démographie

espérance de vie croissante, la grande illusion

Certains organismes vivants se reproduisent par simple duplication (bactéries, amibes…) et sont de ce fait immortels. Pour les autres. C’est très relatif : la mouche va vivre 17 jours en moyenne, le rat 6 années et le séquoia géant 6 000 ans. Ces différences sont inscrites dans les gènes qui donnent à une espèce une durée de vie maximale. Comme les autres espèces, les humains sont programmés pour mourir, mais ils modifient leur environnement pour mieux résister au processus de vieillissement. Certains veulent même agir contre les processus de vieillissement, manipuler la télomérase, lutter contre les radicaux libres, encombrer les centres de soins palliatifs. Peine perdue, l’espérance de vie en bonne santé régresse. Soyons réalistes, il faudrait se demander si c’est bien vivre que de vivre tous centenaires, si c’est respecter les cycles vitaux que de s’attarder sur la planète et prendre ainsi un peu plus de l’espace vital tant d’autrui que de la biodiversité. Voici l’histoire de notre ligne de vie.

Jean-David Zeitoun : Du néolithique au début du XVIIIe siècle, on pouvait mourir à plus de 80 ans, mais l’espérance de vie (qui est une moyenne) stagnait autour de 25 à 30 ans. Cela ne signifie pas que la plupart des femmes et des hommes mouraient autour de cet âge, mais plutôt que la mortalité infantile était très élevée : sous-nutrition, violences et infections, ce sont les plus résistants qui survivaient. De 1830 à 1880, l’industrialisation des sociétés occidentales produit un effet largement délétère sur la santé. En pleine explosion du progrès des sciences et techniques, l’urbanisation à marche forcée, la densification de l’habitat dans des conditions insalubres et le maintien de fortes inégalités sociales détériore l’espérance de vie, tirée vers le bas par une hausse de la mortalité infantile. En France et au Royaume-Uni, la taille moyenne régresse, abandonne quelques centimètres. Il faut être riche à l’époque pour être en bonne santé, et certains mécanismes par lesquels les nations s’enrichissent peuvent s’avérer néfastes pour la santé des populations. Aujourd’hui, nous avons d’un côté dans le PIB les dépenses de santé et les médicaments, mais de l’autre les pesticides, les hydrocarbures, la cigarette ou l’alcool. Avec les cancers, les maladies cardio-vasculaires, le diabète et l’obésité, morbidité et mortalité s’accroissent. A ux facteurs de risque comportementaux s’ajoutent, de plus en plus, les grandes menaces environnementales que sont le réchauffement, l’effondrement de la biodiversité et les pollutions diffuses, et sur lesquelles viennent se greffer les risques de maladies infectieuses émergentes comme le Covid-19. La « résistance à mourir » commence à rencontrer ses limites.

Michel Sourrouille : L’espérance de vie américaine est passée de 49 ans en 1900 à 79 ans en 1995. Depuis elle stagne, 78,7 en 2016, 78,8 en 2019 et régresse en 2020. En France l’espérance de vie en bonne santé est calculée sous la forme « espérance de vie sans incapacité « (EVSI). En 1986, l’espérance de vie à la naissance pour un homme était de 70,7 ans, l’EVSI de seulement 61,9 ans. Il ne faut pas confondre durée de vie et qualité de la vie.

James Howard Kunstler : Dans les années à venir, pendant la Longue Catastrophe provoquée par la déplétion pétrolière, des millions d’êtres humains vont mourir parce que sous le régime du pétrole bon marché, la capacité d’accueil de la Terre a été considérablement dépassée. Les épreuves affaibliront nombre d’individus, et la maladie en profitera, comme toujours. Les bidonvilles de la Terre seront probablement le foyer de la prochaine pandémie. Les ennemis séculaires de l’humanité – tuberculose, malaria, choléra, streptocoque… – seront prêts à frapper avec une immunité nouvelle, parades aux technologies du XXe siècle. La chute brutale de l’espérance de vie sera l’une des caractéristiques de cette période.

Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphere :

17 octobre 2020, Faut-il faire décroître le système de santé

extraits : Face à n’importe quelle crise agricole, énergétique, économique, etc., généralement l’on réclame davantage de moyens pour y faire face. Avec l’épidémie de coronavirus, on demande à l’État d’accroître les dépenses de santé afin d’engager du personnel, d’augmenter le nombre de lits, d’améliorer le dépistage… sans s’interroger sur une écologie médicale qui viserait à maintenir en bonne santé le milieu et conséquemment ceux qui y vivent.

17 mai 2020, Le coût de l’espérance de vie « augmentée »

extraits : On a même pu calculer que sept années de vie supplémentaire découlaient de traitements médicaux ou chirurgicaux très coûteux. Les dépenses de santé sont en constante augmentation et représentent actuellement près de 11 % du PIB, soit environ 271 milliards d’euros annuels. Le jeu en vaut-il la chandelle ?

14 mai 2020, Plutôt mourir du coronavirus plutôt qu’intubé

extraits : Aujourd’hui le rapport à la mort a changé, il devient intolérable de mourir de façon naturelle, on pratique l’acharnement thérapeutique, les transhumanistes rêvent de nous voir vivre 1000 ans et les militaires veulent pratiquer la guerre zéro morts. Les progrès techno-scientifiques nous ont fait perdre tout sens de la limite. De toute façon il faut bien mourir un jour, autant que ce soit en bonne santé et non pas transpercés par des tuyaux reliés à des machineries.

9 mai 2020, espérance de vie et équivalent pétrole

extraits : La corrélation entre la quantité d’énergie mobilisée par chaque être humain et l’espérance de vie est frappante. Parce que l’énergie fossile abondante et bon marché est une anomalie de l’histoire humaine, on peut en déduire que notre espérance de vie croissante l’est aussi.

Les avantages du déclin démographique

Adair Turner (10 juin 2021) : « Les chiffes de son recensement, récemment rendus publics par la Chine, montrant que sa population avait presque cessé de croître, ont donné lieu à toute une série de mises en garde quant aux graves problèmes qu’allait connaître le pays. « Ces chiffres annoncent pour le parti des temps sombres » commentait The Economist. Ils « pourraient avoir de désastreuses conséquences » écrivait Huang Wenzheng dans le Financial Times. Par un préjugé répandu, on considère souvent que le déclin démographique est un problème. « La chute du taux de natalité en Chine menace la croissance économique » opine le Financial Times, tandis que dans la presse indienne, des commentaires se réjouissent que la population de l’Inde surpasse bientôt celle de la Chine.

Mais un commentaire, posté sur le réseau social chinois Weibo voit mieux les choses : « La chute du taux de fécondité reflète en réalité les progrès de la pensée du peuple chinois – les femmes ne veulent plus être des instruments de fertilité. » Les données collectées pendant un demi-siècle laisseraient ainsi à penser que dans tous les pays prospères où les femmes sont éduquées et libres de choisir d’avoir ou non des enfants, les taux de fécondité tombent significativement en dessous du niveau de remplacement des générations. Si la condition féminine suit partout la même évolution, la population mondiale finira par décliner. Si la croissance économique, en termes absolus, est vouée à chuter lorsque la population se stabilise puis diminue, c’est en revanche le revenu par habitant qui détermine la prospérité et crée des perspectives économiques. Que les femmes éduquées n’aient pas envie de produire des bébés pour satisfaire les nationalistes économiques, voilà une évolution tout à fait souhaitable.

En revanche, les arguments selon lesquels une population stable ou en déclin constitue une menace pour la croissance par habitant sont largement exagérés et, parfois même, parfaitement faux.

Certes, lorsque les populations n’augmentent plus, le nombre d’actifs décroît relativement à celui des retraités, et la part des coûts des soins de santé dans le PIB augmente. Mais tout cela est compensé par une diminution des besoins d’infrastructures et des dépenses de logement induites par la croissance démographique. La Chine consacre aujourd’hui 25 % de son PIB chaque année à couler du béton pour bâtir des immeubles d’habitation, des routes, et autres infrastructures urbaines, dont certaines n’auront plus de valeur lorsque la population aura diminué. En réduisant ce gaspillage, et en dépensant plus dans les soins de santé et la haute technologie, le pays peut poursuivre son épanouissement économique alors même que sa population décline. Sans compter qu’une population mondiale stabilisée puis déclinante faciliterait la diminution des émissions de gaz à effet de serre, ralentissant ainsi le changement climatique et allégeant la pression qu’une population qui augmente exerce inévitablement sur la biodiversité et des écosystèmes fragiles. La contraction de la main-d’œuvre renforcera l’incitation à l’automatisation des entreprises tout en poussant à la hausse les salaires réels, ce qui, somme toute, compte réellement pour les citoyens ordinaires, contrairement à la croissance économique en termes absolus. Dans un monde où la technologie nous permet d’automatiser toujours plus d’emplois, le problème est d’avoir trop de bras, bien plus que de n’en pas avoir assez. Quand bien même l’économie indienne renouerait avec une croissance rapide, son « secteur organisé » – les entreprises déclarées ou et les organismes publics avec un contrat officiel – ne parviendrait pas à créer des emplois supplémentaires. La croissance de la main-d’œuvre potentielle ne fait que renforcer les effectifs de l’énorme « secteur informel », sans emploi ou sous-employés.

Les politiques devraient donc s’efforcer de permettre aux couples d’avoir le nombre d’enfants qu’ils souhaitent. Mais il est probable qu’il en résulte des taux de fécondité moyens très en dessous du niveau de remplacement des générations, du moins dans tous les pays développés, et, avec le temps, une diminution démographique graduelle. Plus vite cette dernière deviendra réalité dans le monde entier, mieux nous nous en porterons, tous.

NB : Lord Turner chairs the Energy Transitions Commission, a global coalition of major power and industrial companies, investors, environmental NGOs and experts working out achievable pathways to limit global warming to well below 2˚C by 2040 while stimulating economic development and social progress.

Nombre d’enfants par femme, combien ?

Le chroniqueur du MONDE ne sait plus à quel saint se vouer en matière de démographie humaine. Discutons son discours :

Stéphane Lauer : Aux États-Unis, procréer ne serait pas bon pour l’empreinte carbone.

Michel Sourrouille : Le conditionnel n’est pas de mise, ne pas procréer est un choix vraiment efficace pour diminuer l’empreinte carbone. Selon un article antérieur du MONDE, un bébé pèse en effet 58 tonnes de CO2 par an, tandis que le cumul d’un régime végétarien (en moyenne 0,8 tonne par an), de l’arrêt des voyages en avion (1,6 tonne) et de l’usage d’une voiture (2,4 tonnes) permettrait d’économiser au total seulement 4,8 tonnes par an.

Stéphane Lauer : Les gouvernements se concentrent désormais sur la décrue des naissances.

Biosphere : Les dirigeants politiques depuis la construction des États ne pensent qu’à faire la guerre, donc un enfant de plus c’est tout bon, c’est de la chair à canon et un excellent potentiel militaire. Les dirigeants d’entreprises ne pensent qu’à une chose, beaucoup d’enfants c’est l’assurance d’une main d’œuvre abondante et au prix le plus bas possible. Les gouvernements ne pensent qu’au court terme, à la croissance économique et au paiement des retraites, pas du tout au sort des générations futures. Ils ne font pas une bonne politique démographique.

Stéphane Lauer : En France, les naissances sont en recul pour la sixième année consécutive, à 740 000. La situation en Chine est encore plus alarmante avec seulement 12 millions de bébés.

