Uncategorized

Sans tabou, la peine de mort à l’honneur

Le sexe sans tabou, la transition de genre sans tabou, les fake news sans tabou, les tabous tombent, les avis sur la peine de mort patinent. Difficile d’avoir un point de vue écolo sur cette mortelle question, sauf à se rappeler ce qu’écrivait Jean-Marc Jancovici :

« Entretenir une population en prison, c’est utiliser de la nourriture, des ressources et de l’énergie pour le bénéfice d’improductifs mis au ban de la société. Jusqu’à une époque somme toutes assez récente, on ne s’encombrait pas de ces bouches à nourrir : le sort commun de l’assassin était la mort dans des délais assez rapides. Il est évident que, en univers énergétiquement contraint, ces mauvais souvenirs risquent de redevenir d’actualité. » [Changer le monde, tout un programme ! ( 2011)]

Notons que la logique jancovicienne de la raréfaction des ressources naturelles n’est pas encore perceptible, c’est plutôt le contraire. Même la Virginie a supprimé la peine de mort. Le premier condamné à mort y avait été pendu en 1608 et la loi de Lynch, un planteur de Virginie, avait été pratiqué sans sourciller. LE MONDE justifie ainsi cette abolition :

«  Les Noirs étant particulièrement victimes d’échelles de peines plus sévères que pour les Blancs… Mais c’est surtout la lente transformation politique qui a permis cette avancée à laquelle la majorité des élus républicains reste opposée… (Et puis il faut faire comme les autres,) la Virginie va devenir le 23e État abolitionniste (sur 50), »

Rien sur la considération des victimes d’un assassinat, rien sur l’idée juridique de proportionnalité de la peine, rien sur le penchant des peuples a estimer normale la peine capitale. La démocratie est un lieu vide où les citoyens peuvent mettre une chose ou bien son contraire.

Autrefois le peuple assistait au spectacle de la guillotine en œuvre.

Aujourd’hui rester partisan de la peine de mort amène à l’excommunication dans certains milieux « de gauche ».

Demain, à cause de la raréfaction des ressources vitales,  nous préférerons multiplier les morts sur les champs de bataille et le peuple applaudira.

Devenons tous objecteurs de conscience avant qu’il ne soit trop tard… et pour la peine de mort, laissons les jurés délibérer librement de l’échelle des peines ! Du moins c’est ce qui paraît le plus logique juridiquement parlant !

Pour en savoir plus avec notre blog biosphere

20 mai 2018, peine de mort, partisans et abolitionnistes aux USA

12 novembre 2016, Peine de mort validée dans plusieurs États américains

1er juillet 2015, Débat sur la peine de mort : midazolam ou thiopental !?

17 mai 2014, La peine de mort, les termes du débat dans LE MONDE

11 mai 2011, la peine de mort, de 1981 à 2011

Sans tabou, la peine de mort à l’honneur Lire la suite »

Tous nos articles biosphèriques de mai 2026

Abonnez-vous, ça vaut le coup

analyse structurelle

La lettre encyclique MAGNIFICA HUMANITAS

action écologique

RAP@Toile 2026

Le militantisme écolo pourchassé

ZFE, la démocratie en débat

consigne des bouteilles, l’impasse écologique

changeons d’imaginaire social

Le pape Léon XIV, un pacifiste convaincu

Jésus Christ contre « l’identité » chrétienne

des loups, des renards et des hommes

La corrida, obsolescence de la « tradition »

Edgar Morin nous a quitté à l’âge de 104 ans

Pédagogie, fragile équilibre entre contraintes et liberté

Du ressenti au ressentiment , malheur !

carbonation

Pour en finir avec les négationnistes du climat

à 50°C, on va tous crever bientôt

démilitarisation

Le risque accru d’un conflit nucléarisé

Se libérer de l’arme nucléaire, c’est possible

22 mai, traité de non-prolifération nucléaire

Non-prolifération des armes nucléaires ?

Échec du traité de non-prolifération nucléaire

GORBATCHEV en 1987, contre la bombe atomique

Osons la paix avec l’écologie politique

Bientôt fascisme et barbarie post-pétrole

dépopulation

Bruno Retailleau, un présidentiable nataliste

Déclin démographique, une bonne nouvelle

Manifeste pour une décroissance Démographique

La Suisse veut limiter sa population le 14 juin

Gestation pour autrui, non sens démographique

François Ruffin hostile à l’immigration…

Sur les abolitionnistes de la peine de mort

L’épidémie d’Ebola, plus de peur que de mal

détechnologisation

La relance inconsidérée du nucléaire civil

PMA, un seuil à ne pas pratiquer ?

à la télé, Morts en silence dans les champs

Des-informations

Fatigue informationnelle par submersion médiatique

L’écran fatigue notre capacité d’attention

Bienvenue dans le monde « offline »

Eurovision 2026 : on s’en fout

Festival de Cannes, rien sur les échecs ?

Michel Sourrouille parle de lui-même, et donc des autres

01 Quelques fragments de mon existence

02 Préalable, se libérer de la religion

03 Une pensée en formation, un effort constant

04 En faculté de sciences économiques, bof !

05. Mes premiers contacts avec l’écologie

06. Je deviens objecteur de conscience

07. éducateur, un rite de passage obligé

08. Insoumis… puis militaire !

09. Je deviens professeur de sciences économiques et sociales

50 ans de compagnonnage avec LE MONDE

N’hésitez pas à mettre un ou plusieurs commentaires sur nos articles,

la formation de l’intelligence collective est l’affaire de tous.

Pour échanger ou abonner une connaissance

biosphere@ouvaton.org

Merci de votre attention…

et faites connaître notre blog biosphere…

Tous nos articles biosphèriques de mai 2026 Lire la suite »

Pédagogie, fragile équilibre entre contraintes et liberté

Le pédiatre français Aldo Naouri, né le 22 décembre 1937 en Libye, est mort le 18 mai 2026. Ce qui a fait sa renommée, et lui a valu aussi controverses et polémiques, est son plaidoyer constant pour la « verticalité » de l’éducation. Une liberté assumée par un enfant repose sur une juste mesure par lui-même des contraintes, Les parents doivent toujours justifier leur acte au lieu de commencer par contraindre : une pédagogie sans gifle ni martinet n’est possible que si la relation entre parents et enfants passe par l’échange de mots structurants. Bel idéal remis en question actuellement par la préférence des enfants pour leur smartphone plutôt que l’écoute des parents ou des éducateurs.

Roger-Pol Droit : La première singularité d’Aldo Naouri réside dans sa trajectoire personnelle. Elle a quelque chose d’exceptionnel, dans la mesure où rien, apparemment, ne le prédisposait à la réussite qu’il a connue. Son père, modeste tailleur juif, meurt deux mois avant sa naissance. Il est le dixième enfant d’une mère qui ne sait pas lire et se retrouve veuve à 34 ans. La famille, presque sans ressources, vit alors dans la partie italienne de la Libye. Elle en est expulsée en 1942 par le régime de Mussolini. A 4 ans, le petit Aldo est exilé en Algérie et vit à Orléansville dans un grand dénuement. Huit personnes partagent une cave de 20 mètres carrés. Sa mère, par ses récits, rend constamment présent son père disparu. Chaque soir, elle captive l’attention des enfants par les contes qu’elle a mémorisés, adaptés des Mille et une nuits et des classiques de la littérature française.

Cet étonnant parcours éclaire en partie le regard singulier qu’il va porter sur les enfants et sur l’éducation. Aldo Naouri s’intéresse prioritairement aux relations familiales et à leurs structures, plutôt qu’aux individus et à leurs tempéraments. L’essentiel, à ses yeux, se joue dans les rôles tenus ou non, les places occupées ou vides des uns et des autres, au sein des réseaux d’interactions entre générations et sexes. Aldo arrive à 20 ans à Marseille, études de médecine à Besançon, internat à Paris et installation de son cabinet de pédiatre en 1966.

Il a pour principale image publique la défense de l’autorité dans l’éducation. Contre « l’enfant-roi », contre l’éducation positive et l’obsession postmoderne de ne jamais entraver le libre développement des petits, Aldo Naouri n’a cessé de rappeler que l’autonomie, pour se constituer, a besoin de limites. La première tâche de l’éducation est de les poser, avec pour objectif le bien-être mental de ceux qui vont les intérioriser.

Ce dernier point est essentiel. Les conseils que ce pédiatre adresse aux parents – ne pas chercher à séduire à tout prix ses enfants, ne pas avoir sans cesse peur de les traumatiser… – visent à protéger les enfants eux-mêmes des conséquences désastreuses du « sans limites ». Loin de prôner une rigidité archaïque, Naouri voulait avant tout défendre la santé mentale des petits et leur avenir autonome.

Quelques extraits de l’analyse d’Aldo Naouri

– Mon activité professionnelle de pédiatre m’a conduit à analyser les facteurs qui ont abouti progressivement à la disparition de la notion de limite dans nos façons de penser. La non-limite est devenue l’idéal, laissant croire à chacun qu’il peut déployer son désir et ignorer la règle du don et du contre-don qui fonde le lien social…

– Il me paraît parfois inutile de conseiller une réprimande dissuasive à défaut d’une punition et encore moins d’une de ces bonnes claques qui n’ont jamais tué personne tout en ayant souvent permis la fabrication de solides limites.

– Nous ne sommes pas de grossiers adultes cohabitant avec la délicieuse innocence de l’enfant. La pulsion qui travaille l’enfant puisse être strictement identique, y compris dans sa violence, à celle de l’adulte.

– Nous sommes devenus ce que nous sommes en raison seulement du fait que nous nous sommes frottés aux écueils et à la répression de notre environnement. Voilà qui nous contraint à admettre que nous sommes le produit d’une histoire. Ce n’est pas le résultat d’une sorte d’auto-création qui aurait fait de nous des êtres libres.

– L’amour qui se déploie sans mesure, l’amour qui se rit des limites, l’amour capable de transformer de fond en comble les êtres, l’amour si merveilleusement vivant et vivifiant peut lui aussi mourir ! De plus en plus souvent, semble-t-il, si on en juge à la crise qui frappe l’institution du couple.

En savoir plus grâce à notre blog biosphere

La meilleure façon d’élever ses enfants

extraits : Ma mère m’avait dit : « Il faudra toujours travailler pour être indépendante et si tu sais coudre et faire à manger, tu auras toujours du travail. » Je crois qu’elle a raison. Mon père était très strict, à l’ancienne, mais il nous a aussi transmis le goût de la liberté. Pour ne pas être envoyée en seconde et pouvoir faire un BEP couture, je ne me suis pas présentée au brevet. Et je continue à défendre ça ! Sortis de 3e, tous les enfants devraient faire une année pro. Tous ! Là, on leur demande de décider ce qu’ils veulent faire plus tard alors qu’ils ne savent rien faire de leurs mains. Le pro, ça permet aux enfants d’avoir confiance en eux, de se dire : « J’ai fait un truc, je sais produire avec mes mains. »

Quelques avancées en matière de pédagogie

extraits : Dans les années 1920, la psychologie de la forme selon laquelle le cerveau contient des structures innées sur lesquelles viennent se greffer les connaissances est contestée par le behaviorisme (science des comportements) qui voit l’esprit comme une cire molle qui attend un apprentissage. L’individu construit alors ses connaissance selon les possibilités que lui offre son milieu de vie. C’est la socialisation fait en sorte que l’individu se comporte d’une manière ou d’une autre. L’intelligence n’est pas conditionnée par la génétique, mais formatée par un imaginaire social, une culture. Restait à montrer que les méthodes d’éducation active sont bien plus adaptées à l’éveil d’une personne que les méthodes magistrales de transmission d’un savoir. C’est le sens de l’évolution récente de la pédagogie….

Pédagogie, fragile équilibre entre contraintes et liberté Lire la suite »

50 ans de compagnonnage avec LE MONDE

Je suis abonné au MONDE depuis le milieu des années 1970 et je sais les difficultés présentes de la presse avec la concurrence du numérique. Mais j’ai plusieurs remarques qui me tiennent à cœur en tant que vieux lecteur. Pour mieux comprendre LE MONDE :

– J’ai connu ce journal du temps qu’il était rigoriste, mais « de référence ». J’abonnais au MONDE pour 6 mois mes élèves de 1ère ES pour usage pédagogique. Maintenant l’irruption des faits divers empêche de percevoir clairement l’analyse de fond. De plus l’introduction de l’image dans ses colonnes est devenu un raz de marée qui occulte le texte, par exemple quand on consulte la page d’accueil sur LE MONDE numérique. Je trouve même maladroit dans LE MONDE papier le 27 mai 2026 de titrer en bandeau sur « la stratégie fluctuante de Donald Trump », ce qui est loin d’être nouveau, et à mettre seulement en 5e colonne l’encyclique du pape qui devrait marquer les esprits. Le lecteur n’accorde de l’importance qu’à ce qui est est mis en avant par les médias.

– J’ai été parmi les premiers à financer la société des lecteurs du MONDE pour garantir l’indépendance du journal. Je suis convoqué pour l’AG du 19 juin 2026, je n’irai pas. L’ouverture du capital a des intérêts privés (Bergé, Niel, Pigasse) a rendu obsolète la société des lecteurs.

– Quant à sa dépendance à la publicité, j’avais déjà relevé en 2013 dans « M, le magazine du MONDE » le summum du luxe inutile et de l’achat compulsif fabriqué par la publicité : Parfum Guerlain (p.2 et 3), Passat à 23 460 euros (p.4 et 5), Chanel n° 5 (p.6), Tiffany&Co. (p.9), SUV à 238 g de CO2 par km (p.15), etc. Il ne faut pas avoir le sens de la contradiction pour faire un article sur la pollution de l’air à Pékin en p.19-20 à cause de la circulation automobile ! Rien n’a changé depuis, 13 années plus tard !!!

– J’ai interrogé à une époque ses journaliste environnementaux Marc Ambroise-Rendu (décédé), Roger Cans (décédé) et Hervé Kempf qui sont membres comme moi des JNE (journalistes-écrivains pour la nature et l’écologie). Ils m’ont tous dit la difficulté pour LE MONDE d’aborder la thématique écologique. Toutes mes notes sur ces entretiens sont à votre disposition. Voici par exemple ce que j’avais recueilli en 2011 de la part de Marc :

« Quand René Dumont a fait acte de candidature à la présidentielle de 1974, le service politique n’a même pas envoyé un stagiaire pour voir à quoi ressemblait ce « zozo ». C’est Ambroise-Rendu qui a couvert les premiers balbutiements de sa campagne lors d’une conférence de presse dans une salle de cours poussiéreuse de l’ Agro. Voyant qu’un « étranger » mettait les pieds dans son espace réservé, le service politique a fini par reprendre la main. »

– LE MONDE a eu l’amabilité d’héberger mon blog à partir du 13 janvier 2005 (biosphere.blog.lemonde.fr). Ce service des blogs abonnés du Monde a pris fin de façon abrupte le 5 juin 2019, c’est votre droit. Mais malgré mes multiples demandes, je n’ai jamais eu d’explication sur le pourquoi du fait que lemonde.fr a éjecté ses 411 blogs abonnés. Toute recherche sur Internet aboutissait au même résultat, la non transparence de certaines décisions du MONDE.

– Toutes mes tentatives auprès de ses journalistes pour faire connaître mes 9 livres édités depuis 2014 sur l’écologie ont été ignorées. Pour les propositions de tribune, y compris cosignée par divers auteurs, il en a été de même.

J’ai constaté que la notion de surpopulation humaine était absente de ses colonnes, il n’y a des articles que sur la « surpopulation carcérale » et ce très fréquemment.

– Dans ce contexte non accueillant pour la question démographique, j’ai voulu passer par une publicité payante à propos de mon livre de 2024, « SURPOPULATION Afghanistan, France, Royaume-Uni… aucun pays n’est à l’abri ». Le contrat a été signé, j’ai réglé la somme demandé, mais une semaine avant parution une intervention non identifiée a interrompu le contrat. J’ai engagé un dialogue avec la rédaction du MONDE qui s’est contenté de son silence. Devant ce que j’estime être une atteinte à la libre circulation des idées, j’ai même saisi un avocat, cela n’a rien changé.

– Malgré mon grand âge, je ne me décourage pas devant l’adversité. J’ai à nouveau contacté son service publicité pour une insertion présentant mon dernier livre, « Malthus, penseur de la finitude (démographie et responsabilité) ». Je pense pourtant que faire connaître le malthusianisme, un mot de notre dictionnaire, est d’utilité publique. Mon livre avait été préfacé par Serge Latouche, un universitaire reconnu pour ses livres sur la décroissance. Je n’ai pas eu de réponse du service concerné…

Michel Sourrouille

En savoir plus grâce à notre blog biosphere

Notre blog, c’était un regard critique sur le monde.fr

Un très bon article du MONDE dans un magazine pourri

dans les archives du MONDE, Michel Sourrouille

2021, « Paroles de lecteurs » – Penser l’avenir au nom des « acteurs absents »

https://www.lemonde.fr/blog-mediateur/article/2021/10/01/paroles-de-lecteurs-penser-l-avenir-au-nom-des-acteurs-absents_6096775_5334984.html

2020, « Le Monde des lecteurs » – Caricatures : pour une tolérance partagée

https://www.lemonde.fr/blog-mediateur/article/2020/11/13/le-monde-des-lecteurs-caricatures-pour-une-tolerance-partagee_6059682_5334984.html

2013, Le mariage et l’écologie

https://www.lemonde.fr/idees/article/2013/01/12/le-mariage-et-l-ecologie_1816181_3232.html

2012, environnement et démographie

https://www.lemonde.fr/emploi/article/2012/10/22/environnement-et-demographie_5984325_1698637.html

1970, un étudiant est gardé à vue après l’attaque d’un commissariat

https://www.lemonde.fr/archives/article/1970/05/23/un-etudiant-est-garde-a-vue-apres-l-attaque-d-un-commissariat_2666262_1819218.html

50 ans de compagnonnage avec LE MONDE Lire la suite »

Fatigue informationnelle par submersion médiatique

La possibilité d’élaborer ensemble une intelligence collective, c’est du passé. On est confronté à la fatigue médiatique, un épuisement psychologique dû à la surabondance d’informations provenant de tout type de média. L’avènement d’Internet a largement contribué à cette fatigue médiatique, avec de vastes quantités d’informations facilement accessibles et diffusées. L’épuisement psychologique des individus qui en résulte peut entraîner plusieurs préjudices, notamment une instabilité émotionnelle, un stress accru, un sentiment d’accablement. Alors on évite les médias sérieux pour se tourner vers le tout venant, de plus en plus les réseaux sociaux. Car cela repose l’esprit de choyer les idées fausses artificiellement partagées.

La perte d’influence des médias traditionnels est consommée et leur perte d’audience vertigineuse. Le public migre massivement des médias grand public vers les plateformes sociales, des studios de télévision aux écrans de YouTube, des journalistes aux algorithmes, des experts aux « news influencers ». Le premier coup de semonce fut asséné le 18 octobre 2012 : le magazine américain Newsweek annonçait l’arrêt de son édition papier et son passage au format tout numérique. Pour le rédacteur en chef de Newsweek (de 1986 à 1991), « Newsweek, c’était une conversation commune qui était partagée par toute la nation ». Tout était dit en ces quelques mots : les médias généralistes aidaient à faire société. Aujourd’hui il n’y a plus consensus possible sur aucun des sujets qui comptent. La même année que l’arrêt de Newsweek, Internet devenait la source prioritaire d’information de 39 % des Américains, et la publicité numérique dépassait pour la première fois les revenus de la presse papier.

La fragmentation des audiences qui en résulte peut devenir une arme redoutable, quand elle tombe dans les mains de ceux qui se dotent des moyens technologiques et financiers dans le but d’identifier des blocs d’électeurs comme autant de cibles différenciées à conquérir. La frontière n’est plus étanche entre l’information et la manipulation, le débat et la polarisation, la vérité et la croyance. Appliquer cette grille de lecture à n’importe quel sujet d’actualité permet de mesurer l’ampleur du danger. C’est vertigineux. Si l’intelligence artificielle recèle de grandes vertus, il est fort probable qu’elle aussi vienne renforcer l’arsenal des pires desseins. Son utilisation pervertie a tout pour en faire l’outil préféré des adeptes de la société « post vérité ».

En 1987, Donald Trump prononçait cette sentence, qui sera l’argumentaire central de ses futures campagnes : « Si vous êtes différents ou scandaleux, les médias vont écrire à votre sujet ». Alors, il n’hésitera pas à paraître différent et scandaleux. Il jettera fréquemment cette phrase à la figure des journalistes rassemblés devant lui : « you’re the fake news ». Ses futurs électeurs ne lui en tenaient pas rigueur. Au contraire. Il représentait leur voix par procuration. Une enquête du site BuzzFeed révélait que les faux articles avaient généré davantage de trafic que les vraies informations, vérifiées et recoupées. D’où l’élection de Trump !

