pacifisme

Pour la suppression du service militaire

L’Allemagne instaure un service militaire volontaire.

Les jeunes Allemands manifestent leur désaccord.

Elsa Conesa : Quand la France relance tout juste l’idée d’un retour du service militaire, le Bundestag allemand en a acté formellement le rétablissement le 5 décembre 2025 par un vote définitif (323 pour, 272 contre). Un service volontaire, du moins dans un premier temps. Un recensement de toute la population éligible sera fait dès janvier 2026 : les jeunes Allemands, hommes et femmes, nés en 2008 recevront un questionnaire de la Bundeswehr, auquel seuls les hommes auront l’obligation de répondre, une révision constitutionnelle étant nécessaire pour que celle-ci s’étende aux femmes. L’Allemagne avait suspendu la conscription en 2011.

– La Bundeswehr espère être en mesure de recruter 20 000 volontaires dès la première année, puis 40 000 par an en 2031. De son côté, la France veut parvenir à en attirer 10 000 en 2030 et 50 000 en 2035.

– Pour rendre attractif le nouveau service militaire, qui doit durer au minimum six mois, les volontaires allemands seront rémunérés 2 600 euros brut par mois. La France, où le service doit durer dix mois, est nettement moins généreuse : les volontaires percevront 800 euros par mois.

– Le Bundestag peut ainsi décider à la majorité simple de rendre le service obligatoire pour les hommes si les objectifs de recrutement ne sont pas atteints, ou si les circonstances le nécessitent. La France n’en fait pour l’heure pas mention.

– Là où le sujet a fait l’objet d’un débat prolongé en Allemagne, s’achevant sur une solution de compromis, en France l’annonce a précédé le débat.

– Point d’allusion en Allemagne à « l’esprit de discipline » vanté par Emmanuel Macron, encore moins au « maniement des armes, à la marche au pas, au chant, à l’ensemble des rituels qui nourrissent la fraternité de nos armées et concourent à la grandeur de la nation » célébrés par le président français.

Le point de vue des écologistes pacifistes

Il est toujours possible pour les jeunes Allemands de faire en temps de paix une demande pour obtenir le statut d’objecteur de conscience. « Nul ne peut être contraint d’accomplir contre sa conscience un service militaire armé », déclare l’article 4 de la Constitution allemande. Face à la menace russe et à la perspective d’un retour au service militaire obligatoire, de plus en plus de jeunes entreprennent les démarches nécessaires pour devenir objecteur de conscience. 2500 dossiers ont été déposés entre 2012 et 2021 à travers le pays, contre 5600 demandes depuis l’invasion de l’Ukraine en 2022, soit le double en trois ans à peine. En Allemagne, obtenir le statut d’objecteur de conscience passe par une procédure administrative très encadrée. La décision finale d’accorder ou non ce statut revient au ministère de la Famille, après avis de l’armée. Il faut qu’on puisse identifier quel cas de conscience est provoqué par le fait de faire la guerre et se poserait à la personne qui veut devenir objecteur de conscience. Il faut vraiment que le demandeur se confronte en profondeur à la question ; écrire trois lignes ne suffit pas.

En France, il serait possible pour les jeunes qui participent à la Journée Défense Citoyenneté obligatoire de se déclarer objecteur de conscience jour-là. Pour des prétextes de suspension du service militaire obligatoire, l’administration interdit une telle déclaration ce jour-là. Or suspension ne veut pas dire suppression ; la conscription peut toujours revenir « en cas d’urgence ». C’est pourquoi un tel interdit est contraire au statut légal en France de l’objection de conscience et aux droits internationaux à la liberté de conscience. Rappelons que si tous les humains se déclaraient objecteurs de conscience, il n’y aurait plus d’armée, il n’y aurait plus de guerre.

Le point de vue des jeunes Allemands

Après la grève pour le climat, la grève contre la militarisation. À Berlin, des milliers d’étudiants ont participé le 5 décembre 2025 à la grève scolaire nationale contre le service militaire obligatoire. Les élèves ont fait preuve de grandes capacités d’analyse. Ils ont clairement exprimé qu’ils percevaient la situation de menace comme fabriquée. Cela témoigne chez eux d’une meilleure clairvoyance que les articles des grands médias. Les élèves grévistes ont en outre souligné qu’ils ne se sentaient absolument pas tenus par une quelconque « obligation morale » de « défendre » un pays qui ne leur réserve rien d’autre que des déceptions et des injustices sociales.

https://www.pressenza.com/fr/2025/12/greve-scolaire-a-berlin-votre-devoir-notre-mort/

Des milliers d’étudiants ont débrayé dans toute l’Allemagne pour protester contre une nouvelle loi imposant des examens médicaux et des questionnaires obligatoires aux hommes de 18 ans. L’initiative « Grève scolaire contre le service militaire » a organisé des manifestations dans plus de 90 villes, dont Hambourg, Bochum, Bielefeld, Münster, Cologne, Düsseldorf et Stuttgart avec ce genre de slogans : « Notre avenir nous appartient » et « Nous décidons nous-mêmes ».

https://www.trtfrancais.com/article/29acd7c90b10

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Militarisation des enfants en Ukraine

Faustine Vincent : Depuis l’invasion russe à grande échelle le 24 février 2022, les écoles dans les territoires occupés d’Ukraine sont devenues des « espaces de militarisation et de propagande, où les enfants apprennent dès leur plus jeune âge la loyauté envers le pays occupant, le culte de l’armée et la perception de l’Ukraine et de l’Occident comme des ennemis ». Chaque matin, les enfants hissent le drapeau russe et chantent l’hymne russe avant les cours. Des leçons hebdomadaires d’« éducation patriotique » ont été introduites dès l’école primaire. Les enfants sont rassemblés pour des « heures éducatives » où des « vétérans de l’opération militaire spéciale » sont invités à parler de leur parcours de soldat. De nouveaux cours ont été introduits, appelés « Leçons de courage », « Fondamentaux de la sécurité et de la défense de la patrie » et « Journée de la réunification », dans lesquels la Russie est présentée comme un « noyau civilisationnel » menant une « guerre sacrée contre l’Occident et le nazisme ukrainien ». L’histoire y est désormais enseignée selon la perspective du Kremlin : « Glorification des exploits russes, négation de l’Etat ukrainien, et thèse de la “libération du nazisme”. »

Pour obliger les enfants à suivre ces programmes, la Russie recourt à un « système de dénonciations, d’intimidations et de mesures punitives ». « Dans ces conditions, la loyauté envers le régime devient pour eux une question de survie. » Les enseignants qui refusent de passer aux normes russes sont, quant à eux, « licenciés, expulsés, arrêtés, voire torturés ». La zombification des enfants a atteint son niveau maximal. L’Ukraine estime à 1,6 million le nombre d’enfants piégés dans ces territoires qui représentent 20 % du territoire ukrainien.

Michel Sourrouille : Depuis son arrivée au pouvoir et la transformation du ministère de la défense en ministère des armées en 2017, Macron suit la même voix que Poutine. Le Journée défense citoyenneté a été militarisée depuis septembre 2025, il est interdit de se déclarer objecteur de conscience, on s’engage récemment sur l’élargissement du service militaire, chanter la marseillaise est obligatoire dans les écoles, le drapeau bleu blanc rouge est incritiquable, on augmente démesurément le budget militaire, on se prépare à la guerre (contre la Russie?), etc.

Dans ce contexte, la droite à la Bolloré en rajoute et le mythe de la patrie éternelle connaît de beaux jours sur CNews. Même le parti qui se dit « Les écologistes » oublie ses fondements non-violents. Une récente « commission Défense » court-circuite la traditionnelle commission « Paix&Désarmement » pour mener le parti dans la lignée du complexe militaro-industriel, y compris au niveau du nucléaire militaire.

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La France veut financer la prochaine guerre

Une hausse des crédits pour les armées est approuvée le 10 décembre 2025 par l’Assemblée lors d’un vote symbolique

Dans le projet de loi de finances (PLF) 2026, la défense est le seul budget en hausse significative (+ 6,7 milliards d’euros), passant de 50,5 milliards d’euros de dépenses hors pensions en 2025 à 57,2 milliards l’an prochain. Seulement 88 députés ont refusé le principe de l’augmentation du budget de la défense. Quelques détails ci-dessous.

https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/scrutins/4698

Pour l’adoption : 411

Contre : 88

Abstention : 22

Écologiste et Social

  • Pour : 3
  • Contre : 4
  • Abstention : 22

La France insoumise – Nouveau Front Populaire

  • Contre : 71

Gauche Démocrate et Républicaine

  • Contre : 12

L’analyse du scrutin

Dans un contexte de déficit abyssal de la France tant au niveau, il est paradoxal de vouloir dépenser toujours plus pour la dépense avec laquelle on pourrait faire le plus d’économies, la défense nationale. Les socialistes ont pourtant été quasi-unanimes (68 pour, 1 contre) pour joindre leurs votes à la droite et à l’extrême droite. Du côté des écologistes, l’abstention est massive (22 voix). Voici ceux qui ont pris partie :

3 sont pour augmenter les dépenses militaires : Mme Delphine Batho ; M. Jérémie Iordanoff ; M. Benjamin Lucas-Lundy

4 Contre : Mme Clémentine Autain ; M. Hendrik Davi ; Mme Sandrine Rousseau ; Mme Danielle Simonnet

Les considérations du gouvernement

Le premier ministre, Sébastien Lecornu, s’est exprimé le 10 décembre juste avant le vote: « Le gouvernement vous demande de débattre et de voter pour approuver ou non le principe, je dis bien le principe, d’une augmentation du budget de la défense pour soutenir une montée en puissance plus rapide de nos forces armées dès 2026. Le budget de la défense est un sujet qui peut nous rassembler. Nous devons donner aux armées de la France les moyens d’assumer son rôle de grande puissance, de garantir notre sécurité et de défendre nos intérêts partout sur la planète. La dégradation de l’environnement sécuritaire s’est accélérée avec le retour des guerres de haute intensité et l’incertitude que connaît la relation transatlantique. Les crédits prévus pour 2026 pour les armées : un demi-milliard d’euros de commandes de munitions supplémentaires, le lancement d’une filière industrielle de production de drones pour 150 millions d’euros , l’achat de radars et de brouilleurs contre les missiles longue portée mais aussi contre les drones. »

Notre commentaire

Les gouvernements n’hésitent pas à faire peur pour nourrir leur complexe militaro-industriel. Le discours de Lecornu, ancien ministre des armées, cela ressemble à la menace d’armes de destruction massive qui auraient été détenues par Saddam Hussein, ce qui a justifié l’intervention des Etats-Unis en Irak : un mensonge qui a mis la région à feu et à sang et a accéléré le mouvement terroriste international.

Sébastien Lecornu veut nous faire croire à des guerres de haute intensité alors que nos pays développé rassemblés en diverses Unions ne risquent absolument rien contrairement à des pays comme le Soudan. Avec le terrorisme, nous avons affaire à des ennemis insaisissables qui ne nécessitent pas la multiplication des bataillons. Quand Hollande a voulu intervenir avec l’armée au Mali, nous avons vu le résultat, négatif. L’armée ne garantit pas notre sécurité face à des menaces non conventionnelles.

Quant à décréter que la puissance d’un pays se mesure à la force des armées, cela devient ridicule à l’heure de la mondialisation des échange commerciaux et du nivellement des comportements culturels par la communication numérique. Il faut reconnaître que c’est l’ONU qui représente une force de paix, pas la multiplication des blocs armés.

Le plus significatif dans l’exposé du premier ministre, c’est que pour combattre la menace des drones, il faut construire des drones. Ne pas s’apercevoir que c’est là un cercle vicieux fait affront à intelligence humaine. Il est vrai que Lecornu fait du Trump : « L’Amérique a besoin d’une mobilisation nationale pour innover en matière de défenses puissantes à faible coût comme les drones. » Ce discours de montée constante en puissance contre des ennemis potentiels qui s’arment avec de armes toujours plus puissantes, c’est le même raisonnement que pour la dissuasion nucléaire : on construit une bombe, les autres en fabriquent plusieurs, et donc nous en voulons une encore plus grosse, ce qui incite à l’escalade jusqu’à avoir assez de bombes pour pouvoir produire plusieurs hivers nucléaires.

En d’autres termes, que des écologistes s’abstiennent quand on leur demande leur avis sur l’accroissement des dépenses militaires, c’est faire injure à la charte internationale des Vert: « Nous déclarons notre engagement en faveur la non-violence et nous nous efforçons de créer une culture de paix et de coopération entre les États, au sein des sociétés et entre les individus pour en faire le fondement de la sécurité mondiale. »

Terminons par une observation sur une figure politique qui a fait de la décroissance économique son slogan de campagne et qui a voté le 10 décembre pour la croissance des dépenses militaires : Delphine Batho. Carton rouge !

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Prostitution, l’avis du Rassemblement national

Il n’y a prostitution que parce qu’il y a frustration. Si les humains passaient plus de temps à faire l’amour comme les Bonobos, sans esprit de conquête et chaque fois qu’il faut réduire les tensions sociales, sans doute n’y aurait-il plus de prostitution (ni même de guerres). En attendant la France affiche sa volonté d’abolir la prostitution, une ligne critiquée par ceux qui préfèrent encadrer cette pratique. Ainsi la pénalisation des clients a aggravé la situation des prostituées, estime le député RN Jean-Philippe Tanguy.

Article du MONDE : Fermées par la loi Marthe Richard en 1946, les maisons closes vont-elles rouvrir si Marine Le Pen ou Jordan Bardella arrive au pouvoir ? Le Rassemblement national (RN) travaille en tous les cas sur le sujet. « Je vais proposer la réouverture des maisons closes, mais tenues par les prostituées elles-mêmes, en mode coopératif », a récemment glissé le député de la Somme Jean-Philippe Tanguy. Pas question pour le RN que les travailleurs et travailleuses du sexe se retrouvent sous le joug de proxénètes.

– En 2016, sous François Hollande, une loi a abrogé le délit de racolage public. Elle pénalise les clients, prévoit un parcours de sortie de la prostitution avec un dispositif d’accompagnement social et ouvre l’accès à un titre de séjour, ce qui déplaît singulièrement à l’extrême droite. L’interdiction d’achat d’acte sexuel, qui place désormais les clients sous la menace d’une sanction pénale, contraint les prostituées à se cacher, à pratiquer dans des conditions sordides. Lors de la loi sur la pénalisation des clients, Marine Le Pen avait mis en garde contre « une idée stupide » risquant d’apporter « un surcroît de danger ».

– En octobre 2024, Philippe Juvin, député Les Républicains et rapporteur général du budget, avait rédigé une proposition de loi « visant à sécuriser les droits des personnes qui se prostituent pour garantir un exercice plus sûr ». Lui non plus ne souscrit pas à la thèse abolitionniste : « Comme si on pouvait abolir le plus vieux métier du monde… » Il soutient la possibilité de se prostituer au nom de la liberté d’entreprendre. Depuis 2024 en Belgique, les prostitués peuvent y exercer en tant qu’employés sous un contrat de travail, mais le proxénétisme et la prostitution contrainte sont interdites.

Quelques éléments du débat

– Pour moi la prostitution était un esclavage dont le client est le complice jusqu’au jour où une prostituée très gentille m’a permis d’avoir ma première relation sexuelle complète (après bien des échecs relationnels dans une société de tabous). La prostitution n’est le mal que par son assujettissement au règne de l’argent, mais alors tout l’économie marchande appartient au domaine de la prostitution : le travailleur ne vend pas que son corps, il vend tout le reste.

L’idée que la prostitution puisse être considérée comme une activité ordinaire semble logique. En fait il s’agit concrètement de thérapeutes sexuels qui mettent en pratique leur idées. Et les proxénètes disparaîtront quand des femmes et des hommes pourront exercer librement et légalement leur métier. Dans une société où beaucoup de monde se prostitue en exerçant des boulots indignes comme cadre dans des entreprises destructrices de l’environnement ou comme soldat dont le seul objectif est de tuer des gens, un hymne à l’amour nous semble indispensable.

– Il est évident que l’état actuel du droit français en la matière est d’une hypocrisie stupéfiante. S’agissant d’un commerce puisqu’il y a échange d’un service contre rémunération, c’est le seul où l’offre est autorisée et la demande interdite et réprimée. Une telle confusion intellectuelle de la gauche socialiste ne réjouissait que les bigots et les bigotes de tous bords.

Il existe des savoirs faire en matière sexuelle, comme dans les autres métiers. Il y a indéniablement des personnes qui savent mieux faire que d’autres, qui savent donner du plaisir, il y a des actes qui sont plus psychologiques que d’autres… Si cela devenait un métier, il ne serait pas choquant qu’il existe une formation ad hoc !

