pacifisme

RÉFÉRENDUM POUR ABOLIR LES ARMES NUCLÉAIRES

Positionnement des Écologistes par rapport aux armes nucléaires : une MOTION PROGRAMMATIQUE  devrait faire l’objet du Conseil Fédéral du 11 juillet 2026.

 RÉFÉRENDUM POUR ABOLIR

LES ARMES NUCLÉAIRES ET RADIOACTIVES (extraits)

En RÉSUMÉ

Aux racines de la guerre et du chaos actuel, il y a le non-respect de leurs obligations par les États dotés d’armes nucléaires – dont la France. Ils n’ont jamais entamé les négociations prévues depuis 1970 par l’Article VI du TNP en vue d’aboutir à un monde sans armes nucléaires ni radioactives, par un désarmement multilatéral planifié, progressif, intégral, universel et strictement contrôlé. Le peuple français est le seul acteur capable de forcer ses dirigeants à en prendre l’initiative, et le seul moyen actuel de lui donner la parole est un référendum d’initiative partagée.

MOTiFS

– Avec plus de 12 000 armes nucléaires dont 4000 « déployées », chaque humain est assis sur un baril de poudre.

– L’arme nucléaire incite des dirigeants comme Poutine, Trump ou Netanyahou à piétiner le droit.

– « Tout État qui emploie des armes nucléaires doit être considéré comme violant la Charte des Nations Unies, agissant au mépris des lois de l’Humanité et commettant un crime contre l’Humanité et la civilisation » (Résolution de l’ONU 1653 XVI du 24 novembre 1961).

– Obligation légale de désarmement, obligation inscrite dans l’article VI du Traité de Non-Prolifération nucléaire (TNP), auquel la France a adhéré en 1992, et concerne tous les États Dotés d’Armes Nucléaires.

– Employée contre un autre État nucléaire, l’arme nucléaire est suicidaire.

– Scandale démocratique : sans jamais avoir été consultés, nous Français dépensons des centaines de milliards à créer et entretenir un système d’armes

militairement inefficaces et moralement indéfendables. Le Chef de l’Etat décidera de nos vies et de millions d’autres vies en un quart d’heure.

– L’arme nucléaire n’est pas un « parapluie ». Au mieux, c’est un paratonnerre, qui attire la foudre.

– « L’ultime avertissement » sera, par définition, une frappe nucléaire en premier. C’est jouer à la roulette russe, ouvrir la boîte de Pandore.

MOTION

Le Conseil Fédéral soutient la Proposition Parlementaire de Loi suivante :

Article 1. La France participe à l’abolition des armes nucléaires et radioactives et engage avec l’ensemble des États concernés des négociations visant à établir, ratifier et appliquer un traité d’interdiction et d’élimination complète des armes nucléaires et radioactives, sous un contrôle

mutuel et international strict et efficace. »

« Article 2. L’article 1 ci-dessus est soumis à l’approbation des Français par référendum, en application de l’Article 11, alinéa 3, de la Constitution. »

La signature d’au moins 20 % des parlementaires eux (185 sur 925) suffit à enclencher le processus du RIP.

RÉFÉRENCES

I. Les fondamentaux du parti « Les Écologistes »

Selon les statuts du parti en vigueur depuis le 18 mars 2024 : « Les Écologistes constituent un mouvement démocratique large, divers, ouvert, dont l’ensemble des membres arment leur adhésion à la Charte des verts Mondiaux adoptée en 2001 :

« La poursuite d’un désarmement général et complet, y compris des accords internationaux pour garantir l’élimination complète et irrévocable des armes nucléaires, biologiques et chimiques ainsi que des mines antipersonnel et des munitions à l’uranium appauvri. »

II. Résolutions antérieures du Conseil Fédéral d’Europe Ecologie-Les Verts

1. Le Conseil fédéral du 5 juin 2011 s’associe officiellement à l’Appel international pour une Europe sans armes ni centrales nucléaires

2. « Le Conseil fédéral des 23 et 24 juin 2012 demande à l’ensemble de ses représentant-e-s au parlement et au gouvernement de tout mettre en oeuvre pour que soit mis à l’étude dans un délai rapproché un projet de loi portant l’organisation d’un référendum sur la question suivante : « Approuvez-vous que la France participe avec les autres Etats concernés à l’élimination complète des armes nucléaires, sous un contrôle mutuel et international strict et efficace ? »

3. Le Conseil fédéral des 11 et 12 mars 2017 décide d’appeler la France à ne plus s’opposer aux propositions de principes d’un projet de traité d’interdiction des armes nucléaires en vue de leur élimination et approuve la proposition de loi parlementaire organisant un référendum national sur la question : « Voulez-vous que la France négocie et ratifie avec l’ensemble des Etats concernés un traité d’interdiction et d’élimination complète des armes nucléaires, sous un contrôle mutuel et international strict et efficace ? »

4. Le Conseil fédéral des 1er et 2 octobre 2022 souhaite impulser de nouvelles initiatives européennes pour le désarmement nucléaire dans le monde et refuse toute prolifération européenne des armes nucléaires françaises – tant en termes de financement européen qu’en termes de scénarii d’utilisation. Il n’exclut pas la possibilité d’engager une initiative de désarmement nucléaire au niveau français sans consensus européen sur le sujet et lorsque les conditions seront réunies.

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La « sécurité nationale », un tournant répressif

La notion de « sécurité nationale » provient du champ américain : en 1947, le National Security Act a construit le dispositif actuel de sécurité, en créant le département de la défense, mais aussi le Conseil de sécurité nationale rattaché au président des Etats-Unis et à la CIA (l’agence de renseignement extérieur américaine). Introduite en France par une loi de programmation militaire de 2009, cette notion s’est progressivement substituée à celle de « défense nationale », datant de 1959.

Julien Fragnon : Dans le cadre de la discussion sur l’actualisation de la loi de programmation militaire, l’Assemblée nationale a adopté, le 19 mai 2026, un article créant un « état d’alerte de sécurité nationale ». Ce nouveau régime juridique vise à renforcer la protection des secteurs d’importance vitale et à faciliter le lancement de marchés publics en dérogeant à certaines normes environnementales ou d’urbanisme. Il ne viserait qu’à s’adapter à une nouvelle configuration des relations internationales, un espace hybride entre la guerre et la paix. En brouillant les frontières du militaire et du policier, elle fournit un cadre d’action qui pense la sécurité de manière globale – à l’intérieur et à l’extérieur d’un territoire – et dans des domaines très différents tels que l’économie, la santé, les risques industriels, le terrorisme, la criminalité organisée, les risques cyber…

Le point de vue des écologistes éco-anxieux

Parler de  sécurité est légèrement légitime dans un monde marqué par la multiplication des menaces hybrides qu’il s’agit de gérer et non plus seulement d’empêcher. Mais le risque est de créer un amalgame entre des menaces de nature différente ; la sécurité nationale demeure un ensemble relativement flou qui mêle indistinctement toutes formes d’actions sécuritaires de l’État.

A l’instar de l’évolution du système antiterroriste, l’utilisation croissante dans le droit de la notion de sécurité nationale conduit à éroder toujours plus le rapport entre sécurité et liberté et à fragiliser les garanties apportées par l’État de droit. Rien n’empêcherait qu’un gouvernement non républicain ne dévoie ce nouveau régime juridique contre toute opposition, sans même avoir à modifier la loi.

Le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) estimait dans son rapport du 8 janvier 2022 que l’insécurité n’est pas seulement liée aux questions économiques mais aussi à la pression de l’homme sur la nature. Et d’en conclure que le mode de développement actuel n’est satisfaisant ni pour les populations ni pour la planète.

Se polariser sur la « sécurité nationale » envisagée comme le simple renforcement des mesure de répression occulte l’insécurité profonde de notre société sur-développée qui saccage la planète. En conséquence l’insécurité alimentaire devient une constate de nos sociétés et l’éco-anxiété se propage.

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Eco-anxiété, les jeunes à la peine (2023)

extraits : La crise environnementale est un parfait sujet d’anxiété. Il est potentiellement très grave, nous n’avons pas de prise directe, nous sentons le danger approcher… Il peut donc devenir envahissant, alimenter une sensibilité à la dépression, et priver les soignants de leviers pour remobiliser la personne, comme la projection dans l’avenir. » Les adolescents que reçoit la psychiatre Marion Robin ne se privent pas de lui faire savoir que« les adultes ont bousillé la planète….

Pour en savoir encore plus

Eco-anxiété, dépression verte, « solastalgie » (2019)

Écologie, la peur peut être bonne conseillère (2021)

L’écoanxiété a-t-elle besoin d’être soignée ? (2021)

La jeunesse s’inquiète des chocs écologiques (2022)

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Crime d’agression, crime contre la paix

création d’un tribunal spécial pour juger l’invasion du pays par la Russie

https://www.lemonde.fr/international/article/2026/05/16/un-tribunal-special-cree-pour-juger-le-crime-d-agression-contre-l-ukraine-qui-salue-un-jour-historique_6689862_3210.html

Trente-six pays, majoritairement européens, et l’Union européenne (UE) se sont engagés le15 mai 2026, lors de la réunion annuelle des ministres des affaires étrangères du Conseil de l’Europe, à créer un tribunal spécial pour le crime d’agression contre l’Ukraine. C’est la première fois depuis les procès de Nuremberg (1945-1946), en Allemagne, et de Tokyo (1948), au Japon, après la seconde guerre mondiale, qu’un tribunal international est institué pour juger le crime d’agression.

Pour des raisons à la fois politiques et juridiques, aucune des deux cours de justice créées sous l’égide de l’Organisation des Nations unies (ONU) – la Cour internationale de justice (CIJ), qui règle les conflits entre Etats, et la Cour pénale internationale (CPI), qui juge les crimes de génocide, les crimes contre l’humanité et les crimes de guerre – ne pouvait prétendre juger un jour le président russe, Vladimir Poutine, pour l’agression de l’Ukraine. L’agression de l’Ukraine est claire, sans ambiguïté. Dès le 2 mars 2022, à New York, 141 Etats sur 195 de l’Assemblée générale de l’ONU condamnent « l’agression contre l’Ukraine ».

Le crime d’agression bien figure au statut de la CPI. Mais les grandes puissances, Etats-Unis en tête, après leur agression de l’Irak en 2003, refusent que ce crime puisse être poursuivi à l’initiative du procureur de la CPI et exigent que le Conseil de sécurité de l’ONU, où ils disposent d’un droit de veto, soit le décisionnaire unique d’éventuelles poursuites pour agression. L’idée d’un tribunal ad hoc, pour juger l’agression contre l’Ukraine, permet donc de contourner la paralysie de la CPI. Les Etats doivent encore faire ratifier l’idée du tribunal spécial par leurs Parlements et en trouver le financement. La Russie, de son côté, refuse toute idée de justice, estimant que tout conflit doit s’achever par une amnistie.

Nous sommes à un moment de l’histoire où, d’un côté, il y a une destruction méthodique du droit international et du multilatéralisme, et, de l’autre côté, des gens qui continuent à construire.

Annexe documentaire

La notion de crime contre la paix, plus précisément de « crimes contre la paix et la sécurité de l’humanité », a été définie par l’accord de Londres du pour les tribunaux militaires internationaux de Nuremberg et de Tokyo établis après la Seconde Guerre mondiale. Selon ces accords, un tel crime se définit par « la direction, la préparation, le déclenchement ou la poursuite d’une guerre d’agression, ou d’une guerre en violation des traités, assurances ou accords internationaux, ou la participation à un plan concerté ou à un complot pour l’accomplissement de l’un quelconque des actes qui précèdent ». La poursuite des personnes pour ce genre de crime ne concerne que les dirigeants d’un pays et les très hauts officiers militaires.

Depuis, cette notion a été remplacée par celle de crime d’agression.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Crime_contre_la_paix

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Le pape Léon XIV, un pacifiste convaincu

Robert Francis Prevost devenu pape s’est placé dans les pas de son prédécesseur Léon XIII, dont l’encyclique, Rerum novarum, de 1891 marqua l’entrée de l’Eglise catholique dans l’arène sociale. Le choix par Léon XIV de la date anniversaire de Rerum novarum, le 25 mai, pour signer Magnifica humanitas (« Magnifique humanité »), est lourd de sens. Consacrée à l’intelligence artificielle (IA), c’est sa première encyclique : les « algorithmes opaques » contrôlés par des firmes privées menacent de faire apparaître de « nouvelles formes de déshumanisation ».

Mais l’encyclique « Magnifica humanitas » est aussi une critique de la guerre automatisée et de la doctrine de la « guerre juste ». En résumé :

IA, paix et humanité, le retentissant avertissement du pape

éditorial du MONDE :

éditorial du MONDE : « Désarmer » l’IA ne signifie pas renoncer à la technologie, mais l’empêcher de dominer l’humain. Cela passe moins par des choix techniques que par la soumission de l’utilisation des données à « un contrôle public » et l’affirmation du « rôle irremplaçable de la personne ». Léon XIV prend également position dans un domaine où l’intelligence artificielle fait peser un autre risque de déshumanisation, celui de la guerre. La présence à Rome, à la conférence de presse de lancement de l’encyclique, de l’un des fondateurs de la firme californienne Anthropic, qui s’est heurté au Pentagone du fait de son refus d’utiliser l’IA pour rendre les armes autonomes, le confirme : le pape américano-péruvien est déterminé à rappeler au monde ses obligations morales, même en désavouant l’administration Trump.

Face au vice-président, J. D. Vance, converti récemment au catholicisme, Léon XIV réaffirme « le dépassement de la théorie de la “guerre juste” ». C’est parce que le monde s’engage dans une spirale mortifère banalisant une « culture violente de la puissance » que l’intelligence artificielle doit, selon le pape, faire l’objet de ce qu’exècre le plus la Maison Blanche, une régulation internationale. Qu’il faille une autorité religieuse pour rappeler avec force des principes humanitaires, qui devraient être défendus par tous les régimes démocratiques, n’a rien de rassurant.

Le pape Léon XIV appelle à « désarmer l’intelligence artificielle », il n’y a pas de guerre juste

Sarah Bellouezzane : Adressé à tous, sans mention d’aucun pays, le message du pape regrette la « construction d’un monde en état de guerre permanente ». Pour sa conférence de presse, le Vatican a convié Christopher Olah, cofondateur d’Anthropic, l’entreprise à l’origine du logiciel Claude. La start-up s’était illustrée en février par sa volonté de brider les armes tournant sur son modèle, les empêchant de tuer sans intervention humaine. Une restriction qui avait provoqué l’ire du président américain, Donald Trump, et enclenché une bataille judiciaire entre l’entreprise et l’administration américaine. Cette position a su séduire le Vatican, qui, en invitant Anthropic, lui appose l’étiquette d’entreprise responsable.

La question des armes gérées par IA est l’une des nombreuses préoccupations, morales, économiques, sociales et religieuses, que le pape soulève. Il faut « soustraire l’IA à la logique de la compétition armée, qui n’est plus aujourd’hui seulement militaire, mais aussi économique et cognitive », et empêcher « la technologie de dominer l’humain » affirme le pape.

Aux Américains, en particulier au vice-président catholique J. D. Vance, qui a invoqué le concept de « guerre juste » pour justifier l’attaque en Iran, le pape déclare : « Aujourd’hui, plus que jamais, il est important de réaffirmer le dépassement de la théorie de la “guerre juste” trop souvent invoquée pour justifier n’importe quelle guerre, sous réserve du droit à la légitime défense dans son sens le plus strict. » Reliant ce contexte à l’utilisation de l’IA, le pape estime qu’il « n’est pas acceptable de confier à des systèmes artificiels des décisions mortelles » : « La décision de recourir à la force létale (…) doit rester sous un contrôle humain effectif, conscient et responsable. Enfin, il est nécessaire d’établir des règles communes, y compris au niveau international, qui freinent la course aux armements technologiques et assurent une protection particulière aux civils comme aux infrastructures essentielles à leur survie. »

Ces dernières semaines, Léon XIV n’avait pas été avare de critiques contre la politique belliqueuse des Etats-Unis et la guerre qu’ils ont déclenchée, avec Israël, contre l’Iran, en février. Des appels à la paix et une condamnation de la justification religieuse des conflits qui ont poussé Donald Trump à s’en prendre au pape sur son réseau, Truth Social, le qualifiant de « faible sur le crime ». En réponse, Léon XIV avait déclaré, début avril, dans l’avion qui le menait en Afrique : « Je n’ai peur ni de l’administration Trump ni de dire le message de l’Evangile. »

Léon XIV ne se borne pas à dire qu’un autre monde est possible, il nous invite à bâtir cet autre monde

Alberto Melloni : C’est un refus clair de la théorie de la « guerre juste » (paragraphe 192) qui coexiste avec l’idée que la « force létale » doit rester sous le contrôle de l’humain, et ne pas être confiée à un agent moral artificiel (paragraphe 200). Alors qu’aucune encyclique contemporaine ne prend pour point de départ un acte du pape précédent, Magnifica humanitas développe ainsi plusieurs aspects du message délivré par le pape François lors de la Journée internationale de la paix de 2024. A cela se mêlent des réflexions sur l’IA, réflexions que le pape sait provisoires, compte tenu de l’oubli rapide qui accompagne les encycliques pontificales – notamment la condamnation de la possession des armes atomiques dans l’encyclique Fratelli tutti du pape François (2020).

Léon XIV n’invoque pas les sentiments, mais la pensée. Une pensée exigeant pour demain un engagement qui n’existe pas aujourd’hui. C’est en soi un programme. 

