politique

Municipales, tous écolos ou presque !

A Paris, la maire sortante Anne Hidalgo a fait de la lutte contre la pollution, automobile notamment, son marqueur politique. Les socialistes prônent un nouveau modèle de gestion locale, incluant participation citoyenne et projets (végétalisation, réduction de la place de la voiture, restauration de terres agricoles) parfois inspirés des Verts, tout en gardant des marqueurs sociaux tels la gratuité des dix premiers mètres cubes d’eau ou la construction de logement social. Pour recevoir l’investiture de la majorité macroniste, tout candidat doit adhérer à une charte de dix engagements qui précise notamment que « l’élu(e) s’engage à faire de la transition écologique une priorité ». Cédric Villani, ex-LRM, se rêve en « premier maire véritablement écologiste de Paris », son concurrent Benjamin Griveaux veut créer des « rues-jardins » et améliorer la « santé environnementale ». A droite, les maires sortants entendent bien jouer la carte écolo. Les Républicains restent héritiers d’un credo pro-nucléaire et productiviste, mais une nouvelle garde croit en la possibilité d’une écologie « pragmatique » compatible avec l’économie de marché. Le maire de Nice Christian Estrosi assure œuvrer depuis 2008 à un projet de « ville verte exemplaire de la Méditerranée » faite de végétalisation et de nouvelle ligne de tramway. Nul ne délaisse le terrain environnemental, pas même le Rassemblement national (RN), qui décline un concept des européennes, le « localisme », à l’échelon municipal. Produits locaux dans les cantines, jardins partagés, « faire en sorte qu’on puisse vivre et travailler dans la commune ». A la préférence nationale succède la préférence municipale.*

Il n’est pas difficile de se rendre compte, vu le passé des anciens protagonistes d’un monde dépassé, qu’il ne s’agit en fait que de greenwashing politicien, une écologie décorative et préélectorale, une écologie de l’incantation loin de mettre en œuvre une écologie concrète. On retrouve maintenant au niveau de l’ensemble de l’échiquier politique ce qui a traversé le mouvement écologiste depuis son origine, l’opposition entre une écologie superficielle et une écologie radicale. Il est significatif que François de Rugy ait quitté les Verts pour tomber dans les bras de Macron, puis succédé à Hulot qui avait pourtant montré en démissionnant qu’on ne pouvait rien faire dans ce système techno-industriel même quand on est ministre de l’écologie. François de Rugy se contente de phrases toutes faites : « Il y a tellement de gens qui adorent quand les écologistes sont très radicaux, marginaux et minoritaires. Le conservatisme et la radicalité sont les deux faces de la même médaille, celle de l’impuissance et de l’inaction. Ce que je veux, c’est une écologie qui agit. » Encore faudrait-il définir de quel type d’actions il s’agit. Pour les municipales, que faire ?

L’urgence écologique, la déplétion des ressources fossiles, l’extinction des espèces… exige des efforts tant au niveau individuel que collective. C’est le premier message qu’il faut faire passer pour cette élection locale, la transition écologique demandera des sacrifices. Le comportement personnel de sobriété alimentaire et énergétique ne sera suivi par tous que dans un contexte collectif. Il faudra changer les pratiques, abandonner les parterres de fleurs pour des jardins potagers et les arbres d’ornement pour des fruitiers. Il s’agit d’instaurer un nouvel état d’esprit dans les municipalités, on ne construira la société du futur qu’avec l’apport de chaque citoyen. Il s’agit d’abandonner tous les grands projets qui gaspillent des ressources, promouvoir des ceintures vivrières et endiguer l’artificialisation du territoire, faire des villes fruitières et pas simplement ombragées, mettre une éolienne à la place du moulin à vent en ruine, utiliser des techniques appropriées au contexte local, revitaliser l’artisanat local et les circuits courts, etc. C’est au niveau des communauté de base, au niveau des communes, qu’on peut mettre en place des espaces de résilience, capables de résister aux chocs, cherchant l’autonomie au niveau alimentaire, énergétique et politique. Ce blog biosphere n’est rien en lui-même, mais heureusement tout s’agite autour de lui. Ainsi l’ADEME, avec « Demain MON TERRITOIRE », propose des actions concrètes. Les 20 fiches de ce recueil valorisent des solutions mises en place dans des communes et intercommunalités de différentes tailles, réparties sur l’ensemble du territoire. Elles montrent qu’il est possible d’envisager une ville plus sobre en carbone, avec des gains en matière de lien social, de qualité de vie et de dynamisme économique.

* LE MONDE du 14 novembre 2019, Tous écolos ? La campagne municipale s’annonce verte à tous les étages

Dialogue avec l’ex-ministre François de Rugy

François de Rugy* : Des énormités se disent sur l’écologie, de tous côtés d’ailleurs. En ce moment, nous entendons surtout ceux qui disent que ce n’est jamais assez. C’est un peu le syndrome de « tant qu’on n’a pas tout changé, on n’aura rien changé », ce qui conduit généralement à ne rien changer.

Biosphere : Monsieur de Rugy, votre arrivée au ministère a coïncidé avec la condamnation par votre prédécesseur Nicoals Hulot de la « politique des petits pas » du gouvernement Macron. Un écologiste digne de ce nom ne peut qu’être radical, la dégradation de la planète est tel que nous devons complètement reconsidérer le fonctionnement économique actuel qui reste encore business as usual et technologie de pointe.

François de Rugy : Souvenez-vous des débats autour de la voiture électrique. Tous les groupes de « gilets jaunes » que j’ai rencontrés y étaient hostiles. D’un seul coup, des gens se sont mis à dire que ce genre de véhicule était plus polluant que la voiture thermique, ce qui défie toutes les études scientifiques.

Biosphere : Toutes les études scientifiques sérieuses montrent que la voiture électrique n’est pas une solution. Vous vous voyez faire la queue à la prise électrique pour recharger pendant 1/2 heure votre voiture sur une aire d’autoroute le 1er Août ? Vous vous voyez réclamer à corps et à cris pour les alimenter la construction de nombreuses centrales nucléaires du type EPR ? Vous vous voyez perpétuellement recycler des batteries hors d’usage ?

François de Rugy : Le cœur du débat politique, c’est le degré de contraintes que l’on est prêt à supporter. Prenez la lutte contre le tabagisme, on n’y serait jamais arrivé sans un certain degré de contraintes. Sur l’écologie, on n’en est pas encore là. Il faut, au contraire, lutter contre l’idée que l’écologie serait forcément punitive.

Biosphere : Il n’y a pas sentiment de punition quand la norme sociale se modifie. En Suède par exemple, des sportifs, des politiciens, des personnalités, font publiquement le serment de ne plus prendre l’avion. Il y a effet boule de neige, les mentalités se modifient, la structuration sociale de même. Renoncer à ce mode de transport très émetteur de gaz à effet de serre devient tendance, une nouvelle norme sociale s’établit, on se sent libéré et non contraint. L’écologie punitive est un élément de langage déjà utilisé à votre poste par Ségolène Royal, cela déconsidère la difficile lutte à mener. C’est l’écologie positive qu’on devrait célébrer.

François de Rugy : Je revendique ma capacité à faire des compromis, même si cela ne garantit pas le succès médiatique. Je pense que les changements progressifs sont plus durables et profonds que les choses brutales qui nous poussent ensuite à faire marche arrière. La taxe carbone en est un exemple.

Biosphere : Pour faire des compromis encore faut-il avoir des convictions! Ceux qui en ont ne prennent pas ce ministère ou le quittent. Vous avez dû confondre compromis et paillasson ! La taxe carbone est un exemple de recul politique inadmissible. Cela fait trop longtemps que les gouvernements successifs parlent de taxe carbone sans jamais avoir expliqué aux citoyens sa nécessaire mise en place dans un contexte de déplétion pétrolière et de réchauffement climatique.

François de Rugy : Je revendique également l’action globale : il ne suffit pas de prendre pour cible tel secteur, comme le transport aérien, pour lutter contre le réchauffement climatique. Il faut regarder ce que nous sommes capables de faire dans l’ensemble des secteurs en tablant sur notre capacité collective à combiner un certain niveau de confort auquel nous sommes attachés, et les objectifs écologiques.

Biosphere : Action globale dites-vous ? Vous avez été en place de septembre 2018 à juillet 2019. Pendant cette période combien de fois avez-vous tranché sur un sujet particulier ? Jamais ! Le combat écologique est une lutte à la fois globale et sectorielle ; tous nos secteurs d’activité ou presque sont dépendants de l’énergie fossile et donc responsables des émissions de gaz à effet de serre. Il faut expliquer à nos concitoyens que le nécessaire changement de comportement implique une baisse du niveau de vie, donc du niveau de confort de la classe globale. Un ministre de l’écologie devrait parler de sobriété partagée, il n’est pas là pour faire plaisir.

François de Rugy : Faut-il changer de modèle de développement ? Je suis un pragmatique. Je préfère me concentrer sur les leviers d’action que sur les débats philosophiques.

Biosphere : Le concept international de développement durable en 1987 n’était pas une question philosophique, mais la manière de concilier le mode de fonctionnement économique et la protection des intérêts des générations futures. Comme cela a été considéré comme perpétuation d’une croissance non durable, les risques planétaires sont désormais si important qu’il faudrait mettre en place de façon pragmatique une décroissance maîtrisée. Tous vos propos depuis le début consistent à minimiser les actions à entreprendre, c’est une forme de lâcheté.

François de Rugy : Cent cinquante citoyens tirés au sort vont travailler durant six mois pour tenter de rendre l’action de la France pour le climat plus efficace.Le FMI le dit : la taxe carbone est la mesure la plus efficace pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Elle sera donc en débat, parmi les autres mesures.

Biosphere : La convention citoyenne va se réunir 6 mois durant pour donner un avis pas avant un an…. alors que tant de spécialistes ont vu leurs études validées par l’accélération de la fonte des glaces et l’augmentation de fréquence et de puissance des phénomènes météo. C’est du temps et de l’efficacité gaspillés… Nos bâtiments resteront des passoires thermiques et nos routes encombrées de voitures….

François de Rugy : Si nous dépensons 11 milliards d’euros dans l’EPR à Flamanville, autant qu’elle produise de l’électricité. Quant au fait de commander ou non de nouveaux EPR, la décision sera prise en 2022, après les élections, puisque c’est un choix lourd pour la France.

Biosphere : Si le PDG d’EDF, Jean-Bernard Lévy, se prépare à construire de nouvelles centrales nucléaires, votre remplaçante Elisabeth Borne ne mâche pas ses mots :« J’invite Jean-Bernard Lévy à intégrer le scénario sur lequel travaille le gouvernement, 100 % renouvelables. L’énergie nucléaire n’émet pas de gaz à effet de serre, c’est un plus mais ça produit des déchets, on en a pour des centaines de milliers d’années, c’est un moins. Il se trouve que la politique énergétique, c’est plutôt le gouvernement et en particulier la ministre en charge de l’énergie que je suis qui doit la définir. »

Monsieur de Rugy, on ne vous regrette pas, votre esprit de compromis avait tourné à la compromission.

* LE MONDE du 29 juin 2019, François de Rugy : « Je revendique ma capacité à faire des compromis »

Sans écologisme, la démocratie part en vrille

Autrefois l’exercice du pouvoir était facile, les communications étaient limités dans l’espace, et un livre ne sert pas à ouvrir les consciences quand on ne sait pas lire. Selon le cardinal de Richelieu (1585-1642), apprendre à lire, écrire et compter « remplit le pays de chicaneurs propres à ruiner les familles et troubler l’ordre public, plutôt qu’à procurer aucun bien ». La bible était la seule référence, mais son interprétation était monopolisée par un clergé à la solde au pouvoir.

Depuis les jeunes ont tous appris à lire, écrire ou compter à partir du XIXe siècle, mais il n’y a pas eu de révolution culturelle, seulement soumission à un autre conformisme, principalement marchand. La prospérité économique des Trente Glorieuses (1945-1974) a fait office d’opium pour le peuple, la vie politique se déroulait entre politiciens comme le faisait remarquer Michel Debré dans « Ces princes qui nous gouvernent » dont voici un extrait judicieusement choisi par Pierre Fournier : « Le propre de l’individu est de vivre d’abord sa vie quotidienne, ses soucis et ceux de sa famille l’absorbent. Le nombre de citoyens qui suivent les affaires publiques avec le désir d’y prendre part est limité : il est heureux qu’il en soit ainsi. La cité, la Nation où chaque jour un grand nombre de citoyens discuteraient de politique serait proche de la ruine. La démocratie, ce n’est pas l’affectation permanente des passions ni des sentiments populaires à la discussion des problèmes d’Etat. Le simple citoyen qui est un vrai démocrate se fait, en silence, un jugement sur le gouvernement de son pays et lorsqu’il est consulté à dates régulières pour l’élection d’un député par exemple, exprime son accord ou son désaccord. Après quoi, comme il est normal est sain, il retourne à ses préoccupations personnelles – qui ont leur grandeur – ne serait-ce que par ce qu’elles ont de nécessaire, non seulement pour chaque individu, mais pour la société. »* En France jusqu’en 1968 le contenu des informations à la télévision était contrôlé par le pouvoir.