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Prostitution, un cas de discrimination (juin 2023)

extraits : Selon le discours des Verts français, « La prostitution n’est pas un élément naturellement constitutif de la vie en société. » C’est vrai, la sexualité tarifée relève du culturel. Mais la sexualité ordinaire aussi. Il n’y a donc aucune règle définitive qui puisse nous permettre de privilégier a priori la répression totale de la prostitution ou la légalisation intégrale des travailleurs du sexe. Le 1er juin 2022, la Belgique est devenue le premier pays européen et le deuxième au monde, après la Nouvelle-Zélande en 2003, à décriminaliser la prostitution. La fin d’une zone grise pour les quelque 6 000 travailleurs du sexe du royaume. La loi leur confère dorénavant des droits sociaux, au même titre que n’importe quel travailleur indépendant : assurance-maladie, congé maternité, assurance-chômage, etc…

La Belgique décriminalise la prostitution (juin 2022)

extraits : Les travailleurs et travailleuses du sexe (TDS) vivent une révolution depuis le 1er juin 2022. Une loi votée en mars leur permet de sortir de voir leur activité décriminalisée. Les prostitués (femmes dans une proportion de 95 %) auront les mêmes droits que les autres travailleurs indépendants, dont celui de bénéficier de la sécurité sociale, du chômage, de l’accès aux soins, d’un congé maternité, etc. Et tous les tiers qui soutiennent leur activité ne peuvent plus être poursuivis, sauf en cas de profit anormal. La réforme est accompagnée d’une répression plus sévère du proxénétisme et des abus sexuels. Le concept de consentement est précisé : sans consentement explicite d’une personne, tout rapport sexuel avec elle sera punissable. L’âge de la majorité sexuelle (16 ans) ne change pas…

La prostitution est un boulot comme un autre (avril 2021)

extraits : La loi de 2016 a réussi à imposer aux prostituées et à leurs clients une conception paternaliste selon laquelle la prostituée est une victime à protéger des clients, mais aussi d’elle-même puisqu’on ne peut consentir à la prostitution sous peine de compromettre sa propre dignité humaine. Or, comme tout travail, la prostitution peut être libre ou subie ; le seul moyen efficace de mettre fin à la contrainte d’un supposé « système prostitutionnel » est de rendre les prostitués, hommes et femmes, libres de leur force de travail… La reconnaissance légale du service sexuel constitue la consécration du principe de la liberté de disposer de son corps et permet de mieux combattre la prostitution forcée et surtout celle des mineurs, d’éliminer les situations d’abus et d’assurer des conditions dignes de travail aux prostituées en matière de sécurité et de santé…

l’écologie face aux abolitionnistes de la prostitution (2013)

extraits : D’illustres membres d’Europe Ecologie Les Verts, Jean-Vincent Placé et Dominique Voynet, signent en 2013 une tribune avec des représentatn-e-s de tous les partis. Il s’engagent dans la « construction d’une société libérée de la violence que constitue la prostitution ». Ils soutiennent donc un projet de loi qui pénalisera les clients des prostitué-e-s, l’amende pouvant aller jusqu’à 1500 euros. La responsable des femmes du parti des Verts en Allemagne prône au contraire le maintien de la légalisation de la prostitution : « Toutes les personnes qui travaillant dans le secteur des services sexuels ne sont pas forcées de se prostituer. Certains travaillent dans l’industrie du sexe de leur plein gré. Faire de toutes ces personnes des victimes et les comparer à des esclaves n’est pas rendre justice aux femmes et c’est ignorer la réalité. »…

BONUS : Faire l’amour en public, est-ce écologique ?

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IPP – Colloque Le pacifisme au XXIe siècle

Dijon, Université de Bourgogne – 14 et 15 novembre 2024

Contribution d’Alain REFALO

Porte-parole du Mouvement pour une Alternative Non-violente (MAN)

Pacifisme et non-violence

Introduction

Vouloir traiter des liens entre pacifisme et non-violence, c’est s’interroger sur ce qui les différencie et sur ce qui les rapproche. Mon propos ne sera pas neutre, ni distant, puisque je parle à partir de la grille de lecture de la non-violence politique.

Dans cette contribution, je commencerai par préciser ce que la non-violence peut dire de deux notions qui sont au cœur de notre sujet : la guerre et la paix. C’est à partir de ces prémices qu’il me semble possible d’articuler une réflexion sur le pacifisme et la non-violence.

Dans un deuxième temps, je soulignerai, toujours du point de vue de la non-violence, quelles sont les limites du pacifisme traditionnel et pourquoi il n’a pas toujours été en mesure d’avoir une prise sur les événements.

Puis, j’élargirai mon propos en développant ce que j’appellerai les rapports contrariés entre le pacifisme et la non-violence, d’une part en convoquant le positionnement de quelques personnages historiques, et d’autre part en montrant que le refus de la guerre doit s’accompagner de la recherche d’une alternative à la guerre.

Enfin, je terminerai par quelques pistes pour rapprocher les deux notions et explorer ce que pourrait être un « pacifisme non-violent » pour notre siècle.

De la guerre et de la paix

Première réflexion : La guerre n’est pas la continuation de la politique par d’autres moyens, elle constitue une rupture avec les moyens classiques de la politique, à savoir le dialogue, la négociation, la gestion pacifique des conflits de lacité. La politique en démocratie, tant par ses moyens que par ses fins, est opposée au recours à la violence, puisque la violence signifie l’échec de la politique. Le but du politique est bien de concourir à la pacification de la vie en société. Ainsi, les lois de la guerre et celles de la politique sont antinomiques. A partir du moment où la guerre est déclarée, la politique s’interrompt et nous entrons dans le règne de la violence instrumentale des moyens de la guerre.

Deuxième réflexion : Il n’existe pas de « guerre juste ». La cause qui justifie la guerre peut être juste, mais les moyens de la guerre, c’est-à-dire les destructions, les bombardements de civils, le déchaînement des armes meurtrières toujours plus sophistiquées et puissantes, tous ces moyens ne sont jamais justes, car ils sèment la terreur, la désolation, la mort avec des victimes toujours plus nombreuses. Le concept de « guerre juste » ne peut avoir sa place que dans une culture de la violence qui considère que tous les moyens sont bons, légitimes et nécessaires pour atteindre un objectif, pour défendre une cause, qu’elle s’appelle la patrie, la démocratie, ou même la paix. La guerre est une folie meurtrière, un

immense malheur, une tragédie irréparable que rien ne peut justifier.

Troisième réflexion : la guerre rime avec déshumanisation. La guerre entraîne aussi une forme de déshumanisation des soldats enrôlés, entraînés, instrumentalisés pour commettre des actes qu’en temps normal la raison réprouve. On pense faire la guerre pour défendre une noble cause, mais dans les faits on tue, on massacre, et on finit par s’y habituer. On ne sort pas indemne de la violence que l’on inflige aux autres pendant la guerre. Combien de soldats revenus de la guerre désormais incapables de mener une vie normale du fait de symptômes post-traumatiques ou/et de blessures physiques définitives ? Et combien de suicides ? La guerre est illégitime car elle est contraire à la nature profonde de l’homme. Elle est un suicide collectif.

Quatrième réflexion : La paix n’est pas le contraire de la guerre, elle n’est pas un état de « non guerre ». La paix est un accord entre deux parties pour cesser les hostilités et définir les modalités d’une coexistence commune pacifique. Fondamentalement, la paix n’est pas un état, mais une action constructive qui relève de la volonté humaine. La paix est toujours fragile et nécessite une vigilance et une action résolue pour prévenir les risques de guerre.

Cinquième réflexion : La paix a besoin de la justice. L’absence de guerre n’est pas suffisante pour être en paix. Dans un régime totalitaire, la « paix » et « l’ordre » règnent, mais l’injustice et l’oppression sont la norme. Ce qui porte atteinte à la paix, c’est précisément tout ce qui porte atteinte à la dignité humaine. Pas de paix sans justice. La première tâche d’une politique de paix, c’est d’instaurer la justice par le biais d’institutions démocratiques qui garantissent l’égalité des droits et le respect des libertés.

Sixième réflexion : La paix est un combat. La paix dans la justice et la liberté, si elle est un droit de la personne humaine, sera toujours un droit à conquérir, tant les valeurs qui la fondent sont fragiles et sont mises en cause par des idéologies de la violence, de l’exclusion, de la discrimination qui continuent à prospérer. Le combat pour la paix est un éternel combat.

Les insuffisances du pacifisme traditionnel

Ces premières réflexions et définitions sur la guerre et la paix, du point de vue de la grille de lecture de la non-violence, nous amènent à pointer du doigt les insuffisances du pacifisme « traditionnel », qu’il soit « absolu » ou « conditionnel ».

Lorsque les partisans du pacifisme considèrent que la guerre est le plus grand des maux, ils risquent de concevoir la paix, en tant qu’absence de guerre, comme un absolu. Ce faisant, ils pourraient s’accommoder d’une paix sans justice et sans liberté. Le pacifisme absolu s’enferme alors dans une posture moraliste, dénonçant certes avec raison les horreurs de la guerre, mais sans prise sur les événements. Il prête ainsi le flanc à la critique de ceux qui considèrent les pacifistes comme des utopistes dangereux qui cautionnent les oppressions et les injustices. Un autre élément de faiblesse du pacifisme est de considérer que les armées et les armements sont les premiers facteurs de guerre, oubliant que ce sont les idéologies nationalistes, religieuses, impérialistes et capitalistes, principalement, qui sont sources de guerre. Le désarmement, s’il est souhaitable pour abaisser les tensions et les risques de guerre, n’est pas suffisant pour éradiquer la guerre de l’histoire. Il importe de s’attaquer aux racines de l’émergence des guerres.

Le pacifisme « conditionnel », tout en condamnant la guerre, considère qu’il existe des situations historiques où la nécessité de la guerre s’impose pour résister à une agression extérieure. Ce pacifisme là est proche de la doctrine de la « guerre juste », au nom de la défense de la cause juste. Les tenants de ce pacifisme auront alors bien du mal à faire comprendre que le recours à la guerre est un moindre mal, alors que les arguments pour combattre le mal de la guerre ont été auparavant déployés avec vigueur.

Qu’il soit « absolu » ou « conditionnel », le pacifisme procède trop souvent d’une vision idéaliste de l’histoire. En faisant l’éloge du droit, du dialogue, de la confiance, de l’amitié et de la réconciliation entre les peuples pour résoudre les conflits internationaux, le discours pacifiste semble ignorer les rapports de force qui régissent les conflits.

La grande faiblesse du pacifisme, malgré ses mérites et ses vertus, est de ne pas proposer d’alternatives pour défendre la liberté et la justice lors des conflits. Le pacifisme traditionnel a ainsi été dans l’incapacité d’avoir une réelle prise sur les événements. Et il s’est retrouvé largement stigmatisé par l’idéologie dominante, mais aussi par des philosophes, et non des moindres, comme Simone Weil. Les partisans du militarisme utilisent d’ailleurs souvent les accords de Munich de 1938 comme insulte suprême pour dénigrer ceux qui défendent le non recours à l’escalade militaire. Tout débat est alors bloqué.

Les rapports contrariés entre le pacifisme et la non-violence

J’en viens maintenant à ce que j’appelle, les rapports contrariés entre le pacifisme et la non-violence, même si les premières réflexions montrent déjà des nuances et des différences entre les deux notions. Il est un fait que le pacifisme et la non-violence ont rarement fait cause commune. L’histoire nous apporte quelques éléments de réponse.

Si nous écoutons le fondateur de la non-violence contemporaine, Gandhi, on pourrait le classer dans la catégorie des « pacifistes conditionnels ». Lorsque Gandhi écrit qu’il préférerait que l’Inde eut recours aux armes contre l’empire britannique plutôt que de voir son peuple humilié et martyrisé sans réagir, il cautionne une forme de « guerre juste ». « Si le choix n’était qu’entre la violence et la lâcheté, dit encore Gandhi, je conseillerais la violence ». Toutefois, on oublie trop souvent la suite de sa réflexion : « Mais je n’en crois pas moins que la non-violence est supérieure à la violence ». Et tout le mérite de Gandhi a été justement de montrer qu’il existait une alternative non-violente à la résistance armée et à la guerre de libération. Ce qui est certain, c’est que Gandhi récuse tout pacifisme absolu. Lui- même a d’ailleurs participé à plusieurs conflits armés sans être toutefois un combattant. Il a constitué une unité d’ambulanciers qui a aidé les Britanniques dans la guerre des Boers (1899-1902) ; en 1918, il a soutenu l’Angleterre en organisant une campagne de recrutement pour l’armée indienne ; enfin, même s’il a condamné les Accords de Munich et le recours à la guerre au nom du principe de non-violence, il a tout fait pour éviter de gêner l’effort de guerre britannique contre Hitler entre 1939 et 1942.

Un autre repère historique est Romain Rolland. Comme vous le savez, il a été l’un des plus fervent défenseur de la cause de la paix en 1914 et est devenu de ce fait l’une des plus importantes personnalités pacifistes de son époque. Lorsqu’il se met à l’écoute de Gandhi, en 1924, et qu’il publie une biographie du leader indien, Romain Rolland s’attache à distinguer la non-violence du pacifisme. Du moins, Romain Rolland veut se démarquer d’un certain pacifisme qui ignore la réalité des conflits, ce qu’il appelle le « pacifisme passif », pour mieux faire valoir la force de l’action non-violente, qui est tout le contraire de la passivité. Cependant, et nous sommes au cœur des dilemmes qui ont souvent traversé les militants de la non-violence dans l’histoire, Romain Rolland constate, dans les années 30, que l’Europe n’a pas voulu prêter attention à cette forme nouvelle de combat (et à cet égard, il en veut à ses amis pacifistes). Il affirme alors que l’Europe se trouve à ce moment-là dans la nécessité de tout faire pour combattre le fascisme et le nazisme. A regrets, et tout en gardant la non-violence de Gandhi en haute estime, il considère que l’Europe n’a pas d’autres choix que les moyens de la violence et la guerre pour lutter contre l’impérialisme et le fascisme.

Ce dilemme demeure encore aujourd’hui. Lorsque les États investissent dans les seuls moyens de la violence armée et de la guerre pour protéger la nation d’une agression extérieure, seuls ces moyens sont opérationnels quand l’agression survient. Le militant pacifiste et le militant non-violent sont alors tous les deux confrontés à une tension morale extrême issue de ce dilemme : soit soutenir la guerre pour ne pas cautionner une injustice, mais au risque de trahir ses propres valeurs et convictions, pacifistes ou non-violentes ; soit refuser le choix de la guerre sans avoir la possibilité de soutenir une alternative opérationnelle pour combattre efficacement l’agression, et ce faisant se sentir moralement complice d’une injustice flagrante. C’est dans ce dilemme que nous sommes actuellement, notamment par rapport à la guerre en Ukraine.

Dans les rapports contrariés entre la non-violence et le pacifisme, il y a une critique fondamentale émise par les partisans de la non-violence à l’encontre du pacifisme traditionnel. Cette critique peut se résumer en une formule : Les discours contre la guerre, les discours pour le désarmement, aussi nécessaires soient-ils, sont insuffisants et inopérants parce qu’ils oublient un point fondamental, à savoir que « la guerre ne mérite pas seulement une condamnation, elle exige une alternative » (Jean-Marie Muller)1. De la même manière que la non-violence, qui dit non à la violence, propose et met en œuvre des stratégies d’action non-violente pour lutter contre les injustices et les oppressions, le non à la guerre doit s’accompagner de la mise en œuvre d’« équivalents fonctionnels de la guerre » qui permettent aux peuples de résister contre les oppressions et aux nations de se défendre contre des agressions militaires.

La guerre nécessite une alternative

La philosophie politique de la non-violence estime en effet cohérent et responsable de penser et concevoir des alternatives opérationnelles et crédibles à la guerre classique pour défendre et promouvoir la paix dans la justice. Quelles sont ces alternatives ?

La première est ce que nous appelons la défense civile non-violente. Le militant de la non-violence soucieux de préserver et bâtir la paix avec des moyens justes a conscience qu’il ne peut se dérober face à ses responsabilités en matière de défense. Depuis les années 50, et pendant plus de quarante ans, de nombreux universitaires, mais aussi des militants de la non-violence, ont réalisé, à partir des études de cas de résistance civile dans l’histoire, des travaux de recherche sur une forme de défense alternative à la défense armée, basée sur les moyens de l’action non-violente. La défense civile non-violente est une politique de défense qui met en place et si besoin met en œuvre des moyens de résistance civile pour empêcher un agresseur éventuel d’atteindre ses objectifs militaires, politiques, idéologiques et économiques. Cette réflexion sur cette forme de défense, était en veille depuis le début des années 90, elle redevient d’actualité à la faveur de la guerre en Ukraine. Signalons que de nombreux gouvernements en Europe, dans les années 60, 70 et 80 se sont intéressés à la défense civile non-violente, ont commandé des études et ont envisagé de mettre en place des mesures de défense civile non-violente, en complément de la défense militaire.