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La lettre encyclique MAGNIFICA HUMANITAS

Quelques extraits de la Lettre encyclique MAGNIFICA HUMANITAS du Saint-Père LÉON XIV pour promouvoir la paix (25 mai 2026)

sur la protection de la personne humaine

à l’ère de l’intelligence artificielle

banalisation de la guerre

189. En 1965, le cri de saint Paul VI résonnait avec force devant l’Assemblée Générale des Nations Unies : « jamais plus la guerre, jamais plus la guerre ! ». Nous devons reconnaître que, malgré les aspirations et les proclamations de paix, les soixante dernières années ont été marquées par des conflits d’une férocité impressionnante. Un tournant s’est produit après la Seconde Guerre mondiale : la paix avait été placée au centre de l’ordre international, comme en témoigne notamment la Charte des Nations Unies, qui se propose de « préserver les générations futures du fléau de la guerre » ; de nombreuses Constitutions nationales, dans le même esprit, avaient relégué le recours aux armes à des cas extrêmes et strictement délimités.

190. Aujourd’hui, en revanche, nous assistons à un véritable changement de paradigme dans le discours public et dans les choix en matière de réarmement, avec une réhabilitation inquiétante de la guerre en tant qu’instrument de politique internationale, tandis que les critères éthiques mêmes qui en avaient limité l’usage sont progressivement érodés. Des formes de conflit pour l’expansion territoriale que l’on croyait dépassées réapparaissent. L’opinion publique est progressivement orientée et habituée par des récits médiatiques polarisants, souvent amplifiés par des algorithmes qui valorisent la confrontation et l’opposition.

192. Ainsi, la guerre n’est pas seulement menée, mais aussi préparée culturellement à travers des récits simplistes, des logiques ami-ennemi, la désinformation et la peur. Lorsque la mémoire historique s’estompe et que les critères éthiques qui protègent les civils et les plus fragiles s’affaiblissent, il devient plus facile de présenter la violence comme nécessaire, inévitable, voire “propre”. C’est dans ce climat que l’humanité est en train de glisser vers une culture violente de la puissance, où la paix n’apparaît plus comme une tâche à assumer, mais comme un intervalle précaire entre les conflits.

Aujourd’hui plus que jamais, il est important de réaffirmer le dépassement de la théorie de la “guerre juste” trop souvent invoquée pour justifier n’importe quelle guerre, sous réserve du droit à la légitime défense dans son sens le plus strict. La magnifique humanité dispose d’outils bien plus efficaces et capables de promouvoir la vie humaine pour faire face aux conflits, tels que le dialogue, la diplomatie, le pardon. Le recours à la force, à la violence et aux armes témoigne d’une pauvreté relationnelle qui a toujours des conséquences désastreuses sur les populations civiles.

La force sans limites

193. Un élément déterminant du paysage actuel est l’essor de l’industrie de guerre, devenue un secteur clé de l’économie de certains pays. Le lien étroit entre les intérêts économiques, les appareils militaires et les décisions politiques engendre une “nation armée” où la guerre apparaît presque comme le prolongement naturel de la politique et où le marché de l’armement devient un moteur autonome des choix belliqueux. En ce sens, il existe une logique économique qui contribue à alimenter les tensions dans différentes régions du monde.

194. Par le passé, la prise de conscience de la menace que représentent les armes capables de détruire l’humanité tout entière avait favorisé des voies de désescalade et de négociation en matière de désarmement. Nous sommes malheureusement sortis de cet horizon et l’évolution des arsenaux nucléaires – y compris la perspective d’utilisations tactiques, fait apparaître le recours à ces engins comme une possibilité de moins en moins lointaine.

Dans ce contexte, l’entrée en vigueur en 2021 du Traité sur l’interdiction des armes nucléaires, soutenu par plus de soixante-dix pays, constitue un signe important, mais risque de rester en grande partie symbolique, puisque les principales puissances nucléaires n’y adhèrent pas. C’est ainsi que s’est répandue la conviction, erronée, que la dissuasion nucléaire est une condition indispensable à la sécurité. Ceci a pour effet d’alimenter une nouvelle course aux armements difficilement contrôlable, accompagnée du démantèlement progressif des accords de réduction des armes nucléaires et du développement d’engins “miniaturisés”, qui facilitent leur utilisation comme une option viable.

195. On retrouve la même logique dans les conflits conventionnels : la puissance militaire, la faiblesse des initiatives diplomatiques et la complexité des intérêts en jeu favorisent des conflits qui ont tendance à s’enliser, avec un coût humain et environnemental extrêmement élevé. Il est bien plus facile de déclencher une guerre que d’y mettre fin, et pourtant, la réflexion sur la prévention des conflits reste dramatiquement marginale.

Armes et IA

197. À ce contexte s’ajoute le développement incessant des systèmes d’armes, en particulier des armes liées à l’IA. La facilité croissante avec laquelle les systèmes d’armes à autonomie opérationnelle peuvent être utilisés rend la guerre moins soumise au contrôle humain, ce qui va à l’encontre du principe selon lequel l’usage de la force armée ne doit intervenir qu’en dernier recours. C’est pourquoi le développement et l’utilisation de l’IA dans le domaine militaire doivent être soumis aux contraintes éthiques les plus rigoureuses en évitant une course aux armements.

198. Il n’est donc pas acceptable de confier à des systèmes artificiels des décisions mortelles. Il n’existe aucun algorithme capable de rendre la guerre moralement acceptable. L’IA nous habitue à l’idée que la violence est inévitable et qu’il suffit de l’optimiser. Il est donc primordial d’inculquer des valeurs dans la programmation des systèmes artificiels que nous construisons.

199. Lorsque la décision de frapper devient automatique ou opaque, le risque de déresponsabilisation augmente. C’est pourquoi la chaîne des responsabilités doit rester identifiable et vérifiable. Le deuxième critère concerne le délai du jugement moral. L’IA tend à raccourcir les délais de décision ; mais, en temps de guerre, les décisions irréversibles ne peuvent avoir pour critères suprêmes la rapidité et l’efficacité. Le troisième critère est l’identification et la protection des civils. Toute technologie qui facilite le fait de frapper sans voir le visage de l’autre abaisse le seuil moral du conflit. La sélection des cibles et l’usage de la force ne peuvent confondre combattants et non-combattants, ni ignorer l’impact sur les populations sans défense.

205. Derrière tout cela se cache un faux “réalisme”, fondé sur une conviction culturelle et anthropologique, comme si la guerre faisait inévitablement partie de la nature humaine. Il en a toujours été ainsi, dit-on, à l’exception de brèves parenthèses, et il en sera toujours ainsi ! Le problème n’est donc plus la paix, perdue comme référence dans le paysage international, mais comment et quand agir militairement, tout en affirmant qu’il serait irresponsable de ne pas se préparer à l’affrontement. Au contraire, ce qui est vraiment irresponsable, c’est la Realpolitik, cette forme de “réalisme” politique qui sème dans les consciences comme dans la culture la résignation face à une guerre inéluctable, et qui considère la paix et le dialogue comme des positions utopiques ou irrationnelles. Au contraire, la paix n’est pas un espoir naïf ni une simple absence de guerre : elle est le fruit, toujours possible, de la justice et de la charité.

208. Dans les pays marqués par de graves tensions sociales, nous ne pouvons pas exclure que certains finissent par considérer le conflit armé comme un moyen efficace de détourner l’attention des problèmes internes et comme un instrument de gestion cynique des difficultés.

Désarmer les mots

214. La première contribution que nous pouvons apporter à une civilisation plus humaine est de prêter attention à nos paroles. « Désarmons les mots et nous contribuerons à désarmer la Terre ». Le pouvoir des mots est immense et nous en faisons l’expérience dans notre communication quotidienne, lorsque quelqu’un nous dit quelque chose qui modifie notre état d’esprit, en bien ou en mal. « La paix commence par chacun de nous : par la manière dont nous regardons les autres, dont nous les écoutons, dont nous parlons d’eux ; et, en ce sens, la manière dont nous communiquons est d’une importance fondamentale : nous devons dire “non” à la guerre des mots et des images ». Nous devons donc tous faire un examen de conscience sur les mots que nous utilisons, sur les préjugés dont ils sont chargés et sur l’agressivité, ouverte ou latente, qui les habite.

Nous avons une réelle possibilité de contribuer au bien chaque fois que nous disons la vérité, que nous donnons un conseil avisé, que nous soutenons ceux qui ont besoin de réconfort, que nous dénonçons une injustice, et que nous donnons la parole à ceux qui ne l’ont pas.

221. Sur le plan politique, il est urgent de passer de la “culture de la puissance” à une véritable “culture de la négociation” dans laquelle le dialogue et les relations diplomatiques deviennent une voie habituelle pour gérer les conflits, comme le souhaitait Giorgio La Pira : « Il faudra remplacer la méthode de la guerre par la méthode de la paix : la méthode de la négociation, de la rencontre, de la convergence ». La conscience d’un destin commun des peuples exige que la “culture de la négociation” devienne de plus en plus un engagement partagé, politique et culturel, capable d’éloigner progressivement l’humanité de la spirale de la violence.

222. À ceux qui ont l’honneur et la responsabilité de gouverner, je voudrais répéter quelques paroles que j’ai prononcées au début de mon Pontificat :

« Les peuples veulent la paix et je dis aux responsables des peuples : rencontrons-nous, dialoguons, négocions ! La guerre n’est jamais inévitable, les armes peuvent et doivent se taire, car elles ne résolvent pas les problèmes, elles les aggravent ; ce sont ceux qui sèment la paix qui passeront à la postérité, pas ceux qui font des victimes ; les autres ne sont pas d’abord des ennemis, mais des êtres humains avec qui parler. Fuyons les visions manichéennes typiques des récits violents qui divisent le monde entre bons et méchants ».

223. En rejetant la logique de la violence, le dialogue interreligieux joue un rôle décisif, car au cœur des grands itinéraires spirituels se trouve un message de paix. Ceux qui utilisent le nom de Dieu pour légitimer le terrorisme, la violence ou la guerre en trahissent le visage : combattre au nom de la religion revient, en réalité, à porter atteinte à la religion elle-même. Les croyants peuvent puiser à nouveau aux sources les plus authentiques de leurs traditions spirituelles, où il n’y a pas de place pour la haine sacralisée.

226. Les organisations internationales, en particulier l’ONU, restent des instruments essentiels pour promouvoir une civilisation de l’amour, en soutenant le dialogue entre les nations, le règlement pacifique des conflits, le développement intégral des peuples, la protection des personnes les plus vulnérables, le désarmement et la sauvegarde de la création. À travers ces instances, la communauté internationale peut chercher à libérer les ressources destinées à l’armement pour les affecter à la promotion humaine et à la protection de la Maison commune. La faiblesse actuelle de l’ONU et du système politique international révèle la nécessité de réformes profondes. Il ne s’agit pas seulement d’ajustements techniques, puisque la crise des convictions et des valeurs touche également les fondements éthiques de la vie des nations.

LÉON PP. XIV, Donné à Rome, près de Saint-Pierre, le 15 mai de l’année 2026, la deuxième de mon Pontificat.

Cf. L’intégrale de l’encyclique

https://static.bayard.io/la-croix.com/cue/download/Lettre-encyclique-MAGNIFICA-HUMANITAS-du-Saint-Pere-Leon-XIV.pdf

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GORBATCHEV en 1987, contre la bombe atomique

Toutes les révolutions commencent dans la classe dirigeante. En Russie, la fin du régime soviétique porte un nom : Mikhaïl GORBATCHEV. Le dirigeant de l’URSS a tenu en 1987 un discours qu’aucun dirigeant politique ne relaye aujourd’hui dans le monde. Gorbatchev croyait la dénucléarisation de la guerre irréversible, aujourd’hui Poutine menace de ses fusées balistiques, Macron prône la « dissuasion nucléaire avancée » et le parti « Les Écologistes » veut s’aligner sur Macron.

GORBATCHEV en 1987, contre la bombe atomique (résumé)

au Forum suprême de la société soviétique qu’est le congrès du Parti

‘Mesdames et messieurs, Camarades !

L’accumulation de l’arme nucléaire et de ses vecteurs au-delà des limites raisonnables ont rendu l’homme techniquement capable de mettre fin à sa propre existence. En même temps, l’accumulation du matériau social explosif dans le monde, les tentatives de continuer à régler les problèmes d’un monde par la force et par des procédés hérités de l’âge de la pierre, rendent également la catastrophe très probable. La militarisation de la mentalité et du mode de vie affaiblit, voire supprime les freins moraux qui retiennent le mouvement vers le suicide nucléaire.

La course au suicide

Nous n’avons pas le droit d’oublier que le premier pas a déjà été franchi. L’arme nucléaire a bel et bien été employée contre les humains à deux reprises. Dans des dizaines de cas la possibilité de l’utiliser contre d’autres États a été envisagée sérieusement. Je le dis pour souligner encore une fois combien l’humanité s’est rapprochée du point de non-retour. Aujourd’hui, un sous-marin stratégique porte un potentiel d’extermination égal à plusieurs Seconde Guerre mondiale. Et ces sous-marins se comptent par dizaines et, à part eux, il y a encore bien d’autres systèmes nucléaires. Il est impossible de se représenter cet enfer, cette négation de l’idée même de l’homme qui se produirait si même la partie la plus infime des arsenaux nucléaires modernes était utilisée. Après une guerre nucléaire, il n’y aura plus de problèmes, car il n’y aura plus personne pour se réunir, pas même autour d’une table de négociations, ni autour d’une souche, autour d’une pierre.

La tornade nucléaire balaiera aussi bien les socialistes que les capitalistes, les justes et les pêcheurs. Le ‘sauf-conduit nucléaire’ peut à tout moment se transformer en arrêt de mort pour l’humanité. Plus les armes nucléaires seront nombreuses, plus les chances de les maîtriser seront minces : sophistication des systèmes techniques dont elles sont tributaires, éventualité permanente de pannes techniques, manifestations de la faiblesse humaine ou de la mauvaise volonté de quelqu’un, tout cela représente un immense éventail de hasards.

Une seconde Arche de Noé ne survivra pas au déluge nucléaire. Il me semble que tout le monde arrive à le conceptualiser. Il reste maintenant à se rendre compte qu’il est déjà trop tard pour espérer que les choses s’arrangeront d’elles-mêmes. Il faut, sans plus attendre, adapter les échanges internationaux, le comportement des gouvernements et des États aux réalités de l’ère nucléaire. (Mais) il ne faut pas oublier la contradiction entre la guerre et la paix, sachant qu’on doit s’efforcer de la résoudre au profit de la paix. Pour y arriver, il faut échanger mutuellement tout ce qui a été réalisé de meilleur dans l’Histoire (…)

Des tentatives ont été faites pour instaurer un ordre mondial qui empêcherait le massacre des peuples de se répéter. L’Organisation des Nations Unies fonctionne. D’autres structures permettent les contacts entre États. Bref, la recherche des moyens politiques permettant à la communauté mondiale d’échapper à cette « logique » vicieuse qui amenait aux guerres mondiales se poursuit. L’on parle souvent de la menace sur la paix et la liberté émanant prétendument de l’URSS. Eh bien, la réorganisation que nous avons engagée montre à tous où nous voulons orienter nos ressources. Nous voulons plus de socialisme, et donc nous voulons plus de démocratie. Une nouvelle mentalité s’impose ; il est nécessaire de renoncer à des stéréotypes et à des dogmes hérités d’un passé irrévocablement révolu.

Pour un système global de sécurité

Après l’embrasement d’Hiroshima et de Nagasaki, la guerre mondiale cessait d’être ‘la poursuite de la politique par d’autres moyens’. Une guerre mondiale ferait disparaître les auteurs eux-mêmes d’une telle politique. Nous nous sommes astreints à bien nous imprégner de la compréhension du fait qu’en accumulant des armements nucléaires et en les perfectionnant, le genre humain se privait de l’immortalité. Il ne peut la retrouver qu’en détruisant l’arme nucléaire. Nous ne sommes pas des juges et les milliards d’hommes ne sont pas des criminels qu’il faut châtier. C’est pourquoi il faut briser la guillotine nucléaire. Les puissances nucléaires doivent entrer dans un monde dénucléarisé.

Il y a un an, à ce Forum suprême de la société soviétique qu’est le congrès du Parti, nous avons exposé notre conception du monde, notre conception philosophique de son présent et de son avenir. Nous avons élaboré, sur sa base, une plate-forme politique concrète, celle d’un système global de sécurité internationale. Il s’agit justement d’un système qui repose sur le principe selon lequel il est impossible de garantir sa propre sécurité au détriment de celle des autres. C’est un système qui tient rigoureusement compte des principes de la sécurité : militaire, politique, économique et humaine.

Nous avons avancé un programme de liquidation de l’arme nucléaire d’ici à l’an 2000. Il a été proclamé au nom du peuple soviétique le 15 janvier 1986. Nous sommes convaincus que cette date passera dans l’histoire de la lutte pour la sauvegarde de la civilisation. Mais avant cela, nous avons pris l’initiative d’arrêter toutes les explosions nucléaires. Bien plus, nous avons prorogé à maintes reprises notre moratoire unilatéral en la matière. C’est à nous que revient l’initiative du Sommet de Reykjavik où nous sommes venus avec des propositions qui, si elles avaient été acceptées par l’autre partie, auraient marqué l’arrêt de la course aux armements et un tournant radical vers le désarmement, vers l’élimination du danger nucléaire, la réduction des armements conventionnels et des forces armées en Europe.