Aujourd’hui les contestations secouent l’ensemble de la planète d’Alger à Bagdad en passant par Hongkong, La Paz ou Santiago. Et la France a ses « gilets jaunes » récurrents. Chacun de ces mouvements est différent et naît de circonstances particulières mais il y a des points communs. Après le libre-échange généralisé qui a soutenu la croissance économique vient l’acte II de la mondialisation, une volonté d’expression populaire facilitée par Internet et les réseaux sociaux. La mondialisation permet une communication généralisée créant, au Sud comme au Nord, une visibilité sur le monde qui n’existait pas auparavant. On compte maintenant 400 millions de téléphones connectés en Afrique. Au troisième trimestre 2019, Facebook comptait 1,62 milliard d’utilisateurs actifs chaque jour dans le monde. D’où à la fois l’échange facilité, les frustrations partagées et la rage qui en découle. On découvre les opportunités de la société de consommation et l’impossibilité d’en profiter comme on voudrait. Il faut alors un bouc émissaire. Le dénominateur commun à tous ces mouvements tient à la mise en cause du « système », argument si bien utilisé par les populistes de droite ou de gauche. Le seul message est alors de clamer que seul le peuple (ou son porte-parole) peut remédier à une situation qui se dégrade. C’est d’autant plus redoutable que cette notion relève de l’imaginaire démocratique (« le pouvoir au peuple »), mais reste floue dans sa signification concrète. Cette mise en accusation des élites et de tous les représentants en général rend la situation très complexe car, sur cette base de revendications multiples et mouvantes, aucune négociation n’est possible. Quand des dizaines de milliers de manifestants ne se satisfont pas de la démission d’un gouvernement, le pouvoir en place est démuni. La démission d’Evo Morales en Bolivie laisse par exemple un dangereux vide politique difficile à combler, la mort de plusieurs dictateurs a mis leur pays à feu et à sang. Il n’y a plus d’espace pour des initiatives capables de désamorcer la protestation, il n’y a plus de langage commun possible. Les seuls éléments de langage alternatifs, nous les abordons régulièrement sur notre blog biosphere. Ils sont principalement liées à la problématique écologique : Acteurs absents (démocratie), Conférences de consensus (décisionnel), écologie profonde (éthique), écocentrisme (biocentrisme), Non-violence (relationnel), Fécondité raisonnée (démographie), Décroissance maîtrisée (économie), Sobriété partagée (consommation), Techniques douces (production).

À lire aussi sur notre blog biosphere, Nécessité pour la foule, partager un langage commun

* Charlie Hebdo n°119 du 19 février 1973

Différentes stratégies au Congrès EELV

Les adherent•es EELV vont exprimer leur choix lors d’un Congrès mi-novembre. Voici quelques mots sur les tendances politiques qui vont s’exprimer :

David : Il s’agit d’affirmer l’identité politique spécifique de l’écologie politique dans le paysage en mutation que nous connaissons. C’est à dire de ne pas enfermer l’écologie dans un rôle d’appendice de la sociale-démocratie, ou de composante de la Gauche de la gauche… Ce faux « pragmatisme » d’un côté et cette fausse « radicalité » de l’autre, mènent aux mêmes impasses dans lesquelles nous nous sommes trop souvent perdu. L’écologie politique est un imaginaire politique qui se suffit à elle-même. Nous n’avons pas à intérioriser un quelconque complexe d’infériorité par rapport aux anciennes cosmogonies.Nous ne sommes pas les agents de liaison de la Gauche traditionnelle. Nous sommes par nous-mêmes. Il nous faut donc s’affirmer clairement écologiste, d’être identifié comme étant une force politique digne de confiance dans les mêmes proportions que les ONG et aussi de reconquérir un leadership en terme d’image positive. À la veille des scrutins municipaux, je pense que cette cohérence est essentielle. (motion d’orientation L’Écologie au pouvoir avec Julien Bayou…)

Alain @ David : Personne ne dit, à ma connaissance, qu’il ne faille pas affirmer la singularité et l’identité spécifique de l’écologie politique (même si je pense qu’elle n’est pas UNE mais traversée de lignes multiples) ou que nous ne devrions être qu’un appendice de la « vieille gauche ». Il ne s’agit pas de brader ce que nous sommes mais d’avoir conscience que nous ne gagnerons pas seuls et qu’il nous faut donc nous donner les moyens dans les 3 ans à venir d’être au second tour des Présidentielles. Ce qui passera forcément par la construction de passerelles avec d’autres forces politiques et que cela se prépare, dès 2020, sans quoi nous risquons de reproduire le scénario Macron/Le Pen. (motion d’orientation Le Souffle de l’écologie, retoucher terre avec Alain Coulombel…)

Bernard : L’enjeu aujourd’hui est de capter (et non de récupérer) les forces vives des nouvelles générations qui se mobilisent sur le climat. Les aider à passer de la désobéissance civile à l’action politique c’est à dire, passer du décrochage des portraits de macron dans les mairie, à la conquête politique des mairies, voilà ce qui devrait être le fil conducteur de notre parti. A force de confondre, comme d’habitude, une véritable stratégie avec une succession de tactiques électorales dans le cercle limité des rescapés de la gauche, on risque de passer à côté de l’essentiel, celui du renouvellement sans précédent du personnel politique en commençant par les équipes municipales. Nous ne gagnerons pas seuls, c’est une évidence. Mais avec qui gagnerons nous? Avec les vielles badernes qui n’en finissent pas de monter des officines pour se placer dans la perspective de… ou avec des jeunes en politique capables de renverser la table des négociations au nom de l’urgence et de la nécessité. Faire vivre les valeurs de l’écologie et de la gauche avec celles et ceux qui y croient pleinement est autrement plus excitant que de négocier des compromis qui affadissent notre discours à l’heure même où les gens attendent de nous un ligne claire qui leur parle d’où qu’ils viennent politiquement. (motion d’orientation Le Temps de l’écologie avec Eva Sas…)

Qui mérite le prix Nobel de la paix ?

Qui connaît Denis Mukwege et Nadia Murad ? Ils ont pourtant obtenu le prix Nobel de la paix 2018 pour leurs efforts afin de mettre fin à l’utilisation de la violence sexuelle comme arme de guerre. Qui se rappellera du premier ministre éthiopien Abiy Ahmed ? Il a pourtant obtenu le prix Nobel de la paix au pour avoir tenté de « résoudre le conflit frontalier avec l’Erythrée voisine ». Mais chaque jour dans son pays égrène son lot d’assassinés. Les heurts dits ethniques, en général ancrés dans une course aux ressources, ont provoqué près de trois millions de déplacés internes et des milliers de morts. Ici et là émerge un pouvoir local informel, l’autorité se délite tant à Addis-Abeba qu’au-delà. Face à ces réalités, le comité Nobel couronne un lauréat dont il escompte que le futur justifiera son prix. Mieux vaudrait récompenser le passé de certaines personnes ou associations, pas un improbable futur.

Le mahatma Gandhi n’a jamais eu le Nobel de la paix, mais Barack Obama oui, en 2009, un pacifiste en guerre ! Il est vrai qu’en termes d’idéologie militariste, pour avoir la paix, il faut préparer la guerre. C’est d’ailleurs le seul discours qu’Obama était capable de tenir pour recevoir sa distinction le 10 décembre : « Je suis le commandant en chef d’une nation engagée dans deux guerres. J’ai juré de protéger et de défendre mon pays. Je ne peux rester passif face aux menaces qui pèsent sur le peuple américain. Je me réserve le droit d’agir unilatéralement si cela s’avère nécessaire pour défendre mon pays. Ce qui est dangereux, c’est ceux qui ont attaqué mon pays depuis l’Afghanistan. » Barack Obama en reste au mythe de l’Etat-nation du XIXe siècle : pour bâtir « leur » pays, les Anglo-saxons envahisseurs avaient mené une guerre d’extermination contre les autochtones de l’Amérique du Nord et acheté leurs esclaves en Afrique. De toute faoçn on ne peut pas dire que l’Afghanistan constituait une menace pour la plus forte puissance militaire du monde. 

En définitive, pour avoir la paix, il faut volontairement préparer cette paix et respecter pour cela les possibilités des écosystèmes. Nous devrions tous savoir à présent que le mode de vie américain actuel est celui qui perturbe le plus la planète, un président américain devrait être le premier à le savoir. Le prix Nobel « de la paix », c’était indigne de la part du jury d’Oslo. Rappelons que le prix Nobel de la paix récompense « la personnalité ou la communauté ayant le plus ou le mieux contribué au rapprochement des peuples, à la suppression ou à la réduction des armées permanentes, à la réunion et à la propagation des progrès pour la paix » selon les dernières volontés d’Alfred Nobel. Par contre était mérité le prix Nobel de la paix décerné en 2007 au groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) et à l’ex-futur président des USA, Al Gore. Le comité cherchait ainsi à « attirer l’attention sur les processus et les décisions qui paraissent nécessaires pour protéger le futur climat du monde, et ainsi réduire la menace qui pèse sur la sécurité de l’humanité ».

Un système structurellement mensonger

« Aujourd’hui, tout le monde prend la parole sur tout, des photos sont truquées, des faux communiqués sont diffusés sans contrôle. La parole de l’État, des scientifiques et des journalistes sérieux est dévalorisée car noyée dans un ensemble confus. J’ai vu les esprits se dissoudre dans un bain d’acide. (Emmanuel Macron) »

Nucléaire, le gouvernement travaille en catimini à la construction de six nouveaux EPR. La ministre de la transition écologique et le ministre de l’économie, Elisabeth Borne et Bruno Le Maire, donnent une feuille de route précise au président d’EDF, Jean-Bernard Lévy, pour « être en mesure de répondre à l’exécution d’un programme de construction de trois paires de réacteurs sur trois sites distincts ». Cela n’était jamais allé aussi loin. Aucune mise en doute n’existe dans la rédaction. Et le courrier de détailler que la construction de chaque paire sera « espacée de quatre ans et les tranches au sein d’une même paire de dix-huit mois ». Il n’y a pas d’alternatives, la filière nucléaire estime qu’une construction en série est le seul moyen de faire baisser les coûts et de donner de la visibilité aux sous-traitants.

Viande, les chercheurs de NutriRecs ont passé en revue une centaine d’études qui montrent une association entre une consommation importante de viande et plusieurs types de maladies. Ils relèvent qu’une diminution de la consommation de viande à trois portions par semaine diminue le risque de mortalité, toutes causes confondues, de 13 %. Malgré le niveau de preuve de ces résultats, les chercheurs recommandent « de continuer plutôt que de réduire la consommation » de viande. Cette conclusion a été clairement rédigée dans le but de créer de la confusion. On a appris que parmi ces chercheurs, des inconnus dans le domaine de la nutrition pour la plupart, au moins trois d’entre eux n’ont pas déclaré leurs relations avec le secteur agroalimentaire, contrairement aux exigences éthiques.

Politique : Facebook a accepté de diffuser une publicité mensongère de la campagne de Donald Trump accusant Joe Biden « d’avoir promis 1 milliard de dollars à l’Ukraine s’ils licenciaient le procureur qui enquêtait sur l’entreprise de son fils » alors que Donald Trump est visé par une procédure de destitution pour avoir demandé à son homologue ukrainien d’enquêter sur son possible rival démocrate. Joe Biden a demandé à Facebook de retirer cette vidéo mensongère, ce que le réseau social a refusé de faire. Facebook a mis en place des partenariats de lutte contre la désinformation, mais les publicités n’y sont pas soumises. La transparence numérique n’empêche pas le mensonge.

Médicament, le procès du Mediator : De ce désastre sanitaire – plusieurs centaines de morts, des milliers de personnes handicapées à des degrés divers –, l’instruction désigne deux responsables. D’une part, les laboratoires Servier, qui répondent de « tromperie aggravée » pour avoir « sciemment dissimulé » les propriétés pharmacologiques du Mediator, un médicament présenté comme antidiabétique mais trop souvent prescrit comme coupe-faim. D’autre part, l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps), devenue Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé, poursuivie pour « blessures et homicides involontaires », à laquelle sont reprochées une série de défaillances et une grave impéritie dans l’exercice de sa mission de contrôle. Un médicament aux qualités thérapeutiques douteuses parvient à se maintenir pendant trente-quatre ans sur le marché alors qu’il présente des risques graves pour la santé en passant outre les multiples alertes. Entre 1998 et 2003, les autorités de santé en Suisse, en Italie et en Espagne s’inquiètent des effets secondaires du benfluorex – la substance chimique active du Mediator – et adressent des demandes d’explications complémentaires aux laboratoires Servier, qui ne leur répondent pas mais retirent dans la foulée leur médicament de ces trois marchés, en se gardant de le signaler aux autorités de la santé française et européenne. Le président du centre de pharmacovigilance va lui-même présenter sa demande à l’Agence du médicament pour que le médicament soit retiré. En vain. La conclusion est terrible : « Le doute profitait toujours au médicament. La vie du médicament est prioritaire sur la vie des malades. » Le salut est venu de l’extérieur, des lanceurs d’alerte Irène Frachon, Catherine Hill, Alain Weill, Gérard Bapt, parce qu’ils n’appartenaient pas à ce système. 