La seconde alternative se nomme l’intervention civile de paix, qui a émergé depuis le début des années 90. Des groupes de civils non armés interviennent au sein de pays en conflit en mettant en œuvre, généralement sous mandat international, des missions et des actions d’observation, d’interposition, de médiation et de protection en vue de favoriser le dialogue entre les parties en conflit et de rétablir, sauvegarder ou maintenir la paix. L’intervention civile peut être considérée comme une alternative à l’intervention militaire ; elle favorise l’émergence et la mise en place de solutions politiques aux conflits. Elle repose sur la formation d’équipes de civils au sein d’Organisations Non Gouvernementales. Aujourd’hui, elle privilégie surtout la protection non armée des civils, menacés dans leur pays par des conflits armés, avec l’appui des acteurs de paix locaux.

La valorisation et la promotion de ces alternatives à la guerre, à la défense armée et à l’intervention militaire apporte de la crédibilité à la lutte pour la paix en montrant que la violence et la guerre ne sont pas une fatalité. Elles soulignent qu’il est temps désormais d’investir dans d’autres moyens, d’autres méthodes pour construire durablement la paix sur des bases solides.

Vers un pacifisme non-violent ?

Pour terminer cette contribution, je voudrais m’attacher à réfléchir aux convergences entre le pacifisme et la non-violence, et aux possibilités de rapprochement entre les deux notions, qui pourraient aboutir à ce que l’on pourrait nommer un « pacifisme non-violent » ou un « pacifisme actif et non-violent ».

Les convergences existent déjà : les partisans du pacifisme et de la non-violence dénoncent les guerres, luttent contre les guerres, se mobilisent contre la course aux armements et les ventes d’armes, et sont favorables à des règlements pacifiques des conflits par les voies du dialogue et de la médiation. Il y a donc une base commune qui doit amener les uns et les autres au dialogue et à l’action. En revisitant les insuffisances historiques du pacifisme, tout en valorisant sa dimension éthique, en considérant les apports de la stratégie non-violente pour combattre les injustices, tout en reconnaissant la faiblesse numérique de ses partisans, les uns et les autres pourraient s’engager dans la voie d’un dialogue constructif et d’un rapprochement idéologique et pratique entre les mouvementspacifistes et les mouvements non-violents. Un « pacifisme actif et non-violent » pourrait ainsi émerger sur des bases claires dont voici quelques contours :

– Résistance à la guerre, mais lutte également contre les causes structurelles et idéologiques des guerres et la nécessité de changer les structures politiques, économiques et sociales qui produisent de la violence et sont sources de guerres.

– Reconnaissance de la nécessité du conflit et de l’existence des rapports de force sur le plan international, ce qui implique de prendre en compte le rôle des populations et des sociétés civiles dans les mobilisations pour la paix.

– Engagement pour la paix, le désarmement et le trans-armement par des campagnes non-violentes qui valorisent aussi les alternatives à la guerre, à la défense armée et aux interventions militaires.

– Lutte pour la réduction des dépenses d’armement en mettant en avant la nécessité de reconvertir progressivement l’industrie de guerre, d’investir dans les services publics (éducation, santé), et d’investir dans la lutte contre le réchauffement climatique et pour la transition écologique.

– Soutien aux objecteurs de conscience et aux réfractaires au service militaire et à la guerre partout dans le monde, car ils sont « les pionniers d’un monde sans guerre » (Einstein).

– Promotion d’une culture de la paix et de la non-violence, notamment par l’éducation, en s’appuyant sur les résolutions onusiennes de ces dernières décennies. Ce dernier point est essentiel car il permet d’infuser largement, y compris dans les institutions, l’idée essentielle que la paix se prépare avec les moyens de la paix dès le plus jeune âge. Si vis pacem para pacem.

Voici donc quelques éléments permettant de penser un nouveau pacifisme pour le XXIe siècle, un « pacifisme actif, non-violent et positif », susceptible de mobiliser massivement et surtout d’être efficace dans une période lourde de menaces pour notre avenir commun et notre vivre ensemble.

IPP. https://www.institutpourlapaix.org/recherche/resistance-civile/

lien de cette tribune : Pacifisme et non-violence | Non-violence, Ecologie et Résistances

1 Jean-Marie Muller, Dictionnaire de la non-violence, Ed. Du Relié, 2005, p. 266.

IPP – Colloque Le pacifisme au XXIe siècle Lire la suite »

Soudan, une guerre parmi d’autres

La communauté internationale laisse des groupes armés s’entre-tuer au Soudan. Déjà 150 000 morts, 13 millions de déplacés, 25 millions de victimes de la famine. La guerre civile soudanaise s’est déclenchée en avril 2023. Malgré la résolution 2736 du Conseil de sécurité de l’ONU, qui exigeait que les FSR mettent fin au siège d’El-Fasher, aucune mesure concrète ou significative n’a été prise. A une autre époque, on aurait eu une résolution des Nations unies qui aurait envoyé une force d’interposition . Les armes continuent d’affluer depuis les puissances étrangères. Deux chefs de guerre s’affrontent. Il y a disparition complète de structures étatiques, beaucoup de banditisme, des extorsions et des viols, des massacres de civils.

Les travailleurs humanitaires sont contraints de choisir qui on sauve et qui on ne sauve pas . L’ONG Handicap International privilégie les enfants, les femmes enceintes et les femmes allaitantes en espérant que les autres tiennent le coup. D’autres auraient choisi de sauver les adultes encore capables d’aider leurs compatriotes : favoriser la surpopulation n’est pas une solution.

Le point de vue des écologistes malthusiens

Chaque fois qu’on parle d’un confit armé dans un pays en voie de sous-développement, on devrait parler de la cause démographique. Le Soudan a une population de plus de 51 millions en 2025 et son taux de fécondité est très élevé, 4,32 enfants par femme (2023). Le taux de croissance de la population de 2,4 % en variation annuelle (2021) signifie un doublement tous les 30 ans, ce qui est ingérable. La densité de 27 hab./km² paraît faible (moyenne mondiale 61 hab./km² ), mais c’est un pays situé dans une zone torride avec un des climats les plus chauds de la Terre et ça ne va pas s’arranger avec le réchauffement climatique.

Le débat sur lemonde.fr

Lenco : A chaque fois qu’on mentionne la densité de population comme cause d’un conflit on devrait le démontrer. Surtout dans un pays riche en ressources naturelles. Surtout dans un conflit dont les causes sont bien documentées, notamment dans Le Monde. Sinon c’est de la simple paresse intellectuelle.

Michel Sourrouille à Lenco : Certes les causes d’un conflit sont multifactorielles mais la densité, et donc l’intensité des problèmes, est un facteur clé. Le nombre fait l’appauvrissement qui fournit des volontaires pour user de la facilité des kalachnikov contre les paysans. Quant au ressources naturelles (or et pétrole), déjà pillées par d’autres pays, elles s’amenuisent. Il faudra dorénavant s’habituer aux guerres pour les ressources, sachant que ce sont ceux qui commandent ou financent les milices qui en profitent d’abord, pas les habitants du lieu. Quant au journal LE MONDE, il ne connaît que la surpopulation carcérale, pas la surpopulation humaine, absente systématiquement de ses analyses.

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Désobéir à Trump, une nécessité vitale

Si je suis libre en obéissant à la loi lorsque celle-ci garantit une juste égalité des chances pour tous, je ne peux rester libre qu’en lui désobéissant lorsque ce n’est pas manifestement le cas. L’homme n’accomplit son humanité qu’en devenant auto-nome, c’est-à-dire en n’obéissant qu’aux lois auxquelles sa conscience et sa raison donnent leur assentiment. L’histoire des résistances aux lois iniques fait partie intégrante de l’histoire des sociétés. Un exemple concret aujourd’hui.

Six élus démocrates, ayant servi dans l’armée ou les services secrets, ont appelé publiquement les militaires à refuser les « ordres illégaux » du gouvernement. Ils estiment que « cette administration oppose nos militaires en uniforme et nos professionnels du renseignement aux citoyens américains ».

Donald Trump : « Les traîtres qui ont dit à l’armée de désobéir à mes ordres devraient être en prison maintenant, pas en train de parcourir les réseaux de fausses informations pour essayer d’expliquer que ce qu’ils ont dit était acceptable ». Il a ajouté que le message des démocrates était de la « sédition à plus haut niveau » et qu’« il ne peut y avoir aucune autre interprétation de ce qu’ils ont dit ».

ti Gilou : A l’aune de ce raisonnement, le Général De Gaulle devrait être condamné pour son discours du 18 juin. De même, le Général Jacques Pâris de Bollardière fut condamné à mort par le régime de Vichy pour avoir rallié Londres et fut le seul officier condamné aux arrêts de rigueur par le gouvernement Mollet en 1957 pour avoir dénoncé l’usage de la torture par l’armée française en Algérie.

Diego : Il est faux, ou au moins trompeur, de parler d’appel à la désobéissance. Il s’agit ni plus ni moins d’un rappel du DEVOIR pour tout militaire (et en fait pour tout fonctionnaire, aux USA comme en France) de refuser d’appliquer des ordres manifestement illégaux.

Caroline H : Ces ordres illégaux concernent le déploiement de l’armée contre le narcotrafic.

Gill76 : Ceux qui ont attaqué le Congrès en 2021 pour empêcher la validation du résultat des élections devraient être en prison

passant : Encore un bon résumé de Trump : on conteste ses abus manifestes… il veut sévir de la manière la plus extrême, évoquant d’abord la peine de mort, rien que ça, puis devant le tollé (heureusement), juste la prison. Aucune prise en compte de la réalité juridique. Lui-même comme le rappelle d’autres post, est un séditieux.

La vie rêvée des anges : Trump devrait être inquiet. Il est plus proche de la prison que du Nobel de la paix !

À lire

1849. La désobéissance civile de Henry David Thoreau

2009. Petit manuel de défense civile de Xavier Renou

2010. Manifeste du pacifisme par un objecteur de conscience (Michel Sourrouille)

2010. Désobéissance civile et démocratie d’Howard Zinn

2010. Le manifeste des désobéissants

2011. L’impératif de la désobéissance civile (fondements philosophiques et stratégiques de la désobéissance civile) de Jean-Marie Muller

En savoir encore plus grâce à notre blog biosphere

Le point judiciaire sur la désobéissance écolo

extraits : Des suffragettes s’enchaînant au Parlement britannique à Rosa Parks refusant de céder sa place dans un bus, en passant par les 343 femmes qui ont témoigné avoir avorté, ces actions, volontairement placées en marge de la licéité pour dénoncer des lois injustes, ont permis de belles avancées. Quand l’Etat étend le domaine de l’illicite, le domaine de la désobéissance civile s’étend. La violence des forces de l’ordre contre les personnes qui s’engagent dans la désobéissance civile – par essence non violente – ne saurait jamais être légitime. Sur le plan international, on considère que, pour appartenir au registre de la désobéissance civile, un acte doit remplir quatre conditions cumulatives. Il doit respecter le principe de non-violence, être public, invoquer une cause d’intérêt général, et l’auteur doit accepter le principe de la sanction….

L’urgence écologique entraîne la désobéissance civile

extraits : Aujourd’hui la première caractéristique de la désobéissance civile, c’est d’être mis au profit d’une cause nouvelle, la défense de l’environnement : actions de Greenpeace, faucheurs volontaires d’OGM, blocages de ponts de Londres par Extinction Rebellion, grèves scolaires pour le climat, etc. Ces mouvements ont désormais une dimension internationale, du fait des réseaux sociaux, qui permettent une circulation instantanée des informations, mais aussi parce que les conséquences du réchauffement climatique s’exercent à l’échelle planétaire. A l’origine de la désobéissance civile, l’Américain Henry David Thoreau (1817-1862) qui a écrit  : « en cas de conflit entre ce que me dit ma conscience et ce que me dit la loi, je dois obéir à ma conscience… sous un gouvernement injuste, la place d’un homme juste est en prison ; etc. »….

La désobéissance civile des scientifiques

extraits : Le 6 avril 2022, le climatologue américain Peter Kalmus s’est enchaîné à la porte d’une banque J.P. Morgan, premier investisseur dans les énergies fossiles. Devant le sentiment de voir les alertes scientifiques ignorées, il a décidé de s’engager dans une action de désobéissance civile. Dans les jours qui ont suivi, plus de mille deux cents scientifiques avaient participé à des actions de ce type dans vingt-six pays. Selon un argument fréquemment opposé, un certain principe de neutralité requerrait que les scientifiques s’abstiennent d’intervenir dans le débat public. Mais l’épistémologie récente considère que des sciences dépourvues de valeurs constituent un idéal illusoire et peu désirable lorsque les savoirs produits peuvent avoir des implications délétères. La neutralité est simplement mise en avant pour défendre le statu quo !….

Les scientifiques pour la désobéissance civile

extraits : Gianluca Grimalda sillonne l’Europe en train et en car pour présenter son livre A fuoco. Il mondo brucia, è ora di disobbedire (« en feu. Le monde brûle, il est temps de désobéir » : « J’ai participé au blocage de 11 aéroports de jets privés, dans différents pays. Mais je mène mes actions de désobéissance civile sur mon temps de vacances….

La désobéissance civile sur notre blog biosphere

7 janvier 2023, L’urgence écologique entraîne la désobéissance civile

19 décembre 2022, Le pourquoi de la désobéissance civile

1er octobre 2022, La désobéissance civile des scientifiques

26 septembre 2021, Formations à la désobéissance civile NV

19 mai 2021, 29 mai, formation à la désobéissance civile

9 février 2021, Tout savoir sur la désobéissance civile

15 octobre 2019, Pour ou contre la désobéissance civique

19 septembre 2019, José Bové, désobéissance civile ou civique ?

1er octobre 2019, Biosphere-Info, la désobéissance civique (SYNTHÈSE)

2 juin 2018, Violer une centrale nucléaire, une très bonne action ?

2 juin 2016, À lire, La désobéissance civile (H.D.Thoreau, 1849)

22 mai 2014, La désobéissance s’apprend, savoir déterminer l’injuste

26 juin 2012, Devenons casseurs de pub, soutenons les déboulonneurs

24 janvier 2012, Devenir activiste avec Greenpeace

4 octobre 2011, fauchage des OGM, obscurantisme ou démocratie ?

14 septembre 2011, appel à la désobéissance généralisée

17 septembre 2010, ne pas confondre désobéisseur et désobéissant !

29 avril 2007, Collectif des déboulonneurs

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Le discours final d’un Dictateur

Dans le film « Le Dictateur » de Charlie Chaplin (1940)

«  Je suis désolé, mais je ne veux pas être empereur, ce n’est pas mon affaire. Je ne veux ni conquérir, ni diriger personne. Je voudrais aider tout le monde dans la mesure du possible, juifs, chrétiens, païens, blancs et noirs. Nous voudrions tous nous aider, les êtres humains sont ainsi. Nous voulons donner le bonheur à notre prochain, pas le malheur. Nous ne voulons ni haïr ni humilier personne. Dans ce monde, chacun de nous a sa place et notre terre est bien assez riche pour nourrir tout le monde. Nous pourrions tous avoir une belle vie libre mais nous avons perdu le chemin.

L’avidité a empoisonné l’esprit des hommes, a barricadé le monde avec la haine, nous a fait sombrer dans la misère et les effusions de sang. Nous avons développé la vitesse pour finir enfermés. Les machines qui nous apportent l’abondance nous laissent néanmoins insatisfaits. Notre savoir nous a rendu cyniques, notre intelligence inhumains. Nous pensons beaucoup trop et ne ressentons pas assez. Étant trop mécanisés, nous manquons d’humanité. Étant trop cultivés, nous manquons de tendresse et de gentillesse. Sans ces qualités, la vie n’est plus que violence et tout est perdu. Les avions, la radio nous ont rapprochés les uns des autres, ces inventions ne trouveront leur vrai sens que dans la bonté de l’être humain, que dans la fraternité, l’amitié et l’unité de tous les hommes.

En ce moment même, ma voix atteint des millions de gens à travers le monde, des millions d’hommes, de femmes, d’enfants désespérés, victimes d’un système qui torture les faibles et emprisonne des innocents.

Je dis à tous ceux qui m’entendent : Ne désespérez pas ! Le malheur qui est sur nous n’est que le produit éphémère de l’avidité, de l’amertume de ceux qui ont peur des progrès qu’accomplit l’Humanité. Mais la haine finira par disparaître et les dictateurs mourront, et le pouvoir qu’ils avaient pris aux peuples va retourner aux peuples. Et tant que les hommes mourront, la liberté ne pourra périr. Soldats, ne vous donnez pas à ces brutes, ceux qui vous méprisent et font de vous des esclaves, enrégimentent votre vie et vous disent ce qu’il faut faire, penser et ressentir, qui vous dirigent, vous manœuvrent, se servent de vous comme chair à canons et vous traitent comme du bétail. Ne donnez pas votre vie à ces êtres inhumains, ces hommes-machines avec des cerveaux-machines et des cœurs-machines. Vous n’êtes pas des machines ! Vous n’êtes pas des esclaves ! Vous êtes des hommes, des hommes avec tout l’amour du monde dans le cœur. Vous n’avez pas de haine, seuls ceux qui manquent d’amour et les inhumains haïssent. Soldats ! ne vous battez pas pour l’esclavage, mais pour la liberté !

