre temps à écrire ce type d’articles obscènes.

Test : Ils peuvent faire le Vendée Globe à la maison, comme nous !

Izy : Qu’ils rament. Comme tout le monde.

Michel Brun : Voila effectivement une question essentielle qui peine la planète entière, le sort des skippers. Ils sont gentils les skippers. Ils naviguent à la voile. Cela ne pollue pas, c’est bien pour le climat. Et les footballeurs ? Ils vont bien les footballeurs ? Pas de problèmes de sponsors ? Et les patineuses confinées chez elles et à l’abri de leurs entraîneurs. Elle sont soulagées ? Racontez nous !

Nezrond : J’insiste sur ce sujet essentiel : et les primes de match des joueurs de D1, on y pense ?

Ektor : Les sponsors pourraient’ils sponsoriser les hôpitaux publics ?

Philippe de Bretagne : En direct de Bretagne, je vous avoue trouver quelque peu indécent de pleurer à ce sujet lorsque des milliers de personnes se battent pour la vie d’autres. Dans la même veine, que les JO soient supprimés ne m’émeut pas le moins du monde au regard de la gabegie financière qu’ils représentent. Et si le covid 19 nous donnait d’entrevoir l’espace d’un instant, ce que pourrait être un monde qui pollue moins, dont les loisirs dépensent moins que pour la solidarité avec les plus fragiles…

CamilledeLyon : Si cette crise pouvait mettre un coup d’arrêt aux excès du sport-spectacle dont ces « formules 1 des mers » sont, avec quelques autres sports terrestres, le symbole, je ne pleurerai pas sur le sort de cette industrie et de ses quelques équipages qui se prétendent, pour justifier leur existence vaniteuse, à la pointe de la technologie et du Progrès…

Sur notre blog le 30 juin 2008, bateau, coulé

* https://www.lemonde.fr/sport/article/2020/03/28/coronavirus-les-skippers-se-demandent-si-leurs-sponsors-vont-encaisser-le-seisme-economique_6034743_3242.html

Covid-19, la magie de l’argent inopérante

C’était le 5 avril 2018, Emmanuel Macron répondait à une aide-soignante qui réclamait plus de moyens pour l’hôpital : « Il n’y a pas d’argent magique. » Le 25 mars 2020, le même Macron promettait « un plan massif d’investissements et de revalorisation des carrières ». Avec le Covid-19 viendrait donc le temps de la magie, où les liquidités pourront apparaître là où l’on jurait qu’elles ne pouvaient plus se trouver. Mais comment mobiliser l’argent nécessaire à la rupture écologique vers une économie en phase avec les limites de la planète ? Une monnaie « libre » ou « hélicoptère » pourrait-elle être créée sans la contrepartie de la dette ? Le risque économique est celui de l’inflation. Le risque écologique, c’est que le système thermo-industriel recommence à fonctionner comme avant, dilapidant les ressources naturelles, réchauffant le climat et anéantissant ce qui reste de la biodiversité.

Toute monnaie est un répertoire de futures possibilités donné à des individus qui peuvent n’avoir aucune conscience écologique, l’utilisant uniquement pour leurs égoïsme personnel sans jamais penser à l’intérêt collectif ni même à leur prochain. La monnaie n’est normalement qu’un voile, qu’un instrument pour faciliter les échanges. Elle est devenue un monstre, nourrissant la spéculation boursière et finançant aussi bien l’explosion des déplacements au long cours, les grands travaux inutiles ou les futilités de la mode. Normalement il n’y a pas création de monnaie ex-nihilo, pas de « magie économique » ; la création monétaire résulte d’une dette, avec une contrepartie future en biens ou en services. Mais la dette publique et privée a explosé depuis longtemps, on finance l’emprunt avec un nouvel emprunt, c’est un système de Ponzi. La volonté actuelle des États de fournir des liquidités à volonté pour sortir de la crise provoquée par le confinement et l’arrêt d’une grande partie de l’activité marchande est donc un non-sens. Ce sont des traites sur l’avenir dont on peut déjà dire qu’elles ne seront jamais honorées. En Inde par exemple un plan doté de 1 700 milliards de roupies (20,6 milliards d’euros) vise à garantir l’approvisionnement en nourriture des 800 millions de personnes les plus pauvres du sous-continent. Chacune d’entre elles va avoir droit, à compter du 1er avril et tant que durera le confinement imposé par la pandémie due au coronavirus à « 5 kg de riz ou de blé et à 1 kg de lentilles de leur choix par mois ». Le prix du riz, du blé et des lentilles va exploser, le marché noir prospérer et l’aide de l’État devra cesser un jour faute de moyens. L’argent a besoin d’une contre-partie matérielle sinon il ne vaut plus rien.

Ouvrir les vannes du financement public de l’économie c’est à coup sûr davantage de ravages environnementaux. Jusqu’à maintenant, l’argent créé et déversé sur l’économie est plutôt utilisé pour créer davantage de pollutions multiples. Qu’est-ce qui permet de croire que demain ce sera le contraire ? Les gens veulent le dernier jouet technologique, une voiture plus grosse, des vacances plus loin. La création monétaire va surtout permettre aux industries du gaz de schiste et du sable bitumineux de continuer leurs activités destructrices, il faut bien continuer à rouler en voiture individuelle puisque s’exclament les Gilets jaunes « c’est in-dis-pen-sable ». Dès que le problème sanitaire sera passé, les retraités vont continuer à bousiller la planète avec leurs voyages à gogo. Il faut être extrêmement naïf pour croire que des politiques monétaires laxistes peuvent être favorables à la protection de la nature. Elles feront exactement le contraire. La mauvaise foi des humains en ce qui concerne la déplétion pétrolière, le réchauffement climatique et la chute de la biodiversité ne vont pas disparaître comme par magie. Notre seul avenir durable, c’est un retour à la seule satisfaction des besoins de base, ce qui veut dire sobriété partagée et système de rationnement. Mais qui va penser à la carte carbone en ces temps d’affolement sanitaire ?

Le point de vue de Stéphane Foucart : « C’est peut-être un virus qui fera la révolution monétaire que nous n’avons pas faite »

https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/03/28/c-est-peut-etre-un-virus-qui-fera-la-revolution-monetaire-que-nous-n-avons-pas-faite_6034750_3232.html

L’économie, plus importante qu’une pandémie

Donald Trump, président des États-Unis d’Amérique : « On perd des milliers et des milliers de personnes chaque année à cause de la grippe, et on ne met pas le pays à l’arrêt. On peut perdre un certain nombre de personnes à cause de la grippe. Mais on risque de perdre plus de personnes en plongeant le pays dans une récession grave ou une dépression. Il faut retourner au travail, beaucoup plus tôt que les gens ne le pensent. Nous ne pouvons pas laisser le remède être pire que le problème lui-même… »

Angel Gurria, Secrétaire général de l’OCDE : « L’heure est venue d’apporter des réponses immédiates et à grande échelle relever l’économie et la remettre en mouvement. faire en sorte que les initiatives prises dans de nombreux pays pour atténuer le ralentissement de l’activité économique et protéger les plus vulnérables produisent les meilleurs résultats possibles, qu’elles rassurent les marchés. La dislocation de l’économie causée par la crise due au coronavirus altère le fonctionnement des marchés financiers et fragilise les revenus et les bilans des banques. Il conviendrait, une fois passé le pic de la crise, de donner la priorité à un programme d’investissement coordonné entre les pays, notamment en faveur de la recherche médicale, du développement et des infrastructures.il serait également utile de s’attaquer aux facteurs qui détérioraient la confiance avant même l’apparition du coronavirus, notamment en éliminant les restrictions aux échanges… »

Commentaires sur lemonde.fr :

soyez le premier à réagir : Gurria exprime la véritable angoisse des économistes modernes : perdre l’économie de marché, le libre échange, la financiarisation du monde, les (bull-shit) jobs, bref, tout ce qui ne marche pas en temps de crise et qui détruit la planète. J’ai trouvé cet article écœurant à un moment où le monde est contraint se remettre en cause.

Quand les bornes : Extraordinaire ! En résumé le système capitaliste mondialisé et dérégulé a totalement échoué il faut donc…supprimer les dernières fragiles barrières pouvant protéger les populations et accélérer l’édification d’une administration mondiale qui sera encore plus inefficaces. C’est tellement logique…

Gilles SPAIER : Nulle part, il n’est question avec Gurria de changement de mode de vie. De cesser de faire le tour de la terre pou un oui ou pour un non et donc de transporter les virus avec les voyages incessants, d’arrêter le tourisme de masse et les immenses paquebots pollueurs et inutiles, de produire notre alimentation en respectant la nature et en arrêtant les élevages intensifs etc. etc.

Vert de Terre : Comme toujours, quand ça va mal, on demande aux états d’agir et quand ça va bien on demande aux états de ne pas perturber le business. Le nerf de la guerre étant l’argent, il est indispensable d’instaurer des règles commune de taxation des entreprises pour éviter un dumping fiscal suicidaire, indispensable de taxer le kérosène, indispensable de réguler et de taxer la finance et indispensable de taxer ce pour-cent d’hyper-riches qui on tant gagné ces dernières années. Ce faisant, les états auront enfin plus de marges de manœuvres pour s’occuper de santé, d’éducation, de protéger l’environnement, etc.

Super Sara : Le monsieur Gurria semble oublier la question climatique dont le Covid n’est qu’une gentille répétition si on ne fait rien. « il serait également utile de s’attaquer aux facteurs qui détérioraient la confiance avant même l’apparition du coronavirus, notamment en éliminant les restrictions aux échanges. » –> en fait, non, chéri, on ne veut plus d’échanges, plus de produits chinois produit comme des sagouins au détriment de l’environnement, plus de frelons asiatiques, plus des ces produits minables de chez H&M. La mondialisation, basta !

