démographie

Mourir de faim toutes les quatre secondes

200 ONG provenant de 75 pays ont signé une lettre ouverte pour exprimer leur indignation face à l’explosion du nombre de personnes souffrant de la faim, 345 millions de personnes dans le monde, un nombre qui a plus que doublé depuis 2019 : « Une personne meurt actuellement de faim dans le monde toutes les quatre secondes. Il est inadmissible qu’avec toute la technologie agricole aujourd’hui, nous parlions encore de la famine au XXIe siècle. »

Il y a 4,66 naissances de plus dans le monde chaque seconde et 1,81 décès, soit un accroissement naturel de 11,4 personnes toutes les 4 secondes. Il faut déjà nourrir 8 milliards de personnes, ne semble-t-il pas logique que cet accroissement entraîne la famine ? Malthus avait prévenu dès 1798, si on augmente la production agricole sans se préoccuper de l’expansion démographique, on court au désastre, famines, guerres et épidémies.

Le point de vue des écologistes

He jean Passe : 90 millions de terriens en plus chaque année et des ressources naturelles qui s’épuisent…

Christophe N. : Une personne meurt de faim toutes les 4 secondes et 18 fois plus naissent dans le même temps, c’est peut-être ça le problème ?

Athanagore Porphyrogenete : Donc admettons qu’on nourrisse tout le monde dans les endroits où les gens meurent de faim. Vont-ils spontanément avoir moins d’enfants, ou encore plus ? Et s’il en ont encore plus, encore plus de gens mourront de faim et il faudra envoyer encore plus de nourriture. Il est quand même troublant de voir que les pays ayant la plus grande incertitude alimentaire sont aussi ceux dont la démographie ait la plus forte croissance. Donc on fait quoi ? On laisse faire? On les nourrit sans rien en échange ? On les nourrit en leur disant quoi faire? Il semble bien qu’aucune de ces trois proposition ne soit acceptable. Alors?

Hans Christian : Quand on continue de faire des enfants alors qu’on ne peut pas nourrir ceux qui sont déjà là, c’est être irresponsable. Commençons à parler planning familial, contraception avortement ou même stérilisation.

Sisimple : De la nourriture contre un planning familial serré et suivi sinon c’est un puits sans fond et un désastre écologique qui arrive. Envoyons les membres de ces ONG à un stage de 6 mois dans une ferme agricole. Faisons des aides au développement agricole local.

Pour agir, rejoindre l’association Démographie Responsable :

https://www.demographie-responsable.org/

Comment avorter, chirurgie ou chimie ?

Ce mercredi 28 septembre a eu lieu la journée internationale du droit à l’avortement. Bien qu’elle revendique le titre de « journée mondiale », précisons d’emblée qu’il s’agit d‘une journée purement nationale, voulue expressément par le gouvernement français. Les députés se pencheront, fin novembre, sur la proposition de loi de la majorité visant à inscrire ce droit dans la Constitution. Aux États-Unis, où la Cour suprême a annulé l’arrêt Roe vs Wade – qui garantissait le droit à l’avortement au niveau fédéral – , le droit à l’IVG est menacé. Ce n’est qu’un début, continuons le combat… pour le libre choix.

Margo Magny : Un autre enjeu fait aussi débat : la préservation du choix de la méthode d’avortement. Les recommandations de la Haute autorité de santé (HAS) préconisent la pratique de l’IVG médicamenteuse jusqu’à neuf semaines d’aménorrhée. Après ce délai, la HAS recommande fortement aux praticiens d’avoir recours à une IVG instrumentale, jusqu’à seize semaines d’aménorrhée.

Une IVG médicamenteuse débute avec la prise d’un premier médicament qui permet d’arrêter la grossesse : le mifépristone. Une seconde prise de médicament, le misoprostol, s’effectue trente-six heures à quarante-huit heures après la prise du premier. Il favorise les contractions et provoque l’expulsion de l’œuf. L’IVG instrumentale, technique chirurgicale qui nécessite une anesthésie et une brève hospitalisation, est, elle, pratiquée jusqu’à présent uniquement par les médecins – une expérimentation doit démarrer pour ouvrir cette pratique aux sages-femmes. Selon les dernières données de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees), 76 % du total des IVG pratiquées en 2021 étaient médicamenteuses. Ce chiffre s’élevait à 31 % seulement en 2001. Lors d’une IVG médicamenteuse, il faut impérativement que les femmes soient prévenues de ce qu’elles vont vivre, du produit de l’expulsion. Certaines femmes ont été traumatisées. elles ne s’attendaient pas à des saignements aussi abondants.

Le point de vue des écologistes malthusiens

Tout est relatif, la loi dans un pays démocratique évolue avec l’opinion et le droit juridiquement appliqué n’est qu’un compromis entre des principes qui peuvent être en opposition totale. Mais selon le principe de respect de la liberté individuelle quand elle ne remet pas en question le bien commun, il paraît aberrant d’empêcher une personne d’arbitrer entre son impossibilité d’élever un enfant dans de bonnes conditions et son désir d’être mère. Les pro-choix n’empêchent pas les pro-life de faire des enfants, les intégristes n’autorisent pas la réciproque. Cette attitude réactionnaire est anti-démocratique, on doit respecter les différences. Il est vrai que le droit à l’avortement repose sur des bases complexes. Ce n’est pas seulement le droit des femmes à disposer de leurs corps, c’est surtout le droit de l’enfant à s’insérer de façon harmonieuse dans une vie familiale et sociale, donc dans le long terme.

Or on va franchir ce 15 nombre 2022 le nombre de 8 milliards d’êtres humains sur une planète que notre société thermo-industrielle a complètement dévasté. Dans ce contexte mortifère, tout ce qui permet de réduire volontairement notre poids démographique ne peut qu’être positif. Soutenez l’association « Démographie Responsable », la seule en France à penser tout à la fois, en voulant qu’on réduise notre fécondité, à l’avenir de nos générations futures et à la sauvegarde de la biodiversité.

Lire, Tout savoir sur l’avortement, l’IVG

8 milliards, des décroissants non malthusiens

Voici la question posée par biosphere au « Parti de la décroissance » : «  Nous voudrions connaître la position de votre mouvement sur le passage prochain aux 8 milliards d’êtres humains. Comment se situer par rapport à l’expression « décroissance démographique » ? »

Nous avons reçu deux réponses qui ne sont que personnelles et non programmatiques, représentatives de ce parti. Notons aussi que le nombre « 8 milliards » est soigneusement occulté dans les réponses, on n’en parle pas. De toute façon l’expérience montre que le fait de ne pas vouloir parler de démographie est une attitude de principe chez la majeure partie de la gauche décroissanciste. Des revues comme le périodique L’Écologiste ou le mensuel La Décroissance ne parlent jamais du poids du nombre : sujet tabou, depuis toujours et jusqu’à la fin des temps.

Stéphane : il me parait évident, que dans l’état, la question démographique doit rester un débat interne au mouvement de la décroissance au même titre que la stratégie politique, l’organisation du mouvement, etc …

Biosphere : Stéphane, soit atteindre 8 milliards de Terriens n’est pas inquiétant, mais alors il faut démontrer publiquement que ce n’est pas un vrai problème, soit il faut agir politiquement face à la surpopulation et cela est de la compétence explicite d’un parti politique.

Vincent : Si la question était centrale d’un point de vue politique dans les années 60-70-80, elle ne l’est plus. En effet, du fait de l’inertie, le problème est dorénavant le vieillissement et la réduction naturelle des populations, sans pétrole mais avec toujours plus de travaux manuels.

Biosphere : En 1972 quand le livre sur les limites de la croissance est parue, il y avait déjà 4 milliards d’humains. Aujourd’hui 8 milliards, environ 1 milliard de plus tous les 12 ans en moyenne. Nous allons à l’effondrement si nous n’inversons pas la courbe de nos exponentielles, entre autres démographique, disait ce rapport de 1972. Le pronostic reste toujours valide en 2022 d’autant plus que les signes de catastrophes se multiplient. Quant au vieillissement, faire toujours plus d’enfants est une pyramide de Ponzi démographique, les jeunes aujourd’hui seront les vieux de demain, le problème reste entier. D’autant plus que « la vie sans pétrole » et le passage généralisé aux « travaux manuels », perspective d’avenir selon les décroissants, va complètement assécher les possibilités de financement des retraites.

Vincent : L’année dernière j’écrivais : « Une augmentation infinie de la population sur Terre est aussi absurde qu’une hausse de la consommation énergétique infinie. Le projet de décroissance répond à la question centrale de la démographie en mettant en avant l’objectif d’une justice sociale planétaire. C’est une affaire de partage, en particulier de nourriture et d’accès à l’eau, ce qui implique la remise en question de nos modes de production et de consommation.

Biosphere : C’est beau les idéaux, partageons la nourriture en donnant du pain à ceux qui n’en ont pas. Mais l’aide alimentaire sans donner les moyens de maîtriser la fécondité ne peut qu’accroître le nombre des affamés. Chaque territoire, chaque biorégion se doit d’assurer sa souveraineté et sa sécurité alimentaire dans un monde où la nourriture et l’eau se raréfient. En effet, le partage de biens qui n’existent qu’en quantité limitée devient impossible. Il faudra dans un avenir proche de plus en plus compter sur ses propres forces et pas sur l’extérieur. Cette nécessité d’en finir avec la dépendance est aussi valable pour des pays en voie d’appauvrissement que pour des villes tentaculaires. Ajoutons que la question alimentaire se double d’un problème de surconsommation. La décroissance doit relier la question démographique ET la question économique, les deux phénomènes sont interdépendants. Par exemple on ne peut dissocier le nombre d’automobiles du nombre d’automobilistes.

Stéphane : ll me parait évidement que la question du « partage » finisse par apparenter à une lutte des classes/peuples/ethnies/nations beaucoup plus violente que celle qui n’était pas encore contrainte par les limites biologiques. Au point que la démographie finira pas se réguler naturellement. En fait, la question de la « décroissance démographique » est incluse dans la question du partage !

Biosphere : Si nous avons bien compris votre phrase, l’impossibilité du partage va entraîner des conflits violents. Vous rejoignez ainsi l’analyse de Malthus qui écrivait dès 1803 que si on ne fait pas l’effort de maîtriser notre fécondité, il y aurait famines, épidémies et guerres. La réalité géopolitique actuelle nous offre des exemples concrets de ces trois catégories… Soulignons enfin que « attendre une régulation naturelle » n’est pas une option très politique !

Vincent : L’histoire enseigne que les populations atteignant des conditions de vie décentes et un accès large à l’éducation réduisent par choix leur nombre d’enfants. Près d’une centaine de pays, sur pratiquement tous les continents, ont déjà une fécondité inférieure au remplacement des générations.

Biosphere : il s’agit là du schéma de la transition démographique qui passe, soulignons-le, par une phase d’explosion démographique avant que les couples ne se rendent compte avec le développement socio-économique qu’il vaut mieux faire moins d’enfants. Encore faut-il que le développement soit possible, or beaucoup de pays sont en voie de sous-développement et les pays riches vont être confrontés à la raréfaction des ressources. Le pétrole contribue à notre alimentation comme il permet l’efficacité de notre système de santé, de redistribution, de production, etc. Sans ressources fossiles, ce sera la grande crise finale sur l’ensemble de la planète. Au niveau global, la population mondiale continue de croître au taux de 1 % (doublement tous les 70 ans), nous avons augmenté de 1 milliard ces onze dernières années et nous avons en 2021 ajouté 88 millions de personnes sur une terre dévastée par l’activité humaine. Ce n’est pas rien.

Vincent : Le défi du vieillissement des populations nécessite par ailleurs que l’on consacre davantage de ressources et de temps à la santé, au soin, ainsi qu’aux services et à la production d’une alimentation de qualité, moins carnée, relocalisée et régénératrice de biodiversité.

Biosphere : Vincent, vous n’osez pas aborder le fait que tous les politiciens, face au vieillissement, agissent pour une augmentation de leur population, ainsi la Chine de nos jours qui fait l’inverse de ce qu’elle avait fait historiquement. Votre « Parti de la décroissance » est-il donc favorable à ces politiques natalistes ? Ne tournez pas autour du pot.

Vincent : Si l’inertie des phénomènes démographiques pourrait nous conduire à être plus de dix milliards de Terriens dans quelques décennies, le problème de la maîtrise de la population ne reste aigu que dans une partie de l’Afrique subsaharienne.

Biosphere : Comme l’écrivait René Dumont dans son programme de présidentiable en 1974, « Il faut réagir contre la surpopulation. En Inde surpeuplée certes, mais surtout chez les riches : 500 fois plus d’énergie consommée par tête à new York que chez le paysan indien. Ce qui remet en cause toutes les formes d’encouragement à la natalité, chez nous en France. » Soyez clair, Vincent, êtes-vous en accord avec ce point de vue à la fois écologique et malthusien ou non ? La France nataliste doit-elle agir autrement ? Rappelons pour l’anecdote que jusqu’en 1991 la propagande antinataliste était interdire par la loi en France !

Stéphane : Si tous les décroissants arrivaient à se tenir la main pour « convaincre » la population qu’il est nécessaire de produire moins, de consommer mieux et de partager plus, pour que le futur puisse être soutenable et désirable. Rien que ça, c’est un chantier immense. Ce changements implique tellement de bouleversements difficiles à accepter et à mettre en place en si peu de temps, que ça mérite que nous nous concentrions uniquement là-dessus.

Biosphere : il est vrai que lutter à la fois contre la sur-croissance de la société thermo-industrielle et contre la surpopulation est une tâche ingrate et difficile. Mais comme ces deux objectifs sont intrinsèquement liés, combattre d’un côté veut dire combattre de l’autre côté par la même occasion. Vouloir maîtriser la décroissance économique et la décroissance démographique participent du même combat. Ne pas faire l’un, c’est faire le jeu des croissancistes ou des natalistes, c’est laisser libre jeu à nos adversaires. Un parti, contrairement à une association à objectif limité, se doit d’avoir un programme d’ensemble.

Stéphane : Les adeptes de la Décroissance démographique peinent à proposer des solutions désirables, éthiques et concrètes.

Biosphere : Stéphane, comme si le combat pour la contraception, l’avortement, la libération des femmes, la formation des jeunes aux périls économiques et démographiques était une tâche « non désirable »  et immorale. Comme si l’aide au planning familial au niveau mondial n’était pas une solution concrète. Comme si la fin de l’aide française aux familles nombreuses n’était pas une nécessité d’intérêt public !

Vincent : Ma position personnelle est claire : faites des enfants experts en agroécologie, low-tech et care… On en aura besoin

Biosphere : Si c’est une boutade, elle est d’un mauvais goût. Actuellement les enfants choisissent leur voie sans se soucier nullement de l’avis de leurs parents, des besoins de la société et encore moins de celui des théoriciens de la décroissance. Et faire des enfants sans y réfléchir peut donner naissance à plus de futurs détraqués qu’à des personnes conscientes ; la surpopulation empêche la pensée claire et les perspectives durables. Comment améliorer l’état des choses quand une seule personne aujourd’hui ne pèse qu’un sur 8 milliards de voix le plus souvent discordantes ? Un parti qui se veut politique se devrait d’avoir des membres un peu plus conscients des réalités du monde à venir.

Pour en savoir plus sur le point de vue du « parti pour la décroissance »

Décroissance et démographie ?

