politique

L’économie, plus importante qu’une pandémie

Donald Trump, président des États-Unis d’Amérique : « On perd des milliers et des milliers de personnes chaque année à cause de la grippe, et on ne met pas le pays à l’arrêt. On peut perdre un certain nombre de personnes à cause de la grippe. Mais on risque de perdre plus de personnes en plongeant le pays dans une récession grave ou une dépression. Il faut retourner au travail, beaucoup plus tôt que les gens ne le pensent. Nous ne pouvons pas laisser le remède être pire que le problème lui-même… »

Angel Gurria, Secrétaire général de l’OCDE : « L’heure est venue d’apporter des réponses immédiates et à grande échelle relever l’économie et la remettre en mouvement. faire en sorte que les initiatives prises dans de nombreux pays pour atténuer le ralentissement de l’activité économique et protéger les plus vulnérables produisent les meilleurs résultats possibles, qu’elles rassurent les marchés. La dislocation de l’économie causée par la crise due au coronavirus altère le fonctionnement des marchés financiers et fragilise les revenus et les bilans des banques. Il conviendrait, une fois passé le pic de la crise, de donner la priorité à un programme d’investissement coordonné entre les pays, notamment en faveur de la recherche médicale, du développement et des infrastructures.il serait également utile de s’attaquer aux facteurs qui détérioraient la confiance avant même l’apparition du coronavirus, notamment en éliminant les restrictions aux échanges… »

Commentaires sur lemonde.fr :

soyez le premier à réagir : Gurria exprime la véritable angoisse des économistes modernes : perdre l’économie de marché, le libre échange, la financiarisation du monde, les (bull-shit) jobs, bref, tout ce qui ne marche pas en temps de crise et qui détruit la planète. J’ai trouvé cet article écœurant à un moment où le monde est contraint se remettre en cause.

Quand les bornes : Extraordinaire ! En résumé le système capitaliste mondialisé et dérégulé a totalement échoué il faut donc…supprimer les dernières fragiles barrières pouvant protéger les populations et accélérer l’édification d’une administration mondiale qui sera encore plus inefficaces. C’est tellement logique…

Gilles SPAIER : Nulle part, il n’est question avec Gurria de changement de mode de vie. De cesser de faire le tour de la terre pou un oui ou pour un non et donc de transporter les virus avec les voyages incessants, d’arrêter le tourisme de masse et les immenses paquebots pollueurs et inutiles, de produire notre alimentation en respectant la nature et en arrêtant les élevages intensifs etc. etc.

Vert de Terre : Comme toujours, quand ça va mal, on demande aux états d’agir et quand ça va bien on demande aux états de ne pas perturber le business. Le nerf de la guerre étant l’argent, il est indispensable d’instaurer des règles commune de taxation des entreprises pour éviter un dumping fiscal suicidaire, indispensable de taxer le kérosène, indispensable de réguler et de taxer la finance et indispensable de taxer ce pour-cent d’hyper-riches qui on tant gagné ces dernières années. Ce faisant, les états auront enfin plus de marges de manœuvres pour s’occuper de santé, d’éducation, de protéger l’environnement, etc.

Super Sara : Le monsieur Gurria semble oublier la question climatique dont le Covid n’est qu’une gentille répétition si on ne fait rien. « il serait également utile de s’attaquer aux facteurs qui détérioraient la confiance avant même l’apparition du coronavirus, notamment en éliminant les restrictions aux échanges. » –> en fait, non, chéri, on ne veut plus d’échanges, plus de produits chinois produit comme des sagouins au détriment de l’environnement, plus de frelons asiatiques, plus des ces produits minables de chez H&M. La mondialisation, basta !

BOLAND : Je ne vois pas en quoi une diminution de la consommation est un énorme drame. Se mettre à jeûner , à manger plus équilibré, parce qu’on devient obèse avec tous les risques que cela comporte semble un comportement judicieux. Dans un monde fini, on ne peut plus rêver une croissance sans limites … On doit penser à vivre autrement, peut-être plus « pauvrement » …

Georges : les pays très mal gouvernés sont évidemment plus à risque : les USA, que l’OMS décrit comme le prochain Hubei, le Brésil dont le président appelle le virus une fake news, l’Iran dont le pouvoir niait l existence du covid jusqu aux élections… En Turquie la population se jette sur l’eau de Cologne, qu’elle pense être un remède.

AliBobo : Néanmoins il n’est pas faux de dire que la crise économique majeure qui se profile pourrait faire de 20 à 30 % de chômeurs aux US selon les analyses entraînera aussi des morts directement ou indirectement (misère, violences, usage des opiacés et drogues diverses). Chaque pays est confronté à cette redoutable ligne de crête entre protection sanitaire et défense de l’économie, les deux indispensables pour défendre la population.

Thymie : En dépit du caractère évident des traits du canard Trump (narcissisme, inculture, cynisme, absence de compassion, impulsivité maladive, tendance pathologique aux mensonges… on en passe…), il exerce une sorte de fascination sur des millions d’électeurs, fascination pas encore éteinte. En fait, ce n’est pas en dépit, mais finalement à cause de ces traits qu’il est arrivé là où il est, et qu’il a ces partisans. Car autant il y a des admirateurs de la dictature poutinienne (« joueur d’échecs »…), voire chinoise (« efficaces »…), autant il y a des soutiens de Duarte aux Philippines (« moins de dealers »…), autant il y a des trumpophiles voire trumpôlâtres EN RAISON de son désintérêt absolu pour les notions de morale, équité, concorde…

Soupir : Selon l’Imperial College de Londres, 3 scénarios sont envisageables pour les USA : dans le premier, aucune mesure de confinement. Résultat : 81 % de la population US serait atteinte, il y aurait 2,2 millions de morts (dont 4 à 8% de personnes de plus de 70 ans). La demande de lits en établissements de soins serait 30 fois supérieure à la capacité d’accueil existante. 2ème scénario : en associant mise en quarantaine des malades, confinement à la maison et évitement des contacts sociaux, le nombre de morts serait divisé par deux. En combinant toutes ces mesures de précaution et en y ajoutant la fermeture des écoles et des universités, 5 mois durant, la pandémie pourrait être stoppée. Faute de quoi, les USA vont devenir rapidement le nouvel épicentre du COVID-19. Très mauvais pour le business de Trump… et l’économie en général.

* https://www.lemonde.fr/international/article/2020/03/24/donald-trump-perd-patience-face-au-coronavirus_6034181_3210.html?contributions&page=4

** https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/03/24/angel-gurria-c-est-la-troisieme-et-plus-grave-crise-economique-financiere-et-sociale-du-xxie-siecle_6034237_3232.html

Covid-19, les réactions d’ultra-gauche

Le plus rigolo, les 11 mesures d’urgence prônées par La France Insoumise, un catalogue de revendications tout azimut dont nous extrayons quelques perles :

– 10 milliards d’euros doivent immédiatement être injectés dans le système de santé pour faire face à l’urgence et limiter les dégâts des politiques austéritaires de ce gouvernement ;

– Il faut intégrer le Covid-19 à la liste des maladies professionnelles.

– Gratuité des quantités nécessaires au bien-être pour l’électricité, l’eau et le gaz pour toutes et tous.

– Une prise en charge totale par l’État des frais d’obsèques des personnes décédées du fait du virus.

– Réquisitionner les usines et transformer les lignes de production pour fabriquer massivement : masque, gel hydroalcoolique, bouteilles d’oxygènes, masques et cordons respiratoires.

– Nous demandons la suspension de toutes les réformes en cours concernant le ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse.

Génération.s propose 10 mesures, centrées sur « l’impératif sanitaire en toute circonstance », avec bien sûr quelques piques contre les intérêts économiques et financiers :

1. Remboursement intégral et sans avance de frais pour l’ensemble des soins ;

2. Majoration salariale pour les métiers à risque face à l’épidémie de Covid-19 ;

3. Renforcement des sanctions pour les entreprises ne respectant pas les règles de sécurité sanitaire ; 

4. Réquisition des biens immobiliers vides pour héberger les personnes sans-abri ;

5. Dégel du point d’indice pour les fonctionnaires ;

6. Aide au loyer pour l’ensemble des bénéficiaires des minima sociaux ;

7. Prise en charge supplémentaire des soins thérapeutiques liés au handicap ;

8. Fermeture de la Bourse de Paris ;

9. Nationalisation de tout organisme de recherche présentant un intérêt stratégique dans le cadre de la lutte contre l’épidémie Covid-19 ;

10. Rétablissement de l’ISF. 

Nos conclusions : Ces deux partis ne pensent pas du tout à une société post-croissance, ils sont encore obsédés par le tout virus.

Covid-19, donnons un revenu de substitution

Pascal Perez, économiste : En France, cinq à dix millions d’actif n’ont pas de revenu de substitution si leurs clients sont empêchés. Des centaines de milliards d’euros sont nécessaires pour compenser l’effondrement de la demande. Une solution, la « monnaie hélicoptère ». Il s’agit d’un prêt perpétuel personnel financé par chaque banque centrale. Il est perpétuel car il est reconduit quand il arrive à échéance. Ce prêt permet aux ménages de faire face aux dépenses courantes jusqu’à ce que les affaires reprennent. La monnaie hélicoptère a été théorisée par le Prix Nobel d’économie Milton Friedmann, qui y voyait le dernier recours pour financer la consommation. Un ménage désargenté dépense alors qu’une grande entreprise qui emprunte à taux zéro rachète ses actions ou ses concurrents. En 2020, en accordant à tous les ménages de la zone euro un prêt perpétuel de 2 000 euros en moyenne, la BCE injecterait 300 milliards d’euros dans l’économie. Ce montant représente 3 % du montant total de la valeur des billets et dépôts à vue actuellement en circulation. Par comparaison, depuis 2015, la BCE a racheté pour 2 000 milliards d’euros de créances d’entreprises et d’Etat pour soutenir la croissance. (ndlr : Cela laisse de côté tous les pays où la chute du prix des matières premières et de l’activité touristique va entraîner de nouvelles émeutes de la faim.)*

Denis Consigny, promoteur du revenu universel de base : Jusqu’à présent, les différents projets de distribution de revenus de façon universelle et inconditionnelle ont été essentiellement présentés sous l’angle de leur contribution à la lutte contre la pauvreté. Mais nous vivons actuellement une période où les responsables en sont réduits à choisir entre relativement peu de morts moyennant beaucoup d’emplois détruits, et relativement peu d’emplois détruits moyennant beaucoup de morts. Dans ce contexte, un revenu d’existence présenterait l’avantage de calmer le jeu. Il suffirait de porter son montant au niveau du minimum alimentaire vital et ce sans obliger quiconque à « voler pour survivre ». Le versement des salaires et charges, mais aussi des loyers et échéances d’emprunts, pourraient aussi être suspendus pendant la durée du confinement. La sortie de trésorerie ponctuelle que subirait le Trésor public pourrait être compensée à court terme par la même quantité de création monétaire mise à sa disposition par la Banque centrale européenne (BCE), et à long terme par les rentrées fiscales préservées du fait de la moindre destruction des actifs et des emplois.**

Galatée sur lemonde.fr : Le principe est intéressant . Personnellement, je n’en ai pas besoin . Oui aux personnes dans le besoin, non à tous les ménages, la notion de ménage étant trop disparate . A la fin de cette crise beaucoup de français vont être appauvris, une minorité va s’enrichir comme souvent en temps de guerre donc inutile de leur donner un prêt perpétuel .

Sayah : Mais à quoi ça servirait ? On est dans une sociale démocratie, l’assurance chômage existe et qu’on ne meurt pas de faim même si on ne peut pas aller travailler. Et avant qu’on me traite de « 1 % » ou je ne sais quoi : je suis au smic et je plaide coupable pour les fast-food. Je ne vois vraiment pas où iraient 2000€ par ménage, sur Amazon certainement. Si des gens en ont effectivement besoin, il faudrait peut être faire l’effort de les cibler spécifiquement plutôt que de balancer de l’argent par les fenêtres…

L B 2 @ Sayah : La réponse est simple. Donnez de l’argent aux plus pauvres et l’argent et immédiatement réinjecté dans l’économie. Donnez de l’argent aux banques et aux grands groupes comme cela est fait d’habitude et l’argent ne va pas dans l’économie réelle mais reste dans la finance.

cadres désabusés : A quand un article sur l’épargne de précaution qui doit justement servir dans la crise actuelle ? Le taux d’épargne des ménages des classes populaires (2 premiers déciles) est de 2,4%. Ainsi, il est possible de mettre de côté 3 mois d’épargne de précaution en moins de 10 ans de carrière. Donc où est le problème ? D’autant plus que les fonctionnaires n’auront pas de baisse de traitement et les salariés du privé conserveront une partie importante de leur salaire.

