sciences et techniques

Science et militantisme forment une fratrie

Laurent Schwartz, le premier médaille Fields français, disait :  » les mathématiques, ça sert à faire de la physique. La physique, ça sert à faire des frigidaires. Les frigidaires, ça sert à y mettre des langoustes, et les langoustes, ça sert aux mathématiciens, qui les mangent et sont alors dans de bonnes dispositions pour faire des mathématiques, qui servent à la physique, qui sert à faire des frigidaires, qui… ». C’est l’exemple type d’une préférence pour les frigidaires et les langoustes, c’est-à-dire pour les biens marchands et les espèces en voie de disparition. Le scientifique conscient et engagé nous invite directement à discuter des buts de la société. Dorénavant il nous faut mettre ensuite la science derrière l’engagement en faveur du bien commun. Le Comets, comité d’éthique du CNRS, affirme que face à la gravité de la menace environnementale, la recherche doit tenter d’évaluer ua préalable ses impacts et se demander si utiliser ou développer tel grand équipement ou travailler sur telle thématique est susceptible d’engendrer des impacts néfastes pour la biosphère.

Face à la crise écologique, des scientifiques sont tentés par la radicalité : « Sortez de vos labos, allez dans la rue »

Tribune d’un collectif international de chercheurs spécialistes des questions climatiques  : les climatologues sont aussi des citoyens et des êtres humains. En tant que citoyens, nous avons notre propre vision du monde et nous intervenons dans le débat public de la manière qui nous convient. En tant qu’humains, nous avons le droit inaliénable d’exprimer nos opinions de manière pacifique. Plus que jamais, nous savons que nous devons nous engager activement, en tant que citoyens et scientifiques, à œuvrer pour l’atténuation des émissions de gaz à effet de serre et la transition rapide vers un avenir à faible émission de carbone. Nous sommes donc consternés par les récentes représailles contre des collègues n’ayant fait qu’exercer leurs droits civils et humains. Avant une conférence plénière sur les arts, les sciences et le changement climatique lors de la conférence d’automne de l’Union américaine de géophysique (AGU), Rose Abramoff et son collègue Peter Kalmus ont déployé une banderole sur laquelle on pouvait lire « Out of the lab and into the streets » (« sortez de vos labos et allez dans les rues »). Leur action a duré moins de trente secondes. La réponse qui a suivi cette action non violente a été disproportionnée : l’AGU a immédiatement retiré leurs contributions scientifiques du programme de la conférence, effaçant ainsi leurs travaux de la communauté scientifique, puis a lancé une enquête interne. En conséquence, Rose Abramoff, une brillante scientifique en début de carrière, a été licenciée de son poste dans un grand institut gouvernemental. Les employeurs ne devraient pas punir les scientifiques pour leur participation à une action climatique non violente. Le monde universitaire et les sociétés savantes comme l’AGU doivent rester des espaces sûrs pour la liberté d’expression.

Audrey Garric : L’ancien climatologue en chef de la NASA, James Hansen, et la coprésidente du groupe 1 du GIEC, Valérie Masson-Delmotte, mettent en garde : ces « réponses brutales » ne menacent pas seulement les carrières des deux scientifiques, mais « elles découragent également les chercheurs (…) de s’exprimer sur le besoin urgent d’action climatique »…. La biogéochimiste américaine Rose Abramoff a mesuré « calmement », à Utqiagvik en Alaska, la quantité de gaz à effet de serre libérée par le dégel du pergélisol, ces terrains normalement gelés en permanence. Inlassablement, elle a fait tourner des modèles informatiques. « Pour parvenir à continuer mon travail, je devais dissocier les données scientifiques du futur terrifiant qu’elles représentaient. Je me sentais impuissante. Seuls mes pairs lisaient mes articles, qui ne semblaient pas avoir d’effets tangibles. » En avril 2022, elle décide donc de rejoindre Scientist Rebellion, un groupe de scientifiques engagés dans des actions de désobéissance civile, qui émane du mouvement Extinction Rebellion. Elle en mène plusieurs : s’accrocher au portail de la Maison Blanche, s’enchaîner dans un aéroport de jets privés. Scientifiques en rébellion a dû se structurer. Le collectif réfléchit à son positionnement, ses revendications et ses lignes rouges. « Si la violence aux personnes en est une pour tous les membres, le cas des dégradations matérielles n’a pas encore été discuté collectivement », i

Le point de vue des écologistes

Frog : Je comprends très bien la désobéissance civile : on voit bien depuis des années que le « passez par la voie légale », « utilisez le processus démocratique » est maintenant l’argument des grands groupes qui se savent protégées par des intérêts politiques et des flopées d’avocats et de communicants. La voir légale est à poursuivre, bien sûr. Mais comme le dit très bien un des intervenants, quand on voit que personne ne bouge, on croit que rien n’est grave. Or la planète est littéralement en train de s’éteindre, et l’être humain y passera le premier, dans des perspectives assez flippantes, d’une toute autre nature que les problèmes de retraite ou d’inflation.

Bernard l. : Les scientifiques ne sont pas seulement des scientifiques, ils sont aussi des citoyens. Et des citoyens particulièrement bien informés sur les sujets qu’ils étudient, au contraire de nombre de personnes « en vue » qui finalement n’y connaissent pas grand-chose et enchaînent les erreurs, voire lesmensonges. Et en tant que citoyen les scientifiques ont parfaitement le droit de s’exprimer, comme tout un chacun. La science n’est pas « La Grande Muette », fort heureusement.

Michel SOURROUILLE : On ne dit rien quand la science est appliqué à des innovations technologiques souvent nuisible à notre santé et à la société. Le chercheur cherche, l’ingénieur applique sans état d’âme. Mais on sanctionne quand la science dit qu’il faut agir contre l’usage de nos techniques qui détériorent le climat. C’est anormal. La phrase « science sans conscience n’est que ruine de l’âme »  garde toute sa valeur, intemporelle. Une autre tribune du MONDE montre que la recherche ne peut plus produire aujourd’hui de la connaissance à n’importe quel prix. On ne peut plus s’en prendre aux lanceurs d’alerte sans gravement détériorer les mécanismes de la démocratie fondée sur la libre expression des personnes qui agissent pour le bien commun. Science et militantisme forment une fratrie.

La génétique, terrain de jeu des racistes

Payton Gendron avait des lectures parfois puisées dans des revues scientifiques…à Buffalo dans un supermarché, il a abattu dix personnes afro-américaines à l’arme automatique. Tout, écrit-il dans son testament, est affaire de gènes : les humains à peau sombre n’auraient pas les bons. Et personne n’y peut rien ! C’est « la science » qui en atteste. Dans Nature Genetics  une analyse génomique publiée en 2018 estime que des traits aussi complexes que l’intelligence et la réussite scolaire sont inscrits pour une part substantielle dans nos gènes. Bien que publié dans une revue majeure, ces travaux n’ont aucune valeur scientifique et ne servent que de matériel de manipulation.

Stéphane Foucart : Mille fois réfuté, l’héréditarisme revient hanter les sciences de la vie. Une idée dont « il ressort invariablement que l’infériorité des groupes opprimés et désavantagés – races, classes ou sexes – est innée, et qu’ils méritent leur statut ». Certains traits tels que la stature et le groupe sanguin sont bien sûr héritables ; de même que certains facteurs génétiques sont indubitablement des causes de maladies « monogéniques ».

Les travaux cherchant des causes génétiques à des traits sociaux complexes comme la réussite scolaire, l’intelligence ou les préférences sexuelles reposent sur des principes tout autres. Il s’agit de rechercher au sein d’une population des différences statistiques sur l’ensemble du génome des individus, en tentant d’identifier les marqueurs plus probablement présents chez certaines personnes. On calcule alors un « score polygénique » pour chaque individu, par comparaison avec la population étudiée (par exemple ceux qui ont fait des études longues). Premier problème, les “scores polygéniques” ne donnent pas d’explication causale, ils n’en sont que des marqueurs. . La démarche peut relier des marqueurs génétiques à toutes sortes de choses, comme le type de café préférés et bien d’autres traits subjectifs et mal définis. Cette « naturalisation » rampante de la hiérarchie sociale – les riches seraient riches parce que génétiquement mieux équipés que les pauvres – ulcère nombre de biologistes. « La génétique montre que toute affirmation d’une supériorité en fonction d’une ascendance génétique ne repose sur aucune preuve scientifique », explique l’American Society of Human Genetics. Mais, lorsque des scientifiques peu scrupuleux proposent des méthodes pour découvrir les causes du cancer ou de l’illettrisme, les financements affluent.  En septembre 2021, dans un billet en forme de contrition, le rédacteur en chef de Science reconnaissait qu’au début du siècle passé la célèbre revue avait « joué un rôle honteux et notable dans l’acceptation scientifique de l’eugénisme aux Etats-Unis et dans le monde ».

Le point de vue des écologistes

Une donnée manque dans l’article, la spécificité de notre structure cérébrale par rapport au reste de notre corps. Les neurones se multiplient, mais ils n’ont pas un rôle prédéterminé, ils doivent attendre que les connexions entre neurones se fassent au fur et à mesure des influences du milieu social environnant, et ce même avant l’accouchement. Un milieu musical va forcément induire des dispositions à la musique, un milieu bilingue va faciliter le bilinguisme des enfants, etc.. Nous ne sommes pas dans notre comportement un être de nature, mais un humain conditionné par la société, soumis à des codes culturels. Les différences ente nous ne dépendent même pas du nombre de neurones, il est à peu près le même pour chacun d’entre nous, à peu près 86 milliards. Elle dépend de la quantité de connexions que les neurones établissent entre eux, environ 1000 à 10 000 pour chacun d’entre eux. Au total, le cerveau a une capacité de stockage d’environ un million de milliards de gigaoctets, un nombre gigantesque quand on sait qu’un ordinateur de maison dispose de 1000 gigaoctets. c’est le cerveau qui nous relie à tous nos sens. C’est la stimulation (ou non) de tous nos sens par le milieu socio-familial qui fera notre intelligence (ou notre bêtise). La socialisation primaire faite par la famille puis secondaire grâce aux contextes socioculturels traversés construit notre intelligence ; un bébé pygmée ou un futur suprémaciste blanc ont le même potentiel cérébral à la naissance. Expliquez-moi le milieu trumpiste dans lequel Payton Gendron a certainement été élevé, et je vous dirais pourquoi il s’est lancé dans une tuerie, mais il aurait pu aussi bien envahir le Capitole…

Lire, Le comportement résulte d’une socialisation, pas de l’ADN

L’écologie s’intéresse aux différentes relations que l’espèce humaine entretient avec son milieu de vie. Or nous sommes des animaux qui avons trouvé la bonne/mauvaise idée d’avoir un mot à la place des choses. C’est en codant à l’intérieur de notre cerveau les représentations des autres en action, en reprenant la réalité comme dans un miroir installé dans nos neurones, que nous nous comprenons mutuellement ou que nous nous faisons la guerre… Mais il est très difficile de faire comprendre cela a des esprits intoxiqués par leurs préjugé.