Pour en savoir plus sur le point de vue de l’association Démographie Responsable

La crise écologique globale à laquelle nous faisons face n’est pas simplement anthropologique. En effet, cette crise dépasse l’humain et frappe toutes les espèces vivantes : il serait salutaire de sortir de notre anthropomorphisme. Ceci étant, pour Démographie Responsable, l’explosion démographique n’est pas « un symptôme » de la crise, mais bel et bien sa cause. En effet, si nous étions (beaucoup) moins nombreux, la crise n’aurait pas du tout cette intensité et elle serait bien plus facile à résoudre. C’est parce que l’alerte du Club de Rome (via le rapport Meadows) n’a pas été entendue il y a 50 ans, et ce alors que nous n’étions « que » 4 milliards, que nous en sommes là : faisons en sorte que cette erreur ne se reproduise pas à nouveau. C’est pour éviter des dérives autoritaires, qui ne manqueront pas d’être imposées tôt ou tard ici ou là, qu’il faut dès aujourd’hui mettre en place toutes les mesures incitatives appropriées.

Une politique démographique responsable consiste à ne pas dépasser les 2 enfants, ce qui, compte tenu du fait que certains couples ne veulent en avoir que zéro ou un, permet en 2 ou 3 générations de faire baisser en douceur la population. La planification familiale consiste à permettre aux femmes d’avoir des grossesses désirées et ce en mettant à leur disposition le personnel médical et les moyens contraceptifs adaptés aux situations de chacune. Il n’y a donc rien de morbide là dedans, sauf à penser que ce que font la quasi totalité des femmes françaises aujourd’hui l’est…

La différence fondamentale entre le PPLD (parti pour la décroissance) et DR est que le premier œuvre pour un changement radical de société qui a une chance infime de se réaliser. La position de DR, plus pragmatique, organiser une lente décroissance. Par rapport au positionnement (que l’on peut qualifier d’extrême-gauche) du PPLD, l’avantage pour DR de se positionner en dehors du clivage gauche-droite (mais néanmoins résolument dans le camp écologiste), est que cette association peut rassembler un maximum de nos concitoyens et que ses objectifs ont une chance d’aboutir. Cela n’empêche pas chacun(e) de continuer à agir politiquement par ailleurs…

Dilemme, mettre fin à la vie d’un proche

En 2011, ma mère avait 67 ans lorsqu’elle a appris qu’elle souffrait d’un cancer du pancréas. Trois à six mois, lui prédisent les médecins. La vie bascule. Elle se bat, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus aucune chimiothérapie possible. En 2013, lorsque je pénètre dans sa chambre d’hôpital, je me fige. Ma mère a tout ôté. Plus de perruque, plus de téléphone. Sa décision était prise : « Tu me fais la piqûre ? » J’ai répondu du tac au tac : « Je n’ai pas le droit. »

S’ensuit une semaine douloureuse, le coma, puis la fin. Je m’en veux. « Et si j’avais eu le droit ?… Cette dernière semaine a été plus profitable pour moi que pour elle, cela m’a permis de continuer le cheminement… Son choix était rationnel, exprimé de façon très claire, très consciente. On savait qu’on était arrivés au bout… J’aurais aimé pouvoir lui dire oui. Et si j’avais pu lui dire oui, je lui aurais dit oui. »

Lire, Fin de vie, comparaison internationale

Cette histoire vécue relate le cheminement intime dAgnès Firmin Le Bodo, la ministre chargée des professions de santé qui participera à la réforme sur la fin de vie. Issue de la droite catholique, elle se définit « baptisée et communiée ». Si elle manquait la messe le dimanche, c’était pour les championnats de patinage artistique. Elle a toujours été « contre » les évolutions sociétales, dont la procréation médicalement assistée (PMA). C’était comme ça. « En fait, je ne m’étais jamais posé la question », confie-t-elle. « Un jour, je me suis demandé : “Pourquoi je suis contre ?” Et je n’ai pas trouvé la réponse. » La vérité d’un jour n’est pas celle du lendemain ! De son côté l’eurodéputé François-Xavier Bellamy (LR) voit encore dans l’aide active à mourir un dangereux « droit d’être tué ». Qui a raison, attendre la mort venir ou faire une piqûre ?

Le point de vue des écologistes

Les interrogations que se posent Mme la ministre sont les mêmes que pendant la période qui précédait l’autorisation de l’avortement en 1974. Faut-il changer la loi ? La réaction de Mr Bellamy est la même qu’au moment du vote de la loi Veil, condamnation du « droit de tuer ». La démocratie c’est cela, rencontrer socialement un problème et chercher collectivement une solution au delà des antagonismes. Il n’y a plus d’arguments d’autorité comme aux temps de la religion ou des fascismes, il y a la recherche du consensus « socialement acceptable ». Et les décideurs en dernier ressort doivent savoir distinguer ce qui est à un certain moment légal et ce qui devient légitime. Agnès Firmin Le Bodo a été aveuglée par ses présupposés idéologiques de droite catholique, elle aurait du faire preuve de compassion envers sa mère, elle aurait du respecter sa volonté clairement exprimée, elle aurait du faire la piqûre même si on n’avait pas encore ce droit en 2013.

Lire, 297 députés veulent choisir leur fin de vie

Pourquoi tant d’inquiétude pour aider à mourir dans la dignité alors que l’espèce humaine est championne dans l’art de trucider son prochain et experte dans l’art de décimer les autres espèces ? Écoutons plutôt les citoyens pour qui l’aide aux suicide constitue un droit légitime.

En décembre 2013, une conférence citoyenne de 18 personnes tirées au sort pour représenter la diversité de la société ont fait émerger une réflexion collective sur la fin de vie après avoir auditionné des experts. Leurs recommandations finales marquaient une rupture. Le panel a jugé la notion de sédation complexe car « elle constitue un aspect relevant essentiellement de la technique médicale et par là semble échapper à la maîtrise et à la responsabilité du patient »… La possibilité de se suicider par assistance médicale, reposant avant tout sur son consentement éclairé, constituerait un droit légitime du patient en fin de vie (ou souffrant d’une pathologie irréversible). » Quand le consentement direct n’est pas possible, la conférence citoyenne préconisait une « exception d’euthanasie ». Bravo ! D’un point de vue écologiste, il faut savoir reconnaître la mort qui vient car elle est par nature notre lot commun.

Lire, Acceptons la fin de vie, par nature notre lot commun

Amis de la Terre, négationnisme démographique

Au niveau des partis politiques, le MEI semble le seul à présenter la question démographique. Et toutes nos recherches incitent à constater que l’association Démographie Responsable est vraiment la seule en France à prôner la sobriété démographique. Si vous en connaissez une autre, vite, dites-le nous… Même Les Amis de la Terre, des malthusiens historiques, sont devenus des adeptes du négationnisme démographiqueDémonstration :

Les Amis de la Terre en 1971

« Les Amis de la Terre est une association fondée en 1970… espèces en danger, pollution sous toutes ses formes, encombrement urbain, la première cause en est l’explosion et le dérèglement démographique. Ceux-ci sont donc la préoccupation numéro un des Amis de la Terre qui travaillent en relation avec Zero Population Growth. Rejoignez les rangs de ceux qui partagent nos inquiétudes. Adhérez, militez… »

source : la bombe « P » de Paul Ehrlich p. 236, livre traduit de l’américain par une équipe des Amis de la Terre

Les Amis de la Terre en 2022

Si on tape « Malthus » sur le moteur de recherche de leur site, aucune réponse… idem si on tape « démographie ». La question démographique n’existe pas.

Leur présentation de lhistorique de l’association occulte soigneusement toute référence à la surpopulation : « L’aventure commence en 1969 aux États-Unis sous l’impulsion de David Brower, un écologiste reconnu. A l’époque, les associations de protection de la nature ou de l’environnement existent, mais il manque une organisation qui chercherait à combattre la nature profonde des atteintes environnementales, et à lier enjeux environnementaux et justice sociale. C’est le navigateur, écrivain et journaliste Alain Hervé qui propage la greffe en France, soutenu par des figures aussi connues que les ethnologues Claude Levi-Strauss et Théodore Monod. Très vite, l’organisation s’attaque à de grands sujets de société et contribue à donner corps à l’écologie en France : campagne contre le commerce des fourrures animales, lutte contre le nucléaire, défense des espaces verts urbains ou campagne internationale pour un moratoire sur la chasse à la baleine… »

Dans cette présentation,qui occulte la surpopulation, il s’agit là vraiment d’un abus d’autant plus volontaire que toutes les personnes citées sont des malthusiens convaincus :

David Brower (dans sa préface à la bombe P) : « L’homme possède en lui-même la force de se détruire. La Bombe P démontre que cette nouvelle brutalité a ses racines dans la débâcle démographique. Nous voulons croire que toutes les organisations de protection de la nature, encore obnubilés par des actions limitées de protection, des animaux ici, de hommes là – vont se rendre compte que tout procède d’une seule et même cause, la prolifération humaine. Si nous ne nous attaquons pas à la cause, c‘est-à-dire la prolifération de l’homme, aucun force au monde n’empêchera la disparition d’une espèce animale après l’autre, d’un espace sauvage après l’autre, et finalement des hommes eux-mêmes.. On espère un monde de plus en plus désirable, au lieu d’un monde de plus en plus peuplé. »

Alain Hervé : « Nous sommes trop nombreux. Écologiquement parlant, les superprédateurs au sommet de la chaîne alimentaire ont toujours un très faible taux de reproduction dans les écosystèmes en équilibre Il est probable que les superprédateurs prolifiques du passé ont détruit leurs écosystèmes et leur espèce par la même occasion. La décroissance de la présence humaine semble devoir être préalable ou concomitante à toute autre décroissance. Oui ou non ? »

Claude Levi-Strauss dans une interview au MONDE : « A la question « Que diriez-vous de l’avenir ?, Claude Lévi-Strauss répondit à 96 ans : « Ne me demandez rien de ce genre. Nous sommes dans un monde auquel je n’appartiens déjà plus. Celui que j’ai aimé avait 1,5 milliard d’habitants. Le monde actuel compte 6 milliards d’humains. Ce n’est plus le mien. Et celui de demain, peuplé de 9 milliards d’hommes et de femmes, même s’il s’agit d’un pic de population, comme on nous l’assure pour nous consoler, m’interdit toute prédiction ».

Pour agir, rejoindre l’association Démographie Responsable :

https://www.demographie-responsable.org/

La négation généralisée de la surpopulation

Nous serons 8 milliards le 15 novembre 2022 selon l’ONU. C’est ingérable, c’est invivable. Sur cette planète devenue trop petite pour nous, les catastrophes en cours nous le montrent tous les jours. Pourtant médias, intellectuels, partis politiques et associations occultent complètement la question démographique, ou même empêchent la parole des malthusiens.

Lire, Pourquoi la France déteste-t-elle Malthus ?

– Instances internationales : Depuis des décennies, aucune mention de la démographie dans les conférences internationales (climat, biodiversité, développement, etc.).

Lire, Conférence internationale sur la population

– Fonds mondial de l’ONU pour la population à propos du passage aux 8 milliards : « Le franchissement de ce seuil s’accompagnera sans doute de discours invoquant avec alarmisme le terme de « surpopulation ». Se laisser aller à de telles paroles serait une erreur. ».

Lire, 8 milliards d’humains, surpopulation avérée

Xi Jinping :1,4 milliards de Chinois, c’est pas assez.

Lire, Délire, la Chine en manque de bébés !!! (16 août 2022)

– le pape contre la décroissance démographique en Italie

Lire, Le pape veut faire des bébés à la chaîne (14 mai 2021)

– LE MONDE : ne connaît que la notion de « surpopulation carcérale »

Le mot « Surpopulation », un tabou médiatique

– les écosocialistes poursuivent aujourd’hui les attaques de Marx contre Malthus.

Lire, Une planète trop peuplée ? (le mythe populationniste) de Ian Angus et Simon Butler

– les écolos institutionnels (EELV) vont à l’encontre de René Dumont, présidentable écolo et malthusien en 1974

Lire, la campagne de René Dumont, les objectifs de l’écologie politique

– Le parti « Génération écologie » de Delphine Batho pour la décroissance économique, mais pas pour la décroissance démographique.

Lire, Delphine Batho : décroissance démographique ?

– les décroissants : Trop d’automobiles, peu importe le nombre de conducteurs.

Lire, Malthusianisme dans le journal La Décroissance

– les décroissants chrétiens

Lire, Limite, revue d’écologie intégrale… antimalthusienne

– la collection « Les précurseurs de la décroissance » veut ignorer Malthus

Lire, les précurseurs de la décroissance… sans Malthus

Conclusion : Une seule association milite en France pour une maîtrise de la fécondité humaine contre l’ensemble des institutions, « Démographie Responsable ». Adhérez, militez…

https://www.demographie-responsable.org/

Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphere

Tout savoir sur les anti-malthusiens

21 janvier 2021, Des médias natalistes, même LE MONDE

27 décembre 2020, Les anti-malthusiens contre l’évidence

27 août 2020, MALTHUS, décroissant nié par les décroissants

26 août 2020, Libérons MALTHUS de la critique marxiste

3 juin 2019, Les anti-malthusiens face à la saturation de l’espace

8 octobre 2017, L’écologie est-elle fondamentalement anti-malthusienne ?

12 mai 2017, politique de santé reproductive, crime contre l’humanité

7 décembre 2014, Ali Khamenei et Cécile Duflot, tous deux natalistes !

13 novembre 2013, petit commentaire de commentaires anti-malthusiens

5 juin 2013, consensus nataliste chez les dirigeants occidentaux

2 février 2013, Pierre Rabhi, un anti-malthusien en parole et en acte

16 août 2012, croisés de la dénatalité ou salauds de malthusiens ?

10 août 2007, Croissez et multipliez !

La fin de l’infinitude en techno-économie

Les propos du penseur américain Kenneth Boulding (1910-1993) deviennent une référence « Celui qui croit qu’une croissance infinie peut continuer indéfiniment dans un monde fini est soit un fou, soit un économiste » 

Christophe Degryse : L’infinitude est l’horizon de la croissance des marchés. Cette infinitude se décline depuis des décennies dans la croissance perpétuelle de la production, dans le développement continu du commerce, dans une consommation sans limites par le pouvoir d’achat, le crédit ou l’endettement, dans une mobilité sans bornes par voie terrestre, aérienne ou maritime. Avec la numérisation, cette infinitude s’est encore accrue : Internet illimité, vidéos à la demande, musique en flux continu, jeux vidéo qui ne se terminent jamais, réseaux sociaux et applications de rencontre sans fin… Le rôle de la technologie est d’abolir ces limites, de repousser la finitude géographique, naturelle, environnementale, sociale. On compte sur les technologies de demain pour résoudre les problèmes des technologies d’aujourd’hui. Mais cette possibilité semble désormais brisée par une pandémie doublée d’une guerre et de catastrophes climatiques de plus en plus rapprochées. Demain, aura-t-on assez de gaz, de blé, d’énergie, de médicaments ? La réponse n’est plus si évidente. La fin de l’économie de l’infini n’est acceptable que si elle est vécue comme collectivement et équitablement assumée. Sinon, elle sera vécue comme intolérable.