En savoir plus grâce à notre blog biosphere

L’intelligence collective, qui la cherche la trouve

extraits : L’intelligence collective progresse par des individualités qui réfléchissent plus que d’autres, qu’ils soient penseurs ou scientifiques. Mais c’est en intégrant leur apport que l’intelligence collective progresse. Il n’y a pas d’opposition entre l’individu et le collectif, tout est question d’éducation quant au comportement collectif. Comme l’exprimait Nicolas Hulot, « il n’y aura pas de sortie de la myopie démocratique si les citoyens ne sont pas eux-mêmes les défenseurs d’une conscience élargie du monde dans le temps et dans l’espace. » Ce blog biosphere existe, à sa petite échelle, pour diffuser cette conscience….

Fatigue informationnelle par submersion médiatique Lire la suite »

09. Je deviens professeur de sciences économiques et sociales

avec Michel Sourrouille, faisons connaissance

Selon le cardinal de Richelieu, apprendre à lire, écrire et compter « remplit le pays de chicaneurs propres à ruiner les familles et troubler l’ordre public, plutôt qu’à procurer aucun bien ». Avec la scolarité obligatoire, les jeunes ont pourtant appris à lire, écrire ou compter, mais ce fut seulement pour se mettre au service de la révolution industrielle.

Avant la révolution des mœurs de mai 1968, les entreprises n’avaient pas besoin de jeunes entraînés à comprendre, donc à contester. Il suffisait d’avoir de bons scribes et de bons comptables… Les sciences économiques et sociales, matière pluridisciplinaires, permet la compréhension du fonctionnement de notre société. Nouvelle discipline enseignée dès 1966, il y a création du CAPES de Sciences économiques et sociales en 1969. J’arrive au bon moment.

En classe préparatoire pour passer un CAPET de professeur dans le technique, je choisis le concours pour les SES, une matière généraliste et transversale qui permet le débat.

Naissance d’une vocation

Rien ne se fait au hasard, tout découle d’un contexte social. J’ai eu la vocation d’enseignant très tôt car il me fallait rompre avec la tradition familiale. Notre berceau familial se situait dans un petit village des Landes, Beylongue. Le métier de tailleur (de vêtements) était le point d’ancrage de ma famille depuis des générations. Mon grand-père était artisan-tailleur, mon oncle était aussi tailleur, mon frère fera carrière dans l’industrie textile. Mais mon père, tailleur comme de bien entendu, m’avait sensibilisé au fait que cette profession était vouée à disparaître étant donné la concurrence trop forte de l’industrie textile et du prêt à porter. Il me fallait effectuer une reconversion. Ma tante était directrice d’école ; c’est peut-être à cause de ce modèle alternatif qu’inconsciemment je me réfère, j’ai voulu très tôt éduquer.

L’intégration professionnelle est aussi le fait des circonstances. Au moment du bac en juin 1967, j’avais déposé un dossier pour passer le concours et devenir instituteur. Mais j’ai obtenu une mention « Bien » au bac philosophie et ma mère m’a recommandé de poursuivre mes études… D’où mon détour par la fac de sciences économiques où j’avais approfondi mon sens de la contestation sociale. Dorénavant j’avais des idées bien arrêtées de ma vocation : éducateur, oui, mais pas n’importe quel éducateur, pas n’importe quel contenu. Encore à la fac, j’écrivais fin janvier 1971 : « J’en ai marre de me confronter à des « adultes » tellement engoncées dans leurs certitudes. Alors je vais me tourner avec un plaisir extrême vers les gosses qui ont tant de choses à dire. Je les laisserai s’exprimer pour en faire des réfractaires à notre mode de consommation. En fait je suis bien conscient d’être voué à devenir un petit prof miteux pas tout à fait comme les autres dans la mesure où on peut faire quelque chose dans un système d’éducation bloqué. »

Avant de devenir ce prof « miteux », il m’a fallu faire différents boulots d’éducateur puisque je devais effectuer deux ans dans le cadre de mon objection de conscience. J’ai précédemment développé cette période de mon existence. Viré de mon dernier boulot d’éducateur pour cause d’activisme pédagogique, j’ai eu la chance extraordinaire de bénéficier d’un mois de préavis avec traitement pour ne rien faire d’autre que me préparer à devenir prof grâce au CAPES de sciences économiques et sociales. Je travaille nuit et jour pour une matière centrée sur l’actualité de notre monde. Je passe avec succès l’épreuve théorique du CAPES de SES en juillet 1974. Comme d’habitude, je n’ai pas profité de mes dernières grandes vacances pour un farniente. J’ai assuré tout le mois d’août la direction d’une colonie de vacances à saint Etienne de Cantalès. Commence ensuite mon année de CPR (centre pédagogique régional), une année d’observation avec des conseillers professeurs en poste.

Une année d’observation

Mon premier stage se passe à Arcachon avec Henri Marchou. Il utilise ses stagiaires pour faire les cours à sa place. Et quand on assiste à ses propres cours, c’est pour voir un improvisateur-né qui préfère parler de son engagement dans la politique locale plutôt que de socio-économie. Le 18 février 1975, il établit son rapport :

« Sortant de l’université, Mr Sourrouille n’a jamais enseigné mais semble fortement motivé. Dès son premier contact avec une classe, l’impression qu’il fait sur les élèves est indéniable. Il les comprend et sait faire passer le « courant ». »

C’est vrai, depuis ma sortie de fac j’avais pratiqué le monitorat en colonies de vacances, les CEMEA avec le statut d’instructeur, la pédagogie institutionnelle à Moumour, la psycho-thérapie insiituionnelle à la Borde, la fonction d’éducateur à Ambarès ! Je crois d’ailleurs que si les apprentis-professeurs tâtaient de la vie extrascolaire avant de persévérer à s’asseoir sur des chaises, l’éducation nationale prendrait une tournure tout à fait différente…

Le rapport continue : « Mr Sourrouille a le don d’enseigner. » Marchou ne sait pas encore que notre comportement ne découle pas d’un « don », mais d’un entraînement constant. Marchou décrit le résultat de mes deux dernières années écoulées : « Partisan d’une pédagogie très active, utilisant judicieusement le jeu pour motiver les élèves, Mr Sourrouille réussit très vite à intéresser puis passionner les élèves, tous les élèves, même les plus rétifs. »

Au lycée bordelais du cours de l’Yser, Brigitte Lescarret est mon deuxième conseiller pédagogique. Son rapport d’avril 1975 : « Par des méthodes pédagogiques originales (travail de groupe, clubs de lecture, jeux de rôles…), Mr Sourrouille tente d’amener les élèves qui étaient d’ordinaire assez passifs à une plus grande motivation et à une participation active… Il a également eu le souci d’établir une coordination avec mes collègues enseignant l’Histoire-Géographie et la Philosophie, prenant contact avec eux, assistant à certains de leurs cours… » J’obtiens ma validation pratique sur un « cours » en terminale. En fait j’avais fait préparer par les élèves une conférence internationale sur le développement, chaque groupe d’élèves représentant une partie du monde. La matière que j’enseignais était à la fois transdisciplinaire et basée sur les méthodes actives. L’inspection générale à l’époque nous conseillait même de mettre les tables en U dans les salles. Cette disposition non magistrale permettait de faciliter l’échange entre professeur et élèves. Les SES (sciences économiques et sociales), l’accomplissement de mon utopie enseignante. : le débat, la réflexion, la critique constructive, l’intelligence collective. Les SES, une toute nouvelle discipline dans l’éducation nationale dont il semble qu’elle avait été créée juste pour moi !

Je suis affecté « à titre définitif » au lycée Marguerite de Valois d’Angoulême le 12 septembre 1975. Fini ma période d’éducateur en perpétuels transferts, commence ma vie d’enseignant titulaire. Je débarque dans une section toute nouvelle du bac, ce qu’on va appeler la troisième culture, qui s’ajoute aux cultures scientifique et littéraire. L’enseignement des sciences économiques et sociales trouve ses fondements dans la mise en place de la réforme Fouchet à compter de la rentrée scolaire 1965 en seconde littéraire. Une nouvelle option de sciences économiques de 4 heures, « dont la vocation est de compléter les études classiques par une analyse des réalités économiques du monde contemporain à une époque où la croissance des Trente Glorieuses interpelle les partenaires sociaux » est mise en place. Le bac B de juin 1968 n’avait donné lieu qu’à une épreuve orale étant donné les évènements de mai qui ont pas mal perturbé la fin d’année scolaire. Mais dès l’année suivante, l’épreuve normale avec documents pouvait commencer. Les épreuves du  premier Capes de Sciences Economiques et Sociales sont passées en décembre 1969. En 1971-72, mon collègue Jacky Ginestet était le seul professeur en cette matière dans tout le département de Charente pour les trois terminales B.

Mes cours en classe de seconde

Pour nous, professeur des sciences économiques ET sociales, le relativisme culturel est une donnée de base. Mes cours de SECONDE en témoignent. Si j’avais à résumer par une seule expression la conclusion de la sociologie, ce serait : « Tout est culturel. » Démonstration. Quelques semaines après la rentrée, quand les élèves me connaissent mieux et que je commence à les connaître, je lance sans prévenir en début d’heure un sondage dans la classe : « Le sentiment amoureux (dans un couple) est-il naturel ou culturel ». Les mains se lèvent, le verdict est unanime ou presque, ce sentiment est naturel. Parfois un élève demande ce qui signifie « culturel », je réponds que c’est un comportement apporté par la société. Jamais personne ne m’a demandé ce qui signifiait « naturel ». Je fais un tour de tables parmi les élèves, leur demandant de justifier leur vote : « Tomber amoureux, ça vient comme ça, pas besoin de réfléchir, ça arrive à tout le monde… » Le naturel pour eux correspond à la spontanéité.

Je leur précise par la suite que « naturel » veut dire en réalité qu’un comportement est dicté par la génétique ; il s’agit d’un instinct, pré-programmé par notre biologie. Le naturel relève de l’inné, le culturel dépend de normes sociales. Or il est très difficile de mettre à distance sa propre culture quand on ne possède aucune autre référence. C’est pourquoi les élèves confondent « naturel et « normal ». Je laisse le débat libre entre les élèves pendant toute une heure, donnant juste de temps en temps quelques indications.

Je laisse le temps de la maturation des idées et bien plus tard je commence une deuxième heure de débat, cette fois centré sur la démonstration. La question du débat naturel/culturel peut être posée autrement, inné ou acquis ? Je montre aux élèves que nos pensées et nos sentiments doivent bien surgir de quelque part. C’est notre cerveau qui nous permet de voir, sentir, ressentir. Je montre que nous avons une manière de déterminer si le contenu cérébral est conditionné par la société ou par nos gènes.

Nature, inné

Culturel, acquis

DEF

Génétique, instinct

Social

démonstration

Universalité

Relativité

nécessité

apprentissage

L’inné est universel, il n’y a pas moyen d’y échapper, c’est un automatisme qui est suivi par tous les membres d’une espèce animale particulière. Par contre l’acquis est relatif, il dépend de la socialisation effectuée dans un groupe ethnique particulier. Après le débat, les élèves découvrent ensuite grâce à des documents la diversité des coutumes dans le temps et dans l’espace, une approche de l’ethnologie. Je peux facilement démontrer la variabilité des comportements quand il s’agit du rapprochement des sexes et de la formation du couple. En matière de « choix » du conjoint, on livre de jeunes adolescentes à un « promis » qu’elles ne connaissent souvent même pas, que ce soit en Inde, en Afrique et dans les terres d’islam. La tradition du mariage où la femme se voit assigné d’office un conjoint par la pression sociale est d’ailleurs acceptée par les femmes qui ne voient pas comment il pourrait en être autrement. Parler de mariage forcé dans ces sociétés, c’est donc avoir un regard ethno-centré puisque les hommes comme les femmes acceptent à leur insu de leur plein gré les contraintes culturelles liées à leur groupe d’appartenance. Il ne faut d’ailleurs pas oublier que le mariage par convention existait autrefois dans les pays européens et que cela se perpétue dans certaines couches sociales. Une jeune musulmane, même installée dans le monde occidental, sait depuis le plus jeune âge que le mariage dépend directement du choix parental et non de ses propres intentions ; on se marie à l’intérieur de son ethnie. Mais elle a acquis une certaine liberté choix car elle peut comparer deux cultures.

De plus, deuxième démonstration, le sentiment amoureux ne découle pas d’une nécessité mais d’un apprentissage. Dans les sociétés développées actuelles, la liberté de choix est valorisée, donc le sentiment amoureux. Les élèves croient que leur désir résulte du libre exercice de leur volonté alors que les schèmes de leur cerveau sont orientés par leur environnement social. Le sentiment amoureux n’est qu’une construction sociale inculquée dès le plus jeune âge. Par exemple vers trois-quatre ans les enfants vivent le complexe d’Oedipe : ils s’identifient à leur propre sexe, puis essayent d’imiter la relation amoureuse qui lie le père et la mère. Ainsi le petit garçon tombe amoureux de sa mère et considère le père comme un rival à éliminer. Mais il se rend compte rapidement qu’il lui faut trouver un partenaire de son âge, et c’est alors les amours multiples de l’école maternelle. Plus tard l’adolescent lira des romans où l’amour domine, verra des films sur les péripéties conjugales, sera orienté dans ses choix amoureux par les remarques des parents ou des copains. La socialisation conditionne le comportement amoureux, aucun instinct ne guide notre relation à l’autre sexe.

Preuve supplémentaire, la tendance homogamique est toujours présente même dans les sociétés modernes où règne le sentiment amoureux, : qui se ressemble, s’assemble. Toutes les enquêtes montrent en effet une nette tendance à choisir son conjoint dans la même catégorie sociale. La répartition des goûts correspond aux différences de position sociale, un ouvrier se marie plutôt avec une ouvrière, un cadre a de fortes chances de se marier avec une fille de cadres supérieurs, un agriculteur arrimé à une terre ingrate aura de fortes chances de rester célibataire. Les caractéristiques physiques, les façons d’être, le comportement de ceux que nous rencontrons favorisent l’attraction sentimentale ou le rejet. Même les lieux de rencontre ne sont pas socialement neutres, les préférences d’un individu correspondent à celles que l’histoire de son groupe social a déposées en lui : les classes populaires se rencontrent principalement dans des lieux ouverts comme le bal ou les fêtes publiques alors que les classes moyennes préfèrent les lieux réservés comme les lieux de travail et les associations tandis que les membres des classes supérieures font connaissance dans des lieux privés encore très fermés, cercles limités au réseau de leurs relations de classes. Les élites préservent leur reproduction sociale et les autres accumulent les difficultés. Il n’y a jamais de vrai hasard dans les rencontres qui aboutissent, seulement une conjonction d’intérêt. La stabilité matrimoniale des sociétés occidentales est ainsi sauvegardée tout en adoptant le masque du sentiment amoureux ; le libre choix individuel n’est qu’illusion même si la société contemporaine est devenue plus ouverte, plus incertaine dans les statuts et les lieux de rencontre.

Je m’appuie bien entendu pour justifier mes dires sur les documents contenus dans le manuel des élèves. Nature/culture, ethnologie, homogamie et reproduction sociale… tous ces termes sont au programme. Pourtant la démonstration qui est faite du conditionnement de nos sentiments est un véritable choc pour les élèves ; l’approche sociologique est même assez difficile à admettre pour certains. C’est pourquoi bien plus tard je lance un « nouveau » débat : l’amour maternel, naturel ou culturel ? La procréation étant naturelle, les élèves imaginent qu’au phénomène biologique de la grossesse doit correspondre une attitude maternelle prédéterminée, instinctive : « Mais monsieur, c’est obligé, une maman, elle aime son enfant ! » Pourtant une mère qui porte un enfant en son sein peut nourrir à son égard la haine la plus farouche, un enfant adopté peut être chéri par son père adoptif, il n’y a pas d’instinct. Comme pour le sentiment amoureux, l’amour de l’enfant par le père ou la mère s’apprend, il résulte de notre socialisation. Chez l’animal, il n’en est pas de même, le comportement est guidé par des odeurs. Sitôt l’agneau venu au monde, sa mère le lèche longuement et le débarrasse du liquide amniotique qui recouvre son pelage. Dans le même temps survient une modification de l’activité des neurones de son bulbe olfactif qui intensifie la mémorisation par son cerveau de l’odeur du petit. Moins de deux heures plus tard, quand il manifestera le désir de téter, la mère le laissera faire. Mais seul celui qu’elle aura léché – et donc flairé à la naissance – aura  droit à ce privilège. N’importe quel nouveau-né ferait l’affaire, pour peu qu’il soit le premier et que la mère puisse s’imprégner de l’odeur de son liquide amniotique ; on pourrait ainsi  trouver une mère adoptive pour n’importe quel agneau. Même si ce conditionnement génétique autorise les mères de substitution, la relation mère-agneau est inscrite dans le programme biologique de cette espèce animale. Tout comportement universel chez une espèce animale tend à prouver une détermination génétique. L’espèce humaine appartient au règne animal, mais la sophistication de notre cerveau a éliminé toute influence de ce type.

La femme s’éloigne de la femelle, il n’y a pas de gène et d’odeur qui guide son comportement, seulement la conscience d’avoir fait un enfant dont on veut ou ne veut pas s’occuper. L’amour maternel ne va pas de soi, il est « en plus », c’est ce que démontre un livre d’Elizabeth Badinter : « Un lieutenant de police constatait en 1780 que sur les 21 000 enfants qui naissaient annuellement à Paris, mille à peine sont nourris par leur mère, mille autres, des privilégiés, sont allaités par des nourrices à demeure ; tous les autres quittent le sein maternel pour le domicile plus ou moins lointain d’une nourrice mercenaire. Nombreux sont les enfants qui mourront sans avoir jamais connu le regard de leur mère et ceux qui reviendront quelques années plus tard sous le toit familial découvriront une étrangère dans celle qui leur a donné le jour. Cet exemple parmi d’autres contredit l’idée répandue d’un instinct propre également à la femelle et à la femme. Toutes les études faites montrent en effet qu’aucune conduite universelle et nécessaire de la mère ne peut être mis en évidence. Au contraire, on constate l’extrême variabilité de ces sentiments maternels selon sa culture, ses ambitions, ses frustrations. » Bien entendu, je dis aux élèves que le fait que l’amour maternel ait une origine culturelle ne signifie pas que son existence soit inutile. Au contraire, l’amour reçu dans sa prime enfance conditionne l’amour qu’on pourra ensuite porter sur ses propres enfants.

Je fais un dernier débat pour voir si le cours de sociologie est bien passé. Je raconte en début d’heure une histoire (vraie) qui se passe en Afghanistan. Une jeune fille, anglaise par sa mère et afghane par son père, a vécu en Grande Bretagne. Mais son père l’invite pour ses quinze ans dans son pays : arrivée à Kaboul, cheminement dans la montagne, le père dit à sa fille qu’une grande fête est préparée en son honneur. Mais arrivée au village, la jeune fille s’aperçoit que c’est de son mariage dont il s’agit : son père l’a promise. Les festivités se passent, la nuit vient, la jeune fille montre bien par son attitude à son époux qu’il n’est pas question de se donner à lui lors de la nuit de noces. Le promis décide alors de demander aux femmes du village de venir le seconder pour arriver à ses fins. Je pose alors cette question aux élèves : « Vous êtes une femme de ce village, est-ce que vous allez accepter la demande du jeune homme ? » Malheureusement, la réponse d’une partie des élèves montre que le cours antérieur sur la diversité et la force de la socialisation n’a pas encore été digéré. Pour eux, il s’agit d’un viol. En réalité c’est la résistance de la jeune femme que les femmes du village ne comprennent pas dans une société dominée par les hommes.

Puisque rien n’est nécessaire et universel en matière de relations humaines, tout est donc possible. Il n’y a pas « naturellement » de statut d’autorité assigné seulement au père et de rôle affectif joué uniquement par la mère. Autorité et affection découlent d’une socialisation basée sur les normes sociales, les valeurs, le statut assigné à une personne, le rôle qu’elle se croit obligé de remplir. Ce contexte global est bien sûr modulé par les pratiques particulières des familles pour chaque individu.

Il me semble très important pour la formation du caractère de maîtriser la relativité culturelle. Cela permet de prendre de la distance avec ses a priori, ses préjugés. Cela ne veut pas dire relativisme, il y a des valeurs fondamentales comme l’égalité entre l’homme et la femme ou le respect de la biodiversité. Mais cela permet de mieux comprendre l’autre, de savoir se mettre à sa place, de pouvoir habiter un esprit de femme alors que nous sommes mâles, de savoir que l’espèce humaine n’est qu’une partie de la trame de la vie. J’ai fait plusieurs fois l’expérience de demander à un(e) collègue de lycée s’il ou elle pensait que le sentiment amoureux était naturel ou culturel. Autant mes collèges de SES savaient que tout est culturel, autant les professeurs des autres matières raisonnaient comme les élèves. Tout s’apprend, et la sociologie devrait être  une analyse maîtrisée par tous.

