démographie

Transformer notre corps en humus, le pied

Je ne suis que poussière et j’y retournerai (la bible). Ce qui est terre retournera à la terre (Église d’Angleterre). En termes écolo, mieux vaut après notre mort se transformer en bon humus pour perpétuer le cycle de la vie. L’État de Washington a adopté un texte permettant de transformer le corps de défunts en compost. Sur le site Humusation.org, la fondation Métamorphose pour mourir… décrit ainsi le processus d’humusation : « Il s’agit d’un processus contrôlé de transformation des corps par les micro-organismes dans un compost composé de broyats de bois d’élagage, qui transforme, en douze mois, les dépouilles mortelles en humus sain et fertile. La transformation se fera hors sol, le corps étant déposé dans un compost et recouvert d’une couche de matières végétales broyées. En une année, l’humusation (…) produira plus ou moins 1,5 m³ de super-compost ». Que du bonheur, pas de cercueil, pas de frais de concession dans un cimetière, pas de frais de pierre tombale, ni de caveau, pas de frais d’embaumement, ni l’ajout de produits chimiques nocifs… C’est une bonne solution pour réduire l’impact environnemental de la mort, mais ce n’est pas encore entré dans les mœurs ! La question a été abordée en 2016 lors d’une séance de questions au gouvernement français par une sénatrice : « La législation actuelle permet seulement l’inhumation et la crémation. Un certain nombre de Français, dont des habitants du département du Rhône, souhaitent pouvoir bénéficier de l’humusation ». Le ministère de l’intérieur a rappelé que « l’humusation est actuellement interdite. » Il y a cinquante ans, l’incinération paraissait répugnante, l’humusation s’imposera dans cinquante ans, respect des cycles naturels oblige. Il n’y a aucun caractère sacré de la dépouille humaine, les momies égyptiennes et leur pyramides étaient réservé à l’élite extrême, le bon peuple n’a laissé de traces ni dans des sépultures, ni même par leurs maisons.

LE MONDE du 1er-2 novembre nous propose une autre innovation, la forêt funéraire écologique.Une expérimentation menée avec la municipalité d’Arbas va permettre aux familles endeuillées d’enfouir les cendres des défunts au pied des arbres. Pour l’urne, même si le phénomène de décomposition est assez rapide, un certain nombre de matériaux ont été proscrits : les contenants en plastique ou bois traité, de même que l’amidon de maïs qui attirerait sangliers et chevreuils. Ce sont donc des urnes en bois, tissu ou feutre, qui sont proposées. Ces cimetières naturels sont pleine expansion en Allemagne. Dans le bois de Nuthetal-Parforceheide par exemple, 23 hectares au sud de Berlin, il n’y a ni stèle ni tombeau, et pas une seule épitaphe en marbre à la ronde. Sur le tronc des arbres choisis, une discrète plaque en aluminium porte le nom des défunts. Tout autre ornement funéraire est proscrit. La forêt conserve son caractère naturel. La différence de prix considérable entre une inhumation en forêt et un enterrement classique explique le succès de cette pratique, mais selon notre point de vue l’argument écologique doit toujours l’emporter sur l’argument économique. Et tant mieux si les deux considérations se complètent !

Rappelons que pour augmenter la capacité d’accueil de votre caveau familial, vous pouvez recourir à la réduction de corps de vos défunts. Leurs ossements seront alors réunis dans un même reliquaire. Mais la poudre d’os peut être aussi utilisé comme engrais. Pour d’autres aspects des funérailles écolos, lire sur notre blog biosphere :

9 juillet 2019, écolo pour l’éternité… au cimetière

27 octobre 2014, Tout écologique, même au moment de notre enterrement

La guerre des natalistes contre le clitoris

JMG : Le clitoris est dédié exclusivement au plaisir. Les hommes tellement jaloux n’ont pas trouvé mieux que l’excision pour EMPECHER les femmes d’avoir du plaisir. Le clitoridectomie a été pratiquée en Occident jusqu’à l’époque contemporaine. Un crime qu’on appelle excision qui perdure encore dans certaines contrées du monde. Ce que ne supportent les bonshommes c’est que le plaisir clitoridien dépasse de loin le plaisir vaginal.

LAWRENCE BOHME : Quand j’étais encore puceau, ma première nuit à 17 ans avec une jeune femme a été un échec foudroyant. C’était en 1959 à New York. Un ami d’origine italienne m’a pris expliqué qu’il fallait commencer, avec certaines filles par ce qu’il nommait dans son argot personnel, « the clit ».

Clitoridectomie, l’ablation du plaisir féminin. Pendant longtemps le clitoris n’est pas identifié en tant que tel dans la littérature savante. C’est seulement en 1560 qu’un médecin italien le décrit de la façon suivant : « Si tu frottes à cet endroit avec le membre, ou mieux encore avec un doigt, même le plus minuscule, la semence coulera aussi vite que la brise, qu’elles éprouvent du plaisir ou même malgré elles. Si tu le touches, tu te rendras compte qu’il se durcit et s’allonge, présentant la même apparence d’une sorte de membre viril. » En 1575, Ambroise Paré est le premier Français à utiliser le mot « cleitorus », mais sans faire allusion au plaisir ! Au milieu du 18e siècle, un mouvement d’origine religieuse va décrier la masturbation qui devient une « pratique funeste ». Au XIXe siècle en Allemagne, les jeunes filles en train de se masturber subissent l’excision. En 1880 on va comprendre que le clitoris ne sert à rien dans la procréation, et il commence à être attaqué. Le grand exciseur psychique en Occident est Sigmund Freud qui explique en 1905 que la petite fille se touchait le clitoris parce qu’elle était dans une sexualité inorganisée, asociale. La petite fille «remarque le grand pénis bien visible d’un frère ou d’un camarade de jeu, le reconnaît tout de suite comme la réplique supérieure de son propre petit organe caché et, dès lors, est victime de l’envie du pénis», décrit Freud dans Introduction à la psychanalyse (1922). «Humiliée», «dégoûtée», la petite fille doit abandonner son clitoris pour se tourner vers son vagin et par là, «vers de nouvelles voies qui conduisent au développement de la féminité», reproductive. Il invente à cet effet le terme « orgasme vaginal » et accompagne dans sa démarche les mouvements natalistes qui s’étendent après-guerre à tout l’occident. La découverte du processus de la fécondation de l’ovule par le spermatozoïde sonnera définitivement le glas pour le clitoris: il est décrété inutile pour la procréation et perd donc tout intérêt. Par la suite, le présentation du clitoris disparaît des ouvrages scientifiques et médicaux. Dans les années 1960, il a même disparu des dictionnaires. Jean-Claude Piquard, sexologue à la faculté de médecine, témoigne dans son livre « La fabuleuse histoire du clitoris », qu’à sa grande surprise pendant ses études de sexologue clinicien on ne lui a jamais parlé du clitoris. Plus de 50 % des jeunes filles ignorent posséder ce fameux « bouton de rose ». Et seulement 16 % d’entre elles connaissent sa fonction érogène.

C’est seulement en 1998 qu’une urologue australienne redécouvre que le clitoris externe et les bulbes clitoridiens internes ne font qu’un seul et même organe. Odile Fillod a réalisé, en 2016, le premier clitoris « imprimé en 3D à taille réelle » (soit, tout de même, 10 cm de long), et mis le fichier de fabrication en accès libre sur Internet. L’ensemble a la même origine embryologique que le pénis, fonctionne exactement de la même manière (sa congestion constitue la composante principale de l’excitation sexuelle) et joue le même rôle dans le plaisir sexuel.

Pierre Fournier, malthusien sans le dire

Un fou à diplômes explique à ses étudiants : « C’est un fait d’expérience, le taux de natalité ne diminue qu’à partir d’un certain niveau de vie. Lequel niveau de vie ne peut être atteint que par l’industrialisation à outrance. Laquelle industrialisation exige une main d’œuvre abondante et donc un taux de natalité élevé. Le seul moyen de résoudre à long terme le problème de la surpopulation, c’est donc d’encourager la surnatalité. CQFD. » Or ce fou, notez-le bien, n’est pas unique en son genre et au moins, lui est presque inoffensif puisqu’il ne fait rien d’autre que parler. Mais tous les dirigeants du tiers-monde raisonnent comme lui ; et même, disons, tous les dirigeants du monde. J’ai bossé dans une administration. Les avantages de carrière d’un administrateur s’évaluent au nombre d’employés sous ses ordres. Si toutes les bureaucraties sont pléthoriques, c’est pas par hasard. La puissance engendre le nombre, car le nombre fait la puissance. Le Japon surpeuplé, surpollué, coincé renonce aux mesures antinatalistes pour donner un coup de fouet à sa croissance industrielle. Il est pas encore assez gros. Il le sera jamais assez. Un rapport du MIT démontre très bien que pour amener les pays du tiers-monde au niveau de vie occidental (théoriquement nécessaire pour que la natalité s’effondre d’elle-même) il faudrait polluer la planète au point d’y détruire toute vie, et que d’ailleurs c’est impossible parce que les trois quarts des ressources indispensable à cette croissance sont déjà monopolisées par le monde riche. (Charlie Hebdo – 2 février 1973)

– Il est facile de transformer les Chinois en robots parce qu’ils sont nombreux et bien tassés. La pollution par le nombre et la pollution fondamentale, celle qui tue l’initiative et qui tue la pensée.

– Pour parler à des milliers de mecs, faut des slogans, faut un podium, un micro et une grande gueule, faut être Hitler.

