politique

Les écolos entre sexisme et misandrie

Après sa démission, le secrétaire national d’EELV Julien Bayou prend Marie Dosé pour avocate. Celle-ci s’en prend vertement à Sandrine Rousseau, autoproclamée écoféministe.

Marie Dosé : « A la suite d’une séparation entre Julien Bayou et sa compagne intervenue en novembre 2021, il y eut plusieurs épisodes de tension, de pression et de chantage… Mais il y avait absence de plainte et de procédures juridiques …Julien Bayou est présumé coupable d’accusations rendues publiques par Sandrine Rousseau dont il ne sait rien…  Puisque la cellule [d’écoute d’EELV] est incapable de travailler en respectant le moindre principe fondamental de la justice, elle rendra une décision forcément politique… La volonté de nuire de son ex-compagne est susceptible de tout emporter sur son passage…  C’est, depuis deux semaines, une atteinte à la vie privée,  une instrumentalisation par Sandrine Rousseau de la libération de la parole des femmes à des fins politiques,… Personne n’ignore que se tient le congrès du parti en décembre, mais l’ambition politicienne ne saurait justifier toutes les croisades… » 

Lire, Batho l’écologiste / Rousseau la féministe

Les médias utilisent Sandrine Rousseau et ses velléités « intersectionnelle » pour faire le buzz comme précédemment les médias ont utilisé dans un autre registre Eric Zemmour dont on s’aperçoit aujourd’hui qu’il n’était qu’une baudruche. Marine Tondelier, qui fait figure de favorite au remplacement de Julien Bayou, refuse de jeter de l’huile sur le feu. Elle déplore « le spectacle que donne la gauche alors qu’en Italie, l’extrême droite arrive au pouvoir. Les militants en ont ras-le-bol. »

Le point de vue des écologistes face à cette histoire navrante

Novembre : On aimerait que les débats au sein d’EELV portent plutôt sur les questions d’environnement, d’énergie, de changement global… écoféminisme de Sandrine Rousseau a pris toute la place…Qui va enfin parler d’écologie ?

Butchu : Chaque pays a ses faiblesses. Les ultraconservateurs américains ont réussi à bloquer sur des motifs religieux la politique interne en éliminant ainsi les modérés. Certains importent la même stratégie en France, en utilisant un sujet grave, les violences faites aux femmes, pour réduire au silence ceux qui pourraient faire de l’ombre. Un homme ne peut pas se défendre publiquement sur un tel sujet. C’est une stratégie nauséabonde, mais redoutablement efficace. L’écologie et la réflexion sur l’approvisionnement énergétique, qui devraient être au centre des discussions, ont été complètement abandonnées.

Ulysse : Les séparations non conflictuelles sont sûrement rares. Dans le détail on ne sait toujours pas de quelle violence psychologique il s’agit. On a affaire à un vrai fascisme féministe. Condamnation sans jugement, sans aucune référence légale. Il est quand même à noter que ce sont les femmes qui ont réclamé et obtenu la création du divorce. Veulent elles revenir en arrière ? La séparation ne pourrait-elle se faire qu’a l’initiative des femmes ? Il est aussi à noter que la victime présumée n’a pas donné sa version officiellement. Et tout le monde sait de source sûre que les femmes sont incapables de se venger.

Scarlette : La misandrie est devenue une mode. Entre le vrai et le faux, les femmes, certaines du moins, risquent de se discréditer lourdement.

Lili : Ces féministes radicales font plus de mal aux femmes que les hommes violents. Il y a pourtant un vrai travail de fond à faire, avec les hommes et pas contre les hommes,. Les violences sexistes et l’égalité hommes femmes devraient être au programme de tous les partis politiques. Ces féministes, par leur comportement violent, créent un rejet de la cause des femmes et de l’écologie, dont elles se sont accaparé le parti. C’est regrettable et même écœurant.

Autrèche : On attend toujours une définition précise et illustrée de ce qu’on appelle « violence psychologique ». Exemple : Sandrine Rousseau, en dévoilant publiquement des éléments recueillis dans la sphère privée de son principal concurrent politique n’use-t-elle pas à son égard de « violence psychologique » ? Sont-ce « des éléments de nature à détruire le moral » d’un homme ?

Gio53 : Marre de ce déballage permanent, auquel on semble ne pas pouvoir échapper. J’en ai assez d’être convoquée tous les jours dans les chambres à coucher et les cuisines de couples qui se déchirent et dont je ne souhaite pas connaître la vie et les relations. Ou bien il s’agit d’actes pénalement répréhensibles et dans ce cas la justice doit faire son travail de A (dépôt de plainte) à Z (procès, sanctions), ou bien, comme dans le cas de Bayou, c’est une affaire strictement privée et visiblement compliquée et ce ne sont pas mes affaires.

Lire,, Le sexe, arme de guerre contre l’écologisme

Le sexe, arme de guerre contre l’écologisme

La vie interne dans un parti n’est pas un long fleuve tranquille. C’est d’autant plus vrai quand des membres d’un parti qui se dit écolo mélangent son objectif de conquête du pouvoir par les urnes et revendications sociétales d’un féminisme très particulier. La « victimaire » Sandrine Rousseau est adepte de l’écriture inclusive, féministe liant l’exploitation de la nature et la domination subie par les femmes, mais aussi décoloniale et intersectionnelle. Elle dénonce une société de prédation qui prend et jette les corps des femmes, des racisés, des plus précaires. Son grand truc désormais, c’est la souffrance, elle se veut la voix des vies brisées. Elle avait accusé son camarade de parti Denis Baupin de l’avoir embrassé de force en 2011 et en avait fait un livre, « Parler ». Mais invitée dans l’émission de Laurent Ruquier, elle s’effondre quand Christine Angot lui fait comprendre que réclamer un statut de victime n’est pas une revendication politique.

Disons-le tout net, nous n’aimons pas les femmes qui font de l’entrisme au sein d’EELV principalement pour porter les couleurs d’un féminisme différentialiste. Par contre nous aimons les féministes qui font de la lutte écologique leur première des priorités.

Lire, Batho l’écologiste / Rousseau la féministe

rappel des faits : En juillet 2022, Le Figaro a révélé que la cellule sur les violences faites aux femmes d’Europe Ecologie-Les Verts a été saisie au sujet du secrétaire national d’EELV , Juilie Bayou. Celui-ci a déclaré : « La commission a été saisie suite à une rupture douloureuse et difficile. Cela ne constitue en rien des violences sexistes ou sexuelles ni des comportements inappropriés envers quiconque. Mon ex-petite amie avait une rancœur qu’elle ne cache pas puisqu’elle m’a clairement écrit, trois jours après avoir saisi la commission interne d’EELV : ‘Inquiète-toi. Je vais revenir et en force. La chute va être douloureuse’ .»

Sandrine Rousseau dans « C à vous » le 19 octobre 2022 : « L’ex-compagne de Julien Bayou, que j’ai reçue moi-même, a fait une tentative de suicide, je ne sais pas si cette femme a envie que toute la France sache qu’elle a fait une tentative de suicide »…« Je pense qu’il y a des comportements qui sont de nature à briser la santé morale des femmes », a précisé la députée, sans toutefois évoquer de violences particulières.

Lire, Portrait de la radicale écolo Sandrine Rousseau

LE MONDE : Julien Bayou a été « mis en retrait de ses fonctions » de coprésident du groupe écologiste à l’Assemblée nationale. Mais il n’a pas été encore entendu par la cellule EELV sur les violences faites aux femmes. L’attitude de Sandrine Rousseau a été diversement appréciée en interne. « Une partie du bureau est assez d’accord pour dire que [cette déclaration] est inadaptée », euphémise le porte-parole Alain Coulombel.

Lire, Écologisme et sexualité, mélange détonnant (juillet 2021)

Le point de vue des écologistes

Il paraît donc qu’EELV s’est doté d’une « cellule d’enquête et de sanction sur le harcèlement et les violences sexuelles et sexistes ». Pourtant des instances judiciaires officielles existent déjà pour enquêter (et sanctionner) les violences sexuelles avec bien plus de garanties que n’offre une instance partisane interne. Un parti politique ne devrait sanctionner un(e) de ses membres que si la justice officielle le déclarait coupable. Il est important politiquement de respecter la séparation des pouvoirs, exécutif, législatif et judiciaire. Au delà des cas particuliers, nous devrions nous interroger sur la place d’une telle instance disciplinaire dans un parti normalement à vocation écologiste. Là est la vocation d’EELV et là est son image électorale. Entrer dans des considérations sans fin sur les relations interhumaines et faire du « sociétal » brouillent forcément le message des écologistes institutionnalisés. Si les électeurs savaient qu’une des préoccupations principales de ce parti « écolo » est aujourd’hui de se polariser sur les pratiques internes des couples, il n’est pas certain que leur vote se porterait sur lui

Féminisme et sexualités sont instrumentalisés à des fins politiques, prendre la place de secrétaire nationale d’EELV pour Sandrine Rousseau, ou descendre en flamme un écologiste médiatisé. Rappelons que six femmes accusaient de violences sexuelles Nicolas Hulot dans une enquête d’« Envoyé spécial » diffusée en novembre 2021. Trois femmes témoignaient de baisers par surprise et d’une tentative de fellation. On laisse nos lecteurs libres d’apprécier la gravité des faits.

Après ces accusations formulées publiquement, Nicolas s’est mis en retrait de l’écologisme. Les anti-écolos triomphent !

Lire, HULOT-BASHING, une dure épreuve

Charles III, c’est Ecolo 1er du nom

Voici ce que le prince Charles appelait un « acte de suicide à grande échelle » : « Nous disposons aujourd’hui d’un immense faisceau de preuves et d’indices qui suggèrent que nous faisons face à des instabilités systémiques croissantes qui menacent sérieusement la capacité de certaines populations humaines – voire des humains dans leur ensemble – à se maintenir dans un environnement viable. »

La disparition d’Elizabeth II. la plus endurante monarque du pays – soixante-dix ans de règne –, iintervient à un moment de fragilité pour le pays. Le Royaume-Uni cumule les crises : des services publics défaillants, une récession qui menace et une crise énergétique qui risque de plonger des millions de Britanniques dans la pauvreté. Selon les règles monarchiques britanniques, la couronne passe automatiquement du souverain décédé à son successeur. Le prince Charles est devenu Charles III dès la mort de sa mère le 8 septembre. Chef de l’État, il est garant de son unité et durant tout son règne, Elizabeth II a rempli ce rôle en s’en tenant à une parfaite neutralité, Son fils s’est au contraire distingué, depuis les années 1980, en intervenant sur un grand nombre de sujets – des OGM à l’architecture en passant par les médecines douces et la chasse au blaireau –, sans craindre de diviser. Et s’il continuait à défendre avec ferveur la protection de l’environnement ?

