Post-Trump, mondialisation des Gilets jaunes

Après l’élection de Joe Biden aux USA, le déni prévaut encore chez les supporteurs de Donald Trump, aveuglé par le comportement de l’(ex)président américain. Celui-ci a toujours assuré qu’il ne pourrait être battu que dans le cadre d’une « élection truquée ». La frange la plus raciste et haineuse est bien présente à ses côtés, les appels à la violence se multiplient sur les réseaux sociaux : « C’est l’heure du soulèvement. Battez-vous contre ce vol. Le président Trump a montré l’existence du marais, maintenant il est temps d’ouvrir la bonde. Aidons-le à supprimer les rats qui bouchent les tuyaux ! » L’ancien directeur de campagne de Donald Trump, Steve Bannon, a appelé il y a deux jours à mettre les têtes du directeur du FBI et du responsable de la lutte contre la pandémie de Covid-19 sur des piques devant la Maison Blanche. Ces appels à l’insurrection ne peuvent être accueillis que par la dérision : « Mec, 70 % des Américains sont en surpoids et 40 % sont obèses. Les gars pro-Trump qui se masturbent en rêvant d’une guerre civile sont trop occupés à essayer de respirer sur leur fauteuil roulant électrique pour réussir à former une armée ». Tu bouffes n’importe quoi, tu picoles comme un trou, tu consommes des médicaments à la folie, tu ne veux pas financer un semblant de sécu digne de ce nom mais tu t’armes comme un porte-avion, tu roules sur des routes très souvent défoncées par des chars d’assaut ( les SUV), tu méprises les équilibres et la préservation de la nature… Qui peut-être surpris de la popularité de Trump ? Il a réuni aujourd’hui plus de suffrages qu’en 2016.

On en peut pas prendre cela à la légère, le problème de fond subsiste. L’impuissance et le déclassement sont les carburants de l’audience de Donald Trump. Son arrivée à la Maison Blanche concrétisait une tendance lourde, à l’œuvre dans la société américaine. La croissance américaine des dernières décennies a été confisquée par les 10% les plus riches, et singulièrement par le 1%. Et ce au détriment des 50% les plus pauvres qui ont vu leurs revenus décliner dans le PIB. La condition sociale de tout individu est une des résultantes de sa condition économique. Ce sont les classes moyennes blanches des anciennes régions industrielles qui ont le plus souffert. L’incompréhensible, c’est qu’au lieu de se tourner vers des socialistes, elles préfèrent se laisser séduire massivement par les sirènes populistes et néo-fascistes. C’est dans les franges de l’Amérique blanche déclassée que se recrute une bonne part de l’électorat de M. Trump. Une société qui produit de plus en plus de désespoir, rien de bon ne peut en sortir.

Les électeurs trumpistes ressemblent aux gilets jaunes français sous une forme à peine différente.. Même sentiment d’être délaissé, travail incertain dans des secteurs industriels sans avenir, absence de porte-parole par rapport à l’intelligentsia urbaine, aucune écoute des politiques,Trump excepté ! La mondialisation sauvage, des flux d’immigrations médiatiquement survalorisés et une vague écolo rejetée car elle remet en cause le mode de vie, tout cela explique le rejet des élites et l’attrait des politiciens d’extrême droite, catégorie dans laquelle on peut mettre Trump sans hésiter. Donald Trump a le même carburant que Marine Le Pen. Et c’est pour cette raison qu’elle l’aime tant. La diversité de l’électorat trumpiste est incontestable, mais il trouve son unité dernière le culte de la force, le rejet de l’autre, l »individualisme forcené et le rejet de l’intérêt général, la méconnaissance des données sociologiques et scientifiques, et dans plusieurs pays dont les États-Unis, la certitude que la loi de Dieu est supérieure à celle des hommes.

Trump et l’extrême droite sont des révélateurs de la part la plus sombre de l’être humain. Que ces personnalités dictatoriales aient une audience électorale au niveau mondial, que Trump, Bolsonaro ou Erdogan accèdent aux pouvoir, tout cela est inquiétant et durable. Ce sont des clowns à la tête de nations, mais des clowns dangereux. Trump n’est plus là, mais les germes du chaos social sont toujours là.

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9 réflexions sur “Post-Trump, mondialisation des Gilets jaunes”

  1. Sur notre blog biosphere, Trump Obama, même ligne politique, américano-centrée
    https://biosphere.ouvaton.org/blog/trump-et-obama-meme-ligne-politique-americano-centree/
    Lors de son discours d’investiture le vendredi 20 janvier 2017 Donald Trump, 45e président des Etats-Unis, s’exclamait : « A compter de ce jour, il n’y aura plus que l’Amérique d’abord, l’Amérique d’abord…. Lors de son discours d’investiture le 20 janvier 2009, Barack Obama posait deux conditions au changement :  « Faire redémarrer la croissance, construire routes et ponts… » et « Nous n’allons pas nous excuser pour notre mode de vie, nous le défendrons sans relâche ».