BOLAND : Je ne vois pas en quoi une diminution de la consommation est un énorme drame. Se mettre à jeûner , à manger plus équilibré, parce qu’on devient obèse avec tous les risques que cela comporte semble un comportement judicieux. Dans un monde fini, on ne peut plus rêver une croissance sans limites … On doit penser à vivre autrement, peut-être plus « pauvrement » …

Georges : les pays très mal gouvernés sont évidemment plus à risque : les USA, que l’OMS décrit comme le prochain Hubei, le Brésil dont le président appelle le virus une fake news, l’Iran dont le pouvoir niait l existence du covid jusqu aux élections… En Turquie la population se jette sur l’eau de Cologne, qu’elle pense être un remède.

AliBobo : Néanmoins il n’est pas faux de dire que la crise économique majeure qui se profile pourrait faire de 20 à 30 % de chômeurs aux US selon les analyses entraînera aussi des morts directement ou indirectement (misère, violences, usage des opiacés et drogues diverses). Chaque pays est confronté à cette redoutable ligne de crête entre protection sanitaire et défense de l’économie, les deux indispensables pour défendre la population.

Thymie : En dépit du caractère évident des traits du canard Trump (narcissisme, inculture, cynisme, absence de compassion, impulsivité maladive, tendance pathologique aux mensonges… on en passe…), il exerce une sorte de fascination sur des millions d’électeurs, fascination pas encore éteinte. En fait, ce n’est pas en dépit, mais finalement à cause de ces traits qu’il est arrivé là où il est, et qu’il a ces partisans. Car autant il y a des admirateurs de la dictature poutinienne (« joueur d’échecs »…), voire chinoise (« efficaces »…), autant il y a des soutiens de Duarte aux Philippines (« moins de dealers »…), autant il y a des trumpophiles voire trumpôlâtres EN RAISON de son désintérêt absolu pour les notions de morale, équité, concorde…

Soupir : Selon l’Imperial College de Londres, 3 scénarios sont envisageables pour les USA : dans le premier, aucune mesure de confinement. Résultat : 81 % de la population US serait atteinte, il y aurait 2,2 millions de morts (dont 4 à 8% de personnes de plus de 70 ans). La demande de lits en établissements de soins serait 30 fois supérieure à la capacité d’accueil existante. 2ème scénario : en associant mise en quarantaine des malades, confinement à la maison et évitement des contacts sociaux, le nombre de morts serait divisé par deux. En combinant toutes ces mesures de précaution et en y ajoutant la fermeture des écoles et des universités, 5 mois durant, la pandémie pourrait être stoppée. Faute de quoi, les USA vont devenir rapidement le nouvel épicentre du COVID-19. Très mauvais pour le business de Trump… et l’économie en général.

* https://www.lemonde.fr/international/article/2020/03/24/donald-trump-perd-patience-face-au-coronavirus_6034181_3210.html?contributions&page=4

** https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/03/24/angel-gurria-c-est-la-troisieme-et-plus-grave-crise-economique-financiere-et-sociale-du-xxie-siecle_6034237_3232.html

À lire en période de confinement

lectures conseillées par le site JNE des journalistes-écrivains pour la nature et l’écologie :

Dossier Covid-19

Coronavirus : pouce, on ne joue plus par Danièle Boone >> lire

Covid-19, le vertige des exponentielles par Michel Sourrouille >> lire

Scénario catastrophe numéro dix : les nouvelles épidémies par Yves Paccalet >> lire

Covid-19 : #BienSinformer avec quelques sites clefs par Anne-Sophie Novel >> lire

Le virus Covid-19, vecteur de décroissance par Michel Sourrouille >> lire

La santé environnementale, grande absente du débat sur la crise sanitaire du coronavirus par Jean-Claude Noyé >> lire
Un message à la jeunesse par Frédéric Plénard >> lire
Effet du coronavirus ? La transition énergétique passe au vert en Algérie par M’hamed Rebah >> lire

Livres

Mon cahier cocooning avec les plantes en mode garden thérapie ! par Adeline Gadenne (JNE) et Vanessa Bozec Solar éditions >> lire
Je sauve les oiseaux – Danièle Boone (JNE) – Illustrations Melody Denturck – Rustica éditions >> lire
On a marché sur la Terre – Allain Bougrain Dubourg (JNE) – Les Échappés >> lire
Le pari fou du bio – Claude Aubert – Éditions Terre vivante >> lire
Le hérisson d’Europe – Philippe Jourde – Éditions Delachaux et Niestlé >> lire
Étonnants lapins – Pierre Rigaux – illustrations Marion Jouffroy – Éditions Delachaux et Niestlé >> lire
Faune des villes – Vincent Albouy et André Fouquet – Éditions Delachaux et Niestlé >> lire
Tibet en harmonie avec la panthère des neiges – Frédéric Larrey et Yves Fagniart – Éditions Regard du vivant/Biotope >> lire
Des pigeons dans la ville – Didier Lapostre et Marie-Hélène Goix – Éditions AERHO >> lire
Sur le Rhône – Jean-Louis Michelot – Éditions du Rouergue >> lire
Conservatoires d’espaces naturels – à la découverte de sites remarquables – Éditions Glénat >> lire
Le potager d’Olivier – Olivier Puech – Éditions Terre vivante >> lire
Des canards coureurs indiens dans mon jardin – Sylvie La Spinaz – Éditions Terre vivante >> lire
Des papillons dans mon jardin – Bruno P. Kremer – Éditions Delachaux et Niestlé >> lire
Les insectes de mon jardin – Adeline Ruel – Éditions Flammarion >> lire
Papillons des Alpes – Gianluca Ferreti – Éditions Delachaux et Niestlé >> lire
On n’est pas du bétail ! – Jean-Fred Cambianica et le Cil Vert – Éditions Delcourt >> lire

Actualités nationales

Hommage à Jean-Claude Pecker, l’un des rares scientifiques à lier démographie et écologie par Laurent Samuel >> lire

Être écrivain en colère par Christian Vilà, Nathalie Duport Serval et Jane Hervé (JNE) >> lire
Fréquentation en hausse pour les JNE sur la toile et les réseaux sociaux par Laurent Samuel >> lire
Historique de la radiation de Gabriel Ullmann en tant que commissaire-enquêteur>> lire
Dans les Vosges, le cimetière des grands tétras par Jean-Claude Génot >> lire

Hommage à Chantal Cans, grande figure du droit de l’environnement par Laurent Samuel >> lire

Conférences de consensus et démocratie par Michel Sourrouille >> lire

Covid-19, une crise plus profonde qu’en 1929 

Si nous ne faisons pas de décroissance maîtrisée, alors nous aurons une décroissance forcée qui peut être très brutale. Souvenons-nous de la crise de surprimes en 2008, rappelons-nous de la profondeur de la crise de 1929 qui a débouché sur une guerre mondiale. La décroissance, c’est le résultat inéluctable de l’inertie politique et sociétale face à détérioration de la planète. La décroissance, c’est une condamnation de la société croissanciste et c’est surtout un comportement à suivre. C’est ce que nous écrivions sur ce blog biosphere le 31 mai 2019, bien avant l’apparition de la pandémie. Aujourd’hui ce sont les milieux officiels qui abordent le sujet.  « Ce que nous vivons n’a pas d’autres comparaison que la Grande Dépression de 1929″, a déclaré le ministre de l’économie, Bruno Le Maire le 24 mars*. Comparaison effrayante. La crise économique née à la suite du krach boursier du 24 octobre 1929 a provoqué un cataclysme financier sans égal dans le XXe siècle, qui se transmettra à la planète entière et attendra la deuxième guerre mondiale pour disparaître complètement. Avec son cortège de morts et de troubles socio-politiques, dont l’avènement du nazisme. Les deux événements sont similaires. Entre 1929 et 1932, le commerce et la production industrielle ont baissé de 30 % un peu partout dans le monde ; les estimations actuelles font état d’une perte de PIB de l’ordre de 30 % dans la zone euro au deuxième trimestre 2020 par rapport au premier trimestre. En 1933, le chômage touchait 25 % de la population américaine ; en 2020 le taux d’utilisation des capacités industrielles est de 25 %. Un salarié sur quatre est au travail.

Mais comparaison n’est pas raison, il s’agit aujourd’hui d’une crise de l’économie réelle et non d’un krach financier comme en 1929 ou en 1929. Pas de banques fragiles, mais un arrêt brutal et simultané de la demande – les personnes confinées n’achètent plus de voitures – et de l’offre – toutes les usines automobiles européennes sont désormais à l’arrêt. Le risque est donc inverse : que cette paralysie contamine la finance par le biais des difficultés des entreprises. Va-t-on à nouveau sauver le système thermo-industriel en le noyant à nouveau sous un flot de liquidités ? Donald Trump déverse des milliards sous forme de chèques aux particuliers, l’Allemagne s’engagea à dépenser plus de 1 000 milliards d’euros ; le retour de la bonne vieille planche à billets. C’est le mantra, « business as usual » après la crise économique. Mais si les États peuvent payer toutes les factures du Covid-19, cela ne change rien au fond du problème qui est constitué à la fois par une crise climatique, une crise de la biodiversité, une crise par épuisement des ressources naturelles, une crise hydrique, etc.

Rappelons notre écrit de juillet 2005 : Les Américains ont refusé de ratifié le protocole de Kyoto parce qu’ils ont d’abord nié la réalité du changement climatique. Puis ils ont mis en cause le lien entre le réchauffement climatique et les émissions de gaz à effet de serre, tout cela à l’encontre de l’évidence scientifique. Ils ont aussi prétexté de l’absence de contraintes sur les grands pays du Sud, exclu en effet des efforts recommandés par le protocole d’ici 2012, mais il fallait bien que le pays le plus pollueur de la planète montre l’exemple : les USA génèrent 21 à 25 % des GES pour seulement 5 % de la population mondiale. Enfin les Américains ne veulent pas voir leur croissance amputée, les emplois détruits et la modification d’un mode de vie si agréable que les prisons américaines sont les plus pleines de la planète. La Biosphère s’exclame : « Vivement la pétro-apocalypse pour que les Américains se souviennent de la crise de 1929. » Peut-on aujourd’hui s’exclamer « Vive la virus-apocalypse » ?

