spiritualités

Aldo Léopold, pour une éthique de la terre

Les premières éthiques, tel le décalogue de Moïse (les dix commandements), portaient sur les relations interindividuelles. Les ajouts ultérieurs touchent les relations entre les individus et la société.

La règle d’or (ne fais pas aux autres ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse) tente d’intégrer l’individu dans la société ; et la démocratie tâche d’intégrer l’organisation sociale dans l’individu.

Il n’existe pas encore d’éthique de la relation de l’homme à la terre, aux plantes et au animaux. La terre, comme les esclaves, reste considérée comme une propriété. La relation est toujours strictement économique, comporte des privilèges, mais n’impose pas de devoirs. L’extension de l’éthique à ce troisième élément est une nécessité écologique. Elle élargit les frontières de la communauté au sol, à l’eau, aux plantes et aux animaux – en un mot : à la terre. Une éthique de la terre ne peut certes pas empêcher l’altération, la gestion et l’usage des ressources naturelles, mais elle affirme leur droit à perdurer et, du moins par endroit, à le faire à l’état naturel.

Bref, cette éthique modifie le rôle de l’Homo sapiens, muant ce conquérant de la communauté de la terre en simple citoyen et membre de celle-ci. Elle implique un respect envers tous ses autres membres et la communauté en tant que telle. Notre problème consiste à convaincre les hommes d’étendre leur conscience sociale à la terre. L’éducation actuelle n’impose pas de devoirs à l’égard de la terre, hormis ceux que dictent l’intérêt personnel. Résultat : nous avons plus d’éducation, mais moins de sols, moins de forêts en bonne santé, et autant d’inondations qu’en 1937. En tentant de rendre l’écologie facile, nous l’avons rendue dérisoire. La plupart des membres de la communauté de la terre n’ont pas de valeur économique, par exemple les fleurs sauvages et les mammifères prédateurs. Pourtant ce sont des membres de la communauté biotique, et la stabilité de celle-ci dépend de son intégrité, ils ont le droit d’être préservés.

Peu de gens même instruits ont conscience que les merveilleux progrès techniques des dernières décennies sont des améliorations de la pompe plutôt que du puits. Ils ont à peine suffi à compenser la chute du taux de fertilité par hectare. On voit se répéter les mêmes clivages : l’homme conquérant versus le citoyen biotique ; la science affûtant son épée versus la science-projecteur braqué sur l’univers ; la terre esclave et domestique versus la terre, organisme collectif. L’homme moderne est séparée de la terre par de nombreux intermédiaires, et une multitude de gadgets. Il n’a pas de relation vitale avec elle ; pour lui la terre n’est que l’espace, entre les villes, ménagé aux cultures. Lâchez-le toute une journée dans la nature ; si ce n’est pas un golf ou un site « pittoresque », il s’ennuie à mourir. Si on pouvait faire pousser les légumes hors sol, ça lui conviendrait parfaitement. Il préfère les substituts synthétiques du bois, du cuir, de la laine et d’autres produits naturels aux originaux. Bref, la terre est une chose qu’il a « dépassée ».

L’ensemble des espèces forme une pyramide. Les plus grands prédateurs ont été balayées du sommet de la pyramide ; pour la première fois les chaînes alimentaires se raccourcissent au lieu de s’étendre. Des espèces domestiques viennent remplacer des espèces sauvages. Certaines espèces deviennent incontrôlables, causent des maladies ou des ravages, tandis que d’autres s’éteignent. La science agricole apparaît largement comme une course entre les espèces nuisibles émergentes et les toutes dernières techniques pour les contrôler. Les données conjuguées de l’écologie et de l’histoire aboutissent à une conclusion générale : moins les changements d’origine humaine sont violents, plus la pyramide a des chances de s’adapter harmonieusement. Cette conclusion va à l’encontre de notre philosophie actuelle selon laquelle, puisqu’une petite augmentation de densité a enrichi la vie humaine, un accroissement indéfini l’enrichira indéfiniment.

Or, l’écologie ne connaît pas de relation de densité qui tienne dans des limites reculées indéfiniment, tous les gains de densité sont soumis à la loi des rendements décroissants. L’invention des outils a permis à l’homme d’opérer des mutations d’une violence, d’une vitesse et d’une portée sans précédent. La violence varie avec la densité de population humaine ; une population dense requiert une conversion plus violente. Beaucoup de biotes sont surexploités, autrement dit leur capacité à supporter des cultures est déjà dépassé. Beaucoup de territoires sont à cet égard surpeuplés. L’éthique devient une limitation de la liberté d’action dans la lutte pour la vie et, philosophiquement, la différenciation d’une conduite sociale d’avec un comportement anti-social.

Une chose est bonne quand elle tend à préserver l’intégrité, la stabilité et la beauté de la communauté biotique, et mauvaise dans le cas contraire. Le mouvement actuel de protection de la nature est l’embryon de cette nouvelle éthique.

Aldo Leopold, L’éthique de la Terre (publié en 1949,  petite bibliothèque Payot en 2019)

Lire, Almanach d’un comté des sables d’Aldo Leopold (1946)

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Nos écrits en 2005 sur la spiritualité écologique

Nous sommes en 2026,

la Terre-mère pour bientôt ?

06.02.2005 L’écologie, chrétienne ?

Le Dieu des humains n’a jamais rien apporté à la Biosphère car il est à leur image, raciste, possessif, cruel et complètement ignorant du nécessaire équilibre des cycles vitaux. Dieu s’intéresse uniquement aux affaires humaines du temps présent, il ne porte pas de jugement sur la destruction des ressources fossiles, sur la perte de biodiversité ou sur le changement climatique. La religion occidentale est fondée sur le dogme anthropocentrique de domination de la Nature, elle est donc au cœur de sa destruction et ce n’est pas quelques contre-exemples comme St François d’Assises qui va nous faire oublier les délires des papistes pour la multiplication des naissances, donc contre le préservatif. Les sbires de toutes les chapelles judéo-chrétiennes (ce qui inclut les musulmans) ne développent pas la communion entre toutes les créatures du ciel et de la terre, mais un communautarisme dirigé à la fois contre le pluralisme des cultures et la diversité des espèces (végétales et animales).

Face à cela, la colère de la Biosphère est le cri de l’ensemble des créatures victimes de la démesure prédatrice de l’activité économique. C’est pourquoi les humains devraient être de plus en plus nombreux à relayer cette colère pour retrouver cette vocation de rédempteur cosmique qu’on ne peut trouver que dans l’écologie profonde.

20.02.2005, L’Église s’envoie en l’air

Pour sa retraite, le cardinal Jean-Marie Lustiger a reçu un billet d’avion dit « intégral » sur Air France, lui donnant le droit d’emprunter les lignes de la compagnie sur tous les continents pendant deux ans. A plus de deux kilos de gaz à effet de serre par litre de kérosène, on peut déjà dire que l’Église catholique veut bien faire un cadeau à l’homme, mais aucun au réchauffement climatique. Pourtant la Biosphère serait malgré tout conciliante s’il s’agissait de porter la bonne parole environnementale, prônant ici ou là dans des conférences la réunification entre les élus de Dieu et toutes les autres créatures du ciel et de la terre. Mais pour Jean-Marie Lustiger le seul discours valable est d’insister sur le baptême, car « baptisés, vous ne l’êtes pas par hasard parce que c’est le choix de Dieu ».

Amen pour les croyants, démerdes-toi comme tu peux pour sauver la planète.