Laurent Alexandre consacre son existence à la glorification de l’ADN (il est président de DNAVision). il avait carte blanche au MONDE, se permettait d’y écrire : « Toutes les études relativisent le rôle de l’école. La réussite et les capacités intellectuelles sont fortement dépendantes du patrimoine génétique. Partager un environnement commun (famille et éducation) n’explique qu’environ un tiers des différences cognitives. Autrement dit, l’école et la culture familiale ne pèsent pas beaucoup face au poids décisif de la génétique, qui compte pour près des deux tiers dans nos différences intellectuelles. »

Bien entendu il ne présentait aucune preuve de cette affirmation gratuite ! Le médiateur du MONDE Franck Nouchi donnait en 2016 un carton rouge à Laurent Alexandre : « Laurent Alexandre réitère, sans l’étayer, l’affirmation selon laquelle « notre quotient intellectuel, in fine, n’est déterminé par notre ADN qu’à hauteur d’un peu moins des deux tiers ; le tiers restant étant lié à l’école, la stimulation familiale, l’environnement et l’alimentation» ». (LE MONDE du 6 février 2016, carte blanche et carton jaune). Lorsqu’un expert prétend exprimer une quantification génétique de l’intelligence au nom de l’état des savoirs, il s’agit à nos yeux d’un manquement caractérisé à l’éthique scientifique. (tribune signée par 20 scientifiques dans LE MONDE science du 25 avril 2018)

Lire, Fake news en génétique avec Laurent Alexandre ?

Les incendiaires (par Pièces et Main d’œuvre)

Qui a mis le feu ? On pourrait certes remonter au paléolithique et à la domestication du feu, la politique de la terre brûlée ne date pas du Technocène. La société thermo-industrielle, en 1784, avec la combustion des énergies fossiles, le perfectionnement des machines à vapeur et autres « pompes à feu ». Mais la responsabilité de la technocratie dirigeante (ingénieurs, entrepreneurs, cadres, scientifiques, etc.) dans l’incendie planétaire est écrasante, démontrée et publiée. Si les mots ont un sens, chacun de ses membres est aujourd’hui co-responsable d’écocide et de crime contre l’humanité – peut-être involontaire dans nombre de cas. Mais soutenir qu’il faut jeter davantage d’huile sur le feu et accélérer encore cette mutation machinale qui a embrasé le monde pour éteindre l’incendie, c’est insulter de toute sa morgue les victimes de la fournaise. En attendant la traduction des coupables devant le tribunal de l’histoire, ce sont les innocents que la justice immanente frappe indistinctement : forêts, glaciers, animaux et simples Terriens, vivant par choix ou par naissance à l’écart du « Cauchemar climatisé » (Henry Miller, 1945).

Coupables, les fondateurs, les cadres, les ingénieurs, les opérateurs et les financiers de STMicroelectronics, une des plus importantes sociétés de semi-conducteurs européennes, issue en 1972 du Commissariat à l’énergie atomique de Grenoble.
Coupables, les présidents Chirac, Sarkozy, Hollande – et aujourd’hui Macron – qui ont tous visité, célébré, financé, ce monstre techno-industriel qui assèche les eaux de la Cuvette grenobloise pour fabriquer des smartphones et des voitures.
Coupables les élus locaux qui soutiennent des mesures dérogatoires afin que STMicro puisse pomper jusqu’aux dernières gouttes l’eau de la Cuvette.

Complices les masses de consommateurs stupidement avides d’objets connectés, et les pseudo écolos qui ne voient de remède à la peste climatique que dans le choléra nucléaire.
Complices les pseudo radicaux qui refusent de voir dans la technologie le front principal de la guerre entre puissants et subissants. Celui qui commande les autres et où toute percée, toute innovation, dégrade davantage le rapport de forces en faveur des premiers et au détriment des seconds.

En attendant le verdict de l’histoire, voici quelques éléments du réquisitoire à propos de la récente visite de Macron et de la nouvelle pluie de milliards déversée sur la nouvelle fabrique de puces de STMicroelectronics.
(lire le texte : https://www.piecesetmaindoeuvre.com/spip.php?page=resume&id_article=1720 )
Merci de faire circuler,
Pièces et main d’œuvre

La technologie fait la crise, pas la solution

Notre monde ultra-technicisé, spécialisé, globalisé ne pourra pas résister à une débâcle, que celle-ci vienne de la raréfaction des ressources énergétiques et métalliques, des conséquences du changement climatique ou d’une nouvelle crise financière. Au lieu de chercher une sortie avec plus d’innovation et de hautes technologies (high tech), nous devons nous orienter selon Bihouix vers une société essentiellement basée sur des basses technologies (low tech).

On connaissait cela dès le début des années 1970, technique douces contre techniques dures, techniques appropriées et non disproportionnées. On savait ce qu’il fallait faire depuis cinquante ans, la sobriété partagée, et nous cherchons maintenant à aller sur Mars !!! L’idée que l’innovation nous sauvera de l’épuisement des ressources et des changements climatiques est une illusion dangereuse.

La technologie a trop d’impact sur la planète pour être la solution à la crise

L’idée qu’on trouvera toujours une solution  technologique, revient souvent. Qu’il s’agisse de l’hydrogène, de la fusion nucléaire ou de la numérisation… Pourquoi ne partagez-vous pas cet espoir ?

Philippe Bihouix : Parce que les technologies ont un impact : elles consomment des ressources non renouvelables, souvent des ressources métalliques, que l’on doit piocher dans la croûte terrestre. Et même si on a à notre disposition des milliers de fois l’énergie nécessaire à l’humanité qui nous tombe sous forme de soleil, on a besoin de convertisseurs, pour capter cette énergie, la transformer en électricité, ou la stocker. Et pour cela, on a besoin de beaucoup de métaux. La multiplication de ces besoins a évidemment des conséquences en termes énergétiques, climatiques et en termes de biodiversité.

Est-ce que vous partagez l’analyse de l’ingénieur Jean-Marc Jancovici, selon qui le clivage d’aujourd’hui n’est plus entre la gauche et la droite, mais entre les gens qui pensent qu’il y a un monde aux ressources infinies et ceux qui pensent qu’on touche les limites physiques de la croissance ?

Philippe Bihouix : Effectivement, la croissance à long terme est une absurdité en tant que telle. Imaginons que la consommation d’énergie croisse de 2 % par an – en réalité, on a fait un peu plus ces dernières décennies. A l’échelle de l’humanité, ça veut dire un doublement de la consommation tous les trente-sept ans. Cela s’appelle une exponentielle. Si on multiplie par deux tous les trente-sept ans, dans mille cinq cents ans, il faudrait avoir la puissance de l’étoile solaire. Pas de ce que le Soleil envoie sur Terre : la puissance de l’étoile, intégralement.

On a déjà découvert et maîtrisé de nouvelles sources d’énergie, qu’est-ce qui nous empêche de continuer et d’en faire un usage rationnel pour poursuivre une forme de croissance ?

Philippe Bihouix : L’idée économique, c’est de faire du découplage entre la croissance du PIB [produit intérieur brut] d’un côté et de l’autre la consommation d’énergie, les émissions de CO2, la consommation de matière, etc. Il y a aujourd’hui un découplage relatif, c’est-à-dire que le PIB monte un peu plus vite que la consommation d’énergie. Par contre, on n’arrive pas à faire un découplage absolu, une courbe du PIB qui continuerait à monter avec une décroissance d’énergie, de matière, de pollution… L’autre aspect est technologique. Il consiste à dire que cette grande quantité de métaux qu’on va devoir extraire pour nourrir l’installation de panneaux photovoltaïques, d’éoliennes, on va pouvoir la recycler, faire de l’économie circulaire.Mais, en réalité, ce discours ne marche pas pour la plupart des métaux. Il y a une trentaine de métaux, sur la soixantaine qu’on utilise dans l’ensemble de nos industries, qui sont recyclés, à l’échelle mondiale, à moins de 1 %.

Les scientifiques du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), le groupe d’experts de l’ONU pour le climat, plaident pour le développement massif de l’éolien, du solaire et des batteries – en plus de la sobriété – pour se débarrasser des énergies fossiles.

Philippe Bihouix : Je m’insurge contre le rêve qui consisterait à dire qu’on va pouvoir maintenir notre niveau de consommation et de confort, de mobilité, simplement en remplaçant une couche d’énergie fossile par des solutions d’énergies renouvelables. Il faut aller chercher les métaux plus profondément, en consommant plus d’énergie ;je pense que ce niveau d’extraction n’est pas soutenable.

Ce que vous dites, c’est qu’il faut distinguer en fonction des usages. C’est ce que vous appelez le « discernement technologique »…

Philippe Bihouix : il faut se poser la question de l’utilité de l’usage de ces technologies. Dans le domaine médical, on peut ne pas le contester. Les volumes d’électronique en jeu à l’hôpital sont très limités par rapport aux objets connectés qui vont équiper des milliards d’utilisateurs. Idem pour le plastique. Je n’ai pas de problème pour des plastiques souples, tout à fait polluants, qui servent de poches de sang. On parle de quelques milliers de tonnes à l’échelle d’un pays, qu’on va savoir gérer, alors qu’à côté de ça on va avoir des millions de tonnes d’usage de plastique qu’on aurait pu éviter.

Autre exemple, l’éducation nationale, sous prétexte d’éduquer les citoyens du futur au numérique, a décidé de numériser l’enseignement. Pourtant, aucune étude scientifique n’a démontré qu’on apprenait mieux avec un écran plutôt qu’avec un bouquin. C’est même plutôt le contraire. Mais on a numérisé l’école parce que ça fait moderne. Dernier exemple, le distributeur de croquettes pour chats connecté avec dispositif de reconnaissance faciale…

Est-ce que ce n’est pas là qu’intervient la question de la sobriété ? Pas seulement celle des gestes individuels, mais à un niveau plus collectif…

Philippe Bihouix : Voitures ou vélos électriques ? On pourrait aller plus loin, poser la question du nombre de kilomètres, aller vers une logique de démobilité. Pourquoi habite-t-on de plus en plus loin de son travail ? Pourquoi faut-il faire de plus en plus de kilomètres pour déposer les enfants à l’école de musique, pour aller passer une radio, pour aller voir un spécialiste ? Ce sont des questions d’aménagement du territoire.

Il y a 3 millions de logements vacants en France et 8 millions de logements sous-occupés dans la définition de l’Insee. Si on remplissait tout ça, on pourrait loger 12 millions de personnes en plus sans construire un mètre carré. Et pourtant, on explique qu’il faut mettre 500 000 logements en chantier chaque année et qu’on n’en a pas assez. Est-ce qu’il ne faut pas réinvestir plutôt les bourgs, les villages, les villes moyennes, les sous-préfectures, où existe tout ce parc vacant, tout ce patrimoine qu’on va pouvoir réinvestir ?

Décroissance… de l’espérance de vie ?

L’espérance de vie actuelle dans les pays riches a été rendu possible par la croissance économique. Devons-nous accepter de vivre moins longtemps pour sauvegarder les conditions d’existence de nos descendants ?

Lire, espérance de vie croissante, la grande illusion

Olivier Rey : Le fond de l’idéologie croissanciste, c’est le principe que plus est toujours mieux. Lorsque vous avez des oppositions à certaines technologies, vous faites témoigner des associations de malades et tout le monde y adhère. L’augmentation de l’espérance de vie est devenu l’argument ultime au service d’une idéologie de la croissance. Or la poursuite du mouvement technologique engendre aujourd’hui plus de maladies qu’il ne permet d’en soigner. Le stade de la contre-productivité est atteint. Cela signifie que sortir du croissancisme, c’est admettre que, le cas échéant, l’espérance de vie puisse être réduite. Or ce n‘est pas la durée comme telle qui est en cause, mais la durée « de quoi » qui est en question.