* https://www.lemonde.fr/economie/article/2020/03/25/coronavirus-le-spectre-du-krach-de-2008-voire-de-1929_6034349_3234.html

Covid-19, le « droit à la vie » est relatif

« En France, les personnes âgées  sont plusieurs millions et les plus exposées au risque de mourir du coronavirus. Une immense hécatombe menace, se résigner à cette issue est humainement inacceptable, et les moyens de lutter efficacement existent. C’est pourquoi nous rappelons le principe éthique du droit à la vie de toute personne humaine. Que chaque personne âgée prenne en toute liberté la décision de donner la priorité aux plus jeunes, libre à elle ! Mais que l’État le fasse est une perspective insupportable. Il faut s’assurer de la distribution effective d’équipements de protection individuelle aux soignants, donner des tests de dépistage, que les soins palliatifs soient pleinement assurés... » (tribune collective dans LE MONDE*, Pascal Bruckner, Axel Kahn, etc.)

Commentaire : cette très courte tribune parle du « droit à la vie »  comme un droit absolu alors que sa perception varie selon l’époque et le lieu. A l’origine, c’est une simple réprobation générale de l’homicide qui se résumer au « Tu ne tueras point » du décalogue ; elle été reprise dans la déclaration universelle des droits de l’homme de 1948. Si ce principe avait été bien respecté, il n’y aurait aucune guerre, tout le monde serait objecteur de conscience (pour le droit de ne tuer personne et de ne pas être tué). Par la suite, le « droit à la vie » a été invoqué en matière de peine de mort, ce qui ne dit rien du respect des personnes en fin de vie ni du droit des victimes. Le « droit à la vie » est aussi invoqué paradoxalement pour promouvoir l’euthanasie, le droit de mourir certes, mais seulement si c’est une vie digne d’être vécue n’est plus possible. Le « droit à la vie » est aussi utilisé comme droit à naître, il est particulièrement, utilisé par les opposants à l’avortement ; c’est l’opposition pro-vie contre pro-choix. En clair, les signataires de cette tribune ne justifient nullement leur position de principe, garder nos vieux le plus longtemps possible. Autre manque flagrant à la rigueur intellectuelle, ces signataires du haut de leurs gradins partent du présupposé que les moyens de soigner actuellement nos innombrables contaminés, jeunes ou vieux, sont accessibles, « il suffit de demander ». Ils n’ont donc jamais lu un seul article sur le manque criant de personnel et de matériel (masques, respirateur artificiel…). Y’a qu’à, faucon., c’est pas une analyse, c’est une prière. Bruckner, Kahn et consorts devraient savoir que nous vivons une médecine de guerre, tout n’est pas possible dans de telles circonstances. On a mis en place parce qu’on ne pouvait faire autrement un triage médical, on détermine concrètement un score de fragilité, que le patient soit jeune ou moins jeune. Quelques commentaires complémentaires sur lemonde.fr :

F. P. : Les malades seraient tous soignés, tous ne pourront être sauvés. Faute de moyens. Comment décidera-t-on ? Dans le tourment d’avoir à le faire, les médecins le disent, c’est-à-dire d’avoir à choisir. Selon quels critères ? L’âge en sera un, c’est incontestable. Est-ce barbare ? Donnons un exemple. Il se trouve que ma mère vit dans l’un de ces EHPAD. Vendredi dernier, elle a déclaré une fièvre assez forte pour qu’elle soit testée, ce dont mon frère, médecin généraliste retraité, m’a informé, non sans me rappeler que si elle était testée positive, elle ne serait pas hospitalisée. Est-ce barbare ? Eu égard à son grand âge, 94 ans, il ne nous l’a pas semblé.

Philippe Rizzo : Je tente de lever le masque sur ce qui sous-tend la théorie du « Herd Immunity » chère aux anti-vax et aux demi-malins, à savoir laisser mourir les personnes faible pour que le reste de la population soit immunisée. Elle n’est ni plus ni moins que le vieil eugénisme si cher aux nazis.

nicoca nicola : Les signataires sont tous éminents et fort sympathiques mais ils sont en moyenne bien plus proches de l’Ephad que de la maternelle. Nous sommes en crise et il faut faire des choix : faisons le choix de l’avenir, pourquoi sacrifier notre belle jeunesse et l’empêcher de vivre pour préserver les petits vieux et leur permettre de continuer à regarder BFM TV 15 heures par jour ?

Pessicart : les signataires, Agid, 80 ans, Cyrulnick 83 ans, Bruckner 72 ans, Pol droit 71 ans, Jeandel 66 ans, Kahn 76 ans, Sicard 82 ans, Tiercelin 67 ans… ils ont peur qu’on les euthanasie ?

* https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/03/25/coronavirus-combattre-cette-barbarie-insidieuse-qui-porte-a-s-imaginer-que-les-plus-vieux-seraient-moins-a-defendre_6034421_3232.html

Covid-19, évitons la guerre bactériologique

Comme si la contamination virale naturelle ne suffisait pas, James Howard Kunstler envisageait en 2005 que des régimes submergés par les pressions démographiques utilisent des virus « fabriqués »  contre les populations (après avoir bien sûr vacciné une élite présélectionnée !)… C’est plus qu’une hypothèse, l’audition en 1998, devant le Sénat américain, de Ken Alibek, Russe exfiltré qui fut pendant plusieurs années le directeur adjoint de Biopreparat (le programme de l’Union soviétique destiné à la guerre biologique), « a glacé de peur tous ceux qui l’ont entendue ». En 1972, Moscou ratifie le traité d’interdiction des armes biologiques, en 1973, l’URSS crée le laboratoire Biopreparat. Sa mission principale était de concevoir et de produire des armes à partir des virus, des toxines et des bactéries les plus dangereux que nous connaissions. Au plus fort de leur programme stratégique d’armement bactériologique, les chercheurs américains s’interdirent de développer des armes qui ne pouvaient être contrées par des antibiotiques ou des vaccins, le gouvernement soviétique décida au contraire que les meilleurs agents pathogènes étaient ceux auxquels on ne connaissait aucun remède. Ken Alibek raconte :

« A la mi-avril 1988, je reçus un coup de fil. Ustinov qui était à la tête d’une équipe de recherche sur le virus hémorragique de Marburg, s’est injecté le virus Marburg dans le pouce… Le quinzième jour, les petites ecchymoses qui étaient apparues assez rapidement sur tout son corps avaient viré au bleu foncé, et la peau d’Ustinov était aussi fine que du papier parcheminé. Le sang qui s’accumulait sous la peau commençait à suinter. Il lui coulait par le nez, la bouche, les organes génitaux ; le virus empêche le sang de coaguler, en tuant les plaquettes responsables de ce processus. Tandis qu’il se répand dans le corps de sa victime, les organes internes se mettent littéralement à fondre. Les filovirus étaient en train de se multiplier par milliards, suçant les substances nutritives dont ils avaient besoin pour se reproduire. Chaque particule virale, ou virion, forme une sorte de brique qui force les parois de la cellule pour la faire éclater. Puis la cellule se dote d’antennes tremblotantes semblables à des poils, qui se dirigent vers la prochaine cible, où le processus de forage et de destruction se répète aveuglément… Ustinov est mort. Comme un virus qui est né en laboratoire a toutes les chances de devenir plus virulent quand il transite par l’incubateur naturel que constitue le corps d’un animal ou d’un être humain, personne ne fut surpris quand des échantillons de Marburg, prélevés dans les organes d’Ustinov,montrèrent que la nouvelle variété était beaucoup plus puissante et beaucoup plus stable. Immédiatement, on reçut l’ordre de remplacer l’ancienne souche par la nouvelle. On lui donna un nom qu’Ustinov, avec son sens de l’humour, aurait apprécié : la « variante U »… »*

La menace d’une attaque bactériologique s’est accrue quand la technologie développée dans nos laboratoires est passée entre les mains de régimes dévoyés et de groupes terroristes. Les armes bactériologiques ne coûtent pas cher, elles sont faciles à fabriquer et à utiliser. Dans les années qui viennent, elles joueront un rôle de plus en plus important dans notre existence. Voici deux aricle aténrierus de notre blog biospehre sur cette problématique hallucinante :

24 octobre 2014, Le moment où la technoscience devient insupportable !

Des expérimentations actuelles consistent à modifier le génome de certains virus pour leur faire acquérir des « fonctions » nouvelles, mais délétères – par exemple les rendre transmissibles, virulents, résistants à certains médicaments ou encore capables d’échapper au système immunitaire humain. Autrement dit fabriquer des « Frankenvirus ». Nous avons déjà traité sur ce blog le fait de rendre contagieux entre mammifères un virus grippal exceptionnellement meurtrier pour l’homme, le H5N1. Depuis lors, une demi-douzaine de nouvelles expériences de GOF (Gain of Function) ont été publiées dans les principales revues scientifiques mondiales, impliquant d’autres virus tout aussi meurtriers. Pour les défenseurs de l’« acquisition de fonction », il est essentiel d’étudier comment des virus dangereux mutent et deviennent pandémiques. Pourquoi ne se sont-ils pas contentés d’étudier l’expansion du virus Ebola ?

13 mars 2014, Le virus qui éradiquera le surplus de population humaine

Le sens des limites n’existent pas parmi les scientifiques impliqués dans l’atome ou dans la biotechnologie. C’est pourtant deux domaines où il ne faudrait pas faire ce que nous savons faire. L’exemple des virus mutants pourrait faire cas d’école. Voici en résumé ce qu’en dit LE MONDE : Une série d’expériences visent à rendre contagieux des virus grippaux mortels. Les deux pathogènes soumis à expérience, le H5N1 et le H7N9, sont des virus extraordinairement meurtriers. Les malades, après une brutale poussée de fièvre, développent généralement une pneumonie, puis une grave détresse respiratoire à l’issue souvent fatale…

* https://www.lemonde.fr/archives/article/2001/10/28/les-terribles-secrets-du-docteur-alibekov_4215872_1819218.html

Après le Covid-19, vers une démondialisation

Daniel Cohen dans Libération : «Le Covid-19 agit comme une métaphore de la démondialisation»

Thierry Gonard dans La Tribune : « Démondialisation » ? La crise du coronavirus révèle une tendance de fond

Bruno Le Maire, ministre de l’Économie : « L’épidémie de coronavirus change la donne de la mondialisation et montre que dans certaines filières, les difficultés d’approvisionnement peuvent poser un problème stratégique. Il devient dès lors impératif de relocaliser un certain nombre d’activités. »

En fait toutes ces personnes ne croient pas à la démondialisation. Ils se trompent, ils nous trompent. Le protectionnisme est une évidence à l’heure d’un libre-échange généralisé qui met la planète au pillage. Si la pandémie actuelle peut nous servir à renouer avec les vertus de la relocalisation, ce serait un miracle que nous attendons avec impatience. Sur ce blog biosphere, nous sommes depuis toujours chaud partisan de la désurbanisation, de la dépopulation, du dévoiturage, et bien sûr de la démondialisation. Exemple sous forme d’extraits :

14 septembre 2019, Taxe aux frontières ou démondialisation ?