Le point de vue écologique du prince Charles

Le Roi Charles III, 73 ans, est – depuis toujours – un fervent écolo. Comme sa défunte mère, c’est un passionné de botanique et de jardinage. Dès son plus jeune âge, en 1970, il prononce son premier grand discours en faveur de l’écologie, relayé récemment par la famille royale sur Instagram : « Il y a une menace grandissante de la pollution de la mer par les hydrocarbures, qui détruisent presque toutes les plages, mais aussi certainement des dizaines de milliers d’oiseaux de mer. »

En 1985, alors que le réchauffement climatique est toujours relégué au second plan, cet avant-gardiste ouvre sa ferme biologique, dans le Gloucestershire. Son initiative – où 300 hectares de terres sont cultivées sans pesticide et où de nombreux bovins sont élevés en plein air – suscite la moquerie de la presse britannique de l’époque. Mais, le roi Charles III ne se détourne pas de son objectif vert : il œuvre pour l’agriculture biologique en créant Duchy original, devenu Waitrose Duchy Organic, un label de référence sur le marché alimentaire biologique. C’est ensuite le secteur de l’urbanisme qu’il veut rendre plus durable. Trois ans plus tard, il est donc l’un des premiers à annoncer la fin de l’usage des aérosols de l’ensemble de ses résidences, et construit un « village modèle », appelé Poundbury, sur ses terres du Dorset, dans le sud-ouest de l’Angleterre.

Sur la scène internationale, le prince Charles a démontré, à de nombreuses reprises ces dernières années, son engagement tenace pour le climat. En mars 2015, en visite à Washington, il appelle notamment le monde à « endiguer le flot des plastiques rejetés dans les océans ». En 2017, alors que le président américain Donald Trump menace de remettre en cause les accords de la COP21, il publie un manifeste, « Climate Change », pour sensibiliser aux périls du changement climatique. 

Plus récemment, en janvier 2020, l’héritier du trône britannique s’est exprimé au Forum économique mondial de Davos, où il a fait la rencontre de la militante Suédoise Greta Thunberg. « A quoi bon tout l’argent généré dans le monde en continuant de faire des affaires comme si de rien n’était, en ne changeant rien, si ce n’est guetter qu’il ne brûle pas dans des conditions catastrophiques ?« , avait-il lancé, en référence aux gigantesques incendies qui ravageaient l’Australie. Lors du sommet du climat à Glasgow, en 2021, il a exhorté les dirigeants mondiaux à « redoubler d’efforts » contre la destruction de la planète. Cette même année, Charles l’ écolo s’est également attaqué à l’une des industries le plus polluantes au monde : le commerce du textile. Soutenue par son association The Prince’s Foundation, une collection de mode durable composée de dix-huit pièces, en partenariat avec le site de vêtements en ligne Yoox Net-A-Porter, a été inaugurée. Dotées d’une identité numérique, il est alors possible de retracer l’histoire du produit, ses matériaux, ou encore l’artisan à l’origine de la création.

La crise du Covid-19 est venue renforcer ses convictions environnementales. Le Roi Charles III a donc lancé sa chaîne de télévision dédiée aux innovations vertes et idées inspirantes pour ouvrir définitivement la voie à un mode de vie plus viable. C’est sans compter les nombreux ouvrages dont il est l’auteur, ses parrainages dans diverses associations, ainsi que ses participations à plusieurs levées de fonds pour le climat. 

Décroissance, mot-clé d’EELV ? Tu parles !

Selon seize militants, Europe Ecologie-Les Verts (EELV) devrait devenir « le grand parti de la décroissance populaire dont nous avons un impérieux besoin .

tribune : Face à l’emballement des crises, nous savons que le futur désirable ne réside ni dans la croyance béate en l’innovation technologique, ni dans une croissance verte prétendument décarbonée. Nous savons que la voiture individuelle partout et tout le temps, l’avion « open bar », la viande à tous les repas, la mode en click and collect, n’a eu qu’un temps. Il ne s’agit pas seulement de petits efforts, mais bien de porter un projet sans ambiguïté de décroissance. Ceux à qui nous devons imposer la bifurcation, ce sont d’abord les multinationales et les multimillionnaires. Notre projet, enfin, c’est celui qui ne se trompe pas dans la désignation des responsabilités et des efforts à produire. Ceux à qui nous devons imposer cette bifurcation, ce sont d’abord les multinationales et les multimillionnaires. Leurs richesses doivent servir à financer un nouveau modèle collectif pour vivre mieux. Il s’agit maintenant de définir les conditions de réalisation.

Le point de vue des écologistes

lsssns : L’expression « mieux vivre » est un raccourci saisissant du malentendu entre les gens qui votent écologiste et les gens qui moquent les écologistes. Même si personnellement, je pense qu’il faut aller vers plus de sobriété et même probablement plus de frugalité, dire dès maintenant que les gens vont vivre mieux est quand même un sacré pari sur l’avenir !

Makaevitch : Intéressant de constater que leur profession de foi repose sur une forme de contradiction : haro sur le grand capital mais nous avons quand même besoin de lui pour le taxer et financer la transition écologique. Seul le secteur privé finance le secteur public, c’est le cas depuis plus de 3000 ans quand les premières cités-état de Mésopotamie taxaient les récoltes. Quand la transition écologique se mettra vraiment en marche alors on peut anticiper une baisse structurelle des recettes fiscales qui impactera inévitablement le périmètre du secteur public. Les entreprises sont par définition flexibles (celles qui ne le sont pas, ne survivent pas très longtemps) s’adapteront, quant au secteur public, ça risque d’être plus compliqué…

Macaron : Il y a un problème de logique : comment faire financer la transition souhaitée en prélevant sur des richesses qui ne valent en fait plus rien puisqu’elles existent grâce au système que l’on ne veut plus ?!

Michel SOURROUILLE : Pour « Génération Écologie (GE) » de Delphine Batho, la décroissance est déjà au programme,. Par contre EELV dans son ensemble est à des années lumières d’un tel saut conceptuel. Delphine était porte-parole de Yannick Jadot à la présidentielle, au sein de la Nupes on n’a accordé à GE qu’une seule mandature sur 22 postes, Delphine. Ajoutons que si la décroissance économique est abordée par certains, l’idée de croissance démographique n’est présentée par personne…

Regiomontanus : En Chine, une sécheresse sans précédent menace la croissance (Lemonde.fr du 19.08.2022). Comme si c’était une mauvaise nouvelle. Tout ce qui menace la croissance est bon pour l’humanité et tout le reste du vivant. Cela augmente les chances de survie.

Fchloe : Seule la baisse de la consommation d’énergies fossiles peut aider à lutter contre les GES. L’Allemagne se prépare déjà à devoir rationner le gaz cet hiver, le pays pourrait connaître une pénurie cet hiver. Le pays travaille à lister les industries qui devront être approvisionnées en priorité.

Chintok : Comme la croissance devrait être inférieure à 3,5 % cette année, deux points de moins que ce qu’espérait le gouvernement. les autorités ont relancé la production de charbon. Lancée par Xi Jinping en 2017, la « bataille pour le ciel bleu » marque donc une pause ! Croissance économique et stabilité sociale sont les alliés de circonstance contre les nécessités écologiques . « Nous devons garantir la fourniture d’électricité à la population », a affirmé le vice-premier ministre chinois. Décroissance, tu parles !

Ministre de l’écologie et ignare en écologie

Christophe Béchu, jusqu’alors ministre délégué aux collectivités territoriales, est devenu le 4 juillet ministre de la transition écologique. Son parcours le prouve, il n’y connaît rien en écologie. C’est un pur apparatchik de la politique, élu local en 1995 à l’âge de 21 ans, président d’un conseil général, sénateur ainsi que maire d’Angers, membre de l’UMP puis des Républicains, secrétaire général du parti de centre droit Horizons en octobre 2021. Ses études confirment son inaptitude. Diplômé de l’Institut d’études politiques de Paris, DEA de droit public, DESS de droit des interventions sanitaires. Tout comme sa prédécesseure, Béchu n’a jamais travaillé ni de près ni de loin sur le dossier environnemental. À l’évocation de son nom, Sandrine Rousseau s’exclame : « Une chose est déjà certaine : jamais croisé Christophe Bechu sur la moindre lutte écologiste ». Libération en rajoute : « Bleu pas vert. Remaniement : sans expérience dans le domaine, Christophe Béchu est nommé ministre de la Transition écologique. »

Il aura comme adjointe Caroline Cayeux (Cohésion des territoires), un autre produit de la politique classée à droite et certainement pas une activiste de l’écologie. Née en 1948, chargée de mission au cabinet du gaulliste Yvon Bourges de 1969 à 1973, prend sa carte au RPR après la victoire de la gauche en 1981, maire Les Républicains puis divers droite de Beauvais, présidente de la Fédération des villes de France depuis 2014. Autant dire que cette enseignante en droit et en anglais est allergique à l’écologie, de toute façon elle n’a jamais eu le temps de se préoccuper du climat qu’il va faire.

Olivier Klein, l’autre adjoint (au Logement), est comme par hasard une personnalité politique française. Né en 1967. il devient maire en 1995, un des deux vice-présidents du Conseil national des villes en 2015, président de l’Agence nationale pour la rénovation urbaine en 2017. Professeur certifié de sciences physiques, il est expert à propos des quartiers défavorisés mais on ne lui connaît aucune pensée environnementaliste, aucune action d’écologiste.

L’écologie ne sera pas à la fête

au cours de ce second quinquennat de Macron.

Ne faisons pas confiance à nos députés

Loin des querelles partisanes et des recherches d’une majorité, il faudrait rappeler l’article 27 de la Constitution française : « Tout mandat impératif est nul. Le droit de vote des membres du parlement est personnel ». Chaque député, représentant du peuple français et non d’un chef de parti, est directement responsable de son vote. Il doit agir en son âme et conscience pour le bien commun de la nation, qu’il soit de droite, de gauche ou d’ailleurs. Encore faut-il qu’il soit compétent pour voter à bon escient. C’est loin d’être le cas !