Corinne Lalo : Quant à l’espérance de vie en bonne santé, elle recule déjà. Notons que l’énergie n’a été qu’un facteur parmi d’autres de l’allongement de la vie. Le premier, c’’est l’hygiène, par exemple se laver les mains lors d’un accouchement a eu un impact très fort sur la mortalité infantile. La nourriture aussi a contribué à l’amélioration, et aussi les vaccins. Mais depuis l’après-guerre, nous avons produit tellement de produits chimiques que beaucoup de produits du quotidien sont devenus toxiques. De même la nourriture avec des aliments ultra-transformés nous empoisonne. Au moment d’un deuil, au lieu de vous dire que c’est normal d’être triste, on vous donne un antidépresseur.

Jacques Testart : Il importe de parler de « vie en bonne santé », car la prolongation acharnée des grabataires ou des zombies ne saurait être une victoire de l’humanisme. Est-il d’ailleurs certain que la décroissance diminuerait l’espérance de vie à la naissance ? Dans les pays pauvres, des mesures élémentaires comme la prévention et le traitement des maladies contagieuses, l’hygiène des maternités ou la suffisance alimentaire augmenterait l’espérance de vie sans que la croissance économique soit requise. La survalorisation du progrès médical a masqué les bénéfices de l’amélioration des conditions sociales. Même au XVe siècle, soit avant l’apparition d’une médecine compétente, la longévité moyenne de personnes célèbres et donc de milieu favorisé montrent une longévité moyenne de 65 à 70 ans. Aujourd’hui de pollution de l’air, de l’eau, de la nourriture montrent que la médecine court désormais après la santé, jusqu’à des thérapies géniques à plus d’un million d’euros, une solution intenable.

Source : La Décroissance n° 195, décembre 2022-janvier 2023

Lire, espérance de vie et équivalent pétrole

Le point de vue des écologistes

Comme les autres espèces, les humains sont programmés pour mourir, mais ils modifient leur environnement pour mieux résister au processus de dégradation des corps. Certains veulent même agir contre les processus de vieillissement, manipuler la télomérase, lutter contre les radicaux libres, encombrer les centres de soins palliatifs. Peine perdue, l’espérance de vie en bonne santé régresse. Soyons réalistes, il faudrait se demander si c’est bien vivre que de vivre tous centenaires, si c’est respecter les cycles vitaux que de s’attarder sur la planète et prendre ainsi un peu plus de l’espace vital tant d’autrui que de la biodiversité.

Il faudrait donc pouvoir déterminer le seuil à partir duquel une prise en charge thérapeutique devient inappropriée. On peut démontrer que la décroissance économique et démographique est inéluctable, mais il est très difficile de lister ce qui doit décroître et en quelle proportion. Se passer de certaines opérations chirurgicales, oublier la roulette du dentiste et les analgésiques, multiplier les médicaments de confort sans remboursement, arrêter le téléthon ? Le débat est ouvert…

Victoire de la chimie contre l’écologie

Rachel Carson sur ce blog biosphere en 2012 : Cinquante ans, 1962-2012, que Rachel Carson a publié son livre « Le printemps silencieux » : en résumé, l’usage du DDT tue les oiseaux, le silence règne sur les champs. Un site Internet commente : « La rhétorique extrémiste de Rachel Carson a généré une culture de la peur. » En France des personnes mal-intentionnées comme Christian Gerondeau, dans son brûlot « Ecologie, la fin », reprennent la même thématique. La démarche des marchands de doute et de leurs suppôts est toujours la même, que ce soit pour le tabac, pour les pesticides ou pour le réchauffement climatique, faire douter de la science pour mieux assurer le pouvoir des intérêts financiers. Rachel Carson avait une piètre opinion de ses attaquants :

« Le tir de barrage chimique, arme aussi primitive que le gourdin de l’homme des cavernes, s’abat sur la trame de la vie, sur ce tissu si fragile et si délicat en un sens, mais aussi d’une élasticité et d’une résistance si admirables, capables même de renvoyer la balle de la manière la plus inattendue » … « Vouloir contrôler la nature est une arrogante prétention, née des insuffisances d’une biologie et d’une philosophie qui en sont encore à l’âge de Neandertal. »

Lire, Culture de la peur et extrémismes, Rachel Carson ?

Rachel Carson sur ce blog biosphere en 2022 : Il y a soixante ans, le 27 septembre 1962, l’éditeur américain Houghton Mifflin publiait Printemps silencieux de Rachel Carson. Un Printemps sans oiseaux dénonçait les ravages environnementaux et les risques sanitaires que faisaient peser l’utilisation massive, indiscriminée et systématique des pesticides de synthèse dans l’agriculture, et bien d’autres activités.Tout l’été précédent, le New Yorker avait commencé à donner à ses lecteurs, en feuilleton, la primeur de ses dix-sept chapitres. Vendu à un demi-million d’exemplaires la première année, le livre a lancé le mouvement environnementaliste moderne. L’expression « protéger l’environnement » n’a commencé à se propager dans l’ensemble des sources écrites de langue anglaise qu’à partir des années 1960. Dès la publication officielle du volume, une féroce bataille d’influence du débat public était déjà engagée. Sentant que se jouait là, autour de ce livre, les conditions de sa survie, l’industrie chimique y a mis toutes ses forces.

Al Gore préfaçait ainsi l’édition de 2009 : «  Bien évidemment, le livre et son auteur (biologiste) se sont heurtés à une énorme résistance de la part de ceux à qui la pollution rapporte. Lorsque des extraits ont été publiés dans le New Yorker, le lobby a immédiatement accusé Rachel d’être hystérique et extrémiste. Comme Rachel était une femme, l’essentiel de la critique qui lui fut adressée jouait sur les stéréotypes de son sexe. Le Président Kennedy constitua un comité pour examiner les conclusions du livre, Rachel avait raison… Mais depuis la publication de Printemps silencieux, l’usage des pesticides dans l’agriculture a doublé, pour atteindre 1,1 milliard de tonnes par an. »

Le point de vue des écologistes

Le système actuel est un pari faustien, nous sommes gagnants à court terme, au prix d’une tragédie à long terme : les « nuisibles » s’adaptent en général par mutation, et les produits chimiques deviennent impuissants. Pourtant, malgré soixante années de passé, il fait peu de doute que l’industrie chimique est sortie globalement gagnante de la bataille engagée au printemps 1962. Le biologiste Roger Heim, grand résistant et président de l’Académie des sciences à une époque, n’hésitait pas, dans sa préface à la première édition française de Printemps silencieux, à demander : « Qui mettra en prison les empoisonneurs publics instillant chaque jour les produits que la chimie de synthèse livre à leurs profits et à leurs imprudences ? » Mais les « empoisonneurs publics » sont devenus des léviathans qui imposent leur volonté aux États.

Que reste-t-il à faire, comment réagir ? Pourquoi pas multiplier les sabotages dans les entreprises chimiques ? L’État fera des lois pour condamner lourdement de tels actes de sursaut civique. Ne plus acheter de produits chimiques ? Demandez leur avis aux agriculteurs productivistes. Les poisons sont partout, facilement décelables dans les cheveux de tout-un-chacun.

Lire, Des perturbateurs endocriniens dans tous nos cheveux

Et aujourd’hui les écologistes institutionnels font le buzz pour des histoires de féminisme mal digéré. C’est à désespérer de l‘intelligence humaine. Rachel Carson lance la cause environnementale dans les années 1960. René Dumont était un présidentiel très écolo dès 1974. Notre blog biosphere existe depuis 2005, un article au moins chaque jour 365 jours sur 365. Nous avons l’impression de crier dans le désert, mais cela fait du bien de crier…

Hubris technoscientifique en médecine

Le « progressisme » techno-médical a mis au rencart Ivan Illich (1926-2002) qui écrivait : « Le traitement précoce de maladies incurables a pour seul effet d’aggraver la condition des patients qui, en l’absence de tout diagnostic et de tout traitement, demeureraient bien portants les deux tiers du temps qu’il leur reste à vivre. » Dans cette période qui s’ouvre de sobriété dans tous les domaines, son message finira-t-il par être entendu ?

Lire, BIOSPHERE-INFO, Ivan ILLICH analyse la technique

Bruno Falissard : Toujours plus loin, toujours plus vite, toujours plus de technologie, pour quel résultat ? Dans l’espoir utopique de pouvoir vaincre la mort et la souffrance par la puissance sans limite de notre science, nous tous, médecins, patients, autorités de santé, politiques… nous enivrons du flot ininterrompu des découvertes annoncées à grands fracas. Concernant les nouveaux traitements, si leur réelle plus-value en termes d’efficacité peut souvent être discutée, le vrai problème concerne leur prix. Le coût des nouveaux anticancéreux dépasse souvent les 100 000 euros par patient, ce qui interroge sur l’acceptabilité collective. Car il y a un réel problème d’équité : les patients pouvant bénéficier de traitements sophistiqués bénéficieront de plus de ressources de la solidarité nationale que les soins « humains ». Il nous faut donc procéder à des arbitrages. Ne pas les faire, c’est réduire le temps des soignants et la relation thérapeutique. Si l’hôpital et la médecine de ville souffrent en ce moment, cela vient en partie de ces choix bien réels qui ne sont ni discutés démocratiquement ni même totalement conscients. Tendre vers plus de frugalité concerne aussi notre système de santé.

Lire aussi, trop de médicaments ?

Le point de vue des écologistes

Les merveilles technologiques de la médecine et de sa quasi-gratuité ont donné à penser que nous, patients ou futurs patients, pouvons entièrement nous délaisser de notre responsabilité individuelle sur notre propre santé. Combien de comportements individuels inadaptés ou dangereux sont à l’origine de très nombreuses maladies, tabagisme et alcoolisme, par exemple. Faut-il accepter des traitements coûteux pour ces conduites à risque ? Où est la limite de la prise en charge techno-médicale des patients. Difficile problème qui se pose dans tous les domaines. Si l’effort technologique pour la médecine peut être remise en question, à plus forte ce qui concerne la recherche pour les armements, la conquête spatiale ou, plus terre à terre, la sophistication de notre alimentation techno-industrialisée…

ll y avait dans les années 1970 une différenciation essentielle faite entre technique douces et techniques dures, ce qu’on appelle aujourd’hui, low tech et high tech. Il nous faut démocratiquement discerner à partir de quand il y a contre-productivité de la technicisation de notre existence, à partir de quand il y a acharnement thérapeutique, à partir de quand la prolongation des études fabrique des gens hors sol, à partir de quand l’emprise de l’État étouffe l’initiative individuelle, à partir de quand l’usage des véhicules individuels devient insupportable pour le climat, à partir de quand industrialisation de l’agriculture détruit les sols, etc.

Ivan Illich avait développé la notion de « contre-productivité » pour rendre compte des conséquences néfastes de certaines institutions lorsque leur fonctionnement dépasse certains seuils au-delà desquels ces institutions produisent l’effet inverse de leur but initial : alors la médecine rend malade, l’école abrutit, les communications rendent sourd et muet, l’industrie détruit, l’État étouffe la société civile, les transports immobilisent. Mais politiques et citoyens sont-ils capable d’aborder toutes ces problématiques de front ?