Sur le plan environnemental, il va falloir réduire les échanges, puisque le transport de marchandises émet presque 1 milliard de tonnes de CO2 par an ! La mondialisation, c’est la concurrence effrénée où l’emporte le plus antisocial, le plus anti-environnemental, qui utilise les moyens les moins scrupuleux pour fabriquer moins cher. La mondialisation est donc déloyale en mettant en concurrence des anciens pays industrialisés avec des pays nouveaux, qui traitent leurs travailleurs comme des esclaves. La concurrence internationale s’est accompagnée de délocalisation, de surproduction, de chômage et de déséquilibres socio-écologiques. La mondialisation a provoqué deux crises : celle financière des subprimes, où un excès de la dette privée avait dû relayer un pouvoir d’achat insuffisant, et la crise écologique mondiale. La démondialisation est notre destin, il nous faut rechercher les moyens d’un protectionnisme, la souveraineté alimentaire, la relocalisation, les communautés de résilience…

2 septembre 2014, Démondialisation, pour un retour au protectionnisme

L’ouverture des échanges grâce aux nouvelles techniques de déplacement a été une victoire des milieux industriels sur les intérêts agricoles, préparée par la théorie des avantages comparatifs de Ricardo. Si l’ouverture à la concurrence internationale facilite la baisse de prix, c’est aussi la victoire de l’industrie sur l’agriculture, des grosses entreprises sur les petites, une perte d’autonomie, la standardisation de la production, la concurrence déloyale pratiquée par ceux qui utilisent tous les moyens pour réduire leurs coûts de production. Cette approche dogmatique du libre-échange a conduit à considérer l’intégration dans l’économie mondiale comme une fin en soi et non plus comme un simple moyen d’ouverture intellectuelle…

29 avril 2013, le commerce France/Chine contre la démondialisation

Pourquoi a-t-on permis à la Chine d’entrer sans aucune contrepartie dans l’OMC et d’y déployer la puissance de son économie de dumping social, monétaire et environnemental ? En Chine, les salaires de misère, l’absence de sécurité sociale, l’interdiction de protester, de se syndiquer, de faire grève, les atteintes à la santé et à l’environnement des citoyens chinois, le pillage des technologies mondiales, est-ce le progrès attendu ? …

8 septembre 2011, la démondialisation selon Aquilino Morelle

Sacralisée à l’instar d’une loi de la nature, la mondialisation s’imposerait aux hommes. Proposer un autre modèle de développement déclenche aussitôt une classique entreprise de disqualification : la démondialisation serait une  » absurdité  » (Zaki Laïdi), une  « illusion démagogique » (Pierre Lellouche), un  » concept réactionnaire  » (Pascal Lamy). Pour eux (MM. Camdessus, Delors et Lamy),le choc de la  « contrainte extérieure  » (c’est ainsi que l’on désignait alors la mondialisation) a été un événement providentiel… Quel aveuglement idéologique que d’avoir accepté l’entrée de la Chine au sein de l’OMC en 2001 sans aucune contrepartie ! Produisons les marchandises chez nous chaque fois que c’est possible ; c’est le sens des réalités humaines soulignés par Keynes, c’est le retour à la sagesse qui est au cœur du projet de démondialisation…

29 juin 2011, la démondialisation contre le gauche-droite de Zaki Laïdi

Idéologue en cour qui va se répétant de tribune en tribune, Zaki Laïdi a trouvé un nouvel os à ronger : la démondialisation. Il la pense « absurde » sur le seul exemple de l’imbrication des composants Airbus et Boeing produits un peu partout dans le monde. Or la multiplication des kilomètres que parcourt un yaourt ou la construction d’un avion n’est pas soutenable. Ces kilomètres ont besoin d’énergie fossile, d’où l’absurdité de ces va-et-vient puisque le pétrole est en voie de disparition.

28 mars 2012, Made in France ou relocalisation de proximité ?

Dans l’expression libre-échange, l’adjectif « libre » est bien sympathique, mais d’autant plus trompeur ! Le développement du libre-échange est argumenté en termes d’intérêt général, alors qu’il ne sert en définitive que les intérêts des plus forts, centrés sur le profit. Demain le coût et la difficulté des transports pousseront à la démondialisation. Le journaliste Adrien de Tricornot parle d’« effondrement » . Effondrement parce que notre extrême dépendance aux productions lointaines témoigne de la fragilité incommensurable de notre niveau de vie. Effondrement parce que c’est l’énergie fossile qui a autorisé l’expansion du libre-échange et que la descente énergétique va pousser au chacun pour soi. Que faire ? Si nous le voulons, une certaine forme du passé sera notre avenir : vivre à la fois au Moyen Age et dans le monde moderne. Au Moyen Age, 90 % des biens que consomme un paysan sont produits dans un cercle de cinq kilomètres autour de son habitation ; dans des sociétés de résilience, il  en serait presque de même, l’électricité en plus…

Covid-19, les réactions d’ultra-gauche

Le plus rigolo, les 11 mesures d’urgence prônées par La France Insoumise, un catalogue de revendications tout azimut dont nous extrayons quelques perles :

– 10 milliards d’euros doivent immédiatement être injectés dans le système de santé pour faire face à l’urgence et limiter les dégâts des politiques austéritaires de ce gouvernement ;

– Il faut intégrer le Covid-19 à la liste des maladies professionnelles.

– Gratuité des quantités nécessaires au bien-être pour l’électricité, l’eau et le gaz pour toutes et tous.

– Une prise en charge totale par l’État des frais d’obsèques des personnes décédées du fait du virus.

– Réquisitionner les usines et transformer les lignes de production pour fabriquer massivement : masque, gel hydroalcoolique, bouteilles d’oxygènes, masques et cordons respiratoires.

– Nous demandons la suspension de toutes les réformes en cours concernant le ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse.

Génération.s propose 10 mesures, centrées sur « l’impératif sanitaire en toute circonstance », avec bien sûr quelques piques contre les intérêts économiques et financiers :

1. Remboursement intégral et sans avance de frais pour l’ensemble des soins ;

2. Majoration salariale pour les métiers à risque face à l’épidémie de Covid-19 ;

3. Renforcement des sanctions pour les entreprises ne respectant pas les règles de sécurité sanitaire ; 

4. Réquisition des biens immobiliers vides pour héberger les personnes sans-abri ;

5. Dégel du point d’indice pour les fonctionnaires ;

6. Aide au loyer pour l’ensemble des bénéficiaires des minima sociaux ;

7. Prise en charge supplémentaire des soins thérapeutiques liés au handicap ;

8. Fermeture de la Bourse de Paris ;

9. Nationalisation de tout organisme de recherche présentant un intérêt stratégique dans le cadre de la lutte contre l’épidémie Covid-19 ;

10. Rétablissement de l’ISF. 

Nos conclusions : Ces deux partis ne pensent pas du tout à une société post-croissance, ils sont encore obsédés par le tout virus.

Covid-19, le vertige des exponentielles

On ne se méfie jamais assez des exponentielles. Si tu es porteur du virus et que tu contamines deux personnes, ces deux personnes vont transmettre à leur tour le Covid-19 à quatre personnes, puis à 8, etc. Cela apparaît au début peu inquiétant, mais au bout de dix transmissions, une seule personne en a rendu malade 1 027 ; au bout de 20 transmissions il y a plus de un million (1 048 576) de personnes infectées. Ce schéma théorique est proche de la vitesse de diffusion du coronavirus. La courbe épidémique chinoise semble montrer un « R0 » de 2,2. Le R0 correspond au nombre moyen de personnes qu’un individu infecté peut contaminer en six jours. Cela peut paraître proche du 1,3 de la grippe, pourtant le nombre de contaminés s’envole beaucoup plus vite. D’où la période de confinement que les gouvernements généralisent dans la plupart des pays, il faut bloquer impérativement la chaîne de transmission le plus vite possible.

De façon imagée, la parabole du nénuphar nous indique qu’il ne faut pas tarder à prendre des décisions politiques. Imaginons un nénuphar planté dans un grand lac qui aurait la propriété de produire chaque jour son semblable tout en continuant à vivre et se reproduire. On estime qu’au bout de trente jours, la totalité du lac va être couverte, ce qui provoquerait l’extinction de la vie. On se décide à n’intervenir qu’au moment où les nénuphars auront occupé la moitié du lac. Quel jour donc ? Réponse : non pas 15 jours, comme on pourrait le penser un peu hâtivement, mais bien au 29ème jour, c’est-à-dire la veille, puisque le double de superficie est recouvert chaque jour. Au bout du 24ème jour, 97% de la surface du lac est encore disponible et on ne pouvait imaginer visuellement la catastrophe qui se préparait dans une semaine. Le cerveau humain semble difficilement saisir les propriétés d’une croissance exponentielle, une vitesse fulgurante, et il n’y a pas que le Covid-19 qui est en cause.