Le point de vue des écologistes

Derrière l’ambitieux programme invitant l’homme à la maîtrise et à la possession de la nature se dissimule une réalité bien plus triviale : un infini pouvoir de destruction sur tout ce qui l’entoure. Nicolas Hulot ne rejette pas le capitalisme dans son intégralité, il rejette un capitalisme qui ne se fixe pas de limites. Quand il ne restera plus de pétrole ni de gaz, comment fera-t-on ? On sait depuis 1972, quand le rapport au Club de Rome est sorti (« Halte à la croissance » de Dennis et Donella Meadows) que les choses ont une fin. Comme l’ont bien montré les économistes Kenneth Boulding et Nicholas Georgescu-Roegen, la Terre est un système fermé, qui ne peut consommer plus qu’elle reçoit du Soleil.

 Le problème n’est donc pas de savoir si nous sommes capitalistes ou pas, cela n’a plus de sens dans ce contexte ! Gardons au contraire à l’esprit qu’aucune démocratie, qu’aucun système économique ou social, ne pourra résister à la combinaison de la pauvreté, de l’effondrement des ressources naturelles et des conséquences du changement climatique.

Selon Deryse, « la pandémie se double d’une guerre et de catastrophes… ». Il manque la famine et nous retrouvons la prévision de Malthus en 1798. Si nous ne maîtrisons pas notre fécondité, si nous ne pratiquons pas des obstacles préventifs à notre tendance à procréer au-delà de nos ressources, alors nous allons vers des famines, des guerres et des épidémies, obstacles destructifs. En conséquence, toute personne qui ne se déclare pas comme malthusienne nous entraîne au désastre et que tout anti-malhusien est un nataliste qui s’ignore.

Pour rejoindre l’association Démographie Responsable :

https://www.demographie-responsable.org/

Éducation sexuelle, une nécessité écologique

Le libre choix d’avoir ou non des enfants a été nié pendant la majorité de l’histoire humaine, et encore aujourd’hui dans beaucoup de pays, même aux États-Unis. C’est pourtant une avancée majeure de l’évolution culturelle, grâce à l’éducation sexuelle et l’accès facile à la contraception. Aujourd’hui en France, l’éducation à la sexualité patine encore dans des questions de « genre » alors que l’ABCD de l’égalité et du malthusianisme devrait être enseigné à tous les élèves. Nos jeunes devraient savoir que nous franchissons la barre des 8 milliards d’êtres humains cette année suite à l’exubérance de notre sexualité et qu’il va donc falloir définir des limites : jouir sans procréer, et non jouir sans entraves.

Sylvie Lecherbonnier : Obligatoires à partir du collège depuis plus de vingt ans, trois séances d’éducation à la sexualité doivent être mises en place autour de trois dimensions : biologique, psychoaffective et sociale. Dans les faits, ces trois séances annuelles n’ont pas toujours lieu et l’angle biologique, avec le sujet prépondérant de la contraception, est souvent privilégié. Le 12 septembre 2022, le ministre de l’éducation nationale Pap Ndiaye, préfère parler d’« égalité » que de « genre ». Il répond ainsi aux attaques d’Eric Zemmour : « Parents, ne laissez pas des intervenants extérieurs apprendre à votre fille de 6 ans que si elle le souhaite, elle peut devenir un garçon. » Mais il ajoute : « Nous devons faire reculer les grossesses précoces ou lutter contre les maladies sexuellement transmissibles, et poursuivre des objectifs plus généraux liés à la lutte contre les violences sexuelles et sexistes, à la lutte contre les LGBTphobies ».

Le point de vue des écologistes

Paul Ehrlich dans « La bombe P » écrivait déjà en 1971 tout ce qu’il faudrait faire : « Nous avons besoin d’une loi qui rende obligatoire l’éducation sexuelle. Quand je parle d’éducation sexuelle, je ne pense pas à des cours d’hygiène ou bien des histoires du genre « fleurs et papillons ». Il s’agit de présenter la fonction reproductrice comme une composante parmi d’autres de l’activité sexuelle, qui demande à être maîtrisée selon les besoins de l’individu et de la société. L’humanité devrait trouver le moyen de réduire l’importance conférée au rôle reproductif du sexe. Il s’agira en particulier de découvrir des valeurs nouvelles pour remplacer ce sentiment de plénitude que la femme retire du don de la vie, et cette satisfaction de l’ego engendrée chez le père par le spectacle d’une nombreuse progéniture. Admettons que les Etats-Unis inaugurent enfin une politique démographique sensée dans le pays : nous aurons alors la possibilité de proposer une solution à l’échelle mondiale. »

Rapporterre : L’objectif de programmes comme l’ABCD de l’égalité était de remettre en question les normes qui font que chaque sexe adopte, dès le plus jeune âge, un certain comportement. Il ne s’agit pas pour autant de nier la différence des sexes. Ce serait confondre la déconstruction des inégalités avec celle des différences. L’objectif est d’ouvrir le champ des possibles aux deux sexes afin de leur donner les mêmes chances ultérieurement. Pas de les encourager à changer de sexe ou à « choisir » une orientation sexuelle.  Mais aujourd’hui le planning familial se propose d’intervenir ainsi dans les écoles : « Il n’existe pas une sexualité « naturelle » mais des sexualités ! Une fille peut être attirée et/ou amoureuse d’une  fille, et de la même façon, un garçon peut être attiré et/ou amoureux d’un garçon… Avec un don de 100 €, vous nous permettez d’intervenir gratuitement dans une classe pour faire une séance d’éducation à la sexualité, parler LGBTphobies avec des collégien.nes. » La lutte contre la surpopulation n’est pas du tout au programme du planning familial !

Edgard Wibeau : De toute façon, quelle que soit la forme qu’elle puisse prendre, l’éducation sexuelle est rejetée par une part croissante de la population scolaire (et surtout des parents de ladite population) pour des raisons …. idéologiques, dirons-nous prudemment. Que prévoit notre sagace ministre à cet égard ? Fermer les yeux ? Laisser faire ? Sanctionner ? Reculer ?

Alain Sager : A quoi sert de toute façon cette éducation, si à côté de l’école et en permanence, la pornographie la plus basse infeste et infecte les écrans ? Les « productions » de cette répugnante industrie devraient être rendues inaccessibles aux plus jeunes, tant le scandale de cette prolifération quasi sans entrave me paraît inadmissible.

PU : Quand 41% des garçons de 18-24 ans estiment que « forcer sa partenaire à avoir un rapport sexuel quand elle n’en a pas envie », ce n’est pas un viol, on peut quand même se dire que la violence sexuelle est largement banalisée dans cette classe d’âge. Allez voir l’étude du HCE, appuyée sur des enquêtes de l’Ipsos, c’est assez hallucinant…

ABCD de l’égalité (initiative gouvernementale abandonnée en 2014) : Le genre est un concept utilisé dans les sciences sociales. Il désigne tout ce qui, dans la construction de l’identité dite sexuelle et dans la formation de la division entre les sexes, relève de mécanismes d’ordre social et culturel. Ainsi les transsexuels peuvent-ils affirmer que leur identité de genre ne correspond pas à leur sexe. La notion de genre sert à dénaturaliser la division des rôles dans la société, au travail et au sein de la sphère domestique. Elle permet de montrer qu’elle n’est pas un fait de nature mais de culture. Faire le ménage ou élever des enfants sont des tâches sociales, qu’aucune programmation biologique n’assigne en propre aux femmes. La notion de genre permet de se démarquer d’un certain féminisme « essentialiste » qui croit encore à un déterminisme génétique… Tout ce qui est socialement construit rend possible la déconstruction.

Lire, Le sexe/genre relève-t-il de la nature ou de la culture ?

CCNE et interruption volontaire de vieillesse

Qui a le droit de vivre et qui a le devoir de mourir ? C’est la bioéthique qui est censée nous donner des réponses sur la fin de vie, la procréation médicalement assistée, le clonage, etc. Un Comité consultatif national d’éthique (CCNE) a été créé en 1983 pour mieux baliser le terrain. Terrain mouvant bien entendu…

Lire, Les limites de la loi « bioéthique »

Du point de vue des écologistes malthusiens, la maîtrise de la variation de la population porte d’abord sur la natalité mais aussi, de façon marginale, sur la mortalité. On débat actuellement sur la fin de vie. Le Comité consultatif national d’éthique démontre parfaitement qu’en matière d’éthique tout est relatif car ses propositions, variables dans le temps, sont soumises à la fois aux pressions des sachants ET à l’acceptabilité de la société, sachant qu’en dernier recours c’est le parlement qui décide, donc en fin de compte le président de la république dans notre régime semi-présidentiel… Pourtant l’éthique devrait faire consensus, elle définit les valeurs et les normes qui nous font discerner le bien du mal. Autrefois c’étaient les porte-paroles d’une religion qui nous imposaient d’autorité une certaine morale, maintenant tout repose sur le pouvoir du peuple et la libre décision de la personne. Tout peut donc fluctuer.

Mais reste au fond la volonté individuelle qui tiendrait aussi compte du bien commun. Ainsi l’interruption volontaire de grossesse comme l’interruption volontaire de vieillesse devraient être facilités, c’est à la fois un soulagement pour la personne et une baisse de la pression démographique pour la collectivité.

En 2013, le CCNE avait estimé « dangereux pour la société que des médecins puissent participer à donner la mort ». La loi de 2016 avait tenu compte de cette position.

En 2016, la loi Claeys-Leonetti interdit l’euthanasie mais prévoit la possibilité de recourir à « la sédation profonde et continue jusqu’au décès pour les personnes malades dont le pronostic vital est engagé à court terme, avec arrêt de tous les traitements ». Le médecin ne donne pas la mort !

En 2021 le CCNE reconnaît que « la sédation » profonde et continue » n’est pas une solution adaptée pour les pathologies assorties de pronostics vitaux à moyen ou à long terme. La sédation profonde n’est pas non plus la bonne réponse pour les personnes atteintes de troubles neurodégénératifs sans qu’elles soient nécessairement condamnées à en mourir à court terme. Le comité souligne que « le respect du droit à la vie ne vaut pas devoir de vivre une vie jugée insupportable par celui ou celle qui la traverse. Il n’y a pas d’obligation à vivre ». Pour le CCNE, la question principale à régler est celle du libre arbitre de la personne qui souhaite mourir : comment lui permettre de prendre une décision de manière éclairée, sans être soumise à la pression médicale, à celle de son entourage ou de la société ? Le CCNE estime que le geste qui donne la mort doit être accompli par la personne elle-même (suicide assisté). Seuls les malades qui ne peuvent accomplir le geste eux-mêmes pourraient demander l’assistance d’un médecin. Avec possibilité dans ce cas pour les praticiens d’invoquer une « clause de conscience ».

Quelques avis complémentaires

Jean-Luc Godard en 2014 : « Je ne suis pas anxieux de poursuivre à toute force. Si je suis trop malade, je n’ai aucune envie d’être traîné dans une brouette. »

segeste : Il est plus que temps de lever le blocage en France sur la fin de vie. Il vient des minorités religieuses, avant tout catholique. Une partie des services de soins palliatifs est d’ailleurs investi par des croyants « en mission », sujet qui n’est jamais évoqué.

Pastefazul : « Toute personne a-t-elle le droit de décider seule de sa propre mort ? », demande Jean-François Delfraissy (président du CCNE). Et bien oui, c’est même la seule personne qui en a le droit, à l’inverse des juristes, des politiques ou des prétendues sommités en éthique, qui ne sont en rien concernés : chacun doit pouvoir choisir ce qu’il veut faire de son corps, et pouvoir demander à être accompagné. Y mettre des conditions de décès probable à court, moyen ou long terme est scandaleux.

doc sportello : Jean-Luc Godard est parti quand il l’a décidé, en septembre 2022 à 91 ans, par suicide assisté en Suisse… tout le monde devrait pouvoir faire de même en France !

Didier Sicard  en 2021 (qui a présidé le Comité consultatif national d’éthique de 1999 à 2008) : «  Un ami de mon père, Jean Schneider, m’a légué sa robe de médecin. Il est mort jeune, en 1965, d’un cancer du larynx. Un interne a cru bon de le ranimer alors qu’il avait cessé de respirer. Il m’a dit, et cela m’a marqué pour la vie : « Le pire cauchemar pour un homme est de mourir deux fois. ». Nous sommes un pays d’incantation et non un pays pragmatique. On est toujours tenté par la radicalité des propos, que ce soient ceux de l’Eglise, ou ceux de l’Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD), chacun étant campé sur ses certitudes. Le rapport qui succédait à celui du CCNE, en 2000, où l’on conceptualisait « l’exception d’euthanasie », a été si mal compris que je n’ai pas voulu reprendre cette expression. Mais, quand une personne ne supporte plus sa maladie, qu’on ne peut plus rien pour elle, elle a le droit de demander un endormissement doux. C’est une douceur pour l’entourage et pour la personne, je demanderai cet endormissement pour ma propre mort,. La médecine y reste très réticente, parce que c’est une médecine technique, qui n’a pas changé son rapport à la mort, qu’elle voit toujours comme un échec. En réalité, elle considère que ce n’est pas son affaire. Je pense que la sédation terminale douce est une évidence de solidarité avec l’être humain… »

Emmanuel Macron  annonce le 12 septembre 2022 le lancement d’une « convention citoyenne » sur la fin de vie qui rendra ses conclusions dans le courant du mois de mars 2023. Il n’entend pas occulter la position « d’une partie des professionnels des soins palliatifs », tout comme il n’évacue pas le « dissensus » de certaines « formations religieuses ».

Michel SOURROUILLE : La législation française interdit le suicide assisté, qui est pourtant autorisé aux Pays-Bas, en Belgique, au Luxembourg, en Espagne et en Autriche. Pour l’heure en France, c’est la loi Claeys-Léonetti, adoptée en 2016, après une première version en 2005, qui encadre la fin de vie des malades incurables. Elle permet une « sédation profonde et continue jusqu’au décès » pour des malades en phase terminale et en très grande souffrance, dont le pronostic vital est engagé « à court terme ». Le patient est endormi, les traitements (l’hydratation et la nutrition sont notamment considérées comme tel), arrêtés, et des antidouleurs sont administrés. Le texte de 2016 renforce la valeur des « directives anticipées » que les patients sont à même de formuler, en prévision d’une situation où ils ne seraient plus en mesure d’exprimer leur volonté. « La sédation profonde et continue jusqu’au décès s’adresse seulement aux malades qui sont à l’agonie et ignore toutes les personnes qui ont un pronostic vital engagé à moyen terme. On va arrêter les soins et on va attendre que la personne parte, ce qui peut survenir rapidement comme prendre plusieurs semaine. » Cette législation restrictive est insupportable, alors les biens informés vont mourir en Suisse comme d’autres se faisaient avorter dans les années 1970 dans ce même pays.

Lire, Fin de vie, comparaison internationale

Ginks, pourquoi ne pas avoir d’enfants ?

Il est tellement rare qu’une revue présente la mouvance malthusienne de façon objective que nous en faisons la promotion en reprenant leur article. Nous attendons avec impatience l’ analyse de « Silence » sur le passage aux 8 milliards d’êtres humains prévu par l’ONU au 15 novembre 2022.

https://www.revuesilence.net/

Julie Gaubert : Et si la solution pour préserver la planète était de ne pas avoir d’enfants ? Des idées malthusiennes aux discours dénatalistes écolos, plusieurs mouvances avancent ce raisonnement comme une nécessité pour limiter notre impact sur l’environnement. Tour d’horizon des différents arguments.