Lire, techniques douces contre techniques dures

Les humains désarmés devant les virus

L’histoire humaine est une trop longue litanie d’erreurs catastrophiques, guerres fratricides, religions sans fondement, empereurs sanguinaires, dictatures totalitaires, colonialisme et volonté d’éradiquer la différence, pogroms et génocides, menace nucléaire, etc. etc. Les humains adorent s’entre-tuer, ce qui est une anomalie dans le monde animal. Il existe sans doute peu de verbes qui aient autant d’occurrences et synonymes que le fait de faire passer son prochain de vie à trépas.

Lire, L’espèce humaine est championne dans l’art de trucider

Comme l’extermination de l’homme par l’homme ne lui suffisait pas, l’humanité s’est attaqué à l’ensemble du monde vivant. Nouvelle erreur, on s’attaque à plus fort que soi.

Florence Rosier : Une énième vague qui déferle sur l’Europe. Les médicaments à base d’anticorps monoclonaux s’épuisent à tenter de suivre, en vain, les nouveaux variants que le virus ne cesse de forger contre nous. Bref, la lutte engagée entre les 7,9 milliards d’humains et le SARS-CoV-2, s’est enlisée dans une guerre de tranchée. Les personnes les plus vulnérables craignent de se retrouver « dans une impasse thérapeutique ». Depuis deux ans, tous les nouveaux variants tendent à échapper aux anticorps neutralisants. Cela, qu’il s’agisse d’anticorps induits par la vaccination, par une infection naturelle ou développés par les industriels du médicament. Nulle raison pour que cela s’arrête, c’est le processus naturel de l’évolution, qui favorise la sélection de variants ayant acquis un avantage leur permettant de se propager. Le Ronapreve, actif contre le variant Delta qui a porté les vagues de l’été et de l’automne 2021 en France, est devenu impuissant contre Omicron dès l’arrivée de ce dernier, en décembre.

Il en est des virus comme des microbes, ils sont encore plus résilients que nous. C’est le constat de Rachel Carson qui remonte à 1962 et qui n’a jamais été démenti depuis.

« Nous avons à résoudre un problème de coexistence avec les autres créatures peuplant notre planète. Nous avons affaire à la vie, à des populations de créatures animées, qui possèdent leur individualité, leurs réactions, leur expansion et leur déclin. Nous ne pouvons espérer trouver un modus vivendi raisonnable avec les hordes d’insectes que si nous prenons en considération toutes ces forces vitales, et cherchons à les guider prudemment dans les directions qui nous sont favorables. La mode actuelle, celle des poisons, néglige totalement ces considérations fondamentales… Le tir de barrage chimique, arme aussi primitive que le gourdin de l’homme des cavernes, s’abat sur la trame de la vie, sur ce tissu si fragile et si délicat en un sens, mais aussi d’une élasticité et d’une résistance si admirables, capables même de renvoyer la balle de la manière la plus inattendue… Vouloir contrôler la nature est une arrogante prétention, née des insuffisances d’une biologie et d’une philosophie qui en sont encore à l’âge de Neandertal….»

Le point de vue des écologistes : Nous ne gagnons rien que l’amère défaite à inventer des armes de plus en plus puissantes et meurtrières pour nous entre-tuer ou pour combattre le vivant. Il faut désarmer les individus et les nations pour faire confiance à l’art de la négociation, une caractéristique de l’espèce Homo sapiens. Quant aux microbes et aux virus, il faut cette fois faire confiance aux mécanismes de la sélection naturelle qui permettent à notre organisme de produire des anti-corps sans intervention de l’industrie chimique. Cela veut dire accepter un certain nombre de morts parmi les populations fragiles, mais ce n’est pas pire que les innombrables et trop jeunes « morts aux champs d’honneur » comme on aime à dire pour travestir la réalité.

Lire, Sélection naturelle, immunité et anti-vax

Géo-ingénierie, le cauchemar en route

Le fait que les techniques de géo-ingénierie soient mises à l’agenda des réflexions de la nouvelle Commission mondiale sur la gouvernance des risques liés au dépassement climatique devrait susciter une profonde inquiétude… mais ce n’est pas le cas !

Stéphane Foucart : Il est officiellement question de réfléchir aux conditions de déploiement de techniques de géo-ingénierie – c’est-à-dire des méthodes de modification climatique à grande échelle –. Cela signifie d’abord que l’espoir s’estompe de voir le climat terrestre préservé d’une dérive catastrophique. Ensuite, certaines de ces technologies relèvent d’un cauchemar dystopique inimaginable il y a seulement quelques années. Par exemple, envois réguliers de dizaines de milliers de ballons dans la stratosphère pour y brûler du soufre et y disperser ainsi des particules sulfatées, ou encore déploiement d’une gigantesque flotte d’avions gros-porteurs destinés à larguer chaque année des millions de tonnes de particules à plus de 10 kilomètres d’altitude. Ce « bouclier » n’aurait de toute façon aucun effet sur l’acidification des océans….

Beaucoup trop de commentaires sur lemonde.fr sont de ce type

Ginkgo_Biloba : Si on comprend bien M. Foucard l’unique solution serait la désindustrialisation à marche forcée, la surveillance du comportement conforme de chaque citoyen par les moujahidins de l’écologie. Un cauchemar en vaut bien un autre

Difficile donc pour les aficionados de la religion du progrès technise de savoir réfléchir et d’entendre un discours contraire

Firesnake : La géo-ingénierie porteur de catastrophes est du même acabit que laisser se déployer des milliers de satellites autour de la terre pour le téléphone et internet partout en tout point du globe, pour toujours plus de débit, plus de « progrès techniques »… Or c’est cela depuis 200 ans, cette idéologie du progrès et de « on trouvera bien une solution technique » sans limite sur une terre limitée qui nous rend la terre de plus en plus invivable.

My2Cents : J’attends le moment où on va étudier la solution passant par la guerre nucléaire qui assombrit l’atmosphère. Ça pourrait nous aider à lutter contre le réchauffement climatique et la surpopulation en prime.

Lire, Le climat, c’est trop compliqué pour la géo-ingénierie

extraits : L’irruption du Pinatubo en 1991 projeta de telles quantités de poussière volcaniques dans l’atmosphère que la température moyenne à la surface de la Terre diminua de 0,5°C. J’entends tout de suite cogiter nos scientifiques : « Si on utilisait encore plus d’aérosols, ces particules vont réfléchir les rayons de soleil et le le réchauffement climatique sera enrayé ».Il n’y a pas d’autres solutions rationnelles contre l’effet de serre que limiter la consommation de carbone des individus et des entreprises, mais la cécité humaine va de pair avec leur imagination débordante. La Biosphère rigole. (écrit sur ce blog biosphere en 2005, la géo-ingénierie ne date pas d’hier)

Lire, Anthropocène, de l’anthropisation à la géo-ingénierie

extraits : Les apprentis sorciers ont encore frappé, ils cherchent avant tout à préserver l’illusion d’une humanité maîtresse des éléments…

Les tueries de masse aux USA, que faire ?

Où est la limite ? Où situer la limite de l’utilisation privée des armes quand le port d’un couteau (arme de 6ème catégorie) est interdit en France ? Notons qu’une technique engendre toujours une technique nouvelle, censée être plus efficace que la précédente, c’est-à-dire plus dangereuse ! Prenez le deuxième amendement de la Constitution des États-Unis d’Amérique qui garantit pour tout citoyen américain le droit de porter des armes. Il fait partie des dix amendements passés le 15 décembre 1791. Or à l’époque, le pistolet était une arme qu’il fallait assez longtemps pour recharger par le canon. Ce n’est qu’en 1807 que John Forsyth développa le système à percussion qui remplace le système à silex et rend possible le chargement par la culasse. Le revolver moderne est apparu dans son principe seulement en 1837 avec le Colt Paterson. La balle de fusil n’est lancée sur le marché qu’en 1898 par Wilhelm Brenneke. Puis vint les armes à répétition. Aujourd’hui les Américains peuvent s’acheter des fusils d’assaut avec tir possible en rafale : massacre assuré ! Pourtant aux Etats-Unis, pistolets, revolvers, fusils de chasse, fusils d’assaut et mitraillettes sont en vente libre.

Lire, La course aux armements, malédiction de notre temps

Le 24 mai 2022 à Uvalde, au Texas, dix-neuf enfants et deux enseignantes ont été tués par un jeune homme, tout juste 18 ans, avec un fusil semi-automatique AR-15 . Au lendemain de son 18e anniversaire le 17 mai, il avait acheté un fusil semi-automatique, puis des munitions, puis un autre fusil automatique. En vente libre aux USA à partir de 18 ans, l’AR-15 est l’arme d’épaule la plus utilisée lors des fusillades de masse aux États-Unis ; elle ne tire qu’une seule cartouche par appui sur la détente, mais se recharge aussitôt toute seule tant qu’il y a des munitions dans le chargeur. Il s’agit d’une arme qui cause des blessures dévastatrices, la vitesse des balles est trois fois supérieure à celle d’une arme de poing.

Où est la limite ? Certes le droit de porter des armes est garanti aux USA depuis 1791. Or à l’époque, le pistolet était une arme à un coup qu’il fallait assez longtemps pour recharger par le canon. Il semble donc logique de n’autoriser aujourd’hui, pour être conforme à l’esprit de la Constitution, que les armes à feu en usage à la parution du texte de loi en 1791. Pour les chasseurs français aussi, un fusil à un seul coup calmerait un peu les ardeurs dévastatrices de nos Rambo en campagne.

Lire, Fusillade de Portland, n’autoriser que le fusil à un coup

La voiture électrique, une imposture avérée

En tournant la page des énergies fossiles, certains ont cru que l’économie finirait par devenir un chemin tapi de pétales de roses, enfin débarrassé du carbone, de la dépendance aux matières premières et des troubles sociopolitiques. Les protestations serbes contre un projet d’extraction de lithium ont le mérite de nous faire prendre conscience que l’avenir s’annonce beaucoup plus compliqué.

Lire, Tout savoir sur la voiture électrique

Stéphane Lauer (éditorialiste au « Monde ») : Ce qui frappe depuis le lancement des premières voitures électriques, c’est la myopie avec laquelle a été abordé ce bouleversement. Si l’eau et la nourriture sont souillées par l’extraction du lithium, indispensable à la fabrication des batteries, cela amène à réévaluer le coût réel du basculement vers la mobilité durable. Il est enfin temps de se demander s’il y aura de quoi fabriquer les dizaines de millions de batteries nécessaires à cette gigantesque transition. La demande des métaux nécessaires à la fabrication des batteries devrait augmenter de plus de 1 000 % d’ici à 2050. L’UE campe sur sa croyance que le marché libre et transparent allait lui permettre de s’approvisionner comme bon lui semble. Or l’UE est dépendante sur la quasi-totalité de son approvisionnement. Le lithium vient pour l’essentiel du Chili, le graphite naturel de Chine , le cobalt de la République démocratique du Congo. Les Chinois sont désormais en capacité de faire la pluie et le beau temps sur la filière des métaux et des terres rares,.

Lire, Voiture électrique, le piège du cobalt

Quelques contributions pertinentes :

L.Leuwen : Merci pour cet article lucide. Et encore, le problème de la production d’électricité n’y est pas abordé. Nous allons vers une ère de pénuries multiples et les électeurs commencent à s’en rendre compte.