Arbus aux cadres désabusés : Ah si seulement ils y avaient pensé ! C’est sûr, avec 50 % des gens qui gagnent moins de 1700€ par mois et 30% moins de 1500, ils font de l’épargne sans difficulté. De la part d’un cadre au salaire médian de 3100 € par mois, c’est un peu facile, vous ne trouvez pas ?

cadres désabusés @Arbus : votre argumentaire ne tient pas, sauf pour un couple en tout début de carrière. Quand vous êtes à mi carrière, après 240 ou 250 mois de salaire au smic, si vous n’arrivez pas à mettre l’équivalent de 3 mois (soit un effort d’épargne de 1,2%) durant ces 20 ans, il faut peut-être se poser les bonnes questions !

Jean Sérien : Perso je n’en aurais pas besoin et donc ne le solliciterai pas. Personne en France n’a de livret A, d’assurance vie ? Ou seulement les 1% les plus riches ?

* https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/03/19/pascal-perez-un-pret-perpetuel-personnel-finance-par-chaque-banque-centrale_6033648_3232.html

** https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/03/19/le-revenu-d-existence-pour-calmer-le-jeu-en-situation-de-crise_6033630_3232.html

Pire que le Covid-19, notre système prédateur

Cette crise sanitaire est un coup de semonce. Elle met en évidence l’extrême fragilité des arrangements humains mais aussi l’ampleur de l’impréparation dans laquelle se trouvent nos sociétés. Nous devons, nous suggère le Président, changer de modèle de développement. Mais depuis des décennies, des centaines de chercheurs le réclament. Nous devons rompre avec le productivisme et le consumérisme, mettre en œuvre une politique de sobriété sans laquelle nous ne parviendrons pas à stopper l’emballement climatique. Nous devons adopter d’urgence d’autres indicateurs de référence que le PIB, l’empreinte carbone encore les neuf limites planétaires de Rockström . Nous devons inventer et construire une société postcroissance.

Le coronavirus n’est rien à côté des événements qui s’abattront sur nous à mesure que la crise écologique déroulera implacablement ses conséquences. Tempêtes, cyclones, assèchement, montée des eaux, sols improductifs, famines et évidemment guerres et affaissement de la démocratie. Si nous ne savons pas résister au coronavirus, comment y résisterons-nous ? Comment lutterons-nous contre les virus que le permafrost risque de libérer ? Comment ferons-nous face à des événements que nous ne sommes même pas parvenus à imaginer et à des effets de seuil qui rendront brutalement présents et irréversibles des phénomènes que nul n’imaginait ? Comment comprendre que nos sociétés ne se préparent en rien à des événements qui pourraient advenir dans un laps de temps très court. Nous devons impérativement dès aujourd’hui faire entrer nos sociétés dans un véritable processus de reconversion.

Pour cela, nous devons en effet engager des ruptures majeures. Rupture avec un capitalisme débridé qui est à l’origine de la situation dans laquelle nous nous trouvons. Rupture avec une liberté de circulation des capitaux dont même le FMI reconnaît la toxicité. Rupture aussi avec la désindustrialisation de notre pays et la délocalisation de nos productions.Comme au sortir de la Seconde Guerre mondiale, il nous faut trouver l’énergie de la reconstruction. Une reconstruction non plus portée par l’idéologie prométhéenne de la mise en forme du monde à l’image de l’homme, mais par une éthique de la modération, de la limite, de la mesure, que l’Antiquité avait su inventer mais que nous avions oubliée. Nous avons perdu un temps précieux lors de ce dernier quinquennat.

Dominique Méda (extraits)

NB : sur ce blog biosphere nous disons depuis longtemps la même chose, par exemple :

17 mars 2020, Virus et état de guerre, allons à l’essentiel

16 mars 2020, Virus et Climat, il faudrait agir de même

13 mars 2020, Le virus Covid-19, vecteur de décroissance

22 septembre 2018, Quelle transition pour le mouvement de la décroissance ?

1er septembre 2017, BIOSPHERE-INFO, Gouverner la décroissance ?

27 août 2012, mécanismes d’un effondrement économique rapide

7 novembre 2007, fragilité de la puissance

Bilan trés écolo des municipales

Parmi les quelque 47,7 millions d’électeurs appelés à élire leur maire, moins de la moitié aura au final glissé un bulletin dans l’urne (avec une abstention entre 53,3 et 56 %), validant une importante poussée écologiste dans une ambiance générale surréaliste après que le gouvernement a décrété samedi soir la fermeture de tous les « lieux recevant du public non indispensables à la vie du pays ».« L’épidémie écrase tout commentaire politique », a estimé,sur France 2, le secrétaire national d’Europe Ecologie-Les Verts (EELV), Julien Bayou. Pourtant, au regard des premiers résultats, les Verts enregistrent de bons scores lors de ce scrutin ; à Lyon, Bordeaux, Strasbourg, Grenoble, Tours ou encore Besançon, où les candidats estampillés EELV sont en tête. L’écologie politique est passée d’une offre de témoignage à une force politique majeure.

Une chose a en effet changé en vingt ans, l’état de l’opinion publique. Personne ne peut plus se dire en désaccord avec l’objectif de préserver la planète ou celui de lutter contre le réchauffement climatique. Il y a eu un basculement particulièrement ressenti il y a deux ans avec les marches internationales des jeunes pour le climat. A ce moment-là, les parents, les grands-parents et les enseignants ont commencé à se sentir concernés. Un autre moment-clé a eu lieu en 2019 avec les épisodes caniculaires de l’été. En septembre 2019, l’enquête Fractures françaises montrait que la protection de l’environnement était devenue la première préoccupation des Français interrogés (52 %), devant l’avenir du système social (48 %) et le pouvoir d’achat (43 %). Une première. D’où un nouveau positionnement politique de l’opinion publique. Une étude de « Destin commun »s’est appuyé sur une enquête de l’institut Kantar : 86 % des sondés veulent « agir (…) pour les jeunes générations », 78 % estiment « penser souvent aux enjeux liés à l’environnement », 77 % y perçoivent une « opportunité pour créer de nouveaux emplois », 68 % considèrent que « la protection de l’environnement pourrait nous unir par-delà nos divisions », 66 % affirmant que « la plupart des gens ne prennent pas assez au sérieux le changement climatique ». Il y a désormais trois forces politiques en présence. Celle qui monte est la tentation populiste (de droite ou de gauche) avec personnification par un leader et désignation de boucs émissaires à nos difficultés (les immigrés, les « élites », l’Europe…). Face à cela, un magma qui se dit « progressiste » et rassemble des forces de droite comme de gauche au nom de la démocratie et de la libre entreprise. La troisième voie, celle de l’avenir, s’articule autour de l’écologie politique.

Cette irruption massive de l’écologie dans l’imaginaire des gens est prise dorénavant très au sérieux par les partis politiques. En France, les candidats aux élections municipales tombent tous d’accord sur la végétalisation dans les villes mais s’affrontent encore sur la place à donner aux éoliennes. Que dire alors de spécifique quand tous les candidats de tous bords se veulent écolos ? Quelle est la place d’un parti écologiste ? Elle se trouve dans la radicalité, il faut montrer que les mesures à prendre ne vont pas faire plaisir aux Gilets jaunes, aux membres des services publics, aux retraités, aux travailleurs dans les secteurs anti-écologiques, à ceux qui gagnent beaucoup trop… mais qu’elles sont incontournables. On sait dorénavant qu’on ne peut pas avoir à la fois croissance économique et décroissance des émissions de gaz à effet de serre. Nous allons être forcés de réduire les échanges internationaux de biens et même de personnes. Tout bascule. La sobriété sera partagée, sinon nous courrons collectivement au désastre. Les commentateurs sur lemonde.fr sont d’ailleurs très dubitatifs vis-à-vis non seulement du verdissement des partis politiques, mais aussi sur celui des citoyens.

Thierry Piot : Les électeurs de Dati/Ciotti/Fillon/Sarkozy/lepen se sentent vraiment concernés par l’état de l’air/eau/bouffe que nous ingurgitons ? et les gens qui se complaisent devant BFM, Figaro, Le Point, Valeurs Actuelles, aussi ? Wa… en effet, ce serait un véritable tournant.

Bobby Videau : « L’écologie, première préoccupation des Français ». Cela signifie que les Français vont demander une décroissance économique et la baisse de leur pouvoir d’achat, histoire de ne plus détruire l’environnement ? J’ai quand-même un doute là…

L Éveillée : Cela me rappelle un ancien sondage pour connaître la chaîne de TV préférée des français qui plaçait Arte en tête, bien devant la Une.

MaxLombard :Tout le monde il est écolo tout le monde il est gentil mais personne y veut payer !

daniel.G : Tout le monde est écolo, mais quand on a voulu mettre une taxe sur le diesel, plus personne n’était écolo. A prévoir : la pensée écologique va buter inévitablement sur les exigences matérielles et économiques, donc ne se fera pas sauf si l’humanité y est acculée.

ca_alors : Il y a l’écologie sympa: respect de l’environnement. Il y a l’écologie punitive. Et là, à proférer des menaces incantatoires en permanence, et complaisamment relayé par les média, c’est le mauvais versant de la religion .

Thierry Piot : @ca alors. Hum, vous devriez réaliser que le côté sympathique du respect de l’environnement (c’est vrai qu’en ce moment, l’agridustrie par exemple, la respecte beaucoup, la nature) va très vite être remplacée par la punition maximum, infligée non pas par des écolos directifs, mais par la planète elle-même : ressources insuffisantes et polluées, populations déplacées par les aléas climatiques, maladies liées à la toxicité de l’air/mer/terre/bouffe, assurances dans l’incapacité de rembourser les dégâts liés au réchauffement climatique, économie handicapée (le coronavirus illustre la fragilité de notre système)… bref, vous devriez vous accommoder des écolos intransigeants, car ce sont des bisounours comparé à ce qui nous attend.

PHILEMON FROG : J’éprouve ce sentiment : « enfin ! après 30 ans désespérants ! » La prise de conscience est acquise et elle est forte. Mais la réaction réelle reste timide et tâtonnante. Nos gouvernants et une grande partie de la classe politique y restent indifférents, ils feront le minimum avant 2022 et ce seront 5 années perdues, ce qui est énorme et rédhibitoire. Quant aux particuliers, ils se disent encore : pourquoi agirais-je si les autres ne font rien ? Mais c’est désormais avec un sentiment de honte et de culpabilité. Il faut transformer cette honte en réaction. Je suis convaincu que ça peut se faire rapidement désormais. Ça s’est déjà amorcé.

Gilles SPAIER : Le problème est que beaucoup de nos « décideurs » ont eu le logiciel de leur cerveau implanté il y a quelques dizaines d’années. Ils disent « oui l’écologie c’est important » mais en restent avec le es. La santé de Bayer d’abord, celle des populations, surtout rurales, n’a pas d’importance. Dans les faits, l’écologie, ils s’en fichent.

Electron : Le véritable défi, c’est que notre développement économique et notre société sont fondés sur 80% d’énergies fossiles, à la fois dispensatrice de gaz à effet de serre mais aussi non renouvelable, donc appeler à se raréfier puis disparaître, notamment le pétrole. Les conséquences de leur fin ne sont pas connues, mais risquent d’être délétères pour l’humanité.

VincentB : L’ étude « Destin comun » met en relief l’immense écart entre la volonté et les actes. Toujours plus d’avions (cf les projets d’agrandissements des aéroports de Roissy et Nice), toujours autant de bagnoles sur les routes et de pub pour les SUV, de viande, de lait, de fraises en hiver (vendues en magasin bio, s’il-vous-plaît), de terrasses chauffées … Pendant ce temps-là, E. Borne prenant son courage à deux mains, freine sur les éoliennes, parce que certains ne trouvent pas ça très beau dans le paysage. On a connu ministre plus téméraire. Qui osera mettre les français devant leurs contradictions ? Et leur dire qu’ils doivent INDIVIDUELLEMENT changer de comportement.

17 août 2019, L’écologie politique comme force dominante ?

23 février 2020, Des municipales à l’heure du verdissement

17 novembre 2019, Municipales, tous écolos ou presque !