Biosphere : Une situation alarmante, ce n’est pas un reflux de la fécondité, mais au contraire une fécondité qui nous amène à 8 milliards d’humains très prochainement. Que serait la planète aujourd’hui si la Chine par sa politique de l’enfant unique n’avait pas « économisé » 400 millions de naissance ? Que devient la France avec une population de bientôt 67 millions d’habitants, un chômage structurel, un niveau de vie qui dépasse largement les possibilités de la planète et une vie entassée dans des HLM ?

Stéphane Lauer : au niveau mondial, le nombre d’enfants par femme est passé de 5, dans les années 1960, à 2,4 en 2018

Biosphere : Cette statistique montre que la population mondiale continue d’augmenter. Avec 2,4 enfants par femme, le taux d’accroissement dépasse encore 1 % par an, soit un doublement en moins de 70 ans. Il y a presque 90 millions d’humains de plus chaque année, une population supérieure à celle de l’Allemagne. Ce n’est pas de bonnes perspectives pour l’avenir de la biodiversité, étouffée par l’expansion humaine. Ce n’est pas une bonne nouvelle pour l’humanité.

Stéphane Lauer : La population mondiale pourrait atteindre son apogée à la fin de ce siècle.

Biosphere : D’ici 2100 et ses dix milliards d’humains potentiels, beaucoup de choses vont se passer, sasn doute moins réjouissantes qu’une hypothétique « apogée ». Comme nous avons déjà dépassé l’optimum de population supportable par l’état de nos ressources, il risque fort d’y avoir une décroissance de la population humaine d’ici la fin du siècle. Guerres, famines et épidémies comme le prévoyait Malthus peut nous ramener à un nombre d’humains fortement réduit.

Stéphane Lauer : L’Américain Lyman Stone estime qu’un ralentissement de la croissance démographique entraînera une augmentation des inégalités, une progression du pouvoir de monopole des entreprises et un déclin de l’entrepreneuriat et de l’innovation. La demande de logements neufs va stagner. Les programmes de transferts intergénérationnels comme la retraite connaîtront des difficultés financières. Les débats sur l’immigration deviendront de plus en plus acerbes.

Biosphere : Lyman Stone déraille, il dit l’inverse de la réalité ! On ne peut que constater qu’une croissance démographique entraîne une augmentation des inégalités, une progression du pouvoir de monopole des entreprises et un étouffement du progrès humain. L’augmentation de la demande de logements entraîne l’explosion du prix des loyers, l’accaparement des terres agricoles, la surpopulation urbaine, l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre. Les transferts financiers intergénérationnels, support de la retraite par répartition, connaîtront certes des difficultés, mais encore plus d’enfant ne fait que reporter le problème du financement à un peu plus tard et de façon ingérable. Notons aussi que les débats sur l’immigration deviennent de plus en plus acerbes quand on accroît la population, certainement pas quand on la diminue.

Stéphane Lauer : Aux inquiétudes malthusiennes des années 1970 face à une potentielle pénurie alimentaire, s’est substitué un natalisme à tous crins qui peine à stimuler la fécondité. Le volontarisme politique, même dans sa version autoritaire, se heurte à l’évolution des sociétés.

Biosphere : Il n’y a pas de sens préétablie à l’évolution des sociétés. Le natalisme, l’idée qu’un bébé de plus est conforme à la destination première d’une femme, régresse dans les mentalités. Le natalisme d’État ne peut pas grand chose contre cette évolution sociétale. D’autant plus que les inquiétudes malthusiennes ressurgissent, avec l’angoisse de l’avenir de son enfant sur une planète dévastée, avec des sols nourriciers qui ne suffisent plus à nourrir notre nombre et se détériorent rapidement. L’agriculture intensive nous avait fait trop oublier la loi des rendements décroissants en agriculture ; cette loi bien connue de Malthus dès 1798, est une réalité incontournable.

Stéphane Lauer : En Chine, la première génération d’enfants uniques n’a qu’une envie : reproduire un modèle où la priorité consiste à choyer son seul rejeton, consommer, voyager, sans s’encombrer d’une progéniture qui pèsera sur son pouvoir d’achat.

Biosphere : la boulimie consommatrice est certes une caractéristique du monde présent, mais accumuler des biens et voyager commence à être remis en question. La période de pandémie nous a permis de concevoir le retour aux besoins essentiels, et de toute façon la déplétion des ressources ainsi que le réchauffement climatique exigent la modération de nos dépenses. On ne peut analyser une évolution socio-économique et écologique que dans la perspective du plus long terme.

Stéphane Lauer : Le désir d’enfant reste une décision éminemment individuelle. Or ce que certains appellent le « taux de fécondité privilégié », c’est-à-dire le nombre d’enfants qu’une femme désire avoir, devrait être au cœur des politiques familiales

Biosphere : Le désir individuel d’enfant est une construction sociale. Ce n’est certainement pas un bon critère qui permettrait de penser objectivement le destin de sa propre progéniture et de choisir en toute connaissance de cause. Une éthique intergénérationnelle deviendra nécessaire, accepter de faire moins d’enfants en pensant au bien commun. Marre d’une société et de ses personnalités médiatisées qui valorisent l’émotion et l’individualisme au détriment de la réflexion et du collectif…

Pour en savoir plus avec le livre de Michel Sourrouille :

Arrêtons de faire des gosses, la surpopulation nous mène à notre perte

Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphere :

18 janvier 2021, Moins de bébés pour sauver le climat ?

Population soutenable, Population optimale

Résumé d’une longue analyse très détaillée sur le site de Démographie Responsable :

Denis Garnier : A l’occasion de la dernière Conférence climat (COP23), 15.000 scientifiques originaires de plus de 180 pays ont lancé un cri d’alarme sur l’état de la planète. Dans leur appel figuraient treize mesures dont la suivante : « déterminer sur le long terme une taille de population humaine soutenable et scientifiquement défendable ». Ce qui suit se veut un début de réponse.

1) On pourrait tout d’abord parvenir à une situation d’équilibre global si chaque pays, quelle que soit sa biocapacité, amenait son empreinte écologique au niveau de la biocapacité moyenne de la planète (1,7 ha). Cela permettrait de répartir de façon totalement égalitaire les ressources de la planète. Le problème est que, comme on le sait, ces ressources sont très inégalement réparties et cela obligerait donc, entre autres, à des transferts continus de ressources agricoles sur des distances plus ou moins longues, ce qui est énergivore et donc anti-écologique. Ces déplacements auraient même probablement pour conséquence de fausser les calculs en créant de nouvelles sources d’émissions de CO2… Finalement, la planète serait effectivement en équilibre, mais aucun des pays ne le serait avec lui-même. Bien que cette solution soit celle privilégiée par un certain nombre d’écologistes pour lesquelles la « répartition stricte » est un credo, et qui ne veulent surtout pas entendre parler de démographie, il est clair qu’elle est excessive et non écologique. Notons qu’avec la croissance démographique prévue par l’ONU, le seuil de 1,7 hectare diminuerait inexorablement et il faudrait à terme se contenter d’une biocapacité de 1,1 hectare par personne.

2) Le cas suivant étudié considère que les pays débiteurs peuvent conserver leur empreinte individuelle, mais doivent (à terme) avoir moins d’habitants jusqu’à revenir à l’équilibre, et ce alors que les pays créditeurs peuvent avoir plus d’habitants jusqu’à utiliser toute leur biocapacité. L’évaluation de la population soutenable de chaque pays se fait alors en divisant sa biocapacité globale par son empreinte individuelle. La population soutenable de la planète étant alors la somme des populations de chaque pays. Le calcul donne une « Population SOUTENABLE » de 4,8 milliards d’habitants pour 2013, date des dernières statistiques du Global Footprint Network (il faut plusieurs années pour collecter les données, les analyser et les rendre publiques).

Si on choisit de « se caler » sur l’empreinte de 2,9 hectares, c’est-à-dire celle qui correspond au niveau de vie moyen actuel d’un terrien (et par ailleurs à la biocapacité individuelle de la France) et qu’on laisse les pays ayant une biocapacité supérieure à 2,9 au même niveau de population, la « Population OPTIMALE » se monterait à 3 milliards d’habitants. Cette évaluation basse s’explique par le fait que l’on a choisi un niveau de vie « assez élevé ». C’est cette option qui aurait la préférence de l’association Démographie Responsable. Ce scénario demande une baisse importante du niveau de vie des pays du nord et une baisse significative des effectifs de certains pays du sud surpeuplés.

CONCLUSION : A partir des données du Global Footprint Network, l’écologie-statistique peut permettre de modéliser un très grand nombre de scénarios. Il est évident que si le choix de la réduction, de la population mondiale était décidé par la communauté internationale, et ce dans le cadre de COP dédiées à ce sujet, sa mise en œuvre mettrait un certain temps à se concrétiser. En effet les résultats des mesures démographiques courent sur plusieurs générations (inertie démographique). De plus il ne faudrait pas commettre l’erreur inverse de celle qui a été faite dans le passé : à une explosion démographique catastrophique, il ne faudrait pas substituer une baisse démographique trop brutale, aux conséquences économiques et sociales difficilement gérables. Les couples doivent absolument pouvoir continuer à avoir un ou deux enfants mais il serait bon qu’ils n’aillent pas au-delà, car l’aventure humaine, malgré toutes ses erreurs accumulées, doit pouvoir se poursuivre le plus longtemps possible.

NB : Denis Garnier  est président de l’association Démographie Responsable

Le casse-tête de la population optimale

Les grands carnivores comme les lions et les tigres, ne sont plus au total que 20 000 à 40 000 seulement sur la planète. Contre bientôt 8 milliards pour la seule espèce humaine, le super-prédateur. Si nous avions à exprimer un idéal de population, ce serait 6 à 8 millions de terriens, un chiffre qui nous ramène avant le néolithique il y a plus de 10 000 ans, époque où il fallait vivre de chasse et de cueillette sans empiéter sur son écosystème… condition qui n’a d’ailleurs pas toujours été respectée à l’époque ! Voici de nos jours quelques avis sur la notion de l’optimum de population souhaitable.