L’écologie sera-t-elle fasciste ?

Si nous assistons actuellement à la montée de régimes autoritaires et populistes, leur marque de fabrique est généralement un déni climatique et un rejet de l’écologie. C’est le cas de Trump aux Etats-Unis, de Bolsonaro au Brésil, de Salvini en Italie, de l’AfD en Allemagne, de Poutine en Russie, et de presque toutes les forces d’extrême droite en Europe. C’est pourquoi il n’y aura pas avènement d’un régime véritablement « écofasciste » – au sens d’une dictature verte qui serait à même de prendre à grande échelle les décisions politiques très contraignantes qu’impose l’urgence environnementale. Les raisons pour lesquelles les démocraties peinent à répondre aux défis écologiques – assumer des privations au présent pour un bénéfice futur – rendent encore moins probable l’émergence d’une dictature écologique anticipatrice, conçue pour épargner à l’humanité des maux futurs. Un dictateur, en effet, n’a aucun intérêt à prendre des mesures trop impopulaires… Mais les régimes démocratiques, soumis aux échéances électorales, n’y ont guère intérêt non plus. Le risque étant, si l’humanité ne réagit pas à temps (c’est-à-dire dans les dix ans qui viennent), que les bouleversements climatiques s’amplifient considérablement. Donc à tous les coups on perd ?

Réponse de Dominique Bourg : « Le profil psychologique requis pour devenir dictateur ne laisse guère augurer un comportement soucieux du bien public. La vague populiste ne menace pas seulement nos libertés au sens classique, mais la possibilité même de pouvoir continuer à vivre sur la planète Terre. Des populations désorientées, soumises à des pénuries diverses, seraient probablement susceptibles de succomber à un désir autoritaire. Le mouvement des Gilets jaunes tire son origine immédiate du refus de la taxe carbone, mais il est bien d’autres aspects du mouvement qui montrent son hostilité aux enjeux écologiques : le refus de la limitation de la vitesse à 80 Km/h ; les profils des figures que la presse a fait émerger comme Éric Drouet ; plus généralement, le fait qu’aucune de ces figures n’ait attaché une importance notable aux enjeux écologiques, etc. Force est de constater qu’il y a là l’indice d’une plus faible sensibilité aux enjeux écologiques dans les bas-revenus. Après ces mois de contestation, il ne sera pas aisé de remettre sur le métier des avancées en matière de taxation écologique. Le mot « peuple » est un exemple particulièrement caractéristique de signe dépourvu de référence stable. Majorité et opposition incarnent des sensibilités opposées qui traversent le même et unique peuple. Aucune partie, aucun mouvement ne peut prétendre l’incarner en totalité. Mais la confusion sémantique permet d’identifier au « vrai » peuple ceux qui se reconnaissent dans l’appel au peuple du leader populiste – Mélenchon ou Le Pen en France, Salvini en Italie, etc. – et d’en exclure les autres. Le populisme relève d’une logique de l’opposition du nous aux autres. Ceux qui ne se reconnaissent pas dans le peuple ainsi désigné sont des ennemis, d’où la haine qui accompagne systématiquement ce type de positionnement.

La reconnaissance des limites planétaires ruinent l’espoir d’un développement des forces productives. J’ajouterais que dans une perspective d’effondrements probables, la lecture en termes de lutte des classes n’est guère optimale. L’idée d’une carte carbone à puces permettant de limiter les consommations individuelles directes et indirectes carbonées constitue une solution intéressante (Szuba, 2014). Pour faire front à la destruction de l’habitabilité de la Terre, il conviendrait d’organiser une redescente rapide de nos flux de matière et d’énergie, de notre emprise sur les territoires et de notre démographie. Cela comporte des mesures comme la mise en place d’un couvre-feu thermique  (coupure des chauffages non décarbonés entre 22h et 6h ), la suppression pour les avions des lignes internes disposant d’une alternative par la route ou le fer en moins de 4h dès 2022, l’interdiction de commercialiser un véhicule dont la consommation est supérieure à 4 l/100 km en 2020. « Toute parcelle de jardin doit devenir productive » ; « tout territoire doit tendre vers une autonomie alimentaire et en matériaux de construction » ; « interdiction progressive des produits transformés substituables » ; « instauration de quotas pour la consommation de produits importés. En particulier café, chocolat, fruits exotiques » ; « aucune nouvelle artificialisation des sols du territoire dès 2019 » ; « obligation de justifier de l’intérêt d’un déplacement professionnel ». Etc. On le voit, il s’agit avec ces mesures d’associations comportements-techniques. La contradiction est alors frontale entre d’un côté la vision libérale laissant à l’arbitraire individuel le choix des modes de vie et, de l’autre côté, la détermination collective des modes de vie au sein d’une société écologisée. Il n’y a rien d’autoritaire, ni d’arbitraire en la matière. On passe d’une liberté négative à une liberté positive, avec une réduction du pouvoir individuel arbitraire de nuire. Soulignons que le passage d’une modalité de liberté à une autre n’affecte que les flux matériels que nous suscitons par nos consommations, et non les libertés fondamentales de penser, croire ou s’associer, etc. Il serait dans ces conditions absurde de parler d’autoritarisme et plus encore de fascisme. »

L’apocalypse éclairée d’Yves Cochet

« Notre civilisation va disparaître entre 2020 et 2035. Dans cinq ou dix ans le problème du logement sera réglé car beaucoup de gens seront morts. » Yves Cochet n’y va pas avec le dos de la cuillère. Co-fondateur des Verts en 1984, il faisait figure d’homme raisonnable au milieu d’un patchwork bordélique où cohabitaient militants pro-cannabis, égarés de l’extrême gauche, doux promoteurs de l’espéranto ou spécialistes de la cause homosexuelle. Pragmatique, il est alors un des artisans de l’accord avec les socialistes et devient alors un des sept premiers députés écolo en 1997, puis ministre de l’aménagement du territoire et de l’environnement en juillet 2001. Mais au début des années 2000, il prend « conscience » de l’imminence de la catastrophe. L’ancien ministre annonce tranquillement la fin des hydrocarbures, l’effondrement des économies, la disparition des Etats, la diminution de la population mondiale de moitié pour cause de famine, d’épidémies et de guerres civiles. Aujourd’hui il conseille à ses camarades écolos d’adopter une autre stratégie.

« Les textes des militants Verts sont très majoritairement empreints d’une retenue toute académique pour les uns et d’un félicisme électoralistes pour les autres malgré la gravité des constats initiaux – à quelques exceptions près, tel le livre programme de René Dumont lorsqu’il s’est présenté à la présidentielle de 1974, « A vous de choisir, l’écologie ou la mort ». Les partis écologistes et leurs responsables ne paraissent pas avoir révisé leurs fondamentaux ni leur stratégie. Collés à l’actualité, obsédés par la rivalité pour les places – comme dans les autres partis, en somme – la quasi totalité des animateurs Verts se bornent à décliner les clichés rassurants du développement durable, aujourd’hui renommé « Green New Deal » ou « transition écologique ». L’accueil plutôt favorable par EELV de la loi relative à la transition énergétique et à la croissance verte, promulguée en 2015, est un bon exemple de cette posture politique modérée et irréaliste, aveugle aux contradictions rédhibitoires de ce texte.

Au contraire de mes camarades de parti, j’aspire depuis une quinzaine d’années à une refondation idéologique de l’écologie politique dans le cadre de l’Anthropocène. Nous ne sommes plus dans l’élaboration d’un programme souriant de transition vers un avenir meilleur, nous sommes dans le compte à rebours avant l’apocalypse. L’Anthropocène est pour l’écologie politique l’occasion de présenter un paradigme indépendant des traditions de droite et de gauche, en édifiant une nouvelle dramatisation, un nouveau « grand récit », en évoquant un pessimisme actif, en prenant enfin au sérieux l’urgence de la situation par la mise en œuvre de la seule issue viable : tout le pouvoir au local, un bio-régionalisme résilient. (extraits page 217 à 223)* »

* Yves Cochet. Devant l’effondrement. Essai de collapsologie (Les liens qui libèrent)

L’écologie selon Marion Maréchal Le Pen

Pour commentaires de la part de nos lecteurs, les idées de l’extrême droite en matière écologique :

Marion Maréchal Le Pen : « J’ai arrêté cinq grands défis sur lesquels, selon moi, se jouera la place de la France au XXIe siècle : le grand remplacement, le grand déclassement, le grand épuisement écologique, le grand basculement anthropologique et le grand affrontement des puissances (…)Le troisième défi est le plus omniprésent dans le débat public. Il s’agit du grand épuisement écologique. C’est vrai, notre environnement est épuisé par un modèle productiviste, imposé, et c’est là d’ailleurs la grande incohérence des écologistes, par la pression de la concurrence mondiale, et un modèle de consommation devenu internationalisé, des paysans qui se suicident, des champs devenus stériles à force de produire, des écosystèmes qui disparaissent, saturés de déchets et de produits chimiques. Ce modèle, en plus de détruire, est un échec économique. Pour la première fois de son histoire, un rapport du Sénat annonce que d’ici 2023 la France pourrait importer davantage de produits agricoles qu’elle n’en exporte. Je l’affirme aujourd’hui : l’écologie en réalité est un conservatisme. Préserver des paysages, préserver des terroirs, préserver des modes d’alimentation, tout ceci en réalité est un combat identitaire.

C’est nous qui sommes légitimes pour porter ce combat, loin des lobbys, loin des effets d’aubaines, des éclats médiatiques, des grand-messes internationales, d’une fiscalité punitive aussi inefficace qu’injuste. Ce ne sont pas les internationalistes libres-échangistes à la Macron ou les zadistes antinucléaires qui pourront répondre de manière cohérente à ce grand défi. Nous sommes les plus légitimes à proposer des modèles économiques alternatifs qui encouragent à produire et à consommer local : permaculture, biomimétisme, recyclage, système naturel de dépollution, création d’algo-plastique [plastique à base d’algues]. Quand je vois toutes ces innovations technologiques qui avancent, je suis très très loin du catastrophisme ambiant (…), bien au contraire, je suis incroyablement optimiste sur ce que la science va nous permettre de révolutionner en termes de production et de consommation pour, demain, mieux respecter la nature. Mais tout ceci ne peut fonctionner que dans une logique de consommation locale, fondée largement sur l’initiative entrepreneuriale, et dans le cadre, évidemment, de frontières protectrices.

L’actualité législative nous conduit au quatrième défi : le grand basculement anthropologique, qui n’est pas sans lien, d’ailleurs, avec la question écologique que je viens d’évoquer. Dans ce temps de la consommation, les désirs deviennent des droits, tout s’achète et tout se vend, de l’utérus à l’enfant.

Pardon pour ceux qui nous qualifient de bioconservateurs, j’admets, j’avoue humblement, sans fantasmer sur le fait que ce soit mieux avant, que je souhaite pour ma fille une société dans laquelle l’enfant ne soit pas un produit à acheter, à commander, à consommer, à jeter, d’ailleurs, s’il déplaît. Je souhaite en effet ne pas être, moi en tant que femme, un produit à commander et à livrer. Je dois dire que je goûte assez peu la promotion qui a été faite ces dernières semaines, non pas tellement de la PMA , parce qu’en réalité cela est déjà acquis pour la plupart des progressistes, mais de la gestation pour autrui [GPA], que je trouve profondément indécente.