Virus et état de guerre, allons à l’essentiel

« Nous sommes en guerre, allons à l’essentiel. » Ainsi pourrait se résumer l’intervention télévisée du président de la république française lundi 16 mars (lire en fin de cet article). Mais il ne s’agit que de lutter contre le coronavirus pour une période que Macron estime temporaire. Notre réalité structurelle est tout autre. Nous avons fait la guerre à la planète, épuisé ses richesses et ses potentialités, il est urgent de faire la paix. Mais cela veut dire aller à l’essentiel, pratiquer le rationnement pour une sobriété partagée et ce sur une période très très longue. Voici quelques références sur notre blog biosphere :

23 décembre 2019, Après les fêtes de Noël, l’économie de guerre

« Mon discours ne fera jamais recette. Je (Yves Cochet) ne suis pas entendu, et c’est précisément pour cela que l’effondrement va arriver. Pour s’en sortir, il faudrait une économie de guerre comme à Londres, en 1941. Je suis pour le rationnement de l’essence, des vivres, des vêtements, et pour le contrôle des naissances. Mais il n’y a pas d’exemples dans l’Histoire où une économie de guerre a été adoptée avant la guerre. Les gens ne l’acceptent pas. Aujourd’hui, la préoccupation première des Français, c’est le pouvoir d’achat…

3 décembre 2019, état de guerre, la planète ne négocie pas

Le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres affirme, à la veille de l’ouverture de la conférence sur les changements climatiques (COP25) : « L’espèce humaine est en guerre contre la planète et la planète rend coup pour coup. » Il a présenté la liste effrayante des effets dévastateurs de plus en plus « meurtriers » du réchauffement : hausse du niveau des océans, fonte des calottes polaires, sécheresses… « Le point de non-retour n’est plus loin à l’horizon, il est en vue et se rapproche de nous à toute vitesse »…

4 octobre 2011, Avec Lancia, abandonnez le superflu, ne gardez que l’essentiel

Abandonnez le superflu, ne gardez que l’essentiel. » Message admirable qui passait à la télé. Mais il s’agit d’une pub pour la nouvelle Lancia Ypsilon qui poursuit : « redécouvrez l’élégance et laissez-la s’exprimer » … Abandonner le superflu pour ne garder que l’essentiel se trouve du côté de la simplicité volontaire et bientôt de l’austérité obligée quand on s’apercevra que les réserves de pétrole ont une fin et que les publicitaires nous ont trompé et fait vivre un rêve sans lendemain…

7 juin 2010, Blood, Toil, Tears and Sweat

« I have nothing to offer but Blood, Toil, Tears and Sweat » s’exclamait Churchill le 13 mai 1940 : « Je n’ai rien d’autre à offrir que du  sang, de la peine, des larmes et de la sueur ». Nous sommes en état de guerre, de guerre contre la planète ; la question monétaire est secondaire par rapport à la question des ressources physiques. Bien plus, tout ce que nous avons imaginé antérieurement pour sortir de la crise financière (remettre en route la machine à créer de la monnaie dans les banques) ne servira qu’à mieux préparer la prochaine crise. Les politiques doivent faire leur le diagnostic de Jean-Marc Jancovici et Alain Grandjean : « Osons le dire : celui ou celle qui arriverait, aujourd’hui, avec les idées claires sur la contrainte des ressources naturelles, et qui aurait un programme bien bâti pour y répondre, avec un mélange de souffle nouveau et d’efforts pour chacun, celui-là ou celle-là pourrait être audible. »…

Discours de Macron : « Samedi soir, les restaurants, les bars, tous les commerces non essentiels à la vie de la nation ont également clos leurs portes… Jamais la France n’avait dû prendre de telles décisions, évidemment exceptionnelles, évidemment temporaires en temps de paix. Elles ont été prises avec ordre, préparation, sur la base de recommandations scientifiques avec un seul objectif : nous protéger face à la propagation du virus…Nous sommes en guerre, en guerre sanitaire certes. Nous ne luttons ni contre une armée ni contre une autre nation, mais l’ennemi est là, invisible, insaisissable, et qui progresse. Et cela requiert notre mobilisation générale. Nous sommes en guerre. Toute l’action du gouvernement et du Parlement doit être désormais tournée vers le combat contre l’épidémie, de jour comme de nuit. Rien ne doit nous en divertir… Nous sommes en guerre. J’appelle tous les acteurs politiques, économiques, sociaux, associatifs, tous les Français à s’inscrire dans cette union nationale.. Nous sommes en guerre et la Nation soutiendra ses enfants qui, personnels soignants en ville, à l’hôpital, se trouvent en première ligne… »

https://www.lemonde.fr/politique/article/2020/03/16/nous-sommes-en-guerre-retrouvez-le-discours-de-macron-pour-lutter-contre-le-coronavirus_6033314_823448.html

Contre les exportations française d’armement

Cocorico, la France est sur le podium, troisième place du marché mondial des ventes d’armement : 7,9 % des exportations de missiles, avions de chasse et navires de guerre sur la période allant de 2015 à 2019 : un record depuis 1990 selon l’Institut international de recherche pour la paix. L’article du MONDE* est dithyrambique : « La France n’en finit pas de grignoter année après année une part croissante du marché mondial de l’armement… Les ventes d’armement tricolore ont grimpé de 72 % par rapport à la période comprise entre 2010 et 2014. Ce bond spectaculaire reflète les succès commerciaux en Egypte, en Inde, au Brésil, en Malaisie, aux Emirats arabes unis. Ces contrats exports sont importants pour la balance commerciale de la France et indispensables pour sa sécurité. Sans les ventes à l’Egypte ou au Qatar, la France n’aurait pas les moyens de mettre à la disposition de ses forces armées les équipements les plus performants et innovants. Sauf à les acheter aux Etats-Unis, ce qui limiterait sa souveraineté… » LE MONDE reste le quotidien du business as usual. Nos articles antérieurs font la critique de ce que vante tant le MONDE, le bellicisme.

23 février 2017, exportation d’armements, inconscience humaine

Sur ce blog biosphere, nous sommes très clair. Toute vente d’armes à des pays tiers est une erreur stratégique, toute intervention militaire à l’extérieur des frontières est une erreur tactique, toute résolution des conflits par la force armée ne résout d’aucune manière les problèmes de fond : surpopulation, absence d’autonomie alimentaire, inégalités sociales croissantes, extrême dépendance aux ressources fossiles, multiplication des conflits armés sur une planète exsangue… Une des revendications de l’écologie politique devrait être l’arrêt des exportations d’armement, de façon unilatérale pour la France puisqu’il ne faut pas s’attendre à ce que les autres commencent. Mais nous n’avons pas connaissance d’un seul des programmes des présidentiables 2017 qui aborde de près ou de loin le domaine militaro-commercial.

31 janvier 2014, Exportation d’armes, signe de notre bêtise suprême

extraits : Il faut vraiment être tordu pour se réjouir des exportations françaises d’armement. C’est pourtant ce que fait un article du MONDE* : « 6,3 milliards d’euros d’exportation d’armements en 2013…

5 juillet 2012, la France arrête d’exporter des armes, un projet écolo

extraits : Il existe aujourd’hui des dispositions mondiales régissant le commerce des os de dinosaures, mais pas celui des chars !…

6 juin 2008, armes contre pétrole

extraits : La France pense à son approvisionnement en pétrole, ses principaux acheteurs d’explosifs en tous genres sont les Emirats arabes unis et l’Arabie saoudite (LeMonde du 6.06.2008)…

nihaho sur lemonde.fr : si on vend des armes, il ne faut pas s’émouvoir que nos clients se foutent sur la tronche et que tel partie du monde est instable. Et j’ai du mal avec les commentaires qui au nom de l’économie et de la prospérité du pays gnagnagna n’ont que faire des gosses qui se prennent les bombes dessus.

Urge : Plus de 100 000 bébés meurent chaque année des suites d’un conflit armé, conclut un rapport de l’ONG Save the Children (le Monde) … Hors-sujet !

Citoyen P : Expliquez-nous pourquoi nos Rafales ne sont achetés que par des régimes autoritaires ? Je vais vous le dire, les dirigeants de ses pays sont corruptibles et il faut arroser les dirigeants ou leurs entourages pour décrocher des contrats

enowie : Nous sommes dans un pays dont l’économie est valorisante : 1er dans le luxe, 3ème en armement. Pourquoi nous imposaient une austérité budgétaire.

Schweik @ enowie : On pourrait faire bien mieux : avec nos magnifiques terres agricoles je vois une superproduction de pavots et de cannabis. On pourrait subvenir aux  »besoins » de drogue de toute la planète; les cartels sud américains de coca seraient ridicules.

yeux ouverts : À quoi bon ? On en restera au niveau de l’ironie. Aucun gouvernement, je dis bien aucun gouvernement, ne renoncerait à la manne financière et aux emplois de cette industrie, ni à l’accès aux technologies de pointe qu’elle autorise pour notre défense…

MICHEL SOURROUILLE : « Si tu veux la paix prépare la guerre ! » C’est le mot d’ordre de cet article du MONDE. Détestable. Il n’y a qu’un seul mot d’ordre à médiatiser, « si tu veux la paix, prépare la paix » : arrêt des exportations d’armes, désarmement nucléaire unilatéral de la France, remplacement du service militaire par un service civil d’objecteurs de conscience opposés en toute circonstances à l’usage collectif des armes…. Ce n’est pas parce que ce projet est à l’heure actuelle utopique qu’il est irréaliste, l’utopie est faite pour qu’elle devienne une réalité…

* LE MONDE du 10 mars 2020, La France s’affirme comme le troisième exportateur mondial d’armement

Des municipales à l’heure du verdissement

L’évolution des discours pour ces municipales 2020 pose sans doute un problème à EELV, parti spécifiquement écolo. Les élus des années 1990 avaient transformé leur ville en entreprise pour devenir une zone « attractive ». C’était la mode de la politique du  développement local, zones industrielles par-ci, grands travaux inutiles par-là. Les politiques d’image visaient à améliorer le positionnement extérieur de la ville, festival de musique par-ci, festival de la bande dessinée par-là… Aujourd’hui c’est le verdissement général. Que dire de spécifique quand tous les candidats se veulent écolos ? Voici l’exemple d’Angoulême, avec un maire sortant de droite. Son programme :

« Pour un espace public de qualité, nous nous engageons à mettre en œuvre un plan pistes cyclables. Nous réaliserons la refonte totale de l’éclairage public pour multiplier nos économies d’énergie, Pour une ville conviviale, nous procéderons à la création de 20 poumons verts. Pour plus de propreté, nos proposons un plan zéro mégot et la tolérance zéro pour l’incivilité sur les déchets ménagers. Pour plus de sécurité… favoriser les patrouilles de policiers municipaux à vélo. Pour une ville qui respire… favoriser l’accès aux transports collectifs en expérimentant la gratuité et en développant des zones à vitesse limitée à 30 km/h. Pour une ville sportive, réalisation d’équipements sportifs de proximité. Nous réaliserons un plan sur 10 ans pour la rénovation énergétique des établissements scolaires avec deux école à énergie positive à la Grand Font. Parce que l’avenir passe par la reconnexion des plus jeunes avec la nature, nous proposons le jardinage à l’école avec aménagement d’espaces nature dans chaque cour d’école ainsi que l’implantation de vergers à proximité de nos écoles. Pour une ville citoyenne, nous proposons la réalisation des Assises de la jeunesse et de la transition écologique. Climat, on s’engage. Écoles, éclairage public, poumons verts et fruitiers, rénovation des bâtiments publics, déploiement des bornes électriques… » (prospectus de 16 pages couleur distribué dans les boîtes aux lettres)

Notons que ce projet municipal émane d’un maire sortant qui se représente aujourd’hui sans étiquette. Pourtant en 2014 le jeune UMP de 34 ans Xavier Bonnefont avait repris en la mairie d’Angoulême conquise par le PS en 2008. Son discours n’est plus partisan : «Appartenir à une écurie politique c’est quelque chose que je comprends ayant été inscrit dans un parti politique pendant quelque temps. Pour autant c’est quelque chose qui ne m’intéresse pas plus que ça… Je rappelle que je suis en dehors de tout parti politique. J’ai ma propre association locale qui s’appelle « Générations Grand Angoulême. » Mais Xavier Bonnefont bénéficiera du soutien d’En Marche qui ne présente pas de candidat en son nom direct… Voici nos articles précédents sur ce blog biosphere :

11 février 2020, Municipalisme, tout le pouvoir au local ?

17 novembre 2019, Municipales, tous écolos ou presque !