Georg Borgstrom montre en 1964 que si plusieurs pays réussissent à nourrir une population excessive, c’est uniquement parce qu’ils tirent une part croissante de leur alimentation de terres « invisibles », par l’importation et par l’exploitation des mers. (The Hungry Planet)

Eugen Pleasants Odum définit en 1971 la notion de « population limite » comme la limite de croissance d’une population dans un milieu donné. Cette limite ne tient pas seulement compte de la possibilité de nourriture : « Il devient de plus en plus évident que la densité optimale de population pour l’homme doit être limitée par la qualité de l’espace de vie et non par le nombre de calories disponibles. » (in Fundamentals of Ecology)

Nicholas Georgescu-Roegen (1906-1994) en 1971 : « Combien d’êtres humains la Terre pourrait accueillir ? Aucun des expert en démographie ne s’est posé la question cruciale de savoir combien de temps pourrait durer une population des 40 milliards, voire d’un seul million. Cette question met à nu la vision mécaniste du monde, à savoir le mythe de la population optimale « comme d’une population qui peut se maintenir indéfiniment ». Dans La République de Platon, la taille de la population doit être maintenue constante, (si besoin est par des infanticides). Mais il est inexact de croire que l’état stationnaire peut perdurer aussi longtemps que le niveau de la population n’excède pas la capacité de charge biologique. Cet état ne saurait avoir qu’une durée finie, faute de quoi il faudrait rejoindre le club des « sans limites » en soutenant que les ressources terrestres sont inépuisables. La Terre a une capacité de charge qui dépend d’un ensemble de facteurs incluant la taille de la population, la quantité de ressources épuisées par personne dans l’année et la quantité des ressources accessibles de la croûte terrestre. »

William Catton montre en 1982 que la croissance est une catastrophique fuite en avant qui n’est possible que par la consommation des biens des générations futures : « La technologie moderne est devenue si puissante qu’elle semble avoir écarté tous les obstacles, en les repoussant par une surconsommation des ressources qui hypothèque celles de nos descendants. » (Overshoot : The Ecological Basis or Revolutionary Change )

Joel Cohen en 1995 : « La population limite (human carrying capacity) dépendra de toute évidence du niveau matériel auquel les gens choisiront de vivre… Le nombre d’hommes sur terre a atteint ou atteindra dans le prochain demi-siècle le niveau maximum que la terre peut supporter en fonction du type d’existence que nous, nos enfants et petits-enfants  avons choisi. »

Yves Cochet pense en 2009 que la disponibilité à bon marché des énergies fossiles a permis à l’humanité de vivre au-dessus de la capacité de charge de la planète. Cette époque s’achève en 2006 avec l’arrivée du pic de pétrole conventionnel, et vers 2025, du pic énergétique général. Il existe en effet une corrélation historique entre la quantité totale d’énergie dans le monde et, d’un autre, le niveau démographique et le niveau de vie. Cette corrélation est si forte qu’on peut émettre l’hypothèse d’une causalité : moins il y aura d’énergie disponible, moins la planète pourra accueillir d’individus à un certain niveau de vie. En résumant dans l’expression « niveau de vie moyen » de la Terre le rapport entre la consommation d’énergie par personne et le nombre de la population, on pourrait énoncer que plus le niveau de vie est élevé, moins la planète peut accueillir de personnes. Si cette hypothèse est vraie, le nombre maximal d’humains sur terre, au niveau de vie moyen actuel, déclinera d’environ 7 milliards à environ 5 milliards en 2050, puis 2 à 3 milliards en 2100. (Antimanuel d’écologie)

Joseph Tainter en 2013 : « Les deux tiers de la population sur Terre sont aujourd’hui en vie grâce à la production industrielle de nourriture, aux installations sanitaires et à la médecine moderne, tout ceci reposant sur du pétrole. Sans pétrole, nous ne pourrions plus maintenir notre niveau de population.Si le système de transports tombe en panne, les villes n’auront plus de nourriture. Nous perdrions le plus gros de notre système médecine industrialisée. Nous dépendrions à nouveau directement de l’énergie solaire, et la plupart d’entre nous seraient paysans. Mais il n’y a pas assez de terres disponibles pour que chacun puisse les cultiver. En quelques années, peut-être 3 ou 4 milliards de gens mourraient. La population mondiale chuterait finalement à 2 milliards, contre 7 milliards aujourd’hui. L’espérance de vie tomberait à environ 40 ans. Seulement quelques personnes se préparent à de telles perspectives. Sinon, nous aurions déjà besoin d’un permis pour avoir un enfant. » (interview de Joseph Tainter par le mensuel La Décroissance – octobre 2013)

Alan Weisman en 2013 : « Dans l’histoire de la biologie, toute espèce qui a surexploité ses ressources a vu sa population s’effondrer – parfois jusqu’à l’extinction. Pour la survie de l’espèce humaine, peut-être s’agit-il de trouver le moyen de réduire humainement la population globale, puis de la maintenir à un chiffre optimal. La détermination de ce chiffre sera,  que cela nous plaise ou non, la grande affaire du XXIe siècle. Le premier Congrès de la population optimale pour le monde fut organisé à Cambridge en 1993. Gretchen Daily et le couple Ehrlich présentèrent le résultat d’une estimation qu’ils qualifièrent eux-mêmes de « calcul de coin de table » : le nombre total d’habitants susceptibles de vivre avec 6 térawatts d’énergie, chaque individu disposant de 3 kilowatts en moyenne, était de deux milliards. Deux milliards, c’était le chiffre de la population en 1930, au moment où le procédé Haber-Bosch (engrais à base d’azote artificiel) commençait juste à être commercialisé. La quasi-totalité de l’humanité vivait encore de végétaux qui poussaient grâce à la seule lumière du soleil, pas avec l’aide de combustibles fossiles. Quand nous n’en aurons plus, la population de notre espèce pourrait bien se rapprocher de nouveau de cette moyenne naturelle. Je ne veux personnellement éliminer aucun être humain de la planète. Je vous souhaite à tous longue vie et bonne santé. Mais soit nous réduisons humainement nos effectifs, soit la nature va mettre beaucoup d’entre nous à la porte, et brutalement… Partageons mieux la Terre avec toutes les espèces qu’elle fait vivre, laissons à celles-ci l’espace et les ressources dont elles ont besoin, et nos rituels amoureux se perpétueront. »

Alain Gras en 2014 : « Paul Chefurka met en évidence la corrélation très forte entre énergie et population : « Une des deux options de son modèle mathématique prend non seulement en compte la raréfaction des ressources, mais aussi l’hypothèse Lotka-Volterra qu’il nomme « excès de capacité de charge » dans l’écosystème. Entre autres : déficits alimentaires régionaux massifs, maladies non soignées en raison du démantèlement des services médicaux et sanitaires dans les villes, mortalité accrue due aux aléas climatiques, affaissement de la durée de vie, etc. Dans ce cas, les chiffres de la population mondiale sont de 4 milliards en 2050 et 1 milliard en 2100. » (dans le livre « Moins nombreux, plus heureux »)

Pablo Servigne en 2014 : « En l’espace de quelques décennies, l’humanité a de fortes chances de faire face à un pic de la population, un pic énergétique, un pic de l’eau disponible, un pic des terres arables, et très probablement un pic des rendements agricoles. Ainsi, il est désormais réaliste de penser que nous redescendions au cours des prochaines décennies à des niveaux de population proches de l’ère pré-industrielle : un à deux milliards d’êtres humains sur terre. » (dans le livre « Moins nombreux, plus heureux »)

Maxime de Blasi : « Concrètement, le niveau soutenable pour la planète de la population mondiale pourrait être fixé à partir d’une seule donnée, le jour du dépassement.qui symbolise la consommation de toutes les ressources renouvelables de la planète sur une année. En 2019, il surgissait le 1er août, nous consommons 1,7 fois ce que la Terre peut donner chaque année. Au moyen d’une simple règle de trois, on pourrait déduire que le niveau de population mondiale soutenable pour la planète est de huit divisé par 1,7 = 4,7 milliards d’humains. Mais si on prend en compte le fait que les trois quarts des humains aspirent à un meilleur bien-être matériel, le niveau de population soutenable est en réalité moitié moindre, à savoir entre 2 et 3 milliards d’habitants… à comparer aux 11 milliards attendus en 2050 lorsque le pic démographique sera atteint.« 

En guise de conclusion : En dépit de l’importance vitale de l’enjeu et de l’indiscutable compétence des lanceurs d’alerte démographique, ces avertissements ne produisent pas l’écho auquel on aurait pu s’attendre. Nous continuons à nous multiplier comme des lapins sans chasseurs. Ceux qui aiment le tourisme de masse et la vie en HLM, ceux qui adorent faire la queue et s’entasser dans les transports, se bousculer sur les plages et dans les discothèques… tous ceux-là estiment sans doute que la fourmilière n’a pas encore fait le plein.

Nous préférons penser autrement sur ce blog biosphere, l’optimum de population est dépassé depuis longtemps. Une analyse thermodynamique fait ressortir que la grandeur souhaitable d’une population est celle que pourrait nourrir une agriculture exclusivement organique, approximativement un milliard de personnes qui limitent drsatiquement leur consommation. Or nous avons franchi le cap du 1er milliard de personnes en 1804, pour atteindre 2 milliards en 1927, 3 milliards en 1960, 4 milliards en 1974, 5 milliards en 1987, 6 milliards en 1999, 7 milliards en 2011, bientôt 8 milliards en 2022. On prévoit 9 à 10 milliards en 2050 et 11 milliards en 2100. Ce qui précède montre que nous n’atteindront jamais les 10 milliards ; étant donné notre irresponsabilité démographique, il y aura multiplication des famines, guerres et épidémies comme le prévoyait Malthus. Nous accusons l’anti-malthusianisme de crime contre l’humanité.

Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphere

28 avril 2014, Choc très sanglant entre démographes et écologistes

Georgescu-Roegen, la question démographique

Une aile du mouvement de défense de l’environnement soutient que le problème de la croissance démographique n’est qu’un croquemitaine agité par les nations riches afin de masquer leurs propres abus écologiques. Pour les tenants de cette opinion, il n’y a qu’un mal, à savoir le développement inégal. D’autres font valoir en sens inverse que la croissance de la population est le mal le plus menaçant pour l’humanité et qu’il doit être traité d’urgence. Comme il fallait s‘y attendre, ces deux opinions opposées n’ont cessé de s’affronter en controverses inutiles et même violentes, ainsi qu’on a pu le constater notamment lors des conférences de Stockholm sur l’environnement en 1972 et lors de la conférence de Bucarest sur la population en 1974. Il est vrai que la différence de progression des nations riches et des nations pauvres est un mal en soi ; bien qu’étroitement liée à la croissance démographique continue, elle doit être traitée aussi pour elle-même. Bien entendu les pays qui connaissent à présent une très forte croissance démographique devront faire des efforts tout particuliers pour obtenir aussi vite que possible des résultats dans la décroissance démographique.

L’humanité devrait diminuer progressivement sa population jusqu’à un niveau où une agriculture organique suffirait à la nourrir convenablement. Étant donné l’éventail existant des plantes vertes et leur distribution géographique à n’importe quelle époque, la capacité de charge biologique de la Terre est déterminée. C’est dans ce cadre que l’homme lutte pour la nourriture contre d’autres organismes vivants. Il n’a pas dévié si peu que ce soit de la loi de la jungle ; s’il a fait quelque chose, c’est de se rendre encore plus impitoyable par ses instruments exosomatiques perfectionnés. L’homme a ouvertement cherché à exterminer toutes les espèces qui lui « volent » sa nourriture – les loups, les lapins, les mauvaise herbes, les insectes, les microbes, etc.

Deux facteurs ont influé sur la technologie agricole. Le plus ancien est la pression continuelle de la population sur la terre effectivement cultivée. L’essaimage des villages d’abord, les migrations ensuite, sont parvenus à réduire cette pression. Le second est un sous-produit de la révolution industrielle ; il réside dans l’extension à l’agriculture du processus par lequel la basse entropie d’origine minérale (les ressources fossiles en particulier) remplaça celle de nature biologique. Cette technique moderne constitue à long terme une orientation défavorable à l’intérêt bioéconomique fondamental de l’espèce humaine. Les tracteurs et autres machines agricoles ont supplanté les animaux de trait, les fertilisants chimiques ont supplanté fumures et jachères. Cela équivaut à substituer des éléments rares au plus abondant de tous, le rayonnement solaire. Une agriculture hautement mécanisée et lourdement fertilisée permet la survie d’une très grande population, mais au prix d’un épuisement accru des ressources, ce qui signifie une réduction proportionnellement accrue de la quantité de vie future. Aristote lui-même enseignait que l’État idéal doit veiller à ce que la taille de sa population reste accordée à celle de son sol.