Audrey Garric

Devant l’Assemblée nationale, trente-cinq scientifiques de renom se relaient pour sensibiliser les élus de tous bords aux crises du climat et de la biodiversité, et présenter des solutions. La démarche, apartisane, a vocation à s’adresser à l’ensemble des 577 députés. Le climat ou la biodiversité ne sont pas un problème d’opinion politique, mais de science. Mardi 21 juin, ils étaient 58 à s’être déplacés : 36 élus Nupes (dont l’intégralité des 22 du pôle écologiste et 13 « insoumis », accompagnés par Jean-Luc Mélenchon), 20 Ensemble ! (dont 13 de La République en marche, LRM), ainsi qu’un divers gauche et un divers droite. Aucun membre des Républicains ni du Rassemblement national à ce stade. Un élu ne doit-il pas être « en pleine conscience écologique » pour voter par exemple la loi de programmation sur l’énergie et le climat ? Or, selon une étude de l’Ademe, 20 % des parlementaires estiment que le changement climatique ne fait pas l’objet de consensus scientifique et la même proportion pense qu’il s’agit « uniquement d’un phénomène naturel qui a toujours existé »… alors que la totalité de la communauté scientifique compétente s’accorde sur le fait que le réchauffement est dû aux activités humaines.

Le point de vue des écologistes

YW ; Très bonne initiative ! Hallucinant que tant de députés soient autant à la ramasse aujourd’hui sur un sujet vital. Une formation devrait être obligatoire pour tous les élus …et tous les citoyens en fait.

MiamMiam : une formation offerte « aux nouveaux arrivants au Palais-Bourbon qui le souhaitent » Tout est dit…! Ce qui est littéralement de l’ordre de notre survie et celle du vivant est une étape facultative et anodine pour nos décideurs. On sauvera le monde plus tard, après tout.

paul duvaux : En fait c’est sur tous les sujets qu’il faudrait former les députés, avec un examen pour vérifier qu’ils ont bien appris l’essentiel. Cela devrait être une obligation légale de suivre des formations et la note de l’examen devrait être publique. Aujourd’hui les lois sont écrites par les lobbies et les parlementaires sont en général parfaitement incompétents.

Tofou : On peut être député, faire des lois, les voter et être un ignare concernant le monde dans lequel on vit. Cela explique beaucoup de choses et justifie pleinement que des organisations de citoyens fassent entendre leurs voix par d’autres moyens. Nos institutions ont été construites à une époque où le temps s’écoulait lentement et les connaissances limitées, ce n’est plus le cas aujourd’hui.

Marine Le Pen : « Tout ce qui va dans le sens de l’intérêt de la France et des Français, nous le voterons ; tout ce qui nous apparaît toxique ou néfaste, nous nous y opposerons. »

François Bayrou : .« Il y a des personnes à droite, à gauche, au centre, aux extrêmes. Nous avons à inventer l’harmonie pour que toutes ces sensibilités entrent dans la symphonie qu’est la démocratie ».

Valérie Cabanes, l’écocide est un crime

L’écocide consiste en des « actes illégaux ou arbitraires commis en sachant la réelle probabilité que ces actes causent à l’environnement des dommages graves qui soient étendus ou durables ». Ils devraient être jugés comme tel, en temps de paix comme en temps de guerre.

Valérie Cabanes 

– Dans les années 1970, quand la guerre du Vietnam a conduit la communauté internationale à se mobiliser contre les atteintes à l’environnement, des juristes comme l’Américain Richard A. Falk ont, dès le départ, travaillé en parallèle sur un projet de protocole applicable en temps de guerre et sur une convention internationale sur le crime d’écocide applicable aussi en temps de paix. Mais seul le premier a abouti.

– Dans les années 1990, à nouveau, lorsque les compétences de la Cour pénale internationale (CPI) ont été discutées, une version préliminaire du statut de Rome, qui encadre les crimes les plus graves touchant la communauté internationale, prévoyait un même article – le 26 –, pour définir les crimes contre l’environnement en temps de guerre et en temps de paix. Plusieurs États nucléarisés – la France, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis – ont vu dans ce texte une menace à leurs intérêts et s’y sont opposés en faisant pression sur le président de la commission préparatoire. L’article a été supprimé au cours de la nuit.

– En 2019, une demande de reconnaissance officielle du crime d’écocide a été faite pour la première fois devant l’Assemblée des États parties chargée du contrôle administratif de la Cour pénale internationale.

Lire aussi, Délit d’écocide, où est le coupable ?

Extraits : …Punir la mise en danger délibérée de l’environnement voudrait dire incriminer l’organisation économique actuelle elle-même qui repose sur la destruction de l’environnement. Celle-ci est inscrite dans la logique motrice du mode de production capitaliste et des couples qu’il génère : productivisme et consumérisme, extractivisme et gaspillage. Que faire quand c’est tout un modèle de développement qui peut à bon droit être qualifié de criminel. Croit-on vraiment que nul « banditisme environnemental » n’entre dans l’essence que nous brûlons, le smartphone que nous utilisons ?

Références anciennes sur notre blog biosphere

5 octobre 2011, crime écologique, crimes verts, écocide

27 janvier 2015, D’une définition de l’écocide à une application pénale

Julien Bayou, un écotartuffe enfin député

Julien Bayou, un écotartuffe ? Ses premiers faits d’armes ont lieu dans les associations « Générations précaires » et « Jeudi noir » qui combattent notamment la crise du logement à Paris. Puis c’est « Sauvons les riches » avec l’organisation de mobilisations parodiques qui plaisent tant aux médias. Mais le happening nourrit difficilement son homme. Le plus efficace pour s’approcher au plus près de la galette reste la voie politicienne. Bayou adhère aux Verts en 2009 pour y faire une carrière météorite. Élu conseiller régional d’Île de France pour de bons et utiles contacts, il lancer le site aiderlesrefugies.fr et crée « Mon revenu de base ». Cette frénésie militante n’a aucun rapport avec la critique écologiste du croissancisme. Elle sert surtout à occuper le créneau médiatique du rebelle écolodegôche pour devenir député. L’Écologie politique n’a pas encore les militants qu’elle mérite.

Service politique : La deuxième tentative est la bonne pour Julien Bayou aux élections législatives : le secrétaire national d’Europe Ecologie-Les Verts (EELV) a été élu député le 19 juin 2022, dans la 5e circonscription de Paris avec 58 % des suffrages exprimés face à la candidate du camp présidentiel. Moins visible que Yannick Jadot pendant la campagne présidentielle, il a été remis en avant par les tractations qu’il a conduites ensuite avec La France insoumise, faisant des Verts un partenaire du parti de Jean-Luc Mélenchon dans la Nupes.

Le point de vue des écologistes : Le mensuel « La Décroissance » de février 2020 consacrait une partie de ses colonnes à faire le tri entre les « vrais » et les « faux » écologistes. Si la récupération des questions écologiques est un problème crucial quand des entreprises s’expriment « au nom de l’écologie » (écoblanchiment, greenwashing), une des difficultés est de ne pas tomber pour autant dans une chasse aux sorcières quand il s’agit de personnes. En souvenir de Molière, l’écotartuffe renvoie à l’hypocrisie de tous ceux qui prétendent « faire le bien » pour ne servir que leurs propres intérêts. Alors qu’il y a cinquante ans les mêmes se seraient mis « au service de la classe ouvrière », l’engagement écologiste est aujourd’hui le terrain privilégié des tartuffes modernes. Presque toutes les associations dans lesquelles Julien Bayou s’est engagé ont disparu depuis longtemps. Car il ne s’agissait jamais de s’inscrire dans un temps long, mais de multiplier les coups médiatiques pour servir une carrière.

Mais passons à l’essentiel, ces législatives 2022  plongent l’Assemblée nationale dans l’inconnu. Une majorité absolue de Macron envolée, deux partis contestataires consacrés comme premiers groupes d’opposition… Sur la dizaine de groupes potentiels, sept seront d’opposition dont trois seront en mesure de déposer une motion de censure. Ensemble ! obtient 246 sièges, la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes), 142, le Rassemblement national (RN), 89, le parti Les Républicains (LR) et l’Union des démocrates et indépendants (UDI), 64, la gauche hors Nupes, 13. La France insoumise (LFI) voit son nombre d’élus bondir, de 17 en 2017 à 75 aujourd’hui. Europe Ecologie-Les Verts (EELV) obtient 16 députés, Le Parti socialiste 27 et le Parti communiste français (PCF) 12. Mésententes assurées de tous les les côtés. A l’heure où on refile aux générations futures une planète pourrie, la décomposition politique de la France ne peut rendre optimiste.

Au-delà des élections, des perspectives

David Van Reybrouck, auteur de « Contre les élections » (Actes Sud, 2014) :

« En français et dans beaucoup d’autres langues, les mots « élection » et « élite » ont la même racine. L’élection est une procédure qui installe une élite, l’aristocratie héréditaire a été remplacée par aristocratie élective. En théorie tout le monde peut se présenter aux élections. Mais quand on regarde la pratique, c’est bien différent. On constate en France que moins de 2 % des électeurs sont membres d’un parti politique. Moins de la moité des encartés sont actifs. Et au cœur de ce tout petit pourcentage, un nombre infinitésimal va se présenter aux élections. Finalement dans ce groupuscule, quelques-uns seront élus. Et nous appelons ça la démocratie représentative ! C’est un peu exagéré, non ? Pour moi, le futur de la démocratie se situe dans de nouvelles formes de représentation de la population.

Avec un référendum ou un sondage, on peut répondre à une question par oui ou par non. C’est tout de même un peu limité. Dans un sondage, on demande aux gens ce qu’ils pensent quand ils ne pensent pas, il serait plus intéressant d’écouter ce qu’ils pensent quand ils ont la chance de penser. C’est ce qu’on appelle la démocratie délibérative : on contacte mille personnes comme avec un sondage, mais on les invite à venir se parler, à rencontrer des experts, à se nourrir d’information sur un sujet, puis, après les débats et les échanges, on leur demande leur opinion à nouveau. Et inévitablement les réponses seront plus avisées. Cette nouvelle forme de démocratie est extrêmement prometteuse.