27 mars 2014, Bilan des municipales en France, l’introuvable tripartisme

12 mars 2008, municipalisation libérale

Urgence écologique, rébellion nécessaire

Faisant le constat de l’inaction des gouvernements face à l’urgence écologique et climatique, près de 1 000 scientifiques appellent les citoyens à la désobéissance civile. Leurs propos formulent l’évidence : «  Hypocrisie de politiques qui voudraient d’un côté imposer la sobriété aux citoyens tout en promouvant de l’autre un consumérisme débridé et un libéralisme économique inégalitaire et prédateur…Une croissance infinie sur une planète aux ressources finies est une impasse… L’habitabilité de la France sera remise en question… Le futur de notre espèce est sombre… En conséquence, nous appelons à participer aux actions de désobéissance civile menées par les mouvements écologistes historiques (Amis de la Terre, Greenpeace…) ou formés plus récemment (Extinction Rebellion, Youth for Climate…)… »* Mais le message a du mal à passer, comme tous les autres messages anxiogènes qui sont médiatisés depuis les années 1970. La preuve, les commentateurs s’écharpent sur lemonde.fr :

Philippe C : Pas très intelligent ni responsable d’appeler à la désobéissance civique alors que l’on croule (voire crève) sous les incivilités qui pourrissent la vie de tous le monde. On a presque une élection par an pour s’exprimer efficacement, n’est ce pas suffisant ? La désobéissance civique est un refus de la loi…..

CH Kenny @ Philippe : Quand les lois – de l’argent en l’occurrence – sont stupides, que faire ?

Andreas : Au lieu de crier à la désobéissance, ces 1000 cerveaux feraient mieux d’atteler leurs efforts pour trouver une solution au CO2 par exemple. Il doit bien y avoir des moyens pour capturer à grande échelle les gaz à effet de serre. J’ai vu un reportage il y 6 mois environ d’une entreprises dans les Grisons qui avec d’énormes ventilateurs qui aspiraient l’air, captait le CO2 et en faisait des galettes. Pourquoi on en parle pas plus?

C3po @ Andreas : Et après la marmotte, elle prend la galette, elle l’emballe dans de l’aluminium, et hop ! il n’y a plus de CO2. Elle est pas belle, la vie ?

Pat Cartier : Étonnant tous ces commentateurs qui se comportent comme si cette tribune était faite pour convaincre. Alors que sa véritable fonction est de faire connaître la liste des signataires. Notez bien les noms, lecteurs du Monde : ce sont ceux de vos futurs commissaires politiques si les décroissants arrivent au pouvoir.

Eric L. : La tendance générale des réactions est plus inquiétante que la tribune elle-même. L’inconscience de la situation et des risques d’emballement climatique est largement partagée, et toute idée de remise en cause de notre système économique directement à l’origine du réchauffement, de la pollution et de la chute de la biodiversité, rejetée. On attend des scientifiques… des solutions ! Des solutions qui ne remettraient pas en cause le moins du monde notre mode de vie, bien entendu. Quand le vent forcit, on réduit la voilure. Nous, on s’accroche à elle! L’issue ne fait guère de doute dans ces conditions : nous serons emporté avec elle…

Gladys Destin : Le catastrophisme me fatigue. Je trouve cette tribune puérile et scooperesque. L’écologie attend le plus grand sérieux, une transition réfléchie et concertée. De grâce, n’en soyons pas victimes, mais grands gagnants, alimentation, confort, santé, mobilité… il suffit d’intelligence et de pragmatisme, pour arrêter une grande partie du carnage, pas de contrition ou de punition

Gilles SPAIER : Je suis atterré de voir la résistance de nombreux lecteurs du Monde. Il est exact que l’action du gouvernement est totalement entravée par les pressions des lobbys industriels et agro-industriels. Exemple concret, Macron fait sa Com à Chamonix et en même temps ladite vallée a été phagocytée par le tourisme et l’autoroute du Mont Blanc. Cherchez l’erreur.

Piérick @ GillesSpaier : Tout est dit dans votre propos : l’absurdité (ubuesque) des décisions politiques pour lutter contre ce réchauffement climatique (200 € par an si un fonctionnaire prend son vélo pour aller travailler… (sic)), etc. Nous sommes cuits, bien évidemment, à tous points de vue : +7°C en 2100, l’eau et les sols contaminés, la majorité des espèces vivantes sous terre… Le bon côté des choses, c’est que la Terre et le reste des espèces vivantes iront infiniment mieux lorsqu’elles seront débarrassées de la plus nuisible des espèces, à savoir « sapiens sapiens »…

Notre soutien aux mouvements de rébellion sur ce blog biosphere :

9 octobre 2019, Tout savoir sur Extinction Rebellion

9 octobre 2019, Pour ou contre Extinction Rebellion ?

1er octobre 2019, Biosphere-Info, la désobéissance civique

3 juillet 2019, Extinction Rebellion avec Ingrid Verleye

20 mai 2019, Greta Thunberg, l’icône dont nous avons besoin

20 avril 2019, CLIMAT : la semaine internationale de rébellion

20 février 2019, Nous, adultes, ferons la grève scolaire du 15 mars

* LE MONDE du 21 février 2020, L’appel de 1 000 scientifiques : « Face à la crise écologique, la rébellion est nécessaire »

EELV. Julien Bayou est-il un écotartuffe ?

Le mensuel « La Décroissance » consacre une partie de ses colonnes à faire le tri entre les « vrais » et les « faux » écologistes. Si la récupération des questions écologiques est un problème crucial quand des entreprises s’expriment « au nom de l’écologie » (écoblanchiment, greenwashing), une des difficultés est de ne pas tomber pour autant dans une chasse aux sorcières quand il s’agit de personnes. A vous de juger si Julien Bayou est un écotartuffe… ou pas. Extraits du dernier numéro du « 1er journal d’écologie politique » :

1) « Précisons ce qu’est un écotartuffe à tous nos lecteurs parfois indisposés par les personnalités choisies par nous. En souvenir de Molière, l’écotartuffe renvoie à l’hypocrisie de tous ceux qui prétendent « faire le bien » pour ne servir que leurs propres intérêts. Alors qu’il y a cinquante ans les mêmes se seraient mis « au service de la classe ouvrière », l’engagement écologiste est aujourd’hui le terrain privilégié des tartuffes modernes. Julien Bayou, nouveau secrétaire national d’EELV depuis fin novembre, 2019, constitue un cas d’école si parfait qu’on a peine à le croire. Ses premiers faits d’armes ont lieu dans les association Générations précaires et Jeudi noir qui combattent notamment la crise du logement à Paris. Puis c’est Sauvons les riches avec l’organisation de mobilisations parodiques qui plaisent tant aux médias. Mais le happening nourrit difficilement son homme. Le plus efficace pour s’approcher au plus près de la galette reste la voie politicienne. Bayou adhère aux Verts en 2009 pour y faire une carrière météorite. Elu conseiller régional d’Île de France en 2010, il devient président du Centre francilien pour l’innovation (soutien aux PME innovantes). Pas vraiment de l’écologie radicale, mais de bons et utiles contacts. Il trouve le temps de participer à Nuit debout, de lancer le site aiderlesrefugies.fr ou encore de créerMon revenu de base. Cette frénésie militante n’a aucun rapport avec la critique écologiste de nos institutions de croissance. Elle sert à occuper le créneau médiatique du rebelle écolodegôche. Presque toutes les associations dans lesquelles il s’est engagé ont disparu depuis longtemps. Car il ne s’agit jamais de s’inscrire dans un temps long, mais de multiplier les coups médiatiques pour servir une carrière. Le fond, visiblement, il s’en moque. Il a raison. Il n’y a plus de fond, mais des bouffons. Sa carrière d’écotartuffe, s’il sait continuer à sortir du rang au cœur d’une concurrence féroce, promet d’être grandiose. » (La Décroissance, février 2020, « Bayou ira loin »)

2) Julien Bayou est aussi l’auteur d’une brochure Désobéissons pour sauver l’Europe (2018). « Très original, il y raconte que l’Union européenne est menacée par la montée des divisions. Et il invoque l’éternel vœu pieux d’une Europe « sociale ». Il appelle à désobéir à la règle des 3 % pour laisser davantage filer les déficits pour investir massivement dans les infrastructures de la troisième révolution industrielle, un plan Marshall pour la transition écologique extrêmement rentable… Voilà à quoi sert aujourd’hui le parti EELV, à relayer les banalités du capitalisme vert. » (La Décroissance, février 2020, « Obéissant »)

Le pouvoir est donné à des enfants fous

Le pouvoir rend fou, le pouvoir absolu rend absolument fou. L’exercice du pouvoir inonde le cerveau de dopamine, un neurotransmetteur qui témoigne du plaisir à dominer, mais qui crée aussi une addiction. L’excès de confiance en soi met alors en place une mécanique mentale qui empêche de s’évaluer à sa juste valeur. Comment peut-on résister au syndrome d’hubris, l’excès, la démesure, l’inacceptable orgueil d’un individu ? En lui opposant un environnement hostile, en facilitant les contre-pouvoirs, en éliminant ce type de personnalité par le vote ou l’opposition constante. Jamais Donald Trump ou Mohammed Ben Salman n’auraient du arriver au pouvoir, ils témoignent trop souvent de leur folie. Autant dire que l’écologie n’a rien à gagner de dirigeants qui ignorent ce que veut dire simplicité volontaire, sobriété dans tous les domaines, respect de toutes les formes de vie… Ne nous TRUMPons pas, nous l’avons bien cherché.

Donald Trump*. Galvanisé par des religieux en quête « d’homme fort », et par ses proches qui le considèrent comme « l’envoyé de Dieu », Trump ne déteste pas laisser planer le doute. A plusieurs reprises il a suggéré être « l’élu ». Son ancienne porte-parole (de 2017 à 2019), Sarah Sanders, pense sincèrement que « Dieu voulait que Trump devienne président ». Les évangéliques, électeurs assidus, représentent un tiers de la base trumpiste. Ces fous de dieu voient dans la solidité de l’État juif le préalable au retour de Jésus en « Judée Samarie » ; Trump décrète donc Jérusalem comme capitale du pays et incite à annexer les colonies en Cisjordanie. Le 24 janvier 2020, Trump est même devenu le premier président en exercice à s’exprimer devant les militants anti-avortement de la Marche pour la vie : « Chaque enfant est un don précieux de Dieu, fait à l’image de notre Seigneur ; vous n’avez jamais eu un défenseur aussi convaincu à la Maison Blanche. » Pourtant ce n’est que faux-semblant. En août 2019, interrogé sur sa foi par l’agence de presse Bloomberg, et incité à citer ses passages préférés de la Bible, son « livre favori, un livre très spécial », Trump avait esquivé : « Je ne veux pas entrer dans les détails, c’est personnel. » Le 6 février 2020, devant des dizaines de religieux de toutes confessions, le président américain a carrément rejeté l’un des commandements chrétiens. « Aimer ses ennemis ? Je ne suis pas sûr d’être d’accord avec vous », avant de s’en prendre une nouvelle fois avec hargne à ses adversaires politiques. Son succès auprès des évangéliques blancs tient surtout au fait qu’il les a attirés sur leurs intérêts et leurs peurs – la nostalgie d’une Amérique blanche et chrétienne –, plus que sur leurs valeurs. Pour préserver leur univers, certains sont prêts à fouler aux pieds leur éthique, quelles qu’en soient les conséquences.

Mohammed Ben Salman** s’apprête à faire ériger une mégalopole au nord-ouest du pays. Son nom, Neom, pas moins de 26 500 km², cinq cents milliards de dollars.  Au cours d’un trajet en avion, “MBS” est tombé en pâmoison devant un film de super-héros, Les Gardiens de la galaxie. Il a demandé à l’un de ses conseillers d’en recruter le chef décorateur et d’assembler une équipe de spécialistes des effets spéciaux. Ce sont majoritairement eux qui conçoivent Neom. L’objectif est d’affranchir le pays de la rente pétrolière en pariant sur le tourisme. Neom se tourne vers les nouvelles technologies : ce sera un vaste parc d’attraction voué à l’intelligence artificielle et au divertissement. Un réseau de capsules supersoniques assurera la célérité et la propreté des transports. Ensemencement de nuages, aérogénérateurs et autres technologies vertes viseront à garantir l’intégrité de la faune et de la flore – à commencer par la barrière de corail qui borde le littoral. Des dinosaures et des gladiateurs robotisés, des taxis volants et une lune artificielle compléteront le décor, tout droit échappé d’un songe hollywoodien. Mais toute ville est comme sous une cloche de verre ; le désert peut-il nourrir une ville s’il n’y a pas en dessous du pétrole, cette merde du diable ? Heureusement c’est une violente tempête qu’ont dû affronter en octobre 2018 les promoteurs du projet. L’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi, sur ordre de Riyad, transforme la ville d’anticipation en film catastrophe.