Extraits de « Fournier, face à l’avenir » de Diane Veyrat (Les cahiers dessinés, 2019)

Terre inhabitable, chute démographique

Plus de 11 000 scientifiques, climatologues mais aussi biologistes, physiciens, chimistes ou agronomes, issus de 153 pays, préviennent que les humains risquent des « souffrances indescriptibles » liées à l’urgence climatique*. Les décès, les maladies augmentent déjà rapidement ; des industries et des économies entières sont menacées, en particulier dans les régions les plus pauvres du monde. Pour éviter de « rendre de grandes parties de la Terre inhabitables », ces scientifiques exposent des solutions que plus personne n’ignore, sortir des énergies fossiles, fixer un prix du carbone élevé, baisser la consommation de viande, protéger les zones humides, etc. La nouveauté, c’est que ces scientifiques osent s’aventurer dans le domaine démographique : il faudrait stabiliser, et « idéalement », réduire la population en promouvant l’accès de tous, et en particulier des filles, à l’éducation et à la contraception. Cette proposition relative à la maîtrise de la démographie a alimenté la verve de certains critiques, pour eux les pays du Sud ne sont pas responsables de la gabegie d’émissions de gaz à effet de serre par ceux qui vivent au Nord. Comme l’écrit Bruno Clémentin, «  On l’a déjà dit, on va le répéter : il n’y a pas trop de monde sur notre planète, il y a trop d’automobilistes (et de motards) »**.

On l’a déjà dit et on va le répéter, Biosphere connaît les auteurs de ce genre d’affirmation gratuite. Pour avoir directement « dialogué » avec Bruno Clémentin, Vincent Cheynet ou Clément Wittmann, nous savons qu’on ne peut pas discuter avec ce genre d’anti-malthusiens assujettis à leurs préjugés. Ils sont comme les inquisiteurs face à Galilée, refusant de regarder dans la lunette qui prouvait l’héliocentrisme. Opposons au constat partiel des natalistes une réalité incontestable : le nombre d’automobiles est lié au nombre de conducteurs de façon absolument interdépendante. Nous avons dépassé les 7 milliards d »automobilistes en puissance, et il y plus d’un milliard d’automobiles en circulation. Un niveau de vie motorisé basé sur les ressources fossiles est un multiplicateur des menaces, mais le nombre de personnes qui accèdent à l’automobile (à la moto et au camion) est réciproquement un multiplicateur des effets de serre entraînés par l’automobile. Bruno, Vincent, Clément et les autres devraient regarder de plus près en ajustant leurs lunettes l’équation de Kaya. Elle met en relation l’influence et le poids de l’activité humaine en termes d’émissions de gaz à effet de serre :

CO2 = (CO2 : KWh)  x (KWh : dollars) x (dollars : Population) x Population = CO2

Notons d’abord que tous les éléments de cette équation sont des multiplicateurs des autres paramètres. On y trouve d’abord le contenu carbone d’une unité d’énergie, ensuite la quantité d’énergie requise à la création d’une unité monétaire, puis la richesse par personne et finalement la taille de la population. Le premier terme de l’équation appelle à réduire les émissions de carbone dans notre production d’énergie. L’indicateur suivant reflète cette réalité : au niveau mondial, une augmentation globale de la richesse par habitant aura mécaniquement – considérant les autres paramètres constants – une conséquence à la hausse sur les émissions de gaz à effet de serre. Il faut donc faire en sorte que la réduction de notre niveau de vie empêche la possession d’une voiture individuelle, riches compris pour des raisons d’équité. La question éthique percute aussi le dernier paramètre de l’équation, la population.  Mais Dennis Meadows nous met devant le véritable enjeu de la problématique malthusienne : « Il n’y a que deux manières de réduire la croissance de la population : la réduction du taux de natalité ou l’accroissement du taux de mortalité. Laquelle préférez-vous ?  » En résumé, pour sortir de l’impasse où nous mène la civilisation thermo-industrielle, la sobriété partagée doit s’accompagner d’une décroissance démographique. Les Gilets jaunes et les chauffeurs routiers auront du mal à comprendre la première solution au réchauffement climatique, les natalistes auront du mal à comprendre la seconde.

* LE MONDE du 8 novembre 2019, Crise climatique : l’appel de 11 000 scientifiques pour éviter des « souffrances indescriptibles »

** éditorial du mensuel La décroissance de novembre 2019

discuter PMA, c’est interdit par les LGBT

Une conférence sur «L’être humain à l’époque de sa reproductibilité technique» de la philosophe Sylviane Agacinski, connue pour son opposition à la GPA, a été annulée. La direction de l’établissement a estimé que «face à des menaces violentes», elle ne pouvait «assurer pleinement la sécurité des biens et des personnes, ni les conditions d’un débat vif mais respectueux». À l’origine de cette agression contre Sylviane Agacinski, un communiqué des associations GRRR, Riposte trans, Mauvais Genre-s et WakeUp! : « L’université Bordeaux Montaigne invite une homophobe notoire pour parler PMA/GPA», mettre tout en œuvre afin que cette conférence n’ait pas lieu».

Les organisateurs de ce cycle de conférence réagissent : «Des groupes ont décidé d’empêcher la tenue d’un échange légitime sur ces questions d’ordre éthique dans le contexte des débats actuels sur la PMA et la GPA. Cette manifestation de censure constitue une atteinte excessivement violente à la confrontation des idées à laquelle notre université est attachée. Empêcher la discussion au sein d’une communauté participe d’une dérive liberticide».

https://amp.lefigaro.fr/actualite-france/sylviane-agacinski-annule-une-conference-sur-la-gpa-en-raison-de-menaces-20191024

Notons que l’homosexualité était pourchassée à une époque, qu’elle a droit de cité de nos jours, et que des homosexuels inversent l’ostracisme en faisant preuve aujourd’hui de ce dont ils ont souffert autrefois. Il y en a qui n’ont aucun sens des limites… D’autant plus que discuter PMA n’a rien à voir avec l’homophobie ! Rappelons que d’autres LGBT ont brûlé cet été le journal La Décroissance parce qu’il tient à peu près le même discours qu’Agacinski.

Faut pas rêver de devenir maman !

Sophie Arseneault, 18 ans, fait partie des plus de 3400 signataires du pacte « Pas d’avenir, pas d’enfant » : « Si nous (notre génération) avons des enfants , ils n’auront pas la sécurité. Nous nous demandons à quel point c’est raisonnable, c’est réaliste, d’avoir des enfants dans un environnement bien pire que présentement... »

Emma Lim, 18 ans : « Je fais face à un futur inévitable d’instabilité économique, de pénuries alimentaires et de météo extrême. Je dois abandonner mes chances de bâtir une famille parce que je ne peux me permettre d’avoir des enfants dans un monde aussi instable… »

Sara Montpetit : « Je veux que mes enfants puissent voire la beauté du monde qu’il nous reste encore. Pourquoi mettre au monde la vie si je ne sais même plus, à ce jour, ce qu’il va nous en rester ? » »

Naia Lee, 16 ans : « Ce n’est pas que je ne veux pas avoir d’enfant, mais je ne lui souhaiterais pas une vie d’attaques d’écoanxiété... »

On voit de plus en plus de collectifs de jeunes s’engager dans l’action climatique parce qu’agir est le meilleur moyen de combattre l’anxiété. Ce mouvement au Canada rejoint la tendance internationale child free (en français nullipares) pour des motivations écologiques. De toute façon la grève du ventre est un moyen structurellement plus efficace qu’une grève scolaire pour lutter contre les maux de la société thermo-industrielle. Yves Cochet avait rappelé que la « grève du troisième ventre », lancé par Marie Huot en 1890, était un mouvement libertaire ayant pour objectif de s’opposer aux politiques natalistes belliqueuses du gouvernement en place. Le natalisme est une doctrine qui accompagne tous les régimes potentiellement fascistes. Ces mouvements pour l’ordre moral sont sous-tendus par une idéologie nationaliste (plus de chair à canon) tout en préservant la paix sociale (plus d’enfants, c’est la crainte du chômage et l’acceptation d’un régime autoritaire). A brandir le malthusianisme hors de tout contexte, on veut faire oublier que les avocats de la natalité ne se retrouvent pas du côté des humanistes.

Aujourd’hui le natalisme ajoute à ces méfaits le réchauffement climatique ; tout future mère devrait connaître l’équation de Kaya avant de se faire engrosser… en toute connaissance de cause !

Les anti-PMA sont-ils décroissants ?

Sept ans après les grandes mobilisations contre le mariage pour tous, les opposants ont défilé le dimanche 6 octobre contre la procréation médicalement assistée (PMA). La motivation, résumées par le slogan « Contre la PMA sans père et la GPA [gestation pour autrui] », sont identiques à celles de La Manif pour tous : défendre la famille traditionnelle. Mais l’issue du débat parlementaire sur la loi « bioéthique » ne fait plus de doute, le mariage pour tous est entré dans les mœurs avec une rapidité fulgurante : le peuple est habitué à accepter l’inacceptable du moment que le matraquage médiatique va dans le sens de l’appareil techno-industriel. Le premier ministre [Edouard Philippe] disait encore en 2013 : “Jamais la PMA, car elle conduira à la GPA.” Il soutient aujourd’hui la PMA pour les femmes, lesbiennes ou seules. Rare sont les articles contre la PMA, le mensuel LA DÉCROISSANCE, « 1er journal d’écologie politique », fait exception. Ainsi cet appel pour l’abolition de toute reproduction artificielle de l’humain (par Pièces et main d’œuvre et resistenze al nanomondo)* :

« Le droit au désir d’enfants d’individus frappés de stérilité accidentelle (hétérosexuels) ou réfractaires à tout rapport sexuel avec des membres de l’autre sexe ne peut l’emporter sur le droit de l’immense majorité des humains, ni sur le droit de l’espèce elle-même, à se perpétuer comme ils le font depuis des millions d’années et comme l’ont fait les mammifères avant nous. Nous exigeons que soit qualifié de crimes contre l’espèce toute reproduction artificielle de l’humain, toute sélection et modification génétique de l’humain. Nous exigeons l’arrêt de toute prise en charge de production infantile par la sécurité sociale et la fermeture de toutes les banques de gamètes. L’argent de la sécurité sociale doit aider les vrais malades des milieux populaires, et non pas satisfaire les désirs narcissiques de stériles volontaires ou involontaires. » Dans un autre article du même journal, « la liberté c’est la dépendance »** :

« Le donné biologique peut être plié à notre volonté. Grâce à l’industrie, l’être humain sera le maître de lui-même, se construisant et se déconstruisant à volonté : procréation (PMA, utérus artificiel, changement de sexe), cyborg (organes mécanique ou électronique augmentant le corps), chimères génétiques. Comment les anciennes idées de liberté pourraient-elles perdurer lorsqu’elles sont confondes avec la dépendance à l’égard de l’appareil industriel ? » Pour en savoir plus sur la position du journal « LA DÉCROISSANCE » :