Il m’arrive aussi de faire de l’économie en classe de seconde, c’est au programme. Mais ma ligne directrice est de montrer que nos us et coutumes économiques sont autant que nos sentiments conditionnés par le contexte social ! D’ailleurs autrefois on ne disait pas « sciences » économiques, mais économie politique. L’économie n’est pas une science, c’est un arrangement social sur la circulation des richesses, plein de compromis et de conflits. L’économie n’est qu’une sous-partie de la sociologie. Ainsi de nos besoins, qui conditionnent notre demande de biens et services, qui joue donc sur nos productions, et en fin de compte sur le chiffre d’affaires de nos entreprises et donc sur l’emploi. En fait il faut savoir que c’est l’évolution de l’industrie qui nous dicte le mode de satisfaction de nos besoins, y compris pour les dépenses de base nécessaires à la physiologie comme l’alimentation. Il s’agit du mécanisme de la filière inversée, ce n’est pas la demande qui crée l’offre, c’est le contraire. Nous sommes manipulés par la publicité.

En théorie le libre arbitre du consommateur est la règle dans les économies développées à économie de marché, c’est le règne du consommateur-roi : le pouvoir d’achat est un droit de vote. Dès lors que des acheteurs sont prêts à payer, l’activité économique a un sens et la dépense est la meilleure preuve que le besoin existe. La demande pour un bien ou un service n’a donc pas à être justifiée moralement. Dès lors que certains des électeurs de la « démocratie » économique disposent de revenus plus élevés, les résidences secondaires luxueuses se multiplient alors que nombre de travailleurs ne sont pas convenablement logés. Les équipements relatifs à l’enseignement, à la culture, à la santé font défaut tandis que les gadgets prolifèrent. Dans le monde actuel, la perception des besoins réels se change en une offre de produits manufacturés pour laquelle « avoir soif », c’est par exemple boire du Coca-Cola. Les inégalités de revenus et le formatage par la publicité conditionnent l’expression de nos besoins. Supprimons la publicité pour connaître les vrais besoins !

Le marché ne peut coordonner une finalité collective quand il ne s’intéresse qu’à la demande solvable. Notre société libérale cultive l’idée que nos besoins sont illimités, en progression constante : il faut donc augmenter le pouvoir d’achat pour améliorer le niveau de vie. Mais nous pourrions aussi bien montrer que la raréfaction des ressources naturelles nous impose de modérer nos besoins, pratiquer la simplicité volontaire, supprimer un certain nombre de productions. Je pense que l’amélioration de notre genre de vie passe nécessairement par la suppression à la fois des inégalités de revenus et de la publicité. Je n’hésite pas à dire à mes élèves, après en avoir débattu avec eux, qu’une heure de professeur devrait être payée de la même façon qu’une heure de balayeur ou de PDG. Je n’hésite pas à dire à mes élèves qu’à l’heure où l’eau potable commence à manquer, autant dire que Coca Cola est une entreprise sans avenir. La publicité pour Coca Cola ou Pepsi est une obscénité. Je dis aux élèves que nous n’avons pas besoin d’une voiture, d’un téléphone portable et d’une résidence secondaire pour être heureux, nous avons plutôt besoin de pain et d’amitié. Les citoyens ont surtout besoin de considération, de dignité…

La notion de besoin social déborde largement la notion de demande économique et il est légitime d’espérer une organisation économique qui permette le développement complet de tous les êtres humains. Je ne dis pas aux élèves qu’il faut faire la révolution, je mets simplement en évidence les errements d’un système économique libéral qui est devenu la norme et qui court à sa perte. Je montre que notre conception des besoins devrait suivre un principe de généralisation : généralisation dans l’espace, je ne peux satisfaire un besoin que dans la mesure où n’importe qui n’importe où sur notre planète peut accéder à un niveau de vie équivalent ; généralisation dans le temps, le présent a des besoins auxquels on peut répondre seulement si cela n’empêche pas les générations futures de satisfaire les leurs.

Le portable en classe de seconde (des jeunes de 15 ou 16 ans) est un bon objet de débat sur la limitation des besoins. Il suffit de commencer par un sondage : Qui possède un portable ? » J’ai fait l’exercice dans mes classes de secondes, tout le monde ou presque avait déjà son portable. Pire, la plupart en était déjà au deuxième, troisième, quatrième modèle… Les élèves croient qu’il faut changer de téléphone comme on change de chemise ! Mes arguments contre le portable ne peuvent convaincre les élèves. L’économique est sous l’emprise des marchands qui formatent nos désirs.J’essaye de convaincre mes collègues de l’APSES (Association des professeurs de sciences économiques et sociales) : « Le portable est un instrument très sophistiqué qui comporte des éléments rares  en tant que ressources naturelles et difficiles à recycler. Selon cette analyse du cycle de vie du produit (ACV), le portable aurait du rester un instrument à usage professionnel, certainement pas un joujou à mettre entre toutes les mains. Mais notre société (et les parents avec) ne sait plus interdire ce qui devrait être interdit. » J’ai constaté au cours de ma carrière que mes collègues devenaient de plus en plus les soutiens du système tel qu’il existe.

Bon, je ne vais pas vous refaire tous mes cours de seconde, ce serait déjà tout un livre en soi…

Mes cours en classe de PREMIÈRE économique ET sociale

Ma fiche-élève de début d’année est significative de la manière dont j’envisage mon enseignement. « Quelles sont vos qualités et vos défauts  … Quelle question vous posez-vous ? … Passe-temps ou activité personnelle (avec temps hebdomadaire que vous y consacrez) … Lecture régulière (abonnement ou autre) … Caractérisez par un seul mot votre vie de famille… Caractérisez par un seul mot la société actuelle … Citez 6 syndicats en les classant de la droite à la gauche … Citez 6 partis politiques en les classant de la droite à la gauche … Définissez coefficient budgétaire, homogamie, prix constant, valeur ajoutée… Quelle question aimeriez-vous poser à votre enseignant de SES (au niveau économique, au niveau social, au niveau politique) … Donnez un exemple d’organisation socio-économique qui vous paraît contestable … Analysez un évènement important de l’actualité récente (texte structuré de la façon suivante : constat/cause/conséquence/solution)…. »

Nous passons assez longtemps à exploiter les résultats de cette fiche !

Le programme de première approfondit le programme de sociologie de seconde en précisant les notions employées. Le débat nature/culture est par exemple complété par l’étude des interrelations entre normes et valeurs, rôle et statuts… Mais c’est aussi un moyen de critiquer notre fonctionnement actuel. L’exode rural a été un processus de déculturation/acculturation qui ébranle en profondeur l’organisation interne des campagnes. En apparence, l’école obligatoire pour tous au XIXe siècle est une libération, c’est offrir aux citoyens des chances égale de promotion. L’école donne le moyen aux enfants d’agriculteur d’élever leur niveau de connaissances et de quitter la terre. En réalité, le paysan se retrouve esclave de la révolution industrielle. La France en 1833 impose à toutes les communes de posséder une école primaire, la nation française se forgera à travers l’extension de la langue française. On condamne ainsi à mort les langues locales, de l’Occitanie à la Bretagne. En même temps s’opérait une coupure dans le milieu familial, les parents, qui souvent ne comprenaient pas un mot de français, reprochaient amèrement à l’enfant puni en classe pour utilisation de sa langue maternelle qu’il « ne serait bon qu’à garder les vaches ». Les parents soutenaient ainsi par leur attitude le déracinement de leurs enfants et leur emploi à la ville.

Or aujourd’hui la société thermo-industrielle est en train d’échouer, le chômage est structurel, l’approvisionnement alimentaire par nos campagnes incertain. Il est préférable que l’école soit dotée de jardins potagers plutôt que d’une bibliothèque aux écrits inaccessibles. Je montre que l’éducation scolaire n’implique pas forcément la poursuite des études. Le programme de première est aussi une étude de la reproduction sociale par l’école, thématique qui sera approfondie en Terminale.

J’applique la pédagogie active grâce à un exercice d’analyse de l’actualité. J’abonne pendant six mois mes élèves au journal LE MONDE. Un groupe de deux-trois élèves le lisent pendant une semaine, découpent des résumés d’article et en font une page recto distribuée aux élèves, étudiée à la maison et commenté en classe. Le cours sur cette fiche est le plus possible interactif et basé sur le travail des élèves. Mais je mesure bien la difficulté des élèves de hiérarchiser les informations. Ce qui les intéresse au début, ce sont plutôt les faits divers que l’évènement socio-politique majeur.

Les perspectives ouvertes par le programme de 1ère SES sont directement politiques. Surtout avec l’option de sociologie politique suivie seulement par une petite minorité des élèves. Nous apprenons à définir l’opposition entre démocratie formelle et démocratie réelle, démarche inductive, parité politique, discrimination positive, supranationalité, citoyenneté universelle, communautarisme, le test de Milgram … Nous consacrons souvent une heure à débattre de l’actualité politique de la semaine  écoulée : je liste les centres d’intérêt des élèves au tableau, puis nous votons pour le thème qui va être abordé en premier. Je fais systématiquement un tour de table pour faciliter la prise de parole de chacun. La conclusion sera collective, je marque une synthèse au tableau… Bien entendu le cours s’appuie sur le livre qui, comme tous nos manuels en seconde, première ou terminale, consiste uniquement en un recueil de documents divers.

Comment s’étonner que notre démocratie aille mal ! Peu d’élèves savent distinguer la droite de la gauche, les partis sont ignorés, le nom des syndicats encore plus. Tous les élèves sans exception devraient suivre des cours de sciences économiques, sociales et politiques pour mieux apprécier l’évolution géopolitique et savoir agir. Il faut une éducation holistique, systémique. J’ai la forte impression que les élèves perdent leur temps à subir des disciplines séparées. Cela formate un état d’esprit compartimenté, l’histoire dans un tiroir, l’économie dans un autre, le français sur une étagère, etc. L’enseignement est mal fait, d’autant plus que passer des années et des années assis sur une chaise ne peut véritablement préparer les jeunes à la vie active.

Garder une pensée ouverte, c’est ce qu’on devrait nous enseigner. Les sciences économiques et sociales, c’est à la fois de l’histoire, de la géographie, de la philosophie, la compréhension d’un texte, la lecture des journaux, le calcul statistique et l’approche des tableaux chiffrés. Il faut même savoir différencier analyse d’un dessin socio-politique au premier et au second degré… L’ethnologie apprend aux élèves à mettre de la distance par rapport à leurs propres préjugés, à ne pas mettre de hiérarchie entre les cultures, à savoir mesurer la force des valeurs et la relativité des normes. Les élèves évoluent, plus ou moins. C’est difficile d’abandonner son égocentrisme, son ethnocentrisme, son anthropocentrisme. Percevoir que l’espèce homo sapiens est une espèce animale parmi d’autres espèces animales dont la seule supériorité est de produire des armes de destruction massive paraît impossible. Intégrer que notre espèce n’est qu’une maille dans le tissu du vivant ne relève pas malheureusement du programme actuel : les SES oublient l’écologie qui n’est abordée qu’à la marge, en terminale, avec l’oxymore « développement durable ».

Les cours en TERMINALE

Fini les débats, c’est le bachotage qui commence. L’épreuve finale repose principalement sur l’art de faire une dissertation sur une question accompagnée de documents. Pour mieux cerner la chose, rien de mieux que donner un exemple de corrigé du sujet :

« Quelles explications pouvez-vous donner à l’évolution du statut féminin ? »

Il faut montrer que l’économisme est complètement lié au socio-politique et réciproquement.

Introduction :

Cadre général : avec la révolution industrielle, le désencastrement (Polanyi) de l’économie par rapport au social s’accompagne d’une dislocation des traditions, ce qui libère progressivement les esprits du poids des conformismes : le pouvoir qu’exerçait certaines catégories sur d’autres personnes devient de plus en plus contingent, que ce soit pour le mode électoral, les relations dans le travail, la vie des familles ou la considération du statut (ensemble des comportements d’autrui auquel un individu peut s’attendre) de la femme.

Espace-temps : même aujourd’hui, la femme des Etats islamiques ne peut attendre des hommes une considération de son égale valeur (mariages forcés, tchador en Afghanistan…), le sujet sera donc centré sur la femme occidentale. D’autre part l’égalité entre l’homme et la femme est une conception récente, même en France : le suffrage universel a été acquis pour les hommes en 1848, pour les femmes seulement en 1944 (doc.4).

Termes du sujet : il faut s’interroger sur les causes de l’évolution du statut féminin, mais le terme évolution est ambigu : s’agit-il d’une progression ou d’une régression, d’une évolution lente ou rapide ? Comme toutes les perspectives sont ouvertes, il s’agira d’abord de montrer le pourquoi de la marche vers l’égalité pour montrer ensuite pourquoi ce cheminement peut être remis en question. La sociologie nous montre en effet l’importance du concept de relativité culturelle (doc.2), ce qui démontre que les relations inter-humaines ne découlent pas d’une prétendue nature féminine, mais de considérations sociales : il y a prépondérance de la culture sur la nature, rien n’est nécessaire et universel.

Annonce des parties

1) les causes d’une évolution relativement récente : un monde d’interactions (Max Weber)

11) causes sociologiques : une nouvelle socialisation primaire

– L’importance de la famille (cf. plan du document 5) :

Dès la prime enfance, l’entourage familial fait intérioriser des valeurs (discours qui permet de faire un classement des choses et des pensées) d’égalité des  sexes, ce qui établit des normes (concrétisation des valeurs dans des règles de conduite susceptibles de sanctions) qui permettent l’émancipation féminine. [NB : chaque définition théorique devra être suivie d’une illustration concrète]

Au moment de l’adolescence, ces valeurs et ces normes confirment le statut d’égalité entre garçons et filles, d’où la perception d’un rôle (pour un individu, ensemble des comportements que les autres attendent de lui) et d’aspirations identiques. Un modèle d’identité androgyne (à la fois homme et femme) se diffuse (valeurs de virilité, doc.6)

A l’âge adulte, la négociation dans le couple (doc.3) montre qu’il n’y a plus en soi de tâches sexuellement spécifiées

– L’importance de l’école :

La mixité scolaire, égalité des chances, potentiel de performance des filles (doc.1) : 56 % de filles à l’université

L’influence du diplôme dans la répartition égalitaire des tâches ménagères (doc.3) : l’ouverture d’esprit découle aussi de la scolarisation croissante.

12) causes économiques : les Trente Glorieuses et le besoin de main d’œuvre

Passage d’une société de baby boom où la femme s’occupe des enfants à la maison à une société de croissance qui fait appel aux immigrés comme aux femmes.

L’entrée dans le monde du travail va accroître l’émancipation de la femme. L’état d’esprit change, l’épanouissement se trouve dorénavant dans le travail, principalement tertiaire et non plus à la maison.

13) causes politiques : l’importance des lois

La femme devient électrice et éligible, mais la France doit attendre l’évolution dans les autres pays (doc.4) car elle n’a pas connu une forte action des suffragettes : les femmes devraient être les premiers facteurs de leur propre libération (mouvement féministe).

La femme bénéficie de l’émancipation de son corps à partir de la libération des mœurs de 1968 : loi sur l’autorité parentale conjointe (1970), lois sur la contraception et l’IVG, loi sur le consentement mutuel dans le divorce.

2) les causes de résistance à cette incomplète révolution : le poids des structures sociales (Durkheim)

21) causes sociologiques : une socialisation encore traditionnelle

– L’importance de la famille

Dès la prime enfance, le regard que porte les parents sur leurs propres enfants est différencié : on n’attache pas la même importance aux pleurs d’un bébé selon son sexe, on ne lui accorde pas le même type de discours, les jeux des garçons et des filles restent souvent typés selon le sexe.

L’adolescence : le trouble identitaire est minoritaire, chaque sexe affirme ses différences, les lectures et activités restent assez spécifiques.

A l’âge adulte, même le sentiment amoureux ne relève pas des mêmes présupposés

– L’importance de l’école

Un choix d’orientation qui reste traditionnel : aux filles les lettres, aux garçons les sciences et techniques (doc.1)

Un choix de dominées (doc.5) :  violence symbolique (cf. Bourdieu) et même stigmatisation par les enseignants !

22) causes économiques : un chômage structurel

Le blocage de la croissance et le chômage de masse peut produire une évolution régressive qui exclut à nouveau les femmes du marché du travail. Il suffit de constater l’importance du temps partiel et du taux de chômage dont les femmes sont victimes. Le capital culturel et social (relationnel) de la femme n’a pas encore atteint celui des hommes.

La femme acquiert un nouveau statut d’objet (doc.2) dans une société de consommation, elle se croit obligée de faire attention à son poids (problème d’anorexie à l’inverse des femmes peintes par Renoir) et se retrouve mannequin en vitrine, soumise aux diktats de la mode.

23) causes politiques : loi sur la parité

On fête les 60 ans (doc.4) du suffrage vraiment universel, mais le fait que la France se soit sentie obligée d’inclure la parité dans la Constitution française montre la fragilité de cette évolution : le monde politique reste encore un lieu de pouvoir dont les hommes se sentent les propriétaires et souvent les femmes s’en désintéressent : hommes et femmes sont responsables du type d’évolution du statut selon le sexe.

Seule la région Poitou-Charentes possède une femme présidente de région. (Ségolène Royal à l’époque)

conclusion :

synthèse : « On ne naît pas femme, on le devient » (Simone de Beauvoir), c’est à dire que le statut de la femme n’est pas inscrit dans les chromosomes, mais conditionnée par une socialisation d’un certain type, hiérarchique ou égalitaire. Tout est construction sociale, il n’y a pas de « don » (doc.5), rien n’est jamais acquis définitivement, une évolution positive peut être remise en question.

ouverture du sujet : L’Eglise catholique et ses papes rejette encore l’idée de femmes prêtres alors que d’autres religions l’admettent. Le statut des personnes dépend d’un rapport de forces ; une ordination « sauvage » d’une femme prêtre a été célébrée à Lyon. Le combat à mener pour l’égalité entre hommes et femmes est encore plus âpre dans les sociétés des pays pauvres où la femme est encore souvent définie comme propriété du père, puis du mari.

Notez que l’essentiel de mes cours n’est pas dans la manière de rédiger une dissertation ou de passer un oral de bac. Il s’agit pour moi de mettre en question la notion de progrès et celle de progrès technique, il s’agit de montrer l’absurdité d’une volonté de croissance économique dans un monde fini, il s’agit de démonter l’oxymore « développement durable », etc. C’est pourquoi même mes collègues de SES estiment que « je fais trop de politique » ! Or il n’y a jamais neutralité de l’enseignement, il y a toujours un message revendiqué qui consiste le plus souvent au soutien des structures socio-économiques actuelles. Le métier d’enseignant a par définition un objectif politique : il justifie l’existent ou il en dévoile les failles.

Fin de carrière

Plus j’approchais de l’heure de la retraite, plus je mesurais la distance qui séparait mon esprit critique de ce qu’était devenue la matière. L’enseignement de SES a subi une terrible évolution. Quand j’ai terminé ma carrière, j’étais le seul parmi mes quatre collèges à conserver encore les tables en U. Retour aux tables alignées en rangées et à la toute puissance du prof. Fini le militantisme pédagogique, les SES étaient devenues une « discipline » parmi d’autres. L’inspection ne comprenait plus mes pratiques.

Mme Lamarque en 1987 :

« Il convient en classe de terminale de passer rapidement sur les problèmes de définition. Le professeur se réservera la possibilité de contrôler la maîtrise de ces définitions à l’occasion d’une interrogation écrite… On regrette que Mr Sourrouille ne se soit pas appuyé sur les questions qui accompagnent les documents du manuel… Nous tenons à rappeler à Mr Sourrouille l’obligation, à laquelle il ne peut se soustraire, de tenir le cahier de textes… » Primauté des interros, toute puissance du manuel, gestion administrative des cours, fini la liberté pédagogique.

Rapport d’inspection de Marie-Lise Fosse en 2005:

« On ne saurait trop conseiller à Monsieur SOURROUILLE de veiller à obtenir de ses élèves de seconde une attitude plus propice au travail. Des règles de vie en classe doivent être posées… Il vaut mieux éviter de répondre à la question d’un élève en s’adressant exclusivement à lui… On peut regrette un titre comme Une approche « idéologique » de l’activité ; il est certes légitime de monter aux élèves que les définitions relèvent de convention, mais il importe aussi de leur montrer qu’il s’agit bien d’une démarche scientifique… » Fini l’économie politique, il faudrait faire des « sciences » économiques ! Fini le relationnel avec les élèves, il faut être autoritaire. Comme il s’agissait d’une section de seconde foot, avec des garçons comme des filles dont le seul intérêt dans la vie  était le foot, j’aurais bien aimé assister à un cours de Mme FOSSE devant ces élèves super-agités en permanence !!