L’heure de vérité sur Reykjavik

Je voudrais revenir sur Reykjavik qui a provoqué partout dans le monde une réaction brutale, ; il y a pas mal de gens qui croient sincèrement que la dissuasion nucléaire est un mal nécessaire pour conjurer le mal encore plus redoutable qu’est la guerre. Ils sont persuadés que c’est seulement en s’appuyant sur des menaces, sur la force et sur la possibilité permanente d’employer cette force que l’on peut et que l’on doit mener le dialogue avec les autres. Quelle serait notre attitude à l’égard d’un tel individu s’il nous arrivait de le rencontrer dans la rue ? Pourquoi donc de tels critères depuis longtemps qualifiés de barbares quand il s’agit des rapports entre les individus sont-ils toujours considérés comme une norme presque naturelle dans les rapports entre Etats ? ! Beaucoup d’hommes de notre génération se sont habitués à l’existence de l’arme nucléaire. Chez beaucoup, elle est devenue une sorte d’idole de la conscience réclamant des victimes toujours nouvelles. Il en est d’autres qui proclament que la course aux armements nucléaires est une garantie de la paix ou peu s’en faut. Hélas, l’arme nucléaire a beaucoup contribué à former le caractère de l’époque que nous vivons. Le culte de la force et la militarisation de la conscience détruisent l’âme des relations internationales. D’où la tâche de les humaniser.

Nous avons donc abordé le problème de la réduction des arsenaux nucléaires dans un registre conceptuel foncièrement nouveau, comme un problème à la fois politique et psychologique, et non comme un problème purement militaire et technique. La nouvelle mentalité politique est appelée à conférer une nouvelle qualité à la civilisation. Regardons la doctrine de la dissuasion sous un autre angle.

Sur le fond, c’est une politique de menaces. Cette politique ne réduit pas l’éventualité de conflits militaires mais, au contraire, l’accroît. Dans les discussions sur le désarmement, il arrive d’entendre la thèse suivante : la nature a nanti l’homme d’un certain ‘instinct de guerre’ et cet instinct serait indéracinable. On ne peut accepter de telles façons de voir. Elles rappellent les temps durant lesquels les armes étaient utilisées pour asservir d’autres peuples et les exploiter ou même les piller. Un tel passé ne justifie pas qu’il en soit de même à l’avenir et, a fortiori, il ne saurait lui servir de modèle. Au seuil du XXIe siècle, l’homme a de larges connaissances et sait faire énormément de choses. C’est pourquoi il se doit de bien comprendre la nécessité de démilitariser le monde. Nous sommes sûrs qu’un tel monde est possible.

A l’heure actuelle, la souveraineté de chaque Etat s’étend à l’espace atmosphérique au-dessus de son territoire national. Mais depuis l’espace, où l’on se propose maintenant d’installer des armes, c’est une menace beaucoup plus grave qui en émanera. De tels desseins sont une tentative de créer un nouvel instrument de chantage à l’encontre des Etats indépendants. Aussi n’est-il pas temps de poser la question de l’interdiction de ‘faire circuler’ des armes dans l’Espace au-dessus des populations d’autres pays en termes de droit international ! Notre principe est simple : il faut tout limiter et réduire. Là où il y a une inégalité en ce qui concerne certains éléments, il faut égaliser la situation. Non pas par leur accroissement chez celui qui est en retard, mais par leur réduction chez celui qui a pris une avance. La parité dans la capacité à s’anéantir mutuellement à plusieurs reprises est une folie, une absurdité.

Protéger notre ‘maison commune’

Les forces du militarisme qui sont partout synonymes de forces de l’ignorance et de la cécité spirituelle, ne sont pas toutes-puissantes. Tous les problèmes que j’ai cités sont importants, pas un seul problème ne pourra être normalement résolu si la course aux armements ne cesse pas. L’Union soviétique et tous les Soviétiques se conçoivent comme une partie de la communauté mondiale. Les inquiétudes de l’humanité sont nos inquiétudes, sa douleur est notre douleur, ses espoirs sont nos espoirs. Quelles que soient les divergences qui nous divisent, nous devons apprendre à préserver en commun la grande famille humaine. L’Humanité pensante est déterminée à sauver le don précieux de la vie sur Terre qui est peut-être unique dans l’univers.

Réfléchissez bien à ce que Vladimir Vernadski avait lancé en 1922 : « Auparavant, la pensée humaine s’employait sans réserve à maîtriser les forces de la nature. Aujourd’hui, une intervention dans la nature sans prendre en considération au préalable toutes les conséquences possibles qu’elle peut avoir, peut en faire un ennemi mortel de l’humanité ». L’accident de Tchernobyl nous l’a rappelé par une tragédie d’une ampleur relativement locale. Mais la course aux armements nucléaires nous entraîne irrésistiblement vers une tragédie universelle.

Mesdames, Messieurs, Camarades,

A mesure que croît la menace d’une nouvelle relance de la course aux armements, que s’aggravent brusquement les problèmes régionaux et ce qu’on appelle les ‘problèmes globaux’, le temps semble se comprimer. On ne saurait le gaspiller en tentant de jouer au plus malin, et d’obtenir des avantages unilatéraux. L’enjeu est trop grand : il y va de la survie de l’humanité. C’est pourquoi il devient vital de prendre en considération ce facteur critique qu’est le temps. Que vos efforts aident à la progression vers un monde dénucléarisé au nom de l’immortalité de la civilisation humaine !

Mikhail Gorbatchev – Discours prononcé le 16 février 1987.

source : https://athena21.org/polemologie-irenologie/proliferations-nucleaires/gorbatchev-in-memorium

NB : Mikhaïl Sergueïevitch Gorbatchev (1931-2022) a dirigé l’Union des républiques socialistes soviétiques (URSS) entre 1985 et 1991. Sur le plan intérieur, il lance une série de transformations connues sous les noms de perestroïka et de glasnost, soit une libéralisation économique, culturelle et politique du pays. Au niveau international, il amorce une politique tendant vers le désarmement nucléaire et une pacification des relations avec les États-Unis. Il a fondé en 1993 « Green Cross International ».

PS : Le dernier traité de désarmement nucléaire russo-américain (‘New START’) a expiré le 5 février 2026, sans perspective de renouvellement. Le monde se dirige tout droit vers n’importe quoi du moment que cela fait beaucoup de morts. Nous avons besoin d’un nouveau Gorbatchev …

GORBATCHEV en 1987, contre la bombe atomique Lire la suite »

Échec du traité de non-prolifération nucléaire

Selon le dernier rapport de l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (Sipri), les neuf Etats dotés de l’arme atomique (la Russie, les Etats-Unis, la France, le Royaume-Uni, la Chine, l’Inde, le Pakistan, Israël et la Corée du Nord) possédaient 12 241 ogives nucléaires en janvier 2025, dont 90 % entre les mains des Etats-Unis et de la Russie.

Le TNP (traité de non-prolifération nucléaire), entré en vigueur en 1970 et signé par la quasi-totalité des Etats hormis notamment Israël, l’Inde et le Pakistan, vise à empêcher la prolifération et à favoriser un désarmement complet. Mais il y a échec complet des discussions à l’ONU sur ce traité.

AFP : Après de multiples révisions d’un projet de déclaration, le président de la 11ᵉ conférence d’examen du traité de non-prolifération nucléaire a jeté l’éponge, renonçant à présenter le texte à l’adoption. La dernière version du texte vue par l’AFP vendredi se contentait de dire que Téhéran ne doit « jamais » développer d’arme atomique. Disparu toute mention de la Corée du Nord. Disparu également l’appel direct aux États-Unis et à la Russie de commencer des négociations sur un successeur du traité New Start limitant les arsenaux russe et américain, expiré en février.

Certains États non nucléaires commencent à se demander si la non-prolifération est la meilleure solution pour assurer leur sécurité !

Le point de vue des écologistes pacifistes

– Le TNP (traité de non-prolifération nucléaire) n’est qu’un pis-aller anecdotique dans un monde surarmé. Les comportements de Poutine ou de Trump montrent qu’un dérapage dictatorial est dans l’air du temps. L’hiver nucléaire est donc toujours possible, si ce n’est probable.

– Le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires (TIAN) sera bien signé un jour par les grandes puissances, on espère que ce sera avant qu’il soit trop tard. En date du 21 janvier 2026 , 95 États ont signé le traité et 74 l’ont ratifié. Sous l’impulsion de la chef coutumière Gabriela Ngirmang, la république des Palaos a été précurseur en adoptant en 1979 la première constitution au monde bannissant le nucléaire.

– Le discours de Gorbatchev en 1987 montrent l’idiotie des dirigeants contemporains :

« L’accumulation de l’arme nucléaire et de ses vecteurs au-delà des limites raisonnables ont rendu l’homme techniquement capable de mettre fin à sa propre existence. En même temps, l’accumulation du matériau social explosif dans le monde, les tentatives de continuer à régler les problèmes d’un monde par la force et par des procédés hérités de l’âge de la pierre, rendent également la catastrophe très probable. Aujourd’hui, un sous-marin stratégique porte un potentiel d’extermination égal à plusieurs Seconde Guerre mondiale. Et ces sous-marins se comptent par dizaines et, à part eux, il y a encore bien d’autres systèmes nucléaires. Après une guerre nucléaire, il n’y aura plus de problèmes, car il n’y aura plus personne pour se réunir, pas même autour d’une table de négociations, ni autour d’une souche, autour d’une pierre. »

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22 mai, traité de non-prolifération nucléaire (22 mai 2026)

extraits : La 11e conférence d’examen du Traité de non-prolifération nucléaire (TNP) se tenait à New York jusqu’au 22 mai 2026. Les Écologiste s’expriment :

« Nous, Écologistes, avons décidé de faire de la lutte contre la solitude un combat à mener sans tabou, pour qu’elle devienne enfin un enjeu politique concret… Avec ce livret thématique, Les Écologistes souhaitent faire de la lutte contre la solitude un sujet de débat de l’élection présidentielle et proposer des solutions concrètes pour une écologie du lien. »

Les déclarations récentes sur le TIAN (février 2026)

extraits : Le président Poutine a décidé d’utiliser sa « grammaire nucléaire » à travers l’annonce de la mise en régime spécial d’alerte de ses forces nucléaires, avec des discours menaçants, des exercices de tir ou encore la diffusion d’images de notre capitale, Paris, détruite par un missile (« Satan 2 ») d’une puissance de 50 mégatonnes. Sans le droit international humanitaire et les conventions régissant l’utilisation de systèmes d’armes, notre monde serait anarchique. Et même si nous ne partageons pas tous l’objectif final du Traité sur l’interdiction des armes nucléaires (TIAN), adopté par l’Organisation des nations unies (ONU), nous ne comprendrions pas que la France laisse son siège vide lors de la tenue, du 21 au 23 juin, de sa première réunion à Vienne.

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22 mai, traité de non-prolifération nucléaire

La 11e conférence d’examen du Traité de non-prolifération nucléaire (TNP) se tenait à New York jusqu’au 22 mai 2026. Les Écologiste s’expriment !

Deux communiqués du parti Les Écologistes (13 mai 2026)

L’un est écologiquement insignifiant : 30 propositions contre la solitude

« Nous, Écologistes, avons décidé de faire de la lutte contre la solitude un combat à mener sans tabou, pour qu’elle devienne enfin un enjeu politique concret… Avec ce livret thématique, Les Écologistes souhaitent faire de la lutte contre la solitude un sujet de débat de l’élection présidentielle et proposer des solutions concrètes pour une écologie du lien. »

Le deuxième est frappant : POUR EN FINIR AVEC LE RISQUE NUCLÉAIRE

résumé : « Hiroshima et Nagasaki en août 1945 disent l’immensité du risque nucléaire. L’utilisation de l’arme nucléaire est toujours un écocide, toujours un crime contre l’humanité. La radioactivité induite par une explosion nucléaire se traduit sur le très long terme par des perturbations génétiques mortelles. Cette technologie rend la France dépendante d’approvisionnements en uranium dans des pays étrangers. Elle encombre de déchets dangereux pour des dizaines de milliers d’années. Les bombes actuelles, 1000 fois plus puissantes que celle utilisée à Hiroshima, laissent présager des conséquences cataclysmiques.

Les Écologistes réaffirment que la planète ne peut pas prendre des milliers de fois le risque d’une destruction absolue. »

Mais le diable se cache dans les détails, le communiqué ose : « Avec le nucléaire, le pire n’est certes pas toujours certain. Il peut même apparaître rationnel, face à l’extrême agressivité militaire russe à l’Est de l’Europe, de ne pas démanteler immédiatement l’arsenal nucléaire français. »

Donc on peut prendre une initiative pour un désarmement nucléaire multilatéral, mais pas trop rapidement quand même !

pour une lecture du communiqué intégral

EXAMEN DU TNP : POUR EN FINIR AVEC LE RISQUE NUCLÉAIRE

https://lesecologistes.fr/posts/6TtsVXaBHrhwRsTmDtrEcZ/examen-du-tnp-pour-en-finir-avec-le-risque-nucleaire

Aminata Niakaté, porte-parole Les Écologistes
Commissions Transnationale, Paix & Désarmement et Défense Les Écologistes

La 11e conférence d’examen du Traité de non-prolifération nucléaire (TNP) se tient à New York jusqu’au 22 mai. Les Ecologistes saluent la mémoire des centaines de milliers de victimes des explosions nucléaires militaires survenues à Hiroshima et Nagasaki en août 1945.

Ces événements historiques disent l’immensité du risque nucléaire. Leur bilan humain, déjà insupportable, ne représente qu’une faible part des destructions subies, alors que la radioactivité induite par une explosion nucléaire se traduit sur le très long terme par des perturbations génétiques mortelles pour la plupart des espèces humaines, animales et végétales. L’utilisation de l’arme nucléaire est toujours un écocide, toujours un crime contre l’humanité. L’arsenal nucléaire actuel, qui comporte des bombes 1000 fois plus puissantes que celle utilisée à Hiroshima, laisse présager des conséquences cataclysmiques.

Avec le nucléaire, le pire n’est certes pas toujours certain. Il peut même apparaître rationnel, face à l’extrême agressivité militaire russe à l’Est de l’Europe, de ne pas démanteler immédiatement l’arsenal nucléaire français. Cette technologie rend toutefois la France encore dépendante d’approvisionnements en uranium dans des pays comme le Kazakhstan, l’Ouzbékistan, le Niger ou la Russie…, vulnérable face à des attaques de centrales potentiellement dramatiques et encombrée de déchets dangereux pour des dizaines de milliers d’années.

Alors que le nombre d’ogives nucléaires est à nouveau en augmentation pour atteindre un chiffre supérieur à 10 000 (dont environ 300 en France), Les Écologistes réaffirment que la planète ne peut pas prendre des milliers de fois le risque d’une destruction absolue. Le monde est bien plus sûr sans la puissance nucléaire qu’avec. C’est pourquoi à l’occasion de la conférence d’examen en cours du TNP, la France doit prendre avec le Royaume-Uni une initiative pour la reprise du désarmement nucléaire multilatéral total et concerté, en conformité avec l’article 6 du traité.

Sur la base du TNP, ou sur une base contractuelle pour les États dotés non signataires, cinq étapes peuvent être proposées : l’interdiction de l’enrichissement des matières fissiles par les pays dotés, la fixation pour chacun d’entre eux d’un plafond en nombre d’ogives à ne pas dépasser, la réduction proportionnelle sur une base annuelle de tous les arsenaux à partir de ces seuils, des examens réguliers des opérations de démantèlement par l’AIEA, enfin le recours à la Cour internationale de justice en cas de manquement aux obligations contractées.

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Se libérer de l’arme nucléaire, c’est possible

La dissuasion nucléaire élargie à la Macron reçoit peu de critiques dans le médias, mais voici le point de vue du Vice-président de l’Institut de recherche sur la résolution non-violente des conflits (IRNC) qui fait le point sur la question de la bombe atomique.

« Libérer la France de l’arme nucléaire est urgent, nécessaire et possible »

Étienne Godinot : Les dictateurs, les promoteurs des idéologies impérialistes et nationalistes savent très bien que leurs vrais ennemis sont la démocratie, la liberté d’expression, de réunion, de la presse, la séparation des pouvoirs. Le débat, la confrontation des idées, les élections libres, la détermination des citoyens à défendre leurs droits et leurs valeurs, la vitalité de la société civile, voilà ce qu’ils ne supportent pas, voilà ce qu’ils ont provisoirement réussi à empêcher sur leur territoire, voilà ce qu’ils veulent saboter chez nous par leurs tentatives de division et de désinformation.

– Face à la guerre hybride menée par le pouvoir russe contre les démocraties, il faut bien sûr développer un programme européen de lutte contre les cyberattaques, mettre en place une protection efficace contre les incursions de drones.

– Il est nécessaire aussi d’apporter un soutien efficace aux associations démocratiques de Russie, de Biélorussie et des pays environnants, qu’elles soient en exil ou présentes tant bien que mal dans leur pays, et d’alerter par les réseaux sociaux et les radios les populations anesthésiées et privées d’information. 

– Il faut préparer les démocraties européennes à la résistance non-violente aux agressions extérieures, aux coups d’État, aux régimes autoritaires, comme le fait le Manuel citoyen pour une défense civile non-violente du Mouvement pour une alternative non-violente.

– Il faut développer dans le monde entier les missions d’intervention civile de paix entre des belligérants, menées par des organisations comme Nonviolent Peaceforce ou Peace Brigades International.

– Il importe enfin d’accentuer nos efforts dans la lutte contre les menaces planétaires : misère, réchauffement climatique, chute de la biodiversité, pollution, criminalité transnationale, narcotrafic, etc. 

Mais comment financer tout cet effort ? D’abord, en harmonisant les équipements conventionnels des armées de l’Europe, ce qui permettra d’en réduire drastiquement les coûts alors que la tendance actuelle est à les augmenter considérablement. Ensuite, en cessant de financer une dissuasion nucléaire dangereuse, illégale, antidémocratique, immorale et ruineuse, mais surtout inefficace et démobilisatrice.