Décroissance, ne pas nier la différence des sexes (LA DÉCROISSANCE, décembre 2017)

La Décroissance, c’est simplement le sens des limites (LA DÉCROISSANCE, novembre 2014)

Quelles limites à la procréation médicalement assistée ? (LA DÉCROISSANCE, avril 2014)

Le « mariage pour tous », produit de la croissance libérale (Vincent Cheynet, rédacteur en chef de la LA DÉCROISSANCE )

* LA DECROISSANCE d’octobre 2019, « Contre l’eugénisme et l’anthropocide » p. 3 et 4 (extraits)

** LA DECROISSANCE d’octobre 2019, « Pourquoi tant de haine ? p. 11 (extrait)

La mono-procréation, un homo-sexisme

Désir de maternité des couples de lesbiennes et des femmes célibataires !? L’Académie nationale de médecine estime que « la conception délibérée d’un enfant privé de père constitue une rupture anthropologique majeure » et n’est « pas sans risques » pour son « développement psychologique » et son « épanouissement » (rapport officiel du 21 septembre 2019). Pour l’Église catholique, ouvrir l’insémination artificielle avec donneur (IAD) aux couples de femmes et aux femmes célibataires constitue un saut « anthropologique » ; elle estime que l’insémination est une violation inacceptable de la « loi naturelle ». Décidément, ça se corse… L’Eglise catholique rejointe par l’Académie de médecine, de l’autre côté tous les lobbies LBGT soutenu par le politiquement correct. Choisir son camp va nécessiter la prise de Doliprane.

L’insémination artificielle a effectivement fait franchir une frontière « anthropologique », mais ce saut s’est produit à la fin du XVIIIe siècle, lorsque Lazzaro Spallanzani en 1780 a remplacer (sur une chienne) le rapport sexuel par un artifice technique. Longtemps assimilée à l’adultère, l’insémination artificielle avec donneur a été de nos jours présentée comme un traitement médical afin de la rendre moralement acceptable. Mais l’IAD n’est pas pour autant un acte thérapeutique, la femme n’a pas de problème de fertilité. Les gamètes des donneurs ne sont en rien des médicaments. A l’ambition de lutter contre l’« infertilité médicale » se substituerait un combat déraisonnable contre l’« infertilité sociale » des femmes homosexuelles ou célibataires. La « PMA pour toutes » pervertirait, selon La Manif pour tous, le sens de l’insémination artificielle avec donneur : ce geste destiné à aider les couples hétérosexuels servirait désormais les « caprices » des femmes homosexuelles ou célibataires. Le sperme devient un matériau de reproduction anonyme manipulé par des blouses blanches dans des hôpitaux. Notons la brutalité de ce changement sociologique, il y a 25 ans on parlait plutôt de l’importance du père et des « pères absents. Notons aussi que la PMA ne peut être mise en œuvre actuellement pour des couples que si la procréation est impossible (infertilité médicalement diagnostiquée) ou dangereuse (risque de transmission d’une maladie grave à l’enfant ou au partenaire). Le projet de loi en discussion à l’Assemblée prévoit de supprimer le critère d’infertilité.

Puisque l’insémination affranchit la reproduction des rapports hétérosexuels, il devient possible de procréer en dehors des schémas familiaux traditionnels. Ce n’est justifié que par l’individualisme poussé à ses extrêmes. Si on autorise la PMA pour toutes, il n’y a aucune raison d’interdire la GPA pour tous. Car si l’enfant devient un droit, les citoyens de sexe masculin seuls ou en couple pourraient le réclamer. Alors que les homosexuels nous demande à juste titre que le monde respecte leur mode vie, ils doivent aussi assumer le fait que leur mode vie ne permet pas d’enfanter : l’être humain n’a pas comme mode de reproduction la parthénogenèse comme les pucerons et il n’est pas hermaphrodite comme l’escargot. S’ils désirent quand même être parent, ils leur restent l’adoption, il y a beaucoup d’enfant en manque d’amour. Alors, quelle légitimité au désir d’enfant sans père ou sans femme ? Et si nous arrêtions de nous reproduire à outrance !

PMA, qui voudrait vivre sans père ?

« La procréation est par nature liée à la différence sexuelle puisque nous sommes tous issus de gènes masculins et féminins. Je fais donc partie de ceux qui s’interrogent sur la manière dont le projet de deux femmes, et même d’une seule femme, de devenir parent(s) devient progressivement, à lui seul, la justification de l’accès à la procréation. La question n’est pas celle de l’existence d’enfants sans père connu et élevés par une femme seule ou un couple de femmes : il en existe déjà. Mais avec la PMA (procréation médicalement assistée) s’affirme la volonté de permettre à chacun de maîtriser totalement le cours des événements de sa vie, selon son désir individuel. Ce désir justifierait une forme de « droit créance » sur la société pour réaliser leur projet : il ne s’agit plus de prendre acte de situations existantes, mais de les créer. La différence avec les situations actuelles d’enfant sans père, c’est qu’à l’avenir on ne lui dira plus que les circonstances en ont décidé ainsi, mais que c’est ainsi que la société l’a décidé pour lui.

« Si le curseur principal de ce qui doit être autorisé est la force du désir d’avoir un enfant, où nous arrêterons-nous ? Quel sera le seuil de déclenchement du refus de satisfaire tout désir sincère ? Si le droit à l’enfant est reconnu à toutes les femmes, au nom de quoi sera-t il demain dénié aux hommes ? Je ne vois pas comment la société pourra s’opposer durablement à ces aspirations d’hommes à devenir pères sans mère. Déjà aujourd’hui, des voix s’élèvent pour proposer la gestation pour autrui (GPA) au nom du dépassement définitif de tout lien entre sexe et procréation. Où l’homme mettra-t il une limite philosophique à ce qui est techniquement possible ? Peut-on toujours appeler la technique en renfort pour contrer la nature ? Je ne partage pas cette vision de l’humanisme, pour ne pas dire de ce transhumanisme. De la même manière que son aspiration à profiter, à l’excès, de ce que la Terre lui prodigue semble être irrépressible, son exigence qu’il soit répondu à ses aspirations personnelles semble sans limites. C’est aussi ce que voulait Icare, s’envolant aussi haut que possible au-dessus du monde jusqu’à se croire l’égal des dieux. On sait ce qu’il en est advenu. »

propos de Jean-François Debat (secrétaire national à l’environnement et à la transition énergétique du Parti socialiste) in LE MONDE du 22-23 septembre 2019, « L’extension de la PMA à toutes les femmes gomme l’altérité parentale »

NB : Le projet de loi prévoyant de supprimer le critère d’infertilité et d’ouvrir la PMA aux couple de lesbiennes et aux femmes célibataires est en examen à l’Assemblée nationale ce 24 septembre. Lire sur notre blog biosphere nos articles antérieurs :

28 juin 2019, PMA, le débat censuré par Macron

25 janvier 2019, PMA, un débat qui se révèle anti-démocratique

28 décembre 2018, pas de PMA, pas de GPA, pas d’enfant !

11 juillet 2017, PMA, une horrible histoire de science-fiction

2 juillet 2017, PMA, une fécondité sans père et sans repères

21 mars 2016, Marre de la PMA, marre des marchands d’enfants

11 août 2014, sexe et PMA, la reproduction artificielle de l’humain

22 décembre 2012, Critiquer la PMA pour respecter les cycles naturels

Écologie et politique démographique

Le progressisme est en porte-à-faux avec les grands impératifs de notre temps que sont la décélération, la déconnexion et la décroissance, surtout démographique, comme l’avait bien vu Lévi-Strauss. Voici une application possible selon Gilles Lacan :

« Nul ne sait vraiment aujourd’hui quel nombre d’habitants pourrait nourrir le territoire de la métropole, avec une agriculture sans pétrole, sans engrais azoté et sans pesticides, soucieuse de la condition animale et de la biodiversité, dans un pays où 99 % de la population n’a pas de formation agricole, où les problèmes de stockage des énergies renouvelables ne sont pas maîtrisés, où les terres arables sont abîmées et où il ne subsiste que 15 000 chevaux de trait. En revanche, il ressort des données de l’ONG Global Footprint Network, mesurées en hectares globaux, que la France a une empreinte écologique 1,87 fois supérieure à sa bio-capacité. Pour que l’empreinte écologique du pays soit équivalente à sa bio-capacité, c’est-à-dire qu’elle respecte les capacités de renouvellement des ressources naturelles du territoire, il faudrait :

– soit diviser la consommation moyenne par 1,87 ce qui donnerait un smic net mensuel de 626 € à population et à répartition des revenus inchangées ;

– soit réduire la population dans une proportion de 1,87 ce qui correspondrait à une France de 36,4 millions d’habitants à consommation inchangée ;

– soit encore réduire la consommation et la population dans une proportion cumulée de 1,87.

La France ne manque donc pas d’habitants, bien au contraire. La politique nataliste menée depuis la Libération n’a aujourd’hui pour finalité que d’accompagner la logique de croissance du système économique. Elle n’est plus justifiée, aggrave notre empreinte écologique et rend la vie quotidienne de chacun plus difficile.

Le solde des flux migratoires est largement positif : d’un côté près de 100 000 ressortissants français partent chaque année à l’étranger, de l’autre au moins 350 000 étrangers s’installent en France. Ce solde contribue pour l’essentiel à l’augmentation régulière de la population globale. Une politique de décroissance démographique ne peut ignorer l’incidence des phénomènes migratoires. Elle doit comporter un volet de réduction de l’immigration légale dans ses deux composantes principales : le regroupement familial et l’accueil des étudiants. Concernant l’immigration clandestine, l’action préventive visant à empêcher l’entrée illégale des étrangers sur le territoire doit être privilégiée par rapport aux mesures ostentatoires mais coûteuses et peu efficaces de reconduites à la frontière. D’où ce programme :

1. Supprimer les allocations familiales au-delà du deuxième enfant.

2. Reculer l’âge légal du départ à la retraite pour répondre au déséquilibre financier résultant du vieillissement de la population.

