sciences et techniques

Simplicité, Sobriété… Techniques douces

Les années 1970, c’était encore l’époque où nous n’avions pas besoin d’anglicismes comme low tech / high tech pour envisager ce qu’il faudrait pour assurer un avenir durable à nos générations futures. Dans le hors série « spécial écologie » du Nouvel Observateur (juin-juillet 1972), « La dernière chance de la Terre », on trouve explicitement une différenciation entre techniques dures et techniques douces dont voici un résumé : Petit apport d’énergie / Grand apport d’énergie exosomatique ; production artisanale / industrielle ; priorité au village / à la ville ; limites techniques imposées par la naturel / Limites techniques imposées par l’argent… Pour refroidir la Terre, nous n’avons pas besoin d’injection de soufre, nous avons besoin de négawatts, c’est à dire d’appuyer sur la pédale du vélo (techniques douces) et non sur l’accélérateur de la voiture thermique ou électrique(technique dure).

Aujourd’hui un article du MONDE, la conversion aux « low tech » de jeunes ingénieurs,  annonce un « basculement » que l’étudiante Florence Drouet décrit ainsi : « Je ne pouvais plus continuer mon travail, si contradictoire avec la réalité alarmante de la pénurie d’énergie et de ressources. On m’avait appris à rester dans un moule cadré. Quand j’ai pris conscience que, contrairement à ce qui est asséné, on ne pourra pas s’en sortir par la fuite en avant technologique, cela a été vertigineux. » Les bigots technophiles ne cachent pas leur joie devant ce qu’ils pensent être des délires technophobes :

Fbr : Bienvenue au moyen âge !

Gordon : Les ingénieurs high tech coréens rigolent…

le sceptique : En prenant un gros bloc de pierre, genre par exemple du silex, ben peut-être qu’on pourrait en dégager des sortes de lames et d’éclats, qu’on pourrait ensuite retravailler et dédier à des choses simples et universelles comme percer, trancher, racler…

D accord : Nul doute qu’en tirant au lance pierre on saura bien se défendre contre des pays qui rigoleront bien de nos délires. Curieux de voir ce que va donner un planeur lowtech dans un combat aérien contre un chasseur russe ou chinois de 6ème génération.

pierre marie : « ferme écologique du Bec Hellouin »ou mas Beaulieu de Rabhi, main d’œuvre gratuite appréciée. Le plus productif dans la permaculture : proposer des stages payants, toucher le fric et faire bosser gratuitement. Sympa, les topinambours et le quinoa sont proposés à tous les repas, à un prix solidaire.

Albireo : Courage, encore quelques recherches et on aura réinventé la technologie du Néolithique.

Philip69 : Alors que l’urgence climatique appelle une myriades de solutions techniques pour adapter notre monde tout en restant dans les limites du socialement et politiquement acceptable, on a besoin d’ingénieurs de high-tech, pas de bricolo du dimanche, pas plus que de permaculteurs de lopins.

Paolo Kanté : Il faut creuser de plus en plus profond pour déterrer un commentaire positif de nos jours.

Michel SOURROUILLE : Analysons les conséquences socio-économiques d’un appareil apparemment aussi anodin que le mixer électrique. Il extrait les jus de fruits en moins de temps qu’il ne faut pour le dire. Quelle merveille ! A première vue. Il suffit de jeter un coup d’œil sur la prise et le fil pour s’apercevoir qu’on est en face du terminal domestique d’un système national et, en fait, mondialisé. L’électricité arrive par un réseau de lignes alimenté par les centrales… nucléaires. L’ensemble de la chaîne ne garantit un approvisionnement que si chacun des maillons est encadré par des bataillons d’ingénieurs, de gestionnaires, eux-mêmes reliés aux administrations(quand ce n’est pas à l’armée).  En mettant le mixer en marche, on se branche sur tout un réseau de systèmes interdépendants, complexes et fragiles. Le passage de techniques simples à l’équipement moderne a impliqué la réorganisation de la société tout entière. Sa nécessaire déstructuration ne sera pas facile.

L’imaginaire technologique de nos présidents

Nos présidents se font un point d’honneur de glorifier la technique dite « de pointe ». De Gaulle inaugure le sous-marin Le Redoutable (1967), Pompidou vole en Concorde de Paris à Toulouse (1971), Giscard visite la centrale nucléaire de Gravelines (1980), Mitterrand inaugure le TGV (1981), Emmanuel Macron adoore « le TGV, Ariane, le Concorde et le nucléaire. »

Jean-Baptiste Fressoz : « Difficile de trouver dans ce panthéon une technologie qui ait rendu les Français plus prospères. Mais il s’agit de valoriser par la technologie le patriotisme des électeurs. Le Concorde fut un formidable fiasco, quatorze exemplaires en tout et pour tout. Le TGV a renforcé le tropisme parisien : huit trajets à grande vitesse sur dix commencent ou finissent dans la capitale. »

Moriarti : Moi dit Fressoz, du haut de ma « Recherche » je vous garantis que Macron retarde, il a tout faux. Le Monde ne devrait pas jouer le jeu de ces donneurs de fausses leçons soi disant rehaussés par leurs titres universitaires. En quoi ces titres les qualifient ils pour parler de ces sujets ? En rien. Ce monsieur le prouve.

Mle @ Moriarty : J’adore votre argumentaire ! Vous avez dénigré le messager sans jamais donner des arguments contre le message. Votre commentaire peut se résumer à : il est nul parce qu’il est nul.

Biosphere : L’innovation technologique et sa démesure mérite mieux que ces coups de griffes. L’économie de la promesse technologique n’est que l’avatar contemporain des paradis religieux et des utopies sociales des siècles antérieurs. Cette promesse doit contenir un tiers de prouesse scientifique, un tiers de rêve de progrès humain for good (pour le bien), et un grand tiers de profitabilité exponentielle. Et tout problème posé par la technique est réglé par la promesse… d’une nouvelle technique. Le progrès technique est présenté comme un dogme indiscutable par l’ensemble des dirigeants et des médias. Il a infusé dans l’état d’esprit de la population, « on trouvera bien quelque innovation pour s’en sortir ». Quand on l’élève au rang d’un culte, toute remise en cause, tout débat rationnel deviennent impossibles et ceux qui osent élever la voix sont aussitôt considérés comme des apostats. Nous sommes dans la configuration que décrivait Jacques Ellul, dès 1960, dans La technique ou l’enjeu du siècle, où la démocratie n’a plus sa place puisqu’il faut croire sans poser de questions.

Dans un monde où le discours enchanté de la technique s’écarte de plus en plus d’une réalité faite de limites, d’effets indésirables, de pannes et d’accidents,  la question de la délibération politique autour des choix techniques ne peut plus être éludée. Vive les techniques douces contre les techniques inappropriées.

Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphere :

10 juin 2021, Le temps long et incertain de l’innovation

26 février 2021, Les mirages de l’innovation technologique

25 décembre 2018, Jean-Baptiste Fressoz annonce l’apocalypse joyeuse

La filière (bio)Gaz naturel véhicule, beurk

tribune du MONDE: « Nous, élus de toutes sensibilités politiques, appelons de nos vœux des motorisations à faibles émissions utilisant un « mix » énergétique : énergie électrique, (bio)gaz et hydrogène ; la fin des véhicules essence et diesel ne saurait se traduire par le remplacement d’un monopole énergétique par un autre. La réglementation européenne, en mesurant uniquement les émissions de CO2 en sortie de pot d’échappement, pénalise le (bio)Gaz naturel véhicule (GNV). Il s’agit pourtant d’une énergie renouvelable, produite localement à partir des boues d’épuration, de la méthanisation des déchets alimentaires et des effluents d’élevage. En se basant sur une analyse du cycle de vie, les performances environnementales de véhicules bio GNV sont supérieures à toute autre solution… »

Cosigné par un présidentiable écolo Eric Piolle, ce pensum pue le lobbying pour la filière gaz naturel. Les commentateurs sur le monde.fr se déchaînent :

Wiss : « un collectif de membres d’associations et d’organisations environnementales » Sic.. Je n’en ai pas trouvé dans les signataires. Justes de élus EELV et des promoteurs du « bio » gaz. Methanisateurs, constructeurs, etc…

Eirikr : Que même les écologistes se concentrent sur le changement de technologie sans même évoquer dans cette tribune la nécessité de changer de mode de déplacement … Misère ! …

YW : Ce n’est visiblement pas cette écologie là, en ne posant même pas le problème de l’impact carbone du modèle de la voiture individuelle, qui proposera une transition suffisamment rapide, courageuse et intelligente pour être efficace.

Rakaye : A partir du moment où la production d’énergie est plus longue que la vitesse de consommation de celle–ci on a perdu : 15 jours pour brûler un arbre et 15 ans pour qu’il pousse ce qui nous un peu moins de 15 ans d’accumulation de CO2 sans compter les taux de micro particules record.

Katouchka : En fait il faut se rendre compte qu’on va changer de mode de vie de gré ou de force. Fini les virées décidées au dernier moment, les voyages trop court et trop loin, Il va falloir ré apprendre à voyager lentement, il va falloir prendre le train, le vélo, la marche… Courage à vous tous !

Michel SOURROUILLE : Nous devrions savoir qu’il n’y a pas des « bio »-carburants, mais plutôt des agrocarburants issus d’activités industrielles, donc plutôt des nécro-carburants en concurrence avec la production alimentaire. En penser nous faire encore rouler dans des voitures individuelle (1,2 milliards de véhicules en circulation sur la planète) avec seulement des résidus de l’activité alimentaire, c’est à manger son chapeau ou à mourir de rire. Nous ne pouvons faire face à la crise de l’énergie que si notre consommation dans tous les domaines, la mobilité n’étant qu’une de nos activités préférées (hors embouteillage), arrive tendanciellement à correspondre aux énergies renouvelables. Il faut donc nous préparer à nous passer de pétrole, d’uranium, de charbon et bien sûr de «(bio)gaz… Manger ou conduire, il faudra savoir choisir…

Isidorv : Je préconise le gazogène pour faire Paris-Marseille. Évidemment, il faut se préparer longtemps à l’avance : collecter les déjections canines, réduire la potion du chat, prévoir des étapes sur le parcours, surtout si le vent faibli et par temps couverts. Le char à bœuf me semble une bonne alternative. Surtout penser à collecter le crottin.

