politique

413 milliards pour préparer la guerre

Nous les Humains, nous sommes en « état de guerre permanente ». Des archéologues ont découvert au Kenya les dépouilles des victimes d’un féroce combat, qui s’est déroulé il y a 10 000 ans. Ils étaient un peu moins d’une trentaine, des hommes, des femmes, dont l’une enceinte, et quelques enfants. Morts au combat, ou simplement massacrés. Dans deux anciens cimetières d’environ 9 000 ans en Roumanie, environ un tiers des défunts avaient été atteints par des flèches et autres projectiles. Dans une vallée allemande il y a environ 3200 ans, des ossements et des armes marquent le lieu d’un champ de bataille en Europe pendant la troisième période de l’âge du bronze. Au XXe siècle les massacres localisés ont fait place à deux guerres mondiales. Au XXIe siècle l’Europe connaît encore une guerre fratricide entre Russie et Ukraine. Emmanuel Macron prépare déjà la prochaine guerre.

Emmanuel Macron le 20 janvier 2023 : « Nous devons avoir une guerre d’avance, tirer les conséquences de ce que notre époque porte en germe …La modernisation des têtes nucléaires), des vecteurs (missiles) et des porteurs (Rafale et sous-marins nucléaires lanceurs d’engins est amorcée depuis le début des années 2000 pour être effective à l’horizon 2030-2040…Nous augmenterons nos capacités dans toutes les couches de la défense aérienne d’au moins 50 %,... »

Que du classique, dès 1960 plus de la moitié des crédits militaires étaient dédiés à la dissuasion nucléaire.

Nous les Terriens, nous devons penser autrement que Macron. Le meilleur compromis entre l’armée et le principe essentiel de sobriété ne se situe pas dans l’augmentation des dépenses militaires, mais dans le principe « si tu veux la paix, prépare la paix ». Nous pouvons constitutionnaliser un renoncement à la guerre comme l’a fait le Japon au sortir de la Seconde Guerre mondiale (article 9 de la Constitution adoptée en novembre 1946).

Nous pouvons aussi mettre les forces militaires de la France au service de l’ONU. Les Casques bleus de l’ONU, c’est un budget limité. Le chef des opérations de maintien de la paix avait invité les pays du Nord lors de l’assemblée générale de septembre 2015 à augmenter leur contribution en troupes, en vain. Pourtant les missions de l’ONU deviennent encore plus complexes. De maintien de la paix (peacekeeping), on s’oriente vers une forme d’engagement « multidimensionnel » pour la construction de la paix (peacebuilding) : désarmer les combattants, reconstruire les institutions, promouvoir les réformes, réconcilier les peuples.

Un président d’envergure internationale mettrait les forces armées françaises à disposition de l’ONU. La France ne chercherait plus à préserver une défense armée nationale, elle serait directement partie prenante d’une instance internationale ayant pour objectif premier le maintien de la paix et de la sécurité dans le monde.

Notre pays pourrait ainsi assurer d’une façon indirecte sa propre sécurité : pourquoi attaquer un pays qui se veut le garant de la paix universelle ?

Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphere

Guerre à la planète, et le seul ennemi c’est nous-même

état de guerre, la planète ne négocie pas

écologie de guerre, guerre à l’écologie

Le coût écologique exorbitant des guerres

La guerre comme infanticide différé

Pauvreté, guerre et surpopulation sont liées

EFG, Epidémie, Famines, Guerres… normal

Bloquer le pays pour la retraite, c’est non ?

Des manifestations pour le climat interdites, des blocages de la vie en commun par des centaine de milliers de manifestants autorisés. Deux poids deux mesures ! Le climat, on s’en fout, la retraite y‘a que ça de vrai. Alors que l’Australie subit de plein fouet les effets du dérèglement climatique, plusieurs des ses États australiens ont adopté un arsenal juridique répressif menaçant le droit de manifester des militants écologiste. Par exemple quinze mois de prison infligé pour avoir bloqué partiellement et pendant vingt-cinq minutes en 2022 la circulation sur le principal pont de Sidney. En Angleterre, on suit la même voie !

Cécile Ducourtieux : Adopté en 2022, le Police, Crime, Sentencing and Courts Act introduisait déjà une infraction spécifique, dite « de nuisance publique », autorisant la police à réprimer les manifestants faisant « trop de bruit » et augmentant les peines pour les « obstructions de voirie » (pouvant aller jusqu’à de la prison ferme). Le Public Order Bill prévoit de considérer comme des crimes les « blocages » et « interférences » avec les infrastructures nationales clés. Le gouvernement conservateur britannique a introduit, le 16 janvier 2023 un amendement renforçant le caractère déjà répressif de ce texte, qui vise explicitement à entraver les actions radicales mais pacifistes des militants environnementaux qui ont multiplié les blocages de routes, autoroutes ou ponts ces dernières années au Royaume-Uni. Le texte permet aux policiers d’agir préventivement et d’arrêter des militants avant même qu’ils soient passés à l’action, « Le droit de manifester est un principe fondamental de notre démocratie, mais il n’est pas absolu. Un équilibre doit être trouvé entre les droits des individus et les droits de la majorité des travailleurs à vaquer à leurs occupations quotidiennes », a expliqué le premier ministre, Rishi Sunak.

Le point de vue des écologistes

Les gouvernements nous mènent au désastre et peu de personnes sont en mesure de le proclamer. Le 18 janvier 2023 à Davos, l’ancien vice-président américain et Prix Nobel de la paix, Al Gore s’emporte : les dirigeants politiques manquent d’ambition, les jeunes Allemands ont raison de s’opposer à l’extension des mines de charbon, la Banque mondiale échoue gravement. Et, symbole absolu de l’échec actuel, la nomination du patron de la compagnie pétrolière des Emirats arabes unis comme président de la COP28, la prochaine conférence des Nations unies sur le changement climatique. « On ne peut pas laisser les compagnies pétrolières et les Etats pétroliers nous dicter leur rythme, c’est maintenant qu’il faut agir. » La salle se lève, surtout des jeunes, c’est l’ovation.

Mais c’est uniquement symbolique, les émissions de gaz à effet de serre continuent d’être soutenues par tous les gouvernements. Ainsi Downing Street a validé, en 2022, la délivrance d’une centaine de licences d’exploitation d’hydrocarbures en mer du Nord et même autorisé, en décembre, l’ouverture d’une mine de charbon dans le comté de Cumbria.

Nous constatons que le pouvoir d’achat et la retraite font bouger les foules, mais que l’urgence écologique ne sensibilise que quelques militants. Pourtant c’est sur eux que la répression s’abat au lieu de s’abattre sur la voiture individuelle et les dépenses superflues. Le mouvement luddite au début du XIXe siècle nous a déjà montré qu’un gouvernement préférait la croissance thermo-industrielle à la vie humaine en allant jusqu’à punir de la peine de mort quiconque brisait une machine dans une manufacture.

Pour en savoir plus grâce à notre réseau biosphere

La révolte luddite, briseurs de machine à l’ère de l’industrialisation de Sale Kirkpatrick (1995)

Face au monstre mécanique (une histoire des résistances à la technique) de François Jarrige (2009)

Les luddites en France (résistance à l’industrialisation et à l’informatisation), Cédric Biagini et Guillaume Canino (2010)

Les Luddites ne se révoltaient pas contre toute technologie, mais contre celles qui laminaient leurs modes de vie et de travail, brisant irrémédiablement les liens familiaux et communautaires.  Ils avaient leur chant de guerre :

Notre vaillant Ludd ne goûtait guère la violence

Jusqu’au jour où si grande était sa désolation

Qu’enfin il se révolta pour sa juste défense

Et entreprit de nobles actions.

Bientôt la retraite à 75 ans, normal !

Emmanuel Macron se heurte à une très forte contestation sur le dossier des retraites. Après les manifestations – fin 2019 et début 2020 – contre son projet de régime universel de pensions, finalement abandonné, c’est le relèvement à 64 ans de l’âge légal de départ à la retraite qui soulève des vents contraires. Première journée nationale d’action ce 19 janvier 2023, les slogans fleurissent : “du boulot à l EHPAD” ou “la retraite pas l’arthrite” et « retraite nous ne voulons pas passer notre vie à la gagner »

Mais nous ne sommes plus en 1936 ou en 1968, la fin de société thermo-industrielle rebat complètement les cartes, les retraites n’ont pu être généreuses que grâce à des millions de tonnes d’or noir utilisées depuis plus d’un siècle.

 Chers manifestants, votre mobilisation aujourd’hui contre la réforme des retraites contraste avec l’absence presque indécente de mobilisation pour le problème infiniment plus grave qu’est pour notre génération future la crise climatique. Tout semble se passer comme si celle-ci n’existait pas vraiment pour vous, comme si nous allions vivre une vie similaire à la vôtre, comme si vous croyiez qu’en vous battant pour les retraites, c’est aussi notre avenir que vous garantissez. Qui d’entre les jeunes est assez naïf pour s’attendre à prendre sa retraite vers 2070 dans un monde à + 5 degrés ? Dans une Terre « étuve », il sera de plus en plus difficile de vivre. Pourquoi ne faites-vous pas massivement grève pour le climat ?

Pour en savoir plus grâce aux prospectivistes

John Michael Greer : « La coutume de la retraite a été le résultat de l’ère de l’abondance. Pendant une brève période, moins d’un siècle, les pays riches ont considéré qu’il était rationnel de payer les aînés pour qu’ils quittent le marché du travail afin de maintenir le chômage à un niveau acceptable politiquement. Tout cela découlait d’une économie industrielle qui débordait d’énergie à faible coût, qui facilitait le remplacement de la main d’œuvre par des machines et qui cherchait sans cesse de nouveaux marchés lucratifs, dans ce cas-ci l’industrie de la retraite. Mais avant cette période, un peu moins de la moitié de toute l’activité économique était le fait de l’économie de marché. La plupart des femmes et beaucoup d’homme trop vieux pour occuper un emploi régulier travaillaient dans l’économie domestique où les échanges familiaux l’emportaient sur les forces du marché. Tous ceux qui auraient eu droit à la retraite, selon nos standards actuels, y participaient. La fin de l’énergie abondante et bon marché signifie que de telles économies domestiques redeviendront nécessaires. On aura intérêt à garder les personnes âgées à la maison pour contribuer aux tâches et n’aura plus intérêt à les mettre à l’écart dans une oisiveté souvent confortable…. Si vous êtes comme moi à plus de trente ans de la retraite, oubliez le financement de la retraite, vous ne la prendrez probablement jamais. Si vous avez une grande famille avec laquelle vous vous entendez bien, vous gagnerez votre place en s’occupant des petits et du potager… » (La fin de l’abondance, l’économie dans un monde post-pétrole)

Jean- Marc Jancovici  : « Ce que nous appelons « création de richesses » n’est en fait qu’une transformation de ressources naturelles, et tout notre système économique ne consiste qu’à utiliser ces ressources pour en faire autre chose… Enseignants, informaticiens, chercheurs, retraités et vacanciers sont tous des enfants de l’énergie abondante à prix décroissant : rien de tout cela ou presque n’existe dans les pays où l’énergie reste un luxe… Retraites et études longues sont « assises » sur des consommations d’énergie importantes… La contrainte sur l’approvisionnement énergétique futur, qui va venir contrarier la productivité physique de manière forte, aura pour conséquence que le niveau relatif des retraites baissera, et que l’on va probablement pour partie revenir à un système de gestion des personnes âgées économe en énergie, c’est-à-dire… les garder chez leurs enfants. La question n’est pas de savoir si cette organisation est désirable ou non. Les bons sentiments sans kilowattheures risquent d’être difficiles à mettre en œuvre ! » (Changer le monde, tout un programme)

Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphere

Grève des retraites ou grève du climat ? (2020)

Retraites : ce qu’en disent les écologistes (a)variés (2013)

Martine Aubry, la retraite et l’écologie (2011)

Tout savoir sur la sobriété démographique

Compte-rendu d’une récente table ronde qui a réuni Michel Sourrouille, Laure Noualhat, Gilles Pison, Hélène Soubelet et Emmanuel Pont.

