démographie

Michel Sourrouille, un écologiste malthusien

Gestionnaire de ce blog biosphere, Michel Sourrouille a coordonné en 2014 le livre collectif « Moins nombreux, plus heureux (l’urgence écologique de repenser la démographie). Voici le contenu du chapitre qu’il a personnellement consacré au phénomène migratoire.

La problématique des migrations sur une planète close et saturée

Les travaux portant sur la relation entre démographie et écologie ont jusqu’à présent privilégié l’analyse de la fécondité par rapport à la capacité de charge d’un territoire. Ces études ont largement ignoré la problématique de la répartition spatiale. Pourtant la croissance démographique d’une population peut s’analyser aussi bien sous l’angle de l’accroissement naturel (natalité comparée à la mortalité) que de l’évolution du solde migratoire. Mais cet aspect sent le souffre puisque l’arrêt des migrations est une thématique portée par l’extrême droite. Il n’empêche que les migrations sont au centre des relations complexes entre démographie et environnement au même titre que la fécondité. Comme l’écrivait René Monet : « Les écologistes devraient dire que l’immigration maintient ou accroît la pression humaine sur le milieu naturel dans des pays où, de par le recul de la natalité, cette pression pourrait s’y stabiliser sinon régresser. Ainsi il n’y aura pas de répit. L’homme va continuer à saturer l’espace planétaire à la fois par la croissance démographique et par les transferts de population1. »

Des scientifiques britanniques ont publié en avril 2012 un rapport sur les liens entre population mondiale et préservation de l’environnement2. Selon eux, la croissance de la population mondiale est un sujet à aborder lors de réunions internationales. Car si nous choisissions de ne rien faire, nous serions « entraînés dans un tourbillon de maux économiques, socio-politiques et environnementaux, conduisant à un avenir plus inéquitable et inhospitalier ». Mais il faudrait absolument joindre à la considération de l’accroissement naturel des considérations sur les migrations. Or la XXXIe Conférence internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, tenue à Genève fin novembre 2011, s’est contentée d’exprimer sa profonde préoccupation au sujet des souffrances endurées par les migrants. Les sentiments humanistes ne suffisent pas à résoudre les problèmes sociaux alors que les mouvements migratoires explosent.

La mondialisation est devenue inséparable d’une très forte mobilité des populations, qu’elle soit professionnelle, touristique ou forcée, pour des raisons économiques, politiques ou environnementales. Dans le même temps, sur une planète saturée d’hommes, de femmes et d’enfants, le chômage devient structurel dans tous les pays, les difficultés socio-politiques s’accroissent ; les frontières se ferment progressivement aux mouvements migratoires. L’ère de La planète migratoire3 touche à sa fin. Les lois contre les étrangers se durcissent un peu partout, dans les pays riches comme dans les pays pauvres, aucun espace géographique n’est à l’abri de la construction d’un mur à ses frontières. Des conflits d’espace vital et de ressources découleront encore plus, dans les décennies à venir, la non-acceptation des migrants. La limitation des migrations ne touchera pas seulement les migrants économiques, mais aussi le tourisme de masse. Le plus difficile sera le statut à donner aux éco-réfugiés, nombre qui sera fortement accru par les effets du réchauffement climatique. Cela posera demain un problème peut-être insoluble à l’idée de solidarité humaine. Telle que fonctionne la société actuelle, nous n’anticipons pas politiquement les problèmes, nous les subissons. Là est le vrai scandale.

1/5) la fermeture des frontières, une réalité

Contrairement à la conception commune selon laquelle la mobilité est une constante de la société humaine, nous constatons historiquement qu’il n’y a jamais eu libre circulation des personnes. Partout dans le monde ancien, les peuples donnaient un caractère sacré aux portes de leur territoire, village ou ville : aller au-delà impliquait toutes sortes de précaution. Même le roi de Sparte s’arrêtait à la frontière de la Cité pour y effectuer des sacrifices ; à l’extérieur était le domaine de l’étranger et du combat. Jusqu’au XVIIIe siècle, seule une minorité de personnes se déplaçait : les soldats, les marchands, les aventuriers et les brigands. La masse de la population était peu mobile et le vagabondage proscrit ; on naissait, vivait et mourait dans le même village. Les frontières nationales érigées au XIXe siècle n’ont fait qu’actualiser cette constante humaine, la délimitation d’une appartenance territoriale. Mais le niveau de surpopulation de certains territoires est en lien étroit avec les migrations qui servent d’exutoire. Depuis la colonisation, la mobilité géographique devient une nécessité.

Aujourd’hui, ce n’est plus quelques conquistadors qui s’aventurent au-delà de mers, ce sont des peuples tout entier. Le dernier rapport de l’OIM (Organisation internationale pour les migrations) indique que la mobilité humaine est sans précédent. Nous cumulons 214 millions de migrants internationaux et près de 1 milliard en comptant les migrations internes (ONU, 2012). Cela s’accompagne de perception anxiogène et d’image négative des migrants, de manifestation de xénophobie et d’attitudes discriminatoires, d’une percée électorale de l’extrême droite et des partis nationalistes. Nous sommes dans une sorte de spirale infernale avec des manifestations de peur, de rejet et de violences un peu partout dans le monde.

Prenons la Déclaration universelle des droits de l’Homme : « Toute personne a le droit de quitter tout pays, y compris le sien, et de revenir dans son pays. » Le philosophe Etienne Balibar a souligné le caractère ambigu de ce texte, il manque l’obligation pour tout Etat d’accepter l’entrée des étrangers ! Balibar estimait qu’il existe « un point où la liberté non contrôlée se détruit elle-même.4 » Fin septembre 2006, le sénat américain a fini par approuver l’installation d’une clôture de 1123 km le long de la frontière du Mexique. En 2005 a été créée par l’Europe une « Agence pour la gestion de la coopération opérationnelle aux frontières extérieures des Etats membres de l’Union européenne ». L’agence s’appelle désormais Frontex. Son budget, doté à sa naissance 6,3 millions d’euros, a été multiplié par quinze en cinq ans5. Un règlement du 26 avril 2007 a prévu la mise sur pied d’équipes d’intervention rapide aux frontières, Rapid Border Intervention Teams, RABITs. Les Européens s’efforcent aussi d’arrêter les immigrants avant même qu’ils n’arrivent aux frontières de leur territoire. La puissance politique et économique de l’Union Européenne est employée pour faire de pays comme le Maroc ou la Libye des partenaires coopérant à la délocalisation de la violence, une sorte de déculpabilisation technique en somme.

En France, le nouveau projet de loi sur l’immigration débattu à l’Assemblée nationale à partir du 28 septembre 2011 renforçait les facilités d’expulsion des étrangers en situation irrégulière. FN et Droite populaire mettent en avant une politique de codéveloppement pour inciter les populations candidates à l’immigration à rester dans leur pays d’origine. Côté UMP, on parle d’un « plan Marshall du codéveloppement en jumelant chaque nation européenne à tous les pays de bonne gouvernance ». Côté FN, on veut « prendre l’initiative d’organiser régulièrement une conférence euro-africaine réunissant les pays concernés afin de déterminer les besoins et de mettre en œuvre les moyens destinés à fixer les populations dans leurs pays d’origine6 » Restez chez vous est le mot d’ordre de la droite plus ou moins extrême.

Ce raidissement nationaliste contamine la gauche et les socialistes français commencent à se remettre en question. Le flou doctrinal succède à l’indignation contre toute mesure anti-immigrée, le pragmatisme l’emporte sur l’humanisme. C’est en 1981, sous François Mitterrand, qu’avait été légalisée et organisée la rétention administrative. C’est Paul Quilès, en tant que ministre de l’intérieur, qui avait fait passer dans la loi en 1992 le système des zones d’attente. Le rapport sur l’immigration7 préparé en 2004 par Malek Boutih, alors secrétaire national aux questions de société, n’a jamais été rendu public ; il proposait une politique de l’immigration rigoureuse, avec quotas, suppression de la bi-nationalité, nouvelle législation sur le titre de séjour : « Il faut sortir d’un simple rapport humanitaire et charitable avec l’immigration. » Reniement de la part d’un ancien président de Sos-Racisme ? En fait Malek Boutih mettait en évidence le fait que, sans organisation de l’immigration, les phénomènes de discrimination s’enracinent dans la population. A la question « Faut-il régulariser massivement les sans-papiers ? », tous les candidats à la primaire socialiste du 9 octobre 2011 étaient « contre » et défendaient le « cas par cas » avec seulement quelques nuances : normes de « vie de famille », de travail et d’années de présence ou preuves d’« intégration », comme la maîtrise du français jusqu’aux « reconduites à la frontière8 ». La préférence nationale appliquée aux transferts de cerveau est même envisagée. Le Libanais Amro Al-Khatib, jeune ingénieur embauché par Air Liquide, a été licencié sur injonction de la Direction des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi au motif de l’existence de « 58 autres ingénieurs français aux compétences similaires et en recherche d’emploi » sur le bassin Grenoblois9.

Les contraintes écologiques s’ajoutent aux contraintes socio-économiques. En Suisse, l’association Ecopop (Ecologie et Population) s’occupe depuis 1970 de l’impact de la démographie sur la nature et les ressources naturelles. Avec une densité moyenne de 193 habitants par kilomètre carré de la surface productive, la Suisse est un pays très densément peuplé. Ecopop a donc déposé devant les autorités une initiative en vue d’une « votation » pour limiter l’immigration10. Le texte « Halte à la surpopulation » propose donc de « limiter l’immigration nette en Suisse », à un taux de 0,2 % par an. La Confédération helvétique comptait fin août quelque 1,8 million d’étrangers, pour 8 millions d’habitants au total dans le pays, soit 3 % de plus qu’en août 2011. Le texte d’Ecopop a été signé par 140 000 personnes, passant le seuil des 100 000 nécessaire pour organiser un vote populaire. Ecopop se dit humaniste, écologique et à caractère social, contre la xénophobie et le racisme. Car elle considère la densité de la population comme facteur déterminant, et non l’origine de cette population11.

Les arguments comparant démographie et environnement sont d’ordre scientifiques, ils reposent sur la formule mathématique, I = PAT :  l’Impact de l’espèce humaine sur un territoire est déterminé, à Technique donnée, par sa Population et par ses Affluences (Activités, niveau de vie). Pour réduire les impacts I, il est donc nécessaire d’agir sur l’efficacité technique T, l’Affluence (réduire le nombre d’unités de production ou de consommation par personne) et la population P (réduire le taux de natalité… ou l’immigration). La décroissance matérielle devrait, sur un territoire dont on a dépassé la capacité de charge, s’accompagner d’une politique démographique qui agit tant sur la fécondité que sur les flux migratoires.

Les écologistes institutionnels encouragent généralement une politique « responsable » fondée sur le droit à la mobilité et la protection des migrants12. Or, si la protection des migrants témoigne d’une qualité morale, le droit à la mobilité sans limites ne paraît pas un bon critère quant on accorde de l’importance aux contraintes écologiques sur une Terre dont on a déjà outrepassé les limites.

2/5) l’enfermement planétaire, tout l’espace est déjà occupé

Aucune terre n’est libre d’hommes depuis très longtemps. Cependant Thomas More, en 1516, croyait pouvoir encore écrire dans son livre: « Quand il y a dans une ville plus de monde qu’elle ne peut et qu’elle ne doit en contenir, l’excédent comble les vides des cités moins peuplées. Enfin, si l’Ile entière se trouvait surchargée d’habitants, une émigration générale serait décrétée. Les émigrants iraient fonder une colonie dans le plus proche continent, ou les indigènes ont plus de terrain qu’ils n’en cultivent 13 » Sur ce point, Malthus était à la fin du XVIIIe siècle bien plus perspicace : « On ne peut lire le récit de la conquête du Mexique et du Pérou sans être frappé de cette triste pensée, que la race des peuples détruits était supérieure, en vertu aussi bien qu’en nombre, à celle du peuple destructeur. » (…) « Si l’Amérique continue à croître en population, les indigènes seront toujours plus repoussés dans l’intérieur des terres, jusqu’à ce qu’enfin leur race vienne à s’éteindre.14 » Notons que les contemporains de Malthus, Adam Smith et Ricardo, constataient qu’à leur époque il y avait immobilité des facteurs de production : ce ne sont pas les travailleurs qui traversent les frontières. Ils militaient seulement pour le libre échange des marchandises.

Sur une terre pleinement occupée par les hommes, la conquête des territoires extérieurs a été de tous temps une abomination. L’invasion par des nations dominantes a été une succession de massacres et d’atrocités, ainsi du colonialisme européen en Amérique du sud ou du nord. La recherche constante de l’espace vital, le Lebensraum des nazis, a toujours été facteur de discriminations, de guerres et même de génocides. Pourtant certains, comme Michel Tarrier, auteur de Faire des enfants tue… la planète15, trouve les mouvements migratoires absolument nécessaire. En effet, le fait d’être antinataliste ne veut pas dire qu’on penche forcément pour la décroissance des migrations. Pour lui l’Angleterre actuelle, sans émigration depuis l’époque de Malthus, aurait le double de sa population actuelle, « densité assurément disproportionnée avec son potentiel alimentaire et énergétique ». Michel Tarrier rejoint aussi, paradoxalement, le raisonnement des natalistes qui veulent plus de population pour « payer les retraites ». Comme la baisse de fécondité européenne pose le problème des retraites, il n’y aurait qu’un remède : « en appeler à de nouveaux arrivants pour faire de nouveaux cotisants. » Enfin il prend pour fait acquis la mondialisation « qui saura absorber les trop pleins populationnels et les répartir comme une tache d’huile ».

Cette période où la terre offrait encore des territoires qu’on croyait vierges se termine. Comme l’exprime André Lebeau, « Le découpage de l’espace terrestre en territoires nationaux est achevé. A l’enfermement planétaire qui pèse sur l’humanité s’ajoute un confinement territorial qui fait de la notion d’expansion un synonyme de guerre de conquête.16 » D’autre part l’ouverture des frontières ne réglerait pas le financement des retraites par répartition, rappelait Jean-Christophe Dumont17, chargé de la division des migrations à l’OCDE. Car, ce qui compte pour résoudre ce sujet, c’est moins le nombre de migrants que « le ratio entre cotisants et pensionnés ». Pousser à de nouveaux arrivants sur le marché du travail ne dit pas s’il y aura ou non dans le futur suffisamment d’emplois, si l’actif ne sera pas chômeur, donc classé lui aussi dans la population à charge. Et puis c’est un cercle vicieux : accroître la population (par la natalité ou par l’immigration), c’est accroître le nombre futur de retraités, donc vouloir encore plus d’expansion démographique dans l’avenir ! Il y a bien d’autres solutions au problème des retraites que la pullulation humaine et l’immigration. Enfin le problème de l’immigration, c’est qu’elle a aussi des coûts sociaux, une montée des sentiments anti-immigrés. Selon M.Dumont, ceux-ci ne dépendent pas tellement de seuils de tolérance, mais d’un « sentiment d’exclusion de la mondialisation… notamment dans une société vieillissante17 »

L’immigré est aussi un émigré. Malthus avait une approche perspicace de la mobilité géographique : « L’émigration, en supposant qu’on en pût faire un libre usage, est une ressource qui ne peut être de longue durée. » Au niveau d´un pays, l´émigration peut constituer pour l´individu un espoir de survie, remédier temporairement au problème du chômage. Cela permet aussi politiquement d´amoindrir l´effet « cocotte minute » qui peut se produire lorsque le mécontentement citoyen atteint son paroxysme : l’émigration peut servir de soupape de sécurité. L´émigration constitue une tactique politique pour exporter le mécontentement vers l´extérieur tout en attendant les retombées financières des migrants. Mais la démographie du pays peut continuer à galoper, les problèmes ne sont pas résolus. Libéraliser l´immigration (l’émigration) n´est pas une stratégie durable… Par contre, si la population sur un territoire délimité commence à excéder les possibilités du milieu sans qu’on puisse émigrer, c’est là une forte incitation à décider collectivement de la régulation des naissances. C’est une mise sous pression des politiques, qui pousse les autorités à prendre des mesures conséquentes – à être démographiquement responsable -. Empêcher les mouvements migratoires semble une approche adaptée politiquement si on veut agir pour un avenir durable. Mais l’arrêt des migrations internationales n’est pas une mesure qui devrait concerner seulement l’afflux vers les pays anciennement développés.

3/5) Les menaces du tourisme sur l’environnement

Il est anormal que le libre déplacement des touristes des pays riches soit accepté alors que les frontières se ferment internationalement. Un milliard de touristes ont voyagé de par le monde en 2012 : c’est un nouveau record pour le tourisme international, secteur qui représente 9 % du PIB mondial (effets directs, indirects et induits), un emploi sur douze et 30 % des exportations mondiales de services18. L’invention des congés payés, l’élévation du niveau de vie, le développement de l’automobile et de l’avion ont généralisé le tourisme pour une frange toujours plus large de la population mondiale qu’on peut appeler la classe globale. Le tourisme, première industrie mondiale de service, source d’emplois, de dépaysement et de plaisirs, connaît une expansion prodigieuse : en 2020 on prévoit un milliard et demi de touristes, soit 7 % de la population mondiale qui se déplace. Revers de la médaille, la détérioration de l’environnement.

Dès 1969 dans son livre Le Jardin de Babylone, Bernard Charbonneau constatait les méfaits du tourisme à l’intérieur de la France : « La paix de l’hiver est rompue par les skieurs, le blanc des neiges, piétiné et balafré, n’est plus qu’un terrain vague maculé de débris et de traces. La montagne est mise à la portée des masses payantes. Mais est-elle encore la montagne ? Il n’y a plus de montagne ; il ne reste qu’un terrain de jeu… Si nous voulons retrouver la nature, nous devons d’abord apprendre que nous l’avons perdue.19 » A l’époque, rares étaient les personnes qui voyaient dans le tourisme une agression environnementale. Maintenant le tourisme de masse envahit les plages de rêve à l’autre bout du monde et les facilités qu’offrent encore les énergies fossiles entraînent une dégradation généralisée des milieux. Le tourisme exerce en effet une pression démographique intense même si c’est temporaire. L’analyse de la relation entre migration et environnement doit bien prendre en compte ces déplacements de très courte durée qui, par leur nombre total, peuvent avoir des effets aussi importants que des migrations « définitives ».

Ce tourisme de masse n’est pas durable, pour l’accueillir on dénature, on bétonne, on paupérise, c’est le grand saccage des communautés autochtones qu’on transforme en folklores. Sur le littoral méditerranéen, la population passe de 150 millions de personnes à 400 millions au mois de juillet et août. Les perspectives sont délirantes, la fréquentation touristique pourrait atteindre 637 millions de personnes en 2025. Autant dire que cela n’arrivera jamais. Une première conséquence, 42 % du littoral sont déjà bétonnés. Les embouteillages prolifèrent, les ressources halieutiques dégénèrent, l’eau douce vient à manquer. Alors que la population locale consomme environ 150 litres d’eau par jour en moyenne, chaque touriste en gaspille le double, et jusqu’à 880 litres pour les plus fortunés. La construction d’hôtel de luxe, dans des pays tropicaux où l’eau est rare, et le rapport à l’eau sans limites des touristes induisent une compétition dans les usages de l’eau, au détriment des populations locales. Ces voyages ne relèvent pourtant ni du désir individuel, ni de la nécessité, on s’en va parce que tout le monde part, on obéit à l’injonction de l’industrie du tourisme. Freiner les migrations touristiques, c’est aussi combattre l’industrialisation du monde.

Que faire ? On pourrait instituer des taxes, par exemple sur le kérosène. Cette analyse se retrouve chez Philippe Jurgensen20 : « Il serait souhaitable d’éliminer les détaxations de consommation de carburant, qui correspondent à autant d’incitations à un mauvais comportement écologique : il s’agit notamment de la coûteuse exonération du kérosène en faveur des transporte aériens. » Mais une telle politique volontariste, impliquant des pays différents et une gente politique aveugle, n’adviendra pas ; la lutte contre le réchauffement climatique n’a pas encore véritablement démarrée. Reste donc le problème des réfugiés climatiques qui ne peut que s’amplifier.

4/5) migrations environnementales, le problème insoluble du XXIe siècle

Un « migrant environnemental » est une personne contrainte de quitter l’endroit où elle vit parce qu’un changement environnemental rend la vie sur place trop difficile ou impossible. Le mouvement tendanciel de désertification est à l’origine de migrations de peuples contraints d’abandonner leurs territoires parce que la sécheresse rend impossibletoute culture et fait mourir le bétail. Le changement climatique accroîtra fortement le rythme des migrations avec l’intensification des catastrophes naturelles, la dégradation des conditions d’existence des populations (développements de maladies liées à la transformation des écosystèmes, diminution des ressources en eau), l’élévation du niveau des mers, l’accroissement de la compétition pour des ressources plus rares.

Selon le recueil de statistiques 2011 de la Banque mondiale, 42 millions de personnes ont été déplacées en 2010 en raison de catastrophes naturelles (17 millions en 2009)21. Avec le réchauffement, les migrations transnationales se multiplieront, tout comme le nombre de réfugiés intérieurs, entraînant des violences au plan local comme régional. La Banque mondiale estime que 60 millions de personnes des zones arides pourraient migrer d’ici à 2020. Les estimations varient entre 50 et 200 millions de réfugiés dits « climatiques » en 2050. Harald Welzer prévoit le pire : « Comme les ressources vitales s’épuisent, il y aura de plus en plus d’hommes qui disposeront de moins en moins de bases pour assurer leur survie. Il est évident que cela entraînera des conflits violents entre ceux qui prétendent boire à la même source en train de se tarir, et il est non moins évident que, dans un proche avenir, on ne pourra plus faire de distinction pertinente entre les réfugiés fuyant la guerre et ceux qui fuient leur environnement. Le XXIe siècle verra non seulement des migrations massives, mais des solutions violentes aux problèmes de réfugiés.22 »

Il n’est pas possible de déplacer la moitié de la population de l’Afrique, et encore moins les habitants du Bangladesh qui auront perdu leur biotope à cause de la montée des eaux. Dans la zone d’influence de l’Australie, des villageois ont déjà été contraints d’évacuer leurs îles (Tuvalu par exemple) en raison de l’élévation du niveau de la mer. Le gouvernement australien a refusé d’accueillir ces réfugiés climatiques sur son sol : priorité aux Aussies. On mesure l’ampleur du problème et le peu d’importance qu’auront les critères d’humanité. Selon un rapport du Pentagone, « les humains se battent dès que la capacité d’accueil de leur milieu naturel devient insuffisante ; les Etats-Unis et l’Australie seront enclins à bâtir des forteresses défensives autour de leur pays parce qu’ils ont les ressources et les réserves pour assurer leur autosuffisance23 ». Dans les couloirs des conférences des Nations unies sur le climat, Ian Fry s’était donné pour mission de sauver les Tuvalu de la montée des eaux. Lors du sommet de Copenhague, fin 2009, il a supplié l’assemblée : « Le sort de mon pays est entre vos mains. » Sans succès. Comme la plupart des négociateurs, M. Fry ne croit plus sérieusement à la signature d’un accord contraignant sur les émissions de gaz à effet de serre. Le négociateur des Tuvalu ne percevait aucune volonté d’action de la part des grands pollueurs, et notamment des Etats-Unis, dont le Sénat a mis de côté le projet de loi sur le climat. « Il y a d’autres impératifs politiques… », constate-t-il24. Le découragement le guette.

Sauf exceptions assez rares, l’intelligence humaine ne semble plus admettre l’existence de limites, limites à notre reproduction, limites à nos migrations. La volonté de puissance semble avoir comme corollaire l’impuissance à regarder en face les conséquences de nos actes. On cherche à s’adapter au réchauffement climatique plutôt que de limiter nos émissions de gaz à effet de serre. C’est la marque de la société humaine actuelle de ne pas lutter sérieusement aujourd’hui contre les dérèglements environnementaux en prétextant de nos capacités d’adaptation demain. Il s’agit d’une fuite en avant ; on a adapté le milieu à nos besoins au point de les détruire, on veut maintenant s’adapter à la destruction de ce milieu. Cela ne peut mener qu’à une impasse. Pourtant, des dizaines de millions de personnes pourraient échapper à des inondations ou à la sécheresse d’ici à 2050 si les émissions de gaz à effet de serre, à l’origine du changement climatique, étaient plus fortement et plus rapidement limitées25. Mais les processus de rattrapage du retard industriel dans les pays émergents, l’insatiable appétit énergétique des pays tôt industrialisés et la diffusion mondiale d’un modèle de société fondé sur la croissance et l’épuisement des ressources font apparaître comme irréaliste qu’on limite à deux degrés seulement le réchauffement d’ici le milieu du siècle. Les migrations ne sont pas un fait naturel, mais la conséquence de nos inconséquences.

Dans un contexte de débordements économiques et d’inertie politique, nous ne pourrons que constater un changement radical des valeurs face aux conséquences migratoires du changement climatique. Harald Welzer décrit parfaitement le phénomène : « En tant que membre d’une société dont les normes changent, on ne remarque pas que ses propres normes sont soumises à ce changement, parce qu’on se maintient constamment en accord avec ceux qui vous entourent. On peut parler à ce propos de shifting baselines ou de lignes de références fluctuantes. » Les humains changent dans leurs perceptions et leurs valeurs, en même temps que leur environnement et sans s’en rendre compte.  Des processus sociaux comme l’holocauste ne doivent pas être compris comme une « rupture de civilisation » ou une « rechute dans la barbarie », mais comme la conséquence logique de tentatives modernes pour établir l’ordre et résoudre les problèmes majeurs ressentis par des sociétés. Harald Welzer constate que la violence a toujours été une option de l’action humaine. Welzer précisait aussi que l’histoire de l’Occident libre, démocratique et éclairé a aussi écrit sa contre-histoire, faite de non-liberté, d’oppression et du contraire des Lumières. Les perturbations climatiques, les difficultés agricoles et les conflits socio-démographiques sont liées.

Nous pouvons faire le parallèle avec le diagnostic malthusien. Puisque nous ne sommes pas capables de réduire volontairement notre fécondité (et de diminuer nos émissions de gaz à effet de serre), alors famine, guerres et épidémies résoudront le problème démographique. Puisque nous ne nous attaquons pas aux causes des migrations, il n’y aura comme résultante que rejets et massacres. En résumé les migrations, puisque source de problèmes insolubles, poussent à la volonté d’immobilité territoriale, contrainte et forcée. Il n’y a pas de morale à mettre là-dedans : on ne peut vivre durablement que sur un territoire restreint dont on maîtrise collectivement les paramètres : potentiel alimentaire et énergétique, rapports humains de proximité et culture particulière. Les Inuits ne pensaient pas à émigrer, leur terre recouverte de son manteau neigeux huit mois sur douze leur paraissait trop précieuse. Maintenant les Inuits boivent et se suicident pour oublier la mondialisation… et les glaciers fondent. Une population humaine est semblable aux autres espèces, elle ne peut croître au-delà des possibilités que lui offre son écosystème.

5/5) conclusion

Le droit à la mobilité est un facteur prépondérant de la dégradation de la biosphère et des relations humaines. En 2003, Richard Heinberg liait conscience écologique et limitation des migrations : « L’opposition à l’immigration incontrôlée est souvent assimilée à tort à la xénophobie anti-immigrés. Mais dans une perspective écologique, l’immigration n’est pratiquement jamais souhaitable. Lorsqu’elle se fait massivement, elle ne fait que mondialiser le problème de surpopulation. De plus, ce n’est que lorsque les groupes humains se sont enracinés dans une zone particulière, au fil de plusieurs générations, qu’ils développent un sens des limites en termes de ressources.26 »

Le droit de se déplacer selon son désir individuel empiète sur les capacités de la Biosphère, les humains ne peuvent continuer à cohabiter humainement avec des migrations de masse. Alors que les humains ont atteint les limites de toutes les frontières, y compris celles de la planète, ils devraient dorénavant se contenter du territoire où peuvent s’exprimer leurs solidarités de proximité. Les problèmes économiques, sociaux et éthiques qu’entraînent les migrations devrait être une motivation supplémentaire pour agir au niveau de la maîtrise de la fécondité, pour élaborer collectivement une démographie responsable.

Soulignons pour terminer que nous n’avons pas traité les migrations internes dont l’urbanisation du monde est le symptôme dominant. L’urbanisation découle d’une transformation radicale du milieu naturel et entraîne en retour une transformation radicale de la relation des êtres humains à leur environnement. La bidonvillisation du monde se poursuit. Nous pensons que les contraintes de ressources naturelles vont obliger prochainement à une désurbanisation qui aura des conséquences sans doute aussi terribles que les migrations internationales.

Jean-Claude Noyé, procréation et religions

Jean-Claude Noyé a travaillé au journal La Vie. Membre de l’association des journalistes-écrivains pour la nature et écologie (JNE), il est aussi Auteur du Grand livre du jeûne (Albin Michel, 2007) et de deux livres d’entretiens dont celui avec le Père Placide Deseille, sous le titre Propos d’un moine orthodoxe  (DDB, 2011). Il a contribué en 2014 au livre collectif « Moins nombreux, plus heureux (l’urgence écologique de repenser la démographie) ». Voici le contenu de son chapitre.

Contraception et avortement : ce qu’en disent les religions

Le fait religieux se décline au pluriel. Autant de modalités et de sensibilités contrastées qui orientent le regard des fidèles sur la question démographique. Ainsi catholiques progressistes ou conservateurs ne reçoivent pas de la même façon les directives du magistere romain. De même, juifs orthodoxes ou juifs du mouvement libéral ne portent pas exactement le même regard sur la famille. Tout comme les musulmans intégristes ne partagent pas l’objectif affiché par nombre de gouvernants des pays où l’islam est majoritaire de limiter la population à des fins non pas de sauvegarde de la planète, encore moins de décroissance, mais de « progrès », de « développement » et d’enrichissement de la nation. Tour d’horizon.

CHRISTIANISME

– Église catholique

Le 25 juillet 1968 Paul VI publiait l’encyclique Humanae Vitae et renouait avec une longue tradition qui, depuis saint Augustin, a condamné la contraception. Ce texte papal fit d’autant plus l’impression d’une douche froide parmi les fidèles et une bonne partie du clergé que le pape avait laissé la porte ouverte à une évolution significative de la doctrine magistérielle. Celle-ci avait été réaffirmée en 1930 par Pie XI. Après une longue période de silence au XIX° siècle, le souverain pontife rappelait solennellement dans l’encyclique Casti connubii que « tout usage du mariage, quel qu’il soit, dans l’exercice duquel l’acte est privé, par l’artifice des hommes, de sa puissance naturelle de procréer la vie, offense la loi de Dieu et la loi naturelle, et que ceux qui auront commis quelque chose de pareil se seront souillés d’une faute grave. »

Ce ton de condamnation ferme fut également celui de Paul VI et il fut d’autant plus mal reçu qu’il contrevenait à l’esprit du concile Vatican II, destiné à (re)mettre l’Église catholique en phase avec son temps. Avec ce que cet effort d’aggiornamento suppose d’ouvertures alors significatives telles la pleine reconnaissance de la liberté religieuse, la recherche de l’unité des chrétiens, le dialogue avec les autres religions ou l’adoption des langues vernaculaires dans la liturgie.