* LE MONDE du 12 février 2020, L’évangile selon Trump

** LE MONDE du 11 février 2020, Neom, le rêve hollywoodien de Mohammed Ben Salman pour l’Arabie saoudite

Convention citoyenne sur l’écologie, acte 5

Cinquième week-end de travail des 150 membres de la Convention citoyenne pour la transition écologique*. Voici quelques les propositions des groupes de travail thématiques (30 personnes) : 1) se loger, lutter contre l’artificialisation des sols et l’étalement urbain, rénover énergétiquement tout le parc immobilier, inciter à ne pas dépasser une température de 19 °C dans les bâtiments… 2) se déplacer, limiter les émissions polluantes du secteur aérien et l’impact carbone du numérique, encourager l’usage du vélo et des transports en commun, covoiturage pour les trajets domicile-travail… 3) se nourrir, ne pas ratifier le CETA en l’état… 4) consommer, éviter le suremballage, interdire les terrasses chauffées et l’éclairage des magasins la nuit après leur fermeture… 5) produire-travailler, limiter la consommation d’énergie dans les lieux publics.

Si c’est pour ressasser les mêmes rengaines sur le vélo, les suremballages, la température à 19°, l’isolation des logements, était-ce bien la peine ? NON ! Tout le monde connaissait déjà les solutions. Le problème n’est plus à les énoncer, c’est de passer à l’acte, le reste c’est du blabla. On ne s’est même pas interrogés sur pourquoi tout cela n’a pas été mis en place précédemment. La préservation de l’environnement était déjà un objet de valeur constitutionnelle à travers la Charte de 2005, cela n’a servi à rien. Et la relance de la taxe carbone, qui entraînerait des effet globaux, n’a pas été envisagée par les groupes thématiques. D’autant plus que le cirque n’est pas fini. Lors du sixième week-end, 6 au 8 mars, 2020, les propositions seront soumises au vote des 150 citoyens. On va s’écharper ! Celles qui recueilleront plus de 50 % des voix seront transmises à un comité « légistique » pour être transcrites en texte de loi. Les propositions seront également évaluées par un groupe d’experts du point de vue de leur coût. Enfin, le 3 avril, les citoyens voteront sur un paquet final, constitué de simples recommandations. Emmanuel Macron fera ensuite ce qu’il voudra, comme après le Grand Débat suite aux manifs des Gilets jaunes. Voici sur ce blog biosphere nos articles antérieurs :

synthèse, Biosphere-Info, les conférences de consensus

19 janvier 2020, CLIMAT, convention citoyenne et décisions

15 janvier 2020, Emmanuel Macron devant 150 citoyens

24 novembre 2019, 150 citoyens tirés au sort, et moi et moi émoi

8 octobre 2019, Écologie populaire et médiatisations

3 septembre 2019, Convention citoyenne sur le climat, mascarade ?

14 août 2019, La volonté du peuple exprimée grâce au tirage au sort

* LE MONDE du 12 février 2019, Les 150 citoyens de la convention pour le climat esquissent leur vision de la France en 2030

Municipalisme, tout le pouvoir au local ?

Le municipalisme, c’est un mode d’organisation politique qui vise la réappropriation collective des institutions locales par les habitants, notamment le recours à des pratiques de démocratie radicale. Son objectif est de transformer la société par le bas. De la Grèce antique à la Commune de Paris en passant par les cités médiévales italiennes, le municipalisme s’inscrit dans l’histoire même de la démocratie. L’expression théorique la plus aboutie en est proposée par le philosophe et militant américain Murray Bookchin (1921-2006), qui introduit l’idée de « municipalisme libertaire », associée étroitement à celle d’« écologie sociale ». Le mouvement oscille entre deux grandes tendances : d’un côté, un courant réformiste qui relève d’un projet social démocrate sans remettre en question le fait que la municipalité détienne sa légitimité politique en vertu de cet Etat ». De l’autre, une option plus radicale qui s’oppose à l’idée même d’État, alors remplacé par une confédération des communes libres et auto-gérées.

La position d’Yves Cochet rejoindrait cette deuxième option : « Je n’ai plus l’espoir que des protocoles internationaux, des règlements européens, ou des lois nationales puissent réguler suffisamment à temps le déferlement des dégradations anthropocéniques. Donc : tout le pouvoir au local ! Il n’y a que localement que les communautés humaines pourront devenir plus résilientes, notamment en matière d’énergie et d’alimentation. Mais aussi en matière de sécurité, de liberté, d’égalité et de fraternité. Il s’agit donc de construire localement, de petits états-providence, des États simples locaux. Parmi les multiples expériences de pensée ou d’action actuelles en matière de résilience locale, je retiendrai trois d’entre elles : l’écomunicipalisme, les villes en transition et les biorégions. L’écomunicipalisme de Murray Bookchin est le plus directement politique. D’une part en visant la délibération et l’adhésion de tous les habitants d’un territoire vers un projet de vivre-ensemble, d’autre part en construisant une économie locale hors-marché, caractérisée par les principes de réciprocité, d’indépendance et d’égalité. » Voici ce qu’il en est des application du municipalisme :

A Saillans, ville pionnière de 1 300 habitants et laboratoire de la participation citoyenne, les habitants ont élu en 2014 leurs représentants sur l’engagement de mettre en place une gouvernance collégiale et participative, après avoir fait échouer l’implantation d’un supermarché. Les élus ont déployé une impressionnante panoplie d’outils de participation afin de faire monter les gens en compétences, donner des outils, apporter tous les éléments du débat avant de prendre une décision. Ce qui n’a pas empêché le rejet ou la lassitude d’une partie des habitants, après deux premières années euphoriques. La question de la représentation est centrale. Comment déterminer que les habitants présents aux assemblées sont bien représentatifs de la population et empêcher que le pouvoir soit capté par ceux qui ont le temps ou ceux qui sont militants ? On peut y voir un risque d’accentuer la dépossession démocratique. A Saillans, le conseil municipal est toujours resté décisionnaire. Sur les grands choix, les projets d’avenir, c’est important de demander l’avis, de consolider la transparence. Mais une commune ne peut pas marcher qu’en participatif. A un moment donné, il faut une délégation, l’efficacité du processus de prise de décision, notamment au regard de l’urgence écologique : l’élaboration du plan local d’urbanisme, pilotée pendant deux ans par un comité composé d’habitants tirés au sort et d’élus, a conduit à des compromis qui soulèvent des frustrations. Des décisions que l’équipe municipale aurait pu prendre dans le cadre d’un dispositif classique n’ont pas abouti du fait d’avoir consulté la population. S’il faut « redonner du pouvoir aux communes », abonde Dominique Bourg, celles-ci « ne pourront malheureusement faire qu’une partie du chemin. Les biens communs que sont l’atmosphère ou la diversité du vivant nécessitent une gouvernance globale, qui doit s’appuyer sur une synergie entre les différentes échelles : locale, nationale, supranationale. Et on en est encore loin »*.

Pour en savoir plus, Relocalisations pour une décroissance

* LE MONDE du 8 février 2020, Municipalisme, ou la commune au pouvoir

Dissuasion nucléaire à l’échelle européenne ?

Discours de Macron sur la dissuasion nucléaire prononcé à l’École de guerre : « Je souhaite que se développe un dialogue stratégique avec nos partenaires européens qui y sont prêts sur le rôle de la dissuasion nucléaire française dans notre sécurité collective ». Le chef de l’Etat propose à ses partenaires européens d’être « associés aux exercices des forces françaises de dissuasion »*. Sur la force de frappe française, le président s’inscrit dans la continuité doctrinale de ses prédécesseurs. Mais désormais seule puissance nucléaire de l’UE après le départ du Royaume-Uni, quel rôle peut jouer la force de dissuasion française dans la sécurité collective européenne ? Les forces nucléaires françaises, a insisté M. Macron, « renforcent la sécurité de l’Europe par leur existence même et ont à cet égard une dimension authentiquement européenne ».**

La proposition d’une stratégie nucléaire à l’échelle de l’Europe est osée, qui va décider d’appuyer sur le bouton ? Quand l’Europe n’arrive pas à s’entendre sur des sujets moins… belliqueux, comment espérer un unanimisme sur un sujet aussi délicat ? La décision du feu nucléaire est liée à la nation, en proposer un partage est léger, léger. Sur lemonde.fr, il est regrettable que presque tous les commentateurs prennent pour un fait acquis la position pro dissuasion nucléaire de Macron et ne dénoncent pas une erreur militaire tragique, accepter des bombes nucléaires qui doivent tuer indifféremment civils et militaires, souvenons-nous d’Hiroshima et Nagasaki. Les partisans du désarmement nucléaire ne peuvent qu’être en accord avec la position du pape François , « on ne construit pas la paix sur la peur que l’on crée en montrant sa force. Or, avoir des armes nucléaires, c’est menacer de s’en servir. On ne peut donc se contenter de mettre en cause la dissuasion. Il faut aussi mettre en cause leur possession ». (symposium sur le désarmement nucléaire le 10 novembre 2017). Sur ce blog biosphere, nous sommes depuis toujours pour l’abolition des armes nucléaires :

25 septembre 2019, Pour un désarmement nucléaire

24 mars 2019, Le nucléaire, inacceptable dans un pays démocratique

23 janvier 2018, NI dissuasion nucléaire, NI service national universel

10 octobre 2017, La folie du feu nucléaire entretenue par un journaliste

30 mars 2017, Les présidentiables face au feu nucléaire

21 février 2015, François Hollande fait joujou avec la bombe nucléaire

16 juillet 2014, L’art de ne pas répondre… sur le nucléaire militaire

21 mars 2014, Un gouvernement français de tout temps pro-nucléaire

27 juin 2012, supprimer la dissuasion nucléaire, alléger le budget !

23 juillet 2011, les socialistes sont pro-nucléaires

19 juillet 2011, la dissuasion nucléaire, un débat pour 2012

* LE MONDE du 9-10 février 2020, En Allemagne, le discours de Macron sur la dissuasion nucléaire est accueilli par un prudent silence

** LE MONDE 9-10 février 2020, éditorial : La dissuasion française à l’heure européenne

Nicolas Hulot, amertume et impuissance

Nicolas Hulot : « J’étais censé être ministre d’État et numéro trois du gouvernement mais c’était juste pour la façade ! Quand j’ai pris cette décision difficile de partir du gouvernement, j’avais demandé douze points de clarification au premier ministre et au président, dont ma volonté de copiloter la révision de la politique agricole commune, parce que pour moi il n’était pas pensable qu’on loupe cette fenêtre. Évidemment, ça ne m’a pas été accordé. Le fait d’être en conflit permanent avec Stéphane Travert, mon collègue à l’agriculture, au bout d’un moment, à part alimenter les couacs médiatiques, ça ne sert à rien et c’est absolument épuisant. J’ai parfois trouvé plus de conservatisme au ministère de l’agriculture qu’à la FNSEA. »*

Les anti-écolos de service se déchaînent sur le monde.fr : «  Typique de l’écolo : il ne veut pas faire quelque chose, il veut se sentir moralement supérieur… Hulot, l’erreur de casting exemplaire… il a une attitude de gamin qui refuse de prendre en compte la réalité et préfère continuer à militer dans l’imaginaire…. Ecoeurant de voir cet écologiste hypocrite, qui a trois maisons et possède une demi-douzaine de voitures électriques, coloporter des rumeurs diffamatoires sur Bayer-Monsanto… N. Hulot, depuis sa naissance, a le bilan carbone d’une ville entière et la moralité d’un curé libidineux… Saint Hulot se comporte comme un enfant gâté. Il se plaint, geint, découvre que la politique n’est pas un chemin verdoyant bordé de fleurs et de jolis ruisseaux… Il aime le pouvoir, le buzz et la lumière et s´est brûlé les ailes…Et puis quand on a un grand talent pour se faire l’avocat médiatique de l’environnement, on n’a pas forcément du talent pour assurer la fonction de ministre… Hulot, lobbyiste en chef des écolos, ayant traîné dans les couloirs du pouvoir depuis 20 ans, ayant conseillé les élites voire rédigé leurs discours, ayant été à la tête d’un ministère (écologie) qui est la caisse de résonance des attentes des lobbies écolos (en symétrie de celui de l’agriculture ou des finances), Hulot donc se plaint que l’État fonctionne comme il fonctionne… »