Bmy : Article très instructif. Les « élus » européens sont visiblement incompétents et dépassés. Ils ont rêvé d’un tout électrique totalement irréalisable, punitif pour la population car il n’y aura pas d’énergie pour tout le monde, destructeur d’emplois, et de surcroît, source de pollution. La martingale.

Jessv : Éditorial d’une rare lucidité. Si on pousse un peu plus loin, on peut aussi poser les pieds dans un autre plat : comment faire dans ce monde fini pour absorber l’augmentation de la population, en garantissant une augmentation du niveau de vie. La planète ne pourra absorber ça. Certains pensent qu’il suffira de taxer les plus riches…ça ne suffira pas. D’ailleurs comment le piquer ce fric… tant que la concurrence y compris fiscale entre états est à un tel niveau. On vivait dans le mirage de la croissance , ça ne va pas se passer comme ça. Il faudra décroître…

Minorités : Un politique a-t-il penser à limiter la consommation et à valoriser la sobriété en attendant que des solutions émergent ? Notre président Macron préfère jeter l’huile sur le feu avec ses formules de café du commerce (« je ne crois pas au modèle Hamish », et petit sourire narquois aux patrons de la finance et de la techno), valoriser la jouissance de l’homme libre (le jet ski sur la mer Méditerranée, c’est la vraie vie, les pauvres en pirogue, ce sont des loosers fainéants) et croire au Père-Noël et au Dieu progrès technologique. Fuite en avant, déni, passage en force. On assiste aux dégâts.

Lire, Voiture électrique pour tous, faut pas rêver

Covid 19, démêler le vrai du faux

Un correspondant, Thierry SP,  nous a envoyé cette analyse que nous offrons à vos commentaires….

1/ Dangerosité de l’épidémie covid

Début février 2020, la ministre Buzin déclaré que l’épidémie n’est pas grave Voire que cela ne passerait pas la frontière. Au même moment l’Italie est en pleine épidémie avec des cas graves qui débordent les capacités hospitalières avec des morts en nombres importants.

2/ Le masque 

Il a été jeté en masse en 2019 par les administrations puis la ministre Buzin et le conseil scientifique ont déclaré que le masque est dangereux à porter par la population alors que les masques auraient pu être fabriqués par les gens. Foulards, etc. n 1918, le masque était obligatoire aux usa. Les asiatiques portent des masques dans la vie courante depuis longtemps.

3/ La transmission aérienne 

La Covid atteint les poumons donc il est évident que la transmission est aérienne. Étude de Mit de 2014 montre les projections de gouttelettes de 0 à 100 ym à 2 m pour la respiration et 7 m pour la toux. Le Gouvernement ne reconnaît pas la transmission aérienne comme le premier vecteur et préconise une Distance de seulement 1 m. Il a fallu attendre septembre 2020 pour que pasteur  admette la transmission aérienne sur son site. Première pub du gouvernement sur la transmission aérienne date de décembre 2021.

4/ Les frontières 

Le gouvernement déclare en 2020 que le blocage du virus aux frontières est impossible . « Le virus ne connaît pas les frontières ». Les frontières n’ont jamais été fermées ou vraiment contrôlées en 2020. En Corée du Sud. Les frontières ont immédiatement été fermées en février. Le pic de l’épidémie a été très faible bien que l’épidémie ait duré 3 mois comme partout ailleurs. En 2021, le gouvernement français ferme les vols en provenances  du Brésil pour le bêta puis de l’Afrique du Sud pour le delta démentant les allégations du début de la pandémie.

5/ Le confinement 

Le gouvernement a déclaré que c’était la seule protection possible. Cela n’avait jamais été fait dans aucune épidémie. La chine l’a inaugurée car c’est une dictature militaire. Le confinement est une pratique militaire visant à contrôler une population en l’isolant dans ses logements. L’Italie a cru bon de suivre la chine puis la France a suivi. Le résultat , augmentation des infections dans les familles confinées.  Le confinement en France a été utilisé à 3 reprises jusqu’en 2021.

6/ Les tests

Test Pcr allemand et français sont validés dès mars 2020. Utilisé en France qui utilise les 2 en même temps en mars 2020. Le Gouvernement français ne développe pas les tests les jugeants inutiles et déclare qu’il est impossible de produire les tests. L’Allemagne développe les tests et teste la population en masse. L’Épidémie sarscov2 sera plus faible en Allemagne. 

7/ La provenance de sarscov2 

Le gouvernement a dit que le virus venait du pangolin de Chine suite à la déclaration de l’OMS. On n’en sait rien, tout est possible.

8/ Date de contamination 

La date de début de contamination déclarée par les chinois est validée par l’OMS et la France est de janvier 2020. 1 et cas le 24 janvier 2020 en France. Les chinois finissent par admettre fin 2020 le premier malade en décembre 2019. Il s’avère que les premières traces de sarscov2 datent du 23 mars 2019 dans les eaux usées de Barcelone. ( étude mai 2020). La propagation est faite par des chinois en voyage. Les premiers cas détectés en Italie sont 2 chinois. Les américains ont détecté une affluence dans les hôpitaux de Wuhan dès septembre 2019.

9/ transmission par les enfants 

Le gouvernement français a rejeté la contamination covid par les enfants depuis le début. Jusqu’en décembre 2021 où la transmission de l’omicron est tellement massive et détecté  en masse chez les enfants qu’ils ne peuvent plus le masquer. Il apparaît même que les enfants sont les principaux vecteurs de omicron. Aucune mesure de protection des professeurs n’a été mise en place de façon spécifique. Pas de priorité aux tests, aux vaccins, aux masques. Pas de prise en charge spécifique. Le port de masque ffp2 est même déconseillé par B lanquer en décembre 2021. Il faut attendre mi janvier après les grèves pour que 5 millions de ffp2 soient distribués aux professeurs des écoles seulement. Pas au collège ou lycée. La propagande anti transmission par les enfants est outrancière dès le début. Il est déclaré que dans le premier foyer des contamines en février 2020 dans les alpes, le seul enfant contaminé n’a pas transmis le virus à son entourage. Le ministre explique que les enfants respirent moins fort et ne transmettent pas, etc. Les écoles sont restées ouvertes pendant les 2 derniers confinement sans protection pour les enseignants. Pendant le même temps les ministres disent que seules des études en double aveugles sont recevables. Ce concept est contredit dès avril 2020 par une étude de l’université libre de Berlin sur plusieurs milliers de malades et montrant que les enfants ont une charge virale très importante comme les adultes.

10/ Les lits de réanimation 

En France 5000 en janvier 2020.  15000 en Allemagne. Le Gouvernement déclare que la politique de confinement est basé sur la disponibilité des réanimations. En 2022, 4500 lits de réanimation en France. Aucune création de lits. Ils montrent que la politique hospitaliers va à l’encontre de la protection des malades.

11/ Équipement des réanimations

Peu de respirateurs en réanimation début 2020, Un programme de fabrication est fait par Renault de respirateurs portatifs de mauvaises qualité en mai 2020. Résultats en France, la mortalité des covid en réanimation dans les hôpitaux est de 90% en février puis 30 % pendant 6 mois. Il faut attendre fin octobre 2020 pour arriver à 5 % de mortalité alors que l’Allemagne est à 25 % en février puis 5 % de mortalité en 2020 et 3 % en 2021. Le gouvernement et les médecins déclarent en 2020 que la mortalité normale des pneumonies est de 30 %.

12/ Les vaccins

Validation : Les vaccins sont déclarés sûrs fin 2020 alors que les vaccins sont mis sur le marché « en urgence ». Aucune étude de phase 4 n’est faite alors que c’est la règle pour les vaccins.  Le délai de validation est de 1 an pour un vaccin standard et 5 à 10 ans pour les nouveaux vaccins. Thrombose : Les vaccins AstraZeneca sont utilisés en France et promus par le gouvernement en mars 2021 alors que ils sont bloqués au Danemark et en Italie et Autriche à causes de morts d’infirmières anormales et en nombre. Efficacité 90 %. Les labos revendiquent 90 % de protection et le gouvernement relaie ce taux. La vaccination de pfizer en Israël montre un taux de 75 % réel ce qui correspond au taux de protection des vaccins en général.

13/ Efficacité 3ème dose pfizer delta et omicron

Le gouvernement déclare que la 3 ème dose arn est obligatoire et protège des formes graves du delta puis omicron en faisant remonter le taux d’anticorps . Pasteur fait une étude en octobre 2021 montrant que pfizer n’a aucune efficacité sur une première injection et 30 % de protection pour la 2ème injection. Pfizer fait un nouveau vaccin depuis septembre 2021 donc pour le delta. Il déclare qu’il est testé en phase 3 pour omicron depuis janvier 2022. Cela confirme que le vaccin pfizer n’est pas efficace pour delta et omicron. Le rappel des vaccins n’a pas pour rôle de faire monter le taux d’anticorps ( c’est fait par le sérum) mais d’augmenter la production de lymphocytes B mémoire et de lymphocytes T. Les anticorps n’ont une durée de protection d’environ 1 mois.

14/ L’épidémie est finie en 2022

Véran déclare que l’épidémie est finie au 2 février 2022. Fin du masque en extérieur le 2 février 2022 . Fin de jauge à 5000 et 2000.  Le nombre de contamination est de 400 000 par jour alors que le nombre maximum a été de 80 000 contaminés en octobre 2020 au plus fort de la contamination.

15/ L’immunité collective omicron

Veran déclare l’immunité collective atteinte début février. Aucune statistique donnée.Pas de connaissance du taux de contamination de groupe pour une protection au covid. Le vaccin doit atteindre 90 % selon Veran or la protection est de 75 %. Le nombre total de contaminés  omicron est entre 6 et 10 millions maximum, loin des 60 millions pour l’immunité de groupe. 16/L’épidémie de covid sera récurrente. Veran dit qu’il faudra se vacciner comme pour la grippe. Dynamique du virus : Veran dit qu’il faut se vacciner sinon l’épidémie va durer. Il n’en sait rien. Il ne sait même pas ce qu’est un virus. C’est un être vivant qui produit des épidémies durant environ 3 mois quelque soit l’intensité de l’épidémie.

Cela montre que le virus s’atténue au fur et à mesure de sa réplication jusqu’à être non invasif provoquant la fin des contaminations. Quand par hasard des mutations entraînent plus de contagiosité, cela entraîne une nouvelle épidémie.

Le numérique réchauffe grave la planète

Après la honte de partir en avion (flight shame), faudra-t-il instiller la honte du numérique (digital shame) ? Sans aucun doute ! L ’empreinte énergétique de tous nos bits représente déjà 6 à 10 % de la consommation mondiale d’électricité et 2 à 4 % des émissions de CO2. Ce gadget qui nous ensorcelle, très énergivorace, contribue au réchauffement de la planète de manière de plus en plus importante. Il nous faudra désinformatiser en même temps que démondialiser, dévoiturer, désurbaniser, etc.