Constatant que la fécondité est réduite à une période courte du cycle féminin, tout un courant de théologiens en avait pourtant déduit que la procréation ne pouvait plus être la fin première, la plus essentielle, du mariage. Las, le cri du cœur du cardinal Suenens (1904-1996), l’un des principaux acteurs de ce concile et animateurs du courant des modernisateurs, ne fut pas entendu : « Je vous en conjure, mes frères. Évitons un nouveau procès Galilée. Un seul suffit pour l’Église. »

En 2008, pour le quarantième anniversaire d’humaniste vitae, des catholiques contestataires du monde entier publièrent une lettre ouverte à Benoît XVI réclamant l’abrogation de cette encyclique qui avait consommé la rupture de nombre de foyers avec l’Église. Le porte-parole du pape, Frederico Lombardi, déclara alors que ladite lettre était « une propagande payée en faveur de l’usage des contraceptifs. » Quant à Benoît XVI, il réitéra la condamnation de Paul VI. Et fit valoir qu’exclure la possibilité de donner la vie « au moyen d’une action visant à empêcher la procréation signifie nier la vérité intime de l’amour conjugal.» Ou que la seule contraception admise par l’Église catholique, lorsque le couple traverse « des circonstances graves » justifiant un espacement des naissances, est « l’observation des rythmes naturels de la fertilité de la femme » (c’est-à-dire l’abstinence en période féconde).

Il n’est pas inutile de rappeler ici qu’avant d’être élu pape en 2005, le cardinal Joseph Ratzinger fut pendant de longues années le préfet de la congrégation pour la doctrine de la foi du pape Jean-Paul II. Lequel a rappelé à temps et contre temps, en Afrique noire aussi bien, le veto catholique sur l’usage du préservatif. Quant à son sourcilleux gardien du dogme catholique (Ratzinger), il instruisit notamment le procès contre les théologiens de la libération sud-américains au motif qu’il y avait dans leur doctrine des éléments de marxisme incompatibles avec la foi chrétienne.

On n’insistera pas davantage ici sur la condamnation constante, ferme et absolue par la hiérarchie catholique de l’avortement. Jusqu’à l’absurde, comme l’a démontré, en 2009, l’intervention particulièrement maladroite de Mgr Mgr José Cardoso Sobrinho, archevêque d’Olinda et de Recife (Brésil). Celui-ci ayant exigé – menace d’exclusion de l’Église à l’appui -, d’une fillette de 9 ans, victime d’un compagnon de sa mère qui la violait depuis 4 années et enceinte de plus de 3 mois de jumeaux, qu’elle renconce à avorter  ! Précision importante : cet évêque a été nommé par Jean-paul II en remplacement de Dom Helder Camara (1909-1999). Un prélat particulièrement aimé des pauvres dont il avait un souci constant et que ses détracteurs avaient surnommé un peu vite « l’évêque rouge ».

Églises orthodoxes

Une telle attitude n’est pas de mise au sein de l’orthodoxie qui observe un silence prudent sinon significatif concernant la sexualité. Silence guère démenti par l’intervention du patriarche Alexis II appelant en décembre 2007 les Russes à renoncer à la contraception eu égard à la grave crise démographique que connaît le pays depuis la chute de l’URSS. Cette réserve globale de la hiérarchie orthodoxe fut justifiée en son temps par le patriarche Athénagoras 1er. « Je n’ai pas à donner de lois, seulement à rappeler la signification de la vie », déclara-t-il à Olivier Clément (1921-2009, l’une des grandes voix de l’orthodoxie française), après la publication de l’encyclique Humane vitae. Rédiger un texte précisant sa position d’une manière aussi détaillée et juridique n’était pas dans le propos de ce hiérarque charismatique car il estimait que si un homme et une femme s’aimaient vraiment, il n’avait pas à s’immiscer dans leur chambre. L’orthodoxie admet le divorce et n’édicte non pas des règles strictes concernant la contraception et l’avortement, mais, bien plutôt, des « indications thérapeutiques » que le père spirituel ou l’évêque du lieu adapteront à des situations personnelles. Les personnes et leurs relations concrètes passent donc avant les règles impersonnelles. Un couple qui estime avoir assez d’enfants pourra ainsi recourir à des méthodes contraceptives efficaces, en évitant toutefois celles qui sont considérés comme abortives. L’avortement étant rejeté au nom même du respect de la vie. Sauf, une fois de plus, cas particuliers.

Églises protestantes.

Celles-ci sont d’une extrême diversité de rites et sensibilités. La grande majorité d’entre elles acceptent la contraception et bien des militants du planning familial en sont issus. Au nom même d’une parenté responsable. L’idée communément admise est que, selon la Bible à laquelle les protestants se réfèrent avec constance, la sexualité est bonne, joyeuse et bénie. Pour peu qu’elle ne soit pas dissociée de l’amour et du don de soi qu’elle implique. Quant à la procréation, elle n’est pas la finalité unique du mariage, encore moins sa seule justification ou excuse. Partant, l’éducation sexuelle, la régulation des naissances et l’adoption d’une législation libéralisant l’avortement ont été promus avec constance par les autorités des Églises regroupées dans l’Hexagone au sein de la Fédération protestante de France. Cette position ouverte est cependant contestée par l’aile puritaine du protestantisme, aux USA notamment. Ou par des composantes importantes du courant dit évangélique. Celui-ci est constitué d’Eglises récentes souvent structurées autour d’une interprétation littérale – à tout le moins pauvre – de la Bible. On le distingue du courant dit historique, composé notamment des Églises luthériennes et réformées. Lesquelles sont favorables à l’avortement en cas de détresse de la femme, alors que les Églises évangéliques y sont plutôt opposées.

ISLAM

Contrairement à l’Église catholique, les docteurs de la loi islamique – les oulémas – ont, dès le Moyen Age, adopté une attitude tolérante vis-à-vis de la contraception. Ils se sont appuyés sur la sunna, formée par les enseignements, paroles et actes du prophète Muhammad tels qu’ils sont rapportés par ses compagnons dans les hadiths. Ainsi celui qui fait valoir qu’un arbre trop chargé de fruits n’est pas obligé d’en porter toutes les années. Parole à laquelle le cheikh Abbas (1912-1989), recteur de la mosquée de Paris fera écho en expliquant : « Mieux vaut une poignée d’abeilles qu’un quintal de mouches ». Comme toutes les religions, l’islam prône certes le respect de la vie et invite les fidèles à se marier et à se multiplier. «Les richesses et la progéniture sont la parure de la vie en ce bas-monde », déclare ainsi le Coran (sourate 18, verset 46). Ou : « L’homme met du sperme pour engendrer » (56, 58). Mais à la suite des médecins juifs et musulmans andalous des XI° et XII° siècles ayant statué sur le statut de l’embryon, la charia (la loi islamique) considère que celui-ci ne reçoit l’esprit (mithaq) qu’au cent vingtième jour. Et que, par conséquent, l’avortement et concevable jusqu’à ce délai. Au-delà de ce seuil, l’IVG est permise si la vie de la mère est en danger.

Quant à la contraception, elle a toujours été considérée comme licite. Des méthodes naturelles avaient cours du temps du Prophète déjà. Avicenne (980-1037), l’un des fondateurs de la médecine moderne, en décrit vingt dans son « Canon de la médecine ». En 1937, vingt huit ans avant le début du programme officiel de planning familial en Egypte, le cheikh Abdel Magid Salim recommanda le recours à touts les procédés de contraception modernes. Comme recteur de la mosquée Al Azhar, au Caire, la plus ancienne université islamique, il faisait autorité dans l’islam sunnite. Largement pratiquée, la contraception s’est toutefois longtemps heurtée à la tradition clanique et tribale qui veut qu’une famille ait beaucoup d’enfants, richesse pour l’avenir. Et, plus récemment, à la montée des fondamentalistes, dont la prospérité s’est appuyée dans le monde arabe sur un vif sentiment anti-occidental. De là à se montrer hostiles au planning familial, au prétexte que le contrôle des naissances était une attaque occidentale contre l’islam, il n’y a qu’un pas que ces « barbus » ont vite franchi.

Reste que les pays et territoires à majorité musulmane ont vu leur taux de natalité fortement décliner en l’espace de trois décennies, comme l’a démontré une étude récente (Fertility decline in the Muslim world: A veritable sea-change, still curiously unnoticed) de deux chercheurs américains, Nicholas Eberstadt et Apoorva Shah. S’appuyant sur les données de la division de l’ONU pour la Population, ils montrent que les pays dont la population musulmane est la plus importante sont en train de vivre un déclin démographique radical. Une « baisse d’environ 2.6 naissances par femme entre 1975 et 1980 et entre 2005 et 2010, bien supérieure à celle du monde pris dans son ensemble (-1.3) ou dans les régions moins développées (-2.2) sur la même période. » Ils soulignent que « dix-huit de ces pays à majorité musulmanes ont vu leur taux de natalité diminuer de trois enfants ou plus pendant les 30 dernières années – 9 d’entre eux ont subi une baisse de 4 naissances par femme ou plus. »

Le taux de fécondité iranien serait aujourd’hui comparable à celui de la Nouvelle-Angleterre, l’un des plus faibles des États-Unis, en dessous du seuil de renouvellement de la population (qui est de 2,1 enfants par femme). Au Bangladesh, l’indice de fécondité par femme serait désormais le même qu’au Texas. En Afrique du Nord également, la fécondité a chuté de moitié en moins de deux décennies. Sur dix pays ayant subi la baisse de la natalité la plus importante depuis la guerre, « six sont des pays à majorité musulmane », ont constaté Nicholas Eberstadt et Apoorva Shah. En 2000, l’ONU avait prévu que le Yémen aurait 102 millions d’habitants en 2050. Il devrait finalement compté 62 millions d’habitants en 2060.

L’étude établit un lien étroit entre le développement des programmes d’éducation dans les pays à majorité musulmane et la chute des taux de natalité.

JUDAÏSME

« Croissez et multipliez » (Genèse. 1, 28). Ce commandement de la Tora (la Loi) a nourri constamment la tradition juive. Jusqu’à considérer que l’homme ne peut pratiquer la contraception tant qu’il n’a pas encore rempli son devoir de procréation. Pour la Halakha (l’ensemble des prescriptions, coutumes et traditions collectivement dénommées «loi juive »), deux enfants suffisent pour s’acquitter de ce devoir religieux. Pour certains courants, c’est là un minimum requis si l’on garde en mémoire la parole du philosophe et médecin Maïmonide (1138-1204) soulignant que « quiconque ajoute une âme au peuple d’Israël, c’est comme s’il avait bâti tout un monde » .

Des sources talmudiques anciennes attestent de l’existence de moyens contraceptifs utilisés par les femmes. La règle rabbinique prescrivait initialement d’y avoir recours lorsque la grossesse peut mettre en danger soit la santé de la mère, soit celle de l’enfant qu’elle allaite. L’opinion s’est partagée ensuite entre ceux qui ont restreint l’autorisation de la contraception à ces seuls cas et ceux qui l’ont étendue à d’autres situations. Aujourd’hui la limitation des naissances pour sauvegarder l’harmonie du couple et favoriser la bonne éducation des enfants prend tout son sens.

On ne sera donc pas surpris que dans l’Etat d’Israël, la pratique contraceptive puisse même être recommandée par des rabbins orthodoxes. Cependant, la stérilisation de l’homme comme de la femme est interdite, tout comme l’avortement. Sauf quand celui-ci a une nécessité médicale – avant tout pour protéger la vie ou la santé physique ou mentale de la mère – reconnue par une commission ad hoc. L’interdiction a priori de l’interruption de grossesse conduit donc la loi juive à préférer les méthodes de contraception préventive aux formes «curatives» portant sur un ovule fécondé. Le judaïsme estime par ailleurs que tout au long du processus de gestation, le fœtus n’est pas encore considéré comme un être humain distinct mais encore « comme un membre de la mère ». Au demeurant, puisque le corps humain est la propriété de Dieu, il n’est pas plus permis de porter atteinte au fœtus qu’à son propre corps.

Israël

Depuis la création de l’Etat d’Israël, la question démographique est pour le pouvoir politique une préoccupation permanente, un enjeu stratégique par rapport au conflit israélo-palestinien. Ses représentants ont adopté par conséquent une politique pro-nataliste (aides financières, enseignement scolaire gratuit jusqu’à l’université, etc.) et promu le droit au retour à la Terre Promise, ou Aliya. La population de ce pays (composée de toute personne même non juive détenant la nationalité israélienne) serait actuellement au nombre de 7,6 millions d’habitants. Selon le bureau central des statistiques israélien, elle croît à un rythme de 1,8 % depuis plusieurs années. Ce qui la situe bien au-dessus du taux de croissance américain ou européen. Le taux de fécondité en Israël étant de 3,51 pour les musulmans, de 2,19 pour les chrétiens et de 2,98 pour les juifs. Ces derniers ayant 2,6 enfants en moyenne quand ils sont de sensibilité laïque contre sept ou huit enfants chez les ultra-orthodoxes.

Le cas de la Palestine

Le taux de natalité des palestiniens connaît un léger ralentissement depuis l’année 2000, il reste encore l’un des plus forts de la planète : 32,8 naissances pour 1000 personnes, à comparer avec celui d’Israël : 22 pour 1000. Youcef Courbage, démographe de l’INED (Institut National d’Etudes Démographiques), estime que la population palestinienne passera de 2 867 000 en 2005 à 4 100 000 en 2025, avec ainsi une croissance de 1,8% par an. Ces chiffres varient toutefois selon les critères utilisés et le point de vue des divers organismes pour définir la population palestinienne, dans la mesure où ce peuple est disséminé sur plusieurs entités territoriales. L’estimation de la population totale palestinienne pouvant aller de 3 millions à 5,6 millions selon la source utilisée. Pour autant, la démographie des Palestiniens ne reflète pas celle du monde musulman en général, désormais en chute libre.

HINDOUISME

Les hindous considèrent que le but ultime de toute vie est la moksha, la libération de l’illusion (mâyâ), l’arrêt du cycle des renaissances et la fusion avec la conscience cosmique. Selon la doctrine de la réincarnation, un foetus est d’emblée une personne. Il contient une âme qui renaît et devrait être traité en conséquence. Toute vie est par ailleurs considérée comme sacrée parce que toutes les créatures sont des manifestations de l’Être Suprême. Rien d’étonnant donc à ce que, depuis les temps les plus reculés, la tradition et les écritures hindoues condamnent l’avortement, sauf si la vie de la mère est en danger.

Cependant, il faut distinguer entre les textes et les faits, l’hindouisme laissant généralement l’individu décider par lui-même du recours à l’avortement, bien que celui-ci soit associé à un mauvais karma. Il n’est que de rappeler la pratique extrêmement répandue en Inde de l’avortement sélectif des filles. Au point que les instances dirigeantes ont fini par s’en inquiéter. C’est pourtant la politique volontariste de contrôle des naissances d’Indira Gandhi qui a donné un blanc seing à l’avortement et orchestré des campagnes de stérilisation massive. En cause également, le principe de la dot qui amène le mari à exiger un capital de la famille de la mariée, ce qui ruine les familles ayant de nombreuses filles.

Quant à la contraception, aucune position ferme n’a été prise à son égard. Au temps des Védas (les textes fondateurs) , elle n’était pas disponible dans ses formes présentes, ils n’en parlent donc pas.

BOUDDHISME

Né en Inde, le Bouddhisme partage une vision du monde assez proche de l’hindouisme. Notamment en ce qui concerne le cycle des réincarnations, dont il convient de se libérer. Les diverses écoles acceptent la contraception, en préférant généralement le recours à des moyens préventifs plutôt que des solutions abortives. Quant à l’avortement, il est découragé parce que perçu comme une entorse grave au cycle des réincarnations et au respect de la vie. Un point que le Bouddha a particulièrement développé en promouvant la notion d’interdépendance de tous les êtres, humains ou non. Ainsi qu’une éthique de la responsabilité personnelle qui conduit chacun à assumer la pleine responsabilité de ses actes et du résultats de ces actes.

La vertu de tolérance, prônée par le bouddhisme, s’accompagne de son pendant, le pragmatisme. C’est ainsi que le Dalaï Lama a pu déclarer en 1992 : « Il pourrait y avoir des situations dans lesquelles, si l’on sait que l’enfant sera si sévèrement handicapé qu’il subira une grande souffrance, l’avortement est permis. En général, cependant, avorter c’est tuer une vie et ce n’est pas approprié. Le facteur principal est la motivation. » Et de faire valoir la même année au « Sommet de la Terre » de Rio de Janeiro, : « D’un point de vue bouddhiste, il vaut absolument la peine de penser au contrôle des naissances et de le mettre sérieusement en place ».

CONFUCIANISME

Comme l’Inde ou le Japon, la Chine est une terre d’intense métissage religieux. La tradition confucéenne, et sa valorisation caractéristique de la notion d’équilibre, est toutefois celle qui a le plus imprégné l’Empire du milieu. Longtemps combattue au même tire que les autres religions – dont le taoïsme, autre spécificité chinoise – par les communistes, elle connaît aujourd’hui un regain de faveur. Reste qu’en Chine aussi, le dépistage prénatal et l’avortement sélectif des foetus féminins y sont motivés par une préférence affirmée pour les garçons. C’est le produit tant d’un système patriarcal que du confucianisme car ce dernier proclame la supériorité de l’homme sur l’épouse et sur les filles. Selon cette vision, les garçons ont l’avantage de perpétuer la lignée familiale et de prendre en charge les parents dans leur vieillesse.

La Chine est, de fait, l’un des rares États à compter une majorité d’hommes : 106,8 pour 100 femmes en 2005. Ce ratio place le pays le plus peuplé au monde juste derrière l’Inde, nation la plus «masculine » avec 107,5 hommes pour 100 femmes en 2005. L’excédent d’hommes pourrait atteindre les 20 % vers 2030. En cause, outre la pratique massive d’avortements sélectifs, une surmortalité féminine anormale due à des négligences de traitement dans la petite enfance.

Jean-Marc Jancovici, coming out malthusien

Climat et démographie : « Ou bien on régule nous-mêmes, ou bien ça se fera par des pandémies, des famines ou des conflits », prévient Jean-Marc Jancovici le 23 mai sur franceinfo. L’écologiste et président du Shift Project s’est dit favorable à une forme de régulation des naissances « partout » dans le monde.

Jean-Marc Jancovici : « La nature, la planète, n’acceptera pas d’avoir 10 milliards d’habitants sur Terre ad vitam æternam vivant comme aujourd’hui. La seule question c’est comment va se faire la régulation. Ou bien on essaie de la gérer au moins mal nous-mêmes, ou bien ça se fera de manière spontanée par des pandémies, des famines et des conflits. Il vaudrait mieux s’en occuper et en discuter, même si c’est un débat difficile. La France a déjà commencé un peu à faire une réduction de la natalité, avec en moyenne moins de deux enfants par famille, et une politique moins nataliste. On a une fiscalité qui est moins nataliste qu’elle ne l’était avant, notamment via l’impôt sur le revenu. Dans une vision économique et historique du monde, on considérait que la population, c’était la puissance, la taille de l’économie et la taille de l’armée. Dans un monde où on commence à être gêné aux entournures, il faut modifier ce rapport qu’on a à la taille de la population. »

Lire, Tout savoir sur Jean-Marc Jancovici

Michel SOURROUILLE : Notons que JANCO se montrait déjà malthusien dans sa dernière publication en BD, « Le monde sans fin »

aemuon : Le propos de M. Jancovici souligne que, de toute façon, par des causes naturelles ou pas, la démographie s’ajustera aux possibilités de notre environnement. C’est une vision de l’avenir pleine d’optimisme réaliste, que n’auraient récusé ni Darwin ni Malthus

JMJ66 : C’est à dire que tous les systèmes fermés fonctionnent comme ça, et il n’y a aucune raison que la Terre et l’humanité n’y échappent..

Marco Breizh : Oui, il serait bien que nos écologistes s’interrogent sur l’explosion démographique que connaît la Terre et qui rend caduque tous les efforts de restriction de la consommation à grands coups de moraline… Voici le taux de fécondité dans le monde selon la banque mondiale (le taux de renouvellement est de 2.1) : 1,53 moyenne  U.E ; 6,8 Niger ; 5,4 Angola ; 5,8 Mali : 5,8 Rép dém. du Congo ; 5,2 Gambie ; 5,1 Burkina Fasso ; 4,8 Mozambique ; 4,6 Guinée ; 4,5 Mauritanie ; 4,0 Madagascar (3 millions en 1947, 9 millions en1980 et 27 millions en 2019 : famine aujourd’hui…), etc. La moyenne d’âge en Afrique est de 19 ans… Que faire ? * maisons de planning familial * parachut r des tonnes de préservatif, stérilet etc… plutôt que balancer des missiles ! * scolarisation des filles (le taux de fécondité est inversement proportionnel à la durée de leurs études)

gubundo : On ne parvient pas à régler notre obsession pour la consommation, alors il faudrait agir sur la démographie ? Autant l’annoncer clairement : il faut, en toute logique, et dans un contexte d’urgence, euthanasier les riches, qui passent leur temps à consommer des choses inutiles et voyager à l’autre bout du monde pour se faire masser pour 5€. À noter que la Chine qui a fait cette régulation des naissances n’a pas endigué la pollution…

enogael : Bien qu’une forte natalité dans les pays pauvres soit à l’origine d’une pression insoutenable sur l’environnement pour permettre à ces populations de survivre (destruction des forêts pour faire pâturer le bétail, braconnage, etc.), deux enfants occidentaux consommeront beaucoup plus de matières premières et d’énergie et seront à l’origine de plus de pollution avec leur mode de vie, que trente enfants d’Afrique Subsaharienne ou d’Asie du Sud qui vivront dans l’extrême pauvreté. L’impact du mode de vie est à prendre autant en compte que le nombre de naissances.

La vie à n’importe quel prix n’est pas vivre

Les militants pro-life anti-avortement ne savent vraiment pas ce que vivre veut dire. D’un point de vue éducatif et démographique, faire en sorte de mettre au monde un enfant non désiré est une atteinte aux droits de l’enfant à exister dans une famille aimante et attentionnée alors que la planète subit une surpopulation humaine impressionnante. Rappelons que le droit à l’avortement n’est pas une obligation d’avorter, celles qui veulent procréer sans limites le peuvent. Mais les « pro-life » n’acceptent pas cette liberté de choix, ils relèvent d’une conception totalitaire de l’existence, mettant d’ailleurs souvent des convictions religieuses au premier plan. En fin de vie c’est la même chose, les pro-life sont vent debout contre le suicide assisté, préférant des soins palliatifs qui se terminent souvent en acharnement thérapeutique. Rappelons que le droit de mourir n’est pas une obligation de se suicider, ceux qui veulent survivre sans limites le peuvent.

La liberté de ne pas donner la vie (au Salvador)

Angeline Montoya : Trente ans de prison pour avoir perdu son fœtus. C’est la peine à laquelle Esme (le prénom a été modifié) a été condamnée, lundi 9 mai, alors qu’elle avait appelé les urgences et fait une fausse couche. On l’accuse d’avoir voulu mettre fin à sa grossesse. Le Salvador est un des sept pays au monde (avec le Nicaragua, le Honduras, la République dominicaine, Haïti, Suriname et Malte) qui interdisent totalement l’avortement. L’avortement est puni de deux à huit ans de prison. Une dizaine de femmes se trouvent actuellement derrière les barreaux à la suite d’urgences obstétriques. Celles qui sont dans cette situation sont en général pauvres, originaires d’une région rurale. Quand elles arrivent à l’hôpital, elles sont accusées d’avoir voulu avorter. Quand les médecins constatent qu’elles étaient à une étape très avancée de leur grossesse, dans ce cas, une interruption de grossesse n’est plus considérée comme une fausse couche mais comme une naissance prématurée. Comme la Constitution garantit la vie depuis l’instant de la conception, la justice conclut qu’elles ont tué leur nouveau-né et elles sont accusées d’homicide aggravé. » Dans ces cas, la peine prévue est de trente à cinquante ans de prison.

La liberté de mourir (en France)

Martine Lombard : Les Français expriment, sondage après sondage, leur souhait d’une évolution de la loi. On ignore souvent que la même demande s’est dégagée avec force des conférences citoyennes organisées sur ce thème par le Comité consultatif national d’éthique, comme la loi de 2011 sur la bioéthique l’y obligeait. Par deux fois, la majorité de ses participants s’est prononcée, tant en 2013 qu’en 2018, pour l’ouverture du suicide assisté ou pour qu’un tiers puisse directement aider à mourir la personne qui le demande. Par deux fois, ses voix ont été étouffées sous le concert conservateur des institutions officielles également consultées (ordre des médecins, Académie de médecine, etc.). Par exemple, lorsque les statuts d’une association comme la Société française d’accompagnement et de soins palliatifs (SFAP) précisent que la mort doit être un « processus naturel », comment attendre d’elle autre chose que l’idée que le développement des soins palliatifs est nécessaire, ce qui est évidemment indiscutable, mais serait aussi l’unique solution, censée répondre à tout, ce qui est notoirement faux ? Contre cette arrogance institutionnelle, il faudrait offrir une possibilité apaisée de mourir sans qu’on soit pris en otage par les valeurs de ceux qui prônent le respect absolu de la vie.

Madagascar, un état de surpopulation

Madagascar était une île magnifique dotée de richesses naturelles immenses. Ses ressources, sa faune et sa flore en font un endroit unique sur Terre. La plupart des espèces que l’on retrouve sur l’île sont endémiques. Mais le poids du nombre transforme cette île en enfer. Selon une étude de 2012, le scénario le plus probable fait remonter son peuplement à l’établissement il y a quelque 1 200 ans d’un groupe très restreint, comptant une trentaine de femmes. Mais l’évolution démographique s’est accélérée de nos jours, 5 millions d’habitants en 1960, 10 millions en 1985, 20 millions en 2009. Un recensement a été effectué en 2018 pour la première fois depuis 1993, il y a dénombré 25 680 342 habitants, soit plus qu’un doublement en un quart de siècle, avec une très forte croissance démographique annuelle moyenne de 3,01 %. À ce rythme, la population va encore doubler d’ici 2040. Le taux de fécondité est de 4,03 enfants par femme (2019), mais cela n’inquiète personne. Pire, l’avortement à Madagascar, quelles qu’en soient les causes, reste sévèrement puni par la loi,

Laurence Caramel : L’interdiction de l’IVG, même pour des motifs thérapeutiques ou en cas de viol ou d’inceste, maintient les femmes dans l’insécurité. Des milliers de femmes meurent chaque année d’avortements réalisés de manière clandestine. Les femmes sont passibles de six mois à deux ans de prison et à une amende pouvant atteindre 2 millions d’ariary, soit dix fois le salaire moyen. Madagascar a signé en 2003 le protocole de Maputo, qui garantit les droits des femmes, dont celui à l’avortement dans les cas d’agression sexuelle, d’inceste ou lorsque la grossesse met en danger la vie de la mère. Mais le texte n’a jamais été ratifié. La loi sur les violences faites aux femmes, adoptée en 2020, n’a toujours pas reçu ses décrets d’application. Une proposition de loi sur l’interruption de grossesse (seulement pour motif thérapeutique) vient d’être retirée de l’ordre du jour sans explication. Très peu de femmes ont accès la contraception. Le mot « hypocrisie » simpose. Car dans chaque famille, on connaît au moins une femme qui a dû avorter et une pour laquelle cela s’est mal passé.

L’Agence Française de Développement (AFD) avait financé un projet visant à améliorer la santé maternelle et infantile à Madagascar, en occurrence le PASMI (Projet d’Appui à la Santé Maternelle et Infantile, mais seulement au niveau des régions de Bongolava et Itasy. De toute façon ce projet n’a été mis en œuvre que sur la période janvier 2014 à mars 2017) par un consortium de 6 ONGs Françaises. Rappelons que l’association Démographie Responsable demande que 25 % de l’aide publique au développement soit consacrée à la planification familiale.

https://www.demographie-responsable.org/

Côte d’Ivoire, surpopulation et manque d’eau

Les articles du MONDE se multiplient sur les difficultés alimentaires en Côte d’Ivoire ou en Afrique sans jamais aborder la question démographique. Le mot malthusien est tabou. Ainsi du texte suivant de Yassin Ciyow  qui liste des causes multiples de désertification des sols en abordant le problème de la surpopulation seulement au détour d’une très courte phrase. De même les 197 pays membres de la convention contre la désertification et la sécheresse, réunis le 9 mai 2022 dans la capitale ivoirienne, accusent l’urbanisation galopante, l’agriculture moderne, la culture du cacao… mais ne disent rien sur l’explosion démographique africaine ! Ils se sont engagés « par acclamation » à atteindre la neutralité en matière de dégradation des sols d’ici à 2030. Autant dire que ça ne sert à rien. Une analyse qui ne lie pas l’évolution comparée de la population et des ressources alimentaires passe à côté de la réponse primordiale à donner quant à l’appauvrissement des sols.

Yassin Ciyow : Si le septentrion ivoirien n’a pas connu le même niveau de déforestation que le reste du pays, largement causée par la culture du cacao – près de 90 % du couvert forestier détruit en un demi-siècle –, ici aussi, les activités minières, le surpâturage et surtout l’agriculture intensive et leur corollaire, l’application de produits phytosanitaires, ont considérablement dégradé les terres et rendu les sols vulnérables. Pour cultiver l’igname, l’aliment phare de cette région, les populations ont frénétiquement défraîchi les sols durant des décennies . Les aléas climatiques deviennent la norme et menacent d’entraîner les cultivateurs dans la précarité. Au début des années 2010, la pluviométrie annuelle s’étalait en moyenne sur soixante-dix jours par an, contre une quarantaine seulement aujourd’hui. Dans le même temps, les sols n’arrivent plus à absorber ces pluies, plus concentrées, plus agressives, car le couvert végétal a été largement détruit, il n’y a plus rien pour retenir l’eau. La production du violet de Galmi a connu « deux années blanches » ; entre 2017 et 2019, pas un seul oignon n’est sorti de terre. Nos sols ne sont plus aussi fertiles qu’avant, ils sont érodés, épuisés et appauvris, nous n’allons pas pouvoir continuer longtemps comme cela. Ils peinent à produire suffisamment pour nourrir une population régionale en forte croissance. Les cultivateurs accusent les bouviers de laisser leur cheptel détruire les plantations, tandis que ces derniers se plaignent à leur tour de ne plus pouvoir emprunter les couloirs qui leur sont réservés, car ceux-ci seraient bloqués par les cultures vivrières envahissantes.

Rappelons que l’association Démographie Responsable demande que 25 % de l’aide publique au développement soit consacrée à la planification familiale.

https://www.demographie-responsable.org/

Commentaires malthusiens

Gnolu :En 1955 population de la Côte d’Ivoire, 3 millions, 26 millions aujourd’hui et disparition de la presque totalité de la forêt . Et vous vous étonnez que cela aille mal, cela me parait tout à fait normal et pour couronner le tout dans 15 ans ils seront encore 10 millions de plus.