La totalité de cette conférence-débat (2 heures) est sur youtube grâce aux JNE

https://www.youtube.com/watch?v=24cyH_hEhdw

Voici le script de l’intervention de Michel Sourrouille.

Table ronde du 12 janvier 2023 à l’Académie du climat (Paris) organisée par l’association des Journalistes-écrivains pour la nature et l’écologie (JNE) :

 Sobriété : et si on parlait de démographie ?

L’animatrice des JNE, Carine Mayo, avait structuré le débat autour de trois questions, chacun des 5 intervenants ayant la parole cinq minutes à chaque fois.

1) Y a-t-il trop d’humains sur terre ?

Je suis né en novembre 1947, nous étions 2,3 milliards. Le 15 novembre 2022, nous sommes passé à 8 milliards. Sur 75 ans, cela correspond à un accroissement annuel de 76 millions d’êtres humains. Je ne prêtais aucune attention à cette évolution démographique, vivant ma vie à mon échelle. Naître dans un monde surpeuplé, c’est s’y habituer.

Mais, faisant des études de sciences économiques et devenant militant, j’ai été amené à m’intéresser à la problématique démographique dans les années 1970. J’ai vécu les débuts de l’écologie politique et étudié 4 évènements consacrés à la question démographique. D’abord la Bombe « P » de Paul Ehrlich publié en 1971 en France. Il y avait explosion de la Population et on devait réagir. L’année suivant le rapport sur les limites de la croissance a fait grand bruit. L’évolution exponentielle de cinq variables en interactions (population, alimentation, industrie, pollution et ressources non renouvelables) faisait prévoir un effondrement socio-économique au cours du XXIe siècle si on n’allait pas vers la croissance zéro. Conscientisé par ces connaissances, j’ai voté pour la première fois de ma vie à la présidentielle de 1974. Le candidat et agronome de renom René Dumont présentait un programme écologiste d’avenir et un projet de réduction de la natalité. La préoccupation démographique avait acquis une telle importance à l’époque que s’est tenu la première Conférence internationale sur la population à Bucarest. Nous étions déjà 4 milliards.

J’avais définitivement intégré l’idée de la surpopulation humaine. Car avec 8 milliards aujourd’hui, le poids du nombre ne pouvait être allégé. Tous les indicateurs sont au rouge, les scientifiques le constatent : réchauffement climatique, 6e extinction des espèces, pic des combustibles fossiles et pic des métaux, etc. L’équation IPAT montre qu’il ne va pas être facile de revenir à une situation d’équilibre. L’impact environnemental, noté I, est le produit de trois facteurs : la taille de la Population (P), les consommations de biens et de services (A pour « Affluence » en anglais) et les Technologies utilisées pour la production des biens (T). Si l’on regarde ce qui se passe réellement, on constate que le taux annuel de la croissance de la population mondiale est de 1 % et le taux de croissance du PIB en moyenne de 3 %. Considérons pour simplifier que T est égal à 1, alors l’impact environnemental augmente de 4 %  environ. Or il faudrait pour résoudre uniquement le problème du réchauffement climatique diviser par 4 ou 5 nos émissions de gaz à effet de serre. Toute croissance, économique ou démographique est incompatible avec cet objectif.

Il est donc nécessaire d’opter pour la sobriété démographique, ce qui n’empêche pas de promouvoir aussi la sobriété dans le mode de vie.

2) Opter pour une sobriété en matière de démographie, est-ce un bon moyen de réduire notre empreinte écologique ?

Jusqu’à récemment, faute de mieux j’utilisais le mot « décroissance ». Or l’idée de « sobriété » s’impose aujourd’hui aux esprits. Décroissance est de l’ordre du quantitatif et du fatalisme, sobriété correspond mieux à une valeur, c’est l’expression d’un volontarisme. Par exemple l’association France-Nature-Environnement nous souhaite pour 2023 une année « sobre et heureuse ». Mais elle rajoute que c’est nécessaire pour éviter une sobriété « contrainte ». Je développerai cet aspect en 3ème partie. Il existe différentes sobriétés, énergétique, alimentaire, partagée…, on peut aussi parler de sobriété démographique. Cette attitude est déjà présente dans « Essai sur le principe de population » de Thomas Robert MALTHUS,  dont la première ébauche date de 1798.

Malthusien est devenu un terme de notre dictionnaire. Il est préférable de se dire malthusien (des naissances d’accord, mais en fonction des possibilités du milieu environnant), plutôt qu’antinataliste, opposé en toutes circonstances à la natalité. Le terme Malthusien est explicatif, le mot antinataliste en reste au quantitatif. La loi de Malthus est incontournable. La fécondité humaine a une tendance naturelle à suivre une évolution exponentielle, un doublement tous les 25 ans en moyenne (1, 2, 4, 8, 16…). La production agricole, soumise à la loi des rendements décroissants, ne peut au mieux que suivre une évolution linéaire (1, 2, 3, 4, 5…). En conséquence il y a un décalage croissant qui implique qu’on ne peut se contenter d’améliorer la productivité agricole si on ne maîtrise pas en même temps l’expansion démographique.

Malthus peut donc être considéré comme un précurseur de l’écologie en tant que recherche de l’équilibre entre l’humain et son milieu de vie. En termes contemporains, un système socio-économique doit rester compatible avec les possibilités de notre écosystème, la Terre. En 1970 la situation était en équilibre mais les spécialistes s’inquiétaient déjà à l’époque de la surpopulation. Or, selon le calcul de l’empreinte écologique, en 2023 il nous faudrait 1,75 Terre pour régénérer ce que l’humanité consomme en termes de surface. On est en train de dilapider le capital terrestre au lieu de vivre de ses fruits. Le « Jour du dépassement » a eu lieu au niveau mondial le 28 juillet 2022. Si l’ensemble de l’humanité vivait comme des Français, il faudrait même 2,9 planètes, ce qui est impossible ; notre niveau de vie n’est pas généralisable. Il y a une finitude de notre planète dont il faudrait bien prendre acte politiquement. Notez que cet indicateur est très anthropo-centré, on part du principe que les biocapacités sont entièrement dédiées à la seule survie des humains sans considération de la biodiversité.

En conséquence, il nous faut collectivement devenir à la fois écologiste ET malthusien pour essayer de préserver le sort des générations futures, il nous faut agir.

3) Une politique en faveur de la baisse de la démographie est-elle réalisable et souhaitable ?

Une politique malthusienne de maîtrise de la fécondité est plus que souhaitable, c’est absolument nécessaire, on ne peut y échapper. Malthus indiquait clairement ce qu’il fallait penser des solutions à la surpopulation : « Si on n’applique pas des obstacles préventifs à l’exubérance de la fécondité humaine, alors des obstacles destructifs (guerres, famines, épidémies…) provoqueront l’effondrement. » En d’autres termes, si on ne diminue pas volontairement la population humaine, elle sera de toute façon réduite de façon radicale et forcée puisqu’on aura laissé libre cours à la violence de la nature et des humains…

Le rapport de 1972 sur les limites de la croissance indiquait que face à une évolution exponentielle de la population, il n’y a que deux façons de rétablir l’équilibre : ou abaisser le taux de natalité, ou il faudra bien que le taux de mortalité augmente à nouveau. Toute société qui tient à éviter un accroissement brutal de ce taux de mortalité doit prendre des mesures délibérées pour contrôler le fonctionnement de la boucle positive : réduire le taux de natalité : «  En d’autres termes, nous demandons que le nombre de bébés à naître au cours d’une année donnée ne soit pas supérieur au nombre de morts prévisibles la même année. » On envisageait donc une croissance zéro de la population alors que la population comptait 4 milliards d’humains. Avec le double aujourd’hui, il nous faut en toute logique mettre en œuvre une diminution.

Une politique en faveur de la baisse de la démographie est réalisable, mais plus on attend, plus il sera difficile d’agir. Il y a inertie de la croissance économique comme de la croissance démographique, ralentir la course à l’abîme aurait du être initié dès les années 1970. Il faut donc considérer un engagement  très volontariste, à la fois individuel, politique et associatif. Personnellement j’ai fait un choix éclairé de fécondité en acceptant un avortement en 1973 (avant la loi sur l’IVG) et en n’ayant qu’un seul enfant biologique. D’autres vont plus loin en restant sans enfant après une contraception définitive pour des raisons particulières ou de plus en plus écologiques. Une politique démographique repose avant tout sur le libre choix (pro-choice) des femmes et des couples. Une naissance doit être désirée. 50 % des grossesses ne sont pas planifiées soit près de 121 millions de femmes. En définitive 60 % de ces grossesses non intentionnelles aboutissent à un avortement, soit au total 30 % de l’ensemble des grossesses.

Pour que la décision de procréation soit exercée en toute connaissance de cause, l’État doit assumer son rôle éducateur. Au sortir des écoles, un jeune citoyen ne doit plus ignorer aucun des aspects de la question démographique, vie sexuelle, égalité de sexes, méthodes de contraception, relation entre population et alimentation, capacité de charge d’un territoire, etc. La politique fiscale en matière d’allocations familiales doit être repensée. N’oublions pas que la France a été anti-malthusienne depuis les lois de 1920 réprimant contraception et avortement. On est allé jusqu’à prévoir la peine de mort pour quiconque contribue à un avortement, une femme et un homme ont été exécuté pendant la seconde guerre mondiale. L’INED (Institut national d’études démographiques) avait lors de sa création en 1945 un objectif nataliste. L’avortement a été interdit jusqu’en 1974, la propagande antinataliste a été interdite jusqu’en 1992. On met en épingle l’Inde et les avortements fortement « conseillés » par le gouvernement d’Indira Gandhi. Mais aujourd’hui 37,9 % des femmes mariées et en âge de procréer ont volontairement choisie la stérilisation. Soyons réalistes, pas dogmatiques ni autoritaires.

Entre l’individu et l’État, il y a l’action des associations. En août 2021 a été crée une « Alliance Européenne pour une Population Soutenable » regroupant différents mouvements abordant le thème de la surpopulation. On constate aujourd’hui que seule en France « Démographie Responsable » a pour objet d’œuvrer pour la stabilisation de la population humaine et sa diminution sur le long terme. Les Amis de la Terre avaient traduit et publié « la bombe P » en 1971, ils ont oublié cette origine. Greenpeace fait une fiche sur la surpopulation, il traite les malthusiens de « racistes » !