Lire, La fabrique du crétin numérique

Charles de Laubier : L’écosystème numérique mondial contribue aux émissions de gaz à effet de serre deux fois plus que le transport aérien. « Pour un courriel lesté d’une pièce jointe lourde, ce sont 20 grammes de CO2 qui sont émis, soit autant que 150 mètres parcourus en voiture », indique Guillaume Pitron, auteur de L’Enfer numérique. Voyage au bout d’un like. Avec 10 milliards de messages électroniques envoyés par heure dans le monde, cela équivaut à 50 gigawatts, soit la production électrique horaire de quinze centrales nucléaires ! Mais la pollution numérique provient pour les trois quarts de la fabrication de terminaux tels que – dans l’ordre de leur empreinte carbone – les téléviseurs, les ordinateurs portables, les smartphones, les box Internet, les écrans et les consoles de jeux. Contenant une cinquantaine de métaux, un smartphone ne pèse pas 150 grammes, mais 150 kilos – ce que M. Pitron appelle « le sac à dos écologique ».

Selon le think tank français The Shift Project, « Les émissions de gaz à effet de serre des services de vidéo à la demande, de type Netflix ou Amazon Prime, équivalent à celles d’un pays comme le Chili (plus de 100 millions de tonnes équivalent CO2 par an, soit près de 0,3 % des émissions mondiales). » Les gains obtenus en émissions carbone pourraient être vite balayés par la croissance du secteur. La réalité virtuelle, les métavers accessibles par des milliards d’êtres humains demanderai tune puissance informatique mille fois supérieure à celle d’aujourd’hui. Sans parler de la lutte contre la fracture numérique dans un monde où 2,9 milliards d’êtres humains ne sont pas encore connectés à Internet.

Pour en savoir plus, quelques contributions :

BeaufistanUberAlles : Passionnante et implacable démonstration du caractère auto-destructeur de l’idéologie folle de la croissance éternelle. La sobriété est donc l’unique voie, il n’y a plus à écouter les cancres qui prétendent le contraire. La question est : comment réaliser la sobriété ? Évidemment sortir du nucléaire au plus vite. Puis limiter ou supprimer les consommations inutiles et futiles : bagnole individuelle, jeux vidéos, malbouffe, TV, presse people et sportive, congélateurs, tondeuses à gazon motorisées… Les petits ruisseaux font les grands fleuves. Il conviendra aussi de limiter le nombre d’applications et rézosociaux, c’est n’importe quoi. Supprimer twitter, tiktok, insta, whatsapp, limiter le nombre de publications sur youtube, effacer les publications au bout de 6 mois, tout ça est à débattre… On n’y arrivera jamais avec la droite, de Macron à Zemmour, ils ignorent ces sujets qui sont les plus importants.

Lire, Neutralité carbone, l’exigence de la sobriété

Ht : Ce qui est notable et ce sur quoi Charles de Laubier n’insiste pas assez, c’est à quel point les technos les plus consommatrices sont justement celles qui n’apportent rien ou pas grand chose au consommateur : cloud gaming, bitcoin, 5G. Qu’on commence par là plutôt que de culpabiliser ceux qui envoient des mails.

Kim Kitaek : On pourrait commencer par supprimer TiK Tok, Facebook, Twitter etc etc qui visiblement ne sont ni bons pour l’humanité ni pour la planète.

KAR1M : A tout ceux qui rappellent les bienfaits (réels en apparence) du numérique. Renseignez vous sur leur « effet rebond ». En effet, par exemple, si l’on compare l’impact de l’envoi d’un email avec l’envoi d’un courrier physique, il est probable que l’impact soit inférieur. En revanche, la facilité d’envoi d’e-mail fait que finalement nous envoyons beaucoup plus d’e-mail que nous envoyons de courriers physiques. La numérisation s’accompagne ainsi très souvent d’une augmentation des usages de sorte que le bienfait peut s’annuler jusqu’à provoquer l’effet inverse.

Zarastro : On peut aussi s’interroger sur l’abandon prochain des les lignes téléphoniques analogiques classiques qui obligent concrètement à laisser en permanence sa box allumée pour les applications de domotique traditionnelles comme le déclenchement du chauffage à distance… mais aussi à se rééquiper avec du matériel compatible wifi. Bref, l’obsolescence programmée avec la bénédiction de l’État. En fait chaque nouvelle génération de technologie induit plus de consommation énergétique que la précédente.

Christian Giusti : Tout cela me fait penser aux travaux de Lewis Mumford, historien reconnu des techniques qui, au siècle dernier, dénonçait dans « Le Mythe de la machine » : (citation extraite de la page Wikipédia en français) : « la tendance moderne de la technologie, qui met l’accent sur une expansion constante et illimitée de la production et du remplacement. Il explique que ces objectifs vont à l’encontre de la perfection technique, de la durabilité, de l’efficacité sociale et, globalement, de la satisfaction humaine. La technologie moderne, qu’il appelle « mégatechnique » élude la production durable, la qualité, en poussant au remplacement prématuré des objets techniques grâce à des dispositifs tels que crédit à la consommation, designs non fonctionnels et défectueux, obsolescence programmée, changements de mode fréquent et superficiels ».

Lire, Enfer numérique, dictature des chiffres

l’impossible réveil écologique des ingénieurs

Les ingénieurs du futur devront créer des techniques qui prennent en compte les changements climatiques, la raréfaction des ressources, l’effondrement de la biodiversité. Autant dire que ça ne va pas se faire. Denis Guibard, président de la commission développement durable, rêve : « Nous sommes sur des sujets systémiques tellement complexes qu’ils nécessitent une montée en compétences de nos enseignants-chercheurs dont les résultats concrets ne peuvent être immédiats ». Or nous n’avons même plus le temps puisqu’il faut déconstruire l’ensemble de nos structures.

Lire, Pour une écologie du démantèlement

Elodie Chermann : Quel « bilan du puits à la roue », de la biomasses à l’éthanol, du tournesol au biodiesel ? Les écoles d’ingénieurs font leur transition écologique. Manuel lève le doigt : « C’est écrit dans le document que la culture du tournesol consomme 82,6 litres de diesel par hectare. C’est bizarre non ? Ça veut dire qu’on utilise du diesel pour fabriquer du biodiesel ? » L’enseignante hoche la tête : « On l’oublie souvent, mais pour produire une énergie renouvelable, on a besoin de machines, qui fonctionnent… au diesel. Charge à vous, justement, de vérifier, avec vos calculs, si cette consommation d’énergie non renouvelable vaut le coup ou pas. » Qu’il ait fait les Mines, Polytechnique ou l’INSA, l’ingénieur de demain devra faire face aux mêmes problématiques.

Pour en savoir plus avec les commentaires sur lemonde.fr :

Olivier75 : Les ingénieurs sont ,comme souvent, les seuls à vraiment prendre en main le problème. J’aimerais bien la même approche en école de commerce, de journalisme, de sciences politiques, de médecine, d’histoire, de psychologie.

CJ : Nous n’en sommes qu’au début du commencement de s’occuper de la question… Faut donc juste attendre que ces jeunes qui sont (seront…) formés prennent les commandes et nous concoctent LA solution. C’est là que l’on commence à mesurer tout le retard pris depuis 30 ans (1990, premier rapport du GIEC) que le problème est avéré. Par ailleurs, c’est bien de former les ingénieurs mais les choix à faire sont principalement politiques : demain, on ne doit pas juste changer de technique mais de société. Le problème est on ne peut plus systémique, il n’est pas soluble dans deux inventions, fussent elles disruptives ! L’information est là, depuis longtemps, il suffit juste que les politiques, les entreprises, les journalistes et les citoyens s’informent un peu sérieusement. Alors on pourra commencer à poser les questions aux ingénieurs, les questions qui importent vraiment. Et la réponse, c’est pas Tesla !

Michel SOURROUILLE : Ce n’est plus d’ingénieur dont nous aurons besoin, mais d’artisans bien au fait des technique d’autant plus durables qu’elles seront rudimentaires. La distinction entre techniques douces et techniques dures (low tech contre high tech dit-on aujourd’hui,) était connue depuis les années 1970. On a préféré complexifier toujours d’avantage les processus de production et les machines jusqu’à instaurer un système techno-industriel tellement imbriqué et fragile qu’il va s’effondrer avec l’épuisement des ressources fossiles. Les outils de calcul issus des sciences dures servent à mesurer la montée des périls, mais n’apportent (sauf rares exceptions) aucune technique nouvelle simple et adaptée. A quoi servent les autoroutes quand il n’y aura plus de voitures ? Il ne s’agit pas d’inventer de nouvelles pratiques pédagogiques quand il faudrait remplacer l’énergie exosomatique par le travail de nos petits bras musclés.

Novi : Ça fait vraiment peur de lire ça.

Lire, techniques douces contre techniques dures

Cerise : Toulouse INP est à la pointe du progrès, nous dit la journaliste, à partir de quel élément factuel ? A partir du fait qu’ils ont nommé un vice-président « écologisation » et qu’ils font des ateliers. Ah chouette, la planète est quasiment sauvée alors ! Bravo les marketeux de l’INP : on savait déjà que vous étiez très forts pour faire des jolies brochures et maintenant, en plus, vous avez un vice-président Greenwashing. Félicitations.

Lire, Ingénieur et écologiste, c’est incompatible

Cycle du silicium, carrières et dépotoirs

« Du silex au silicium », on connaît ces triomphales trajectoires que les communicants des technosciences et autres apologistes du progrès industriel, ont coutume de projeter vers un infini futur et merveilleux sur l’écran de leurs PowerPoints, grâce à la Transition, qui, pour être « écologique », ne peut être que « numérique ». Ces insanités ne peuvent se proférer qu’à la condition d’ignorer ce qu’est réellement et concrètement le cycle du silicium dont nous traçons ici l’esquisse sommaire.

Qu’est-ce que le silicium ? D’où et comment est-il extrait ? Et pour quel usage ? Pour produire quels « objets connectés » (« intelligents », « smarts ») ? Et pourquoi ? Et après ? Que deviennent ces milliers de tonnes de déchets électriques et électroniques ?

Éventrer la terre : Le mot silicium vient de silex, une roche siliceuse. Elle constitue un quart de la croûte terrestre, le plus souvent sous la forme de silice, ou dioxyde de silicium, un minéral composé d’un atome de silicium et de deux atomes d’oxygène. La trajectoire qui nous a menés de l’âge de pierre à la civilisation du silicium était-elle inéluctable? Une chose est sûre: entre l’outillage des hommes préhistoriques et le macro-système cybernétique des Smartiens, le changement d’échelle a produit un changement de nature qui obère aujourd’hui la poursuite de la trajectoire. En 2017, 35 à 40 milliards de tonnes de matériaux silicaté sont été extraits du sol, soit trois fois plus que tous les combustibles fossiles.

Brûler du bois et de l’électricité : Deuxième phase du processus:la transformation de la silice en silicium métal. Le matériau s’obtient par carbo-réduction, en ajoutant du carbone (bois, charbon, houille) au silicium. Par exemple les trois fours de Livet-et-Gavet consomment chaque année l’équivalent électrique d’une ville de 150000 habitants(comme Grenoble intra muros). Alors que le groupe menace en 2021 de fermer l’usine, les technocrates de toutes couleurs s’indignent au nom de l’écologie. André Chassaigne, député communiste du Puy-de-Dôme : « Ces sites industriels jouent un rôle majeur dans le cadre de la transition écologique et énergétique. Leurs fermetures auraient un coût environnemental et social conséquent et porteraient inéluctablement un coup à la souveraineté économique nationale ». Yannick Jadot, candidat Vert à l’élection présidentielle : «En tant qu’écologistes, nous voulons des usines comme les vôtres». Guillaume Gontard, sénateur Vert de l’Isère : «La France a et aura besoin de silicium». Jean-Luc Mélenchon, planificateur écologique : «J’aimerais que Macron s’intéresse enfin à Ferropem […]. Je souhaite que le thème du dépeçage de la France industrielle émerge dans la campagne». Tout tout pour le matériau-roi de la «transition écologique» !