Le rapport du groupe d’experts international sur l’évolution du climat (GIEC) est sans appel : l’activité humaine serait la cause principale du réchauffement climatique observé depuis le milieu de 20e siècle (1). Et ce n’est pas avec les 86 millions de naissances dans le monde en 2018 que l’on va réduire l’activité, à moins de changer drastiquement nos habitudes. En écologie, la question démographique est souvent considérée comme polémique (2). Et s’il était temps de donner un grand coup de frein ?

Établir un lien entre la détérioration de la planète et l’arrivée-monde de petits êtres de 45 cm en moyenne ne va pas de soi. Pourtant, dans sa Lettre ouverte à celles qui n’ont pas (encore) d’enfant, la journaliste Laure Noualhat détaille de manière chiffrée le poids de l’empreinte carbone de nos bambins : « Un enfant, dans les six premiers mois de sa vie, va consommer 30 m3 de couches jetables. Il y a 820 000 enfants qui naissent chaque année en France. Multiplié par 30 m3, on atteint à peu près les volumes de 10 000 piscines olympiques. Juste sur les six premiers mois de sa vie, et juste sur la question des couches !  »Laure Noualhat s’appuie notamment sur le graphique publié par The Environnemental Research Letter pour justifier l’idée selon laquelle faire un enfant en moins serait le premier acte pour réduire considérablement son empreinte carbone : « Quand on adresse la question de la surpopullulation humaine, on veut surtout adresser la question du poids écologique de l’humain. (…) Ne pas avoir de voitures, c’est 2, 8 tonnes de CO2 qui sont évitées. Arrêter de manger de la viande, c’est 800 kilos de CO2 qui sont évités. Ne pas faire d’enfants, ce serait 58 tonnes de CO2 évitées. Personnellement, je me dis que si je ne fais pas d’enfants, ce n’est pas 58 tonnes de CO2 que j’évite, mais une infinité de tonnes de CO2. Parce que cet enfant voudra faire un enfant, lequel aura un enfant, etc. » Des chiffres à observer depuis le prisme de notre mode de consommation occidental.

Pour beaucoup, c’est à la surconsommation qu’il faut s’attaquer au plus vite, plutôt qu’à un problème démographique. L’ancien ministre de l’écologie Yves Cochet le relevait déjà en 2014 dans sa préface au livre Moins nombreux, plus heureux – l’urgence écologique de repenser la démographie : « Si nous souhaitons que la population mondiale bénéficie d’un style de vie comparable à celui d’un Européen moyen, il faudrait que nous soyons seulement un milliard ! ». Le néo-malthusien assumé avait d’ailleurs défrayé la chronique, il y a dix ans, en proposant une « grève du troisième ventre », afin d’inverser l’échelle des allocations familiales et ainsi dissuader les familles de concevoir des enfants à partir de la deuxième progéniture.

« Le troisième enfant a un statut assez particulier dans une famille : c’est l’enfant du changement d’échelle. C’est à cause de lui, ou grâce à lui, ça dépend où l’on se place, qu’on change de voiture, de maison, d’appartement, qu’on va changer de mode de vie et entrer dans la gamme des familles nombreuses », complète Laure Noualhat.

Partant de cette analyse, plusieurs mouvements constitués de femmes et d’hommes ont vu le jour pour revendiquer le droit de ne pas faire d’enfant.
« On ne peut pas se reproduire à l’infini dans un espace fini »

En Grande-Bretagne, ils s’appellent Population Matters ; aux Pays-Bas, De Club Van Tien Miljoen (« club des dix millions ») ; en Belgique, One Baby. Un nombre croissant de groupes de militant·e·s dénatalistes a vu le jour en Europe et en Amérique du Nord. Ils agissent à différentes échelles au nom du « childfree » (sans enfant par choix). Leurs motivations sont diverses, le respect du corps des femmes et du sort de la planète arrivant en premier dans l’argumentation.

C’est par exemple le cas du groupe Ginks (Green inclination, no kids, soit « engagement vert, pas d’enfants »). À l’origine de ce mouvement international exclusivement féminin, on retrouve Lisa Hymas, journaliste américaine du site d’information écopolitique grist.org, qui déclare « aimer les enfants, et c’est bien pour ça qu’[elle] ne veut pas en faire ». Elle encourage fortement de faciliter les démarches d’adoption pour tou·tes. Le profil des Ginks est par ailleurs assez varié : de la jeune diplômée à la militante convaincue, elles partagent des opinions tranchées et citent la conviction écologique pour justifier leur renoncement à la maternité.

Silence a consacré le dossier de son no 393 (septembre 2011) aux contraceptions qui concilient à la fois un impact écologique moindre, un usage autonome et une fiabilité acceptable (3). La Gink Stefanie Iris Weiss explore des sentiers similaires à travers son livre Eco-sex (non traduit), dont le sous-titre annonce : « Devenez écolo sous les draps et optez pour une vie amoureuse durable. » Selon elle, « 86 millions de naissances par an, cela représente beaucoup de sexe. C’est tant mieux qu’autant de personnes en profitent, mais celles qui prennent en considération la fonte des glaces avant de concevoir une famille sont d’une grande sagesse. »

Renoncer à enfanter est un « sacrifice » qu’elle est prête à faire, quitte à adopter à l’avenir. D’autres femmes ne considèrent pas cette prise de position comme un sacrifice, au contraire. La québécoise Magenta Baribeau porte ce message politique à travers son documentaire Maman ? Non merci !. prix du meilleur long métrage au festival de film féministe de Londres en 2016. Le film donne la parole à des femmes de France, de Belgique ou du Canada qui ont fait une croix sur la maternité et s’interrogent sur leur place « dans une société qui exerce des pressions sociales en catimini ». Car il ne faut pas oublier que la question d’enfanter ou pas relève de la sphère individuelle et privée, comme le souligne Pablo Servigne (4) : « Le sujet de la natalité est gênant car il remet en question les piliers de la modernité que sont l’individu et la liberté individuelle. »

(1) Le 5e rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat a publié en octobre 2018 une étude sur les effets d’un réchauffement de 1,5 °C des températures mondiales.
(2) En 1798, l’économiste anglais Thomas Malthus expliquait que l’espoir humain d’un bonheur social infini était vain car la croissance démographique dépasserait toujours la hausse de la production. Son Essai sur le principe de population reste aujourd’hui controversé.
(3) Dossier « Contraception et autonomie », Silence no 393, septembre 2011
(4) Pablo Servigne, Raphaël Stevens et Gauthier Chapelle, Une autre fin du monde est possible, Seuil (collection Anthropocène), 2018
Pour aller plus loin :
N’hésitez pas à relire le dossier « Décroissance et démographie » du n° 389 de Silence.

Contacts :
Population Matters, 135-137 Station Road, London E4 6AG, Grande-Bretagne. Tél. : +44 (0)20 81 23 91 16
De Club Van Tien Miljoen, PO Box 267, 5550 AG Valkenswaard, Pays-Bas. info@overpopulationawareness.org
One Baby ! 27, rue du Berceau, 1000 Bruxelles, Belgique. Tél : 00 32 22 30 11 91
Bibliographie :
Lettre ouverte à celles qui n’ont pas (encore) d’enfant, Laure Noualhat. Plon, 2018, 304 pp
Moins nombreux, plus heureux — l’urgence écologique de repenser la démographie, coordonné par Michel Sourrouille, Sang de la Terre, 2014, 176 pp. (avec Yves Cochet, Théophile de Giraud, Michel Tarrier, etc.)
Une autre fin du monde est possible —. vivre l’effondrement (et pas seulement y survivre), Pablo Servigne, Raphaël Stevens, Gautier ChapelleI, Seuil, 2018, 336 pp.
Eco-Sex : Go Green Between the Sheets and Make Your Love Life Sustainable, Stefanie Iris Weiss, ed. Ten Speed Press, 2010, 216 pp.
No Kid : Quarante raisons de ne pas avoir d’enfant, Corinne Maier, Michalon, 2007, 170 pp.
Films :  Maman ? Non merci !, Magenta Baribeau, 2017, 74 min

source : article « Naître ou ne pas naître : une nouvelle question écolo ? » (juin 2019)

Interruption volontaire de vieillesse au Japon

Dans son ouvrage « La Belle Mort. Vivre sa mort à domicile au Japon » , le docteur Ochiro Kobori estime qu’il ne sert à rien de garder à l’hôpital des patients qui sont au-delà de toute thérapie, mais qu’il vaut mieux les entourer chez eux. Dans l’Archipel, 30 % de la population est âgée de plus de 65 ans (en France, 18 %) et, dans dix ans, les plus de 75 ans représenteront un quart de la population.Le traitement des malades âgés, mourants en devenir, est un problème qui taraude les dirigeants et le corps médical mais aussi l’opinion japonaise, comme en témoigne le film de la cinéaste Chie Hayakawa, Plan 75, présenté mi-mai à Cannes. On pense aussi au film La Ballade de Narayama (1983), de Shohei Imamura, qui décrit l’abandon d’une vieille mère par son fils au sommet d’une montagne.

Synopsis du film « Plan 75 » : Au Japon, dans un futur proche, le vieillissement de la population s’accélère. Le gouvernement estime qu’à partir d’un certain âge, les seniors deviennent une charge inutile pour la société et met en place le programme « Plan 75 », qui propose un accompagnement logistique et financier pour mettre fin à leurs jours. Une candidate au plan 75, Michi, un recruteur du gouvernement, Hiromu, et une jeune aide-soignante philippine, Maria, se retrouvent confrontés à un pacte mortifère.

C’est une “plongée glaçante dans un avenir sans cœur”, commente le Japan Times. Dans son premier long-métrage, Plan 75, Chie Hayakawa, 46 ans, imagine un avenir certes dystopique, mais présenté comme imminent, et qui renvoie le spectateur à des problématiques très contemporaines. Dans un Japon vieillissant, la prise en charge des seniors n’en finit pas de peser sur le budget de l’État. Le gouvernement décide donc de lancer un dispositif appelé “Plan 75”, lequel permet aux plus de 75 ans de se faire euthanasier s’ils le souhaitent, pour ne plus être un “fardeau” pour la société. Michi Kakutani, 78 ans (incarnée par Chieko Baisho, une star du cinéma populaire japonais), fait partie des personnages visés par le programme. Veuve, elle perd un petit boulot qui lui permettait de payer son loyer, voit son cercle d’amies s’éclaircir… En parfaite santé mais économiquement et socialement vulnérable, elle commence à envisager l’inenvisageable.

Canard enchaîné : Non le retrai-thé à la ciguë n’est pas une solution !

il ne fait pas bon être vieux au pays du soleil levant : Malgré une approche programmatique, où chaque plan pousse le curseur vers l’anéantissement, et une mise en scène verglacée légèrement redondante, Plan 75 (mention spéciale Caméra d’or au Festival de Cannes 2022) a le mérite de décrire les mécanismes de l’intolérance à l’égard des seniors, particulièrement présente au Japon : un système de retraite insuffisant, des petits boulots compensatoires éreintants, la difficulté à trouver un logement… Tout pousse à l’euthanasie. La campagne publicitaire du Plan 75, derrière laquelle se cache le gouvernement, renforce le sentiment d’assister à une tranquille perte du bon sens, dans une société productiviste bercée par une culture du sacrifice.

Lire, Ne pas confondre Euthanasie et État nazi

Lire aussi : Fin de vie : « Offrons une possibilité apaisée de mourir »

Lire enfin, Fin de vie, comparaison internationale

8 milliards d’humains, surpopulation avérée

une analyse de Michel SOURROUILLE

Craintes et optimisme se mêlent alors que la population mondiale va atteindre, selon les calculs de l’ONU, 8 milliards d’individus le 15 novembre 2022. Ce nombre appelle réflexion. Stop ou encore ? Qu’on soit nataliste ou malthusien, on considère de façon opposée les statistiques démographiques. Sur le site du Fonds mondial de l’ONU pour la population on trouve cette réaction : « Le franchissement de ce seuil s’accompagnera sans doute de discours invoquant avec alarmisme le terme de « surpopulation ». Se laisser aller à de telles paroles serait une erreur. ».

Une erreur ? Depuis 1972 et le rapport au Club de Rome sur les limites de la croissance, les rapports scientifiques s’accumulent pour montrer que nous avons déjà dépassé par notre nombre et notre consommation la capacité de charge de la planète. Le calcul de l’empreinte écologique de l’humanité montre par exemple que nous utilisons actuellement 1,7 planètes pour satisfaire nos besoins. Ainsi la France avait, à partir du 5 mai dernier, consommé plus de ressources naturelles que les écosystèmes ne peuvent en produire. Cela n’est rendu possible que par le fait que nous consommons une partie du capital naturel au lieu de nous contenter de ses dividendes. Aujourd’hui, face aux crises mondialisées, notamment le changement climatique, la dégradation des ressources naturelles, les pandémies et les guerres, notre présent est menacé. Avec un plus grand nombre de personnes, c’est sans doute la promesse de plus de souffrance encore dans l’avenir. Examinons de plus près les chiffres donnés par l’ONU.

La fécondité moyenne mondiale est de 2,3 enfants par femme alors qu’il faudrait favoriser, ce qui est loin d’être fait, le planning familial et la baisse de la fécondité pour arriver progressivement en dessous du taux de renouvellement (soit approximativement 2,1). N’oublions pas que ce taux n’est qu’une indication conjoncturelle reposant sur les comportements féminins de l’année en cours ; cela ne dit rien de l’avenir. De plus l’inertie démographique est telle qu’une maîtrise de la fécondité à un moment donné n’a des effets que longtemps après. La croissance d’une population dépend en effet de la proportion de jeunes. Trop important, c’est inquiétant, et c’est le cas encore dans plusieurs pays dont l’Inde, le pays qui sera le plus peuplé en 2023. Le taux moyen de croissance de la population mondiale, soit 1 %, veut dire quand même un doublement tous les 70 ans. D’autant plus que cette moyenne mondiale cache des disparités importantes. Il y a vieillissement dans certains pays, mais explosion démographique dans d’autres contrées. Malthus, une référence historique depuis son « Essai sur le principe de population », indiquait dès 1798 que « Lorsque la population n’est arrêtée par aucun obstacle, elle va doubler tous les vingt-cinq ans, et croître de période en période selon une progression géométrique. » Cela correspond à un taux d’accroissement annuel de 2,8 %. Or selon les statistiques de la Banque mondiale, ce taux est actuellement dépassé par quatorze pays.

Rappelons que depuis la révolution industrielle la croissance annuelle de la population mondiale a toujours été positif, signe d’une évolution exponentielle, très rapide, trop rapide. C’est une complète anomalie sur l’histoire longue de l’espèce humaine où taux de natalité et taux de mortalité étaient le plus souvent très proches. Notons que l’ONU nous annonce un « ralentissement de la croissance », mais la date du 15 novembre 2022 pour le passage de 7 à 8 milliards fait de ce dernier milliard le pas qui a été franchi le plus rapidement, en 11 ans. On estime qu’il y avait 1 milliard d’habitants sur Terre en 1800, 2 milliards en 1930 et, depuis les années 1960, une augmentation de 1 milliard environ tous les 12 ans. Le poids du nombre sur nos conditions de vie présentes et futures s’alourdit de période en période. L’Afrique concentrera l’essentiel de la croissance. La pression démographique, les conflits et les effets du réchauffement climatique vont multiplier les transferts de population, ce qui va accroître les déséquilibres géopolitiques. Les mouvements migratoires seront de plus en plus difficiles à gérer.