Pourquoipasmoi : Population de la Côte d’Ivoire en 1990, 12 millions. En 2000, 16 millions. En 2010, 20,5 millions. En 2020, 26,4 millions. +120 % en 30 ans. C’est comme si la France, 58,2 millions en 1990, était passée à 128 millions en 2020. Vous ne croyez pas qu’on aurait de sérieux problèmes ? Et pourtant notre économie est bien plus développée… Il faudrait peut-être arrêter de refuser de voir la réalité en face, par mauvaise conscience…

les carottes sont cuites : La population en forte croissance = plus de monde = plus de besoins, mais bon pas question de limiter les naissances, oulala le grand tabou de l’Afrique.…

Lire, Surpopulation, une analyse pays par pays

Corne de l’Afrique minée par la surpopulation

Le spectre de 2011, lorsque la famine avait entraîné la mort de près de 260 000 Somaliens, plane sur la Corne de l’Afrique. La Somalie, l’Éthiopie et le Kenya sont particulièrement touchés par les pénuries d’eau, de fourrage et de denrées alimentaires. Plus de 14 millions de personnes sont aujourd’hui en insécurité alimentaire aiguë et plus de 3 millions de têtes de bétail ont déjà péri. Malheureusement les spécialistes nous parlent toujours d’agriculture et jamais de démographie, la preuve :

Ayan Mahamoud, coordinatrice des programmes de l’Autorité intergouvernementale pour le développement : Les choix innovants comme la culture de la patate douce peuvent être couplés à des solutions technologiques. Par exemple la capture de l’humidité de l’air pour la transformer en eau. Le problème est bien plus complexe que le seul manque de pluie. Il est aussi dû à la fragilité des systèmes de gouvernance et aux conflits qui secouent la zone, auxquels s’ajoutent les problèmes de disponibilité des terres.

Commentaires malthusiens

Aivars : La démographie incontrôlée entraîne surpâturage et surexploitation des terres, ce qui provoque la désertification des terres. Mais il ne faut pas critiquer l’Afrique, c’est pas bien.

Genius : Le problème c’est que « gérer » et Afrique sont antinomiques…, comme junte militaire et démocratie…

Michel SOURROUILLE : En Somalie, 16 millions d’habitants, le taux de fécondité est de 5,98 enfants par femme (2019) et le taux de croissance annuel de la population de 2,9% de variation annuelle (2020) soit un doublement en 24 ans seulement. Définitivement ingérable. Au Kenya, 54 millions d’habitants, le taux de fécondité est de 3,42 enfants par femme (2019) et le taux de croissance de la population de 2,3 %, soit un doublement tous les 30 ans. Définitivement ingérable. L’Éthiopie fait partie des trois « poids lourds » démographiques de l’Afrique subsaharienne après les 201 millions du Nigeria et avant les 86,8 millions d’habitants du Congo RDC. En juillet 2015, selon l’Agence centrale des statistiques éthiopienne, la population s’élève à 90 074 000 habitants. En 2020 selon la banque mondiale, on arrive à 115 millions. Un pays qui croit de 25 millions de personnes en 5 ans est ingérable, définitivement ingérable.

Démographie Responsable : Dans ces trois pays (Somalie, Ethiopie et Kenya), plus de 14 millions de personnes sont aujourd’hui en insécurité alimentaire aiguë. Ce nombre correspond à seulement trois ans de croissance démographique cumulée des dits pays. On reste donc étonné de l’absence de préconisation en termes de natalité pour parvenir à sortir cette région de l’insécurité alimentaire ; faire en sorte de stopper l’explosion démographique pourrait résoudre cette question en quelques années seulement. La famine en Afrique est donc en grande partie liée à des questions politiques et idéologiques.

Rappelons que l’association Démographie Responsable demande que 25 % de l’aide publique au développement soit consacrée à la planification familiale.

https://www.demographie-responsable.org/

Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphere

Lire, Dégradation des terres, famine en vue

Lire, L’Afrique est une bombe démographique qui va exploser

Lire, COP25 et la sinistre réalité somalienne

Lire, L’Éthiopie, victime de sa surpopulation

Lire, Surpopulation, une analyse pays par pays

IVG, suicide… le droit de mourir ?

Selon la Convention européenne des droits de ‘l’homme, « le droit de toute personne à la vie est protégé par la loi. La mort ne peut être infligée à quiconque intentionnellement, sauf en exécution d’une sentence capitale prononcée par un tribunal au cas où le délit est puni de cette peine par la loi ». Saut qu’on a le droit de tuer quand on porte un uniforme, sauf aussi qu’un embryon n’est pas une personne sauf pour certaines religions. L’avortement est en effet admis dans la plupart des pays européens. Au Canada, aucune loi fédérale n’encadre ni ne limite ce droit, l’avortement est permis en théorie pendant toute la durée de la grossesse. Le droit à la vie comme le droit à la mort est donc décision humaine, relative dans le temps et dans l’espace. Les humains énoncent des lois, les imposent ou les transgressent, et trouvent ces trois comportements remarquables.

Pour soutenir le droit de choisir sa mort quand on s’estime en fin de vie, voici un cas d’actualité qui pose le problème.

L’aide au suicide devant la justice

Atteinte de la maladie de Charcot, il ne peut plus quitter son domicile, sa maladie l’emprisonne dans son corps. Il réitère devant ses proches son désir de mourir sans attendre l’inéluctable déchéance qui le guette. Un vétérinaire a été poursuivi pour avoir falsifié des ordonnances afin de l’aider à se procurer le cocktail de médicaments qui allait lui permettre de se donner la mort. L’autopsie révèle qu’il a ingéré deux substances médicamenteuses, un anxiolytique et du pentobarbital. L’aide au suicide n’étant pas une infraction pénale, une information judiciaire est d’abord ouverte pour « tentative d’assassinat » et « assassinat ». Alors que le juge d’instruction se dirige vers un non-lieu, le parquet délivre un réquisitoire supplétif sur les seuls délits de « faux » et « usage de faux » susceptibles d’être reprochés au vétérinaire. Le tribunal a prononcé la relaxe, en indiquant qu’il faisait siennes les conclusions de la défense et retenait l’état de nécessité. Le procureur de la République a fait appel : « On ne peut pas changer la loi tout seul dans son coin ». Lavocat se réfère à « la démission de l’Etat face à la question de la fin de vie choisie, et à l’insuffisance de la représentation nationale à traiter cette question ».

commentaire : La justice est rendue au nom du peuple Français. Les Français dans leur grande majorité souhaitent une évolution de la loi concernant le suicide assisté. Étonnant paradoxe….Et c’est loin d’être le seul cas de figure. Quant aux fantasmes d’euthanazie (sic) agités ici ou là : quiconque a déjà fait euthanasier son chien ou son chat sait qu’on le fait non pour s’en débarrasser mais pour l’assister le plus affectueusement possible, en se disant : quelle pitié que nous autres humains ne puissions bénéficier d’une telle assistance au cas où…

Un combat qui dure depuis longtemps

Lire, Vincent Lambert et le droit de mourir dans la dignité

Lire, ADMD, pour le droit de mourir dans la dignité

Lire, Sédation profonde ou droit de mourir dans la dignité ?

Réactions politiques sur le droit de mourir en fin de vie

Lire, Bioéthique, qui a le droit de vivre… ou de mourir ?

Lire, Les présidentiables et le droit de mourir dans la dignité

Lire, Le Sénat contre le droit de mourir dans la dignité

Lire, 297 députés veulent choisir leur fin de vie

Lire, L’Autriche va autoriser le suicide assisté

Inde : « government jobs » et surpopulation

Comment ne pas voir que l’Inde est un pays surpeuplé, il suffit de mesurer l’écart entre le nombre d’emplois offerts et le nombre de gens à la recherche d’un emploi.

Ravi Pinto : « Obtenir un emploi public, c’est assurer le futur de quatre générations », dit un proverbe populaire dans les villages du Bihar. Mais la dernière campagne de recrutement des chemins de fer début 2022 a attiré 12,5 millions de candidats pour seulement 35 000 postes. Il y a eu de violentes manifestations contre le manque de transparence du processus ! Rien qu’avec ces chiffres vous pouvez prendre la mesure de l’ampleur de la crise du chômage en Inde. La croissance du géant sud-asiatique a commencé à ralentir, pour s’établir à 6,8 % en 2018-2019. Bien qu’enviable vu de l’étranger, ce chiffre ne permet pas de créer suffisamment d’emplois pour les millions de jeunes qui arrivent tous les ans sur le marché du travail. Les jeunes sont de plus en plus éduqués et ne veulent plus travailler dans le secteur agricole. Réussir un examen de la fonction publique représente donc pour beaucoup l’unique perspective d’avenir. Même à l’université, la folie des « government jobs » s’est emparée des étudiants. .

Commentaires qui se centrent sur la question démographique :

Tomjedusor : Sans compter que la plupart des postes doivent être pourvus au piston. De plus potasser un concours 14 heues par jour pendant 6 ans n’est pas forcément la garantie de l’avoir : au contraire cela aura plutôt tendance a paralyser le candidat le jour de l’épreuve. Malheureusement l’inde est confrontée à un énorme problème démographique allié à de vaines promesses d’ascension sociale pour tous qu’elle ne pourra jamais réaliser.

Michel D. : La mère de toutes les batailles du 21e siècle : la lutte contre la démographie galopante.

He jean Passe : Trop tard avec 8 milliards d’habitants, bientôt 2 milliards pour la seule Afrique, la terre va être surpeuplée et sur-âgée. Le contrôle des naissances c’était pour les années 50, désormais ce sera le contrôle des famines.

Nikki Loda : Le seul moyen pour que l’Inde échappe à une misère encore plus grande dans un futur très proche, c’est que l’État régule les naissances pour faire décroître considérablement sa population

jack.sanknife : Facile à dire, mais pas à faire. En Inde c’est l’aîné des garçons qui assure la retraite de ses parents, en échange il hérite de la maison. En conséquence on fait des enfants jusqu’à avoir un garçon, et souvent un deuxième au cas où… Quand aux filles, on essaie de les marier le plus vite possible, même s’il faut s’endetter pour la dot. C’est donc une révolution totale des us et coutumes dans ce système encore verrouillé par les castes…et Modi

Grognard Stochastique : Les joies d’une démographie non maîtrisée. Problèmes sociaux et désastres environnementaux en masse. On sait comment le système va se réguler : par des troubles sociaux, des famines, des guerres et des exodes massifs…

Cyrus Smith : L’Inde a fini sa transition démographique. Mais pour l’environnement il y a effectivement du travail

Lire, L’ Inde tombe sous le seuil de remplacement

Le camembert masqué : Cyrus a raison. Grognard a aussi raison sur sa partie « causes ». Certes, l’Inde a maintenant un taux de natalité aux environs de 2 enfants par femme, mais cette transition est récente. Le nombre d’entrants sur le marché du travail est bien supérieur à celui du nombre de sortants, et ce pour au moins les deux prochaines décennies…

Michel SOURROUILLE : En effet l’Inde présente un indice synthétique de fécondité de 2 enfants par femme, mais la population indienne va continuer de croître, le pays compte 30 % de jeunes de 10 à 24 ans, qui sont et seront en âge de procréer. Le pic démographique de l’Inde ne devrait être atteint qu’en 2047. Le pays compterait alors 1,6 milliard d’habitants ! En 1948 ce pays comptait 300 millions d’habitants, en 1955 on atteint 400 millions, aujourd’hui 1,38 milliard d’habitants ; c’est 17 % de la population mondiale sur 3 % des terres émergées. Une population qui est multipliée par plus de 5 en l’espace d’un siècle sur un territoire qui ne peut grandir ne peut qu’aller au désastre. Créer des emplois pour 15 millions de nouveaux Indiens chaque année, c’est impossible. Le ralentissement de la fécondité ne doit pas cacher que l’Inde, avec ses 464 hab/km2, est déjà un pays largement surpeuplé, le Bihar compte plus de 1100 hab/km2. La croissance des problèmes va avec le nombre croissant d’une population.

Lire, Un surpeuplement inquiétant en Inde

L’IVG est plus qu’un droit, c’est un devoir

D’un point de vue éducatif et démographique, faire en sorte de mettre au monde un enfant non désiré est une atteinte aux droits de l’enfant à vivre dans une famille aimante et attentionnée alors que la planète subit une surpopulation humaine impressionnante : 8 milliards d’être humains à l’heure actuelle, soit 8 000 000 000 personnes à comparer à l’unicité de chaque nouvelle naissance supplémentaire. Un humain est devenu un simple pion, qu’est-ce alors qu’un embryon ? Pourtant les natalistes font encore la loi dans trop de pays, voulant restreindre ou même supprimer le droit à l’avortement.

Piotr Smolar : Un projet de décision de la Cour suprême américaine remettrait en question la décision dite Roe v. Wade (1973), pierre angulaire de la liberté des femmes à disposer de leur corps au nom du droit à la vie privé. Roe v. Wade avait été adopté par sept voix sur neuf, dont cinq juges conservateurs. La loi Roe v. Wade avait été consolidée en 1992, lors d’une nouvelle décision, Planned Parenthood v. Casey. Celle-ci a considéré que les lois pénalisant ou limitant l’avortement ne devaient pas créer ou entraîner pour la femme enceinte une « undue burden » (« charge excessive »). Le document de 98 pages condamne sans réserve ni nuance toute l’architecture juridique qui a contribué à faire de l’avortement un droit constitutionnel. Il accuse même la Cour suprême de 1973 d’avoir « court-circuité le processus démocratique », en empêchant « un grand nombre d’Américains » de se prononcer sur cette question, Etat par Etat. Chaque État américain aurait donc la possibilité d’adopter sa propre loi, y compris en supprimant le droit à l’avortement. Seuls les trois membres dits libéraux – Stephen Breyer, Sonia Sotomayor et Elena Kagan – sont clairement opposés à toute révision de Roe v. Wade. La position de John Roberts, président de la Cour suprême et conservateur modéré demeure inconnue. Même s’il se rangeait à l’opinion dissidente de ses trois collègues, cela ne suffirait pas à renverser l’opinion majoritaire. Le refus de la Cour de suspendre une loi très restrictive au Texas, entrée en vigueur le 1er septembre 2021 et interdisant l’avortement au-delà de six semaines, avait été un indice fort. Ce texte s’aventurait en territoires inédits, faisant appel aux dénonciations en justice de simples citoyens contre tous ceux favorisant la procédure médicale. Pour la Cour suprême, les questions de droit ont fait place, au fil des ans, à des considérations plus religieuses et idéologiques chez ses figures les plus conservatrices.

Deux commentaires montrent que l’idée de démocratie peut être mise à toutes les sauces :

Athanagore Porphyrogenete : Où a-t-on vu que sur un sujet si fondamental, l’opinion devait être unanime ? Où est la liberté dans l’écrasement par la masse. En rendant aux états leur libre choix, le gouvernement central va vers plus de démocratie. C’est l’interdiction fédérale qui pose problème. Les super-états sont utiles pour certains aspects mais leurs prérogatives sur les droits individuels devraient être limitées. La vraie démocratie c’est décider soi-même pour soi-même, et chez soi.

GGAD : « La vraie démocratie c’est décider soi même pour soi-même, et chez soi »… La vraie démocratie consiste donc à rendre l’IVG légale et à laisser chaque femme décider en son âme et conscience ce qui va advenir de son intimité et de sa vie. Selon votre définition elle-même, l’État fédéral, par la décision Roe v. Wade, défend « la vraie démocratie », la liberté de choix, contre les état fédérés et leurs tentatives d’interdire tout choix éclairé (subvention de groupes qui font de la propagande anti-IVG), voire la possibilité même du choix. Soyez cohérent avec vous-même, vous ne pouvez pas soutenir « la liberté de choix » et, au nom de cette liberté, défendre le droit des états fédérés de restreindre les libertés individuelles.

Point de vue des écologistes : La démocratie est un système imparfait qui repose trop souvent sur la loi de la majorité au détriment d’une autre partie du peuple. Ce n’est pas le cas de l’autorisation de l’IVG, interruption volontaire de grossesse. Rappelons que le droit à l’avortement n’est pas une obligation d’avorter, celles qui veulent procréer sans limites le peuvent. Mais les « pro-life » n’acceptent pas cette liberté de choix, ils relèvent d’une conception totalitaire de l’existence, mettant d’ailleurs souvent leurs convictions religieuses au premier plan. C’est anti-démocratique et indigne des membres d’un pays qui se devrait de respecter les idéologies de chacun. Maintenant l’exercice de la démocratie n’est pas un exercice intemporel et hors sol, les délibérations doivent tenir compte des acteurs absents, les générations futures et les non-humains (la biodiverstié). Dans un monde déjà surpeuplé, sauf à vouloir toujours plus de chair à canon ou d’intégristes religieux, nos décisions politiques doivent aller dans le sens de la modération de la fécondité, donc donner plus de facilités pour celles qui envisagent d’avorter.

Complément d’enquête

Aux Etats-Unis, l’Oklahoma approuve un texte restreignant fortement l’accès à l’avortement :

https://www.lemonde.fr/international/article/2022/04/29/aux-etats-unis-l-oklahoma-approuve-un-texte-restreignant-fortement-l-acces-a-l-avortement_6124142_3210.html

Au Sénégal, les ravages de la croisade anti-IVG :

https://www.lemonde.fr/afrique/article/2022/04/28/au-senegal-les-ravages-de-la-croisade-anti-ivg_6123974_3212.html

Dégradation des terres, famine en vue

« Global Land Outlook ». La deuxième édition du Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification (UNCCD) alerte en 2022 sur les conséquences majeures du mauvais état des sols. Mais on n’aborde par l’autre aspect du problème de la famine, la question démographique… sauf en commentaires sur lemonde.fr

Lire, irréversibilité (rapport de l’UNCDD en 2007)

Martine Valo : Sur la planète, 40 % des terres sont désormais dégradées, ce qui affecte directement la moitié de l’humanité, alerte l’UNCCD dans un rapport publié le 27 avril 2022, Perspectives foncières mondiales (Global Land Outlook). La situation s’aggrave très rapidement : la précédente édition de ce rapport, publiée en 2017, évaluait à 25 % la part des sols dégradés, et à 3 milliards le nombre de personnes affectées. Soixante-dix pour cent des terres émergées de la planète ont déjà été transformées par l’homme, « provoquant une dégradation environnementale sans précédent et contribuant de manière significative au réchauffement climatique ». Urbanisation et bétonisation galopantes, industries d’extraction, les causes de dégradation sont multiples, mais la principale responsable est explicitement désignée : l’agriculture moderne. Ce secteur « a altéré le visage de la planète plus que n’importe quelle autre activité humaine ». Les modèles de monoculture intensive dopée aux intrants chimiques dévorent les espaces naturels et constituent la première cause du déclin de la biodiversité. Entre 2013 et 2019, 70 % des forêts défrichées l’ont été pour les cultures et l’élevage, en violation des lois ou des règlements nationaux… Or, l’épuisement des sols est synonyme de pauvreté, de faim, d’émergence de zoonoses, de migrations et de conflits. Ibrahim Thiaw, secrétaire exécutif de l’UNCCD, rappelle que, dans la Corne de l’Afrique, beaucoup de gens succombent à cause de la faim aujourd’hui, que même les chameaux meurent de soif par endroits. « On a du mal à mesurer les conséquences de long terme des sécheresses sévères. Elles parviennent à déstructurer des sociétés, font fuir les gens vers les villes, témoigne Ibrahim Thiaw, qui est originaire de Mauritanie. « Nous devons arrêter de discuter en silos, de l’eau d’une part, de l’élevage, des gaz à effet de serre d’autre part. »

Commentaires malthusiens sur lemonde.fr

Hein : Y aurait-il donc une moitié de population mondiale en trop?

Jean-Pierre M : L’agriculture moderne c’est pour donner à manger à la surpopulation d’humains qu’il y a sur cette planète et pour un prix acceptable … et ce n’est pas près de s’arranger

Olivier : La croissance de la population est le problème majeur. Mais comme elle provient des pays du Sud, le sujet est totalement tabou. De nombreux pays d’Afrique ont vu leur population quintupler en quelques décennies.

Rodolphe Leroy : L’empreinte écologique globale par habitant en Afrique est de 1,4 hectares., celle d’un français 5,1 ha. La biocapacité en Afrique est de 1,5 hectares par habitant. Ils ne sont donc pas encore en déficit écologique. Celle de la France est de 2,5 ha/hab. Avec notre train de vie, nous sommes au moins 2 fois trop nombreux.

Janis : Le désert avance en Afrique du fait du surpâturage et de la surexploitation des sols. Le tout à cause de la démographie délirante. Mais comme l’Afrique est infoutue de contrôler sa démographie – il faudrait déjà qu’ils percutent … – et qu’il ne faut pas les critiquer parce que ce serait raciste, forcément, on n’est près d’y arriver.

les carottes sont cuites : Le big problème c est la démographie délirante de certaines populations mais il ne faut surtout pas le dire, plutôt nous accuser de manger de la viande …67 millions de Français consommerons toujours moins que 1,8 milliards d afri…..en 2050, et il faudra bien les nourrir…

Marie-C.D :Trop de gens sur terre… La surpopulation tue la Terre… Ils mangent, ils construisent, ils industrialisent, ils vivent, tout simplement…Et apparemment, ce n’est pas un modèle compatible avec non seulement la faune et la flore, mais aussi la terre elle-même… Et la plupart des gouvernements ne voient pas plus loin que leur réélection ou leur maintien au pouvoir..

Lire, nous créons le désert

Pablo Servigne, malthusien collapsologue

Pablo Servigne est devenu célèbre en introduisant en 2015 dans le débat médiatique le terme de collapsologie dans son livre co-écrit avec Raphaël Stevens « Comment tout peut s’effondrer (Petit manuel de collapsologie à l’usage des générations présentes) ». Précédemment il a contribué en 2014 au livre collectif « Moins nombreux, plus heureux (l’urgence écologique de repenser la démographie). Voici le contenu de son chapitre.

9 milliards en 2050 ? Pas si sûr.

Prenons le problème à l’envers. Si aucune politique de contrôle de la natalité n’est mise en place rapidement, combien serons-nous en 2050 ? Vous connaissez sûrement la réponse, elle est sur toutes les lèvres et s’invite à tous les débats : 9 milliards selon l’ONU. Pour être plus précis, 9 milliards en 2043, et 10 milliards en 2083 (1).

Pour les agronomes, ce chiffre est la justification ultime qu’il faut continuer à intensifier l’agriculture (2). Pour les politiciens et les urbanistes, c’est l’argument-massue pour commander la construction d’aménagements et d’infrastructures gigantesques. Pour les économistes, c’est l’espoir d’une croissance sans cesse renouvelée.

Mais ce chiffre cache aussi une autre information, il annonce une stabilisation progressive de la population. Selon les projections de l’ONU, la croissance de la population mondiale a amorcé un inexorable ralentissement et devrait se stabiliser dans la deuxième moitié du siècle. Ce chiffre fait donc consensus, car il annonce à la fois une croissance et un équilibre proche. De quoi ravir tout le monde, même les écologistes. Enfin, pas tous.

L’idée de ce chapitre est d’aller voir ce qui se cache derrière cette fameuse prédiction de l’ONU, et de la discuter à la lumière d’autres modèles. En effet, aussi surprenant que cela puisse paraître, ce chiffre de 9 milliards est issu d’un modèle de prévision démographique basé sur des hypothèses déconnectées du réel, pour ne pas dire farfelues. Nous verrons que les prévisions changent radicalement si l’on revient sur terre…

La fin (officielle) de la croissance de la population mondiale

En 1997, nous étions près de 6 milliards, et un article dans la revue Nature annonçait qu’il était peu probable que la population mondiale puisse un jour doubler (3). A l’époque, c’était un choc ! Le modèle de l’étude, basé sur des extrapolations des taux de fertilité, de mortalité et de migrations, prenait comme hypothèse que tous les pays allaient peu à peu effectuer leur transition démographique. L’équilibre allait donc arriver autour de 10 à 11 milliards tout au plus, mais pas 12.

Quatre ans plus tard, en 2001, les mêmes auteurs (qui font désormais autorité en la matière et publient encore dans la plus prestigieuse revue scientifique) annoncent la fin de la croissance de la population mondiale (4). C’est officiel. En affinant leurs précédentes méthodes de calculs (5), ils montrent qu’il y a 85 % de chances pour que la population mondiale arrête de croître avant la fin du siècle, 60 % de chances pour qu’elle n’excède pas 10 milliards, et 15 % de chances pour qu’elle soit plus faible en 2100 qu’au début du siècle. Ce fut aussi un choc pour l’imaginaire collectif.

En 2010, Wolfgang Lutz, l’auteur principal des précédentes études, devenu la référence scientifique absolue dans le champ de la démographie, affine encore ses prédictions et estime que la population atteindra 8 à 10 milliards en 2050. L’incertitude serait due à certaines parties du monde encore difficilement mesurables. Il faut remarquer que les institutions officielles (ONU, etc.) publient aussi des chiffres très semblables… quand elles ne citent pas directement Lutz. Ce qu’il faut retenir, c’est une hausse de la population dans les pays en développement (qui sont en train d’amorcer leur transition démographique), et, au cours du siècle, une transition démographique pour tous les pays du monde, et même un très probable déclin (mais léger !) dans la deuxième moitié du siècle, mais dont la date est très incertaine (6).

Le mythe de la stabilisation de la population

Derrière cette inéluctable stabilisation se cache un phénomène étrange que tout le monde connaît, mais que personne n’explique : la transition démographique. Malgré les innombrables études réalisées à ce sujet, elle demeure encore un mystère pour les scientifiques. On l’observe, on la mesure, on en fait même un principe universel, mais on ne l’explique pas. Un des facteurs les plus communément avancés serait non pas la richesse d’une économie, mais la répercussion réelle du développement économique sur la vie de toutes les familles, et surtout celles des femmes. Autrement dit, plus une famille a accès à une abondance matérielle, à un certain bien-être, à l’éducation des femmes (et au planning familial), moins elle aura tendance à faire d’enfants (7). La transition démographique ne se fait que dans l’abondance matérielle.

L’impression que donne cette stabilisation mondiale de la population est celle d’un équilibre bientôt atteint. En filigrane se dessine donc une société « durable », stable et pourquoi pas prospère. Et le raccourci est rapidement fait avec la « fin de l’histoire », où les transitions démographiques se confondent avec les transitions démocratiques…

Mais revenons sur terre. Comment se créé la richesse ? Comment fonctionne l’économie ? Grâce à l’énergie qu’on y injecte. Des chercheurs étasuniens ont montré qu’il y a une corrélation étroite entre le taux de croissance d’une population humaine et sa consommation énergétique : plus on consomme d’énergie, plus la population cesse de croître (8). Au niveau global, une population stable équivaut à une population avec un accès à une grande quantité d’énergie. Dans cette étude (9), les chercheurs se sont amusés à calculer la puissance qu’il faudrait consommer (par personne) pour que la population se stabilise selon les prévisions de l’ONU. L’extrapolation donne, à condition d’une égale répartition, 13 kW par personne (10) ! Soit une puissance qui n’est disponible qu’à des très hauts niveaux d’exploitation industrielle. Or, la terre ne dispose pas d’une telle quantité d’énergie. Les prévisions de l’ONU sont donc, selon ces chercheurs, hautement improbables : la terre ne pourrait pas offrir à l’humanité un confort matériel qui lui permette de stabiliser sa population. Autrement dit, il n’y aurait pas assez d’énergie pour amorcer une transition démographique dans tous les pays.

Dans un autre article (11), les mêmes chercheurs ont montré que depuis 1960, la consommation d’énergie par habitant avait aussi augmenté, écartant l’humanité d’un éventuel point d’équilibre. Non seulement nous sommes trop nombreux, mais nous réduisons plus vite que prévu notre capital d’énergie.

Il convient ici de s’attarder un instant sur la notion d’équilibre. En physique, la notion d’équilibre est ambigüe : il peut être stable ou instable. Un équilibre stable, c’est la bille dans un creux : on la pousse, elle revient à son point d’équilibre quoi qu’il arrive, en oscillant. Un équilibre instable, c’est la bille au sommet d’une bosse : on la pousse et elle chute. Le modèle de l’ONU laisse croire que l’humanité entrera bientôt dans une phase d’équilibre stable, c’est-à-dire un monde où la capacité de charge (12) de la planète sera atteinte tranquillement. Un monde où, sans rien faire, mécaniquement, nous atteindrions 9 milliards. En réalité, cet équilibre est instable et dynamique, car il faut injecter sans cesse toujours plus d’énergie et de matières premières pour l’atteindre et le maintenir. Il faut courir de plus en plus vite pour rester sur place (13). Sans apport constant et massif d’énergie, la bille tombe…

Les modèles de Lutz et de l’ONU n’ont pas intégré « le milieu » dans leurs équations. Ils se basent sur deux hypothèses : une disponibilité infinie en énergie et en matières premières d’une part, et une irréversibilité des transitions démographiques d’autre part. L’ONU dit en d’autres termes : selon les principes démographiques que nous avons observés jusqu’à maintenant, et si l’on considère que nous vivons sur une planète virtuellement infinie, alors la population humaine atteindra mécaniquement 9 milliards en 2050, puis se stabilisera, et déclinera légèrement.

Mais, dans le vrai monde, la terre est finie et ses ressources limitées. La première hypothèse est donc irréaliste. Au moindre choc (arrêt ou diminution d’approvisionnement en ressources) l’équilibre instable est rompu et toutes les prévisions de l’ONU deviennent instantanément fausses.

Mais on peut aussi remettre en question la deuxième hypothèse, et c’est là que le bât blesse. Si l’on considère que l’abondance énergétique entraîne une baisse de la natalité (transition démographique), alors on pourrait imaginer qu’une pénurie énergétique… augmente à nouveau la natalité ! Il est alors possible que les transitions démographiques s’inversent suite à une pénurie énergétique et matérielle globale, et que la croissance de la population reparte à la hausse. Une terrible boucle de rétroaction positive s’enclencherait, car une population en croissance signifierait une consommation des ressources plus conséquente et rapide, et donc un effondrement encore plus brutal. Le cercle vicieux est déjà bien connu : la pauvreté entraîne un accroissement démographique, et l’accroissement démographique entraîne la pauvreté.

Ce scénario est assez contre-intuitif, mais il n’est pas nouveau. Nous n’avons fait que redécouvrir ce que l’équipe Meadows avait déjà décrit en 1972.

La croissance, non. La stabilisation, non. Il reste…

Une population qui approche de sa capacité de charge peut réagir de trois manières : soit elle se stabilise doucement en dessous de sa capacité, ce qui implique une certaine anticipation ; soit elle « dépasse sa capacité de charge sans provoquer de dégâts importants ni permanents. Dans ce cas, son empreinte écologique oscille autour de la limite avant de se stabiliser » (14) (c’est « l’oscillation amortie »). Soit enfin, elle continue à épuiser les stocks après avoir franchement dépassé les limites, ce qui provoque une chute de la capacité de charge et aggrave le problème. Il a alors effondrement de la population.

Le premier scénario est d’ores et déjà hors d’atteinte, car nous avons dépassé les limites de la planète dans les années 1990 (15). Il ne nous reste que l’oscillation amortie ou l’effondrement. Vu la vitesse avec laquelle nous nous efforçons de détruire ce qu’il nous reste de ressources depuis 20 ans, il est probable que l’oscillation soit aussi hors d’atteinte.

Le modèle World3 de l’équipe Meadows (aussi appelé Rapport au Club de Rome) avait modélisé qu’un « effondrement incontrôlé » de la population mondiale surviendrait très probablement au cours du 21ième siècle. Selon le scénario « standard », celui où rien n’est fait pour modifier la trajectoire de la société, l’effondrement de la population s’amorcerait aux alentours de 2030, quelques années après un effondrement de l’économie. Or, les données réelles montrent que c’est précisément ce dernier scénario que nous avons suivi depuis 40 ans (16).