03.04.2005 Le pape ou la planète ?

Début 2005, plus de 1300 scientifiques réunis par l’ONU à propos de l’état des écosystèmes de la planète ont rendu leur diagnostic. Selon ce rapport, environ 60 % des écosystèmes permettant la vie sur terre ont été dégradés par l’activité humaine, et cela de façon plus accentuée au cours des cinquante dernières années que dans toute l’histoire de l’homo sapiens. Les humains ont depuis 1945 converti pour l’agriculture plus de terres qu’aux XVIIIe et XIXe siècles réunis. Entre 1750 et 2005, 60 % de l’accroissement de la concentration en gaz carbonique dans l’atmosphère s’est produit seulement depuis 1959. Il s’agit d’une pression telle sur les fonctions naturelles de la planète que la capacité des écosystèmes à répondre aux demandes des générations futures ne peut plus être considérée comme acquise. Les pauvres des zones rurales sont déjà touchés par cette catastrophe parce qu’ils dépendent plus directement des services d’origine éco-systémique. Le verdict est sans appel mais les médias ne lui accordent que quelques brèves. Ce rapport publié et oublié juste avant la mort du pape Jean Paul II s’efface, il paraît plus important de consacrer au décès d’un seul homme des heures et des heures dans les journaux télévisés du monde entier, des pages et des pages dans la presse écrite. Pourtant du point de vue de la Biosphère, cette « disparition » d’un pape n’a aucune signification, aucune valeur si ce n’est la mise à disposition pour les décomposeurs de quelques dizaines de kilos de chair.

Un jour prochain les humains devront choisir entre leur propre culte ou celui de la planète.

06.04.2005 bienheureuse pauvreté

Lors du dernier conclave de 1978, les cardinaux-électeurs étaient logés dans de petits appartements de fortune fabriqués à la hâte où ils pouvaient juste disposer d’un vase de nuit, même pas d’eau courante. Ils se mettaient ainsi à l’unisson du peuple des pauvres que toute Église qui respecte le message du Christ se devrait de soutenir. Mais ils résideront dorénavant dans des chambres individuelles spacieuses et confortables. La Biosphère regrette ce changement qui paraît sans doute anodin, mais qui est symptomatique d’une Église qui n’a jamais penser aux équilibres globaux à respecter entre l’existence humaine et les écosystèmes. Pourtant la pauvreté pour tous est dorénavant nécessaire, il y a surcharge de l’activité humaine sur la planète.

L’eau sera de moins en moins un bien en libre disposition de tous : retour à l’eau du puits, Messieurs les cardinaux !

11.08.2005 L’incertitude religieuse

Au Pakistan, les madrasas enseignent aux enfants des classes défavorisées essentiellement le Coran et les hadiths (dires du prophète). Elles créent ainsi chez ces enfants une habitude de pensée caractérisée par l’extrémisme religieux et l’intolérance envers ceux qui ont une vision différentes de leur religion. Une fois étudiants, ils sont amenés à croire que le monde entier, spécialement l’Occident et les juifs, veut miner l’islam et qu’ils doivent le défendre contre ces attaques. Mais l’islam n’est pas monolithique, il y a cinq fédérations de madrasas, les fondamentalistes sunnites, les sunnites marqués par la tradition sufi, les sunnites salafistes, les sunnites proches des frères musulmans et les chiites. Ces écoles, sectaires avec les autres religions comme envers leurs propres coreligionnaires, montrent par l’absurde la validité du principe de laïcité. Si toutes les religions, au lieu d’interpréter de façons différentes leurs différents livres sacrés, montraient que les humains n’ont pas à privilégier leurs propres croyances dans des dieux à leur image, alors le monde pourrait-il devenir plus paisible. Mais la laïcité ne résout rien au fond.

Si toutes les religions éduquaient les enfants dans le respect des équilibres de la Biosphère, alors le monde pourrait-il devenir plus paisible, sans terrorisme aveugle en Irak, en Angleterre, en Égypte ou ailleurs.

09.12.2005 La culture dans la nature

L’animisme est cette forme de religion qui attribue une âme aux animaux et aux phénomènes naturels. En territoire animiste, on ne retrouve ni castes d’artisans séparés, ni culte des ancêtres, ni démiurges créateurs, ni goût pour les patrimoines matériels, ni obsession de l’hérédité et de la filiation, ni flèche du temps, ni assemblées délibératives. Ainsi les indiens Jivaros de l’ethnie Achuar qui vivent entre Equateur et Pérou : ils pensent que les humains, les animaux, les plantes et les esprits n’appartiennent pas à des réalités séparées : tous étant également dotées d’âmes, ils peuvent communiquer entre eux. Cette façon de considérer l’ensemble du monde vivant comme les partenaires d’une sociabilité généralisée n’est pas une lointaine exception amazonienne, elle se retrouve chez divers peuples d’Asie, d’Amérique ou d’Océanie. Dans ce système règne la simplicité productive et la limitation des besoins, ces règles de vie incontournables permettant la durabilité extrême. Ce sont les ancêtres d’une écologie bien comprise, la sauvegarde des besoins des générations futures ne passait pas par le « développement ».

Quand la culture future des humains aura intégré à nouveau une symbiose avec la Nature, alors la Biosphère sera-t-elle plus paisible pour ses composantes humaines et non-humaines

15.09.2005 Le vice de la luxure

Le nouveau « Catéchisme de l’Eglise catholique abrégé » est paru en France le 1er septembre. Il traite en 600 questions-réponses de la vie sur Terre. On apprend (question 492) que « sont des péchés gravement contraires à la chasteté l’adultère, la masturbation, la fornication, la pornographie, la prostitution, le viol, les actes homosexuels. Ces péchés sont l’expression du vice de la luxure ». C’est donc là selon Benoît XVI « un texte de référence sûr et authentique ». Mais le nouvel opuscule romain se préoccupe beaucoup des questions de morale privée, presque pas des injustices sociales, aucunement de la protection de la Nature. Il faut dire que ce parti-pris est très ancien : le Décalogue (ou loi de Moïse, plus connu sous la dénomination « les dix commandements ») comporte 4 articles sur le respect de la divinité, 3 articles sur le respect de la vie familiale et 3 seulement sur le respect de la vie sociale ; rien sur l’environnement.

Nulle mention dans ces textes religieux, ni hier ni aujourd’hui, de l’équilibre à respecter entre la Biosphère et le comportement humain. La religion catholique n’est qu’anthropocentrisme désuet et souvent immoral : la masturbation ne rend pas impuissant.

28.12.2005 Une foi sans modération

La 19e rencontre à Lyon de la communauté de Sant’Egidio a constitué en 2005 un « Davos des religions » qui réunit rabbins et musulmans, cardinaux et pasteurs, prélats orthodoxes et bouddhistes ou taoïstes. Un appel a été ratifié par tous les religieux présents : «  Les religions ne veulent pas de la guerre, du terrorisme… Celui qui se sert du nom de Dieu pour légitimer la violence avilit la religion. Aucune guerre n’est jamais sainte » . Alors on s’interroge : que faudrait-il faire des textes sacrés qui appellent à la violence ? Certains disent qu’on ne peut pas découper la Bible avec des ciseaux, d’autres qu’il faut distinguer dans le Coran ce qui est historique, donc soumis à évolution, de ce qui est permanent. Mais l’essentiel serait la capacité des croyants à discuter les textes sacrés, les approfondir et en éliminer les outrances.