Les projections à plus long terme restent défavorables. Même si l’ONU table sur 10,4 milliards de personnes en 2100 (au lieu de 10,9, projection de 2019), cela fait 2 milliards 400 millions de personnes en plus à nourrir, à loger, à permettre de vivre dignement… ce qui est impossible sur une planète qu’on a abondamment pillée sans se soucier du sort de nos générations futures et du maintien de la biodiversité. Le pic de population semble, d’après les courbes présentées, se profiler entre 2080 et 2100. Encore faut-il que la dernière phase de la transition démographique, une baisse de la fécondité, soit facilitée par un développement socio-économique dont les bases sont de plus en plus fragiles. Un pic ne veut pas dire forcément stabilisation, cela peut être un retournement de tendance, les prémices d’un effondrement de la population. Cette hypothèse, déjà abordée dans le rapport de 1972 déjà cité, est mise en avant aujourd’hui par les quelques rares analystes comme Yves Cochet et Pablo Servigne qui montrent que nous avons déjà largement dépassé l’optimum de population.

Dans un contexte démographique de surpopulation, il n’existe à notre connaissance en France qu’une seule association, « Démographie Responsable », qui s’inquiète du passage aux 8 milliards d’êtres humains. C’est étonnant.

pour rejoindre l’association DR,

https://www.demographie-responsable.org

NB : tribune déjà parue sur le site des JNE

Le planning familial pour des hommes enceints

Mouvement féministe et d’éducation populaire fondé en 1960, le Planning familial milite « pour le droit à l’éducation à la sexualité, à la contraception, à l’avortement, à l’égalité des droits entre les femmes et les hommes ». Très bien, cette association a été un acteur incontournable de la libéralisation de la contraception et du droit à l’IVG. Elle se range ainsi aux côtés des néomalthusiens. Très mal, le Planning n’a jamais fait le lien entre son action concrète en matière de procréation et la lutte contre la surpopulation. Au contraire il est devenu une simple officine au service du lobby LGBTQIA (Lesbienne, Gay, Bisexuel·le, Trans* Queer et Intersexe et Asexuel·le) en prétendant « combattre toutes formes de violences et de discriminations ».

Selon l’accueil de son site, « Il n’existe pas une sexualité « naturelle » mais des sexualités ! Une fille peut être attirée et/ou amoureuse d’une  fille, et de la même façon, un garçon peut être attiré et/ou amoureux d’un garçon… Avec un don de 100 €, vous nous permettez d’intervenir gratuitement dans une classe pour faire une séance d’éducation à la sexualité, parler LGBTphobies avec des collégien.nes /d’acheter un outil pédagogique pour intervenir auprès de plus jeunes enfants. »

Bon, c’est dans l’air du temps, la perte des repères va jusqu’à remettre en question les données de notre patrimoine génétique… mais récemment le planning familial a été beaucoup plus loin !

Le 18 août 2022, un illustrateur à la fois homme, trans et gay pour être le plus complet possible, poste sur Twitter une affiche qu’il a réalisée à la demande du Planning familial. On y voit deux hommes dans une salle d’attente, l’un d’eux attendant visiblement un bébé. Juste en dessous, ce slogan : « Au planning, on sait que les hommes aussi peuvent être enceints« . Il est vrai qu’un homme né femme qui aurait conservé ses organes génitaux pourrait bien être « enceint ». Mais cette affiche interroge sur la philosophie du Planning familial, né sous la bannière de l’universalisme, et réveille les querelles autour des questions de sexe, de genre, de transidentité.

Suite à cet affichage, le Planning familial déclare faire l’objet d’une attaque « extrêmement violente sur Twitter et sur d’autres réseaux sociaux« , de la part de personnalités et sympathisants d’extrême-droite. L’association envisage de « poursuivre » les « instigateurs de haine » qui écrivent  des messages du type : « Le Planning familial n’est désormais qu’une simple association militant pour la théorie du genre. »

Est-ce aussi de la « haine » quand le dernier numéro du mensuel La Décroissance (septembre 2022) indique page 11 : « Quelle abomination ! Transformer un homme en femme et inversement alors que 99 % de nos cellule sont sexuées ? Transformer des ados en patients à vie dépendants de médicaments… et les mutiler à coup de bistouri… C’est nier la science ! On ne passe jamais de XX à XY ou inversement… ma nouvelle charte éthique l’interdit ! »

Lire, Planning familial, que disent les chiffres

Le point de vue des écologistes malthusiens

Le genre est un concept utilisé dans les sciences sociales. Il désigne tout ce qui, dans la construction de l’identité dite sexuelle et dans la formation de la division entre les sexes, relève de mécanismes d’ordre social et culturel. Il ne faut pas confondre exercice de la sexualité et « théorie du genre ». Il ne s’agit pas de parler de bacchanales tous sexes confondus, mais de la division sociale des rôles entre hommes et femmes. La notion de genre permet de montrer que ce rôle n’est pas un fait de nature mais de culture. Faire le ménage ou élever des enfants sont des tâches sociales qu’aucune programmation biologique n’assigne en propre aux femmes… Mais tout ce qui est socialement construit rend possible la déconstruction. L’objectif de programmes comme l’ABCD de l’égalité à l’école était de remettre en question les normes qui font que chaque sexe adopte, dès le plus jeune âge, un certain comportement. Il ne s’agissait pas pour autant de nier la différence des sexes. Ce serait confondre la déconstruction des inégalités avec celle des différences. L’objectif est d’ouvrir le champ des possibles aux deux sexes afin de leur donner les mêmes chances sociales ultérieurement. Pas de les encourager à changer de sexe ou à « choisir » une orientation sexuelle. Le planning familial sort de son rôle en valorisant l’identité sexuelle « à la demande ».

Quant aux engagements démographiques du planning familial, il serait intéressant de savoir ce que pense cette association du passage aux 8 milliards d’êtres humains que nous atteindrons selon l’ONU le 15 novembre prochain : Trop ou pas assez ? Est-ce le bon positionnement qu’inciter explicitement les hommes/femme à procréer ?

Lire, Iran, le planning familial en berne

Lire aussi, pas de sécurité alimentaire sans planning familial

Pourquoi la France déteste-t-elle Malthus ?

Michel Sourrouille, un spécialiste de Malthus, nous a envoyé ce texte d’il y a 42 ans qui n’a pas perdu une ride. Pour ceux qui veulent en savoir un peu plus sur l’anti-malthusianisme qui règne en France, voici l’analyse d’Emmanuel Todd. publié par LE MONDE du 12 juin 1980.

La France est, avec l’Union soviétique, l’un des deux pays du monde où Malthus et son Essai sur le principe de population sont le plus universellement détestés. L’U.R.S.S., fidèle à l’enseignement de Marx et de Lénine, rejette a priori le pessimisme malthusien, l’idée qu’il existe une tendance naturelle des populations à croître plus vite que les subsistances. L’optimisme révolutionnaire postule au contraire un développement illimité des forces productives… en régime socialiste bien entendu. En France, domine de façon tout aussi déterminée et non moins officielle, un antimalthusianisme doctrinal et viscéral. Michel Debré, sur le mode patriotique, Alfred Sauvy, pour des raisons économiques, Pierre Chaunu, dans un style plus religieux, sont tous les fervents supporters de taux de natalité élevés. Ils sont ici en parfait accord avec la loi française, qui précise :  » Toute propagande antinataliste est Interdite « , et qui n’a nullement été abrogée sur ce point en 1974, lors de la légalisation de l’avortement et de la libéralisation de la contraception. Ce résidu de la célèbre loi de 1920 n’a d’ailleurs pas empêché l’effondrement du taux de natalité, en France comme dans le reste du monde occidental développé.

Dans ce contexte de crise démographique et de traditionnelle hostilité nationale au malthusianisme, la tenue à Paris, du 27 au 30 mai, d’un colloque « Malthus hier et aujourd’hui « , organisé par des Français, mais à forte participation britannique, a pu paraître une provocation, même s’il s’est agi en fait d’une confrontation purement scientifique et universitaire, sans arrière-plan militant. Cette réunion s’est accompagnée d’ailleurs de la publication simultanée d’une biographie intellectuelle du penseur britannique et d’une première traduction française de la version numéro un de l’Essai sur le principe de population, la plus polémique, la plus nettement anti-française également.

Car c’est Malthus qui a déclaré la guerre à la France et non l’inverse. Publié en 1798, au lendemain de la Terreur jacobine, et à la veille d’une guerre totale entre la Grande-Bretagne et la France napoléonienne, l’Essai est surtout dirigé contre la philosophie des Lumières qui inspire les révolutionnaires, et contre leur foi en un avenir radieux. Condorcet, dont il critique l’Esquisse d’un tableau historique des progrès de l’esprit humain, est, autant que Godwin, la bête noire de Malthus. D’où l’image persistante d’un pasteur démographe, réactionnaire et pessimiste, dressant le spectre de la famine contre l’espoir du progrès.

William Petersen, démographe américain, veut redresser dans son Malthus, ouvrage brillant, cette représentation schématique, et démontrer que cet homme était le contraire d’un idéologue dépressif et résigné : un réformateur libéral, progressiste, un personnage du dix-huitième siècle donc, mais incapable, à la différence des utopistes de son temps, de nier l’existence de certaines contraintes naturelles et économiques

Petersen souligne que, jusqu’à Malthus, toutes les autorités sont  » populationnistes « . Du  » croissez et multipliez  » biblique au mercantilisme colbertien, le pouvoir, religieux ou politique, veut toujours plus d’hommes, pour témoigner de la puissance de l’Église ou de celle de l’État. La doctrine de Malthus est donc contestataire. Elle est, dans le domaine démographique, l’équivalent de celle d’Adam Smith en économie politique : un rejet de l’État, une affirmation de l’individu et de son autonomie. Pour Malthus, la famille doit cesser d’être un pion dans le jeu des puissances, et lutter rationnellement pour son propre bien-être en limitant sa fécondité. Et, s’il s’oppose à l’assistance des déshérités par l’État, c’est parce qu’il estime qu’elle n’aboutira qu’à une multiplication de la misère, le nombre des pauvres s’alignant en hausse sur le niveau légèrement supérieur des subsistances. Petersen tire inutilement cette interprétation dans le sens du néo-libéralisme américain actuel, très hostile à la sécurité sociale et à toute intervention de l’État dans un but redistributif.

Le dernier livre de Pierre Chaunu, nataliste convaincu, Histoire et Imagination. La Transition semble, paradoxalement donner raison à Petersen lorsque celui-ci affirme le lien entre libéralisme et malthusianisme d’une part, entre autoritarisme et populationnisme d’autre part. Inlassable dans sa dénonciation du complot contre la natalité, Chaunu, l’un de nos meilleurs historiens, emploie, malheureusement, aujourd’hui, un langage violent et intolérant, fanatique en fait. Les jeunes adultes actuellement en âge de procréer, mais qui ne se reproduisent pas assez vite et assez bien, sont pour lui des assassins, organisateurs d’un  » refus de la vie « , d’un massacre « , d’un  » génocide « . Le régime stalinien tenait des propos semblables, pour qui la limitation des naissances était  » une idéologie impérialiste qui hait l’humanité « ,  » la politique d’un impérialisme bestial voué à la guerre d’agression et à l’extermination  » et qui voyait dans  » les laquais des monopoles américains… des avocats du cannibalisme  » pourvus d' » un plan démoniaque d’extermination des peuples « . À son tour Chaunu attribue la chute de la fécondité occidentale à un complot en provenance des États-Unis, relayé et amplifié par la République fédérale allemande, agent européen du malthusianisme américain.

Le remarquable livre de Francis Ronsin sur la Grève des ventres (dix-neuvième-vingtième siècles) montre bien que la gauche révolutionnaire française des années 1890-1910 milita avec passion pour le contrôle des naissances en milieu ouvrier, contre Marx et les Lumières, tombant ainsi du côté des libéraux britanniques. Petersen a donc parfaitement tort d’affirmer que les socialistes français du dix-neuvième siècle adoptèrent l’attitude des mercantilistes en considérant qu’une population stationnaire trahissait une dégénérescence de la nation « . On ne fera pas tomber facilement Malthus au centre droit, non plus qu’au centre gauche.

Les doctrines de population ont leur vie propre. Elles ne sont pas les simples reflets des idéologies politiques. Elles ne sont pas non plus les reflets simples de la réalité. Au moment même où Malthus s’emploie à réfuter les idéologues français, les populations françaises s’embarquent résolument dans l’aventure malthusienne, limitant leur fécondité avec un siècle d’avance sur les autres nations européennes. C’est parce qu’elle fut, la première, malthusienne, que la France déteste Malthus. Les doctrines sociales sont plus souvent des négations, que des représentations de la réalité.

EMMANUEL TODD.

Charlie-Hebdo ne croît pas à la surpopulation

aux rédacteurs de Charlie-Hebdo

Pour vous, le passage aux 8 milliards d’êtres humains prévu pour novembre 2022 n’a pas l’air inquiétant, cf. le titre d’un de vos récents articles dans Charlie-Hebdo, « Surpopulation : c’est vite dit ! ». Vous donnez la parole uniquement au démographe Gilles Pison.

Ses propos sont biaisés, voici mes réponses.

Gilles Pison : le pasteur anglais Thomas Malthus met en garde contre la surpopulation – il se référait au cas de l’Angleterre – en considérant que la population est nécessairement limitée par les moyens de subsistance.

Michel Sourrouille : Avez-vous lu Malthus ? Celui-ci ne faisait pas référence spécifiquement à l’Angleterre, mais à une loi générale qui s’applique à l’espèce humaine. « Lorsque la population n’est arrêtée par aucun obstacle, elle va doubler tous les vingt-cinq ans, et croît de période en période selon une progression géométrique. Mais on n’obtiendra pas avec la même facilité la nourriture nécessaire pour alimenter l’accroissement du plus grand nombre. L’amélioration de toute espèce de sol connaît des rendements décroissants ; les moyens de subsistance ne peuvent jamais augmenter plus rapidement que selon une progression arithmétique. »

Gilles Pison : En 1800, la population mondiale comptait un milliard d’êtres humains, nous approchons les 8 milliards, notre nombre a donc été multiplié par huit. Mais la multiplication sans cesse renouvelée des humains est du passé. Les tendances actuelles nous conduisent à penser que nous atteindrons près de 10 milliards en 2050, guère plus ensuite.

Michel Sourrouille : Gilles Pison se garde bien de considérer les possibilités durables d’un surcroît agricole capable de nourrir 10 milliards de personnes en l’an 2050 alors qu’une partie de la population mondiale souffre déjà de famines. Notons aussi que Gilles Pison évite de déterminer si 8 milliards ou 10 milliards constitue un optimum de population, un maximum ou un état avéré de surpopulation. Il fait implicitement référence à la dernière phase de la transition démographique qui, avec le développement socio-économique, voit la diminution des taux de fécondité. Mais s’appuyer sur les tendances actuelles ne dit rien de l’avenir possible. Or le pillage des dernières ressources de la planète par la civilisation thermo-industrielle nous font prévoir un effondrement probable plutôt qu’une continuité dans la croissance économique. Le développement du sous-développement est dans l’air du temps.