Je le dis avec beaucoup de force, je trouve profondément indécent que des couples aujourd’hui, qui sont allés sciemment violer la loi française, louer le ventre d’une femme, acheter un bébé, reviennent aujourd’hui avec ce bébé dans les bras, se défaussent de leurs responsabilités et nous accusent, nous, d’être inhumains et de ne pas défendre les droits de l’enfant. Une chose est sûre, il ne faut pas se voiler la face, l’eugénisme et l’intelligence artificielle sont les prochains terrains de compétition des grandes puissances. La France a longtemps et souvent inspiré le monde. Je crois qu’elle a encore un grand rôle à jouer dans ce domaine. (…) »

(Discours lors de la première édition de la « convention de la droite », le 28 septembre 2019)

Biosphere-Info, la désobéissance civique

Pour recevoir gratuitement le mensuel BIOSPHERE-INFO,

il suffit d’envoyer un mail à biosphere@ouvaton.com

Mieux connnaître les différents aspects de la désobéissance civique (civile ou citoyenne), tel est l’objet du Biosphere-Info d’octobre. Notons que décrocher un portrait de Macron a été jugé « légitime » le 16 septembre 2019 par un juge du tribunal de Lyon qui a invoqué« l’état de nécessité ». Dans son jugement de huit pages, le magistrat estime que les pouvoirs publics français n’ont pas su atteindre les objectifs qu’ils s’étaient fixés pour lutter contre le réchauffement climatique :

« Face au défaut de respect par l’État d’objectifs pouvant être perçus comme minimaux dans un domaine vital, le mode d’expression des citoyens en pays démocratiques ne peut se réduire aux suffrages exprimés lors des échéances électorales mais doit inventer d’autres formes de participation dans le cadre d’un devoir de vigilance critique… Aucune sanction ne doit être prononcée du fait d’une privation de jouissance d’un objet par ailleurs de valeur de remplacement négligeable. »

1/4) Repères bibliographiques

1576 La servitude volontaire d’Etienne de La BOETIE

http://biosphere.ouvaton.org/de-1516-a-1969/109-1576-la-servitude-volontaire-detienne-de-la-boetie-

1849 La désobéissance civile de Henry David Thoreau

http://biosphere.ouvaton.org/de-1516-a-1969/111-1849-la-desobeissance-civile-de-henry-david-thoreau-

2004 Pour la désobéissance civique de José Bové et Gilles Luneau

2008 Ecoterroristes ou Ecoguerriers ? de Roger Ribotto

2009 Petit manuel de désobéissance civile de Xavier Renou

2010 Désobéissance civile et démocratie d’Howard Zinn

http://biosphere.ouvaton.org/annee-2010-sp-1703357178/1060-2010-desobeissance-civile-et-democratie-dhoward-zinn

2011 L’impératif de désobéissance (fondements philosophiques et stratégiques de la désobéissance civile) de Jean-Marie Muller

http://biosphere.ouvaton.org/annee-2011-sp-2000007615/1608-2011-limperatif-de-desobeissance-fondements-philosophiques-et-strategiques-de-la-desobeissance-civile-de-jean-marie-muller

2018 Manuel d’éco-résistance de Jean-François Noblet

2018, Petit manuel de résistance contemporaine de Cyril Dion

2/4) la désobéissance sur notre blog biosphere

7 novembre 2007, desobeir.net

30 septembre 2010, Le journal Le Monde et l’action directe

14 septembre 2011, appel à la désobéissance généralisée

22 mai 2014, La désobéissance s’apprend, savoir déterminer l’injuste

3 juin 2016, Procès d’un militant anti-pub, anti-démarchage téléph

15 novembre 2016, Les écoterroristes, une invention des anti-écolos

11 avril 2018, Scènes de batailles à NDDL, un combat d’arrière-garde

2 juin 2018, Violer une centrale nucléaire, une très bonne action ?

13 juillet 2018, Deep Green Resistance, ne nous trompons pas d’ennemi

10 octobre 2018, Les écologistes sont-ils prêts à aller en prison ?

26 janvier 2019, Action directe, en stage… et en application scolaire

20 février 2019, Nous, adultes, ferons la grève scolaire du 15 mars

21 mars 2019, Nécessité de la violence pour les antispécistes ?

20 avril 2019, CLIMAT : la semaine internationale de rébellion

3 juillet 2019, Extinction Rebellion avec Ingrid Verleye

3/4) autres sources d’inspiration

http://biosphere.ouvaton.org/ voir la rubrique ACTION en première page qui suit au jour le jour les différentes actions de désobéissance

http://www.desobeir.net/ culture de la désobéissance civile/civique, de l’action directe non-violente, du refus radical et ludique.

4/4) Désobéissance civique ou civique ?

Civile ou civique ? José Bové et Gilles Luneau donnent leur avis : « La dimension civique de la désobéissance est claire pour Hannah Arendt : « Ceux qui désobéissent constituent des minorités organisées, unies par la volonté de s’opposer à la politique gouvernementale plutôt que par une communauté d’intérêts. » Pourtant la plupart des versions française de la « civil disobedience » ont donné, par un curieux emprunt phonétique, « désobéissance civile », ce qui focalise, à tort, sur la démarche personnelle. Si on jette un coup d’œil sur l’origine du mot « civil », on s’aperçoit qu’il provient du latin civilis, qui veut dire citoyen. Parler de désobéissance civique renvoie au citoyen qui s’oppose au nom de principes communs à plusieurs personnes. Laissons la désobéissance civile à l’individu qui s’oppose au nom de sa conscience personnelle, tel un témoin de Jéhovah face à l’armée ou à la transfusion sanguine. Intéressons-nous au citoyen qui s’oppose au pouvoir. L’usage du mot « civique » prévient les éventuelles manipulations médiatiques, car quelles que soient les commentaires accompagnant l’acte de désobéissance civique revendiqué comme tel, le mot « civique » implique l’attention portée à l’intérêt commun comme un affichage indélébile. » (Pour la désobéissance civique – La Découverte, 2004)

Par nature, les personnes qui pratiquent la désobéissance s’inscrivent dans le champ politique, dans une logique de transformation de la société. Contre la légalité de la loi, on revendique la légitimité d’un changement de la loi. En fait la désobéissance civique porte devant l’Histoire la qualité respiratoire de la démocratie.

Léviathan climatique, dictature supranationale

Le livre de Geoff Mann et Joel Wainwright, Climate Leviathan s’intéresse aux différents types de scénarios politiques susceptibles d’émerger en réponse aux crises écologiques. C’est Thomas Hobbes, comme le titre le suggère lui-même, qui se trouve au cœur du livre – le Léviathan. Hobbes observait une nation déchirée par la guerre civile anglaise et estima qu’il valait mieux renoncer à sa liberté sous l’autorité d’un souverain tout puissant plutôt que de vivre dans une tel contexte de brutalités. Durant les années Bush, un « état d’exception » était en train de devenir la norme, sous couvert d’une « guerre contre le terrorisme » (war on terror). Néanmoins, cette vision de l’État n’a que très rarement été élargie à la réflexion sur le type de « politique de l’urgence » qui va surgir avec le réchauffement climatique. Les perturbations écologiques vont créer les conditions permettant à une nouvelle autorité souveraine de « prendre le commandement, déclarer l’état d’urgence, et mettre la Terre en ordre, tout cela au nom de la sauvegarde de la vie » – et cette fois-ci à l’échelle planétaire, et non plus nationale.

Selon les auteurs de Climate Leviathan, quatre types de régimes politiques sont susceptibles d’émerger en réponse au changement climatique : le « Léviathan climatique » serait un système de capitalisme globalisé gouverné par une souveraineté planétaire – un pouvoir hégémonique capable de prendre des mesures drastiques ; le « Behemoth climatique », un système capitaliste contenu dans les limites autarciques de l’État-nation ; le « Mao climatique », un système anti-capitaliste ; et le « X climatique », dont la forme reste encore à déterminer. Les auteurs pensent que le vainqueur le plus probable est le Léviathan climatique : il est, après tout, déjà en ascension, comme le montre les institutions mondiales telles que la Conférence des Parties des Nations Unies (COP). Ces institutions ne sont actuellement pas souveraines au sens de Hobbes ; au contraire, elles travaillent à coordonner les actions entre les États-nations. Mais Mann et Wainwright pensent néanmoins qu’elles ouvrent la voie vers une forme de souveraineté attendue depuis des siècles : une souveraineté à l’échelle du monde dans une ère de désastre écologique. En appelant à des accords lors des COPs de chaque année, nombreux sont les militants du climat à avoir légitimé le Léviathan climatique au lieu de le contester.

Le Léviathan climatique a un sérieux rival : le « Behemoth climatique », représentant un « populisme réactionnaire » se détournant de l’élitisme mondial des forums planétaires sur le changement climatique pour se tourner vers un capitalisme nationaliste – une dynamique parfaitement résumée par la déclaration de Donald Trump selon laquelle il a été «élu pour représenter les citoyens de Pittsburgh, pas de Paris ». Le « fascisme global » que Mann et Wainwright nomment le Behemoth est bien plus puissant aujourd’hui que n’importe quelle formation écologiste de gauche.Perceptible dans l’Amérique de Trump, l’Inde de Modi et dans le surgissement des euro-sceptiques de droite un peu partout en Europe, les soutiens du Behemoth climatique constitue un mélange de capitalistes du secteur des énergies fossiles, de petits-bourgeois réactionnaires, et de gens désabusés de la classe ouvrière qui veulent s’en prendre aux élites cosmopolites et à l’establishment politique. Son mélange contradictoire mais musclé d’ethno-nationalisme, de religion, de masculinité et de déni scientifique en fait une forme puissante mais au fond instable ; Mann et Wainwright défendent l’idée qu’il est probable que cette forme s’épuise – mais qu’elle pourrait entre-temps causer beaucoup de dégâts.

Les problèmes posés par le réchauffement climatique s’inscrivent dans une histoire longue de luttes pour la justice et la liberté – la seule différence c’est qu’il y a maintenant un ultimatum écologique, le temps nous est compté. Lorsque Marx ridiculisait le projet d’écrire « des recettes pour les marmites de l’avenir », il en appelait plutôt à une « analyse critique des faits actuels ». Mais la menace posée par le changement climatique exige que nous imaginions dès maintenant un monde radicalement différent, un monde qui n’existe pas à présent et qui n’a jamais existé ; un monde, de plus, qui n’est pas tourné vers nos idées actuelles sur le progrès.

https://www.terrestres.org/2019/09/11/le-leviathan-et-le-climat/ (extraits)

Nations « unies » ou retour des dictatures ?

Par essence, un dictateur protège sa personne et c’est tout. Attendre une solution d’un pouvoir autoritaire est une totale illusion. Pourtant, des États-Unis à la Hongrie, de l’Inde à l’Italie, d’Israël au Brésil, des peuples à la dérive élisent les pires d’entre-eux. Tragique. Le Capitaine Jair Bolsonaro devenu Président par la grâce des Fake news, des Évangélistes et de Twitter représente la lie du peuple Brésilien. La situation devient ubuesque quand Bolsonaro s’exprime le 24 septembre devant les représentants des 193 membres des Nations unies, dont 136 chefs d’Etats et de gouvernement. Les premiers mots du président brésilien ont été « pour remercier Dieu d’être en vie », évoquant implicitement l’attentat au couteau dont il avait été victime. Puis il a aussitôt clamé « vouloir rétablir la vérité sur le Brésil, qui renaît après avoir frôlé le socialisme ». Mélange de rodomontades et de digressions confuses, son discours a cherché à dénoncer les agents du régime cubain. Il a répété des contre-vérités évidentes sur l’Amazonie – « notre immense forêt grande comme l’Europe et parfaitement préservée » – et affirmé que les incendies de l’été ont été causés par la météo. « L’écologisme radical et des conceptions dépassées ne font que marginaliser encore un peu plus les peuples autochtones », a-t-il lancé, les peuples autochtones comme le chef Raoni sont « manipulés par l’étranger ». Le Brésil mérite mieux que ce petit capitaine-président dont le discours montre qu’il n’a aucune conscience des enjeux planétaires. Par exemple les populations autochtones hébergées par les forêts tropicales sont, à l’heure de la globalisation et du métissage, les témoins de la diversité génétique et culturelle de notre espèce.

La 74e Assemblée générale de l’ONU montre la réalité d’un monde où les « démocraties illibérales », les « démocratures » et les leaders populistes de tout poil ont le vent en poupe. Juste après le président brésilien venait le tour de Donald Trump. Le président de l’« America First » a une nouvelle fois encensé un principe, celui de la souveraineté des nations. « L’avenir n’appartient pas aux “globalistes”, l’avenir appartient aux patriotes ». Donald Trump a également dénoncé le péril représenté selon lui par un « socialisme » résumé à la descente aux enfers vénézuélienne. Le président s’est fait le champion de la défense de la liberté religieuse. Il n’y a que les faibles qui se raccrochent à un Dieu qui leur sert d’alibi pour justifier leurs propos et leurs actes ; entre Trump et Bolsonaro, nous sommes gâtés. Le locataire de la Maison Blanche a même jugé bon de mentionner la défense d’un libre accès aux armes à feu, qui fait pourtant de son pays une exception mondiale en termes de morts violentes. Comme en 2017 et en 2018, Donald a totalement passé sous silence le climat et la protection de l’environnement. Le ton était donné, se sont succédé à la tribune le président égyptien, Abdel Fattah Al-Sissi, et son homologue turc, Recep Tayyip Erdogan. Dan un monde menacé par le chaos climatique et géopolitique, leurs discours ont mis en évidence le retour des nationalismes et des politiques de puissance, c’est-à-dire la loi du plus fort.

Le contraste était saisissant avec les fondamentaux du système onusien, rappelés longuement par le secrétaire général, Antonio Guterres, avant le début des travaux de l’Assemblée. Il avait souligné la nécessité « de préserver des institutions multilatérales solides dans un monde multipolaire ». Il en appelait à intensifier la lutte contre le réchauffement climatique, n’hésitant pas à parler de « crise climatique ». Mais ce sont les autres, « les nouvelles formes d’autoritarisme » qu’il pourfend, qui ont donné le ton en ces premières heures d’une Assemblée générale d’un système ébranlé entre autres par les États-Unis, le pays qui en fut le pilier. Tragique, il ne nous reste que le discours de Greta Thunberg aux dirigeant du monde pour espérer : « Comment osez-vous ? Vous avez volé mes rêves et mon enfance avec vos paroles creuses. Les gens souffrent, les gens meurent. Des écosystèmes entiers s’effondrent, nous sommes au début d’une extinction de masse et tout ce dont vous pouvez parler, c’est de l’argent et du conte de fée d’une croissance économique éternelle. Comment osez-vous ? Depuis plus de quarante ans, la science est claire comme du cristal. Comment osez-vous regarder ailleurs et venir ici en prétendant que vous en faites assez ? »

José Bové, désobéissance civile ou civique ?