Heureusement d’autres ont l’avis inverse : « Tout cela est édifiant, l’état des lieux est bien décrit. Macron s’est foutu de lui, il n’a rien à faire de l’exigence écologique, ses priorités sont ailleurs : alors pourquoi Macron a-t-il choisi Hulot ? Caution électoraliste juste avant les législatives… Le souci, c’est qu’être ministre est un véritable métier de chien (les intéressés le confirment à peu près tous) où il faut se battre continuellement pour remporter les arbitrages auprès du Premier ministre et du Président… Quand Macron et Philippe refusent que Hulot copilote la révision de la politique agricole commune alors que son ministère est directement concerné, on se pose des questions sur les méthodes de gouvernance de la France… Le livre que Michel SOURROUILLE avait écrit dès que Hulot a été nommé ministre de l’écologie en prévoyant sa démission, « Nicolas Hulot, le brûlure du pouvoir », est paru en librairie le 1er octobre 2018. Faire de l’écologie avec un gouvernement dont ce n’est pas du tout la préoccupation principale, est tâche impossible. « Business as usual » était le mot d’ordre du gouvernement Macron et ça le reste encore aujourd’hui… Eh oui, c’est comme ça, un Premier ministre et un ministre N° 3 au gouvernement s’écrasent devant les menaces des entreprises. Les affaires des grosses entreprises mondiales, c’est la domination de clans mafieux. La machine capitaliste tourne, aveugle, réclamant les chiffres de rentrées d’argent prévues chaque mois, chaque trimestre, chaque année, il faut réaliser les objectifs, en dollars, en euros, en xxx, il faut que ça rentre..!! Nicolas Hulot le dit « Tous les coups sont permis ». Il va falloir lutter, citoyens… En conclusion, Hulot a eu raison de démissionner. On ne fait changer un Premier Ministre qui se ravit des belles commandes de bateaux qui vont promener les imbéciles s’esbaudir devant les derniers ours polaires. On ne fait pas changer une société qui se ravit devant le dernier SUV à la mode, que les conducteurs viennent montrer qu’ils sont beaux, qu’ils sont grands. Une société qui se ravit devant les derniers véhicules électriques pour lesquels on ne saura pas produire les batteries et l’électricité pour tous sur terre. Une société qui critique les avions mais se ravit du doublement futur du trafic aérien et de la construction d’une nouvelle aérogare à Roissy. Que cela va faire des emplois pour tous. Conclusion, attendons que les faits s’imposent, touts seuls, mais cela sera dur puisque nous ne le voulons pas… Merci à toi Nicolas d’avoir quand même tenté l’impossible… »

* LE MONDE du 6 février 2020, Amertume et impuissance : Nicolas Hulot revient sur sa démission dans un documentaire

Biosphere-Info, les conférences de consensus

Pour recevoir gratuitement le mensuel BIOSPHERE-INFO, envoyer un mail à biosphere@ouvaton.com

Députés et sénateurs, rentrez chez vous, on n’a plus besoin de vous. Les conférences de citoyen vont vous remplacer à meilleur résultat et moindre frais. C’est ce que pourrait démontrer les conférences de citoyens tirés au sort. Voici quelques éléments pour mieux comprendre cette procédure démocratique à la recherche d’un consensus.

1/6) L’origine des conférences de consensus

Les conférences de consensus (ou de citoyens, ou conventions) sont une nouvelle forme d’exercice démocratique alliant citoyen de base, tirage au sort et réflexion collective sur nos problèmes contemporains. Dans les années 1970, en Allemagne, le sociologue Peter Dienel cherche à associer les habitants à la conception des projets. Pour lui les réunions publiques ne constituent pas le bon outil : elles peuvent mobiliser un grand nombre de personnes mais ne parviennent pas à concerner tous les groupes sociaux. De plus, les débats trop brefs ne débouchent le plus souvent que sur des revendications hétéroclites et pas toujours réalistes, voire sur un clivage entre les visions des participants plutôt que sur un consensus. Pendant des années, Dienel expérimente de nouveaux dispositif de formation et de recueil de la parole des citoyens, jusqu’à aboutir à ce qu’il appelle les « cellules de planification » (Planungszelle) : des groupes de 25 personnes tirées au sort parmi les habitants d’un quartier et mobilisés pendant plusieurs jours, qui reçoivent des éléments de formation et d’information sur le problème à traiter, puis qui délibèrent pour élaborer des recommandations. De nouvelles perspectives apparaissent en 1987, quand le Danish Board of Technology (organisme danois), affine la méthode qu’il baptise « Conférence de consensus ». Il mobilise un groupe de citoyens à qui il soumet une question qui n’appartient en rien à l’espace local, celle de l’usage des organismes génétiquement modifiés.

La première conférence de consensus a eu lieu en France en 1998 sur le même thème, les plantes transgéniques. Elle a été organisée par l’Office parlementaire des choix scientifiques et technologiques (OPECST) avec 15 citoyens. Elle faisait suite à une décision controversée prise en 1997 d’autoriser la culture de certains maïs transgéniques. La dernière en 2013, « sur l’efficacité des réponses pénales afin de mieux prévenir la récidive », s’est prononcée contre le tout-carcéral. Un comité d’organisation a composé un jury de consensus, composé de personnes diverses issues de la société civile. Il y a ensuite audition d’experts, pas seulement scientifiques, mais aussi intervenants, professionnels ou non, décideurs et usagers, concernés par la question de la prévention de la récidive. Enfin le Jury s’est retiré pour délibérer, pendant deux journées, à huis clos. Il s’est prononcé sur les questions précises que lui avait adressé le comité d’organisation. A l’issue de ses délibérations, le Jury a formulé des recommandations au gouvernement et au parlement. Notons que ce jury de consensus n’était pas véritablement « citoyen » puisque les membres ont été choisis par un comité d’organisation.

2/6) La recherche de consensus

La conférence de citoyens formalise la recherche de consensus. Elle répond à une situation où une décision politique est souhaitable mais où elle revêt une complexité inhabituelle et nécessite une acceptation par la population. Très souvent les thèmes concernent l’environnement ou les conséquences d’une innovation technologique. Le sujet débattu comporte de lourdes incertitudes qu’il est impossible de lever dans l’immédiat. Le panel des citoyens tirés au sort doit refléter la composition socio-démographique de la nation. Au départ les membres du panel ne possèdent pas d’information détaillée sur la thématique traitée. Une formation scientifique et technique assez lourde est donc nécessaire. Des intérêts multiples et contradictoires sont liés à la question débattue, ils sont écoutés lors d’auditions. Cette méthodologie doit permettre aux profanes de « mettre en question » les certitudes des experts. Le choix des formateurs et de l’animateur est crucial pour éviter les manipulations. L’objectivité de la formation et des débats doit pouvoir être vérifiée. La conférence de citoyens ne saurait être considérée comme une forme de sondage d’opinion, mais comme l’élaboration collective d’une décision éclairée. La fondation Sciences citoyennes a proposé un projet législatif pour définir plus précisément ces conventions.

A toutes les étapes, la transparence est requise grâce à la vidéo et à la publicité de la procédure. La démocratie aurait même tout à gagner à enfermer le panel de citoyens entre quatre murs pour en faire une émission de télé-réalité qui, pour une fois, servirait à quelque chose. David Van Reybrouck, auteur de « Contre les élections » (Actes Sud, 2014), défend l’idée de démocratie délibérative ou Assemblée citoyenne : « Dans un sondage, on demande aux gens ce qu’ils pensent quand ils ne pensent pas, il serait plus intéressant d’écouter ce qu’ils pensent quand ils ont la chance de penser. C’est ce qu’on appelle la démocratie délibérative : on contacte mille personnes comme avec un sondage, mais on les invite à venir se parler, à rencontrer des experts, à se nourrir d’information sur un sujet, puis, après les débats et les échanges, on leur demande leur opinion à nouveau. » Les conférences de consensus ne sont en fait qu’une autre façon de nommer les Assemblées citoyennes. Le programme d’EELV pour la présidentielle 2017 indiquait : « L’élection ne doit plus être la seule expression de la démocratie : des outils délibératifs (jurys citoyens, conférences de consensus) seront largement diffusés et la co-élaboration des politiques publiques sera encouragée. »

3/6) L’enjeu démocratique

La démocratie est un mot-valise, ses formes sont trop multiples « démocratie réelle/formeller, « directe/représentative », etc. Même dans un petit groupe en démocratie directe, la majorité a-t-elle toujours raison ? Quand il s’agit de démocratie représentative, le « pouvoir du peuple » est tellement diffus qu’il s’en trouve vidé de sens. La démocratie de masse peut aboutir à une dictature démocratiquement installées. Alors les conférences de consensus, censées éclairer les décideurs en dernier ressort peut apparaître comme une alternative .

Un véritable jury-citoyen constitue un panel représentatif de la population ordinaire, c’est-à-dire non expert sur la question étudiée. Les membres sont tirés au sort. Il faut lutter contre l’hyperspécialisation contemporaine qui transforme les  individus en serviteurs d’une structure, par exemple l’appareil judiciaire, l’entreprise, l’éducation nationale, un parti politique, etc. Dans ces systèmes clos, il n’y a plus d’ouverture d’esprit, mais enfermement au service d’intérêts particuliers plus ou moins rémunérateurs. La démocratie en acte, c’est faire confiance aux citoyens ordinaires pour comprendre les discours contradictoires des experts et en tirer des conclusions d’intérêt général.

Alors que l’investissement de nos sociétés dans l’innovation technologique est illimité, nous n’avons pas l’habitude d’investir dans l’innovation démocratique. Les conventions de citoyens permettent de hiérarchiser les priorités. La fondation Sciences citoyennes a proposé un projet législatif pour définir plus précisément ces conventions. Par exemple le comité de pilotage doit établir le programme (thèmes, intervenants, cahiers d’acteurs,…) par consensus afin que soient exposés/discutés devant le panel aussi bien les principaux savoirs consensuels que les aspects controversés. Il ne faut pas fuir le contradictoire en recherchant une formation “neutre”. A toutes les étapes, la transparence est requise grâce à la vidéo et à la publicité de la procédure. La démocratie aurait même tout à gagner à enfermer le panel de citoyens entre quatre murs pour en faire une émission de télé-réalité qui, pour une fois, servirait à quelque chose. Examinons maintenant un cas particulier, la convention pour le climat

4/6) La convention citoyenne pour le climat

La convention citoyenne sur la transition écologique a été annoncée par Emmanuel Macron le 25 avril 2019 sur les décombres de la taxe carbone mis aux oubliette par les Gilets jaunes : une assemblée de 150 citoyens tirés au sort sera placée sous la double tutelle du ministère de la transition écologique et solidaire et du Conseil économique social et environnemental (CESE). Cette convention « a vocation (…) à mobiliser l’intelligence collective pour passer du consensus sur le diagnostic au compromis sur les solutions » Si le consensus admet la gravité d’un sujet, comment imaginer un compromis sur les solutions ? De plus il est étonnant qu’une telle structure ne soit pas organisée par la Commission nationale du débat public (CNDP). Cette convention citoyenne devrait « redessiner toutes les mesures concrètes d’aides aux citoyens sur la transition climatique dans le domaine des transports, de la rénovation des logements, pour les rendre plus efficaces ». L’objectif est fondamental, permettre de réduire d’« au moins 40 % les émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030, dans un esprit de justice sociale ».