Lire, Vivre déconnecté pour se connecter au monde réel

Étape suivante : Poubelles électroniques. Sans silicium, pas de puces électroniques, pas de pilotage automatique de l’homme-machine dans le monde-machine. Et vous ne voudriez tout de même pas revenir au silex. Bref.Voici notre matériau en bout de course, une fois l’objet qu’il rendait «intelligent» devenu obsolète, c’est-à-dire rapidement.Vous jetez votre smartphone tous les deux ou trois ans, selon une étude récente de l’Arcep. Les déchets électroniques débordent des poubelles, et le recyclage promis n’est pas au rendez-vous : 53,6 millions de tonnes ont été produites en 2019, et les experts en prévoient 74,7millions en 2030. Ni le recyclage, ni les infrastructures de destruction «sécurisées» ne peuvent absorber une telle explosion, rapporte une étude de l’ONU. Bilan: sur les 53,6 millions de tonnes de déchets électroniques de 2019, «on ignore ce que sont devenus 82,6 % ou 44,7 millions de tonnes», reconnaît l’OMS.

(mercredi 27 octobre 2021 par Pièces et main d’œuvre )

COP26, technologie ou sobriété partagée ?

De nombreux dirigeants, à commencer par Emmanuel Macron, comptent avant tout sur des progrès technologiques à venir pour faire face au défi climatique. Ils laissent complètement de côté la question de l’évolution de nos modes de vie.

Lire, L’illusion technologique confrontée au climat

Stéphane Foucart : Ouverture, le 31 octobre, de la 26e conférence sur les changements climatiques. La question des moyens à mettre en œuvre pour atteindre les buts poursuivis est éludée. La question du « comment » entremêle deux enjeux, lavenir du système technique ET l’évolution culturelle des sociétés. Le premier est omniprésent, le second à peu près absent. On le voit, jusqu’à la caricature, dans les récentes déclarations des dirigeants des plus gros exportateurs d’hydrocarbures, comme l’Arabie saoudite : « J’annonce aujourd’hui l’objectif zéro émission de l’Arabie saoudite d’ici à 2060 grâce à une stratégie d’économie circulaire du carbone », a ainsi déclaré Mohammed Ben Salmane. L’engagement princier repose entièrement sur des technologies futures et très probablement imaginaires… Emmanuel Macron mise lui aussi sur d’hypothétiques révolutions technologiques : avion bas carbone, petits réacteurs nucléaires, hydrogène « vert »… Le mot « sobriété » n’apparaît pas quand les mots « innovation », « innovant » sont prononcés à plus de soixante-dix reprises… La transition écologique apparaît avant tout comme une transition technologique… Quand on a un marteau dans la tête, tout a la forme d’un clou… Mais qui sait ce que l’accumulation des dégâts causés par le changement climatique et l’effondrement de la biodiversité produira sur les imaginaires et les aspirations collectives ? L’aventure spatiale, l’avion bas carbone ou la conquête des grands fonds marins feront-ils encore rêver en 2030 ? Où seront-ils plutôt perçus comme de dangereuses futilités ?

Très bonne analyse d’un journaliste scientifique du MONDE, à compléter par les commentaires sur lemonde.fr :

ERoy : Nous sommes une démocratie et allez vous faire élire en expliquant à vos futurs administrés que : les vacances au soleil en 2 heures d’avion pour 300 euros la semaine c’est fini, le ski, c’est fini, le chauffage à plus de 18 degré c’est fini, le téléphone pour les ados c’est fini, deux télévisions par foyer sera interdit, voitures surtaxées (max une par foyer), gaz surtaxé et essence sur-surtaxée… Bon courage pour les prochaines élections!

Slab : Le dernier rapport de RTE l’a pourtant montré. Tous les scenarii permettant de réaliser la neutralité carbone n’ont qu’un point commun : la sobriété et l’économie de 40 % de l’énergie. La sobriété se réalisera par des changements de comportements. Mais les mentalités évoluent vite, et des habitudes qui relevaient de la lubie boboécolo il y a quelques années sont maintenant largement admises, comme les repas sans viande dans les cantines, le compostage, moins d’éclairage public la nuit, le recyclage des vêtements…

davidirle : On constate ici, en réponse à cet article fort juste, pas mal de commentaires pro-technologies qui ne se fondent sur absolument rien de concret, à part une mythologie du progrès. Pourtant, les gens dont la transition écologique est le métier, c’est mon cas, rêveraient d’avoir à disposition des technologies magiques. Il y a une forme étonnante de déni de la part de ceux qui croient en la science mais semblent parfaitement incapables de regarder ce que la science explique : les limites matérielles de la digitalisation, les limites quantitatives de la transition énergétique, la difficulté à se passer des hydrocarbures, etc. La science, la vraie, nous explique que nous ne pouvons pas compter uniquement sur elle, mais sur des évolutions de nos modes de vie, mais c’est pas grave, ceux qui « promeuvent » la science préfère s’asseoir sur l’état des connaissances scientifiques et écouter des prophètes scientistes/économistes…

Michel Lepesant : Le problème avec l’économie aujourd’hui c’est qu’elle est punitive : certes elle prétend être libérale mais elle ne profite qu’à une minorité. Le problème avec la technologie aujourd’hui c’est qu’elle est sectaire : ce qu’elle impose ce sont des modes de vie de plus en plus conformes, qui s’imposent à tous .. La domination techno-économique nous fait croire que la liberté c’est de dépasser toutes les limites : s’enfoncer au fond des océans et conquérir Mars ! Pire le problème aujourd’hui c’est que la technologie et l’économie sont unies pour contrôler du « temps de cerveau disponible ». Et qu’ils utilisent ce contrôle pour renverser systématiquement les analyses de bon sens : c’est l’écologie qui serait selon eux punitive et sectaire. C’est le monde à l’envers !

Romagination : L’humanité n’a pas maîtrisé la taille de la population mondiale en proportion des ressources disponibles pour assurer à chacun une vie confortable compte tenu de ce que les technologies actuelles permettent. On peut toujours essayer de changer le mode de vie des plus privilégiés actuellement mais ça sera vraiment marginal : le point moyen à atteindre est trop bas à 8 milliards, sauf si l’on rêve en France du niveau de vie du Bangladesh, et qu’au Bangladesh on accepte de rester à ce niveau…

Lire, Notre responsabilité démographique

Marcassin87 : Personne n’a envie de changer son mode de vie, les bonnets rouges, les gilets jaunes entre autres, nous l’ont rappelé avec virulence. Et il est tout-à-fait légitime que les Africains, les chinois, etc. aspirent à un niveau de vie comparable au nôtre. Or personne ne veut évoquer la réduction drastique de la population. Tout le reste c’est illusoire.

Dump : Cette contradiction sera résolue de la manière la plus classique, par la guerre qui ne fait plus peur, même en agitant l’atome. Au moins cela résoudra le problème, peut être même définitivement pourvu qu’on force la dose…

La mouche du coche : Macron est une marionnette, avec la moitié des fils tenus par le MEDEF et l’autre par la FNSEA. Pas étonnant qu’il se cache derrière des illusions pour éviter de voir la réalité : avec bientôt 8 milliards d’Homo sapiens avides d’un « modèle » occidental basé sur la gabegie énergétique. La planète est foutue.

NonMais @ La mouche : La planète s’en fout royalement.

Réagir avec l’association Sciences critiques

Conférences-débats « Déconfinons les sciences ! », le samedi 6 novembre prochain, à Paris, de 15h à 22h.
> Le programme :
Première table-ronde (de 15h à 17h)
– Pour une endocritique de la science, avec
Jean-Marc Lévy-Leblond
– Être scientifique au temps du libéralisme, avec
Jean-Marie Vigoureux
– La place et le rôle des scientifiques dans les luttes sociales, avec
Annie Thébaud-Mony
– La recherche, entre guerres sanitaires et décroiscience, avec
Jacques Testart
*** Collation offerte ***
Seconde table-ronde (de 17h45 à 19h45)
– Une histoire de la critique de la science, avec
Renaud Debailly
– Sortir d’une vision mécaniste du vivant, avec
Pierre Bourlier
– L’engagement scientifique en actes. L’exemple du collectif Atécopol, avec
Jean-Michel Hupé
– La désobéissance civile dans la recherche. L’exemple du collectif Scientifiques en rébellion, avec
Tanguy Fardet
*** Buffet offert ***
Et, à 21h, pour finir cette journée de conférences-débats conviviale et festive, nous vous proposons d’assister au nouveau seul-en-scène de
Guillaume Loublier, intitulé « A.I.R : Artifices, Intelligence & Rires ». Le synopsis : Un vieux philosophe et son robot luttent pour que les Hommes gardent leur humanité dans un monde de plus en plus connecté. Une rêverie, mêlant humour, poésie et enjeux scientifiques actuels, qui questionne le destin de notre civilisation au sein de nos sociétés technologisées. La science sans conscience est-elle humaine ?
Voir la bande-annonce du spectacle
 > Lieu :
100 Établissement Culturel Solidaire (100-ECS)
100 rue de Charenton – 75012 PARIS
Accès : Gare-de-Lyon (métro 1 et RER A), Reuilly-Diderot (métros 1 et 8) et Ledru-Rollin (métro 8)
Entrée gratuite (dans la limite des places disponibles). Accueil (soumis aux règles sanitaires en vigueur) : à partir de 14h30. Début des interventions : à 15h.
Nous vous y attendons nombreuses et nombreux !
Pour tout renseignement complémentaire : redaction@sciences-critiques.fr

Les 10 conseils de lecture de Sciences Critiques 
Pourquoi et comment être « critique de science » ?, par Jacques Testart
Pour une critique de science, par Jean-Marc Lévy-Leblond
Aux racines de la critique des sciences, par Renaud Debailly
Pourquoi il ne faut pas sauver la recherche scientifique, par le Groupe Oblomoff
Allons-nous continuer la recherche scientifique ?, par Alexandre Grothendieck
« Il n’y a pas de maîtrise démocratique de la science », un Grand Entretien avec Jean-Marc Lévy-Leblond
« Il faut prendre le mal à la racine », un Grand Entretien avec Jacques Testart
« La démocratie dans la recherche n’est pas pour demain », Trois questions à… Roland Gori
La technologie est une politique, par Philippe Godard
Religiosité de la technoscience, par Simon Charbonneau

La 5G, une technologie sans avenir

Sur la 5G comme sur toutes les innovations technologiques ou presque, c’est toujours la désespérante impossibilité d’arriver à un consensus ! D’un côté la convention citoyenne pour le climat souhaitait un moratoire pour pouvoir déterminer les risques de cette nouvelle technologie. De l’autre Emmanuel Macron a maintenu le calendrier prévu pour une première version fin 2020-début 2021.