Un effondrement marque la fin d’une ère et le début d’une autre. Ce serait la fin d’une ère où l’humain a pu repoussé les limites physiques de la planète (sa capacité de charge) grâce à l’innovation technologique. Cette ère, qui a duré des siècles mais qui s’est accélérée avec la révolution industrielle, a permis d’élargir les limites physiques de la planète pour pouvoir accueillir toujours plus d’humains. Cette vision « optimiste » dénuée de toute notion de limite est appelée « cornucopienne » (17). Nous vivons depuis lors dans cette illusion d’un monde illimité.

Mais cette exception humaine ne doit pas cacher le fait que les autres espèces vivantes n’arrivent pas à repousser leurs limites et vivent selon les principes malthusiens : moins d’énergie signifie moins de population. Ce principe est au cœur des mécanismes de l’évolution du vivant et s’applique à toutes les espèces. Avant toute révolution agricole et industrielle, l’humain vivait en équilibre avec ces principes, il vivait confiné dans des limites physiques bien serrées, définies par son biotope, avec un faible niveau d’énergie (18).

Prenons l’exemple de la Finlande du 18ième siècle. Dans cette société typiquement pré-industrielle, la stratification sociale était divisée en deux parties : les familles qui possédaient des terres (bon accès aux ressources) et celles qui n’en possédaient pas. Parmi ces dernières, les pauvres donc, il a été montré (19) que les perspectives de mariage, la probabilité de reproduction et la viabilité des nourrissons étaient fortement corrélés avec les rendements agricoles annuels. Peu de récoltes, peu de reproduction. En revanche, pour les familles propriétaires, il n’y avait pas de corrélations, car elles n’étaient pas limitées… Il est bien établi que chez les animaux, en cas de rareté des ressources, la nutrition des nouveau-nés est l’un des facteurs les plus limitants de la reproduction. Et bien, il en va de même chez les humains.

Dans un environnement « malthusien », c’est-à-dire flirtant avec les limites de sa capacité de charge, le principe de transition démographique que nous connaissons ne s’applique plus. Si dans un monde cornucopien (d’abondance), un surplus énergétique entraine une diminution de la croissance démographique (transition démographique), dans un monde malthusien (limité et frugal), c’est l’inverse. La croissance est directement corrélée à la dépense énergétique. Moins d’énergie, moins d’humains. Voilà le principe de base des futurs calculs démographiques post-effondrement.

Ce basculement est désormais très probable. En l’espace de quelques décennies, l’humanité a de fortes chances de faire face à un pic de la population, un pic énergétique, un pic de l’eau disponible, un pic des terres arables, et très probablement un pic des rendements agricoles (20). Ainsi, il est désormais réaliste de penser que nous redescendions au cours des prochaines décennies à des niveaux de population proches de l’ère pré-industrielle : un à deux milliards d’êtres humains sur terre.

On distingue donc les pessimistes (les malthusiens), qui pensent que la capacité de charge est une limite qui va mettre un terme à la croissance démographique, et les optimistes (les cornucopiens) qui pensent que la technologie et l’innovation humaine vont continuer à neutraliser (et repousser) cette limite. Il faut ici comprendre que la croyance cornucopienne est très puissante car elle s’ancre dans plusieurs siècles de « preuves » empiriques. En effet, le monde moderne a toujours évolué de cette manière, alors pourquoi changerait-il maintenant ?

En théorie, les deux croyances ne sont pas improbables. On n’est à l’abri ni d’une révolution politique, énergétique et technologique miraculeuse ni d’un effondrement brutal. Il est impossible de démontrer que l’autre a tort. Mais il est possible de constater que les probabilités d’un avenir abondant fondent comme neige au soleil, et que les modèles démographiques cornucopiens manquent quelque peu de rigueur…

L’espoir des Meadows

Il reste un tout petit espoir. Une toute petite fenêtre d’opportunité à ne pas manquer. Peut-être moins de 5 ans. Dans la dernière version du rapport Meadows, parue en 2004, l’équipe a pu trouver trois conditions pour lesquelles l’économie et la population arrivent à s’équilibrer autour de la capacité de charge de la Terre. Cette possibilité enchantait l’optimiste Donella Meadows, l’une des auteures, car on y trouve non seulement une réelle note d’espoir, mais aussi une recette précise.

Etape 1. Si l’on parvient à stabiliser rapidement la population (2 enfants en moyenne par famille, et 100 % de réussite des méthodes de régulation), alors la population atteindrait 7,5 milliards en 2040 (soit 0,5 milliards de moins que prévu), ce qui permettrait de repousser quelque peu les limites. Mais cela ne suffirait pas. Si on en reste là, l’effondrement se produirait inéluctablement quelques années plus tard. Selon elle, « on ne peut donc couper à l’effondrement si on ne stabilise que la population mondiale », il faut un deuxième levier.

Etape 2. Si l’on parvient à stabiliser la production industrielle mondiale à 10 % au-dessus du niveau de l’année 2000, et redistribuer équitablement les fruits de cette production, on repousserait encore l’effondrement général de quelques années. Mais cela ne suffirait toujours pas à l’éviter à cause des niveaux de pollutions qui continueraient à s’accumuler et à mettre en péril les capacités de régénération des écosystèmes. Il faut donc un troisième levier.

Etape 3. Si l’on parvient en plus à améliorer l’efficience des technologies, c’est-à-dire à diminuer les niveaux de pollutions et d’érosion des sols tout en augmentant les rendements agricoles, alors le monde se pourrait se stabiliser et permettre à une population d’un peu moins de 8 milliards d’habitants de vivre avec un bon niveau de vie (proche de celui que nous connaissons) à la fin du 21ième siècle.

Ce scénario d’équilibre, cette toute petite porte de sortie, n’est envisageable que si elle est mise en place très rapidement. Or, le livre a été écrit en 2004… Il est donc peut être déjà trop tard. Impossible de le savoir avec précision (21), mais ce qui est certain, c’est que chaque année qui passe réduit considérablement notre marge de manœuvre.

Que retenir de ce chapitre ?

Il y a peu de chances que nous soyons 9 milliards en 2050. Les modèles de prévision démographique de l’ONU ont oublié d’inclure les limites physiques de la Terre. Oups ! Il n’y a pas assez d’énergie pour suivre ce scénario officiel.

Que peut-il se passer ? Dans un monde cornucopien (celui dans lequel nous vivons), il est possible que se produise une inversion de la transition démographique suite à un appauvrissement en ressources : redevenir pauvre, c’est se remettre à faire des enfants ! Mais une telle possibilité ne ferait qu’accélérer un effondrement de la civilisation thermo-industrielle (et donc de la population) aux alentours de 2030. Ce scénario, très probable, est décrit depuis longtemps par le puissant modèle World3 de l’équipe Meadows.

A la suite d’un effondrement, nous entrerions alors dans un monde malthusien, c’est-à-dire à faible capacité de charge, et cloisonné dans des limites physiques et biologiques étroites. Ces limites seraient d’autant plus difficiles à repousser que nous aurions détruit les ressources et les capacités de régénération des écosystèmes. On pourrait dès lors envisager une humanité à 1 ou 2 milliards d’individus, voire moins, ce qui correspondrait aux limites physiques de notre planète avant les révolutions industrielles.

L’effondrement n’est pas encore arrivé, mais il ne peut être évité simplement en découvrant une nouvelle source d’énergie miraculeuse ou en développant des technologies vertes. Tout est étroitement lié : population, production, énergie, pollution, rendements agricoles. On ne peut changer la trajectoire du monde qu’en agissant sur tous les paramètres en même tempts ! La seule issue non dramatique que le plus robuste (22) des modèles de prévision nous laisse entrevoir (World3), est d’abord une stabilisation rapide et maitrisée de la population, suivie d’une stabilisation de la production industrielle, d’une répartition équitable de cette production et enfin de la généralisation de technologies très efficientes. Tout cela en 5 à 10 ans, tout au plus.

A ce stade, il est indispensable d’oser, c’est-à-dire avoir du courage politique, car il y a une règle toute simple, « moins la société se fixe d’objectifs ambitieux en matière de population et de niveau de vie matériel, plus elle court le risque de dépasser et d’éroder ses limites. »(23)

La question d’un contrôle de la natalité est toujours urgente. Si elle n’est pas traitée, alors se posera très rapidement la question de la mortalité « incontrôlée ». Si nous ne pouvons aujourd’hui envisager de décider collectivement qui va naître (et combien), pourrons-nous dans quelques années envisager sereinement de décider qui va mourir (et comment)?

Épilogue : Prenez un climatologue du GIEC (avec des modèles puissants), demandez-lui de fabriquer un scénario climatique 2050 et soumettez ce dernier aux élites politiques et économiques. Prenez un démographe de l’ONU et demandez-lui un scénario 2050 que vous soumettez aux même personnes. Comparez les réactions !

Alain GRAS, universitaire et décroissanciste

Alain Gras, professeur des universités, est aussi un contributeur régulier au contenu du mensuel « La décroissance ». Il a publié en 2007 un livre qui devrait rester sur les tables de chevet des politiciens, « Le Choix du feu ». Il a participé au livre collectif « Moins nombreux, plus heureux (l’urgence écologique de repenser la démographie) ». Voici le chapitre dont il est l’auteur :
La surchauffe de la croissance

En reprenant, ce titre à François Meyer, je rends hommage à l’un des premiers auteurs à avoir mis le problème de la surpopulation sur le devant de la scène. Cela se passait dans les années soixante-dix, sa mise en garde n’eut que peu d’écho et ses thèses furent vite condamnées par l’Académie bien pensante, et du coup oubliées. Je vais donc les reprendre et les développer avec une argumentation assez différente de la sienne. En effet, après un black-out général en raison de l’accusation immédiate de malthusianisme dès que l’on parle de risque majeur démographique, les critiques du laissez faire sont revenus avec de nouveaux arguments liés aux autres problèmes de « croissance », notamment dans le champ de la technologie et de l’écologie.

Je ne suis pas plus que François Meyer démographe, mais tout comme lui je considère que la question de la population est un phénomène social total, qui interfère avec toutes les couches du social. Du reste, le terme de « surchauffe » lui même est déjà polysémique. Il est métaphorique en indiquant un risque majeur d’explosion, tel qu’il existait dans les chaudières des moteurs à vapeur, mais il prend aujourd’hui un nouveau sens qui il y a cinquante ans était encore peu conceptualisé. Car l’on sait maintenant que la société industrielle « réchauffe » au sens propre du terme l’atmosphère de la planète, et cela depuis le début lorsque l’énergie fossile a commencé à faire bouillir les marmites des machine à vapeur, dans les usines du nouveau capitalisme « thermo-industriel ». Il faudra, par conséquent, étudier les relations entre les deux types de surchauffe -ce que n’avait pas vraiment fait François Meyer- pour envisager les modalités du futur de la planète.

Perspective historique

La thèse la plus iconoclaste de Meyer consiste à soutenir la thèse d’une croissance exponentielle non pas de la croissance de la population mais de son taux, ce qui donne évidemment à la courbe démographique une allure sur-exponentielle. Meyer sur ce point fait quelque peu figure de vitaliste. Il semble défendre l’idée que la vie s’est développée ainsi, et s’appuyant sur d’autres statistiques utilisées dans un ouvrage important plus ancien « Problématique de l’évolution », tels l’indice céphalographique des vértébrés pour la biologie ou l’énergie maximum disponible pour la technologie, il voudrait croire à un mouvement général depuis l’aube des temps dont l’être humain serait un aboutissement. Cette notion de tendance est difficilement acceptable car elle suppose une transcendance qui, en l’absence d’une référence à Dieu, reste incompréhensible. De ce point de vue Teilhard de Chardin est plus cohérent que Meyer, mais ceci est un autre problème.

Pour Meyer, l’accélération du taux de croissance est continue, la machine ne s’emballe pas vraiment aux XXe siècle mais les effets secondaires deviennent visibles, par exemple dans la densité urbaine qui devient étouffante. En réalité, l’analyse du « trend » parait correcte jusqu’à une époque récente, les années 2000. Ensuite les taux n’augmentent pratiquement plus ou baissent. Toutefois, on voit combien le mode de calcul peut biaiser les statistiques : dans les très longues période au début on ne peut inclure les discontinuités or depuis l’ère chrétienne il y eut d’évidentes discontinuités. Par exemple, les grandes invasion, les grandes guerres ou la peste noire : une estimation environ 50 ans après le début de cette épidémie, en 1400, aurait laissé croire à un fort ralentissement démographique et invalidé la thèse, au moins pour l’Europe. Par conséquent si l’on prend la période 1970-2000 peut-on la considérer comme significative par rapport à celle qui précède d’une durée de 320 ans ou à celle qui suit de 12 ans ? Il reste que l’accroissement ces deux derniers siècles est littéralement fantastique .

La principale contestation légitime de la thèse de Meyer loge en son coeur: si on la suit chaque individu aurait en 2025 un espace nul ! Il reste que l’autre aspect de la thèse, le caractère sur-accéléré devient bien visible à partir de l’époque (thermo-)industrielle, que l’on nomme aussi depuis peu anthropocène. Si Meyer avait « un peu » raison, c’est à dire que le mouvement viendrait du fond des temps, l’hypothèse haute de l’ONU serait la plus probable qui donne une population de plus de 10 milliards en 2050. Pourtant, l’hypothèse faible de 8 milliards d’habitants est déjà problématique face aux difficultés qu’éprouvent les humains de l’an 2013. En particulier, l’incapacité à se mettre d’accord pour enrayer le réchauffement climatique et l’obsession de la croissance économique, qui nous met sur la voie de la destruction massive de la planète.

Il convient donc de croiser la perspective de Meyer avec celle environnementale qui nous avertit de l’imminence d’un désastre, puisque l’empreinte écologique est déjà de trois. Ceci veut dire qu’il faudrait trois planètes pour une humanité qui, dans sa totalité, aurait atteint le confort occidental. Et pour nous aider le modèle mathématique de Lotka-Volterra des équilibres de population proies-prédateurs me parait bien utile si, au delà de l’équation, on en tire un sens socio-anthropologique.

Ce modèle, qui décrit les équilibres entre proies et prédateurs montre comment, lorsqu’un déséquilibre se produit – par exemple quand la proie est affaiblie dans sa défense pour des raisons conjoncturelles ou au contraire, ce qui revient au même, qu’elle augmente de manière inattendue -, la population des prédateurs tend à se multiplier et à croître jusqu’à ce que la population des proies passe un seuil puis s’effondre. Ceci engendre une pénurie brutale de ressources, et par conséquent l’affaissement brutal de la population de ces prédateurs avec un temps de retard , l' »overshoot » (dont la longueur dépend du temps propre du phénomène). On entre ensuite dans un nouveau cycle…version optimiste.

Je voudrais, à ce moment, élargir la question démographique afin de la relier aux problèmes écologiques actuels. On peut, en effet, transposer le modèle de Lotka dans le domaine technique. Jusqu’au XIXe, la recherche de l’énergie par les sources naturelles trouvait une limite fixée précisément par cette nature. L’usage de l’énergie fossile a complètement modifié la situation en faisant sauter tous les verrous, mais cela n’est pas vrai seulement pour l’énergie, toutes les extractions de matière première ayant été ainsi rendues possibles par les machines qui consommaient le carburant fossile. Une boucle de rétroaction s’est mise en place, autrement dit un cercle vicieux : en simplifiant, la locomotive apportait le charbon à la mine de fer, et le fer permettait la construction de la locomotive. Aujourd’hui il en va de même pour le nickel, le cadmium, le lithium, le coltan, le cobalt … et tous les autres métaux rares – causes de si nombreuses guerres en Afrique principalement – qui rentrent dans la composition des machines en quantités de plus en plus importantes, en raison de l’accroissement des besoins de l’électronique informatique.

Or, l’exploitation éhontée des ressources minières vaut tout autant pour les ressources agricoles et accompagne la montée de la pression démographique. Ce mouvement correspond à la phase de croissance des prédateurs : dans le cas présent, celui de notre humanité. La pression du confort et l’obsession de la croissance économique provoquent une hallucination de la conscience. Le mouvement semble posséder une inertie propre: lorsque le point de non retour est dépassé, le prédateur ne le sait pas car, fasciné par sa puissance, il est alors à la recherche d’autres proies/matières premières/énergie/aliments mais la quête devient de plus en plus difficile, il se trouvera, n’ayant plus rien à se mettre sous la dent, face à l’effondrement irréversible et total.

Cette inconscience n’est toutefois pas radicale puisque ce livre tente de rompre le sortilège. Le club de Rome avait bien tenté cette rupture en 1972 mais ce fut l’échec et l’oubli. Pourtant tout était encore possible car l’empreinte écologique n’était alors que de un, une planète suffisait pour ses habitants (3, 6 milliards à l’époque). L’ouvrage The limits to growth traduit brutalement en français « Halte à la croissance » a été suivi de deux mises à jour, et d’une troisième en 2012 par une série de conférences faites par l’un des auteurs, Dennis Meadows. Toutes ont confirmé la pertinence dans ses grandes lignes du modèle initial fondé sur les interactions systémiques entre six variables: espace disponible, pollution, agriculture, ressources naturelles, investissement en capital et population.

Selon les hypothèses avancées, par exemple maîtrise la de la pollution, augmentation de la capacité alimentaire, épuisement des ressources naturelles ralenti grâce au progrès technique, etc… les variables ont des comportements bien différents . Toutefois un fait est remarquable : quelle que soit l’hypothèse avancée, la population est la dernière variable à s’effondrer. Je donne ci-dessous, pour revenir à la question de l’article, le graphe de deux modèles, l’un malthusien, l’autre ricardien. Dans le premier cas, la capacité alimentaire accompagne la montée démographique grâce à l’usage d’intrants efficaces, mais les terres deviennent alors de plus en plus médiocres, or l’inertie de la variable population empêche l’adaptation, du coup il y a dépassement des limites (« overshoot ») ,l ‘effet est retardé mais violent.

Dans le second cas, il n’est pas tenu compte des ressources limitées, car il est supposé que les investissements seront tels qu’ils compenseront les baisses de rendement. Mais alors ils absorberont à un certain moment toutes les ressources disponibles et l’expansion économique sera arrêtée net. Là encore l’inertie de la variable population lui fait subir le contrecoup avec retard.

L’auteur construit sur cette base un modèle mathématique avec deux options. L’une ne prend en compte que la raréfaction des ressources, l’autre, sans la nommer, ajoute l’hypothèse Lotka-Volterra qu’il nomme « excès de capacité de charge » dans l’éco-système. Entre autres : déficits alimentaires régionaux massifs, maladies non soignées en raison du démantèlement des services médicaux et sanitaires dans les villes, mortalité accrue due aux aléas climatiques, affaissement de la durée de vie, etc.

Dans le premier cas, la population commence à décroître à partir de 2020, et redescend à 5 milliards d’habitants en 2050, passant au-dessous de la barre des deux milliards en 2100. Dans le second, le phénomène de baisse s’amplifie, les chiffres sont alors de 4 milliards en 2050 et 1 milliard en 2100.

Cette perspective est aussi celle de Joseph Tainter selon lequel les systèmes hyper-complexes dont nous sommes dépendant, ont atteint un niveau de rendements décroissant. Cette spirale vers le bas devient difficile à combattre car toute nouvelle production s’inscrit dans un système qui est lui-même un sous ensemble d’un autre plus vaste, composés d’autre systèmes complexes (le Ipad n’existe que par l’ensemble: Internet, satellites, téléphone, électricité, énergie de diverses sortes, nouvelle métallurgie, etc…). Pour lutter contre les rendements décroissants, il faut donc tout faire avancer plus ou moins en même temps, et le problème se complique alors considérablement. A tel point que la fragilité globale change totalement de nature: alors qu’un système en réseaux isolé peut dépérir d’une manière relativement lente durant laquelle on peut avoir le temps de réagir , dans l’hyper macro-système le blocage de quelques noeuds d’un réseau peut entraîner l’effondrement chaotique et quasiment instantané de l’ensemble. Le modèle de l’implosion d’un système isolé est fourni par la dernière crise financière, mais ce n’est qu’un modèle réduit au monde de la finance, de même que la grande panne du nord des Etats-Unis en 2003 se limita au système électrique. En revanche si, par exemple, la crise de la monnaie se combinait avec une crise énergétique et un accident type Fukuyama il en irait tout autrement. L’hypothèse « excès de charge » est semblable à celle de Tainter sur les rendements décroissants.

Toujours dans ce courant, où il est facile de traiter ces Cassandre de marginaux, on remarquera que la même revue Nature a publié récemment une étude d’un groupe de chercheurs (pas moins de vingt trois !) qui va dans le même sens : Approaching a state shift in Earth’s biosphere, « Approche en cours d’un changement d’état dans la biosphère terrestre ». Là encore, les limites sont atteintes et un « state shift », changement d’état, se produit . Ici l’approche est différente, d’une certaine manière encore plus malthusienne, car c’est essentiellement la diminution de la surface agricole rongée par les artefacts du progrès (les ouvrages d’art, les infrastructures, par exemple : routes, voies ferrées, surfaces bétonnées, etc.) qui, selon les auteurs constitue la principale menace : « En raison des activités humaines, des contraintes au niveau local sont devenues, en s’accumulant, des contraintes d’échelle globale de changement. La contrainte directe inclut la conversion de 43% de la terre en paysages agricoles ou urbains, avec beaucoup d’espaces naturels transformés en réseau de routes. Ceci dépasse la transformation physique à échelle du monde lors de la dernière transition critique, quand 30% de la surface de Terre alors gelée s’est lentement libérée de la glace. La modélisation suggère que toujours pour 30% de l’espace terrestre, cette fois la vitesse à laquelle la flore devra migrer pour s’adapter au changement climatique sera plus grande que lorsque la Terre passa de l’âge de glace à la période interglaciaire. En outre cette migration sera ralentie par des espaces fortement morcelés. Il est prévu que sur 10 à 48 % de la planète, les climats actuels vont disparaître dans un siècle et que des climats que les organismes contemporains n’ont jamais connus vont probablement couvrir de 12 à 49 % de la surface de la planète. On atteindra dès 2070, mais sans doute des dizaines d’années plus tôt, des températures que jamais l’espèce humaine n’a connues au cours de son évolution ».

Les auteurs « attendent l’inattendu » pour les mêmes raisons que précédemment, parce que la saturation ne va donc pas tarder et qu’il y aura un effet de seuil non linéaire, selon eux plus tardif mais plus brutal que dans les modèles précédents en 2045.

Le cas de la peste noire

Une digression vaut la peine d’être faite, à ce propos, car un événement s’est produit dans l’histoire européenne qui a entraîné un effondrement provisoire et a valeur d’illustration dans notre passé récent, même s’il est incomparable avec les cinq extinctions qu’ont connu les espèces vivantes. Ce n’est autre que l’épidémie de peste noire qui éclata en 1347. On passe vite sur cet événement, qui vit disparaître les deux tiers de la population européenne (avec toutefois des différences notables selon les régions) parce que la cause est toute trouvée, ce sont les rats qui ont transporté le bacille de Yersinia pestis, peste bubonique, après que les Génois l’ont rapporté de Crimée. Mais en y regardant de plus près on s’aperçoit que dans les deux siècles qui précédent l’épidémie, une expansion fantastique des villes avait eu lieu, sans que soient préservées les nécessités hygiéniques minimales dans un espace au peuplement dense. En outre, la relation ville-campagne s’était modifiée rapidement et l’alimentation d’une population urbaine en rapide croissance rencontrait de plus en plus de difficultés avec les moyens de transport, inchangés, de l’époque. Le bacille de la peste trouva ainsi un terrain favorable dans une situation de saturation urbaine. L’événement « rats » fut l’effet de seuil qui déclencha la catastrophe. Le grand philosophe Ibn Khaldoun, qui commente cette épidémie dans les Muqaddima fait preuve d’une lucidité extraordinaire (bien qu’il ne mentionne pas les rats) lorsqu’il constate que le seuil était atteint dans l’écosystème, « Elle (la peste) se montra lorsque les empires étaient dans une époque de décadence et approchaient du terme de leur existence… La culture des terres s’arrêta, faute d’hommes ; les villes furent dépeuplées, les édifices tombèrent en ruine, les chemins s’effacèrent, les monuments disparurent ; les maisons, les villages, restèrent sans habitants ; les nations et les tribus perdirent leurs forces, et tout le pays cultivé changea d’aspect. » Or l’on se réjouit de nos jours, d’une population urbaine qui atteindra bientôt plus de 80% sur l’ensemble de la planète, avec des mégalopoles de plus de 20 millions d’habitants. Pourtant, ne peut-on penser que nous sommes, au niveau mondial, dans une situation assez proche de celle du XIVe siècle en Europe ?

Conclusion

La question démographique ne se réduit pas à des problèmes de natalité, de nombre de centenaires, de pyramide des âges. Et que les prévisions de l’ONU soient hautes ou basses, cela ne change pas grand chose face au danger qui vient d’être évoqué. Il ne s’agit plus en effet, d’un risque – un amusement statistique que les experts aiment bien manier pour nous montrer qu’ils maîtrisent la situation – mais bel et bien d’une éventualité catastrophique dont l’obsession de la croissance économique a créé les conditions de son avènement. La régulation de la population passe d’abord par une régulation de notre comportement envers la planète. L’obsession folle du progrès conduit à une accélération de la prédation, qui est une surchauffe d’un autre type que celle de la démographie, mais qui, combinée avec elle, rend l’avenir invivable. Les pays en cours de rattrapage ont droit au confort, mais ne pourrions nous nous contenter de ce que nous avons obtenu après deux siècles de progrès technique continu ? Les machines déferlent dans l’espace humain et elles viennent encore plus encombrer l’espace où les vivants sont de plus en plus a l’étroit. L’invocation continue du dieu croissance confine à la psychose collective, la pensée économique souffre d’un délire obsessionnel, la technoscience avance hagarde sur des chemins toujours plus éloignés de nos besoins essentiels et toujours plus proches des exigences du capital, comment dans ces conditions résoudre le problème de la population ? La surchauffe de la croissance n’a pas de solution dans le seul cadre de la démographie, le problème est global et je ne sais s’il a une solution.

Alain HERVÉ, un malthusien historique

Alain HERVÉ, né en 1932, est mort le 8 mai 2019. C’était un historique de l’écologisme, il est le cofondateurs de l’association les Amis de la Terre en 1970, a dirigé le numéro spécial du Nouvel Observateur, « La dernière chance de la terre », en avril 1972. A la suite du succès de cette parution, le patron du Nouvel Obs, Claude Perdriel, lance en 1973 le mensuel Le Sauvage ; Alain Hervé en devient rédacteur en chef. Il a écrit de nombreux livres et participé en 2014 au livre collectif « Moins nombreux, plus heureux (l’urgence écologique de repenser la démographie) » avec le chapitre « De l’inconvénient d’être humain »

Du point de vue du révérend Malthus

Des révérends anglicans du XIXème siècle ont donné leur nom propre à quelques trouvailles intéressantes, dont une race de chiens : le révérend John (Jack) Russel, mais aussi le révérend Thomas Malthus. C’est celui qui nous intéresse. L’un et l’autre ont vu leur découverte devenir plus notoire qu’eux-mêmes. Et dépasser même, et de loin, en ce qui concerne le second, sa formulation initiale. Le malthusianisme est devenu un nom commun.

Le malthusianisme est un grand mot qui vous vient à l’esprit quand vous montez dans le métro aux heures de pointe. Ou bien quand vous fréquentez un magasin Leclerc, ou la salle d’accueil (accueil, tu parles) du Louvre, ou le marché de Baiwanzhuang à Pékin, ou les attentes, urgences de la Pitié-Salpêtrière, ou l’A13, retour vers Paris, un dimanche soir vers 19h, ou le marché Sandaga à Dakar, sous le soleil exactement, ou la Kumbhamela de Hardwar en Inde avec soixante millions de copains au coude à coude…

Le malthusianisme, donc, est une forme d’exaspération d’appartenir à une espèce de mammifères prolifiques, qui baise à tort et à travers, qui a mal digéré les observations des Darwin père et fils.

Le malthusianisme fait naturellement suite à l’observation de Lévi-Strauss qui disait avoir vu la population humaine de la planète Terre multipliée par quatre pendant le seul temps de sa vie.

Évoquer le malthusianisme revient à dire : j’ai le sentiment que nous sommes trop nombreux. On se marche sur les pieds. Nous nous porterions mieux si nous étions moins nombreux. Moins nombreux à se partager les productions alimentaires disponibles, moins nombreux à polluer, moins nombreux à loger… moins nombreux à satisfaire des aspirations individuelles, pour ne pas dire des égoïsmes. Certains vont jusqu’à dire que chaque espèce vivante se voit attribuer un territoire, une « niche », qui se trouve limité par le territoire des autres espèces.

Historiquement le bipède humain a agrandi sa niche en supprimant les autres espèces. Radical, simple.

Petit rappel : moins de deux cents millions d’humains à l’époque du Christ, neuf cents millions au début du XIXème siècle, hier. Et dire que Malthus s’inquiétait déjà. Aujourd’hui, il y a trois cent quatre vingt quinze Anglais au kilomètre carré. Good luck.

Mais certains, pour mieux apprécier notre situation présente, se disent aussi que tant qu’à être humains, mieux vaut en profiter à l’aise. Personnellement j’en suis. J’en suis à penser réclamer le remboursement de ma place.

Il n’a jamais été constaté que le nombre d’humains accroissait la qualité de la vie. Sinon de disposer d’esclaves humains, d’esclaves animaux ou d’esclaves mécaniques. Lesquels, nourris de blé ou de pétrole, consomment des ressources naturelles, vivantes ou fossiles, limitées.

Au delà de ces observations de la vie courante, on reçoit l’averse statistique quotidienne. Il pleut des milliards. Le chiffre le plus contradictoire de l’unité que l’on puisse énoncer. Au delà c’est le bleu du ciel. Mais on quitte le chapitre de l’encombrement et de l’inconfort des niches humaines, pour passer à celui de la douleur, de la tragédie. Qu’en termes humanistes cela soit dit.

Il y aurait par exemple un milliard d’êtres humains qui ne mangeraient pas à leur faim. Lesquels on voit à la télévision décharnés et couverts d’enfants squelettiques. Lesquels, pense-t-on immédiatement, n’ont pas demandé à naître. Lesquels, comme l’a écrit Cioran, souffrent de  l’Inconvénient d’être né(s).

L’humanité, dans sa fringale d’orgasmes, procrée inconsidérément des hommes et des femmes qui n’atteindront jamais, il faut bien l’admettre, la qualité humaine, ni même bestiale. Certains en restent à l’état de larves souffrantes. Leur vie n’est qu’une agonie. On leur promet des remèdes économiques, techniques, nécessairement à longue échéance, et qui donc ne les concernent pas.

Le malthusianisme a mauvaise presse. On le soupçonnerait d’être une invitation à ne plus baiser, à pratiquer l’avortement et la contraception. Papa dixit. On y reviendra. Pire une sorte de rétropédalage dans la dynamique de l’évolution. Et certainement une scandaleuse remise en question du Progrès.
Le Progrès avec un « p » majuscule étant donné l’ascension des courbes statistiques dans tous les domaines : de l’économie, donc de la production, de la consommation, de la technologie, de la démographie.

Ne pas accepter ce progrès, c’est, de grands esprits l’affirment, vouloir en « revenir à la bougie ». Pauvre bougie que leurs arrière-grands-parents utilisaient encore avec délice pour lire au coin du feu à la chandelle.