Doudoudodudor : C’est sûr. On a oublié que le gazogène a pu permettre la mobilité des Français pendant l’occupation. Ce n’est pas seulement un combustible d’un passé, rappelant une période trouble. Il a aussi un avenir.

Ana : Vive la voiture à pédales

Notre synthèse sur ce blog biosphere :

Enfin la vérité sur les « biocarburants » !

Vaccination obligatoire et acceptation sociale

Une nouvelle vague d’infections virales suscite des sueurs froides au sommet de l’Etat. Pour atteindre une forme d’immunité collective, les autorités répètent la nécessité de vacciner davantage. Reste à convaincre les personnes anti-vax de franchir le pas. Quitte à contraindre certaines catégories, par exemple les soignants ; en Italie la vaccination est obligatoire pour cette catégorie de personnes. Ou même rendre la vaccination obligatoire pour tous, c’est bien déjà le cas pour les enfants*. Alors, peut-on contraindre les adultes à se vacciner contre le SARS-Cov2 ? Sélection naturelle ou immunité collective vaccinale ? La question de l’acceptabilité sociale est cruciale dans un système démocratique. Convaincre plutôt que contraindre ?

Donnons la parole aux commentaires sur lemonde.fr :

Michel SOURROUILLE : La question de l’acceptabilité sociale est essentielle. Mais l’opinion publique se formate, on aurait pu lui faire accepter un taux de létalité de 1 % si on n’était pas rentré dans une société qui veut le risque zéro à tous les niveaux, y compris les guerres zéro-morts (pour nos propres soldats). Pour la pandémie, on aurait pu choisir politiquement l’immunité collective par acceptation d’une mortalité élevée avec périodes de quarantaines ponctuelles comme cela se faisait autrefois aux temps des épidémies. On respectait (sans en connaître le terme) le critère darwinien de sélection naturelle. On a choisi l’immunité collective par confinement généralisé et vaccination qu’on veut rendre obligatoire. Mais au lieu de renforcer la résilience des populations, on provoque l’apparition de virus mutants qui veulent contourner (grâce d’ailleurs au mécanisme de sélection naturelle propre aux virus) l’obstacle vaccinal et qui se révèlent parfois plus dangereux et/ou contaminant.

Ankou : Schéma vaccinal complet pour aller en boîte et à l’université, fermeture des bars de nuit, réinstauration du couvre feu à 23 h tant que 70 % de la pop n’est pas vacciné. Il fallait lier les ouvertures a la vaccination, pas à la situation épidémique. Autre solution : Macron parle à 20h demain et décrète l’obligation vaccinal. Pas besoin de contrôle. Le pouvoir prescriptif du président à lui seul suffira à pousser des millions de français (ces enfants-adultes) à se faire vacciner.

Pessicart : Comment veut-on tenir un pays si on se couche devant l’ignorance ? On fait un excès de vitesse de 3 km/heure et on peut être poursuivi sur ses biens personnels, mais on peut sciemment propager un virus et être l’objet de toutes les attentions. Ce cirque est à peine croyable, 50 % des soignants qui ne sont pas vaccinés, on vit dans quel pays ?

LNCL : Et après, quoi ? Rendre le smartphone obligatoire pour que la prévention dite « tracer/isoler » soit efficace ? Rendre la QR-code de sa vaccination, de ses rappels, de ses tests, dans le smartphone obligatoire pour monter dans le bus ? Rendre le QR-code obligatoire pour accéder à ses comptes bancaires ? Pour prendre l’autoroute ? Pour travailler ? Pour aller voter ?

Simon M : Il est en effet absolument impensable de contraindre ceux qui se sont fait vacciner à observer un confinement pour le bénéfice des imbéciles qui refusent de le faire.

JMG : Une suggestion, pas très originale d’ailleurs, restreindre les activités sociales, à ceux qui sont vaccinés. vous voulez faire vos courses au supermarché, aller voir un spectacle quelconque, prendre les transports en commun, assister à une réunion de travail, aller au restaurant……prouvez que vous étés totalement vacciné.

Patrick Rosa : Non-remboursement des soins hospitaliers liés a la COVID pour les non-vaccinés. Le taux de vaccination bondira miraculeusement… La société prime sur l’individu. Surtout si ce dernier profite des largesses de celle-ci.

Pèlerin curieux : La société versus l’individu ! Est ce un choix ou un acte de faiblesse ?

Benjamin Franklin : Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l’une ni l’autre, et finit par perdre les deux.

Gabriel Attal : attention à une possible fracture vaccinale en France, susceptible de provoquer du ressentiment chez les vaccinés. Lesquels ne digéreraient pas de se voir imposer de nouvelles restrictions de liberté, à cause d’un rebond du virus chez les personnes non vaccinées. A une nouvelle crise sanitaire viendrait alors s’ajouter un enjeu de cohésion sociale.

Mireille Delmas-Marty : « Le rêve du risque zéro, qu’il s’agisse de terrorisme ou de pandémie, entraîne inévitablement une surenchère, voire une sorte d’hystérie législative. Rappelons-nous le tournant sécuritaire post-11 septembre 2001. Après les discours musclés annonçant l’éradication du terrorisme, voici les discours savants sur le « Zéro Covid ». Et toujours la même obsession sécuritaire, le même rêve d’un monde sans risque, sans crime et sans maladie. Mais le rêve d’un monde parfait peut rapidement tourner au cauchemar des sociétés de la peur. D’autant plus que de nouvelles technologies ne cessent d’arriver sur le marché, offrant aux décideurs des moyens de surveillance hier inimaginables : reconnaissance faciale, géolocalisation, drones, algorithmes de reconnaissance des émotions et bientôt puçage généralisé. Je suggère d’expliciter politiquement les critères d’acceptabilité sociale des différents risques. »

* La loi rend obligatoires, depuis le 1er janvier 2018, onze vaccins pour les enfants de moins de 2 ans : contre la diphtérie, le tétanos et la poliomyélite, la coqueluche, la rougeole, les oreillons, la rubéole, l’hépatite B, le méningocoque C, le pneumocoque et l’Haemophilus influenzae b. Cela signifie que pour les enfants nés à partir du 1er janvier 2018, ces vaccinations obligatoires conditionneront l’entrée ou le maintien dans toute école, garderie, colonie de vacances ou autre collectivité d’enfants. La preuve de leur réalisation est exigée pour l’admission ou le maintien en collectivité à compter du 1er Juin 2018.

Contre toute obligation vaccinale, Jean Rostand écrivait en 1940 : « Nos sociétés donnent la possibilité de survivre et de se reproduire à des milliers d’êtres qui eussent été autrefois implacablement éliminés dès le jeune âge. La diminution de la mortalité infantile, les vaccinations généralisées entraînent un affaiblissement de la résistance moyenne de l’espèce. Il s’ensuit un avilissement progressif de l’espèce. » tile, les vaccinations généralisées entraînent un affaiblissement de la résistance moyenne de l’espèce. Il s’ensuit un avilissement progressif de l’espèce.

Pour en savoir plus sur le fondement du débat :

25 mars 2015, La vaccination obligatoire contre la sélection naturelle

Les métaux lourds veulent notre peau

Arsenic, cadmium, chrome, cuivre, mercure, nickel… Une liste impressionnante de métaux lourds aux multiples effets néfastes sur la santé est présente dans l’organisme de l’ensemble de la population française. Avec des dépassements des valeurs guides sanitaires pour l’arsenic, le cadmium, et le mercure. Ce tableau inquiétant est issu de la grande enquête épidémiologique Esteban (Etude de santé sur l’environnement, la bio-surveillance, l’activité physique et la nutrition). Le cadmium est cancérogène, mutagène et toxique pour la reproduction. C’est un toxique cumulatif , la dose s’accumule dans l’organisme dans le temps. Le cadmium est contenu dans les roches phosphatées utilisées pour fabriquer des engrais. Et la France est l’un des principaux consommateurs d’engrais phosphatés. Au point que leur utilisation est devenue la principale cause de contamination des sols au cadmium, et donc de l’alimentation, qui représente 90 % de l’exposition à cette substance pour les non-fumeurs.

Il est donc indispensable de vivre moins longtemps afin de diminuer l’effet toxique dans le temps de ces expositions multiples aux métaux lourds. Tout récemment, pour illustration, on a décidé réglementairement que pour les pesticides, un niveau de mortalité pour les abeilles inférieur à 10 % était acceptable. Il suffit de faire de même pour les humains, un niveau acceptable de mortalité pour que l’économie puisse continuer de fonctionner normalement…

Loi bioéthique, des techniques sans limites

La loi bioéthique a été adoptée le 29 juin 2021. On se focalise médiatiquement sur l’ouverture de la procréation médicalement assistée (PMA) aux femmes célibataires ou en couple lesbien. Pourtant nombreux sont les parlementaires à défendre l’idée que l’ouverture de la PMA pour toutes n’aurait pas dû figurer dans un texte de bioéthique. Des professeurs de philosophie élargissent le débat, la bioéthique devrait chercher à définir ses limites :

«  Qui, même au sein des médias, sait réellement ce qui se prépare à travers les évolutions nombreuses que ce texte autorise : Chimères homme-animal, embryons transgéniques, ciseaux génétiques Crispr-Cas9, « bébés-médicaments », autoconservation des ovocytes sans motif médical, gamètes artificiels… La France consent d’avance à toutes les mutations que la science permettra et renonce ainsi au principe même de la responsabilité politique, qui est de décider de la règle commune… Derrière la mise en scène du « progressisme » en marche, la logique du marché gagne des pans entiers de la vie humaine… Toute nouveauté n’est pas nécessairement bonne en soi… Étrange paradoxe que cette tendance à déréguler les expérimentations menées sur l’homme, au moment où nous réapprenons envers l’environnement le sens de la mesure, la nécessité d’une autolimitation, l’obligation d’anticiper les conséquences des mutations que nous imposons à des équilibres vulnérables et nécessaires à la vie… La prise de conscience écologique a consisté à découvrir que l’étendue inédite de notre capacité technique, loin de nous rendre maîtres de notre destin, nous oblige aujourd’hui à un immense effort pour reprendre le pouvoir sur notre propre pouvoir… Tenons-nous à ce point à faire du corps humain le prochain objet de notre démesure technique, et reproduire sur lui des erreurs déjà commises contre la nature ? N’avons-nous vraiment rien appris ? »

Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphere :

13 février 2011, la bioéthique contre les lois de la nature

extraits : Où s’arrêtent les lois de la Nature et où commence celle des humains ? Pour les humains contemporains, cela paraît évident. La nature leur est soumise et ils peuvent tout faire sans contrainte externe ; tout se joue dans les délibérations sociales. Ainsi la fécondation in vitro est-elle passée dans les mœurs…..