Il y a une deuxième formule pour créer une représentation du peuple : le tirage au sort. Nos sociétés connaissent ce système dans un domaine limité, les jurys d’assises. Même si ce système n’est pas parfait, on voit que les jurés prennent très au sérieux leur devoir. Ils investissement énormément pour prendre une décision qui sert la justice. C’est un exemple qui montre que des citoyens lambda sont capables de devenir des citoyens alpha, qui se prennent en main et s’occupent du bien être de la société. Des personnes tirées au sort sont capables d’aller au-delà de leur propre intérêt. Elles ont peut-être moins de compétences que les élus politiques, mais elles ont une liberté bien plus grande qu’un parlementaire. Elles ne sont pas pieds et poings liés à toute une série d’intérêts commerciaux ou à leur parti politique. Si on couple le tirage au sort avec la démocratie délibérative, alors on peut arriver à des décisions nettement meilleures que ce que les partis politiques sont capables de faire aujourd’hui. » (Extraits de « Demain, un nouveau monde en marche »)

Dominique Rousseau :

Nous sommes au bout d’un cycle, celui d’une démocratie représentative pensée à la fin du XVIIIe siècle. L’abbé Sieyès pouvait dire en 1789 : « Le peuple (…) ne peut parler, ne peut agir, que par ses représentants ». Mais la « représentation écart » – est déjà inscrite dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 : « Les citoyens concourent personnellement ou par leurs représentants à la fabrication des lois. » Avec l’adverbe « personnellement », la compétence normative est inscrite en toutes lettres. En outre, on peut lire dans le préambule que la Déclaration vise à permettre au citoyen de « comparer » l’action du pouvoir politique avec ses droits, afin d’en « réclamer » le respect. Les fondements constitutionnels d’une démocratie continue sont présents dans cette reconnaissance d’une autonomie politique du citoyen. L’espace public est miné par les fausses informations et les bulles des réseaux sociaux où l’on se conforte dans ses propres idées. Pour s’inscrire dans la durée, les mouvements sociaux doivent se prolonger dans l’institution. Sinon, l’énergie citoyenne retombe, l’inventivité se perd. Il ne peut y avoir de démocratie sans institutions. Mais les institutions peuvent aussi étouffer la démocratie.

Je propose, pour fonder une « démocratie continue », d’instituer un « mandat délibératif » du député, des assemblées primaires de citoyens au sein de chaque circonscription, une refondation juridictionnelle du Conseil d’État, un statut de lanceur d’alerte pour dénoncer les dysfonctionnements des institutions et une articulation entre tirage au sort, référendum et rôle de la justice…

Contributions sur lemonde.fr :

Charles Monneron : La participation volontaire des citoyens aux problématiques publiques est un mécanisme de sélection des excités sectaires et des démagogues sans foi ni loi. Seul le tirage au sort des représentants est une alternative viable à la désignation par suffrage.

Keorl : « Nuit debout, les « gilets jaunes », les zadistes, tous ces mouvements sociaux expriment cette nouvelle revendication. » Si c’est ça, le futur de la démocratie, on est mal barrés.

Dump : Cet ouvrage de Rousseau, totalement théorique et hors sol, défend une thèse erronée et complètement démentie par la pratique. Quand on est sur le terrain et non cloué à sa table de travail, que constate t on ? Et bien, en dehors de flambées ou intérêt soudain mais éphémère, on constate les mille difficultés pour réunir les gens, des Assemblées Générales de six personnes (y compris dans de très grandes structures), la difficulté de réunir une poignée de gens pour le travail concret, etc une posture systématique de désintérêt des jeunes, après parfois un fort engouement de nature médiatique, et une apathie de plus anciens, etc. on n’en finit pas de le constater. Les exceptions, assez rares, explicables, ne sont pas la règle. Alors la soif de démocratie, ah ah ah !

Tinos : il y a eu un article dans LE MONDE il y a quelques mois sur quelques villages qui avaient tenté l’aventure de la démocratie participative. Résultat : au bout de quelques semaines, moins de 10% de participation, soit le pouvoir abandonné à une minorité. La question se pose plus de savoir comment reconstruire la confiance dans des représentants élus, voire d’en changer totalement, que d’inventer une espèce d’autogestion permanente citoyenne, qui ne marche pas, et donne le pouvoir, toujours, sans plus aucun contrôle à la toute petite minorité qui n’a rien d’autre à faire. Donc non !

Sarah Py : Toute réflexion sur la démocratie qui oublie la fonction politique est, je suis sévère, sans grand intérêt. Quand de Gaulle, qui a pu constater l’impuissance de la troisième République face à Hitler, puis celle de la quatrième, a élaboré cette cinquième République, il a eu à cœur de lier les principes démocratiques et les exigences propres à un pouvoir exécutif, cette capacité à l’action qui est le but in fine de la démocratie.

Michel SOURROUILLE : les membres de la Convention pour le climat ont travaillé pendant neuf mois pour répondre à une question ambitieuse, « Comment réduire d’au moins 40 % par rapport à 1990 les émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030, dans le respect de la justice sociale ? » Cette réflexion collective a abouti à 149 propositions soumises au parlement, mais, ce qui est moins connue, à un rapport de 600 pages dont voici quelques extraits significatifs de l’introduction : « Citoyennes et citoyens de toutes origines et professions, nous sommes représentatifs de la société ; nous avons été sélectionnés par tirage au sort selon une génération aléatoire de numéros de téléphone, sans nous être portés volontaires préalablement. Nous ne sommes pas des experts, la convention citoyenne reconnaît la capacité des citoyens moyens de s’exprimer sur un sujet d’avenir majeur. » Ce microcosme délimité statistiquement semble bien être une incarnation du peuple. Pourquoi ne pas généraliser une telle procédure ? La démocratie aurait tout à gagner à permettre fréquemment à un panel de citoyens de délibérer sur une thématique. Cette réflexion en petit groupe pourrait même faire l’objet d’émissions de « télé-réalité » en continu qui, pour une fois, serviraient à quelque chose. Reste à déterminer ce que les parlementaires, désignés encore pour le moment par élection, devront faire des résultats obtenus.

Tout savoir pour les législatives de juin 2022

L’arrivée des professions de foi dans nos boîtes aux lettres appellent plusieurs remarques. Nous nous appuyons sur l’exemple de la 2ème circonscription de Charente, 9 candidats.

1) les législatives ne sont pas une élection locale ! Le vote par circonscription n’est qu’une modalité électorale, les députés ne représentent pas leur département. Ils votent les lois et contrôlent l’action du gouvernement. Ils parlent au nom de la nation française et pas au nom de leur territoire de vote. D’ailleurs une personne de n’importe quelle origine géographique peut se présenter aux législatives dans n’importe quelle circonscription. C’est ce que n’a pas compris le candidat LR : « L’élu que je serai appartiendra à l’ensemble des charentais, je serai au service de chaque habitant de la circonscription, je défendra vos intérêts. »

2) les candidats ne représentent pas un parti politique. Selon l’article 27 de la Constitution, « Tout mandat impératif est nul. Le droit de vote des membres du parlement est personnel ». Le statut d’un député est donc nominatif, il ne dépend pas normalement des partis. Chaque député est directement responsable de son vote, la place des partis comme l’existence des circonscriptions ne sont que des modalités de sélection des candidat’e)s, pas une composante incontournable de la démocratie. La logique partisane devrait s’effacer, un élu devrait agir en son âme et conscience pour le bien commun de la nation. Une candidate, précédemment élue au nom de Macron, n’est pas une véritable démocrate quand elle écrit : « Changer complètement les vies suppose que le Président de la République dispose d’une majorité forte à l’Assemblée nationale… Faites confiance à la majorité présidentielle et à ses candidats… »

3) la lutte écologique est représentée par différentes tendances. La candidate de la majorité présidentielle veut rendre la planète plus vivable… en proposant la voiture électrique à louer pour moins de 100 euros par mois ». La gauche républicaine, européenne, écologiste et laïque désire « une société qui respecte les accords de Paris sur le réchauffement climatique ». L’écologie au centre se veut agir « pour notre planète, pour le respect des animaux… et pour la liberté vaccinale ». Le conglomérat «  Nouvelle Union Populaire Écologique et Sociale » veut balayer le programme de Macron en engageant des « mesures de salubrité écologique pour la fin des pesticides ou des fermes-usines ». Autant dire qu’il s’agit d’écologie du bout des lèvres et certainement pas d’engagements radicaux pour faire face à l’urgence écologique.

4) l’extrême droite est éclatée entre 3 tendances alors que son fonds de commerce reste le même : souveraineté, patriotisme, rassemblement national, submersion migratoire, islamisation. Son autre trait commun est de ne jamais aborder la question écologique.

5) l’extrême gauche avec Lutte ouvrière reste fidèle à elle-même, centrée sur « la soif de profit des capitalistes ». Pas un seul mot pour l’écologie….

Conclusion : autant dire qu’aller voter le 12 juin pour un écologiste relève plus de la tactique électoraliste propre à chaque personne que d’une raison de fond.

Le parti écolo tout puissant… en 2047

C’est en 2022 que tout a commencé. On sortait à peine de la pandémie qui a assigné à résidence la presque totalité de la population mondiale que l’invasion de l’Ukraine par la Russie a déstabilisé le principe de l’intangibilité des frontières. Les grandes puissances ont été amenées à se concerter en permanence, les prémices d’un gouvernement mondial était en germe. Et puis nous avons pris conscience politiquement de la fin inéluctable des énergies fossiles, les prix de l’ensemble des matières première a flambé, les révoltes sociales se sont généralisées, guerres et famines se sont multipliées, l’armée est intervenue et les casques verts sont apparus. L’écologie a pris le pouvoir. Comment diriger 10 milliards d’êtres humains si ce n’est en unifiant l’ensemble des peuples sous une bannière transnationale avec l’objectif de protéger la planète et tous ses habitants. Au niveau concret, il n’y avait qu’un modèle politique possible pour éviter la cacophonie, le parti unique puisque de toute façon tous les citoyens étaient devenus écolos.