Alors là, la Biosphère doute, plusieurs centaines si ce n’est quelques milliers d’années de vraies/fausses interprétations ont justifié les guerres, les inquisitions et les représailles les plus atroces. Rien n’est sacré si ce n’est le respect de l’équilibre des écosystèmes, tout le reste est anthropocentrisme sans fondement. Il ne faut pas désespérer, un jour la protection de la Biosphère apparaîtra comme la seule foi qui sauve.

29.12.2005 Un jeûne sans voiture

Depuis des siècles et des siècles, les religions soumettent des peuples à leurs dogmatismes par l’esprit, ou par le fer si le conditionnement mental ne suffit pas. Toutes les religions majoritaires prônent le culte de dieu et l’apaisement/conflit entre humains sans s’intéresser le moins du monde à notre mère Nature. Mais en 2005 plusieurs évêchés (Trêves, Mayence…) ainsi que l’Église protestante de Rhénanie, Hesse-Nassau, Palatinat et Luxembourg ont appelé les chrétiens à renoncer à leur voiture pendant la période du Carême (20 février au 20 mars) en optant pour le vélo ou les transports en commun : « Rouler moins en voiture signifie plus de santé pour vous et pour la Création ». Un bilan indique que 1760 volontaires ont accepté de suivre ce jeûne, la société thermo-industrielle pourrait changer si le milliard de chrétiens et le milliard de musulmans suivait rapidement la même voie. Mais comment généraliser un discours entre des sectes qui se veulent contradictoires et dont le respect des écosystème ne fait pas partie de fondements ?

La « Création » à l’origine des humains, c’est à la Biosphère que vous la devez, est le début et la fin de toute vie. En vérité en vérité je vous le dis, vous devriez célébrer l’existence de la Biosphère puisque vous n’êtes qu’une de ses infimes parties. Toutes les composantes de votre corps existaient déjà dans les premiers instants de la Biosphère, votre statut actuel ne peut se dissocier du support matériel qui vous associe aux autre espèces et à la place de votre planète dans l’univers, votre survie dépend de la sienne. De l’intérieur ou de l’extérieur des religions, respectez la Biosphère,  source de la vie,: c’est le seul message qui soit véritablement œcuménique.

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Lire la Bible pour se faire peur !

Amateurs de littérature horrifique, essayez la Bible… Le corpus de textes sacrés commun aux juifs et aux chrétiens offre des récits d’une richesse narrative inouïe, comprenant parfois des scènes épouvantables. Et Dieu lui-même en est l’instigateur ! Il y a le Dieu de la théologie et le Dieu du récit biblique. Le premier est parfait, tout-puissant, omniscient, et son amour infini. Le Dieu du récit biblique, au contraire, est un personnage plein de défauts, d’accès de colère, de mesquineries et d’excès. Exemples.

– « L’Eternel fit tomber sur Sodome et sur Gomorrhe une pluie de soufre et de feu (…). Il détruisit ces villes et toute la plaine, et tous les habitants de ces villes. La femme de Loth regarda en arrière, et elle devint une statue de sel. »

– Le livre de Josué raconte l’arrivée des Hébreux, après une longue errance dans le désert, sur la terre promise par Dieu. « Votre territoire s’étendra depuis le désert et le Liban que voici jusqu’au Grand fleuve, l’Euphrate, tout le pays des Hittites, jusqu’à la Méditerranée, au soleil couchant », assure l’Eternel, par la bouche du général Josué. Il mène son peuple à de nombreuses victoires, qui aboutissent à l’extermination ou à l’expulsion d’habitants de la région, les Cananéens. Des idéologues juifs et chrétiens s’y réfèrent pour légitimer l’usage des armes afin de conquérir et de défendre ce qu’ils considèrent comme leur « Terre sainte ». Le même texte peut, à l’inverse, être brandi par ceux qui souhaitent démontrer que la violence est inhérente au récit biblique, au monothéisme, voire au peuple juif.

Les récits de la bible ont probablement été écrits autour du VIIe siècle avant notre ère, bien après les épisodes qu’ils sont censés relater.

https://www.lemonde.fr/le-monde-des-religions/article/2026/07/19/la-bible-un-livre-terrifiant-trois-recits-effrayants-du-texte-sacre-des-juifs-et-des-chretiens_6725310_6038514.html

Les commentaires des agnostiques

– Le monothéisme renverse les polythéismes en imposant la figure patriarcale et destructrice d’un Dieu vengeur et cruel. Pas sûr qu’on ait gagné au change.

– On trouve de tout dans la Bible, y compris le livre d’Ezéchiel qui est l’œuvre d’un véritable psychopathe! Pendant tout le livre, c’est des répétitions de « Vous ne m’avez pas cru / pas écouté / pas respecté, ma vengeance s’abattra sur vous, elle sera terrible et vous saurez qui je suis / comment je m’appelle / que mon nom est l’Eternel, etc. »

– N’oublions pas… Les textes “sacrés” ne sont que des récits passés par oral de génération en génération, interprétés et modifiés au fil du temps en fonction des événements des époques pour finir adaptés puis figés pour servir le dogme des religions. Et les hommes s’en servent pour justifier les pires horreurs qu’ils commettent.

– Dieu est présent dès la première ligne de la Bible, il se fâche avec Adam, il demande à Noé de construire l’Arche, il parle en tête à tête avec Moïse, il parle à Josué, à Elie, à toute la bande. C’est un grand bavard, vindicatif et hargneux.

– Vox populi, vox dei. On le sait bien, ce dicton latin le rappelle : lorsque dieu parle, il dit les paroles que les hommes mettent dans sa bouche ; lorsque dieu appelle à la vengeance et au massacre, c’est que la foule homicide lui fait porter son propre appétit de vengeance, son propre goût pour le sang.

– Le Deutéronome comporte des passages sur les femmes qui aujourd’hui tomberaient sous le coup de la loi.

–  Les chrétiens auraient dû mettre la bible aux oubliettes. Sauf le cantique des cantiques et l’ecclésiaste…

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Nos écrits en 2005 sur l’opium du peuple

Nous sommes en 2026

et le pape François a lutté pour le climat,

le pape Léon XIV lutte contre l’Intelligence artificielle !

20.01.2005 Le préservatif contre la religion

Le 18 janvier, la conférence des évêques espagnols admettait l’usage du préservatif dans la lutte contre le sida. Le jour suivant, son porte-parole publiait un communiqué affirmant que « l’usage du préservatif est contraire à la morale ». La doctrine de l’Eglise n’a donc pas changé, pour elle l’usage du préservatif implique une conduite sexuellement immorale, mieux vaut l’abstention des relations sexuelles illicites et la fidélité mutuelle entre conjoints pour faire face au danger du sida.

Ce n’est pas avec des demeurés comme ça qu’on va pouvoir entamer une décroissance démographique des humains pour sauver la Biosphère.

05.04.2005 Poussière, tu n’es que poussière

Il y en a comme Mgr Comastri qui inventent de trop belles histoires : « Le Christ a ouvert largement les portes du paradis au pape et, à l’entrée, il y avait certainement Marie à laquelle le souverain pontife s’est dévoué entièrement ». Il y a la Biosphère qui en appelle aux réalités : « La séquence après la mort du pape commence de manière interne, les enzymes du système digestif commencent par manger les tissus, ce qui engendre la putréfaction, puis le corps entame sa décomposition ; s’il se trouvait à l’air libre, les insectes vont y avoir accès, leurs œufs vont donner naissance à des larves qui mangeront la matière. Tout corps est un écosystème recyclable, la mort du pape n’est qu’un événement anodin dans le déroulement implacable des cycles vitaux ».