A cette table ronde du 12 janvier 2023, sur 5 intervenants je suis le seul à constater le poids du nombre et la nécessité d’agir. Mais si on ignore les contraintes biophysiques, cela ne peut que nous conduire au désastre.

Pour agir avec l’association Démographie responsable

https://www.demographie-responsable.org/

Pour en savoir plus

un livre de Michel Sourrouille

Alerte surpopulation – Le combat de Démographie Responsable

à acheter auprès de son libraire de proximité,

ou à commander à la FNAC

https://livre.fnac.com/a17437174/Michel-Sourrouille-Alerte-surpopulation

On pourrait ne pas y croire, mais c’est vrai

  • Les humains sont désormais plus nombreux sur Terre que les rats et les autres mammifères. Une dizaine de jours après l’annonce de l’ONU du passage aux 8 milliards d’êtres humains, le quotidien hongkongais South China Morning Post a publié une infographie. Le document compare la population humaine à celles des mammifères les plus présents sur Terre, comme les rats, les chiens, les chats ou encore les bovins. La population humaine est donc désormais la plus importante à l’échelle mondiale, devant celle des rats qui est estimée à 7 milliards d’individus. Loin derrière, nous retrouvons les bovins (1,5 milliard), les ovins (1 milliard), les chiens (900 millions), les porcs (780 millions) et les chats (440 millions). Très drôle.
    • ExxonMobil était parfaitement au courant du réchauffement climatique. Les recherches menées par les scientifiques recrutés par l’entreprise étaient « solides », et lui ont permis, dès 1977, de prendre la mesure du réchauffement planétaire causé par les activités humaines.Ils avaient ainsi évalué que le réchauffement serait d’environ 0,20 °C par décennie et correctement estimé le budget carbone dans le cas d’un scénario de réchauffement limité à 2 °C. L’entreprise pétrogazière a fait l’objet ces dernières années de nombreuses auditions publiques au Congrès américain et au Parlement européen à cause de son déni du changement climatique. Très très drôle.
      • Aux Emirats arabes unis, l’information n’émeut personne. Sultan Al-Jaber, PDG du groupe Adnoc (Abu Dhabi National Oil Company, dont l’objectif est de produire 5 millions de barils par jour en 2027) est chargé de diriger la COP28 qui aura lieu en fin d’année dans la capitale de cet État du golfe Arabo-Persique. En clair, l’un des plus gros émetteurs de CO2 de la planète aurait pour mission de coordonner les échanges entre une centaine de chefs d’Etat dans le but explicite d’en émettre beaucoup moins. Vraiment très drôle.
  • A Berne, Albert Rösti  a pris ses nouvelles fonctions de conseiller fédéral (ministre) le 1er janvier 2023. Il dirige désormais le puissant Département fédéral de l’environnement, des transports, de l’énergie et de la communication, un super-ministère que d’aucuns considèrent comme le plus puissant du gouvernement suisse, qui n’en compte que sept. Pourtant M. Rösti avait notamment représenté pendant plusieurs années au Parlement suisse Swissoil, qui fédère les négociants en combustibles. Député influent, il était aussi le porte-parole des intérêts nucléaires, des concessionnaires automobiles et du transport routier. Maintenant Rösti devra soutenir la nouvelle loi climatique visant la neutralité carbone de la Suisse en 2050. Or son parti a déposé le 9 janvier les 80 000 signatures qui obligeront les autorités à tenir prochainement un référendum contre ce projet de loi. Coauteur originel du texte du référendum ? Un certain Albert Rösti. Toujours plus drôle.

L’urgence écologique entraîne la désobéissance civile

Aujourd’hui la première caractéristique de la désobéissance civile, c’est d’être mis au profit d’une cause nouvelle, la défense de l’environnement : actions de Greenpeace, faucheurs volontaires d’OGM, blocages de ponts de Londres par Extinction Rebellion, grèves scolaires pour le climat, etc. Ces mouvements ont désormais une dimension internationale, du fait des réseaux sociaux, qui permettent une circulation instantanée des informations, mais aussi parce que les conséquences du réchauffement climatique s’exercent à l’échelle planétaire.

Manuel Cervera-Marzal nous explique l’origine de la désobéissance civile : «  L’Américain Henry David Thoreau (1817-1862) a écrit  : « en cas de conflit entre ce que me dit ma conscience et ce que me dit la loi, je dois obéir à ma conscience… sous un gouvernement injuste, la place d’un homme juste est en prison ; etc. » Publié à compte d’auteur en 1849 sous le titre Résistance au gouvernement civil, cet opuscule influencera Gandhi et Martin Luther King.

L’activisme de Gandhi pour l’indépendance de l’Inde présente deux différences ­notoires avec Thoreau : il doit être collectif, voire massif, et il doit se fonder sur l’ahimsa (non-violence) – ce que ne spécifiait pas Thoreau.

Dans les années 1950, Martin Luther King aura lui aussi recours à la désobéissance civile pour lutter contre la ­ségrégation raciale. Mais à la différence de Gandhi, c’est dans une démocratie qu’il appelle à désobéir, dans un pays où ont lieu des élections régulières – ce qui soulève des questions de légitimité auxquelles le pasteur répondra, notamment dans sa Lettre de la prison de Birmingham (1963). Les lieux et les modalités des manifestations sont soigneusement choisis afin d’aboutir à des confrontations spectaculaires avec les autorités. Les sit-in organisés dans les restaurants, les écoles ou les églises réservées aux Blancs mobilisent plusieurs milliers de personnes, l’idée sous-jacente étant de saturer les prisons.  »

synthèse, Le pourquoi de la désobéissance civile

Sur ce blog biosphere, nous suivons l’action des désobéissants depuis longtemps, entre autres :

26 janvier 2019, Action directe, en stage… et en application scolaire

2 juin 2018, Violer une centrale nucléaire, une très bonne action ?

11 avril 2018, Scènes de batailles à NDDL, un combat d’arrière-garde

15 novembre 2016, Les écoterroristes, une invention des anti-écolos

3 juin 2016, Procès d’un militant anti-pub, anti-démarchage téléph

22 mai 2014, La désobéissance s’apprend, savoir déterminer l’injuste

14 février 2013, Les Khmers verts et autres Ayatollah de l’écologie

26 juin 2012, Devenons casseurs de pub, soutenons les déboulonneurs

24 janvier 2012, Devenir activiste avec Greenpeace

4 octobre 2011, fauchage des OGM, obscurantisme ou démocratie ?

14 septembre 2011, appel à la désobéissance généralisée

17 septembre 2010, ne pas confondre désobéisseur et désobéissant !

7 novembre 2007, desobeir.net

29 avril 2007, Collectif des déboulonneurs

* LE MONDE du 9 février 2019, Manuel Cervera-Marzal : « La désobéissance civile est une histoire aussi vieille que l’humanité elle-même ! »

Donnez à RAP pour réduire vos impôts

Depuis 30 ans, R.A.P. (résitance à l’agression publicitaire) lutte contre le système publicitaire sans relâche et avec détermination.Grâce à votre soutien, nous pourrons mieux entamer les batailles à venir contre la pub en 2023.

Je fais un don

Le 20 juin 1992, une trentaine de personnes créaient R.A.P. en réponse à un appel intitulé La Publicité en cause, appel à la résistance. Ces personnes se sont réunies pour répondre à plusieurs objectifs dont l’idée de jeter les bases d’une « action culturelle de grande ampleur à la Gandhi ».

Depuis, les actions créatives et non violentes de R.A.P. se sont multipliées. Nous défendons la sobriété, ainsi que la liberté de réception. Nous nous opposons au diktat consumériste que la publicité impose par le biais de nos boîtes aux lettres, de l’affichage, du cinéma et des médias. Nous plaidons pour une plus grande régulation de l’affichage extérieur et de la diffusion publicitaire. Aujourd’hui, nous poursuivons cette lancée avec nos groupes locaux, mais aussi au niveau national et international avec plusieurs coalitions.

AGISSONS POUR LA SOBRIÉTÉ PUBLICITAIRE

Aujourd’hui, nous agissons sur 3 fronts pour dire stop :

aux écrans publicitaires : nous avons lancé une pétition avec d’autres organisations pour demander à M. Macron que ces dispositifs soient éteints. Il est en effet incohérent d’exiger plus de sobriété et de laisser ces dispositifs allumés. Cette pétition a récolté plus de 50 000 signatures ! 

à la publicité climaticide : nous avons mené une mobilisation internationale Stop Pub Fossiles et nous poursuivons aujourd’hui cette dynamique avec une campagne pour l’interdiction des publicités pour les voitures.

au sexisme dans la publicité : avec la relance de l’Observatoire de la Publicité Sexiste dont le nouveau rapport, en cours de rédaction, mettra en évidence le leurre de l’auto-régulation.

VOTRE DON CHANGE LE SYSTÈME !

Grâce à vous, notre action culturelle gagne de l’ampleur dans sa capacité à changer le système. Renouveler dès aujourd’hui votre adhésion par un don nous permettra d’engager en 2023 les moyens nécessaires pour sortir du système publicitaire.

Je fais un don

Vos dons bénéficieront d’une réduction d’impôts de 66 % sur vos revenus 2022 ;

ne manquez pas de répondre avant le 31 décembre 2022 pour recevoir votre reçu fiscal avant votre prochaine déclaration d’impôts.

Identitaires … et Vert écolo

L’effondrement de la biodiversité les alarme autant que l’immigration. En rupture avec les positions climato-sceptiques de leur camp, des militants d’extrême droite disputent à la gauche le monopole de la défense de l’environnement. Plutôt « Marion » (Maréchal) que « Greta » (Thunberg), ils se revendiquent de l’« écologie profonde », mouvement qui appelle à transformer le rapport de l’homme à la nature, de l’« écologie intégrale », d’inspiration catholique, ou du « localisme »…

Quelques points de vue sur lemonde.fr

wotan : Excellent dossier du MONDE rappelant que l’écologie trouve aussi ses fondements dans les thèses développées à l’extrême droite , voire à l’ultra-droite. Le GRECE fut dès les années 70 la revue prônant l’écologie en opposition à la société marchande , au capitalisme , à la finance mondialisée et Alain de Benoit s’est progressivement orienté vers la décroissance. Outre les excellents revues citées, Eléments, Terre et Peuple qui prône une écologie plus radicale , Krisis et surtout Nouvelle Ecole ont consacré des numéros à l’écologie se fondant sur la philosophie. A l’ultra gauche , la remarquable revue l’Encyclopédie des Nuisances dans les années 80 a développé une approche radicale , post situationniste, d’une écologie originale et très critique à l’égard des partis écolos partis à la soupe. Les approches développées dans cet article sont aux antipodes de l’écologie à 2 balles des Verts , supplétifs de la société marchande et très pauvres sur le plan intellectuel.

Fchloe : L’écologie n’est ni de gauche, ni de droite. Vous le vérifierez quand vous mourrez de soif, de faim… Certains le vivent déjà ailleurs !