Le Mouvement Universaliste Ecolo, après maints affrontements violents entre tendances partisanes, a trouvé son unité et peaufiné son organisation. Le bureau politique est constitué de vingt-cinq membres, le comité permanent de sept personnes seulement, le tout dirigé par le président du directoire. Devenir membre du MUE, c’est le rêve de tout citoyen. Le 4 juillet 2047, ce parti politique sans concurrent comprend 6,6 % de la population mondiale. Ses membres prêtent solennellement serment sous le drapeau vert du Parti, ils s’engagent à tout sacrifier au mouvement écolo. Mais on n’en devient pas membre d’un claquement des doigts, l’adhésion couronne la persévérance. Même pour une personne élevée au sein d’une famille écolo et ayant étudié l’écologisme à l’université, le processus dure environ deux ans. Le président du directoire lui-même n’a jamais caché avoir été recalé à neuf reprises avant d’obtenir sa carte. Il subissait les conséquence de l’activisme de son père qui avait été exilé autrefois en milieu rural pour anti-écologisme primaire. Pour rejoindre l’élite, il faut faire acte de candidature en envoyant une lettre de motivation à la cellule locale du MUE ; on en compte plus de 26 millions, tant dans les quartiers que dans les entreprises, les associations et l’armée. Une fois le principe de sa candidature retenu, l’impétrant doit fournir davantage d’informations sur sa personne, mais aussi sur son entourage. Commence alors une période d’un an durant laquelle le candidat doit suivre une formation verte, puis rédiger chaque trimestre un petit rapport politique. Il faut « rechercher la vérité dans les faits et faire preuve de détermination ». Des débats en interne ? « Ici, nous insistons sur la discipline », répond le président de l’académie voué à l’éducation de l’élite. Si le candidat est accepté, il doit verser une cotisation comprise entre 0,5 % et 2 % de ses revenus nets. Au bout d’une année probatoire, si tout va bien, il est adoubé. Moins de la moitié des postulant sont acceptées. De nos jours, il est délicat même pour un étudiant brillant de ne pas candidater.

Le MUE est le digne descendant du PCC (Parti communiste chinois). En 2019, au lendemain du 70e anniversaire de la prise du pouvoir par Mao, le président chinois Xi Jinping avait tiré les leçons de l’histoire du PCC : « Quand la Révolution a triomphé, le Parti a émis trois demandes à tous les cadres dirigeants : d’abord ils ne doivent jamais se couper des masses, même un instant. Deuxièmement, il faut poursuivre le combat, ne jamais céder à l’hubris et à l’arrogance et, troisièmement, il faut maintenir sa pureté politique et se prémunir à jamais contre toute tentation de corruption. Ce sont les trois raisons pour lesquelles nous sommes encore là et, si nous voulons continuer de gouverner, nous devons continuer de respecter ces trois points. » Dès 2013, Xi Jinping appelait les communistes à « s’autopurifier, s’autoperfectionner, s’autoréformer, s’autoélever » ? Le slogan retenu pour le centenaire du PCC en juillet 2021, « Suivre le Parti, toujours ». Les termes « mission » et « foi dans le Parti » deviennent omniprésents. C’est la voie à suivre,le pouvoir est stable et soutenu par des militants zélés. Ce système politique s’est étendu à la planète toute entière.

Le Rouge a viré au Vert. Dès le jardin d’enfants, les bambins ne sont plus incités à jouer aux « soldats rouges », ils sont désormais devenus des « soldats verts ». L’histoire du MUE est enseignée dès l’école primaire. Chaque segment de la population est appelé à avoir le « gène vert ». Ainsi, un bon étudiant se doit d’être « vert et expert », et les scientifiques sont amenés à « aimer le Mouvement ». Le MUE est omniprésent : dans les rues, les manuels scolaires, dans chaque quartier. Les entreprises n’y échappent pas : sur les cartes de visite des hommes d’affaires, la position au sein du Mouvement précède le poste occupé. Depuis 2045, le cinéma, les médias et les publications relèvent du département de la propagande du Parti. Idem pour les affaires religieuses et ethniques. Quiconque travaille directement ou indirectement pour le gouvernement pourra être détenu sans véritable processus légal ni moyen de recours en cas d’abus par les enquêteurs.  « Plus la responsabilité des cadres dirigeants est grande, plus leur position est importante, plus il est urgent de renforcer la supervision dont ils font l’objet », affirmait à l’époque une directive du PCC publiée le 1er juin 2021. Le monde entier vit dorénavant sous une sorte de « dictature de la majorité ».

Mais dans l’ensemble, les Terriens sont satisfaits de la situation ; on vit un certain équilibre avec les ressources renouvelables de la planète sans empiéter sur les besoins des générations futures. On ne parle plus de maoïsme ou de libéralisme, mais de « la pensée de René Dumont », gravée définitivement dans le marbre. Tout le monde marche droit, mais dans la bonne direction.

Source d’inspiration  : « Les 100 ans du Parti communiste chinois »

Écologie radicale ou écologie réformiste ?

Des saumons qui meurent brûlés par la température trop élevée d’un fleuve aux USA. L’Ukraine devenue l’épicentre d’un conflit global de l’énergie et d’une crise alimentaire mondiale… l’écologie est assurément l’affaire du siècle, mais faut-il une écologie superficielle ou une écologie de rupture ?

Nicolas Truong : Notre modèle de développement est un modèle de destruction et la véritable guerre mondiale, c’est celle qui oppose notre espèce à son environnement global. Face à ce constat, deux types de réponse, deux écologies. Une écologie « superficielle » et une écologie « profonde », que le philosophe norvégien Arne Næss (1912-2009) s’est attaché à distinguer dès 1973. « Superficielle », en raison de son inclination à proposer des solutions techniques sans s’attaquer aux racines d’un productivisme axé sur une conception anthropocentrée du monde. « Profonde », parce qu’elle associe l’humanité à toutes les formes du vivant. La fracture s’amplifie entre une écologie « conciliatrice » avec le productivisme et une écologie « radicale » qui cherche à rompre avec lui.

L’écologie correctrice repose sur le « développement durable », une idée forgée par le rapport de la commission Brundtland en 1987 afin de « répondre au besoin du présent sans compromettre la capacité des générations à répondre au leur ». Elle s’articule notamment autour des notions de « transition » (des énergies fossiles vers les énergies renouvelables), de « compensation » (comme la plantation d’arbres afin de compenser l’impact carbone d’un trajet en avion), de « soutenabilité » et « d’adaptation ». Le Green Deal européen s’inscrit dans le cadre de cette écologie « conciliatrice ». Cette option libérale et croisanciste est rjoint paradoxalement par une grande partie de la gauche : « C’est le capitalisme qui détruit la planète, ça n’est qu’en détruisant le capitalisme qu’on sauvera la planète ». Une gauche désarçonnée qui craint que l’écologique supplante l’économique, que la nature détrône la culture, que l’amour des oiseaux remplace le soutien aux prolétaires, que l’attention aux terres damées détourne celle pour les damnés de la Terre. Rien ne garantit alors que communisme ou socialisme nous préservent des ravages de l’extractivisme. Syndicalistes révolutionnaires et marxistes sont largement intoxiqués par l’imaginaire du capitalisme industriel.

Rosa Luxemburg (1871-1919) pensait autrement. : « Savez-vous que j’ai souvent l’impression de ne pas être vraiment un être humain, mais un oiseau ou un autre animal qui a pris forme humaine. Au fond, je me sens beaucoup plus chez moi dans un bout de jardin, comme ici, ou à la campagne, couchée dans l’herbe au milieu des bourdons, que dans un congrès du parti… Les oiseaux chanteurs disparaissent d’Allemagne. Cela est dû à l’extension de la culture rationnelle qui détruit peu à peu les endroits où ils nichent et se nourrissent : arbres creux, terres en friche, broussailles, feuilles fanées qui jonchent le sol. J’ai lu cela avec beaucoup de tristesse. » Il existe aussi une droite qui estime que l’écologie est intrinsèquement conservatrice, puisqu’elle vise à « conserver » la biosphère. Les partisans de la révolution conservatrice s’attachent à combattre une mondialisation qui détruit aussi bien l’ethnodiversité que la biodiversité. L’écologie néo-droitière repose également sur le localisme, sans oublier une certaine conception de l’« écologie intégrale » qui s’oppose aux OGM comme à la PMA au nom de la résistance à l’artificialisation du vivant. Un « anti-immigrationnisme vert » cherche aussi à articuler écologie et immigration. Hervé Juvin assure que l’homme doit « défendre son biotope » face aux « espèces invasives ».

Le point de vue des écologistes 

Les références à la droite, la gauche, et leurs extrêmes, deviennent obsolètes. L’urgence écologique appelle à dépasser l’antagonisme entre le travail et le capital, entre le social et l’économique. C’est en effet la durabilité des ressources et leur viabilité qui importe. C’est pourquoi l’écologie devient une valeur centrale qui va s’approfondir et s’épanouir tout au cours de ce siècle à condition que la face clairvoyante de l’humanité l’emporte sur sa face sombre et violente. Le manifeste marxiste de 1848 ne pouvait déboucher sur une révolution écologique. Il nous faut connaître maintenant des penseurs comme Jacques Ellul, Bernard Charbonneau, Ivan Illich, Alain Hervé, Serge Latouche, Phlippe Bihouix… Arne Naess. Rappelons les points principaux de la plate-forme de l’écologie profonde présentée par Arne Naess en 1973 : 1) le bien-être et l’épanouissement de la vie humaine et non-humaine sur Terre ont une valeur intrinsèque (en eux-mêmes). Ces valeurs sont indépendantes de l’utilité que peut représenter le monde non-humain pour nos intérêts humains. 2) la richesse et la diversité des formes de vie contribuent à l’accomplissement de ces valeurs et sont également des valeurs en elles-mêmes. 3) sauf pour la satisfaction de leurs besoins vitaux, les hommes n’ont pas le droit de réduire cette richesse et cette diversité. 4) l’interférence actuelle des hommes avec le monde non-humain est excessive et la situation s’aggrave rapidement. 5) l’épanouissement de la vie et des cultures humaines est compatible avec une diminution substantielle de la population humaine. L’épanouissement de la vie non-humaine requiert une telle diminution… 8) ceux qui adhèrent aux points précités ont obligation de tenter de mettre en place directement ou indirectement ces changements nécessaires.

Lire, Ecologie, communauté et style de vie d’Arne Naess (1976)

Lire aussi, Arne NAESS, Vers l’écologie profonde avec David Rothenberg (1992)

Macron en marche vers l’écologie superficielle

le pouvoir des deux ministres : En attendant de voir préciser par la première ministre Elisabeth Borne les feuilles de route avec les objectifs à atteindre pour le quinquennat, le « Journal officiel » publie le 2 juin 2022 les décrets définissant les périmètres attribuée à chacun de ses deux ministres de l’écologie. Emmanuel Macron avait voulu deux entités distinctes, l’une consacrée à la transition écologique et à la cohésion des territoires confiée à Amélie de Montchalin, l’autre à la transition énergétique dirigée par Agnès Pannier-Runacher. Les décrets indiquent de nombreuses cotutelles des directions. Le Réseau Action Climat, s’inquiète de ces responsabilités partagées. « Qui va faire quoi concrètement ? Pour Matthieu Orphelin, député écologiste, « cette architecture est totalement incohérente et contradictoire avec ce que nous disent les scientifiques : il faut traiter ensemble la biodiversité, l’énergie et le climat ».