3. Réduire l’immigration légale en limitant les conditions de délivrance des titres de séjour.

4. Réduire l’immigration illégale en renforçant les capacités de Frontex et de la police aux frontières.

5. Stabiliser la population française en deçà de 70 millions d’habitants vers 2030 et amorcer ensuite sa diminution. »

Naissance de l’eugénisme… dans la lignée de Darwin

A la fin du XIXe siècle et au début du XXe, l’eugénisme, c’est-à-dire le souci d’améliorer l’espèce humaine, se répandit dans tout le monde occidental. Il inspira de nombreuses lois instaurant notamment la stérilisation des indésirables. En Allemagne prénazie, l’un des principaux tenants de l’eugénisme fut Ernst Haeckel, celui-là même qui forgea en 1866 le néologisme « écologie ». Voici quelques extraits tirés du livre de Ivo Rens, Entretiens sur l’écologie (de la science au politique) :

Darwin : « Chez les sauvages, les individus faibles de corps ou d’esprit sont promptement éliminés, et les survivants se font ordinairement remarquer par leur vigoureux état de santé. Quant à nous, hommes civilisés, nous faisons, au contraire, tous nos efforts pour arrêter la marche de l’élimination ; nous construisons des hôpitaux pour les idiots, les informes et les malades ; nous faisons des lois pour venir en aide aux indigents ; nos médecins déplient toute leur science pour prolonger autant que possible la vie de chacun » (La descendance de l’homme – 1871, p 179)

Darwin : « Tous ceux qui ne peuvent éviter une abjecte pauvreté pour leurs enfants devraient éviter de se marier, car la pauvreté est non seulement un grand mal, mais elle tend à s’accroître en entraînant à l’insouciance dans le mariage. D’autre part, comme l’a remarqué M.Galton, si les gens prudents évitent le mariage, pendant que les insouciants se marient, les individus inférieurs de la société tendant à supplanter les individus supérieurs » (La descendance de l’homme – 1871, p 750)

Clémence Royer : « Je veux parler de cette charité imprudente pour les êtres mal constitués où notre ère chrétienne a toujours cherché l’idéal de la vertu sociale et que la démocratie voudrait transformer en une source de solidarité obligatoire, bien que sa conséquence la plus directe soit d’aggraver dans la race humaine les maux auxquels elle prétend porter remède. On arrivait ainsi à sacrifier ce qui est fort à ce qui est faible, les bons aux mauvais, les êtres bien doués d’esprit et de corps aux être vicieux et malingres… » (Préface de à la première édition française de L’Origine des espèces de Darwin – 1862 )

Une actualisation avec un extrait de Serge Latouche commentant William Stanton : Le scénario [que Stanton propose], présenté comme une programmation volontaire équitable et paisible, vise à une réduction progressive de la population sur cent cinquante ans à un taux égal à celui de la déplétion du pétrole afin d’éviter le cauchemar d’une réduction brutale à travers guerres (y compris nucléaires), massacres, famines, etc. Les ingrédients en sont les suivants : « L’immigration est interdite. Les arrivants non autorisés sont traités comme des criminels. L’avortement ou l’infanticide sont obligatoires si le fœtus ou le bébé s’avèrent très handicapés (la sélection darwinienne élimine les inaptes). Quand, par l’âge avancé, par un accident ou une maladie, un individu devient plus un poids qu’un bénéfice pour la société, sa vie est humainement arrêtée. L’emprisonnement est rare, remplacé par des punitions corporelles pour les petits délits et par le châtiment capital sans douleur pour les cas les plus graves. » L’auteur est conscient des oppositions qui peuvent surgir de la mise en place de son schéma : « Le plus grand obstacle dans le scénario ayant le plus de chance de succès est probablement (à mon avis) la dévotion inintelligente du monde occidental pour le politiquement correct, les droits humains et le caractère sacré de la vie humaine. » La réponse est aussi impitoyable que le diagnostic : « Aux sentimentalistes qui ne peuvent pas comprendre le besoin de réduire la population de la Grande-Bretagne de 60 millions à environ 2 millions sur cent cinquante ans, et qui sont outrés par la proposition de remplacement des droits humains par une froide logique, je pourrais répondre : ’Vous avez eu votre temps’. » (William Stanton , The Rapid Growth of Human Population 1750-2000 : Histories, Consequences, Issues, Nation by Nation, Multi-Science Publishing, 2003) ; (Serge Latouche Le pari de la décroissance, Arthème Fayard/Pluriel, 2006, pp. 142-143)

Il y a cinq milliards d’hommes en trop sur Terre

« Le réchauffement climatique » OU « Cinq milliards d’hommes en trop », un livre de Jean-Michel, Jean-Claude HERMANS… et Thomas MALTHUS. En résumé :

Ce livre n’a aucune connotation politique, il n’est ni de gauche, ni de droite, il est simplement 100% écologique. Cela concerne simplement l’avenir de l’humanité. La démographie est sans doute le plus important des sujets et pourtant on n’en parle jamais, ou exceptionnellement pour dire que la démographie se porte bien en France et que nous sommes les champions. Comme si la démographie était une chance et une richesse. Plutôt une puissance par le nombre, ce qui était un avantage pour combattre ses voisins ! Il fallait de la chair à canon et de la main-d’œuvre. Il y a encore actuellement des personnes qui raisonnent ainsi, mais c’est indigne. Autrefois les océans regorgeaient de poissons, les forêts et les plaines de gibier. Mais dès 1900, on avait déjà éliminés les baleines du golf de Gascogne, l’esturgeon de nos fleuves, le thon de la mer du Nord, le loup et le lynx de nos forêts, la loutre, le castor et les moules perlières de nos rivières, l’ours, l’aigle et le vautour gypaète de nos montagnes, les tortues de nos landes. Si autrefois les espèces mettaient des siècles pour disparaître, aujourd’hui, tout va plus vite et on assiste à une hécatombe. Aujourd’hui c’est de l’eau morte qui coule dans nos rivières. Encore quand elles ne sont pas asséchées par des pompages abusifs. Aujourd’hui, les champs sont comme des terrains de football sans aucune vie. Où sont nos papillons, nos libellules, nos sauterelles, nos hannetons, nos coccinelles et nos pauvres abeilles ? Tout ça à cause des saloperies de pesticides que l’on met partout dans les champs et les jardins. Toutes ces disparitions sont dues à la pollution ou l’exploitation, mais la cause première est la surpopulation humaine.

Nous serons bientôt sept milliards sur la terre et c’est trop pour notre petite planète. L’homme est la seule espèce qui produit des enfants sans se soucier s’ils auront de quoi manger ou pas. L’homme est une espèce qui n’a pas de prédateur, c’est pourquoi, il peut se multiplier à l’infini. L’homme se reproduit même dans les pires conditions. Aujourd’hui, le leitmotiv est le réchauffement de la planète ; on ne parle jamais de la cause première, les sept milliards d’humains. On parle des gaz d’échappement des voitures, des fumées d’usine, des chauffages d’habitations, mais il faut des voitures, des usines et des habitations pour sept milliards de personnes. Si la terre n’avait qu’un milliard d’habitants comme en 1900, il y aurait sept fois moins de voitures, d’usines et d’habitations et sept fois moins de gaz à effet de serre. Nous avons atteint un seuil critique, il ne faut plus augmenter la population humaine, si nous pouvons la diminuer ce serait encore mieux. Si paresse est mère de tous les vices, démographie est mère de tous les maux. Le dépeuplement des océans est dû à la surpopulation humaine. La déforestation est due à l’accroissement de la population. La Chine est un pays totalitaire et impérialiste, mais pour ce qui concerne la démographie, ils ont eu raison ; sans cette planification familiale, la Chine aurait aujourd’hui 300 millions d’habitants de plus. Il y a évidemment un problème religieux concernant la démographie, car Dieu a dit : « Croissez et multipliez ». A l’époque de la Bible, cela ne posait pas de problème, on pouvait croître et multiplier, la terre était peu habitée et il y avait une forte mortalité infantile. Aujourd’hui, les gens religieux continuent à faire des grandes familles pour plaire à Dieu, sans réfléchir aux conséquences que cela a sur la planète. Aujourd’hui, il y a moins de mortalité infantile dans tous les pays car l’Occident a apporté sa médecine, mais les femmes continuent à faire des enfants comme au temps où il y avait une forte mortalité infantile.

En 1945, la France comptait 40 millions d’habitants. Nous sommes donc 25 millions de plus qu’il y a 65 ans. On s’étonne de la disparition des terres agricoles ? Comment faire pour multiplier les emplois ? En Europe et dans les pays occidentaux, il faudrait demander aux familles de n’avoir que deux enfants. De ne donner des allocations familiales que pour les deux premiers enfants et ne rien donner pour les suivants. On n’ose même pas stériliser les personnes condamnées pour maltraitance à enfants, ce qui serait pourtant la chose la plus logique pour éviter toute récidive. Et dans beaucoup de pays du tiers monde, c’est malheureusement l’enfant unique qu’il faut préconiser. Si nous nous soucions d’écologie, commençons par nous occuper de la surpopulation humaine. C’est curieux, les médias parlent de surpêche, de surexploitation, mais jamais de surpopulation et c’est pourtant la même chose.

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Ah, si la population française diminuait !

Avant toute chose, il faut considérer que l’expansion démographique d’un pays dans un monde largement surpeuplé et sur des territoires de plus en plus fermés car eux-mêmes surpeuplés, toute croissance démographique dans un pays doit être considérée comme défavorable. Les médias, particulièrement pour le cas français, s’intéressent à l’indicateur de fécondité de 2,1 enfants par femme, chiffre permettant un renouvellement de la population au même niveau. Mais une population stationnaire n’indique en rien que ce niveau soit supportable économiquement, socialement et écologiquement. Des pays comme le Japon ou l’Allemagne ont fait le bon choix de réduire leur population dans un contexte où des expertises scientifiques indiquent que nous courrons à la catastrophe dans beaucoup de domaine, climatique, énergétique, agricole, etc.