Autant les SES ont été à l’origine une matière qui permettait aux élèves de s’affronter au monde moderne et d’en discuter les bases, autant c’est devenu une discipline comme les autres, avec ses recettes et ses habitudes, nourrissant un corps de spécialistes imbus de leur spécialité. Mes collègues enseignent maintenant l’économie et la sociologie de manière séparée. Il n’y a plus de vision transdisciplinaire, il y a maintenant ce que disent les programmes et les manuels. Nous sommes loin de mes débuts d’enseignements en 1974-1975 au moment du premier choc pétrolier et des doutes sur la durabilité de la croissance. Mes collègues actuels ignorent superbement l’écologie et n’ont plus tellement d’approche critique à propos des limites absolues rencontrées par la civilisation thermo-industrielle. Nous apprenons aux élèves que l’économie s’est désencastrée du social au cours de la révolution industrielle, nous n’apprenons pas qu’il faut réencastrer l’économique dans le social, mais aussi le social dans l’écologique. Pourtant ce que je connais de fondamental et d’objectif, c’est que nous sommes  à l’aube d’une confluence de crises structurelles, pic pétrolier, réchauffement climatique, perte de biodiversité, krachs financiers,  etc. La crise ultime a déjà commencé… Mes collègues de SES ne le savent pas encore. Ils assimilent croissance économique soutenue et développement durable ! La matière que j’ai tant aimé est devenue une larve qui épouse l’air du temps sans prendre conscience de la montée des périls.

Quand j’ai commencé à enseigner en 1974, les sujets de bac parlaient du choc pétrolier (le premier). Aujourd’hui les sujets de bac oublient que nous avons franchi le pic pétrolier en 2008, juste au moment de mon départ en retraite. Prenons les sujets posés en France métropolitaine les dernières années de ma carrière. Ils sont centrés sur la croissance:

Juin 2008 : En quoi l’innovation est-elle un facteur de compétitivité ?

Juin 2007 : Après avoir présenté les différentes formes du progrès technique, vous montrerez les effets de celui-ci sur la croissance économique.

Juin 2004 : Vous expliquerez comment l’investissement est source de croissance économique.

Juin 2001 : La diminution de l’intervention de l’Etat est-elle source de croissance économique ?

J’ai honte d’un baccalauréat de SES qui se délecte à ce point de l’occidentalisation des esprits. Nous sommes très loin du sujet posé dans l’Académie de Lille en 1974, sujet qui incitait à réfléchir sérieusement sur les limites de la croissance :

« Faire progresser une Nation, c’est faire courir les citoyens. Depuis vingt ans, les citoyens français ne courent pas mal, merci. (…) La course est harassante. Si vous l’accélérez, vous consommerez plus, mais vous aurez moins de temps pour réfléchir, pour penser, pour vivre (…) Car la course à la consommation se conjugue nécessairement, même sur le plan de l’individu, avec la course à la production. Mais celle-ci déclenche à son tour de grandes perturbations dans la structure sociale. Transformer les techniques de production, renouveler matériels et méthodes, désorienter les gestes habitués, réorganiser sans cesse, détruire et reconstruire indéfiniment les programmes de travail, les réseaux hiérarchiques, les relations humaines ; modifier les circuits, les règlements ; concentrer les entreprises, en fonder de nouvelles, modifier leurs objectifs (…). La course est brutale, et plus elle est rapide, plus elle est brutale. Les forts affirment d’autant plus leur force que le train est rapide ; et dans la chaleur de l’action, le faible est souvent piétiné. (J.Fourastié, Economie et Société, p.13)

A la lumière de ce texte, vous vous attacherez à décrire et analyser les changements sociaux qui ont accompagné la croissance économique depuis 1945, que ces changements aient joué le rôle de moteur ou de frein à cette croissance, qu’ils vous semblent accomplis, engagés ou en germe. »

De même ce sujet posé à Rennes en 1975  « La poursuite de la croissance, telle que l’ont connue depuis la deuxième guerre mondiale les économies capitalistes développées, semble poser de plus en plus de problèmes. Vous présenterez la crise actuelle et ses mécanismes et vous tenterez de déterminer dans quelle mesure et pour quelles raisons un changement d’orientation parait devoir s’imposer. »

La matière SES avait tout pour me plaire puisque c’était le seul cursus scolaire au lycée à vraiment préparer les élèves au monde tel qu’il devrait être. La finalité de mon enseignement était limpide, les instructions ministérielles à l’origine faisant foi : « Conduire à l’intelligence des économies et sociétés d’aujourd’hui et intégrer cette acquisition à la formation générale des élèves. Le bac ES peut déboucher aussi bien sur des études de sciences économiques, de sociologie, de droit, de science politique, d’administration économique et sociale, de gestion, d’histoire et géographie économiques, etc. L’esprit et les contenus de l’enseignement économique et social ne peuvent donc se définir par référence à une seule discipline. Ayant pour objet la réalité sociale, il s’efforce d’utiliser, pour amener les élèves à la comprendre, toutes les voies d’approche qui peuvent servir à atteindre ce résultat : économique, bien sûr, et proprement sociologique, mais aussi, selon le cas, juridique, démographique, anthropologique, sans oublier le nécessaire cadre historique et géographique dans lequel se situent les faits étudiés. »

Les attaques de l’establishment contre la matière

Nous avons été constamment en butte à un establishment hostile. Au fil de ma carrière, les critiques contre les SES ont été de plus en plus violentes, y compris de la part des universitaires. Il est vrai que la pression des milieux économiques a été constante. Notre enseignement pouvait être accusé de marxisme, de macroéconomisme ou de contempteur du marché. On a envisagé de supprimer la matière, de réduire ses horaires, de l’intégrer à l’histoire-géo, ou aux techniques de gestion, jusqu’à présent en vain.

La dernière offensive d’une frange conservatrice du patronat que j’ai vécu en fin de carrière a eu lieu en 2008. Un premier rapport sur l’enseignement des SES au lycée émanait de l’AEF (association d’économie financière), présidée par Yvon Gattaz (ancien président du CNPF). Un deuxième,  de l’Académie des sciences morales et politiques (ASMP, dont Yvon Gattaz était également doyen – section « Économie politique, statistique et finances » ) concordait avec le premier comme de bien entendu. Aucun membre de la section « morale et sociologie » n’avait été associé à ce rapport sur les SES (sciences économiques ET sociales) au lycée. C’est donc la section économie qui dénonce une « vision de l’économie et de la société française affectée d’un biais vraiment pessimiste ». Les experts auditionnés, tous universitaires, préconisent de distinguer, dans les programmes et dans l’enseignement, la science économique des autres disciplines des sciences sociales :

« La multidisciplinarité ne convient pas aux besoins de l’enseignement, particulièrement au niveau du lycée – pas plus qu’on ne saurait, par exemple, recommander la fusion des enseignements de chimie et de sciences de la vie au prétexte que les deux disciplines fournissent des visions complémentaires des phénomènes biochimiques » « L’idée de ‘regards croisés’, mêlant des approches diverses et souvent divergentes, paraît en revanche dangereuse, dans la mesure où elle gêne l’acquisition de compétences spécifiques, et conduit naturellement à un relativisme néfaste. »

Ils regrettent également que la microéconomie soit « complètement négligée » alors qu’elle est « beaucoup moins controversée que la macroéconomie ». Ils demandent également une hausse du niveau en mathématiques, ce qui permettrait d’introduire « plus de formalisation ». Ils prônent un enseignement de « savoirs » fondamentaux en économie. L’un des experts déclare : « Quelles que soient les opinions politiques ou idéologiques des uns et des autres, tout économiste sait que l’effet d’un choc restreignant l’offre sur un marché à demande inélastique conduit à une forte hausse des prix, avec en corollaire une hausse des profits des producteurs ».

Troisième et dernier élément, la commission Guesnerie, installée par le ministre de l’Éducation nationale en février 2008 afin de réaliser un audit sur les programmes et les manuels de SES. Elle a rendu son rapport au ministre le 3 juillet 2008. Les mêmes termes se retrouvent dans les trois rapports. Le cumulard Yvon Gattaz (membre à la fois de l’AEF et de l’ASMP) a été auditionné par la commission Guesnerie : « « Les programmes actuels présentent trois défauts : l’encyclopédisme, le relativisme et le pessimisme, qui est de loin de la plus grave… Que ce soient les programmes, les manuels ou certaines revues que je ne citerai pas, ils sont responsables d’une grave démobilisation et démoralisation des jeunes de notre société. » Le rapport reproche aux SES de se complaire dans une sociologie « compassionnelle » et de verser dans la « sinistrose » en traitant trop des défaillances de la société (le chômage, les inégalités…). Il préconise de ne pas aborder des thèmes considérés comme trop complexes pour des lycéens !

Sur mon blog biosphere (hébergé à l’époque par lemonde.fr), je poste ce billet le 6 juillet 2008 : De l’objectivité dans les manuels de SES :

« Alors que le rapport de Roger Guesnerie a été remis au ministre de l’éducation, Le Monde du 4 juillet 2008 se livre à une agression contre une matière que je connais bien puisque j’enseigne les SES depuis trente quatre ans. Je dis bien Le Monde car le compte-rendu par un quotidien d’un « audit des manuels et programmes de sciences économiques et sociales » est toujours un choix rédactionnel. Le Monde serait moins soumis à la parole officielle s’il signalait que Roger Guesnerie a un parcours de technocrate, école polytechnique en 1964, école des Ponts et chaussées en 1967 (un seul diplôme ne suffit jamais à ces gens-là), donc un parcours très éloigné de la compréhension du monde tel qu’il devient et tel qu’il est pratiqué par les jeunes lycéens. Ensuite, comme d’habitude dans les sphères universitaires, Guesnerie était entouré par des gens de la même coterie : dans sa commission, à part le président de l’APSES, aucun autre professeur de SES du secondaire !

« Mais surtout Le Monde ne fait aucun analyse des contre-vérités énoncées par ce rapport. Personne ne peut assimiler de façon suffisante les « fondamentaux » car en matières de sciences humaines, tout doit être relativisé, rien n’est fondamental. Il est d’ailleurs symptomatique que le sujet de baccalauréat SES se présente en général comme une dialectique, première partie oui ou non, deuxième partie l’inverse. Les arguments objectifs ne peuvent exister dans un monde où tout est discutable, il n’y a pas d’énumération possible de « vérités ». Quant aux préjugés des élèves, la présentation du programme de seconde (BO du 5.08.1999) enjoint déjà aux enseignants de présenter « les connaissances de base qui sont souvent en rupture avec les connaissances spontanées des élèves ». Et les manuels ne se font pas faute de fournir maints documents qui mettent à mal les certitudes du lycéen, depuis les structures familiales qui ne sont point fondées biologiquement jusqu’au port du portable comme marque d’aliénation.

« En fait tout repose sur une conception particulière du monde. Celle de Guesnerie, fidèle à l’idéologie microéconomique, met en évidence les réussites ponctuelles de notre société et l’élévation du niveau de vie. Or on sait maintenant que la croissance économique est en train de dévaster la planète de façon « macroéconomique ». Guesnerie regrette que les manuels mettent l’accent sur « les conflits, les mauvaises conditions de travail et les bas salaires ». Alors, faudrait-il nier la réalité ? Guesnerie regrette que les manuels présentent des extraits de presse et documents de grands auteurs « sur le même plan ». Mais quel économiste pourrait-il se targuer d’avoir une légitimité historique, l’idéologie néoclassique, l’idéologie marxiste, monétariste ou keynésienne ? Qui est à même  de donner à un texte une légitimité certaine, le professeur, l’étudiant, ses parents ou le ministre de l’éducation nationale ? »

Le décrochage des élèves

Les attaques institutionnelles ne sont pas les plus problématiques, il y a surtout les élèves qui se déconnectent de notre enseignement. Les jeunes sont de plus en plus en décalage avec le monde des adultes en général et de l’école en particulier. J’ai ressenti en fin de carrière la coupure croissante entre les nouvelles générations de jeunes et le discours adulte. Dans ma dernière classe Terminale en 2006-2007, il n’y avait presque plus d’élèves qui suivaient mes cours juste avant le moment du bac. Ils s’estimaient assez autonomes pour pouvoir s’en sortir en consultant Internet ! Dans ma dernière classe de Première de ma carrière en 2007-2008, j’ai saisi cette fiche de recette qui circulait dans la classe et qui d’ailleurs était pompé sur Internet : d truc pr faire chier ls profs mdr

– bataille de sarbacanes.

– basket : comme son nom l’indique, il s’agit de faire des paniers dans la corbeille du prof sans se faire remarquer.

– reniflez et éternuez sans arrêt.

– pour éviter que le prof donne des devoirs à la fin du cours, ne le laissez pas parler.
– posez des questions qui n’ont aucun rapport avec le cours.
– essayer de contredire le prof, trouvez tous les arguments pour faire perdre au moins 10 minutes de cours.

– chantez joyeux anniversaire au prof.

– quand le prof pose une question, levez la main, et dites « je sais pas » puis rasseyez-vous avec un air déçu.
– confirmez tout ce que dit le prof en disant sans cesse : oui, oui, bien sur… avec un air très intéressé .

– dès que le prof commence à parler, tout le monde applaudit.

Autre exemple de rupture générationnelle, je demandais parfois à mes élèves de m’adresser par écrit deux ou trois questions, en toute liberté. Voici LA question qui est le plus souvent revenue au cours de ma carrière, même en cours d’année et de façon spontanée : « Pourquoi pensez-vous avoir toujours raison ? » Je passe rapidement sur le fait que ce genre de question est une dévalorisation totale non seulement de la parole de l’enseignant, mais aussi de celle d’un adulte ; cela présupposerait que l’adolescent sait déjà mieux que l’adulte ou le professeur ce qu’il doit penser. Je réponds aux élèves qu’une pensée validée doit être à la fois complexe, ouverte et engagée.

Ce que je crois

L’esprit des SES milite pour la connaissance la plus globale possible de la complexité, donc pour le raisonnement le plus fiable possible. Notre  credo, c’est la multidisciplinarité. Par contre, plus tu es spécialisé dans un métier, plus tu es discipliné, enfermé dans un certain cadre explicatif du monde ; le patron de Renault raisonne comme son entreprise, le patron du FMI comme le veut la tradition de son poste, l’élève comme ses camarades. Je trace au tableau un graphique dont les abscisses mesurent le temps et l’ordonnée l’espace. Au point d’intersection en ordonnée, je suis à l’instant présent, avec derrière moi toute l’histoire depuis le Big Bang et devant nous le devenir des générations futures et le Big Crunch. Au point d’intersection, je suis devant les élèves, dans une salle de classe. Mais l’espace en abscisse n’est pas délimité par les murs du lycée, il y a aussi les frontières nationales, l’Union européenne, les pays riches, l’ensemble des territoires de la planète, la Biosphère de notre Terre, notre système solaire, etc. etc. Ma formation de professeur de sciences économiques et sociales me permet de maîtriser à peu près l’ensemble de l’espace et du temps : je suis à la fois géographe et historien, mais aussi économiste, sociologue, politologue, statisticien, biologiste et physicien, et j’en passe. Nulle formation dans l’université pour une telle polyvalence, le professorat de SES relève de la formation continue.

Ensuite je dis garder une ouverture d’esprit : ce que je crois est toujours une hypothèse valide uniquement si elle n’est pas remise en question. Même les sciences dites exactes reposent sur le même postulat. La connaissance humaine est en devenir, il faut accepter que de nouvelles découvertes remettent en question l’état actuel de notre croyance. Le fonctionnement de l’économie et de la société est déterminé par le débat démocratique, il y a évolution possible. Si un élève me démontre que j’ai tort dans une de mes argumentations, je reconnaîtrais sans hésiter mon erreur. Mais ma connaissance de la complexité valide pour le moment mon discours par rapport à celui des élèves. Enfin la société telle qu’elle est ne peut correspondre exactement ce que nous voulons. Il y a toujours décalage entre l’idéal et la réalité. Pour réduire ce décalage, il faut un engagement socio-politique. C’est ce que je pratique dans un parti politique, dans des associations, au service du progrès social. Si chacun d’entre nous possédait tous les éléments de la réflexion, alors nous pourrions arriver collectivement à un consensus acceptable sur la société que nous voulons. Les conditions pour y parvenir :

– avoir le temps de la réflexion.

– avoir des connaissances de base en matière de philosophie, de sciences économiques, de sociologie, d’histoire…

– avoir la capacité de se remettre en cause, ce qui nécessite une prise de distance avec soi-même.

– avoir une écoute de l’autre, être ouvert à une argumentation différente de la sienne.

– avoir une maîtrise de ses affects, de ses sentiments personnels, de ses préjugés et a priori.

– adopter la démarche scientifique « l’hypothèse reste vraie, mais tant qu’on ne m’a pas démontré le contraire ».

– chercher à approfondir ses connaissances par le choix de ses lectures, de sa fréquentation des médias.

– ne pas être prisonnier de sa fonction sociale (son métier, ses responsabilités familiales ou politiques…), être libre.

J’ai quitté l’éducation nationale sans regrets alors que j’avais fait preuve d’enthousiasme tout au cours de ma carrière. Le contenu des SES, ce que cela pouvait apporter aux élèves, la forme interactive que je donnais à mes cours, c’était chouette. Aujourd’hui, je ne suis pas du tout rassuré par le monde tel qu’il va ! Mais comme je ne veux pas terminer ma vie professionnelle sur du négatif, ce qui serait tordre la vérité globale, voici ce qui a été chanté par mes élèves de terminale lors d’une soirée d’adieux où j’étais convié en juin 2001. Ce chant du départ résume assez bien les aléas de mon enseignement :

1) Nous on était rien,

Et voilà qu’aujourd’hui

On aura not’ bac, vous nous l’avez promis

On vous remercie…

Refrain : Il a du faire toutes les manifs,

Pour être si vert aujourd’hui

Il a du faire toutes les manifs.. de la vie… et 68 aussi

2) Vous pourrez prédire tout ce qui vous plaira

Mais les capitalistes seront toujours là,

Tout est relatif, tout est relatif, tout est relatif

3) Malgré beaucoup d’heures

On a pas tout compris

On vous a donné beaucoup de soucis

C’est bientôt fini

4) Il en faudra plus

Pour vous décourager

Que des étudiants totalement dissipés

Cf. Xavier, cf. Xavier…

(sur l’air de « Je l’aime à mourir » de F. Cabrel)

J’ai profité de mon expérience de professeur de SES et de mon ouverture d’esprit pour passer du féminisme à l’antispécisme…, c’est la thématique que je vais développer dans la prochaine chronique de ma vie.

Pour m’écrire, biosphere@ouvaton.org

09. Je deviens professeur de sciences économiques et sociales Lire la suite »

07. éducateur, un rite de passage obligé

avec Michel Sourrouille, faisons connaissance

Nous sommes tous des éducateurs par nécessité. Vivre en couple ou en famille, c’est s’éduquer à la vie commune, c’est apprendre à l’autre et de l’autre les bonnes manières. Éduquer un enfant, c’est acquérir par l’expérience et la pratique un savoir-faire dans l’éveil d’une conscience.

Nous devrions tous et toutes suivre des stages de pédagogie et faire l’expérience d’être moniteur de vacances ou responsable de telle ou telle association. Le mieux-vivre ensemble ne s’improvise pas.

Pour devenir professeur, ma vocation, il me manquait encore une expérience pédagogique préalable. Je n’ai pas l’habitude du contact avec les plus jeunes, je me lance pendant ce qui devait être ma première année d’objecteur de conscience. Du 1er au 7 juillet 1971, je suis un stage « enseignant » avec les CEMEA (Centre d’entraînement aux méthodes d’éducation active). Je ne saisis pas tout de suite l’importance de la pédagogie active, je note seulement : « Presque rien à en dire personnellement, les CEMEA font très bien leur boulot, je crois m’être assez bien comporté. » Nous avons visité une exposition sur le surréalisme. J’ai compris qu’aux beaux-arts, on passe cinq ans à retrouver son imagination de cinq ans ! Nous avons analysé une émission télé qui montrait comment la télé nous manipulait. Mais je ne saisis pas encore le problème de la régulation de la parole : qui doit orienter le débat, qui décide ? Les méthodes actives laissent chacun s’autodéterminer dans la mesure du possible.

Moniteur de colo

Fini le débat intellectuel. Je me lance dans une succession de colonies de vacances où il est question entre autres d’organiser un golf miniature ou de monter une pièce de théâtre. J’ai aussi dans mon adolescence une expérience de quelques années dans le scoutisme, ça aide à savoir quoi faire. Je deviens en juillet 1971 moniteur dans les Pyrénées à Louvie-Juzon ; j’ai trop insisté sur l’activité sportive, je n’étais pas encore au point pour les activités ludiques. J’enchaîne en août dans le Médoc à Bégadan. Mon adaptation a été assez difficile. J’avais complètement oublié la psychologie de mes 10 ans ; j’étais désarmé devant l’attitude presque adulte des jeunes colons et leur obéissance toujours approximative. Les mômes m’ont reproché de ne pas être assez sévère ! De mon côté, j’estimais que l’autorité n’a pas à être imposée, elle doit au contraire faire appel à la réflexion personnelle de chacun. A la fin du séjour, j’étais un des moniteurs les moins « violents » et c’est à moi que se raccrochaient les cas les plus difficiles comme les sœurs Laïachi. Sur un plan plus technique, j’ai appris ou réappris l’importance des jeux et des veillées. Le dernier jour de la colo, trois heures de réunion de synthèse entre 12 adultes. La moitié du temps, silence absolu avec quelques questions existentielles du type « Pourquoi n’y a-t-il pas eu plus de contacts simples et directs entre filles et garçons ». Les deux monitrices formaient un bloc qui s’était replié sur lui-même dans une aura de féminisme mal compris : les filles doivent rester entre elles… pour se libérer !?