Notons déjà, ce qui nous paraît le plus significatif, que le retour éventuel d’une hausse de la taxe carbone, à l’origine de la colère des gilets jaunes, a soigneusement été écarté des pistes de travail. C’est comme le Grenelle de l’environnement le nucléaire avait été soigneusement exclu des débats par le gouvernement ! De toute façon l’objet de la convention est beaucoup trop généraliste pour qu’on arrive à un résultat probant. Greenpeace a d’ailleurs estimé que « le gouvernement brandit la participation des citoyens pour dissimuler son inaction… Le gouvernement se dédouane de ses responsabilités et repousse le moment d’agir, alors que les solutions sont connues depuis longtemps et que des textes importants pour le climat, comme la loi d’orientation sur les mobilités ou la loi climat-énergie, sont en cours d’examen. »

Le site de la convention citoyenne pour le climat vaut le détour. Pratiquer les recommandations qui en émergent mériteraient tout un débat à chaque fois. Exemples :

​- Faire une commission de citoyens tirés au sort qui déciderait de la commercialisation ou non des produits que les entreprises souhaitent vendre, selon leur impact pour la société ;

​- Faire calculer à tous les élèves de primaire le bilan carbone de leurs parents et le comparer aux objectifs de 2030 afin de les sensibiliser ;

– Inverser la politique actuelle d’allocations familiales en n’ouvrant des allocations qu’au premier enfant ;

– Interdire de vendre les produits qui nécessitent de brûler de la forêt (exemple cité : soja) ;

​- Obliger la vente à emporter de ne vendre que des boissons à verser dans des gourdes ;

– Apprendre aux élèves de l’école primaire à bricoler et réparer les objets ;

​- Faire un quota d’achat d’1kg de vêtements neufs par an ;

​- Produire soi-même sa nourriture…​

5/6) résultat final de la convention, simple avis ou décision suivie ?

Le problème de fond, c’est le passage de la proposition à la décision finale. Le ministre de l’écologie François de Rugy précisait en avril 2019 : « Nous attendons de cette assemblée qu’elle définisse un paquet de mesures qui seront soit directement transmises aux Français par voie de référendum, soit au Parlement dans un cadre législatif, soit encore qui donneront lieu directement à des mesures réglementaires. » Les parlementaires risquent fort de réduire en charpie les bonnes idées. Le Canard enchaîné du 15 janvier 2020 décrit ainsi le passage possible devant les députés : Nombre de ces idées, même « sans filtre », n’ont aucune chance de se concrétiser. Aucune chance, dans une Assemblée qui vient de voter une distance de sécurité de seulement 5 mètres pour les pesticides d’accepter « Sortir du nucléaire, trop insécuritaire. » En revanche parions que si les citoyens formulaient cette proposition : « Construire 10 EPR pour assurer à la France une énergie décarbonée », elle serait votée à une large majorité macroniste. Un référendum ne sera pas forcément en adéquation avec la proposition de citoyens qui ont été formés pour maîtriser un sujet donné. Par exemple, si la taxe carbone est proposée par la Convention citoyenne, quelle majorité de votants pourrait accepter le fait de devoir payer plus cher son essence « si nécessaire au mode de vie actuel » même si beaucoup ressentent plus ou moins consciemment que limiter nos émissions de gaz à effet de serre est une nécessité absolue. Comme la France est déjà loin de tenir ses engagements sur le climat, cette convention risque fort de ressembler au Grenelle de l’environnement sous Sarkozy qui n’avait abouti à aucune mesure concrète lors de son passage au parlement.

Devant les 150 citoyens qui bossent pour lui, Emmanuel Macron a présenté en janvier 2020 trois scénarios suite à leurs propositions sur le climat. Dans le premier cas de figure, le chef de l’Etat n’est pas d’accord : « Je n’ai pas fait cet exercice pour en arriver là. » Deuxième possibilité, « le texte que vous avez se tient, et on y va sans filtre … Les propositions trouveront leur cheminement par voie réglementaire, par voie législative ou par référendum ».Troisième option, la proposition n’est pas assez précise et le chef de l’État s’engage à la « finaliser » avec les citoyens. On vous fait travailler en vous donnant l’illusion que votre avis à un quelconque intérêt, vous faites vos propositions, réponse «  c’est très intéressant ce que vous proposez, j’aime bien mais blablabla cela ne pourra pas se faire car blablabla ». Rendez-vous en avril 2020 ; le chef de l’État s’est en effet engagé à revenir devant la « convention citoyenne pour le climat » pour leur annoncer le sort qu’il réserverait à leurs propositions.

Ce que nous venons de décrire montre deux choses. D’abord que les propositions des 150 citoyens n’ont aucune chance d’aboutir législativement, sauf à être édulcoré de façon à ne plus avoir de signification. Ensuite que la démocratie représentative, qui envoie au parlement des citoyens qui défendent un parti et/ou des intérêts économiques sans se soucier ni de l’intérêt public, ni de la durabilité dans le temps de leurs décisions, est complètement inadaptée à l’urgence écologique.

6/6) Perspectives futures

Les votants et le nombre de candidats lors d’une élection nationale sont trop nombreux pour arriver à un résultat fiable. Le nombre de représentants élus est trop grand ; plus il y a de personnes, plus le nombre d’interrelations se multiplie et bloque l’expression d’une intelligence collective. Un processus avec une vingtaine de participants tirés au sort et bien (in)formés suffit pour arriver à un consensus. Le fait qu’il n’y a pas de compétence particulière des membres est un avantage, l’ouverture d’esprit de chacun n’est pas viciée par un parti pris associatif, politique ou économique. Quant à la compétence technique, mieux vaut ne pas faire confiance aux experts ; le sens du bien commun est une qualité partagée par tous nos concitoyens ou presque, surtout quand on est réuni durablement pour le rechercher ensemble. Notons d’ailleurs que nos députés n’ont pas de compétence particulière, si ce n’est l’art et la manière de se faire élire, ce qui ne prédispose en rien à être représentatif d’autrui.

David Van Reybrouck, auteur de « Contre les élections » (Actes Sud, 2014), écrit : « Notre démocratie électorale est basée sur le principe de la délégation. En votant, je donne mon pouvoir le jour des élections. En français et dans beaucoup d’autres langues, les mots « élection » et « élite » ont la même racine. L’élection est une procédure qui installe une élite, on a souvent oublié cela. L’aristocratie héréditaire a été remplacée par aristocratie élective. En théorie tout le monde peut se présenter aux élections. Mais quand on regarde la pratique, c’est bien différent. On constate en France que moins de 2 % des électeurs sont membres d’un parti politique. Moins de la moité des encartés sont actifs. Et au cœur de ce tout petit pourcentage, un nombre infinitésimal va se présenter aux élections. Finalement dans ce groupuscule, quelques-uns seront élus. Et nous appelons ça la démocratie représentative ! C’est un peu exagéré, non ? Pour moi, le futur de la démocratie se situe dans de nouvelles formes de représentation de la population. Depuis une dizaine d’années, l’information circule à une vitesse considérable et est accessible à tous. Pour la première fois nous avons la possibilité de faire s’exprimer la population dans un contexte radicalement nouveau. Avec un référendum ou un sondage, on peut répondre à une question par oui ou par non. C’est tout de même un peu limité. Dans un sondage, on demande aux gens ce qu’ils pensent quand ils ne pensent pas, il serait plus intéressant d’écouter ce qu’ils pensent quand ils ont la chance de penser. C’est ce qu’on appelle la démocratie délibérative : on contacte mille personnes comme avec un sondage, mais on les invite à venir se parler, à rencontrer des experts, à se nourrir d’information sur un sujet, puis, après les débats et les échanges, on leur demande leur opinion à nouveau. Et inévitablement les réponses seront plus avisées. Cette nouvelle forme de démocratie est extrêmement prometteuse.

Il y a une deuxième formule pour créer une représentation du peuple : le tirage au sort. Nos sociétés connaissent ce système dans un domaine limité, les jurys d’assises. Même si ce système n’est pas parfait, on voit que les jurés prennent très au sérieux leur devoir. Ils investissement énormément pour prendre une décision qui sert la justice. C’est un exemple qui montre que des citoyens lambda sont capables de devenir des citoyens alpha, qui se prennent en main et s’occupent du bien être de la société. Des personnes tirées au sort sont capables d’aller au-delà de leur propre intérêt. Elles ont peut-être moins de compétences que les élus politiques, mais elles ont une liberté bien plus grande qu’un parlementaire. Elles ne sont pas pieds et poings liés à toute une série d’intérêts commerciaux ou à leur parti politique. Si on couple le tirage au sort avec la démocratie délibérative, alors on peut arriver à des décisions nettement meilleures que ce que les partis politiques sont capables de faire aujourd’hui. »

Extraits de Demain, un nouveau monde en marche (partout dans le monde des solutions existent) (éditions Domaine du possible, 2015)

À lire

L’écologie à l’épreuve du pouvoir » (Un avenir peint en vert pour la France ?) de Michel Sourrouille (éditions Sang de la Terre, 370 pages pour 19 euros)

LABO Planète (où comment 2030 se prépare sans les citoyens) de Jacques Testard, Agnès Sinaï et Catherine Bourgain (1001 nuits, 2010)

Code minier et carte carbone, aux oubliettes

LE MONDE* : L’arrêt du projet minier de la Montagne d’or, en Guyane, est-il définitif ou un nouveau projet peut-il voir le jour ?

Elisabeth Borne : Ma conviction, c’est qu’un projet minier de cette ampleur-là ne sera jamais compatible avec le maintien de la biodiversité et de la forêt guyanaise. C’est pour cela qu’une réforme du code minier est en cours pour éviter que des porteurs de projets ne s’embarquent dans des chantiers incompatibles avec des enjeux environnementaux.

Biosphere : Le code minier français date du 21 avril 1810. Les différentes réformes dont il a fait l’objet n’ont guère pris en compte la question de leur impact environnemental. En juillet 2013, FNE (France Nature environnement) demande au gouvernement de s’appuyer sur les travaux réalisés sous la présidence de Thierry Tuot, conseiller d’Etat en charge de la réforme du code minier. Un avant projet de loi de qualité, débattu de manière transparente et contradictoire par l’ensemble des acteurs est actuellement à la disposition du gouvernement. Dans ces conditions, FNE ne pourrait pas comprendre qu’un projet de loi ne soit pas adopté en Conseil des ministres dans les plus brefs délais… Sous le gouvernement Hollande, les députés adoptent le 25 janvier 2017 une proposition de loi visant à adapter le code minier au droit de l’environnement. Cette réforme, attendue et annoncée depuis plus de cinq ans, laisse un goût amer. En effet, si certaines améliorations ont pu être adoptées malgré l’opposition du gouvernement, cette réforme arrive bien tard et risque de ne pas aboutir, la session parlementaire se terminant dans un mois. Nosu sommes en 2020, et Elisabeth Borne parel d’ne réforme du code miner en cours. La démocratie dite représentative se fout de la gueule du monde.

LE MONDE* : Qu’attendez-vous de la convention citoyenne pour le climat ?

Elisabeth Borne : Cette convention est un moment charnière pour la démocratie. Cela montre que l’on peut préparer des mesures fortes et qui soient acceptables, en associant les citoyens. La hausse de la taxe carbone a été abandonnée. Si on veut malgré tout rehausser notre ambition, nous avons besoin de partager avec les citoyens quels sont les leviers qui leur semblent les plus appropriés.

Biosphere : En renchérissant le prix de l’énergie fossile par la taxe carbone, on privilégie la responsabilisation de chaque producteur et de chaque consommateur afin qu’il programme ses activités en évitant les surcoûts énergétiques. Des habitudes considérées comme « normales » (circuler en voiture à sa guise, brancher la climatisation, manger des tomates toute l’année…) feraient place au civisme écologique. En 2006,  Jean-Marc Jancovici dans « Le plein s’il vous plaît » envisageait ainsi la taxe carbone : « Le changement de mode de vie porte déjà un nom : un prix de l’énergie toujours croissant. C’est si simple, il suffit juste de le vouloir ! Votez pour le premier candidat qui proposera d’augmenter progressivement et indéfiniment la fiscalité sur les énergies fossiles ! » En 2006 Nicolas Hulot reprend l’idée dans le pacte écologique : « taxe carbone, passage obligé vers une société sobre ». Mais il y a une fuite éperdue des politiques devant cette taxe. Sarkozy en avait un peu parlé en 2008, pour abandonner l’idée. Septembre 2009, le premier ministre Fillon fixe le prix du carbone à un prix ridicule, 14 euros la tonne. Rappelons que la TIPP sur l’essence, à 0,61 €/litre, représente 265 € par tonne de CO2 émise. L’éditorial du MONDE (15 novembre 2013) conseille la mise en place immédiate et en augmentation constante d’une taxe sur le carbone absolument nécessaire pour enrayer le réchauffement climatique : « Ne pas le faire conduira, à l’évidence, à des situations plus ingérables encore. » En 2014 Ségolène Royal, soi-disant ministre de l’écologie, supprime l’écotaxe pour les poids lourds. La taxe carbone a été introduite la même année sous forme d’une composante incorporée dans les accises énergétiques (taxes sur les volumes d’énergie consommés), au prorata de leurs contenus respectifs en CO2. Entre 2014 et 2017, le taux de cette taxe a augmenté, mais son impact sur les énergies fossiles a été moindre que celui de la baisse de leurs prix hors taxe résultant de l’affaiblissement des cours mondiaux du pétrole. Pour les ménages, le renchérissement de la taxe a donc été indolore. En 2017, le cours du brent était voisin de 40 dollars le baril. Lors de la discussion du projet de loi de finances pour le budget 2019, il cotait à plus de 80 dollars*. La hausse du carburant devient cette fois visible, les consommateurs poussent des hauts cris. Décembre 2018, les Gilets jaunes enterrent la taxe carbone. Honte à lui, Matignon annonce un moratoire sur la hausse de la taxe sur les carburants. Aujourd’hui en 2020 Élisabeth Borne annonce que la taxe carbone serait définitivement abandonnée ; le gouvernement Macron ne fera rien de sérieux pour lutter contre le réchauffement climatique. Les générations futures vont en prendre plein la gueule.