Commentaire biosphèrique : La ministre de la nature aura pour mission principale de promouvoir la chasse à courre, la ministre des émissions de gaz à effet de serre sera chargée de mettre sous respirateur artificiel nos centrales nucléaires en fin de vie. Bref on démantèle, on divise, on rend ingérable. Bref, on n’y comprend rien. Voilà qui en dit long sur les volontés réelles de Macron quant à l’urgence écologique. Entre les mains des macronistes, la planification écologique (concept volé à Mélenchon) s’annonce comme une immense usine à gaz où l’on ne saura plus qui fait exactement quoi. En route donc vers la mise en place d’une gestion greenwashing du vieux monde business as usual. En réalité, il y a deux visions cohérentes (mais opposées) de l’écologie : soit naturaliste-décroissanciste dite aussi écologie profonde, soit technicienne-productiviste ou écologie superficielle. La première veut aller contre la production et la consommation au nom de la biodiversité et des générations futures (les acteurs absents), la seconde se contente d’amenuiser l’impact destructeur de la société thermo-industrielle (s’adapter à la catastrophe). La première ministre a bien compris ce que demande Macron, la protection de l’environnement, d’accord, mais jamais dans la douleur.

Elisabeth Borne : « J’ai pour objectif une transformation radicale de nos modes de production, de déplacement, de logement, de notre façon de nous alimenter, mais nous ne ferons pas l’écologie contre l’économie… J’exclus d’augmenter la fiscalité environnementale … Je vais permettre à chaque Français d’accéder à un véhicule électrique dans le cadre d’une location de longue durée pour un montant mensuel de moins de 100 euros… Quand on dit qu’on ne veut plus de chaudières au fioul, il faut être capable de proposer un système de chauffage abordable financièrement et qui réponde aux objectifs de confort des Français … L’écologie n’est plus la politique de quelques lanceurs d’alerte, elle est au cœur de nos politiques publiques à la condition de ne pas mettre en difficulté nos concitoyens ou les filières économiques ».

Lire, Élisabeth Borne, pragmatisme et petits pas

Michel Tarrier, une Dictature Verte obligée

D’après le livre de Michel Tarrier, « la démocratie tue la planète » :

« Pour être élu, il faut un peu de charisme, un maximum de bagout et ne pas lésiner dans l’outrance mensongère […] Tout se résume à l’économie, à la sécurité et à une certaine idée crâneuse de la nation (p180)… C’est donc clair, on ne peut compter sur le jeu démocratique, essentiellement théâtral et propagandiste, entre les mains sournoises de mégalomanes pour s’enquérir d’une véritable veille planétaire (p181)… Nos démocraties libérales sont trop mercantiles, trop pesantes, trop capricieuses et trop borgnes pour adopter les mesures nécessaires pour pérenniser les ressources planétaires (p 182)… Il suffit d’assister aux interminables tergiversations des nations quant aux mesures urgentes à prendre en ce qui concerne le changement climatique alors que le diktat utile d’un comité d’experts pourrait résoudre la question en deux temps, trois mouvements (p184)… Le législateur n’a jamais voulu s’entourer de scientifiques un tant soit peu véhéments pour une meilleure élaboration des textes. La société du faux-semblant a la dent dure et ne s’entoure que de conseillers béni-oui-oui pour ne rien remettre en question et persévérer dans ses erreurs coupables et rentables (p53) ».

Michel Tarrier plaide pour l’instauration d’une écocratie bienveillante imposant une décroissance, tant économique que démographique.

« Il est insuffisant d’inciter, il faut obliger (p185)… Quelle dictature préférez-vous ? Une dictature écologique bienveillante envers les générations futures ou une dictature du capital, de l’ultralibéralisme, du consumérisme aveugle, une dictature des lobbys qui hypothèque notre futur ? Nos démocraties occidentales ne sont rien d’autre que des dictatures en trompe l’œil (p189)… L’écocratie serait non arbitraire mais coercitive, non pas délétère pour les libertés mais contraignante à l’encontre de toutes les atteintes envers les valeurs pérennes de la planète, imposant un respect incontestable à l’endroit du Vivant (p192)  »

L’auteur s’insurge contre les qualificatifs tels que celui d’éco-fascisme : « Lorsque le maire d’une ville comme Barcelone oblige par ordonnance ses administrés à l’installation de panneaux solaires, fait-il œuvre d’éco-fascisme ? (p195)… La nouvelle écocratie aura comme pilier central l’état d’urgence écologique et reposera sur un pouvoir biocratique et conservationniste (p288) ».

Michel Tarrier termine son livre en listant un certain nombre d’objectifs à atteindre et de mesures d’urgence à mettre en œuvre :

1/ Institution d’une Organisation mondiale pour la biosphère émanant de l’ONU. Obligera tous les gouvernements à se doter d’un ministère du Futur qui aura un droit de regard sur tous les autres ministères.

2/ Mettre un « coup d’arrêt à la pétro-action ». Justification requise au-delà d’un véhicule par domicile, 4X4 assujetti à une autorisation. Arrêt du développement du réseau routier. Incitation au covoiturage, obligatoire dans bien des cas. Gratuité des transports collectifs et quasi-gratuité des transports régionaux. Péage automobile pour entrer dans les centres urbains. Restriction du trafic aérien. Lourde taxation frappant l’utilisation des dérivés pétroliers dans l’ensemble des activités industrielles.

3/ Instituer une dépopulation. « Notre monde surpeuplé ne passera pas le cap de l’effondrement post-pétrolier » (p153). « Moins nous serons nombreux, moins nous consommerons et plus nous serons prospères, voire heureux » (p218). « Encourager la surpopulation, c’est cautionner un crime volontaire contre l’humanité » (p 224). Comment instituer cette dénatalité nécessaire ? Par exemple : avantage fiscaux pour les couples ayant renoncé à procréer et des amendes pour toute naissance au-delà d’un enfant par femme (p230). Toute recherche médicale intentée dans le sens de l’allongement de la durée de vie devrait être proscrite ou privée de crédits (p231). Le renouvellement des générations dans les pays développés devra se faire par l’immigration.

4/ Inciter à un certain végétarisme. « Le mangeur quotidien de viande est un drogué […] Laisser ce type d’individu en totale liberté constitue un grave manquement à l’intérêt général » (p261). Exemple de mesures à mettre en place : instauration de tickets hebdomadaires ou mensuels de viande et/ou taxation de tous les produits carnés. De même pour le poisson.

Michel Tarrier doute cependant grandement de l’avènement d’une dictature verte bienveillante. Une vision pessimiste de la nature humaine et une conviction selon laquelle il est déjà trop tard lui fait écrire que « L’humanité ne guérira pas, elle disparaîtra. Tout ce qui précède n’est donc que littérature (p299) »

Lire, Une dictature verte

Que veut dire « délibération » en démocratie

A rebours des conceptions de la démocratie qui réduisent la décision politique au décompte des votes, la théorie délibérative mise sur la capacité des citoyens à trouver ensemble des solutions d’intérêt général, par l’information et la discussion.

Claire Legros : La notion de délibération suscite un intérêt renouvelé face aux choix complexes imposés par la crise environnementale. Mais de quelle délibération parle-t-on, qui y participe et comment l’organiser ? Dès la Grèce antique se pose déjà la question du risque de manipulation des foules par celui qui parle le mieux. A partir du XVIIIe siècle, la délibération, « à savoir un débat bien mené considérant toutes les données d’un problème et menant le cas échéant à la prise de décision » devient dans les démocraties modernes l’affaire d’une aristocratie élective distincte du peuple dans son ensemble, l’opinion des masses étant toujours suspecte de verser dans l’irrationnel. Pourtant la démocratie représentative implique, au-delà du vote, une participation active des citoyens à la délibération. Pour autant elle ne s’improvise pas. Depuis une trentaine d’années, des expériences de jurys citoyens associent délibération et tirage au sort, afin de garantir la qualité du débat et la diversité des origines sociales des participants. Les questions qui leur sont posées relèvent souvent de l’éthique ou de choix politiques complexes : avortement et mariage homosexuel en Irlande, réforme constitutionnelle en Islande, justice sociale et transition écologique en France avec la convention citoyenne pour le climat.

Lire, Une démocratie véritable par tirage au sort

Quelques remarques :

– En démocratie, il n’existe pas d’optimum législatif. Il faut dès le départ accepter que les propositions seront soumises à discussion, amendées et certaines abandonnées. Il y aura alors nécessité quelques années plus tard de reprendre le travail et ainsi de suite. La démocratie est un lieu vide, sans références stables, puisqu’il s’agit de délibérer en groupe pour arriver à prendre une décision qui peut aller dans un sens ou en sens contraire selon les circonstances. Mais c’est mieux que l’autre procédure décisionnelle qui repose uniquement sur des arguments d’autorité formulés par une religion ou un leader plus ou moins charismatique (pharaon, roi, dictateur, etc.).

La faiblesse de la participation citoyenne vient non pas de la méthode mais bien du peu de goût des citoyens à rester dans le processus délibératif quand leurs propositions ne sont pas retenues. C’est donc bien un défi socio-culturel : accepter de ne pas avoir raison tout de suite et même parfois tort.

– Quand les gens ne sont pas cultivés, quand ils ne lisent, ni pensent, n’importe quel démagogue peut les empapaouter ! Il faut d’abord éduquer les citoyens à PENSER par eux mêmes, donc à résister aux mécanismes d’endoctrinement, qu’ils soient le fait de pressions religieuses, de croyances politiques ou de diktats publicitaires.

Lire, Quelle démocratie dans une société écologisée

Lire, Penser l’avenir au nom des acteurs absents

Jadot présidentiable ? Autopsie d’un échec

Une stratégie peu lisible avec un candidat qui souffre « d’un déficit majeur de notoriété et d’image ». Yannick Jadot a privilégié une « incarnation sérieuse toute entière tournée vers la crédibilité », alors même que « la présidentielle exige une bonne dose de différenciation et un zeste raisonnable de provocation ». En clair, Yannick Jadot a cheminé sur « un positionnement trop peu disruptif ».