Je passe ma présélection comme éducateur. Une heure et demi de test, entretien d’une heure avec un orienteur, un quart d’heure avec une psychologue, un quart d’heure avec un psychiatre. L’orienteur ne me trouvait pas de vocation pour ce métier. Il faut dire que j’avais traité ses questions écrites avec légèreté. « Quel avenir vous voyez-vous ? » Quel avenir peut-on avoir dans une société bloquée, si ce n’est débloquer. « Quels souvenirs vous ont marqués ? » Les jours où je me suis le plus emmerdé, par exemple pendant les cours de latin au lycée. Mais aussi les jours où j’ai eu le courage de dire merde à mes emmerdeurs. Au psy, je montrerai que j’ai les défauts de mes qualités et les qualités de mes défauts. Je n’ai pas été recalé !

Un centre éducatif à Moumour

A la rentrée scolaire d’octobre 1971, je passe avec succès la deuxième session de ma dernière année de sciences économiques. Le surlendemain, j’embauche comme éducateur dans un lieu d’accueil d’adolescents à Moumour (Pyrénées Atlantiques). Je devais y rester pour accomplir mon service civil d’objecteur de conscience dès que je serais affecté officiellement en juin 1972. L’épouse du général Massu, après la création de l’association « Pyrénées Actions Jeunesse » en 1958 à Alger, accueillait à Moumour depuis 1962 principalement de jeunes orphelins, pour la plupart enfants de harkis « morts pour la France ». Il y avait Abdel, Illah, Ichy, Kouider, Medaoui, El Meddah, Selatnia et aussi Victor ou Radji. Dès mon entrée en fonction, je voulais adopter le tutoiement ; la direction m’impose le voussoiement comme signe différenciant l’adulte de l’adolescent. Même le psy du centre, Yvon Morin, pourtant gauchiste à ce qu’il me semblait, était pour la mise à distance. Mes journées se déroulent mornes et monotones ; si ça continue, c’est pour moi qu’il va falloir trouver des activités. Je suis éducateur de nuit, je travaille à plein temps pour être payé à mi-temps.

Quelques précisions sur les jeunes du centre. Boutera avait été placé par la DASS de Pau à l’âge de 9 ans le 30 août 1962. Sa fratrie ? Mohamed, Lula, Aziz, Hocine, Zora, mais aussi Germaine. Je l’ai bien connu, il était le plus ancien au centre, il aura bientôt 19 ans. Il a connu le temps où la discipline était sévère, le footing tous les matins, en fait des marches forcées jusqu’à l’épuisement, douches froides, lavage des dents au savon, le nez cassé d’un gars par un éducateur. Son père, enlevé par les HLL (Hors la loi), est porté disparu. Sa mère ne sait ni lire ni écrire. Boutera est soumis à de violentes colères, jusqu’à vouloir tuer au couteau. Mais il a aussi lu Libres enfants de Summerhill ou Makarenko. Au début, je ne suis pas rassuré, je garde mon argent personnel sur moi, 24 heures sur 24…. Benaouda a été déféré au parquet pour vols après avoir forcé plusieurs portes de voitures… On piquera aussi 100 francs aux éducateurs lors d’une sortie… on subtilisera les 400 francs du pécule des grands. La routine. J’ai trouvé Salem en train de fureter dans ma chambre.

Nous faisons en tant qu’équipe d’encadrement des études de cas. Maurice B., orphelin, est resté dans une pouponnière ses deux premières années, sans marque d’attention ni affection : retard pour tout, marche, langage… Son QI est de 78. L’éducateur, surveillant ou confident ? Medaoui se confie à moi. Sa mère s’est suicidée un 24 novembre alors qu’il n’avait que douze ans, il a marché à sa recherche dans la neige pour la retrouver pendue. Nous sommes en novembre, Medaoui en a marre de vivre ; déjà deux tentatives de suicide. Sa vie à lui, il s’en fout, seuls comptent ses trois petits frères restés dans la misère en Algérie. Je constate encore une fois que l’individu n’est rien, son milieu tout. On ne naît pas avec un comportement génétiquement programmé.

Au point de vue matériel, le centre est parfait : assez de personnel, un car, une voiture de fonction, des skis, ping-pong, club sportif… J’allais avec les jeunes m’entraîner au karaté dans la ville voisine. En fait il y a trop de personnel, les jeunes sont assistés continuellement, femmes de ménage, lingère, factotum… Comme il n’y a plus rien à demander, on voudrait du jus de pomme au repas. Par contre, quand on propose de participer à la confection des menus, aucun volontaire. J’ai vite compris que le principal objectif pour les jeunes consistait à obtenir un CAP (certificat d’aptitude professionnelle) ; entre temps, je serai utilisé comme garde-chiourme. Mais entre les jeunes et moi, la confiance viendra, je suis direct avec eux, ils me trouvent sympa. En fait ces adolescents, moitié algérien, moitié enfance en danger, étaient de bons petits gars. Mais ils se sentent séquestrés à Moumour.

Si mes débuts d’éducateur sont difficiles, c’est surtout avec les autres éducateurs. Le directeur général Desaphy, adjoint direct de la mère Massu, était sergent payeur en Algérie. Mais il a tenu aussi la gégène ! Les deux éducateurs titulaires sont submergés par la problématique raciste alors qu’une attitude plus détendue de leur part résoudrait beaucoup de choses. On vient au travail comme aux horaires d’un bureau. Un éducateur en a marre et va se barrer bientôt, un autre frapperait trop facilement les jeunes, un autre a failli être étranglé par un jeune. L’équipe éducative se réunit fin janvier 1972, le constat est terrible. Invisibilité de la direction, absentéisme de l’éducateur-chef. Pour les jeunes aussi, c’est difficile. Un gosse arrive, renvoyé par son instit. Il revient à pied, sans chemise ni soulier, complètement mouillé. L’éducateur de son groupe ne veut même pas s’en occuper. Normalement nos gosses ont dans la journée un travail en entreprises. Mais au deuxième étage, ils sont 4 sans travail, et 2 de même au premier étage. Je suis toujours occupé, aller chercher un gars à la gare, des médicaments, conduire les mômes, faire du ski à Gourette, aller voir les patrons, régler les incessants problèmes interpersonnels entre jeunes. J’ai du passer mon permis de conducteur de bus le 18 novembre 1971 pour amener les mômes.

Mais j’ai découvert une démarche pédagogique que mes études en faculté de sciences économiques ne pouvaient qu’occulter. Le psychothérapeute Yvon Morin essayait en effet de transformer le centre de Moumour en expérience de pédagogie institutionnelle. Je lis en décembre 1971 Vers une pédagogie institutionnelle d’Aïda Vasquez et Fernand Oury. Il faut placer enfants et adultes dans des situations nouvelles et variées qui favorisent la communication et les échanges tout en exigeant de chacun engagement personnel, initiative, action, continuité. L’enseignement de François Tosquelles, psychiatre catalan né en 1912, co-inventeur de la psychothérapie institutionnelle, devient un élément de notre formation interne d’éducateur. On me cite Jacob Levy Moreno : « L’expérimentation sociométrique vise à transformer en ordre nouveau l’ancien ordre social. C’est un plan pour rebâtir les groupes de manière à ce que la structure officielle ou de surface ressemble autant que possible à la structure en profondeur. » Moreno est un des grands chantres, sinon l’inventeur, de la spontanéité et du psychodrame : le langage est dans le groupe et par le groupe, plutôt que dans la tête ou dans la bouche. J’apprends que pour Durkheim, l’homme est double. En lui, à l’être individuel, se surajoute l’être social. Je découvre que la responsabilité de guérir appartient aux malades autant qu’aux infirmiers et aux médecins. En résumé, tout groupe social, s’il a la sagesse de se structurer dans un dispositif institutionnel, élaborera un tissu de complémentaires qui élèvera son propre degré d’existence et cimentera la solidarité commune de ses membres. La cohésion du sens du monde vécu concrètement est indispensable à la reconquête de la cohésion intérieure.

Mais tout cela reste pour moi complètement théorique, c’est même l’inverse de ce que je vivait dans la « structure » à Moumour. Nos réunions d’équipe parlaient surtout de petits problèmes de transgression et surtout du contrôle de sorties des jeunes. Faire le mur est trop fréquent ! Mais mon esprit s’était ouvert sur d’autres conceptions éducatives. La pédagogie active facilite les interrelations et les échanges parmi les enfants afin qu’ils éprouvent leur capacité d’initiative. Pour que de tels événements arrivent et puissent être vécus, il faut toujours partir de l’événement concret et spontané engagé par l’enfant afin que, par le libre jeu inter-relationnel de l’activité entre partenaires (l’éducateur ou l’instructeur étant un partenaire parmi d’autres), l’enfant participe à la naissance, à l’établissement puis au développement de l’institution. C’est le  contraire de ce que mon enseignement de sciences économiques, structure de passivité et de bourrage de crâne, m’avait fait vivre en fac. D’un boulot d’éducateur que je trouvais assez chiant au début, j’en vois maintenant les perspectives lointaines.

Nous faisons de plus en plus de réunions. Dans les rencontres pédagogiques, Morin parle, parle, de tout et de n’importe quoi, de l’inceste, de l’œdipe, du stade anal ou buccal… Il échappe au concret. Est-ce cela la pédagogie institutionnelle ? J’échoue à présenter aux autres stagiaires Psychologie de l’enfant d’Osterrieth, j’adopte en effet un ton trop polémique. Ce que j’apprécie surtout, ce sont les réunions avec les jeunes. Mais ils ressentent assez mal la trop grande liberté qui règne sur le centre. Ils ne se sentent plus assez (en)cadrés. On ne suit ni la ligne Massu (discipline, autorité, obéissance), ni la ligne Morin (self government à tous les niveaux compensés par ce qui se voudrait un intense travail d’équipe). C’est vrai que notre mode d’intervention en tant qu’éducateur reste indéfinie, on bricole au jour le jour, seule importe notre capacité personnelle de dialogue avec nos jeunes perturbés ou perturbateurs. Parfois l’éducateur-chef fait de la thérapie par le vide en virant l’un d’entre eux du centre.

Au fil des semaines les tentatives de notre médecin-psy Morin pour changer la pédagogie au centre va se heurter frontalement à la toute puissance de Mme Massu qui tient les cordons de la bourse. Notre directeur Bernard Gaudens a été clair : « Nous sommes passés de l’autoritarisme de certains à la participation de tout le personnel… mais on n’a oublié qu’une chose, Mme Massu. » Le problème de la formulation du règlement intérieur du centre va devenir crucial. Il y a reprise en main du centre de jeunesse par la mère Massu. Quelques extraits de la lettre ouverte d’Yvon Morin (7 février 1972) :

« Madame la présidente, serait-ce par l’effet de votre grandeur, à moins que ce ne soit le fruit du comique troupier de votre fidèle et tortueux bras droit… J’admire vos efforts contre le mal que j’incarne dans mon travail et que je n’avais pourtant pas dissimulé lors de mon recrutement… Vous portez en tout cas la responsabilité du climat d’anxiété et d’insécurité qui règne à Moumour sur les garçons et le personnel… Vous confondez caserne, bataillon disciplinaire et établissement de rééducation… Ce que nous cherchons à faire à Moumour est pratiqué par les sommités psychiatriques et pédagogiques les plus reconnues en France… Je reste, comme vous le disiez dans votre dernière lettre, votre très bourgeois et très antipathique employé. »

Soyons objectif, ce n’est pas avec un tel discours qu’on peut améliorer une situation ! La pédagogie institutionnelle ne peut réussir qu’avec des éducateurs très très motivés et formés pour cela, ce qui n’était pas du tout le cas à Moumour. Il nous manquait un spécialiste de dynamique de groupe, qui puisse mettre les gens en situation difficile pour que leurs capacités de résilience soient révélées. Mais même la technique relationnelle ne suffit pas. J’ai fait un repas presque en tête-à-tête avec Mme Massu, situation difficile s’il en est. Je n’ai rien dit, j’étais paralysé… Dans les relations habituelles, les gens restent figés dans leur rôle social ; on ne peut d’un claquement des doigts remettre en question tout un conditionnement culturel. Et les réalités des institutions qui préexistent sont les plus fortes.

Morin, après sa lettre jugée « injurieuse », est renvoyé. Mon protecteur et directeur Gaudens est lui aussi remercié ; son successeur désigné aura comme spécificité de tondre tous les jeunes fugueurs de retour au bercail ! Je suis une victime collatérale de ce tsunami : viré avec mon mois de préavis, fin de contrat le 29 février 1972. Mme l’épouse du général avait découvert début décembre que j’avais un casier judiciaire de militant politique. Surtout j’avais peint en énormes lettres sur les quatre portières de ma 2 CV « OBJECTEUR DE CONSCIENCE ». La provocation sans penser à mal était devenue pour moi une seconde nature. Cela ne pouvait plaire dans un milieu d’anciens cadres de la guerre d’Algérie.

Initiation à la dynamique de groupe

Je recherche un autre point de chute où je puisse effectuer mon service civil à venir d’objecteur. J’ai été aiguillé par Morin vers la clinique de La Borde à Cour Cheverny. Après avoir effectué en avril 1972  un test d’embauche sous forme d’un psychodrame collectif à Paris, je suis embauché. Je vais passer de la pédagogie institutionnelle à la psychothérapie. En attendant, je participe au CPO (centre protestant de l’Ouest) à un WE de dynamique de groupe avec un psychosociologue, Marc Guiraud. Nous sommes 37, autant de filles que de garçons, en cercle. Nous resterons ensemble plusieurs jours, la télé-réalité sans la télé. Étonnant et d’avant garde !

Marc : « La parole à qui la voudra. » Silence. Un mec : « On ne voit pas où ça va, pasdu tout. » Silence. Maïté : « Qu’est-ce que l’analyse institutionnelle, par qui est-elle pratiquée. » Marc : « Si quelqu’un a envie de répondre aux questions ! »… C’est confus, la réunion s’achève sur un problème très matériel, l’heure du coucher et celle du petit-déjeuner ! Le lendemain la discussion recommence.

Marc : « Est inadapté tout être qui n’a pas accès à son désir propre. » Emilie : « Mais alors, qui est adapté ? » Comme d’habitude, Marc ne donnera aucune réponse. De Lacan à l’expression de son propre désir, nous tournons en rond. L’après-midi le débat ne se relancera pas. Nous nous interrogerons sur la difficulté de parler en groupe ! Blablabla. Je suis déçu. Le lendemain j’étudie la free press. Quand 50 millions de Français feront 50 millions de journaux, ça les obligera à penser par eux-mêmes… Je note que Fernand Deligny ne s’occupe jamais directement des enfants psychotiques. S’adresser à un tel enfant, c’est l’agresser, c’est lui adresser un Soi, vous, dont il n’a que faire. L’enfant peut venir à vous, pas le contraire. Les révéler, c’est leur révéler qu’ils ont leur propre chemin à découvrir… seuls. La pédagogie, c’est bien compliqué… surtout avec les psychotiques !

Un peu plus tard, je ferai un autre séminaire d’expression avec le psy Guy Lafargue. Si le contenu de ce stage a été plus affectif qu’intellectuel, il a contribué à me dérider. Savoir maîtriser le relationnel, cela s’apprend. Mais tout le monde n’a pas envie d’apprendre !  Marie-Annick, mariée, deux enfants, s’est exclue du groupe, ce que j’appelle l’exclusion de la bague au doigt. François est trop individualiste pour progresser. Nicole s’est mise en marge car elle se trouvait trop âgée. Etc. De toute façon la plupart des gens préfèrent la monotonie de leur existence à la recherche d’une vérité introuvable. L’esprit humain se satisfait volontiers du manichéisme, ça c’est beau ou c’est laid, c’est bon ou très mauvais. Mais la vérité n’est pas dans les extrêmes, elle est dans le cercle, tout ce qui fait le passage d’un extrême à l’autre. La vérité est dans le mouvement, le passage. Cheminement personnel, trop exigeant.

en clinique psychiatrique 

Juin 1972, j’arrive à la clinique psychiatrique de La Borde. C’est un centre expérimental vachement chouette : pas de hiérarchie, rotation des tâches, formation sur le tas des stagiaires comme moi, « fou » souvent attablé à une table du bistro du village, difficile de distinguer malades et soignants, personne n’a ici l’habit de sa fonction. Parfois cependant, c’est évident. Bizarre ce fou joueur d’échecs (j’ai organisé un tournoi d’échecs à la clinique) qui prend une pièce, l’élève et dix minutes plus tard nous en sommes toujours au même point. Elle répète, « je suis angoissée… je suis angoissée… je suis angoissée… » Elle me demande si j’ai de la famille ici, puis hoquète et s’en va, brusquement. Il a composé au piano des merveilles, il écrit des livres, des poésies, il ne se rase plus, il se fout de tout. Il a une maîtrise d’histoire économique, mais il est là, ne sachant que faire… « J’ai tout vécu, Islam, Israël, Irlande, Islande, voyage… bon je vais dans ma chambre, je me sens nerveux ». Il est là depuis sept ans, vietnamien du nord, malade de voir mourir ses frères de race ; il n’est pas fou, mais il se sent à l’abri ici, parmi les fous. Elle a envie de baiser, elle a envie d’une gauloise, elle se balance, une deux, et puis une deux…elle marche doigt tapant sans cesse dans sa paume, sans cesse. Elle est mystique, il n’y a que Jésus dans sa vie, elle rachète les péchés du monde, elle complète l’œuvre de Jésus, elle est mystique… elle a envie de se suicider. Ainsi va la vie à l’UTB, union thérapeutique de base, l’équivalence d’une famille recomposée.

Les « fous » viennent dormir dans le dortoir isolé qui me sert de chambre au milieu du bois, à n’importe quelle heure… J’ouvre un œil, en cas qu’il ait un couteau à la main, une lampe torche arrive, on l’a retrouvé, il est emmené. Névrotique cette jeune fille qui revient en permanence la nuit dans ma chambre, psychotique cette démarche bizarre. Efficacité de la psychothérapie institutionnelle ? Mon œil ! Le malade reste attaché à son médecin personnel comme le bébé l’était à sa mère par le cordon ombilical. L’UTB ne rassemble le plus souvent le groupe qu’au repas.  Mais quand il y a réunion de l’UTB, énorme apport des malades les uns envers les autres. CPC, commission paritaire centrale, débonnaire : un moindre mal. RM, réunion me(r)dicale, dans le bureau d’Oury. Je n’ai pas été formé, auto-formation comme on dit, faut se lancer. J’ai donc réalisé le 5 juin 1972 ma première piqûre intramusculaire sur une patiente qui a eu la gentillesse de ne rien sentir. Je possédais quand même le diplôme d’auxiliaire sanitaire acquis avec les CEMEA.

Les jours se suivent et ne se ressemblent pas, l’improbable peut survenir d’un moment à l’autre. Je suis réveillé tôt un matin. « Viens m’aider ». Celle qui se voulait ma copine, Maryvonne, qui m’avait fait visiter le château à mon arrivée, qui aimait tant discuter avec moi, que je prenais pour quelqu’un de tout à fait normal. Elle s’est jetée la nuit dans un étang peu profond six jours après mon arrivée. Hydrocution. Après bien d’autres tentatives, elle avait  réussi son suicide, sans le vouloir sans doute. On causait souvent ensemble. Elle ne parlait que d’absolu, petite boule en équilibre instable entre l’infiniment grand et petit. J’ai habillé le corps mort de Maryvonne, cela m’a fait quelque chose. Le malade se sent seul, et plus il se sent seul, plus il ramène tout à lui. La maladie mentale enlève aux mots leur conception habituelle pour leur donner un sens asocial, souvent l’expression d’une répression intra-personnelle. Il y a souvent un fort égocentrisme qui empêche le déviant de mesurer les réalités sociales. Mais le discours ordinaire peut être aussi pathologique, au service d’une société instable ou suicidaire.

J’arrive fort bien à parler avec les malades mentaux. Je réussis parfois à apaiser leurs angoisses, même si cela consiste le plus souvent à les écouter parler. A une soirée où j’amène 13 pensionnaires, il y a eu trois crises d’angoisse ; une parole apaisante avait suffi à ramener le calme. Le psychique se déglingue avec l’entourage, mais il est difficile de refaire ce qui a été défait. L’intériorisation et la lente fermentation d’une angoisse enracine le mal être. Les remèdes à la clinique : petite piqûre d’insuline, injection d’hormone, baisse du taux de glycémie, coma provoqué … Méthodes discutables ?