D’ici 2060, l’Allemagne devrait perdre presque 15 millions d’habitants et avoir une population de 66 millions d’habitants, contre plus de 80 millions à l’heure actuelle. Que ce soit la Tribune, Challenges ou l’Economiste, nos médias français s’inquiètent pour les Allemands. Ils ont bien tort. Chaque année arrive sur le marché du travail des classes d’âges moins nombreuses, ce qui fait baisser le taux de chômage puisqu’on a pas à leur fournir des emplois en aussi grand nombre. De plus moins de chômage veut dire moins de prestations à verser (les salaires et les revenus des entreprises sont moins ponctionnés, le coût du travail est ainsi moindre pour un salaire net identique et donc ça facilite encore plus l’emploi). Là aussi l’Allemagne a bénéficié de ce phénomène. Qui dit baisse de la population dit aussi baisse de la pression foncière, ce qui fait baisser le coût du logement pour les particuliers. On le voit en Allemagne où, bien que le niveau de vie soit un peu plus élevé qu’en France, se loger revient moins cher.

Les contempteurs de la décroissance démographique dans un pays s’attardent principalement sur le vieillissement de la population, donc le manque de main d’œuvre et le problème des retraites. La compensation par l’afflux de migrants forme pour les malthusiens une solution qui n’en est pas une. Les choses sont toujours beaucoup plus complexes que ce qu’on croit. Voici quelques extraits du livre « Moins nombreux, plus heureux, l’urgence écologique de repenser la démographie » :

1) la question du vieillissement :

Yves Cochet : La solution à un vieillissement de la population ne peut pas être l’augmentation de la proportion de jeunes, car ces derniers seraient vieux à leur tour un jour et réclameraient donc encore plus de jeunes : c’est la fuite en avant, la situation ne ferait que s’aggraver. Nous croyons, au contraire, que la peur occidentale du vieillissement de la population doit être affrontée aujourd’hui, et que, d’ailleurs, nous ne devons pas craindre une population âgée. Une société âgée possède des qualités économiques, sociales et écologiques comparables, voire meilleures, qu’une société plus jeune. Même à la retraite, les personnes âgées contribuent de façon appréciable à la prospérité de la société, par tout le travail bénévole qu’elles assument, auquel il faut ajouter les contributions intellectuelles de la sagesse de l’âge. Les grands-parents européens assurent les deux-tiers des services de garde informels des enfants. La grande majorité des personnes âgées sont auto-suffisantes, elles ne sont pas un fardeau financier pour leurs enfants. C’est plutôt elles qui, bien souvent, soutiennent les jeunes générations, notamment les chômeurs. Tout compte fait, les jeunes sont plus coûteux pour l’économie, en temps et en argent pour leur entretien et leur éducation, que les vieux pour leurs pensions. Plus de retraites à payer est compensé par moins d’investissements scolaires. De même, dans le secteur de l’habitat et des infrastructures en général, une population stagnante ou déclinante est évidemment moins coûteuse qu’une population croissante. A l’échelon individuel, une famille avec un ou deux enfants disperse moins son héritage qu’une famille avec trois ou quatre, ce qui favorise les enfants de la première famille.

Jean-Christophe Vignal : Ce qui est certain, c’est que la transition démographique implique un vieillissement général de la population, avec un gonflement du nombre de personnes âgées et un affaiblissement du nombre de jeunes. Ce qui signifie qu’il y aura moins de jeunes pour s’occuper de plus de vieux. Avec des besoins médicaux en hausse. Mais aussi qu’il n’y aura plus à construire – sauf à imaginer une nouvelle occupation spatiale du territoire, nullement improbable pour répondre aux besoins d’une économie durable relocalisée – des centaines de milliers de logements par an pour accueillir les nouvelles familles. De même, les infrastructures communes seront moins sollicitées par une population moins nombreuse, et les dépenses éducatives, premières dépenses de l’État, pourront diminuer. Quoiqu’il en soit, impossible de dire aujourd’hui si les gains compenseront les pertes. Tout ce à quoi il est possible de s’attendre, c’est à une restructuration sévère de secteurs entiers et importants de notre appareil productif de biens et de services. D’autant plus que cette transition démographique doit s’accompagner, pour avoir du sens, d’une révolution écologique profonde dans nos manières de produire comme de consommer. A quoi en effet servirait-il d’être moins nombreux si cela conduisait seulement à pouvoir consommer toujours plus, en continuant à détruire le biotope Terre qui nous fait vivre ?

Michel Tarrier : Prenons l’exemple des retraites. Contrairement à l’idée, répandue par nos gestionnaires qui ont les yeux rivés sur leurs projections à 20 ans, selon laquelle nous avons besoin de plus de jeunes pour pouvoir payer les retraites des seniors sans troubles économiques et sociaux (afin d’éviter un poids des prélèvements trop grands sur les premiers, ou un désastre financier aux seconds avec des retraites ‘peau de chagrin’), cette croissance démographique ne peut être appréhendée que comme une pyramide de Ponzi ne pouvant se terminer que par un krach, en générant des  »excès de capacité de charge » comme l’évoque précédemment Alain Gras en se référant au modèle de Lotka-Volterra. En effet, si chaque génération doit être plus nombreuse que la précédente pour supporter le coût des seniors, nous sommes en présence d’un mécanisme de fuite en avant qui ne peut que se heurter à un moment au mur des réalités, que celles-ci soient sociales, économiques ou écologiques. Il suffit que le chômage des jeunes s’aggrave et perdure pour que ceux-ci ne se révèlent qu’un poids-mort économique incapable de prendre en charge ses propres besoins comme les besoins des classes âgées … une situation ‘à la tunisienne’ en quelque sorte (9), et qui plus est dans un pays qui a l’habitude d’un certain confort et vivrait d’autant plus mal un déclassement. Et si nous faisons fi de la crise économique en pariant sur une relance prochaine, que fera-t-on dans une France de 80 millions d’habitants sinon une projection à 100 millions pour la génération suivante, et puis 120 pour la fois d’après ? Sérieusement, vous y croyez, vous, à une France pareille où le Grand Paris absorberait Lille et Lyon ? A la viabilité de ce pays-là ? Ou bien plus simplement à l’intérêt d’y vivre ?

2) la question migratoire :

Yves Cochet : Si l’on s’en tient à l’idéal de la pensée politique progressiste courante, l’Europe vieillissante et en baisse démographique devra accueillir des millions de jeunes émigrés du Sud pour tenter de résoudre les problèmes d’une société de croissance : déséquilibre entre le nombre de retraités et le nombre d’actifs, mutation de la demande de biens et services traditionnels et des types d’emplois afférents dans le sens du « care », évolution des jeux de pouvoir nationaux au profit des nouveaux citoyens émigrés. C’est là une conception de l’augmentation démographique qui ne profite qu’aux tenants de la croissance, du dynamisme des marchés et de la compétitivité à tout prix.

Didier Barthès : « Croissez et multipliez » lit-on dans la Genèse. Ces propos ont largement dépassé leur origine religieuse. Beaucoup, même parmi les athées les plus convaincus, ont intériorisé cette injonction. Mais, croyants et non-croyants oublient généralement que cette phrase, datant de quelques siècles avant Jésus-Christ, fut écrite dans un monde qui ne comptait environ que 150 millions d’individus soit le cinquantième de ce qu’il héberge aujourd’hui. Si l’on admet que la nature d’un problème est largement déterminée par son ordre de grandeur, alors, constatons que cet appel au peuplement se trouve désormais bien inadapté aux circonstances. Nous serons bientôt neuf milliards et nous touchons chaque jour un peu plus aux limites de notre biotope. Dans un monde de 150 millions d’habitants tous les problèmes locaux et provisoires de surpopulation pouvaient se régler par l’émigration, c’est d’ailleurs ainsi que la Terre s’est couverte d’hommes. Sur une planète entièrement peuplée, ce mécanisme n’a plus de sens.

Michel Sourrouille : j’aborde une question rarement évoquée, « la décroissance des migrations sur une planète close et saturée ». En effet cet aspect sent le souffre puisque l’arrêt des migrations est une thématique portée par l’extrême droite. Mais pas seulement. Sur une planète saturée d’humains, les frontières se ferment. Les lois contre les étrangers se durcissent un peu partout, dans les pays riches comme dans les pays pauvres.

Jean-Christophe Vignal : Il faut aussi poser la question de l’immigration. Comment des Français pourraient admettre qu’il leur faut limiter leur procréation pour permettre à terme une gestion écologiquement équilibrée de leur territoire sans consommation prédatrice de ressources sur d’autres pays, et continuer à voir arriver des dizaines de milliers de nouveaux arrivants chaque année ? Une gestion limitative de notre procréation, même dans un cadre purement incitatif à mille lieux du mode contraignant et punitif pratiqué en Chine, n’aide pas à soutenir une politique d’accueil. Je soutiens à titre personnel qu’il nous faut être d’autant plus rigoureux dès aujourd’hui, pour nous-mêmes comme pour les migrants économiques, afin que notre pays ait demain les ressources nécessaires et durables pour accueillir toute notre part des éco-réfugiés qu’évoque précédemment Michel Sourrouille, victimes lointaines d’un mode de développement prédateur que nous avons largement contribué à faire émerger.

La démographie fait polémique au sein des décroissants

Alain Adriaens : « La question de la démographie est un des rares sujets à faire polémique au sein des Objecteurs de croissance. Nous sommes tous convaincus que la croissance démographique est un des 3 facteurs (I=PAT) qui est à la source du problème mais nous savons que c’est une question que la politique ne peut résoudre par volontarisme.  Une certaine impuissance donc. Je viens d’aborder indirectement cette question dans une analyse destinée à un centre d’étude écologiste. » Voici quelques extraits de son analyse de l’équation IPAT qui complètent notre article précédent sur le Que sais-je ? » consacré à la décroissance.