Pour faire le paradis sur Terre, il est temps d’abandonner les croyances stupides et de penser en ces termes la mort humaine : « Poussière, tu n’es que poussière et tu redeviendras poussière. L’essentiel est ce que tu as fait de ta vie ».

20.04.2005 Relativisme

Avant même d’être pape, Josef Ratzinger s’en prenait violemment à la « dictature » du relativisme en tant qu’attitude qui ne reconnaît rien comme définitif et n’a comme mesure que ses propres désirs. C’est là faire peu de cas des vertus de la démocratie qui recherche à tâtons la vérité dans les méandres de la planète. Ce ne sont pas les « vérités » de la Bible ou du Coran qui peuvent fixer des limites aux appétits insatiables de la société thermo-industrielle ou de la démographie humaine galopante, ce sont les perturbations des écosystèmes qui exigent de la rationalité humaine un autre comportement, un changement radical du mode de vie et de procréation.

« Tant que vous oublierez la vérité des cycles vitaux, vous serez comme de petits enfants traînant à la dérive, emportés par n’importe quelle doctrine et invention des hommes » (épître de la Biosphère aux Humains).

22.04.2005 Création ou évolution ?

Un professeur américain de biologie fut condamné en 1925 à une amende pour avoir enseigné les théories de Darwin (l’évolutionnisme). Il a fallu attendre 1987 pour que la justice interdise définitivement, au nom de la séparation de l’Eglise et de l’Etat, l’enseignement du créationnisme (Dieu a créé l’univers et l’Homme). La Biosphère dirait même que toute idée de créationnisme doit être abandonnée au nom des découvertes scientifiques : il vous faut admettre que toutes les formes de vie existant aujourd’hui descendent d’un même organisme : les gènes qui mettent en place le plan de fabrication d’un être humain sont les mêmes que ceux fonctionnant chez un ver de terre ou une céréale. Maintenant on sait qu’il n’y a ni plan préétabli par un dieu, ni dessein intelligent concocté par la nature, il n’y a que le hasard.

Est-ce déroger à la libre-expression que de dire qu’on exprime une grosse connerie si on disait encore le contraire ?

02.06.2005 Catéchisme immoral

Pour l’Eglise du Vatican, il y a des manipulations du langage qui cherchent à rendre anodines les réformes de mœurs, remettant ainsi en cause l’équilibre de la société. On parle par exemple d’interruption volontaire de grossesse au lieu d’avortement, et ce qui passait autrefois pour un délit ou un crime est devenu une revendication de liberté, puis un droit parfois reconnu par le législateur. L’Eglise ne peut que condamner un tel droit fondé sur des considérations subjectivistes, individualistes et pragmatiques, pour elle il faudrait en revenir aux réalités objectives : le libre choix d’avorter doit être condamné parce que, s’il vise le bien de la mère, il oublie le « droit à vivre de l’enfant ». Malheureusement le droit de vivre d’un enfant, à plus forte raison quand il s’agit d’un embryon, ne repose sur aucun argumentaire fiable ; il n’y a aucun caractère sacré de la vie humaine, il n’y a aucune définition avérée de la dignité de la personne humaine et de son caractère intouchable ; le droit de tuer est une constante de l’humanité que ce soit par l’intermédiaire de la peine de mort ou des guerres, des avortements légaux ou illégaux, sans parler des infanticides pratiqués dans certaines sociétés premières. La religion ne peut dicter sa loi à une société démocratique, le droit à l’IVG découle objectivement de nécessités socio-économiques. Mais ces déterminants humains dépendent surtout de l’environnement naturel. Le droit à l’avortement n’est pas seulement le droit des femmes à disposer de leurs corps, c’est aussi le droit de l’enfant à s’insérer de façon harmonieuse dans une vie familiale stable, c’est surtout le droit de naître dans un bio-système équilibré, et jouir ainsi d’une existence durable.

Pour la Biosphère, il y a bien d’autres manipulations du langage qui cherchent à induire en erreur, comme « croissance », ce mot nocif qui fait croire que tout est possible dans un monde fini. Bien que l’avortement soit le signe d’un échec de la contraception, c’est un droit à valoriser dans un monde surpeuplé. D’ailleurs il n’est pas anodin de constater que ce projet catholique de « lexique des termes ambigus et controversés » sur la famille et les questions éthiques est né en 1994, juste après la conférence internationale du Caire sur la population. Membre observateur des Nations unies, le Saint-Siège avait alors lutté contre les mesures visant à freiner la croissance démographique. On constate donc la duplicité d’une Eglise qui utilise le sens du sacré et une soi-disant « objectivité » pour émettre des idées qui vont à l’encontre des intérêts de la Biosphère, donc de l’équilibre de la société humaine.

12.07.2005 L’Islam, scientifique ?

Il y a un effort dans le monde islamique pour démontrer que le Coran contient un certain nombre de vérités scientifiques ultérieurement confirmées par la recherche scientifique. Hubert Reeves posait alors cette question à un intellectuel musulman d’Algérie : «  Et si vous découvrez que le Coran contient des erreurs scientifiques, que ferez-vous ? ». L’intellectuel, c’est-à-dire celui qui peut maîtriser l’apparence par des mots mais certainement pas l’intelligence des choses a répondu : « Impossible, le Coran ne peut pas se tromper car c’est la parole de Dieu ».

Cultivez donc votre proximité avec la Biosphère, elle peut s’étudier et même se manger alors que les divinités à l’image de l’Homme sont vraiment trop bêtes.

29.07.2005 L’Islam nataliste

Quand l’ayatollah Khomeyni est arrivé au pouvoir après la révolution islamique de 1979, les programmes de planification familiale mis en place par le Shah ont été démantelés. Khomeyni exhortait en effet les femmes à faire davantage d’enfants parce qu’il fallait des soldats pour l’islam. En conséquence, le taux de croissance annuel de la population a atteint plus de 4 %, soit un doublement tous les 17 années seulement. Mais à la fin des années 1980, le coût social et environnemental d’une telle croissance est devenu perceptible et le discours religieux a changé : la diminution du nombre d’enfants devenait une responsabilité sociale et 80 % des dépenses de planification familiale furent pris en charge par le budget de l’Etat. Environ 15 000 « maisons de santé » furent ouvertes pour permettre à la population rurale d’avoir accès aux services de régulation des naissances.

La Biosphère constate que la parole de ceux qui se disent les serviteurs de dieu n’est en fait qu’une mascarade pour imposer leurs propres règles aléatoires dans les rapports sociaux.

08.08.2005 Parité des sexes !

Selon la loi iranienne actuelle, un garçon peut être exécuté à partir de 15 ans sur décision judiciaire et une fille à partir de 9 ans. Deux adolescents viennent donc d’être pendus le 19 juillet dernier pour enlèvement et viol d’un garçon alors que l’un était âgé de 16 ans au moment des faits. On ne peut pas dire grand chose sur le fait qu’on exécute un jeune à 9 ans ou un autre âge, cela tient à la relativité de la loi humaine. Mais différencier le traitement selon le sexe et rendre responsable de ses actes une fillette est vraiment paradoxal puisque la religion musulmane infériorise le statut de la femme. Une fille serait-elle jugée dès 9 ans plus mature qu’un garçon ou le garçon serait-il avantagé, même dans son droit à faire n’importe quoi avant 15 ans ?