27 septembre 2019, Les limites de la loi « bioéthique »

extraits : L’illusion en matière d’éthique est qu’une solution « juste » pourrait résulter du déballage non dosé des intérêts, des convictions, des impressions, et des espoirs. Le consensus est impossible car chacun aura ses raisons d’avoir raison contre tous les autres. Il faudrait donc prendre la question éthique autrement. : où sont les limites, limite de l’intervention de l’État sur nos vies, limite de l’utilisation des techniques, limite aux intérêts économiques et financiers ? …..

La transition écologique nécessite une déstructuration

Le pouvoir n’est ni dans les assemblées politiques, ni parmi les dirigeants des entreprises, encore moins dans la rue, le pouvoir est celui de l’état de nos infrastructures matérielles à un moment donné. C’est pourquoi « Réindustrialiser la France tout en réduisant les émissions de carbone » devient un casse-tête insoluble comme l’indiquait un article récent du MONDE. Réindustrialiser, c’est installer des activités polluantes à la place d’autres entreprises polluantes quand on garde le même cadre de référence. « Fin de mois », contre « fin du monde », cette opposition ne peut se résoudre que par la déstructuration de la société thermo-industrielle.

Prenons un exemple. La voiture comme consommation de masse n’est que centenaire, à partir de la Ford T en 1908. A l’époque, il n’y avait en France que 1672 voitures, aujourd’hui il y en a 38,2 millions en circulation au 1er janvier 2020. L’invention de l’automobile a incité à multiplier les voies carrossable, puis à favoriser la circulation des automobiles, autoroutes, voies de contournement et ronds-points, mondialisation du complexe pétrolier, création d’entreprises vouées à l’automobile dans les secteurs secondaire et tertiaire. C’est ce que Lewis Mumford appelle une technique autoritaire, qui rassemble à une échelle monumentale une nouvelle organisation de masse. Mettre à bas cette infrastructure socio-économique ne peut pas être pensé aujourd’hui, la voiture est devenue indispensable. Alors on garde l’infrastructure routière présente pour rêver à la voiture électrique pour tous et toutes. On évite ainsi les techniques démocratiques au sens de Mumford, une méthode de production à échelle réduite, reposant principalement sur la compétence humaine et l’énergie animale. On s’empresse de qualifier ce genre de propositions de retour à la bougie. On constate une aliénation d’un très grand nombre d’individus, une addiction aux infrastructures : « Nous avons absolument besoin de notre voiture » est à la fois un cri du cœur et une nécessité rendue obligatoire par l’organisation discontinue de l’espace entre domicile, travail et loisirs. Les Gilets Jaunes veulent garder leurs rond-points et l’essence à bas prix. Pourtant les désastres climatiques sont avant tout provoqués par cette organisation tentaculaire qui repose sur des infrastructures matérielles. Il ne faut pas simplement regarder les flux (trop d’émissions de CO2, trop de consommation d’énergie, trop de mobilité mécanisée, etc.), il faut remettre en question le processus de sur-structuration qui pousse à l’augmentation des flux et donc à la croissance économique.

Les grandes marches pour le climat ne disent rien de comment faire diminuer réellement nos émissions de gaz à effet de serre. Les seules prémices d’une remise en question des infrastructures est issu du mouvement de contestation des grands travaux inutiles et imposés. L’enterrement de Notre-Dame-des-Landes, c’était un premier pas vers la fermeture de certains aéroports. Nous comptons en France 460 aérodrome et 120 aéroports, la plus grande densité en Europe. L’opposition à la ligne ferroviaire à grande vitesse Lyon-Turin et autres LGV est significative du mot d’ordre « moins vite, moins loin et moins souvent ». Il faut aussi remettre en question le Stade des Lumières, la tour Triangle, les incinérateurs géants, les centrales nucléaires de troisième et de quatrième génération, les projets de méga-centre commerciaux… Nos grands élus, épaulés (et briefés) par les grandes entreprises, se sont comportés comme les pharaons qui ont fait ériger les pyramides. Et beaucoup d’entreprises sont directement concernées par les combustibles fossiles : le secteur énergétique, le système de transports, le mode d’agriculture, l’activité minière, et même la société de consommation et de loisirs. Impulser une vaste politique de grands travaux ne répond en rien à la crise écologique qui conduit aux crises économiques et sociales.

Si le toujours plus d’infrastructures est une fatalité liée à l’interconnexion matérielle croissante des individus, les lois de la thermodynamique s’y appliquent implacablement : une énergie dissipée n’est pas réutilisable. La complexification organisationnelle utilise de l’énergie, beaucoup d’énergie, et les réseaux électriques sont encore plus longs que les réseaux routiers. Il y a 586 000 kilomètres de lignes HTA (20 000 volts) et 654 000 kilomètres de lignes BT (400 ou 230 volts). La longueur du réseau routier français est de 1 091 075 km. La déplétion des ressources fossiles va mettre à bas ces infrastructures, d’autant plus fragiles qu’elles sont démesurées. Notre société technicisée a oublié son fondement ultime, l’infrastructure naturelle et ses ressources, ce que nous rappelle Bertrand de Jouvenel : « Les flux retracés et mesurés par l’économiste doivent être reconnus comme dérivations entées sur les circuits de la Nature. Nous faisons preuve de myopie lorsque  nous négligeons de nous intéresser à l’entretien et à l’amélioration de notre infrastructure fondamentale : la Nature. Le terme d’infrastructure est à présent populaire, il est bon d’avoir conscience que nos opérations dépendent d’une infrastructure de moyens de communication, transport, et distribution d’énergie. Mais cette infrastructure construite de main d’homme est elle-même superstructure relativement à l’infrastructure par nous trouvée, celle des ressources et circuits de la Nature. » (Arcadie, essai sur le mieux vivre, 1968)

Le présent article a pour objet de montrer la difficulté d’opérer une transition écologique qui, pour aboutir, nécessite une véritable rupture avec les infrastructures actuelles. Il nous faut déconstruire ce qu’un passé dépassé continue à imposer. Il nous faut revenir à des organisations à l’échelle humaine, rechercher localement l’autonomie alimentaire et énergétique, retrouver les circuits courts et les liens de proximité. Le dévoiturage sera-t-il le prochain mot de ralliement de l’écologie politique ?

Michel Sourrouille

NB : article paru initialement sur le site des JNE

Le glyphosate, c’est bon pour la santé

L’association Générations futures s’est intéressée aux taux de glyphosate décelables dans l’urine de diverses personnes d’âges différents, végétariens ou non, vivant en ville ou à la campagne. Le test est sans appel : 100 % des échantillons contiennent du glyphosate, la molécule active de l’herbicide Roundup produite par Monsanto. La contamination moyenne est de 1,25 microgramme par litre (µg/l), soit 12,5 fois la concentration maximale admissible pour un pesticide dans l’eau.

Le CIRC (Centre international de recherche sur le cancer) assure que les preuves de génotoxicité (la toxicité pour l’ADN) du glyphosate sont « fortes ». Le CIRC se fonde uniquement sur des données publiées dans la littérature scientifique, ou publiquement accessibles. De nombreuses poursuites en justice ont éclaté aux États-Unis, où plus de 100 000 personnes touchées par un lymphome non hodgkinien (LNH) après des années d’utilisation de pesticides à base de glyphosate se sont retournées contre Monsanto. Bayer, qui a racheté Monsanto, a annoncé le 24 juin 2020 qu’il versera entre 10 et 11 milliards de dollars pour solder les procédures lancées contre l’entreprise. La divulgation, dans le cadre de ces procès, de nombreux documents internes de l’entreprise Monsanto – les « Monsanto Papers » – a nourri de nombreuses enquêtes journalistiques publiées dans la presse internationale. Celles-ci ont mis en évidence de nombreuses manœuvres de la société américaine pour influencer l’expertise publique sur le glyphosate, dénigrer le CIRC, intimider certains scientifiques, rédiger des études scientifiques sans apparaître dans ses signataires, etc. Les députés européens ont donc approuvé début juin, à une large majorité, une résolution réclamant à l’UE des objectifs contraignants à l’horizon 2030 pour préserver la biodiversité du continent. Parmi leurs exigences figure l’interdiction stricte de l’utilisation des herbicides à base de glyphosate après décembre 2022.

Mais d’un autre coté les agences réglementaires. estiment que de telles preuves de cancer n’existent pas. Elles s’appuient essentiellement sur les études industrielles menées par les firmes elles-mêmes, et dont les données demeurent confidentielles. Les quatre États de l’UE chargés de sa réévaluation ont rendu leur rapport d’expertise aux autorités européennes le 15 juin 2021. La version de travail n’identifie aucune propriété toxicologique justifiant l’exclusion du glyphosate du marché ; le glyphosate ne serait pas cancérogène, mutagène ou reprotoxique et ne remplirait pas les critères requis pour être considéré comme perturbateur endocrinien. Seuls les effets sur la santé humaine peuvent imposer une non-reconduction du produit. La différence d’interprétation peut s’expliquer par les différents buts des évaluations respectives du CIRC et des agences de santé. Le CIRC évalue un danger, alors que les agences évaluent un risque. Le risque est un danger croisé avec une exposition. Les deux agences réglementaires communautaires – l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) et l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) – doivent maintenant examiner à leur tour le dossier pour exprimer leurs opinions au printemps 2022. Quelques considérations :

– C’est comme si on jugeait un assassin sur la base, non pas de l’enquête policière et du dossier d’instruction, mais des seules déclarations de l’accusé, sans même prendre soin de les vérifier.

– D’ailleurs le tabac, c est bon pour la santé et ce sont les industriels de la clope qui l’ont assené pendant des dizaines d’années, on peut leur faire confiance. Idem pour la radioactivité.

– Derrière ces autorisations de pesticides il y a surtout la vente de variétés OGM résistantes à ces pesticides qui font partie du package. On arrose les champs de pesticides qui tuent tout, sauf la variété OGM commercialisée dont les agriculteurs sont les acheteurs captifs. Ça tue le vivant, mais aussi la concurrence, et donc les paysans. Il n’y a pas que la santé des humains qui compte.

Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphere :

20 novembre 2020, Danger pour les uns, risque pour d’autres

27 novembre 2017, L’Europe autorise le glyphosate pour 5 ans… et plus

25 octobre 2017, Glyphosate, deux conceptions opposées de l’agriculture

29 septembre 2017, L’agriculture à l’ancienne pour éviter le glyphosate

27 mrs 2015, Le glyphosate, cancérigène, sur le banc des accusés

Le temps long et incertain de l’innovation

Faut-il faire confiance aux innovations ? Non seulement nous n’avons pas le temps d’attendre, mais elles sont plus conceptuelles que realisables.

Jean-Baptiste Fressoz : « En 1974 se tient à Miami le premier colloque international sur l’économie hydrogène  comme vecteur énergétique du futur; on y retrouve les promesses actuelles, la fin des fossiles, la pile à combustible, etc. On discute beaucoup d’avions à hydrogène, dont les ingénieurs de Lockheed dessinent les élégants fuselages. Les perspectives sont grandioses : des centrales atomiques construites sur des atolls du Pacifique produiraient de l’hydrogène par craquage thermique de l’eau (plus efficace que l’électrolyse) ; l’hydrogène serait exporté par une flotte de cryotankers ; le Japon deviendrait l’Arabie saoudite du XXIe siècle. Quant aux déchets radioactifs, en attendant la fusion, on s’en débarrasserait par auto-enfouissement : par leur propre chaleur, ils s’enfonceraient dans le socle basaltique des atolls… Le temps de diffusion de l’innovation est le facteur-clé de la transition, un temps difficilement compressible lié à l’inertie des infrastructures et au déplacement des capitaux. : cent soixante ans pour que le charbon pèse la moitié de l’énergie mondiale, quatre-vingts ans pour le pétrole. La dynamique du capitalisme produit des transitions beaucoup trop lentes face au changement climatique, dont on estime qu’il deviendra potentiellement catastrophique vers 2020. »

Cette présentation de la temporalité insuffisante vu l’urgence écologique occulte le fait que les innovations qui pourraient nous sortir de la merde dans laquelle nous a mis les innovations, on ne voit pas du tout ce que ça pourrait être. L’hydrogène est une fausse bonne idée, les surgénérateurs (Astrid) une impasse avérée, la fusion (ITER) une impossibilité majeure, la numérisation du monde une mode énergivorace, etc. Il nous reste donc l’énergie solaire et les moulins à vent, l’agriculture bio et notre force endosomatique (l’huile de coude), le vélo plutôt que l’auto, le petit tour autour de chez soi plutôt que le tourisme au long cours, en clair la décroissance économique. Mais les tenants du confort exosomatique comme « Le sceptique » croit encore à l’innovation qui nous sauvera un jour, peut-être, dans le plus lointain des lointains, aux calendes grecques ou à la Saint-Glinglin… Ils sont comme les croyants et psalmodient « innovation, innovation, viens à mon secours, je t’aime ».

Un exemple typique sur lemonde.fr, « Le sceptique » qui écrit sans rire :

– Il n’existe pas de limite physique proche aux besoins énergétiques des humains, le soleil seul par rayonnement nous envoie 5000 fois ce que nous consommons, et outre le solaire PV ou TD, nucléaire, éolien, hydraulique, géothermie, biomasse originelle ou modifiée sont mobilisables. Inventons au plus vite l’abondance non fossile pour tous.
– La régression n’est pas une option : les sociétés d’abondance sont plébiscitées et le resteront évidemment. L’urgence climatique est un non-sens si elle induit paupérisation économique et guerre sociale. On perd du temps en laissant le sujet aux pseudo-solutions genre décroissance, fétichisme de la nature, moralisme pénitentiel.

Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphere :

26 février 2021, Les mirages de l’innovation technologique

26 septembre 2020, principe innovation / principe de précaution

OGM, limites de la recherche-développement

A un scientifique versé dans les biotechnologies végétales, on peut objecter cette remarque préalable : devenir un spécialiste dans un domaine empêche trop souvent d’élargir son point de vue. Se présenter du haut de sa chaire, « écoutez-moi je suis un grand scientifique et j’ai fait plein de choses pour les OGM », cela peut irriter dès le départ et entraîner un blocage inter-relationnel. Sans compter l’accusation de « conflits d’intérêt » ! Il suffit de se rappeler le refus total de Jacques Testart (et d’autres) de participer à un débat contradictoire avec l’AFBV (association française de bio-technologie végétale). Le blocage est bien installé car les pro-OGM sont considérés comme dogmatiques, enfermés dans leurs certitudes de chercheurs es techno-science. Cf les archives biosphèrique :

à qui profitent les OGM ? Débat entre Deshayes et Testart (2013)

Tout savoir sur la perversité des pro-OGM (2020)

Sur le fond de la question technologique, le blocage résulte de la difficulté de fixer des limites à l’application dans la vie courante de découvertes scientifiques. A l’extrême règne pour certains le principe d’innovation, une croyance aux bienfaits du progrès technique totalement opposée au principe de précaution : tout ce qui a été inventé doit avoir son application (même la bombe atomique). A l’autre bord extrême, d‘autres vont dire qu’il fallait s’arrêter à l’épée pour en rester au contact direct pour faire la guerre et au cheval de labour pour garder le lien avec la nature. Choisir un moyen terme entre le retour à la bougie et la conquête de Mars reste une interrogation qui reste sans réponse si ce n’est par le débat démocratique. L’introduction d’une nouveauté parmi les Amish, soumise entre eux à controverse « en présentiel », montre que si on dialogue vraiment, on en reste à des techniques très simples. Par contre les lobbyistes de l’appareil techno-industriel veulent nous faire gober la dernière nouveauté à la mode (qu’ils fabriquent eux-mêmes par la publicité et la médiatisation) ; dans ce cas il n’y a plus de frein au « progrès » technique, c’est le « sans limites » qui mène la société thermo-industrielle à sa perte. Technophiles contre technophobes, impossible de concilier les points de vue alors qu’il y a bien un entre-deux, le monde n’est pas en blanc et noir. Des tentatives de trouver le seuil à partir duquel une technique devient contre-productive ont été faites ;, les appellations diffèrent, mais il y a la même idée directrice, Mumford distingue technique démocratique et technique autoritaire (1962). Ivan Illich parle d’outil convivial ou non. Teddy Goldsmith utilise les termes, techniques « enchâssées » contre techniques « branchées ». Ted Kaczynski parle de technologie cloisonnée et de technologie systémique. En termes plus simples, on peut parler de techniques douces et de techniques dures.

Voici par exemple la position de Theodore J. Kaczynski : « Nous faisons une distinction entre deux types de technologies : la technologie cloisonnée et la technologie systémique. La première, qui se développe au niveau de petites cellules circonscrites, jouit d’une grande autonomie et ne nécessite pas d’aide extérieure. La seconde s’appuie sur une organisation sociale complexe, faite de réseaux interconnectés. En ce qui concerne la technologie cloisonnée, aucun exemple de régression n’a été observé. Mais la technologie systémique peut régresser si l’organisation sociale dont elle dépend s’effondre. »

En termes contemporains, on peut parler de low tech :

Bihouix, Low tech contre High tech (2019)

Résilience, un passage nécessaire par les low tech (2014)

Venons-en au débat spécifique sur les OGM. Ce blog biosphere a présenté plusieurs fois cette controverse, entre autres :

équivalence en substance des OGM, manipulation du réel (2017)

dialogue avec un partisan des OGM, membre de l’AFBV (2011)

Conclusion : La seule ambition d’une recherche éthique en matière technique, c’est de se contenter de développer la connaissance, et non d’asservir les autres humains ou la Nature. L’objectif de la recherche sans développement, c’est de rendre le monde plus intelligible, pas de le transformer. En janvier 2005, tout début de ce blog biosphere, Il n’y avait que trois articles dont celui-ci, « Quelle recherche ? ». Cet article ne semble pas avoir vieilli :

« Il faudrait considérer la recherche non comme un tout dont l’objectif serait d’accaparer au moins 3 % du PIB, mais comme des études spécifiques dont les domaines d’application seraient réellement utiles et sans danger pour la société humaine et pour le reste de la planète. Par exemple, faut-il financer principalement la biologie moléculaire et les OGM ou faut-il favoriser la recherche des naturalistes sur les avantages de la biodiversité dont on nous a rappelé lors de la dernière conférence internationale à Paris qu’elle était en péril extrême. Faut-il consacrer plus de 80 % du financement de la France en matière d’énergie à la recherche nucléaire et laisser seulement quelques miettes pour les énergies renouvelables. Faut-il toujours plus de recherche en tous genres sans s’interroger sur les risques pour la santé humaine de nos applications techno-scientifiques alors que nous accumulons déjà des tas de produits chimiques dans notre corps et que les cas de cancers et d’allergie se multiplient. Finalement notre polarisation sur d’éventuels sauts technologiques dans la recherche à la mode (une mode déterminée par les industriels) nous empêche de consacrer toutes nos forces et notre attention à l’endiguement des dégâts que nous infligeons aujourd’hui à notre planète, donc à nous-mêmes. Le débat politique ne peut plus porter sur une enveloppe financière globale qui va sauver quelques emplois de chercheurs, mais sur notre manière de penser et de vivre qui pèse beaucoup trop sur la Biosphère et pénalise le sort des générations futures. »

L’écran pharmakon, à la fois remède et poison

L‘objet technicisé à outrance est à la fois la solution à un problème et la source d’un nouveau, conséquence de la résolution du premier. L’écran n’échappe pas au statut de pharmakon, remède et poison. Exemple.

2018, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) intègre le jeu vidéo à sa classification internationale des maladies (« trouble de l’usage »). Dans notre société de l’excès, la numérisation des relations entraîne dégradations du cerveau par captation de l’attention, du sommeil, de la vue et même troubles du comportement. Le monde numérique est un cocon dont il est difficile de sortir, une source d’addiction à l’égal du tabac ou de l’alcool.

2021, dans le contexte du confinement, L’OMS promeut lusage des écrans, notamment pour faire du sport ou gérer son stress. Face aux « mises à distance physique », la numérisation du lien s’est révélée une aide, les écrans deviennent un espace relationnel de substitution. Le télétravail évite de longs et coûteux trajets.