Gilles Pison : La baisse rapide de la fécondité vient en premier lieu quand l’éducation progresse et les conditions de vie s’améliorent.

Michel Sourrouille : Quant à ces avancées socio-culturelles, Gilles Pison devrait visiter quelques pays en voie de sous-développement, soumis à une contrainte religieuse extrême, avec des taux de croissance de la population qui dépassent 3 %, des États en faillite et des conflits permanents.

Gilles Pison : Si la population mondiale continue de connaître une croissance non négligeable, il faut souligner que désormais les deux tiers de l’humanité, y compris la Chine et l’Inde, a une fécondité inférieure au seuil de remplacement.

Michel Sourrouille : Encore un élément de langage habituel, on se rattache au nombre de 2,1 enfant par femme (2 en Inde) qui permet la stabilisation de la population. Mais par exemple pour la France, est-ce que le fait que nous avons atteint le seuil de remplacement pour un niveau de 66 millions d’habitants (pour la France métropolitaine) est signe de bien-être pour la population, de respect de l’espace nécessaire à la biodiversité et de plein emploi pour tous ? Certainement pas. Glorifier le « seuil de remplacement » n’a aucun sens.

Gilles Pison : Inquiet du vieillissement rapide de sa population, le gouvernement chinois a supprimé la politique de l’enfant unique en 2015 et cherche depuis à relancer la natalité. Il a institué la politique de 3 enfants en 2021.

Michel Sourrouille : Autre élément qui revient en boucle chez les natalistes, la crainte du vieillissement, « faut plus d’enfant pour payer les retraites ». Or comme l’a écrit en 2014 Didier Barthès dans « Moins Nombreux, plus Heureux », c’est ce qu’il appelle une « Pyramide de Ponzi démographique ». Le temps ne s’arrête pas, les jeunes d’aujourd’hui seront les vieux de demain, la population à charge augmentera continuellement jusqu’à ce qu’on s’aperçoive qu’on a été berné !

Gilles Pison : La croissance mondiale va immanquablement se réduire car le taux de croissance a atteint un maximum de plus de 2 % par an il y a 60 ans. Et il a diminué de moitié depuis. De nos jours, il est de 1 %, et devrait continuer de baisser.

Michel Sourrouille : Un taux de croissance annuel de 2 % correspond à un doublement de la population tous les 35 ans, mais un taux de 1 % signifie tour de même un doublement en 70 ans. Manipuler les chiffres n’est jamais bon pour la compréhension des évolutions. De 2011 à 2022, nous avons augmenté de 1 milliards en valeur absolue, c’est le temps le plus court de ces dernières décennies pour augmenter d’un milliard. A niveau très élevé, toute augmentation même légère a un poids certain. Et un milliard de plus dans l’état actuel de la planète, c’est à la fois invivable et ingérable.

Gilles Pison : Le problème n’est pas tant le nombre que le mode de vie. Si tous les habitants de la planète voulaient vivre selon le modèle américain ou européen, on épuiserait rapidement les ressources. Le « Jour de dépassement » nous le rappelle.

Michel Sourrouille : L’impact écologique I de l’activité économique découle à la fois du niveau de Population P, de son niveau de vie N et des technologies employées T, d’où l’équation I = PxNxT. Ces trois facteurs sont interdépendants, multiples l’un de l’autre, on ne peut hiérarchiser. Nos émissions de gaz à effet de serre par exemple sont causés à la fois par le nombre d’automobiles multiplié par le nombre d’automobilistes. Plus d’1 milliard d’automobiles pour 8 milliards d’humains, et ceux qui n’ont pas de véhicule rêvent d’en avoir un. Mais peut-être que Gilles Pison ne connaissait pas cette équation synthétique ?

Gilles Pison : Cela dit, j’ajoute que renoncer à avoir des enfants pour sauver la planète est une idée fausse. Il s’agit seulement d’éduquer les enfants de sorte qu’ils soient respectueux de l’environnement et aient un mode de vie durable.

Michel Sourrouille : Il n’y a donc pas méconnaissance chez ce démographe, il y a un parti-pris idéologique. Les Ginks (Green inclination no kids), ces personnes homme ou femme qui se font stériliser pour des raisons écologiques, se sentent responsables de l’état de la planète, contrairement à tous ceux qui multiplient les enfants sans même savoir pourquoi. L’idée fausse est du côté des natalistes, pas du côté des malthusiens. Et se contenter d’éduquer les enfants dans un monde qui devient invivable, nous voudrions savoir comment Gilles Pison s’y prendrait.

Gilles Pison : Le niveau de vie des pays riches a conduit au réchauffement climatique et à l’érosion de la biodiversité et ne peut être un modèle pour l’avenir. Les modes de vie dans certains pays pauvres doivent s’améliorer sans que ces pays se mettent à leur tour à émettre massivement des gaz à effet de serre.

Michel Sourrouille : C’est croire à la théorie du découplage entre émissions de gaz à effet de serre et croissance économique. Une chimère, croissance et GES vont de pair, c’est ce que démontrent plusieurs études sur la question. Un mode de vie sobre en énergie veut dire l’exact opposé du mode de vie occidental actuel, c’est un mode de vie sans ressources fossiles qui se rapproche fortement de l’existence en France d’avant la révolution thermo-industrielle.

Gilles Pison : Si les pays du Nord adoptent de nouvelles façons de vivre, durables, cela aura des effets non seulement chez eux, mais aussi partout ailleurs sur la planète car elles deviendront référentes.

Michel Sourrouille : Avec des « Si », on sait que tout devient possible. Mais on ne voit pas pourquoi les Français pratiqueraient une sobriété partagée alors que le leitmotiv actuel est le maintien du pouvoir d’achat, y compris en subventionnant l’essence ! Par contre la faible fécondité dans plusieurs pays européens montrent que nous savons montrer l’exemple d’une certaine maîtrise de la fécondité. Ce n’est pas le cas en France, le gouvernement préfère pratiquer une politique nataliste avec les allocations familiales, quelle que soit d’ailleurs l’étiquette des partis au pouvoir.

Gilles Pison : Les recherches en démographie animale utilisent les mêmes modèles que ceux en démographie humaine. L’avantage avec les humains est qu’on dispose souvent d’informations plus précises et plus détaillées grâce à l’état civil et au recensement.

Michel Sourrouille : Il est vrai que nous savons beaucoup de choses, y compris en matière de dénombrement. Le problème, c’est que nous constatons depuis plusieurs décennies l’explosion démographique mais que cette évolution dangereuse est complètement occultée, que ce soit dans les médias, pendant les conférences internationales, au sein des partis politiques, y compris paradoxalement chez ceux qui se disent écologistes (à part le MEI).

Gilles Pison: L’espèce humaine s’est affranchie des contraintes environnementales qui pesaient sur sa démographie autrefois.

Michel Sourrouille : C’est en dopant nos rendements agricoles au détriment de la santé durable des sols que nous avons temporairement contourné la loi de Malthus. Mais toutes les études agronomiques systémiques montrent que l’agriculture est en perdition, soutenue par les ressources fossiles à des prix qui deviennent prohibitifs. Dire plus généralement qu’on s’est affranchie des contraintes environnementales, c’est aussi occulter le réchauffement climatique, la chute de la biodiversité, l’épuisement des ressources terrestres, c’est vivre hors sol. Gilles Pison se contente de données démographiques mal présentées en ignorant le contexte global. Aujourd’hui l’humanité est engagée dans une prédation féroce au détriment de l’avenir. Par notre nombre, par notre surconsommation, par nos technologies inadaptées aux milieux biophysiques, nous faisons dépendre la satisfaction de nos aspirations présentes du dépouillement de nos générations futures.

Gilles Pison : Chez certains animaux (rapaces, lemmings, etc.), la fécondité peut s’ajuster selon l’abondance des ressources. Ces variations sont liées à des mécanismes physiologiques indépendants de la volonté des individus. Chez les humains, la grande nouveauté est la limitation volontaire des naissances qui s’est diffusée presque partout depuis deux siècles et qui fait que les individus ont les enfants qu’ils souhaitent, quand ils le souhaitent, ceci indépendamment du potentiel reproductif de l’espèce qui est beaucoup plus élevé.

Michel Sourrouille : En fait les couples se sentent peu concernés dans leur comportement procréatif par le problème planétaire du surpeuplement. Dans ce domaine plus que dans aucun autre prévaut une sorte de schizophrénie : le fait d’avoir ou de ne pas avoir d’enfants est considéré comme une affaire strictement privée sans aucun considération des conséquences collectives. Comme l’exprimait Roland Jaccard, « Les enfants sont comme des lapsus : si on savait pourquoi on les faisait, on ne les ferait pas. »

Gilles Pison : Quant aux politiques des États visant à diminuer ou augmenter les naissances, leurs effets ne peuvent être que modestes et sur le long terme, et qu’à la condition d’accompagner les souhaits des individus et non d’aller contre.

Michel Sourrouille : Une politique nataliste est une aberration vu l’état actuel du monde qui connaît guerres, famine et épidémies. Une politique malthusienne est seule concevable, diminuant le poids de notre nombre sur nos conditions d’existence. Dans une société démocratique, certes cela suppose l’acceptabilité sociale. En France, nous avons libéralisé la contraception et l’avortement, mais l’exemple américain montre que rien n’est jamais acquis définitivement. On peut manipuler le « souhait » des gens dans un sens ou en sens contraire. De plus une politique démographique doit s’accompagner nécessairement d’une sobriété partagée ; cela ira à l’encontre du souhait de nos concitoyens. On sait ce qui s’est passé avec les Gilets jaunes…

Gilles Pison : Même si les femmes du monde se limitaient tout de suite à 1,5 enfant en moyenne chacune, comme en Europe, on continuerait cependant d’assister à une augmentation de la population durant encore quelques décennies. La population mondiale comprend en effet beaucoup d’adultes en âge d’avoir des enfants, nés lorsque la fécondité était encore forte, ce qui entraîne un nombre élevé de naissances.

Michel Sourrouille : Enfin un constat réaliste de Gilles Pison qui devrait nous pousser à nous engager avec l’association « Démographie Responsable », pour une maîtrise raisonnée de la fécondité humaine.

Fantasmes natalistes, rationalité malthusienne

L’histoire de la question démographique n’est qu’un âpre conflit entre fantasmes natalistes des idéologues et rationalité malthusienne. Quelques points de repères évoqués dans le livre de Georges Minois, Le poids du nombre (éditions Perrin, 2011) :

Les malthusiens

– La croissance démographiques est toujours euphorisante au début. C’est la jeunesse, promesse de puissance, de richesse et de gloire, l’Italie renaissante, le Siècle d’or espagnol… jusqu’au moment où la saturation entraîne les premières tensions. (p.219)

– C’est le sort des régions surpeuplées : après l’optimisme trompeur des premières décennies, l’illusion de force et de richesse, viennent l’appauvrissement, les disettes, les épidémies. (p.222)

– Le bon sens place le bien-être des vivants avant l’exigence de multiplication de l’espèce. Priorité à ceux qui existent sur ceux qui n’existent pas encore ou qui n’existeront jamais. (p.230)

– Calvin : «  La bénédiction de Dieu ne réside pas dans une procréation désordonnée, mais dans des enfants bien formés, soignés et éduqués, engendrés par des parents conscients de leurs responsabilités. » (p.233)

– Le peuple est plus lucide que les intellectuels, car c’est lui qui vit le surpeuplement et en subit les conséquences, alors que les philosophes raisonnent dans la tranquillité de leurs hôtels, loin de la foule, sur les bienfaits d’une population abondante. Le spectre du surpeuplement n’est pour eux qu’une idée abstraite. (p.242) … Tandis que les intellectuels déplorent le dépeuplement, la population de l’Europe passe de 120 à 180 millions d’habitants entre 1700 et 1800. Elle a doublé depuis 1550. (p. 254)

– Malthus a fait un livre en 1803 que personne ne lit et que tout le monde insulte. (p.334)

– Malthus : «  Quand je recommande de ne pas faire naître plus d’enfants que le pays n’en peut nourrir, c’est précisément afin qu’on puisse nourrir tous ceux qui naissent. » ( p.368)

– James Morison : « Le caractère criminel de la production d’enfants qu’on n’a selon toute probabilité aucun moyen d’entretenir, devra être vu sous on jour véritable, comme l’un des comportements des plus antisociaux et égoïstes qu’on soit capable. » (p.413)

– Henri Fève en 1890 : « Ce qui serait utile et humain, si vous étiez logique, ce serait d’enrayer la procréation : la femme stérile devrait être sacrée, l’homme qui se retient félicité, l’avortement pratiqué officiellement dans les hôpitaux, l’infanticide autorisé dans les quinze jours de la naissance. » (p.506)

– Gustave Le Bon en 1898 : «  Dans l’avenir le sort le plus heureux sera réservé aux pays les moins peuplés, c’est-à-dire ceux dont la population ne dépasse pas le chiffre d’hommes que peut nourrir le fonds de subsistance produit par la contrée elle-même. » (p.507)

– Madeleine Pelletier en 1911 : « La femme enceinte n’est pas deux personnes, elle n’en est qu’une, et elle a le droit de se faire avorter, comme elle a le droits de se couper les cheveux. Sur notre corps, notre droit est absolu, puisqu’il peut aller jusqu’au suicide. » (p.502)

– Belle formule : moins de nouveau-nés, c’est moins de futurs morts. (p.443)

Les repopulateurs

– Ecclésiaste, I,5,4 : « La Terre n’a jamais été surchargée d’habitants ; une génération passe, une autre vient et remplace exactement la première pour entretenir le même nombre d’habitants sur la Terre. »  (p.249)

– Jacques Bertillon en 1911 : « Qu’on prenne contre le néomalthusianisme des dispositions plus sévères. Les travaux forcés, ou même la mort, pourraient être édictées contre les néo-malthusiens sans aucune espèce d’inconvénient, puisque ne voulant pas se reproduire, on peut les considérer comme déjà morts. » (p.465)

– Après l’hécatombe de 14-18, pendant laquelle le gouvernement envoie 1,3 millions de jeunes à la mort, l’État commence à légiférer. Il est en effet urgent de reconstituer les stocks. Il faut absolument interdire toute propagande antinataliste. (p.468)

– La population française se retrouve en 1920 au niveau de 1880, 39 millions de personnes. La loi du 23 juillet 2020pnit de 6 mois à 3 ans de prison toute incitation à l’avortement (art. 1). Mêmes sanctions pour la vente de produits abortifs (art.2). L’article 3 étend la répression à la propagande anticonceptionnelle. (p.469)

– L’Alliance nationale pour l’accroissement de la population française en 1933 : « La politique démographique des dictatures fascistes provoque l’enthousiasme des repopulateurs. » (p.472)

– Sur les affiches, le maréchal Pétain est toujours entouré de petits enfants. La fête des mères devient une institution patriotique, tandis qu’une police spécialisée pourchasse les avorteurs et avorteuses, passibles de la peine de mort d’après la loi du 15 février 1942. Une avorteuse est guillotinée le 30 juillet 1943. (p. 476)

– La voix des néo-malthusiens a bien du mal à se faire entendre. Étouffée, bâillonnée, réprimée par les défenseurs de la « morale », de la « vie », de la patrie, de la classe, du parti. (p.499)