Technologies : confiance, méfiance ou défiance ? (février 2019)

L’impasse de l’actuel modèle d’organisation des sociétés devient évidente pour celles et ceux qui ne sont pas dans le déni. Se pose dès lors la question, non plus de la probabilité des temps mauvais à venir, mais de comment faire pour éviter le pire. Entre la croissance verte et l’objection de croissance, le débat se cristallise souvent autour de la place accordée aux technologies nouvelles. Si l’on veut tenter une approche globale et distancée de l’impact des activités humaines sur les écosystèmes, l’équation dite d’Ehrlich1 qui date déjà des années 70 est éclairante. I = PAT montre que l’impact environnemental, noté I, est le produit de trois facteurs : la taille de la population (P), les consommations de biens et de services de celle-ci, directement liée à sa richesse, (A, pour « Affluence » en anglais) et les technologies utilisées pour la production des biens (T). Si l’on regarde ce qui s’est passé ces dernières décennies, on constate qu’au niveau mondial, le taux annuel de la croissance de la population est de 1,2%, le taux de croissance du PIB est en moyenne de 3,2% et l’amélioration de l’efficience des techniques, difficile à estimer2 est d’environ 1,5%. Au total, chaque année a vu (et continuera à voir, sauf changement radical) un accroissement de l’impact environnemental de 3,1% (1,2 + 3,2 – 1,5), avec les conséquences terriblement néfastes que l’on ne peut plus nier (sur le dérèglement climatique dû au émissions de CO2 à la mode aujourd’hui mais aussi sur la biodiversité et plus largement sur les 9 secteurs critiques listés par Kate Raworth dans son Doughnut Economics.

Que faire ? Selon les sensibilités, les intérêts ou les aveuglements, on peut donner la priorité à l’action sur l’un des trois facteurs : population, consommation ou technologies employées.

Passons d’abord rapidement sur ceux qui souhaitent d’abord voir diminuer la population mondiale. Il est évident qu’il importe de conseiller aux couples de ne pas avoir trop d’enfants, surtout dans les pays dits développés où un humain est environ 40 fois plus « lourd » pour les écosystèmes que dans les pays pauvres3. Dire et redire « Un enfant ça va, trois enfants, bonjour les dégâts » est une vérité mais tous les démographes savent que, sauf mesures coercitives autoritaires ou anti-humanistes, l’action politique a très peu d’influence sur les désirs d’enfants. Certes, mettre fin aux politiques natalistes (allocations familiales plus élevées selon le rang de l’enfant – fort heureusement fini depuis peu en Belgique) ou permettre un accès plus aisé aux méthodes anticonceptionnelles, sont de bonnes politiques que l’on peut soutenir mais elles sont souvent freinées par des facteurs culturels ou religieux qui n’évoluent pas aussi vite que les nécessités économiques ou environnementales. Toutefois, on constate que la natalité diminue lentement en parallèle avec les progrès de l’éducation et du niveau économique. Sachant que les capacités d’influencer les choix reproductifs des humains sont limitées et à long terme, la question « Comment agir pour arrêter de dégrader l’écosystème Terre ? » se porte dès lors sur quelle cible privilégier : la consommation ou le développement de nouvelles technologies.

Si, avec l’adoption de technologies moins consommatrices d’énergie, l’on n’observe pas de ralentissement des dégâts environnementaux, c’est dû au paradoxe que Jevons, dès le XIXe siècle, a décrit : si des techniques plus efficaces apparaissent, elles diminuent le prix de revient des produits, leurs ventes augmentent et leur production croît plus vite que la réduction de pollution qu’elles ont engendrée. Pour M. et Mme Toulemonde, cela s’est traduit par le fait que bien que les véhicules automobiles consomment moins qu’il y a 20 ans, la consommation de carburants des ménages a augmenté car les gens parcourent plus de km vu le moindre coût que cela représente jusqu’à présent… Il apparaît aux yeux de plus en plus de nos contemporains que le « toujours plus de technologies innovantes », slogan que la logique consumériste veut imposer, a des conséquences contre-productives que n’avait même pas imaginées Ivan Illich. Ce que l’on nous propose sont des objets techniques qui nous « faciliteront la vie » à un point tel que nous deviendrons des incapables. Déjà les calculettes ont fait régresser les capacités de calcul mental, les GPS et autres « apps » sur smartphones font perdre le sens de l’orientation et, bientôt, des voitures autonomes dispenseront d’avoir à apprendre à conduire… On peut donc imaginer un scénario semblable à celui du (prophétique ?) film d’animation WALL-E : après avoir complètement « salopé » la planète Terre, les humains survivants se réfugieront sur une station spatiale où, servis par des robots très efficaces, ils deviendront des espèces de larves obèses, avachies dans leur hyper-confort de rois fainéants…

 

Que sais-je sur la décroissance… démographique !

Un « Que sais-je ? » sur la décroissance écrit par Serge Latouche vient de paraître en février 2019. Dans le chapitre « La décroissance et la question démographique », l’auteur constate que le malthusianisme est redevenu un enjeu contemporain : « Une analyse mécaniste d’inspiration comparable à celle de Malthus, réhabilité pour l’occasion, consiste à faire remarquer que la population mondiale a explosé avec l’ère du capitalisme thermo-industriel. La mise à disposition d’une source d’énergie abondante et bon marché, le pétrole, a permis de faire passer la population mondiale d’environ 600 millions au XVIIIe siècle à plus de 7 milliards aujourd’hui, en attendant les 9 à 12 milliards prévus pour 2050. La disparition de cette source d’énergie non renouvelable nous condamnerait à revenir à un chiffre de population compatible avec les capacités de charge durables de la planète, soit à peu près le chiffre de la population antérieure à l’industrialisation. Il est clair que si une croissance infinie est incompatible avec un monde fini, cela concerne aussi la croissance de la population. C’est la raison pour laquelle presque tous les auteurs de référence de la décroissance, ceux qui ont mis en évidence les limites de la croissance (Jacques Ellul, Nicholas Georgescu-Roegen, Ivan Illich, entre autres), ont tiré le signal d’alarme de la surpopulation. Et pourtant, ce ne sont pas des défenseurs du système… »

Mais Serge Latouche fait une erreur conceptuelle en hiérarchisant démographie et économie. L’écologie montre qu’il y a toujours interrelations et que la chaîne de causalité est difficile à interpréter. Il laisse dire à « on ne sait qui » que si la décroissance est nécessaire, ce serait d’abord celle de la population. Aucun analyste sérieux ne peut adopter un tel point de vue, simplificateur. En fait Serge pose une hypothèse contestable pour en tirer la conclusion que c’est l’argumentation de ceux qui répugnent à remettre en cause la démesure économique de notre système. Biosphere connaît les auteurs de ce genre d’affirmation gratuite. Pour avoir personnellement « dialogué » avec Bruno Clémentin, Vincent Cheynet ou Clément Wittmann, nous savons qu’on ne peut pas discuter avec eux. Clément vient de publier à compte d’auteur « Changer ou disparaître ». Son dernier chapitre, « Trop nombreux », reflète malheureusement le discours de Latouche : « Tenir des propos malthusianistes permet simplement de refuser de changer notre mode de vie. » Dommage que ce biais cognitif se retrouve dans un « Que sais-je ? », ouvrage à large diffusion.

Dans la suite du chapitre consacré à la démographie, Latouche reprend un raisonnement biaisé en hiérarchisant démographie et économie, mais cette fois de façon inverse : « Ce n’est pas la bombe P (pour population) qui est la première responsable de l’effondrement prévisible, mais la bombe P (pour productivité). » C’est oublier que le nombre d’automobiles est inséparable du nombre de conducteurs. Si notre planète n’était occupée que par quelques (centaines de) milliers d’êtres humains, ils pourraient avoir un niveau de vie extraordinaire sans endommager gravement la planète. En fait la démographie a toujours été en va-et-vient avec l’économie, depuis le moyen-âgeux « il n’y a richesse ni force que d’hommes » (Jean Bodin) en passant par la relation Population/alimentation selon Malthus ou la pression de la population sur l’innovation technologie (Ester Boserup). Les interprétations de la chaîne de causalité diffèrent, mais le point de référence est le même, le nombre d’humains, que ce soit équilibre ou déséquilibre entre population et conditions de vie. Un décroissant qui ignorerait léquation de Kaya (CO2 = (CO2 : KWh) x KWh : dollars)x(dollars : Population)xPopulation) ou la formule « I = PxAxT » ne peut pas raisonner de façon juste. La démographie est un multiplicateur des menaces et réciproquement le niveau de vie est un multiplicateur des menaces ; les deux phénomènes sont des multiples l’un de l’autre. Aujourd’hui on parle beaucoup de décroissance de notre empreinte écologique. Mais quand nous vivrons la fin du pétrole et les effet du réchauffement climatique, on ne parlera plus du tout de niveau de vie, les personnes dans leur immense majorité étant réduites à la couverture des besoins basiques. La tâche des politiciens sensés se résumera à « diminuer au maximum le nombre de morts (dixit Yves Cochet) » ou, si on en croit l’histoire humaine, augmenter au maximum le nombre de morts. Nous avons malheureusement une préférence pour la violence comme solution à nos difficultés et peu d’appétence pour l’approfondissement de l’intelligence collective.

Nous terminons par une dernière remarque, la décroissance n’est pas un phénomène en soi, ce n’est que la résultante de nos difficultés à limiter nos besoins, c’est une sous-partie de l’écologie. Sur une planète délabrée par notre nombre et notre technologie, il s’agit de choisir une décroissance maîtrisée sans attendre le prochain choc pétrolier ultime pour agir. Le message de Malthus, le déséquilibre entre population humaine et possibilités de la nourrir, montre qu’il était en 1798 à la fois un précurseur de l’écologie et de la décroissance.

PS : Il est intéressant de savoir que la maison d’édition « Le Passager clandestin » a refusé d’inscrire Malthus dans sa collection des « précurseurs de la décroissance » : « Nous estimons que les thèses que Mathusalem avance sont trop éloignées des idées que nous souhaitons porter avec cette collection. Il nous semble qu’il serait nécessaire d’approfondir les objections et réserves qui ont été faites au sujet des thèses malthusiennes, mais ce travail ne nous paraît pas envisageable dans le cadre des petits opuscules de notre collection… »

Des chasseurs-cueilleurs moins prolifiques

L’expansion démographique s’explique à la fois par le travail du sol et l’étatisation. Aux alentours de dix mille ans avant notre ère, au tout début de l’invention de l’agriculture, il n’y avait que deux à trois millions de nos congénères sur la surface du globe. On estime par la suite la population mondiale totale à environ 25 millions d’habitants en 2000 avant notre ère.