Il est écrit dans l’Évangile selon Saint Luc « Le Royaume de Dieu est au dedans de l’homme », pas dans un seul homme ni dans un groupe, mais dans tous les hommes, en vous, vous le peuple qui avez le pouvoir : le pouvoir de créer les machines, le pouvoir de créer le bonheur. Vous, le peuple, en avez le pouvoir : le pouvoir de rendre la vie belle et libre, le pouvoir de faire de cette vie une merveilleuse aventure. Alors au nom même de la Démocratie, utilisons ce pouvoir. Il faut nous unir, il faut nous battre pour un monde nouveau, décent et humain qui donnera à chacun l’occasion de travailler, qui apportera un avenir à la jeunesse et à la vieillesse la sécurité. Ces brutes vous ont promis toutes ces choses pour que vous leur donniez le pouvoir – ils mentent. Ils ne tiennent pas leurs promesses – jamais ils ne le feront.

Les dictateurs s’affranchissent en prenant le pouvoir mais réduisent en esclavage le peuple. Alors, battons-nous pour accomplir cette promesse ! Il faut nous battre pour libérer le monde, pour abolir les frontières et les barrières raciales, pour en finir avec l’avidité, la haine et l’intolérance. Il faut nous battre pour construire un monde de raison, un monde où la science et le progrès mèneront vers le bonheur de tous. Soldats, au nom de la Démocratie, unissons-nous ! »

NB Le Dictateur est le premier film parlant de Charles Chaplin. Il consacra plusieurs mois à réécrire le discours de la fin du film où le barbier juif, qui a été pris pour le dictateur Hynkel, lance cet appel à la paix. Les propos de Chaplin restent hélas toujours d’actualité en 2025, comme ils l’étaient en 1940.

Chaplin et Hitler sont nés à moins de quatre jours l’un de l’autre. Chacun est un miroir déformant, l’un pour le bien, l’autre pour le mal absolu. Dans son autobiographie, Chaplin dit avoir déclaré : « On n’a pas besoin d’être juif pour être anti-nazi. Il suffit d’être un être humain normal et décent. »

https://www.charliechaplin.com/fr/articles/249-Le-discours-final-du-Dictateur

Pour le texte original en anglais, visitez : The Final Speech from The Great Dictator

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Une planète pacifiée à l’initiative de la France

préambule

Une planète pacifiée, c’est possible. Comment ?

Chacune des dix actions politiques possibles peut être mise en œuvre concrètement par la France.

Chacun des points est illustré de façon très brève à une époque où on ne lit plus.

Le complexe militaro-industriel est relativement récent, il peut disparaître.

La démilitarisation française et mondiale n’est pas irréaliste,

Sommaire

1) Pacifier l’imaginaire social

2) Montrer l’obsolescence du nationalisme

3) Introduire un module DCNV (Défense civile non violente) lors de la JCC (Journée Défense Citoyenneté)

4) Offrir la possibilité de se déclarer OC (objecteur de conscience) lors de la JDC 

5) Arrêter les exportations d’armes

6) Désarmement nucléaire unilatéral de la France

7) Sortie de la France de l’OTAN

8) Mettre l’armée française sous couleurs de l’ONU

9) La France comme soutien des instances internationales

10) Un projet de paix pour l’UE

Introduction

La pensée du long terme est le propre du défi écologique. La charte des Verts mondiaux déclare son engagement envers la non-violence ; il faut s’efforcer d’établir une culture de paix et de coopération entre les États comme base de la sécurité mondiale. Pour atteindre cet objectif, les dix actions politiques ci-dessous peuvent être mise en œuvre concrètement par la France. 

1) Pacifions l’imaginaire social

La tendance à la non conflictualité est aussi ancienne que l’art de la guerre. La non-violence est à la base de presque toutes les religions, du jaïnisme (Xᵉ siècle av. J.-C.) aux Évangiles. Si les chrétiens, aux trois premiers siècles de l’Église, ont en conséquence de leur foi refusé le service des armes, leur ralliement à l’État constantinien à partir du IVe siècle les a conduit à considérer la guerre comme « un moindre mal ». Mais l’institutionnalisation de l’armée pour conforter le pouvoir en place entraîne la militarisation des esprits. En France, la loi Fillon a rendu obligatoire l’apprentissage de La Marseillaise dans les classes maternelles et primaires à partir de la rentrée 2005. C’est transformer les enfants en va-t-en guerre. La fête du 14 juillet faisait référence au 14 juillet 1790, jour d’union nationale lors de la Fête de la Fédération, symbole de l’union fraternelle de toutes les parties de la France et de tous les citoyens français dans la liberté et l’égalité. Eva Joly lors de la présidentielle de 2011, proposait à la place du défilé militaire la célèbration « du bonheur d’être ensemble ». C‘est aussi à l’école d’expliquer l’importance de ressentir l’importance de la paix et de la pacification des esprits. Si tu veux la paix, prépare la paix.

=> En classe, on apprend l’esprit de coopération et la force de la non violence

=> Le défilé militaire du 14 juillet devient une fête de la réconciliation

=> Les « morts pour la patrie » du 11 novembre doit devenir un discours « plus jamais ça »

=> En 1947, le Japon introduisait dans sa Constitution un article 9 : « Aspirant sincèrement à une paix internationale fondée sur la justice et l’ordre, le peuple japonais renonce à jamais à la guerre en tant que droit souverain de la nation, ou à la menace, ou à l’usage de la force comme moyen de règlement des conflits internationaux. » La Constitution de la France pourrait adopter un tel point de vue.

2) Montrons l’obsolescence du nationalisme

L’idée de nation n’existe pas avant le XIXe siècle, c’est une construction historique récente qui a montré, deux guerres mondiales et des opérations colonialistes à l’appui, son échec. Tant qu’il y aura des nationalismes, il y aura des dictatures comme en Russie et des guerres comme en Ukraine. La patrie n’est qu’un mot creux à notre époque où Français et Allemands deviennent des citoyens européens et où, face aux chocs planétaires du réchauffement climatique et de la perte de biodiversité, nous devrions nous ressentir comme citoyens de monde, cosmopolites.

Tout drapeau représentant une cause particulière n’est que prétexte à un affrontement. Aujourd’hui notre appartenance à un territoire élargi est symbolisé par le drapeau de l’Union européenne. Mais un autre drapeau mérite l’attention d’une humanité pacifiste et pacifiée, celui de l’ONU. Le drapeau de l’Organisation des Nations unies a été adopté le 20 octobre 1947. Sa vocation est de promouvoir la paix dans le monde. Il utilise le bleu comme fond et le blanc comme couleur du motif ; le bleu représente la paix en opposition au rouge, couleur de la guerre. Le motif central, entouré de rameaux d’olivier comme symbole de paix, représente une carte du monde.

=> Les trois drapeaux (France, Union européenne, ONU) ont leur place dans toutes les mairies de France

=> Il nous faut diffuser le mot « glocal », penser globalement et agir localement, comme mode de pensée opposé au nationalisme

3) Introduisons un module DCNV (Défense civile non violente) lors de la JCC (Journée Défense Citoyenneté)

En France le ministère de la défense est redevenu ministère des armées depuis l’élection de Macron en 2017. Or le terme « défense » était plus adapté ; il possède deux acceptions, préparer la guerre ou promouvoir la défense civile. Le citoyen doit être préparé pour des actions collectives de non-coopération et de confrontation avec l’adversaire. Cela implique des citoyens sachant discerner ce qu’il faut accepter et ce qu’il faut refuser. Désobéir pour la paix passe par un véritable contre-conditionnement pour dépasser l’état de soumission volontaire (La Boétie) et la soumission à l’autorité ( expériences de Milgram).

La JDC s’étend sur une durée de 7 h30 avec trois modules qui ne repose que sur la défense militaire :

1. nous vivons dans un monde instable : une défense nécessaire

2. une réponse adaptée : notre appareil de défense

3. vous avez un rôle à jouer : un engagement citoyen (module dédié aux opportunités professionnelles au sein des armées)

=> Ajoutons un module sur la DCNV : une stratégie de défense de la démocratie à la fois contre les menaces internes et les agressions extérieures.

=> Le ministère des armées devrait être baptisé le ministère de la paix.

4) Offrons la possibilité de se déclarer OC (objecteur de conscience) lors de la JDC 

Actuellement il est interdit pour un jeune de se déclarer Objecteur de conscience lors de la JDC. Pourtant le statut d’OC est reconnu par la France depuis décembre 1963. Le droit à l’objection de conscience au service militaire repose aussi sur l’article 18 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, qui garantit le droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ou de conviction. Ce droit s’inscrit dans un effort historique de l’humanité pour circonscrire le pouvoir des autorités civiles, religieuses ou économiques.

Mais le président de la République, lors d’une conférence de presse le 14 mars 2024, était clair : « Nous devons être prêts sans rien exclure, pas même le déploiement de militaires français sur le territoire ukrainien. » Les jeunes risquent toujours d’être en première ligne car le service militaire n’est pas aboli, il n’est que suspendu. » Emmanuel Macron par la suite : « Parmi les 800 000 jeunes qui effectuent la journée de défense et de citoyenneté chaque année, certains se signaleront et diront qu’ils répondront présents si la nation les appelle ».

Dans de telles circonstances de mobilisation potentielle, il est normal en démocratie qu’on laisse le choix.

=> Offrons la possibilité pour un jeune de déclarer lors de la JDC : « Je désire manifester dès maintenant mon refus d’un service militaire armé pour motif de conscience et je demande à bénéficier d’un tel droit reconnu nationalement et internationalement. Mes convictions, basées sur la recherche de la bonne entente collective, me conduisent à d’autres formes d’engagement pour la nation et les peuples que l’usage des armes »

5) Arrêtons les exportations d’armes

Les armes attisent les conflits plus qu’elles ne les apaisent, on n’éteint pas un incendie avec un lance flammes. La course aux armements soutient la logique guerrière. Aujourd’hui il n’y a plus de limites, on est entré dans l’illogisme de la dissuasion nucléaire, des missiles et des drones, le meurtre à distance. L’article 26 de la Charte des Nations Unies stipule :

« Afin de favoriser l’établissement et le maintien de la paix et de la sécurité internationales en ne détournant vers les armements que le minimum des ressources humaines et économiques du monde, le Conseil de sécurité est chargé, avec l’assistance du Comité d’état-major prévu à l’Article 47, d’élaborer des plans qui seront soumis aux Membres de l’Organisation en vue d’établir un système de réglementation des armements. » Toute vente d’armes par la France à des pays tiers est une erreur stratégique et un non sens si on recherche la paix.

=> mise en œuvre effective de l’article 26 de la Charte des Nations unies

=> arrêt des exportations d’armement par la France puisqu’il ne faut pas s’attendre à ce que les autres commencent. Ce sera un exemple à suivre

=> fermeture du salon de l’armement Eurosatory (salon mondial de la défense et de la sécurité)

=> reconversion progressive de l’industrie de guerre

6) Désarmement nucléaire unilatéral de la France

Les faits sont têtus : l’arme nucléaire n’empêche pas la guerre ni un territoire national d’être attaqué. Une Campagne internationale pour abolir les armes nucléaires (ICAN) a reçu en 2017 le prix Nobel de la paix pour son « travail de sensibilisation sur les conséquences humanitaires catastrophiques de toute utilisation d’armes nucléaires. ». Le Traité sur l’Interdiction des Armes Nucléaires (TIAN) est signé à l’ONU en 2017 et ratifié en 2021 par 97 états signataires dont 6 membres de l’Union européenne. C’est un instrument juridique concret et fondamental de prévention de la guerre. Avec l’Appel des villes en faveur du TIAN, 99 villes et collectivités territoriales se sont déjà mobilisées – parmi elles Paris, Marseille, Lyon, Montpellier, Bordeaux, Saint-Étienne, Poitiers…, un positionnement de la France est nécessaire. L’exemplarité est un atout majeur de la démilitarisation du monde.

Le budget militaire de la France est de 50,5 milliards d’euros pour 2025 dont 7 milliards pour la dissuasion nucléaire. Autant d’argent au détriment de tous les autres postes de la dépense publique.

=> Signature par la France du TIAN

=> Programmation de la sortie du nucléaire militaire français

7) Sortons la France de l’OTAN

L’Organisation du traité de l’Atlantique nord (North Atlantic Treaty Organization) est l’organisation politico-militaire mise en place le 4 avril 1949 pendant le blocus de Berlin exercé par les Soviétiques. L’OTAN est obsolète depuis la fin de la guerre froide. Le 9 septembre 1965, de Gaulle annonce que « au plus tard en 1969 cessera la subordination qualifiée d’intégration qui est prévue par l’OTAN et qui remet notre destin à l’autorité étrangère ». Sortir de l’OTAN est donc possible. Aujourd’hui le secrétaire général de l’OTAN prône pour tous les États membres un budget des armées allant à 2 % du PIB et plus. Selon la volonté unilatérale de Trump, les pays de l’OTAN devraient atteindre 5 % du PIB consacré à la défense militaire, chiffre qui ne repose sur aucune analyse géo-stratégique sérieuse. Pour la France, on vient de dépasser 2 %, la sortie de l’OTAN permet des économies.

=> Sortons de l’OTAN, organisation guerrière obsolète dans le contexte géo-politique actuel

8) Mettons l’armée française sous couleurs de l’ONU

L’Organisation des Nations Unies (ONU) a été fondée en 1945 après la Seconde Guerre mondiale dans le but de préserver la paix et la sécurité internationales. Cet objectif est intégré dans la Charte des Nations Unies : « Nous, Peuples des Nations Unies, Résolus à préserver les générations futures du fléau de la guerre qui deux fois en l’espace d’une vie humaine a infligé à l’humanité d’indicibles souffrances. » Cette Charte stipule que les États doivent résoudre leurs différends de manière pacifique et s’abstenir d’utiliser la force. Si tel n’est pas le cas, le Conseil de sécurité  peut intervenir. Mais l’ONU, en tant qu’organisation mondiale en charge de la gestion des conflits et du maintien de la paix, est une structure fragile. En 2024, plus de 2700 milliards de dollars ont été dépensés pour les armes à l’échelle mondiale, à comparer aux 5,4 milliards de dollars de l’ONU pour ses opérations de maintien de la paix, soit 500 fois moins. Les Casques bleus sont constitués principalement de militaires prêtés par des pays membres de l’ONU. La France, en confiant ses forces armées à l’ONU pour le maintien de la paix, ferait basculer nos forces armées d’une préparation dédiée à la guerre vers une simple force d’interposition. Qui attaquerait la France alors qu’elle se positionne dans l’orbite des Nations unies ?

=> Mettons l’intégralité de nos forces armées sous l’autorité de l’ONU

=> L’armée française devient un élément important d’une gendarmerie internationale

9) La France comme soutien des instances internationales

– suppression du droit de veto des grandes puissances au Conseil de sécurité de l’ONU

soutien de la CPI, Cour pénale internationale

soutien de la CIJ, Cour internationale de justice, l’organe judiciaire de l’ONU

10) Pour un projet de paix pour l’UE

Les fondateurs de l’Union européenne ont poursuivi deux objectifs en parallèle, un projet de paix et un projet de puissance. Dans le cadre du projet de paix, l’Europe est une volonté de réconciliation des peuples. Dans celui du projet de puissance, la construction européenne implique la défense militarisée des pays participants. En d’autres termes, le projet de paix exige le sacrifice des identités nationales au profit de valeurs universelles tandis que le projet de puissance requiert le développement d’une force armée. Mais constituer un nouveau bloc dédié à la guerre ne peut que renforcer la militarisation du monde. L’UE doit se situer dans une optique transnationale, comme force de paix et non de puissance. Nous devrions avoir des ministères de la paix plutôt que de l’armée au niveau européen.

=> Contre un réarmement militaire européen, la France propose que l’UE suive la voie qu’elle a tracée par les 9 actions politiques proposées ci-dessus.

CONCLUSIONS

On ne connaît pas une seule guerre qui ait servi à quoi que ce soit pour faire progresser l’intelligence collective de l’humanité.

– Nous faisons la guerre à la planète. Or la défense militarisée n’est d’aucun secours pour faire face aux menaces écologiques. Au contraire, elle les accroît. Selon un rapport publié en 2022 par le Scientist for Global Responsibility, l’empreinte carbone de l’ensemble des armées à travers la planète représenterait au moins 5,5% du total des émissions mondiales de gaz à effet de serre, à comparer par exemple aux 2% de l’aviation civile mondiale. Donc pour le dire simplement, paix et climat = même combat.

NB : analyse coordonnée par Michel SOURROUILLE

Une planète pacifiée à l’initiative de la France Lire la suite »

La Russie va envahir la France… maman, j’ai peur

Comme plusieurs responsables européens, notamment allemands et danois, le général Mandon avait estimé en octobre 2025 devant les députés que l’armée française devait se tenir « prête à un choc dans trois, quatre ans » face à la Russie, qui « peut être tentée de poursuivre la guerre sur notre continent ». Devant le congrès des maires de France le 18 novembre, le général Mandon juge nécessaire que le pays restaure sa « force d’âme » et soit prêt à « accepter de perdre ses enfants… pour protéger ce que l’on est ».