Notre consommation exponentielle des ressources naturelles épuisera beaucoup plus vite que nous l’imaginons le potentiel de la Terre. Malthus en 1798 avait déjà montré les méfaits de l’augmentation exponentielle de la population humaine : « Lorsque la population n’est arrêtée par aucun obstacle, elle va doubler tous les vingt-cinq ans, et croît de période en période selon une progression géométrique (autre expression pour dire évolution exponentielle) ». Le rapport au club de Rome de 1972 dénonçait aussi les exponentielles : « Chaque jour pendant lequel se poursuit la croissance exponentielle rapproche notre écosystème mondial des limites ultimes de sa croissance. Étant donné les temps de réponse du système, si l’on attend que ces limites deviennent évidentes, il sera trop tard. Décider de ne rien faire, c’est donc décider d’accroître le risque d’effondrement. Adopter un tel comportement, nous l’avons maintes fois démontré, c’est finalement courir au déclin incontrôlé de la population et des investissements par voie de catastrophes successives. Cette récession pourrait atteindre des proportions telles que le seuil de tolérance des écosystèmes soit franchi d’une manière irréversible. Il resterait alors bien peu de choses sur terre permettant un nouveau départ sous quelque forme envisageable que ce soit. »

Le problème de nos dirigeants, c’est qu’ils considèrent qu’ils sont comptables du nombre de nos morts seulement s’il s’agit d’un péril immédiat. Exemple avec ce coronavirus. Par contre le nombre de morts par le réchauffement climatique provoqué directement ou indirectement par les émissions exponentielles de nos gaz à effet de serre, cela paraît trop lointain pour qu’on y prête attention. Nos décideurs devraient connaître la parabole du nénuphar… (article de Michel Sourrouille paru antérieurement sur le site des JNE)

Nous écrivions le 2 septembre 2017 sur ce blog biosphere, « Croissance exponentielle, ennuis imminents à prévoir »

Le Covid-19 s’attaquera-t-il à l’Afrique ?

« Le meilleur conseil pour l’Afrique est de se préparer au pire et de se préparer dès aujourd’hui », a lancé le 18 mars le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). L’Afrique compte 1,3 milliard d’habitants, contre 640 millions en 1990, sa population a doublé en un quart de siècle. Covid-19 va-t-il faire office de régulation démographique ? L’agence onusienne s’inquiète du risque élevé de saturation des centres de santé qui devraient rapidement être submergés en cas de propagation massive du virus. Sur le plan sanitaire, les conditions d’accès à l’eau et aux produits d’hygiène de base restent encore problématiques, puisque 63 % des Africains établis dans les centres urbains ne peuvent pas se laver les mains avec du savon. Ce qui pourrait considérablement entraver la lutte contre le Covid-19. Des experts attribuent le faible nombre de cas confirmés de contamination au coronavirus aux ratés des systèmes de détection africains. Même en Afrique du Sud, où les systèmes de santé public et privé sont parmi les plus développés du continent, ce sera un défi ; il y a trop peu de lits dans les hôpitaux africains. En République démocratique du Congo (RDC), pour l’instant tous les cas identifiés l’ont été à Kinshasa, ville-province de près de 15 millions d’habitants, où, comme dans le reste du pays, les centres de santé public sont dans un état de délabrement avancé . Ce constat peut se transposer à la plupart des autres mégapoles du continent, qu’il s’agisse de Lagos ou du Caire, où l’extrême densité de la population conjuguée à des systèmes de santé défaillants et à des pénuries probables de médicaments et de vivres, sont extrêmement préoccupants. D’autant que les économies africaines, particulièrement dépendantes des marchés internationaux, subissent de plein fouet la crise dans laquelle le virus plonge brutalement le monde. Selon des virologues africains, la situation continentale pourrait se dégrader très rapidement. Ce qui inquiète aussi, c’est de se retrouver seuls pour gérer l’épidémie. Les partenaires économiques européens sont durement touchés par le coronavirus, leur priorité ne sera pas d’aider l’Afrique.

Pour le moment tout va bien. La quasi-totalité des cas de Covid-19 détectés en Afrique sont des cas d’importation, principalement en raison des mouvements de personnes. Pourtant l’Afrique avait été pointée du doigt comme le plus grand foyer à risque de propagation de la maladie. Pourtant, malgré de nombreuses alertes, l’épidémie ne semble pas jusque-là se développer sur le seul continent où les écoles et les universités étaient toujours ouvertes. 

La RDC (République démocratique du Congo) est un exemple particulièrement effrayant. La dixième – et deuxième plus meurtrière – épidémie de fièvre hémorragique (2 264 morts en dix-neuf mois) touchait à peine à sa fin. « Avec le coronavirus, nous aurons certainement un taux de mortalité qui avoisinera les 10 % [contre plus de 60 % lors de la dernière épidémie d’Ebola] et un taux d’infection du personnel médical assez effrayant », redoute le virologue congolais Jean-Jacques Muyembe Tanfum, codécouvreur du virus Ebola en 1976. Sur Twitter, les internautes congolais s’amusent : « L’histoire retiendra qu’en RDC , il y a eu passation pacifique et civilisée entre coronavirus et Ebola. L’alternance épidémiologique. » Tous les rassemblements, réunions, célébration de plus de vingt personnes sur les lieux publics sont interdits. Les écoles et les universités sont fermées pour une durée d’un mois à dater de ce jeudi. Le Nigeria est le pays le plus peuplé du continent avec 200 millions d’habitants. Près de trois semaines après le premier cas de coronavirus fin février, les autorités nigérianes réfléchissent seulement à « injecter des liquidités dans l’économie du pays pour faire face aux conséquences de l’épidémie du Covid-19 ». De toute façon le pays est complètement désorganisée, l’État est déjà en faillite. Pendant des années les gouvernements successifs avaient privatisé nombre de services publics, plus personne n’a les moyens de payer des fonctionnaires. Le secteur informel explose, mais ne nourrit pas son monde. Les classes intermédiaires sont déclassées, les zones périurbaines se transforment en bidonvilles, les égouts sont bouchés et des montagnes d’ordures s’étendent sur des centaines de mètres. Dans certains quartiers, les conflits communautaires tuent en silence, blancs contre arabes, arabes contre noirs, l’apparence des gens est source de conflits infinis. Dans ce contexte, le Covid-19 pourrait passer inaperçu !

Plusieurs pays africains avaient décidé le dimanche 15 mars de fermer leurs frontières et de suspendre les vols en provenance de pays où des cas de Covid-19 ont été confirmés. Deuxième pays le plus peuplé d’Afrique avec quelque 100 millions d’habitants, l’Éthiopiea suspendu lundi pour quinze jours l’enseignement dans les universités, les grands rassemblements et les compétitions sportives ; des étrangers ont été attaqués avec des pierres, d’autres se sont vu refuser l’accès à des transports publics, sse sont fait cracher dessus, ou poursuivis dans la rue. Le président sud-africain a déclaré l’état de catastrophe nationale et l’interdiction des voyages en provenance de pays comme l’Italie, l’Allemagne, la Chine et les Etats-Unis. Le Ghana vient d’interdire l’entrée sur son territoire à toute personne s’étant rendue dans un pays où plus de deux cents cas d’infection sont avérés, à l’exception des citoyens ghanéens. Le Tchad ferme aussi sa frontière aux vols internationaux pour se prévenir contre le coronavirus à partir du 19 mars. Dans un communiqué, le gouvernement tchadien affirme qu’il n’y a aucun cas de Covid-19 mais appelle la population à respecter plusieurs mesures de sécurité. Les autorités de Côte d’Ivoire ont annoncé que tous les cultes publics ainsi que les activités sportives dans les stades et autres lieux de regroupement sont également suspendues. Discothèques, bars, cafés et restaurant ne peuvent pas non plus ouvrir jusqu’à nouvel ordre…

lecture complémentaire, lemonde.fr du 20 mars 2020, Coronavirus : « Mortalité possible de 10 % et infection effrayante des soignants » en Afrique

Lemonde.fr du 20 mars 2020, Coronavirus : incidents en Ethiopie, le premier ministre appelle à la tolérance)

Covid-19, donnons un revenu de substitution

Pascal Perez, économiste : En France, cinq à dix millions d’actif n’ont pas de revenu de substitution si leurs clients sont empêchés. Des centaines de milliards d’euros sont nécessaires pour compenser l’effondrement de la demande. Une solution, la « monnaie hélicoptère ». Il s’agit d’un prêt perpétuel personnel financé par chaque banque centrale. Il est perpétuel car il est reconduit quand il arrive à échéance. Ce prêt permet aux ménages de faire face aux dépenses courantes jusqu’à ce que les affaires reprennent. La monnaie hélicoptère a été théorisée par le Prix Nobel d’économie Milton Friedmann, qui y voyait le dernier recours pour financer la consommation. Un ménage désargenté dépense alors qu’une grande entreprise qui emprunte à taux zéro rachète ses actions ou ses concurrents. En 2020, en accordant à tous les ménages de la zone euro un prêt perpétuel de 2 000 euros en moyenne, la BCE injecterait 300 milliards d’euros dans l’économie. Ce montant représente 3 % du montant total de la valeur des billets et dépôts à vue actuellement en circulation. Par comparaison, depuis 2015, la BCE a racheté pour 2 000 milliards d’euros de créances d’entreprises et d’Etat pour soutenir la croissance. (ndlr : Cela laisse de côté tous les pays où la chute du prix des matières premières et de l’activité touristique va entraîner de nouvelles émeutes de la faim.)*

Denis Consigny, promoteur du revenu universel de base : Jusqu’à présent, les différents projets de distribution de revenus de façon universelle et inconditionnelle ont été essentiellement présentés sous l’angle de leur contribution à la lutte contre la pauvreté. Mais nous vivons actuellement une période où les responsables en sont réduits à choisir entre relativement peu de morts moyennant beaucoup d’emplois détruits, et relativement peu d’emplois détruits moyennant beaucoup de morts. Dans ce contexte, un revenu d’existence présenterait l’avantage de calmer le jeu. Il suffirait de porter son montant au niveau du minimum alimentaire vital et ce sans obliger quiconque à « voler pour survivre ». Le versement des salaires et charges, mais aussi des loyers et échéances d’emprunts, pourraient aussi être suspendus pendant la durée du confinement. La sortie de trésorerie ponctuelle que subirait le Trésor public pourrait être compensée à court terme par la même quantité de création monétaire mise à sa disposition par la Banque centrale européenne (BCE), et à long terme par les rentrées fiscales préservées du fait de la moindre destruction des actifs et des emplois.**

Galatée sur lemonde.fr : Le principe est intéressant . Personnellement, je n’en ai pas besoin . Oui aux personnes dans le besoin, non à tous les ménages, la notion de ménage étant trop disparate . A la fin de cette crise beaucoup de français vont être appauvris, une minorité va s’enrichir comme souvent en temps de guerre donc inutile de leur donner un prêt perpétuel .