Pour la Biosphère, les humains s’attachent à des différences physiques absolument secondaires pour en déduire comportement sexiste ou raciste, ils feraient mieux de considérer l’égalité de tous les êtres vivants qui peuplent notre planète.

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ASHOKA, un véritable chef d’État

 Quand gouvernent sages et philosophes 

Une furie meurtrière au IIIe siècle avant notre ère a soumis le Kalinga (en Inde) pour l’inclure dans l’Empire maurya. Un jeune roi ambitieux et cruel, Ashoka, règne alors sur ce territoire démesuré unifié par son grand-père : de l’Afghanistan à Ceylan, l’empire englobe l’Inde et le Pakistan.

Pourtant, après cette guerre effroyable, il vire du tout au tout. Dans sa victoire la plus sanglante, il discerne la pire défaite morale. Et décide de ne plus jamais combattre, de ne plus tuer ni hommes ni bêtes – pas même pour fournir en gibier les tables de ses palais. Sa nouvelle voie : user de son pouvoir pour diminuer les souffrances et inciter les humains à coexister dans un respect mutuel.

Dans tout l’empire émergent dispensaires et hôpitaux. Pour les humains mais aussi, singularité remarquable, pour les animaux. Ce souverain avait compris que tous les vivants étaient des sujets que son autorité devait contribuer à fortifier plutôt qu’à détruire:

« Tous les hommes sont mes enfants, et tout comme je souhaite à mes enfants d’être heureux et prospères, tant en ce monde que dans le suivant, c’est ce que je leur souhaite. »

La grande invention de ce gouvernant atypique fut l’éducation de tous à la tolérance. Pour l’enclencher, il a parsemé l’empire, du nord au sud et d’est en ouest, de piliers exposant en termes simples les principes du vivre-ensemble.

Que disent-ils ? « Il est facile de faire le mal », « faire le bien est difficile », « ne pas tuer d’êtres vivants est une bonne chose, la modération dans les dépenses et la modération dans l’épargne est bonne », « Quiconque défend sa propre religion et à cause d’un zèle excessif condamne les autres en pensant “j’ai le droit de glorifier ma propre religion” ne fait que nuire à sa propre religion, on doit écouter et respecter les doctrines professées par les autres. »

ASHOKA, un véritable chef d’État Lire la suite »

équité intergénérationnelle, la grande oubliée

Léquité intergénérationnelle a été popularisée par le Sommet de la terre de Rio en 1992 ; c’était la première fois que tous les pays se réunissaient pour proposer des actions en faveur des générations à venir. Diverses ONG en avaient fait une priorité comme garantie de la « durabilité » du développement économique et social. D’où la définition du développement durable comme « développement qui répond aux besoins des générations du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs. »

Or la « tyrannie » du présent sur le futur conduit à sous-évaluer les besoins des générations situées dans un futur lointain et à gommer les effets à long terme des décisions prises aujourd’hui. Trop longtemps les économistes ont prêché en faveur de la maximisation de nos propres profits. Il est grand temps que l’on sache que la conduite la plus rationnelle consiste à minimiser les regrets.

Quoi qu’elle puisse faire, une génération ne peut empiéter sur la part de rayonnement solaire d’une quelconque génération à venir. Elles pourront utiliser chaque année une quantité de bois correspondant à la croissance végétale annuelle. Par contre, en raison de l’irrévocabilité de la dégradation entropique*, c’est l’opposé qui est vrai pour les parts du stock terrestre en minerais et énergies fossiles. Ces parts dépendent en effet du volume de la dot terrestre qui a été consommée par les générations passées. Un morceau de charbon brûlé par nos arrière-grands-pères est perdu pour toujours, même l’argent et le fer tiré des entrailles terrestres se dégrade. En d’autres termes, toute pièce d’armement comme toute grosse voiture signifie moins de nourriture pour ceux qui aujourd’hui ont faim, et moins de charrues pour les générations futures, moins d’êtres humains aussi.

Par conséquent, l’un des principaux problèmes écologiques posé à l’humanité est celui des rapports entre la qualité de vie d’une génération à l’autre et plus particulièrement de la répartition de la dot terrestre entre toutes les générations. La science économique ne peut même pas songer à traiter ce problèmes ; son objet est l’administration des ressources rares, mais au seul profit de la génération présente. Bien entendu, la demande de la génération actuelle reflète aussi son intérêt à protéger ses enfants et peut-être ses petits-enfants. Mais ni la demande ni l’offre actuelles ne peuvent tenir compte, si peu que ce soit, de la situation des générations plus éloignées, par exemple de celles de l’an 2100, pour ne pas parler de celles qui pourraient exister d’ici à 10 000 ans. Il y a une dictature du présent sur l’avenir. Si d’emblée toutes les générations successives surenchérissaient pour l’usage du baril de pétole, le prix de ce denier s’élèverait à l’infini. Les générations à venir sont exclues du marché pour la simple raison qu’elles ne peuvent y être présentes. Or aucun prix pertinent ne peut être fixé pour l’élimination de la gêne si les générations à venir n’ont rien à dire.

Le seul moyen de protéger les générations futures de la consommation excessive des ressources pendant l’abondance actuelle, c’est de nous rééduquer de façon à ressentir quelques sympathies pour les êtres humains « futurs ». Cette nouvelle orientation éthique n’est pas chose facile ; il faut pouvoir répondre à cette question : « Pourquoi dois-je faire quelque chose pour la postérité ? »

Une économie fondée sur le flux d’énergie solaire romprait avec le monopole de la génération actuelle par rapport aux générations à venir, mais non point complètement car même une telle économie devra encore puiser dans la dot terrestre, notamment pour ses matériaux et l’énergie nécessaire. Aussi faut-il réduire autant que faire se peut l’épuisement de ces ressources cruciales. L’humanité devrait suivre un programme économique minimal sans renoncer totalement au confort industriel exosomatique, il nous faudrait une sobriété partagée par tous et toutes avec à l’esprit la nécessité de protéger les intérêts des acteurs absents, les générations future et les non-humains.

NB : Raisonnement issu des analyses de Nicholas Georgescu-Roegen, La décroissance (Entropie, écologie, économie) aux éditons Sang de la Terre, 2020

* dégradation entropique : selon l’entropie, deuxième principe de la thermodynamique, les ressources naturelles qui rentrent dans le circuit économique avec une valeur d’utilité pour les humains en ressort sous forme de déchets sans valeur. Lorsqu’on brûle un morceau de charbon, son énergie chimique ne subit ni diminution ni augmentation (premier principe de la thermodynamique : rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme), mais l’énergie initiale s’est dissipée sous forme de chaleur, de fumée et de cendres qui ne peuvent être récupérée (deuxième principe ou loi de l’entropie : tout se transforme et échappe alors à l’emprise humaine).

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L’écoféminisme face à Dieu.e le mec

Abraham, Jésus, Mahomet, Dieu, que des figure masculines. Comment aller au-delà d’un «Dieu monarque, transcendant, Père» ? Comment nommer le divin pour se défaire du carcan patriarcal ? L’écoféminisme s’oppose aux monothéismes, plus particulièrement au christianisme, à cause de sa culture patriarcale et dualiste. Pourtant, un dialogue entre l’écoféminisme et le christianisme serait possible. C’est ce que défendent Charlotte Luyckx, docteure en philosophie et Michel Maxime Egger, théologien.