Lire, 2022, Yannick Jadot est-il présidentiable ? (1er avril 2022)

Denis Pingaud (ancien conseiller du candidat écologiste ) : son programme de présidentiable apparaît trop conventionnel, son pouvoir d’attraction s’en ressent. Jadot a voulu tellement “faire président” qu’il a même été amené à prendre une décision ridicule. Des membres de son entourage l’invitent à mettre la cravate, comme si la question était de draguer à la marge un électorat soucieux de code vestimentaire ! La question écolo est tellement importante, et le projet écolo a tellement d’ennemis, qu’il était nécessaire au contraire d’introduire des questions qui font débat. Il n’y en a pas eu. Sur le nucléaire, au lieu de marquer les esprits en revendiquant publiquement une sorte d’aggiornamento, il manie une rhétorique très défensive ; il affirme que le sujet devrait être traité de manière pragmatique. Il manque ainsi l’effet de surprise. Il s’interdit également d’employer le mot « décroissance », ce qui a l’inconvénient de rendre le récit moins radical et moins passionnant. Fin 2021, alors que la campagne, déjà, piétine, une enquête qualitative est commandée à un institut de sondage. Le diagnostic est implacable : « Trop sérieux, trop classique, trop scolaire, Yannick Jadot a du mal à donner sens à son propos, à relier l’infiniment grand de l’enjeu climatique à l’infiniment petit des engagements quotidiens pour l’environnement. Jugé sympathique, sincère et engagé, il est considéré comme trop peu charismatique et sans l’envergure suffisante pour briguer un mandat de président. »

Quelques remarques complémentaires

YDC : L’échec de Jadot est à relier à ceux de Hidalgo et de Pécresse. On peut dresser la liste de leurs erreurs et de leurs insuffisances mais il est difficile de croire que Le Pen et Mélenchon sont plus sérieux ou plus crédibles. L’époque, sans doute, est à l’outrance et à l’esbroufe.

Electron : Les candidats de gauche un peu sérieux n’ont eu aucune chance face à la machine à promesses et à simplification du lider maximo. Ce denier a conduit toute la gauche dans une impasse.

miliajc : Face a la montée fulgurante des extrêmes droite, pour la première fois de ma vie je n’ai pas voté écolo.

Brigitte Vuitton : Oui, il y a le mode de scrutin qui crée le vote utile, mais aussi un parti de bras cassés.

Matteo S : Dit autrement l’écologie est quelque chose de trop sérieux pour être confiée aux militants radicaux écologistes, surtout quand elle est trollée par des militants d’extrême-gauche façon Sandrine Rousseau, Éric Piolle ou Alice Coffin. L’écologie est un enjeu partagé par tous les partis politiques, certes avec des objectifs plus forts pour les uns que pour les autres, donc le sujet n’est plus assez différenciant. Si on adopte des postures trop radicales, on fait fuir la grande majorité des électeurs qui ne veulent pas être pas dirigés par des illuminés au nom d’une cause transcendante.

G RICH : Si les écologistes faisaient de l’écologie au lieu de gauchisme archaïsant, ils seraient mieux entendus des Français.

travailleur du 93 : Jadot avait sans doute les défauts évoqués ici (trop sérieux, trop solitaire, pas assez démago) mais il a surtout été victime d’un contexte:
– il a cherché à englober Rousseau avec lui alors qu’elle roulait clairement pour Mélenchon. En coupant les ponts dès le départ
avec le « woke », il aurait pu faire mieux, mais il aurait alors fracturé son parti. Résultat, EELV rejoint NUPES et la fracture se fait maintenant.
– l’effet « vote utile » de Mélenchon a tout écrasé dans les 15 derniers jours à gauche-ceux là même qui sont décisifs. Les sondages ont joué à plein pour que chaque camp se rallie à celui qui parait le mieux placé, favorisant ainsi Mélenchon, Macron et Le Pen.
– le parti EELV a effectivement des carences : ses militants sont trop déconnectés de la majorité de la population, ce qui rend difficile une présidentielle.

Lire, Connaître Yannick Jadot, présidentiable 2022 (8 juin 2020)

Lire, Yannick Jadot, une présidentielle au rabais (29 septembre 2021)

Lire, Yannick Jadot, un tempérament de perdant (11 avril 2022)

Nous avons TROIS ministres de l’écologie !!!

Élisabeth Borne, « Première ministre », en charge aussi de la planification écologique.

Amélie de Montchalin, Ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Agnès Pannier-Runacher, Ministre de la transition énergétique.

Le nombre fera-t-il le poids ou l’éparpillement fatal des responsabilités? Aurons-nous une écologie de la rupture ou du simple greenwashing ? Le parcours intellectuel de ces femmes nous donne quelques pistes. Nous avons bien affaire à des managers, surtout doués pour les affaires du présent au détriment des générations futures. Et certainement pas des écolos de conviction quand on a été formaté par les Grandes Écoles.

– Élisabeth Borne, Polytechnique, Ingénieure générale des ponts et chaussées, Master of Business Administration (MBA).

– Amélie de Montchalin, HEC Paris, master en administration publique à Harvard Kennedy School.

– Agnès Pannier-Runacher, diplômée de l’ENA et d’HEC.

Lire, Élisabeth Borne sera-telle bornée ou bien née

Quelques indications supplémentaires. On cherche vainement dans les profils de carrière un soupçon d’intérêt quant à l’urgence écologique.

– Amélie de Montchalin est considérée comme une libérale pragmatique versée en politique, dans l’ombre de Valérie Pécresse dès 2005 et élue députée de La République en marche en 2017, et nommée au ministère de la transformation et de la fonction publiques en juillet 2020.

– Agnès Pannier-Runacher, inspectrice des finances est nommée e n2018 secrétaire d’État auprès du ministre de l’économie et des finances, puis promue ministre déléguée chargée de l’industrie en 2020.

Quelques commentaires que nous faisons nôtre

Cytram : Le Syndicat des Fabricants de Peinture Verte a accueilli favorablement cette nomination. « Avec Amélie de Montchalin, la filière va pouvoir croitre et se diversifier, c’est une très bonne nouvelle », assurait cet après-midi au Monde le secrétaire général du SFPV.

Antispécisme : Quelles sont les actions concrètes pour la défense de l’environnement de ces dames ? Difficile de croire à la moindre conviction écologique chez ces gens-. Pour des managers formés au commerce, cela reste assez basique, tout problème n’est qu’un problème excel et tout se résout par l’entreprise et jamais par la sobriété). Le libalisem politique triomphe toujours, mise en concurrence, appât du gain, lutte contre les « coûts » sociaux et environnementaux, croyance au Dieu technologie. Quand Macron disait que son prochain quinquennat serait écologique ou ne serait pas, il fallait juste comprendre que son prochain quinquennat serait libéral ou ne serait pas. Simple à décoder.

Tagada : Agnès Pannier Runacher est la personne qui, en charge de la loi ASAP, a fait passer à la hussarde l’article 15 de cette même loi qui avait pour but, en simplifiant les procédures administratives, de réduire l’expression et l’influence du débat citoyen.

Effe : Ne pas confier la responsabilité de la transition écologique et de la transition énergétique au même ministère ne me semble pas être une démarche d’efficacité maximale.

Anonyme671 : En phase avec la politique climatique du gouvernement, il y a désormais une ministre qui nous dira de mettre des chapeaux et de la crème solaire quand il fait trop chaud.

Francis.C : Au moins, c’est clair : un beau trio à l’écologie sans aucune compétence particulière ni affinité, qui sera en charge de s’agiter et de trouver des mesures symboliques, et de ne surtout rien faire sur le fond.

Élisabeth Borne sera-telle bornée ou bien née

De l’architecture ministérielle autour d’elle, on ne sait encore rien, donc on va vers l’improvisation totale. Par exemple le ministre de l’agriculture restera-t-il le suppôt de la FNSEA ? La probabilité semble forte que soit créé un secrétariat général de la planification écologique directement sous la responsabilité de Matignon. Mais qu’a fait François Bayrou nommé par Macron « Haut commissaire au plan »  en septembre 2020 ? Rien ! Si l’énergie prend son indépendance par rapport à la transition écologique, alors on fait marcher l’écologie sur une seule jambe, et on ne sait même pas laquelle ! Si la « planification » se voit déclinée au plus près des territoires, cela voudra dire que l’État central se débarrasse du bébé, ce sera la faute des autres si rien ne se fait. Élisabeth Borne refuse comme tout croissanciste profond de rompre avec une vision négative de la transition, ce que d’autres appellent « écologie punitive » : “il faut arrêter de manger de la viande”, etc. Or la gravité des menaces exige une rupture écologique bien plus qu’une douce transition.

La question principale demeure : Jupiter Macron lui donnera-t-il les moyens ? Pendant son premier quinquennat, les ministres de l’écologie perdaient presque systématiquement l’arbitrage de Matignon, qui décidait in fine dans le sens voulu par le président. Un premier ministre vraiment écolo et libre de ses actes, on n’y croit pas encore…

Lire, 2027, premier ministre ET écologiste

Quelques réactions à la nomination de Borne

Another : J’ai un peu de mal à comprendre. Il me semble évident que dans un mois et demi, Mme Borne aura été une première ministre éphémère après le triomphe à venir de la NUPES et par conséquent l’accession à Matignon de Jean-Luc Mélenchon. Six semaines, ce n’est pas si long. Même Julien Bayou peut attendre.

UnQuidam : Le problème c’est le chef, Hulot était « ministre d’État » numéro 2 du gouvernement, mais sans pouvoir ni moyen, les arbitrages en agriculture aux ordres de la FNSEA. Depuis la déclaration solennelle de Macron le recul écologique se poursuit.

Led : On peut être rassuré. Élisabeth va : – Supprimer la FNSEA et interdire l’agriculture productiviste – Revenir sur les directives européennes qui permettent de pécher à tort et à travers – Interdire le glyphosate – …. Elle commence quand ?

Lorange : Sans les écolos qui alertent depuis 50 ans, nous ne serions même pas au courant de l’état désespéré de notre planète ! Pour mémoire les partis écologistes appuient leurs programme sur des études scientifiques. Alors les polytechniciens qui résoudraient seuls et par miracle le problème…

Le paraméen : Macron comme Borne pensent que les techno-sciences solutionneront la question existentielle du réchauffement climatique. Il n’est pas pour eux question de remettre en cause d’un seul iota le modèle de croissance. Cette conviction est dans leurs »gènes « , structure leur pensée et donc leur action. Donc nous savons déjà qu’à 5 années d’inaction sur le réchauffement climatique et ses conséquences (sauf pour définir des objectifs jamais atteints, la France est championne dans ce domaine) succéderont 5 années de faux-semblants, de mesures homéopathiques, de conventions, réunions et autres consultations bidons. Sarkozy, Hollande et Macron ne rendront jamais des comptes à mes enfants et à mes petits enfants qui connaîtront l’enfer sur Terre.