Sayah : Mais à quoi ça servirait ? On est dans une sociale démocratie, l’assurance chômage existe et qu’on ne meurt pas de faim même si on ne peut pas aller travailler. Et avant qu’on me traite de « 1 % » ou je ne sais quoi : je suis au smic et je plaide coupable pour les fast-food. Je ne vois vraiment pas où iraient 2000€ par ménage, sur Amazon certainement. Si des gens en ont effectivement besoin, il faudrait peut être faire l’effort de les cibler spécifiquement plutôt que de balancer de l’argent par les fenêtres…

L B 2 @ Sayah : La réponse est simple. Donnez de l’argent aux plus pauvres et l’argent et immédiatement réinjecté dans l’économie. Donnez de l’argent aux banques et aux grands groupes comme cela est fait d’habitude et l’argent ne va pas dans l’économie réelle mais reste dans la finance.

cadres désabusés : A quand un article sur l’épargne de précaution qui doit justement servir dans la crise actuelle ? Le taux d’épargne des ménages des classes populaires (2 premiers déciles) est de 2,4%. Ainsi, il est possible de mettre de côté 3 mois d’épargne de précaution en moins de 10 ans de carrière. Donc où est le problème ? D’autant plus que les fonctionnaires n’auront pas de baisse de traitement et les salariés du privé conserveront une partie importante de leur salaire.

Arbus aux cadres désabusés : Ah si seulement ils y avaient pensé ! C’est sûr, avec 50 % des gens qui gagnent moins de 1700€ par mois et 30% moins de 1500, ils font de l’épargne sans difficulté. De la part d’un cadre au salaire médian de 3100 € par mois, c’est un peu facile, vous ne trouvez pas ?

cadres désabusés @Arbus : votre argumentaire ne tient pas, sauf pour un couple en tout début de carrière. Quand vous êtes à mi carrière, après 240 ou 250 mois de salaire au smic, si vous n’arrivez pas à mettre l’équivalent de 3 mois (soit un effort d’épargne de 1,2%) durant ces 20 ans, il faut peut-être se poser les bonnes questions !

Jean Sérien : Perso je n’en aurais pas besoin et donc ne le solliciterai pas. Personne en France n’a de livret A, d’assurance vie ? Ou seulement les 1% les plus riches ?

* https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/03/19/pascal-perez-un-pret-perpetuel-personnel-finance-par-chaque-banque-centrale_6033648_3232.html

** https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/03/19/le-revenu-d-existence-pour-calmer-le-jeu-en-situation-de-crise_6033630_3232.html

Covid-19, droit de vivre ou de mourir (suite)

La Grande guerre de 14-18 a fait environ 18,6 millions de morts au niveau mondial, la Grande grippe de 1918-1919 beaucoup plus, autour de 50 millions de morts. Entre 30 % et 50 % de la population mondiale a été contaminée par le virus dont il ne fallait pas parler, état de guerre (militaire) oblige. La pandémie a touché la France pendant un an, d’avril 1918 à mai 1919. On penche pour 240 000 morts de cette grippe en France. Quand, au printemps 1919, la troisième vague de la maladie arrive, beaucoup de gens sont déjà immunisés. Il y a clairement eu dans les années qui ont suivi un choix de ne pas commémorer cette grippe. Par contre à partir du début des années 1920, on commence à construire le souvenir de la Der des Der : moment des monuments aux morts, célébration des poilus, etc. Ce sont les États qui fabriquent la mémoire de leurs peuples. L’idée de mourir pour la patrie fait encore des émules, sauf qu’il s’agit aujourd’hui d’être tué au Mali. Mais laissons aux commémorations leurs choix bellicistes pour envisager la façon de percevoir les solutions à la pandémie virale actuelle. Faut-il accepter ou non qu’il y ait un peu, beaucoup ou énormément de victimes du coronavirus ? C’est un choix politique, comme celui de faire ou non une guerre armée.

La stratégie actuelle de lutte des Pays-Bas contre le Covid-19, sans confinement, fait polémique. Le pays s’en tient à cette théorie de l’immunité collective. Il faut laisser le virus se diffuser dans la population, en protégeant cependant les groupes les plus vulnérables. Le premier ministre néerlandais, Mark Rutte, défend l’option qu’une fois qu’une partie importante de la population a été atteinte par l’agent infectieux, elle sera immunisée. Alors qu’un confinement empêcherait, au contraire, l’immunisation et favoriserait le retour, plus tard dans l’année, du virus. Les pays voisins s’inquiètent. Les spécialistes belges estiment que l’approche néerlandaise met en péril les efforts déployés dans l’Union européenne en général. L’épidémiologiste Yves Coppietersne nie pas que le confinement peut limiter l’immunité naturelle, mais il souligne qu’il permet au moins que les systèmes hospitaliers puissent gérer au mieux les cas les plus difficiles. La comparaison des contaminations et des décès ne permet pas, à l’heure actuelle, de trancher en faveur des approches « confinement » ou « immunité ». Tentant avec difficulté de favoriser des approches communes, la Commission de Bruxelles a créé… un comité d’experts scientifiques. Voici quelques commentaires trouvés sur lemonde.fr* :

Comparateur : Quelques petites précisions qui donneront un éclairage, peut-être, du pourquoi le gouvernement néerlandais n’agit pas comme les autres. En premier il faut savoir que les pays bas ont un système de santé qui ne rechigne pas à aller à contre courant : accouchement à domicile, euthanasie etc..Depuis toujours à l’hôpital vous êtes en chambre à 4 ou 6 …. et surtout depuis une dizaine d’années le système de santé est calqué sur les États-Unis… hôpitaux privés, reste à charge important. Ce sont peut être des éléments qui ont pesé dans les choix…

GGir @ Comparateur : Le système n’a l’air qu’en apparence calqué sur les USA. Les cliniques privés n’existent quasiment pas aux pays-bas, et les hôpitaux ont interdiction de faire du profit. La gestion de l’assurance santé a été délégué aux mutuelles, mais le système de santé est en fait massivement financé par les impôts. Les visites chez le généraliste sont remboursés à 100%, les jours de carence n’existent pas, etc … L’image de pays ultra-libéral est un gros cliché qu’on ne reconnaît pas en pratique.

Soteria : Si confiner ne fait que repousser le pic, ça donne au moins plus de temps pour commander des respirateurs, former des personnels aux soins intensifs, etc. Donc c’est nécessairement mieux que de ne pas confiner, non ?

Sapiens : L’homme est un animal mortel et il faudrait l’accepter Nous n’avons aucune approche sérieuse et chiffrée des conséquences de ce virus et nous allons nous terrer comme des rats pour un pic de mortalité sur lequel on ne peut rien faire… on dirait un éléphant qui va saute d’une falaise parce qu’il a vu une souris.

Ulysse : Ne pas confiner c’est laisser le virus éliminer les plus faibles et garder ceux qui ont résisté naturellement, la sélection naturel brute. Et c’est vrai que confiner ceux qui sont capable de résister c’est les affaiblir parce que leur corps ne va pas apprendre le nouveau virus.

* lemonde.fr du 19 mars 2020, Coronavirus : la stratégie de lutte des Pays-Bas, sans confinement, fait polémique

Covid-19, le droit de vivre ou de mourir

Bien sûr nous ne souhaitons à personne de mourir un jour, mais c’est ainsi, notre destin est scellé, il nous faudra tous obligatoirement en passer par là. Mais autant que ce soit en bonne santé ! Les événements actuels reposent la question fondamentale, qui a le droit de vivre et qui a le droit de mourir. Cela se pose dès l’origine de la vie quand on se pose la question d’une interruption volontaire de grossesses Cela se pose à la fin de sa vie quand on refuse l’acharnement thérapeutique. La société se refusait à donner des règles collectives en la matière, elle donnant un cadre général et à chacun d’user de son autonomie décisionnelle. Avec le Covid-19, la société a décidé d’intervenir directement, cela s’appelle le « score de fragilité ». Nous avions sur ce blog traité cette option le 11 mars dernier sous le nom de « triage médical ». Le document actuel vise à aider les médecins à opérer des choix dans l’éventualité d’une saturation des lits de réanimation pour les patients Covid-19. Il s’intitule « Priorisation de l’accès aux soins critiques dans un contexte de pandémie ». On classe les patients selon leur état de santé préalable à la maladie, en clair on fait une sélection. L’objectif est que le patient survive dans de bonnes conditions et ressorte avec une autonomie et une qualité de vie raisonnables. Si au terme d’un séjour en réanimation, le patient ne récupère pas et reste grabataire, c’est un échec. Or la période d’hospitalisation en réanimation pour les patients Covid-19 peut aller jusqu’à trois semaines. Les patients seront donc priorisés selon leur capacité à récupérer. « Il est hors de question que, en France, on refuse de réanimer des patients qui en ont besoin. On trouvera des moyens. Je ne sais pas comment, mais on trouvera… », veut pour sa part croire Jean-Michel Constantin, secrétaire général adjoint de la société française de réanimation. Voici quelques commentaires sur lemonde.fr* :

Pelayo Decovadonga : « Il est hors de question que, en France, on refuse de réanimer des patients qui en ont besoin. On trouvera des moyens. Je ne sais pas comment, mais on trouvera…  » . Le yaka fokon de la part de ce médecin n’est pas rassurant.