Jean-Luc Mélenchon a immédiatement exprimé son « désaccord total » : « Ce n’est pas à lui d’aller inviter les maires ni qui que ce soit à des préparations guerrières décidées par personne. 51 000 monuments aux morts dans nos communes, ce n’est pas assez ? Oui à la défense nationale mais non aux discours va-t-en guerre insupportables ! »

Le chef d’état-major des armées est « pleinement légitime à s’exprimer sur les menaces », estime la ministre des armées Catherine Vautrin

Le point de vue des écologistes pacifistes

Ces déclarations ne nous inquiètent pas par leur contenu, « morts pour la patrie » en ces lendemains du 11 novembre constitue la vulgate habituelle des militaristes. Ce qui inquiète bien plus, c’est le nombre majoritaire de commentaires sur lemonde.fr qui sont d’accord avec le général Mandon. Il y a incontestablement une militarisation des esprits. Heureusement quelques personnes voient clairs sur lemonde.fr :

El Lobo : Rappelons que le chef d’état major des armées est nommé par le président de la république et qu’il agit directement sous ses ordres. Il n’est que le « porte voix » de Macron. Sa déclaration ne fait que reprendre la « voix de son maître » et on ne voit pas trop comment la ministre aurait pu ne pas le soutenir !

Benx10 : Indignation la plus totale. On parle d’un pays qui galère a envahir l’Ukraine depuis 4 ans. Quel intérêt stratégique à Poutine a envahir l’Europe ? Je n’en vois aucun. Mais tenir ce discours pour faire peur a nos jeunes générations qui ont bien du mal déjà a trouver leur place dans ce monde de fou c’est être né avant la honte.

Big Sam : Mais qui peut croire ça ? La Russie entrer en guerre contre la France – puissance nucléaire, liée par un pacte d’assistance avec les autres puissances occidentales ? La Russie dont l’économie est à genoux ? La Russie dont les sous-marins coulent tout seuls ? La Russie qui sous-traite son armée à la Corée et à l’Afrique ? La Russie qui n’arrive pas à s’imposer en Ukraine ? Qui est partie d’Afghanistan une main devant, une main derrière . La hiérarchie militaire renoue avec sa grande tradition de clairvoyance stratégique mais après tout elle a un public à en voir les commentaires…

Madame Rosa : Les va-en-guerre sont toujours nbx parmi les commentaires sur lemonde.fr. Mais la guerre contre qui ? Quand? Selon nos militaires, la Russie et c’est pour demain. Or la Russie n’a pas pu vaincre l’Ukraine, à sa porte, en 4 ans ! Pas demain qu’ elle sera aux portes de Paris !! Pourquoi ne pas dire franchement que cette peur des bruits de bottes est entretenue en France et en Europe pour relancer les économies qui flageolent en développant les usines d’armement ? Et qu’il faut bien utiliser l’armée enfermée ds ses casernes et qui est peu utile en ce moment! (On parle souvent du rapport nbre/utilité pour les fonctionnaires, alors heu..les militaires?) Ce genre de déclaration du général Mandon est honteuse. Faire peur …à qui ? A nos jeunes, déjà mal en point mentalement, en ajoutant à la peur climatique celle d’une pseudo-guerre. On s’étonnera ensuite que cette jeunesse ne veuille plus d’enfants. Réfléchissez les va-t-en guerre : vos mots sont dangereux.

LINDAKIEU : Le problème de ces militaires est qu’ils sont traumatisés à vie par la capitulation française devant l’armée nazie en 1941. Ainsi, ils bombent leur torse sans frais jusqu’à qu’ils prennent leur poudre d’escampette.

Cessla : La dernière bataille gagnée par l’armée française, avec ses seules forces, remonte à Verdun.

Yarribaren : « Les guerres, ce sont des gens qui ne se connaissent pas et qui s’entre-tuent parce que d’autres gens qui se connaissent très bien ne parviennent pas à se mettre d’accord.» Paul Valéry et « Toutes les guerres depuis des siècles ont été des guerres de luxe, c’est-à-dire guerres dont l’idée génératrice était purement imaginaire, formée par quelques-uns et non par un besoin réel de la majorité, – et dont les bénéfices n’ont été qu’à une minorité ; ces quelques-uns n’étant pas tous du peuple vainqueur » . Même auteur. (Tome II – Cahiers 1894-1914 – chapitre intitulé Histoire-Politique – page 1519 )

Didi : Et moi qui croyais que la dissuasion nucléaire servait à dissuader tout adversaire potentiel, en tout cas dissuader bien plus que nos pauvres trouffions, ou bien on nous a menti?

Ours : Je ne vois pas où est le problème. Les Français n’ont aucune difficulté à sacrifier leurs enfants en renonçant à la transition écologique.

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Mort pour la France, est-ce raisonnable ?

Le jour du Souvenir (en anglais : Remembrance Day, Veterans Day ou Poppy Day ; en néerlandais : Dodenherdenkingsdag), aussi connu comme jour de l’Armistice, est une journée de commémoration annuelle observée en Europe et dans les pays du Commonwealth pour commémorer les sacrifices de la Première Guerre mondiale. Cette journée a lieu le pour rappeler la signature de l’Armistice de 1918 mettant fin à la Première Guerre mondiale. Au Canada, en France et en Belgique, le jour est férié. En France, cette journée est appelée « Jour anniversaire de l’armistice de 1918 et de commémoration annuelle de la Victoire et de la Paix » . Depuis 2012, le 11 novembre est également célébré en tant que « Journée d’hommage à tous les morts pour la France. En Allemagne, le Volkstrauertag commémore « les morts de la guerre et les victimes de la tyrannie de toutes les nations ».

https://fr.wikipedia.org/wiki/Jour_du_Souvenir

 Un programme pour la France de pacification de l’existence commence par remettre en question du nationalisme patriote, point d’ancrage de l’extrême droite. Voici une analyse possible soumise à vos commentaires

En cette journée du 11 novembre dédiée aux « morts pour la patrie », nous avons posé la question suivante à l’IA Perplexity, « Morts pour la patrie, est-ce vraiment raisonnable ? ». Voici sa réponse.

Perplexity : Cette question interroge le sens et la légitimité du sacrifice ultime au nom de la nation. Aujourd’hui, cette idée est largement remise en question, alors qu’elle a longtemps structuré l’histoire et la mémoire collective.

  • Historiquement, mourir pour la patrie a été présenté comme un idéal, notamment lors des grandes guerres du XXe siècle. Les soldats de 1914-1918, par exemple, étaient convaincus que l’avenir de leur pays et de leurs proches en dépendait, et acceptaient ce sacrifice dans un contexte d’adhésion collective à la nation.
  • Dans la société contemporaine, cette notion est de plus en plus perçue comme une « grande boucherie » ou une fatalité absurde, et la mémoire officielle tend à présenter les morts comme des victimes plutôt que comme des héros volontaires.
  • Philosophiquement, Luc Ferry souligne que les valeurs pour lesquelles on acceptait de mourir (Dieu, patrie, révolution) ont perdu leur caractère sacré dans la société moderne, au profit de l’attachement aux proches et à la famille.
  • Politiquement, certains régimes continuent d’instrumentaliser la mémoire des morts pour la patrie à des fins de cohésion nationale ou de propagande, comme en Russie où l’héroïsme des soldats est érigé en mythe fondateur.

La question de la « raison » du sacrifice dépend donc du contexte historique, des valeurs collectives et de l’évolution des mentalités. Aujourd’hui, l’idée de mourir pour la patrie suscite souvent le doute, voire le rejet, mais elle reste un élément central de la mémoire et de l’identité nationale dans de nombreux pays.

En savoir plus grâce à notre blog biosphere

Les nationalismes contre l’urgence écologique

extraits : Autrefois des groupes diversifiés se rassemblaient autour d’un lieu et d’une culture spécifique. Après des phases, non encore achevées, de luttes de cultures, ethnies, églises, langues, etc… C’est l’idée de nation qui en est ressortie et a unifié des espaces différents. La nation est devenue, au moins depuis le XIXe siècle, le nouveau paradigme. Elle a permis une unité plus large géographiquement, mais l’expérience montre, deux guerres mondiales à l’appui, son échec. Aujourd’hui encore l’impérialisme russe en Ukraine ou la conquête juive de la Palestine prouve que la nation était une catégorie nécessairement anti-universaliste….

Morts pour la patrie, morts pour rien

extraits : Chacun sa patrie, terreau de la guerre. Les différents récits nationaux européens ne sont pas compatibles. Par exemple le 11 novembre 1918 est une victoire pour les Français, mais le début d’un engrenage mortel pour les Allemands. ll y a trois catégories de pays : ceux où l’enseignement de l’histoire veut conforter le chauvinisme national, et ces pays sont majoritaires. Ensuite, il y a les pays de l’Europe du Nord où il n’existe pas de programme national car cela pourrait être considéré comme une atteinte à la liberté de penser. Et il y a une poignée de pays où l’on vise à renforcer la réconciliation entre les peuples. La moitié des pays européens n’enseigne pas la construction européenne, mais relate guerre fratricide après guerre fratricide…

Universalisme et multiculturalisme, l’entente

extraits : Toute société devrait théoriquement favoriser les pensées universalistes ; en pratique le monde se fragmente au contraire en groupes inconciliables, même au foot, même entre banlieues. Pourquoi ? Question de socialisation et de contexte territorial. Il nous faut penser global et agir localement, « glocal » en abrégé, mettre en relation apaisée les échelles locales et mondiales, adapter les idées universalistes aux contextes régionaux. En termes synthétique, concilier universalisme et multiculturalisme. En finir donc avec le nationalisme, le patriotisme, devenir culturellement « cosmopolite », citoyen de l’univers, mais aussi et en même temps rattaché affectivement à son terroir….

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Démocratie, guerre et/ou paix, le débat

1) existe-t-il une différence claire entre démocraties, régimes autoritaires et dictature au regard de la guerre et de la paix ?

Encore faut-il savoir définir ce concept flou qu’on appelle « démocratie ». Voici une première approche, celle d’un des fondateurs de l’écologie politique que bien sûr tout le monde connaît.

Définition de la démocratie selon Arne Naess

Arne avait rejoint le mouvement de résistance contre l’occupation allemande. Il a tenté de sauver des étudiants d’une déportation et choisi de mener des entretiens avec les tortionnaires au lendemain de la victoire alliée. C’était lié à sa conviction selon laquelle une résistance non violente d’inspiration gandhienne peut se révéler extrêmement efficace pour résoudre les conflits. Il n’est donc pas surprenant que l’UNESCO se soit tourné vers Arne à la veille de la guerre froide pour recueillir son avis sur la définition de la démocratie. Voici les propos d’Arne lors d’un entretien avec David Rothenberg.

« A l’école, on apprend que la Norvège est une démocratie. Imaginons que cela veuille dire que le peuple détient le pouvoir ; qu’en est-il alors des dictatures qui prétendent être, elles aussi, des démocraties ? A ce niveau, c’est une terminologie très superficielle. Des formulations aussi vagues et ambiguës ne visent qu’à endormir les gens – « liberté », « démocratie », et tous ces termes respectables. Ce sont des slogans rassurants. Ils favorisent les discussions oiseuses, et personne ne s’aperçoit de l’extraordinaire imprécision de ces propos. Les gens se contentent de certitudes faciles. Ils considèrent que la Norvège et les Etats-Unis sont des pays « libres », mais cela ne signifie pas grand chose. La plupart des gens répondront « Evidemment que la Norvège est une démocratie », sans même se donner la peine d’y réfléchir. C’est tellement pénible de réfléchir, tellement pénible d’accorder de l’attention aux choses, d’approfondir. Par réfléchir, j’entends aller plus loin qu’on n’est allé jusque-là. Les étudiants devraient apprendre que nous nous contentons le plus souvent d’employer des mots creux. (p.195)

« En 1948, j’ai été invité par l’UNESCO à diriger un projet scientifique sur la controverse entre l’Est et l’Ouest à propos de la définition de la démocratie. C’était au début de la guerre froide. Les Soviétiques disaient « Nous sommes démocrates » parce que, en vertu de l’usage établi par la Révolution française, la démocratie signifiait la prise du pouvoir par les défavorisés et les opprimés. Et l’Ouest disait : « Non, cela n’a rien à voir avec la démocratie. La démocratie, c’est le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple, dans lequel tous sont équitablement représentés. » Je suis donc allé à Paris, accompagné de l’un de mes étudiants les plus doués, Stein Rokkan. (p.207)

« Les patrons de l’administration de l’UNESCO n’étaient pas prêts pour quelque chose du niveau de la philosophie politique. Ils préféraient un questionnaire ; nous leur avons donc préparé un formidable questionnaire auprès de 400 personnes, en leur demandant ce que la démocratie signifiait pour eux. Mon nom n’a jamais été mentionné pour le livre qui en a résulté parce que j’étais membre à part entière du siège de l’UNESCO à Paris. Le livre indiquait que l’usage du mot « démocratie » par les Russes était bien antérieur à la Révolution française. Il révèle toute l’imprécision et l’ambiguïté de l’un des termes centraux de notre temps. En définitive, je ne pense pas qu’il soit possible de définir clairement le mot « démocratie ».  Un slogan comme « Démocratie » est en réalité un soporifique. Certains mots comme celui-là sont prononcés à tout-va, mais la « profondeur de l’intention » derrière ces mots n’est souvent pas bien grande. (p.208-209)

https://biosphere.ouvaton.org/de-1182-a-1999/131-1992-arne-naess-vers-lecologie-profonde-avec-david-rothenberg-?highlight=WyJuYWVzcyJd

2) Qu’est-ce donc qu’un Etat qui se dit démocratique et pratique la guerre régulièrement ?

Après Arne Naess, voici un auteur que tous les écologistes pacifistes connaissent, Howard Zinn.

2010 Désobéissance civile et démocratie d’Howard

Aucun animal, en dehors de l’homme, ne fait la guerre. Aucun ne se lance dans des violences organisées au nom de concepts abstraits. L’animal ne commet de violences que pour des raisons aussi précises qu’évidentes : pour se nourrir ou se défendre. La guerre entre humains implique l’institutionnalisation d’aptitudes individuelles telles que l’obéissance, la malléabilité et l’idéalisme. En résumé, la biologie ne condamne pas l’humanité à la guerre. Aucun de nos prétendus instincts n’est aussi dangereux que notre soumission émotionnelle aux valeurs culturelles.

Nous vivons dans une société où le catalogue des idées disponibles se trouve limité quand certaines autres dominent le débat. Ces idées sont privilégiées parce qu’elles sont inoffensives : elles ne menacent en rien les fortunes établies et les pouvoirs en place. Parmi ces idées, on trouve par exemple :

– La liberté d’expression est une bonne chose tant qu’elle ne menace pas la sécurité nationale.

– Il y a des guerres injustes mais aussi des guerres justes.

– Les armes nucléaires sont nécessaires si on veut éviter la guerre.

Etant donné l’inévitable domination exercée par un petit groupe de gens richissimes sur les médias et le système d’éducation, les idées subversives peuvent certes survivre. Elles sont néanmoins noyées sous un flot de critiques et discréditées comme ne faisant pas partie des choix acceptables. Ce que l’on constate au quotidien, c’est une domination tranquille de certaines idées. Il en résulte une communauté de citoyens obéissants, consentants et passifs, danger mortel pour la démocratie. La politique étrangère américaine obéit aux principes édictés par Machiavel. L’objectif de Machiavel était de servir le prince et la puissance de l’Etat, les conseillers des présidents aux USA ont le même. Machiavel ne se demandait pas si faire la guerre était bien ou mal ; il se contentait d’expliquer la meilleure façon de vaincre l’ennemi. De son côté, l’Eglise catholique a développé une doctrine sur les guerres justes et les guerres injustes ; massacrer pour la « bonne cause » est l’une des maladies de notre époque. A côté de ces deux attitudes, il en existe une troisième selon laquelle les guerres sont intrinsèquement mauvaises pour être jamais justes. Les tentatives d’humaniser la guerre en 1932 inquiétèrent au plus haut point Albert Einstein : « Il ne faut pas banaliser la guerre en y fixant des règles. La guerre ne peut pas être humanisée, elle ne peut qu’être abolie. »

Quand le gouvernement américain décida de se lancer dans la première guerre mondiale en 1917, il dut faire face à un grand mouvement de protestation qui obligea le Congrès à voter des lois contre les propos pacifistes. Il se lança aussi dans une gigantesque campagne de propagande. Le président Woodrow Wilson utilisa la rhétorique de la croisade, il s’agissait d’une guerre pour en finir avec toutes les guerres. On avait besoin d’un million d’hommes, mais six semaines après l’entrée en guerre officielle on ne comptait que 73 000 volontaires. Aussi le Congrès vota la conscription obligatoire. Mais pourquoi le  citoyen devrait-il nécessairement lier son destin à celui de l’Etat-nation qui n’hésite guère à sacrifier les vies et les libertés de ses propres citoyens pour assurer le profit et la gloire des politiciens, des dirigeants de grandes entreprises et autres généraux ?