Examinons ces curieux spécimens que sont les démographes. Ils partagent avec les météorologues la religion dite du beau temps. Qu’importe que les faits les contredisent. Leurs prévisions sont déjà oubliées. Jamais je n’ai entendu un démographe dire que les humains se multipliaient excessivement. Ils annoncent avec un grand sourire, toujours le sourire, que « la transition » est en vue.

Le tassement de la courbe de fertilité commence à se manifester, en Europe, en Asie… sauf en Afrique, pour le moment seulement.
L’humanité n’ira pas au-delà de dix milliards. Vers 2050. Puis décroîtra naturellement. Autrement dit, il n’y a plus que quarante ans à tenir et trois milliards de candidats à l’humanité de plus à nourrir.

Je n’aurai pas le privilège d’observer ce qui va se passer dans les quarante prochaines années. Je serai mort. Mes cellules auront obéi à l’injonction programmée dans leur substance, qui leur enjoint d’aller se faire voir ailleurs.

Je me pose donc la légitime question de l’âge de l’espèce humaine. Quel âge a-t-elle ? Est elle programmée pour ne vivre qu’un certain temps ? S’est-elle engagée dans une trajectoire obsolescente ? Autrement dit suicidaire.

En 1971, en tant que directeur de collection, je publiais aux éditions Fayard « la Bombe P » de Paul et Ann Erhlich. Ce livre, qui avait été vendu à deux millions d’exemplaires aux Etats-Unis, ne trouva pas plus de quelques milliers de lecteurs en France. Le chœur des démographes pétris de philosophie chrétienne cria au scandale et annonça que la population humaine se stabiliserait naturellement. L’injure suprême fut clamée : « Malthusianisme ».

Cette imprécation s’accompagnait de noms d’oiseaux divers. Sur ce, pendant les quarante ans qui suivirent, l’humanité a continué d’augmenter de quelques milliards. Et ce n’est pas fini. Mais les démographes continuèrent et continuent d’annoncer le tassement annoncé. On imagine qu’ils sont payés pour ça, sinon pourquoi les paierait-on ? Ces démographes ont tendance à observer l’accroissement de population comme ne constituant pas une preuve de l’accroissement de population. Ils observent un tassement des courbes de croissance. Ils observent une baisse rapide de la fertilité. Leur tassement finira effectivement par se produire mais on ne peut encore dire à quelle échéance.

En attendant, l’entassement le plus visible fut celui des populations urbaines, chassées des campagnes par la contrainte ou la séduction. En route vers le Progrès.

Du point de vue des milliards

Il semble qu’un humain, il y a quelques centaines de milliers d’années, se penchant sur une mare ait vu son reflet et s’interrogeant sur l’identité de cette apparition l’ait baptisée « humain » plutôt que « grenouille ». Depuis cette date, la prolifération du genre a formé l’humanité. L’espèce en question s’est accrochée à la mince peau d’une planète du système solaire et l’a baptisée Terre. Un peu de la même manière que les poux s’accrochent à un crâne en profitant de la toison qui le recouvre.

Depuis des millions d’années, des humains : sorciers, prophètes, philosophes, scientifiques, chercheurs, humoristes… ont tenté de comprendre ce que nous étions et pourquoi nous étions là. Sans y parvenir. Tout au plus ont-ils établi que nous étions un avatar d’une mystérieuse entreprise de l’Evolution qu’ils ont intitulée « vie ». Nous en dépendions sine qua non. Hors de la vie pas d’humain. Donc pour faire durer l’humain, il faut d’abord et absolument préserver la vie. Cela, une autre catégorie d’humains, qui se sont baptisés « politiques » ou « économistes », ne l’ont toujours pas compris, tandis qu’ils prétendaient guider l’espèce.

Voilà où nous en sommes en ce moment même.

Nos hommes, qui se disent politiques, nous assomment avec leurs comptes d’apothicaire (ou d’épicier?). Personne ne comprend cette jonglerie de milliards, lorsque la plupart d’entre nous cherchent cent euros pour finir le mois. Mais à aucun moment ils ne parlent de la vie menacée. Pas un mot. Priorité à l’incantation des milliards. Ils n’ont pas compris que les poux ne survivent pas sur le crâne des chauves. Or la pullulation humaine et l’économie dite moderne rendent notre planète chauve et c’est ce drame qui est prioritaire.

On reparlera de la Grèce sommée d’avaler des milliards et de recracher des milliards. Les millions de Grecs qui vivent sur une terre ingrate entendent ce message abstrait et descendent dans la rue pour exprimer leur refus, leur peur, leur incompréhension. Ils se réfugient à la campagne chez leurs parents, pour y trouver à manger. Ils demandent, eux, de vivre. Ils exigent qu’on leur parle d’abord de la vie.

Des babas béats se sont produits sur les plateaux de télévision le soir du Ier novembre 2012 pour célébrer l’arrivée du sept milliardième être humain sur la Planète Terre. Ils se sont entre congratulés, tutoyés et se sont lavés de l’horrible soupçon de pouvoir apparaître comme des malthusiens.

Seul l’humoriste Gaspard Proust, interrogé ensuite, a trouvé qu’il ne voyait aucun charme à devoir vivre dans l’encombrement et de manquer d’air.

Mais les babas béats ornés de l’étiquette d’économiste, de philosophe, de politologue, d’agronome, de démographe, de psyquelquechose, ont tous considéré que l’espèce humaine pouvait être nourrie sans trop de problèmes, même si elle s’accroît encore de quelques milliards dans les années à venir.

Réjouissons-nous avec eux de la beauté du spectacle. Le grouillement urbain les comble sans doute. Une visite aux 25 millions d’habitants de Bombay s’impose pour admirer une réussite de l’espèce.  Un milliard d’affamés ne leur semble qu’un détail à régler, sans problème.

 Personne ne peut ignorer que 18 000 enfants meurent CHAQUE JOUR de faim; sans parler de ceux qui meurent de soif, de maladie, de maltraitance, de guerres accompagnées ou non de génocides ou autres petites tueries … Sophie Chauveau.(in lesauvage.org)

Avoir commis tous les crimes, hormis celui d’être père Cioran

Pas une seule fois les babas n’ont pas davantage mentionné l’épuisement des ressources, la surexploitation de la planète, l’empoisonnement des sols et de la mer par les produits chimiques, l’envahissement des déchets, l’augmentation de la radioactivité ambiante, le massacre et l’exploitation des autres formes de la vie…

La planète Terre qui abrite le cancer humain n’est plus qu’un champ de ruines.

Grâce à la science, l’espèce humaine a éliminé la presque totalité de ses prédateurs naturels.

Il ne reste plus qu’un seul prédateur en piste. C’est le plus redoutable. C’est l’homme lui-même. Nous vivons une nouvelle ère: l’anthropocène.

Parlons encore un peu milliards. C’est devenu l’unité de base de notre actualité. Les milliards déferlent sur les ondes de la radio et de la télé. Nos politiques se les jettent à la figure.

Je me vois acheter un kilo de carottes pour un milliard d’euros, emprunter à mon voisin boulanger cinq milliards.

Toutes ces transactions sont trop modestes. Vous me mettrez un EPR pour trois milliards. Non ? Vous ne voulez me le livrer que pour six milliards. Bien. C’est entendu je vais les trouver, ni vu, ni connu, dans la poche de mes contribuables.

Mon voisin allemand vient de m’annoncer qu’il avait déraillé dans sa comptabilité. Il ne s’est trompé que de cinquante cinq milliards et demi de pertes. Donc si j’ai bien compris, ceux là ne sont jamais sortis. Où sont-ils passés ? Difficile de les trouver quelque part, s’ils n’ont existé nulle part ? Ce demi montre à quel point l’Allemand est précis dans ses comptes.

Un autre voisin, le Grec, me demande neuf milliards à livrer demain matin. Celui là va attendre. Il faudrait d’abord savoir où sont passés ces milliards qui lui manquent. Ce sont les popes qui les ont cachés dans leur soutane au mont Athos ? Ou les armateurs ?

Il faudra sept cents cinquante milliards pour démonter le nucléaire. Ca devient sérieux. On ne sait pas ce qu’on va en faire une fois qu’on l’aura démonté. Mais je suis rassuré, il faudrait sept cents milliards pour le remplacer…

Entre temps le sept milliardième humain est avancé. Celui là sait dans quelle époque il se pointe. Il sait parler le jargon d’actualité.

Par pitié ne parlez plus de centaines d’euros. Quelle mesquinerie. Allez plutôt dans votre banque demander je ne sais pas… dix milliards par exemple. Ils comprendront. Ils ont l’habitude.

Du point de vue de la mort

L’humanité dans son ensemble est un grand corps vivant, de la même manière que chacun de nous est vivant.

Chaque être humain est l’équivalent d’une cellule de ce grand corps de l’humanité. Le nombre des cellules d’un corps vivant est limité par des facteurs internes et externes, de la même manière pour un être humain ou pour l’humanité.

Ces deux organismes peuvent être victimes de la prolifération de leurs cellules. Pour un individu cela s’appelle un cancer.  Il semble que l’humanité souffre d’un cancer, d’une prolifération excessive de ses cellules.

Un cancer ça s’opère chirurgicalement ou ça se réduit par une radiothérapie ou un traitement chimique. Pour ma part j’ai été atteint d’un cancer que l’on a traité chirurgicalement. J’ai échappé aux deux autres issues. Dix ans plus tard, les médecins m’ont annoncé que je ne mourrais probablement pas de ce cancer.

L’humanité subit des opérations chirurgicales. Ce sont les guerres, les épidémies, les famines, les génocides, les stérilisations massives autoritaires, les perturbations climatiques…

L’hygiène, les vaccinations… ont réduit l’efficacité de ces opérations chirurgicales. Merci Pasteur, merci les Droits de l’homme…

Restent les traitements par radiothérapie et chimiothérapie, que les Etats et les Nations Unies peuvent concevoir sous diverses formes d’incitations persuasives à la dénatalité.  Voir Chine, Inde…

On a observé depuis le début du vingtième siècle une diminution du nombre de spermatozoïdes dans le sperme des hommes de plusieurs pays industriellement développés.

Le spermatozoïde est le bandit à l’état pur.  Cioran

Ce « sperm fall » est souvent attribué aux perturbateurs endocriniens qui nous environnent, principalement des pesticides. L’apparition du DDT a laissé des traces dans les courbes démographiques.

Enfin, les démographes décèlent un ralentissement de la fécondité pour toute l’humanité, qui signifierait peut-être un vieillissement de l’espèce. Annonciatrice de sa disparition ?

La diminution de la fécondité, à l’échelle planétaire, a commencé il y a quarante ans : on est passé de 5 enfants par femme en 1970 à un peu moins de 2,5 aujourd’hui. La tendance indique une stabilisation de la population mondiale vers 9-10 milliards en 2050 : il n’est pas certain que ce chiffre sera atteint car les ressources énergétiques risquent d’être insuffisantes et les catastrophes environnementales dévastatrices. Les causes de la transition sont certainement multiples, il n’y a pas que la scolarisation des petites filles, évoquée à juste titre par certains.

Pour ma part j’ai vécu une existence privilégiée dans une longue période de paix et de prospérité matérielle, même si factice, et je mourrai bientôt. Avant ou pendant la catastrophe ? Je me le demande.

Et pour récapituler le propos, revenons à Paul et Anne Erhlich : Lorsque des cellules vivantes prolifèrent sans contrôle, il y a cancer ; l’explosion démographique, c’est la multiplication sans contrôle des êtres humains. Si nous ne soignons que les symptômes du cancer, le malade peut en être soulagé quelque temps : mais tôt ou tard il mourra, souvent après d’atroces souffrances. (La Bombe P)

Le point de vue du misanthrope

Nous apprenons, quelque temps après notre naissance, que nous appartenons à une espèce de singes qui s’appellent humains. Plus tard quand on a suffisamment fréquenté ses semblables singes, on souhaiterait appartenir à l’espèce des lemmings ou des éléphants, ces grands sages. Autrement dit nous devenons misanthropes.

Je n’y puis plus tenir, j’enrage et mon dessein

Est de rompre en visière à tout le genre humain s’exclame Alceste. La misanthropie résulte pour une grande part de l’observation du comportement des foules humaines. « Ce sont mes semblables ces spectateurs hystériques de matchs de sports divers ? Ce sont mes semblables ces adeptes de religions de la haine ? Ce sont mes semblables ces hurleurs de manifs ? Ce sont mes semblables ces moutonniers gobeurs de publicité ? Ce sont mes semblables  ces couples stériles qui veulent à tout prix se payer un moutard ? Ce sont mes semblables ces obstinés qui mettent au monde un fœtus non viable et qui, comble de l’obscénité, demandent à la science et à la sécu de leur livrer un être humain incomplet promis à un martyre de trente ans ?… » Alceste rumine, rage, s’étouffe, s’exile, se suicide, ou jouit de la vie au jour le jour.

Il se souvient de cette réflexion de Woody Allen, un de nos très rares philosophes contemporains :  Je sais qu’il y a d’autres êtres intelligents dans l’univers à part nous humains. La preuve, ils ne nous ont pas contactés. 

Et encore Cioran :  … de tous les êtres, les moins insupportables sont ceux qui haïssent les hommes. Il ne faut jamais fuir un misanthrope.

Du point de vue des géniteurs

Pas de sujet plus sensible que la reproduction humaine.

Si l’on parle de surpopulation, chaque couple se sent visé. Le couple se forme dans l’intention de procréer. Il s’agirait d’un droit naturel, fondamental, qui obéit en effet à la loi naturelle de l’espèce, qui vise d’abord à sa reproduction, à son extension.

Avoir un enfant est un but dans l’existence. Surtout si l’on en n’a pas d’autre. Même si l’on mesure dans nos sociétés le boulet que l’on se met aux pieds pour vingt, trente ans, Tanguy…

Mais on n’y pense pas. Ego vise à sa duplication, sa reproduction. Avoir un enfant à son image. « Il me ressemble, il te ressemble ». Des enfants qui vous accompagneront dans la vieillesse. S’assurer une sorte de survie à travers ses enfants. Donner la vie est une manière de conjurer partiellement le précipice de la mort.

La femme enceinte projette son ventre en avant et le caresse avec affection et affectation. Elle est en général considérée avec bienveillance, considération. On lui cède les places assises. Le bébé suscite des attendrissements guili, guili. Le petit enfant jouit d’un statut protégé eu égard à sa vulnérabilité. On oublie l’invective de Guido Ceronetti :  Comment une femme enceinte peut-elle lire un journal sans avorter aussitôt. (Le Silence du corps)

Ces comportements animaux, de protection de la progéniture, se sont exprimés de diverses manières au fil des civilisations et des cultures humaines. Ils persistent presque intacts dans les sociétés contemporaines.

Sauf pour quelques individus qui affectent une distance avec ce qu’ils considèrent comme des manifestations archaïques.

On ne saurait négliger cette remise en question de la loi naturelle, lorsqu’on prétend intervenir sur la reproduction de l’espèce pour des raisons rationnelles. Les individus peuvent souffrir violemment des limitations imposées à ce qui leur semble être un droit absolu de se reproduire. On l’a vu en Chine. C’est pour cette raison que le malthusianisme est connoté négativement dans le vocabulaire courant.

« Malthusien » est une insulte contre la vie et une invocation à la mort. Même si l’on prétend sauvegarder l’espèce tout entière, en limitant le nombre de ses représentants.

Mais revenons en arrière. L’espèce humaine ne s’accroissait que très lentement pendant les dizaines de milliers d’années que dura son expansion territoriale ; avant qu’elle n’occupe tous les continents. Au début de la révolution néolithique, il y dix mille ans, on défrichait de nouveaux territoires, seulement poussé par la nécessité. La densité des populations paysannes résultait de la capacité de travail humain ajustée à la productivité de la terre.

Par suite, les villes, lieux d’échanges, restaient limitées en taille.

Avec la découverte de l’utilisation des ressources fossiles, charbon, pétrole… les capacités énergétiques humaines se trouvèrent multipliées par cent et plus. Ce fut comme un feu que l’on nourrit d’un violent courant d’air. Souvenez-vous des forges des forgerons et de leur énorme soufflet. Les facteurs de limitation naturelle se rompirent. On entra dans un âge d’abondance de biens, de services et d’innovations techniques, qui semblaient affranchis de toutes contraintes. Les épidémies furent vaincues. A partir de 1935 la fièvre puerpérale disparut… La démographie s’était déjà emballée dès la naissance de l’âge industriel. Des illuminés qui s’appelaient Herman Kahn ou Alvin Töfler par exemple prêchèrent un délire croissantiste caché sous le nom de futurologie. La notion de limites disparut.

Il faut en arriver à 1973 et au premier choc pétrolier, pour voir réapparaître la menace de pénuries et ce que l’on a baptisé du mot flou de « Crise » pour dissimuler une dramatique erreur d’appréciation. Nous y sommes encore. Nos pathétiques et aveugles responsables politiques de droite et de gauche, continuent de bramer à la croissance, leur Veau d’or.

Nous allons aborder la phase la plus radicale avec des dizaines de millions de chômeurs et nous devons revoir de fond en comble les perspectives de l’avenir de notre espèce. Nous redécouvrons que nous habitons une très petite planète. Nous l’avons vue depuis la lune. Chaque être humain doit décider de combien de descendants il va l’occuper. Ou l’encombrer.

De mon point de vue personnel

J’hésite entre deux attitudes.

Soit je m’insurge spontanément contre l’encombrement humain. Je le fréquente dans la rue, le métro, la route, les cinémas, le bord de mer… En croisant les dizaines de grandioses poussettes aérodynamiques, en discutant avec les désœuvrés, en devant suivre des files d’attente, en fuyant les défilés, les célébrations…

Je le perçois en fréquentant la statistique, en revoyant la courbe de croissance de la population mondiale.

Ensuite je me reproche d’obéir à des réactions épidermiques. Pourquoi je fréquente les centres-villes? Pourquoi je ne vais pas au cinéma le matin aux heures creuses? Pourquoi je monte dans le train la veille du week-end ? Pourquoi je ne vais pas vivre dans les Cévennes ?…

Survolant la France en avion je vois un territoire vide, des forêts, de la campagne à perte de vue et des concentrations urbaines limitées aux confluents des fleuves et sur le littoral.

J’ai connu une France figée pendant toute mon enfance à quarante cinq millions d’habitants. Comment en est-on arrivé à soixante en quelques décennies ? Jamais la France n’a été autant peuplée. Quelle part résulte de l’immigration ?

Mais pour quoi faire ? Pour prendre une position dominante en Europe ? Pour produire de la chair à canon ? Pour produire davantage ? Pour consommer davantage ? Pour alimenter les caisses de retraite ? Les politiques se rengorgent comme s’ils les avaient faits ces nouveaux Français.

Est-ce pour accéder à davantage de bonheur de vivre, d’harmonie sociale, de savoir-vivre … ?

Pourquoi Giscard a-t-il autorisé le regroupement familial ?

Rocard a dit que l’on ne pouvait pas accueillir toute la misère du monde. Je souscris avec hypocrisie à cette déclaration estampillée à Gauche. L’immigration n’est qu’un facteur. Je trouve que la France n’est plus le pays que j’ai connu. Et alors la belle affaire ? Nous en sommes à la mondialisation

Si l’on n’en reste pas aux incantations des démographes, qui entendent des voix comme Bernadette Soubirous, il faut en revenir au rapport entre ressources et population tel que l’avait analysé Malthus.

La faim sévit, la terre s’épuise… déjà vu. Il faut donc comme le proposaient Paul et Ann Ehrlich il y a quarante ans réduire la croissance de la population. D’abord dans les pays riches qui consomment et gaspillent le plus. Ensuite dans les pays pauvres qui ne peuvent plus nourrir leurs habitants.

Ce n‘est pas une tâche impossible. Les Chinois y sont parvenus. Nous n’avons pas vu naître quatre cents millions de Chinois, qui seraient présents aujourd’hui sans les mesures coercitives qui furent prises.

Comment ? En supprimant les encouragements financiers à la procréation. Plus d’aide au delà du deuxième enfant et des pénalités au delà, si nécessaire. Cajolons les deux premiers, donnons leur une éducation soignée, une vie désencombrée, harmonieuse, Donnons leur une chance de devenir des humains à part entière… Halte au troisième.

Généraliser l’information sur les méthodes contraceptives et l’avortement dès l’école et les rendre les plus accessibles possible. Critiquer les morales natalistes des religions. A quand un pape moderne en faveur de la pilule, du préservatif et de l’avortement ?

Autant de pays, autant de situations, autant de solutions adaptées.

Il s’agit pour l’humanité d’un choix dramatique pour éviter une fatalité dramatique.

Le dernier mot à Cioran : Ces enfants dont je n’ai pas voulu, s’ils savaient le bonheur qu’ils me doivent ! 

Corinne Maier, féministe et malthusienne

Corinne Maier interroge en 2014 la politique nataliste française, « la grande baby-llusion », dans le livre collectif « Moins nombreux, plus heureux (l’urgence écologique de repenser la démographie) ». Elle avait écrit en 2007 NO KID (40 raisons de ne pas avoir d’enfant).

En France, on adore les enfant !

La presse et les sondages prétendent que pouponner est la préoccupation majeure du-de la Français(e). Du reste, parmi les formules de politesse indispensables, il y a le traditionnel « Comment ça va ? », suivi de près par : « Et les enfants ? ».

À première vue, la France semble être le paradis de la parentalité. Une journaliste américaine, Pamela Druckerman, décrit même le modèle français comme un exemple à suivre par les Américains dans un livre récent devenu un best-seller aux Etats-Unis (traduit en français sous le titre Bébé made in France, Flammarion, 2012). Car, chez nous, les enfants seraient bien élevés et les mères épanouies.

S’il est un sujet sur lequel on ne plaisante pas, c’est bien celui des gosses. Pas étonnant que les anti-natalistes et autre néo-malthusiens n’aient pour ainsi dire jamais la parole dans le débat public. Ils n’ont tout simplement pas voix au chapitre : la droite s’en méfie car elle est traditionnellement pro-famille. La gauche les boude au nom de sa doxa maintes fois martelée : « Tout est une question de répartition des ressources ». Sous-entendu : non, nous ne sommes pas trop nombreux en France et sur terre ; certains sont trop riches, tout le problème est là. Un argument un peu facile et qui évite de se poser des questions.

Il est absurde de financer ce qui ressemble à un véritable effort de guerre démographique national sans en questionner les fins. C’est l’objectif de cet article.

La France a vu en 2011 sa population croître au même rythme que les années précédentes pour atteindre 65,4 millions d’habitants, et a conservé une fécondité élevée avec 2,01 enfants par femme, a annoncé l’INSEE en 2012. Une bonne « performance », se réjouissent les médias unanimes : seule l’Irlande jouit d’une fécondité plus « dynamique ». Un record salué par la presse avec un accent triomphal : nos voisins italiens, espagnols ou allemands affichent des taux qui ne dépassent pas 1,4 enfant par femme. Seuls parmi les pays riches, les Etats-Unis font « mieux » que nous, avec 2,1 enfants par femme.

Ce mini baby-boom français est récent, il date de l’an 2000. Auparavant, le nombre d’enfants par femme était comparable à celui de nos voisins européens, donc faible. Ce sursaut procréateur serait-il une conséquence de la victoire des Bleus contre le Brésil en 1998, lors d’une coupe du monde de football mémorable, qui a suscité en France un enthousiasme populaire sans équivalent ? Nul ne le sait ; rien n’est plus mystérieux que le désir d’enfant, surtout à l’échelle collective.

Regardons-y de plus près. Il s’agit bien sûr d’offrir toujours plus de petits consommateurs jamais rassasiés à un capitalisme qui a besoin de vendre toujours davantage de cochonneries pour bander dur. C’est au nom de l’enfant que les parents achètent voiture, lave-linge, maison et force gadgets… Il coûte une fortune, le bougre ; sur ce point, bizarrement, aucun chiffre n’est connu en France, alors que ce ne sont pas les statisticiens qui manquent. Les Espagnols, plus pragmatiques, estiment qu’élever un enfant depuis la naissance jusqu’à l’âge adulte revient aujourd’hui à une famille entre 98 000 et 300 000 euros (chiffres : CEACCU, Confederación Española de Organizaciones de Amas de Casa, Consumidores et Usuarios).

Des enfants ? Pour l’Etat aussi, c’est une bonne nouvelle. Il s’agit depuis la défaite de 1870 contre l’Allemagne de stimuler une natalité française traditionnellement basse. Gagner la guerre contre l’ennemi, puis fournir des bras à l’industrie, a été l’horizon des politiques mises en œuvres depuis la fin du XIXe siècle. Mais pourquoi continuer à déployer autant d’efforts alors qu’il suffit aujourd’hui de faire appel à l’immigration pour résoudre les problèmes qui pourraient être liés à l’absence de renouvellement démographique ? C’est, du reste, ce que fait l’Allemagne, un pays qui ouvre grand ses bras à des dizaines de milliers de jeunes Espagnols, Portugais et Grecs. Pourquoi cette bébé-mania française ? Je ne vois qu’une réponse : par nationalisme. En fait, l’enjeu est de préserver avec des bébés made in France une certaine vision du monde, autrement dit cultiver cette fleur fragile qu’est la francitude. Un enfant français, porteur d’une certaine conception du monde, vaut plus aux yeux de certains qu’un enfant venu de loin et élevé ailleurs.

Très rarement évoqué publiquement, cet argument n’est pas absent de l’inconscient collectif. Mais la frontière entre un enfant français et un enfant étranger n’est pas toujours facile à tracer. Une question cruciale divise les démographes : la fécondité française ne serait-elle pas alimentée de façon importante par celle de la population d’origine étrangère installée en France, dont une partie non négligeable est sous l’influence de l’islam ? Le débat n’a jamais eu lieu, car les statistiques « ethniques » ne sont pas autorisées en France. On le voit, derrière tout cela surgit la question difficile de « l’identité nationale ». Un sujet qui peut sembler vieillot mais qu’on a vu apparaître au premier plan il n’y a pas si longtemps.

Aussi, rien n’est trop cher pour encourager les naissances. Allocations familiales (dès la naissance d’un deuxième enfant), crèches subventionnées par l’État, allègements d’impôts substantiels, aides au logement, minima sociaux, majorations de retraite… Une politique familiale unique au monde, qui coûte une fortune : l’Hexagone consacre entre 4 % et 6 % de son PIB à la dépense publique en faveur des familles., selon ce que l’on y inclut. Au total, pas moins de 100 milliards d’euros à la charge du contribuable. Un poids considérable dont on peut questionner l’utilité collective : toujours plus d’enfant, cela ne signifie-t-il pas des logements toujours plus chers ? Toujours plus de pollution ? Toujours plus de zones péri-urbaines hideuses ? Rappelons qu’en France, 60 000 hectares d’espaces naturels disparaissent par an, soit 164 hectares par jour.

Mais ce type de critique n’est guère audible dans une société enfantophile. Tout est mis en place pour nous faire comprendre que non seulement l’enfant est le bienvenu, mais qu’il est de surcroît un gage de bonheur, d’épanouissement, voire d’intégration sociale. Pour nous, Français, c’est même un devoir que d’avoir des enfants, un devoir vis-à-vis de la société. Les childfree (le mot n’existe pas en français) sont taxés d’égoïsme, sont soupçonnés d’être de mauvais citoyens. Beaucoup d’entre eux se sentent obligés de se justifier : « Je ne peux pas en avoir, mais j’adore les enfants ». Ce à quoi je me hâte de répliquer, afin de mettre un peu de mordant dans la conversation : « Moi j’en ai, je déteste les gosses ».

Hélas, ce modèle familial « que le monde entier nous envie » n’assure pas l’égalité homme-femme. Voilà un pays où les écarts de salaire entre hommes et femmes sont particulièrement élevés, et où les femmes n’accèdent que rarement aux postes à responsabilité bien payés. Le Global gender gap établi tous les ans par le Forum économique mondial est sans appel : en 2012, la France, au 57e rang, est très mal classée – au même niveau que la Russie de Poutine, qui n’est pas connue pour son féminisme. Avoir un enfant, c’est donc cher payé quand on est une femme. Certains balaient d’un revers de main cet argument ; les Français ne disent-ils pas souvent : « Quoi de plus beau qu’un sourire d’enfant » ?

Le problème, c’est que cet enfant ne va pas sourire longtemps. Le temps passe, et il est appelé à devenir… Un jeune. Un quart d’entre eux sont au chômage, et les autres, souvent surdiplômés, n’ont guère de perspectives d’avenir. Au regard des « non-carrières » qui sont leur lot, il est peu probable qu’ils soient en mesure, demain, de payer les retraites de leurs aînés. Être jeune, c’est no future. Qu’ils oublient les boulots rémunérateurs, le patrimoine immobilier, les sièges à l’assemblée nationale et dans les conseils d’administration, ce n’est pas pour eux. Pour détourner le titre d’un film des frères Coen, No country for young men. Pour se consoler, nos jeunes n’ont qu’à chanter plus souvent La Marseillaise, qui promet : « Nous entrerons dans la carrière quand nos aînés n’y seront plus. »

Pas étonnant qu’en France, les jeunes broient du noir. Selon une étude de la Fondation pour l’innovation politique, les Français figurent parmi les plus pessimistes du monde. Seuls 25 % pensent que leur avenir est prometteur, contre 59% des Danois, 54% des Américains, 49% des Suédois, 36% des Allemands… Seuls les Polonais et les Italiens sont encore plus pessimistes que notre belle jeunesse. Mais le plus triste, c’est le nombre de jeunes Français qui adhèrent à cette phrase : « Pour réussir sa carrière, il faut se conformer aux attentes des autres ». 54% sont d’accord, un pourcentage qui fait de nous le peuple le plus soumis des pays de l’échantillon. Nous nous plaçons juste devant… les Chinois, que nous parvenons à coiffer au poteau de l’obéissance.

La preuve est faite, non seulement notre « boom démographique » ne sert pas la condition des femmes, mais il n’apporte aucun sang neuf à un pays ossifié, qui ne sait que faire de ses jeunes. Il est temps de se demander si le contribuable veut payer pour une politique familiale qui n’apporte pas de bénéfice à la collectivité. Il semble évident que, dans un pays démocratique, la liberté de devenir parent doit être respectée ; mais, si les gens veulent des enfants, qu’ils en assument donc entièrement la charge. A bon enfanteur, salut !

Théophile de Giraud, antinataliste engagé

Théophile de Giraud est un dénataliste enragé qui a publié en 2006 un livre malheureusement resté confidentiel, « L’art de guillotiner les procréateurs (manifeste anti-nataliste) ». Il a participé au livre collectif « Moins nombreux, plus heureux (l’urgence écologique de repenser la démographie) » dans le chapitre, « Pour un dénatalisme radical : Save the Planet, make no baby !

Après le triangle des Bermudes, le rectangle de l’Impossible

Sauve la planète, ne fais pas de bébé : peint en vert vif sur une banderole blanche, tel est le slogan délibérément provocateur que le Collectif des Lutins Obstinément Dénatalistes a déployé sur les marches du Sacré-Cœur à Paris en mai 2012. Il s’agissait de faire valoir que la dénatalité radicale n’est plus une option parmi d’autres, mais la seule solution crédible aux désastres environnementaux en cours, désastres qui n’iront qu’en s’amplifiant dramatiquement tout au long du 21ème siècle si cette solution pourtant simple n’est pas appliquée au plus vite, de la façon la plus vigoureuse possible, en dehors de toute forme d’autoritarisme ou de coercition cela va sans dire.