J’ai assisté un jour à un électrochoc, c’est impressionnant. L’électrocutée fait tout un arc avec son corps. Normalement déstructuration du cerveau, maternage au réveil, restructuration du patient. Dans ce cas, le mari venait chercher son épouse et il valait mieux laver eu peu le cerveau avant les retrouvailles ! Il y avait une cellule d’isolement, non utilisée. La camisole chimique suffit. Ma mère, qui m’avait amené à la clinique, croit en ma sensibilité, en ma fragilité. Sensible, moi, qui côtoie le suicide comme si c’était une évidence et qui connaît si bien la sinistre impasse dans laquelle s’engage l’humanité. Je me vois plutôt en acier bien trempé, plus précisément comme un vase sans fond selon l’expression d’un psy : les informations me traversent, elles ressortent améliorées (ou du moins je le crois), je ne suis que passage.  Il n’y a pas de soignant et de soignés, il ne devrait y avoir que des gens de passage qui seraient toujours bien reçus par quelque endroit qu’ils passent.

Il paraît que les Chinois sous Mao ne situaient pas les altérations névrotiques ou psychotiques sur le plan personnel, mais sur le plan des relations humaines. Tout drame personnel serait un drame collectif parce qu’il se situe dans les rapports de l’individu avec la société. Une personne devient malade parce qu’elle est incapable de trouver dans son milieu des réponses satisfaisant à son désarroi. Cela me semble vrai, toute thérapie devrait d’abord reposer sur une thérapie familiale. Mais que « la charge affective nécessaire à la guérison augmente sous l’autorité de Mao Tse Toung et se renforce par la volonté collective de servir le peuple et la révolution », faites-moi rire ! Le régime maoïste était chouette par certains de ses aspects comme « tirer sur le quartier général », immonde quand il affirme que le pouvoir est au bout du fusil… quand il est tenu par le grand timonier.

Mon dernier discours labordien le 6 juin avec une patiente épileptique est caractéristique. Sa timidité exacerbée lui a coupé tout contact avec l’extérieur. Elle a été très jalouse de sa sœur « aimée » qui se mariait, ce fut la cause de sa première crise. Et puis elle a découvert que son anxiété révélée permettait qu’on s’occupe d’elle ! Je trouve son raisonnement très perspicace. Mais quelques jours auparavant, elle me disait souffrir d’une obsession, que son avenir était d’être pute, mais que ce serait terrible si elle était pute… le soir même, elle s’était allongée sur mon lit la nuit pour s’exclamer « Oh, je suis sur ton lit ! ». J’avais répondu « Quelle importance ! » Elle était partie sur ces mots : « Toi au moins t’es pas con ! » Un discours peut recouvrir d’autres discours, notre cerveau est une machinerie bien trop compliquée. Et puis il y a tous ceux qui ne pouvaient plus tenir de discours socialisé. Celui qui parle tout seul, celui qui ne vous écoute jamais, celle qui pense uniquement à son improbable guérison : « Dites, est-ce que je vais guérir ? », celui qui met deux heures pour manger, celle qui a un langage décousu dès qu’il s’agit d’autre chose que du MLF (mouvement de libération des femmes), celui qui reste toujours debout, indifférent à tout, et que je n’ai jamais entendu.

J’alterne dans mes notules des précisions sur la vie psychiatrique et d’autres sur la non-violence. N’oublions pas que j’étais dans cette clinique pour y faire ma période d’objection de conscience… alors que les derniers textes ministériels parus m’affectaient aux Eaux et Forêts ! L’établissement est agréé, il ne peut donc me garder en situation illégale. A nouveau je dois partir après quinze jours seulement de stage d’infirmier psychiatrique. Je demande au moment de partir si je faisais ce qu’il fallait auprès des malades. Il paraît que je parlais trop aux schizo. Je trouve qu’on ne parle jamais assez au gens qui en ont besoin… La clinique de La Borde est un modèle de psychothérapie institutionnelle. En fait une belle merde entourée d’un très beau parc. On y prend beaucoup de neuroleptiques, sans doute autant que dans n’importe quel asile. Les institutions de participation, comités paritaires, malades à la cuisine ou à la vaisselle, sont bien en place mais fonctionnent mal. Les échanges se font par habitude et non pour répondre à un besoin, l’atelier poterie ne fonctionne que grâce à un artisan venu de l’extérieur, le journal du centre reste en panne… Pourquoi ? Les moniteurs infirmiers s’en foutent, ils viennent, font quelques clins d’œil aux malades, et repartent dans leur bagnole. Moi je suis resté 24 heures sur 24 au centre : cela crée des liens ! Comme je l’ai déjà perçu pour mon expérience de pédagogie institutionnelle à Moumour, rien ne peut se faire sans éducateurs/infirmiers très très motivés et formés pour faire de leur métier une passion… sans garantie de résultat. De toute façon une structure particulière, même quand elle se croit à l’avant-garde, participe d’une société bloquée et malade, elle ne peut échapper au contexte général.

éducateur non directif

Mes activités antérieures n’ayant pas été reconnues par l’Etat, et comme j’étais vraiment à court d’argent,  j’embauche au Domaine Saint Denis à Ambarès le 1er décembre 1973. Je me retrouve dans un » Centre d’observation et institut de rééducation médico-psycho-pédagogiques ». J’ai maintenant l’habitude des enfants difficiles, mais je n’avais pas encore été confronté aux méthodes autoritaires de l’encadrement. Le repas que je supervisais seul sans celui à qui je devais succéder avait été assez houleux, y compris avec des échanges par air de nourriture. J’ai alors demandé à un jeune avec qui j’avais le contact : « Mais pourquoi mon prédécesseur, quand il est avec vous tous, il suffit qu’il fasse tinter un verre avec son couteau pour qu’immédiatement le silence le plus absolu s’instaure… jusqu’à ce que le verre tinte à nouveau. » L’adolescent m’a confié alors que s’il y avait un problème de discipline, l’éducateur prenait le perturbateur dans un coin sombre et va pour la castagne. L’indiscipline était devenue rare par répression ! Tout au contraire, j’étais entraîné au relationnel : non-directivité, compassion, écoute de l’enfant, non-violence. Mais on ne peut passer d’un claquement des doigts d’un assujettis à un groupe autogéré. La confiance mutuelle ne peut s’instaurer que très progressivement.

J’ai établi une réunion collective journalière. Assis en rond, éducateur et adolescents sur le même pied d’égalité, nous discutions ensemble de la journée et de nos projets. Même la méthode ne plaisait pas à la direction du centre. Le sous-directeur est venu assisté à nos réunions, c’était un perturbateur téléguidé. Pourtant, avec des hauts et des bas, le climat s’améliorait et plusieurs jeunes avaient compris l’intérêt de mon approche pédagogique. Un jour, ils sont venus me dire : « Bon, on marche avec toi, mais nous avons encore un problème interne à  régler avec l’un d’entre nous ». Cet adolescent qui foutait la merde s’est alors senti brimé par les représailles du groupe ; il a porté plainte auprès de la direction. Un bon matin juste au moment d’embaucher, le directeur m’a fait venir dans son bureau. J’étais viré immédiatement, déjà quelqu’un me remplaçait auprès des jeunes. Il a voulu me faire signer un papier comme quoi je démissionnais ; j’ai rétorqué que je n’avais rien à me reprocher et qu’il n’en était pas question. Le 20 février 1974, je suis donc parti sur ce jugement péremptoire : « Considérant que vous n’êtes plus en mesure d’assurer la sécurité des enfants… » L’autoritarisme croit qu’il a raison contre le relationnel et la compassion. Alors que nous n’établissons jamais une société paisible et durable par la contrainte physique.

De  toute façon ce n’est plus la peine que je me retrouve un autre point de chute avant mon incorporation officielle comme objecteur. L’administration nous incorpore d’office aux Eaux et Forêts, c’est la nouvelle directive. Toute ma recherche depuis plusieurs mois d’une association librement choisie où je puisse exercer volontairement mon service civil était vaine. Je vais me retrouver dans la position d’insoumis, puis de militaire !

Pour m’écrire, biosphere@ouvaton.org

07. éducateur, un rite de passage obligé Lire la suite »

Tous nos articles biosphèriques d’avril 2026

Voici notre récapitulatif d’avril,

cliquez à votre convenance

analyse structurelle

Jancovici veut une hausse du prix de l’essence

action écologique

Comment défendre les intérêts de la nature ?

22 avril, « Journée de la Terre » !?!

Un grain de sable dans la machine

La merde, un de nos biens les plus précieux

changeons d’imaginaire social

Léon XIV donne une fessée à Trump

George Soros pour une « société ouverte »

Edgar Morin, 104 ans, tout son mordant

« Neutralité » du journalisme sur notre blog

Neutralité des journalistes, un fantasme

carbonation

Le prix de l’essence va exploser… demain

Après le pic pétrolier, le choc pétrolier ultime

Un monde sans carbone, un monde de pauvres

Macron ne sait pas que le pétrole, faut s’en passer

Écologie, le bilan désespérant d’Emmanuel Macron

démilitarisation

Le Japon tourne le dos au pacifisme

Détroit d’Ormuz, nos infrastructures en péril

Les a-côtés d’une guerre inhumaine

Qui est le vrai responsable d’une guerre ?

Souvenirs de la guerre d’une nonagénaire

Un débat en France sur la dissuasion nucléaire

dissuasion nucléaire, dilemme des écologistes

Trump peut utiliser l’arme nucléaire contre l’Iran

Trump perpétue le génocide américain

dépopulation

2,5 milliards d’humains au lieu de 8, ou moins !

Diminution de la population allemande, victoire !

La surpopulation n’existe pas pour le MONDE

détechnologisation

Tout savoir sur les techniques inappropriées

détérioration planétaire

Notre anéantissement en direct

Décision médicale et arrêt des traitements

Des-informations

Brève, le prix de l’essence au plus bas

Katy Perry agresse sexuellement Ruby Rose

Le sexe virtuel, c’est bandant

Extraits du bimensuel La Décroissance

La dénatalité , bonne nouvelle pour la décroissance ?

La grande régression physique de l’humanité

Deux litres de pétrole par jour et par habitant

Le refroidissement technologique, à éviter

À l’école des écrans, foutaise antihumaniste

Extraits de l’autobiographie de Michel Sourrouille

Devenir objecteur de conscience en 1971

01 Quelques fragments de mon existence

02 Préalable, se libérer de la religion

03 Une pensée en formation, un effort constant

04 En faculté de sciences économiques, bof !

N’hésitez pas à mettre un ou plusieurs commentaires sur nos articles,

la formation de l’intelligence collective est l’affaire de tous.

Pour échanger ou abonner une connaissance

biosphere@ouvaton.org

Merci de votre attention…

et faites connaître notre blog biosphere…

Tous nos articles biosphèriques d’avril 2026 Lire la suite »

Edgar Morin, 104 ans, tout son mordant

Né en 1921, Edgar Morin reste toujours en pleine forme en avril 2026 et il peut même répondre à une interview du MONDE de manière très judicieuse. Voici un résumé.

Le MONDE : Comment analysez-vous le climat politique du moment  ?

Edgar Morin : Un grand courant de régression néoautoritaire se répand dans le monde, néototalitarisme chinois, dictature poutinienne, etc. Il sera peut-être bientôt minuit dans le siècle.

Le MONDE : La France est-elle également menacée ?

Edgar Morin : Oui, parce que le national-populisme favorise l’une des deux France, celle qui fut longtemps monarchique, aristocratique et religieuse, une France pétainiste pendant la guerre. Les antihumanistes réactionnaires la voient monolithique dans son unité. Il faut redéfinir ce que j’appelle un humanisme régénéré conscient de l’identité d’origine et de la communauté de destin de tous les humains.

Le MONDE : Le Moyen-Orient est plongé dans une guerre sans précédent depuis les attaques d’Israël et des Etats-Unis contre l’Iran.

Edgar Morin : Le régime ignoble des mollahs subit les frappes ignobles de Donald Trump et de Benyamin Nétanyahou. Le pro-israélisme est un fondement du trumpisme.

Le MONDE : Le régime iranien, avec son programme nucléaire, n’est-il pas une menace existentielle pour Israël ?

Edgar Morin : L’Iran et Israël sont l’un pour l’autre une menace.

Le MONDE : « Je considère que je fais plus honneur à l’identité juive par mon œuvre universaliste que ceux qui injurient ou calomnient au nom d’une identité close et exclusive », avez-vous écrit.

Edgar Morin : Je me définis selon une unité plurielle. Je suis d’abord un être humain pour qui, comme le disait Montaigne, tout homme est mon compatriote ; puis je suis français, juif, méditerranéen, nourri par un humanisme universaliste qu’apportèrent le marrane Montaigne et l’apostat Spinoza, humanisme qu’a entretenu ma culture française faite de la fréquentation des œuvres de Voltaire, Diderot…

Le MONDE : Pourquoi soutenez-vous que la politique est ce qu’il y a de plus sous-développé dans notre société ?

Edgar Morin : Dans le vide actuel de pensée, la politique est réduite à l’économie, et même à la seule économie néolibérale. Mais ce n’est pas seulement la politique qui est sous-développée dans notre société, c’est la pensée, c’est l’équité.

Le MONDE : De quoi doutez-vous ?

Edgar Morin : Je doute de toute assertion tant que je n’ai pas la preuve de sa véracité. Je doute de l’humanité tout en croyant en elle.

Le MONDE : Dans quelle mesure l’avancée des sciences contemporaines invalide-t-elle ou confirme-t-elle vos intuitions ?

Edgar Morin : L’homme peut être manipulé par ses instruments de manipulation. L’intelligence artificielle est l’ultime création humaine qui confirme que nous pouvons être instrumentalisés par nos instruments.

Le MONDE : Dans quel registre l’homme peut-il être aujourd’hui manipulé par ses propres instruments de connaissance ?

Edgar Morin : Nous subissons embouteillages automobiles et embouteillages d’informations. Les outils sont devenus des armes pour tuer des humains et ravager la nature, ont créé la menace écologique sur la biosphère et l’humanité, tout comme la machine libératrice d’énergies humaines a permis l’asservissement des ouvriers voués à des tâches monotones ou épuisantes.

Le MONDE : La question écologique semble avoir été éclipsée. Pour quelles raisons ?

Edgar Morin : Les guerres en cours, l’industrie des armements, la puissance des gros céréaliers de la FNSEA, l’hyper-centralité du pouvoir d’achat, c’est tout cela qui occulte le problème écologique et inhibe les prises de conscience.

Le MONDE : En 1972, vous avez écrit « L’An I de l’ère écologique ». Dans quelle ère sommes-nous entrés à présent ?

Edgar Morin : Nous sommes dans l’anthropocène, qui signifie que ce sont les activités humaines qui déterminent le sort de la planète.

Le MONDE : Qu’est-il permis d’espérer, aujourd’hui ?

Edgar Morin : J’espère l’inattendu.

Question sociétales (même à 104 ans, on n’y échappe pas!)

Le MONDE : Que pensez-vous de la question trans ?

Edgar Morin : Je suis pour tout ce qui est « trans », c’est-à-dire ce qui relie. Mais si vous parlez précisément de la question du transsexuel, je rappelle qu’il y a dans le masculin une part féminine atrophiée, y compris physiquement (seins), et dans le féminin une part masculine atrophiée, y compris physiquement (clitoris).

Le MONDE : Que pensez-vous du « droit à mourir dans la dignité » et de la loi sur la fin de vie ?

Edgar Morin : Une personne qui souffre excessivement, qui ne veut pas que sa vieillesse soit à la charge d’autrui a le droit de décider de sa propre mort.

Le MONDE : Vous avez 104 ans depuis le 8 juillet. Comment vieillir sans être vieux dans sa tête ?

Edgar Morin : Lorsque l’amour et la curiosité demeurent présents.

En savoir plus grâce à notre blog biosphere

Edgar Morin, 103 ans et la dent dure (7 juillet 2024)

extraits : «  Le noyau dur de Marine Le Pen est «souchien» alors que la France s’est constituée historiquement dans l’intégration de peuples étrangers les uns aux autres. Le RN méconnaît la réalité française qui est la diversité dans l’unité. Je crains que s’il occupe le pouvoir, il n’y installe un néo-autoritarisme. Mais être «contre» est insuffisant, il faut nécessairement un «pour»…

Une tribune d’Edgar Morin, à 102 ans ! (22 janvier 2024)

extraits : « Le progrès scientifique technique qui se développe de façon prodigieuse dans tous les domaines est la cause des pires régressions de notre siècle. C’est lui qui a permis l’organisation scientifique du camp d’extermination d’Auschwitz ; c’est lui qui a permis la conception et la fabrication des armes les plus destructrices, jusqu’à la première bombe atomique ; c’est lui qui rend les guerres de plus en plus meurtrières ; c’est lui qui, animé par la soif du profit, a créé la crise écologique de la planète...»

lettre ouverte à Edgar Morin (12 juin 2010)

extraits : Edgar, tu nous invites à résister, d’accord, mais à qui, à quoi ? Tu vaudrais décoloniser l’imaginaire, parfait, mais lequel ? Tu nous invites seulement à « épouser les combats de notre temps » (Le Monde du 11 juin 2010). Un peu court, pour un grand intellectuel hors norme. De ton temps, puisque tu es né en 1921, il était assez facile de savoir à quoi résister, le nazisme, la guerre coloniale en Algérie, le communisme stalinien. Mais aujourd’hui, alors que les générations présentes sont menacées d’une amnésie généralisée,  ton interview ne nous aide pas beaucoup à savoir à quoi résister ! Dans notre société dont tu soulignes la complexité, la publicité habille en blanc même les idées les plus révolutionnaires, les entreprises habillent en vert l’environnement et la nature, les politiques retournent leur veste ! Alors, que faire ?…..

Edgar Morin, 104 ans, tout son mordant Lire la suite »

Souvenirs de la guerre d’une nonagénaire

Maguy est née le 26 octobre 1930. Nous l’avons interrogée pour connaître ses souvenirs de la période de privations pendant la seconde guerre mondiale, elle était adolescente. La mémoire de nos anciens est un témoignage important. Notre société de consommation a en effet perdu tous les repères permettant de retrouver une société plus sobre. Voici son témoignage :

« Papa était forgeron dans un petit village, maman état institutrice dans un autre village, à 4 kilomètres. La guerre n’a pas duré longtemps pour l’armée française ; mon père est revenu à pied à la maison depuis l’Alsace lointaine. Mais dans chaque village, les Allemands en tant que force d’occupation se sont imposés d’autorité dans nos domiciles. Un gradé avait pris la chambre de mon frère, né le 19 février 1932. Nous avons alors Doudou et moi partagé ma chambre. La forge de mon père a été scindée en deux, les outils partagés, les Allemands s’occupaient de leur chevaux. Maman a continué à faire classe comme si de rien n’était. Sauf qu’elle a été obligé de fournir un certificat comme quoi elle n’était pas juive. De plus elle nous a inscrit mon frère et moi au catéchisme pour ne pas qu’on soit soupçonné d’être des enfants juifs. L’occupation chez nous, à l’école du village où ma mère avait son logement de fonction, n’a pas duré très longtemps ; beaucoup d’Allemands ont été mobilisés pour le front russe ouvert en juin 1941. Mais je dois reconnaître que mes relations d’enfant avec les Allemands se sont bien passées, il se sont comportés en bons pères de famille qu’ils étaient.

A la maison, maman se débrouillait avec les moyens du bord. Nous avions le lait de la ferme voisine, mais rien d’autre. Comme le disait la fermière à maman : « Je n’oserais pas vous demander le prix que je demande aux Bordelais. » Ces gens de Bordeaux, à 98 kilomètres, ont été des clients assidus jusqu’à la fin de la guerre. Après quoi, on ne les a jamais revus. Nous élevions des lapins. Mon frère et moi, nous écumions les bords des fossés afin de chasser pissenlits et chiches pour nourrir les bestioles. Mais nous n’étions pas capables de tuer le lapin, on le portait chez la voisine. Papa avait des ruches. Le miel lui permettait de modestes trocs. Une fois, il s’était procuré un peu de porc qui a été cuisiné dans ma chambre, car bien entendu, il fallait se cacher des voisins pour savourer un peu de luxe. Je ne pense pas avoir vu oranges ou bananes. De toute façon, on n’avait aucune possibilité d’acheter fruits ou légumes ; chacun était obligé de cultiver son jardin potager. Dans le village où j’habitais, il n’y avait qu’une épicerie qui se contentait de distribuer selon le rationnement imposé. Pour faire fonctionner sa carte de rationnement, il fallait en effet s’inscrire dans l’épicerie du village. Les hommes (pas les femmes !) avaient des cartes pour le tabac. Mais mon père en avait planté dans le jardin et le faisait sécher au grenier ; çà empestait. Puis il le coupait avec une petite machine qu’il s’était fabriqué. Il était très bricoleur, quand on est forgeron, on sait tout faire.