AB24 : Le monde était plus lisible quand il est binaire, finalement… Tous les repères volent en éclat, décennie après décennie. Et nous avons aujourd’hui une extrême droite banalisée, une extrême gauche caricature d’elle-même, une droite siphonnée, etc.

le sceptique : Faut quand même rappeler qu’il y a toujours eu une écologie (ou une pré-écologie) de droite, dans les milieux bourgeois et aristocratiques du 19e siècle, avec des thèmes comme la haine de la ville, de l’industrie, de la modernité, de la massificiation, du rationalisme, l’éloge des petites communautés terriennes et des enracinés, le goût pour des notions comme l' »ordre naturel » (face à l’artificiel des émancipations) ou l’ « organique » (face au nivellement mécanique), la recherche du « sain » (face au malade ou décadent).

Dupapont : Je suis écologiste de gauche, mais je ne vois pas comment on peut nier que l’écologie est historiquement plutôt issue d’une matrice conservatrice, et clairement anti communiste. Marx se revendiquait prométhéen, et à peu prés toute la gauche a suivi jusqu’à peu.

JackBarto : En mème temps, quand on voit l’hystérique Rousseau, on se dit que ce serait criminel de laisser le monopole de l’écologie a des gens comme ça…

ConstantinXI : Je suis écologiste parce qu’antilibéral. Ce qui m’étonne toujours c’est que la gauche puisse défendre l’écologie alors que c’est foncièrement et radicalement une notion conservatrice. Toute la culture anti moderne réactionnaire et illibérale depuis le XIXe siècle est écologiste et je m’étonne que les partisans du libéralisme et du progrès ne comprennent pas qu’ils sont en train de paver la voie à des écologistes illibéraux. Aujourd’hui je me prépare à construire une maison autonome en eau, électricité, potager, poules, animaux, mais aussi munitions…Les sociétés multiethniques dans un contexte de raréfaction écologique et d’épuisement des ressources finira par imploser, et survivront les plus préparés et déterminés.

Philémon Frog : On peut escompter que, dans une dizaine d’années, la totalité de la jeune génération sera écologiste, quels que soient les engagements politiques, vu les évènements climatiques auxquels elle va être confrontée. D’ailleurs, que les plus de 30 ans ne le soient pas tous passe encore, car il est difficile de changer sa façon de penser. C’est toute la génération montante qui devrait d’ores et déjà être passée à l’écologie. Ceux qui ne l’ont pas fait sont des ignorants et ils ne peuvent être que là où ils sont sur l’échiquier politique.

jan aimar : pas facile de reconnaître que la gauche a perdue le monopole de la raison…

Nature « criminelle » de la thermo-industrie

A force de traiter les écolos de criminel ou de terroriste, on en oublie le sens des mots, qu’on vide totalement de toute signification. Et surtout on fait semblant de voir de la violence là où il n’y a que saine action de militants contre la violence de notre société croissanciste basée sur les énergies fossiles.

Thomas Wieder : Criminel. Tel est l’adjectif utilisé par le parquet de Neuruppin (Brandebourg), à l’origine des perquisitions conduites chez onze militants de Letzte Generation « soupçonnés de former ou de soutenir une organisation criminelle ». En cause : les actions menées contre la raffinerie de Schwedt-sur-Oder. Les membres sont parvenus, à plusieurs reprises, à couper le robinet du pipeline qui l’alimente en pétrole. Le chef de file des conservateurs bavarois a évoqué une « RAF du climat », dressant un parallèle avec la Fraction armée rouge (RAF), groupe terroriste d’extrême gauche accusé d’avoir tué une cinquantaine de personnes. Le ministre des finances, qui préside le Parti libéral-démocrate (FDP), a dénoncé des « incendiaires » au comportement digne d’une « société autoritaire ». Mais la ministre de l’environnement, Steffi Lemke, a déclaré qu’il est « absolument légitime de manifester pour ses convictions, y compris en pratiquant la désobéissance civile ».

Le point de vue des écologistes

Soteria : Comparer des actions de désobéissance civile non-violente – qui peuvent certes être délictuelles mais n’ont jamais attenté à des personnes et n’ont rien de criminel – aux attentats meurtriers de la RAF, ça en dit long sur ceux que cela dérange.

Lee Pampeast : Si la désobéissance civile est du terrorisme, il faut vite déboulonner les statues des Gandhi, Luther King, ou Mandela, qui l’ont activement pratiquée.

Michel SOURROUILLE : Où sont vraiment les criminels ? Ce n’est plus seulement nos guerres imbéciles qui interpellent, mais aussi l’extinction des espèces, les chocs pétroliers, les émissions de gaz à effet de serre, le réchauffement climatique, etc. Comment lutter sur une planète qui brûle ? Comment lutter contre un système techno-industriel qui soutient le capital fossile ? Comment faire réfléchir une population cernée par des moteurs thermiques ? Des militants, en s’attaquant à un complexe pétrolier, ne font que réagir à la violence de la société thermo-industrielle. Leur contre-violence est légitime, dire le contraire est criminel.

Max21 : Le dérèglement climatique tue, la pollution tue, la pauvreté tue, la guerre tue, le patriarcat tue… Qui sont les criminels ?! Les activistes non violents qui tentent d’attirer l’attention sur un sujet relégué autant que possible ???

Philémon Frog : Le 1er crime c’est le destruction de notre environnement, l’impact dramatique sur tout le Vivant, y compris sur la vie dans les sociétés humaines. Le 2nd crime c’est de le savoir et de ne rien faire. Le 3ème crime c’est de chercher à nier ses propres responsabilités en essayant de trouver des contre-feux et de chercher à retourner sa propre faute contre ceux qui la dénoncent. L’idée qu’il faille attendre qu’une génération passe pour que la lutte contre le réchauffement s’engage vraiment devient insupportable car il sera bientôt trop tard pour sauver autre chose que le minimum.

Castanea : Notre génération et celles qui l’ont précédée ont rendu la planète définitivement invivable pour les générations futures. Il reste très peu d’années pour agir… les dés sont jetés. Après cela, comment s’étonner que des mouvements se radicalisent ? Mais non seulement ce n’est qu’un début, mais c’est parfaitement LEGITIME. Un peu de recul, les amis, encore un peu, et beaucoup en sont encore bien loin : il serait grand temps de réagir, notre immobilisme, lui, est bel et bien CRIMINEL ! Et certainement pas ceux qui tentent par tous les moyens de réagir. Car il n’y a qu’une chose à faire : réduire drastiquement et très vite nos émissions de gaz à effet de serre.

 

La décroissance implique la sobriété partagée

L’écologie politique n’assume pas clairement la rupture avec le dogme de la croissance. C’est ce que regrette, dans une tribune au « Monde », la députée Delphine Batho de Génération écologie. De toute façon la décroissance ne relève pas d’un choix. Que ce soit de gré ou que ce soit sous la contrainte de la nature et de l’épuisement des ressources fossiles, la sobriété est déjà notre ligne d’horizon. Reste deux possibilités : soit on l’embrasse, soit on la repousse le plus tard possible… sachant que plus on attend plus ce sera brutal et douloureux.

Lire, Delphine Batho, un programme de décroissance

Delphine Batho : La jeunesse cherche une réponse radicale, au sens littéral du terme, c’est-à-dire qui s’attaque à la racine du fonctionnement de nos sociétés. La jeunesse coupe les amarres. Dans les grandes écoles et dans les universités, des jeunes refusent de devenir les futurs cadres de la destruction. A l’échelle mondiale, au collège, au lycée, ils ont fait grève pour le climat. Dans la rue, ils se collent à terre, dans les musées, sur le périphérique parisien, dans les stades, ils crient leur désespérance. Ils quittent leur boulot pour ne plus se sentir comme des souris dans une cage à faire tourner la grande roue de la consommation. La jeunesse devrait se tourner vers l’écologie politique, mais qu’entend-elle ? Une polyphonie chaotique où se mêlent simplisme de l’utopie à bon marché, pragmatisme du changement de chaudière, opinions à l’emporte-pièce sur tout un tas de sujets. Dans un mouvement paradoxal, plus le danger de l’extinction devient évident pour le plus grand nombre, plus le discours de l’écologie politique devient confus, immature, sans grille de lecture.

Les options du présidentiable Mélenchon, visant une augmentation du produit intérieur brut de 2 % par an, étaient contraires aux objectifs écologistes. Les mots d’ordre de hausse du pouvoir d’achat et de relance de la consommation se sont imposés au sein de la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes). Le cœur de cette crise de l’écologie politique est l’absence de rupture avec le dogme de la croissance économique. Là où la décroissance n’est pas assumée, les programmes paraissent interchangeables. Le moment est donc venu d’assumer la décroissance comme étendard de l’écologie.

Le point de vue des écologistes

Michel SOURROUILLE : Parler politiquement de décroissance permet de renverser la table des productivistes, pas de proposer un projet de société. Le mot sobriété est bien meilleur car il comporte non seulement l’aspect d’une maîtrise quantitative, mais aussi une dimension morale. Il s’agit de penser différemment par la modération contre la démesure, qui propose la satisfaction des besoins essentiels contre la surconsommation, le dévoiturage contre la sur-mobilité, la maîtrise de la fécondité contre la surpopulation. C’est une bonne chose que ce mot serve cette année 2022 d’élément de langage dans tous les domaine, sobriété énergétique, sobriété consumériste, sobriété foncière, sobriété démographique, sobriété partagée, etc. Même le gouvernement s’y met. Macron a prononcé le mot « sobriété » pour la première fois en février 2022 , le gouvernement a détaillé le 6 octobre son plan de sobriété énergétique. Contre l’ébriété, la sobriété !

Lire, Le gouvernement s’empare du mot « sobriété »

JVM : Pourquoi continuer à utiliser ce critère imbécile du PIB sur une planète aux ressources finies ? De Yvan Illich à Bruno Latour, en passant par Aldo Léopold et André Gorz, tout à été dit depuis longtemps déjà, hélas. Peut-être faudra-t-il encore quelques catastrophes (proches, n’est-ce pas, qui touchent nos pays riches et pollueurs) pour que les technocrates au pouvoir changent de « braquet »… et encore… Compte tenu de l’urgence, Delphine Bato propose l’exigence de la radicalité (qui nécessite probablement une réforme des institutions et une refonte du lien social à partir de l’intérêt général, des communs) , ce qu’ont compris de nombreux mouvements de jeunes. On est très loin de l’éthique de la bienveillance, du « care », qui participent à la dépolitisation du débat.

Don Sancho de la Mancha : La décroissance n’est pas un choix politique, elle vient du fait qu’en moins de 200 ans nous aurons utilise l’essentiel des ressources naturelles (fossiles, métaux, etc). Il va donc falloir gérer la pénurie, avec le choix entre la poursuite de la jungle actuelle ( des super-riches et de plus en plus de pauvres) ou un système plus juste.A court terme les choix qui sont faits ne vont pas dans cette direction, qui pourra se payer des voitures électriques ?

DomTom : Et oui la décroissance implique moins de consommation et une meilleur répartition des richesses….Si on ne s’engage pas vers la seule voix possible : la décroissance, on l’a subira avec son lot de tension géopolitique, de famine, d’effondrement économique…

Aloes : La sobriété est un mot pertinent car il permet d’ajuster en permanence le souhaitable et le possible.