    1. Attention à ne pas mélanger les carottes et les navets. Américano-centrée certes, mais quand même pas la même politique. Même si Obama n’est pas un modèle pour l’écologie, ni pour le social, là encore ne comparons pas ce qui n’est pas comparable. Je préfère encore qu’on construise des ponts plutôt que des murs. Le programme de Biden (retour à l’Accord de Paris, doubler le SMIC etc.) n’a rien à voir non plus avec celui de Trump, si encore il y en avait un. Bien sûr un programme reste un programme, et des promesses restent des promesses.
      De toute façon comment imaginer qu’un candidat, aux USA ou chez nous, puisse se faire élire en disant qu’il va diviser par deux la superficie des logements, limiter à une seule le nombre de salles de bain et de bagnoles par foyer etc. ? Avant de pouvoir proposer un véritable programme de décroissance, il y a un sacré chantier de décolonisation des imaginaires.

  2. 11 novembre 2016, Ne nous TRUMPons pas, nous l’avons bien cherché
    Si le peuple adule les trump-la-mort, qu’y faire ? Pourtant cette victoire en trump-l’oeil annonce des lendemains qui déchantent. Ce n’est pas une petite trumpette que nous allons faire avec le réchauffement climatique, ce sera le grand bain. Les climatosceptiques ont gagné, les populistes bateleurs et menteurs sont avec eux. Il y a de fortes chances que le trumpisme devienne un mot courant. L’écologie va faire encore plus de trumpoline que précédemment, un vrai trumplin vers la catastrophe écologique.
    Voici ce que pense avec trumptitude Agnès Sinaï : « « Avec l’élection de Donald Trump, le pays se réveille divisé en deux Amériques : celle qui pensait engager une transition énergétique, et celle qui fait fi des accords climatiques mondiaux et entend retourner au charbon, en déniant la science du climat.» …

    1. Oui bonne question, qu’y faire ? Pas facile de répondre. Bien sûr je n’ai pas LA réponse, même pas des yaca, ni des si, mais seulement quelques peut-être.
      Faute de pouvoir lui vendre une véritable utopie, un véritable projet de société, bien ficelé, bien alléchant et tout et tout, peut-être alors qu’en évitant d’en rajouter à la confusion, peut-être qu’en évitant certaines simplifications, certains amalgames… peut-être alors ce peuple de cons sots mateurs y verrait-il un peu plus clair. Peut-être qu’en évitant de trop l’amuser et trop l’abuser avec toutes sortes d’épouvantails, peut-être alors qu’il aurait moins peur. Et peut-être qu’alors il serait plus apte à réfléchir.
      Maintenant, p’t’êt ben qu’oui, ou alors p’t’êt ben qu’non. N’oublions pas non plus cette grande fatigue, pas seulement due au ras-le-bol. Notre civilisation aussi est fatiguée, elle n’en peut plus.

    1. En France nous avons connu les rouges et les roses. Les Portugais ont eu les Oeillets. Et puis nous avons eu les roses fanées. Après les Bonnets rouges nous avons eu les Gilets jaunes. Et à quoi ça a servi, tout ça, hein ?
      Et donc après les Chemises brunes nous aurons les khmers verts ! Autrement dit, après le carbo-fascisme ce sera l’écofascisme. Eh oui !

  3. – « On ne peut pas prendre cela à la légère »
    Il y a 3 jours («Trump favorise la montée du fascisme») Biosphère commençait en écrivant «Mieux vaut en rire qu’en pleurer». Et moi d’acquiescer. Pour éviter que certains binaires interprètent de travers, il eut fallu préciser : En rire oui, mais comme pour tout, dans la juste mesure.
    Cette fois encore je ne peux qu’être d’accord avec cette analyse biosphérique de la Peste brune, les raisons de sa prolifération etc. Sauf et encore une fois sur un détail.
    – «Les électeurs trumpistes ressemblent aux gilets jaunes français sous une forme à peine différente».
    J’ai dû probablement rater une grande étude sociologique révélant que 80 ou 90 voire 99,99 % des Gilets Jaunes sont PRO-TRUMP. Ou sous une forme à peine différente, PRO-MARINE. Et en même temps qui dit que 80 ou 90 voire 99,99 % des GJ sont ANTi-écolo.

    1. (suite) Les Gilet Jaunes et les fachos ont également en commun le fait d’avoir deux jambes, comme les écolos. Tous ceux qui défilent dans les rues, qui marchent ou qui cassent, expriment leur mécontentement. Tout simplement.
      Et hélas ce ne sont pas les raisons qui manquent, de ne pas être content, et de râler, voire de casser… et de brûler des SUV, de couler des bateaux et Jean Passe. Mais bon, la juste meure, bordel !

    2. – La Voix du Nord, ce jour (Joe Biden et «les Gilets jaunes américains»).
      Là encore on fait dans le binaire : «Deux Amériques s’opposent. Une Amérique des grandes villes qui accepte le monde tel qu’il va, et une Amérique rurale qui le refuse».
      – Ailleurs : «À Brest, les Gilets jaunes ne sont pas adeptes du confinement»

      STOP ces amalgames ! Sinon on va finir par penser que ce n’est pas BIEN de réfléchir, pas bien de râler, pas bien d’être CONTRE etc. Et là ils auront gagné. Là ça sera :
      – «Tiens-toi droit, écoute ton maître, finis ton assiette, finis tes études, va travailler, sois compétitif, achète un appartement, fonde une famille, trouve une bonne école pour tes enfants, suis la mode, ne rentre pas trop tard, agis normalement, pense modérément, vote utile, regarde la télé, traverse dans les clous, arrête de vieillir, mets de côté pour tes vieux jours.»
      Et puis met ton masque, respecte les distances, tremble et tais-toi !

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