L’événement du mois : Décrocher un portrait de Macron est jugé « légitime » le 16 septembre 2019 par un juge unique du tribunal de Lyon qui a invoqué « l’état de nécessité » et l’obligation d’agir contre l’inaction du gouvernement en matière climatique : « Le mode d’expression des citoyens en pays démocratiques ne peut se réduire aux suffrages exprimés lors des échéances électorales mais doit inventer d’autres formes de participation dans le cadre d’un devoir de vigilance critique… »  Ce type d’action relève-t-il de la désobéissance civile ou civique ? José Bové et Gilles Luneau donnent leur avis :

« La dimension civique de la désobéissance est claire pour Hannah Arendt : « Ceux qui désobéissent constituent des minorités organisées, unies par la volonté de s’opposer à la politique gouvernementale plutôt que par une communauté d’intérêts. » Pourtant la plupart des versions française de la « civil disobedience » ont donné, par un curieux emprunt phonétique, « désobéissance civile », ce qui focalise, à tort, sur la démarche personnelle. Si on jette un coup d’œil sur l’origine du mot « civil », on s’aperçoit qu’il provient du latin civilis, qui veut dire citoyen. Parler de désobéissance civique renvoie au citoyen qui s’oppose au nom de principes communs à plusieurs personnes. Laissons la désobéissance civile à l’individu qui s’oppose au nom de sa conscience personnelle, tel un témoin de Jéhovah face à l’armée ou à la transfusion sanguine. Intéressons-nous au citoyen qui s’oppose au pouvoir. L’usage du mot « civique » prévient les éventuelles manipulations médiatiques, car quelles que soient les commentaires accompagnant l’acte de désobéissance civique revendiqué comme tel, le mot « civique » implique l’attention portée à l’intérêt commun comme un affichage indélébile. »*

Tout acte qui s’oppose à la loi n’est pas de la désobéissance civique. Six critères permettent de s’y retrouver. La désobéissance civique, c’est… un acte personnel et responsable… un acte désintéressé… un acte de résistance collective… un acte non-violent… un acte transparent… un acte ultime. On désobéit après avoir épuisé tous les moyens de dialogue humains et institutionnels. La désobéissance civique est aussi un acte qui exige une grande maîtrise de soi. Car ce n’est pas un comportement habituel de désobéir. Par nature, les personnes qui pratiquent la désobéissance s’inscrivent dans le champ politique, dans une logique de transformation de la société. Contre la légalité de la loi, on revendique la légitimité d’un changement de la loi. En fait la désobéissance civique porte devant l’Histoire la qualité respiratoire de la démocratie. Et rappelons pour conclure que le décrochage de portrait n’est pas grand-chose comparé au démontage d’un Mc Do ou à l’action des faucheurs volontaires dont Bové c’était fait le héros.

* José Bové et Gilles Luneau, Pour la désobéissance civique (La Découverte, 2004)

Biosphere-Info : Ecologie, droite ou gauche ?

Pour recevoir gratuitement le mensuel BIOSPHERE-INFO,

il suffit d’envoyer un mail à biosphere@ouvaton.com

A l’heure où l’idée écologique commence à infuser tous les partis politiques s(ou presque) se pose la question de la classification de l’écologie sur l’échiquier politique : droite, gauche, ou ailleurs ? Notons d’abord que depuis les années 1970, le parti socialiste n’a véritablement jamais été présent sur les différents fronts de la lutte environnementaliste et a laissé aux Verts la sous-traitance de cette problématique. Notons aussi que la droite traditionnelle n’a jamais brillé sur le front de l’engagement écologique. Notons pourtant que la droite a eu aussi ses ministres compétents en matière environnementale comme Corinne Lepage, Serge Lepeltier ou Nathalie Kosciusko-Morizet.  Notons surtout que le parti écologiste des Verts a fait en 1984 son entrée en politique sous le slogan : « Ni gauche, ni droite ! ». Son amarrage au Parti socialiste ne date que de 1997 et les élections européennes de 2019 marqueront sans doute son autonomie retrouvée.

Le véritable obstacle en matière écologique ne repose pas sur la dichotomie droite/gauche. Elle repose sur une contradiction qui s’insère au cœur de chaque individu : « Au sein des démocraties, la difficulté viendrait plutôt de la résistance farouche de la majorité des populations à la remise en cause de leur mode de vie, considéré comme un acquis dans le cadre d’un progrès à sens unique, perçu comme un droit. » (Hubert Védrine, Le débat, Janvier-Février 2005, n °133). Plus généralement, il devrait être clair pour tous que l’écologie n’est pas un thème de droite ou de gauche puisque nous sommes tous concernés par l’évolution de la biosphère. Arnold Schwarzenegger le dit simplement : « Il n’y a pas un air républicain ou un air démocrate, il y a l’air que nous respirons tous. » (Le Monde.fr | 11.10.2014, La leçon d’Arnold Schwarzenegger aux climatosceptiques). Voici quelques points de vue historiques sur l’obsolescence de la dichotomie droite/gauche.

1973 La convivialité d’Ivan Illich

La dictature du prolétariat et la civilisation des loisirs sont deux variantes politique de la même domination par un outillage industriel en constante expansion. Une interprétation exclusivement industrielle permet aux communistes et aux capitalistes de parler le même langage. La politique économique socialiste se définit bien souvent par le même souci d’accroître la productivité industrielle que le chantre de la libre entreprise. Aussi longtemps qu’on attaquera le trust Ford pour la seule raison qu’il enrichit Monsieur Ford, on entretient l’illusion que les usines Ford pourraient enrichir la collectivité. La solution ne réside pas dans un certain mode d’appropriation de l’outil, mais dans la découverte du caractère non convivial de certains outils.

1979 Que la crise s’aggrave de François Partant (Parangon, 2002)

En fin de compte, la division entre droite et gauche est aujourd’hui presque totalement dépourvue de sens ; il y a ceux qui cherchent l’avenir en respectant la logique du système, les soumis, et les autres, réfractaires à cette logique : voilà la ligne de partage politique qui traverse toutes les classes. Les écologistes réfractaires luttent contre les moyens et les conséquences de la croissance, ils ébranlent donc notre système qui implique la croissance.

1980 Le Feu vert de Bernard Charbonneau (réédition Parangon, 2009)

L’écofascisme a l’avenir pour lui, et il pourrait être aussi bien le fait d’un régime totalitaire de gauche que de droite sous la pression de la nécessité. En effet, les gouvernements seront de plus en plus contraints. Déjà commence à se tisser ce filet de règlements assortis d’amendes et de prison qui protégera la nature contre son exploitation incontrôlée. Que faire d’autre ? Ce qui nous attend, comme pendant la seconde guerre totale, c’est probablement un mélange d’organisation technocratique et de retour à l’âge de pierre : les intuitions de la science-fiction risquent d’être plus près de la réalité à venir que la prospective progressiste de M.Fourastié.

1991 Philosophie de la crise écologique de Vittorio Hösle (Wildproject, 2009)

Ce ne sont pas les différents régimes de propriété des moyens de production qui déterminent les modalités d’exploitation de la nature mais bien la mentalité de ceux qui prennent des décisions importantes. C’est avec sagacité qu’André Gorz a subsumé l’économie contemporaine capitaliste et socialiste sous un concept plus large, l’industrialisme. Cela est difficile à faire admettre à ceux qui restent tributaires de l’illusion simplificatrice du modèle gauche/droite. Mais on se rend compte actuellement que des chrétiens démocrates et des sociaux-démocrates partageant une même sensibilité écologique sont plus proches les uns des autres que de leurs camarades de parti qui restent attachés au modèle productiviste.

1999 Politiques de la nature (comment faire entrer les sciences en démocratie) de Bruno Latour

L’écologie politique ne cherche pas à choisir une place à droite ou à gauche, selon l’organisation des travées au parlement. Aucun paquet tout ficelé ne permet d’opposer les forces du Progrès et celles de la Réaction. Les divisions à l’intérieur des partis sont depuis déjà longtemps supérieures à ce qui les réunit. Que faire de la gauche et de la droite si le progrès consiste à aller d’un mélange des faits et des valeurs à un mélange encore plus inextricable ? Si la fraternité réside non pas dans un front de civilisation qui renverrait les autres à la barbarie, mais dans l’obligation de construire avec tous les autres un seul monde commun ? Si l’égalité demande à prendre en charge les non-humains sans savoir d’avance ce qui relève du simple moyen et ce qui appartient au royaume des fins ? Si la République devient une forme de parlement des choses ? L’écologie débute à peine, pourquoi aurions-nous fini d’explorer les institutions de la vie publique ?

2003 Pétrole, la fête est finie d’Heinberg Richard (Résistances, 2008)

Tant la gauche que la droite tendent à occulter le problème de la croissance démographique continuelle. Pourtant tous les pays de la planète ont dépassé leur capacité d’accueil.

2005 Comment ne plus être progressiste…sans devenir réactionnaire de Jean-Paul Besset

  • Tu n’es donc plus de gauche ?
  • Non.
  • Tu ne te sens pas un peu à droite ?
  • Pas plus. De toute façon, aujourd’hui, c’est à peu près pareil.
  • Quand même…
  • Si, si, franchement. La carrosserie change un peu mais le moteur reste le même. Croissance, production, progrès…

Le capitalisme et le socialisme participaient de la même valeur productiviste, et si le second avait triomphé plutôt que le premier, nous serions probablement arrivés à un résultat indique. Les deux systèmes ne partagent-ils pas la même vision opérationnelle de la nature, corvéable à merci pour répondre à la demande ? L’un comme l’autre se proposent de satisfaire l’exigence de bien-être social par l’augmentation indéfinie de la puissance productive : logique de développement des forces productives par le marxisme, libérées de la propriété privée ; dynamique des mécanismes de marché pour le capitalisme, en éliminant les obstacles à son fonctionnement.

La lutte contre l’exploitation des uns et l’arrimage aux privilèges des autres ne peuvent être confondus, mais un même corpus idéologique lie les deux mouvements. Ce qui les rassemble demeure plus fort que ce qui les oppose. C’est d’un même mouvement que les néoconservateurs américains décident de nouveaux forages pétroliers dans le parc national de l’Alaska et que le ¨Parti des travailleurs de Lula donne son feu vert à la culture du soja transgénique sur les terres conquises sur la forêt amazonienne. Au nom du progrès, les idéologues de la bourgeoisie mais aussi la plupart des marxistes prédisent un monde sans paysans. A croire que ceux-ci constituaient une race de perturbateurs, celle qui maintient le lien avec la nature, et qu’il fallait définitivement tourner cette page « archaïque » de l’histoire.

Pour basculer vers la société durable, nous n’avons besoin ni de la droite, ni de la gauche. D’un même mouvement, elles se refusent à prononcer les mots qui fâchent – limites, décroissance, sobriété, modération, écotaxes – et elles n’envisagent de changements qu’à l’étalon des mots usés – modernité, développement, progrès.

2006 Pour un pacte écologique (avec le Comité de veille écologique) de Nicolas Hulot

Madame ou monsieur le futur président de la République, l’impératif écologique n’est pas une priorité, c’est LA priorité.

Mobilisation ! J’emploie ce terme à dessin, dans son sens guerrier, même si cette guerre est d’un type particulier puisqu’elle est dirigée contre nous-mêmes. L’ennemi ne vient pas de l’extérieur, il siège à l’intérieur de notre système et de nos consciences. L’impératif écologique ne sera pas relevé en faisant l’impasse sur cette double dimension, collective et individuelle, en sous-traitant le problème aux scientifiques, aux politiques ou aux industriels. Nous avons besoin que chacun participe au changement. L’impératif écologique dessine un paysage politique radicalement différent de ceux auxquels nous sommes habitués. Il suppose une confluence d’intérêts plutôt qu’un conflit d’intérêts. Il faut en finir avec les logiques exclusives de parti, cette psychologie de horde où l’individu abdique toute conscience pour privilégier les intérêts de sa boutique. Si quelque chose émerge, ce ne sera ni à droite ni à gauche, ni au centre, mais au-dessus. Il est indispensable que toutes les familles politiques partagent le même diagnostic et votent de concert les grandes orientations pour une mutation écologique de notre société, d’autant plus qu’elles seront parfois rugueuses.