Les populations non sédentaires limitaient délibérément leur reproduction. La logistique du nomadisme faisait qu’il était difficile de transporter simultanément deux enfants en bas âge. C’est pourquoi l’on observe chez les chasseurs-cueilleurs un espacement d’environ quatre ans entre les naissances. Cette régulation était obtenue par diverses méthodes : sevrage retardé, absorption d’abortifs, traitement négligé des nouveau-nés ou infanticide. En outre, du fait de la combinaison d’une activité physique intense avec un régime maigre et riche en protéines, la puberté était plus tardive, l’ovulation moins régulière et la ménopause plus précoce. Chez les agriculteurs sédentaires en revanche, il était moins difficile de gérer des naissances beaucoup plus rapprochées, et les enfants y acquéraient une plus grande valeur en tant que main-d’œuvre agricole. La sédentarité rendait aussi les premières menstruations plus précoces ; le régime céréalier permettait de sevrer les nourrissons plus tôt en leur faisant consommer bouillies et graux ; et un régime riche en glucides stimulait l’ovulation et prolongeait la vie reproductive des femmes. Malgré une santé fragile et une mortalité infantile et maternelle plus élevée par rapport aux chasseurs-cueilleurs, les agriculteurs sédentaires connaissaient des taux de reproduction sans précédent – ce qui était plus que suffisant pour compenser leurs taux de mortalité également sans précédent. Les communautés agricoles néolithiques du Levant, d’Égypte et de Chine ne cessaient de croire en nombre et d’envahir les basses terres alluviales aux dépens de peuples non sédentaires. Et il ne servait à rien de contrôler une plaine alluviale fertile si elle n’était pas rendue productive par une population de cultivateurs susceptibles de l’exploiter. Il faut considérer les premiers États comme de véritables « machines démographiques ». Ils étaient tout aussi obsédé par le nombre de leurs sujets qu’un berger par la bonne santé de ses troupeaux. L’impératif de rassembler les hommes, de les installer à proximité du centre du pouvoir, de les y retenir et de leur faire produire un excédent par rapport à leurs propres besoins animait une bonne partie de l’art de gouverner dans le monde antique. Plus tard le principe directeur du colonialisme espagnol dans le Nouveau Monde, les regroupements forcés de populations autochtones autour de centre d’où rayonnait la puissance espagnole, étaient conçus comme un projet civilisateur qui remplissait en fait la fonction de servir et nourrir les conquistadores. Les centres chrétiens d’évangélisation des populations dispersées commencèrent de la même manière, en rassemblant une population productive autour de missions d’où rayonnaient les efforts de conversion.

L’excédent n’existait pas avant que l’État embryonnaire ne se charge de le créer. La paysannerie, ne produit pas normalement un excédent susceptible d’être approprié par les élites, il faut l’y contraindre : corvées, réquisitions de céréales ou d’autres produits, payement d’un tribut, esclavage ou servage. Lorsque la population devient si dense que la terre peut être contrôlée, il devient inutile de maintenir les classes subalternes dans la servitude, il suffit de priver la population laborieuse du droit d’être des cultivateurs indépendants ou de vivre de la chasse et de la cueillette.

James C. Scott, « Homo Domesticus (Une histoire profonde des premiers Etats) »

Les limites à la croissance démographique

Le livre très argumenté sur les limites de la croissance date de 1972. Ce rapport au Club de Rome prévoyait un effondrement civilisationnel au cours du XXIe siècle, à savoir une chute combinée et rapide de la population, des ressources, de la production alimentaire et industrielle. Quarante ans plus tard le diagnostic n’a pas changé. Prenons l’exemple de la démographie.

– La baisse de la fécondité ne signifie pas que la croissance de la population mondiale a cessé ni qu’elle n’est plus exponentielle. Elle signifie simplement que le temps de doublement s’est allongé : il est passé de 36 ans à 2 % par an (en 1965) à 60 ans et 1,2 % par an aujourd’hui. Le nombre net d’individus sur la planète continue d’augmenter chaque année puisque le taux s’applique à un nombre d’habitants plus important. Dans les pays pauvres, la transition démographique reste bloquée à la phase intermédiaire, celle où l’écart entre les naissances et les décès est important. D’où l’expression « les riches font de l’argent et les pauvres font des enfants ». Est-ce la pauvreté qui entraîne l’accroissement démographique ou l’inverse ? Dans les faits, la boucle de rétroaction positive (population => pauvreté => accroissement démographique => population…) forme un système piège, une boucle d’aggravation de situations déjà problématiques.

– Lorsqu’une situation se dégrade, les boucles de rétroaction positives tirent le système vers le bas à un rythme sans cesse croissant. Lorsque les populations ont faim, elle cultivent la terre de façon plus intensive. Elles obtiennent davantage de nourriture à court terme, mais cela se fait aux dépens d’investissement à long terme dans l’entretien des sols. La fertilité de la terre diminue, entraînant avec elle la baisse de la production de nourriture. Dans une économie affaiblie, il se peut que les services sociaux soient réduits. Si l’on diminue le financement de la planification familiale, le taux de natalité risque de s’élever. La population augmente alors, ce qui diminue un peu plus encore les services par habitant. Dans le système simulé que nous utilisons, World3, l’objectif premier est la croissance. L’économie ne cessera son expansion que lorsqu’elle se heurtera aux limites. Mais les processus physiques mis en œuvre par les boucle de rétroaction ont une force d’inertie considérable. Il n’y a donc rien d’étonnant a ce que le plus probable soit le dépassement et l’effondrement.

– Le concept de capacité de charge a été élaboré à l’origine pour des relations simples entre population et ressources, par exemple le nombre de têtes de bétail qui pouvait rester sur un pâturage donné sans dégrader la terre. Il devient plus complexe s’agissant de populations humaines. La capacité de charge est en soi une limite. Toute population qui se développe au-delà de sa capacité de charge n’a pas beaucoup d’avenir devant elle. Elle entame la capacité de soutien du système dont elle dépend. Mais il est impossible de faire des prévisions précises sur l’état de la population, du capital technique et de l’environnement dans plusieurs dizaines d’années. La compréhension que les hommes ont des cycles écologiques complexes est très limitée. En outre, leur faculté à observer, à s’adapter, à apprendre, à faire des choix rend le système par essence imprévisible. La prévision d’une catastrophe devant un public sensé et volontaire doit, dans l’idéal, ne pas aboutir et se révéler fausse en induisant l’action qui va l’empêcher de se produire.

– Les spécialistes résument les causes de la dégradation environnementale par une formule appelée IPAT, plus précisément I = PxAxT. L’Impact (empreinte écologique) de toute population est égal au produit de la population (P) par son niveau de consommation ou « abondance » (A) et par les dégâts causés par les technologies (T) choisies pour satisfaire ce niveau. Afin de réduire l’empreinte écologique de l’humanité, il semble raisonnable que chaque pays s’efforce de progresser dans les secteurs où il a le plus de possibilités de le faire. Pour les pays en développement, il s’agit de la population, pour les pays occidentaux de l’abondance et pour les pays d’Europe de l’Est de la technologie.

Supposons qu’à partir de 2002, chaque couple dans le monde soit conscient de ce qu’implique la poursuite de l’accroissement démographique pour leurs propres enfants comme pour ceux des autres. Supposons que la société garantisse à tous les individus qu’une fois devenus vieux, ils seront respectés et jouiront d’une sécurité matérielle même s’ils ont très peu d’enfants. Supposons qu’en conséquence tous les couples décident de se limiter à deux enfants (en moyenne) et qu’ils aient à leur disposition des moyens de contrôle des naissances qui leur permettent d’atteindre leur objectif. Pareil changement ferait naître une perception différente des coûts et des avantages liés à la procréation et augmenterait les perspectives d’avenir…

source : Les limites à la croissance (dans un monde fini) de Dennis Meadows, Donella Meadows & Jorgen Randers

édition rue de l’échiquier 2017, édition originale 2004 sous le titre The Limits to Growth, the 30-Year Update

Faire un enfant quand tout est foutu

Marianne Durano : « Au moment où j’écris ces lignes, je suis enceinte de mon troisième enfant.Et moi, je rédige un article sur la fin du monde. N’est-il pas criminel d’enfanter dans un monde promis à la destruction ? On connaît le succès des discours néomalthusiens, justifiés par les rapports scientifiques et les chiffres qui s’accumulent depuis des dizaines d’années. Ce monde, c’est celui de la croissance sans limite et dénuée de sens. Les inégalités ne cessent d’augmenter, les ressources de s’épuiser, la biodiversité de décliner, la température d’augmenter, les glaces de fondre, les migrants de migrer, l’angoisse de monter. A quoi bon des enfants en temps d’effondrement ? Moi je mets des enfants au monde en leur souhaitant de bien finir leurs jours, quel qu’en soit le nombre imparti. N’y a-t-il, comme toujours en philosophie, un moyen de surmonter la contradiction ? Je crois que oui, et c’est pourquoi j’attends mon troisième enfant. Nous ne sommes pas la cause de la fin, mais la fin nous donne une cause : vivre, ici et maintenant, la meilleure vie possible. Si j’éduque mes enfants à la tempérance, ce n’est pas pour les préparer au chaos, mais parce que c’est bon pour eux. Dans quelques semaines, nous rejoignons un éco-hameau, situé dans un village. Nous y allons pour y vivre pour donner à nos enfants la vie que nous pensons être la meilleure pour eux, loin des pollutions de toutes sortes et d’un monde qui ne nous rend pas heureux.Kant défendait la nécessité de penser des « horizons régulateurs », des grandes idées indémontrables – Dieu, l’âme, le cosmos –, mais qui permettent de donner un sens à nos actions… »*

Marianne Durano est professeure « agrégée » de philosophie, membre fondatrice de la revue d’écologie intégrale « Limite ». Elle a pris part au mouvement de La Manif pour tous. Tant de lectures, tant de diplômes pour dire « faut faire avec », et « qu’est-ce qu’on attend pour faire la fête », et encore « tant qu’il y a la vie il y a l’espoir », et encore, et encore,… Au marché, au bistrot, dans ma tête, j’en dispose d’un inépuisable stock, vous aussi ! Pour en savoir pus sur l’antimalthusianisme de Marianne Durano, sur notre blog biosphere :

Marianne Durano : « ça te fait quoi, petite jouisseuse des temps modernes, d’être obligée de bouffer docilement ton médoc tous les matins pour pouvoir baiser tranquille le soir ? De laisser ton ventre aux mains des spécialistes, pour qu’ils y enracinent des bouts de ferraille ? … Le malthusien préfère ligaturer les trompes de sa femme plutôt que se serrer la ceinture … Je préfère dépenser en soupes pour bébés bios ce que vous gaspillez en condoms irresponsables. » Je laisse à Marianne la responsabilité de ses propos !