Combien d’êtres humains la Terre pourrait accueillir ? Aucun des expert en démographie ne s’est posé la question cruciale de savoir combien de temps pourrait durer une population des 40 milliards, voire d’un seul million. Cette question met à nu la vision mécaniste du monde, à savoir le mythe de la population optimale « comme d’une population qui peut se maintenir indéfiniment ». Dans La République de Platon, la taille de la population doit être maintenue constante, (si besoin est par des infanticides). Mais il est inexact de croire que l’état stationnaire peut perdurer aussi longtemps que le niveau de la population n’excède pas la capacité de charge biologique. Cet état ne saurait avoir qu’une durée finie, faute de quoi il faudrait rejoindre le club des « sans limites » en soutenant que les ressources terrestres sont inépuisables. La Terre a une capacité de charge qui dépend d’un ensemble de facteurs incluant la taille de la population, la quantité de ressources épuisées par personne dans l’année et la quantité des ressources accessibles de la croûte terrestre.

Source : Nicholas Georgescu-Roegen, La décroissance (Entropie, écologie, économie) aux éditons Sang de la Terre, 2020

Pour en savoir plus sur Georgescu-Roegen (1906-1994)

le programme bioéconomique minimal

équité intergénérationnelle, la grand oubliée

24 juillet 2016, le programme de décroissance de Georgescu-Roegen

22 mai 2012, GEORGESCU-ROEGEN, l’entropie contre l’économie

Démographie, le triangle d’incompatibilités

Maxime de Blasi : « Pékin autorise les Chinois à faire un troisième enfant s’ils le souhaitent, François Bayrou souhaite relancer la natalité française. On n’aurait pas cru que  le PC chinois et le fondateur du MoDem puissent tomber d’accord ! De 1950 à 2020, la population mondiale a été multipliée par trois, celle des émissions de gaz à effet de serre (GES) par quatre. Si la Terre comptait un milliard d’humains au lieu de huit actuellement, il est évident que le problème environnemental et la pollution globale seraient inexistants, et que de vastes espaces pourraient être laissés aux espèces sauvages. Dans le système de ressources finies de la Terre, il y a incompatibilité entre la préservation de la planète, la croissance économique et celle de la population : deux de ces objectifs peuvent être atteints simultanément mais toujours au détriment du troisième – ce qu’on appelle un « trilemme » ou triangle d’incompatibilités. Concrètement, si la Chine et M. Bayrou veulent desserrer nos ceintures de chasteté, il va falloir… nous serrer la ceinture et réduire nos consommations qui sont déjà près de deux fois trop élevées. Ce n’est clairement pas le cap de leurs déclarations

Être un écologiste sincère, ce n’est pas plaider pour des vélos électriques soi-disant « verts » aux batteries contenant mille polluants ou un recyclage qui n’est largement qu’une fiction : c’est agir pour une maîtrise de la population mondiale. Concrètement, le niveau soutenable pour la planète de la population mondiale pourrait être fixé à partir d’une seule donnée, le jour du dépassement.qui symbolise la consommation de toutes les ressources renouvelables de la planète sur une année. En 2019, il surgissait le 1er août, nous consommons 1,7 fois ce que la Terre peut donner chaque année. Au moyen d’une simple règle de trois, on pourrait déduire que le niveau de population mondiale soutenable pour la planète est de huit divisé par 1,7 = 4,7 milliards d’humains. Mais si on prend en compte le fait que les trois quarts des humains aspirent à un meilleur bien-être matériel, le niveau de population soutenable est en réalité moitié moindre, à savoir entre 2 et 3 milliards d’habitants… à comparer aux 11 milliards attendus en 2050 lorsque le pic démographique sera atteint.

Les pistes d’une démographie mieux contrôlée existent, y compris chez nous. Soutenons les Etats qui investissent sur l’émancipation féminine et leur éducation comme le Rwanda ou le Ghana. Il va falloir chez nous questionner les allocations familiales croissantes en fonction du nombre d’enfants, ou encore le quotient familial, d’autant qu’un bébé occidental aura un impact environnemental 10 à 100 fois supérieur à celui d’un Indien durant sa vie . L’annonce de l’aide aux familles nombreuses serait immédiatement un vrai signal de responsabilité d’un Occident qui accapare les ressources de la planète. »

Biosphere : Il est surprenant que l’Obs ait laissé passer une telle tribune sur la surnatalité tellement le malthusianisme est tabou médiatique. Mais il ne faut pas croire que les nations vont restreindre leur natalité, ils affecteront leurs ressources à tenter de les nourrir. Il n’y a pas matière à s’inquiéter, la population mondiale se régulera selon les lois de la nature : lorsqu’il n’y aura plus adéquation entre les ressources et la demande, les humains se disputent les dernières gouttes d’eau et de pétrole : ils s’entre-tueront. Les épidémies et les famines feront aussi leur œuvre. Ce ne sera pas la première fois ni la dernière, à part que c’était plus localisé jusqu’à présent si on excepte les deux guerres mondiales et la pandémie actuelle. De toute façon cela ne modifie pas la loi de Malthus selon laquelle la population humaine s’accroît plus vite que les ressources alimentaires… si on ne maîtrise pas la fécondité humaine.

Pour en savoir plus sur Maxime de Blasi grâce à ce blog biosphere :

19 décembre 2020, Produire ou se reproduire, il faut choisir !

Pour en savoir plus sur les incompatibilités :

25 janvier 2017, démographie et politique, histoire d’incompatibilité

16 septembre 2016, Incompatibilité de la démographie et du libre-échange !

Un enfant par femme… ou deux ou trois !

1980, le pouvoir chinois interdit aux couples chinois d’avoir plus d’un enfant. Cette politique aurait ainsi évité 400 millions de naissances.

2014, le cinéaste Zhang Yimou s’acquitte d’une amende d’environ 1 million d’euros pour avoir eu trois enfants, deux de plus que ce que la loi permettait.

2015, le gouvernement autorise les ménages à avoir un deuxième enfant.

2020, le taux de fécondité est de 1,3 enfants par femme. La Chine va passer de 1,412 milliard de Chinois en 2020 à quelque 700 millions à la fin du siècle. Ce qui est plutôt une bonne nouvelle pour la planète ne l’est pas pour les dirigeants communistes, dont l’une des fiertés est d’être à la tête du pays le plus peuplé au monde. En 2100, la Chine serait dépassée par l’Inde, mais aussi par le Nigeria.

2021, le bureau politique « présidé par Xi Jinping » va autoriser les couples à avoir un troisième enfant. Pour le Parti communiste, rester le pays le plus peuplé du monde est une question de principe. Il s’agit de « préserver les atouts du pays en matière de ressources humaines » a déclaré le bureau politique ? Mais les couples chinois n’en veulent qu’un : « Je suis enfant unique, mon mari aussi. Nous avons nos quatre parents à charge ainsi qu’un enfant. Comment voulez-vous que nous élevions d’autres enfants ». Et la Chine n’est pas un pays d’immigration. Dans ce pays très nationaliste, le sujet est extrêmement sensible. En 2019, la mise en place de mesures assurant « la sécurité politique et frontalière » a facilité l’expulsion des résidents étrangers illégaux.

Kathy Barla : « Il est  temps d’arrêter de valoriser la croissance, et en particulier la croissance de la population quel qu’en soit le pays, pour se focaliser sur une adaptation de l’être humain plus appropriée aux limites de la planète, et ainsi limiter son impact… Il est temps que les journalistes (et les politiques) changent de point de vue. .. Pourriez-vous faire passer ce message à vos journalistes, car il me semble très important que les messages véhiculés par LE MONDE soient en phase avec les grands problèmes de notre époque ?» (Paroles de lecteurs)

Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphere :

10 août 2019, Il y a cinq milliards d’hommes en trop sur Terre

12 décembre 2017, Dix milliards de terriens, ce n’est vraiment pas humain

15 octobre 2016, Le vieillissement de la Chine n’est pas un drame

31 octobre 2015, Le climat souffre d’un trop plein d’humains… chinois

27 novembre 2013, vieillir n’est pas une charge insurmontable en Chine

3 avril 2013, la politique démographique chinoise ne doit pas changer

28 novembre 2012, Pour ou contre une Chine de 3 milliards d’habitants ?

25 mai 2007, 1,5 milliards de Chinois

Démographie Responsable, à connaître

« Démographie Responsable », une association malthusienne à soutenir. Voici son dernier bulletin d’information.

association d’intérêt général : Démographie Responsable bénéficie désormais du statut d’organisme d’intérêt général avec les avantages fiscaux qui lui sont associés. Donc, les sommes (dons et adhésions) versées à Démographie Responsable au cours de l’année 2021 pourront être déclarées au titre des « dons  à certains organismes d’intérêt général »  dans votre déclaration de 2022. Les services fiscaux se chargeront alors de déduire 66% de ces versements du montant de vos impôts.

le Pacte Démographique : François Bayrou, Haut-commissaire au plan, a récemment proposé un pacte démographique censé participer à la défense de notre modèle social. Il suggère pour cela de relancer la natalité via des aides sociales et via une politique plus favorable à l’immigration. Démographie Responsable a réagi rapidement par un communiqué publié sur notre site ainsi que sur Facebook.  Ce communiqué a également envoyé individuellement à l’ensemble des parlementaires (577 députés et 348 sénateurs).

Report du Festival Climat de Strasbourg : Nous devions participer au Festival Climat de Strasbourg les 4, 5 et 6 juin prochains. Hélas, les dernières restrictions sanitaires ne permettront pas la tenue de cette manifestation. Il est pour l’instant envisagé un report les 2 et 3 octobre. Nous vous tiendrons au courant, a priori, nous aurions un petit stand et animerions une table ronde.

– Publications de nos adhérents

Pierre Jouventin, éthologue et également membre d’honneur de Démographie Responsable vient de publier l’ouvrage  « Le loup, ce mal-aimé qui nous ressemble ». Voici ce que nous en dit l’auteur : « Ce n’est pas seulement un livre sur le loup mais sur le chien et surtout l’homme qui ne sait pas réguler ses populations ! Je propose sous une forme grand-public une nouvelle théorie anthropologique : l’homme n’est pas aussi proche génétiquement du loup que du chimpanzé, mais il en est plus proche par convergence adaptative. Il a longtemps occupé la même niche écologique de chasseur coopératif de gros gibier, ce qui explique nos particularités uniques dans notre famille de primate-prédateur. Il s’en est émancipé il y a 10 000 ans grâce à l’agriculture et l’élevage avec un succès fulgurant qui a permis la surexploitation des ressources et la surpopulation »

Michel Sourrouille, créateur et rédacteur du site Biosphère, le point de vue des écologistes), dans lntexte Faire face à l’explosion démographique  détaille les contraintes et blocages générés par l’explosion démographique et nous invite à agir vite à travers quatre axes principaux.

Bernard Lafon,  sous le titre Les violences faites à la Terre  et sous la forme d’une tragédie en V actes, décrit l’aventure humaine et sa folie démographique.

Roland Pourtier, Géographe, spécialiste de l’Afrique et membre d’honneur de Démographie Responsable vient de publier le livre : Congo un fleuve à la puissance contrariée (éditions du CNRS). Évidemment la problématique démographique n’est pas oubliée parmi les grands déterminants de l’évolution des régions qui bordent ce fleuve.

Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphere

3 octobre 2020, Appel… pour une démographie responsable

18 juin 2020, Démographie Responsable et immigrations

13 décembre 2016, Le point de vue de « Démographie Responsable »

3 septembre 2010, démographie responsable

Sommet de l’ONU, alimentation et fécondité

Convoqué par le secrétaire général de l’ONU, un sommet de l’ONU sur l’alimentation va avoir lieu près de vingt ans après le dernier sommet sur l’alimentation de 2002 : mettre la planète en ordre de marche pour atteindre l’objectif « faim zéro » en 2030. A peine le projet annoncé que les critiques pleuvent : droit aux OGM trop présent, droits de l’homme trop absents, manque de légitimité démocratique, beaucoup d’acrimonies contre ce sommet. Même le rapporteur des Nations unies pour le droit à l’alimentation, l’Américain Michael Fakhri, y va de sa diatribe : « Vous êtes invités à la table, certes, mais vous êtes les derniers invités, on vous dit à côté de qui vous asseoir et on vous impose le menu ! » Des ONG, des scientifiques et des organisations paysannes demandent à la France de se retirer des instances organisationnelles de l’événement.

Mais tout ce beau monde sans exception aucune oublie complètement la cause principale de la famine, la croissance démographique. Comme la population double encore en moins de 70 ans alors que les ressources alimentaires vont se raréfier étant donné le réchauffement climatique, les stress hydriques et l’épuisement des terres, éradiquer la faim sans se soucier de mettre en veilleuse l’exubérance de la fécondité humaine, c’est l’échec assuré. Rappelons qu’une conférence mondiale sur la population a eu lieu en 1974, laissée malheureusement sans suite. Il est vrai que le message de Malthus daté de 1798 n’a jamais été écouté : sans maîtrise de la fécondité, l’insuffisance des ressources va inéluctablement vers la multiplication des guerres, des épidémies et des famines. Le choc des nations est déjà une réalité, la Covid19 fait actuellement son œuvre et aucune conférence internationale n’a réussi à endiguer la faim dans le monde.

Un peu plus de 820 millions de personnes, soit 10,8 % de la population, étaient sous-alimentées en 2018. Selon les données de 2019, 690 millions de personnes, soit 8,9 % de la population mondiale, sont encore sous-alimentées. Mais en élargissant à la notion plus vaste d’insécurité alimentaire, qui désigne les difficultés d’accéder de façon régulière à une nourriture saine, équilibrée et nutritive, les Nations unies calculent que 2 milliards de personnes, soit plus d’un quart de la population, étaient concernées. L’émaciation, caractérisée par un faible poids par rapport à la taille de l’enfant, touche notamment 340 millions d’enfants, soit 6,9 % des enfants de moins 5 ans.

La faim est à l’intersection de l’organisation sociale et du poids de l’humanité sur les ressources naturelles. Pour mieux comprendre la complexité de la question démographique, lire le livre de Michel SOURROUILLE, « Arrêtons de faire des gosses, comment la surpopulation nous mène à notre perte. »

Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphere :

18 juillet 2020, Mourir de faim, un choix volontaire

15 mai 2020, EFG, Epidémie, Famines, Guerres… normal

17 juillet 2019, Malthus avait raison, la faim existe !

L’illusion du chiffre 2,1 enfants par femme

Il est fréquent d’entendre ce genre de propos : « Pour ma part je recommanderais en France de viser le taux de renouvellement normal de la population qui est autour de 2,1 enfant par femme. »

Mais reproduire la population à l’identique fait l’impasse sur le fait de savoir si le niveau atteint est convenable, insuffisant ou au contraire signe de surpopulation. Il n’y a pas de taux « normal », mais une recherche à faire sur ce qui serait le niveau optimal d’une population. La France est passé de 39 millions d’habitants en 1944 à 67.4 millions au 1er janvier 2021. La densité dépasse 118 habitants au km². Il faudrait s’interroger sur la capacité de charge du territoire français.

Dans le dernier livre de Michel SOURROUILLE, « Arrêtons de faire des gosses », il y a un chapitre sur la surpopulation française dont nous vous donnons le contenu : « Se polariser sur l’explosion démographique en Afrique nous empêche de regarder notre propre situation. Avec 67 millions d’habitants franchi au 1er janvier 2020, c’est douze millions d’habitants de plus qu’en 1981, et vingt deux millions de plus qu’en 1958. Est-ce à dire que la France est surpeuplée ? Avec une densité de 100 habitants au kilomètre carré, chaque habitant n’aurait à sa disposition qu’un carré de 100 mètres de côté, soit un hectare, à partir duquel il devrait satisfaire tous ses besoins d’habitat, de routes, d’alimentation, de loisirs, etc. C’est fort peu, c’est insuffisant. Or la France métropolitaine était déjà à une densité de 116 en 2011. La France vit de ses importations de pétrole, de gaz, de charbon, de minerais, toutes nos mines ou presque ont fermé. Nos capacités d’autonomie énergétique et industrielle sont quasi-inexistantes alors que nos besoins sont démesurés. Pourra-t-on encore longtemps dépendre du pillage du reste du monde pour sauvegarder notre niveau de vie ? Que se passera-t-il lorsqu’on ne pourra plus drainer des ressources d’autres régions de la planète ? Le nombre de personnes inscrites à Pôle emploi est à l’heure où j’écris ces lignes de 5 530 000 dont 3 364 500 personnes sont sans emploi. Plusieurs millions de surnuméraires, il y a trop de personnes et pas assez de demande de travail. Le chômage est structurel, aucune politique de l’emploi depuis des dizaines d’années n’a réussi à endiguer ce fléau. Toute crise pétrolière ou financière accroît rapidement ce problème. Avec la crise des subprimes en 2008, une crise financière, le taux de chômage est passé de 7,5 % de la population active en France métropolitaine à presque 10 % en 2010. Autant dire qu’une situation explosive peut devenir rapidement la norme si nos systèmes d’aide publique n’étaient pas là au prix d’un endettement très important. Ces statistiques globales s’accompagnent d’un malaise social, coincés que nous sommes dans les embouteillages, dans les cités dortoirs, dans le métro ou sur les plages. Qui dit hausse de la population dit aussi hausse de la pression foncière, ce qui fait augmenter le coût du logement pour les particuliers. Se loger devient très cher dans les centres ville, et habiter en banlieue rend nécessaire la voiture. C’est Charybde ou Scylla. Une société surpeuplée offre comme compensation illusoire des loisirs de masse. Le Groupama Stadium à Lyon offre près de 60 000 places, le Parc des principes presque 49 000 et nos jeunes oublient les réalités devant leurs écrans. N’oublions pas aussi que le nombre de personnes est un multiplicateur des menaces liées au niveau de la consommation par tête. Ajoutons que les phénomènes migratoires sont aussi un bon indicateur de surpopulation dans les pays d’origine et qu’un mauvais accueil de ces migrants peut être le signe d’un sentiment de saturation du territoire d’appartenance. Nous ne pouvons pas être de plus en plus nombreux en France si nous souhaitons mettre en place une société économiquement durable, écologiquement équilibrée et conviviale dans les interrelations sociales. Même la stabilisation de la population à 67 millions d’habitants serait un leurre ; il faut quelque chose de plus qu’un couple pour faire des enfants, il faut aussi un territoire viable et vivable. »

Pour réagir contre la surpopulation française, vous pouvez personnellement arrêter de faire des gosses de façon inconsidérée. Le désir d’enfant devrait s’accompagner d’une réflexion tant au niveau de notre situation personnelle que de la situation française dans le contexte planétaire. Vous pouvez aussi mener une action collective en adhérent à l’association Démographie Responsable. Et vous pouvez soutenir la cause malthusienne en achetant le livre de Michel SOURROUILLE par l’intermédiaire de votre libraire de proximité ou à défaut par Internet ; les droits d’auteur seront reversés à l’association DR.

Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphere :

9 août 2019, Ah, si la population française diminuait !

18 février 2015, Un bébé de plus en France, une charge insupportable

Redonnons au mot malthusien son vrai sens

La question démographique est la grande oubliée des analyses contemporaines. Prenons la tribune au « Monde » de Jean-Marc Roda et Jacques Tassin. A leur avis, c’est la précarité rurale qui conduit les agriculteurs à convertir les forêts en terres agricoles et qui est à l’origine des zoonoses. Fort bien, mais rien dans leur discours n’explique les causes de la pauvreté. Pourtant, si les forêts tropicales disparaissent sous le fer et le feu d’agriculteurs en quête de terres, c’est bien parce que le poids du nombre pèse sur les ressources naturelles. Nous avons oublié le message essentiel de Malthus en 1798 dans son Essai sur le principe de population  : nous dépendons des ressources naturelles. Il a formulé ce message bien avant même que le mot « écologie » soit inventé, il est donc un précurseur de l’écologie politique.

Le terme malthusien devrait être connu dès l’école, il se trouve d’ailleurs dans un dictionnaire ordinaire. Malthusien, « qui appartient aux doctrines de Malthus, qui en est partisan ». Malthusianisme, « toute doctrine préconisant une restriction de la population ». On n’explique pas que Malthus mettait en comparaison l’évolution exponentielle de la population et l’augmentation simplement linéaire de la production agricole. De plus c’est une vision modernisée et dénaturée de « malthusien » qui apparaît dans la plupart des écrits contemporains, une volonté de restrictions socio-économiques. Dans les archives du MONDE par exemple, un article d’août 2020 nous indique que « Notre système universitaire est devenu trop malthusien face à la concurrence internationale ». Ou dans un tout autre registre, « la peine de prison pourra s’exécuter sous forme de placement sous bracelet électronique, c’est le principal bénéfice malthusien de la réforme sur la population carcérale ». Une autre manière de traiter le malthusianisme est de le dénigrer, ainsi le philosophe Dominique Bourg : « L’écologie politique compte même des expressions, notamment avec le courant que nous proposons d’appeler malthusien, très marquées à droite, récusant l’héritage universaliste et émancipateur des Lumières ».

On peut donc parler d’un tabou, « malthusien », le mot qu’il ne faut pas prononcer. Pourtant dans les années 1970 le rapport au Club de Rome sur les limites de la croissance démontrait que la démographie était une composante essentielle de la détérioration des conditions de vie sur Terre. Pourtant certains pays connaissent encore aujourd’hui une explosion démographique, comme un article récent du MONDE sur le Niger, 3,5 millions d’habitants en 1960, 209 millions au rythme actuel en 2100. En mars 2021, le ministre burkinabé chargé de la cohésion sociale expliquait dans les colonnes du MONDE : « Dans certaines zones de mon pays, l’accès aux pâturages, rendu plus difficile à cause de l’explosion démographique et des changements climatiques, a contraint des populations à migrer. Cela a créé des conflits de plus en plus violents. » La population du pays a augmenté de 40 % au cours de la dernière décennie. A ce rythme, elle aura doublé en 25 années seulement. Ajoutons que l’expansion humaine, à la fois démographique et économique, limite l’espace vital de toutes les autres espèces et contribue à l’extinction de la biodiversité.