2006 Les Ecovillages de Jonathan Dawson

L’intérêt principal des communautés de résilience, c’est qu’il ne s’agit pas d’une nouvelle idéologie, mais d’une pratique : comment faire en sorte que sa communauté d’appartenance puisse faire face prochainement aux chocs que sont l’épuisement des ressources fossiles (le pic pétrolier…), le réchauffement climatique, l’éloignement de l’homme par rapport à la nature. C’est aussi une pratique applicable au Nord comme au Sud, par les gens de droite comme par les gens de gauche, par les bobos et les paysans, par les chefs d’entreprise et par les travailleurs. La volonté de vivre en communauté repose non sur les affinités de ses membres mais sur des valeurs et une mission communes remonte aux brumes de la préhistoire.

2007 petit traité de la décroissance sereine de Serge Latouche (1001 nuits)

La croissance et le développement étant respectivement croissance de l’accumulation du capital et développement du capitalisme, la décroissance ne peut être qu’une décroissance de l’accumulation, du capitalisme, de l’exploitation et de la prédation. La véritable dualité politique n’est plus celle qui distingue « la droite » de « la gauche », mais celle qui sépare les partisans respectueux du souci écologique des autres, les prédateurs. La critique radicale de la modernité a été plus poussée à droite qu’à gauche, avec Hannah Arendt ou Cornelius Castoriadis. Nicolas Hulot, Corinne Lepage, Yann Arthus-Bertrand ne sont pas « de gauche ». Et le programme d’une société de décroissance que nous proposons est aussi peu partagé à gauche qu’à droite.

2009 C’est maintenant ! Trois ans pour sauver le monde de Jancovici Jean-marc et Grandjean Alain (Seuil)

De l’extrême gauche à l’extrême droite, ils sont tous d’accord : il y a peut-être un problème avec le pingouin sur la banquise, ce qui rend les enfants très tristes, mais cela ne concerne pas les affaires des grandes personnes, comme le pouvoir d’achat ou la compétition économique internationale. Au dernier débat présidentiel, c’est donc du même côté de la table que nous aurions dû trouver Royal, Sarkozy, et les deux journalistes politiques qui les interrogeaient. Tous les quatre étaient tellement confiants dans leurs promesses de croissance infinie ! Seule la répartition des sucettes supplémentaires était un sujet de débat.

2009 Simon Charbonneau, Résister pour sortir du développement (le droit entre nature et liberté) (Sang de la Terre)

Le clivage qui marque depuis la Révolution française la séparation entre une droite conservatrice et cléricale et une gauche républicaine et progressiste est obsolète. Les repères se brouillent, la droite a même confisqué à la gauche le monopole du progressisme et de l’engagement écologique. L’opposition entre la droite et la gauche est aussi en décalage croissant avec l’urgence écologique. Faut-il rappeler que les représentants du capitalisme comme ceux du socialisme ont toujours manifesté une foi inébranlable dans les vertus d’un progrès menant l’humanité vers le bien être matériel et la paix entre les hommes. Cette croyance au progrès, marqué pourtant par des totalitarismes et des massacres, entre dans une crise idéologique majeure. Comme l’écologie est transversale, elle ne peut être revendiquée par aucun parti.

2009 Le syndrome du Titanic – 2 de Nicolas Hulot

On ne m’en fera pas démordre : les enjeux écologiques se situent au-delà de l’affrontement traditionnel entre droite et gauche. Nous ne défendons pas des intérêts particuliers, mais l’humanité tout entière. Quel que soit le vainqueur des élections, il s’agissait pour moi de continuer à ouvrir l’espace de l’impératif écologique.

2009 Sur quelle planète vont grandir mes enfants ? (Ecologie, clé du futur) de Jean-Guillaume Péladan

Les modes de gestion des ressources et des biens publics ne sont ni de droite, ni de gauche. Les clivages idéologiques passés accusent leur obsolescence.

2009 Tu viens ? de Nathalie Kosciusko-Morizet

On entre en politique, adolescent, pour faire bouger les choses. Lorsque j’en ai éprouvé le besoin, et rien n’a changé depuis, il m’a semblé que le levier du mouvement était à droite, quand la gauche française me paraissait vouée à la répétition vaine de principes dont elle faisait, au mieux, une sorte de vêtement de l’inertie. L’invocation permanente de la justice sociale, du partage, et du « pluriel », tout cela ne n’habillait plus rien, ne disait plus aucune espérance. Qu’on le veuille ou non, c’est bien la droite qui a porté en France la législation environnementale, qui lui a donné un principe constitutionnel et qui a organisé la première véritable concertation publique sur l’ensemble de ces enjeux : création en 1971 du ministère de l’environnement par Georges Pompidou, loi Barnier en 1995, Charte de l’environnement en 2005 avec Jacques Chirac et « Grenelle de l’environnement » lancé en 2007 par Sarkozy.

2010 Le paradis sur Terre d’Alain Hervé

On l’a entendu aussi bien à gauche qu’à droite pendant le débat parlementaire (en 1979) sur l’industrialisation nucléaire : « Pour réduire les inégalités sociales, nous avons besoin de davantage d’énergie. » Ce qui revient à dire, à droite : « Nous refusons de partager les richesses déjà accumulées, mais ça ne nous coûte pas cher de promettre de partager les richesses à venir. » A gauche, cela veut dire : « Plutôt que chambarder la société, nous attendons que la corne d’abondance nucléaire commence à produire et nous serons là pour répartir justement ses fruits. » Et voilà toute la classe politique agenouillée, mains jointes devant la machine, l’implorant de déverser une pluie de bienfaits. Ainsi soit-il. J’ai eu du fait de ma profession l’occasion de bavarder avec quelques-uns de nos dirigeants. Je peux citer Jospin, Rocard, Guichard, Couve de Murville… Gauche, droite, je les ai tous trouvés parfaitement ignares en ce qui concerne les notions les plus élémentaires de l’écologie : les biotopes, la biodiversité, la chaîne alimentaire, les risques liés à l’énergie nucléaire, aux manipulations génétiques… Enfermé à vie dans un système de références appris à l’école (souvent à l’ENA) et dont ils étaient incapables de sortir. Et ça ne change pas avec les nouveaux venus.

2010 Manifeste pour une société écologique (texte de synthèse lors de la création d’EELV le 13 novembre 2010)

A droite, à gauche ou au centre, beaucoup se disent maintenant convaincus de l’importance de la question écologique. C’est un effet spectaculaire de l’impact de la crise. Les écologistes n’ont pas de raison de douter de la sincérité des évolutions individuelles. Ils s’en réjouissent même. Mais force est de constater que, dans les programmes et les décisions des formations de droite, de gauche ou du centre, l’intégration de la question écologique apparaît plus comme une posture d’opportunité, une concession à l’air du temps, que comme un véritable tournant.

  Dans les mouvements libéraux, conservateurs, sociaux-démocrates ou d’inspiration marxiste, la problématique écologique reste généralement perçue comme relativement secondaire, une catégorie parmi d’autres, un secteur d’intervention supplémentaire qu’il s’agit d’ajuster sans faire obstacle à l’orientation prioritaire, à savoir les politiques de stimulation de la croissance à des fins de redistribution en direction de leurs bases sociales.Fossilisés par leur histoire, ils se refusent à accomplir une mue qui les montrerait nus.

L’écologie politique a donc toute raison de revendiquer son autonomie, refusant de devenir une force d’appoint assignée à la sous-traitance ou au supplément d’âme. Mais autonomie n’est pas isolement. Les écologistes ne sont pas seuls au monde. Il nous faut donc construire des majorités d’idées en cherchant en permanence des partenariats avec d’autres forces politiques et plus largement avec les organisations et les mouvements sociaux concernés, à travers des pactes ponctuels, sectoriels ou régionaux, démarche pouvant se prolonger jusqu’à conclure des accords de gouvernement ou de mandature.

Les écologistes n’exigent aucun passeport idéologique si l’accord intervient sur l’essentiel du projet de société. Mais le poids de l’histoire et la réalité politique obligent à constater que l’attachement des partis de droite aux formes les plus sauvages du libéralisme, vecteur privilégié de l’approfondissement des crises, dogme idéologique et système économico-social rigoureusement incompatibles avec la mutation écologique, rend les rapprochements impossibles. Les écologistes seront toujours disponibles pour appuyer toute mesure qui irait dans le bon sens, quels qu’en soient les protagonistes, mais ils ne se laisseront jamais enfermer dans des opérations de dilution de leur projet dans les méandres du capitalisme vert. L’écologie politique est donc conduite à envisager ses alliances avec la social-démocratie et les partis qui se réclament de la gauche. Cela ne va pas de soi. Certes, des sensibilités voisines sur les questions de droits humains et de justice sociale, confortées par des complicités militantes et des proximités historiques, ont conduit les écologistes à collaborer souvent étroitement avec les forces de gauche. Des valeurs se croisent, des objectifs convergent. L’écologie politique ne sera jamais neutre vis-à-vis du clivage droite-gauche quand il s’agit de choisir entre des politiques qui favorisent les privilégiés et celles qui se préoccupent des démunis.

Pour autant, les écologistes et les gauches ne sont pas des alliés naturels. Ils n’ont pas le même ancrage historique et ne s’inscrivent pas dans le même horizon. Marqués comme la droite au fer rouge du productivisme, fascinés par ses fétiches et ses addictions, la social-démocratie et les courants marxistes restent éloignés de l’essentiel du paradigme écologiste. Les écologistes souhaitent les convaincre de changer d’orientation. Mais ils n’ont pas vocation à épouser une doctrine qui n’est pas la leur en y introduisant un peu de vitamine verte.

Le champ de la discussion et des convergences est donc ouvert ainsi que l’indiquent de nombreux signaux venus des rangs de gauche. Mais les frémissements ne font pas une politique et, de la parole aux actes, le changement de cap reste à démontrer. En l’état actuel des projets respectifs, l’écologie politique n’est pas candidate à une union de la gauche où son identité se dissoudrait. Elle est néanmoins prête à des contrats de partenariats avec les gauches disposées à aller aussi loin que possible vers la transformation écologique et sociale de la société.

2011 Changer le monde, tout un programme de Jean-Marc Jancovici

En Occident, alors que certains pays ont été soi-disant à gauche et d’autres soi-disant à droite, les modes de consommation à l’arrivée sont furieusement identiques ! Dans le monde fini qui est le nôtre, le mode de vie futur va dépendre bien davantage de la disponibilité de l’énergie par personne que de la nature des régimes politiques.

2011 Des écologistes en politique d’Erwan Lecoeur (lignes de repères, 2011)

L’écologie politique comporte la même temporalité ternaire du mythe, passé harmonieux du climax, présent catastrophique et projet de sauvetage de la planète ; toutefois le héros central du récit n’est plus le prolétariat comme dans la philosophie de l’histoire du XIXe, mais la nature. Après le libéralisme et le socialisme du XXe siècle, l’écologie est la grande idée du XXIe siècle, qui répond à la principale question du temps : la question naturelle. C’est au-delà du clivage droite-gauche que se situe l’écologie. Corinne Lepage, Dany, Cécile ou José, tous expriment un refus de se laisser enfermer dans le clivage entre une gauche dont nul ne semble plus distinguer les valeurs et une droite dont on sait trop ce quelle réserve à l’écologie, en dernière analyse.

Corinne Lepage n’a jamais eu d’autres engagements politiques que l’écologie, n’a jamais été dans d’autres partis politiques qui ne soient écologistes. L’écologie doit affirmer son autonomie. Elle était dès la première réunion de Génération Ecologie en 1990, elle a créé Cap 21 en 1996, devenu parti politique en 2000. Elle a parcouru presque tout l’éventail politique, elle en connaît les dessous : « Les partis traditionnels ont certes un volet écologique dans leur programme politique, cela va de soi. Mais la question est traitée en aval. Lorsqu’ils ont décidé le modèle socio-économique qu’ils veulent mettre en place, alors ils se posent la question de l’impact environnemental que cela va avoir. La particularité de l’écologie politique est dans l’inversion de l’ordre des facteurs : qu’est-ce qui fait système ? Moi, je suis pour faire de l’économie un sous-système de l’écosystème global. L’alternative, c’est de ne plus considérer les capacités physiques de la planète comme étant une variable d’ajustement, mais comme étant le point à partir duquel on construit un projet politique. »

Daniel Cohn-Bendit précise : « Dans le ni droite, ni gauche, il y avait quelque chose de juste. C’est vrai qu’on est critique du productivisme de gauche, et du productivisme de droite, donc on est ni à gauche, ni à droite, on est autre part… C’est vrai aussi qu’à certains moments historiques, il faut créer des majorités, et que dans certaines majorités, tu ne peux pas réaliser ce que tu veux faire. »

Cécile Duflot peut conclure : « C’est vrai que c’est compliqué de faire des alliances avec le Parti socialiste. Oui, on est une troisième voie ; oui, on est capable de passer des accords ; non, ce n’est pas automatique. Nous Europe Ecologie et les Verts, notre position, c’est de revendiquer, à la fois, l’autonomie de notre projet politique différent, et la possibilité de passer des accords.  On ne peut légitimer des valeurs politiques qui sont basées sur la compétition, la concurrence, le refus de prendre en compte le long terme… »

En clair, le refus du positionnement procède d’un refus des termes habituels du champ politique pour restituer le radicalisme que les écologistes veulent poser comme une nécessité. Mais comment, sans le soutien du PS,  accéder à la qualification aux législatives, scrutin uninominal à deux tours ?