Par une logique que j’ai toujours eu du mal à comprendre, les J3 (carte de rationnement pour les jeunes dont j’étais) avaient droit à davantage de tickets de beurre que les autres, mais seulement si leurs parents étaient agriculteurs. Mais nous recevions en compensation du « chocolat ». C’était en fait une crème sous forme de boule enrobée d’une très mince couche de quelque chose de marron qu’on pouvait éventuellement assimiler à du chocolat. Les adultes avaient droit à des tickets de café. En fait cela consistait en petits morceaux de gland ou dieu sait quoi d’autre dans lequel on pouvait trouver quelques grains de café que maman triait soigneusement et réservait pour les grandes occasions. Nous, les enfants de l’école de ma mère, nous étions emmenés dans les bois pour ramasser les glands. Autre « distraction », nous étions réquisitionnés pour « récolter » les doryphores dans les champs de pommes de terre. Nous mettions ces grosses larves orangées et les feuilles recouvertes d’œufs dans des boîtes de conserve. En bout de rang, nous vidions le contenu sur des pierres plates et on trucidait allègrement nos récoltes avec une autre pierre.

Cela ne se mange pas vraiment, mais les chaussures ont été un vrai problème. Des souliers à semelle de bois, même dotés, perfection des perfections, d’une semelle articulée, ce n’est pas le sommet du confort. Ma tante s’était fait de belles sandales avec une semelle découpée dans un pneu, denrée très recherchée. Je ne sais pas comment cela tenait, mais j’ai beaucoup admiré. Les lanières étaient faites avec de morceaux de ceinture dépareillés. On se procurait des vêtements avec des tickets spécifiques. Leur qualité était médiocre, mais de toute façon sur le marché libre, c’était pure cochonnerie, fabriqué en fibranne, résistant au lavage.

Quant à la toilette, le seul endroit pourvu d’eau et de chauffage était la cuisine. Je nous revois, mon frère et moi, debout ensemble dans la grande lessiveuse, près de la cuisinière au bois. On se lavait en grand uniquement le dimanche. Pour les autres jours on ne se lavait pas. L’eau était tirée du puits à l’aide d’un seau et chauffée sur la cuisinière. Plus tard papa a mise une pompe dans le puits, plus besoin d’aller chercher l’eau. Après guerre, il avait aménagé un petit réduit avec lavabo et chauffe-eau, le grand luxe ! Nous avons toujours eu l’électricité. Mais le linge était lavé à la main dans la cuisine et rincé à la rivière. La vaisselle était faite à l’eau chaude, parfois un peu de lessives sauf dans les familles qui avaient la chance d’avoir un cochon à qui on portait l’eau de vaisselle. Le savon était fabriqué par papa, avec de la graisse, de la cendre et, je crois, de la soude. Cela ne sentait pas bon ! Aucune pièce de la maison n’était chauffée, seul fonctionnait la cuisinière au bois. On se déplaçait uniquement à pied ou à bicyclette, exceptionnellement avec une voiture à cheval, celle d’une voisine. Il y avait un seul téléphone pour toute la commune.

A la rentrée 1942, j’ai intégré le collège de la petite ville voisine. Les Allemand avaient réquisitionné tout le réfectoire. Je partais à l’école à bicyclette, celle de ma mère, quel que soit le temps. Les élèves internes dont j’étais allaient chercher chaque soir le lait dans une ferme voisine. Seuls les garçons pouvaient partir sans escorte, ils étaient supposés plus raisonnables que les filles ! Nous avions donc du lait chaque matin avec un peu de pain pour lequel nous n’avions pas de beurre. Je n’ai jamais eu un sentiment de faim, mais faire manger quelques dizaines d’adolescents avec pas grand-chose, ça ne devait pas être facile. J’ai le souvenir du chou rouge bouilli servi avec l’eau de cuisson ! Ou des haricots en grains où nous pêchions les charançons pour les disposer harmonieusement autour de l’assiette. C’était très mauvais. Un jour, pour améliorer les monjettes (les haricots), la cuisinière avait versé un peu d’huile de noix. En fait elle s’était trompée de bouteille, elle avait mis du pétrole qui faisait de jolies moirures bleues dans l’assiette… nous n’avons pas été obligés de manger les haricots !

Juste après guerre, la misère était généralisée, tout était à reconstruire. Mais dans ma vie de famille, je n’ai pas souvenir d’un manque. Sauf que le pain était très gris. Par contre les agriculteurs produisaient leur propre farine et ne manquaient jamais de pain blanc. Papa avait fait un four à pain dans une cheminée. La farine n’était pas extra, mais les pains sentaient bons, il ne s’en perdait pas. Lors du mariage de ma tante en 1946, mon grand-père forgeron et agriculteur avait donné de la farine au boulanger et je garde un souvenir émerveillé de ce pain blanc, véritable friandise qui n’a duré qu’une journée. On était à mon époque forgeron de père en fils, et je suis devenu institutrice comme ma mère. En 1947, j’étais en première année à l’Ecole Normale au Bourget pour devenir institutrice. Il fallait se contenter d’un tiers de baguette par jour, ce qui était vraiment trop peu pour moi. Pour d’autres, c’était l’abondance, et les quignons qui restaient étaient récupérés par d’autres filles pour combler la pénurie dans leur famille quand elles revenaient chez elles le WE.

J’ai aujourd’hui 95 ans ; j’ai eu la chance malgré la guerre d’être dans une famille aimante où les filles, j’ai deux autres sœurs plus jeunes, n’étaient pas dévalorisées : on pouvait grimper aux arbres à l’égal des garçons et ce n’est qu’un exemple. »

rédigé le 6 avril 2026

Souvenirs de la guerre d’une nonagénaire Lire la suite »

« Neutralité » du journalisme sur notre blog

Voici un récapitulatif de nos articles sur l’objectivité du journalisme dans une société vouée à la croissance et aux faits divers.

COP26, avec quelle pratique journalistique ?

extraits : Dans son livre « la fabrique du mensonge », Stéphane Foucart pose le doigt où cela fait mal : « Le système médiatique peut-il cesser d’être le simple relais de l’ignorance construite à dessein par les industriels ? Le plus important des rouages journalistiques à fabriquer de l’ignorance n’est pas le mal-journalisme mais bien plutôt la volonté de neutralité. Il faut confronter les opinions. Voici quelques interrogations sur la « neutralité» des journalistes….

Les journalistes et l’écologie vendue au capitalisme

extraits : L’idée selon laquelle l’accumulation illimitée du capital sur une planète aux ressources naturelles limitées est un principe non seulement amoral mais irrationnel. Pourtant l’immense majorité des journalistes amenés à traiter d’environnement adhère à la doxa du « capitalisme vert ». Il s’agit d’une logique de censures invisibles. L’écriture journalistique suppose de raconter des histoires afin d’intéresser un public le plus large et diversifié possible. En matière d’environnement, ce cadrage se traduit par des articles qui parlent des conséquences des prédations environnementales. Nos analyses sur le traitement médiatique des enjeux climatiques en France ont ainsi montré que plus les journalistes parlent du problème climatique, plus ils parlent de ses conséquences au détriment de ses causes et solutions…

 L’impuissance actuelle du journalisme environnemental

extraits : L’association JNE avait organisé un petit déjeuner de presse à Paris le 18 mars. Le thème était essentiel : « Les journalistes d’environnement face à l’expertise scientifique : qui croire ? » Les deux intervenants étaient de poids. D’un côté Stéphane Foucart, journaliste scientifique au MONDE, qui publie ce mois-ci « La fabrique du mensonge ». De l’autre côté Guillaume Malaurie, journaliste au Nouvel Observateur, qui a couvert dans ce cadre l’affaire Séralini. Vers la fin du débat, la question suivante a été posée à Stéphane et Guillaume : « Quand on compare les surfaces médiatiques des médias, il apparaît que les intérêts commerciaux, soutenus par l’expertise « scientifique », domine le journalisme d’investigation et les préoccupations environnementales. Quelle est la place qu’on vous donne dans vos journaux respectifs, est-ce satisfaisant ? » Stéphane Foucart a été sincère dans ses différentes approches de la question. La couverture médiatique est  faussée. Il prend le cas du déclin mondial des pollinisateurs sauvages. Son article sur la question ne faisait qu’une fraction de page, il aurait du être l’élément essentiel de l’actualité ce jour-là….

L’effet de loupe, le fait qui fait diversion

extraits : Les médias nous défrisent, les réseaux sociaux encore plus, ils cultivent ce qu’on appelle en sociologie l’effet de loupe : montrer une réalité qui existe, certes, mais qui est tellement minoritaire qu’elle ne nécessite même pas une brève. Normalement le journalisme, c’est l’art de trier entre l’anecdotique et l’essentiel, sinon les pages d’un média se remplissent de vide. Mais à force d’être diffusés en boucle sur les réseaux de communication, un micro-évènement sature l’espace public et devient la dernière question à la mode dont il faut causer. Le problème, c’est que cela nous détourne de l’essentiel, nous rentrons dans le domaine du commérage et en oublions de réfléchir….

La dictature des faits divers, un désastre

extraits : L’aliénation médiatique consiste à occulter les questions essentielles de l’existence sociale au profit de préoccupations infantilisantes, d’anecdotes futiles, de faits divers dérisoires. C’était le cas d’une presse « à scandales », cela devient le lot commun des journaux dits de références. Un journaliste se doit de trier les évènements et ne garder que ceux qui ont de l’importance. Le fait de vouloir correspondre au penchant malsain des gens pour les faits croustillants devient un obstacle supplémentaire à la formation d’une intelligence collective….

« Neutralité » du journalisme sur notre blog Lire la suite »

Tous nos articles biosphèriques en mars 2026

Voici tous nos articles en mars 2026

cliquez à votre convenance

Analyse stucturelle

Manuel de défense civile non-violente

SURpêche, un des aspects du règne des « SUR »

action écologique

l’origine de l’écologie politique, 1970

René DUMONT, l’utopie ou la mort

Greenpeace va licencier, c’est une première !

Localisme, extrême droite ou écologisme ?

Quelques éléments de militantisme adapté

Action politique

Plus important que les municipales, notre avenir

Municipales, primaire « unitaire » avec qui ?

Raphaël Glucksmann est-il un écologiste ?

Les raisons de ne pas voter Mélenchon

carbonation

Une hausse normale des prix à la pompe

Macron décide, notre épargne finance le nucléaire

Détechnologisation

Objection de conscience face à l’IA générative

L’esprit démocratique évacué par le numérique

Réseaux soc., mimétisme et boucs émissaires

L’IA menace 5 millions de salariés en France

démilitarisation

Pacifisme, citations à connaître et à déclamer

Aujourd’hui l’antimilitarisme devient vital

Défense civile ou défense militaire ?

La guerre tue les hommes… et la nature aussi

La militarisation des écologistes institutionnels

Les Verts et la guerre, un reniement

Les écolos, pour ou contre la guerre ?

Libérons la France de l’arme nucléaire

Bientôt une guerre nucléaire, Macron le veut

Macron, vers un nouvel âge nucléaire

Macron veut laisser une trace (nucléaire) dans l’histoire

Objections à la dissuasion macroniste

Dissuasion nucléaire, le clap de la fin

Un référendum contre la dissuasion nucléaire

dépopulation

La bombe Ehrlich vient d’exploser (son décès)

50 ans après Ehrlich et « La Bombe P »

Paul Ehrlich, le digne successeur de Malthus

En hommage à Paul. R. Ehrlich, l’IPAT

changeons d’imaginaire social

Éduquer l’enfant à suivre sa propre voie

Bifurcation. Hegel, Marx ou Malthus ?

Thomas Piketty, un idéaliste hors sol

Jürgen Habermas est mort le 14 mars 2026

Vaclav Smil, sobriété énergétique exigée

Des-informations

Deux États fascisants attaquent leur alter ego

Trump bombarde l’Iran, c’est stupide

Trump cultive le culte de la personnalité

Délires de Donald Trump (février 2026)

N’hésitez pas à mettre un ou plusieurs commentaires sur nos articles,

la formation de l’intelligence collective est l’affaire de tous.

Pour échanger ou abonner une connaissance

biosphere@ouvaton.org

Merci de votre attention…

et faites connaître notre blog biosphere…

Tous nos articles biosphèriques en mars 2026 Lire la suite »

Éduquer l’enfant à suivre sa propre voie

L’éducation des enfants a pour finalité d’en faire, non pas des citoyens obéissants, mais des citoyens responsables, capables d’apprécier et de juger les normes et valeurs à laquelle la société leur demandera d’obéir. En clair, les enfants doivent savoir désobéir à un ordre injuste, quel que soit celui qui le leur demande, un parent, un enseignant, l’Etat.

(Re)lisons le petit livre rouge des écoliers et lycéens de 1969. Extraits, le livre fait 190 pages.

Etienne Bolo dans la préface : Les adultes ne sont pas tout-puissants pour la bonne raison que très souvent ils n’ont même pas le pouvoir de modifier leur propre situation ou d’agir comme ils le voudraient. Et ce sont les enfants et les jeunes qui paient l’addition. Nous parlons dans ce petit livre de tous les sujets qui ont de importance quand on va en classe.

L’enseignement

Beaucoup de professeurs (pas tous) pensent que ce serait une perte de temps bien inutile que de permettre aux élèves d’apprendre des choses par eux-mêmes. Beaucoup estiment aussi qu’il est bon qu’une partie du travail qu’ils donnent aux élèves soit ennuyeuses. Comme ça, pensent-ils, les élèves appendront très tôt que la vie est pleine d’obligations bien ennuyeuses. Ces professeurs se trompent. Mais pour apprendre quelque chose, il faut premièrement que tu fasses un effort. Deuxièmement que tu disposes autour de toi les moyens pour faire cet effort. Tout ce que tu sais, c’est toi et toi tout seul qui l’a appris. La seule façon d’apprendre comment distinguer le vrai du faux, c’est de pouvoir le découvrir soi-même par l’expérience. La plupart des professeurs veulent que vous vous sentiez bien en classe, parce qu’alors, eux aussi se sentent bien. Si vous trouvez qu’un de vos professeurs n’est pas très doué pour l’enseignement, il faut que vous l’aidiez à améliorer ses façons de faire.

Si on te donne un devoir, ce n’est pas pour que tes parents t’aident à le faire. Tu peux réunir quelques camarades et faire les devoirs ensemble. S’il y a quelques chose que tu ne sais pas faire, ne le fais pas. Et le lendemain, n’hésite pas à dire à ton professeur pourquoi tu n’as pas pu faire le devoir. Si vous voulez établir un vrai programme de travail, consultez d’autres livres et laissez-vous aussi inspirer par le monde qui vous entoure. Beaucoup de professeurs n’ont fait autre choses pendant toute leur vie que de fréquenter des écoles, d’abord comme élèves, puis comme étudiants, ensuite comme professeurs ; ils ignorent l’essentiel du monde qui les entoure. Ce sont des spécialistes dans une branche déterminée du savoir. Ils ne savent pas grand chose sur l’art d’enseigner.

Les relations entre jeunes et adultes ne sont vraiment positives que lorsque les uns et les autres peuvent s’influencer et s’enseigner réciproquement. Servez-vous du journal de l’école. Les actes influencent plus que les paroles.

Les camarades

Tu rencontres toutes sortes de camarade. Il y en a à qui on peut faire confiance, et d’autres qui trahissent leurs promesses. Il y en a qui ont toujours de bonnes idées et d’autres presque jamais. Sais-tu que tu es influencé par tes camarades. Tu as le droit de développer ta personnalité en suivant ta propre voie. Tu es quelqu’un, tu peux apprendre des autres et les autres peuvent apprendre de toi.

Il faut que tu saches que quelqu’un ne peut rester un leader qu’aussi longtemps que tu le reconnais comme tel. Deviens ton propre leader.

L’intelligence

On croyait que tous les gens naissent avec une certaine dose d’intelligence qu’ils gardaient jusqu’à la fin de leur vie. C’est absurde. Des vrais jumeaux sont parfaitement égaux génétiquement. Mais s’ils sont élevés par des personnes différentes, ils n’auront pas la même intelligence. Personne n’est mauvais en tout. Mais les méthodes employées à l’école favorisent les enfants appartenant à des milieux déjà favorisés. On peut avoir une intelligence scolaire, c’est-à-dire réussir en classe, mais être bête dans les activités extra-scolaires qui sont pourtant le tissu de la vie quotidienne.

Pour changer l’école, il faut changer la société. Pour changer la société, il faut changer l’école. La moindre chose que nous changeons dans l’école peut avoir des répercussions dans la société. La moindre chose que nous changeons dans la société peut avoir des répercussions dans l’école. Pour changer quelque chose, transformer le monde, n’oublie pas qu’il faut commencer par agir là où tu te trouves.

Pour aller encore plus loin

Tous les enfants de France devraient connaître la Déclaration des 121 sur le droit à l’insoumission en 1960 dans la guerre d’Algérie ou le Manifeste des 343 en 1971 pour légaliser l’avortement. La désobéissance civile est la respiration de la démocratie. Le problème de nos sociétés pseudo-démocratiques, en fait soumises aux diktats de l’économie, c’est qu’il faudrait pratiquement désobéir à tout. Non seulement désobéir aux OGM ou à la publicité…, mais désobéir aussi aux petits chefs dans les bureaux, à la consommation de masse, à la société du spectacle, au productivisme, au populationnisme, à la mondialisation, etc. Autant dire que les enfants ont beaucoup à apprendre de ce qu’il faudrait faire…

La désobéissance civile sur notre blog biosphere

7 janvier 2023, L’urgence écologique entraîne la désobéissance civile

19 décembre 2022, Le pourquoi de la désobéissance civile

1er octobre 2022, La désobéissance civile des scientifiques

26 septembre 2021, Formations à la désobéissance civile NV

19 mai 2021, 29 mai, formation à la désobéissance civile

9 février 2021, Tout savoir sur la désobéissance civile

15 octobre 2019, Pour ou contre la désobéissance civique

19 septembre 2019, José Bové, désobéissance civile ou civique ?

1er octobre 2019, Biosphere-Info, la désobéissance civique (SYNTHÈSE)

2 juin 2018, Violer une centrale nucléaire, une très bonne action ?

2 juin 2016, À lire, La désobéissance civile (H.D.Thoreau, 1849)

22 mai 2014, La désobéissance s’apprend, savoir déterminer l’injuste

26 juin 2012, Devenons casseurs de pub, soutenons les déboulonneurs

24 janvier 2012, Devenir activiste avec Greenpeace

4 octobre 2011, fauchage des OGM, obscurantisme ou démocratie ?

14 septembre 2011, appel à la désobéissance généralisée

17 septembre 2010, ne pas confondre désobéisseur et désobéissant !

29 avril 2007, Collectif des déboulonneurs

Éduquer l’enfant à suivre sa propre voie Lire la suite »

Quelques éléments de militantisme adapté

Tout citoyen doit s’engager d’une manière ou d’une autre pour élever l’intelligence collective et faire progresser l’harmonie sociale. Une expérience dans l’activité associative et/ou politique devrait être obligatoire pour tout jeune avant l’entrée dans la vie active. Mais comme il vaut mieux montrer l’exemple que dire aux autres ce qu’ils devraient faire, voici le compte-rendu de mon propre engagement bénévole.

Pendant les années 1970

– Objecteur de conscience (opposé à l’usage collectif des armes)

– membre d’un groupe d’action non-violente

– membre du comité de soutien aux objecteurs de conscience

– instructeur CEMEA (Centre d’entraînement aux méthodes d’éducation active)

– Responsable du journal des lycéens au lycée Marguerite de Valois

A partir de 1976, les échecs pendant 20 ans

– Animateur d’échecs au collège et au lycée Marguerite de Valois

– Président du club d’échecs d’Angoulême, du département de Charente, de la région Poitou-Charentes….

– Formateur d’animateurs d’échecs, responsable de la formation au niveau national

– Arbitre national, formateur d’arbitres d’échecs

– Membre du conseil d’administration de la FFE (Fédération Française des Échecs) et même vice-président de la FFE

A partir de 1997, l’écologie comme préoccupation principale

A mon avis, toute personne engagée dans le tissu associatif ne peut se contenter d’être un simple consommateur, ou alors il lui manque quelque chose. Mais même si j’ai été plus organisateur que joueur, je participais avec les échecs à la société de consommation, pas à améliorer l’intelligence collective. Les échecs sont à classer parmi les associations de loisirs, les associations particularistes, consacrées uniquement à « l’épanouissement personnel ». J’arrête donc toutes mes activités échiquéennes pour me consacrer à « sauver la planète » dans des associations à objectif universaliste.

Je me suis engagé dans le militantisme écolo, c’est là où la société a le plus besoin de nous. Cela passe autant par les associations environnementales que par les partis politiques.

Les associations

– Charente-nature, dont j’ai été membre du conseil d’administration

– MAB (maison d’agriculture biologique), dont j’ai été membre du conseil d’administration

– JNE (Journalistes-écrivains pour la nature et l’écologie), dont j’ai été membre du conseil d’administration et reste correspondant régulier, beaucoup de mes articles sont sur leur site.