Lorsqu’ils osent, rarement, effleurer les problèmes démographiques pour prestement les nier, il est un chiffre-clé que les médias ne mettent jamais en exergue, de peur sans doute de provoquer la panique, sinon des tsunamis de suicides, des épidémies d’auto-mutilation, des flambées de psychose, ou même d’ignominieux carnages dans les maternités.

Ce chiffre, il est donc fort probable que mon auguste lecteur l’ignore aussi : quelle est la superficie de terre habitable, exprimée en hectares, disponible pour chaque être humain ?

Il n’est pas rare, lorsque je leur pose cette question – réelle pierre de touche avant toute discussion sur les rapports conflictuels entre environnement et population – que des personnes cultivées, intelligentes, soucieuses d’écologie, mais assez distraites lorsqu’il s’agit d’ordres de grandeur, me répondent : des centaines, voire des milliers d’hectares, disqualifiant d’emblée leurs postures fertilistes, tant vaste et grotesque divague leur illusion !

Le calcul est pourtant simple : nous sommes 7,1 milliards, la superficie des terres émergées est de 149 millions de km2, dont il faut déduire les déserts chauds (Sahara, Kalahari,…) et froids (Antarctique, Groenland,…), qui représentent plus de 25% des surfaces continentales, ainsi que les autres contrées difficilement colonisables par l’homme, telles que la haute montagne, le Grand Nord ou les cratères de volcans en activité. Sans même parler des zones mortellement contaminées par nos armées de chimistes et d’ingénieurs, telles que Tchernobyl ou Fukushima, en attendant la prochaine catastrophe telluricide. Sans même parler non plus des îles basses et autres terres littorales bientôt perdues suite à la hausse des océans, ni des aires naguère arables et habitées noyées par la construction de barrages destinés à subvenir aux besoins énergétiques exponentiels de notre humanité désormais aussi banale que le plancton, même si celui-ci, réchauffement et acidification des eaux faisant, a de moins en moins bonne mine…

Bref, d’un point de vue réaliste, la superficie des terres habitables n’excède guère les 100 millions de km2, ce qui nous laisse une aumône de 1,5 hectare maximum par exemplaire d’homo sapiens.

Un minuscule rectangle de 150 mètres sur 100 pour assurer votre subsistance et produire tout ce que vous consommerez durant votre existence : logement, nourriture, chauffage, éclairage, vêtements, meubles, outils, médicaments, vin, bière, tabac, jeux, vélo, voiture, ordinateur, frigo, cuisinière, télévision, lave-linge, lave-vaisselle, téléphone, robots ménagers, appareil photo, caméra, chaîne hi-fi, magnétoscope, imprimante, aspirateur, décodeur, ventilateur, vibromasseur – arrêtons là, la liste serait longue de nos gadgets-prothèses modernes et cette brève énumération fait sauter aux yeux l’évidence que notre hectare de territoire ne peut suffire à assouvir nos « besoins » contemporains, ni même à assurer l’absorption ou le recyclage des déchets que nous produirons par tonnes, même en confinant les abominables couches-culottes jetables hors bilan…

1,5 hectare : voilà qui laisse songeur, d’autant que vous n’êtes pas seul sur ce timbre-poste. Vous êtes le seul primate homo sapiens, c’est entendu, mais… Mais ?

Vous avez compris si vous n’êtes ni spéciste ni raciste : l’homme n’est qu’un mammifère parmi d’autres et les autres mammifères ont eux aussi le droit d’occuper votre rectangle de 500 mètres de pourtour, non seulement vos chiens, chats, rats et furets domestiques, non seulement vos vaches, veaux, poules, cochons, brebis, lapins, chevaux et toutes les têtes de bétail qui vous nourrissent, mais aussi les lynx, loups, lions, lamas, léopards, lièvres, taupes, belettes, renards, zibelines, tatous, cerfs, blaireaux, sangliers, phacochères, oryctéropes, bisons, buffles, zèbres, gnous, gazelles, écureuils, wombats, tapirs, capybaras, coatis, gorilles, zorilles, girafes, grizzlis, yaks, rhinocéros – attention reculez un peu s’il vous plaît – hippopotames, élans, gambadants, sautillants, trottinants, galopants et même éléphants. Vous vous sentez à l’étroit ? C’est normal, eux aussi.

Encore n’avons-nous parlé que de mammifères, car votre rectangle de poche, il s’agit de le partager avec tous les autres animaux terrestres, reptiles, insectes, oiseaux et batraciens inclus. Diable et démiurge, j’oubliais les espèces végétales, dont ces précieuses forêts de moins en moins primaires que la poésie des technocrates chante sous le charmant nom de « puits de carbone ». Il s’agira donc de ne surtout pas bétonner ou macadamiser votre petit rectangle de rien du tout ni d’y construire usines, hangars, bureaux, hôpitaux et centres commerciaux : où donc allez-vous planter vos choux et laisser s’ébattre les caribous ?

Vous voici à même de saisir physiquement, viscéralement, la cause de l’effondrement actuel de la biodiversité : cette cause n’est autre que le NOMBRE d’homo sapiens sur cette planète scandaleusement inextensible, malgré les efforts conjugués de nos grues, de nos cosmonautes et de nos démographes officiels docilement négationnistes. Votre maigre quadrilatère ne peut suffire à combler tous vos besoins, même si vous y trônez royalement seul : que dire si d’autres animaux le squattent sans titre de propriété, vous conférant ainsi le droit de les abattre à vue afin de protéger votre rachitique espace vital. Et vous tirez à merveille : face aux milliers d’espèces disparaissant chaque année, les scientifiques n’hésitent plus à parler d’extinction de masse. Selon la très crédible UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature), accrochez-vous, je cite : « 41% des amphibiens, 13% des oiseaux et 25% des mammifères sont menacés d’extinction au niveau mondial. C’est également le cas pour 31% des requins et raies, 33% des coraux constructeurs de récifs et 30% des conifères. » Le désastre absolu, que chaque bébé, du Nord ou du Sud, amplifie.

Mauvaise nouvelle en effet pour votre lopin de terre, il fond encore plus vite que la banquise – puisque 360.000 nouveaux-nés viennent chaque jour s’échouer sur notre radeau spatial en lambeaux. Dans le même temps, quelques 150.000 personnes ont la chance de le quitter : le solde net n’en reste pas moins de 210.000 nouvelles bouches à nourrir et corps à loger-chauffer-soigner-vêtir chaque jour. 1,5 million par semaine. Un nouveau Paris et sa banlieue toutes les 6 semaines. 75 millions de plus chaque année : une méchante grosse France de plus tous les ans sur une Terre qui s’étiole déjà depuis des décennies sous la pression anthropique : n’en jetez plus, la poubelle est pleine.

En 2050, avec les 10 milliards d’habitants qui sursatureront la planète, votre microscopique rectangle sera devenu un asphyxiant carré de 100 mètres de côté : quatre minutes de marche funèbre suffiront pour faire le tour du propriétaire. Fort heureusement, il restera peu d’animaux à tuer pour préserver votre cage, la plupart seront déjà morts, notre main mise absolue sur leur espace vital les aura méthodiquement éliminés, et seuls les zoos en conserveront les ultimes individus compréhensiblement déprimés.

Décroître au carré

Est-il encore nécessaire de rappeler que l’empreinte écologique d’un Européen moyen n’est pas tenable puisque si tout le monde menait son train de vie, l’humanité aurait besoin de trois planètes pour répondre à ses besoins, à ses envies, à sa gloutonnerie, à son incapacité à limiter ses vices expansionnistes.

Qu’à cela ne tienne, modérons donc ce train de vie, prenons-le plus souvent, d’ailleurs, le train, avec nos poupons vêtus en seconde main et tout ira pour le mieux, clameront nos amis les décroissants économiques, qui ont raison sur le fond politique (mort au consumérisme et au capitalisme, certes !), mais se complaisent malheureusement sur le plan écologique dans une bulle onirique d’impossible et rectangulaire aloi.

Voyons pourquoi.

Force est de constater, malgré les litanies d’appels à la simplicité évangélique, à l’Etre au détriment de l’Avoir (soudain sirupeux souvenir proustien de mes attendrissants cours de catéchisme), force donc est de prendre courageusement acte que ce n’est nullement l’Occident qui décroît, mais bien les pays émergents qui croissent à toute flamme et n’ont rien de plus pressé que de rejoindre notre niveau de vie, tant il est vrai que le confort restera toujours plus confortable que l’inconfort et la surabondance plus alléchante que la privation.

Force est aussi de constater que pour que l’empreinte écologique d’un Occidental moyen devienne compatible avec l’unique Terre dont nous disposons, ce brave imbécile doit diviser son pillage de ressources par … trois ! Très énergivore et polluant, son ordinateur connecté à internet est bon pour l’exil dans le néant. Je serais par ailleurs fort curieux de connaître l’empreinte écologique d’un économicodécroissantiste standard, en pull pour gagner deux degrés au thermostat et robinet fermé pendant son brossage de dents, la conscience tranquille comme une ampoule à basse consommation – et haute teneur en mercure toxique… Seuls les végétariens s’éclairant à la bougie, bougeant à pied-vélo et n’utilisant ni frigo ni lave-linge à obsolescence programmée sont crédibles : les autres m’exaspèrent autant que des boys scouts en jupe. Nous sommes définitivement trop nombreux par rapport à la capacité de charge de la planète1, et il s’agit vraiment de se priver gigantesquement pour espérer faire croire que nous sommes trop peu, ou juste assez.

Néanmoins ému devant la naissance illimitée d’angéliques têtes blondes sur lesquelles repose la promesse d’un monde meilleur, le gentil Parti Pour La Décroissance (PPLD) dont le discours ressemble furieusement à celui du pape lors de son sermon de Noël, ose hypocritement, sur son site internet, qualifier les dénatalistes d’eugénistes potentiels, et considère qu’« on ne gère pas la population mondiale comme un stock de voitures »

Ce n’est pas faux, il est en fait beaucoup plus facile de gérer la population mondiale, à l’aide de quelques stratégies simples et réalistes, nullement eugénistes ni autoritaires (ah, la Chine, ce nouveau point Godwin) sur lesquelles nous reviendrons.

Car effectivement, gérer les stocks d’automobiles relève du casse-tête que l’on sait. Sur la seule année 2012, on peut déplorer 3 millions de voitures neuves vendues en Russie, 12 millions en Chine, 60 millions dans le monde, 115 par minute, 2 toutes les secondes : on peut certes déplorer à chaudes gommes et freiner des quatre rosaires mais bonne chance pour identifier les acheteurs et les supplier de s’abstenir.

C’est là que le bât blesse avec les aussi sonores que creux appels à la sobriété volontaire : le primate homo sapiens, comme tous les primates, se gave de toute chose agréable aisément disponible. Bref, l’ADN du plus cruel, du plus avide, du plus égoïste des singes pèse lourd dans le débat, et il n’est pas superflu d’en tenir compte.

Ainsi n’est-il pas du tout facile de convaincre un pauvre de rester pauvre quand il peut devenir moins pauvre et encore moins de convaincre un riche de devenir plus pauvre pour que la planète puisse accueillir encore plus de bébés pauvres, mais sobres.

Reste la question de savoir si la sobriété est une solution, et jusqu’à quand. A moins que 7 milliards de chasseurs-cueilleurs ou de pasteurs-agriculteurs ne soient pas non plus une bonne affaire pour la biodiversité.

Bref, ne serait-il pas urgent de décroître économiquement ET démographiquement ? Décroître au carré ! Car tout de même, nul n’a une empreinte écologique plus faible qu’un non-parent, qui ne pollue que de son vivant, nullement à titre posthume via ses descendants, et qui modère solidairement ses appétits consuméristes par souci de l’environnement ; alors qu’un volontarosobriétaire pétrorabhinoïde vivant sous le seuil de la pauvreté avec ses cinq enfants n’est rien d’autre qu’une catastrophe écologique sur pattes, mi-tartufe mi-dément.

Surpollupopulation : tous coupables de clowneries sur un trapèze

Il est très fâcheux que les médias défigurés par leur cortège d’experts à la solde de l’Etat ou d’une idéologie lénifiante distinguent toujours pollution et population, parlant tantôt de l’une, tantôt de l’autre, rarement des deux ensemble, pour mieux rassurer les populations sur leur faculté à limiter leur pollution, comme s’il était possible qu’une population ne pollue pas.

Il faut hélas admettre que toute population, que tout individu même, exerce une pollution – pollution s’entendant au sens de pression sur les écosystèmes, pression qui se transforme très vite en dégradation, puis en destruction si la population surabonde sans mesure par rapport à un territoire donné, ainsi que s’en souvient l’Islande dont la forêt primitive fut éradiquée par les Vikings qui la découvrirent et colonisèrent au IX° siècle. Et pourtant les Vikings n’avaient même pas de vélos ni de limousines, juste des drakkars 100% bio.

De même, l’aurochs, le dodo, l’aigle de Haast, le moa géant de Nouvelle-Zélande, l’æpyornis ou l’hippopotame nain de Madagascar ont été exterminés par l’homme bien avant le début de la révolution industrielle, à une époque où chaque homo sapiens avait une empreinte écologique qui ferait se cramoisir de honte un militant du PPLD.

On pourrait encore citer ces cas emblématiques de cervidés, pourtant sobres et very-low-tech, introduits sur une île dépourvue de prédateurs et pullulant jusqu’à dévaster la biodiversité des végétaux, des insectes (90% des espèces de ceux-ci se trouvant parfois abolies) et des oiseaux qui en dépendent2.

C’est pourquoi il m’a semblé important d’introduire le concept de surpollupopulation dans un des chapitres de mon pamphlet anti-nataliste3, concept visant à mettre en évidence ce qui devrait être perçu comme l’évidence même : le problème n’est aucunement le mode de vie, mais la quantité d’individus qui pratiquent ce mode de vie.

Surchasse, surpêche, surpâturage, surexploitation, déforestation, désertification, épuisement des nappes phréatiques, pic pétrolier et pic de tout, pantelante humanité grattant partout les fonds de tiroir de la planète, inévitables effets directs de la surpollupopulation… Homo sapiens étant un super-prédateur dont le nombre croît à mesure de l’abondance des ressources jusqu’à détruire progressivement celles-ci, et ce quel quoi soit son niveau technologique ou économique, il est illusoire de croire que l’on peut réduire sa nocivité autrement que par un méthodique contrôle de sa population, sauf à laisser le soin de la régulation des effectifs au sempiternel et fort peu sympathique trio guerres-maladies-famines. Dès le paléolithique, homo sapiens fut contraint de se répandre sur toute la planète pour accéder à de nouvelles ressources, chaque nouvelle génération devenant bientôt de trop sur le territoire ancestral : preuve s’il en est que la sobriété volontaire n’est d’aucune efficacité sans l’usage intensif de contraceptifs.

On a souvent brandi le syndrome de l’île de Pâques comme métaphore de ce qui pend au grouin de l’humanité tout entière si elle s’obstine à ne pas comprendre qu’une sphère est un espace fini, totalement incompatible avec une croissance économico-démographique infinie.

On a tout aussi souvent brandi l’atroce exemple de Tikopia comme modèle de « gestion durable », ce dont je m’offusque vertement car cette île (sur laquelle je ne mettrai jamais les pieds, car avec une densité de population de 240 habitants au km2 – l’insupportable moyenne planétaire n’étant « que » de 45 – je risque d’être assiégé de spasmes agoraphobiques, sinon de pulsions homicides) est à vrai dire complètement anthropisée par des millénaires d’exploitation, sertie d’une biodioversité mammiférine frisant le zéro, et ce malgré des siècles de guerres, de famines cycliques4, d’émigration et d’infanticides afin de réguler vaille que vaille la prolifération d’individus qui n’ont dû leur survie qu’à la surabondance des ressources halieutiques et végétales d’un climat tropical (le « modèle » Tikopia n’est décidément pas exportable au Népal) et n’ont même pas réussi à partager leur espace vital avec quelques timides cochons… Importées comme nourriture au XII° siècle, les pauvres bêtes furent exterminées au XVI° car consommant trop de calories par rapport à leur viandesque rentabilité. Voilà qui me rappelle les préoccupations post-modernes visant à transformer le singe omnivore que nous sommes en végétarien forcé5, ou en insectivore au dégoût dûment déconditionné.

Pour en revenir à nos ignames, on sent qu’un sanglier sauvage, une girafe en fringale ou une tribu de bonobos demandant l’asile politique pour échapper à l’extinction qui les menace en Afrique n’ont pas du tout leur place sur Tikopia, ce chiffon de volcan criblé de fertiles homo sapiens veillant jalousement sur leur garde-manger. Bref, Tikopia est peuplée d’humains et de plantes vivrières : cela me semble maigre, et nullement compatible avec l’idée qu’il conviendrait de se faire, sans fascisme anthropocentrique, de la biodiversité.

Pour le dire autrement, Tikopia est effroyablement surpollupeuplée (à densité égale, la Terre compterait 37 milliards de prédateurs humains !), et ce malgré le mode de vie plutôt austère de ses habitants qui préfèrent toujours, fort sagement du reste, le pagne à la cravate, et le taro à la moto.

Le NOMBRE, tout est dans le NOMBRE, nullement dans le mode de vie ni dans l’empreinte écologique, concept affligeant s’il en est, signal d’alerte rouge explosif par son émergence même, né de l’extravagante surabondance du NOMBRE et proprement impensable sur une Terre peuplée de quelques millions (j’ai bien dit millions) d’homo sapiens, qui pourraient à loisir polluer, cultiver, chasser, pêcher, bûcheronner et gaspiller à outrance en un nietzschéen potlatch d’exubérante débauche simiesque sans même que Gaïa ne sourcille ni ne vacille.

Démonstration : les caprices infinis d’un seul milliard d’Occidentaux ou d’occidentalisés mettraient la Terre en cendres (après le PC, le PH, l’hélicoptère personnel, supersonique si possible, avec pales en platine massif gainées de cuir de pénis de baleine) ; mais cent milliards de chasseurs-cueilleurs ou de pasteurs-agriculteurs, totalement en ligne avec les catholiques suppliques des décroissants économiques, giflant même ceux-ci par leur presque imbattable sobriété (la seule sobriété digne de ce nom étant de ne pas se reproduire du tout), suffiraient à mettre la planète à genoux et à exterminer la majeure partie des espèces vivantes.

On observe ce phénomène aussi bien en Inde qu’en Afrique ou ailleurs, où les conflits entre les populations locales et les populations d’autres animaux se résolvent toujours au détriment de ces dernières – la réintroduction du loup dans les Pyrénées françaises a surtout réintroduit la balle du fusil des bergers dans la peau du loup… Partout dans le Tiers-Monde, la chasse aux terres cultivables ou au bois de combustible engendre déforestation et désertification. Or, comment expliquer à un crève-la-faim qu’il ne doit pas laisser ses troupeaux aussi flageolants que lui provoquer quelque surpâturage nuisible à l’intégrité des sols ? A la place d’un paysan africain, qui sait si je ne tuerais pas aussi les animaux d’un parc national pour m’en nourrir, ou pour éviter qu’ils ne nuisent à mes vaches décroissantesquement plus que maigres ? Crachons le morceau, tout vertuprétendants que nous sommes : manger précède baiser, ainsi que toute autre forme d’érotisme éthique peinturluré d’écologisme. Cruelle assertion, mais combien vérifiable dans chaque situation de famine ou de guerre, la première engendrant volontiers la seconde.

Le temps est donc venu de renvoyer dos à dos xénophobes et tiers-mondistes, le sadisme des premiers considérant que tout ce qui n’est pas blanc mérite de crever, sauf l’ours polaire s’il reste sagement assis dans un zoo à contempler nos crèmes glacées ; l’angélisme des seconds jurant qu’il n’est rien de plus impératif que de sauver un affamé et ses squelettiques cinq enfants, qui à leur tour feront cinq enfants tout aussi sous-alimentés, sans même glisser quelques salvateurs préservatifs dans le salutaire sac de blé.

Oui, le temps est venu d’oser dire, quitte à se faire 7 milliards d’ennemis à nids fournis, que sur une planète surpollupeuplée, tout être humain supplémentaire, en 4X4, à bicyclette, à trottinette ou à dos de dromadaire, est désormais un être humain de trop qui se surajoute à un mortel excédent surnuméraire de déjà trop d’humains surpollupopulatifs, terriblement invasifs et biotopologiquement exterminateurs. Oui, chaque bébé qui naît, n’importe où dans le monde, c’est un peu de Terre qui meurt ! Ceci dit, il convient aussi de dire qu’il appartient absolument au brave imbécile occidental de montrer l’exemple en consommant moins et en se reproduisant encore moins, car le brave imbécile occidental a du moins accès à tous les moyens contraceptifs possibles, vasectomie comprise, au contraire de l’affamé du Sud qui n’a tout bonnement accès à rien du tout, pas même à l’eau potable ou à la pilule qui sauve.

Cercle vertueux

Pour transformer le rectangle de l’Impossible en sphère écologiquement crédible, il s’agit donc d’allier la décroissance démographique à la décroissance économique et d’instaurer par là même un cercle véritablement vertueux. Le dénatalisme n’est pas une solution, il est la solution sine qua non à TOUS nos problèmes environnementaux, ainsi qu’à la plupart de nos problèmes sociétaux, puisqu’il s’attaque au seul et unique problème : celui du NOMBRE.

Il est tout de même frappant qu’Haïti (363 hab/km2 et 3 enfants par femme en 2012) ait perdu la quasi-totalité de son couvert forestier, prolixement évaporé en surfaces agricoles et en charbon de bois comme source d’énergie, malgré le niveau économiquement sobre, d’autres oseraient dire pauvre, de sa population…

Je ne suis pas sûr qu’un militant du PPLD ait le courage d’aller demander en face à un haïtien sous-alimenté de décroître économiquement pour réduire sa calamiteuse empreinte écologique à l’échelon local. Les femmes haïtiennes sauraient très bien par contre que faire d’une pilule contraceptive si elle leur était 1° accessible 2° gratuitement… Car nombre d’entre elles – 40% pour être précis – appartiennent, contre leur gré, à ces quelques 220 millions de femmes sur la planète dont les désirs contraceptifs ne sont pas assouvis6.

La question devient donc : comment mettre en œuvre une politique dénataliste non contraignante ? Qu’il faille assumer cette question dont la réponse se trouve pourtant sous nos yeux, au cœur même de statistiques élémentaires, prouve à suffisance combien s’avère efficace la censure médiatique systémique et systématique qui broie au kärcher tout embryon de débat sur le bien fondé, ou non, désormais, de la procréation.

Au delà de toute chimère, il est un fait mondialement avéré et fort bien documenté : quand les femmes ont accès à l’éducation, à la liberté de choix, à l’autonomie financière, à la contraception et à l’avortement, la dénatalité est automatiquement au rendez-vous.

Admirons plutôt : 1,9 enfant par femme au Royaume-Uni ; 1,6 en Suède ; 1,5 en Espagne ; 1,4 en Allemagne, en Italie et en Russie (au grand désespoir de l’ubuesque Poutine qui tente en vain de relancer la natalité à grands coups de roubles comme le ferait un névrotique habitué des prostituées) ; 1,2 en Corée du Sud ; 1 à Taiwan et même 0,8 à Singapour dont les pouvoirs publics martèlent, depuis les années 1970 il est vrai, le slogan « Deux, c’est assez », comme quoi inverser la polarité de la propagande produit très vite de merveilleux effets.

Et la France ? A peine 2,01 enfants par femme : pas même de quoi garantir le renouvellement des générations, cruel, lamentable, pathétique échec de la politique pourtant ultra-nataliste de cette petite république complexée, inquiète du montant de ses retraites comme une vieille dame aigrie, dépourvue de toute imagination dépassant le niveau du tricot d’un bas de laine et totalement indifférente aux enjeux écologiques de ce siècle.

Bref, et cela devrait résonner comme un uppercut, les chiffres ici et maintenant donnent tort aux économicodécroissants puisque rien ne décroît, surtout pas le PIB mondial ou des pays émergents, au contraire ! Tandis que les chiffres ici et maintenant donnent raison aux dénatalistes, puisque les femmes sont d’elles-mêmes spontanément dénatalistes et préfèrent la qualité à la quantité dès qu’on leur en offre l’opportunité !

Donc oui, la solution est là, sous nos yeux, réaliste, efficace, avérée, indiscutable, et ce depuis des décennies : elle porte le doux nom de féminisme et le délicat prénom de massacre de toute forme de phallocratie ou de patriarcat, et de leur principal vecteur, les doctrines religieuses.

Il est tout de même atroce de constater que le nombre de grossesses non désirées s’élève à 80 millions chaque année dans le monde. Souvenez-vous : 75 millions d’homo sapiens de plus tous les ans. Et dans le même laps de temps : 80 millions de grossesses non désirées… Cherchez l’erreur… Certes, 40 millions de grossesses forcées se concluent heureusement par un avortement, souvent intrépide car clandestin, mais cela représente tout de même 35 millions de bébés non désirés qui pourraient être évités en un clin d’œil, chaque année, si l’accès au planning familial était un Droit de la Femme universel et intangible !

N’en déplaise aux religieux, ces criminels trafiquants d’arrière-mondes à l’usage des analphabètes et des angoissés, qui usent du lapinisme comme arme de guerre contre les autres religions, sans le moindre souci de l’intérêt de la femme, de l’enfant et de l’environnement !

Outre le féminisme et son corollaire (le planning familial), d’autres stratégies pourraient être mises en place pour favoriser davantage encore le recul démographique qui s’amorcerait alors. Sait-on par exemple qu’en Belgique, 13% des gens regrettent avoir eu des enfants7. On subodore que le chiffre serait assez semblable à l’échelon européen. 13% de victimes directes donc de l’infernale propagande nataliste, 13% d’adultes qui auraient finalement choisi de ne pas se reproduire si le bourrage de crâne, la pression normative subie et les avantages matériels offerts avaient été moins forts. A ces 13% de victimes, il faut ajouter ces 10% de femmes childfree, qui n’ont pas d’enfants et n’en veulent farouchement pas, mais qui se plaignent amèrement du harcèlement reproductif, sexuel donc, dont elles font l’objet8.

Foudroyant constat ! Presque 25% de non-parents potentiels si l’on abolissait le matraquage fertiliste dont enseignants, politiciens, industriels, publicitaires, artistes, journalistes et religieux se rendent quotidiennement oupables…

On saisit d’autant mieux l’importance de mettre énergiquement fin au conditionnement nataliste et de le remplacer par une éducation de qualité, centrée sur l’esprit critique face à toute évidence reçue plutôt que sur l’adaptation au corps sociétal, où se discuterait dès le lycée le bien-fondé ou non de se reproduire. Imaginons l’impact sur les adolescents d’une formation scolaire aux vertus de la dénatalité et aux innombrables inconvénients de la parentalité, aux antipodes donc de la pensée mononeuronale actuelle qui s’acharne à leur faire mensongèrement croire que la reproduction est le pinacle de l’épanouissement existentiel. Imaginons même l’impact météoritique d’une éducation qui dévaloriserait puissamment la famille, surtout nombreuse. Imaginons dans la foulée le jour où une femme enceinte aurait honte de sortir en rue, percée de jeunes regards désapprobateurs quant à son manque absolu de civisme écologique…

Autres stratégies disions-nous : vigoureuse inversion des polarités de valorisation certes, mais aussi incitants financiers à ne pas avoir d’enfant du tout, tels que la suppression totale des allocations familiales évidemment, mais aussi leur remplacement par une récompense de 100.000 euros à toute femme ayant atteint la ménopause sans avoir enfanté : son empreinte écologique tombant à zéro pour l’éternité, au contraire d’un reproducteur dont la sienne est potentiellement infinie, même s’il est unipare, car nul ne sait si son enfant n’en fera pas dix … ou vingt. On pourrait également imaginer des primes à la stérilisation volontaire : 10.000 euros cash pour une vasectomie avant le premier enfant. On ne serait jamais 10 milliards en 2050, ni même huit milliards en 2025, je vous l’assure.

Mieux encore, dès 1932 (!), le philosophe Henri Bergson préconisait, « dans les pays où la population surabonde, de frapper de taxes plus ou moins lourdes l’enfant en excédent »9. En hommage au principe du pollueur-payeur, écotaxons même chaque naissance occidentale à tour de bras, puisque l’abominable bébé, en plus d’être un liberticide cadeau empoisonné que s’offrent ineptement ses parents, est aussi désormais un cadeau très empoisonnant pour l’environnement.

Autant de politiques dénatalistes volontaristes donc, réalistes et non-coercitives, qui permettraient de s’aligner très rapidement sur le sage conseil du commandant Cousteau : 800 millions d’homo sapiens maximum.

Cela me paraît généreux, osons le rêve, l’imaginaire et le réenchantement du monde, reprenons goût aux immenses espaces vierges de toute présence humaine, traversés seulement par l’exaltante-apaisante beauté de la nature, et fixons-nous pour objectif 300 millions de personnes sur Terre en 2100, et 30 millions en 2200. Les autres animaux pourraient à nouveau respirer, et nous aussi !

Ce serait, enfin, la rimbaldienne liberté retrouvée, la jouissance des grandes étendues sauvages, les ressources en surabondance pour tous, la redécouverte de la vie en harmonie avec les cycles, les êtres, vivants et non-vivants, selon l’antique émerveillement des aborigènes australiens, autrement doués en matière d’équilibre écologique multimillénaire que les inquiétants habitants de Tikopia, pour ne rien dire, la grossièreté guetterait, de ceux de New-York, Londres, Paris ou Bruxelles, porcs massifs dont tout nouveau porcelet n’est qu’une tragédie de plus à subir par les écosystèmes.

Avant de conclure, dernière remarque d’ordre purement mathématique, sans nul doute extrêmement contrariante pour ceux qui adorent laisser pisser l’amnios et penser comme des planqués : plus on attend pour mettre en place des politiques vigoureusement dénatalistes, plus un grand NOMBRE de femmes soi-disant folles de maternités multiples devront un jour se priver d’enfants, ou les voir mourir de faim sous leurs yeux légitimement affamés de contraceptifs. Sauve la planète, ne fais pas de bébés, mais mieux encore : Sauve la planète, aide les femmes qui n’en désirent pas à ne pas avoir de bébés.

Point central en guise de quadrature du cercle

Force est d’admettre que nous sommes entrés dans l’ère du paradoxe nataliste : procréer n’est plus servir la vie, mais au contraire lui nuire violemment. Ainsi un écologiste qui enfante est-il désormais un écologiste douteux, ridiculement éloigné des valeurs dont il se croit l’héritier.

Mais en définitive, avons-nous aucunement le droit de nous reproduire ? Et si oui, sous quelles conditions ? Au delà du débat écologique, il serait peut-être bon de réfléchir à ce double questionnement. Mettre un enfant au monde est-il réellement compatible avec l’éthique, sachant d’une part que le précepte central de celle-ci nous enjoint de ne pas porter préjudice à autrui, et que d’autre part l’existence recèle d’innombrables préjudices ? Procréer n’est certes pas dans l’intérêt de l’environnement, reste à prouver que naître sur une planète à l’agonie, ou que naître tout court, surtout dans cette société d’injustices, de violence étatique, de contrôle policier et de répression disproportionnée, est humanistement, compassionnellement, dans l’intérêt de l’enfant… Pour ma part, lorsqu’on me demande pourquoi je refuse de faire un enfant, la réponse de Thalès de Milet (non-procréateur, mais créateur d’un inoubliable théorème géométrique) à cette même immémoriale question me revient toujours en mémoire : « Justement par amour des enfants »…

1. L’« Earth Overshoot Day », le jour où l’humanité a consommé son quota annuel de ressources renouvelables, tombe de plus en plus tôt : le 19 décembre en 1987, mais le 22 août en 2012 !