Mc : Vouloir sauver tout le monde n’a aucun sens. Il faut évidement calculer le bénéfice/risque dans ce type de situation. Si c’est pour s’acharner sur un patient dont la qualité de vie est compromise par une grabatisation ou des troubles cognitifs, autant donner une chance à un autre patient. Les réanimateurs ne sont pas des surhommes et ne doivent pas contrer la sélection naturelle et se prendre pour des dieux. Il faut faire preuve d’empathie: qu’est ce qui est le mieux pour le patient ? Dans quelle condition poursuivre notre vie ? Pas d’acharnement inconsidéré comme le stipule la loi Clays Leonetti.

Jean Rouergue : Pourquoi nier l’évidence : le cap est en franchi, certains hôpitaux ne peuvent plus déjà répondre à la demande… Voyons les plus de 80 ans atteints par le virus. Bénéficieront-ils du midazolan pour terminer leur vie en douceur, éloignés de toute famille pour cause de pandémie ?

Ana : Au moins les choses sont claires: dans 8 ou 15j , quand les services de réa seront saturés, si vous avez plus de 80 piges, pas la peine d’aller à l’hosto, autant crever chez soi.

Chanski @ Ana : Pourrait-on leur administrer,si ça ne revient pas trop cher bien sûr,une injection létale afin de leur éviter de mourir étouffés?

César Bistruk : Quand on en arrivera là, j’espère qu’ils seront suffisamment bien pourvus en morphine. Plutôt cela qu’une mort par étouffement.

Jb.d : L’établissement du pronostic fait partie du quotidien du métier de réanimateur. même avant le COVID19. On n’admet en réanimation que les patients qui ont suffisamment de chances de supporter l’épreuve et de s’en sortir. Le COVID actualise des questions qui existent déjà au quotidien. Cet épisode pourrait être l’occasion d’éclairer le public sur ces difficiles décisions qui sont prises tous les jours de l’année : malheureusement c’est raté !

* Lemonde.fr du 18 mars 2020, Coronavirus : les hôpitaux se préparent à la « priorisation » de l’accès aux soins en cas de saturation des services

Pire que le Covid-19, notre système prédateur

Cette crise sanitaire est un coup de semonce. Elle met en évidence l’extrême fragilité des arrangements humains mais aussi l’ampleur de l’impréparation dans laquelle se trouvent nos sociétés. Nous devons, nous suggère le Président, changer de modèle de développement. Mais depuis des décennies, des centaines de chercheurs le réclament. Nous devons rompre avec le productivisme et le consumérisme, mettre en œuvre une politique de sobriété sans laquelle nous ne parviendrons pas à stopper l’emballement climatique. Nous devons adopter d’urgence d’autres indicateurs de référence que le PIB, l’empreinte carbone encore les neuf limites planétaires de Rockström . Nous devons inventer et construire une société postcroissance.

Le coronavirus n’est rien à côté des événements qui s’abattront sur nous à mesure que la crise écologique déroulera implacablement ses conséquences. Tempêtes, cyclones, assèchement, montée des eaux, sols improductifs, famines et évidemment guerres et affaissement de la démocratie. Si nous ne savons pas résister au coronavirus, comment y résisterons-nous ? Comment lutterons-nous contre les virus que le permafrost risque de libérer ? Comment ferons-nous face à des événements que nous ne sommes même pas parvenus à imaginer et à des effets de seuil qui rendront brutalement présents et irréversibles des phénomènes que nul n’imaginait ? Comment comprendre que nos sociétés ne se préparent en rien à des événements qui pourraient advenir dans un laps de temps très court. Nous devons impérativement dès aujourd’hui faire entrer nos sociétés dans un véritable processus de reconversion.

Pour cela, nous devons en effet engager des ruptures majeures. Rupture avec un capitalisme débridé qui est à l’origine de la situation dans laquelle nous nous trouvons. Rupture avec une liberté de circulation des capitaux dont même le FMI reconnaît la toxicité. Rupture aussi avec la désindustrialisation de notre pays et la délocalisation de nos productions.Comme au sortir de la Seconde Guerre mondiale, il nous faut trouver l’énergie de la reconstruction. Une reconstruction non plus portée par l’idéologie prométhéenne de la mise en forme du monde à l’image de l’homme, mais par une éthique de la modération, de la limite, de la mesure, que l’Antiquité avait su inventer mais que nous avions oubliée. Nous avons perdu un temps précieux lors de ce dernier quinquennat.

Dominique Méda (extraits)

NB : sur ce blog biosphere nous disons depuis longtemps la même chose, par exemple :

17 mars 2020, Virus et état de guerre, allons à l’essentiel

16 mars 2020, Virus et Climat, il faudrait agir de même

13 mars 2020, Le virus Covid-19, vecteur de décroissance

22 septembre 2018, Quelle transition pour le mouvement de la décroissance ?

1er septembre 2017, BIOSPHERE-INFO, Gouverner la décroissance ?

27 août 2012, mécanismes d’un effondrement économique rapide

7 novembre 2007, fragilité de la puissance

Quand le Covid-19 s’attaquera à l’Inde

Sur une population de 1,35 milliard d’habitants, le nombre de cas de COVID-19 en Inde est passé à 137 le mardi 17 mars. Le Taj Mahal, monument emblématique de l’amour en Inde, a été fermé en raison de l’angoisse provoquée par le coronavirus. La faiblesse des chiffres officiels s’explique par le nombre encore très réduit de dépistages : 6 000 à ce stade en Inde, contre 200 000 en Corée du Sud. Les médias locaux persiflent, « absence de preuve n’est pas preuve d’absence ». Le gouvernement dirigé par le nationaliste hindou Narendra Modi montre du doigt les étrangers ; à compter du 18 mars, l’ensemble des ressortissants européens sont persona non grata. On ne compte que 1,3 lit d’hôpital pour mille habitants, en France il y en a 6. Le premier ministre indien a lancé un concours d’idées sur Twitter faisant miroiter une récompense de 100 000 roupies (1 210 euros) à celui qui trouvera une « solution technologique » pour éviter le Covid-19. Boire de l’urine de vache va-t-il protéger les Hindous du coronavirus ? Quelques commentaires à savourer sur le monde.fr* :

iphigenie : J’ai fait une balade en bateau sur le Gange, les gens se baignaient, se lavaient et faisaient leurs besoins… au même endroit. A 5 mètres il y avait une chèvre crevée qui flottait. La notion d’hygiène n’est pas la même que la nôtre. A Bombay, il y avait 1 humain tous les mètres sur 15 kilomètres entre le centre et l’aéroport. A Delhi, c’est pareil. La densité humaine est incroyable et la fatalité fait partie de la culture. Je vois mal comment le sous-continent peut échapper à l’hécatombe.

Bg83lrem : Les conditions d’hygiène sont telles, que ces gens sont vaccinés contre toutes mes menaces. On peut imaginer qu’ils pourraient même servir de vaccin au reste de l’humanité.

Fer : Normalement, les Indiens ont des anticorps à toute épreuve. Espérons qu’ils soient à la hauteur du coronavirus. Parce que sinon, c’est une bombe potentielle, ce pays, avec l’Afrique.

Pff… : Très très inquiet pour ce pays et ses habitants, si aucun traitement n’est trouvé dans les semaines qui viennent les morts se compteront en 6 voire 7 chiffres.

VincentB : Les Etats-Unis, le Royaume-Uni et l’Inde vont pouvoir mesurer l’efficacité de leurs gouvernements populistes respectifs qui semblent, comme la Chine, apprécier le déni.

* lemonde.fr du 17 mars 2020, L’Inde, une « bombe à retardement », cherche à gagner du temps face au coronavirus

Bilan trés écolo des municipales

Parmi les quelque 47,7 millions d’électeurs appelés à élire leur maire, moins de la moitié aura au final glissé un bulletin dans l’urne (avec une abstention entre 53,3 et 56 %), validant une importante poussée écologiste dans une ambiance générale surréaliste après que le gouvernement a décrété samedi soir la fermeture de tous les « lieux recevant du public non indispensables à la vie du pays ».« L’épidémie écrase tout commentaire politique », a estimé,sur France 2, le secrétaire national d’Europe Ecologie-Les Verts (EELV), Julien Bayou. Pourtant, au regard des premiers résultats, les Verts enregistrent de bons scores lors de ce scrutin ; à Lyon, Bordeaux, Strasbourg, Grenoble, Tours ou encore Besançon, où les candidats estampillés EELV sont en tête. L’écologie politique est passée d’une offre de témoignage à une force politique majeure.

Une chose a en effet changé en vingt ans, l’état de l’opinion publique. Personne ne peut plus se dire en désaccord avec l’objectif de préserver la planète ou celui de lutter contre le réchauffement climatique. Il y a eu un basculement particulièrement ressenti il y a deux ans avec les marches internationales des jeunes pour le climat. A ce moment-là, les parents, les grands-parents et les enseignants ont commencé à se sentir concernés. Un autre moment-clé a eu lieu en 2019 avec les épisodes caniculaires de l’été. En septembre 2019, l’enquête Fractures françaises montrait que la protection de l’environnement était devenue la première préoccupation des Français interrogés (52 %), devant l’avenir du système social (48 %) et le pouvoir d’achat (43 %). Une première. D’où un nouveau positionnement politique de l’opinion publique. Une étude de « Destin commun »s’est appuyé sur une enquête de l’institut Kantar : 86 % des sondés veulent « agir (…) pour les jeunes générations », 78 % estiment « penser souvent aux enjeux liés à l’environnement », 77 % y perçoivent une « opportunité pour créer de nouveaux emplois », 68 % considèrent que « la protection de l’environnement pourrait nous unir par-delà nos divisions », 66 % affirmant que « la plupart des gens ne prennent pas assez au sérieux le changement climatique ». Il y a désormais trois forces politiques en présence. Celle qui monte est la tentation populiste (de droite ou de gauche) avec personnification par un leader et désignation de boucs émissaires à nos difficultés (les immigrés, les « élites », l’Europe…). Face à cela, un magma qui se dit « progressiste » et rassemble des forces de droite comme de gauche au nom de la démocratie et de la libre entreprise. La troisième voie, celle de l’avenir, s’articule autour de l’écologie politique.