Aujourd’hui, les dirigeants français croient tellement peu à l’efficacité de leur dissuasion qu’ils envisagent un « avertissement nucléaire, unique et non renouvelable, pour signifier clairement à un agresseur étatique que le conflit vient de changer de nature et rétablir la dissuasion ». Mais peut-on imaginer qu’une une frappe de 7 à 20 fois Hiroshima resterait sans réponse ? Elle déclencherait très certainement une « destruction mutuelle assurée », en anglais « Mutual Assured Destuction », MAD, étant rappelé que «mad» signifie fou…

Quelle est la crédibilité de notre dissuasion nucléaire, alors que le règlement militaire français interdit aux militaires, et donc aux officiers de tir des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE), d’obéir à des ordres contraires à la loi internationale et à la morale ?

Comme naguère la ligne Maginot face au nazisme, l’effet principal de la dissuasion nucléaire, en la faisant reposer sur le seul chef de l’État, est de démobiliser la population au sujet de sa défense et de la laisser complètement démunie en cas de crise ou d’agression, d’où qu’elle vienne. L’arme nucléaire française, censée protéger la démocratie contre le totalitarisme, est, dans son principe, dans sa conception, dans son utilisation éventuelle et dans ses conséquences, une expression du totalitarisme.

Comme le crient depuis des années l’ONU, le Vatican, les papes François et Léon, le Conseil mondial des Églises, il importe de promouvoir le traité sur l’interdiction des armes nucléaires (TIAN), devenu depuis janvier 2021 la norme du droit international. Libérer la France de l’arme nucléaire, viser l’efficacité de la défense en réduisant ses coûts, c’est urgent, c’est nécessaire, et c’est tout à fait possible !

(Publié par La Croix le 2 mars 2026)

annexe documentaire

Au sein du parti dit « des Écologistes », la controverse fait rage actuellement au point que le Conseil Statutaire a pris récemment une décision en date du 10 mai dont nous vous offrons les éléments clés :

– La position exprimée le 5 mars 2026 sur la dissuasion nucléaire avancée ne constitue pas la position officielle du mouvement, faute de délibération et de vote du Conseil fédéral.

– Demande que la proposition « Proposer une extension de la garantie de sécurité nucléaire française au niveau européen » n’apparaisse plus comme une proposition officielle des Écologistes tant qu’elle n’a pas été soumise au vote souverain du Conseil fédéral (article 13-4 des Statuts).

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08. Insoumis… puis militaire !

Avec Michel Sourrouille, faisons connaissance

« Si je suis libre en obéissant à la loi lorsque celle-ci garantit une juste égalité des chances pour tous, je ne peux rester libre qu’en lui désobéissant lorsque ce n’est pas manifestement le cas… L’homme n’accomplit son humanité qu’en devenant auto-nome, c’est-à-dire en n’obéissant qu’aux lois auxquelles sa conscience et sa raison donnent leur assentiment…

En définitive, la principale vertu du bon citoyen n’est ni l’obéissance ni la désobéissance, elle est la responsabilité éthique qui doit le conduire à choisir politiquement ce qui a le plus de chances de réduire la violence parmi les hommes, le plus de chances de favoriser la justice, la liberté. »

L’impératif de désobéissance de Jean-Marie Muller (éditions le passager clandestin, 2011)

L’objection de conscience naît en France pratiquement au moment de ma naissance. C’est le synode réformé de 1949 qui demanda un statut légal des objecteurs, ce n’est pas la papauté catholique. C’est Charles de Gaulle qui signe le 15 septembre 1958 une ordonnance limitant à cinq ans l’incarcération des objecteurs et libère ainsi 14 d’entre eux dont Edmond Schanegé, dans sa dixième année de prison ! Le Sénat rejette par deux fois un projet de loi. Le statut des objecteurs est voté le 23 juin 1963 par 204 voix contre 32 sur 433 votants. Il y a 197 abstentions volontaires. En décembre 1965, après l’échec du camp paramilitaire de Brignoles dans le Var grâce à la résistance des objecteurs, le Premier ministre confirme leur détachement dans des organismes privés assurant des travaux d’intérêt général. Nous étions donc libres à l’époque du choix de l’affectation dans un grand nombre d’associations habilitées. Mais je vais participer à la première incorporation qui subit une reprise en main des autorités pour nous mater. Je vais cumuler les statuts, à la fois d’objecteur de conscience, d’insoumis au service civil… puis de militaire !

Fin avril 1972, un an après ma demande d’obtention du statut, j’apprends mon affectation autoritaire aux Eaux et Forêts. Je propose au niveau national que nous organisions des centres de recherche et d’action non violente en lieu et place d’une tâche d’ouvriers forestiers qui se situe en dehors de toute préoccupation de « défense nationale ». Mais à l’AG de Lyon des OC début mai, si nous décidons le refus de l’incorporation en agriculture, ceux qui ont emporté la décision sont aussi ceux qui refusent tout service social. Quelle ambiguïté ! Si on refuse le service civil, on conforte l’armée puisqu’on ne propose aucune alternative crédible.

Mon insoumission à l’incorporation à l’ONF

Je suis incorporé officiellement le 1er juin 1972. La réalisation pratique va attendre trois mois. A cette époque, nous étions très peu nombreux en France à obtenir le statut d’objecteur de conscience (621 demandes pour toute la France en 1971). Un décret du 17 août 1972 nous affecte d’office la première année à des chantiers forestiers contrôlés par l’Office national des forêts (ONF). Je reçois ma convocation le 30 août 1972 : « L’objecteur est tenu de prendre le plus grand soin de la bicyclette qui lui sert à rejoindre le lieu de travail ainsi que de l’outillage qui pourra lui être confié ». Cette affectation imposée est suivie le 2 septembre 1972 par la publication du décret de Brégançon, un règlement disciplinaire particulièrement sévère pour des personnes censées travailler dans le civil.

Nous étions si peu nombreux que nous devions tous passer au même moment une visite médicale d’incorporation à l’hôpital Boucicaut de Paris. Réunis à Bièvre, notre premier « contingent » de 136 « recrues » décide pour plus de la moitié de désobéir à une affectation à l’ONF. Nous refusons aussi majoritairement d’être pris en photo ainsi que la radio des poumons : pour s’occuper des arbres, pas besoin de vérifier si nous sommes tubards ! Nous envoyons au ministre de la défense une lettre standard le 25 septembre 1972 motivant notre refus des Eaux et Forêts :

«  Le travail que nous projetions de faire dans les associations auprès des plus déshérités de notre société s’inscrit dans un engagement global de notre part. Nous estimons que notre témoignage, qui repose sur une volonté de paix, sera infiniment plus d’intérêt général que de travailler à l’ONF financièrement prospère et qui, elle, peut se permettre de payer des employés. Nous n’avons toujours  pas reçu l’assurance que notre présence à l’ONF ne concurrencerait pas la main d’œuvre salariée.

D’autre part, nous considérons que le décret du 17 août 1972 nous impose une discipline militaire, un embrigadement que nous avons refusé en demandant le statut d’objecteur de conscience. Les droits élémentaires de tout civil dans une démocratie sont de pouvoir exprimer ses idées, de pouvoir se réunir, se syndiquer s’il travaille, etc. Ce décret nous assimile bien davantage à des militaires qu’à des civils.

Pour ces raisons nous refusons d’accomplir le service national qui nous est demandé aujourd’hui, et nous le refuserons tant que les affectations d’office seront maintenues et que le décret du 17 août 1972 ne sera pas abrogé. N’ayant aucunement été consulté pour cette décision et étant en total désaccord avec elle, nous avons l’honneur de vous demander une audience afin d’examiner ensembles les solutions possibles à ce problème.

Veuillez croire Monsieur le Ministre à nos sentiments les plus sincères. »

Mon acte d’insoumission au service civil a donc été étayé par une réflexion collective. Ensemble nous avons approfondi tous les arguments pour refuser l’ONF, y compris celui de sa politique de remplacement des feuillus par des résineux, plus rapides de croissance mais préjudiciables aux sols. L’ONF était devenu une  « usine à bois ». Après notre insoumission-désertion, nous avons repris chacun notre liberté. Incorporé à Saint Pierre de Chartreuse près de Grenoble, j’ai regagné Bordeaux en falsifiant l’ordre de transport SNCF qui m’avait été remis.

L’armée et la justice ont laissé pourrir la situation, intentant quelques procès de temps en temps. J’ai même témoigné à l’un d’eux, exigeant d’être poursuivi au même titre que mon camarade objecteur, en vain : plus nous étions poursuivis devant la justice, plus cela faisait de la publicité pour l’objection de conscience, plus notre cause progressait. Il faut être fier de se retrouver en prison quand c’est le signe de notre liberté de pensée. L’État  ne m’a pas poursuivi, préférant le silence sur ce qui le dérange. J’ai vécu du strict minimum, hébergé par des copains, vivant toute l’année de mes modestes rétributions de moniteurs de colonies de vacances. J’ai passé un concours pour devenir professeur, j’ai enseigné plusieurs années en situation d’illégalité : un fonctionnaire doit avoir satisfait ses « obligations légales d’activité ».

Mon engagement dans l’armée

Un jour, j’allais avoir 32 ans, j’ai reçu une lettre du Recteur de l’Académie datée du 7 juillet 1979 :

« Il apparaît, au vu d’une fiche individuelle renseignée par vos soins que vous auriez effectué deux années de service civil d’objecteur de conscience du 1er juin 1972 au 31 mai 1974. Aucune pièce officielle ne figurant à ce titre dans votre dossier administratif, je vous serais obligé de bien vouloir me faire parvenir toutes justifications établissant votre position au regard des lois sur le recrutement dans la fonction publique. »

Il est vrai que j’avais fourni comme papier au moment du concours le fait que j’avais été appelé au service national, mais pas celui qui m’en libérait, et pour cause ! Il est vrai aussi que le mari de la proviseure du lycée était dans les renseignements généraux, donc bien informé. Il est vrai que la proviseure n’aimait pas ma manière non conventionnelle de faire cours. Comme mon cas n’était prévu par aucun texte, j’avais le choix : soit être exclu des cadres de l’éducation nationale, soit m’engager dans l’armée. Dans le premier cas, j’avais droit à une brève a niveau médiatique. Dans le second cas, je pourrai continuer à enseigner en classe que l’économie n’était qu’une toute petite partie de l’écologie. Il faut savoir désobéir, mais il faut aussi savoir choisir ; j’ai toujours préféré le long terme au court terme. Va pour le service militaire et une longue carrière d’enseignant. Car comme je voulais continuer à travailler dans le secteur public, je ne pouvais bénéficier de l’amnistie faite en 1974 après l’élection du Président Giscard d’Estaing. Le 11 septembre 1979, je demande donc à être incorporé dans une formation armée : un militaire ne peut pas se déclarer objecteur de conscience, mais un OC peut à tout moment devenir soldat ! Ainsi va la dissymétrie du pouvoir miltarisé.

Peu avant mon incorporation « librement choisie » le 4 décembre 1979, j’ai discuté avec le lieutenant-colonel commandant le 22ème RIMA (régiment d’infanterie de marine) où j’étais affecté. Nous nous sommes compris. Il a justifié son engagement dans l’armée par l’existence des camps de concentration et le fait qu’il fallait savoir faire la guerre pour être en paix. J’ai expliqué que mon père avait fait 26 mois de camps de concentration, en particulier dans le tunnel de Dora, un des plus épouvantables bagnes nazis. Mon père montait l’ogive avant des V2, et ceux qui étaient suspects de sabotage étaient pendus ; les SS en ont exécuté jusqu’à cent quatre-vingts en un mois. L’existence de l’armée française n’avait pas pu empêcher l’existence des camps de la mort, mais je comprenais le choix du lieutenant-colonel, basé sur une confiance illusoire en la force armée. Il ne pouvait concevoir que la fin est déjà dans les moyens utilisés. Cela ne s’apprend que si on sort des sentiers battus. Mais le lieutenant-colonel a accepté ma conviction, il était intelligent. Il a facilité ma vie à la caserne et accéléré ma libération. D’autant plus que ma libre parole foutait le bordel.

Dans la cour, un gradé hurlait : « Bande de bœufs, mettez-vous en rang ! » Je rétorquais aussitôt : « On n’est pas des bœufs ». Il s’est écasé. On a voulu m’apprendre un chant militaire, j’ai refusé. Le dernier couplet faisait en effet dire à un jeune mourant sur le champ de bataille d’une de nos colonies : « Tu diras à ma mère que nous nous retrouverons ». J’ai exprimé ma surprise (feinte) devant un tel dénouement. L’instructeur a expliqué qu’après la mort, le combattant allait retrouver sa mère, au paradis. J’ai déclaré que l’armée se devait à la neutralité en matière religieuse, je ne pouvais donc chanter cela. J’ai été dispensé de chant. On nous faisait répéter des mouvements avec un fusil. A chaque fois que nous devions placer le fusil autrement, je demandais pourquoi. L’instructeur a explosé au bout de quelques pourquoi, me menaçant de tous les maux. Mais il s’est calmé, il ne pouvait rien intenter contre moi, il ne pouvait justifier ni ses instructions, ni sa colère. On m’a fait tirer au fusil, je suis un bon tireur. Au lieutenant qui admirait mon carton, j’ai dit que je restais le seul à décider vers qui je tire : je refuse la soumission volontaire, j’obéis à ma conscience. L’armée ne m’a gardé que 11 jours… je suis libéré par anticipation le 14 décembre 1979.

Une armée composée d’individus qui déterminent par eux-mêmes pour qui et pour quoi il faut se battre ne pourrait être utilisée par aucun pouvoir politique. Avec des citoyens profondément objecteurs de conscience, nous n’aurions pas suivi les fantasmes de gloire de Napoléon, nous ne serions jamais intervenus militairement en Indochine ou en Algérie, nous n’aurions pas envoyé des supplétifs en Afghanistan ou en Côte d’Ivoire, ni des avions sur la Libye. La France aurait été un pays déterminant au niveau international pour éliminer toutes les armées et construire une paix durable. Mais pour cela, il faut que notre société accepte d’éduquer les consciences individuelles,  ce qui risque trop en fait de la remettre en question. Quant à moi, j’ai suivi ma conscience, j’ai été tout à tour objecteur, insoumis et militaire. En fait peu importe son statut particulier si on estime avoir fait ce qui était juste à chaque fois, sachant que le sens de la justice découle d’un long apprentissage toujours remis sur le métier. Libérer des « obligations de défense nationale », je peux enfin poursuivre dans la voie qui me semble la meilleure, éduquer les jeunes, exercer mon métier d’enseignant.

En 1996, le président de la République française Jacques Chirac prend la décision de professionnaliser les armées et de suspendre le service national. Cette décision prend effet avec la loi no 97-1019 du 28 octobre 1997. La conscription est suspendue et non abolie et peut donc être réactivée suivant la même procédure. La fin temporaire de la conscription (service militaire obligatoire) en France ne marque donc pas la fin de l’objection de conscience ; le statut des OC garde toujours sa validité juridique. La Journée Défense Citoyenneté (JDC, anciennement JAPD) que doivent faire obligatoirement depuis 1997 tous les jeunes hommes et jeunes filles est bien une journée d’incorporation. Un état de guerre entraînerait un appel sous les drapeaux généralisé. A ce moment, que faire de ceux qui refusent l’usage collectif des armes ? C’est pourquoi je recommande aux jeunes qui se sentent concernés de présenter lors de la JDC une lettre de ce type :

« Dans le contexte actuel de suspension de la conscription, l’appel sous les drapeaux peut être « rétabli à tout moment par la loi dès lors que les conditions de la défense de la Nation l’exigent ou que les objectifs assignés aux armées le nécessitent  » (Loi portant réforme du service national du 28 octobre 1997, L. 112.2). L’objection de conscience est un droit reconnu par les articles L. 116.1 à L. 116.9 du Code du Service National dont les dispositions ne sont pas abrogées, mais simplement suspendues. En cas d’appel sous les drapeaux redevenu obligatoire, il pourrait être difficile pour les services compétents de traiter dans l’urgence et massivement des demandes d’objection de conscience. C’est pourquoi je désire manifester dès maintenant mon refus d’un service militaire armé pour motif de conscience et vous remettre ma demande de bénéficier du droit à l’objection de conscience exprimés dans les articles L.116.1 à L.116.9. Mes convictions basées sur la recherche de la bonne entente collective me conduisent à d’autres formes d’engagement pour la nation et les peuples qu’un service militaire armé qui redeviendrait obligatoire. »

Quant à moi, tout à la fois objecteur, insoumis et militaire, j’ai pu continuer à exercer mon métier de professeur de sciences économique et sociales….

Pour m’écrire, biosphere@ouvaton.org

08. Insoumis… puis militaire ! Lire la suite »

06. Je deviens objecteur de conscience

Avec Michel Sourrouille, faisons connaissance

Je crois à la disparition de toutes les armées. J’ai une définition générale des objecteurs de conscience, ce sont des anti-guerres. Je suis en accord total avec la philosophie d’Albert Einstein :

« La pire des institutions grégaires se nomme l’armée. Je la hais. Si un homme peut éprouver quelques plaisir à défiler en rang au son d’une musique, je méprise cet homme… Il ne mérite pas un cerveau humain puisqu’une moelle épinière le satisfait. Je hais violemment l’héroïsme sur ordre, la violence gratuite et le nationalisme débile. La guerre est la chose la plus méprisable. Je préférerais me laisse assassiner que de participer à cette ignominie. Je soutiens que le moyen violent du refus du service militaire reste le meilleur moyen. Il est préconisé par des organisations qui, dans divers pays, aident moralement et matériellement les courageux objecteurs de conscience.