Leur livre : Gaïa et Dieu.e, pour l’écoféminisme

L’intuition profonde au sein de l’écoféminisme chrétien est qu’il existe «des interrelations profondes… entre l’oppression de la nature et celle des femmes» (p. 16). Toutes deux procèdent d’un même système de domination. Le «cadre patriarcal et dualiste» en serait la cause première, généré à travers «plusieurs processus qui ont masculinisé et extériorisé Dieu.e, domestiqué, féminisé et désenchanté la nature, naturalisé et infériorisé les femmes» (p. 19). La vision patriarcale finit par inférioriser la nature par rapport à la culture et à aliéner les femmes en les réduisant à certaines tâches considérées comme «naturelles» (p. 21). De nombreux questionnements «critiques» ne manqueront pas de crisper certains lecteurs et lectrices: «libérer la Trinité de ses œillères androcentriques», «Dieu.e comme mère», «le monde, corps de Dieu.e», etc. Comme toute approche novatrice, l’écoféminisme chrétien suscite un exigent travail de réinterprétation créative de la foi biblique, ce qui ne va pas sans revisiter les interprétations traditionnelles de la Bible et des dogmes.

Le chapitre 2 est intitulé Dieu.e au-delà des genres? «Dieu est à la fois masculin et féminin, Rosemary Radford Ruether (1936-2022), mais en même temps il n’est ni masculin ni féminin.» La manière féministe de comprendre l’écologie, le cosmos, la création appelle «une nouvelle manière de penser Dieu» (Ivone Gebara), de reconsidérer la dogmatique (Trinité, Création et Salut, Eglise et Sacrements, Eschatologie…). Et par suite, de repenser l’anthropologie et l’engagement éthico-politique.

Le défi auquel nous convoque l’écoféminisme chrétien ne peut être relevé sans omettre que Dieu est «au-delà de tout». Nos manières de l’appréhender seront toujours inaptes à le concevoir exhaustivement. Sa révélation christique ne décerne pas un point final aux formulations dogmatiques.

Le point de vue des écologistes agnostiques

Nos controverses sur le patriarcat, l’écoféminisme et Dieu.e ne sont que jeux de mots. Les religions du livre ne nous ont pas donnés de règles et de conseils pour vivre en harmonie avec Gaïa. En vérité la foi en dieu.e, la confiance dans notre technique ou notre engagement en faveur du développement durable passe à côté d’une réalité fondamentale : notre dépendance envers le milieu qui nous fait vivre. S

i nous ne prenons pas soin de la Terre, elle le fera elle-même en nous rendant indésirables. Les croyants, hommes ou femmes, feraient bien de porter un regard neuf sur notre demeure terrestre et y voir un lieu saint, partie intégrante de la Création, mais que nous avons désacralisé.

En savoir plus grâce à notre blog biosphere

Françoise d’Eaubonne, une icône de l’écoféminisme

extraits : Ecoféminisme (terme créé en 1974 par Françoise d’Eaubonne) : «  Quand en 1978 j’ai fondé le mouvement de réflexion Ecologie-féminisme qui estimait utile de confier les soins du sauvetage planétaire au courant de libération des femmes – non en vertu de « valeurs féminines » plus ou moins imaginaires, mais de la part spécifique que la patriarcat réserve au deuxième sexe -, j’ai bien pris soin dans mon livre Écologie/féminisme de distinguer cette analyse et cet appel de tout idéalisme philosophique, essentialisme ou naturalisme, et en soulignant que la mutation est le but final de toute révolution. »….

Le combat démographique analysé par une écoféministe

extraits : La fameuse loi de 1920 votée par la Chambre bleu horizon contre l’avortement et la contraception porte, jusque dans son excès nataliste, la marque de l’idéologie patriarcale ; la seule contraception totalement interdite est la féminine. Les préservatifs restent en vente libre, sous la restriction hypocrite de publicité défendue, ce qui était aisément tourné par la métaphore « d’articles d’hygiène ». En 1953 la loi Bleu horizon a été incorporée dans le Code de la santé publique, avec l’appui enthousiaste du très pétainiste Ordre des Médecins. En 1962, le général de Gaulle revenu au pouvoir souhaitait que la population française atteigne 100 millions. L’année suivante, c’est Michel Debré qui invoquait la compétition démographique en reprochant à la France ses pauvres petits 48 millions d’habitants, à côté des 50,5 de l’Italie et des 55,5 de l‘Allemagne de l’Ouest…. (Françoise d’Eaubonne, « Écologie et féminisme, première édition en 1978)

Julien Bayou, victime d’un féminisme victimaire

extraits : L’instrumentalisation d’une affaire familiale à des fins politiques de bas étage n’est avec l’affaire Bayou qu’un exemple d’une longue série. Les abus et exagérations dans cet ultra-féminisme auront causé de larges fractures dans notre société et ont facilité des postures extrémistes. Le retour de bâton du féminisme misandre. Les procédés choisis laissent pantois ; il s’agit d’essentialiser des comportements dits genrés (en fait masculins) afin de s’affubler en tant que femme du statut de victime éternelle. Cela ne pourrait être que délibérations devant des juges, c’est devenu une arme à l’intérieur d’un parti qui en a perdu sa fonction d’« écologiste »….

« énergie masculine » et guerre des sexes

extraits : Mark Zuckerberg a été féministe autrefois, il était satisfait d’avoir deux filles comme enfants, maintenant il est masculiniste parce que c’est dans l’ère du temps… et des élections américaines. Aux outrances du patriarcat avait succédé d’autres outrances, condamnation d’une masculinité qui serait toxique. Il y a à nouveau un retour de balancier, aux outrances du wokisme répondent une autre outrance ; c’est le principe action => réaction. Finalement qu’attendre d’autres de ce type qui a créé Facebook pour classer les filles de Harvard aux yeux des mecs ?….

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Nos écrits en 2005 sur le sentiment d’interdépendance

Nous sommes en 2026,

on réfléchit… de temps en temps !

04.06.2005 Coexistence pacifique

Il faudrait apprendre à composer avec la nature sauvage. C’est ce que font déjà les éleveurs italiens dans le parc national des Abruzzes où on dénombre 60 à 70 loups. Contrairement à la France, les bergers n’ont jamais perdu la mémoire de cette vie partagée avec les ancêtres des chiens et les techniques pastorales sont les mêmes depuis très longtemps. Un troupeau ne dépasse jamais 350 têtes et les bêtes sont accompagnées de chiens de type patous capables de les protéger. Les brebis sont parquées chaque soir dans des enclos, à l’abri de barrières métalliques hautes de deux mètres. C’est ce qui est préconisé en France, mais comme il faut aussi embaucher des bergers supplémentaires, pas grand chose ne se fait.

Au lieu de distribuer de l’argent supplémentaire ou de baisser les charges sociales pour réduire le chômage, mieux vaudrait retrouver une harmonie avec l’environnement, ce qui nécessitera de la sueur, beaucoup moins de matériel sophistiqué et beaucoup plus de main d’œuvre.