Pour en savoir plus

Sobriété énergétique, l’affolement gagne

2027, Ministère de la Sobriété partagée

Trois raisons de ne pas voter Rass. Nat.

La présence massive du Rassemblement National (ex FN) dans l’hémicycle l’oblige désormais à se positionner sur des sujets qu’il voulait ignorer. Le tout nouveau président du RN, Jordan Bardella, en est conscient : « Notre famille politique commettrait une lourde erreur en se comportant de manière aussi aveugle à l’égard de la question environnementale que la gauche sur l’immigration depuis trente ans.  ». Or la condamnation d’Hervé Juvin a privé le parti d’extrême droite de son seul spécialiste de l’écologie.

Il y a trois raisons pour ne pas voter Rassemblement national . D’abord son désintérêt de la question écologique qui va pourtant structurer nos comportements pendant les décennies qui viennent. Ensuite son culte du leader, l’ordre assumé par une seule personne, de préférence avec une passation de pouvoir au sein d’une même famille. Enfin un argumentaire politique qui se résume à une seule thématique, Nous Français, Eux étrangers, qu’ils restent chez eux.

Lire, Localisme à la sauce Rassemblement National

Clément Guillou : Le travail du RN sur l’environnement ne devrait pas dévier d’une grille de pensée identitaire. On rejette l’« écologie punitive », « prise en otage par des courants de pensée d’extrême gauche ». Mathilde Androuët moque « l’imposture Greta Thunberg, qui pue le lobby, les trucs malthusiens ». On veut une « écologie populaire », « les Français qui font pousser des tomates bio dans leur jardin ». Au « localisme », le RN ajoute deux combats personnels de Marine Le Pen, le rejet des éoliennes et la défense des animaux, ainsi qu’une assez vague « protection de nos paysages ». Sur le plan énergétique, le soutien massif au nucléaire reste l’alpha et l’oméga de la politique du RN. Au fond, l’idée forte reste celle d’une absence totale de contraintes pour les électeurs consommateurs, en rupture avec son recours, par ailleurs, à un État fort, mais centré uniquement sur la « sécurité ».

Le point de vue des écologistes

Le RN souhaite que les électeurs gardent leur mode de vie, mais votent contre le système. Il faut faire plaisir à l’électeur. On ne tourne pas le dos au modèle productiviste, vive le pouvoir d’achat et enfilez votre Gilet jaune. En fait l’écologie n’existe pas pour l’extrême droite, le réchauffement climatique est une invention du GIEC, les éoliennes gâchent le paysage, et les immigrés veulent prendre votre place. On est loin du courant de la « Nouvelle Droite » qui prônait une écologie radicale, et même une décroissance économique.
Lire, Demain, la décroissance ! (penser l’écologie jusqu’au bout) d’Alain De Benoist (2007)

Pour en savoir plus grâce à ce blog biosphere

Alain de Benoist, « penser l’écologie jusqu’au bout »

L’écologie vert de gris de Marine Le Pen

éoliennes, Droite et Extrême D. sont contre

Criminalisation de l’activisme écolo

Au niveau gouvernemental, l’escalade verbale (« écoterrorisme ») et répressive (lire ci-dessous) est un rideau de fumée qui voudrait occulter les carences de l’Etat lui-même. Car non seulement son action, sur une variété de dossiers environnementaux, est en contravention avec l’état de la connaissance scientifique, mais elle l’est aussi avec le droit. Nitrates, pollution de l’air, climat. Sur tous ces dossiers, l’Etat a été condamné par différentes juridictions et il est bien pratique que ceux qui le lui rappellent un peu trop bruyamment soient assimilés à des criminels.

La liberté d’informer attaquée

Grégoire Souchay, journaliste pigiste à Reporterre, le média de l’écologie, réalisait le 10 novembre 2021 un reportage sur une action des « Faucheurs volontaires ». Ceux-ci, dans la foulée des actions qu’ils mènent depuis 2003, pénétraient à Calmont (Aveyron), dans les entrepôts de la firme semencière RAGT, pour y rechercher des semences génétiquement modifiées. Le journaliste suivait les activistes, racontait leur action, les photographiait. Dans son article, publié le 12 novembre suivant, il citait aussi la réaction de l’entreprise RAGT et contextualisait l’événement, rappelant que le Conseil d’État a enjoint au gouvernement français de se mettre en règle avec la loi européenne sur les OGM obtenus par mutagenèse.

Il comparaîtra au tribunal judiciaire de Rodez pour avoir « frauduleusement soustrait des sacs contenant des semences de colza » et les avoir « volontairement dégradés ou détériorés ».

Nous récusons totalement l’accusation. Si nous acceptions que ce journaliste soit condamné, ce ne serait pas seulement Reporterre qui serait atteint, mais tous les journalistes.

Le point de vue des écologistes

Stéphane Foucart : Depuis l’arrivée d’Emmanuel Macron au pouvoir en 2017, la tendance à la criminalisation de l’activisme écolo n’a cessé de s’accentuer, en même temps que le spectre des actions potentiellement répréhensibles s’élargissait toujours plus. En 2019, une convention signée entre le ministère de l’intérieur et les syndicats agricoles productivistes gravait dans le marbre cette tendance, en créant la cellule de gendarmerie Demeter. Avec comme objectif non seulement de lutter contre les délits visant le monde agricole, mais aussi de prévenir « des actions de nature idéologique » pouvant n’être que de « simples actions symboliques de dénigrement ». Ceux qui doutent encore qu’une criminalisation de l’activisme environnemental soit effectivement à l’œuvre peuvent se référer à l’extravagante démesure des moyens de police déployés dans l’enquête sur les opposants au projet d’enfouissement des déchets nucléaires de Bure (Meuse) – moyens généralement réservés à l’antiterrorisme ou à la lutte contre le grand banditisme.

Sahira : Cela me fait penser à cette femme serviable et déterminée qui vent son excellente production bio sur un marché paysan installé trois fois par an dans ma commune francilienne. Elle a 80 , se déplace en vélo et parfois va dans les prés ramasser de jeunes feuilles de pissenlit pour les consommer. Mais pour son malheur, elle vit à Bure. Alors, un jour des gendarmes armés ont renversé son vélo et sa cueillette au prétexte qu’elle était armée. En effet, elle détient un Opinel pour décapiter les pissenlits. De plus, elle a dû payer une amende. La gendarmerie patrouille et met la pression quotidiennement autour du village.

T. Blanchard : Quelle que soit la couleur des gouvernements, le monde agricole bénéficie de leur soutien ou d’indulgence face à des pratiques dangereuses pour la santé mais aussi pour les exactions.. Il y a quelques années, la fédé départementale agricole d’un département de Basse Normandie avait envoyé ses adhérents asperger de lisiers les locaux de la MSA et du Centre des impôts. Barricadés dans le centre, nous avons reçu l’ordre de ne prendre aucune photo. J’ai compris qu’une fois encore nous allions servir d’exutoire et qu’il fallait que personne ne puisse être identifié !

Exhuda : Les vrais écoterroristes ce sont la FNSEA et l’État français.

Jim Tonic : Il faut préciser au sujet de Demeter que, par un jugement rendu le 22 février 2022, le tribunal administratif de Paris a jugé illégales les missions de prévention et de suivi des actions idéologiques contre le secteur agricole.

Emmanuel Macron cause, la planète trinque

Six mois après sa réélection, Emmanuel Macron s’est livré mercredi 26 octobre à un long exercice de pédagogie pour tenter de faire comprendre aux Français où il voulait les emmener…du côté de LR ! L’axe majeur de son projet est en effet que les Français travaillent plus pour « fortifier » leur pays et financer leur modèle social sans impôt supplémentaire. Le premier quinquennat était placé sous le signe de la croissance, le second sous le signe de la technologie qui sauve…U La lutte contre le réchauffement climatique, l’épuisement des ressources et la crise de la biodiversité suppose de revoir en un temps record tout notre modèle de développement, le président de la République ne le sait pas encore.

Rémi Barroux : Il  aura fallu attendre quelque quarante-cinq minutes pour que la journaliste de France 2, Caroline Roux, aborde la question de l’urgence climatique, interrogeant Emmanuel Macron sur les véhicules électriques et le retard pris par la France dans ce domaine. Seule une dizaine de minutes donc, et bien peu de sujets abordés en dehors de cette question des véhicules électriques. Il assure qu’à la fin du quinquennat, la France produira deux millions de batteries électriques, avec l’ouverture de « mines responsables » de lithium. Emmanuel Macron a livré une vision de l’écologie tournée vers l’économie, la production, le recours au progrès scientifique. S’il a, en tout début d’émission, effleuré d’un mot la préparation d’« une nation écologique », il n’a pas évoqué « France nation verte », l’étendard pourtant brandi avec détermination par sa première ministre, Elisabeth Borne, le 21 octobre.

Lire, Planification, faire de la France une « nation verte »

Le point de vue des écologistes

Lorange : Cet homme ment. Prétendre qu’une solution technologique résoudra le problème écologique et nous permettra de conserver le même niveau de consommation est un mensonge déme nti par TOUS les scientifiques de la planète. TOUS.

Loctudy : L’ouverture de mines de lithium «  responsables » … autant de nouveaux Notre-Dame-des-Landes ! Les Serbes ont fait reculer Rio Tinto, on y arrivera aussi !

Bahvoyons : En somme, un beau discours de droite, pour la droite, sécurité, ordre, travail et méritocratie. L’écologie uniquement vue sous le prisme de la productivité..

Walter :Oui, c’est le président des riches, des vieux, et des lyssenkistes. Franchement à quoi sert-il qu’il soit jeune ?

Seize : Est-ce qu’au contraire on ne devrait pas réfléchir à des solutions pour se passer au maximum de véhicules individuels ? Relocaliser les emplois, développer les transports en commun, favoriser des modes de mobilité non polluants, et surtout en finir avec cette folie de véhicules toujours plus gros et lourds, qui circulent le plus souvent avec seulement le conducteur à bord, et passent 90% du temps à encombrer inutilement l’espace public…

Yann59 : C’est le principe de l’écologie libérale. On fait comme d’habitude, « business as usual », mais en mettant un peu de poudre de perlimpinpin sur le système. Un peu de voitures électriques (même si ce sont des SUV de 1,9 tonnes qui ne transportent qu’une personne), un peu d’éoliennes (même si ça n’est pas pour une transition mais pour une accumulation énergétique), un peu de vert sur nos emballages… et le tour est joué. Nous serons un pays riche, vertueux, qui aura réussi à externaliser et translater ses pollutions… Quand on sait qu’il faut rouler mini 100000 km pour tirer un avantage CO2 d’un SUV électrique…

R3 D3 :La technologie ne résoudra pas les gigantesques problèmes qu’on a sur les bras, on le sait déjà. C’est une fuite en avant, c’est avancer à l’aveuglette, en ne se raccrochant qu’à la religion du progrès.

Lire, En finir avec la religion du progrès

Avoir raison par la recherche du consensus

Un commentateur nous interpelle : « Biosphere pourrait, peut-être, faire un article sur l’impossibilité de débattre. »

Il vaudrait mieux dire, « sur l’impossibilité ou non » d’arriver à un consensus social.