(11 novembre 2015, Limite, revue d’écologie intégrale… antimalthusienne)

* LE MONDE du 25 juillet 2019, « Nous ne sommes pas la cause de la fin du monde, mais la fin du monde nous donne une cause : vivre la meilleure vie possible »

Ethologie, économie et démographie

L’éthologue Pierre Jouventin et l’économiste Serge Latouche envisagent la question démographique dans leurs « regards croisés sur l’effondrement en cours »* :

Pierre Jouventin : La démographie constitue un sujet tabou sur lequel plane le spectre du racisme et du colonialisme. La reproduction est souvent vue comme un droit sacré et naturel : en discuter pour envisager des solutions reviendrait à prôner un régime dictatorial. Pourtant, chaque seconde qui passe, la planète compte deux habitants de plus à nourrir. Pour contourner l’écueil du populisme qui empêche les malthusiens de s’exprimer, il faudrait attaquer le problème à sa source de façon à ce que les personnes engagées contre le racisme et pour le féminisme soutiennent la régulation démographique au lieu de s’y opposer. Il faudrait encourager les femmes du tiers-monde à s’émanciper de la phallocratie, à les instruire pour ne plus enfanter dès l’adolescence et pour contrôler les naissances qu’elles subissent souvent.

Serge Latouche : « Il n’est de richesse que l’homme » disait Jean Bodin au XVIe siècle. Je suis d’accord avec Pierre sur le tabou démographique et son aspect religieux. Mais je n’aborde jamais spontanément le problème lorsque je fais une conférence. Dans mon livre « Le pari de la décroissance », je consacre tout un chapitre à la démographie. Si une croissance infinie est incompatible avec un monde fini, il en résulte évidemment qu’une croissance démographique infinie l’est également. Cependant, en tant que militant de la décroissance, mon problème n’est pas que les Chinois soient trop nombreux – ils le sont incontestablement – mais que les Américains consomment trop. Si tout le monde vivait comme les Burkinabés, la planète pourrait supporter 23 milliards d’hommes. Mais je suis d’accord avec Claude Lévi-Strauss qui disait qu’au delà de 2 ou 3 milliards, nous serions déjà trop nombreux. Il faut bien évidement prendre la question démographique à bras-le-corps.

Pierre Jouventin : Je critique le fait que, d’après le journal La Décroissance, les décroissants seraient anti-malthusiens. Pourtant les premiers décroissants, Nicholas Georgescu-Roegen, Arne Naess, René Dumont, Ivan Illich… étaient malthusiens.

Serge Latouche : Les positions de ce journal, qui sont essentiellement celles de son rédacteur en chef Vincent Cheynet, sont difficilement défendable. Elles tiennent à mon avis de sa culture catholique et de cette idée d’infamie attachée à l’épithète « malthusien » parce que Marx avait fait la critique de Malthus, pas toujours intelligemment d’ailleurs. Pour eux, être malthusien est politiquement incorrect !

Pierre Jouventin : En ce qui concerne Malthus, il n’en demeure pas moins que son affirmation principale, la production alimentaire croît moins vite que la natalité, reste exacte. Il ne faut pas oublier que c’est par réaction aux prévisions délirantes d’optimisme de William Godwin que le pasteur Malthus a voulu monter qu’il existe nécessairement, chez les animaux comme chez les hommes, des limites à la croissance, ce dont conviennent aujourd’hui les décroissants et les écologistes, scientifiques ou pas. Depuis ma naissance, la population mondiale a triplé alors que les rendements agricoles se sont mis à baisser par épuisement des sols ! Il est prévisible que dans quelques années, avec l’explosion démographique associée à la raréfaction de l’eau et des surfaces cultivables, le coût de la viande augmentera et ne la rendra accessibles qu’aux gens aisés !

Serge Latouche : Un numéro de la collection « Les précurseurs de la décroissance » sera consacré à Malthus. Je ne sais pas s’il sortira en raison d’un blocage de la maison d’édition. Si les dominants veulent réduire la population, c’est pour ne pas changer de système. Il va y avoir de plus en plus de mouvements anti-natalistes que ne vont pas faire dans la dentelle, à l’instar des mouvements anti-migratoires. Pour les gens de l’extrême gauche, qui voient le cynisme de ceux qui dominent le monde, le problème écologique ne peut se résoudre simplement en réduisant la population. Notre déracinement se traduit par des revendications infinies : « J’ai le droit de… », de faire un enfant même si je ne peux enfanter, ou bien encore changer de sexe… Cette idéologie du « droit à tout » s’intègre dans la démesure.

Pierre Jouventin : Toutes les espèces animales se régulent, y compris l’homme qui a cru s’abstraire de cette contrainte démographique et a reculé l’échéance jusqu’à aujourd’hui par l’agriculture. Les chasseurs-cueilleurs avaient un enfant tous les quatre ans environ, ce qui correspond à la stratégie démographique des espèces K (durée de vie longue et reproduction rare et tardive). Depuis le néolithique, la femme devenue sédentaire est capable de s’occuper de plusieurs enfant à la fois, elle peut aller jusqu’à enfanter chaque année. Dans le système agropastoral, il faut coloniser de nouveaux espaces lorsque la population devient nombreuse. Or aujourd’hui, toute la planète est exploitée. On touche au capital que l’on épuise sans s’en rendre compte. La banqueroute est prévisible.

Serge Latouche : Le point de friction avec Pierre résidait clairement dans la démographie ; il m’avait reproché explicitement dans un livre de ne pas parler de la décroissance démographique. Je n’avais jamais vraiment dit le contraire, mais ce n’était pas le centre de mes critiques de la croissance.

Pierre Jouventin : Je réalise que les points de désaccord avec Serge sont moindres qu’avec d’autres décroissants avec lesquels je le confondais.

* Pour une écologie du vivant, regards croisés sur l’effondrement en cours (éditions Libre & Solidaire, 2019)

Les enfants face à l’effondrement global

 Vous êtes inconséquents, rétrogrades, vous avez sacrifié la planète, affamé le tiers-monde ! En 80 ans, vous avez fait disparaître la quasi-totalité des espè es vivantes, vous avez épuisé les ressources, bouffé tous les poissons ! Il y a cinquante milliards de poulets élevés en batterie chaque année dans le monde, et les gens crèvent de faim ! Historiquement, vous êtes la pire génération de l’histoire de l’humanité et un malheur n’arrivant jamais seul, vous vivez hyper-vieux ! »

De ce constat tenu devant un groupe du troisième âge, sidéré, voici ce qu’en dit un livre* préparant à l’effondrement : «  Comment peut-on faire des enfants dans ce monde dévasté ? D’un certain point de vue, élever un enfant dans cette société est un acte absurde, voire égoïste et polluant. D’un autre point de vue, enfanter est un acte d’amour et un acte de responsabilité dans un monde où il y aura peut-être la place pour 8 milliards d’êtres humains sobres et à l’écoute de tout le vivant. Tant qu’il n’y aura pas d’organisation collective de la natalité. (une question extrêmement dangereuse dans le contexte politique et culturel actuel), le choix d’enfanter restera entièrement relégué à la sphère individuelle et privée. Or il se trouve que trois de nos plus jeunes fils sont des « enfants de l’effondrement » : ils ont été consciemment désirés après notre prise de conscience de collapsologues. L’effondrement et tous ses chiffres sont des concepts froids. Mais pour eux nos mots sont chauds, nous allons les aider à construire du sens. Ce qui compte, c’est la manière dont nous racontons l’histoire, les émotions. L’effondrement-métamorphose fait partie de leur paysage mental, ainsi que celui d’un nombre croissant de leurs ami.e.s de leur génération. Certains ont peur de l’avenir, d’autres moins et d’autres pas. Tout enfant a besoin de protection et de soutien, mais il a aussi besoin de vérité ! Il est connu que face à la mort et à la souffrance, les enfants sont souvent bien plus sages que beaucoup d’adultes. »

Pour ce livre qui est censé nous faire passer de la collapsologie à la collapso-sophie, difficile de traiter la question malthusienne de façon plus superficielle. Rappelons ce qu’écrivait pourtant un des auteurs, Pablo Servigne, dans un livre de 2014 : « « Le modèle World3 de l’équipe Meadows (aussi appelé Rapport au Club de Rome) avait modélisé qu’un « effondrement incontrôlé » de la population mondiale surviendrait très probablement au cours du 21ième siècle. Selon le scénario « standard », celui où rien n’est fait pour modifier la trajectoire de la société, l’effondrement de la population s’amorcerait aux alentours de 2030, quelques années après un effondrement de l’économie. Or, les données réelles montrent que c’est précisément ce dernier scénario que nous avons suivi depuis 40 ans… La question d’un contrôle de la natalité est toujours urgente. Si elle n’est pas traitée, alors se posera très rapidement la question de la mortalité « incontrôlée ». Si nous ne pouvons aujourd’hui envisager de décider collectivement qui va naître (et combien), pourrons-nous dans quelques années envisager sereinement de décider qui va mourir (et comment)? »

* Une autre fin du monde est possible (Vivre l’effondrement, et pas seulement y survivre) de Pablo Servigne, Raphaël Stevens et Gauthier Chapelle

** Moins nombreux, plus heureux (l’urgence écologique de repenser la démographie), collectif sous la coordination de Michel Sourrouille