Bien entendu l’évolution de la population est en interdépendance étroite avec biens d’autres causalités. L’extrême violence actuelle dans plusieurs contrées s’explique à la fois par l’intensification de la désertification due à la montée des températures, au stress hydrique, à la raréfaction des ressources alimentaires, aux conflits ethniques… Il ne faut certes pas céder à la tentation de porter accusation contre tous les pays en difficulté qui ne mettent pas en place un planning familial performant. La France a une politique gouvernementale ouvertement nataliste, quels que soient d’ailleurs l’étiquette politique des gouvernements en place. Rappelons cependant les termes du programme de René Dumont lors de la présidentielle française de 1974 : « Nourrir plus d’homme implique la destruction du milieu naturel. Du reste, si nous nous multiplions inconsidérément, le phosphore nécessaire à l’agriculture manquerait bientôt. Il faut réagir contre la surpopulation. En Inde surpeuplée certes, mais surtout chez les riches : 500 fois plus d’énergie consommée par tête à New York que chez le paysan indien. Ce qui remet en cause toutes les formes d’encouragement à la natalité, chez nous en France. » La question démographique est donc à la fois une problématique nationale ET internationale, économique ET démographique. Mais si l’ONU a organisé depuis 1974 (Bucarest) des conférences mondiales de la population, on a par la suite étouffé la variable démographique sous l’exigence du développement économique. La conférence internationale à Nairobi en 2019 a eu lieu dans la plus stricte confidentialité. Le malthusianisme est devenu inaudible, place à l’idée de « développement durable ». Pourtant, si on laisse libre cours à l’exubérance de la fécondité humaine, nous serons confrontés immanquablement aux épidémies, aux famines et aux guerres comme le prévoyait Malthus. Ces funestes événements se multiplient aujourd’hui.

Devenons tous malthusiens, ça urge !

Michel Sourrouille

François Bayrou et l’impact démographique

François Bayrou, 6 enfants et grand-père de vingt-et-un petits-enfants. Il voudrait que tout le monde fasse comme lui. Ce « haut-commissaire au plan » estime que la natalité et l’accueil de personnes étrangères pour améliorer le rapport actifs-retraités sont les « deux voies » pour « assurer l’avenir démographique » de la France. Ce pacte démographique à la con, les commentateurs sur lemonde.fr le descendent en flèche :

Camtaoij : Il serait temps de changer de logiciel. Comment peut-on craindre de manquer de bras alors qu’on a des millions de chômeurs ?

Castanea : Pffffff… augmenter la natalité alors que la planète court à la catastrophe avec d’un côté un changement climatique qui s’annonce apocalyptique et des pays incapables de s’entendre efficacement pour utiliser les dernières années qui nous restent afin de prendre les mesures radicales qui s’imposent… et de l’autre, un début d’effondrement d’une partie du vivant annonçant une crise de la biodiversité dont nous n’avons pas fini de payer les conséquences sur nos vies, le Covid n’en étant qu’une illustration bénigne mais évidente… Et l’autre, Bayrou, il nous parle de… natalité !

Electron : F Bayrou oublie un point fondamental dans son raisonnement : le développement durable de l’Humanité. L’espèce humaine est en train de surexploiter et détruire sa planète, et les conséquences risquent d’être plus que critiques. Aujourd’hui encore 80 % de notre énergie est d’origine fossile: que sera demain un monde dans lequel le pétrole, qui permet l’agriculture et le ravitaillement, sera épuisé? Et la disponibilité en eau ? La surpopulation, nous y sommes.

Audrey : Bayrou, c’est n’importe quoi ! Aujourd’hui un gosse est une charge pour la société. Plus de gosses, ça veut dire plus de personnes au RSA et plus de chômeurs.

Heinrich Von Zimmel : C’est beau cette course en avant. Accueillons plus de personnes qui devront faire plus d’enfants et accueillir encore plus de personnes pour assurer la continuité. On nage en plein désastre après la vague migratoire des années 60-70 et 90-00, il faut en plus encore accueillir de nouvelles personnes ? alors même qu’on a du mal à intégrer les précédentes vagues et que celles-ci refusent de s’assimiler ? On marche sur la tête.

Viviane17 : Faut-il baser le modèle démographique sur une pyramide de Ponzi ? À l’évidence il faut une décroissance démographique mondiale, et en France soutenir la natalité avec des allocations dès le premier enfant, plafonnées à deux ou trois selon les projections. Au delà, c’est un choix personnel qui n’a pas à être financé par la société.

Le Dingue : Bayrou retrouve la magie de la martingale en oubliant son risque : miser toujours plus tant qu’on gagne…jusqu’à ce que le dernier tour fasse perdre d’un coup un multiple de tous les gains accumulés. Ou bien la facilité du tas de sable qu’on déplace…dans le futur. Sachant que si toute la population mondiale avait le profil de consommation du français moyen, il faudrait quatre planètes Terre pour subvenir aux besoins et recycler les déchets (le profil des USA est de dix planètes!). Donc il faudrait en fait diviser la population française par quatre si on veut stabiliser la dégradation de la Terre et de ses ressources.

Maclen : On reste abasourdi par les propositions de M. Bayrou : la chair à enfanter immigrée remplace la chair à canons d’autrefois et ce monsieur phosphore une martingale d’équilibre des retraites qui donne des sueurs froides. Je me lance (pourquoi pas moi ?) : 1/ La planète va mal. Et si nous, la France, donnions l’exemple au monde d’une maîtrise de long terme de notre population ? ; 2/ J’ai remarqué que l’immigration posait des problèmes (« la France c’est pour les papiers », Bataclan…) : pas vous ? 3/ La France vieillit mais un nouvel équilibre viendra, pas de panique ; c’est arithmétique toute chose égale ; 4/ On demande aux femmes, vraiment, intimement, les yeux dans les yeux, ce qu’elles souhaitent et leurs conditions pour enfanter.

GR : Me BAYROU, Il faut se calmer. Vous êtes vous promenez dans les cités de nos grandes villes ? Je ne le pense pas. Il faut arrêter cette course en avant, tout ça pour empiler les gens les uns sur les autres. Revoyez vos modèles économiques pour arriver à l’équilibre, sans augmentation de notre population, svp.

Ithilglin : Sérieusement ? On en est encore à parler de politique nataliste, et on en est encore à en faire une condition de notre modèle social ? Alors que l’impact humain sur les écosystèmes est aujourd’hui intenable et qu’il faut absolument songer à réduire la pression de manière organisée faute de quoi cela se fera de manière désorganisée, donc beaucoup plus violente. Le concept de croissance économique ET démographique est tout simplement stupide dans l’environnement fini qu’est la terre. Aussi dur que cela soit, il faut développer un modèle qui n’a pas besoin de croissance. Ce n’est pas une idéologie, c’est une nécessité physique. On a beaucoup utilisé la science pour justifier les mesures de restrictions ces derniers mois, mais bizarrement toujours quand cela allait dans le sens de l’idéologie au pouvoir.

Les préjugés du journal « La décroissance »

Nous aimons ce mensuel iconoclaste qui porte la seule parole d’avenir aujourd’hui : « Il nous faut maîtriser la décroissance de notre système thermo-industriel, sinon le choc sera très brutal ». Il nous semble cependant que Vincent Cheynet, son rédacteur en chef, ne réfléchit pas toujours comme il faudrait.

Par exemple les colonnes de son journal sont interdites à tous ceux qui analysent la décroissance démographique. On ne jure que par la décroissance économique, la maîtrise de la fécondité humaine, c‘est tabou. Le mot « malthusien » est même interdit de séjour. On préfère louer les ventres qui s’arrondissent. C’est pourquoi ce journal en reste à des superficialités. Ainsi dans le numéro de mai 2021, la comédienne Audrey Vernon : « J’ai envie qu’on arrête de fabriquer des smartphones, des SUV, mais pas des bébés. » Commentaire du journal : « On rêve d’un monde du spectacle qui devienne aussi subversif ». Après ce commentaire abrupt, Vincent Cheynet cite le livre d’Audrey, Billion dollar baby : lettre ouverte à mon enfant à naître. Il faut s’en contenter alors que la pensée d’Audrey est bien plus ouverte : « La littérature écologiste radicale est passionnante, stimulante… Notre civilisation ressemble de plus en plus à la grande barrière de corail, blanchie, fantomatique, sale… J’ai envie qu’on arrête de fabriquer des produits, de transformer l’animé en inanimé.. Je propose la décroissance, le retour à la réalité, la fin du décalage prométhéen entre nos techniques et notre incapacité qui fait qu’on n’arrive pas à imaginer les conséquences de nos actes et de l’utilisation de ce « progrès »… Il faut revenir à la réalité biologique et partir de ça pour reconstruire des techniques adaptées à la vie et qui ne détruisent pas tout ce qu’elles touchent. On ne devrait fabriquer que des choses biodégradables, retrouver cette osmose avec les êtres vivants dont nous co-dépendons. Se souvenir que l’océan avant d’être une décharge est notre oxygène, que la terre avant d’être une source de profit est la condition de notre vie biologique… Et aussi laisser les milliardaires aller sur Mars… tout seuls. Les périls sont immenses, on parle quand même de 6ème extinction de masse. De génocides en cours et à venir. Des enfants meurent tous les jours de notre confort, je rêve qu’appuyer sur un interrupteur n’ait pas pour conséquences l’expulsion de populations, la famine, la vie dans des bidonvilles…» Après ces fortes paroles, on ne voit pas pourquoi Audrey n’a pas intitulé son opuscule « lettre à l’enfant que je n’aurai jamais».

Le débat sur le malthusianisme mériterait d’être ouvert par Vincent Cheynet.

Notre synthèse, MALTHUS, décroissant nié par les décroissants (27 août 2020)

Deuxième exemple d’ostracisme, la manie de Vincent Cheynet d’attaquer tout ce qui bouge en matière d’écologisme, celles et ceux qu’il appelle écotartuffes. Cyril Dion est emblématique des préjugés du journal envers les personnes et leurs idées. Dans le numéro de mai 2021, on fait une longue citation des propos de Cyril : « Y’a un livre passionnant qui s’appelle Comment saboter un pipeline d’Andreas Malm… Finalement, dans l’histoire, que ce soit pour les droits civiques, que ce soit pour les suffragettes, que ce soit pour indépendance de l’Inde, en réalité il y a à la fois des mouvements non-violents, ce que l’histoire a gardé dans ses tablettes, mais aussi des mouvements d’action directe qui faisaient toujours attention à ne pas faire de victimes humaines mais où y’avait des sabotages, ou y’avait des attentats : les suffragettes faisaient péter des bombes, et cette action instaurait une épreuve de force avec le pouvoir qui a permis à la fraction non-violente de pouvoir avancer ses pions, et de pouvoir transformer les lois et la société…. » Le mensuel en tire le commentaire définitif suivant : « Voilà notre écologiste médiatique qui fait l’apologie de la violence qui, en fait « ouvrirait la voix aux non-violents (sic). »

Là encore le journal La décroissance refuse d’aborder le débat de fond, les modes d’action à envisager dans un contexte d’urgence écologique. Est-ce que la violence contre les biens nuisibles à l’équilibre socio-écologique sont (ou non) une forme de non-violence, le débat méritait d’être ouvert par Vincent Cheynet.

Notre synthèse, Urgence écologique et destructions de biens (11 octobre 2020)

Limiter les naissances, plutôt choisir sa mort

Un jeune auditeur : « Plutôt que de limiter les naissances, supprimons les soins médicaux dès l’âge de 80 ans. » Un autre encore plus jeune : « Pour ne plus être trop nombreux, changeons de société : 20 ans pour étudier, 20 ans pour travailler, 20 ans de retraite pour profiter de la vie et dès l ‘âge de 60 ans, euthanasie obligatoire. » C’était à la fin des années 1980 deux interventions lors d’une émission radio « Faut-il limiter les naissances ? ». Quarante ans plus tard, on se pose toujours en France la question de choisir sa mort. Le débat est à la fois public et parlementaire.