En 1985 eut lieu le procès d’un groupe qui s’étaient introduits dans le silo d’un missile nucléaire et avaient commis quelques dommages. Le juge Hunter avait déclaré que la violence inclut l’atteinte à la propriété. L’accusé Holladay répondit : « La question est de savoir si une arme nucléaire peut être considérée comme un bien au même titre qu’un bureau. Aussi longtemps que ce pays considérera les armes nucléaires comme des biens à défendre et à protéger, plus sacrés que les vies humaines qu’elles sont destinées à détruire, on sera en droit de se demander ce qu’est exactement une propriété. Les fours crématoires allemands étaient-ils des propriétés privées ? » Holladay fut condamné à huit années d’emprisonnement pour « voie de fait » à l’encontre des engins de mort les plus abominables jamais construits.

La guerre entraîne inévitablement la restriction de la liberté d’expression. L’atmosphère est alors au patriotisme et les opposants à la guerre passent pour des traîtres. L’argument de Périclès, « Nous sommes une grande nation et elle mérite que l’on meure pour elle », reste toujours très apprécié. Les débats sur le budget militaire sont l’occasion de passes d’armes acharnées sur le montant des dépenses : 300 milliards de dollars ou 290 seulement. La possibilité de n’y consacrer que 100 milliards (dégageant de fait quelques 200 milliards pour financer les politiques sociales) fait défaut. Quant à celui qui proposerait de ne rien dépenser du tout, il se retrouverait immédiatement à l’hôpital psychiatrique. Pendant la guerre du Vietnam, le débat opposa longtemps ceux qui prônaient un bombardement généralisé de l’Indochine et ceux qui privilégiaient les bombardements ciblés. L’option du retrait pur et simple ne fut jamais envisagée. Quand les troupes américaines se retirèrent finalement du Vietnam en 1973, plus de 50 000 Américains étaient morts dans une guerre décidée par la présidence, soutenue par un Congrès à sa botte et par une Cour suprême particulièrement complaisante.

Il n’existe pas de guerre juste, l’exemple de la Seconde Guerre mondiale est le test suprême. Les nazis étaient des assassins pathologiques. Nous devions les arrêter et seule la force pouvait y arriver. Certes, Hitler était un dictateur hystérique et un conquérant frénétique, mais que dire alors de la Grande-Bretagne et de son empire, des guerres qu’elle avait livrées aux populations indigènes dans le seul but de les soumettre pour son plus grand intérêt. La Grande-Bretagne et les Etats-Unis ne s’opposaient au fascisme que parce qu’il menaçait leur propre domination sur certaines ressources naturelles et sur certaines populations. Quant aux ingrédients du fascisme (le militarisme, le racisme, l’impérialisme, la dictature et le nationalisme exacerbé), ils survécurent sans problème à la guerre. Tant que nous nous en remettrons à la guerre pour régler les différends entre nations, nous devrons endurer les horreurs, la barbarie et les excès que la guerre porte en elle.

3) La participation de ce blog biosphere au débat

– Démocratie, un simple slogan (Arne Naess)

Encore faut-il savoir définir ce concept flou qu’on appelle « démocratie ». Marx faisait une distinction entre démocratie formelle (dans un pays aux mains des capitalistes) et réelle (dans un pays où s’exerce la dictature du prolétérait). Vu notre connaissance de l’histoire humaine, nous ne connaissons pas de démocratie réelle.

Aucune guerre n’est juste (Howard Zinn)

Je ne connais pas de guerre qui résulte d’une démocratie éclairée, c’est-à-dire formée de citoyens ayant une aptitude à envisager tous les tenants et aboutissant d’une décision. En clair, aucune guerre n’est juste en soi.

Voici quelques illustrations

– l’invasion de l’Ukraine est du seul fait du dictateur Poutine et pourtant les gens votent pour lui dans des élections présidentielles.

– l’anéantissement de la Palestine par Netanyahou est le résultat d’une propagande sioniste qui a convaincu tout un peuple que le grand Israël était un don de dieu aux juifs.

– la guerre civile au Soudan résulte d’un antagonisme entre deux chefs d’armée.

– la future guerre de la Chine contre Taïwan est envisagé par le grand leader Xi Jinping, soutenu par tout un peuple comme son homologue en Corée du Nord.

– les guerres qu’a mené la France en Indochine ou en Algérie sont des guerres coloniales décidées au nom d’un ethnocentrisme instillé dans les esprits depuis Jules Ferry. Pour lui, la France avait « le devoir de civiliser les races inférieures ».

– le complexe militaro-industriel formate les esprits pour promouvoir une seule idée : « si tu veux la paix, prépare la guerre ».

Voici l’antidote à la militarisation des esprits

– devenir objecteur de conscience

– former les citoyens à la défense civile non violente.

– combattre le nationalisme

– changer l’imaginaire social

– arrêter les exportations d’arme

– sortie unilatérale de la dissuasion nucléaire

– l’UE, passer d’un projet de puissance à un projet de paix

– sortir de l’OTAN

– confier les forces armées françaises à l’ONU

– renforcer les instances internationales

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Les pionniers d’un monde sans guerre

Dire la vérité sur les objecteurs de conscience

Longtemps poursuivis pour insoumission, désertion ou refus d’obéissance, les objecteurs sont des réfractaires au service armé pour raison de conscience. Albert Einstein voyait en eux « les pionniers d’un monde sans guerre » (Message envoyé aux participants du IIIe congrès de l’Internationale des résistants à la guerre (WRI) réunis à Lyon en 1931). Son message a été relayé par l’avocat Jean-Jacques de Felice.

Albert Einstein (citations à partir de « Comment je vois le monde », 1934)

– Sans désarmement, pas de paix durable.

– Nous aurons le destin que nous aurons mérité.

– Il est plus facile de désintégrer un atome qu’un préjugé.

– Le nationalisme est une maladie infantile. C’est la rougeole de l’humanité.

– L’effort d’unir sagesse et pouvoir aboutit rarement et seulement très brièvement.

– Une situation pacifique ne s’instaure que dans la compréhension et l’indulgence réciproques.

– Le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal, mais par ceux qui les regardent sans rien faire.

– Pour être un membre irréprochable parmi une communauté de moutons, il faut avant toute chose être soi-même un mouton.

– On détermine la vraie valeur d’un homme, en notant, en premier lieu, à quel degré et dans quel sens il est arrivé à se libérer du Moi.

– J’ignore la nature des armes qu’on utilisera pour la prochaine guerre mondiale. Mais pour la quatrième, on se battra à coup de pierres.

– Peu d’êtres sont capables d’exprimer posément une opinion différente des préjugés de leur milieu. La plupart des êtres sont même incapables d’arriver à formuler de telles opinions.

– Je méprise profondément ceux qui aiment marcher en rangs sur une musique : ce ne peut être que par erreur qu’ils ont reçu un cerveau ; une moelle épinière leur suffirait amplement.

– Il ne convient pas que chaque contemporain se contente d’attendre et de critiquer. Il doit servir la cause aussi bien qu’il le peut. Le sort de l’humanité en général sera celui qu’elle méritera.

– L’État est créé pour les hommes et non l’inverse… L’État doit être notre serviteur, et nous n’avons pas à en être les esclaves. Cette loi fondamentale est bafouée par l’État quand il nous contraint par la force au service militaire et à la guerre.

– L’État exigeant de ses citoyens le service militaire, se voit obligé d’exalter en eux le sentiment nationaliste, base psychologique des conditionnements militaires. À côté de la religion, l’État doit glorifier dans ses écoles, aux yeux de sa jeunesse, son instrument de force brutale.

– Celui qui veut développer le sentiment international et combattre le chauvinisme national, doit donc combattre le service militaire obligatoire. Le service militaire obligatoire doit être combattu parce qu’il constitue le foyer principal d’un nationalisme morbide.

– La pire des institutions grégaires se prénomme l’armée. Je la hais. Si un homme peut éprouver quelque plaisir à défiler en rang aux sons d’une musique, je méprise cet homme. Il ne mérite pas un cerveau humain puisqu’une moelle épinière le satisfait. Nous devrions faire disparaître le plus rapidement possible ce cancer de la civilisation.

– Ma responsabilité dans la question de la bombe atomique se traduit par une seule intervention : j’ai écrit une lettre au Président Roosevelt. Le risque universel causé par la découverte de la bombe. Mais les savants allemands s’acharnaient sur le même problème et avaient toutes les chances de le résoudre. J’ai donc pris mes responsabilités.

– Je refuse de séjourner dans un pays où la liberté politique, la tolérance et l’égalité ne seront pas garanties par la loi. Je maintiendrai cette attitude aussi longtemps que nécessaire. Par liberté politique je comprends la liberté d’exprimer publiquement ou par écrit mon opinion politique et par tolérance, j’entends le respect de toute conviction individuelle.

– Je hais violemment l’héroïsme sur ordre, la violence gratuite et le nationalisme débile. La guerre est la chose la plus méprisable. Je préférerais me laisser assassiner plutôt que de participer à cette ignominie. Et pourtant, je crois profondément en l’humanité. Je sais que ce cancer aurait dû depuis longtemps être guéri. Mais le bon sens des hommes est systématiquement corrompu. Et les coupables se nomment : école, presse, monde des affaires, monde politique.

Jean-Jacques de Felice (1928-2008) est un avocat français, ancien vice-président de la Ligue des droits de l’homme de 1983 à 1996. Cet infatigable combattant des droits de l’homme fut lui aussi un objecteur de conscience. Il demanda à bénéficier du statut des objecteurs dès la promulgation de la loi du 21 décembre 1963. Il avait effectué son service militaire dans le nord de l’Allemagne en 1951-1952 ; alors sous-lieutenant de réserve, il fut l’un des 227 Français qui, après le service actif, furent légalement reconnus objecteurs. Il prit ainsi une part déterminante à la longue lutte qui permit d’obtenir d’abord une timide reconnaissance du droit à l’objection, puis son élargissement, pour finalement le faire considérer au niveau européen comme un droit essentiel de l’homme.

Jean-Jacques de Félice a été le principal avocat des objecteurs. Dès la guerre d’indépendance algérienne, surtout dans les décennies 1970 et 1980, et jusqu’à la fin de la conscription en 2001, il en a défendu des dizaines. Pratique résolue, déterminée, d’un avocat militant, bien sûr. Et surtout, en ce qui concerne les objecteurs, une inlassable volonté de dépassement du droit. Car l’objection est contestation permanente, ainsi que l’écrit Pierre Sablière en conclusion de sa thèse de droit public : « L’objection de conscience est par essence révolutionnaire et la révolution ne s’enferme pas dans un statut. Selon Jean-Jacques de Félice, « la loi c’est la règle du jeu, il n’y pas de démocratie sans loi. Mais il n’y a pas de loi réellement valable si elle n’obéit pas à des valeurs. Donc la démocratie, elle impose certaines lois, et la loi aussi est faite pour être critiquée et modifiée. Ce qui m’intéresse, c’est d’aller vers des modifications de la loi qui deviennent la règle du jeu de nos sociétés mais en obéissant à certaines valeurs. Il faut aborder librement les vraies questions – la défense militaire pour quoi, contre qui – avec quels moyens (arme nucléaire = prise d’otages = terrorisme d’État, armes chimiques, bactériologiques, économiques), l’idée de nation armée […]».

« Moi, ce qui m’animait le plus, c’était l’utopie à long terme, c’est-à-dire le dépassement du droit écrit-il dans un texte de juin 2006 intitulé précisément « Incontournable utopie » :

« Par réalisme, je crois à l’Utopie. Tout simplement parce qu’elle peut être la réalité de demain, si nous le voulons. Les exemples abondent : défaite de l’Apartheid en Afrique du Sud, suppression des tribunaux militaires, inscription d’un droit au logement dans nos textes, etc. Qui pourrait soutenir que ces luttes éminemment nécessaires n’étaient pas totalement utopiques, vouées à l’échec, combattues par une large majorité de l’opinion publique ? Elles ont cependant été suggérées et voulues souvent par quelques personnes seules, réalisées par celles et ceux qui se sont mobilisés, qui ont crié souvent dans le désert et ont fini par se faire entendre car, chacun le comprend au fil du temps, ils avaient raison. Il nous appartient de faire changer la loi, de lui donner un contenu plus humain et plus fraternel. Seuls les utopistes ont ce regard vers des lointains apparemment inaccessibles : ils cherchent souvent en tâtonnant mais tentent, avec raison, de réaliser ce qui a été justement rêvé !

NB : La loi du 28 octobre 1997 met en place la professionnalisation totale des armées françaises, avec la « suspension » du service militaire. Les derniers appelés sous les drapeaux sont libérés le 30 novembre 2001, les objecteurs en service civil en juillet 2002.

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Le drapeau, signe de discorde

Les décodeurs du MONDE font tout un plat sur « les drapeaux témoins de l’histoire des luttes LGBT+ ».

Le drapeau arc-en-ciel est le premier en 1978, étendard de la communauté « gay ». Les gays dans leur ensemble rejettent l’appropriation qui en a été faite par des communautés qui n’ont rien en commun avec eux. En quoi vouloir changer de genre serait-il comparable à l’attirance sexuelle ? Et ne parlons pas des « aromantiques » etc qui décrédibilisent tout le mouvement en s’inventant une oppression imaginaire (qui a déjà été tabassé parce qu’aromantique ? Les gays, c’est tous les jours)

Car depuis les années les drapeaux se multiplient :

  • le drapeau lesbien le plus répandu aujourd’hui, appelé « sunset flag », une création de la blogueuse Emily Gwen, adopté sur Tumblr ;
  • le drapeau pansexuel, pour les personnes qui peuvent être attirées par tous les genres – une catégorie proche de la bisexualité ;
  • le drapeau asexuel, qui désigne l’absence de désir sexuel pour autrui ;
  • le drapeau aromantique, pour celles et ceux qui n’éprouvent pas ou peu d’attirance romantique.

Les drapeaux et les insignes permettent d’identifier les pairs, ils renforcent le sentiment d’appartenance à un groupe par opposition à d’autres groupes. Tout drapeau représentant une cause particulière n’est que prétexte à un affrontement. C’est ainsi qu’on mène des guerres ente nations car à chacun son drapeau. On vous suggère de dénombrer les centaines de drapeaux de nations, quasi-nations, régions etc. utilisés aujourd’hui dans le monde pour mettre en valeur son particularisme.

Le seul drapeau qui importe est celui de l’ONU, symbole de paix et non de fausses oppositions entre patriotes irréconciliables, entre religions en guerre ou entre homo, hétéro et autres genrés.

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drapeau français ou européen, je m’en tape !

extraits : Donnez à un idiot un drapeau à agiter, apprenez-lui un hymne à chanter et quelques âneries patriotiques à répéter frénétiquement, et il marchera vers la bataille pour tuer d’autres idiots marchant et chantant sous un drapeau adverse. Malheureusement beaucoup de pays sont en train de multiplier volontairement les idiots et d’agiter des drapeaux. Pour un pacifiste, nous appartenons symboliquement à la Terre, nullement à un morceau de terre. Le nationalisme est un signe de repli sur soi qui dénature la préoccupation écologique, surtout à une époque où les risques sont systémiques et planétaires, réchauffement climatique, pic pétrolier, atteintes aux ressources renouvelables, etc.

Inventons un hymne et un drapeau pour Terriens

en Russie : Le manuel d’un professeur à l’École des hautes études économiques à Moscou vient d’être retiré de la liste fédérale des livres scolaires, les seuls pouvant être achetés par les établissements, au motif que l’ouvrage « ne contribue pas à donner l’amour du pays ». Page 60 par exemple : l’évocation des files d’attente dans l’ex-URSS « ne crée pas de fierté pour la patrie ».

– en France : Le ministre de l’éducation Jean-Michel Blanquer, lors de l’examen à l’Assemblée nationale du projet de loi « pour une école de la confiance », veut rendre obligatoire dans les classes la présence des drapeaux tricolore et européen, ainsi que des paroles de La Marseillaise.

brûler le coran ET brûler le drapeau

extraits : Brûler le  drapeau national est interdit dans certains pays, autorisé dans d’autres. Brûler le coran est autorisé quand le free-speech est reconnue, interdit dans les pays qui sacralisent un simple livre. Si on en croit le principe de libre expression, brûler le coran ET le drapeau devraient aller de soi. Faire à titre personnel un grand feu de joie où on se libérerait en brûlant des bibles et des corans, des drapeaux nationaux et des portraits de Sarko, quel soulagement… On appellerait ça le bûcher des illusions, et on y brûlerait toutes les excuses inventées par les hommes pour ne pas penser par eux-mêmes….

outrage au drapeau qui outrage la Terre

extraits : Une fois un conflit défini comme opposant des groupes « nous » et « eux » comme des catégories différentes, les solutions de conciliation deviennent impensables, et cela a pour effet que ces conflits sont partis pour durer, en tout cas jusqu’à ce qu’un côté ait vaincu l’autre. Le fait de faire de groupes humains des catégories distinctes aboutit régulièrement au meurtre. C’est pourquoi la pénalisation de « l’outrage au drapeau tricolore » (LeMonde du 25-26 juillet 2010) semble d’une incongruité totale. Un délit institué en 2003 punissait déjà de 7500 euros d’amende « le fait au cours d’une manifestation organisée ou réglementaire par les autorités publiques d’outrager publiquement l’hymne national ou le drapeau tricolore ». Tout cela parce que des supporters de l’équipe de foot algérienne eurent sifflé l’hymne national, acte compréhensible dans une manifestation sportive où les symboles nationaux n’ont rien à faire….