Dans tous les pays du monde, de groupes industriels puissants fabriquent des armes ; et dans tous les pays du monde, ils  s’opposent au règlement pacifique du moindre litige international. Mais contre eux les gouvernants atteindront l’objectif de la paix entre les nations quand la majorité des électeurs les appuiera énergiquement. » (Comment je vois le monde, Flammarion – 2009)

Une histoire de famille

Ce que nous sommes vient de l’exemple donné. La question de la guerre est inscrite au plus profond de notre histoire familiale. Mon père a voulu faire comme d’autres, entrer en résistance. Il a voulu rejoindre l’Angleterre. Une première tentative par avion a échoué, les « boches » l’ont arrêté à la frontière espagnole. Classé comme résistant, mon père a fait 26 mois de camps de concentration. Mais il avait une grande force de caractère. Il a reçu des coups de fouet. Sans gémir. Il a su vaincre même la tuberculose. Le bacille est resté encapsulé dans ses poumons. Mon père ne pesait que 46 kilos à son retour. J’ai toujours vécu dans la hantise de sa mort. Né en 1920, il est mort le 12 février 2014. Culturiste, il était d’une force physique peu commune. Malgré ce passé, papa n’était pas germanophobe. Nous avons reçu un correspondant allemand, plusieurs fois. Il passait ses journées à déterrer des restes de la guerre près des blockhaus de la côte atlantique. J’ai fait des séjours en Allemagne. Le meilleur souvenir de la mère de Günter ? La grande parade hitlérienne à Nuremberg. A chacun ses racines ! Tout l’essentiel est dans les racines. Je suis un réfractaire, obstiné mais lucide. Comme mon père ! Le temps du service militaire approchait, j’avais 21 ans. Le sursis pour études longues allait disparaître un jour ou l’autre ! J’ai d’abord été attiré en 1969 par le statut de coopérant. Je ne connaissais pas encore le statut d’objecteur de conscience. On ne naît pas objecteur, d’autant plus qu’entre 1964 et 1971, il y a eu seulement 1000 jeunes gens qui ont été admis au bénéfice d’un statut voté en 1963. Mais les 26 mois de camps de concentration vécus par mon père m’ont amené beaucoup plus tôt que la plupart à réfléchir sur le problème des conflits armés et l’anéantissement des personnes. Dans toutes mes notes manuscrites de l’époque, peu de choses cependant sur la question militaire, d’abord deux citations qui me parlent d’évidence :

« La guerre, c’est un massacre de gens qui ne se connaissent pas au profit de gens qui se connaissent mais qui ne se massacrent pas » ;

«  La guerre, c’est tuer les uns avec ce qui pourrait faire vivre les autres ».

On ne naît pas antimilitariste, on le devient

Je correspondais avec mon correspondant allemand qui avait intériorisé l’état d’esprit d’un militaire : convaincu qu’il pouvait d’un coup de tête remettre un bouchon de champagne dans sa bouteille, il a gagné son pari… mais il s’est retrouvé à l’hôpital. Je lui écris en 1969 :

« Günter, tu considères la politique comme répugnante et tu crois ne pas y toucher. Mais tu es dans la politique jusqu’au cou. L’armée est l’instrument essentiel de la politique (je faisais du Clausewitz sans le savoir). S’engager dans l’armée, c’est s’engager au service du parti politique au pouvoir. On pourra toujours se dégager de ses responsabilités en se cachant derrière Befehl ist Befehl (un ordre, c’est un ordre)… Le nationalisme est moribond, il n’a aucune chance de salut… »

Mais je me contentais d’être antimilitariste, récitant au pluriel un maréchal, des maraîchers, un général, des générés… Vous enfermez un soldat de 1 ou 2ème classe dans une pièce tranquille en compagnie d’un costume civil et vous ouvrez la porte au bout de 45 secondes : disparition complète du militaire… La patrie est ce qui fait que les autres pays se méfient de vous… et ainsi de suite… »

Début 1970, c’est la mini-guerre du Tchad. Je suis quelques meetings, mais comme d’habitude toujours les mêmes têtes présentes et certains ne viennent que dans l’espoir d’une provoc des « fachos » et de la bagarre. Je découvre en tant qu’étudiant en sciences économiques Netchaïev et Kropotkine, Stirner et Bakounine… dans le manuel Histoire des doctrines économiques. Les auteurs Gide et Rist commentent l’anarchisme: « De telles généralisations hâtives désarment l’esprit critique ! » Pourtant j’appréciais le message central des anars :

«  Nous voulons détruire tous les États et toutes les Églises afin que tous ces millions de pauvres êtres humains, trompés, asservis, tourmentés, exploités, délivrés de tous leurs directeurs et bienfaiteurs officiels et officieux, respirent enfin avec une complète liberté. » J’adore même cette phrase : « être gouverné, c’est être à chaque mouvement noté, enregistré, recensé, tarifé, timbré, toisé, licencié, autorisé, apostillé, admonesté, réformé, redressé, corrigé… Puis à la moindre résistance réprimé, amendé, vilipendé, traqué, houspillé, garrotté, emprisonné, fusillé, jugé, condamné, déporté, sacrifié, vendu, trahi… »

Je découvre chez Adam Smith, le référent historique en économie, cette même méfiance anti-étatique : « Le gouvernement civil est institué pour la défense de ceux qui possèdent quelque chose contre ceux qui n’ont rien. » Comme quoi le socialisme utopique et le libéralisme échevelé ont parfois des points communs ! J’achète mon hebdo vénéré, Hara-Kiri, je m’abonne, c’est moins cher, je leur écris, des conneries. Je progresse puisque je me pose des questions !

Le 11 février 1970, j’écris au pape de la non-violence, Lanza Del Vasto : « Je voudrais obtenir quelques renseignements sur votre communauté de l’Arche ; exigez-vous une règle de conduite ; y a-t-il encore des échanges économiques avec notre putain de société ; si vous avez des enfants, de quelle façon faites-vous leur éducation… » Je ne me rappelle pas avoir eu de réponse, mais j’ai séjourné plus tard une semaine dans la communauté de l’Arche : sympa.

J’apprends l’existence de l’objection de conscience

Mi-février, Michel Debré m’apprend sans le vouloir l’existence des objecteurs de conscience lors d’un débat sur la patrie avec le communiste Jacques Duclos. « La patrie apporte la liberté par le suffrage universel : la liberté de la minorité de se plier aux exigences de la majorité (…) Les objecteurs de conscience ont de la chance qu’il y ait des patriotes », dit Debré. Duclos penche pour l’internationalisme des marseillaises, non pour le cosmopolitisme. J’en déduis que Duclos est pour une patrie rattaché à l’URSS et Debré pour la patrie du grand capital. Ma réflexion s’affirme, je ne suis plus patriote. Je voudrais propager l’état d’esprit pacifique et cosmopolite, cherchez à résoudre les problèmes du tiers-monde plutôt qu’à défendre notre peau. J’écris : « Je me fous que la France soit écrasée si du moins l’esprit vraiment humain arrive à se propager. »

Je ne suis pas vraiment extrémiste, je suis encore disposé à faire le service militaire si mon pouvoir de contestation n’est pas bêtement annihilé par un tribunal militaire. Dans mes notules, ces questions : « Doit-on se battre pour trouver la paix ? … Ne devient-on pas brutal par faiblesse ? … Je m’en fous d’être occupé par un autre peuple parce que mon pays est déjà occupé par des étrangers : les gouvernants, les capitalistes… »

Et puis je commence à participer à un groupe de soutien des objecteurs de conscience. Je distribue des brochures sur le statut des objecteurs de conscience. Je milite en faveur des insoumis. Mais je reste encore « militariste » en ce sens que je n’aime pas me faire taper sur la gueule par un con et qu’il trouverait à qui parler. Or le statut des objecteurs exige de se déclarer « opposé en toutes circonstances à l’usage personnel des armes ». Je conteste cette généralisation. Si en tant qu’individu on estime la violence nécessaire, comme cela a une répercussion globale très limitée, alors oui cette violence peut être fondée, par exemple par la légitime défense. Par contre la violence de groupe devient par son amplitude trop aveugle et empêche l’individu de conserver son libre arbitre. Pour moi dès cette époque la violence ne doit pas être institutionnalisée, par exemple dans une armée. Elle doit rester le choix de chacun et non un jouet aux mains de quelques-uns. Notre comportement découle d’une prise de conscience individuelle, pas d’un ordre social. Nous n’avons pas à suivre les moutons conduits à l’abattoir, nous ne devons pas devenir des morts pour rien comme l’ont été toutes les victimes des guerres.

Je ne récuse pas encore un service militaire mixte (homme et femme) et de très courte durée qui permettrait de forger ses capacités physiques et de savoir comment se défendre. Seulement la liberté d’information et d’expression devrait être préservée dans ce cadre. Je m’informe sur la discipline militaire : un soldat est libre de son opinion, mais il ne peut se livrer à une activité politique à l’intérieur du domaine militaire ! Je me pose la question du pourquoi d’une coupe de cheveux qui « doit être nette et sans excentricité, les tempes et la nuque dégagée » ! J’en ai déduis qu’on rentre dans l’armée comme on rentre en religion. Très peu pour moi ! Toutes ces contraintes ne me plaisent pas, l’ordre militaire commence à m’incommoder, je revis la même expérience réflexive que lors de mes contestations de l’ordre religieux ou scolaire.

« Si tu veux la paix, prépare la guerre », me dit-on : conscription obligatoire, dissuasion nucléaire, Dassault… Où va-t-on ? L’étripement mutuel, une fois de plus ! J’estime que les conditions géopolitiques ont vraiment changé. La guerre totale, nucléaire ou biologique ? Inutile d’en parler, nous sommes tous morts ou presque. Mais l’autre, la guerre conventionnelle ? Une seule chose compte pour moi à l’époque, préserver notre appareil de production comme notre liberté d’expression. Nul besoin d’une mobilisation générale, la guérilla, la guerre de rue, la résistance, passive ou non, me semblent suffire. Pas d’affrontement de corps à corps, mais la révélation de l’esprit de tout un peuple. Si l’individu par lui-même n’est pas capable de revendiquer sa liberté, c’est bien à cause de l’incohérence de notre système d’éducation collective, pas à cause d’une invasion.

Mon ami Gilbert m’envoie en mars 1970 cet extrait de l’Almanach Vermot de 1901 : « Les grandes révolutions naissent des rêves et des visions d’un berger des collines pour qui la terre n’est pas un champ d’exploitation mais une mère vivante. » Superbe ! J’écris une lettre incendiaire à mon copain Christian Alexandre, prochainement curé : « Qu’est-ce que les cathos ont fait comme action concrète contre la guerre ? Qui colle la nuit des affiches antimilitaristes dans Bordeaux ? Qui se fait matraquer par les flics ? Certainement pas les cathos, des mauviettes suspendues aux paroles transcendantales du pape… Mourir pour un bénitier ! L’action des chrétiens se ramène à vendre des billets d’entrée au paradis… On ne déforme pas le christianisme, c’est lui qui déforme… J’ai découvert non seulement Jésus Christ, mais aussi Socrate et Gandhi, et Luther King, une certaine idéologie de l’acte, pas un dogme… Nul n’est brahmane ou paria par naissance : on devient brahmane ou paria par ses actes dit le bouddhisme… A-t-on déjà vu un pape faire une grève de la faim pour confirmer ce qu’il affirme verbalement ?… La seule chose qui excuse Dieu, c’est qu’il n’existe pas… » Je participe à des manifs et à des collages, distribue des tracts et fréquente les meetings. Et puis surtout je parle, je parle, j’écris, je cherche à convaincre les autres que je suis dans le vrai alors que mon évolution personnelle est loin d’être terminée.

L’attitude des autorités

Pour le président Pompidou, la force de frappe (l’arme nucléaire) est un faux problème. La vraie question était de savoir si l’on doit ou non supprimer la défense nationale ! Michel Debré devient ma bête noire, lui qui peut se permettre d’écrire (Sud-Ouest, 10 avril 1970) :

« Si la France a une grande industrie aéronautique, atomique, électronique, c’est uniquement – je dis bien uniquement – du à l’importance des dépenses dans le domaine de l’armement… Le coût des équipements militaires est tel qu’il n’y a rentabilité que dans la mesure où on vend des armes à l’extérieur. »

Je trouve ce positionnement absurde, une défense « nationale » qui vend des armes à des pays qui, un jour ou l’autre, peuvent se retourner contre la France en utilisant des armes françaises ! Mais le PSU et l’UNEF restent inconditionnellement pour la lutte à l’intérieur de l’armée, ils dédaignent notre comité de soutien aux objecteurs de conscience d’une arrestation volontaire d’objecteurs. On soutient Daniel Brochier, arrêté à Bordeaux le 12 mai 1970, qui avait refusé de répondre à l’avis d’incorporation après avoir demandé en vain à bénéficier du statut d’objecteur de conscience. Eux les gauchistes, ils luttent pour préparer une armée « révolutionnaire » qui prendra le pouvoir et instaurera un régime qui exercera sans doute la même oppression qu’ils avaient combattue !

La commission papale sur la justice et la paix a publié à cette époque un document dans lequel elle demande à tous les pays de reconnaître l’objection de conscience et de donner le choix entre le service militaire et un service civil. Les Pères de l’Eglise comme saint Ambroise ou saint Augustin attiraient déjà l’attention de la primauté de l’amour, allant même jusqu’à déclarer que les chrétiens, en tant qu’individus, n’avaient aucun droit au principe de défense légitime. Pourtant saint Augustin a théorisé la guerre « juste », notion développée par saint Thomas d’Aquin et Francis Suarez (juste autorité, juste cause, justes moyens). Qui croire ?

Le 27 avril 1970, je me tourne complètement vers l’objection de conscience. C’est clair, c’est pour moi la seule méthode rationnelle possible qui puisse déboucher un jour sur une humanité non aliénée, c’est-à-dire consciente de son aliénation. Car si on n’accepte pas la solution aveugle de la guerre, on a tout intérêt à former les consciences à une prise de conscience. Pour devenir une force réelle, la non-violence commence dans nos pensées.  La non-violence ne se réalise pas mécaniquement, elle s’acquiert aussi par la pratique. En juin 1970, j’approfondis ma conception via mon réflexe habituel d’accumulation de notules. John F Kennedy disait : « La guerre existera jusqu’au jour lointain où l’objecteur de conscience jouira de la même réputation et du même prestige que ceux du guerrier aujourd’hui. » J’en ai déduit que si tout le monde devenait objecteur de conscience, il n’y aurait plus de guerre.

Je deviens objecteur de conscience

C’est à Günter, mon correspondant allemand et militariste convaincu (il s’est engagé dans l’armée), que je me confie le 14 novembre 1970 :

« Comme je me refuse à la guerre, j’ai décidé de devenir objecteur de conscience et de faire mon temps (deux ans au lieu d’un seul) au Service Civil International. Je peux dire que c’est le seul moyen de combattre pour la paix entre les nations. Le mahatma Gandhi avait pour seule arme le satyagraha, la force de la vérité et de la justice… Pour moi, on ne peut chercher la paix que par le dialogue, comme Socrate par exemple. C’est en formant les jeunes à un esprit social et non plus individualiste qu’on pourra grandir l’humanité internationale. C’est en modifiant les structures qui oppressent les adultes que nous pourrons éviter tous les conflits… »

J’ai envoyé par la poste deux demandes de renseignement sur l’objection au ministère de la défense et cela sans réponse aucune… L’armée est bien la grande muette quand ça l’arrange!

Le 27 novembre 1970, j’écris au ministère des armées : « Demander le statut d’objecteur n’est que le résultat d’une longue démarche de la pensée affrontant le réel. C’est difficile. Moi-même, je n’ai eu connaissance de ce statut qu’à 22 ans et par hasard. J’avais un sursis pour études, je n’étais pas ouvrier incorporé très jeune. J’avais eu le temps de réfléchir. Ce qui m’a frappé, c’est l’inconscience qui préside au déroulement des conflits armés. Chaque fois qu’on a laissé aux hommes le temps de réfléchir, la guerre a pu être évitée. Mais une fois enclenchée, la situation de violence collective ne peut plus être maîtrisée. Gandhi disait : « Je m’oppose à la violence parce qu’elle semble produire le bien. Mais le bien qui en résulte n’est que transitoire tandis que le mal produit est permanent.  » Le remède aux camps de concentration n’est donc pas dans l’élaboration d’un meilleur armement mais dans l’aptitude de chaque homme à envisager le monde sous l’angle du respect de la liberté d’autrui. Une liberté individuelle qui s’accompagne d’une conscience sociale. Je trouve anormal pour une démocratie de ne pas suffisamment informer les citoyens de cette possibilité de chercher la paix par la non-violence. Je demande à bénéficier du statut d’objecteur de conscience (loi 63-1255) puisque je me ressens déjà objecteur de conscience. Je ne veux pas être un  tueur légal. »

Décembre 1970, le ministère de la défense m’envoie le statut des objecteurs. Je les interroge à nouveau : « A la lecture de cette loi, plusieurs questions se posent encore à moi et avant de m’engager à quoi que ce soit, je voudrais bien que ma conscience soit pleinement informée. Pourquoi les jeunes qui font leur service militaire n’ont pas à donner les raisons de la conviction qui les pousse dans cette voie ? Pourquoi l’armée accepte-t-elle n’importe quel conscrit sans sonder les nobles motifs qui devraient pousser à s’engager ? Pourquoi un délai de forclusion pour les candidats à l’objection alors qu’une prise de conscience peut se faire à tout moment ? Pourquoi établir un service civil de punition en doublant le temps, l’objecteur obligé à deux ans, le troufion libéré après une seule année ? Pourquoi changer d’avis est-il possible pour un objecteur déclaré qui veut devenir militaire, et pas l’inverse ? Pourquoi la délibération d’une commission sur nos motifs doit-elle rester secrète alors qu’une démocratie ne peut exister sans transparence ? »

Le silence de l’administration est bien connu quand elle n’a pas de réponses à donner. Je m’informe auprès des objecteurs de l’impasse Popincourt. J’aborde la question d’une demande de statut formulée de façon standard, idée qui sera mis en pratique par la suite.