2. Michel Coqblin, Haïda Gwaii, un laboratoire grandeur nature, documentaire coproduit par Mille et Une Productions et le CNRS Images/media, 2003

3. Théophile de Giraud, L’art de guillotiner les procréateurs : manifeste anti-nataliste (chapitre 7, pp. 89–102), Le Mort-Qui-Trompe, Nancy, 2006

4. La dernière aurait pu dater de 2003 après le passage du cyclone Zoé mais fut évitée grâce à la solidarité de donateurs non-résidents. Astuce externalisante qui ne fonctionne guère à l’échelle interplanétaire…

5. Ceci dit avec la plus vive admiration pour les végétariens par idéalisme antispéciste, par respect absolu donc pour la vie de nos frères animaux, dont le droit d’exister pour et par eux-mêmes ne saurait être mis en doute, à ceci près que la sainteté n’est pas donnée à tout le monde.

6. UNFPA, L’état de la population mondiale 2012.

7. sondage RTL.be/Ivox (source : Catherine Vanesse, article du 07 mai 2012 sur le site RTL.be)

8. La « Fête des Non-Parents » fut précisément conçue pour dénoncer cet absurde état de fait et célébrer celles/ceux qui refusent de procréer.

9. Les deux sources de la morale et de la religion (in Henri Bergson, Œuvres, p.1222, PUF, Paris, 1984)

Didier Barthès, un associatif malthusien

Didier Barthès est le porte-parole de l’association Démographie Responsable. Il évoque la question démographique dans des salons écolos, des conférences-débat, auprès de journaux. Voici quelques pensées qu’il a confié au livre collectif « Moins nombreux, plus heureux (l’urgence écologique de repenser la démographie) dans le chapitre « Un droit contre tous les autres » :

« Un sujet tabou, celui du nombre des hommes

Puisque sur une Terre dévastée et devenue incapable de nous accueillir, toute autre préoccupation sera sans objet, c’est par une juste nécessité que la protection de la nature s’impose et s’imposera toujours plus comme notre principal défi. Déjà, nombreux sont les facteurs de pression anthropiques à être examinés à la loupe. En quantité comme en qualité, nos consommations et nos rejets sont mis en cause. Vingt ans seulement après le succès du «jetable», ce sont les produits durables et recyclables qui ont le vent en poupe.

On ne peut que se réjouir d’un tel retournement, même s’il relève essentiellement de l’intention; globalement en effet, l’humanité consomme et jette toujours un peu plus chaque année. A titre d’encouragement, nous pourrions néanmoins applaudir cette déclaration de bonne volonté, si curieusement, elle ne laissait de côté un élément absolument déterminant et sans lequel toute réflexion écologique se voit sapée à la base : celui du nombre des hommes.

Dans la littérature environnementale, l’évocation du facteur démographique est trop rare. Il est le plus souvent ignoré, soit qu’on le considère comme une donnée exogène sur laquelle nous ne saurions avoir de prise, soit qu’on le rejette par la réponse traditionnelle: « ce n’est pas notre nombre qui compte mais notre mode de vie ! » Sur ce point, même des courants de pensée aussi peu suspects de sympathie pour le système en place que ceux dits de la décroissance, adoptent généralement une ligne tout à fait conventionnelle : le nombre des hommes ne fait pas partie des sujets de discussion possibles ! Cette attitude, hélas, ressemble beaucoup à celle d’un ancien président américain qui déclarait que le mode de vie de ses concitoyens n’était pas négociable. En France, pays plus fécond que la plupart de ses voisins, c’est sans une once de questionnement que les médias et l’ensemble du personnel politique se félicitent régulièrement de la bonne tenue de la natalité dont le niveau élevé est par nature considéré comme une excellente nouvelle.

D’où viennent cette censure et ce blocage de la pensée ? Quelles en sont les conséquences ? Comment les dépasser ? Comment montrer surtout, que ce droit implicite à être plus nombreux s’oppose à tant d’autres droits des Hommes ? La question est d’autant plus difficile que dans les années 1960, quand l’humanité comptait pourtant deux fois moins de représentants qu’aujourd’hui, le sujet n’était pas tabou. Des écologistes aussi reconnus que René Dumont ou Jacques-Yves Cousteau abordaient le problème sans détour. Pourquoi sur ce thème, la liberté de penser a-t-elle régressé ?

Pourquoi ce rejet de la question démographique ?

Plusieurs raisons expliquent, à défaut de le justifier, le véritable tabou qui frappe le sujet.

– Un fond philosophique et religieux

La plupart des courants de pensées philosophiques et religieux placent si clairement l’Homme au centre du monde et en dehors de la nature et de ses contraintes qu’ils refusent, consciemment ou non, de poser des bornes à l’humanité comme à ses réalisations en quelque domaine que ce soit. Il y a dans la représentation que notre espèce se fait d’elle-même une telle idéalisation, que nous n’admettons pas de nous soumettre aux règles communes du monde matériel, règles qui incluent toujours le concept de limites. Il n’est d’ailleurs pas innocent que nous ayons choisi le nom de notre propre espèce, les Hommes, pour servir de base au mot humanisme, synonyme de bonté, d’intelligence et de générosité. Au regard de ce que nous faisons subir à la planète, à ses autres habitants comme à nous-mêmes, notre vocabulaire n’est-il pas notre plus bel aveu d’arrogance ?

« Croissez et multipliez » lit-on dans la Genèse. Ces propos ont largement dépassé leur origine religieuse. Beaucoup, même parmi les athées les plus convaincus, ont intériorisé cette injonction. Mais, croyants et non-croyants oublient généralement que cette phrase, datant de quelques siècles avant Jésus-Christ, fut écrite dans un monde qui ne comptait environ que 150 millions d’individus soit le cinquantième de ce qu’il héberge aujourd’hui. Si l’on admet que la nature d’un problème est largement déterminée par son ordre de grandeur, alors, constatons que cet appel au peuplement se trouve désormais bien inadapté aux circonstances. Nous serons bientôt neuf milliards et nous touchons chaque jour un peu plus aux limites de notre biotope. Dans un monde de 150 millions d’habitants tous les problèmes locaux et provisoires de surpopulation pouvaient se régler par l’émigration, c’est d’ailleurs ainsi que la Terre s’est couverte d’hommes. Sur une planète entièrement peuplée, ce mécanisme n’a plus de sens.

– L’économie

Depuis la révolution industrielle, et plus encore depuis la fin de la seconde guerre mondiale, la croissance constitue la référence obligée de nos sociétés. Elle est devenue dans nos esprits et en tous domaines, l’ordre naturel des choses. Une société dont l’économie ne serait plus en expansion serait perçue comme malade. Elle le serait d’ailleurs, car beaucoup de nos équilibres économiques, ceux des retraites ou des comptes publics par exemple, ne trouvent de solution que dans une perpétuelle fuite en avant. Ils sont structurellement déséquilibrés et le règlement de leur dette croissante ne peut s’envisager que dans le cadre d’une progression continue des ressources. La crainte de la stagnation qui terrifie les économistes n’est pas sans fondement; il est simplement regrettable que le caractère vicieux de ce « cercle du toujours plus » ne soit pas plus largement compris et dénoncé.

Ce besoin et ce respect de la croissance concerne aussi nos effectifs qui constituent l’un des supports de l’économie. Si nous étions dans le domaine de la finance nous parlerions de cavalerie, et il s’agit bien d’ailleurs de cavalerie démographique. En effet, si pour se maintenir, l’équilibre de la société nécessite que chaque génération soit plus nombreuse que la précédente, nous entrons dans un processus pervers et la catastrophe est inéluctable. Cette addiction à la croissance s’apparente au mécanisme désormais connu sous le terme de pyramide de Ponzi dont on sait combien il se termine mal. James Lovelock exprime au mieux notre dépendance à la progression matérielle et cette impasse que représente le couple infernal nécessité (de court terme) – impossibilité (de long terme) d’une croissance permanente quand il écrit à son propos dans la Revanche de Gaïa : « Notre civilisation se trouve dans la situation de celui que la drogue tuera, qu’il continue ou cesse brusquement d’en consommer ».

– La pauvreté

Les questions de pauvreté et la culpabilité sous-jacente de l’Occident participent également de la difficulté du débat. Les pays les plus démunis regroupent aujourd’hui la majeure partie de l’humanité. Ce sont eux qui ont connu la plus forte croissance démographique lors des cinquante dernières années et le phénomène se poursuivra au cours des cinquante suivantes. Dotées de populations jeunes dont une fraction importante se trouve en âge d’avoir à son tour des enfants, ces nations concentrent l’essentiel du potentiel démographique de demain. L’Afrique a ainsi multiplié sa population par cinq depuis 1950 et devrait encore la doubler d’ici 2050 pour atteindre deux milliards d’habitants. En cent ans, ce continent aura vu ses effectifs multipliés par dix ! L’Asie du Sud-Est a connu également de très fortes progressions, et l’Inde elle-même, devrait devenir le pays le plus peuplé du monde vers 2030 avec 1,4 ou 1,5 milliards d’habitants.

Il résulte de cette structure de peuplement, que vouloir lutter contre notre expansion démographique revient certes à la dénoncer dans les pays les plus développés du fait de densités souvent déjà très élevées – notamment eu Europe ou au Japon – ainsi que de niveaux de consommations individuelles trop importants, mais suppose aussi de vouloir la limiter dans les pays aujourd’hui les moins riches ainsi que dans les pays dits émergents, faute de quoi, tous les efforts seront réduits à néant. Bien sûr, cela expose tout défenseur d’une certaine modération démographique à se voir soupçonner de « racisme anti-pauvres » et à se faire accuser de défendre les privilèges des plus riches.

Ce reproche, dont usent et abusent les natalistes, est l’un des plus injustes qui soient. En se proclamant défenseurs des pauvres, les natalistes se font en réalité les défenseurs de la pauvreté. C’est bien différent ! Sur une planète aux ressources finies, nous ne serons jamais à la fois riches et nombreux. Si nous voulons que chacun dispose d’un minimum de ressources, d’espace et de liberté, la contrainte démographique est incontournable. Michel Tarrier résume la question en une phrase: « Vivre moins nombreux pour que tout le monde puisse tout simplement vivre ».

Beaucoup rappellent que les américains ou les européens consomment et polluent chacun 30 ou 40 fois plus qu’un habitant de tel ou tel pays défavorisé. C’est exact, mais quel est le souhait de ceux qui sont aujourd’hui les plus défavorisés ? N’aspirent-ils pas, eux aussi, à un meilleur niveau de vie ? Et nous-mêmes ? Sommes-nous prêts à nous priver largement ? Souhaitons-nous aligner le niveau de vie des plus riches sur celui des plus pauvres ?

Il ne s’agit pas là de faire l’apologie du gaspillage ou d’un matérialisme extrême, mais de faire preuve d’un peu de réalisme. Compte tenu, hélas, du niveau de pauvreté d’une fraction encore importante de la population du globe, nous devons être conscients que l’élévation souhaitable du niveau de vie du plus grand nombre se traduira de fait par une augmentation de l’impact écologique individuel moyen. Si nous sommes trop nombreux, cette augmentation sera en pratique insupportable, et cela, même si les intentions affichées de frugalité d’une partie de l’Occident venaient à connaître quelque concrétisation.

– L’inertie démographique

L’inertie des mécanismes démographiques est parfois mise en avant pour nier l’urgence d’une action en la matière. Il est vrai que si, aujourd’hui en 2013, nous réussissions à infléchir sensiblement la courbe de la fécondité, ce n’est que vers 2040 que nous toucherions les premiers dividendes d’une tendance à la stabilisation et profiterions, à défaut d’une moindre pression sur l’environnement, au moins d’une pression moins croissante.

Cependant, comme de graves problèmes écologiques et énergétiques menacent la planète bien avant ce terme, certains arguent de cette inertie pour ne pas donner la priorité à la démographie et pour centrer tous nos efforts sur des volets plus classiques : réduction de la consommation matérielle, dépollution, traitement et réduction des déchets… C’est là un étrange raisonnement, car c’est justement quand un phénomène présente une forte inertie qu’il faut agir le plus tôt possible. Plus un véhicule est lourd et peu maniable, plus le freinage doit être anticipé.

Ne l’oublions pas, quels que soient les tourments de l’Histoire, le temps s’écoule et l’année 2050 qui est moins éloignée de nous que ne l’est 1970, finira par se présenter. Les hommes devront, comme l’ont fait toutes les générations précédentes, supporter les conditions de ce qui sera leur présent. Nous avons une grande responsabilité sur ce point. Tirons les leçons du passé. Si dans les décennies 1950, 60 et 70, les programmes de réduction de la natalité avaient connu un plus large succès, nous bénéficierions aujourd’hui d’une démographie plus légère et serions mieux armés pour les défis de demain. Il y aurait moins d’hommes à nourrir et nous pourrions laisser plus d’espace à la nature. De par le monde, de nombreux programmes de planning familial avaient été mis en place, en Inde en particulier. Hélas, beaucoup ont été abandonnés et seule la Chine, notamment après la fin des années 1970 a fermement poursuivi le cap, un peu autoritairement il est vrai. A juste titre, cet autoritarisme fait peur. Prenons donc bien conscience que plus nous repoussons aujourd’hui des mesures douces en faveur de la baisse de la fécondité, plus nous serons demain menacés par des règles liberticides qui finiront inévitablement par s’imposer dans un monde surpeuplé et contraint de facto à stopper son expansion.

– La croissance de la population mondiale serait sur le point de s’arrêter

Le ralentissement attendu de la croissance démographique constitue l’un des arguments les plus usités pour décrédibiliser les inquiétudes sur la surpopulation. Martelé par nombre d’analystes et répété à l’envi par les médias cette certitude doit être regardée de plus près. Ayant atteint parfois jusqu’à + 2,1 % par an au cours de la décennie 1960-1970 et oscillant aujourd’hui entre + 1,1 et + 1,2 % le taux de croissance démographique mondial est effectivement en diminution. Il serait pour autant bien imprudent d’y voir une question résolue.

Remarquons tout d’abord que ce taux de + 2,1 % constitue le maximum jamais rencontré, c’est une véritable exception dans l’Histoire. Il n’est pas sain en statistiques de prendre l’exceptionnel comme référence, cela induit un biais particulièrement trompeur. Aujourd’hui encore, notre taux de croissance, considéré comme raisonnable, reste très supérieur à ce qu’il fut au cours de toute l’aventure de l’humanité, même récente. En 1900, la population mondiale augmentait au rythme d’environ + 0,4 % par an. En ce début des années 2010, notre taux de croissance est presque trois fois plus élevé !

Mais surtout, ces mesures en termes d’évolution relative sont insuffisantes, car c’est bien le nombre absolu des hommes qui pèse sur l’écologie planétaire. Or, il n’est nul besoin d’être grand mathématicien pour comprendre qu’un taux plus faible, s’il s’applique à une base plus large peut conduire à évolution absolue plus importante. Ainsi, entre 1960 et 1970, décennie symbole de l’explosion démographique, les effectifs de l’humanité sont passés de 3 à 3,7 milliards ce qui suppose une croissance annuelle moyenne de 70 millions de personnes. Aujourd’hui, alors que l’on nous répète régulièrement que le problème est derrière nous, ce sont pourtant 80 millions d’habitants de plus que la Terre doit héberger tous les ans ! Etrange diminution ! Oui, nous découvrons que + 2,1 % appliqués à 3 milliards font moins que + 1,2 % appliqués à 7 milliards ; cela ne mérite pas la médaille Fields ! Ajoutons que ces 80 millions s’additionnent à une population plus nombreuse, sur un monde plus abîmé, aux surfaces disponibles toujours plus restreintes et que ces humains supplémentaires ont toutes les chances de connaître un mode de vie plus exigeant en termes de ressources. Joyeuse perspective !

Bien entendu, à ces contre-arguments certains opposent que le taux de croissance est quand même déterminant à long terme, et qu’il va continuer à diminuer jusqu’à se rapprocher de zéro, seuil synonyme de stabilisation. Sans doute, et il s’agit même d’une certitude sur un monde fini. Mais quand ? Et à quel niveau ?

Quelques éléments viennent troubler ce trop bel optimisme car les exceptions à cette tendance commencent à être nombreuses. La fécondité est remontée ces dernières années dans plusieurs pays européens. Ainsi, selon les études de Gilles Pison « Tous les pays du monde », publiées tous les deux ans par la revue « Population et Sociétés » de l’INED, l’indice synthétique de fécondité, c’est-à-dire le nombre d’enfants par femme, est passé entre 2005 et 2011 de 1,6 à 1,7 en Europe Occidentale, de 1,3 à 1,5 en Europe Orientale et de 1,7 à 1,9 en Europe Septentrionale. Au Maghreb également, région souvent citée en exemple, le taux de fécondité a presque cessé de baisser (il est même légèrement remonté entre 2009 et 2011 en Tunisie) sans que ces pays aient encore atteint le niveau de vie européen considéré comme gage de stabilité démographique. Bref, tant que la Terre ne sera pas insupportablement surpeuplée, la tentation d’aller jusqu’à cet insupportable ne semble pas devoir être écartée. Rappelons aussi que le monde connaît encore dans plusieurs régions des taux de fécondité absolument inimaginables. L’indice synthétique fécondité était en 2011 de 7,0 au Niger, de 6,4 au Mali, et de 5,7 au Nigéria, pays déjà très fortement peuplé. Il était aussi de 6,3 en Afghanistan.

Le développement comme seule solution ?

La constatation d’une forte corrélation entre le niveau de développement économique et la faiblesse des taux de natalité, ou vu autrement, entre le sous-développement et la surnatalité, laisse de nombreux économistes et démographes faire du développement la clef unique de la baisse nécessaire de la fécondité.

Bien que corrélation statistique ne soit pas stricto sensu synonyme de lien de causalité, il semble que l’accès à une certaine aisance économique incite les couples à faire le choix d’une fécondité plus basse. La baisse de la mortalité infantile qui accompagne ces nouvelles conditions de vie justifie d’ailleurs ce choix, puisqu’avec moins de naissances, il subsiste néanmoins suffisamment d’enfants pour assurer la descendance. Cela a été largement constaté dans les pays occidentaux et semble s’étendre à une bonne partie du monde. Le temps de passage d’un régime à forte natalité et forte mortalité infantile vers un régime où ces deux éléments s’établissent à un plus bas niveau s’appelle période de transition démographique.

Le mécanisme paraît merveilleux puisqu’il conjugue à la fois, meilleur niveau de vie et baisse de la fécondité sans coercition aucune. On conçoit qu’il soit séduisant. Peut-on toutefois s’en contenter et parier sur son universalisme ? Deux écueils sont hélas trop souvent passés sous silence :

Tout d’abord, cette transition démographique exige un certain temps. Pendant quelques décennies, les familles continuent à avoir un nombre d’enfants supérieur au seuil de renouvellement des générations. Comme ces enfants survivent et arrivent à leur tour à l’âge de la reproduction, beaucoup de pays se retrouvent avec des populations jeunes dont la pyramide des âges se voit démesurément élargie vers le bas, promesse d’une forte augmentation des effectifs. L’Afrique subsaharienne en constitue l’exemple type. Quand ce phénomène porte sur de petites populations, il est sans importance, mais appliqué à un vaste continent, il en va tout autrement. Ainsi, l’Asie où la transition démographique est pourtant déjà terminée dans plusieurs pays, a néanmoins atteint plus de 4,2 milliards d’habitants. Même si, comme le soulignent les démographes, le processus est parfois plus rapide qu’il ne l’a été dans les nations européennes, sa durée incompressible a conduit ce continent à atteindre des effectifs gigantesques. L’Asie est ainsi aujourd’hui plus peuplée que ne l’était toute la planète en 1975 ! L’Inde seule, qui représente 2,2 % de la surface des terres émergées devrait accueillir 1,7 milliard d’habitants en 2050, soit plus que l’ensemble du monde en 1900 ! Pour l’Afrique, certaines projections donnent une population de 3,6 à 4 milliards d’ici la fin du siècle, c’est à dire d’un ordre de grandeur comparable à celle de l’Asie d’aujourd’hui. Or, l’Afrique est sensiblement plus petite, et une très large proportion de sa partie Nord est constituée d’un vaste désert.

Le second écueil résulte de l’opposition partiellement incontournable entre développement et sauvegarde écologique. Globalement, les pays les plus développés sont les plus agressifs pour l’environnement. En faisant la promotion du développement nous appelons comme remède ce que par ailleurs nous dénonçons comme poison. Est-il raisonnable ? Est-il honnête, pour régler un problème, de compter sur un mécanisme dont on ne cesse de blâmer les méfaits ?

Il faut alors imaginer un développement de nature différente qui aurait la bonté d’avoir les mêmes heureuses conséquences : abaisser la natalité et enrichir les plus pauvres, car cela reste bien sûr, une nécessité, mais sans en avoir les mêmes malheureux effets : la dégradation dramatique de l’environnement. C’est le pari du fameux développement durable, concept dont on peut toutefois se demander s’il n’est pas par nature un oxymore dans un monde de surface finie.

Ne nous faisons pas d’illusions. Même en faisant attention, le développement des pays les plus pauvres entraînera mécaniquement une hausse de la pollution et des quantités d’énergies fossiles consommées. La compensation de cette hausse par une éventuelle réduction des gaspillages des plus riches ne pourra être que partielle compte tenu des effectifs en cause. Les cris et les protestations que provoquent par exemple dans nos sociétés la moindre perspective de hausse du prix des carburants ne peuvent sur ce point, qu’alimenter le pessimisme.

Il est donc essentiel d’accompagner toute politique de développement d’une politique antinataliste pour limiter ses effets néfastes sur l’environnement ; « Tout pacte écologique devrait sous-tendre l’idée d’un pacte antinataliste » affirme Michel Tarrier.

De nombreux droits sacrifiés

La poursuite de cette course vers des effectifs toujours plus importants imposera aux hommes de nombreuses et lourdes contraintes. Elle imposera bien sûr le renoncement à toute forme de confort, mais plus fondamentalement encore, elle exigera l’abandon de la plupart de nos droits à choisir notre style de vie et à profiter d’une planète préservée.

– L’habitat individuel

L’habitat individuel constitue aujourd’hui l’une des cibles privilégiées de la pensée écologiste. Depuis quelques années, l’appel à la re-densification des villes aussi bien que la valorisation de l’habitat collectif sont devenus des classiques de l’argumentaire environnementaliste.

Ce point de vue apparaît justifié au regard du véritable « mitage » des paysages qu’entraîne l’extension des lotissements. Vus du ciel, nos villages sont désormais noyés dans une mer de petites villas presque toutes identiques. Il en est de même autour des grandes agglomérations où seules des voies rapides et de hideuses zones commerciales leur font encore concurrence. L’espace est consommé et la quantité d’énergie nécessaire pour approvisionner cet habitat et permettre à chacun de se rendre quotidiennement sur son lieu de travail pose un véritable problème. Pourtant, l’habitat dispersé possède aussi ses propres vertus, pourvu qu’il ne s’applique pas à des populations trop nombreuses.

D’abord, reconnaissons-le, il correspond à une aspiration d’une partie d’entre nous à posséder son chez soi, sa maison et son jardin grâce auxquels, il devient loisible de disposer d’un peu d’espace, d’un peu d’autonomie et d’un contact plus direct avec la nature. Dîner dans son jardin les soirs d’été, voir croître ses plantes au rythme des saisons, s’occuper de son potager ou de ses plantes d’ornement sont des besoins et des plaisirs simples. Ils ne sont peut-être pas aussi méprisables que certains écologistes veulent nous le faire croire.

L’habitat individuel, souvent associé à la propriété favorise aussi la responsabilisation. Quand chacun est en charge directe de son logement, cela conduit à des comportements plus favorables à l’équilibre de nos sociétés. Chacun voit et profite du fruit de ses efforts; l’allocation des ressources est plus librement décidée. Ajoutons aussi qu’une part des travaux peut être réalisée directement par le propriétaire et que cela entraîne de substantielles économies. De plus, les très lourdes charges liées aux ascenseurs nécessaires à une large partie des immeubles collectifs deviennent évidemment sans objet.

Un élément très important va dans le même sens. Devant les risques de pénurie énergétique, et/ou de collapsus environnemental mettant à bas tous les équilibres, nombreux sont les analystes qui n’excluent pas que nos sociétés soient menacées demain, peut-être avant la fin du siècle, par un véritable et très rapide effondrement. Cet effondrement conduirait à une probable paralysie des réseaux qui irriguent nos villes. Or, notre dépendance aux réseaux est telle que nos sociétés sont d’une extrême fragilité. L’indisponibilité du seul réseau électrique rendrait tous les autres inopérants. Sans électricité, plus d’eau, plus de communications, plus de transports, plus de services, plus d’emplois (à quoi servirait d’aller dans des bureaux équipés d’ordinateurs aux écrans noirs), et bien sûr, plus d’approvisionnement alimentaire. A chacun d’imaginer ce que deviendrait une agglomération comme la Région parisienne placée quelques jours seulement dans une telle situation. Pensez aux toilettes (pardon), au manque de nourriture, au noir presque total… Par nature, l’habitat collectif et concentré suppose une dépendance extrême. L’habitat individuel, au contraire, offre une résilience beaucoup plus importante. Face à un choc, les habitants des campagnes, et même dans une certaine mesure, ceux des lotissements, auront les moyens de réagir et pourront passer quelques temps, en relative autonomie. Un jardin, même petit, favorise cette autonomie, l’eau de pluie peut être récupérée, un peu de bois permet de se chauffer à minima. Enfin, et ce n’est pas le moindre en période de crise face à un désarroi général, chacun dans ses conditions aurait le sentiment de pouvoir faire quelque chose pour lui-même et de voir ses efforts récompensés, ce qui n’a guère de sens dans une grande ville où, quelles que soient la compétence et la bonne volonté, un individu ou une famille ne pourront en rien s’assurer du minimum vital.

Ces raisons n’effacent pas les méfaits de la consommation d’espace que suppose l’habitat dispersé, mais dans le cadre d’une population moins nombreuse, l’habitat individuel présente des vertus incontestables et constitue sans doute une bien meilleure solution pour demain. D’ailleurs les mégalopoles font-elles vraiment rêver ? Dans leur majorité, les hommes, s’y entassent-ils par plaisir ou par obligation ?

– L’alimentation : la viande

La nourriture carnée constitue une autre cible privilégiée du discours écologiste traditionnel, au prétexte qu’à surfaces cultivées égales, la quantité de protéines récupérables est plus importante par une consommation directe des végétaux que par la consommation des animaux d’élevage les ayant eux-mêmes préalablement ingérées. Certes, mais… Quels sont les non-dits de cette préférence ?

Entendons-nous bien, il ne s’agit en rien de critiquer le choix du végétarisme si celui-ci est dicté par la compassion envers les animaux. Il est certain que les conditions d’élevage et d’abattage sont aujourd’hui si souvent insupportables qu’elles nous déshonorent. Selon la célèbre et, hélas, si juste formule d’Isaac Singer, «Pour les animaux c’est tous les jours Treblinka». Quelles que soient leurs coutumes en matière d’alimentation, les hommes ont le devoir d’améliorer sensiblement le traitement des animaux d’élevage.

Il est également tout à fait respectable d’être végétarien par choix diététique. La consommation excessive de viande, et en particulier de viande rouge, est d’ailleurs régulièrement déconseillée par nombre de nutritionnistes. De toute évidence, dans les pays occidentaux, le manque de protéines animales ne constitue pas la principale source de déséquilibre alimentaire et nous pourrions, au moins pour la plupart d’entre nous, manger moins de viande sans difficulté.

Par contre, être végétarien pour permettre à toute force de nourrir et donc de générer des effectifs toujours plus imposants est un choix qui nous fait entrer dans un cercle infernal dont le credo pourrait être : « Privons-nous de tout dans le seul but de nous permettre à toute force d’être plus nombreux ». Serons-nous plus heureux sur la planète à être dix milliards en nous obligeant à ne consommer que des légumes et des fruits ou en étant seulement un ou deux milliards et en nous autorisant à manger un peu de viande et de poisson ? Certains déjà envisagent de généraliser la consommation d’insectes pour faire face aux pénuries à venir. Comment mieux illustrer le concept de fuite en avant ? Devrons-nous demain manger directement des bactéries ?

– Les Voyages

On dit parfois que toute l’activité des hommes consiste à transporter des objets d’un point à un autre. On pourrait ajouter « et à se transporter eux-mêmes ». C’est le plus souvent pour des trajets quotidiens et pour des raisons professionnelles, c’est parfois pour leurs loisirs et leur soif de découvertes. Là aussi, les voyageurs, surtout s’ils utilisent l’avion, ce qui est presque toujours le cas pour les longues distances, sont fréquemment ostracisés et cela d’autant plus qu’une partie de ces voyages les emmènent dans des pays plus pauvres où le contraste entre leurs dépenses et le niveau de vie des populations environnantes est plus flagrant. Doit-on les condamner ? Doit-on interdire les voyages ?

Une fois de plus, tout est question d’ordre de grandeur. S’il est aberrant d’aller régulièrement d’un coup d’aile passer un weekend à 2 000 kilomètres comme le font quelques-uns des plus fortunés d’entre nous, est-il absurde, quelquefois dans sa vie, de faire un beau voyage et de découvrir d’autres terres ? Non, c’est même une vraie richesse. Or, pour économiser l’énergie, ce droit-là aussi sera sacrifié dans un monde surpeuplé. De même, il sera refusé en sens inverse, aux habitants des pays aujourd’hui les plus pauvres de venir visiter en touristes les pays occidentaux, puisque qu’avec ses sept et demain dix milliards d’humains la planète n’offrira pas suffisamment d’énergie pour permettre à tous de voyager.

Là encore, nous faisons face à l’impossibilité de concilier le nombre et certaines de nos activités. Le droit au nombre s’oppose aux autres droits des hommes et les plus pauvres en feront également les frais. Leur développement et leur accès à un mode de consommation plus confortable sera tout simplement interdit par la démographie. Nos effectifs feront passer la découverte du monde par pertes et profits. Par pertes en l’occurrence.

– La démocratie, la liberté

La liberté et la démocratie seront les premières victimes de l’effondrement résultant de la confrontation de l’humanité aux limites de la planète. Souvent, les dictatures naissent des crises. L’autoritarisme et la surveillance ont toutes les chances d’être les réponses les plus évidentes que les sociétés trouveront pour tenter d’endiguer les désordres grandissants. Dans nombre de pays, le développement de la vidéo surveillance, mais aussi l’implication des citoyens dans des arcanes administratifs de plus en plus complexes et contraignants qui sous-tendent un fichage généralisé en constituent les premiers signes. Si, pour l’instant, la liberté de pensée reste effective dans les pays développés, notre mode de vie rend de plus en plus illusoire la possibilité d’échapper à la norme.

Dans les sociétés villageoises, le contrôle social relevait de la participation et de l’implication de chacun. Dans nos sociétés modernes qui rassemblent des millions d’individus apparemment autonomes mais en réalité tout à fait dépendants d’un ensemble de réseaux, le contrôle dépend de ce fichage. Les individus n’ont plus d’autonomie et par là, plus de résilience.