Actualisation du débat

– A la fin de la Seconde Guerre mondiale, lorsque les protagonistes européens du conflit jettent un regard sur la planète, ils réalisent brutalement que, pendant qu’ils réglaient leurs différends, d’autres bombes étaient sur le point d’éclater, les bombes démographiques en Asie, en Afrique, en Amérique latine. (p.520)

– à partir des années 1980, métamorphose de Malthus qui réapparaît en écologiste. Même si la Terre arrive à nourrir tout le monde, elle ne peut le faire qu’au détriment de son propre équilibre, rongée par ces milliards de parasites et intoxiquée par leurs déchets. (p.528)

– William Catton : « Aujourd’hui l’humanité est engagée dans une prédation féroce du futur. Par le nombre, par l’état de notre technologie, nous faisons dépendre la satisfaction de nos aspirations présentes du dépouillement de notre postérité. » (p.529)

– Les plus fous envisagent même, quand la Terre sera saturée, une colonisation des autres planètes. Ce n’est plus de la science-fiction, c’est du délire. L’alternative au chaos est l’abandon de l’illusion que tout est possible. (p.530)

– Jacques-Yves Cousteau : « En 1968-69, j’avais lancé un modèle mathématique pour essayer de calculer combien la terre pouvait supporter d’humains consommant ce que les Américains consommaient à l’époque. J’ai été très étonné du résultat de ma démarche : 700 millions au maximum. » (p.532)

– Bruno Parmentier : « Le problème est structurel. En 2050 il y aura 10 milliards d’êtres humains sur la planète. Or nous aurons, pour les nourrir, moins de terre, moins d’eau, moins d’énergie et moins de chimie. En 1960 nous étions 2 habitants pour nous partager un hectare de culture. En 2050, nous serons six. » (p.597)

Conclusion

Dans l’affrontement entre les optimistes de l’abondance et les pessimistes néo-malthusiens, la charge de la preuve incombe aux optimistes : qu’ils nous expliquent quelles preuves ils ont que la terre peut supporter, sans dommages irréparables, une croissance démographique avec une consommation par tête qui dépasse la charge optimale. (p.621)

– Les couples se sentent peu concernés dans leur comportement procréatif par le problème plantaire du surpeuplement. Dans ce domaine plus que dans aucun autre prévaut une sorte de schizophrénie : le fait d’avoir ou de ne pas avoir d’enfants est considéré comme une affaire strictement privée sans aucun considération des conséquences collectives. (p.622)

– Roland Jaccard : « Les enfants sont comme des lapsus : si on savait pourquoi on les faisait, on ne les ferait pas. » (p.626)

Lire aussi, Le poids du nombre de Georges Minois

Pour rejoindre l’association Démographie Responsable :

https://www.demographie-responsable.org/

4 milliards d’humains en 2100 au lieu de 10 ?

Jusqu’à présent, la population mondiale gonflait à vue d’œil, et devrait franchir le cap des 8 milliards d’humains sur terre le 15 novembre 2022 selon les dernières prévisions des Nations unies. Les 10 milliards d’individus seraient approchés dès 2050 et largement dépassés en 2100. Pourtant la population humaine pourrait aussi bien se réduire drastiquement d’ici la fin du siècle, 4 milliards d’humains en 2100.

C’est la thèse que défendent trois économistes dans une étude de la banque HSBC. Cette hypothèse repose sur une forte baisse du taux de fécondité avec l’intégration des femmes dans le marché de l’emploi qui retarde l’âge auquel elles ont leur premier enfant. Ou encore l’amélioration de l’accès à la contraception. Deuxième facteur , plus la population vieillit, plus le nombre de femmes en âge de procréer décline, accélérant automatiquement la baisse du taux de fécondité. En fait, l’hypothèse d’un déclin démographie rapide n’est pas nouvelle. En 2019 le livre des Canadiens Darrell Bricker et John Ibbitson, intitulé « Planète vide, le choc de la décroissance démographique mondiale« , soutenait que le vieillissement et la faible fécondité entraîneraient une possible chute brutale de la population mondiale. Début janvier 2022, la revue Courrier International titrait en Une : « DÉMOGRAPHIE, PLUS DURE SERA LA CHUTE »

Lire, La baisse de la fécondité, inquiétant ?

Le point de vue des écologistes

A  vrai dire que nous soyons 4 ou 10 milliards en 2100, ou 8,5 milliards comme le pense Le Bras avec un pic en 2070, n’est pas en soi d’un grand intérêt dans la mesure où ces calculs sont faits toutes choses égales par ailleurs. Personne n’a les outils adaptés pour prévoir une baisse de la fécondité à 10 ans, encore moins d’ici 2100. On peut même faire l’hypothèse inverse que les incitations à la reproduction vont se multiplier. Le développement contribue pour partie à la maîtrise de la fécondité, mais l’appauvrissement (par effondrement prévisible des sociétés) amène à une natalité non maîtrisée. Il est même fort possible qu’avec le choc des nations pour le contrôle de ressources naturelles, les États deviennent natalistes pour s’assurer la prédominance du nombre. De nombreux pays, dont le Canada, la Chine, les membres de l’Union européenne, l’Iran, Israël, le Japon, la Russie, la Corée du Sud et les États-Unis, font déjà pression pour la croissance de leur population. La peur du vieillissement et le manque de bras est déjà aujourd’hui un facteur de politiques natalistes. Et la montée des intégrismes religieux pousse à rechercher une descendance nombreuse puisque Allah ou Jéhovah pourvoira à leurs besoins.

Cela va à l’inverse de ce qu’il faudrait faire pour éviter un effondrement trop brutal. Le contexte géopolitique actuel, le réchauffement climatique et la raréfaction des ressources implique une politique malthusienne. Moins nous serons nombreux, plus nous serons à même d’affronter des échéances inquiétantes. Une guerre nucléaire, possibilité évoquée par Poutine ? Une invasion de Taïwan par la Chine qui provoquerait une déflagration mondiale ? Notre espèce dite homo sapiens a toujours fait preuve historiquement de sa grande capacité à s’entre-tuer. N’oublions pas un réchauffement climatique possible dépassant 3°C… qui entraînerait la chute de l’agriculture et rendrait la Terre invivable. Ajoutons un virus plus létal que le Sarscov2 qui, comme l’expérience récente l’a mont, impacterait l’ensemble des humains. 

On peut même rencontrer un cocktail de ces diverses réjouissances, d’où la nécessité d’une maîtrise volontaire de la fécondité humaine, une option que seule en France l’association « Démographie Responsable » défend.

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Pourquoi et comment je suis devenu malthusien

L’année de ma naissance en 1947, la population mondiale était de 2,3 milliards. Ce chiffre me semble déjà vertigineux, 2 325 000 000 personnes. A l’heure où l’ONU annonce 8 milliards d’habitants au 15 novembre 2022, l’avenir me semble bien compromis. Si je vivais centenaire, les statistiques pour 2047 prévoient 9,275 milliards d’êtres humains, soit une multiplication par 4 au cours de mon existence. Insupportable. Comment nourrir suffisamment et loger décemment 7 milliards de personnes de plus au cours d’un seul siècle ? N’importe lequel d’entre nous devrait être terrifié par l’ampleur de cette marée humaine.

Personnellement, j’ai toujours privilégié la démarche de réflexion et de raison à partir de l’accumulation de connaissances. En janvier 1971 je lisais dans « Partisans » un dossier, Libération des femmes, année zéro. Je prends quelques notes : « Du point de vue du danger, mieux vaudrait vendre les pilules dans des distributeurs automatiques et ne délivrer les cigarettes que sur ordonnance… L’utérus des femmes est la propriété de l’Etat… Actuellement en France à la suite d’avortements, il meurt tous les ans 5 000 femmes, 10 000 à 15 000 demeurent stériles à vie et 200 000 souffrent de maladies infectieuses… »

C’était l’époque du MLF (mouvement de libération de la femme) : « Qui est le plus apte à décider du nombre de nos enfants ? Le pape qui n’en a jamais eu ? Le président qui a de quoi élever les siens ? Votre mari qui leur fait guili guili le soir en rentrant ? Ou bien vous qui les portez et les élevez ! » Je ressens déjà que la question démographique est très complexe et relève souvent d’injonctions contradictoires. Il y a le droit de la femme à disposer de son corps et le droit de la planète à ne pas être envahie par les bébés. Il y a la liberté de l’individu de choisir d’avoir une descendance (ou non) et il y a les contraintes écologiques qui préparent un avenir plus ou moins durable pour les enfants de nos enfants. J’avais été subjugué à cette époque par le titre d’un libelle qui deviendra « Lettre d’amour à l’enfant que je n’aurai pas » (Serge Livrozet).

En 1972 j’ai étudié le rapport au Club de Rome sur les limites de la croissance. Si les tendances à la croissance exponentielle de la population mondiale, de l’industrialisation, de la pollution, de la production de nourriture et de l’épuisement des ressources restent inchangées, les limites à cette expansion sur cette petite planète seront atteintes un jour ou l’autre dans les cent prochaines années. Selon ce rapport, le résultat le plus probable sera une baisse plutôt soudaine et incontrôlable tant de la population que de la capacité industrielle. 

Je suivais aussi assidûment dans Charlie Hebdo les écrits de Pierre Fournier, un précurseur de l’écologie qui pouvait écrire en 1973 : « Un fou à diplômes explique à ses étudiants : « C’est un fait d’expérience, le taux de natalité ne diminue qu’à partir d’un certain niveau de vie. Lequel niveau de vie ne peut être atteint que par l’industrialisation à outrance. Laquelle industrialisation exige une main d’œuvre abondante et donc un taux de natalité élevé. Le seul moyen de résoudre à long terme le problème de la surpopulation, c’est donc d’encourager la surnatalité. CQFD ! »1

Pierre ajoutait : « Or ce fou, notez-le bien, n’est pas unique en son genre et au moins, lui est presque inoffensif puisqu’il ne fait rien d’autre que parler. Mais tous les dirigeants du tiers-monde raisonnent comme lui ; et même, disons, tous les dirigeants du monde. La puissance engendre le nombre, car le nombre fait la puissance. Le Japon surpeuplé, surpollué, coincé renonce aux mesures antinatalistes pour donner un coup de fouet à sa croissance industrielle. Il est pas encore assez gros. Il le sera jamais assez. Un rapport du MIT démontre très bien que pour amener les pays du tiers-monde au niveau de vie occidental (théoriquement nécessaire pour que la natalité s’effondre d’elle-même) il faudrait polluer la planète au point d’y détruire toute vie, et que d’ailleurs c’est impossible parce que les trois quarts des ressources indispensable à cette croissance sont déjà monopolisées par le monde riche. »

En 1974, je suis devenu écologiste, et donc antinataliste

J’ai abandonné mon slogan favori, « élection, piège à cons ». J’ai voté (à 27 ans) car un candidat écolo se présentait pour la première fois à la présidentielle, René Dumont. Enfin un vrai message pour le siècle suivant ! René, un agronome bien au fait des problématiques alimentaires mondiales, sonnait le tocsin démographique dans son programme :

« Depuis 1650, la population du globe a augmenté à un rythme exponentiel. Nous sommes près de 4 milliards, nous serons 7 milliards en l’an 2000 ; même avec une réduction importante des taux de fécondité, on ne serait pas loin de 6 milliards. C’est la FIN du monde ou la FAIM du monde. Nous sommes les premiers à avoir dit que la croissance démographique doit être arrêtée d’abord dans les pays riches, parce que c’est dans les pays riches que le pillage du Tiers-Monde, par le gaspillage des matières sous-payées, aboutit aux plus grandes destructions de richesse. L’homme attaque la nature depuis 100 000 ans par le feu, le déboisement, le défrichage, etc. Nourrir plus d’homme implique la destruction du milieu naturel. Du reste, si nous nous multiplions inconsidérément, le phosphore nécessaire à l’agriculture manquerait bientôt. Il faut réagir contre la surpopulation. En Inde surpeuplée certes, mais surtout chez les riches : 500 fois plus d’énergie consommée par tête à New York que chez le paysan indien. Ce qui remet en cause toutes les formes d’encouragement à la natalité, chez nous en France. La « France de 100 millions de Français » chère à M. Debré est une absurdité. »2

Cette même année 1974 s’est tenu la première conférence mondiale sur la population (The World Population Conference) réunissant les gouvernements. On y a mesuré l’impossible dialogue entre les personnes qui se sentent concernées par les limites de l’œkoumène, la biosphère, et les personnes qui sont enrégimentées par leurs propres croyances. Dès le début de la conférence, de vives réactions se sont manifestées contre l’idée maîtresse de diminuer le nombre de naissances pour réduire les difficultés économiques. La deuxième conférence mondiale sur la démographie à Mexico en 1984 n’a pas laissé beaucoup de traces, et la troisième en 1994, au Caire, est devenu « Conférence internationale sur la population ET le développement ».

La démographie se noyait dans l’économique. Un Programme d’action sur vingt ans a été adopté, axé sur les besoins et les droits des individus plutôt que sur la réalisation d’objectifs démographiques. On prévoyait le passage d’une population mondiale de 5,6 milliards en 1994 et une stabilisation à 7,8 milliards en 2050, mais on arrive déjà à 8 milliards en 2022 alors que nous n’avons pas plusieurs planètes à notre disposition. Il me manquait un terme pour mieux désigner mon sentiment.

Enseignant en sciences économiques et sociales à partir de 1975, j’ai été amené à enseigner la controverse entre Marx et Malthus. J’avais enfin trouvé l’expression qui liait écologisme et démographie, le malthusianisme. Thomas Robert Malthus, économiste et pasteur anglican, avait mis en évidence à la fin du XVIIIe siècle une sorte de loi démographique. Quand on laisse faire la nature, les couples peuvent en moyenne faire 4 enfants par génération, ce qui fait doubler la population tous les 25 ans. Par contre l’agriculture est contrainte par les rendements décroissants : « On n’obtiendra pas avec la même facilité la nourriture nécessaire pour faire face au doublement de la population. Lorsque tous les arpents ont été ajoutés les uns aux autres jusqu’à ce que toute la terre fertile soit utilisée, l’accroissement de nourriture ne dépendra plus que de l’amélioration des terres mises en valeur. Or cette amélioration ne peut faire des progrès toujours croissants, bien au contraire. »3

En conséquence, la population croit selon une progression géométrique très rapide et l’alimentation seulement comme une progression arithmétique bien plus lente. Comme la population augmente bien plus vite que les ressources alimentaires, il y a un déséquilibre qui se résout par des obstacles comme la famine, les épidémies et les guerres. Une seule solution, rationnelle, limiter les naissances. Au XXIe siècle, la détérioration brutale des ressources de la planète ne peut que confirmer le diagnostic de Malthus. Après des décennies d’agriculture intensive, l’analyse de Malthus des rendements décroissants en agriculture se vérifie aujourd’hui. Et la population s’accroît de 1 milliard de personnes tous les douze ans en moyenne ! Notre nombre a dépassé la capacité de la biosphère, d’autant plus qu’un bébé occidental va vouloir rentrer dans la société de surconsommation et de gaspillage et que les classes émergentes ne veulent qu’une chose, imiter le standard de vie occidental. Maintenant je n’ai plus peur de dire que je suis favorable comme Malthus à une fécondité maîtrisée de façon responsable.

Malthusien j’étais devenu.