Cette irruption massive de l’écologie dans l’imaginaire des gens est prise dorénavant très au sérieux par les partis politiques. En France, les candidats aux élections municipales tombent tous d’accord sur la végétalisation dans les villes mais s’affrontent encore sur la place à donner aux éoliennes. Que dire alors de spécifique quand tous les candidats de tous bords se veulent écolos ? Quelle est la place d’un parti écologiste ? Elle se trouve dans la radicalité, il faut montrer que les mesures à prendre ne vont pas faire plaisir aux Gilets jaunes, aux membres des services publics, aux retraités, aux travailleurs dans les secteurs anti-écologiques, à ceux qui gagnent beaucoup trop… mais qu’elles sont incontournables. On sait dorénavant qu’on ne peut pas avoir à la fois croissance économique et décroissance des émissions de gaz à effet de serre. Nous allons être forcés de réduire les échanges internationaux de biens et même de personnes. Tout bascule. La sobriété sera partagée, sinon nous courrons collectivement au désastre. Les commentateurs sur lemonde.fr sont d’ailleurs très dubitatifs vis-à-vis non seulement du verdissement des partis politiques, mais aussi sur celui des citoyens.

Thierry Piot : Les électeurs de Dati/Ciotti/Fillon/Sarkozy/lepen se sentent vraiment concernés par l’état de l’air/eau/bouffe que nous ingurgitons ? et les gens qui se complaisent devant BFM, Figaro, Le Point, Valeurs Actuelles, aussi ? Wa… en effet, ce serait un véritable tournant.

Bobby Videau : « L’écologie, première préoccupation des Français ». Cela signifie que les Français vont demander une décroissance économique et la baisse de leur pouvoir d’achat, histoire de ne plus détruire l’environnement ? J’ai quand-même un doute là…

L Éveillée : Cela me rappelle un ancien sondage pour connaître la chaîne de TV préférée des français qui plaçait Arte en tête, bien devant la Une.

MaxLombard :Tout le monde il est écolo tout le monde il est gentil mais personne y veut payer !

daniel.G : Tout le monde est écolo, mais quand on a voulu mettre une taxe sur le diesel, plus personne n’était écolo. A prévoir : la pensée écologique va buter inévitablement sur les exigences matérielles et économiques, donc ne se fera pas sauf si l’humanité y est acculée.

ca_alors : Il y a l’écologie sympa: respect de l’environnement. Il y a l’écologie punitive. Et là, à proférer des menaces incantatoires en permanence, et complaisamment relayé par les média, c’est le mauvais versant de la religion .

Thierry Piot : @ca alors. Hum, vous devriez réaliser que le côté sympathique du respect de l’environnement (c’est vrai qu’en ce moment, l’agridustrie par exemple, la respecte beaucoup, la nature) va très vite être remplacée par la punition maximum, infligée non pas par des écolos directifs, mais par la planète elle-même : ressources insuffisantes et polluées, populations déplacées par les aléas climatiques, maladies liées à la toxicité de l’air/mer/terre/bouffe, assurances dans l’incapacité de rembourser les dégâts liés au réchauffement climatique, économie handicapée (le coronavirus illustre la fragilité de notre système)… bref, vous devriez vous accommoder des écolos intransigeants, car ce sont des bisounours comparé à ce qui nous attend.

PHILEMON FROG : J’éprouve ce sentiment : « enfin ! après 30 ans désespérants ! » La prise de conscience est acquise et elle est forte. Mais la réaction réelle reste timide et tâtonnante. Nos gouvernants et une grande partie de la classe politique y restent indifférents, ils feront le minimum avant 2022 et ce seront 5 années perdues, ce qui est énorme et rédhibitoire. Quant aux particuliers, ils se disent encore : pourquoi agirais-je si les autres ne font rien ? Mais c’est désormais avec un sentiment de honte et de culpabilité. Il faut transformer cette honte en réaction. Je suis convaincu que ça peut se faire rapidement désormais. Ça s’est déjà amorcé.

Gilles SPAIER : Le problème est que beaucoup de nos « décideurs » ont eu le logiciel de leur cerveau implanté il y a quelques dizaines d’années. Ils disent « oui l’écologie c’est important » mais en restent avec le es. La santé de Bayer d’abord, celle des populations, surtout rurales, n’a pas d’importance. Dans les faits, l’écologie, ils s’en fichent.

Electron : Le véritable défi, c’est que notre développement économique et notre société sont fondés sur 80% d’énergies fossiles, à la fois dispensatrice de gaz à effet de serre mais aussi non renouvelable, donc appeler à se raréfier puis disparaître, notamment le pétrole. Les conséquences de leur fin ne sont pas connues, mais risquent d’être délétères pour l’humanité.

VincentB : L’ étude « Destin comun » met en relief l’immense écart entre la volonté et les actes. Toujours plus d’avions (cf les projets d’agrandissements des aéroports de Roissy et Nice), toujours autant de bagnoles sur les routes et de pub pour les SUV, de viande, de lait, de fraises en hiver (vendues en magasin bio, s’il-vous-plaît), de terrasses chauffées … Pendant ce temps-là, E. Borne prenant son courage à deux mains, freine sur les éoliennes, parce que certains ne trouvent pas ça très beau dans le paysage. On a connu ministre plus téméraire. Qui osera mettre les français devant leurs contradictions ? Et leur dire qu’ils doivent INDIVIDUELLEMENT changer de comportement.

17 août 2019, L’écologie politique comme force dominante ?

23 février 2020, Des municipales à l’heure du verdissement

17 novembre 2019, Municipales, tous écolos ou presque !

Virus et état de guerre, allons à l’essentiel

« Nous sommes en guerre, allons à l’essentiel. » Ainsi pourrait se résumer l’intervention télévisée du président de la république française lundi 16 mars (lire en fin de cet article). Mais il ne s’agit que de lutter contre le coronavirus pour une période que Macron estime temporaire. Notre réalité structurelle est tout autre. Nous avons fait la guerre à la planète, épuisé ses richesses et ses potentialités, il est urgent de faire la paix. Mais cela veut dire aller à l’essentiel, pratiquer le rationnement pour une sobriété partagée et ce sur une période très très longue. Voici quelques références sur notre blog biosphere :

23 décembre 2019, Après les fêtes de Noël, l’économie de guerre

« Mon discours ne fera jamais recette. Je (Yves Cochet) ne suis pas entendu, et c’est précisément pour cela que l’effondrement va arriver. Pour s’en sortir, il faudrait une économie de guerre comme à Londres, en 1941. Je suis pour le rationnement de l’essence, des vivres, des vêtements, et pour le contrôle des naissances. Mais il n’y a pas d’exemples dans l’Histoire où une économie de guerre a été adoptée avant la guerre. Les gens ne l’acceptent pas. Aujourd’hui, la préoccupation première des Français, c’est le pouvoir d’achat…

3 décembre 2019, état de guerre, la planète ne négocie pas

Le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres affirme, à la veille de l’ouverture de la conférence sur les changements climatiques (COP25) : « L’espèce humaine est en guerre contre la planète et la planète rend coup pour coup. » Il a présenté la liste effrayante des effets dévastateurs de plus en plus « meurtriers » du réchauffement : hausse du niveau des océans, fonte des calottes polaires, sécheresses… « Le point de non-retour n’est plus loin à l’horizon, il est en vue et se rapproche de nous à toute vitesse »…

4 octobre 2011, Avec Lancia, abandonnez le superflu, ne gardez que l’essentiel

Abandonnez le superflu, ne gardez que l’essentiel. » Message admirable qui passait à la télé. Mais il s’agit d’une pub pour la nouvelle Lancia Ypsilon qui poursuit : « redécouvrez l’élégance et laissez-la s’exprimer » … Abandonner le superflu pour ne garder que l’essentiel se trouve du côté de la simplicité volontaire et bientôt de l’austérité obligée quand on s’apercevra que les réserves de pétrole ont une fin et que les publicitaires nous ont trompé et fait vivre un rêve sans lendemain…

7 juin 2010, Blood, Toil, Tears and Sweat

« I have nothing to offer but Blood, Toil, Tears and Sweat » s’exclamait Churchill le 13 mai 1940 : « Je n’ai rien d’autre à offrir que du  sang, de la peine, des larmes et de la sueur ». Nous sommes en état de guerre, de guerre contre la planète ; la question monétaire est secondaire par rapport à la question des ressources physiques. Bien plus, tout ce que nous avons imaginé antérieurement pour sortir de la crise financière (remettre en route la machine à créer de la monnaie dans les banques) ne servira qu’à mieux préparer la prochaine crise. Les politiques doivent faire leur le diagnostic de Jean-Marc Jancovici et Alain Grandjean : « Osons le dire : celui ou celle qui arriverait, aujourd’hui, avec les idées claires sur la contrainte des ressources naturelles, et qui aurait un programme bien bâti pour y répondre, avec un mélange de souffle nouveau et d’efforts pour chacun, celui-là ou celle-là pourrait être audible. »…

Discours de Macron : « Samedi soir, les restaurants, les bars, tous les commerces non essentiels à la vie de la nation ont également clos leurs portes… Jamais la France n’avait dû prendre de telles décisions, évidemment exceptionnelles, évidemment temporaires en temps de paix. Elles ont été prises avec ordre, préparation, sur la base de recommandations scientifiques avec un seul objectif : nous protéger face à la propagation du virus…Nous sommes en guerre, en guerre sanitaire certes. Nous ne luttons ni contre une armée ni contre une autre nation, mais l’ennemi est là, invisible, insaisissable, et qui progresse. Et cela requiert notre mobilisation générale. Nous sommes en guerre. Toute l’action du gouvernement et du Parlement doit être désormais tournée vers le combat contre l’épidémie, de jour comme de nuit. Rien ne doit nous en divertir… Nous sommes en guerre. J’appelle tous les acteurs politiques, économiques, sociaux, associatifs, tous les Français à s’inscrire dans cette union nationale.. Nous sommes en guerre et la Nation soutiendra ses enfants qui, personnels soignants en ville, à l’hôpital, se trouvent en première ligne… »

https://www.lemonde.fr/politique/article/2020/03/16/nous-sommes-en-guerre-retrouvez-le-discours-de-macron-pour-lutter-contre-le-coronavirus_6033314_823448.html