Je me creuse beaucoup la tête pour élaborer les raisons de mes convictions car elles seront jugées par une commission qui à l’habitude de refuser en moyenne un dixième des (rares) demandes de statut qui lui sont adressées ! Je suis encore en recherche ; me  connaître moi-même, c’est soulever une boîte d’où s’échappent toutes sortes de maléfices. Chaque mot est pour moi un  carrefour de routes divergentes, toute décision est un pari sur l’avenir, seule la génération suivante pourrait dire si j’avais raison, etc.

En définitive j’ai 36 000 raisons de refuser l’armée qui peuvent se résumer ainsi : je réfléchis nuit et jour au sens à donner aux relations humaines ; j’essaie de conformer ma vie à cette réflexion ; cette réflexion n’est pas stabilisée, elle est dynamique ; mes convictions éprouvent donc des contradictions ! Par exemple le développement de la science consiste à essayer de réfuter les théories scientifiques précédentes. Le corps de la science est donc composé à tout instant de théories qui n’ont pas (encore) été réfutées. Comment alors rédiger ma lettre de motivation ?

Pourquoi le cacher ? Mon engagement d’objecteur a pour origine profonde le sinistre tunnel de Dora vécus par mon père, il a participé à son corps défendant à la construction des V2. Mon engagement vient plus rationnellement de mon refus de la stupidité et le service militaire est une des formes les plus stupides qui soit. Ceux qui donnent des ordres nous ordonnent de nous battre contre les Allemands, puis ceux qui donnent les ordres nous ordonnent de faire l’Europe avec les Allemands ! Nous sommes dans un monde qui s’ouvre et la nation devient un concept rétrograde, dépassé. Je deviens citoyen du monde, il n’y a plus besoin d’armée. Mais cette argumentation est « politique », aucune chance pour que la commission la ratifie à l’époque ; il faut présenter des raisons philosophiques ou religieuses d’objecter !

Début février 1971, je note dans mon carnet : « Je peux dire sans beaucoup me tromper que si tous les budgets militaires depuis la nuit des temps avaient été consacrés à aider les humains au lieu de vouloir les détruire, il y aurait déjà un gouvernement mondial, une même langue, une même monnaie et une société où patrons et ouvriers marcheraient la main dans la main. » Mais cette argumentation est aussi « politique », ce serait refusé par la commission. Il n’empêche que désarmer doit être pour un pays une décision unilatérale. Si nous attendons que l’autre commence, nous pourrons toujours attendre longtemps. Tandis que si nous sommes désarmés, nous devenons un exemple de comportement. Si on nous attaque, il doit y avoir des raisons. Supprimons les raisons !  S’il y a attaque et qu’on nous envahit, faisons de la résistance passive. Notre exemple servira pour le futur. Après deux guerres mondiales d’ailleurs, il n’y a plus d’agresseur ni d’agressé, du moins au niveau européen. Mon père a été dans les camps de concentration allemand, maintenant on forge l’Europe avec les Allemands. Nous n’avons jamais eu une seule raison valable de nous battre entre nations, tous les humains appartiennent à notre humanité commune, nous partageons la même terre, nous avons des intérêts communs.

Mon activisme de non-violent

Mon maître à penser en 1971 est un instituteur, Guy Goujon, protestant de religion, animateur de notre groupe de préparation à l’action non violente et de soutien aux objecteurs de conscience. José Bové y était mon compagnon de militantisme. Nous n’avions pas de chef, nous avions en commun des actions. Pour nous la non-violence était à la fois l’apprentissage de son autonomie personnelle vis-à-vis des structures officielles, mais aussi l’apprentissage de l’interdépendance générale. Notre prière ? Heureux celui dont la liberté personnelle préfigure celle de tous les hommes et l’introduit.

Un projet de reconnaissance légale de l’objection avait été soumis aux Cortes en Espagne le 30 mai 1970. Il a été refusé. Je participe avec mon groupe au soutien de José Beunza dit pépé, né en 1947 comme moi et premier Espagnol à faire publiquement objection de conscience. Il était en prison. Pour nous, le refus de l’usage des armes est nécessairement un mouvement internationaliste ; le fait que le droit à l’objection ne soit pas reconnu dans un pays est une anomalie à combattre. Nous bloquerons un pont à la frontière entre la France et l’Espagne, nous serons dispersés à coup de matraque. Le régime de Francisco Franco n’était pas tendre avec les opposants. Mais seule est vraie la parole qui mène aux actes.

Le CSOC a enfin un local. J’avais donné toute ma bibliothèque à notre groupe. Il s’agissait de démarrer une mise en commun de nos livres. Rien que des écrits sérieux, parlant d’anarchisme et d’économie politique, de sociologie et de philosophie, rien que du pousse-à-penser. Il suffisait à chacun de donner un livre à la bibliothèque pour entrer dans le monde de l’écrit qui fait prendre conscience… Mais patatras ! Un jour Alice, une jeune militante et compagne de José Bové, a demandé l’introduction de romans dans notre répertoire existentiel. Ainsi va la vie, nous ne pouvons pas rester sérieux bien longtemps, à moins d’être jugé pisse-froid et exclu des assemblées humaines. Aujourd’hui je suis toujours effaré par le nombre de titres qui encombrent nos libraires. Que choisir parmi tant de livres ? Nous ne savons plus choisir…

J’écris le 5 avril à Michel Debré : « Je vous demande de prendre en considération la situation de Harry Aht (un objecteur incarcéré à Gradignan), décrite ci-contre et par là-même demande : 1. le droit d’obtenir le statut d’objecteur à tout moment ; 2. le droit à l’information officielle de tous les jeunes sur la possibilité de faire un service civil. » En fac, pour le cours d’économie publique le même jour, je fais un exposé sur le refus de la part de l’impôt qui va aux dépenses militaires… avec la réponse du percepteur !

Je suis officiellement objecteur de conscience

Je boucle enfin ma lettre de motivation pour obtenir le statut : pas de politique, uniquement du religieux et du philosophique ! Ils en veulent, ils en auront, mais je savais ce que je mettais entre les lignes :

« Etre catholique ou athée, pacifiste et non violent ! Les mots ont trop de pièges pour ne pas en être effrayé tant soit peu. Je suis seulement un individu qui essaie bon gré mal gré de discerner le bien du mal, le vrai du faux, avec les faibles moyens dont je dispose et les connaissances disparates que j’ai acquises. Je suis d’abord un admirateur et fidèle de Jésus Christ puisque j’ai été élevé en tant que catholique, baptême, messe et communion. Or le message essentiel de Christ consiste en l’amour des hommes, lui à qui on demandait : « Si tu es le Christ, dis-le-nous » et qui répondait seulement : « Si je vous le dis, vous ne croirez pas et si je vous interroge, vous ne répondrez pas.  » Oui, il m’arrive souvent de me prendre pour un disciple du Christ et dire « Aimez vos ennemis, priez pour vos persécuteurs ; car si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense méritez-vous ?  » Oui, il m’arrive aussi d’avoir mes faiblesses ! Et puis j’ai passé le bac philo où l’enseignement qui m’a le plus marqué fut celui de Socrate. De sa mort, je retiens surtout qu’il n’a pas voulu échapper à sa prison et au jugement de sa Cité ; il est un homme engagé dans la société et qui accepte la société. Mais il est aussi l’homme du dialogue, celui qui recherche inlassablement la vérité avec les autres. Enfin, depuis que je suis sensibilisé à l’objection de conscience, j’ai appris à connaître Gandhi, la non-violence et l’acceptation d’autrui. J’essaie de bâtir mon engament d’homme sur l’exemple de ces hommes. Et ma vie, ma sincérité, ne vaut que par ce qu’en font les autres, par ce dont ils jugent mes actes. Si donc ma société veut savoir de quelle manière je conduis ma vie, qu’elle prenne deux témoins, comme à son habitude, ou 36 témoins. Ceux qui me connaissant savent combien j’essaie de respecter cet engagement à mi-chemin de la philosophie et de la religion. Cet engagement ne me permet pas de vivre à l’intérieur d’une organisation appelée pudiquement « obligations légales d’activité « , armée qui ne permet ni l’amour de l’homme, ni la discussion, ni la non-violence. Or ma société me permet de vivre selon ma conscience ; que ma société fasse son devoir ! Cordialement » ( 26 avril 1971).

Le délibéré est prononcé le 18 novembre 1971 ; il est fait en séance publique dans l’une des salles du Conseil d’Etat : « Il ressort de l’examen des pièces du dossier une présomption suffisamment précise de la sincérité des convictions ainsi exprimées par l’intéressé pour que sa demande soit accueillie. »

En juin 1971 Louis Lecoin, celui grâce à qui le statut d’objecter de conscience était devenu possible, meurt à 83 ans. Je fais passer un article dans Sud-Ouest, mais on a censuré ce passage : « C’est avec lui qu’on peut dire qu’un désarmement unilatéral donnerait à la France la meilleure place et la plus enviable dans la mémoire des hommes, de tous les hommes devenus citoyens égaux dans un monde sans frontières et à unique patrie. » Le journal a égrené le passé de Louis, mais n’a pas voulu aborder ce qui permettrait un avenir meilleur… La liberté d’exprimer ses idées est toute relative en France !

Vu mes études en cours, je ne suis pas tout de suite incorporé dans un service civil. Après une expérience d’éducateur à Moumour (octobre 1971 – février 1972), je reviens à Bordeaux. Bien qu’au chômage, je travaille depuis le matin 11 heures jusqu’à… deux heures du matin. De la pédagogie sauvage, au jour le jour, au hasard des rencontres. Et puis la préparation de la semaine de la non-violence en mars 1972, sept conférenciers, Europe n° 1, des tas de problèmes organisationnels à résoudre. Un groupe anarchisant plein d’objecteurs qui prépare quelque chose de structuré… mission impossible ! Je remarque, et ce ne sera pas la dernière fois, que ce sont toujours les mêmes qui font les tâches techniques. Nous sommes vraiment mal éduqués !

Conférence de Lanza del Vasto, le pape de la non-violence. C’est pour moi plutôt un bavardage qu’un véritable discours : « La non-violence n’est pas naturelle, il faut s’y convertir. » Lanza parlait, parlait, s’écoutait parler. Au bout d’une demi-heure, demandes d’interventions dans la salle. Quelqu’un lui demande si cette forme de conférence n’était pas violente et Lanza de rétorquer que la parole était à lui, et non aux autres : « Ce n’est pas un débat, c’est un sermon ». La salle se vide, Lanza continue sa péroraison. Je lève le doigt pendant plusieurs minutes, sans prendre la parole. Je pars, quelques applaudissements dans la salle. La pédagogie de la non-violence n’est pas une préoccupation de Lanza. Ce fut Lanza del fiasco. Il était d’un autre temps, dommage. Cela n’a pas empêché qu’il joue un grand rôle, au Larzac ou ailleurs. Il a failli avoir le prix Nobel de la paix.

Le soir à l’Église Notre dame des anges, la salle est pleine pour une conférence de Jean-Marie Müller. Jean-Marie a renvoyé son livret militaire, et obtenu trois mois de prison avec sursis, 1000 francs d’amende et cinq ans de suppression des droits civiques. Pour lui, la non-violence lie la fin et les moyens, c’est une maîtrise de son agressivité, c’est une alternative à la violence. Faire violence, c’est faire taire (je pense alors à Lanza !). Il montre que la violence peut se canaliser. Par exemple, à des gosses qui jettent des cailloux, il suffit de faire fabriquer quelques balles de son et quelques quilles, le tour est joué. Il développe l’exemple de Gandhi. Un intervenant dira qu’un athée ne pouvait être non violent puisqu’il n’avait pas la foi, parce qu’il était trop matérialiste. Jean-Marie a renversé le questionnement en montrant que la foi en un Dieu abstrait pouvait déboucher sur l’inquisition et que l’Eglise, par sa structure hiérarchisée qui impose obéissance et sacrifice est violente par sa structure même. Par la suite comme intervenants, Ambroise Monod sera jeune, clair et politique, Jean Toulat vieux, curé et embrouillé.

Je découvre par ailleurs Saul Alinski : « On juge une action révolutionnaire sur la réaction qu’elle provoque. Si votre action, loin de renforcer votre mouvement, va dans le sens de l’ennemi, alors vous êtes contre-révolutionnaire. Quand vous êtes fermement convaincus que le pouvoir appartient au peuple, on organise les gens pour qu’ils puissent l’exercer. Afin d’élargir votre champ d’action, il faut travailler sur les problèmes particuliers des gens. Partir de ses intérêts. Par exemple pour lutter contre la pollution, commencer par parler des poubelles. »

En avril 1972, je découvre lors d’un rassemblement d’objecteurs qu’il est vain d’essayer d’organiser un mouvement collectif. La majorité des objecteurs ne voient dans l’objection que le moyen de préserver sa liberté individuelle, point final. Cela n’empêche pas quelques actions comme le comité des 20 pour une demande de statut dans les mêmes termes, non personnalisée.

Un jour, nous devions parler de non-violence devant 250 bambins de 8 à 11 ans. François a commencé par définir succinctement la non-violence, Jean-Paul a embrayé sur nos actions concrètes du CSOC, j’ai alors fait participer la salle : « Qui peut me donner un exemple de violence ? » A la question « quand j’ai mangé tous les bonbons sans en laisser pour personne, est-ce que c’est violent », je laisse répondre une fillette qui parle d’égoïsme. Puis je demande à l’assistance de citer des égoïstes… et je débouche sur la violence économique de ceux qui peuvent se payer beaucoup de bonbons au détriment des autres. Le questionnement posé par les gamins montrait combien il est vain d’exposer un schéma précontraint sur la non-violence qui passerait bien au-dessus des têtes. Il faut laisser le réalisme enfantin raconter de belles histoires… avec l’aide des adultes.

Je continue mon militantisme quotidien. J’écris au président du tribunal de grande instance : « Lundi 8 mai 1972, vous jugerez Jean Coulardeau, Odette Gaignard… pour incitation de militaires à la désobéissance, au renvoi et à la destruction de papier militaire et pour propagande en faveur du statut des objecteurs de conscience. Je proteste contre cette atteinte à la liberté d’expression car les inculpés ne font-ils pas autre chose qu’employer les mêmes « armes » que l’organisation militaire : incitation des civils à l’obéissance, incitation à l’adhésion aux buts militaires et propagande en faveur du statut de soldat. » Cela fait toujours plaisir de s’exprimer, même si on parle à des murs…

Nous distribuons des tracts dénonçant les positions antidémocratiques de Michel Debré inscrites dans un de ses libelles :

« Le nombre de citoyens qui suivent les affaires publiques avec le désir d’y prendre part est limité ; il est heureux qu’il en soit ainsi. La cité, la nation où chaque jour un grand nombre de citoyens discuteraient de politique serait proche de la ruine. Le simple citoyen qui est un véritable démocrate se fait en silence un jugement sur le gouvernement de son pays et lorsqu’il est consulté à dates régulières, pour l’élection d’un député, exprime son accord ou son désaccord. Après quoi, comme il est normal et sain, il retourne à ses préoccupations personnelles. »

Nous lui opposons une phrase de Gandhi : « La vraie démocratie ne viendra pas de la prise du pouvoir par quelques-uns, mais du pouvoir que tous auront de s’opposer aux abus de l’autorité. »

Malgré les incertitudes qui existent toujours sur les conditions de l’incorporation des objecteurs, j’écris au docteur Oury que je vais venir à sa clinique psychiatrique de La Borde fin mai-début juin 1972 : « Ainsi je pourrais sur place et avec vous décider selon les dernières informations et législations de la suite à donner. » Cette option clinique était la suite logique de plusieurs expériences d’éducateur que je vais maintenant relater.

Pour m’écrire, biosphere@ouvaton.org

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Osons la paix avec l’écologie politique

Voici un échange instructif entre Frederic Kalfon, co-responsable de la Commission Défense du parti « Les Écologistes » , et Michel Sourrouille, membre de la commission Paix&Désarmement du même parti.

Kalfon : Un responsable écologiste cultivait le pacifisme critique, la défiance envers l’OTAN, le refus de l’économie de guerre. Les travaux récents des Écologistes montrent que nous avons fait notre mue stratégique.

Sourrouille : J’aimerais savoir comment on passe d’un positionnement historique des Verts à un virage à 180 degrés qui s’aligne sur le positionnement militariste de Macron, à savoir réarmement et dissuasion nucléaire. Des « travaux » dont on ne connaît rien ne suffisent pas pour nous faire passer d’un parti opposition à un parti aligné sur le complexe militaro-industriel.

Kalfon : La puissance peut être protectrice, elle peut dissuader l’agression sans tirer un coup de feu, elle peut être le rempart de la paix et du droit.

Sourrouille : C’est du Macron tout craché qui disait le 2 mars 2026 : « Pour être libre, il faut être craint et, pour être craint, il faut être puissant. Cette augmentation de notre arsenal nucléaire en témoigne. »

Pour le pacifisme qui est une option de changement à long terme, se faire craindre, c’est refuser de se faire aimer. Contraindre, c’est le contraire de la liberté. L’écologie politique doit soutenir les instances internationales dédiées à la paix, pas un surarmement de la France. L’écologie politique doit faire progresser le TNP ainsi que le TIAN, pas s’enfermer dans un discours « de puissance ».

Kalfon : Nous, écologistes, tenons aujourd’hui le même diagnostic, l’OTAN est devenue un instrument transactionnel aux mains de Washington.

Sourrouille : Il faut dire et redire que Kalfon ne représente pas les écologistes, il n’est que membre du CF et porte-parle d’une commission opaque qui oublie que la défense peut être militaire, mais aussi œuvrant pour accroître nos capacités de résistance civile.