Francis Baque : Les espèces qui nous succéderont seront mieux adaptées aux écarts de température. A l’échelle du temps galactique, nos opinions ont bien peu d’importance. Pour le moment, je pense qu’avec mon SUV climatisé électrique, je me moque éperdument du changement climatique, d’autant que comme la mer sera plus chaude en Bretagne, ce sera tout bon pour le tourisme. Et nous devons nous précipiter pour manger le dernier poisson sauvage et brûler la dernière goutte de pétrole, en attendant de voir le lierre envahir les tours de no s centrales arrêtées faute de matière fissile.

Ilconte : Le bilan du quinquennat qui s’est achevé est à porter au passif du président réélu, très à l’aise dans le discours, mais pauvre en actes significatifs répondant aux enjeux écologiques. La loi « Climat et résilience » est tellement timide en termes d’objectifs et de déploiement de mesures concrètes que peu de gens l’inscrivent au crédit des macronistes. Même l’Autorité environnementale, insoupçonnable de radicalisme, a pointé les insuffisances, le retard de la France dans ces domaines. De plus, moults rapports (GIEC, Conseil d’analyse économique, France Stratégie, ADEME, etc) recommandent d’entamer véritablement le virage vers la transition écologique avec des perspectives de développement économique. Elisabeth Borne, « technocrate » reconnue, serait-elle plus crédible que le président qui l’a choisie alors que son passage au ministère de l’écologie n’a pas laissé de résultats tangibles? Le doute l’emporte.

le sceptique : Le candidat officiel de l’écologie fait 4,5%. Mélenchon a davantage parler de l’institutionnel et du social. Macron n’a parlé d’écologie que par opportunisme entre les deux tours. La question climatique relève au premier chef de la capacité industrielle, financière et technologique à éviter des émissions carbone et à les capturer. Il faut remplacer une infrastructure fossile nationale et mondiale, ce qui est un enjeu à 100.000 milliards $ aussi énorme que la révolution industrielle fossile.

les carottes sont cuites : De toute façon, je ne vois pas comment arrêter la cocote minute sans les efforts des 65 millions de Français et alors que la population augmente d une manière délirante en dessous de la méditerranée...

Élisabeth Borne, une premier ministre écolo ?

Polytechnique, ingénieure des eaux et forêts, Elisabeth Borne intègre le ministère de l’Équipement dès 1987, c’est une technocrate. Cabinet de Lionel Jospin en 1987, directrice de cabinet de Ségolène Royal en 2014-2015, puis à la tête de la RATP, c’est une politicienne qui monte. Bourreau de travail (dernier mail à 2 heures, premier avant 7 heures), réforme de la SNCF au pas de charge en juillet 2018, ministre des transports et de la fermeture des petites lignes, elle ne fait pas de cadeau. Elle a été ministre de la transition social-écologique en juillet 2019. Devenue premier ministre le 16 mai 2022 par la grâce de Jupiter, va-t-elle être plus performante que lors de son passage de simple ministre de l’écologie ? On en doute. Voici ce que nous écrivions sur ce blog biosphere le 12 juillet 2020.

Elisabeth Borne, les petits pas de l’écologie

Le passage à la tête du ministère de la transition écologique et solidaire d’Elisabeth Borne aura duré moins d’un an. Pas plus que ses prédécesseurs l’ancienne ministre n’a réussi à mettre la protection de l’environnement au cœur des décisions du gouvernement. L’avancée des politiques écologiques dépend d’abord des capacités à gagner des arbitrages en réunions interministérielles, et de la confrontation avec des ministères toujours puissants, comme celui de l’économie ou celui de l’agriculture. Il est donc évident que ce ministère est d’une instabilité chronique et renvoie aux choix du président de la République et du premier ministre. Le premier de nos ministres de l’écologie, est nommé en janvier 1971 « délégué à la Protection de la nature et de l’Environnement ». Dans son livre-témoignage, « Le ministère de l’impossible » (Calmann-Lévy, 1975), Robert Poujade s’appuyait sur sa propre expérience pour montrer l’impossibilité d’une politique écologique au sein d’un gouvernement obnubilé par le PIB. « C’est intéressant, votre ministère. Il ne devrait rien coûter à l’Etat », entend-il dès son arrivée. « Vous n’aurez pas beaucoup de moyens. Vous aurez peu d’action très directe sur les choses. » prévient le président de la République Pompidou ! Depuis 50 ans, on constate que la situation n’a pas beaucoup évolué, et Nicolas Hulot a du démissionner du ministère de l’impossible. La nouvelle ministre, Barbara Pompili, a donc de fortes chances d’être virée par Castex si elle fait bien son boulot… Voici un bilan du ministère Borne :

Quelques semaines après son arrivée, à la mi-septembre 2019, Elisabeth Borne avait signé une lettre au PDG d’EDF qui lui donnait une feuille de route pour envisager la construction de six nouveaux réacteurs EPR. Elisabeth Borne a voulu mettre l’accent sur la rénovation énergétique, mais elle n’a pas pu aller très loin, ses marges de manœuvre ayant été très réduites. Pas plus que ses prédécesseurs Elisabeth Borne n’aura infléchi la politique du gouvernement en matière de lutte contre la pollution de l’air. Elisabeth Borne a organisé une consultation publique sur la question sensible des distances minimales à respecter entre aires de traitement et habitations. On réclamait au moins 150 mètres, son décret a retenu des distances de trois, cinq, dix, voire très exceptionnellement vingt mètres. Elisabeth Borne a transféré aux préfets de nouveaux pouvoirs de décision, ce qui a affaiblit le droit environnemental. Enfin, Elisabeth Borne a été en retrait sur la scène internationale, déléguant à sa secrétaire d’État, Brune Poirson, une grosse partie du travail et de la représentation en matière de négociations climatiques (COP, etc.). Pour conclure, Elisabeth Borne ne pouvait pas mieux faire que ses prédécesseurs au ministère de l’impossible.

Voici nos articles antérieurs sur ce blog biosphere :

17 juillet 2019, Elisabeth Borne, l’écologie à la peine

5 septembre 2018, de Rugy ministre de l’écologie, l’ambition au pouvoir

31 août 2018, Nicolas Hulot vivait au ministère de l’impossible

19 mai 2017, Si le 1er ministre n’est pas écolo, il y aura blocage

16 novembre 2014, Etre ministre de l’écologie, une mission impossible

29 avril 2014, Ségolène Royal, une ministre de l’écologie incompétente

14 septembre 2013, un métier à haut risque, ministre de l’écologie

24 juin 2012, éviction de la ministre de l’écologie, un PS anti-écolo

Hommage à ta résistance, Anna Politkovskaïa

Le témoignage ci-dessous ne vient pas d’une écologiste. Mais il est intemporel, il montre que notre servitude vient d’abord de nous-mêmes et qu’il nous faut résister. Combien de militants pour un monde meilleur sont morts au combat ou emprisonnés, pensez à eux, agissez comme eux, soyez journaliste radical, lanceur d’alerte, casseur de pub, désobéissant, écoutant votre propre raison et pas celle des puissants... La Russie, c’est nous aussi.

Anna Politkovskaïa en 2004 : « Les valets souriront servilement, tous des petits gradés du KGB ayant reçu leurs postes importants sous Poutine, ils se mettront au garde à vous… Mais je constate que les responsables de tout ce qui se passe, c’est nous. Nous d’abord. Pas Poutine. Notre attitude vis-à-vis de Poutine, qui se moque cyniquement de la Russie, notre attitude, qui se limite à des « bavardages de cuisine », a permis à Poutine de transformer sans entrave la Russie. L’apathie dont fait preuve la société est incommensurable. Et elle est une indulgence pour Poutine pour les années à venir. Nous avons réagi à ses actions et à ses discours non seulement avec mollesse, mais avec peur. Et cette peur qui est la nôtre, nous l’avons montrée aux tchékistes, enracinés dans le pouvoir. Et cela n’a fait que renforcer leur désir de nous traiter comme du bétail.Pour le tchékiste soviétique, notre peur, c’est du miel. Il n’y a pas de meilleur cadeau pour lui que de voir trembler les foules, qu’il doit soumettre à sa volonté. (…)

Poutine a plus d’une fois montré en public qu’il ne comprend pas en principe ce qu’est une discussion. Surtout une discussion politique. Selon Poutine, un subordonné ne doit pas discuter avec son supérieur. Un subordonné qui se le permet est un ennemi. C’est pourquoi dès qu’on n’est pas d’accord avec lui, Poutine exige catégoriquement d’« arrêter l’hystérie ». C’est ce qui explique son refus des débats préélectoraux, il n’en est pas capable, il ne sait pas mener un dialogue. Il est exclusivement un « monologueur ». Selon le modèle militaire, tant qu’on est un inférieur on est obligé de se taire, mais une fois devenu un supérieur, on peut se contenter de monologuer et tous les « subordonnés » sont obligés de faire semblant d’être d’accord.

Pourquoi ai-je pris Poutine en grippe ? Pour tout cela. Pour sa nature criminelle. Pour son cynisme. Son racisme. Pour la guerre éternelle. Pour le mensonge. Je ne l’aime pas parce qu’il n’aime pas les êtres humains. Il ne nous supporte pas. Il nous méprise. Il nous considère comme un simple moyen pour lui, et rien de plus. Le moyen d’atteindre ses objectifs personnels de pouvoir. C’est pourquoi il peut faire de nous tout ce qu’il veut, jouer à sa guise. Nous exterminer selon son caprice. Nous ne sommes rien. Et lui, bien qu’étant accidentellement monté si haut, il est maintenant notre tsar et notre dieu ; nous devons l’adorer et le craindre.

En Russie, il y a déjà eu des dirigeants avec une vision du monde semblable. Ce qui a conduit à des situations tragiques. A des bains de sang. »

NB : Anna Politkovskaïa, journaliste, a été assassinée le 7 octobre 2006 dans le hall de son immeuble à Moscou pour ses combats pour la vérité sur le « génocide » tchétchène et la liberté de la presse.

Lire, Transgressons une légalité écocidaire !