Lire sur notre blog, 5G, technolâtres contre techno-réalistes

Adrien Sénécat : Plus de données, plus d’objets connectés, plus vite, partout… Pour certains, la 5G est fondamentalement opposée à la « sobriété numérique » qui s’impose pour juguler l’explosion de la consommation d’équipements informatiques. Les industriels défendent, au contraire, une technologie « verte ». Qui croire ? S’il est vrai qu’une antenne 5G consomme de l’ordre de dix fois moins d’énergie pour transporter le même volume de données qu’un modèle 4G, l’utilisation de données devrait augmenter avec les nouveaux usages qu’elle entraîne. C’est ce qu’on appelle l’effet rebond. Au final le futur réseau consommera plus d’électricité que l’ancien,. De plus le changement de réseau implique de passer à des modèles de smartphones compatibles, il y a création d’obsolescence..

Cédric O, secrétaire d’Etat chargé du numérique, balaye les critiques d’un revers de clavier : « Aujourd’hui, le fonctionnement global de notre économie est largement inefficient : on gaspille de l’essence, de l’électricité, des intrants agricoles… Pour réussir la transition écologique, nous allons avoir besoin d’innovation technique pour optimiser drastiquement notre utilisation des ressources… La 5G, c’est plus de connexions. Plus de connexions, c’est plus d’informations échangées. Et plus d’informations échangées, c’est plus d’efficacité, donc moins de gaspillage. C’est une loi immuable de la technique. »

Lire sur notre blog, techniques douces contre techniques dures

On retrouve le débat des années 1970, techniques douces/ techniques dures, low tech/ high tech, techniques disproportionnées contre techniques adaptées au contexte. Le groupe de réflexion sur la transition énergétique « The Shift Project », est réaliste : « C’est d’abord un problème de démarche intellectuelle. Dans l’agriculture, par exemple, on voit que le passage à la permaculture permettrait des gains environnementaux beaucoup plus importants que le fait de s’aider de capteurs connectés. La vraie révolution serait donc d’abord de sortir de l’agriculture intensive, puis, ensuite seulement, de choisir les technologies appropriées. »

Commentaires sur lemonde.fr :

In Girum Imus Nocte : Un peu comme si James Watt avait expliqué que son amélioration de la machine à vapeur de Thoms Newcomen (1712) allait faire diminuer la consommation de charbon. Rien de nouveau en effet depuis le constat de Jevons. Qui peut croire que l’internet des objets, ses capteurs ubiquistes et ses téra-octets de données quotidiennes — pour des usages globalement tous plus futiles les uns que les autres — sera synonyme de sobriété en ressources, qu’elles soient minières ou énergétiques… Ce monde-là ne va nulle part.

Man from Blacksea : Une fois que la machine est lancée personne ne pourra s’en passer. Les anti-tout ont perdu d’avance.

Michel SOURROUILLE @ Man in black : Il est vrai qu’à l‘heure actuelle, l’innovation technologique impose son rythme aux entreprises et aux consommateurs, ; bientôt la 6G par exemple alors que la 5G n’est pas encore installée ! Mais la High tech, impose une forte consommation d’énergie et pour éviter cela, on commence déjà à envisager la sobriété numérique. Le croissancisme techno repose sur l’hypothèse complètement fausse d’une abondance durable des ressources énergétiques. Utiliser sans réflexion approfondie une technique à la mode sans considération de ce qui lui permet de fonctionner durablement nous mène encore plus rapidement vers le mur des réalités biophysiques.

Michel Lepesant : La sobriété numérique c’est le refus d’aller toujours plus vite, toujours plus connecté : sa justification est d’abord sociale. Car plus de connexion, c’est moins de relations humaines en vrai, en chair et en os. C’est plus de relations « immédiates » mais moins de relations « directes ». C’est moins d’humanité. Il ne faudra pas s’étonner ensuite que dans une société où les relations humaines seraient de plus en plus robotisé, on en viendra à nous expliquer que les robots peuvent ressembler à des humains : c’est parce que, auparavant, les humains auront déjà ressemblé à des robots.

Untel : Il est vrai pourtant que les pays à forte technologie feront mieux face au réchauffement que les pays sous-développés.

Michel SOURROUILLE @ untel : Avec la sortie des énergies fossiles qui est vivement recommandée aujourd’hui, les techniques disproportionnées comme la 5G deviendront inutilisables et tous ceux que en dépendront feront faillite en chaîne ; l’appauvrissement sera général. Les pays sous-développés, avec leurs techniques rudimentaires, les garderont et ne souffrirons pas plus qu’avant.

Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphere :

21 août 2020, 5G, les humains aiment trop la bagarre

4 juillet 2020, 5G, technolâtres contre techno-réalistes

3 juillet 2020, L’obsolescence programmée par la 5G

11 janvier 2020, La 3G évitable, 4G superflue, 5G inacceptable

4 février 2013, être technologue, savoir s’interdire certaines techniques

Simplicité, Sobriété… Techniques douces

Les années 1970, c’était encore l’époque où nous n’avions pas besoin d’anglicismes comme low tech / high tech pour envisager ce qu’il faudrait pour assurer un avenir durable à nos générations futures. Dans le hors série « spécial écologie » du Nouvel Observateur (juin-juillet 1972), « La dernière chance de la Terre », on trouve explicitement une différenciation entre techniques dures et techniques douces dont voici un résumé : Petit apport d’énergie / Grand apport d’énergie exosomatique ; production artisanale / industrielle ; priorité au village / à la ville ; limites techniques imposées par la naturel / Limites techniques imposées par l’argent… Pour refroidir la Terre, nous n’avons pas besoin d’injection de soufre, nous avons besoin de négawatts, c’est à dire d’appuyer sur la pédale du vélo (techniques douces) et non sur l’accélérateur de la voiture thermique ou électrique(technique dure).

Aujourd’hui un article du MONDE, la conversion aux « low tech » de jeunes ingénieurs,  annonce un « basculement » que l’étudiante Florence Drouet décrit ainsi : « Je ne pouvais plus continuer mon travail, si contradictoire avec la réalité alarmante de la pénurie d’énergie et de ressources. On m’avait appris à rester dans un moule cadré. Quand j’ai pris conscience que, contrairement à ce qui est asséné, on ne pourra pas s’en sortir par la fuite en avant technologique, cela a été vertigineux. » Les bigots technophiles ne cachent pas leur joie devant ce qu’ils pensent être des délires technophobes :

Fbr : Bienvenue au moyen âge !

Gordon : Les ingénieurs high tech coréens rigolent…

le sceptique : En prenant un gros bloc de pierre, genre par exemple du silex, ben peut-être qu’on pourrait en dégager des sortes de lames et d’éclats, qu’on pourrait ensuite retravailler et dédier à des choses simples et universelles comme percer, trancher, racler…

D accord : Nul doute qu’en tirant au lance pierre on saura bien se défendre contre des pays qui rigoleront bien de nos délires. Curieux de voir ce que va donner un planeur lowtech dans un combat aérien contre un chasseur russe ou chinois de 6ème génération.

pierre marie : « ferme écologique du Bec Hellouin »ou mas Beaulieu de Rabhi, main d’œuvre gratuite appréciée. Le plus productif dans la permaculture : proposer des stages payants, toucher le fric et faire bosser gratuitement. Sympa, les topinambours et le quinoa sont proposés à tous les repas, à un prix solidaire.

Albireo : Courage, encore quelques recherches et on aura réinventé la technologie du Néolithique.

Philip69 : Alors que l’urgence climatique appelle une myriades de solutions techniques pour adapter notre monde tout en restant dans les limites du socialement et politiquement acceptable, on a besoin d’ingénieurs de high-tech, pas de bricolo du dimanche, pas plus que de permaculteurs de lopins.

Paolo Kanté : Il faut creuser de plus en plus profond pour déterrer un commentaire positif de nos jours.

Michel SOURROUILLE : Analysons les conséquences socio-économiques d’un appareil apparemment aussi anodin que le mixer électrique. Il extrait les jus de fruits en moins de temps qu’il ne faut pour le dire. Quelle merveille ! A première vue. Il suffit de jeter un coup d’œil sur la prise et le fil pour s’apercevoir qu’on est en face du terminal domestique d’un système national et, en fait, mondialisé. L’électricité arrive par un réseau de lignes alimenté par les centrales… nucléaires. L’ensemble de la chaîne ne garantit un approvisionnement que si chacun des maillons est encadré par des bataillons d’ingénieurs, de gestionnaires, eux-mêmes reliés aux administrations(quand ce n’est pas à l’armée).  En mettant le mixer en marche, on se branche sur tout un réseau de systèmes interdépendants, complexes et fragiles. Le passage de techniques simples à l’équipement moderne a impliqué la réorganisation de la société tout entière. Sa nécessaire déstructuration ne sera pas facile.

L’imaginaire technologique de nos présidents

Nos présidents se font un point d’honneur de glorifier la technique dite « de pointe ». De Gaulle inaugure le sous-marin Le Redoutable (1967), Pompidou vole en Concorde de Paris à Toulouse (1971), Giscard visite la centrale nucléaire de Gravelines (1980), Mitterrand inaugure le TGV (1981), Emmanuel Macron adoore « le TGV, Ariane, le Concorde et le nucléaire. »

Jean-Baptiste Fressoz : « Difficile de trouver dans ce panthéon une technologie qui ait rendu les Français plus prospères. Mais il s’agit de valoriser par la technologie le patriotisme des électeurs. Le Concorde fut un formidable fiasco, quatorze exemplaires en tout et pour tout. Le TGV a renforcé le tropisme parisien : huit trajets à grande vitesse sur dix commencent ou finissent dans la capitale. »

Moriarti : Moi dit Fressoz, du haut de ma « Recherche » je vous garantis que Macron retarde, il a tout faux. Le Monde ne devrait pas jouer le jeu de ces donneurs de fausses leçons soi disant rehaussés par leurs titres universitaires. En quoi ces titres les qualifient ils pour parler de ces sujets ? En rien. Ce monsieur le prouve.

Mle @ Moriarty : J’adore votre argumentaire ! Vous avez dénigré le messager sans jamais donner des arguments contre le message. Votre commentaire peut se résumer à : il est nul parce qu’il est nul.

Biosphere : L’innovation technologique et sa démesure mérite mieux que ces coups de griffes. L’économie de la promesse technologique n’est que l’avatar contemporain des paradis religieux et des utopies sociales des siècles antérieurs. Cette promesse doit contenir un tiers de prouesse scientifique, un tiers de rêve de progrès humain for good (pour le bien), et un grand tiers de profitabilité exponentielle. Et tout problème posé par la technique est réglé par la promesse… d’une nouvelle technique. Le progrès technique est présenté comme un dogme indiscutable par l’ensemble des dirigeants et des médias. Il a infusé dans l’état d’esprit de la population, « on trouvera bien quelque innovation pour s’en sortir ». Quand on l’élève au rang d’un culte, toute remise en cause, tout débat rationnel deviennent impossibles et ceux qui osent élever la voix sont aussitôt considérés comme des apostats. Nous sommes dans la configuration que décrivait Jacques Ellul, dès 1960, dans La technique ou l’enjeu du siècle, où la démocratie n’a plus sa place puisqu’il faut croire sans poser de questions.

Dans un monde où le discours enchanté de la technique s’écarte de plus en plus d’une réalité faite de limites, d’effets indésirables, de pannes et d’accidents,  la question de la délibération politique autour des choix techniques ne peut plus être éludée. Vive les techniques douces contre les techniques inappropriées.

Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphere :

10 juin 2021, Le temps long et incertain de l’innovation

26 février 2021, Les mirages de l’innovation technologique

25 décembre 2018, Jean-Baptiste Fressoz annonce l’apocalypse joyeuse