25.07.2005 La vraie valeur de la Biosphère

Pour l’anthropocentrisme habituel, seuls les humains possèdent une valeur intrinsèque et les êtres de nature ne constituent que des valeurs instrumentales adaptables aux besoins humains. Pour le pathocentrisme, les êtres sensibles (tous ceux qui peuvent souffrir) possèdent aussi cette valeur intrinsèque. Pour le biocentrisme tout être vivant, même si leur vie est limitée à la survie et la reproduction, puisque toute vie possède sa fin propre. Pour Biosphere, les humains doivent ouvrir leur esprit bien au delà : toute la communauté biotique (ensemble des organismes vivants au niveau d’un biotope) doivent être considéré comme formant un tout inaliénable caractérisé par la biodiversité et l’homéostasie de l’ensemble.

Les humains ne doivent être que les accompagnateurs des autres espèces dans l’odyssée de l’évolution, ils doivent donc diminuer drastiquement leur nombre, leur puissance et leur vanité pour apprendre l’humilité.

24.10.2005 Complémentarité et interdépendances

Les larves aquatiques de plusieurs variétés d’insectes représentent à certaines saisons une grande partie de la nourriture des poissons d’eau douce, tandis que d’autres larves se nourrissent du frai des prédateurs, ainsi l’éphémère pour le saumon. Par une sorte de chaîne circulaire, la destruction du moustique, nourriture de la truite qui mange aussi l’éphémère risque donc d’entraîner la raréfaction de ce dernier dans les eaux où, sans les insecticides, il serait abondant. Il y a aussi d’autres troublantes chaînes d’interdépendance comme celle qui lie les chats aux mulots, les mulots au bourdons et les bourdons au trèfle rouge : si les chats diminuent, les mulots proliféreront et dévoreront les bourdons qui n’assureront plus la pollinisation du trèfle rouge. Toute la Nature est donc liée par des liens étroits et toute créature vivante est nécessaire au bien-être de quelques-unes des myriades de formes de vie qui peuplent la Terre.

Il ne faut pas toucher brutalement à un élément de la Biosphère sans dommage irréversible et le plus souvent invisible au départ. C’est pourtant ce que font les humains qui se multiplient sans entrave car ils ont pris l’habitude de formater les conditions naturelles selon leurs exigences plutôt que de s’adapter à ces contraintes : malheur à eux.

27.10.2005 Substitution ou coopération ?

Une grande partie du développement de la société industrielle a été basée sur la technique de substitution entre facteurs de production (travail, capital technique et ressources naturelles) et la plupart des économistes extrapolent cette expérience passée pour prédire l’avenir : l’agriculteur fera des cultures hydroponiques après la désertification, le forestier cultivera des graminées à la place des forêts disparues, on changera de profession ou on émigrera au Nord. L’autre conception recherche la coopération avec la Nature et non la substitution anthropocentrée. Ainsi la nouvelle norme FSC (Forest Stewardship Council) pour une certification d’opérations forestières dans la forêt boréale exige non seulement le respect des conditions de travail mais aussi celui de la pérennité de la ressources, le maintien des écosystèmes et la sauvegarde des communautés locales.

Il est clair que la Biosphère ne pourra longtemps garder son intégrité si c’est la première tendance qui continue à faire la loi !

27.12.2005 Le dernier mot à la coopération

Le prix Nobel d’économie est habituellement décerné à d’ardents défenseurs de la microéconomie et de la compétition, ce qu’on appelle élégamment la « concurrence ». Oublions l’un des deux prix Nobel attribué à quelqu’un qui a justifié la course aux armements nucléaires en tant que forme imparfaite de coopération. Mais cette année 2005 le prix a aussi été décerné à R.Aumann « pour avoir amélioré notre compréhension du conflit et de la coopération ». Il y a d’abord la prise en compte du long terme : quand une interaction sociale se répète au cours du temps, le comportement agressif d’un acteur, même s’il lui est favorable à court terme, lui est défavorable à long terme s’il prend en considération la chaîne de réactions que son comportement va induire. Ensuite la vertu de la médiation qui favorise la coopération même si l’intermédiaire se contente de communiquer avec chaque acteur individuellement. Pour une fois l’économie se rapproche des fondements de l’écologie. Dans l’organisation symbiotique du vivant, ce n’est pas la compétition et la domination qui sont les stratégies les plus efficaces, mais les systèmes de coopération. Un naturaliste américain faisait remarquer qu’on ne trouve pratiquement pas d’individualisme dans la Nature, une communauté biotique fonctionne comme une république de plantes et d’animaux étroitement associés se rapprochant davantage d’un organisme autonome qu’aucune de ses parties constituantes. L’avantages des alliances biotiques, c’est que la coopération est totalement inconsciente, une interdépendance mutuelle automatique. C’est l’équilibre automatique du marché en dehors de toute présence humaine.

Le monde humain est chaotique et entraîne une fragmentation de l’être, alors que celui de la Nature est une communauté étroitement soudée, un organisme complexe unique qui transcende tous les conflits et toutes les mesquineries, un champ de matière parcouru de courants vitaux même si les relations entre proies et prédateurs ne sont pas de tout repos. L’intrusion de la volonté humaine ne peut que perturber cet équilibre dynamique sauf à construire le sens de la coopération non pas simplement entre humains, mais entre activité et humaine et respect des écosystèmes.

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La spiritualité contemporaine, nouvelle religion ?

L’Occident opère un virage spirituel. Si l’on s’appuie sur les définitions de la religion proposées par le philosophe et sociologue Emile Durkheim – une pratique collective qui soude une société – ou par le sociologue allemand Max Weber – un système de sens offrant une perspective de salut –, nous devons admettre que la spiritualité contemporaine est religieuse à de nombreux égards. Un Américain sur cinq appartient à la catégorie des « spirituels mais pas religieux », revendiquant une pratique spirituelle sans appartenir à une religion instituée. Le phénomène touche aussi l’Europe. Pratiquer le yoga, la méditation de pleine conscience ou effectuer une retraite dans la nature n’est pas un comportement purement laïque . Ce type d’expériences repose souvent sur une sacralisation du monde naturel.

Galen Watts : Tout courant mystique met l’emphase sur l’expérience directe du divin. Au moyen de pratiques diverses (méditations, yoga, etc.), chacun peut avoir accès à la transcendance, s’y connecter, sans nécessairement passer par un médiateur ancré dans une institution. Les spiritualités contemporaines ont également leur dogme, un point commun qui les réunit presque toutes : elles affichent comme but de la vie spirituelle d’accomplir une authentique réalisation de soi. Les spirituels contemporains vont moins avoir tendance à chercher une aide auprès d’une figure religieuse ou d’une personnalité politique, mais davantage à l’intérieur d’eux-mêmes. Tout doit être motivé de l’intérieur, mais bien sûr, cela favorise une pression sociale implicite. Apprendre une pratique spirituelle, même seul derrière un écran, est un processus de socialisation….

Le point de vue des écologistes de nature

La réalisation d’un « soi individuel » tourne le dos à l’épanouissement en groupe. Comme disait Gandhi quand on lui demandait : « Comment faites-vous toutes ces choses altruistes tout au long de l’année ? » Il répondait : « Je ne fais rien d’altruiste. J’essaie de progresser dans la réalisation de Soi. » Et Satish Kumar : « Vous remarquerez que Descartes dit deux fois « je » dans son « je pense, donc je suis ». Il fonde tout seul sa vérité, tout ce qui vit autour de lui n’existe plus ! S’il avait réfléchi dans la nature, entouré d’arbres, d’animaux, caressé par le vent, il n’aurait pas conclu à une prise de conscience solitaire. En posant l’ego comme le moteur de l’être humain, votre Descartes a institué un dangereux dualisme, il a isolé l’homme de son environnement, il l’a proclamé indépendant. »

Arne Naess propose une humanisation écologique par la pleine réalisation de soi, qui devient « Soi » en s’ouvrant à l’ensemble de l’écosphère, à tous les êtres humains et aux espèces animales. Dans cette capacité du soi à s’étendre en se liant aux autres, Arne Naess dit se situer sur une crête entre « sur la gauche l’océan des perceptions mystiques et organiques, sur la droite, l’abysse de l’individualisme atomiste. » C’est un véritable changement anthropologique dont il propose la mise en pratique, conduisant à apprécier la qualité de la vie plutôt qu’un haut niveau de vie. Cela jusqu’à dire que seul l’homme est capable de s’identifier par l’imagination à l’autre et même à l’animal.