En effet sur ce blog biosphere, le débat, c’est pour arriver à une opinion commune, à des sentiments partagés. Comment ? Notre comité de rédaction, avec l’aide de nos informateurs, part des interrelations entre les données écologiques, socio-politiques, économiques, historiques, scientifiques, ethnologiques, statistiques… pour en tirer synthèse et conclusion. On en arrive ainsi à déterminer quel est le meilleur point de vue à un moment donné, sachant que l’écologie, c’est-à-dire la pleine conscience des réalités biophysiques, s’impose de toute façon aux désirs humains. Ce n’est plus la voix de dieu ou d’un autocrate qui prime, mais les lois de la nature.

Lire, Stéphane Foucart, les lois de la nature s’imposent

Encore faut-il savoir interpréter les lois de la nature et les mettre en musique. C’est le rôle de la délibération démocratique. Au niveau des procédures utilisées dans les sociétés libérales, le vote, qu’il soit censitaire ou même universel, n’est pas la meilleure méthode. Car les résultats dépendent du niveau de clairvoyance de chacun des individus qui composent le corps électoral. Dans le cas d’une démocratie directe, un référendum par exemple, trop souvent des considérations autres que la question posée fausse complètement le résultat du vote. Avec la démocratie représentative, c’est pire : la validité des décisions prises dépend du niveau d’autonomie conceptuelle de nos élus. Or ils délibèrent souvent sur des thématiques auxquelles ils ne comprennent rien ou il votent comme le chef du parti en décide. Que ce soit électeurs ou élus, de toute façon le niveau de clairvoyance de chacun dépend de ses connaissances écologiques, socio-politiques, économiques, historiques, scientifiques, ethnologiques, statistiques… et la faculté de synthèse, on ne l’apprend pas à l’école.

Encore faut-il savoir abandonner ses préjugés, savoir résister à son conditionnement culturel. Une culture au sens sociologique, c’est l’ensemble des comportements acquis qui permettent d’apaiser les relations sociales et de préparer un avenir durable. La culture évolue avec les transformations socio-politiques et économiques. Aujourd’hui le facteur de limitation de nos désirs par le fait que les ressources terrestres ne sont pas illimitées entre en jeu et conditionne de plus en plus notre mode de vie. Autrefois le cadre culturel dans les société nombreuses était déterminé par le groupe qui avait pris le pouvoir, l’élite et ses différentes variantes. Ce pouvoir s’est appuyé sur des religions, très diverses, mais toujours orientée pour faire accepter l’ordre social dominant. Le système démocratique a permis de faire éclater ce modèle d’organisation, il n’y a plus d’arguments d’autorité qui s’impose. La démocratie est un lieu vide que la délibération collective remplit au fur et à mesure de sa compréhension des individus qui composent telle ou telle société.

Éduquer les gens dans le bon sens n’est pas gagné par avance. Pourquoi ? Chacun joue un rôle social, il se comporte par rapport à ce que les autres attendent de lui. Il ne pratique pas l’acte juste, il respecte le jeu social, c’est le mécanisme de l’interaction spéculaire : je fais parce que tu fais ainsi parce que nous faisons tous de même. Cette explication sociologique permet d’enterrer le vieux débat épistémologique sur l’antériorité de l’individu ou de la société. L’un et l’autre se renforcent mutuellement car je me représente la manière dont les autres se représentent les choses et moi-même. « Je donne le bon exemple » n’est un message positif que si un grand nombre de personnes font ainsi. Sinon on pourrait croire que je donne le mauvais exemple ! L’insertion dans une institution (école, entreprise, parti politique, syndicat…) provoque une coupure entre l’idée que se fait l’individu de l’acte juste et ce qu’impose à l’individu la préservation de l’institution. L’homme est dans un corset très serré, division extrême du travail, distinction poussée entre ville et campagne, transport individualisé et polluant, exploitation de l’ouvrier dans la fabrication d’objets inutiles. Chacun de nous est compromis… Difficile alors de trouver les moyens de sa liberté. Tout dépend alors de notre aptitude à résister dans les différentes institutions que nous traversons. Les « fondamentaux » appris à l’école, lire, écrire et compter, sont anodins par rapport à la possibilité de former sa propre pensée pour acquérir son autonomie et le sens collectif. Or cela, on ne l’apprend ni à l’école, ni en faculté, ni dans les entreprises, ni dans les partis, ni dans les syndicats. Alors où se trouve la solution pour savoir comment résoudre nos problèmes de fond ?

Lire cette synthèse, Les conférences de consensus

Dans les différente modalités de l’exercice de la démocratie, la meilleure méthode est celle des conférence de consensus. Députés et sénateurs, rentrez chez vous, on n’a plus besoin de vous. Les conférences de citoyen vont vous remplacer à meilleur résultat et moindre frais. Les conférences de consensus (ou de citoyens, ou conventions) sont une nouvelle forme d’exercice démocratique alliant citoyen de base, tirage au sort et réflexion collective sur nos problèmes contemporains. Un groupe de personnes tirées au sort est mobilisée pendant plusieurs jours, reçoit des éléments de formation et d’information, puis délibère. Très souvent les thèmes concernent l’environnement ou les conséquences d’une innovation technologique. Le sujet débattu comporte de lourdes incertitudes qu’il est impossible de lever dans l’immédiat. Le panel des citoyens tirés au sort doit refléter la composition socio-démographique de la nation. Au départ les membres du panel ne possèdent pas d’information détaillée sur la thématique traitée. Une formation scientifique et technique assez lourde est donc nécessaire. Des intérêts multiples et contradictoires sont liés à la question débattue, ils sont écoutés lors d’auditions. Cette méthodologie doit permettre aux profanes de « mettre en question » les certitudes des experts. Le choix des formateurs et de l’animateur est crucial pour éviter les manipulations. L’objectivité de la formation et des débats doit pouvoir être vérifiée. La conférence de citoyens ne saurait être considérée comme une forme de sondage d’opinion, mais comme l’élaboration collective d’une décision éclairée. L’exemple récent le plus connu est celui de la Convention citoyenne sur le climat mise en place lors du précédent quinquennat de Macron. Encore faut-il que les instances traditionnelles comme le parlement accepte les recommandations qui en résultent, ce qui n’a pas été le cas.

Dans notre système social actuel, croissanciste et court-termiste, le passage à l’écologisme est incertain, la recherche du consens balbutiante. Depuis 2005 ce blog biosphere existe pour essayer de montrer comme on peut passer du débat au consensus. Tapez « débat » sur le moteur de recherche de ce blog, et le mot « débat » apparaît d’abord dans le titre. Vous avez à disposition des posts à propos du débat public (CNDP), du « Grand débat » national, du débat politique, du débat Hulot/Joly en 2011, du réchauffement climatique, de la COP21, des climato-sceptiques, de Claude Allègre, de la transition énergétique, des déchets nucléaires, de la dissuasion nucléaire, de la troisième révolution industrielle, du revenu universel, de la post-croissance, des low tech ou des high tech, des OGM, des nanotechnologies, du retour à la bougie, du manger cru ou cuit, du sapin (de Noël) naturel ou artificiel, des 8 milliards que nous sommes aujourd’hui, de la controverse décroissance démographique/décroissance économique, de la controverse Ehrlich/ Commoner, des relations entre démographie et environnement, de Malthus, de l’immigration, de la nature et des sexualités, de la PMA, de la peine de mort, de la fin de vie, de Tik Tok, de l’anthropocentrisme contre le biocentrisme.

Nous faisons en sorte sur ce blog biosphere de montrer à chaque fois que le point de vue des écologistes devient un élément essentiel de la recherche du consensus. La page d’accueil dans sa rubrique « présentation du blog » est claire : Ce blog existe depuis le 13 janvier 2005, il propose une analyse quotidienne du « point de vue des écologistes ». L’écologie est multiple, l’intelligence collective se constitue par la complémentarité des approches. Il faudrait que se diffuse dans la population un langage commun dont on pourrait poser les termes de façon suivante : Acteurs absents (démocratie), agriculture biologique (production), communautés résilientes (relocalisation), conférences de consensus (décisionnel), décroissance maîtrisée (économie), Descente énergétique (énergie), écologie profonde (éthique), écocentrisme (valeur), fécondité raisonnée (démographie), Migration limitée (déplacements), Monnaie locale (échange), Non-violence (relationnel), Revenu maximum (revenu), Sobriété partagée (consommation), Techniques douces (organisation), etc. Ce sont des thématiques qui sous-tendent le contenu de ce blog biosphere. A nos lecteurs d’en faire bon usage…

Lire, Une culture commune à l’école, l’écologisme

Planification, faire de la France une « nation verte »

Chargée de la planification écologique, le premier ministre Elisabeth Borne a déclaré que la « révolution écologique » serait « radicale ». Mais Matignon, c’est-à-dire aussi la même, vient de dire qu’il n’y aurait pas d’annonces précises lors de son discours du vendredi 11 octobre. Tout est donc dans l’emphase, rien dans l’application concrète.

Elisabeth Borne : « Nous devons engager des changements radicaux dans nos manières de produire, de consommer, d’agir. Ce n’est pas une question d’idéologie, cela devient, de plus en plus, une question de survie… Ma conviction, c’est que nous devons agir, en même temps, et sur tous les fronts…  La planification écologique, c’est avancer dans le bon ordre. D’abord, nous fixer des objectifs ambitieux au niveau européen et national et les décliner secteur par secteur, territoire par territoire. Ensuite, dans chaque filière et dans chaque territoire, nous devons nous réunir et nous accorder, ensemble, sur une stratégie, des engagements et un calendrier. »

Le point de vue des écologistes

Stratégie… calendrier, Élisabeth tient le même discours tenu lors de chaque conférence internationale sur le climat, et ça fait 27 ans que ça dure… bientôt, le mois prochain, la COP27 à Charm el-Cheikh. Le gouvernement français écarte d’ailleurs toute immixtion dans les comportements individuels. Pour l’instant son ambition est seulement de mettre en œuvre les mesures déjà inscrites dans la loi, comme l’interdiction des ventes de voitures thermiques en 2040, l’objectif de sortie des plastiques à usage unique ou l’interdiction de louer des passoires thermiques en 2028. On accompagnera des décisions déjà prises, comme le « zéro artificialisation nette » des sols ou la production de 2 millions de voitures électriques en 2050. En fait on ne fera rien puisqu’il faut attendre l’acception de la baisse de niveau de vie par l’opinion publique, on a encore peur des Gilets jaunes.

Lire, Voiture électrique pour tous, faut pas rêver

Les seules proposition qui font sens seront dures à avaler : faudrait revenir en arrière. Un exemple, le logement. Que dire des « passoires thermiques », que faire pour diminuer la dépense énergétique liée au chauffage ?

La première solution est assez évidente : chauffer moins, beaucoup moins. En 1945, on ne chauffait que la cuisine qui était aussi la pièce à vivre. On trouvait normal que les pièces moins occupées telles les chambres, ne soient pas chauffées. Aujourd’hui il serait normal de sacrifier son confort afin de limiter le nombre de radiateurs et donc notre consommation énergétique.