Difficile dans ce contexte de définir un discours cohérent bénéfices/risques, de faire admette des périodes sans écran, de définir des limites en tant que parent. Cet exemple particulier de la schizophrénie de notre époque, cultivant en même temps le bien et le mal, n’est pas nouvelle et accompagne toutes nos innovations humaines. Dans le Phèdre, Platon, persuadé de la supériorité de l’instruction par le discours oral et vivant sur l’écrit, comparait déjà l’écriture à une « drogue » (pharmakon : poison). Derrida proposera, quant à lui, que l’écriture relève à la fois d’un remède et d’un poison. C’est toute l’ambivalence du mot grec pharmakon, on choisissait une victime expiatoire pour trouver le bien. Nous avons aussi ait le choix du feu, une impasse avec un précipice au bout par manque de ressources fossiles. Le choix « vapeur-chaleur » qui a été fait il y a deux siècles allait fermer toutes les ouvertures qu’offrait l’usage durable des énergies renouvelables. Aujourd’hui c’est le choix des écrans et la décérébration à grande échelle.

Concluons avec Dmitry Orlov : «  En dernière analyse, peut-être que nous, et toute la vie sur Terre, aurions été davantage en sécurité si les êtres humains n’avaient pas évolué vers le langage. L’usage de la connaissance qu’offre le langage, poussé à son extrême, nous permet seulement de parvenir à un plus haut niveau général de stupidité suicidaire (…) Avec la diffusion de l’écriture, la charge de la mémoire a été allégée. La facilité avec laquelle l’information peut être récupérée par les moteurs de recherche a réduit la quantité de renseignements que les gens retiennent. Commencez à marcher avec une béquille, et vous développerez une claudication. Un second effet délétère de l’alphabétisation est qu’elle cause une profusion débridée d’informations sans entraîner un accroissement de la connaissance. La plupart des individus ne possèdent plus de connaissance réelle, mais véhiculent simplement de l’information. La conséquence paradoxale de ce trop-plein est que tout le monde se voit contraint de patauger dans la confusion, en devenant de plus en plus impotent. Il y a un danger que la culture numérique s’achève avec des groupes humains agrippant désespérément leur portable en panne, ne sachant plus où ils sont, qui sont les autres, ni même où déjeuner. »

Voiture autonome et démesure technologique

Du point de vue des écologistes, l‘innovation technologique nous amène à une impasse. Même le journal LE MONDE doute maintenant : La voiture autonome de la folie à l’âge de la raison (10 avril 2021). Extraits : « En 2015, on rêvait que des « robots-taxis » remplaceraient bientôt les chauffeurs d’Uber. Ou que la voiture des particuliers deviendrait autonome. En 2015, Elon Musk, estimait que cette perspective « est un problème réglé, nous savons exactement quoi faire et y arriverons dans quelques années ». En 2016 l’institut McKinsey disait que 15 % des véhicules vendus en 2030 seront « totalement autonomes ». En décembre 2020, McKinsey écrit que les voitures autonomes de niveau 5  «  ne seront disponibles ni techniquement ni commercialement dans l’avenir prévisible ». Faire rouler une voiture sans chauffeur se révèle plus difficile que lancer une fusée… »

commentaires sur le monde.fr

Credo Quia Absurdum : Une telle débauche d’intelligence humaine et de moyens financiers pour un gadget inutile qui renforcera encore la fragilité de nos sociétés, où tout s’arrête à la moindre coupure de courant ou cyberattaque. Lamentable et obscène quand on pense à l’utilisation qui pourrait être faite de ces ressources.

Laurent : L’autonomie de la voiture, cela risque de coûter tellement cher que les personnes qui pourront se payer pourront aussi bien se payer une voiture normale et le chauffeur qui va avec.

Tarnais : Et l’environnement dans tout ça ? La voiture autonome généralisée dans le monde nécessiterait la fabrication de centaines de millions de capteurs et calculateurs supplémentaires, impliquant minerais, usines, déchets, etc. Elle augmenterait la consommation d’énergie, aussi bien au stade de la fabrication qu’à celui de l’exploitation.
Elle générerait partout des transmissions par ondes qui ne seraient sans doute pas sans effet sur la biodiversité. Elle accélérerait l’obsolescence des véhicules. Enfin, et c’est peut-être le pire, elle signerait quasiment l’arrêt de mort des transports ferroviaires, puisque ceux-ci perdraient leur atout essentiel par rapport à la voiture, celui de pouvoir se déplacer tout en faisant autre chose. Pour les industriels et les financiers qui se moquent complètement de l’environnement, la voiture autonome n’est qu’un relais de croissance.

Hugues : Une vraie flotte de véhicules autonomes permettraient de régler le problème des « derniers kilomètres » des transports en commun. Le TGV va beaucoup plus vite qu’une voiture et coûte moins cher (quand on compte bien tout), en revanche, il faut allez de chez soi à la gare.

Zahnstocher @Hugues : e que vous conseillez s’appelle un taxi. Ça fait moins rêver, mais ça consomme moins de ressources naturelles qui s’épuisent et utilise ce que nous avons en trop grand nombre : des humains.

Trismus : « Une alternative est le convoi de camions autonomes mené par un chef de file avec chauffeur ». Çà existe déjà et ça roule sur des roues et des rails en acier. Çà s’appelle un train !

Michel SOURROUILLE : Du point de vue des écologistes, la voiture autonome et les robots-taxis sont un des signes que notre démesure technologique arrive enfin au bout de ses fantasmes. On a voulu nous faire croire qu’après avoir artificialisé complètement la nature, les humains n’attendaient qu’une chose, remplacer les humains par des machines. Cela n’a été rendu possible que par l’abondance énergétique (charbon, pétrole, gaz…) qui nous a donné profusion d’esclaves mécaniques, à commencer par le lave-linge. Avec la descente énergétique inéluctable qui s’annonce puisque nous allons connaître une descente énergétique par disparition des ressources fossiles, une énergie non renouvelable dont nous extrayons les derniers lambeaux du ventre de notre Terre-mère. Sans compter que la lutte contre le réchauffement climatique implique qu’il faudrait laisser beaucoup de ces donc du diable sous terre afin de ne pas accentuer les émissions de gaz à effet de serre. Trop de monde croit encore au « progrès technique » !

Ulugh Beg :Soyons fou, faisons de l’anticipation : – les super-constellations de satellites type Starlink ne seront pas rentables, la voiture autonome pour tous et partout ne sera jamais une réalité, la filière hydrogène sera durablement limitée à des marchés de niche (flottes, camions, trains..), un humain ne mettra pas le pied sur Mars avant 3160, – il y aura des black-outs en Europe dès la 2e moitié de la décennie, l’Europe sera loin de l’objectif 2050 pour ses émissions de GES.

Commentaire de biosphere : Le véhicule autonome est une « opportunité » pour des mobilités « plus propres et plus solidaires », croit fermement le gouvernement. Dans un rapport, le think tank La Fabrique écologique arrive à la conclusion contraire : les « discours prometteurs » cachent « des conséquences écologiques potentiellement catastrophiques ». L’étude relève ainsi un « contraste important » entre le « fantasme » d’un véhicule au service de la mobilité durable et la perspective probable d’« une entreprise énergivore, polluante, consommatrice de ressources et d’espaces, coûteuse et risquée pour les libertés publiques ».  La voiture autonome sert d’alibi pour renforcer la présence de la voiture tout court . Du point de vue des écologistes, nous pensons que faute de carburants fossiles on va vers un dévoiturage inéluctable, que la voiture individuelle soit thermique, électrique, autonome ou à vapeur.

Covid, sauvons d’abord femmes et enfants !

Tri médical, un bon ou un mauvais choix ? Le 28 octobre 2020, Emmanuel Macron annonçait aux Français le deuxième confinement :  L’objectif, c’est de protéger nos soignants. Si nous ne donnons pas aujourd’hui un coup de frein brutal aux contaminations, les médecins devront choisir, ici entre un patient atteint du Covid et une personne victime d’un accident de la route, là entre deux malades du Covid. » Depuis la boussole ne varie pas. « Nous ne laisserons pas saturer les hôpitaux. Nous ne laisserons pas les médecins en situation de devoir trier les malades, c’est impossible », a affirmé le 30 mars 2021 le ministre de la santé, Olivier Véran. « Il y a une ligne rouge absolue, c’est le tri des patients », a tenté de convaincre Bruno Le Maire. Mais le ministre de l’économie ajoute que le gouvernement devait aussi éviter des actions aux « conséquences sociales, économiques, humaines, morales qui soient trop lourdes ». En clair, le degré d’acceptabilité du confinement dans l’opinion compte autant que la possibilité d’un triage des malades.

Les soignants concernés par les réanimations en chaîne estiment que c’est au gouvernement de prendre ses responsabilités : « Il y a un an, Emmanuel Macron disait : « Nous sommes en guerre. » Chacun sait qu’il n’y a pas de guerre propre et que les dégâts collatéraux de cette crise dépassent la dimension sanitaire, puisque son impact est aussi économique, sociétal, psychologique et philosophique. Ce n’est pas tant la stratégie de réponse sanitaire qui est en cause. Ce qui est en cause, c’est l’absence de transparence sur ses conséquences. Le gouvernement a choisi une stratégie et il doit en assumer les arbitrages devant la société tout entière. En la matière, il se doit de prendre la responsabilité des conséquences de sa stratégie. » En fait l’exercice de la médecine se fait en conformité avec les moyens dont dispose le médecin, et cela est très différent d’un endroit à un autre. De plus le comportement des malades est aussi un fait incontournable. Combien d’hospitalisations abusives en réanimation ? Dans certains hôpitaux, au moins 25 % ? Mais certaines personnes que nous saluons pour leur courage et leur exemplarité ont pratiqué un auto-tri en refusant la réanimation. Il n’existe aucune convention internationale qui fixe le contenu de la déontologie médicale. Celle-ci est réglementée au niveau national par les règlements des associations des professionnels de santé, qui assurent également les sanctions disciplinaires au sein de la profession. L’Association médicale mondiale (AMM) a cependant adopté en novembre 1983 un Code international d’éthique médicale dont voici ce qui a trait à la protection des blessés et malades (Article 12) :

3) Seules des raisons d’urgence médicale autoriseront une priorité dans l’ordre des soins.

4) Les femmes seront traitées avec tous les égards particuliers dus à leur sexe.