Kalfon : L’allié américain n’est plus fiable, et l’Europe doit cesser de sous-traiter sa sécurité, Il faut donc construire une défense européenne crédible et autonome.

Sourrouille : Ce positionnement est absolument le même que celui de tous les autres partis, de l’extrême gauche à l’extrême droite à quelque nuance près sur l’idée de souveraineté nationale. L’écologie politique a donc un avantage aux yeux des électeurs, présenter l’alternative « si tu veux la paix, prépare la paix », une stratégie qui s’oppose frontalement à la vulgate historiquement perdante « si tu veux la paix, prépare la guerre ».

Kalfon : Nous, écologistes, exigeons que l’augmentation du budget de la défense ne se fasse jamais au détriment des services publics, de la protection sociale et de la transition écologique.

Sourrouille : Il n’y a pas que les écologistes qui devraient tenir ce discours, mais absolument tous les partis sans exception, ce qui n’est pas le cas. L’augmentation des dépenses militaires de la France au détriment du reste a été voté sans sourciller par les députés ; le groupe social-écologiste a préféré honteusement s’abstenir.

Kalfon : Nous, écologistes, avons franchi un pas décisif, nous ne sommes plus dans le refus dogmatique de l’arme nucléaire, mais dans une approche réaliste et encadrée.

Sourrouille : Il est évident maintenant que monsieur Kalfon croit que « les écologistes », c’est lui. Est-ce le signe d’un trouble narcissique ou la volonté d’instaurer une prophétie auto-réalisatrice ?

Kalfon : Nous reconnaissons que la dissuasion est une réalité stratégique incontournable et qu’un désarmement unilatéral n’est pas à l’ordre du jour. Nous proposons une dissuasion suffisante, mutualisée au niveau européen

Sourrouille : Il se confirme encore une fois que Kalfon s’aligne complètement sur la position de Macron d’une dissuasion « avancée » telle que formulée à L’Île Longue. Je rappelle que le conseil fédéral des Verts a pris historiquement plusieurs fois position contre la dissuasion nucléaire, un truc très onéreux qui ne dissuade rien du tout. Kalfon oublie-t-il que Vladimir Poutine a multiplié les menaces d’usage de l’arme nucléaire depuis l’invasion de l’Ukraine en 2022 ? Et faire reposer la sécurité sur la peur, c’est accepter une logique de prolifération généralisée.

Kalfon  : On a longtemps présenté les écologistes comme hostiles par principe à toute intervention militaire extérieure. Ce n’est plus vrai, et cela ne l’a peut-être jamais été de façon aussi absolue qu’on le dit.

Sourrouille : Ceux qui veulent falsifier l’histoire ne sont pas de bons historiens. Je rappelle que l’intervention militaire d’un pays dans un autre pays est voué à l’échec, le Mali en est un des derniers signes cuisants pour la France. C’est l’ONU seule qui est normalement qualifiée pour une intervention de protection de la paix et non « un commandement militaire européen » selon les vœux de Kalfon.

Kalfon : Nous, écologistes, défendons une Europe capable de « dissuader, de protéger, d’agir, et surtout, de proposer un modèle fondé sur l’habitabilité de la planète, la justice sociale et la coopération transcontinentale ».

Sourrouille : Moi, écologiste depuis 1974 (mon vote pour René Dumont), dont le père a subi 26 mois de camp de concentration, qui est objecteur de conscience depuis 1971, qui a participé activement à l’écriture du livre « Désobéir à la guerre » (le passager clandestin, 2013), je voudrais bien savoir ce qui permet à Frédéric Kalfon de s’exprimer « au nom des écologistes » ?

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Un débat en France sur la dissuasion nucléaire

extraits : Aujourd’hui le contexte géopolitique international militarise les esprits, à commencer par celui du président Macron. Voici quelques éléments du débat qui fracture actuellement la société en matière de dissuasion nucléaire. Frédéric Kalfon appartient à la commission « défense » du parti « Les Écologistes ». Il s’aligne sur le positionnement de Macron, notre correspondant Michel Sourrouille réagit….

 

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Non-prolifération des armes nucléaires ?

Communiqué du MRAP, Mouvement contre le Racisme et pour l’Amitié entre les Peuples

La 11e conférence d’examen du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) se tient à New York du 27 avril au 22 mai 2026. Les 193 États parties au TNP réussiront-ils cette fois à dégager un consensus sur un document final ? Les deux précédentes conférences, en 2015 et 2022, ont échoué à le faire.

Les tensions internationales s’intensifient et que les déclarations de menaces d’emploi d’armes nucléaires se multiplient. Cette érosion du tabou nucléaire est trop souvent attribuée aux seuls États proliférateurs (Corée du Nord, Inde, Pakistan ou Iran). Cette lecture exonère de leur propre responsabilité les cinq puissances nucléaires dotées, membres permanents du Conseil de sécurité, de leur propre responsabilité. La France, dernière des cinq États dotés à avoir ratifié le traité en 1992, a accepté en pleine connaissance de cause le compromis au coeur du TNP : la reconnaissance temporaire de la possession de l’arme nucléaire en échange d’une obligation à négocier de bonne foi en vue du désarmement. Cette obligation, présente dans l’article 6 du traité, rappelée par la Cour internationale de justice dans son avis consultatif, en 1996, impose un objectif précis : parvenir au désarmement nucléaire.

Or les propos du président Macron à l’Ile Longue contredisent cette obligation. En mettant en avant l’idée d’un « nouvel âge nucléaire », le président éloigne la France de ses obligations découlant de ce Traité. L’augmentation annoncée de l’arsenal, qu’il s’agisse des forces aériennes stratégiques (FAS) ou du nombre de têtes nucléaires, éloigne la France de ses obligations au titre du TNP. Elle s’inscrit en contradiction avec la déclaration commune de janvier 2022 des cinq puissances nucléaires, qui visait à prévenir toute dynamique de course aux armements.

De même, l’annonce de la fin de la transparence sur l’arsenal rompt avec une pratique qui permet d’instaurer un minimum de confiance. Elle va nourrir désormais les spéculations. Enfin, la notion de « dissuasion nucléaire avancée », en intégrant des partenaires européens dans la réflexion ou les pratiques liées à la dissuasion, pose la question d’une forme d’élargissement de la logique nucléaire. Sans constituer une prolifération au sens strict, (tant que les FAS n’iront pas stationner avec leur armement sur d’autres bases européennes) cette évolution renforce la centralité de l’arme nucléaire dans les stratégies de sécurité européenne, en contradiction totale, encore, avec l’objectif du TNP.

L’ensemble de ces orientations appelle à l’ouverture d’un débat démocratique : comment la France entend-elle concilier ses choix militaires avec ses engagements en matière de non-prolifération et de désarmement ? Enfin, le président Macron a lui-même formulé une réflexion qui mérite d’être interrogée : « Pour être libre, il faut être craint, et pour être craint, il faut être puissant. » Si chaque État cherche à être craint pour être libre, alors tous chercheront à acquérir l’arme nucléaire. Faire reposer la sécurité sur la peur, c’est accepter une logique de prolifération généralisée. Est-ce un futur souhaitable ?

Dans ce contexte, la conférence d’examen du TNP risque d’acter un troisième échec consécutif qui marquerait une forme de mort cérébrale du traité. La France en sera responsable, comme les autres puissances nucléaires démocratiques et autoritaires.

Face à cette situation, les parlementaires ont un rôle essentiel et portent donc une responsabilité directe. Ils ne peuvent se retrancher derrière un prétendu domaine réservé. Ils votent le budget, en définissent les priorités, et doivent ouvrir un débat public sur les choix engagés. Poursuivre le financement de cette politique (près de 14 000 euros par minute) sans en interroger les fondements n’a pas de sens. D’autant que la théorie de la dissuasion nucléaire ne cesse de montrer ses failles, de la guerre en Ukraine aux tensions au Moyen-Orient.

Nous avons déjà connu un monde structuré par la peur nucléaire. Nous savons ce qu’il implique : crises permanentes, risques d’escalade et possibilité toujours présente d’un emploi aux conséquences catastrophiques. Offrir cet horizon aux générations actuelles et futures, déjà confrontées au dérèglement climatique, serait une faute politique majeure. La sécurité collective ne peut être fondée ni sur la peur, ni sur l’accumulation d’armes de destruction massive. Elle repose sur le droit, la diplomatie, la coopération et la volonté politique de sortir de la logique nucléaire.

MRAP

    43 boulevard de Magenta – 75010 Paris
    01 53 38 99 99 – www.mrap.frmrap@mrap.fr

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Macron, vers un nouvel âge nucléaire

extraits : Vers un nouvel âge nucléaire ? La presse s’est largement félicitée du discours présidentiel sur la mise en œuvre d’une « dissuasion nucléaire avancée » sans interroger les conséquences juridiques et sécuritaires des décisions annoncées par le président le 2 mars 2026 depuis la base de l’île Longue. Analyse du discours du président Macron….

Un débat en France sur la dissuasion nucléaire

extraits : Aujourd’hui le contexte géopolitique international militarise les esprits, à commencer par celui du président Macron. Voici quelques éléments du débat qui fracture actuellement la société en matière de dissuasion nucléaire. Frédéric Kalfon appartient à la commission « défense » du parti « Les Écologistes ». Il s’aligne sur le positionnement de Macron, notre correspondant Michel Sourrouille réagit….

Un référendum contre la dissuasion nucléaire

extraits : Aux racines de la guerre et du chaos actuel, il y a le non-respect de leurs obligations par les États dotés d’armes nucléaires – dont la France. Ils n’ont jamais entamé les négociations prévues depuis 1970 par l’Article VI du TNP en vue d’aboutir à un monde sans armes nucléaires ni radioactives, par un désarmement multilatéral planifié, progressif, intégral, universel et strictement contrôlé….

Les déclarations récentes sur le TIAN

extraits : La dissuasion nucléaire, qui n’a d’autre argument que la loi du plus fort, reçoit encore aujourd’hui très peu de critiques alors que les déclarations récentes de Poutine montrent qu’un usage disproportionné de la bombe ultime est toujours possible. Le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires (TIAN) sera bien signé un jour par les grandes puissances, on espère que ce sera avant qu’il soit trop tard….

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Le risque accru d’un conflit nucléarisé

Le 8 mai 1945 est la date à laquelle les forces alliées obtiennent la reddition sans conditions de l’Allemagne nazie ; ce n’est pas un armistice, c’est une capitulation qui implique nécessairement un vaincu. Est-ce bien nécessaire de conserver un jour férié pour un événement qui a eu lieu il y a 81 ans alors que l’Allemagne est depuis longtemps un pays frère intégré dans l’Union européenne.

Déjà en 1975, le président Giscard d’Estaing supprime la commémoration, en se justifiant « au titre de la réconciliation franco-allemande et de la relance de la construction européenne ». Le très conservateur Sénat contestera l’année suivante cette décision.

Le président Macron aime la célébration du 8 mai ; il a présidé l’an dernier la cérémonie de commémoration du 80e anniversaire de la Victoire du 8 mai 1945 sous l’Arc de Triomphe. Il garde un état d’esprit militariste qui ne sait pas qu’entre vainqueurs et vaincus, il faut savoir tourner la page. Voici un article très dense sur la question militaire par Olivier Schmitt dont je commente deux aspects :

Olivier Schmitt : « Une dimension me semble sous-estimée dans le débat public français : non pas ce que permet de faire le porte-avions nucléaire, mais ce qu’il empêche de financer. Si l’on consacre des ressources à un groupe aéronaval, qu’est-ce qu’on ne finance pas dans l’armée de terre et dans l’armée de l’air et de l’espace ? La marine nationale n’a aucun intérêt à ce que le débat soit posé en ces termes. Pourtant, il y a un effet d’éviction en sa faveur, au détriment de ce qu’on pourrait faire, par exemple, en Europe en matière de capacité de déploiement. Le porte-avions est-il utile dans l’absolu ? Oui. Est-il le meilleur choix pour la France ? Il faudrait un débat beaucoup plus fin sur ces arbitrages budgétaires. »

Mon commentaire : Il est symptomatique que ce spécialiste ne consire l’arbitrage budgétaire qu’au niveau militaire sans considérer que l’augmentation actuelle en France de ce genre de penses improductives vient automatiquement en concurrence avec les dépenses sociales et la nécessaire réduction de notre endettement public !

Olivier Schmitt : « En matière de dissuasion nucléaire, le changement majeur tient à la multipolarisation autour de l’Inde, du Pakistan, de la Chine et de la Corée du Nord. Cela crée des dynamiques inédites par rapport à la guerre froide, où deux camps cherchaient à se dissuader mutuellement. Aujourd’hui, si vous êtes l’Inde, vous devez dissuader à la fois le Pakistan, la Chine, éventuellement la Corée du Nord. Envoyer des signaux crédibles à plusieurs interlocuteurs sans qu’ils soient mal interprétés devient de plus en plus compliqué. Le risque d’escalade augmente. C’est ce qu’on appelait durant la guerre froide le paradoxe entre stabilité et instabilité : si la relation est stabilisée au niveau nucléaire stratégique, la conflictualité est poussée au niveau conventionnel. La nouveauté, c’est que ces dynamiques concernent désormais une multiplicité de « camps », et non plus seulement deux. »

Mon commentaire : en terme clair, cela veut dire que le risque de déclenchement d’une frappe nucléaire existe car les relations géopolitiques avec acteurs multiples deviennent incontrôlables. La frappe peut même être « préventive ». Si j’étais Netanyahou ou Trump, une telle option atomique contre l’Iran peut même paraître justifiée, autrefois Hiroshima et Nagasaki ont bien évité (à ce qu’on dit) la prolongation de la guerre contre le Japon.

Et comme c’est l’IA qui génère de plus en plus l’analyse stratégique aujourd’hui, les études montrent que pour l’IA l’usage de la bombe atomique semble tout à fait rationnel…

Michel Sourrouille

source : https://www.lemonde.fr/international/article/2026/04/24/olivier-schmitt-expert-militaire-il-existe-un-vrai-risque-de-conflit-avec-la-russie-dans-les-cinq-prochaines-annees_6683027_3210.html

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Devenir objecteur de conscience en 1971

Voici ci-dessous quelques éléments de mon vécu en 1971…

Nous sommes en 2026 et j’ai la nette impression d’une profonde régression de la pensée humaine.

Michel Sourrouille

– Début février 1971, je note dans mon carnet : « Je peux dire sans beaucoup me tromper que si tous les budgets militaires depuis la nuit des temps avaient été consacrés à aider les humains au lieu de vouloir les détruire, il y aurait déjà un gouvernement mondial, une même langue, une même monnaie et une société où patrons et ouvriers marcheraient la main dans la main. »

– Désarmer doit être pour un pays une décision unilatérale. Si nous attendons que l’autre commence, nous pourrons toujours attendre longtemps. Tandis que si nous sommes désarmés, nous devenons un exemple de comportement.

– Si on nous attaque, il doit y avoir des raisons. Supprimons les raisons !  S’il y a attaque et qu’on nous envahit, faisons de la résistance passive. Notre exemple servira pour le futur.

– Nous n’avons jamais eu une seule raison valable de nous battre entre nations, tous les humains appartiennent à notre humanité commune, nous partageons la même terre, nous avons des intérêts communs.

– Mi-février 1971, Michel Debré m’apprend sans le vouloir l’existence des objecteurs de conscience lors d’un débat sur la patrie avec le communiste Jacques Duclos. « La patrie apporte la liberté par le suffrage universel : la liberté de la minorité de se plier aux exigences de la majorité (…) Les objecteurs de conscience ont de la chance qu’il y ait des patriotes », dit Debré. Duclos penche pour l’internationalisme des marseillaises, non pour le cosmopolitisme. J’en déduis que Duclos est pour une patrie rattaché à l’URSS et Debré pour la patrie du grand capital.

– Le refus de l’usage des armes est nécessairement un mouvement internationaliste ; le fait que le droit à l’objection ne soit pas reconnu dans un pays est une anomalie à combattre.

– Ma conscience ne me permet pas de vivre à l’intérieur d’une organisation appelée pudiquement « obligations légales d’activité « , armée qui ne permet ni l’amour de l’homme, ni la discussion, ni la non-violence. Or ma société me permet de vivre selon ma conscience ; que ma société fasse son devoir ! » (extraits de ma demande officielle pour être objecteur de conscience, 26 avril 1971).

– En juin 1971 Louis Lecoin, celui grâce à qui le statut d’objecter de conscience était devenu possible, meurt à 83 ans. Je fais passer un article dans Sud-Ouest, mais on a censuré ce passage : « C’est avec lui qu’on peut dire qu’un désarmement unilatéral donnerait à la France la meilleure place et la plus enviable dans la mémoire des hommes, de tous les hommes devenus citoyens égaux dans un monde sans frontières et à unique patrie. » Le journal a égrené le passé de Louis, mais n’a pas voulu aborder ce qui permettrait un avenir meilleur… La liberté d’exprimer ses idées est toute relative en France !

– J’écris au président du tribunal de grande instance : « Lundi 8 mai 1972, vous jugerez Jean Coulardeau, Odette Gaignard… pour incitation de militaires à la désobéissance, au renvoi et à la destruction de papier militaire et pour propagande en faveur du statut des objecteurs de conscience. Je proteste contre cette atteinte à la liberté d’expression car les inculpés ne font-ils pas autre chose qu’employer les mêmes « armes » que l’organisation militaire : incitation des civils à l’obéissance, incitation à l’adhésion aux buts militaires et propagande en faveur du statut de soldat. »

– Seule est vraie la parole qui mène aux actes.