2011 La décroissance heureuse (la qualité de la vie ne dépend pas du PIB) de Maurizio Pallante

Depuis toujours, les innombrables variantes de la droite et de la gauche se mesurent sur la scène politique à la stratégie la plus efficace pour faire croître la production de marchandises. De 1917 à 1989, la confrontation a été monopolisée par le défi opposant marché et planification, entre le capitalisme des Etats-Unis et le socialisme de l’Union Soviétique. Une confrontation analogue s’est produite et se produit encore entre partis de droite et de gauche à l’intérieur de pays à économie de marché. Le culte de la croissance économique, de l’innovation et du progrès unit tous les partis de droite et de gauche. S’ils sont au gouvernement et que le PIB croît, ils sonnent le clairon et en attribuent le mérite aux choix de leur politique économique. Si, par contre, la croissance ralentit ou, pire, est égale à zéro, ou pis encore, est négative, les partis d’opposition se déchaînent accusant leurs adversaires d’être incapables de gouverner.

En agitant le drapeau du progrès, des changements et des innovations, la gauche a contribué à introduire dans le patrimoine génétique des classes subalternes le système de valeurs sur lesquelles est fondé le mécanisme de la croissance économique et le pouvoir des classes dominantes qui le dirigent. Celui qui dénonce les problèmes très graves causés par la croissance et pense qu’on doit entamer le plus vite possible la voie de la décroissance, se met hors de la dialectique entre droite et gauche. Pourtant il n’est pas nécessaire de regretter le passé pour critiquer le présent. Droite et gauche partent de l’hypothèse que plus le gâteau est gros, plus il y en aura pour tout le monde. Cela n’allège pas les souffrances de quatre cinquièmes de l’humanité auxquels on soustrait ce qui est nécessaire pour vivre, pour faire un grand gâteau dont les classes subalternes des pays développés mangent les tranches les plus fines.

2011 Petit bréviaire écolo de Wilfrid Séjeau et Erwan Lecoeur (les Petits Matins)

« L’écologie, ça ne devrait être ni de droite ni de gauche »

Environ la moitié des Français ne se reconnaît plus dans cette séparation entre droite et gauche. Avant d’être de droite ou de gauche, les écologistes sont… écologistes. L’écologie politique n’est pas ailleurs, elle est devant ! Les écolos sont bien isolés lorsqu’ils posent une critique radicale de la société de consommation et du matraquage publicitaire. Les écologistes sont toujours les seuls à remettre en cause les religions du progrès et de la croissance. Les écolos fauchent les champs d’OGM. Au fond, et en dehors du fait que le sarkozysme a remis la droite sur l’axe de l’extrême droite, c’est quoi, au juste, d’être « de gauche » ? A quoi bon s’enferrer dans des clivages paresseux aux contours flous. Il n’empêche que la préservation des ressources et des milieux naturels ne fait pas bon ménage avec le libéralisme économique.

2012 Le futur a-t-il un avenir ? (pour une responsabilité socio-écologique) de Philippe Lebreton

La droite privilégie le niveau de l’individu, la gauche celui de la société ; les dépassant tous deux, l’écologisme s’intéresse au destin de l’espèce humaine (et de la biosphère) dont dépendent solidairement société et individus.

Question : « Si la droite se convertissait réellement à l’écologie, voteriez-vous pour elle ? » Réponse : « Oui, car ce ne serait plus la droite. » « Et si la gauche faisait de même ? » « Oui, car ce serait enfin la gauche » (Philippe Lebreton, l’excroissance, 1978)

2013 Plus haut que mes rêves de Nicolas Hulot

J’avais lancé le Pacte écologique pour la présidentielle 2007. Je demandais aux politiques de ne plus s’affronter systématiquement mais de valider les idées pertinentes d’où qu’elles viennent. S’il n’existe pas un esprit de concorde entre la droite et la gauche, nous assisterons impuissants à l’effondrement de notre planète. Si les politiques signent le Pacte, je me retire de la course à la présidence. Après son paraphe, Sarkozy me renvoie dans les gencives : « Cet exercice ridicule auquel tu m’as obligé à me prêter devant tes écologistes barbus… »

(…) EELV a négocié un accord avec le parti socialiste sur un certain nombre de députés sans demander mon avis ni celui d’Eva Joly. Conditionner l’engagement écologique à un ancrage politique est un problème majeur. Il aurait fallu que je proclame ma symbiose absolue avec la gauche alors que, sur les sujets écologiques, elle n’est pas plus éveillée ou instruite que ne l’est la droite. Si leurs priorités diffèrent, leurs modalités sont identiques.

PS, en route vers la social-écologie ?

Université d’été du parti socialiste à La Rochelle (la première depuis 2015, le PS avait peur de son ombre). Olivier Faure, premier secrétaire du PS, a appelé à développer la «dimension écologique» de son parti, plaidant pour éviter à la fois «l’effacement» et «l’isolement» face notamment aux Verts. Interrogé par l’AFP, il précise : « Il n’y a pas d’écologie viable sans le social et pas de société viable sans l’écologie» . Il souhaite construire un chemin qui mêle les deux : «Tout le monde parle social, écologie et démocratie. Notre spécificité c’est que nous allions l’ensemble». Les dirigeants socialistes ont adopté un nouveau slogan, celui du « mariage de la justice environnementale et de la justice sociale ». Pas de quoi discerner une originalité stratégique des socialistes, tous les partis disent faire de même. Mais quelles écologie, superficielle ou de rupture ? Les oppositions demeurent entre éléphants du PS, comme un fossé béant :

Raphaël Glucksmann : « Il y a des sacrifices qu’il faudra faire du côté de ceux qui consomment le plus, pas du côté des classes populaires. On ne peut pas avoir et le productivisme et l’écologie. »

Stéphane Le Foll  : « Je ne suis pas pour la sobriété mais pour une croissance sûre qui porte le progrès. Ce n’est pas l’écologie comportementale individuelle en ne prenant plus l’avion ou en ne mangeant plus de viande qui va régler la question du réchauffement, mais des investissements dans l’efficacité énergétique. »

Olivier Faure : « Il faudra se poser des questions sur le bilan carbone de nos week-ends quand on prend l’avion et remettre en cause des projets, comme le Lyon-Turin ou Europacity. »

L’écologie est-elle un paradigme rassembleur ?

Yannick Jadot, tête de liste EELV aux Européennes : « Je veux rassembler les Français autour de l’écologie. Je me sens de gauche, l’histoire de ma famille est de gauche, mais ça ne suffit pas. Accueillons avec enthousiasme celles et ceux qui veulent construire avec nous, d’où qu’ils viennent….  Nous ne sommes pas sortis de la tutelle sociale-démocrate pour se perdre dans le marais centriste.  L’écologie est sociale, elle est la matrice qui doit permettre de repenser la solidarité en réduisant les fractures sociales, de créer des emplois locaux, d’offrir une protection aux travailleurs et aux chômeurs, d’aménager notre territoire pour que plus personne ne se sente exilé dans son propre pays… Nous connaissons nos démons. Chassons-les les zigzag tactiques, les replis sur des débats internes qui n’intéressent que nous, les petites phrases insidieuses ! Nous n’avons pas d’autre choix que le rassemblement dans le dépassement. » *

David Cormand, secrétaire national d’EELV : « L’écologie politique est une offre politique alternative face à la droite et à la gauche de ces dernières décennies. Les alliances ne doivent pas être un préalable mais un débouché de la ligne que l’on se choisit. On n’a pas de raison de limiter notre offre politique uniquement à ceux qui viennent de la gauche. Ce serait renoncer à construire une nouvelle majorité d’idées beaucoup plus large. Notre contribution au débat, ce n’est pas de choisir entre tel ou tel appareil en mutation mais de proposer une ligne claire, celle du paradigme écologiste pour devenir majoritaire et gagner, il faut un nouvel imaginaire. L’écologie doit affirmer une forme de leadership idéologique sur l’alternative à l’extrême droite et au libéralisme. L’extrême droite juge qu’il faut revenir au passé, les libéraux court-termistes englués dans le présent estiment qu’il faut accepter le monde tel qu’il est, et seuls les écologistes pensent l’avenir de la planète. L’offre de la social-démocratie est moribonde parce que son idéal de rendre juste la répartition de l’abondance est aujourd’hui dépassé. Il s’agit désormais d’établir dans la justice une société de sobriété. »**

* LE MONDE du 25-26 août 2019, EELV : Yannick Jadot veut rassurer sa base de gauche

** LE MONDE du 22 août 2019, David Cormand : « Il s’agit désormais d’établir dans la justice une société de sobriété »

33ème JDE (journées d’été d’EELV)

De retour des 33ème JDE du 22 au 24 août à Toulouse, ce mail pour en causer. Nous étions un peu plus de 2000 sur le site ! Plusieurs moments ont fait l’objet d’une captation et peuvent être revisionnés ici :

Mais surtout pleins d’ateliers, moments de réflexion en petites groupes sur « Un autre modèle économique est possible », « Faut-il en finir avec les partis politiques », « Pourquoi préférer la ZTL à la ZFE ? », « Quelle éducation face au tout numérique ? » etc. Ce parti montre qu’il est aussi une université populaire de formation. Voici quelques extraits du discours d’introduction de l’organisatrice Marine Tondelier :

« L’écologie est et reste un sport de combat. Que vous pratiquez pour la plupart ici.  A en écouter certains, vous allez pouvoir arrêter car on a une excellente nouvelle pour vous : TOUT LE MONDE EST DEVENU ECOLOGISTE. Et donc comme vous devez aussi parfois l’entendre « on n’a pas besoin de parti écologiste parce qu’elle est dans tous les partis » et d’ailleurs « l’écologie ne devrait pas être un parti ». En fait il y a en fait au moins deux sortes d’écologistes politiques, des « d’écologiste mais ». Ils sont écologistes « mais tu comprends blablabla là on n’a pas le choix ». L’écologie d’accord, « mais le développement économique tu comprends c’est important ». L’écologie d’accord, « mais le nucléaire on peut plus faire sans ». L’écologie d’accord, « mais tu vois ce projet va supprimer des terres agricoles mais le promoteur m’a dit qu’il allait créer plein d’emplois ». L’écologie d’accord, « mais tu comprends en avion je mets 2 heures alors qu’en train j’en aurais mis 4 »…  J’arrête la liste mais elle est encore longue. Le problème, vous l’avez compris, c’est qu’il y a toujours à la fin une bonne raison d’être écologiste « mais », quand on tolère que l’écologie passe après. Ce raisonnement « l’écologie mais » est risqué, car il donne l’impression que l’écologie est partout même quand elle n’est nulle part ou si peu dans les actes. Mais notre avenir, nos enfants, notre planète et surtout ceux qui y vivent ont besoin d’écologistes POINT. D’écologistes sans MAIS. D’écologistes qui ne soient pas dans le « en même temps » mais dans le « il est temps », l’urgence écologique n’attends pas. »

L’écologie politique comme force dominante ?

L’écologie, nouvelle force politique, va être une entreprise de longue haleine tout au cours du XXIe siècle. Elle va en effet à rebours de tous les systèmes socio-économiques que nous avons vécu depuis le néolithique : la Terre subit aujourd’hui au pillage mondialisé, les générations futures vont hériter d’une planète exsangue. Dans les péripéties électoralistes du court terme, nous ne devons jamais oublier notre horizon à long terme, écocentrée et non anthropocentrique, ayant le sens des limites contre une société croissanciste. Comme se rassembler autour de ce message ?

Nous constatons que l’axe droite/gauche de l’échiquier politique a perdu toute crédibilité, que ce soit au niveau national ou international. Il y a désormais trois forces en présence qui se profilent. Celle qui monte est la tentation populiste (de droite ou de gauche) avec personnification par un leader et désignation de boucs émissaires à nos difficultés (les immigrés, les « élites », l’Europe…). Face à cela, un magma qui se dit « progressiste » et rassemble des forces de droite comme de gauche au nom de la démocratie et de la libre entreprise. C’est en fait la perpétuation du système issu de la révolution industrielle, « business as usual ». De son côté le mouvement écologique, divers et éclaté comme toute force émergente, porte cependant un projet de société durable, en équilibre avec les possibilité biophysiques de la planète : c’est le seul mouvement réaliste possible. Certains prônent une écologie superficielle, d’autres pensent approfondir les fondements de cette écologie, mais c’est toujours le mot « écologique » qui rassemble, pas les vieilles étiquettes gauche ou droite. La stratégie, ce qui structure fondamentalement l’écologie politique, c’est son message reposant sur les résultats de l’écologie scientifique, réchauffement climatique, extinction des espèces, pic pétrolier ou des métaux, état des ressource renouvelables, etc. Elle repose sur l’idée que les contraintes naturelles conditionnent l’état d’une société, la délibération démocratique déterminant normalement le fonctionnement de l’économie. Il ne s’agit plus d’une lutte travailleurs (option de gauche) contre le capital (défendu par la droite), il s’agit de prendre en considération le facteur Terre. Le problème, c’est de passer de la vision du long terme au programme électoral présent et à la cuisine électorale.