Lorsque le Titanic a heurté un iceberg le 15 avril 1912, le capitaine a ordonné aux hommes de laisser les femmes et les enfants embarquer en premier à bord des canots de sauvetage. Il a également donné comme consigne de tirer sur tout homme qui désobéirait à cet ordre. Par conséquent, 70% des femmes et des enfants présents à bord du paquebot ont pu être sauvés, contre seulement 20% des hommes. Le Titanic a plutôt été l’exception à la règle, des chercheurs ont analysé une base de données contenant des informations sur les 18 plus grands naufrages survenus entre 1852 et 2011. Ils en ont conclu que les enfants affichent le taux de survie le plus faible, alors que ce sont les membres de l’équipage et les capitaines qui présentent le taux de survie le plus élevé. C’est la règle du «chacun pour soi» qui l’emporte quand la situation devient dramatique.

Pour en savoir plus sur le point de vue des écologistes :

10 décembre 2020, Priorisation, tri médical, des gros mots ?

Extraits : L’obligation de sélection est un mot-clé pour comprendre les sociétés complexes. Tout le monde ne peut pas gagner à l’Eurovision, tout le monde ne peut pas entrer librement à l’École Normale Supérieure, tout le monde ne peut pas diriger une multinationale, tout le monde ne peut pas devenir milliardaire. Mais « sélection » est un gros mot, utilisé ad nauseam par le système concurrentiel qui est le nôtre. Nous préférons l’idée écologique de « sens des limites », et de cela tout le monde devrait en être conscient. Nous devrions mettre en place collectivement une sobriété partagée et ce dans tous les domaines, y compris pour notre dernière heure…

CLIMAT, la solution passe (pas) par Bill Gates

Biosphere : Bill, tu n’es vraiment pas réaliste, la généralisation du niveau de vie américains nous mène à la catastrophe climatique et à l’effondrement de la civilisation thermo-industrielle.

Bill Gates : Je reste optimiste. Plus on s’éloigne de l’équateur, plus ce sera possible de s’adapter au réchauffement climatique. Mais je suis bien d’accord sur un point, si on ne fait rien, on aura cinq fois plus de morts par an que la pandémie actuelle à ses pires moments.

Biosphere : Bill Gates, écoute-moi, toi un nucléocrate, n’oublie pas les déchets nucléaires, l’insécurité des centrales, l’impasse de la 4e génération…

Bill Gates : Les nouveaux réacteurs nucléaires sur lesquels nous travaillons, avec un refroidissement par le sodium, seront beaucoup moins chers et plus résistants. Dans cinq ans, on devait même avoir un réacteur pilote en Chine, mais cet accord a été annulé. L’espoir fait vivre, je vis d’espoir..

Biosphere : Tu radotes, dormez tranquilles la technologie qui n’existe pas encore va nous sauver. Je crois vraiment que tu es instrumentalisée par les milieux d’affaire, trop content avec toi de rassurer les populations à bon compte. D’ailleurs tu ne parles jamais de sobriété. Tu n’as pas encore compris qu’il nous faut changer radicalement nos modes de vie et de consommation, surtout dans les pays développés.

Bill Gates : Bien sûr, les émissions par habitant sont très élevées aux États-Unis, mais le niveau de vie des Américains n’est pas négociable. Rien ni personne ne m’empêchera de rouler dans ma Porsche électrique. En fait les problèmes viennent des pays à revenus intermédiaires. En Chine ou en Inde, les gens ont aussi le droit d’avoir l’électricité la nuit, le chauffage ou la climatisation, tout ce que nous considérons comme des acquis. Il faut donc se mettre d’accord sur le fait que le monde aura besoin de plus d’acier, de ciment ou d’énergie.

Biosphere : Tu finances des technologies de rupture, mais elles ne seront pas prêtes avant longtemps, si elles le sont un jour ! Face à l’urgence climatique, ne faut-il pas plutôt investir dans celles qui existent déjà ?

Bill Gates : Je suis un visionnaire, il faut travailler sur les sujets de plus long terme, comme l’acier, le ciment ou l’aviation.

Biosphere : Ah ! Tu prends encore l’avion, ce « plus lourd que l’air » qui carbure aux fossiles ?

Bill Gates : On pourra un jour utiliser des avions électriques pour des courtes distances. Pour mon propre avion, j’utilise un kérosène entièrement végétal, c’est un green premium * très cher. Les pays riches ont la responsabilité d’utiliser leur puissance d’innovation pour inventer des solutions. Si on arrive à baisser drastiquement le prix des green premium, idéalement de 95 %, même les habitants de l’Inde pourront construire autrement, cultiver autrement, voyager autrement.

Biosphere : Je parie que tu vas me dire que la taxe carbone n’est pas une bonne solution.

Bill Gates : Une taxe carbone généralisée à tous les produits serait la solution la plus simple, mais ce n’est pas faisable politiquement. J’ai personnellement une empreinte carbone scandaleusement élevée, mais j’ai les moyens de financer des mécanismes de compensation de mes dépenses. Ah, si tout le monde pouvait faire comme moi !

Biosphere : Tu es un gros mangeur de burgers, je suis sûr que tu as aussi prévu de les manger sans viande.

Bill Gates : La viande cultivée permet d’avoir un produit similaire du point de vue de la qualité, avec un prix plus faible. C’est une amélioration du point de vue environnemental et du point de vue du bien-être animal. Je t’invite à essayer.

Biosphere : Merci bien, je préfère la polyculture liée à l’élevage. Quant aux technologies bas carbone, on se passe des énergies fossiles mais on dépend des métaux rares. Cette fois tu ne pourras pas me dire le contraire.

Bill Gates : Les terres rares ne sont pas si rares que ça. Avec l’innovation, on pourra en utiliser moins, trouver d’autres approches. Aujourd’hui, on en exploite ailleurs qu’en Chine, on le fait de manière responsable. Je ne pense pas que la disponibilité de ces matériaux soit un facteur limitant.

Biosphere :Tu reste donc un incorrigible technophile, bercé par ton passé Microsoft, incapable de voir les réalités biophysiques, pic pétrolier, pic des métaux, pic de tout.

Bill Gates : Peut-être, mais je suis aussi un humaniste. Avec ma fondation, on rêvait de réduire de moitié la mortalité des enfants : objectif atteint. Pour le défi climatique, je concède que ma pensée relève de l’acte de foi.

Biosphere : Tout est dit, tu verses dans la croyance. Alors je te raconte cette parabole, l’histoire d’une petite fille qui fait un dessin. La maîtresse lui demande ce qu’elle est en train de tracer. La petite fille lui répond qu’elle est en train de dessiner Dieu. La maîtresse lui fait remarquer que l’on ne sait pas à quoi ressemble Dieu. Elle lui répond alors que tout le monde le saura quand le dessin sera terminé.

* green premium, surcoût lié à l’usage d’une technologie propre par rapport à son équivalent fossile

Voiture autonome, autonomie de la technique

Le véhicule autonome est une « opportunité » pour des mobilités « plus propres et plus solidaires », croit fermement le gouvernement. Dans un rapport, le think tank La Fabrique écologique arrive à la conclusion contraire : les « discours prometteurs » cachent « des conséquences écologiques potentiellement catastrophiques ». L’étude relève ainsi un « contraste important » entre le « fantasme » d’un véhicule au service de la mobilité durable et la perspective probable d’« une entreprise énergivore, polluante, consommatrice de ressources et d’espaces, coûteuse et risquée pour les libertés publiques ».  La voiture autonome sert d’alibi pour renforcer la présence de la voiture tout court . Du point de vue des écologistes, nous pensons que faute de carburants fossiles on va vers un dévoiturage inéluctable, que la voiture individuelle soit thermique, électrique, autonome ou à vapeur. En attendant, technophiles et techno-sceptiques s’écharpent sur le monde.fr :

César Bistruk : Les media redécouvrent le Paradoxe de Jevons*, théorisé en 1865. Mêmes causes (innovation et technologies plus efficaces), mêmes effets (augmentation de la consommation d’énergie). Il faudrait pour y échapper restreindre volontairement l’usage de ce nouveau type de mobilité. Je doute que cela soit faisable, politiquement. Mais sait-on jamais ?

GERONIMO : Quel obscurantisme moyenâgeux à tous les étages ! Ça devient grave. On résume : 1/ Le véhicule autonome sera un espace de vie où l’on peut à la fois travailler avec des amis ou se reposer. Quel scandale en effet. 2/ Pourrait inciter les ménages à s’installer plus loin de leur lieu de travail. Quelle horreur de ne pas vouloir s’entasser dans des tours en banlieue. 3/ Inciter à laisser rouler leur véhicule à vide pour éviter de payer une place de stationnement. Mais quel cerveau TORDU a imaginé un truc pareil ? Bref, article délirant. Et si vous essayez les chars à bœufs histoire de vivre avec votre temps ?

Martin-s : Nous sommes très proches du pic pétrolier (2030), donc le temps de voir arriver ces bestioles autonomes le problème ne se posera même plus (car la disponibilité énergétique va rapidement décroître. Chers amis, merci de prendre une heure pour regarder la vidéo de Jancovici « Pourquoi certains commentateurs ne comprennent-ils rien aux questions d’énergie ? ». C’est important que vous le fassiez, merci !

Domnick : La voiture a détruit les emplois et la vie locale ; elle a reconfiguré l’espace urbain au profit des centres commerciaux sans âme, rendant tous les abords de villes identiques. Les villes moyennes sont mortes, ou abandonnées à une population déshéritée et traficottante. Elle a rendu possible d’habiter très loin de son lieu de travail : de nombreux jeunes couples s’installent à la campagne, faisant de nécessité vertu : ils n’ont de toute façon pas les moyens d’habiter plus près. Alors ils invoquent « le bon air pur », et passent leur WE a sillonner les routes du Lot, du Tarn, de l’Aveyron etc (dont ils ne regardent plus les paysages) pour conduire leurs enfants à leurs diverses activités, parfois une par soir : on a fait des enfants des consommateurs parfois contraints, d’activités pseudo-culturelles (judo, danse, piano, foot….), alors qu’une ou deux d’entre elles suffiraient amplement. La voiture a offert bien des avantages, mais nous en avons usé immodérément.