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Démocratie et guerre, idéalisme et pragmatisme

La « démocratie » est un mot valise où on peut mettre ce qu’on veut. Même la pire des dictatures peut se présenter sous les oripeaux d’un vote démocratique. La démocratie est formelle dans un pays capitaliste soumis aux puissances d’argent. La démocratie n’est pas réelle dans un système marxiste où domine la dictature du prolétariat. La démocratie n’est certes pas un régime qui nous protège de la guerre.

– Il n’y a pas de différence ontologique qui sépare le projet démocratique des régimes autoritaires. On peut passer très facilement du populisme à la dictature, les exemples contemporains sont nombreux. L’arrivée au pouvoir de Donald Trump par les urnes montre que la démocratie peut se fourvoyer. Et ce n’est pas un cas isolé.

– Les démocraties occidentales n’ont pas été historiquement pacifistes, mais colonialistes. Le souvenir de l’exploitation, de l’esclavage et de la destruction a été gommé par une amnésie démocratique alors que la richesse des premiers pays à s’industrialiser s’est bâtie sur une histoire meurtrière. L’entrée en guerre peut se faire pour de multiples raisons, la fin justifie le moyen. Dans son livre « Les guerres du climat », Harald Welzer montre que les solutions sont extrêmes quand on se retrouve en situation de péril extrême. Fini sans doute bientôt la démocratie libérale avec les guerres des ressources amplifiés au XXIe siècle par la donnée climatique. La théorie de la « paix démocratique » qui postule que les démocraties tendent à établir des relations pacifiques stables entre elles n’est qu’une parenthèse fragile. La situation actuelle montre d’ailleurs que même le « droit international » n’est que textes théoriques pour les grandes puissances que sont les États-Unis et la Russie.

Dans la démocratie française, il n’y a pas de « débats parlementaires houleux » qui précède un engagement militaire. Selon l’article 35 de la Constitution, le Gouvernement se contente d’informer le Parlement de sa décision de faire intervenir les forces armées à l’étranger, au plus tard trois jours après le début de l’intervention. Cette information donne lieu à un débat qui n’est suivi d’aucun vote. Certes dans l’article 35 alinéa 1, « La déclaration de guerre est autorisée par le Parlement »… mais il n’y a eu aucun guerre sous la 5ème république, uniquement des « opérations spéciales » comme en Algérie. Car tout dépend de ce qu’on appelle guerre : l’invasion de l’Ukraine était aussi une opération spéciale russe, il était d’ailleurs interdit de prononcer le mot guerre.

On peut toujours justifier le commerce des armes pour des raisons multiples, à commencer par le financement de nos importations. Dans le programme de René Dumont pour la présidentielle 1974, il remarque : « Chaque fois que vous prenez votre voiture pour le week-end, la France doit vendre un revolver à un pays pétrolier du Tiers-Monde. » Or vendre des armes à l’étranger ne fait qu’entretenir la tendance guerrière des humains. C’est donc une faute stratégique si on veut un monde non violent comme l’exprime les fondements de l’écologie politique (Charte internationale des Verts). Le message écologique s’intéresse à l’avenir commun, c’est un projet du long terme qui conteste la « Realpolitik » actuelle.

Par contre il est compréhensible que la France et l’Union européenne (les USA?) fournisse gratuitement des armes à l’Ukraine car il en va du respect des règles internationales : les deux principes de base des Nations unies sont la non-intervention contre un autre État sans mandat de l’ONU et l’intangibilité des frontières sauf accord des parties. La Russie de Poutine doit se conformer à ces deux principes qu’il a bafoué.

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La guerre en Ukraine, bientôt 3 ans pour rien

extraits : Le principe le plus fiable reste celui des non violents : «  Si tu veux la paix, prépare la paix. » Si les Ukrainiens avaient laissé les chars russes arriver à Kiev sans intervenir, un gouvernement pro-Poutine aurait été mis en place, mais il n’y aurait eu aucun mort. Certes une dictature peut perdurer, mais cela ne dure que si les citoyens font preuve de soumission volontaire. Aucune dictature n’est éternelle, d’autant plus qu’elle repose le plus souvent sur une seule personne. Le problème n’est donc pas l’absence temporaire de démocratie réelle dans un pays, mais l’inertie des peuples. Une population d’objecteurs de conscience ne se laisserait pas faire, elle aurait la capacité de résister à toute situation imposée à mauvais escient….

objecteur de conscience en temps de guerre

extraits : Combien de Navalny en Russie ? Les militaires ont le pouvoir parce qu’ils sont institutionnalisés, ce sont les citoyens qui payent des impôts pour les équiper et les nourrir. On pourrait refuser de payer les impôts qui vont au budget militaire. Une population d’objecteurs de conscience ne se laisserait pas faire, elle aurait la capacité de résister à toute situation imposée à mauvais escient. Une armée composée d’individus qui déterminent par eux-mêmes pour quoi et pour qui il faut se battre ne pourrait être utilisée par aucun pouvoir politique. Un pays œuvrant pour la paix et non pour la guerre n’aurait pas besoin d’armée. Avec des citoyens profondément objecteurs de conscience, nous n’aurions pas en France suivi les fantasmes de gloire de Napoléon, nous ne serions jamais intervenus militairement en Indochine ou en Algérie, nous n’aurions pas envoyé des supplétifs en Afghanistan ou en Côte d’Ivoire, ni des avions sur la Libye, ni intervenus au Mali. La France aurait été un pays déterminant au niveau international pour éliminer toutes les armées et construire une paix durable….

Ukraine et Palestine, des guerres injustifiées

extraits : Il n’y a pas de guerre juste, que ce soit en Ukraine, en Palestine ou n’importe où ailleurs. C’est l’idée qu’aurait du défendre tous les dirigeants des pays démocratiques : les guerres sont intrinsèquement mauvaises pour être jamais justes. Mais la nature humaine est conflictuelle, et un monde sans guerre supposerait un droit supranational doté des moyens d’imposer sa juridiction aux Etats. L’ONU est loin de remplir ce rôle. Le monde restera sans paix durable tant qu’une « société des nations » ne sera pas en mesure de se donner des lois et de les mettre en œuvre….

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Ligue nationale contre la force de frappe

Une  » Ligue nationale contre la force de frappe  » vient d’être créée à l’initiative de soixante personnalités, qui ont signé un appel, dont on lira ci-dessous les principaux passages. La réunion constitutive se tiendra au palais d’Orsay le 19 mars 1963.
in archives du MONDE

 » La politique de la force de frappe, poursuivie par le gouvernement français, aboutit à des conséquences dramatiques, sans que le pays en soit véritablement informé et surtout l’ait explicitement approuvée.

1) Cette politique ne permet pas une défense efficace du pays.

 » L’arme atomique du type de 1945 que nous fabriquons ne représente pas une force de dissuasion réelle. Elle est démodée et sans valeur réelle.

 » Une force de frappe peut servir à attaquer, riposter ou menacer.

 » Attaquer ? Trente têtes thermonucléaires suffisent pour anéantir la France. Si nous nous en prenions à une puissance atomique de plus vaste superficie, nous serions annihilés avant de la mettre hors de combat.

 » Riposter ? Si nous étions attaqués, le délai entre la détection des engins ennemis et leur explosion, de l’ordre de deux à cinq minutes, interdirait tout envol de nos bombardiers et toute riposte efficace.

 » Menacer ? La menace de représailles par notre force de frappe ne pouvant être mise à exécution, ne constituerait pas une arme diplomatique : autant agiter un sabre de bois.

2) Cette politique risque de ruiner le pays.

 » a) Inutile, l’arme nucléaire est incroyablement onéreuse. Son coût dépasse nos moyens.

 » Les 6 milliards de francs 1963 déjà engagés sont une simple amorce n’ayant permis ni de miniaturiser les bombes, ni de passer de l’engin atomique au thermonucléaire, ni de produire des fusées modernes et des avions non démodés.

 » Pour tenter – sans espoir – de rattraper une fraction de notre retard sur les deux Grands, il nous faudrait accepter des charges intolérables. La seule usine de séparation de l’uranium de Pierrelatte, d’un coût prévu de 2 milliards, revient actuellement à plus de 4, et sa partie  » très haute « , indispensable pour la production militaire, n’est pas encore définie…

 » b) La pression financière provoquée par un tel effort est en effet particulièrement dangereuse au moment où le relèvement nécessaire du niveau de vie en France et la compétition économique entre puissances industrialisées devraient nous inciter à des investissements productifs accrus…

 » c) Les crédits affectés à la force de frappe sont en outre détournés des recherches atomiques et spatiales pacifiques, qui sont nécessaires à la grandeur d’un État moderne.

3) Cette politique nous isole sur le plan international…

4) Cette politique est redoutable pour la paix du monde.

 » L’attitude du gouvernement français constitue un précédent grave et contribue, en fait, à la dissémination de l’arme atomique, danger majeur pour l’humanité.  » La force atomique multilatérale comporte également le danger de dissémination de l’arme et, en particulier, la possibilité pour l’Allemagne d’en disposer, alors que la production lui en est interdite par les traités de 1954…

 » Contre une politique de force de frappe nationale, périlleuse pour notre pays et l’humanité entière, sachons associer nos efforts, sans distinction d’idéologie ou de philosophie… « 

Ont signé Jusqu’à présent : Mme Simone de Beauvoir, MM. Pierre Bertaux, André Blumel, Jean Cassou, Georges Casalès, Jacques Chatagner, Claude Chevalley, Gustave Choquet, Pierre Cot, Daniel Curie, J.-T. Desanti, Guy Desson, Dixmier, Jean Dresch, Pierre Ducros, René Dumont, Charles Fert, Paul Fraisse, Pierre Gautier, Dominique Halévy, docteur Georges Harel, André Hauriou, René Heller, Marc Jacquier, Jankélévitch, Charles-André Julien, Alfred Kastler, docteur Klotz, Maurice Kriegel- Valrimont.

MM. Georges Lasserre, Jean Las-serre, Bernard Lavergne, Henri Laugier, Henri Lévy-Bruhl, Philippe l’Héritier, docteur Marcovitch, Daniel Mayer, Jean-Jacques Mayoux, Pierre Meunier, Jules Moch, Gustave Monod, Georges Montaron, Daniel Parker, Marcel Paul, Jean-Claude Pecker, R. Portai, Marcel Prenant, Jean Pronteau, Henri Roser, Jean-Paul Sartre, Camille Soula, Tanguy-Prigent, Mlle Lucienne Taurel, MM. Charles Tillon, René-William Thorp, Vercors, Jean-Pierre Vernant, Jean-Pierre Vigier, Philippe Vigier, Maurice Voge, René Zazzo.

Les adhésions doivent être adressées au professeur Alfred Kastler, 1, rue du Val-de-Grâce, Paris (5e).

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Militarisation du parti dit « écologiste »

La motion « Europe de la Défense » a été adoptée le 10 octobre 2025 par le Conseil Fédéral du parti « Les Écologistes » par 54 voix pour, 24 contre et 4 blancs. Elle est abominable dans son contenu militariste et pro-nucléaire.

La Motion Europe de la Défense (extraits)

Oct 10, 2025 | Cette motion vise à faire de la construction d’une véritable Europe de la défense un point incontournable de toute alliance entre les forces écologistes et de gauche au plan national, en vue d’élections législatives ou présidentielle.

Exposé des motifs

– L’ irruption de la guerre en Europe confirme le besoin d’aller vers une véritable défense européenne, un projet que les écologistes français·e·s défendent depuis des années.

– L’Europe de la défense poursuit un objectif de plus long terme : celui d’atteindre l’autonomie stratégique.
– Le Fonds Européen de la Défense alloue plus d’un milliard d’euros à la recherche et au développement de technologies de défense de nouvelle génération,

– Cette stratégie de réarmement n’est cependant pas encore à la hauteur du défi que représente la construction d’une véritable Europe de la Défense,

– Nous revendiquons que la construction d’une Europe de la Défense ne se fasse pas au détriment des nécessaires investissements dans la transition écologique, l’éducation, la santé et les services publics

– Nous considérons que la mise en place d’une véritable défense européenne doit évidemment avoir une forte dimension écologique. L’innovation doit être mise au service de matériels et d’organisations très performants au plan environnemental.

– Nous appelons à articuler l’ambition militaire d’une Europe de la Défense avec des initiatives de mobilisation de la société civile, par exemple en formant les peuples à la résistance civile.

Motion

La construction d’une véritable Europe de la défense doit apparaître comme un élément fort de la doctrine écologiste en ce qui concerne les relations internationales, la diplomatie et la sécurité globale.

Par Europe de la défense, est entendue, sur la base des pays européens volontaires :

  • Le développement d’une base industrielle et technologique de défense européenne, qui rende les pays européens plus souverains en matière de production d’armements et d’infrastructures, notamment grâce à la standardisation des équipements et matériels, en reconnaissant le besoin d’interopérabilité, de complémentarité et de coopération à travers de nouveaux « champions européens ».

  • La poursuite de la réflexion sur la dimension européenne de la dissuasion nucléaire de la France, en rappelant très clairement que les intérêts supérieurs de la France concernent également l’Union Européenne. Si les écologistes demeurent attaché·e·s à long terme à l’abandon de tout armement nucléaire sur notre planète, qui passe par une trajectoire de désarmement progressif de tous les pays dotés, négociée dans un cadre multilatéral, la France ne doit pas faire de choix unilatéral en ce sens dans le contexte actuel.

  • La constitution d’un noyau de pays volontaires pour mettre en commun des capacités militaires, destinées à constituer, à terme, un véritable corps d’armée européen.

Le point de vue des écologistes pacifistes

Cette motion est une réelle défaite pour les pacifistes, dans les faits elle appelle à ne pas soutenir le TIAN (traité sur introduction des armes nucléaires). A ne pas confondre avec le tian de légumes à la provençale ! Les Écologistes institutionnels disent être favorables au désarmement nucléaire, mais pas maintenant, plus tard… Ils s’alignent ainsi sur la position hypocrite de tous les autres partis. Nous savons très bien que ça ne sera jamais « le bon moment ».

Soudain, la mort massive et l’hiver nucléaire se voient décerner le Label Écologique. Une terrible régression idéologique pour l’Écologie Politique qui accepte, au nom de la pseudo « défense de nos intérêts vitaux », l’idée même du sacrifice possible de toute Vie sur la planète. Incroyable.

De plus l’augmentation importante du budget militaire se fera au détriment des besoins de la population. Quelle démission ! La question de la défense “nationale” et “européenne” réclame un débat extrêmement important et sérieux… qui n’a pas eu lieu chez les écologistes et ne se règle pas avec une “Motion” qui entérine la « dissuasion nucléaire » comme l’ont fait avant et par ordre chronologique inversé Génération.s , LCI, les Socialistes , les communistes, les centristes… Ignorant au passage cette majorité d’États qui à l’ONU, avec le soutien du CICR, en appellent de toute urgence à soutenir et rejoindre le TIAN…

Il y a sans doute une question de génération. Les porteurs de cette « motion défense » sont d’une génération qui n’a pas connu les combats antinucléaires des années 70-80, notamment la forte mobilisation européenne sur les missiles Pershing et SS20. Mais ce qui m’inquiète le plus, c’est la perte d’un élément essentiel de l’Écologie Politique, la capacité à avoir une vision de vraiment long terme. Or nous le savons, toutes les grandes conquêtes ont été précédées par une vision qualifiée d’utopiste dans un premier temps. Nous avons oublié l’appel plus que jamais d’actualité du pacifiste René DUMONT dans son programme de 1974 : « L’écologie ou la Mort… »

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Parti dit écolo, du pacifisme au militarisme

extraits : Tournant historique, le parti dit « Les Ecologistes » se lance dans un militarisme décomplexé alliant « écologie de guerre » et arme atomique. Pour le cofondateur de l’Observatoire des armements, Patrice Bouveret, « cela traduit une coupure entre les élus du parti et sa base qui se retrouvait dans les valeurs “pacifisme, féminisme et écologie”. » L’expert pointe un manque de réflexion collective à l’intérieur des Écologistes sur les questions de défense. « Les parlementaires écologistes deviennent de plus en plus proches des positions officielles de la France sans qu’il n’y ait remise en cause ou interrogation sur ces questions-là. Ils perdent le côté novateur qu’avaient les écologistes sur ces questions », regrette Patrice Bouveret….