1) Éditorial du « MONDE le 7 avril 2021 : Récurrente, douloureuse, mais fondamentale et rebelle à tout manichéisme, la question de la fin de vie revient à l’ordre du jour… Selon plusieurs sondages, une large majorité de Français, y compris les catholiques pratiquants, souhaite une évolution de la loi… De leur côté, les adversaires du texte insistent sur les progrès en matière de soins palliatifs… Mais c’est un fait , la mort est un événement sur lequel les individus souhaitent de plus en plus exercer leur liberté…

Réactions à cet éditorial sur lemonde.fr :

Michèle de Dordogne : Il faut faire comprendre une chose importante aux soignants : Lorsqu’ ils mettent quelqu’un sous sédation profonde terminale (ce qui est légal mais que beaucoup refusent encore) ou qu’ils pratiquent une euthanasie active, ce n’est pas eux qui tuent le malade mais leur maladie : ils ne font que mettre fin à des douleurs et qu’aider le passage, un acte de charité, un acte de soignants responsables jusqu’ au bout.

Pascale C. : Comme le disent les gens bien, pourquoi l’euthanasie alors qu’on peut très bien se jeter d’un pont ? Et pourquoi mourir sans souffrances inutiles quand on peut avoir une mort bien douloureuse, bien lente et bien atroce ? Pourquoi ne pas profiter pleinement des plaisirs de l’Alzheimer, surtout en phase terminale ?… Tout cela me paraît bête à pleurer. Je désire pouvoir mettre fin à ma vie d’une manière indolore et parce que c’est mon choix : en un mot, même si ce mot est discuté, dignement, et sans être infantilisée par une bande de bigots et de cagots qui s’arrogeraient jusqu’à mon dernier instant le droit de dire le bien à ma place.

joelle Koenig : Peut être certaines personnes qui ont mon âge, nées après la 2eme Guerre Mondiale, se rappellent-elles avoir appris à L’Ecole Publique cette fable de Lafontaine: «  » »le Laboureur et ses enfants » »: Le laboureur sentant sa mort prochaine fit venir ses enfants, leur parla sans témoins : Travaillez prenez de la peine…. et surtout la morale : JE VOUDRAIS QU’A CET AGE ON SORTÎT DE LA VIE AINSI QUE D’UN BANQUET ET QU’ ON FÎT SON PAQUET CAR DE COMBIEN PEUT ON RETARDER LE VOYAGE?

Dominique : Beaucoup de bruit pour pas grand chose. Cette proposition de loi « donnant le droit à une fin de vie libre et choisie » ne vise en fait que les personnes « en phase avancée ou terminale d’une affection grave et incurable (…) lui infligeant une souffrance physique ou psychique qui ne peut être apaisée ou qu’elle juge insupportable », ce qui restreint considérablement son champ d’application. La seule véritable avancée serait une loi autorisant explicitement le suicide assisté ou l’assistance au suicide (« fin de vie » = hypocrisie pour ne pas employer le mot « suicide ») pour tout individu en pleine possession de ses facultés. Aujourd’hui, une personne qui décide de ne plus vivre, et c’est son droit le plus strict même si elle ne souffre d’aucune affection grave ou bénigne, n’a le choix qu’entre des moyens violents (arme à feu, pendaison, poison, etc.). C’est cela qui est scandaleux, ainsi que le fait que certains s’arrogent le droit d’obliger quelqu’un à vivre alors qu’il n’en a pas envie.

Sam D : Juste pour rappeler que tout le monde a droit à mettre fin à sa vie sans que cela passe forcément par la médecine (c’est d’ailleurs un peu le même problème que pour beaucoup de procréations médicalement assistées). Ce sont souvent les mêmes qui hurlent à la dictature des blouses blanches et font appel à la médecine pour des choses qui n’en relèvent pas forcément…

Claustaire : Sam, vous pouvez effectivement repeindre votre salon pour vos héritiers en recourant au fusil de chasse.

I.H : On pourrait commencer par une campagne promouvant la rédaction des directives anticipées. Qui ne concernent pas que le quatrième âge. Il y a 6 ans j’étais la seule et première patiente de mon généraliste à l’avoir demandé. Cela avait pris beaucoup de temps, je crois que depuis des formulaires ont été mis à la disposition des médecins pour en faciliter la compréhension et la rédaction.

297 députés veulent choisir leur fin de vie

Un jeune auditeur : « Plutôt que de limiter les naissances, supprimons les soins médicaux dès l’âge de 80 ans. » Un autre encore plus jeune : « Pour ne plus être trop nombreux, changeons de société : 20 ans pour étudier, 20 ans pour travailler, 20 ans de retraite pour profiter de la vie et dès l ‘âge de 60 ans, euthanasie obligatoire. » C’était à la fin des années 1980 deux interventions lors d’une émission radio « Faut-il limiter les naissances ? ». Quarante ans plus tard, on se pose toujours en France la question de choisir sa mort.

Quelque 300 députés de tous bords veulent poursuivre les débats sur l’euthanasie : Plus de la moitié de l’Assemblée nationale a demandé le 7 mai 2021 au premier ministre, dans un courrier, d’inscrire à l’ordre du jour la proposition de loi autorisant l’euthanasie, dont l’examen n’avait pu aller à son terme le 8 avril face à des milliers d’amendements déposés par quelques élus Les Républicains. « Il importe maintenant de poursuivre ce travail parlementaire. Les Français demandent instamment à ce que tout soit fait dans la période actuelle pour protéger les vivants et pour humaniser l’agonie des mourants »… « Engagée de longue date pour le droit à la fin de vie dans la dignité, je soutiens l’appel de ces 297 députés », a écrit la ministre déléguée à la citoyenneté, Marlène Schiappa… « Choisir dans la dignité sa #findevie, un débat sociétal qui doit trouver sa place au Parlement », a twitté la ministre déléguée à l’industrie, Agnès Pannier-Runacher.

Commentaires sur lemonde.fr :

Marie Rose Poux du ciel : Qui sont ces députés LR : Patrick Hetzel, Xavier Breton, Marc Le Fur, Julien Ravier et Frédéric Reiss sont les auteurs de 2 300 des 3000 amendements déposés sur le texte. Ils sont apparemment habitués des blocages des débats les sujets societaux………

Serge Mad : Et bah nos institutions marchent super bien, on dirait ! 5 députés peuvent empêcher un texte de passer (faut juste payer des assistants parlementaires pour rédiger des milliers d’amendements foireux). Mais par contre, quand plus de la moitié des députés est d’accord sur un truc… Bah « faut attendre, oui, peut-être, il est urgent d’attendre, il faut en débattre, etc.… » Nan mais on est d’accord que ça marche pas, ce truc parlementaire !

Michèle de Dordogne : Il y a 40 ans que les hommes politiques nous expliquent que ce n’est pas le moment de légiférer sur la fin de vie. Sans doute ont-ils dans leur entourage des médecins solidaires qui sauront les aider le moment venu. Mais le reste des Français ? Tout le monde n’a pas les moyens d’aller à Zurich.

Rabino : Il me semble qu’il y a d’autres priorités plus importantes pour cette législature en fin de mandat. Soyons raisonnable, combien de personnes sont actuellement concernées : 100 ou 1000 par rapport aux millions touchés par la maladie, la pauvreté, l’insécurité, le chômage et autres formes de précarité ; sans oublier les décisions difficiles à prendre pour protéger l’environnement.
Établir le juste calendrier des priorités est la responsabilité d’un bon gouvernement.

Noussachons @ Rabino : Ah vraiment ? Les assemblées ne peuvent pas délibérer ? Les commissions travailler ? Toujours la même rengaine pour justifier l’immobilisme. L’environnement ? Une loi pipeau a été votée qui n’engage en rien la responsabilité de ce gouvernement qui continue à délivrer des dérogations mortifères sur les pesticides par exemple. Pour ça on trouve le temps. Dites plutôt que votre ontologie judéo-chrétienne vous interdit même de penser la mort sans souffrance.

O. Pinion : Avoir la possibilité de tirer la porte proprement, de dire « Adieu » aux siens sereinement, qu’y-a-t-il de mal à ça ? On dirait que certains préfèrent voir leurs congénères souffrir physiquement et moralement ou bien mettre fin à leurs jours dans une action violente pour eux et les témoins et traumatisante pour leurs familles. Certains nous imposent leur intégrisme alors qu’on leur demande juste d’avoir le choix, seulement le choix.

Nullipare par souci du bien commun

Prix Nobel de médecine en 2008, la virologue Françoise Barré-Sinoussi a codécouvert le virus du sida en 1983. Elle est interviewé par LE MONDE :

LM : Vous avez fait le choix de ne pas avoir d’enfant…

FBS : A mon adolescence, il y a eu des moments très violents entre mon père et moi. Il considérait qu’une femme devait se marier, avoir des enfants et rester au foyer, comme ce fut le cas pour ma mère. Je ne me voyais pas avec un enfant. J’aurais eu une double culpabilité : ne pas suffisamment m’occuper de lui et ne pas donner assez à la science. Je ne voulais pas vivre tiraillée ainsi, cela aurait été insupportable. Mon mari l’a compris. Nous avons fait ce choix ensemble. Il m’a toujours soutenue. Même si cela n’a pas toujours été facile. Quand le sida est arrivé, nous ne sommes, par exemple, plus jamais partis en vacances. Nos amis ne comprenaient pas. Certains lui disaient : « Mais comment acceptes-tu la vie que Françoise te fait mener ? » Il répondait : « Ça ne vous regarde pas, c’est sa vie et, moi, ça me va très bien comme ça… » Le jour de notre mariage, je suis passée au labo, avant la cérémonie, prévue en fin de matinée. Vers 11 heures, mon futur mari m’a téléphoné : « Est-ce que tu te rappelles quel jour on est ? Est-ce que tu comptes venir ? » Je n’avais pas vu l’heure !

LM : Avec le recul, pensez-vous toujours que toutes ces heures passées au laboratoire, au mépris de tout le reste, valaient la peine ?

FBS : Je me suis posé cette question au moment de la maladie de mon mari. Je savais qu’il allait mourir. A ce moment-là, j’ai essayé d’aller moins au labo, de travailler à la maison. Mais il m’a fait comprendre que je devais reprendre le cours de ma vie, que ça lui faisait du bien à lui aussi. Il m’a remise sur les rails. Maintenant, je sais qu’il avait raison. J’arrive dans la dernière période de ma vie, et je n’ai aucun regret. J’ai rencontré des gens merveilleux, splendides, j’ai beaucoup appris des autres, j’espère avoir contribué à apporter quelque chose, et les jeunes chercheurs que j’ai formés sont devenus comme mes enfants, c’est la famille que je me suis constituée. Vivre pour soi, je n’en vois pas l’intérêt. Vivre pour les prix ou les honneurs, non plus. Donner aux autres, c’est la direction, le sens que j’ai essayé d’imprimer à ma vie.