La deuxième solution est d’ordre culturel : accepter de vivre ensemble dans de plus petites surfaces. En effet, nous sommes très individualistes et considérons comme normal de nous étendre sur des surfaces habitables importantes ; en gros un individu occupe entre vingt et quatre vingt mètres carrés à lui seul. Vingt mètres carré pour une famille de quatre enfants, quatre vingt mètres carrés pour une personne âgée seule. Il est évident que la personne âgée seule peut héberger matériellement une autre personne plus jeune. Il y aurait même intérêt pour sa sécurité et la communication avec l’autre. On comprend bien que ces solutions pratiques matériellement possibles sans frais, sont à l’opposé des principes de notre société individualiste et croissanciste.

La grande majorité des Français est préoccupé par le court terme, comme le pouvoir d’achat et l’inflation. Mais comme la facture énergétique va grimper vers les sommets, les comportements changeront de force. Le sentiment écologique n’est pas grand-chose actuellement, sauf en intentions, mais le signal prix résultant de la raréfaction des ressources fossiles nous fera passer dans une autre dimension culturelle.

Lire, Programme écologique « logement »

Contre la vie chère, pour le réchauffement !?

16 octobre 2022, « marche contre la vie chère et l’inaction climatique » de la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes). On rêve encore au grand soir. Philippe Poutou, a été acclamé. « Il faut inverser le rapport de force. On espère que c’est ce qui est en train de se passer, a lancé le chef de file du Nouveau Parti anticapitaliste. Notre 49.3 à nous, c’est la grève générale. »

Comme d’habitude, l’auto-persuasion et l’éternel refrain : « la convergence des luttes »... les grands mots pour se rassurer, pour se donner une raison d’exister ! Mais défendre le pouvoir d’achat, le logement, la nourriture pas chers, c’est défendre le pétrole, c‘est la course à la démagogie et au populisme, c’est rassembler sur les mêmes thèmes l’extrême droite et l’extrême gauche, c’est lamentable. Dans cette colère qui gronde, la question climatique passe complètement au second plan. Pour une fois le point de vue des écologistes rejoint celui d’un éditorialiste économique au « Monde »

Philippe Escande en octobre 2022 : « Marche contre la vie chère et l’inaction climatique, bel oxymore ! L’action climatique va coûter cher. Tant qu’on n’est pas prêt à accepter cela, on n’avancera pas », Selon l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie, l’empreinte carbone des Français provient essentiellement de trois sources : le déplacement, pour environ 30 %, le logement, pour 30 %, et la nourriture, pour un peu plus de 20 %. le gouvernement sort son carnet de chèques. Il subventionne les voitures électriques et l’isolation des maisons. il risque de se trouver rapidement à court de munitions face à la remontée des taux d’intérêt, qui alourdit sa dette, déjà considérable.15 octobre, le président du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux, qui n’est pas un apôtre de la décroissance, le reconnaissait lui-même : nous allons vers « une croissance plus sobre et plus raisonnée ». Autrement dit, nous achèterons moins de produits, qui seront plus chers.

Philippe Escande en janvier 2022 : « Le réchauffement climatique et la dégradation de la biodiversité, dus en majorité à ces énergies fossiles, ne permettent plus de continuer sur ce rythme. De cela, la plupart des gens en sont désormais convaincus. Mais ils n’ont pas intégré les sacrifices que cela implique : réduire l’utilisation de la voiture, la consommation de viande, les voyages, les achats, sa liberté individuelle… Gérer ce basculement inévitable vers un monde plus cher, car plus économe, mais aussi plus instable, devrait figurer en tête des préoccupations des politiques en ce début 2022. En auront-ils le courage ? »

Ne rien faire ne coûte rien. On ne veut plus de CO2 pour préserver le vivant, le climat et les générations futures ? On ne prend plus sa bagnole et on fait du vélo. On ne construit plus de maison, on vit à plusieurs dans chaque appartement, on fait moins de gosses, etc. Les arbitrages sont simples, mais le déni de Mélenchon (qui devrait expliquer plutôt que revendiquer) est patent et stimule quelques manifestants. Faut arrêter de promettre la lune, et montrer que la situation à venir va conjuguer à la fois inflation et stagnation de l’activité économique (stagflation) qu’on a connu dans les années 1970.

Il est vrai qu’il n’y a pas grand-monde pour accepter de baisser son niveau de vie. L’être humain a une aversion psychologique à la perte. Il est plus facile de refuser ce que l’on n’a pas que de perdre ce que l’on a. Vous allez me dire « c’est une question d’éducation », « il faut montrer l’exemple ». Certes, cela fait 50 ans que les écolos et quelques scientifiques travaillent la société au corps. Mais les résultats ne se font sentir que parce que les effets du réchauffement commencent à être visibles. Autrement dit, ce n’est pas l’éducation qui change les mentalités: c’est le mur pris en pleine face.

Puisque la pédagogie de la catastrophe n’a pas réussi à faire bouger les foules, c’est la catastrophe qui va faire la pédagogie de l’inéluctable. Il y aura nécessairement inflation, on ne peut lutter contre la variation des prix en situation de rareté. Il y aura chômage, une société thermo-industrielle sans carburants fossiles n’a plus rien pour faire tourner son moteur.

Lire, Pédagogie de la catastrophe n’est pas catastrophisme

Économie de guerre, planification, règle verte

« Nous sommes en guerre, allons à l’essentiel. » Ainsi pouvait se résumer l’intervention télévisée du président de la république française lundi 16 mars 2020. Mais il ne s’agissait que de lutter contre le coronavirus pour une période que Macron estimait temporaire. Notre réalité structurelle est tout autre.

Lire, état de guerre, la planète ne négocie pas

Nous avons fait la guerre à la planète, épuisé ses richesses et ses potentialités, il est urgent de faire la paix. Mais cela veut dire aller à l’essentiel, pratiquer le rationnement pour une sobriété partagée et ce sur une période très très longue. Cela veut dire aussi entrer dans une économie de guerre.

Eric Monnet : « Le terme « économie de guerre » est employé pour désigner deux situations bien différentes. Il peut dépeindre les situations russe ou ukrainienne et la mobilisation de ces économies en vue de la victoire militaire. Mais en France, il revêt plus fréquemment un usage métaphorique qui a été utilisée au cours de la pandémie de Covid-19 pour justifier les confinements. Il s’agit de justifier un rôle plus fort de l’État dans l’économie, d’aller à l’encontre du libéralisme économique. L’économiste et philosophe autrichien Otto Neurath (1882-1945), directeur du département d’économie de guerre du ministère des armées à Vienne, s’enthousiasmait en 1917 sur le fait que le rôle directeur de l’Etat pendant le conflit allait habituer les citoyens à la supériorité de celui-ci dans l’organisation de l’économie et ainsi contribuer à l’avènement du socialisme. Comme lors des débats du milieu du XXe siècle, on perçoit aujourd’hui que derrière la question de la guerre, c’est finalement le rôle de l’État dans l’économie qui fait débat. L’économie de guerre justifie les restrictions sur la consommation (le rationnement), mais aussi sur l’ensemble des moyens nécessaires à la mobilisation totale du capital et du travail.

Matthieu Goar : Un plan pour l’hiver ou la première étape du monde d’après ? En conclusion de la présentation des mesures de sobriété dévoilées je 6 octobre 2022, Elisabeth Borne n’a pas tergiversé. « La baisse de la consommation d’énergie doit s’inscrire dans le temps long, a déclaré la cheffe du gouvernement. C’est une nouvelle manière de penser et d’agir. Ce n’est pas une question de principe ou d’idéologie. Il en va de notre transition écologique. » Le 16 avril précédent, le président Macron allait vers cet horizon lointain. « Nous devons réconcilier tout le pays par un changement de paradigme. La politique que je mènerai dans les cinq ans à venir sera donc écologique ou ne sera pas. » Le président-candidat de l’époque donnait corps à son ambition : « Pour gagner ce combat du siècle, son ou sa prochaine premier(première) ministre sera directement chargé(e) de la planification écologique parce que « c’est la politique des politiques » ». Dès le 20 mai 2022, Antoine Pellion avait été nommé secrétaire général à la planification écologique (SGPE). Mais si l’architecture est en place, le contenu de la planification écologique est encore à définir en octobre 2022.

Lire, Planification écologique, notre synthèse

Le point de vue des écologistes

Qui peut imaginer que le défi écologique pourra se relever à la marge ? Si nous n’opérons pas de manière planifiée, à quoi ferons-nous appel ? Au marché, dont on connaît le peu de cas qu’il fait de l’intérêt général si on le laisse jouer librement ? A la vertu de l’humanité qui, comme chacun le sait, présente quelques fragilités ? L’économie de guerre s’accompagne nécessairement d’une planification impérative. Certes une planification centralisée est inopérante dans une société complexe, le système libéral de marché est un mode de régulation qui sert à échanger de façon décentralisée des informations sur les préférences de chacun par l’intermédiaire de la variation des prix : la loi de l’offre et de la demande détermine de façon presque automatique ce qu’il faut produire et consommer. Cependant la montée croissante des pénuries (forêts, eau, énergie, terres cultivables…) résulte de la guerre à la planète que l’économie libre et croissanciste a engendré. Alors il devient plus facile de déterminer les choix fondamentaux, le niveau des besoins à satisfaire absolument et les secteurs d’activité à abandonner..

L’État aurait du imposer depuis plusieurs années déjà les moyens d’un retour à l’équilibre entre l’activité humaine et les possibilités de la Biosphère. La règle verte (Le programme de la France insoumise, 2016) est incontournable : « Ne pas prélever sur la nature davantage que ce qu’elle peut reconstituer ni produire plus que ce qu’elle peut supporter. » Personne ne souhaite aller vers une société de privation et d’abstinence, mais nous n’avons pas d’autre choix que de mettre en place des normes, des réglementations, des instruments fiscaux qui concourront à la modération des productions, des comportements et des consommations.

Il y a 50 ans que l’on sait, depuis le rapport sur les limites de la croissance en 1972, que la sobriété sera nécessaire face à la crise écologique. On aurait pu l’organiser à l’époque par l’incitation. On a préféré la croissance libre de la consommation, la publicité pour inciter à consommer, le libre échange pour mieux piller la planète, et extractivisme tout azimuts. . Aujourd’hui, il faut prendre des mesures contraignantes, mais urgentes. Nécessité fait loi.

Lire, Guerre à la planète, et le seul ennemi c’est nous-même

Former à l’écologie des incompétents !!!

Le gouvernement a lancé officiellement le 11 octobre 2022 le programme de formation à la transition écologique des cadres supérieurs de la fonction publique d’État, soit 25 000 personnes.

Rémi Barroux : De nombreux scientifiques ont été associés à la conception de ce programme, climatologues, recherche sur la biodiversité, sciences économiques, écologie, hydrologue…Il est vrai que « La formation est l’essence de la transformation. Savoir c’est pouvoir ». Christophe Béchu, ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires,a émis le vœu que « les 25 000 cadres formés deviennent les hussards verts de la République »

Lire, Ministre de l’écologie et ignare en écologie (Ch.Béchu)

Le point de vue des écologistes

Marc O : Il faut donc une formation pour interdire la chasse aux tourterelles, favoriser les transports en commun ou autres mesures de bon sens que tout le monde connaît mais que ce gouvernement est incapable de prendre ? Toutes les mesures collectives et individuelles sont connues, mais il faudrait une réelle volonté politique.