Reggio : Voiture autonome, un exemple quasi-parfait de la fuite en avant dans la technologie…Maintenir à tout prix un hyper-consumérisme de masse désastreux en donnant l’illusion que tout va continuer, en bien mieux évidemment…

alainb : L’amélioration des conditions de vie a toujours résulté de la découverte de nouvelles sources d’énergie. Il en faut toujours plus pour réduire les inégalités, premier combat de la période que nous vivons. Vers 2050 ont pourrait commencer à bénéficier de la fusion nucléaire, énergie propre, quasi illimitée en plus de toutes les autres solutions technologiques… ça pourrait marcher surtout si on apprend à gérer la crise démographique principale source de rejet de CO2…

Dtc : Rien de nouveau. Avec une population allant croissant, il est évident que la baisse des émissions passe par une baisse de la natalité, le développement des logements collectif voir des dortoirs (encore plus économes) la suppression de toute possession privé et l’utilisation exclusive de biens communs et partagés (transports, logements, équipements, vaisselles, vêtements, …), la fin de l’avion et du tourisme, la fin des loisirs et du travail émettant des GES… Il est aussi évident que ça ne va pas faire rêver grand monde. Donc on continuera à réchauffer et la raréfaction des ressources alimentaires permettra in fine de réduire la population dans des conditions dramatiques. Reste à savoir quel sera le moindre mal. En attendant, on continue de rêver avec 3 éoliennes, 2 panneaux solaires et une isolation du bâtiment comme si cela allait résoudre le problème. Questions : les écolos au pouvoir seraient-ils prêt à interdire l’avion et la voiture individuelle en France ?

Michel SOURROUILLE : A quel moment une technique devient-elle contre-productive se demandait Ivan Illich. Philippe Bihouix, dans son livre « l’âge des low tech » constatait qu’un million de véhicules autonomes exigeraient autant d’échanges de données que trois milliards de personnes connectées sur leurs tablette. Impossible techniquement à mettre en œuvre ! ll nous faut arriver à définir collectivement quelles sont les limites de l’innovation technique, il nous faut rechercher une norme du suffisant. Le problème du monde super-branché qui nous est imposé, c’est que le mythe du progrès technique infini s’est implanté (par la publicité et le lobbying) dans le crâne de beaucoup de nos contemporains et les commentateurs sur lemonde.fr ne font pas exception : « Il n’y a pas de limites, et vive la voiture autonome, peu importe toute analyse contraire. » Que l’étude soit commanditée par la SNCF ne devrait pas être une fausse justification pour ne pas aborder l’essentiel, la question de notre démesure !

Electron : Si l’on comprend entre les lignes du rapport, une bonne partie des craintes concerne l’effet rebond, c’est à dire une augmentation de la circulation qui contrebalancerait les gains liés à l’efficacité et à l’électrification du système. Solution: une taxe carbone efficace.

* Paradoxe de Jevons : Stanley Jevons a analysé la dépendance de l’économie britannique à l’égard d’un charbon bon marché, mais épuisable dans The Coal Question (1865). Il trouve ailleurs que dans la  terre un facteur limitatif de la production. Le charbon n’est pas un fonds renouvelable, mais un stock (les ressources minières) dont la perspective de l’épuisement annonce un avenir autrement plus sombre que l’état stationnaire : le déclin ! Jevons formule alors le paradoxe qui a gardé son nom : l’accroissement de l’efficacité technologique dans l’utilisation d’une ressource naturelle comme le charbon ne réduit pas la demande pour cette ressource, mais l’accroît au contraire. La consommation est déchaînée par l’accélération technologique du fait de la baisse des coûts que celle-ci entraîne : « Le système économique accroît indéfiniment notre richesse et nos moyens de subsistance, et conduit à une extension de notre population, de nos productions, de nos échanges, qui est appréciable dans le présent, mais nous mène nécessairement vers une fin prématurée ».

Détechniciser le surdéveloppement technique

Il nous faut construire, du latin dis-, indiquant la séparation ou même la négation. Il nous faut tous devenir adepte de la Déconstruction du système thermo-industriel , il nous faut pratiquer toute la palette des «  », consommation, mobilité, mondialisation, nucléariser, surbaniser, voiturer… pour lutter contre le règne des SUR (surabondance, surcommunication, surconsommation, surdéveloppement, suremballage, surendettement, suréquipement, surmédicalisation, surpâturage, surpêche, surproduction…). En d’autres termes, il nous faut réduire nos besoins et reconsidérer nos pratiques. Rajoutons aujourd’hui à notre liste le terme techniciser. faire perdre son caractère sur-technique à notre environnement matériel.

Le terme « Détechnicisation » n’est pas encore connu du journal LE MONDE. Cette expression a été proposé par D. Wolton : «  détechnicisation de la communication au profit de la relation », c’est-à-dire moins d’outils et plus de temps consacré au face à face. L’information est du domaine de la transmission des données, du sens unique A vers B ou B vers A. La communication doit donner confiance, transmettre un message construit, pensé, pesé ; on se situe dans l’ouverture à l’autre, la possibilité du dialogue et de l’explicitation. L’information est caractérisée par l’instantanéité, la communication par la longue durée. Les mails ne peuvent plus arriver à gérer des situations complexes. D’autant moins que l’avalanche des mails nous oblige à instaurer des filtres qui trop souvent reposent sur notre propre système de valeurs, sur notre propre vision du réel. Faire cohabiter l’ensemble de nos perceptions est devenu impossible avec l’usage des techniques numériques. La moindre pensée écologiste déposée sur la toile se retrouve dans un fouillis innommable de remises en cause diverses depuis les climato-sceptiques jusqu’aux ayatollahs du progrès technique adeptes du croissancisme. Détechnicisons nos pensées et nos actions.

Le terme détechniciser n’était pas employé au début des années 1970, on parlait plutôt de techniques douces contre les techniques dures. Dans une société vernaculaire, la technique est « enchâssée » dans les relations sociales, elle est socialement contrôlée et écologiquement appropriée. Quand les Portugais ont introduit le mousquet dans le Japon du XVIe siècle, son emploi fut désavoué et il fallut attendre longtemps avant qu’il soit autorisé à remplacer les armes traditionnelles. Son efficacité en tant qu’instrument de guerre n’était pas mise en doute. Mais il ne  correspondait pas à la tradition culturelle japonaise, pour laquelle l’utilisation d’un engin permettant à un gamin de tuer un samouraï chevronné était tout à fait inadmissible. Le mixer électrique extrait les jus de fruits en moins de temps qu’il ne faut pour le dire. Quelle merveille ! Mais il suffit de jeter un coup d’œil sur le fil électrique pour s’apercevoir qu’on est en face du terminal domestique d’un système mondialisé. L’électricité arrive par un réseau de lignes alimenté par des centrales nucléaires dont l’approvisionnement en uranium dépend principalement du Niger. L’ensemble de la chaîne ne garantit un approvisionnement adéquat et rapide que si chacun des maillons de cette chaîne de production est encadré par des bataillons d’ingénieurs reliés aux administrations quand ce n’est pas à l’armée. En mettant le mixer en marche, on n’utilise pas simplement un outil, on se branche sur tout un réseau de systèmes interdépendants. Le passage de techniques simples à l’équipement moderne avait impliqué la déstructuration des sociétés traditionnelles, la technicisation impliquera une construction des infrastructures actuelles et une Relocalisation des activités humaines. Le mieux que nos techniciens puissent faire aujourd’hui, c’est mettre au point des techniques moins destructrices, dont l’impact sur l’environnement soit minimes et le recours aux énergies fossiles marginal.

A ceux qui pourraient craindre que technicisation compromette notre capacité de résoudre les problèmes socio-économiques, rappelons que la technologie, malgré la multitude de ses usages, est incapable de résoudre les problèmes sociaux et écologiques auxquels nous sommes aujourd’hui confrontés. Aucune technologie ne peut recréer une forêt tropicale, aucun artifice ne peut reconstituer une communauté disloquée. A chacun de nos lecteurs de pratiquer les à son rythme… mieux vaut se préparer à l’effondrement civilisationnel en prenant de l’avance.

Les mirages de l’innovation technologique

Croire dégoûte. La croyance religieuse, c’est l’opium du peuple comme l’écrivait Karl Marx. La foi au communisme institué, c’est l’espoir que tout dément mais que rien ne peut détruire sauf à admettre qu’une vie entière de militant n’était que leurre. Autre temps, autre croyance, ne faisons plus confiance aveugle aux mirages de l’innovation technologique.

Ruptures partout – médicales, musicales, gastronomiques… une fièvre d’innovation transforme nos existences, nos écrans, nos conceptions, triomphent dans les entreprises, bouleversent les organisations, les institutions et nos pratiques sociales. Mais pour quel bien ? Avec quelle démesure ? Le philosophe Thierry Ménissier dans son livre* démêle l’amalgame abusif existant dans nos représentations communes entre « innovations » et « progrès ».

Le progrès technique n’est qu’une économie de la promesse. Dans un numéro de la revue « Socio », intitulé « La technique y pourvoira ! »**, historiens, sociologues et politistes analysent les travers des progrès technologique sensés apporter des solutions à tous nos problèmes, sans que ni le pouvoir politique, ni la société ne puissent en questionner le rôle et le contrôle. L‘« économie de la promesse » n’est que l’avatar contemporain des paradis religieux et des utopies sociales des siècles antérieurs. Cette promesse doit contenir un tiers de prouesse scientifique, un tiers de rêve de progrès humain for good (pour le bien), et un grand tiers de profitabilité exponentielle. Et tout problème posé par la technique est réglé par la promesse… d’une nouvelle technique. Les auteurs soulignent aussi les caractéristiques réelles des technologies innovantes : leur extrême vulnérabilité face aux catastrophes naturelles et aux malveillances humaines ; leur ambivalence fondamentale dans la production simultanée d’effets positifs ou néfastes.

Le progrès technique est présenté comme un dogme indiscutable par l’ensemble des dirigeants et des médias. Il a infusé dans l’état d’esprit de la population, « on trouvera bien quelque innovation pour s’en sortir ». Quand on l’élève au rang d’un culte, toute remise en cause, tout débat rationnel deviennent impossibles et ceux qui osent élever la voix sont aussitôt considérés comme des apostats. Nous sommes dans la configuration que décrivait Jacques Ellul, dès 1960, dans La technique ou l’enjeu du siècle, où la démocratie n’a plus sa place puisqu’il faut croire sans poser de questions. Dans un monde où le discours enchanté de la technique s’écarte de plus en plus d’une réalité faite de limites, d’effets indésirables, de pannes et d’accidents,  la question de la délibération politique autour des choix techniques ne peut plus être éludée. Vive les techniques douces contre les techniques inappropriées.