L’écologie entre pacifisme et remilitarisation (7 avril 2025)

extraits : Depuis l’invasion de l’Ukraine, deux visions de la militarisation avancent en parallèle au sein du parti renommé « Les Ecologistes » : créée très récemment en 2024, une commission défense (militariste) cohabite désormais avec la commission Paix et désarmement, créée en 1984 lors de l’AG fondatrice des Verts. Lors des journées d’été des Verts, la commission défense a présent publiquement son point de vue sans qu’il y ait approche contradictoire. Cyrielle Chatelain en était la présentatrice. Elle préside le groupe écologiste à l’Assemblée nationale. À l’Assemblée nationale, elle siège au sein de la commission de la Défense nationale et des Forces armées. Cyrielle a mis fin au pacifisme traditionnel des Verts : « L’Union européenne doit s’affirmer comme une force politique, ce qui implique aujourd’hui dans ce contexte de s’affirmer comme une force militaire. »….

L’écologie entre pacifisme et remilitarisation

extraits : Cyrielle Chatelain a mis fin au pacifisme traditionnel des Verts : « Pour la première fois depuis 1945, la peur de la guerre s’insinue en chacun de nous. La menace russe se concrétise et la protection américaine s’étiole. » Fustigeant la passivité de l’Europe qui s’en est « paresseusement remise aux États-Unis », et « a renoncé à s’imposer comme un acteur majeur sur la scène internationale », elle a souligné l’attachement de sa famille politique à une défense européenne : « L’Union européenne doit s’affirmer comme une force politique, ce qui implique aujourd’hui dans ce contexte de s’affirmer comme une force militaire. » L’aide militaire à l’Ukraine doit passer « par la fourniture d’équipements de défense avancée », « la formation des forces ukrainiennes » et le « renforcement de troupes européennes dans les pays frontaliers de l’Ukraine »….

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Le prix Nobel de la paix… à Trump ?

Pour décerner le prix, les membres du comité Nobel se décident généralement plusieurs jours, voire semaines avant l’annonce, prévue aujourd’hui 10 octobre 2026. On ne dit jamais quand le comité prend sa décision. Le gouvernement norvégien n’a aucune influence sur ce comité, composé de cinq membres, nommé par le Parlement et entouré d’experts, dont le choix est encadré par le testament de l’inventeur de la dynamite, Alfred Nobel, mort en 1896. D’après ce texte, le prix doit être attribué à « la personnalité ou la communauté ayant le plus ou le mieux contribué au rapprochement des peuples, à la suppression ou à la réduction des armées permanentes, à la réunion et à la propagation des progrès pour la paix ». Cette année, 244 individus et 94 organisations ont été nominés.

Donald Trump Trump est unique dans l’histoire du prix, car il a mené lui-même une campagne ouverte et agressive pour sa propre candidature. « Tout le monde dit que je devrais recevoir le prix Nobel de la paix pour chacune de mes réussites », affirmait-il le 23 septembre. Devant les généraux et amiraux américains, réunis le 30 septembre, il s’est fait menaçant : ne pas le choisir serait « une grande insulte » faite aux Etats-Unis. Mais le président américain n’a aucune chance d’obtenir le prix Nobel de la paix à moins que le comité Nobel ne subisse un effondrement mental. Ses chances ne se sont pas améliorées après son discours devant l’ONU, il continue d’attaquer l’ordre international, soutient toujours Nétanyahou à Gaza et, bien qu’il apporte son soutien verbal à l’Ukraine, il ne met pas à exécution les sanctions contre Poutine. 

La Cour pénale internationale et la Cour internationale de justice, visées par les attaques du président américain, pourraient faire de bons lauréats. Le Nobel de la paix avait récompensé en 2024 Nihon Hidankyo, un groupe de survivants des bombardements de Hiroshima et Nagasaki, en croisade contre l’arme nucléaire.

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Le prix Nobel de la paix, Nihon Hidankyo (2024)

extraits : Les titulaires du prix devraient être connus du grand public, ce n’est pas le cas. Prenons le dernier prix Nobel de la paix, attribué en 2023 à la militante iranienne Narges Mohammadi. Qui se rappelle de son nom ? Elle est actuellement emprisonnée « pour son combat contre l’oppression des femmes en Iran et sa lutte pour la promotion des droits humains et la liberté pour tous ». Narges Mohammadi a été arrêtée treize fois et condamnée cinq fois à un total de trente et un ans de prison et 154 coups de fouet….

Qui mérite le prix Nobel de la paix ? (2019)

extraits : Qui connaît Denis Mukwege et Nadia Murad ? Ils ont pourtant obtenu le prix Nobel de la paix 2018 pour leurs efforts afin de mettre fin à l’utilisation de la violence sexuelle comme arme de guerre. Le mahatma Gandhi n’a jamais eu le Nobel de la paix, mais Barack Obama oui, en 2009, un pacifiste en guerre ! Il est vrai qu’en termes d’idéologie militariste, pour avoir la paix, il faut préparer la guerre. C’est d’ailleurs le seul discours qu’Obama était capable de tenir pour recevoir sa distinction le 10 décembre 2019 : « Je suis le commandant en chef d’une nation engagée dans deux guerres. J’ai juré de protéger et de défendre mon pays…

Nobel aux GES (2007)

extraits : Le comité Nobel a décerné le 12 octobre 2007 le prix Nobel de la paix à la fois au groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) et à l’ex-futur président des USA, Al Gore. Le comité cherche ainsi à « attirer l’attention sur les processus et les  décisions qui paraissent nécessaires pour protéger le futur climat du monde, et ainsi réduire la menace qui pèse sur la sécurité de l’humanité ». Il est vrai que des régions entières vont devenir inhospitalières et que leurs populations seront contraintes de se déplacer. Cette redistribution géographique va entraîner de nouvelles tensions, donc des conflits et des guerres….

Le prix Nobel de la paix… à Trump ? Lire la suite »

en mémoire du pacifiste René Dumont

Le 2 août 1914, le tocsin sonne : c’est la guerre ! Le môme Dumont, dix ans, est tout excité. Son oncle le foudroie alors du regard : « Tais-toi ! La guerre, c’est l’assassinat des paysans. » Il s’aperçoit que le curé lui ment quand il prétend que Dieu est avec la France alors qu’il a vu de ses propres yeux le « Gott mit uns » gravé sur les ceinturons allemands. Lors de son enterrement le 19  juin 2001, la dernière volonté de René Dumont consista à faire entendre Boris Vian chantant « Le Déserteur ».

Le pacifisme constituera son seul dogmatisme. Dumont entame la lutte contre toutes les armées, contre toutes les guerres. Son service militaire fut homérique. En 1924 à l’Agro, les élèves sont astreints à la préparation militaire pour devenir officiers de réserve. Pendant ses 18 mois de service national, il se bat comme un fou contre l’institution militaire. Quand, lors du premier exercice, le lieutenant lui demande ce qu’il ferait s’il y avait une mitrailleuse ennemie sur la colline en face, Dumont n’hésite pas : « Je mets les chevaux à l’abri. » Il sera interné en 1926 dans un hôpital psychiatrique : « Schizophrène. » Après son retour d’Indochine en 1932, Dumont milite avec les Combattants de la paix pour un « pacifisme intégral et résolument non aligné ». Le fond de doctrine est résumé par deux citations : « Aucun des maux que l’on veut éviter par la guerre n’est un mal plus grand que la guerre elle-même (Bertrand Russel) » et « On croit mourir pour la patrie ; on meurt pour des industriels (Anatole France, 1922). » Il affichera souvent par la suite un badge à la poitrine : « La seule victoire, c’est la paix. » En septembre 1939, il signera avec Jean Giono et Louis Lecoin un tract qui appelle à « la paix immédiate ».

Nazisme ou pas, la guerre lui apparaît comme l’ennemie numéro un. Il s’abstiendra complètement pendant la Deuxième Guerre mondiale. Lui, le militant antifasciste, se retire dès qu’il faut prendre une arme, même pour son camp. En toutes circonstances, il est contre les guerres, y compris dans des cas limites comme la guerre contre l’Allemagne nazie ou quand un ses chers peuples du tiers-monde se soulève. Mêmes « populaires », les guerres lui font peur parce qu’il sait que ceux qui vont mourir un fusil à la main sont ceux qui ne pourront plus manier la faux ou pousser la charrue. Pour Dumont, les vraies difficultés commencent après les révolutions. Il ne suffit pas de renverser Marcos ou Somoza : « La révolution procure des missions exaltantes mais le développement requiert d’obscurs dévouements. » Quelle que soit sa « compréhension » des révoltes, l’agronome en appelle systématiquement à des stratégies non-violentes à la Gandhi. Novembre 1954, début des hostilités en Algérie. Guy Mollet lui demande de lui expliquer comment il pourrait mettre en œuvre une réforme agraire. Dumont lui répond : « Monsieur le président du Conseil, mon projet de réforme agraire n’a plus aucun sens aujourd’hui, nous sommes en guerre. Il faut négocier l’indépendance. » Il signe à tour de bras les manifestes pacifistes et anticolonialistes, comme celui des 121 contre la guerre d’Algérie en 1960. Faire la moindre concession à la guerre revient pour lui à encourager son développement.  « La guerre est un crime organisé, les militaires en sont les ordonnateurs et les bras. »

Ses diatribes – « les militaires sont la plus grande source de gaspillage, ils gaspillent du travail, de l’espace, de l’énergie, des minéraux rares, ils polluent les airs et les eaux » – montrent la force de ses convictions. « Il en coûterait cinq fois moins pour protéger la planète que pour continuer à préparer sa destruction… Réduction des dépenses d’armement jusqu’à leur intégralité. »

Le 17 janvier 1991, la guerre du Golfe est déclarée. Le président Bush apparaît sur l’écran et annonce « un nouvel ordre mondial ». Le vieux professeur se retourne, défait, vers sa compagne : « Toutes mes batailles se terminent ce soir, c’est la défaite de ma vie. » Pour Dumont, cette guerre donne le départ au grand affrontement Nord-Sud. « Bush ne fait pas la guerre à Saddam Hussein, il fait la guerre pour le pétrole, le pétrole à bas prix qui garantit à l’Occident la continuation de sa domination et de ses gaspillages. » Ce n’est donc pas un hasard si l’un de ses derniers livres qui paraît en 1992 est consacré à la guerre du Golfe, titré Cette guerre nous déshonore, quel nouvel ordre mondial ?

René est mort le 18 juin 2001, souvenons-nous de son pacifisme, partie intégrale d’une conviction écologique…

Source : René Dumont, une vie saisie par l’écologie de Jean-Paul Besset

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Un monde pacifié est possible

L’écologie porte un projet d’avenir, encore faut-il le définir. Comme l’exprime la Charte des Verts mondiaux*, le mouvement écologiste se veut pacifiste et non violent. Mais on ne peut pas préparer facilement la paix quand le système social est formaté pour la guerre depuis des siècles. Il faut s’en donner les moyens. Voici dix indications pour que la France concrétise la fin des guerres. Un tel programme peut paraître utopique, mais comme l’exprimait René Dumont, « L’utopie, c’est ce qui n’est pas encore réalisé. »

1) Constatons l’obsolescence du nationalisme

Contrer l’extrême droite passe par la critique du nationalisme en tant que fondement d’une attitude guerrière. L’idée de nation n’existe pas avant le XIXe siècle, c’est une construction historique récente qui a montré, deux guerres mondiales et des opérations colonialistes à l’appui, son échec. C’est un signe de repli sur soi qui dénature la préoccupation écologique, surtout à une époque où les risques sont systémiques et planétaire. Parce que les uns se sentent plutôt Français pendant que d’autres se veulent Américains ou Chinois, nous n’arriverons jamais à concrétiser internationalement un accord. C‘est à l’école d’expliquer l’importance de penser global et agir local, de se ressentir cosmopolite de coeur mais aussi de devenir gestionnaire de son territoire d’appartenance.

2) Changeons l’imaginaire social

La valorisation des récits de guerre doit être remplacé par une autre symbolique. Prenons l’exemple du drapeau. Il existe déjà un drapeau pour Terriens, celui de l’ONU. Ce drapeau a été adopté le 20 octobre 1947. Sa vocation est de promouvoir la paix dans le monde. Il utilise le bleu comme fond et le blanc comme couleur du motif ; le bleu représente la paix en opposition au rouge, couleur de la guerre. Le motif central, entouré de rameaux d’olivier comme symbole de paix, représente une carte du monde. Il devait avoir sa place dans toutes les mairies françaises à côté du drapeau national et du drapeau européen.

3) Pour une démilitarisation partielle de la JDC

La Journée de défense et de citoyenneté (JDC) est obligatoire pour tous les jeunes de 16 à 25 ans. A l’initiative du président Macron, une nouvelle version « militarisée » a été mise en place à partir de septembre 2025. Il serait normal, dans une optique de défense globale de la France, qu’un module sur la défense civile non violente (DCNV) soit présent lors de cette JDC.

4) Pouvoir se déclarer objecteur de conscience lors de la JDC

Actuellement il est interdit pour un jeune de se déclarer Objecteur de conscience (OC) lors de la JDC. Pourtant le statut d’OC est reconnu par la France depuis décembre 1963. Le droit à l’objection de conscience au service militaire repose aussi sur l’article 18 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, qui garantit le droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ou de conviction. Ce droit s’inscrit dans un effort historique de l’humanité pour circonscrire le pouvoir des autorités civiles, religieuses ou économiques.

5) Arrêtons les exportations d’armes de la France

Il existe aujourd’hui des dispositions mondiales régissant le commerce des os de dinosaures, mais pas celui des chars… or toute vente d’armes à des pays tiers est une erreur stratégique et un non sens si on recherche la paix. Une des revendications de l’écologie politique devrait être l’arrêt des exportations d’armement, de façon unilatérale pour la France puisqu’il ne faut pas s’attendre à ce que les autres commencent. Ce sera un exemple à suivre…

6) Désarmons le nucléaire français

Les faits sont têtus : l’arme nucléaire n’empêche pas la guerre ni un territoire national d’être attaqué. Une Campagne internationale pour abolir les armes nucléaires (ICAN) a reçu en 2017 le prix Nobel de la paix pour son « travail de sensibilisation sur les conséquences humanitaires catastrophiques de toute utilisation d’armes nucléaires », ainsi que pour une « initiative inédite visant à obtenir l’interdiction de ces armes au moyen d’un traité ». La ratification unilatérale par la France du Traité sur l’interdiction des armes nucléaires (TIAN) doit être un objectif à atteindre par divers moyens. Avec l’Appel des villes en faveur du TIAN, 99 villes et collectivités territoriales se sont déjà mobilisées – parmi elles Paris, Marseille, Lyon, Montpellier, Bordeaux, Saint-Étienne, Poitiers… Le désarmement nucléaire unilatéral de la France est nécessaire. L’exemplarité est un atout majeur.

7) Pacifier l’objectif de l’Union européenne

Les fondateurs de l’Union européenne ont poursuivi deux objectifs en parallèle, un projet de paix et un projet de puissance. Dans le cadre du projet de paix, l’Europe est une volonté de réconciliation des peuples. Dans celui du projet de puissance, la construction européenne implique la défense des pays participants. En d’autres termes, le projet de paix exige le sacrifice des identités nationales au profit de valeurs universelles tandis que le projet de puissance requiert le développement d’une force armée. Mais constituer un nouveau bloc dédié à la guerre ne peut que renforcer la militarisation du monde. L’UE doit se situer dans une optique transnationale, comme force de paix et non de puissance.

8) Constatons l’obsolescence de l’OTAN

L’Organisation du traité de l’Atlantique nord (North Atlantic Treaty Organization) est l’organisation politico-militaire mise en place le 4 avril 1949 pendant le blocus de Berlin exercé par les Soviétiques. L’OTAN est obsolète depuis la fin de la guerre froide. Dans un contexte actuel où les pays de l’OTAN devraient atteindre 5 % du PIB consacré à la défense militaire, ce qui n’est qu’une volonté unilatérale de Trump, les écologistes se doivent de proposer des alternatives. Plutôt qu’un soutien à l’OTAN, organisation guerrière, la France doit soutenir l’ONU.

9) Soutenons l’ONU à l’initiative de la France

L’ONU, en tant qu’organisation mondiale en charge de la gestion des conflits et du maintien de la paix, est une structure fragile. Les Casques bleus sont constitués principalement de militaires prêtés par des pays membres de l’ONU. La France, en confiant la gestion de toutes nos forces armées à l’ONU, ferait basculer nos forces armées d’une préparation dédiée à la guerre vers une simple force d’interposition. Qui attaquerait la France alors qu’elle se positionne dans l’orbite des Nations unies ?

10) Renforçons les instances internationales à l’initiative de la France

– suppression du droit de veto des grandes puissances au Conseil de sécurité

– soutien de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), de la Cour internationale de justice (CIJ) et de la Cour pénale internationale (CPI).

annexe

* Charte des Verts mondiaux adoptée à Canberra en 2001 : « Nous déclarons notre engagement en faveur la non-violence et nous nous efforçons de créer une culture de paix et de coopération entre les États, au sein des sociétés et entre les individus pour en faire le fondement de la sécurité mondiale. »

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