* LE MONDE du 21 janvier 2020, Elisabeth Borne : « Nous voulons corriger les insuffisances du passé »

Guerre au Mali, guerre colonialiste

Donnez-nous un seul exemple qui montre que la guerre sert à quelque chose. Pour le moment nous n’en connaissons pas… depuis que les humains se font la guerre ! Même pour des forces d’interposition, le résultat n’est pas garantie, exemple au Mali. Voici nos articles antérieurs sur ce blog biosphere, puis des analyses de spécialistes qui vont aujourd’hui dans le même sens que notre approche.

15 janvier 2013, intervention au Mali, une erreur de plus des socialistes

20 janvier 2013, guerre au Mali, encore des morts… pour rien

28 novembre 2019, Des morts pour rien au Mali

Une Guerre perdue : dans son dernier ouvrage Marc-Antoine Pérouse de Montclos décrypte les raisons de l’échec de l’opération « Barkhane ». Le djihadisme au Mali est avant tout le symptôme d’un Etat défaillant, miné par la corruption et incapable d’exercer sa souveraineté. La Franceest prise au piège. En intervenant militairement, elle garantit la pérennité des gouvernements en place. Ce faisant, elle ôte toute incitation à se réformer à des régimes corrompus et parfois très autoritaires. Plus grave encore, elle travaille de concert avec des armées locales coupables d’exactions et de massacres de civils perpétrés en toute impunité au nom de la lutte contre le terrorisme. « Comment alors s’étonner que les Sahéliens la perçoivent comme une puissance néocoloniale responsable de tous leurs malheurs ? », s’interroge-t-il sans détour.*

La guerre au Sahel ne peut être gagnée : Pour une armée étrangère, conduire des opérations de contre-guérilla à la poursuite d’un ennemi qui se cache au sein de la population est très difficile. Les échecs au Vietnam et en Afghanistan sont là pour le rappeler. Sur le terrain, le conflit est de plus en plus perçu comme un affrontement ethnique entre agriculteurs bambara, dogon ou mossi avec des éleveurs peuls hâtivement assimilés aux djihadistes. La guerre au Sahel ne peut être gagnée par une force occidentale. La France a aussi perdu la bataille de l’opinion locale. Les foules qui avaient acclamé « Serval » caillassent désormais les véhicules de l’armée française. Au Mali, la formation des militaires locaux a été confiés à l’Union européenne. Mais lorsque le problème est le népotisme et la corruption, on peut former des soldats pendant des années sans parvenir à reconstruire une armée.**

– Le point de vue des écologistes : On sait pertinemment que toute guerre est en soi destructrice nette de ressources. Quelles guerres l’écologie peut-elle donc accepter ? Y a-t-il des guerres justes ? Laissons à l’Église sa doctrine de la guerre juste ; massacrer pour la « bonne cause » est devenue une maladie récurrente de l’histoire humaine. De façon plus précise, la menace multipolaire du terrorisme est-elle soluble dans un engagement militaire  classique ? La réponse est NON. Faut-il éliminer toutes les armées nationales ? La Réponse est OUI. Que faire des militaires ? Les mettre au service de l’ONU, mettre des casques bleus sur la tête des soldats !

* LE MONDE du 23 janvier 2020, Autopsie d’un enlisement de la France au Sahel

** LE MONDE du 14 janvier 2020, « La guerre au Sahel ne peut être gagnée par une force occidentale »

Claire Nouvian, militantisme et désespoir

Claire Nouvian aujourd’hui: « J’ai toujours été un prophète de malheur : celle qui annonce la catastrophe afin que l’on puisse réagir et l’éviter. Mais aujourd’hui je regarde les faits, le dérèglement du climat, la disparition des espèces, le recul de la démocratie, la concentration inouïe des richesses dans les mains de quelques-uns, l’état de surveillance numérique, le divertissement qui a gagné contre la culture de la connaissance. Garder espoir relèverait de la profession de foi. Je ne suis pas croyante. Moi qui, plus jeune, pensais que les militants de Greenpeace étaient des extrémistes, j’ai compris que les vrais extrémistes étaient les capitalistes qui détruisaient la planète.Pour l’instant, nous avons perdu le combat pour la planète, la justice sociale et les libertés fondamentales. L’humanité déraille et je ne veux plus mentir en donnant l’illusion que « ça ira ».*

Claire Nouvian hier, dégoûtée par les politicards : Présidente de l’association Bloom, Claire Nouvian a été l’une des fondatrices de Place Publique avec Raphaël Glucksmann. Leur mouvement a fait alliance aux européennes avec le PS. Elle raconte l’arrière-cuisine des partis, dont elle se dit « dégoûtée ». Extraits : Une poignée d’intrigants ont transformé Place publique en organe classique où règnent les luttes intestines et où les courtisans réussissent plus que les combattants. Loin d’être rappelés à l’ordre, ceux qui se sont le plus mal comportés ont au contraire pris du galon dans le premier cercle. Les arrivistes auront toujours, par définition, une longueur d’avance sur les autres puisqu’ils passent leurs journées à calculer leurs coups, puisqu’il n’y a rien d’autre dans leur horizon que leur carrière et la constitution d’une rente politique. Nous savons tous, en théorie, que la politique fonctionne ainsi, selon un système féodal d’allégeances, mais en faire l’expérience pratique change tout. J’ai été dégoûtée par cette forme de prostitution de la démocratie qui a comme conséquence que les plus vils obtiennent les meilleurs postes. La campagne européenne a appuyé sur nos faiblesses structurelles et fait tomber les derniers masques. J’ai servi de caution écolo une fois, pas deux. La radicalité en politique, ce n’est pas pour demain. Notre alliance devait fermer la porte à ceux qui étaient favorables à l’aéroport Notre-Dame-des-Landes, au Grand Contournement Ouest de Strasbourg, à Europacity etc. Mais ainsi va la politique : l’idée de ne pas passer la barre des 5 % a plongé l’appareil PS en crise de nerfs et ils se sont mis à trembler de peur dès que j’allais prendre la parole, puisque mon discours ne changeait pas d’un iota par rapport à la feuille de route idéologique et programmatique sur laquelle nous étions tombés d’accord. Je pense que tous les partis, peu importe leur couleur politique, sont des rouleaux compresseurs qui génèrent partout des schémas qui me semblent similaires : le règne de la défiance, le régime de la rumeur, du mensonge et des coups bas. Dans les espaces de lutte, les ONG, les médias, les tribunaux… nous sommes très efficaces. A l’échelle globale, j’ai entièrement perdu foi en notre capacité à relever les défis. Au moment où notre avenir est promis à l’apocalypse climatique et à l’extinction des espèces, le pouvoir politique est plus que jamais une modalité et non une fin en soi. La politique c’est un hachoir de la pensée qui interdit le recul, la lecture, le calme, qui instaure un régime de compétition et de défiance alors que nous ne nous en sortirons que par la coopération et la confiance.**

Claire Nouvian avant-hier. Un découragement passager se comprend, mais la grandeur de espérance humaine et de ses représentants est fait de la capacité à rebondir. Nous avons fait antérieurement l’éloge de Claire Nouvian sur notre blog biosphere, il n’y a rien à retrancher :

23 septembre 2018, N’oubliez pas les noms des héros de l’environnement

Nous ne connaissons pas suffisamment les héros de l’environnement. Depuis 1989, le Prix Goldman rend chaque année hommage aux défenseurs de l’écologie issus des six régions du monde. Cette récompense individuelle est considérée comme « le prix Nobel de l’Écologie ». Voici les Portraits de six héros de l’environnement primés le lundi 23 avril 2018. Pour l’Europe, Claire Nouvian (protectrice des fonds marins)

25 avril 2018, Bloom et Nicolas Hulot, même combat en mer

Claire Nouvian, fondatrice de l’association Bloom vient de recevoir le prix Goldman, considéré comme la plus haute distinction internationale dans le domaine de l’environnement.* Bloom est une petite association de 8 salariés entièrement vouée « aux océans et à ceux qui en vivent », avec pour ambition d’établir « un pacte durable entre l’homme et la mer ». Si la madone des poissons se fait autant remarquer, c’est surtout parce qu’elle remporte les campagnes qu’elle mène. L’interdiction de la pêche profonde en dessous de 800 mètres décrétée par l’Union européenne en 2016 est très largement à mettre à son crédit. L’interdiction de la pêche électrique est en bonne voie. L’attitude à son égard est variée, il y a ceux qui la détestent : « Je suis hyperclivante. Les pêcheurs néerlandais m’appellent Hitler…  » Il y a ceux qui la comprennent…

* LE MONDE du 19-20 janvier 2019, Claire Nouvian, militante écologiste : « J’ai toujours été un prophète de malheur »

** Claire Nouvian : « J’ai servi de caution écolo une fois, pas deux »

2020, placé sous les auspices de l’écologisme ?

Signe d’une année 2020 un tantinet meilleure que les précédentes, on n’entend plus vociférer sur Internet et sévir dans les médias égationnistes du climat et autres écolo-sceptiques. Ils ne vitupèrent plus sur les Khmers verts et le retour à l’âge des cavernes, ils sont devenus plus policés et se contentent de sourire sur le boboécologisme. Mais tout n’est pas gagné pour faire face à l’urgence écologique, le système bio-industriel récupère déjà le discours pour le dénaturer, l’écoblanchiment est partout, et les politiques s’activent dans les couloirs pour perpétuer le business as usual. Deux exemples ces derniers temps, l’huile de palme et les tickets de caisse :

En France le gouvernement sert coûte que coûte les intérêts de Total, quitte à contourner une loi durement acquise, exclusion de l’huile de palme de la liste des agrocarburants bénéficiant d’un avantage fiscal. Or une note technique de la direction générale des douanes et des droits indirects, en date du 19 décembre 2019, fait une exception, la nouvelle règle ne s’applique pas aux agrocarburants à base de palm fatty acid distillate (PFAD)*. Ce point de vue favorise en tout cas le business plan de Total et son usine de la Mède qui utilise des distillats d’acide gras et des huiles usagées pour au moins un quart de son approvisionnement. Selon le ministère de la transition écologique et solidaire, les PFAD « ne sont pas de l’huile de palme », mais constituent de simples « résidus ».

en Allemagne, pour lutter contre la fraude fiscale, on va produire des tonnes de déchets difficilement recyclables. A partir du 1er janvier 2020, l’émission d’un ticket de caisse deviendra obligatoire pour toutes les transactions, y compris pour les petits achats, comme à la boulangerie ou à l’épicerie**. Outre-Rhin, les commerces et même les supermarchés, n’impriment un reçu qu’à la demande du client. Mais cette habitude permet à de nombreux établissements de dissimuler une partie de leur chiffre d’affaires. Berlin estime le montant de la fraude à plus de 10 milliards d’euros par an. Pour y remédier, le Bundestag avait voté, en décembre 2016, une loi qui généralisera, dès janvier 2020, l’impression d’un Kassenbon. L’impact écologique de la réforme fait débat, le ticket de caisse obligatoire produira des montagnes de déchets de papier thermique, non recyclable et dangereux pour la santé.

La société thermo-industrielle trouve toujours quelque chose pour contourner l’impératif écologique, faut préserver l’emploi nous dit-on, et les entrées fiscales, et surtout ne pas être pu-ni-tif. Donc les générations futures vivront avec des températures insupportables, des terres stérilisées et des conflits généralisés… les écolo-sceptiques trouveront ce qu’ils ont cherché, un avenir bouché.

* LE MONDE du 3 janvier 2020, Une exemption fiscale relance le débat sur l’huile de palme

** LE MONDE du 22-23 décembre 2019, En Allemagne, polémique sur la généralisation des tickets de caisse