Pour en savoir plus, cette synthèse :

en finir avec le progrès technique

https://biosphere.ouvaton.org/blog/en-finir-avec-le-progres-technique/

* « Innovations. Une enquête philosophique », de Thierry Ménissier, 276 p., 19 €.

** « Socio », « La technique y pourvoira ! », numéro 12, 2019, 240 pages, 20 euros.

La sobriété en médecine au temps du Covid

Il faut faire décroître le système de santé. C’est ce qu’on envisage dans le mensuel « La décroissance » de février 2021. Voici quelques extraits.

Sylvie Cognard : Quand je démontre que la plupart des maladies sont dues aux inégalités sociales, aux conditions de travail, aux problèmes environnementaux et à l’utilisation de certains traitements (Médiator, Dépakine, Distilbène), on me demande de me taire. Il est plus facile de « tout faire » pour tenter de guérir dans une débauche de moyens. Les autres combats sont bien trop vastes et dus à mener…il faudrait changer de système, alors il est préférable d’entretenir les causes. Quant à la mort, il n’est plus question de mourir de « mort naturelle ». Les vieux Inuits qui choisissent de s’éloigner de leur groupe pour aller finir leur vie sur la banquise, impensable de nos jours ! La Némésis médicale d’Ivan Illich est magnifiquement illustre par la pandémie actuelles ; bien que la mort due à la famine dans le monde soit infiniment plus tueuse, il faut combattre le virus comme si l’on été en guerre ! Le mythe de l’immortalité entretenu par la médecine occidentale fait tourner à plein la roue du hamster. La sobriété n’aurait-elle pas consisté à laisser ce virus circuler, accompagner dignement et avec empathie les malades, renforcer les capacités immunitaires des individus ? L’effondrement de la société thermo-industrielle qui s’annonce va forcer la monde à la sobriété de façon brutale, dans le domaine des soins comme dans les autres.

Alain Masquelet : Il est vain et illusoire de réclamer des moyens supplémentaires qui ne peuvent être sérieusement envisagés sans une croissance continue. Ce qui n’est pas souhaitable car la croissance ne peut être poursuivie indéfiniment. Il semble donc que nous ayons atteint un pic, du moins dans les pays occidentaux, en matière d’équipements médicaux et d’exercice médical. Par ailleurs il a été beaucoup question dans le discours politique se rapportant à la pandémie de sauver des vies. Or la vie est une notion abscons à laquelle il faudrait substituer l’idée de préserver le vivant. Des moyens pour parvenir à une médecine sobre peuvent être identifiés. Désescalade technologique, contre la robotisation des actes chirurgicaux et les bio-prothèses complexes, entretenant le mythe du dépassement des limites. Recentrage de l’activité clinique sur la parole du patient, expert de sa maladie qui permet de contextualiser le trouble. Réforme du système sanitaire, à décliner en unités géographiques fonctionnant sur une demande locale et non plus sur une offre centralisée.

Alexandra Laignel-Lavastine : Ériger la vie en souverain bien n’est pas anodin. La vie est certes un bien précieux, mais si elle était le premier d’entre eux, nous n’aurions eu ni l’appel du 18 juin, ni résistants à prendre les armes, ni dissidents sous le communisme, ni Dr Li à Wuahan pour nous alerter sur la gravité de la pandémie. La vie est l’alpha, pas l’oméga. Il existe des principes supérieurs au principe de survie, comme la liberté, le courage et l’honneur. Une vie qui n’est pas disposée à se sacrifier pour donner du sens à sa vie ne mérite pas d’être vécue.

Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphere :

18 avril 2020, Covid, regardons sans ciller la mort en face

dévoiturage, dépublicité, détwitter

Le changement est en cours, en arrière toute, précipice en vue… Nous allons vers la fin de la voiture individuelle, vers un monde sans publicité, vers l’abandon des réseaux sociaux. Cela ne va pas assez vite à notre goût, mais les prémices sont là.

1) Dans l’industrie automobile, la longue marche vers la fin du moteur à combustion a commencé

La firme General Motors ; celle qui fabrique les énormes pick-up ou encore les « muscle cars », GM donc, cinquième constructeur mondial, a annoncé fin janvier 2021 son intention de ne plus fabriquer de voitures essence et diesel à partir de 2035… Paris a ordonné une interdiction des véhicules thermiques en 2030, Bruxelles en 2035. Des villes comme Madrid, Rome, Athènes ont décrété la fin du diesel dans leurs rues de façon imminente… Mais le directeur R&D de la filière automobile française rêve encore : « Après 2035, on considère qu’en Europe on n’utilisera plus de carburants issus d’énergies fossiles. Toute l’énergie qu’on mettra dans un objet de mobilité sera décarbonée de façon nette. Cela signifie que les véhicules qui auront encore un moteur thermique rouleront avec du biogaz, des biocarburants ou de l’essence synthétique. »

Pour en savoir plus, Nous n’en poumons plus, vite le dévoiturage !

2) La publicité se vend en acteur crédible de la transition écologique

La convention citoyenne pour le climat voulait interdire la réclame pour les produits les plus émetteurs de gaz à effets de serre et obliger à la publication d’incitations à moins consommer. Le Conseil économique, social et environnemental recommande de « réexaminer la question de la publicité sur les véhicules les plus polluants », osant le parallèle avec la pub pour le tabac et l’alcool, qui a pu être interdite « malgré l’importance des recettes qu’elle générait ». Mais la proposition de loi « Cimat et résilience » se contente de mesurettes, par exemple un « code de bonne conduite » pour les publicitaires. Qui peut croire encore que les agences de publicité joueront un rôle positif dans la transition écologique alors que le cœur de leur métier est de travestir la réalité pour vendre toujours plus ?

Pour en savoir plus, Tout savoir sur la publicité qui nous dévore

3) « J’ai vu naître le monstre » ou la chronique d’une addiction à Twitter

Samuel Laurent raconte sa décennie d’immersion au sein du réseau social : « Twitter me permet d’exister, de compter professionnellement. Je tweete, donc je suis, donc j’existe, donc je pèse. Il me pousse à continuer, à tweeter et à retweeter sans trêve, sur tout et n’importe quoi… Sans m’en rendre compte, j’ai basculé dans des joutes rhétoriques où l’idée n’est plus tant de convaincre l’autre que de lui montrer qu’il a tort. Tout y passe : caricaturer son argumentation, user de cynisme, d’exagération, souligner les faiblesses de son raisonnement… Sur un réseau social, la meute n’a jamais conscience qu’elle en est une. Chacun pratique sa propre indignation individuelle, sans prendre en compte le caractère collectif qu’elle finit par revêtir… Le 6 juillet, j’annonce ma décision : je quitte Les Décodeurs, le fact-checking, ma chronique sur France 5 et Twitter. Je sais que j’y jouais ma santé physique et mentale. » Ah, si tout les accros aux réseaux sociaux pouvaient faire de même !

Pour en savoir plus, Twitter encore et toujours, il n’en restera rien !

Tout savoir sur la conquête spatiale

« Coloniser Mars ? Le fantasme d’un exode vers d’autres mondes nourrit nos imaginaires », dixit Stéphane Foucart. Des informations décontextualisées laissent croire qu’il y aurait dans le cosmos une multitude d’ailleurs vivables et accessibles…

1) Le mirage de la technologie qui va nous faire échapper d’une planète qu’on a rendu invivable, ça marche! L’idée que nous pourrions ruiner la Terre avant de partir tranquillement vers d’autres soleils séduit des esprits parmi les plus éclairés. Le sociologue médiatique Gérald Bronner : « En quittant la Terre, il deviendrait évident que nous sommes humains avant d’être terriens. C’est là un rappel essentiel car l’idéologie précautionniste, en nous proposant un rapport empreint de sentimentalité à la planète, nous contraint à penser que le problème fondamental est de ne surtout pas risquer de détruire l’espace qui nous permet de vivre ». Autres exemples chez les lecteurs du monde.fr :

JCM : Le rêve d’un ailleurs est vieux comme le monde, il faut être bien amer pour le croire toxique.

Rust Cohle : Oui, il existe des contraintes énormes et pour l’instant indépassables pour aller sur Mars. C’est d’ailleurs pour ça que les Sky Crane de Curiosity et Perseverance sont une impasse. Mais l’Humain a cette capacité de dépasser les limites techniques, même si ça prendra 10 ans, 30 ans ou 100 ans.

Obéron : Coloniser significativement d’autres planètes, à commencer par les plus proches, c’est affaire de siècles (au moins un ou deux). Les terraformer, sans doute affaire de millénaires. C’est enthousiasmant pour l’esprit, cela fait rêver.

Nawak : Qui peut savoir quelles technologies nous maîtriserons dans deux siècles ? Regardons deux siècles en arrière pour avoir une idée de notre ignorance…en 1821, celui qui disait que l’homme irait sur la Lune ou volerait d’un continent à un autre en quelques heures aurait été traité de la même manière que cet article parle de ceux qui pensent que l’homme peut coloniser Mars.

2) « Nous ne vivrons pas sur Mars, ni ailleurs ». Dans ce livre, Sylvia Ekström et Javier G. Nombela mettent les points sur les i. En conclusion, ils écrivent : « Là-bas au bord du champ, vous réaliserez que nous ne pouvons pas vivre sans la beauté multicolore de la nature terrestre. » Voici quelques commentaires perspicaces sur lemonde.fr :

AliceM : Merci Stéphane Foucart pour cet article. Les hommes sont bien fous de se penser indépendants de la Terre. Cela révèle une déconnexion pathologique d’avec leur essence même. Remarquez qu’aucune femme n’entretient ce complexe mégalomane et suicidaire.

Francis.C : Elon Musk, l’homme qui fait fortune en vendant quelques voitures électriques pour « sauver la planète », et qui veut utiliser cet argent pour du tourisme spatial, soit à peu près l’activité la plus polluante qu’on puisse imaginer. Difficile de le prendre au sérieux.

Man from Blacksea : Vivre sur une autre planète: le confinement éternel. Non merci.

Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphere :

29 août 2019, Notre frontière est terrestre, pas martienne

22 juillet 2019, Conquête spatiale, rêveries extraterrestres

9 février 2018, Branson ou Musk, l’idiotie de la conquête spatiale