– Démographie Responsable (dont je suis toujours responsable régional)

– Technologos (dont j’ai été membre fondateur)

– Casseurs de pub (résistance à l’agression publicitaire) ; Momentum ; Greenpeace ; Reporterre ; Terrestres ; Utopia… (aide financière, sans participation active)

Les partis politiques (chronologie)

– Les Verts à partir de 1997, qui deviendra EELV puis « Les Écologistes »

– Le Parti socialiste de 2002 à 2011 (responsable fédéral de l’environnement, membre de la commission nationale environnement, membre co-fondateur du Pôle écolo du PS)

– EELV ensuite (membre au niveau national du conseil fédéral)

– septembre 2024. Membre de la commission Paix&Désarmement (parti « Les Écologistes »)

à partir de 2004-2005. Mon blog et mon site « biosphere »

Le 9 septembre 2004, je crée l’association loi 1901 « biosphere », déclarée en préfecture, dont l’objet est de défendre les intérêts de la biosphère.

– Le site biosphere depuis 2005 a pour contenu une ressource documentaire pour les écologistes (résumé de livres, lexique, etc.)

– Le blog biosphere : le 13 janvier 2005, je poste mon premier article d’analyse de l’actualité 365 jours sur 365… Nous sommes en 2026, et ça continue malgré mes 78 ans. Tant que Nature me prête vie…

Michel Sourrouille

NB : pour avoir mon autobiographie complète, elle est sur Internet :

Mémoires d’un écolo

Quelques éléments de militantisme adapté Lire la suite »

Délires de Donald Trump en ce mois de février 2026

On croyait avoir tout vu, mais on n’a pas encore été jusqu’au bout de la folie d’un homme qui se croit omniprésent, omniscient et omnipotent, Donald TRUMP. Depuis son arrivée au pouvoir, le gouvernement fédéral a banni du vocabulaire officiel de l’administration les termes « crise du climat », « justice climatique » ou encore « science du climat », « pollution » et « qualité environnementale ». Comment étudier les sciences du climat dans un pays où le président parle du réchauffement climatique comme de « la plus grande escroquerie perpétrée dans le monde » et assume vouloir mettre fin à « l’hystérie climatique » ?

Mais cet aspect scientifique et écologique n’est qu’un cas particulier d’un délire généralisé à tous les niveaux, économiques, géopolitique, juridique, etc. Bien plus fin février, son attaque contre l’Iran pourrait déclencher un choc pétrolier.

Voici la chronique de ses délires en février 2026

7 janvier 2026. L’administration Trump a ordonné le retrait de son pays de 66 organisations, parmi lesquelles figurent des instances majeures pour l’action environnementale : la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC), le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) ou encore son équivalent pour la biodiversité, la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES).

11 février 2026. Selon un décret, le Pentagone est tenu de se fournir en électricité produite à partir de centrales à charbon. Le président américain est un défenseur acharné du « charbon propre et beau », comme il qualifie le plus polluant des combustibles fossiles.

Aux Etats-Unis, 70 % des capacités existantes ont plus de quarante ans. Ce sont des installations anciennes et peu rentables. La consommation de charbon a diminué en moyenne de 6 % par an au cours des quinze dernières années. Leurs exploitants se préparent à les fermer. La logique économique ne s’aligne pas forcément avec la stratégie politique 

12 février 2026. Donald Trump révoque un texte fondateur pour la lutte contre le changement climatique aux Etats-Unis. Adopté en 2009 par l’Agence de protection de l’environnement (EPA) sous la présidence de Barack Obama, le texte avait ouvert la voie juridiquement à de nombreuses réglementations fédérales visant à limiter les rejets de ces gaz réchauffant l’atmosphère (CO2, méthane…), à commencer par les émissions des camions et des voitures. Ce texte, appelé « constat de mise en danger » (Endangerment finding) n’avait « aucun fondement juridique », a affirmé le locataire actuel de la Maison Blanche. Cette révocation met immédiatement fin aux normes d’émissions pour les véhicules. Cette décision « va faire économiser des milliers de milliards de dollars aux consommateurs américains » en faisant baisser le coût des voitures a assuré le président américain. Donald Trump affirme également que les gaz à effet de serre ne doivent pas être traités comme des polluants au sens traditionnel du terme car leurs effets sur la santé humaine sont indirects et mondiaux, plutôt que locaux.

Ce revirement survient alors que l’année 2025 a été confirmée par les climatologues comme la troisième plus chaude jamais enregistrée sur Terre, et que les effets du dérèglement du climat se font sentir à travers les Etats-Unis et le reste du monde.

16 février 2026. La juge américaine Cynthia Rufe a ordonné à l’administration Trump de « réinstaller tous les panneaux, affichages et vidéos auparavant en place » d’une exposition sur l’histoire de l’esclavage aux Etats-Unis, qui avait été démantelée à la fin de janvier dans un quartier historique de Philadelphie. Appelée à « déterminer si le gouvernement fédéral possède le pouvoir de travestir et de démanteler des vérités historiques », « comme si le ministère de la vérité dans [le roman dystopique] 1984 de George Orwell existait désormais, avec sa devise “L’ignorance, c’est la force” », elle a répondu : « Il ne l’a pas ». 

Le démantèlement de l’exposition faisait suite à un décret signé par le président américain, Donald Trump, en mars pour « rétablir la vérité dans l’histoire américaine » et éliminer les « récits conflictuels ». Ce décret dénonçait comme exemple cette exposition.

19 février 2026. Le Conseil de la paix de Donald Trump tient sa première réunion à Washington dans un « Institut pour la paix » qui porte, depuis peu, le nom de Donald Trump sur sa façade. L’ONU « a un grand potentiel », mais ne l’a « jamais accompli », a déploré Donald Trump. Le Conseil de la paix va « presque surveiller » l’ONU et « s’assurer qu’elle fonctionne correctement » !!!

20 février 2026. La Cour suprême invalide l’action unilatérale de Donald Trump de faire varier les taxes douanières à sa seule convenance : impôt et taxes, c’est de la seule compétence du congrès.

21 février 2026. La réaction de Donald Trump tient en un décret, qui entrera en vigueur le 24 février pour une durée de 150 jours, période renouvelable uniquement par un vote du Congrès. Trumpissimo impose un droit de douane « mondial » de 10 %, qu’il a annoncé dans la foulée, sur son réseau Truth Social, faire passer à 15 %.

Selon Donald Trump, cette augmentation des droits de douane s’appuie sur un « examen approfondi » de la décision de vendredi de la plus haute cour américaine ; il la qualifie une nouvelle fois de « ridicule » et « extraordinairement antiaméricaine ».

21 février. Envoi par Trump d’un navire-hôpital au Groenland, territoire autonome danois qu’il convoite : « Nous allons envoyer un grand navire-hôpital au Groenland pour prendre soin des nombreuses personnes qui sont malades et qui ne sont pas soignées là-bas Il est en route !!! ».

Le ministre de la défense danois a répondu :  « La population groenlandaise reçoit les soins de santé dont elle a besoin. Elle les reçoit au Groenland, et, s’il y a besoin d’un traitement particulier, elle le reçoit au Danemark. Ce n’est donc pas comme s’il y avait besoin d’une initiative sanitaire spéciale au Groenland »

24 février 2026. La concentration actuelle de forces militaires américaines à la périphérie du Golfe doit être prise au sérieux. Donald Trump évoque une guerre contre l’Iran dont les objectifs restent pour l’instant indéfinis .Ses atermoiements lors du soulèvement des dernières semaines, dont la promesse d’une aide qui n’est jamais venue, ont montré qu’il pouvait être imprévisible.

Par contre pour le passage à la cinquième année de guerre en Ukraine, Trump n’en a rien à cirer.

24 février 2026. Discours sur l’état de l’Union le plus long de l’histoire télévisée, soit une heure quarante-sept minutes : mélange d’autocélébration et d’attaques féroces contre les démocrates. « Notre pays gagne à nouveau. En fait, on gagne tellement qu’on ne sait plus vraiment quoi faire de cela »…  Si les démocrates étaient à nouveau élus un jour, ils ouvriraient ces frontières à certains des pires criminels dans le monde, des fous voulant « détruire le pays . »

Trump traite les démocrates de « fous». C’est à cela qu’on reconnaît les fous, ils croient que les autres sont fous. Il a fait comme si les 4 années de guerre en Ukraine n’avaient pas existé.

27 février. Trump envisage une « prise de contrôle pacifique » de Cuba, sans préciser les modalités d’une telle opération : « Le gouvernement cubain nous parle ; et ils ont de très gros problèmes, comme vous le savez. Ils n’ont pas d’argent, ils n’ont rien en ce moment, mais ils nous parlent et peut-être que l’on verra une prise de contrôle pacifique de Cuba »

27 février. Trump : « Je ne suis pas content quant au fait qu’ils [les Iraniens] ne veulent pas nous donner ce que nous devons avoir, je ne suis pas très content. Nous verrons ce qu’il va se passer. »

28 février. Le message de Donald Trump au peuple iranien :« Enfin, au grand et fier peuple d’Iran, je dis ce soir que l’heure de votre liberté est arrivée. Restez à l’abri. Ne quittez pas votre domicile. Il est très dangereux de sortir. Des bombes tomberont partout. Lorsque nous aurons terminé, prenez le contrôle de votre gouvernement… »

Le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou : « Mes frères et sœurs, citoyens d’Israël, il y a peu de temps, Israël et les Etats-Unis ont lancé une opération visant à éliminer la menace existentielle posée par le régime terroriste en Iran.Je remercie notre grand ami, le président Donald Trump, pour son leadership historique.

En février 2026, Donald Trump fait comme si la Cour suprême américaine n’existait pas, comme s’il n’avait jamais besoin du congrès américain, comme si les règles internationales n’existait pas, comme s’il était Dieu tout puissant… Il mène la planète au désastre.

En savoir plus grâce à notre blog biosphere

Donald Trump, très occupé en février 2025

extraits : Mais où Donald va-t-il chercher tout ça ! Une analyse jour après jour des décisions de Trump. 3 février. La fin annoncée de l’Usaid, l’Agence pour le développement international, liquidée par Elon Musk et l’administration Trump….

21 janvier 2026, tous nos articles sur Trump

extraits : Donald Trump est un illettré en histoire, analphabète en géopolitique, allergique aux mécanismes économiques, ignorant en terme de stratégie militaire et complètement ignare en termes de respect des personnes. Mais il est pourtant devenu par deux fois le président des Etats-Unis, la première puissance mondiale. Voici nos écrits sur la saga Trump…..

Délires de Donald Trump en ce mois de février 2026 Lire la suite »

Tous nos articles de février 2026

Voici notre récapitulatif de février

cliquez à votre convenance

analyse structurelle 

Combattre une dictature, est-ce possible ?

action écologique

NON à la pub, NON à la Saint Valentin

Les enragés contre une politique mortifère

Municipales, Les Écologistes sont avec qui ?

détérioration planétaire

IPBES, sans biodiversité tu meurs

Sans ressources minières, tu n’es plus rien

JO d’hiver… à la neige très artificielle

Les sports d’hiver, une connerie de plus

L’aventure spatiale, une connerie de plus

détechnologisation

Télévision, machine à nous emprisonner

Les enfants boivent l’écran, les parents trinquent

Fuite en avant de l’intelligence artificielle (IA) 

Aligner l’IA sur la morale humaine !?!

L’Intelligence Artificielle et les sans-emplois

démilitarisation

Un projet français pour la paix mondiale

Traité sur l’Interdiction des Armes Nucléaires (TIAN)

Les déclarations récentes sur le TIAN

L’hiver nucléaire pour finir en beauté

Ukraine, leçon à en tirer pour le futur

L’Ukraine, un rempart de la démocratie

La France contribue à la guerre Inde / Pakistan

La question malthusienne

Thomas Robert MALTHUS, penseur de la finitude (un livre de Michel Sourrouille)

Malthus, parmi d’autres philosophes

Mieux comprendre MALTHUS, le débat

MALTHUS, responsabilité et démographie

Une tribune malthusienne dans LE MONDE

Serge Latouche en accord avec Malthus

dépopulation

Faire un enfant en étant responsable

Pérou, l’offensive contre l’éducation sexuelle

La Suisse veut limiter le nombre de Suisses

Aide à l’avortement dans l’Union européenne

L’éternel retour de la fin de vie « légale »

Fin de vie, Sénat et soins palliatifs

Disputatio à propos de l’immigration

changeons d’imaginaire social

Quentin, un fait divers chasse l’autre, dommage

Régime végétarien imposé à ses enfants ?

Généalogie animale : Éponge ou cténophore ?

Des-information

Trumper sur le cancer, « backlash » 

Une gifle monumentale donnée à Trump (par la Cour suprême)

Donald Trump, l’anti-écologiste primaire

Les USA facilitent la prochaine pandémie

N’hésitez pas à mettre un ou plusieurs commentaires sur nos articles,

la formation de l’intelligence collective est l’affaire de tous.

Pour échanger ou abonner une connaissance

biosphere@ouvaton.org

Merci de votre attention…

et faites connaître notre blog biosphere…

Tous nos articles de février 2026 Lire la suite »

Tous nos articles de janvier 2026

Voici notre récapitulatif de janvier

cliquez à votre convenance

analyse structurelle

Décroissance, mot nécessaire et indicible

action écologique

La rupture écologique est possible, comment ?

Isabelle Autissier, le combat nourrit l’espoir

Nobel de l’écologie, la mycologue Toby Kiers

Francis Hallé, voyage à la cime des arbres

Faut-il avoir peur de la nature ? (François Terrasson)

Mercosur, les écologistes disent NON ! (peut-être)

détérioration planétaire

PNUE, tout ce qu’il rapporte effraie

« faillite hydrique », le monde entier a soif

Zizanie politique sur le pétrole ultra-marin

ZFE, la zone des frénétiques écolos

détechnologisation

À limiter : l’IA qui dévore la planète

décarbonation

Taxe carbone, un vrai serpent de mer

Accès à l’énergie et guerres du pétrole

Guerre du pétrole, réalité et faux semblants

L’extractiviste Trump veut le pétrole de Maduro

TRUMP, extractiviste notoire de la finitude

À qui appartient le pétrole ? Pas à Trump !

démilitarisation

ONG humanitaires et recherche de la paix

Patriotisme et Nationalisme va-t-en-guerre

Marine Tondelier, une écologiste va-t-en-guerre

dépopulation

La population mondiale au 1er janvier 2026

Besoin d’être ou d’êtres (moins) nombreux ?

MALTHUS, un incontournable penseur de la finitude

Dictature et natalisme en Hongrie

Seule avec mon chat, pourquoi faire un gosse ?

Le pentobarbital bientôt en vente libre

changeons d’imaginaire social

L’éducation, nourrir, conduire vers, élever

Savoir et pouvoir sont dans un bateau…

Nous ne croyons que ce que nous voulons croire

De nouveaux mots expriment notre désarroi

Contre les pratiques culturelles actuelles

Des-informations

Un climato-sceptique peut-il s’exprimer librement ?

Les réseaux sociaux, niet, à supprimer

Trophée Jules-Verne, un exploit pour rien

N’hésitez pas à mettre un ou plusieurs commentaires sur nos articles,

la formation de l’intelligence collective est l’affaire de tous.

Pour échanger ou abonner une connaissance

biosphere@ouvaton.org

Merci de votre attention…

et faites connaître notre blog biosphere…

Tous nos articles de janvier 2026 Lire la suite »

Récapitulatif de nos articles, décembre 2025

La libre circulation des idées est essentielle à la démocratie…

Tous les liens vers nos articles de décembre 2025,

cliquez à votre convenance

analyse structurelle

Un langage commun grâce à ce blog biosphere

action écologique

Mort de Brigitte Bardot, quel est son message ? (antispéciste)

Faisons des cadeaux à Casseurs de pub

Faisons des cadeaux à FNE

Faisons des cadeaux à Reporterre

Faisons des cadeaux à Zero Waste

Faisons des cadeaux à la FEP

Malala Yousafzai, résister n’a ni âge, ni sexe

dénaturation

Regards croisés sur la mort des loups

Glyphosate : l’agrochimie nous ment

L’Union européenne, une dérive fascisante

Trump : les volcans réchauffent la Terre

Écologie, le ministère de l’impossible

détérioration planétaire

Global Environment Outlook 2025

Bientôt plus de neige pour skier

La Snanc, serpent de mer de la politique (stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat)

détechnologisation

Faisons des cadeaux à Sciences Citoyennes

Grok, une redoutable machine à désinformer

IA. Aucune différence entre le bien et le mal

Comment vivre sans les réseaux sociaux ?

Fin de la conversation, dictature en route !

Bolloré attaqué par Emmanuel Macron

démilitarisation

Jésus, loué soit son pacifisme

Léon Tolstoï, la non-violence en 1893

Adlous Huxley, un pacifiste en 1937

La France veut financer la prochaine guerre

Delphine Batho augmente les dépenses militaires

Le MAN contre le Service national « volontaire »

Pour la suppression du service militaire

Maudite soit la guerre (Pierre Douillard-Lefèvre)

Macron veut un porte-avion pour son Noël

Pour Poutine, peu importe le nombre de morts

Militarisation des enfants en Ukraine (occupée)

dépopulation

La France, un solde naturel négatif !

Faisons des cadeaux à Démographie Responsable

Faisons des cadeaux à l’ADMD

Une frontière doit être ouverte ou fermée

IMMIGRATION : un monde sans frontières ?

La gauche face aux problèmes de l’immigration (en Suède)

La question migratoire niée par la gauche (en France)

Olivier Rey, un anti-malthusien paradoxal

changeons d’imaginaire social

Laïcité, la loi du 9 décembre 1905

Peut-on considérer que la nature, c’est Dieu ?

Pas de cadeaux à Noël, c’est une évidence

Léon XIV ne change pas son credo

Faits conjoncturels

Donald Trump a un gros gros gosplan

JO2030. La loi olympique en dehors de la loi

Prostitution, l’avis du Rassemblement national

N’hésitez pas à mettre un ou plusieurs commentaires sur nos articles,

la formation de l’intelligence collective est l’affaire de tous.

Pour échanger ou abonner une connaissance

biosphere@ouvaton.org

Merci de votre attention…

et faites connaître notre blog biosphere…

Récapitulatif de nos articles, décembre 2025 Lire la suite »

Faisons des cadeaux à Reporterre

On ne va pas vous le cacher : à Reporterre, nous sommes inquiets. Les gouvernements se succèdent, la confiance s’effrite, le débat public se durcit. Et pendant ce temps, l’écologie subit un recul inquiétant. Le vent peut tourner très vite.  Et partout où l’extrême droite arrive au pouvoir, les médias indépendants en sortent rarement indemnes.

Mais au milieu de la tempête, Reporterre garde le cap.

Nous refusons de céder au sensationnalisme, à la panique et aux raccourcis.

Chaque jour, nous enquêtons, nous expliquons, nous documentons avec une ligne claire : informer plutôt qu’enflammer les esprits.

Nous documentons ce qui menace, mais aussi ce qui avance : les luttes environnementales, les alternatives, les territoires qui inventent déjà d’autres façons de vivre.

Et si nous pouvons le faire, c’est grâce à un modèle rare en France.

Chez Reporterre, il n’y a ni actionnaire, ni propriétaire milliardaire. Nous sommes financés à 98% par 1,6% de nos lectrices et lecteurs.

Concrètement, ça veut dire que :

  • Personne ne modifie ce que nous publions.
  • Nous ne cherchons pas à capter votre attention mais à traiter les sujets qui la méritent.
  • Tous nos articles sont en accès libre pour toutes et tous, sans conditions de ressources.

Dans un monde où l’écologie est marginalisée, où la liberté de la presse se réduit et la démocratie vacille, l’information indépendante est une condition essentielle du débat public. 

Et c’est grâce à vous qu’elle peut exister.

👉 Un don d’1€, c’est déjà un geste fort.
👉 Un soutien mensuel nous permet d’investir, de financer des enquêtes, de penser dans la durée.

En échange de votre don, pas de t-shirt, pas d’articles réservés.
Mais un journalisme libre, rigoureux et accessible à tous, toujours.

Et ça vous prendra moins de 2 minutes.

Je soutiens Reporterre

Faisons des cadeaux à Reporterre Lire la suite »

Escher, un « mathémagicien »

LE MONDE nous présente ce 9 décembre quelques tableaux de Maurits Cornelis Escher (1898-1972) qui fit exploser la vision classique de l’espace.

https://www.lemonde.fr/culture/article/2025/12/09/escher-un-mathemagicien-remis-en-perspective-a-la-monnaie-de-paris_6656664_3246.html

Nous aimons bien le tableau ci-dessous que nous pourrions intituler sans dessus dessous et qui présente, d’une autre manière que la nôtre sur ce blog, la difficulté d’aller dans le bon sens…

 

 

Escher, un « mathémagicien » Lire la suite »