La violence et l’insécurité qui règnent dans les mégalopoles illustrent ce risque pour la démocratie. L’insécurité est évidement en soi une première atteinte à la liberté, celle de vivre sans crainte, mais elle l’est doublement puisque qu’elle génère en retour une demande de police et plus généralement de surveillance toujours plus importante. Demande qui, si elle est satisfaite, sera synonyme de contrôles et de contraintes potentiellement liberticides. Dans un monde surpeuplé, il sera toujours plus difficile de sortir de ce cercle vicieux. Une solution consisterait justement à étaler l’habitat pour éviter la généralisation des concentrations urbaines. Cependant, comme nous l’évoquions plus haut, cet étalement est mis en cause par la pensée écologiste. Il n’y a donc pas d’autre façon de résoudre la contradiction que de nous orienter vers des effectifs plus raisonnables.

– Le droit à une nature préservée

Ce droit constitue également une exigence. C’est un droit pour nous-mêmes et nos descendants, mais c’est aussi une exigence morale pour l’humanité qui ne peut s’arroger le triste privilège d’éliminer une grande part des autres formes de vie à son seul profit ou à ce qu’elle croit l’être. Aujourd’hui, les forêts se trouvent menacées au niveau mondial et il en est de même de la quasi-totalité des grands animaux, la mégafaune sera bientôt un souvenir.

Sur ce plan, l’attitude de nombre d’écologistes est doublement ambiguë. Tout d’abord parce que la défense de la nature est très souvent teintée d’utilitarisme. Combien de fois a-t-on lu qu’il fallait préserver la forêt amazonienne, soit parce qu’elle était « le poumon de la Terre », soit parce qu’on y découvrirait certainement quelques principes actifs susceptibles de servir à l’élaboration de nouveaux médicaments ? Un tel argumentaire laisse penser que si demain, la science relativisait la part de l’Amazonie dans l’équilibre atmosphérique ou que si l’on n’y trouvait finalement aucune substance intéressante pour la pharmacopée, alors la disparition de la forêt et de ses animaux, serait acceptable.

La nature n’aurait-elle donc aucune valeur en soi ? On voit là que, sans en être toujours conscients, nombre de défenseurs de l’environnement, croyant mettre en avant un argument de premier ordre, ne font que véhiculer une pensée sous-jacente selon laquelle la nature n’est qu’un outil et sa préservation, une habile stratégie. « La beauté sauvera le monde » aime à l’inverse répéter Nicolas Hulot. Cet état d’esprit me semble plus proche de ce qui devrait animer la pensée écologiste. Cette pensée connaît une seconde dérive d’ordre idéologique. Globalement opposés au système capitaliste ou libéral, je laisse le choix des mots, beaucoup d’écologistes aiment à clouer au pilori quelques boucs émissaires éternellement condamnés, les Etats-Unis en constituent le parangon. Surconsommateur, gaspilleur, pollueur, ce pays serait par excellence le théâtre du crime contre la nature. Or curieusement, parmi les pays développés ce dernier abrite encore une grande faune sauvage : des ours, des pumas, des élans, des serpents…

Pourquoi ? Tout simplement parce que la densité de peuplement aux Etats-Unis, et plus encore au Canada, pays comparable en terme de niveau de vie, est sensiblement inférieure à celle que nous connaissons au Japon ou dans nos contrées européennes. En 2011, il y avait 32 habitants par kilomètre carré aux USA et 3 au Canada, quand il y en avait 114 en France métropolitaine, 202 en Italie, 229 en Allemagne, 258 au Royaume Uni, 339 au Japon, 355 en Belgique et 398 aux Pays-Bas. La préservation de la grande faune est impossible dans un pays densément peuplé. Cette règle n’offre pas d’échappatoire. Peut-on sérieusement imaginer des grizzlis en liberté en Belgique ? Peut-on envisager un vaste couvert forestier aux Pays-Bas ? Non, il n’y a plus de place, et cette réalité simple surpasse toutes les idéologies, fussent-elles d’inspiration généreuse.

La défense de ce droit à une nature préservée a été particulièrement bien exprimée par l’actrice Jane Fonda qui déclarait en janvier 2013 à la revue Néoplanète :

« Ensuite il y a un problème de conscience : à quoi ressemblera le monde sans animaux sauvages, sans vie marine ? Tout ça parce qu’une seule espèce animale, la plus dangereuse, l’homo sapiens, aura occupé tout l’espace et accaparé toutes les ressources ? Ne risquons-nous pas enfin des tensions, des guerres, si notre monde est encore plus surpeuplé, entassé ? Où va-t-on trouver la paix et le calme ? Le dépaysement ? Le recul ? Ou trouvera-t-on des terrains libres et non urbanisés pour avoir un contact avec la Nature ? Étant enfant, je me suis construite en explorant les plaines, les bois, et en jouant dans des endroits libres et envahis par la végétation. D’où va venir l’éveil de la jeunesse en 2045 ? »

– Un droit contre tous les autres

Nous pourrions ainsi multiplier les exemples. Ils relèvent tous de la même philosophie : L’humanité est en voie de se priver de tous les éléments de confort et très probablement de liberté au profit d’un seul et même droit, d’une seule et même morale supposés supérieurs : être plus nombreux sur la planète et la peupler jusqu’à ses limites ultimes.

Pourquoi ? Sur quelles Tables de la Loi de telles règles ont-elles été gravées ? Pourquoi au contraire, ne pas être moins afin de pouvoir donner durablement plus à chacun et vivre comme nous l’entendons ? Serait-ce là un crime ? Se poser la question n’est pas une invitation au luxe indécent et au gaspillage inconsidéré. Ce n’est pas une mise en cause des vertus incontestables d’une certaine frugalité. Cela revient simplement à reconnaître que nous aspirons presque tous à un certain confort, à une certaine sécurité matérielle et à une marge d’action supposant inévitablement une consommation minimale. C’est aussi réaffirmer que la misère n’est en rien souhaitable. Sachant que nous ne serons pas à la fois riches et nombreux, faut-il pour cela faire le choix d’être tous pauvres afin de préserver à tout prix le niveau de notre démographie ?

Ne soyons pas naïfs, pour la plupart d’entre nous, nous ne serons jamais frugaux par vertu, nous serons pauvres par obligation, et cette obligation-là, imposée par nos effectifs, s’accompagnera de l’impardonnable massacre de la nature. Quand cesserons-nous de nous prosterner devant cette idole aussi exigeante que menaçante que constitue le nombre ?

La modestie démographique : Un nouvel humanisme

La gravité et l’urgence des problèmes écologiques se conjuguent pour rendre nécessaire une véritable révolution des comportements individuels et collectifs. Cette révolution est profonde parce qu’elle vise à un retournement complet de l’attitude de l’Homme envers le monde. La lutte contre la nature, la conquête incessante de nouveaux espaces, le concept de progression matérielle et quantitative permanente doivent définitivement appartenir au passé. Nos effectifs, nos modes de vie, mais aussi le mal déjà fait, nous obligent. Pour l’humanité désormais, le choix ne se situe plus entre croissance et décroissance mais entre décroissance décidée et peu ou prou organisée, perspective certes difficile mais préférable, et décroissance subie, promesse de déséquilibres et de souffrances.

Ne sacrifions pas tous les droits des Hommes au profit d’un seul, celui d’être trop nombreux. Si nous persistions dans cette voie, cela nous condamnerait triplement.

Cela nous condamnerait sur le plan moral puisque cela signifierait que notre espèce accepte de sacrifier toutes les autres formes de vie évoluées à son seul profit.

Cela nous condamnerait sur le plan écologique et sur le plan de la durabilité de nos sociétés. Il est illusoire de penser que l’Homme avec sa lourde technologie se substituera durablement aux équilibres naturels, fruits de millions d’années d’évolution ; équilibres qui ont fait leurs preuves pour assurer la pérennité de la vie sur Terre et indirectement celle de notre propre espèce.

Cela condamnerait enfin les Hommes à une promiscuité permanente, à un mode de vie artificiel non pas choisi, mais imposé à tous par le déroulement implacable d’une logique historique que nous n’aurions pas su briser.

Malgré la claire conscience de cette menace, certains, croyants ou non, ont le sentiment que l’injonction à procréer sans limite s’impose à l’Homme comme un commandement suprême et transcendant et qu’elle constitue une composante obligée de toute forme d’humanisme. Rappelons donc que l’obéissance à cette injonction est par nature condamnée. Sur un monde fini, viendra inéluctablement le temps où la croissance de nos effectifs devra cesser. A ce moment-là alors, les hommes seront absolument et universellement contraints à limiter leur nombre.

Aussi, les mesures de prudence démographique dont nous ne voulons pas aujourd’hui se trouveront simplement repoussées. Elles devront s’appliquer demain à des effectifs encore supérieurs. Alors plus impératives, elles auront de ce fait, toutes les chances d’être plus contraignantes et moins démocratiques. Nous forcerons ainsi nos descendants à une sagesse obligée dont nous n’aurons pas su faire preuve ou dont nous n’aurons pas eu le courage.

A tous ceux enfin qui, considérant que l’enfant est au-dessus de tout et que l’on ne saurait donc prôner la modération en la matière, rappelons qu’aimer les enfants, c’est non seulement leur accorder le droit à une planète vivable et agréable, mais également le droit de devenir à leur tour parents. Sur une planète surpeuplée, ce droit leur sera refusé par les lois comme par les faits. Ainsi, in fine, ce « droit contre tous les autres » s’appliquera bientôt contre lui-même.

A cet argument moral visant à préserver le droit des générations futures s’en ajoute un autre très simple et presque mathématique. Si, encore sourd à toutes ces considérations on définit, de façon très restrictive d’ailleurs, l’humanisme comme la volonté de permettre, quelles que soient les circonstances, au plus grand nombre d’hommes d’habiter la Terre, alors remarquons qu’une condition sine qua non s’impose : Pour que beaucoup d’hommes profitent de la planète, il faut que l’humanité dure. Aussi nombreux que nous puissions être à un instant donné, si nous devons disparaitre dans le siècle qui suit, du fait de la dégradation des équilibres écologiques, alors l’objectif sera manqué. Pour que beaucoup d’entre nous puissent profiter de notre Terre, de grâce, n’y soyons pas tous en même temps. Tentons au contraire de donner à l’humanité le plaisir et la sagesse de la durée.

Partageons doublement le monde. Partageons-le entre notre espèce et le reste du vivant, et partageons-le aussi entre les Hommes d’aujourd’hui et ceux de demain. C’est là la forme la plus achevée de l’humanisme : respecter l’autre et respecter l’avenir. Ces deux respects supposent de la part de l’humanité de s’engager sur la voie de la modestie démographique.« 

Yves Cochet, un politique malthusien

L’ancien ministre de l’écologie Yves Cochet, cofondateur des Verts, a toujours évoqué politiquement la question démographique. Il a malheureusement était bien seul et de son expérience il a tiré quelques enseignements pour la préface du livre « Moins nombreux, plus heureux (l’urgence écologique de repenser la démographie).

 » La question démographique se situe à l’intersection des questions culturelles et des questions naturelles, elle en rassemble les difficultés et les controverses. Les néomalthusiens réunis dans ce livre sont l’objet de critiques politiques en provenance de tous les bords. Dans la décroissance démographique que nous soutenons, la droite décèle une campagne en faveur d’avortements massifs, de promotion de l’homosexualité et d’abandon du patriotisme. La gauche nous soupçonne d’attaquer les droits humains, de fuir le problème du financement des retraites, voire de prêcher l’eugénisme ou le racisme. D’une façon générale, la question est taboue ou considérée comme mal posée : l’information, la croissance et la technologie résoudront les éventuels problèmes démographiques. Quant aux organisations écologistes, associatives ou politiques, elles résolvent la question en ne se la posant pas, alors que l’écologie des populations est une discipline importante de l’écologie scientifique.

Un exemple vécu illustre ce non-pensé et ce non-dit. Au cours du premier semestre 2013, j’ai participé aux réunions du Conseil national du Débat sur la Transition énergétique (CNDTE, environ 120 personnes) et à celles de son groupe de travail « Sobriété – Efficacité » (environ 40 personnes) représentant les « forces vives » de la France que sont les syndicats de salariés, les employeurs, les ONG environnementales, les associations sociales, les élus locaux, les parlementaires et l’État. Notre groupe de travail était chargé d’examiner tous les aspects d’une politique énergétique sobre et efficace, dans les domaines de l’habitat, de la mobilité, de l’industrie, de l’agriculture et de l’électricité spécifique. Nous devions étudier, analyser, débattre et, bien sûr, proposer des orientations, rédiger des mesures. Plus d’une centaine de ses mesures furent mises sur la table, en provenance de tous les acteurs présents. Toutes furent d’ordre technique, tels des amendements à un projet de loi. Lors d’une des premières réunions du groupe de travail, j’ai tenté, en vain, de placer notre réflexion collective dans un cadre qui prenne en compte les facteurs les plus directs de la consommation d’énergie. Plus précisément, j’ai évoqué l’équation I = PAT, que l’on peut interpréter ainsi dans le domaine de l’énergie : « I » est l’impact des activités humaines sur l’environnement, en l’occurrence la consommation totale d’énergie, « P » représente la population du territoire examiné (le monde, la France…), « A » est la variable « affluence », c’est-à-dire la consommation moyenne d’énergie par personne, et « T » représente l’intensité énergétique de la production de biens et de services pour l’affluence. Bien entendu, des améliorations technologiques de l’efficacité énergétique peuvent réduire l’intensité énergétique représentée par le facteur « T » dans la multiplication qui constitue le second membre de l’équation I = PxAxT. Mais pourquoi se restreindre à ce seul facteur dans une réflexion politique d’ensemble sur l’énergie ? Le Président Hollande lui-même n’affirmait-il pas : « La transition que je vous propose d’engager, n’est pas un programme, n’est pas non plus un choix politique partisan, c’est un projet de société, c’est un modèle de développement, c’est une conception du monde » (14 septembre 2012). A un tel niveau d’ambition, nous nous devions d’être intrépides, de ne pas nous cantonner à la technique (T). Certes, quelques mesures relevant de l’affluence (A) – c’est-à-dire du mode de vie, de la « richesse » – furent envisagées : l’abaissement des vitesses maximales autorisées sur route et en ville, ou bien l’établissement de la semaine de quatre jours de travail. Mais, considérées comme trop audacieuses, elles furent rejetées. Quant au facteur « P » comme population, il ne fut plus question d’en parler.

J’avais déjà rencontré cet interdit en 2008, lors d’un séminaire public organisé par la revue Entropia. Mon exposé portait sur l’empreinte écologique, et avait notamment rappelé les grandes différences entre les volets énergétiques de cette empreinte selon les régions du monde considérées : Le Qatari moyen dissipe 30 kW de puissance énergétique, l’Étasunien moyen 10 kW, l’Européen 5 kW, tandis que le Chinois moyen dissipe 2 kW, l’Indien 0,5 kW et le Sénégalais 0,3 kW. Les chiffres sont du même ordre de différence lorsqu’on examine les émissions de gaz à effet de serre ou la consommation des matières premières minérales. J’en déduisais que, d’un point de vue écologique, l’empreinte énergétique d’un nouveau-né européen est dix fois plus importante que celle d’un nouveau-né au Tamil Nadu, entre autres. Que la question de la surpopulation ne se réduisait donc pas au nombre des personnes mais à la multiplication de ce nombre par l’empreinte moyenne de la population du territoire en question. Que, par conséquent, il était rationnel de se poser aussi la question d’une baisse de la natalité en Europe que j’ai énoncée sous la forme spectaculaire de slogans tels que « la grève du troisième ventre européen » ou « l’inversion de l’échelle des allocations familiales ». Qu’avais-je dit là !

Les innombrables partisans du jeunisme, du croissancisme et du patriotisme, idéologies compagnes du natalisme comme horizon indépassable de la richesse des nations, m’ont immédiatement accablé des qualificatifs les plus pénalisants, jusqu’à celui de « nazi », comme prévu par la loi de Godwin. Cependant, j’avais simplement résumé la principale tendance historique depuis soixante ans : l’accès impérial des Occidentaux aux matières premières du monde et l’exubérance énergétique bon marché sont les deux paramètres qui permirent de propager presque partout la « révolution verte » agricole et l’amélioration sanitaire, engendrant ainsi une forte croissance démographique. Si l’on respecte le principe d’égalité entre tous les humains, règle d’or de la morale politique, et si l’on estime que le mode de vie occidental est le plus désirable – ce qui est contestable, mais qui le conteste ? – on en déduit que nos soeurs et frères chinois, indiens, africains et sud-américains devraient eux aussi vivre à l’occidentale en bénéficiant des joies du consumérisme de masse. Ce lieu commun de tous les discours sur le « développement » depuis cinquante ans est contredit par l’impossibilité matérielle d’une telle fantaisie. Prenons un exemple entre mille : en 2012, la France abritait environ 40 millions d’automobiles pour 65 millions d’habitants, soit une voiture pour 1,6 habitants, tandis que la Chine abritait environ 90 millions d’automobiles pour 1 343 millions d’habitants, soit une voiture pour 14,2 habitants. Si la Chine devait vivre comme la France, sous le seul rapport des automobiles, elle devrait abriter 840 millions de véhicules particuliers. Et l’Inde 760 millions ! Soit, pour ces deux seuls pays, une augmentation de 150% du nombre de voitures dans le monde, à environ 2,5 milliards d’unités pour un milliard aujourd’hui. Ni en 2030, ni en 2050 ces chiffres ne seront atteints : il n’y a pas assez de pétrole, d’acier, d’aluminium, de platine, de palladium, de rhodium et autres éléments sur Terre pour satisfaire cette demande à bon compte. Ajoutons l’Afrique et l’Amérique du Sud du côté des humains « en développement », et les écrans plats, les lave-linges et les ordinateurs du côté de l’affluence, pour renforcer notre conviction de l’impossible extension planétaire du mode de vie occidental.

Mais, à l’extérieur de l’Occident, les communications mondiales exhibent désormais cette opulence de l’Ouest aux yeux des multitudes. Les plus audacieux de ces laissés-pour-compte du « développement » n’hésitent pas à risquer leur vie dans des voyages sordides pour atteindre les territoires européens ou nord-américains. Aucun policier ou barbelé supplémentaire, aucun mur ou radar côtier ne parviendront à endiguer le flux croissant de jeunes méditerranéens, africains ou ouest-asiatiques qui parviendront en Europe, mimétiquement fascinés par les lumières du Nord. Les conséquences sont incertaines, entre le risque de régimes autoritaires et xénophobes en Europe et l’espoir unique d’un partage équitable des ressources avec les sous-continents dont ces jeunes sont issus. Sachant que, dans l’un et l’autre cas, lesdites ressources déclinant, c’est le mode de vie européen – la surconsommation – qui est en question. Autrement dit, si nous espérons encore vivre à l’avenir dans un continent civilisé et démocratique, ne subsiste que la possibilité précaire de diminuer le flux de migrants en Europe par une politique de décroissance matérielle ici, tout en encourageant l’évolution endogène des régions là-bas.

Si l’on s’en tient à l’idéal de la pensée politique progressiste courante, l’Europe vieillissante et en baisse démographique devra accueillir des millions de jeunes émigrés du Sud pour tenter de résoudre les problèmes d’une société de croissance : déséquilibre entre le nombre de retraités et le nombre d’actifs, mutation de la demande de biens et services traditionnels et des types d’emplois afférents dans le sens du « care », évolution des jeux de pouvoir nationaux au profit des nouveaux citoyens émigrés. C’est là une conception de l’augmentation démographique qui ne profite qu’au tenants de la croissance, du dynamisme des marchés et de la compétitivité à tout prix. La solution à un vieillissement de la population ne peut pas être l’augmentation de la proportion de jeunes, car ces derniers seraient vieux à leur tour un jour et réclameraient donc encore plus de jeunes : c’est la fuite en avant, la situation ne ferait que s’aggraver. Nous croyons, au contraire, que la peur occidentale du vieillissement de la population doit être affrontée aujourd’hui, et que, d’ailleurs, nous ne devons craindre une population âgée. Une société âgée possède des qualités économiques, sociales et écologiques comparables, voire meilleures, qu’une société plus jeune. Même à la retraite, les personnes âgées contribuent de façon appréciable à la prospérité de la société, par tout le travail bénévole qu’elles assument, auquel il faut ajouter les contributions intellectuelles de la sagesse de l’âge. Les grands-parents européens assurent les deux-tiers des services de garde informels des enfants. La grande majorité des personnes âgées sont auto-suffisantes, elles ne sont pas un fardeau financier pour leurs enfants. C’est plutôt elles qui, bien souvent, soutiennent les jeunes générations, notamment les chômeurs. Tout compte fait, les jeunes sont plus coûteux pour l’économie, en temps et en argent pour leur entretien et leur éducation, que les vieux pour leurs pensions. Plus de retraites à payer est compensé par moins d’investissements scolaires. De même, dans le secteur de l’habitat et des infrastructures en général, une population stagnante ou déclinante est évidemment moins coûteuse qu’une population croissante. A l’échelon individuel, une famille avec un ou deux enfants disperse moins son héritage qu’une famille avec trois ou quatre, ce qui favorise les enfants de la première famille.

« Quel type de monde voulons-nous ? » est la question finale souvent posée à l’issue d’un débat autour d’un grand problème. En tant qu’homme politique, je devrais être conduit à dresser un constat et à esquisser une solution. Le constat ? Tous les écologues qui ont travaillé la question des relations démographie/environnement parviennent plus ou moins à la même conclusion : si nous souhaitons que l’immense majorité de la population mondiale bénéficie d’un style de vie comparable à celui d’un Européen moyen de 2010, le nombre de cette population se situerait autour d’un milliard. A la condition supplémentaire que ce style de vie devienne rapidement beaucoup plus économe en consommation d’énergie et de matières premières, et beaucoup plus fondé sur les énergies renouvelables et le recyclage. La solution ? Qu’une extraordinaire mobilisation internationale soit décidée et mise en oeuvre dans un sommet onusien avec ce double objectif : réduire massivement la population mondiale par un programme d’information et de formation au planning familial (comme le fait avec succès le Brésil depuis dix ans) et réaliser une transition énergétique drastique par la sobriété, l’efficacité et les énergies renouvelables. Cependant, si l’on observe que le sommet climatique de Copenhague (décembre 2009) détruisit le mince espoir que représentait le Protocole de Kyoto, et que le sommet de la Terre, dit « Rio+20 » (juin 2012), n’a pas abordé la question démographique, on ne peut qu’être sceptique sur la plausibilité de cette « solution ».

Néanmoins, cette « solution » a été proposée par des ONG à la Conférence internationale de Leeds (UK) en juin 2010. Lucidement, ces ONG ont constaté que « la croissance démographique indéfinie étant physiquement impossible, elle doit s’arrêter à un moment donné : soit tôt par la réduction du nombre de naissances via la contraception et une politique démographique humaine ; soit plus tard par plus de morts par la famine, la maladie, la guerre et l’effondrement de l’environnement ; ou par une combinaison de ces deux perspectives ». Et elles proposent de :

« – Soutenir, financer ou assurer l’accès universel à l’information et aux services de planning familial dans le monde entier, comme convenu lors de la Conférence du Caire de 1994 et dans l’objectif 5 du Millénaire pour 2012,

– Soutenir, financer ou assurer l’éducation et l’autonomisation des femmes, en leur permettant de contrôler leur propre fécondité,

– Adopter des politiques non coercitives cherchant à stabiliser ou à réduire les populations à des niveaux soutenables, y compris la planification d’une population vieillissante,

– Prendre des mesures fermes, surtout dans les pays industrialisés, afin de promouvoir la réduction de l’épuisement des ressources par habitant et la dégradation de l’environnement ».

Vive cette démographie responsable ! »

Yves Cochet, député européen, ancien ministre

Les Nations Unies deviennent malthusiennes

Presque la moitié des grossesses ne sont pas choisies, presque tout le monde connaît une femme ayant dû faire face à une grossesse non intentionnelle. Cette situation peut pourtant être qualifiée d’invisible parce que ignorée institutionnellement par des gouvernements souvent natalistes..

Lire, Les natalistes veulent interdire l’avortement

Lire, La Chine contre le droit à l’avortement !?

Delphine Roucaute : Choisir d’avoir un enfant ou non, quand et avec qui. Ce droit fondamental, évoqué dans de nombreux accords internationaux depuis cinquante ans, est encore loin d’être acquis, puisque tous les ans, près de la moitié des grossesses ne sont pas planifiées, soit près de 121 millions de femmes concernées. C’est sur ce constat inquiétant que le Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA) a choisi d’axer son rapport annuel, publié le 30 mars 2022 sous le titre « Voir l’invisible ». Environ 257 millions de femmes ne désirant pas tomber enceintes n’ont pourtant pas recours à des moyens de contraception sûrs et modernes comme le préservatif, la pilule ou le stérilet. Par ailleurs, près d’un quart des femmes n’est pas en mesure de dire non à une relation sexuelle. En définitive, 60 % de ces grossesses non intentionnelles aboutissent à un avortement. Soit, au total, 30 % de l’ensemble des grossesses, un chiffre confirmant de précédentes études. Près de la moitié de ces interventions, souvent illégales, se font alors dans des conditions d’insécurité qui mettent en péril la vie de la mère. Parmi les recommandations, les auteurs insistent sur le besoin de financer les services de santé contraceptive et de les considérer comme essentiels. Plus généralement, ces constats alarmants imposent de faire évoluer les normes sociales dans les trop nombreux pays dépourvus de lois protectrices des femmes. Enfin, les auteurs appellent à investir dans l’« empowerment » ; c’est le renforcement du pouvoir d’agir.Concernant la sexualité, cela recouvre la disponibilité des ressources en termes de structures et de moyens contraceptifs, connaître cette offre, être capable de saisir cette offre sans être stigmatisée, mais aussi avoir conscience de ses droits, c’est-à-dire pouvoir dire non. L’éducation sexuelle des hommes et des femmes respectant l’égalité des sexes est un enjeu primordial des années à venir.

Commentaires des Internautes :

Médiéviste : Ou l’on voit les effets désastreux de la position du pape Paul VI sur la contraception ainsi que celle de son successeur. Il avait pourtant été dit et évident que la prohibition de la contraception serait liée à la croissance de l’avortement (voir la Pologne par ex).

Pouranti : « les auteurs insistent sur le besoin de financer les services de santé contraceptive et de les considérer comme essentiels » : la position du pape François, qui réprouve toute contraception, pèse lourdement sur ces populations.

Job : Les femmes catholiques ne sont pas obligées de suivre les injonctions de leur église mais hélas, dans les pays pauvres et sous domination masculine au niveau des prises de décision, quelle que soit la religion d’ailleurs, les femmes sont sous les ordres d’un patriarcat qui les écrase, les humilie, les asservit. Éduquer les garçons est prioritaire mais comment faire dans des pays pareils ?

Tonton macoute : Pourquoi partir perdant sur l’éducation des hommes à porter un préservatif ? Combat perdu d’avance? Alors il faut procéder comme avec l’iode pour les centrales nucléaires? Chaque femme discrètement dotée d’une pilule du lendemain en cas de viol ou de rapport non désiré mais consenti sous la menace sociale?

Pastefazul : Si on va par là, les femmes ont aussi un moyen simple à mettre en œuvre, l’abstinence.

Hein: Pendant ce temps, la population mondiale nette (compte tenu des 60 millions de décès et 140 millions de naissances) s’accroît de 80 millions de personnes par an, soit 2,7 bébés par seconde. Le temps de taper cela, 50 humains de plus, net. Si les enfants non souhaités ne voyaient pas le jour, l’accroissement mondials erait bien moindre – seulement 10 millions de plus.

Démographie Responsable : Ces dizaines de millions de grossesses non désirées sont d’autant plus alarmantes, qu’au delà des drames individuels se joue aussi la tragédie collective de la surpopulation mondiale.

Michel SOURROUILLE : Notons que la presque totalité des gouvernements au niveau mondial sont natalistes, rappelons que la loi de 1920 en France assimilait la contraception à l’avortement. Toute propagande anticonceptionnelle était interdit, le crime d’avortement était passible de la cour d’Assises. Et le vieillissement de la population aujourd’hui incite des gouvernements à (re)devenir nataliste. La Chine autorise, depuis fin mai 2021, les couples chinois à avoir trois enfants. Les provinces multiplient les mesures incitatives, augmentant par exemple à 350 jours le congé maternité en cas de troisième enfant. Tout cela pose la question du « désir d’enfant » .Est-ce que le désir est réellement assumé quand un gouvernement propose une prime à la naissance ou des allocations familiales conséquentes ?

Thomas M : Ce qui m’étonne, c’est que 50 % des grossesses soient intentionnelles au niveau mondial.

Modeste Petitpas : On comprend mieux l’expression « de l’inconvénient d’être né ».

Lire, Le droit à l’avortement est-il un droit ?

Lire, Tout savoir sur l’avortement, l’IVG

Newsletter de Démographie Responsable

Quelques nouvelles de l’association Démographie Responsable.

Salons : Nous envisageons de tenir un stand à la prochaine foire Echobio de Belfort (mêmes organisateurs que ceux de la foire Echobio de Montbéliard où nous avons déjà été trois fois présents).

Conférences : Denis Garnier a donné une conférence à Paris le 3 mars dernier dans le cadre d’une réunion organisée par les décroissants d’Île de France. Il a fait également une intervention le 10 mars dans le cadre des rencontres débats organisées autour d’une exposition photo au sujet de la surpopulation de la galerie IMMIX, toujours à Paris. Le 17 mars, Marie-Ève Perru, notre déléguée parisienne est également intervenue dans ce même cadre. Le 8 avril à 18H, Denis Garnier invité de la médiathèque José Cabanis à Toulouse, fera une conférence « Doit-on arrêter de faire des enfants pour être écolo ? » Si vous habitez la région n’hésitez pas à venir ! Le 11 mai à 19h à Lausanne(Suisse), Martin Rott fera une conférence, annoncée dans le bulletin de l’association ECOPOP partenaire de l’EurASP (page 5  écrite en français et conférence en français aussi). Espace Dickens, 4, Av  Charles Dickens 1006 LAUSANNE

Une citation à mettre en évidence ? Sur certains de nos documents nous mettons en exergue cette phrase du philosophe Henri Bergson « Laissez faire Vénus, vous aurez Mars ». Cette maxime ne fait pas l’unanimité et une discussion a eu lieu lors de notre dernière Assemblée Générale, nous avons donc sélectionné un ensemble de maximes parmi lesquelles nous vous proposerons prochainement de  choisir la plus adaptée.

Évènement des 8 milliards en 2023

Une première  réunion en visioconférence a eu lieu le 23 mars regroupant les membres du comité d’organisation pour les évènements que nous organiserons à l’occasion du 8 milliardième être humain (début 2023 a priori). Nous retenons l’organisation d’une manifestation statique à Paris et l’écriture d’un bref manifeste qui pourrait être signé par les membres de notre comité scientifique, une prochaine réunion aura lieu courant avril. Différent points matériels ont également été évoqués (préservatifs, affiches, banderoles, tonnelle démontable pour stands…) L’établissement de contacts préalables avec les médias constituera un point essentiel.

Comité Scientifique : Nous accueillons Monsieur Thierry Ripoll au sein de notre comité scientifique, il est spécialiste des sciences cognitives à l’université d’Aix Marseille et auteur de plusieurs ouvrages dont « Pourquoi croit-on ? » et  de « Pourquoi détruit-on la planète ? »

NB : pour Rejoindre l’association DR