Verst : La plupart de ces personnes sont immunisées contre un reformatage étranger à leur système de pensée… croissanciste.

Artemis purple : Dans les territoires que je connais, le niveau des décideurs est pathétique. Et vu leur moyenne d’âge, ils se croient encore dans les Trente Glorieuses avec force bétonnage, tout-voiture, palais des congrès et agro-industrie….

Fëp : On pourrait se dire que les haut fonctionnaires ont l’intelligence de comprendre la transition écologique (avec toutes leurs années d’étude, l’élite de la nation, tout ça tout ça)… et bien non. Ils comprennent rien(ou ne veulent pas comprendre)… non, rouler en tesla et mettre un col roulé, ce n’est pas ça la transition écologique.

richardl1 : Ayant fréquenté certains des « hauts responsables », soucieux de la bonne utilisation des finances publiques, et parce que l’exemple doit venir d’en haut, je souhaiterais qu’à l’issue de cette « intense formation » il soit publié pour l’ensemble des participants leur degré d’assiduité ; qu’ils soient soumis à des contrôles de connaissances ; que les résultats nominatifs soient publiés ! Exactement comme pour le commun des mortels pouvant bénéficier d’une formation « gratuite ».

Lire, Macron en marche vers l’écologie superficielle

Le choix, décroissance maîtrisée… ou subie

La décroissance ne divise pas les écolos puisqu’elle est inéluctable. Sauf que certains écolos ne s’en aperçoivent pas encore et que les croisssancistes se bercent encore d’illusions.

Yannick Jadot estime que la décroissance est un « mot obus » qui sert à susciter le débat mais ne peut être un objectif politique. C’est forcément perçu comme la baisse du PIB et la récession.

David Cormand prône certes de « sortir du culte de la croissance », mais le mot « décroissance » n’est pas utilisé.

Sandrine Rousseau : « Ce que je cherche, c’est la sortie de la société de consommation. »

Delphine Batho pense que la décroissance est le seul mot d’ordre « efficace et pertinent » dans une situation d’« effondrement ». : « La réduction volontaire de la consommation d’énergie et de matière première organisée et décidée démocratiquement est la seule issue de secours. La croissance sobre n’existe pas. Le gouvernement subit des événements qu’il n’a pas anticipé.

David Belliard dresse le même constat : la modération ne paie pas. Jadis proche du réformisme de Yannick Jadot, il fait son autocritique. « Je pensais, il y a un an et demi, que notre ligne était plutôt d’acquérir la crédibilité nécessaire, je rejetais le positionnement de la radicalité. En fait, je constate que peut-être l’attente vis-à-vis des écologistes, c’est qu’on aille plus loin, plus fort et qu’on le dise, assure-t-il aujourd’hui. Si nous ne proposons pas une offre politique radicale et démocratiquement consentie, nous opposerons une offre trop faible par rapport à celle en face : l’extrême droite identitaire. »

Exemples de commentaire critique sur lemonde.fr :

– Rumi : « Quand les écolos plaident pour la décroissance je me réjouis. A condition que cette décroissance soit la leur. »

– NC : « Notre modèle économique est basé sur la croissance et aucun modèle alternatif n’existe dans le monde. Une fois les slogans et les discours passés, nos chers écologistes sont priés de décrire le nouveau modèle dans tous ses mécanismes et dans toutes ses contraintes.»

Le point de vue des écologistes

Michel SOURROUILLE : Beaucoup de commentateurs semblent ignorer que la décroissance surgit périodiquement dans le système libéral de marché, sauf que cela s’appelle crise économique, récession ou même parfois dépression et des experts disent « croissance négative » ! Le PIB chute, et parfois dans des proportions énormes comme l’a prouvé la grande crise (financière) de 1929. Or les chocs pétroliers de 1973 et 1979 ne sont qu’un avant-goût de ce qui nous attend, un croissancisme à la merci de l’épuisement des ressources naturelles et du réchauffement climatique. Quand on s’apercevra que le pétrole viendra à manquer irrémédiablement, ce sera la grande chute du PIB, la crise ultime. Les décroissants nous disent simplement qu’il vaut mieux maîtriser la décroissance économique que la subir.

DomTom : Croissance et PIB sont 2 courbes parallèles depuis trop longtemps. La seule voix possible est la décroissance car inéluctable dans un monde fini. Cela dit, soit on s’y prépare, soit on l’a subi…

Eric.Jean : La décroissance n’est pas un projet, c’est l’issue naturelle de tout système en croissance dans un environnement fini. Et bien sûr quelle concernera aussi la population mondiale. Or c’est aussi inévitable que politiquement invendable. C’est aujourd’hui encore un non sujet politique, on subira donc la décroissance.

Taz : Tout le monde n’a visiblement pas compris qu’il n’y aura plus jamais de croissance car elle reposait sur une utilisation croissante d’énergies fossiles. Bref, on a le choix entre la récession et la décroissance. Et ce indépendamment de toute considération écologique (comprendre maintenir l’habitabilité de la planète).

Stefano Bartolini : D’après la vision consacrée de la croissance, les biens qui sont des biens de luxe pour une génération sont des biens standard pour la génération suivante, puis des biens de première nécessité pour la troisième génération (électroménagers, voiture, voyages…). La face obscure est celle des biens gratuits pour une génération devenant des biens rares et coûteux pour la génération suivante, puis des biens de luxe pour celle d’après : le silence, l’air pur, l’eau non polluée, des quartiers sans criminalité…L’économie marchande possède une grande capacité à fournir des substituts coûteux aux biens libres ; la croissance économique réduit en conséquence la disponibilité des biens libres. Personne ne nous vend l’amitié, l’air qu’on respire et une ville sans criminalité. Pour le croissancisme, la piscine remplace la rivière polluée, le téléviseur et Internet nous protègent d’une ville trop dangereuse, la baby-sitter nous remplace auprès des enfants. En d’autres termes, les efforts que nous déployons pour nous défendre contre la dégradation des biens libres contribuent à l’augmentation du PIB. La dégradation favorise la croissance, qui favorise la dégradation. Un processus de substitution sans fin… jusqu’à l’effondrement !

Sigi Dijkstra : La seule décroissance qui m’intéresse c’est celle de la population de la Terre.

Michel SOURROUILLE @ Sigi Dijkstra : Décroissance économique et décroissance démographique doivent aller de pair. Sinon c’est marcher sur une seule jambe. Ce n’est pas parce que les écologistes institutionnels (Jadot, Duflot, Bayou, …) veulent ignorer la question démographique que l’on doit ignorer la variable économique. Pour s’y retrouver, mon dernier livre vient de paraître :

Alerte surpopulation – Le combat de Démographie Responsable

Tu peux commander ce livre, 216 pages pour 17 euros

https://www.edilivre.com/alerte-surpopulation-michel-sourrouille.html/

Tout savoir sur… Sandrine Rousseau

Les médias utilisent Sandrine Rousseau et ses velléités « intersectionnelles » pour faire le buzz comme précédemment les médias ont utilisé dans un autre registre Eric Zemmour dont on s’aperçoit aujourd’hui qu’il n’était qu’une baudruche. Le problème, c’est que par son attitude de féministe extrémiste, Sandrine Rousseau occulte complètement le message des écologistes.

Lire Batho l’écologiste / Rousseau la féministe

Olivier Faye : D’ancienne apparatchik d’EELV, la députée de Paris est devenue militante écoféministe. L’affaire Baupin, ce leader du parti écologiste qu’elle a accusé, en 2016, d’agression sexuelle est passée par là… En ce début du mois de septembre 2022, Sandrine Rousseau n’avait pas encore provoqué la démission de Julien Bayou, le secrétaire national d’EELV, en étalant à la télévision de façon nébuleuse les accusations de violences psychologiques que l’ex-compagne de ce dernier aurait porte contre lui. Une élue capable de renverser le patron de son parti en seulement une minute d’interview télévisée montre les excès du mouvement #metoo de libération de la parole des femmes. Les chaînes d’information en continu raffolent du sens de la formule de la candidate. L’équipe de communication, coordonnée par une ancienne publicitaire pour Coca-Cola, ne sait plus où donner de la tête. Son cercle de fans, « des femmes, non binaires, en transition de genre », s’élargit peu à peu. Sandrine Rousseau, sous la pression d’une base militante radicalisée, fait du « name and shame » (le fait de dénoncer sur la place publique le comportement d’une personne) un ferment de sa révolution. « Si on cède à ce genre de trucs, on est foutus, c’est Robespierre !, s’inquiète Daniel Cohn-Bendit,. Vous vous rendez compte ? La planète explose et on est en train de parler de la séparation entre Bayou et sa copine. »

Le point de vue des commentateurs sur lemonde.fr

Yaka Fokon : Voilà un nouveau phénomène ZEMOUR par la grâce d’une presse à l’affût des scandales… Le journalisme ne sort pas grandi de ces évènements

Lou974 : Avant l’affaire Bayou, si j’avais été membre de EELV, mon choix eût été, sans conteste, pour Sandrine Rousseau car je trouvais Jadot bien pâlichon et surtout trop libéral à mes yeux ! Là, on la découvre capable de mensonge, et surtout atteinte d’une sorte de monomanie, un prétendu féminisme sans concessions qui s’avère n’être qu’une sinistre caricature des revendications légitimes des femmes pour l’égalité ! Sandrine Rousseau, à son insu de son plein gré, donne des femmes une image révoltante : de pauvres petites choses éternellement victimes ! Pour ma part, je pense qu’une femme, être humain à part entière, peut aussi se rendre coupable de frapper son conjoint, d’entraver sa réalisation professionnelle, d’exercer sur lui une emprise absolue !

Sous Vos Applaudissements : Françoise Fressoz nous expliquait que la prise de pouvoir passerait à présent par des positionnements radicaux. Le portrait de S. Rousseau démontre l’erreur de cette assertion. Cet électron libre dérange moins un ordre bien établi qu’il ne détruit irrémédiablement le besoin de cohérence et d’efficacité nécessaire à la gauche pour se reconstruire. Simple exemple: Ruffin sort ces temps ci un bouquin expliquant à juste raison que la gauche doit regagner l’électorat des périphéries et campagnes qu’elle a délaissés et moins se focaliser sur les problématiques sociétales qui n’intéressent majoritairement que les sympathisants aisés des villes. Cette pertinence (à mon avis) est rendue juste inaudible par le barouf médiatique suscité par les sorties radicales de S. Rousseau.

Marc81 : Même si les choses contre les violences faites aux femmes nécessitent un engagement militant pour faire bouger les lignes, et cela a plutôt été fait avec succès à mon sens ces dernières années, il est important que le droit puisse prévaloir. Madame Rousseau fait passer son militantisme avant son éthique personnelle – si il lui en reste – et avant le droit, ce qui est préoccupant. Nous sommes clairement dans une dérive idéologique, radicale et au final, extrémiste.

Pierre Breton : Comme a titré un journaliste de Marianne : chaque fois qu’une écoféministe bourgeoise ouvre la bouche, une chômeuse de plus vote Lepen

A. Lex : Si on pouvait arrêter de lui tendre médiatiquement le crachoir…

Lire, Les écolos entre sexisme et misandrie