Pourtant l’analyse malthusienne reste encore un tabou médiatique. Car comment ne pas avoir peur d’en parler publiquement ? Contrôler la fécondité tout en gardant le sens de l’humanisme, cela paraît pour beaucoup de gens impossible, en décalage par rapport aux conceptions communes de la liberté humaine. La procréation est aussi un sujet tellement sensible, tellement intime, en relation avec notre sexualité et nos idéologies personnelles. Ce qui me terrorise le plus, c’est de voir autant d’analystes qui ferment les yeux sur le problème de la surpopulation, quand ce n’est pas quelques personnages trop médiatisés qui dénigrent les malthusiens et favorisent ainsi notre immobilisme en matière de maîtrise de la fécondité. En voulant ignorer le poids démographique de l’humanité sur les écosystèmes, ils favorisent ce que Malthus en 1798 redoutait plus que tout autre chose, une décroissance forcée de la population humaine. Nous savons aujourd’hui de manière certaine que nous avons dépassé les capacités de renouvellement des ressources planétaires, que nous puisons sans vergogne dans notre capital naturel, que nous léguons aux générations futures un monde très abîmé aux ressources épuisées par notre expansion démographique exponentielle et notre boulimie consumériste.

Je suis né juste après une seconde guerre mondiale menée au nom du Lebensraum (espace vital) Depuis les famines, les guerres et les épidémies n’ont jamais cessé tout au cours de ma vie ; ces événements ne peuvent que s’amplifier. J’espère pourtant qu’un jour ou l’autre l’humanité arrivera de façon concertée et conviviale à définir un niveau de population et de consommation en harmonie durable avec les capacités de la Terre. Mais entre dire et faire, il y a l’obstacle de la psychologie humaine.

Si un seul enfant par femme me semblait un idéal à atteindre dans un monde surpeuplé, il y a un gouffre entre cette position théorique et la réalité du rapprochement des corps. La pensée et l’action sont intimement liés.4 Un discours abstrait aide sans doute au raisonnement mais n’indique pas grand chose sur l’exemplarité d’un mode de vie personnel. Ce n’est donc pas tout à fait un hasard si je n’ai eu qu’un seul enfant biologiquement parlant, ce qui n’empêche pas d’en avoir élevé et éduqué bien d’autre. J’ai passé mon existence, au niveau familial et en tant qu’enseignant, à m’occuper des enfants des autres comme si c’était les miens. C’est cela seul qui compte dans la vie vécue.

De façon rationnelle, je suis bien conscient qu’un enfant supplémentaire est une charge pour la famille (nourriture, éducation…) et pour la société (gonflement du chômage, épuisement des ressources naturelles, entassement, etc.). Or c’est très difficile de séparer amour et procréation. Les surprises de la relation sexuelle et de la vie de couple transforment le choix de fécondité en événement parfois imprévu et souvent mal géré. Il y a aussi un autre paramètre incontournable, je suis homme, qu’est-ce que j’ai à dire de la fécondité ? Est-elle réservée aux femmes ? Soyons clair, je suis homme ET féministe, pour l’égalité de considération qu’on soit de sexe masculin ou féminin. Si la femme est libre de disposer de son corps et de ses ovules, de même l’homme est libre de disposer de ses spermatozoïdes. Or l’enfant naît obligatoirement de la rencontre de ces deux éléments. Le choix de fécondité n’est donc pas réservé aux femmes, ce qui complique énormément le problème de la procréation. Qui décide en fin de compte, l’homme, la femme, la société ? Avoir aucun, un seul ou plusieurs enfants découle donc d’un tas de contraintes que nous maîtrisons mal. Un seul enfant par couple, c’est une idée inapplicable. Je me suis mis en ménage avec une femme qui en avait déjà deux issus d’un premier mariage. Nous en avons fait un autre, le seul enfant biologique que j’ai eu. Comment on compte, il y a déjà trois enfants pour trois personnes ? Mais l’autre père s’est remarié, il a eu d’autres enfants : comment on compte ? J’ai adopté un enfant qui avait un géniteur ayant fait par ailleurs d’autres enfants. A tous ces pères qui sèment à tous vents, j’ai envie de leur dire : arrêtez de faire des enfant, soyez responsables de ce que vous faites !

J’ai connu l’avortement clandestin par compagne interposée en 1973 dans le cadre du MLAC (Mouvement pour la liberté de l’avortement et de la contraception), avant même la légalisation de l’iIVG (interruption volontaire de grossesse). On m’a demandé d’assister à l’opération, méthode par aspiration, j’étais nécessairement impliqué, il faut en être conscient. Maîtriser la contraception résulte d’un apprentissage que je n’ai pas vraiment connu à une époque où l’initiation aux rapports entre les sexes était souvent inexistante. On dit que le choix de procréer relève de l’intime. En fait ce n’est que le résultat d’un conditionnement familial qui pousse le plus souvent à faire comme tout le monde sous le regard inquisiteur du groupe social, de son partenaire dans le couple ou d’une Église…. Notons aussi que trop de personnes font encore un enfant sans y penser et que les échecs de la contraception sont nombreux. Chaque année en France, il y a entre 215 000 et 230 000 interruptions volontaires de grossesse pour environ 760 000 naissances. Presque un enfant sur trois qu’on a jugé de trop, et qu’en est-il des autres ?

Ce texte essaye de faire partager mes convictions écologiques et malthusiennes, tout au moins de permettre aux lecteurs de réfléchir en toute connaissance de cause quand il s’agira pour eux de décider de s’abstenir ou procréer. Notre état d’esprit évolue parfois dans le bon sens, le XXIe siècle maîtrisera, il faut l’espérer, la fécondité humaine. Nous sommes tous concernés directement par notre capacité de procréer, amis seule l’association « Démographie Responsable » nous interpelle : arrêtons de faire des enfants de façon inconsidérée ! Malthus a été un lanceur d’alerte en 1798, marginalisé comme le sont beaucoup de lanceurs d’alerte avant qu’on ne reconnaisse, souvent trop tard, qu’ils avaient eu raison. J’ai personnellement peur de ce que la surpopulation implique, un surnombre synonyme d’étouffement, de chute de la biodiversité et de suppression de nos libertés. J’ai peur de ses conséquences visibles, une planète exsangue recouverte de goudron et de béton, qui étouffe la vie sauvage et détériore nos paysages, épuise nos ressources naturelles non renouvelables et dégrade même les renouvelables, transforme les villes en bidonvilles et nos relations interpersonnelles en sms (short message service). Mais la société actuelle diffuse un contexte culturel imprégné de croissance économique, valorisant les quantités sans se soucier de la qualité de la vie, poussant des cocoricos quand la fécondité française se redresse. Faire ou ne pas faire un enfant devrait être la décision la plus réfléchie, la plus raisonnée, la plus raisonnable. C’est une décision qui nous engage personnellement pour plusieurs années et qui modèle en même temps l’ensemble de la société et du territoire. A tous ceux qui, considérant que l’enfant est au-dessus de tout et que l’on ne saurait prôner la modération en la matière, rappelons qu’aimer les enfants, c’est non seulement leur accorder le droit à une planète vivable et agréable, mais également le droit de devenir à leur tour parents et ce au fil des générations successives. L’enfant n’ayant pas demandé à naître, toute naissance engage d’abord les parents précisait Hans Jonas dans Le Principe Responsabilité. La première responsabilité de l’homme, c’est sa responsabilité vis-à-vis de sa progéniture. C’est pourquoi je peux dire, « arrêtons de faire trop de gosses », sinon le ciel va nous tomber sur la tête. Devenons tous malthusien, il en va de notre avenir.

Pour clore ces considérations personnelles, je veux préciser que la taille de la population humaine face aux ressources limitées de la planète n’est qu’un aspect du problème démographique. L’anthropocentrisme, la valorisation de l’espèce humaine, est un piège dans lequel il ne faut pas tomber. N’oubliez pas que l’expansionnisme humain (démographique et économique) réduit l’espace vital de toutes les autres espèces, d’où la dramatique perte de biodiversité que nous connaissons à l’heure actuelle. C’est aussi pour cela que la philosophie de l’écologie profonde est pour moi incontournable. Ainsi ce point de la plate-forme formulée par Arne Naess : « L’épanouissement de la vie et des cultures humaines est compatible avec une diminution substantielle de la population humaine. L’épanouissement de la vie non-humaine requiert une telle diminution. »5

Michel SOURROUILLE

PS : Interviewé en 2005, l’ethnologue Claude Lévi-Strauss (1908-2009) répondait ainsi à la question ”Que diriez-vous de l’avenir ?” :

« Ne me demandez rien de ce genre. Nous sommes dans un monde auquel je n’appartiens déjà plus. Celui que j’ai aimé avait 1,5 milliard d’habitants. Le monde actuel compte 6 milliards d’humains. Ce n’est plus le mien. Et celui de demain, peuplé de 9 milliards d’hommes et de femmes, même s’il s’agit d’un pic de population, comme on nous l’assure pour nous consoler, m’interdit toute prédiction ».6

1 FOURNIER Pierre , « Debout là-dedans » (Charlie Hebdo – numéro du 2 février 1973)

2 René Dumont, L’écologie ou la mort (à vous de choisir), les objectifs de l’écologie politique (éditions Pauvert, 1974)

3 Charlie Hebdo – 2 février 1973

4 cf. mon livre autobiographique de 2017, « On ne naît pas écolo, on le devient » aux éditions Sang de la Terre

5 Arne Naess, Écologie, communauté et style de vie, éditions MF 2008

6 LE MONDE du 12 novembre 2009, « Dire clairement le choc créateur que fut le Brésil »

Délire, la Chine en manque de bébés !!!

En manque de bébés, la Chine annonce de nouvelles aides aux jeunes parents. Il est vrai que la Chine n’a, en 2022 ,que 1 448 471 000 habitants, c’est le pays le plus peuplé de la planète. Mais ils manquent de futurs soldats pour le jour où ils vont envahir Taïwan et mener une réunification de la Chine à la Poutine.

Lire, La Chine contre le droit à l’avortement !?

Le Figaro dixit : Les autorités ont mis fin en 2016 à leur stricte politique de l’enfant unique, puis ont autorisé l’an dernier jusqu’à trois enfants par couple. Depuis le 16 août 2022, les autorités locales doivent «mettre en place des mesures de soutien actif à la fertilité», déductions fiscales, aides diverses destinées aux familles, multiplication de garderies et même subventions pour encourager les femmes à avoir plus d’enfants. Les directives publiées mardi semblent vouloir étendre cette politique à l’ensemble du territoire. Début août, les autorités sanitaires ont prévenu que la population chinoise reculerait d’ici 2025.

le point de vue des écologistes

Réveillez-moi, je cauchemarde ! Bientôt 8 milliards d’humains sur notre petite planète qui n’en peut déjà plus… Quand donc les Terriens que nous sommes se mettront-ils à réguler la fécondité pour mettre le niveau de population en proportion des ressources durables ?

Certes, le vieillissement démographie inquiète les responsables politiques chinois : 17,8 millions de naissances en 2016, 12 millions en 2020, 10,6 millions en 2021. Ce n’est pas un drame, la population augmente encore. Le taux d’accroissement naturel de la population est de 0,34 ‰, d’où une stabilisation prochaine mais à un niveau démographique très élevé, trop élevée. Il y a surpopulation.

Lire, La Chine, mastodonte en voie de vieillissement

La densité est de 150 hab./km² pour une moyenne mondiale de 60 hab./km² . Ce pays dispose de 10 % de la superficie cultivable mondiale, mais doit nourrir 18 % de la population mondiale. Quant au désir d’enfant, les Chinois sont refroidis par la hausse du coût de la vie et de l’éducation des enfants, par les difficultés de logement et surtout par les incertitudes face à l’avenir. On dirait que le natalisme gouvernemental en Chine ou ailleurs occulte complètement les différentes crises écologiques qui ne font que commence, déplétion des stocks fossiles, épuisement des ressources renouvelables, chute de la biodiversité et réchauffement climatique. Des Chinois au chômage n’auront jamais les moyens de financer les personnes âgées, ils gonfleront au contraire la population à charge.

Heureusement la population va résister aux diktats natalistes. Il faut d’abord que les jeunes Chinois en âge de procréer trouve une partenaire qui les acceptera . Les jeunes filles ont en effet quitté l’ère maoïste, elles préfèrent vivre leur vie comme elles l’entendent et non comme on voudrait le leur imposer. De plus, comme il n’y a guère de retraite, c’est en général au gendre d’entretenir les parents de son épouse ; le prétendant doit dont présenter un curriculum professionnel sans faille, avec logement et voiture. Le croissancisme multiplie les besoins, mais d’un certain côté il incite à la baisse de la fécondité. Un mal pour un bien !

St.Madaule : le déséquilibre démographique

L’ONU constate de façon très approximative qu’on va être plusieurs milliards, mais n’aborde jamais le point de savoir à combien de milliards on dépasse la limitation de vitesse. Misère, misère…

Stéphane Madaule : « Rappelons qu’en 1900, la population mondiale était estimée à 1,7 milliard. En 2022, nous passerons la barre des 8 milliards. En 2050, nous serons près de 9,7 milliards. En 2004, l’ONU prévoyait une stabilisation de la population mondiale en 2050 à 9 milliards. En 2013, l’ONU communiquait sur une stabilisation de la population mondiale plutôt à 11 milliards en 2100. L’incertitude en matière de fécondité fait que les projections à l’horizon 2100 oscillent entre 8,9 et 12, 4. La croissance démographique perdure à un rythme élevé en valeur absolue (+ 89 millions d’individus chaque année) comme en pourcentage, près de 1 % / an.

S’agissant des conséquences socio-économiques et environnementales de ce déséquilibre démographique prolongé, l’ONU reste muette. L’institution internationale ne dit pas si l’évolution démographique est réellement compatible avec les grands équilibres mondiaux de notre planète : environnement bien sûr mais également enjeux géopolitiques liés aux migrations, et déséquilibres Nord-Sud. L’ONU omet d’indiquer que le retour souhaitable à l’équilibre entre taux de natalité et taux de mortalité n’est toujours pas en vue dans la plupart des pays en développement ; la transition démographique s’éternise (plus de cent ans déjà) sans que l’on sache au juste quand elle se terminera. Pourquoi donc insister sur le fait que de plus en plus de pays auraient déjà commencé une expérience de déclin démographique sans citer leur importance relative dans l’évolution de la démographie mondiale. »

Le point de vue des écologistes

N’est-il pas temps de briser les tabous, d’oser faire le lien entre évolution démographique et préservation des grands équilibres de notre terre sur le plan environnemental, socio-économique mais également géopolitique ? N’est-il pas temps d’indiquer que l’accès d’une population de plus en plus nombreuse à un système économique basé sur la consommation de masse et les énergies fossiles n’est pas compatible avec la préservation de notre environnement ? N’est-il pas temps enfin de changer notre regard et donc notre vocabulaire sur les évolutions démographiques en cours ? Pourquoi continuer à parler de dynamisme démographique voire de dividende démographique comme s’il s’agissait d’évolutions porteuses d’avenir ? Pourquoi employer le terme de déclin démographique, de vieillissement de la population, là où il faudrait plutôt évoquer une salutaire stabilisation démographique dans les pays du Nord ?

Il faudrait accepter de faire entrer de plain-pied la démographie dans les Objectifs de développement durable (ODD) avec un nouveau concept, celui de démographie verte qui implique à la fois un changement drastique de notre modèle économique et un retour rapide à l’équilibre démographique mondial.