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Trump peut utiliser l’arme nucléaire contre l’Iran

Le 23 avril, le président Donald Trump a affirmé pendant un échange avec la presse dans le bureau Ovale ne pas avoir l’intention d’utiliser l’arme nucléaire contre l’Iran, : « Non, je ne l’utiliserai pas. Il ne devrait jamais être possible pour quiconque d’utiliser l’arme nucléaire… Pourquoi utiliserais-je l’arme nucléaire alors que nous les avons complètement anéantis, de manière très conventionnelle ? »

https://www.lemonde.fr/international/live/2026/04/24/en-direct-guerre-au-moyen-orient-le-cessez-le-feu-entre-israel-et-le-liban-sera-prolonge-de-trois-semaines-annonce-donald-trump_6681958_3210.html

Le commentaire de Michel Sourrouille

Cette phrase du président américain veut dire en fait que si l’Iran n’était pas anéanti de manière conventionnelle, alors Trump pourrait utiliser l’arme nucléaire. Il ne faudrait jamais oublier que les USA ont déjà utilisé l’arme nucléaire deux fois contre des civils.

La dissuasion nucléaire est donc un leurre, l’existence de ce moyen de domination peut être utilisé par n’importe quel dirigeant… surtout s’il s’agit d’anéantir la résistance d’un pays non possesseur de la bombe. On peut par exemple penser au conflit entre Israël (nucléarisé) et l’Iran (non nucléaire) !

Les écologistes sont le seul parti qui pourrait prôner le désarmement nucléaire de la France. L’avantage politique, c’est que ce parti aurait un créneau de visibilité électorale conforme à son ADN pacifiste (préparer la paix pour éviter la guerre).

Les Insoumis, les plus proches de la position globale des écologistes, sont ambigus. A ma connaissance, la dissuasion nucléaire est « caduque » selon Mélenchon. Du moins telle qu’elle est mise en œuvre aujourd’hui. Il penche pour une refonte radicale. La dissuasion serait opérée depuis l’espace et sans faire appel à des moyens nucléaires. (février 2022).

Les précisions de Philippe Leclerre

(résumé) Lutter contre la propagande militariste est aussi une entreprise sémantique. La notion d’industrie de « défense » n’existe pas, c’est une invention du lobby militaro-industriel qui conditionne les mentalités. Il y a création d’éléments de langage qui collent aux cerveaux comme du sparadrap. Les ventes d’armes alimentent des guerres et des massacres, mais la production en masse destinée à l’exportation permettait des économies d’échelle et obtenir ainsi des coûts moindres pour l’armée française.

Les médias, à commencer par Le Monde, publient des articles sur les guerres sous l’appellation « défense » et l’industrie militaire est devenue « industrie de défense ». C’est un tour de passe-passe, une tromperie. Il n’y a pas d’industrie « de défense ». Quand la France guerroie au Sahel, les armes utilisées ne sont certainement pas « de défense » ; quand la France expédie des armes en Israël ou en Arabie saoudite au plus fort des massacres (Palestine, Liban, Iran,Yémen…), ces armes ne sont évidemment pas produites pour la défense.

L’expression « industrie de défense » nous fait avaler la participation en notre nom à l’incendie criminel qui ronge la planète. Je dis souvent que le premier combat des militants est celui de la sémantique. Lorsqu’on emploie la terminologie imposée par des gens avec qui nous ne sommes pas d’accord, nous confortons leurs positions et leurs argumentations : nous sommes piégés, sur la défensive, et même souvent captifs.
Il n’y a pas d’industrie de défense, mais
seulement une industrie militaire.

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Le Japon tourne le dos au pacifisme

Le pacifisme est inscrit dans la Constitution japonaise de 1947 qui dispose que le Japon « renonce à la guerre en tant que droit souverain de la nation » (article 9).

Le Japon a même adopté une interdiction conditionnelle des exportations d’armes en 1967, puis une interdiction totale une décennie plus tard. En 2014, le Japon a ouvert la voie aux exportations pour cinq catégories de produits militaires non létaux : le sauvetage, le transport, l’alerte, la surveillance, le déminage. Lorsque l’Ukraine a lancé un appel aux nations amies pour obtenir des armes afin de repousser l’offensive de la Russie, le Japon avait exprimé sa sympathie, mais s’était abstenu d’envoyer des armes.

Mais le Japon a annoncé le 21 avril 2026 assouplir ses règles d’exportation d’armements en vigueur depuis cinquante ans, un changement historique ouvrant la voie à la vente d’armes létales à l’étranger. La première ministre, Sanae Takaichi, aux positions ultranationalistes, en avait fait un marqueur de sa politique. Elle soutient que cette évolution permettra à l’archipel de renforcer sa défense nationale, tout en stimulant l’industrie d’armement pour en faire un moteur de croissance économique.

Le point de vue des écologistes pacifistes

Quand les Portugais ont introduit le mousquet dans le Japon du XVIe siècle, son emploi fut désavoué et il fallut attendre longtemps avant qu’il soit autorisé à remplacer les armes traditionnelles. Son efficacité en tant qu’instrument de guerre n’était pas mise en doute. Mais il ne  correspondait pas à la tradition culturelle japonaise, pour laquelle l’utilisation d’un engin permettant à un gamin de tuer un samouraï chevronné était tout à fait inadmissible.

Nous sommes assis sur une poudrière, mais nous augmentons la quantité de poudre, exportations d’armes, dissuasion nucléaire « élargie », augmentation généralisée des dépenses militaires, militarisation de la population en France, etc.

La seule voie qui importe, préparer la paix pour éviter la guerre, n’est plus de ce monde. Seul Léon XIV porte une voix dissidente !

Le pape américain s’est exprimé le 11 mai 2025 au balcon de la basilique Saint-Pierre pour appeler « les grands de ce monde » à arrêter la guerre, que ce soit à Gaza, entre l’Inde et le Pakistan, ou encore en Ukraine.

Le 11 avril 2026 dans la basilique Saint-Pierre, ecclésiastiques et ambassadeurs près le Saint-Siège étaient venus écouter la prière pour la paix, décidée à la dernière minute par le pape Léon XIV : « Chers frères et sœurs, assez avec l’idolâtrie de soi-même et de l’argent ! Assez avec la démonstration de force ! Assez avec la guerre ! La véritable force se manifeste dans le service de la vie. Il est temps de faire la paix ! Asseyez-vous à la table du dialogue et de la médiation, et non à la table où se planifie le réarmement et où se décident des actions meurtrières ! »

« Dieu ne bénit aucun conflit », avait écrit le pape sur le réseau X, la veille.

Samedi 18 avril 2026, le cardinal Joseph McElroy, archevêque de Washington, a demandé aux fidèles d’agir : « En tant que citoyens et croyants en cette démocratie, nous devons plaider en faveur de la paix auprès de nos représentants et de nos dirigeants. Il ne suffit pas de dire que nous avons prié, nous devons aussi agir. »

Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphere,

notre rubrique « pacifisme »

https://biosphere.ouvaton.org/blog/category/pacifisme/

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Les a-côtés d’une guerre inhumaine

L’IA ne devient pas humaine, c’est l’humain qui devient machine. Netanyahou ne fait preuve d’aucun sentiment d’humanité. Et on peut se demander à juste titre si Trump est normal. Ils utilisent les machines pour faire semblant d’être fort. Et ils négligent les séquelles des combats qu’ils ont provoqués.

Le soldat, au service de la machine

Laure de Roucy-Rochegonde, directrice du centre géopolitique des technologies de l’IFRI, autrice de « La Guerre à l’ère de l’intelligence artificielle. Quand les machines prennent les armes » (PUF, 2024).

Dès les premières heures du conflit en Iran, le modèle d’IA générative d’Anthropic « Claude » a été utilisé par l’armée américaine pour planifier l’attaque lancée le 28 février 2026. Les techniques d’IA réduisent considérablement le délai entre la collecte d’informations, l’analyse, la décision et l’action militaire permettant, concrètement, la frappe d’un plus grand nombre de cibles, plus vite, à moindres frais et avec l’apparence d’une justification rationnelle. Il y a une marginalisation de la prise de décision humaine dans la kill chain. Les opérations deviennent trop rapides pour être pleinement comprises par les opérateurs. La phase de vérification humaine des cibles se révèle extrêmement courte, parfois de l’ordre d’une vingtaine de secondes. Une telle pression temporelle incite à seulement entériner les propositions de la machine. Et si, au nom de l’efficacité militaire, nous avions déjà commencé à déléguer à la machine des choix qui engagent notre humanité ?

L’érosion du contrôle exercé sur la force militaire est d’autant plus préoccupante que, d’après une étude menée par Kenneth Payne au King’s College de Londres, les principaux modèles développés par OpenAI, Anthropic et Google choisissent de recourir à l’arme nucléaire dans 95 % des cas de conflits auxquels ils sont exposés. Ce pourcentage indique que le tabou nucléaire n’est pas aussi prégnant dans le raisonnement de programmes d’IA qu’il ne l’est dans l’imaginaire humain.

En 1945, après avoir lâché une bombe sur Hiroshima, les Américains, en ont envoyé une deuxième 3 jours après sur Nagasaki, sans même attendre que le Japon capitule. Tout ça pour montrer sa force et tester une bombe au plutonium différente de la première. Est-ce qu’une IA aurait été moins cynique que ces dirigeants-là ?

Le soldat, ce traumatisé des combats

Un livre de référence, L’Homme en guerre de Patrick Clervoy (Odile Jacob, 288 pages, 23,90 euros)

Patrick Clervoy a effectué toute sa carrière comme psychiatre au sein des forces armées. Il pose un éclairage cru sur la banalité du stress post-traumatique chez les militaires engagés en opération :

« A l’épreuve de la guerre, un homme se transforme, sa personnalité change. Il devient quelqu’un d’autre. La guerre, c’est le lieu où se décomposent les sociétés…  Rien n’est plus insupportable pour un soldat que la peur de son voisin…  Neuf soldats sur dix connaissent une inhibition à tuer… Pour un homme en guerre, le premier danger n’est pas celui de perdre sa vie, mais celui de perdre son humanité  ».

Aux Etats-Unis, rappelle-t-il, entre 2008 et 2016, environ 6 000 soldats se sont suicidés. Avec de tels chiffres, l’Amérique déplore un plus grand nombre de vies perdues au retour d’Irak ou d’Afghanistan que durant les années de guerre sur ces deux théâtres.

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Léon XIV donne une fessée à Trump

La vocation des écologistes est d’en finir avec les guerres pour promouvoir la paix avec l’ensemble des formes de vie. Quand un pape veut la même chose, nous saluons son message de chrétien.

Le pape Léon XIV : « Chers frères et sœurs, il existe certainement des responsabilités impératives qui incombent aux dirigeants des nations. Vers eux nous nous écrions : arrêtez ! Il est temps de faire la paix ! Asseyez-vous à la table du dialogue et de la médiation, et non à la table où se planifie le réarmement et où se décident des actions meurtrières !  Assez de l’idolâtrie du moi et de l’argent ! Assez des démonstrations de force ! Assez de guerres ! La véritable force se manifeste en servant la vie »

Le pape n’a cité aucun responsable politique par son nom et n’a pas désigné de pays en particulier.

Donald Trump : « Je ne veux pas d’un pape qui pense que c’est OK pour l’Iran d’avoir une arme nucléaire. Et je ne veux pas d’un pape qui critique le président des Etats-Unis parce que je fais exactement ce pour quoi j’ai été élu, dans un raz-de-marée. Je ne suis pas un grand fan du pape Léon. C’est quelqu’un de très libéral, et c’est un homme qui ne croit pas à la lutte contre la criminalité. Il fait joujou avec un pays qui souhaite se doter de l’arme nucléaire. »

Donald Trump a accompagné son message d’une image générée par intelligence artificielle dans lequel on le voit, en toge blanche et rouge, apposer sa main sur le front d’un malade sur un lit d’hôpital, entouré de personnes en prière, et sur fond de drapeau américain.

Le pape Léon XIV a décidé de répliquer. « Je n’ai ni peur de l’administration Trump, ni de dire le message de l’Évangile. Mon message a toujours été le même : promouvoir la paix. Je le dis pour tous les leaders du monde, pas uniquement pour lui. Nous cherchons toujours à en finir avec les guerres et à promouvoir la paix et la réconciliation. Nous ne regardons pas la politique étrangère – comme Trump appelle ça – avec la même perspective que lui. Je n’ai pas l’intention d’entrer dans un débat. »

Les réactions des écologistes de toutes obédiences

– En représailles, Trump vient de décider de mettre 200% de droits de douanes sur le Vatican. Le prix des crucifix et des hosties va exploser.

– Non, il va imposer un bloc maritime au Vatican.

– Blague à part, il faut un sacré culot pour oser faire le leçon au pape sur les valeurs chrétiennes.

– Lors de son investiture, Trump a prêté serment sur la bible. Manifestement il ne sait pas ce qui est écrit dedans.

– Jésus : « On ne peut servir Dieu et l’Argent »

– Vous connaissez la différence entre Dieu et Donald Trump ? C’est que Dieu ne se prend pas pour Donald Trump.

– Il est plus facile pour un chameau 🐫 de passer par le chas d’une aiguille que pour Trump d’entrer dans le royaume des cieux !

– Trump me fait soutenir l’Iran et le pape. Moi, le bouffeur de curés et anti-islamiste.

– Et la grenouille de bénitier Vance, il soutient qui, Léon ou Trump ?

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La loi Yadan défend le sionisme

Exceptionnellement il ne sera pas question directement d’écologie dans ce post. Mais le conflit entre Juifs et Musulmans devait nous montrer qu’un mort est toujours un mort, quelles que soient les circonstances de ce décès et la religion du défunt. Il faut toujours aller au-delà de l’émotionnel et du parti pris pour pouvoir approfondir une réflexion quel que soit le domaine d’étude. Le conflit israélo-palestinien nous apparaîtra alors pour ce qu’il est, le témoignage de l’impasse historique où nous a mené un passé ethnicisé.

Sur ce blog, nous pensons que tout nationalisme est une cause de guerre et doit être dénoncé comme tel. Car la guerre empêche toute vie paisible sur cette petite planète qui n’a déjà pas besoin de ça pour être déjà déséquilibrée par l’activisme humain.

Quelques faits historiques

– Le sionisme vise à la formation d’un foyer national juif, qui correspondrait à peu près à Canaan, à la Terre sainte, une région pourtant déjà occupée par les Palestiniens. Face à l’antisémitisme, ce mouvement gagne en popularité. C’est un nationalisme sans territoire qui apparaît au XIXe siècle et trouver une concrétisation politique avec la déclaration Balfour en 1917 puis l’établissement de la Palestine mandataire à l’issue de la Première Guerre mondiale en 1920, ce qui permet l’accroissement de l’immigration juive sur le territoire. Le terme « sionisme » fait référence au « retour à Sion », Sion étant un synonyme utilisé pour Jérusalem, et par extension « la terre d’Israël ».

– La commission universitaire anglo-américaine King-Crane avait en 1919 remarqué deux choses : le projet européen sioniste ne pouvait se concrétiser que par la violence (à commencer par la violence de l’occupation militaire britannique) et les sionistes étaient convaincus de leur légitimité : un territoire qui leur serait donné par Dieu. Mais le seul fait de ne pouvoir se concrétiser ce projet que par la violence prouvait l’illégitimité de ce projet. En conséquence la commission concluait qu’il fallait remettre en cause le projet européen sioniste. Elle avait compris que le projet israélien ne pourrait jamais être légitime. Le rapport de cette commission a été immédiatement enterré.

– L’idée qu’il serait possible de créer ex nihilo un État où des Juifs seraient majoritaires ne pouvait se concrétiser qu’avec l’aval des Grandes Puissances. En 1947, l’ONU propose un plan de partage de la Palestine entre un État juif et un État arabe tandis que Jérusalem serait un corpus separatum sous administration internationale. L’État d’Israël est proclamé le 14 mai 1948. Israël ne comptait alors que 630 000 Juifs pour 1 340 000 Arabes. Les deux populations indigènes de la Palestine historique (une majorité arabe et une minorité juive) avaient vécu dans une paix relative pendant des siècles avant la Nakba, la catastrophe de la création de l’État d’Israël.

Proposition de loi de la députée macroniste Caroline Yadan

On fait dans son exposé des motifs, un lien direct entre antisionisme et antisémitisme : « Cette haine de l’Etat d’Israël est consubstantielle à la haine des juifs », peut-on y lire. Et d’ajouter : « L’appel à la destruction de cet Etat, parce qu’il forme un collectif de citoyens juifs, est une manière détournée de s’attaquer à la communauté juive dans son ensemble », omettant les quelque 2 millions de Palestiniens d’Israël et avalisant la définition d’Israël par une loi israélienne contestée de 2018 comme « l’Etat nation du peuple juif ».

Dans sa première rédaction, la proposition de loi créait un nouveau délit de presse − relevant de la loi de 1881 sur la liberté d’expression − dans « le fait de provoquer directement ou indirectement à la destruction ou à la négation d’un Etat, ou de faire publiquement l’apologie de sa destruction ou de sa négation ». Une formulation jugée trop vague par le Conseil d’État, d’où la nouvelle formulation : délit d’avoir « appelé publiquement, en méconnaissance du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et des buts et principes de la Charte des Nations unies, à la destruction d’un Etat reconnu par la République française ».

Selon Caroline Yadan, ce texte doit permettre d’empêcher de présenter « impunément » le Hamas comme « un mouvement de résistance ».

Une pétition a dépassé le seuil des 500 000 signatures sur le site de l’Assemblée nationale le 7 avril 2026. Celle-ci s’oppose à la proposition de loi (PPL) « visant à lutter contre les formes renouvelées de l’antisémitisme ».

L’examen de la PPL dans l’hémicycle est prévu pour les 16 et 17 avril…

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