Pour les programmes, leur contenu a amplement montré la diversité des écologismes pratiqués par les différentes tendances de l’échiquier politique français. Pour simplifier, il y a des fragments d’écologie profonde (une éthique de la Terre) chez certains et des variétés infinies d’écologie superficielle chez la plupart, axée sur la croissance verte, le moteur propre, etc. Ces tendances souvent contradictoires traversent le parti EELV lui-même, ce sera un débat permanent. Ajoutons que même l’extrême droite se targue aujourd’hui de considérations écologiques. Pour la petite histoire, l’extrême-droite récuse officiellement cette différenciation droite/gauche puisqu’elle dit représenter « le peuple ». A chacun son vernis écolo, mais notons que c’est toujours l’écologie qui fait le socle commun, pas l’étiquette droite ou gauche. Cette démarcation n’a d’ailleurs plus d’importance pour la grande majorité des électeurs. Mais chaque force politique en présence aura son propre programme social-écologique, les tribunes et analyses ici ou là ne déterminent pas l’évolution des différents groupes politiques institutionnalisés qui possèdent leur propre logique interne. Le rassemblement de ces mouvements disparates paraît pour l’instant impossible.

Quant à la tactique électorale, les événements depuis la présidentielle 2017 montre que l’arrimage à la gauche socialiste voulue par Voynet puis par Duflot a abouti à un véritable échec pour EELV. Avec le positionnement de Yannick Jadot aux européennes 2019, les Verts reviennent à leur fondement historique depuis René Dumont (1974) et surtout Waechter : « l’écologie n’est pas à marier », elle se suffit à elle-même. L’urgence écologique est en effet devenue de nos jours un cri de ralliement, que ce soit pour une jeunesse qui s’était dépolitisée, une gauche sans repères ou des conservateurs qui se diraient de droite. L’écologie politique peut-elle devenir un parti de gouvernement ? Les soubresauts de la planète l’exige…

Michel Sourrouille, coopérateur EELV

L’invention de l’écologie politique… en 1957

Le premier auteur à avoir employé l’expression « écologie politique » semble avoir été Bertrand de Jouvenel en 1957. Il précisait : « l’instruction économique devrait toujours être précédée d’une introduction écologique ». En d’autres termes, on ne peut pas être un bon économiste si on n’est pas d’abord un bon écologiste. Résumons l’analyse de Jouvenel.

A la fin des années 1950, à une époque où la discipline scientifique qu’est l’écologie, dûment institutionnalisée depuis le début du XXème siècle dans le cadre des sciences du Vivant, n’était guère connue de l’opinion publique, Bertrand de Jouvenel prononça à Tokyo une conférence* préconisant « le passage nécessaire de l’économie politique à l’écologie politique » . Notre espèce est en co-évolution avec les autres espèces dans une situation de dépendance forcée à l’égard de notre environnement naturel qu’il qualifie de « machine terraquée » : « Aussi bien qu’un organisme inférieur, la plus orgueilleuse société est un parasite de son milieu : c’est seulement un parasite intelligent et qui varie ses procédés. » Il y a chez Bertrand de Jouvenel une perception très vive de la mutation anthropologique constituée par la Révolution industrielle : « Réduite à ses traits matériels les plus simples, l’histoire du genre humain est celle d’un accroissement de forces. Accroissement des forces d’abord par le nombre des hommes, qui a été très longtemps le fait principal ; ensuite par la captation de forces auxiliaires, les animaux de labeur, plus tard l’énergie du vent et du cours d’eau, plus tard les combustibles fossiles, de nos jours enfin l’énergie nucléaire.  » Ce qui est désormais déterminant, c’est notre dépendance à l’égard de sources d’énergie extérieures au monde vivant actuel, puisées dans les entrailles de la Terre.

En tant que membre de la Commission des comptes de la Nation, Bertrand de Jouvenel appartenait à la corporation des économistes de sorte que la critique de la science économique qu’il amorça en 1957 et poursuivit dans ses ouvrages de 1965 et 1976 ne procède pas d’un point de vue extérieur mais bien plutôt interne à ladite corporation : « L’économiste ne peut que sous-estimer ce que la société sous-estime. Ce n’est pas déficience de sa part, mais seulement soumission à sa discipline. Sa soumission à la valeur que la société donne aux choses est une condition de sa rigueur ; néanmoins il limite ainsi son horizon et ne peut pas toujours voir les conséquences éloignées de cette attitude. » A l’origine du fourvoiement de l’économie politique se trouve la place prépondérante accordée par Adam Smith à la division du travail et à l’accumulation du capital plutôt qu’à l’exploitation croissante de la nature. « Cette erreur du génial fondateur de la science économique a été lourde de conséquences : elle a orienté ses successeurs vers le problème de l’équilibre général, ce qui a beaucoup retardé l’intelligence de la croissance. Elle fausse nos plus modernes calculs économiques en laissant hors de compte l’intervention des agents naturels. » Or, non seulement ces derniers sont loin d’être illimités, mais encore leurs composantes vivantes entretiennent des relations complexes avec le milieu. Parmi les autres causes du fourvoiement de l’économie politique figurent sa sur-estimation du modèle monétaire, sa sous-estimation des « déséconomies externes », autrement dit des externalités négatives, et sa fascination pour la croissance. « L’étroite liaison de la vision économique avec l’instrument monétaire restreint son champ de vision au domaine de la circulation de l’argent, qui ne s’emploie qu’entre hommes, donc à l’intérieur de l’organisme social, et ne s’applique point à ses rapports avec la nature. La vision monétaire ne permet de voir les choses qu’à partir du moment où elles entrent dans le système des relations humaines comme marchandises, et aussi longtemps qu’elles conservent ce caractère : avant d’avoir été ainsi perçues, elles sont sans existence économique; sitôt rejetées, elles perdent l’existence économique. »

La thèse centrale de son texte de 1957 ressort de la citation ci-après : « Pour ces raisons, il me semble que l’instruction économique devrait toujours être précédée d’une introduction écologique. Avant de parler de l’organisation des hommes pour l’obtention de biens, il faudrait montrer que ces biens sont obtenus à partir de l’environnement naturel et que, dès lors, l’organisation dont il s’agit est essentiellement une organisation pour tirer parti de l’environnement. » Au fond, il préconisait rien de moins qu’un changement de paradigme faisant de l’économie un prolongement de l’écologie, c’est-à-dire d’une science du Vivant, alors que l’économie de l’environnement tente aujourd’hui encore de réaliser l’inverse. Non seulement « l’économie politique » qu’on enseignait encore en faculté dans les années 1970 n’est pas devenu « écologie politique », mais elle a été dénaturée en se nommant de façon injustifiée « sciences économiques ». Erreur funeste qui nous a entraîné vers une croissance économique hors sol !

* texte paru dans le Bulletin du SEDEIS du 1er mars 1957 sous le titre « De l’économie politique à l’écologie politique », reproduit dans La civilisation de puissance, paru en 1976

source : https://www.catallaxia.org/wiki/Bertrand_de_Jouvenel:Jouvenel,_pionnier_m%C3%A9connu_de_l%27%C3%A9cologie_politique

Les origines historiques de l’écologie politique

Ralph Waldo Emerson dans son manifeste « La nature » (édité en 1836) appelle à réveiller sa sensibilité pour communier avec une nature dont l’homme fait partie et pouvoir ainsi affronter le conformisme. Le concept d’écologie apparaît en 1859 dans le préambule de De l’origine des espèces de Charles Darwin, sous le nom d’« économie de la nature ». Il y décrit les relations entre les prairies de trèfles, pollinisés par les bourdons, et les chats qui mangent les mulots qui eux-mêmes délogent les bourdons de leurs terriers. Le terme écologie en tant que tel est construit sur le grec oikos (« maison, habitat ») et lógos (« discours ») : c’est la science de l’habitat. Il fut inventé en 1866 par Ernst Haeckel, biologiste allemand. Dans son ouvrage Morphologie générale des organismes, il désignait par ce terme « la science des relations des organismes avec le monde environnant, c’est-à-dire, dans un sens large, la science des conditions d’existence ». l’origine de l’écologie est d’essence scientifique, ceux qui font l’étude des écosystèmes s’appellent écologues. A partir du moment où les observations concordantes des biologistes, naturalistes et autres chercheurs montreront la dégradation de la planète, l’écologie entrera en politique : il faut bien prendre des décisions, ne pas se contenter d’observer et comprendre. Rares sont les personnes qui réagissent à la société dominante. On peut certes nommer Elysée Reclus (1830-1905), Henry David Thoreau (La désobéissance civile, 1849) ou même Gandhi (lire son autobiographie, 1925-1929). Plus explicitement précurseur de l’écologie politique, nous pensons à l’ouvrage « La planète au pillage » de Fairfield Osborn (1948). Il faut aussi citer l’ouvrage de la biologiste américaine Rachel Carson sur les ravages du DDT, « Le printemps silencieux » (1962). En France, ce sont les naturalistes qui ont été les premiers à s’inquiéter du dérèglement planétaire. Ainsi Jean Dorst, « Avant que nature meure » (1965).

Dans les années 1960, on ne parle pas encore d’écologie politique en France, c’est le mouvement associatif qui mène seul le combat environnemental. Le livre de Serge Moscovici en 1968 n’est qu’un « Essai sur l’histoire humaine de la nature ». Sa démarche n’est pas politique : « Quelles sont les racines de l’inégalité sociale, de quelle façon peut-on la combattre ? Quelle est la société la plus juste ? Voilà les demandes auxquelles on est pressé de fournir une réponse. » Son livre « De la nature, pour penser l’écologie » est seulement publié en 1976. Notons que le mouvement de mai 1968 ne parlait pas encore d’écologie. Mais au cœur de la contestation de la guerre du Vietnam, le mouvement « Survivre » des scientifiques critiques (devenu Survivre et Vivre à l’été 1971) contribue à l’apparition d’un écologisme d’ultra-gauche. Rassemblés autour d’Alexandre Grothendieck, une poignée de mathématiciens dénonce la militarisation de la recherche et l’orientation mortifère du développement techno-scientifique. De 1971 à 1973, la revue constitue le journal écologique le plus important, atteignant un tirage de 12 500 exemplaires, avant que les éditions du Square ne lancent La Gueule ouverte et le Nouvel Observateur Le Sauvage. Il ne s’agit pas encore d’écologie politique, mais de dénonciation du système. Ce sont les prémices de l’écologie politique. Alain Hervé a été une cheville ouvrière du passage de l’écologie médiatisée à la présence de l’écologie dans l’arène électorale. Il avait fondé en 1970 la branche française des Amis de la Terre et supervisé le hors-série du Nouvel Observateur en avril 1972 : « La dernière chance de la Terre ». À partir de 1973, il dirigeait le mensuel écologique Le Sauvage. Lors de la candidature de René Dumont à la Présidence de la République en 1974, il a été responsable du bureau de presse.

Excepté quelques expériences locales aux élections, l’écologie politique ne devient donc visible qu’à partir de la présidentielle 1974. Et encore, c’est le mouvement associatif qui est maître d’œuvre. Justification : « Plutôt que de chercher à politiser l’écologie Philippe Saint-Marc, animateur du Comité de la Charte de la Nature (signée par près de 300 000 personnes), préconisait à l’époque d’écologiser les politiques en sensibilisant les différents partis aux enjeux environnementaux. Mais en novembre 1973, l’Association des Journalistes-écrivains pour la protection de la nature (AJEPN) organise un débat entre neufs délégués des partis politiques chargés des questions environnementales. D’après Jean Carlier, alors directeur du service des informations à RTL et militant de la protection de la nature et de l’environnement, « ça a été lamentable, sauf un ou deux exemples, des centristes plutôt ». À l’issue de cette réunion, Jean se dit convaincu que les partis politiques ne prendront jamais les enjeux environnementaux au sérieux, à moins d’y être contraints. Le 3 décembre 1973, lors d’une réunion du bureau de l’AJEPN, il propose de présenter un candidat écologiste aux prochaines élections présidentielles qui, selon lui, ne devraient pas tarder du fait de la détérioration de l’état de santé de Georges Pompidou. Ce sera René Dumont. » (extraits du livre de Michel Sourrouille, « L’écologie à l’épreuve du pouvoir », 2016)

Le philosophe Hans JONAS (1903-1993) n’a fait éditer son livre « Le principe responsabilité » qu’en 1979, et ce n’était pas de la politique, c’était de la philosophie. Il n’y a pas là d’écologie politique au sens de politique « politicienne », c’est-à-dire par présentation à des élections. Lors de la présidentielle de 1974, nous sommes en présence d’un programme explicitement écologiste qui sera porté par l’agronome René Dumont. L’action écologique de terrain passe dans le jeu institutionnel. Notons que la structure partisane de l’écologie politique a été encore longue à se mettre en place. Les Verts sont issus en 1984 de la fusion de la confédération écologiste et du parti écologiste, ils ne comptaient que 1700 adhérents à la fin de 1988.