Un suicide assisté… en direct de Suisse

A une époque, on allait en Suisse pour avorter, aujourd’hui on y va pour mourir. LE MONDE a suivi le parcours d’une sexagénaire allemande décidée à y aller pour un suicide assisté. Doris cumulait cancer, maladie de Parkinson et mille autres problèmes de santé. Mais elle faisait aussi partie des personnalités habituées à maîtriser leur vie. La Suisse en majorité protestante place la responsabilité individuelle au sommet de ses valeurs, la loi est donc bien plus souple que celle de ses pays voisins : « Celui qui, poussé par un mobile égoïste, aura incité une personne au suicide, ou lui aura prêté assistance en vue du suicide, sera puni d’une peine privative de liberté de cinq ans au plus ou d’une peine pécuniaire », stipule seulement l’article 115 du code pénal suisse. « Un mobile égoïste », cela laisse beaucoup de marge… Les associations qui pratiquent le SMA (suicide médicalement assisté) suivent un certain nombre de recommandations : la personne doit être capable de discernement ; son désir de mourir doit être durable et constant, et découler d’une grave souffrance liée à la maladie.

C’est un curieux compte à rebours que de connaître la date précise de sa mort. L’infirmière a acheté en pharmacie les 15 grammes de natrium pentobarbital. Doris s’est allongée. Son mari Thomas, juste à côté d’elle, la tenait dans ses bras. Il a fallu encore vérifier qu’elle pourrait pousser elle-même la molette afin de déclencher la perfusion contenant la substance létale, une obligation exigée par les associations. L’infirmière a alors posé les quatre questions rituelles. L’assistante a filmé la scène afin de fournir au procureur du canton, qui déclenche systématiquement une enquête judiciaire, la courte vidéo prouvant la parfaite lucidité de Doris : Quel est votre nom ? Votre date de naissance ?

Savez-vous ce qui se passera lorsque vous déclencherez la perfusion ?

Oui, je sais que je vais mourir.

Est-ce bien ce que vous souhaitez ?

Oui. Je veux mourir. »

Doris a ouvert la perfusion. Le natrium pentobarbital vous endort en trente secondes. Moins de deux minutes plus tard, le cœur s’est arrêté. Thomas l’a enlacée jusqu’au bout.

Du point de vue des écologistes, la liberté individuelle de choisir d’avoir ou non un bébé, de faire ou non une IVG, de décider de vivre ou de mourir, nous paraît incontournable. Une société doit valoriser le fait de choisir sa destinée en toute connaissance de cause, la personne envisageant aussi bien l’intérêt commun que son propre cas personnel. Il nous faut une éducation à la responsabilité, une autonomie de choix qui ne se réfère pas à des normes autoritaires imposées au nom de la religion ou d’une morale désuète. Puisse le SMA entraîner en France un débat aussi prolixe que celui qui a eu lieu pour la PMA (procréation médicalement assistée ) ! Notons qu’il s’agit bien de suicide assisté en Suisse et non d’euthanasie effectuée par une autre personne, comme c’est le cas en Belgique. Notons aussi qu’une majorité de personnes qui adhèrent au processus de suicide assisté n’ont au final pas recours au SMA car sa possibilité procure une sorte d’apaisement. Il y a sans doute aussi d’autres raisons, comme la peur, l’opposition des proches, un soulagement dans la maladie, etc. Déterminer pourquoi et comment « vivre et mourir » est un élément fondamental de la réflexion humaine.

Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphere,

18 mars 2021, Pour le suicide assisté en libre service (en France)

Démographie, le point de vue du MEI

Le choc après l’explosion démographique

A quelques exceptions africaines près, l’abaissement généralisé de la fécondité humaine est une bonne nouvelle. Celle-ci ne doit pas cependant créer l’illusion d’une tendance à l’équilibre. Non seulement, la population mondiale va encore croître d’un à deux milliards d’individus, mais nous voici face à l’onde de choc de l’explosion démographique du XXe siècle, qui a vu notre nombre multiplié par 7, alors que se profile l’effondrement de la base énergétique qui a permis cette croissance.

L’onde de choc d’après l’explosion démographique

La population mondiale grossit de 1,2 % par an (elle double en 60 ans), mais son poids sur les ressources de la planète augmente de 6,8 % par an (doublement en 10 ans). Ce phénomène est alimenté par l’accès au mode de vie occidental de centaines de millions de consommateurs supplémentaires, localisés pour l’essentiel en Asie. Les cinq milliards d’êtres humains laissés en marge du développement ont vocation, à court ou moyen terme, à rejoindre le standard consumériste des pays industrialisés. La Chine et l’Inde sont sur cette voie, à marche forcée… En réalité, la perspective que six, sept ou huit milliards d’être humains atteignent le niveau de vie occidental est matériellement impossible.

L’effacement de la base énergétique

Toutes les périodes de croissance démographique de l’histoire humaine sont liées à des sauts dans la mobilisation des ressources naturelles, notamment énergétiques. La dernière période, qui a pris la dimension d’une “explosion”, repose sur l’exploitation d’une énergie bon marché, le pétrole. Or, dans un délai plus ou moins rapproché, l’offre ne permettra plus de satisfaire la demande. La base énergétique sur laquelle repose la densité actuelle du peuplement humain va s’effacer. Que l’événement se produise en 2030, comme l’annonce l’Agence Mondiale de l’énergie, ne change rien au défi. La fin du pétrole bon marché s’accompagnera d’une contraction de l’économie globale et d’un effondrement de la productivité agricole. Les hauts rendements actuels reposent sur de gros apports d’engrais azotés : or, il faut trois tonnes de pétrole pour produire une tonne d’ammoniaque. Sans les fortes doses d’intrants (associées ou non à l’irrigation), une partie des surfaces agricoles utilisées perdraient même toute capacité à produire. Facteur additionnel, la dérive climatique va déplacer les zones de productivité, rendre plus fréquents les accidents météorologiques qui détruisent les récoltes et noyer des terres sur lesquelles vivent des millions de personnes.

Agir sans tarder

Pour stabiliser au niveau de 2005 l’impact de l’Humanité sur les ressources et les écosystèmes de la Terre, tout en permettant à chacun de vivre selon les standards français, la population devrait se réduire à 1,7 ou 2 milliards d’individus. Cet optimum ne peut pas être atteint rapidement compte tenu de la relative inertie des phénomènes démographiques. C’est pourquoi, les décennies à venir s’annoncent difficiles, surtout si nous ne savons pas anticiper les événements… En démocratie, une formation politique est créatrice d’idées et de propositions, conteste ce qui est contraire à l’intérêt du plus grand nombre et participe à la gestion des villes, des régions et de la nation. Participer à la vie d’une formation politique, c’est s’engager dans la vie et participer à la mise en œuvre de nos idées pour le bien commun. Devenir écologiste, c’est mettre l’Écologie au plus haut des sujets à traiter.

Vous pouvez adhérer en ligne .

Les Ecologistes – Mouvement Ecologiste Indépendant (MEI)

Pandémie de Covid-19 et « baby flop »

Comme d’habitude, LE MONDE reste globalement nataliste et verse beaucoup de statistiques sur une « natalité en berne », le « baby flop » et les « affres du déclin démographique ». L’article pointe comme cause « la crainte d’un avenir incertain à cause du Covid », mais tous les habitants de la planète devraient être terrorisés par ce qui s’annonce, déplétion énergétique, crise climatique, stress hydrique, extinction des espèces, et j’en passe. Ce n’est pas une baisse conjoncturelle des naissances qui devrait être une préoccupation politique majeure, mais l’état de surpopulation de quasiment tous les pays de la planète, qu’il soient développés ou confinés dans la misère. Un seul bon passage dans l’article de Martine Valo, « pandémie ou pas, le gouvernement indonésien continue de mener campagne pour convaincre les couples de se marier plus tard et d’avoir recours à la contraception, espérant stabiliser ses 270 millions d’habitants ». Si LE MONDE voulait vraiment nous éclairer, il insisterait sur l’idée de « démographie responsable », ce qui est d’ailleurs l’intitulé d’une association à laquelle il serait bien utile d’adhérer. Les commentateurs sur lemonde.fr sont plutôt malthusiens :

Nepoznati Knez : Bah ! Vu qu’on est bientôt 8 milliards sur une planète qui ne peut en accepter durablement que la moitié, on ne va pas pleurer sur cette (bonne) nouvelle, la baisse de fécondité.

ROBIN C. : Pourrait-on arrêter de traiter les questions de démographie avec un point de vue nataliste dont on n’arrive visiblement pas à se défaire en France. Avec bientôt 8 milliards d’habitants et une pression déjà insupportable sur les matières premières, la faune et la flore de notre planète, je ne vois pas en quoi une démographie croissante pourrait être une bonne nouvelle. De même en France, avec un accès au travail et au logement de plus en plus difficile pour les jeunes générations. Vraiment je ne vois pas en quoi une baisse de la natalité serait « un flop ».

Éric42600 : La population mondiale est passée grosso modo de 1,8 milliards d’habitants en 1900 à 7,8 milliards aujourd’hui. Alors quelques millions de naissances en moins est sans conséquences.

Christopher ELM : Il ne faudrait pas perdre vue que malgré la pandémie, l’humanité continue de croître. Pour information : la population a augmentée de près de 21 millions d’individus depuis le 1er janvier 2021 (36 millions de naissances versus 15 millions de décès) alors que les écocystèmes de notre planète sont déjà largement dépassés par l’impact de l’espèce humaine. Que la baisse des naissances affecte particulièrement les pays développés pourrait être une bonne nouvelle puisque l’empreinte des habitants de ces pays est maximale. Mais il y a un problème : d’ici moins de 30 ans, l’Europe sera confrontée à la bombe démographique que nous prépare le Nigéria (5 enfants par femmes) dont la population (200 millions actuellement) ne devrait pas se stabiliser à moins de 500 millions d’individus qui devront émigrer massivement. Les organisations qui se sont opposées au contrôle des naissances portent la responsabilité historique d’avoir favorisé l’explosion démographique de l’humanité.

Stéphane : Depuis plus d’une génération, l’homme vit à crédit sur terre. L’addition que l’écosystème terrestre va nous présenter passe par une stricte diminution de la population terrestre. La crise du Covid n’est sans doute que le début d’importants bouleversements socio-économiques et démographiques.
La baisse contrôlée de la natalité pourrait être une façon d’atténuer le choc

BorderlineyeDisruptive : Tout cela est excellent pour la planète et devrait être pérennisé : un seul enfant par femme + possibilité d’adoptions. Réduire la natalité sera compliqué dans les pays soumis à des religions qui prônent le slogan biblique de croître et se multiplier, refusant contraception et avortement… Il faudrait une sacrée pression scientifique pour que les religions acceptent de mettre à jour leurs discours à la lumière du dérèglement climatique… Quant à abolir ces sectes jusqu’à preuve que leur dieu existe, ce serait évidemment l’idéal, mais l’humanité ne semble pas vouloir gagner quelques points de QI. Les points de croissance économique sont tellement plus précieux. Quant aux retraites, il convient d’abolir le système actuel qui ressemble davantage à une pyramide de Ponzi qu’à une gestion saine… Retraite unique à 1500-2000€ pour tous + complémentaires pour qui veut.

Alain Henri Gangneux Bourgoin : La baisse du nombre des naissances est une très bonne nouvelle pour la planète, pour les animaux et les végétaux, c’est aussi une mauvaise nouvelle pour les fictions religieuses et politiques. L’espèce « humaine » est une espèce nuisible.

MisterT : Franchement, qui veut encore offrir à un enfant une vie en enfer ? Clairement si j’avais su il y a 20 ans où nous en serions aujourd’hui, jamais je n’aurais eu d’enfants.