Paul Shepard (1962) : Le soi est un centre d’organisation dont la peau et le comportement sont des zones souples qui nous mettent en contact avec le monde et ne nous en excluent pas. La pensée écologique implique une vision qui ne s’arrête pas aux frontières. L’épiderme de la peau ressemble, d’un point de vue écologique, à la surface d’un étang ou au terreau d’une forêt ; elle agit moins comme une coquille que comme une zone de délicate interpénétration. Le soi, dans la mesure où il fait partie du paysage et de l’écosystème, se révèle anobli et prolongé plutôt que menacé. Le monde est ton corps.

Notre blog biosphere et la rupture écologique

(30 avril 2021) Demain l’écologisme sera la religion commune

extraits : Pour qu’un groupe conserve une cohésion interne il ne doit pas dépasser 150 individus. Comment faire au-delà alors qu’un pays comme la Chine compte par exemple plus de 1,4 milliards d’habitants ? Il s’agit d’instaurer une histoire commune, une fiction qui va servir de mythe fédérateur. Nous avons donc inventé des récits comme la Bible, imaginé des sauveurs suprêmes comme Jésus Christ ou Xi Jinping et mondialement imposé les lois du marché, la variation des prix entraînant comme par enchantement l’équilibre économique général. Nous nous dirigeons de plus en plus fermement aujourd’hui vers un nouveau mythe, l’écologisme, qu’on peut déjà rencontrer sous des expressions diverses comme la Terre-mère, Mère-nature, les esprits de la forêt, les droits de la nature et des animaux, le bio-centrisme ou l’écocentrisme, l’écologie profonde, le culte de Gaïa, etc. La difficulté n’est pas de raconter des histoires, mais de convaincre les autres d’y croire….

3 juin 2020, L’écologisme sera la religion du XXIe siècle

1er mars 2020,Biosphere-Info, écologisme et religions (synthèse)

18 février 2020, L’écologisme concurrence les religions

22 août 2019, Spiritualité, religion et écologie (Arturo Escobar)

25 juillet 2019, L’écologie a besoin d’une spiritualité (Satish Kumar)

15 avril 2019, Rejoignez notre Alliance des gardiens de Mère Nature

3 août 2018, Religion et écologie commencent à faire bon ménage

4 juillet 2018, La religion écologique n’est pas une religion

28 février 2015, Une religion pour la terre-mère est-elle dangereuse ?

21 septembre 2014, Religion catholique et écologie : comparaison papale

29 décembre 2009, notre Terre-mère Pachamama

16 septembre 2009, bien-être et religion

22 décembre 2008, quelle religion pour le XXIe siècle ?

extraits : Nous avons absolument besoin d’un nouveau sermon sur la Montagne qui édicte de nouvelles règles pour tenter de vivre en bonne harmonie avec la Terre. La bible et le coran nous paraîtront désuets, inadaptés, mensongers ; nous préférerons lire dans le livre de la Nature. Les futurs croyants assimileront la Biosphère à la Création divine, et sa profanation sera condamnée. Certains parlent déjà sérieusement de crimes contre l’environnement. Car nos dieux, c’est  le lever du soleil qui apporte l’énergie de la vie aux plantes, l’eau qui ruisselle et étanche la soif de toutes les espèces, l’équilibre des écosystèmes…

Nos plus anciens textes

28.12.2005 Une foi sans modération

La 19e rencontre à Lyon de la communauté de Sant’Egidio a constitué en 2005 un « Davos des religions » qui réunit rabbins et musulmans, cardinaux et pasteurs, prélats orthodoxes et bouddhistes ou taoïstes. Un appel a été ratifié par tous les religieux présents : «  Les religions ne veulent pas de la guerre, du terrorisme… Celui qui se sert du nom de Dieu pour légitimer la violence avilit la religion. Aucune guerre n’est jamais sainte » . Alors on s’interroge : que faudrait-il faire des textes sacrés qui appellent à la violence ? Certains disent qu’on ne peut pas découper la Bible avec des ciseaux, d’autres qu’il faut distinguer dans le Coran ce qui est historique, donc soumis à évolution, de ce qui est permanent. Mais l’essentiel serait la capacité des croyants à discuter les textes sacrés, les approfondir et en éliminer les outrances.

Alors là, la Biosphère doute, plusieurs centaines si ce n’est quelques milliers d’années de vraies/fausses interprétations ont justifié les guerres, les inquisitions et les représailles les plus atroces. Rien n’est sacré si ce n’est le respect de l’équilibre des écosystèmes, tout le reste est anthropocentrisme sans fondement. Il ne faut pas désespérer, un jour la protection de la Biosphère apparaîtra comme la seule foi qui sauve.

29.12.2005 Un jeûne sans voiture

Depuis des siècles et des siècles, les religions soumettent des peuples à leurs dogmatismes par l’esprit, ou par le fer si le conditionnement mental ne suffit pas. Toutes les religions majoritaires prônent le culte de dieu et l’apaisement/conflit entre humains sans s’intéresser le moins du monde à notre mère Nature. Mais en 2005 plusieurs évêchés (Trèves, Mayence…) ainsi que l’Eglise protestante de Rhénanie, Hesse-Nassau, Palatinat et Luxembourg ont appelé les chrétiens à renoncer à leur voiture pendant la période du Carême (20 février au 20 mars) en optant pour le vélo ou les transports en commun : « Rouler moins en voiture signifie plus de santé pour vous et pour la Création ». Un bilan indique que 1760 volontaires ont accepté de suivre ce jeûne, la société thermo-industrielle pourrait changer si le milliard de chrétiens et le milliard de musulmans suivait rapidement la même voie. Mais comment généraliser un discours entre des sectes qui se veulent contradictoires et dont le respect des écosystème ne fait pas partie de fondements ?

La « Création » à l’origine des humains, c’est à la Biosphère que vous la devez, est le début et la fin de toute vie. En vérité en vérité je vous le dis, vous devriez célébrer l’existence de la Biosphère puisque vous n’êtes qu’une de ses infimes parties. Toutes les composantes de votre corps existaient déjà dans les premiers instants de la Biosphère, votre statut actuel ne peut se dissocier du support matériel qui vous associe aux autre espèces et à la place de votre planète dans l’univers, votre survie dépend de la sienne. De l’intérieur ou de l’extérieur des religions, respectez la Biosphère,  source de la vie,: c’est le seul message qui soit véritablement œcuménique.

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Peine de mort… et scènes de combat

J’habiterais en Ukraine et serais objecteur de conscience, je me poserais pourtant la question de prendre ou non les armes pour résister à l’inqualifiable.

Je serais aux États-Unis et dans le couloir de la mort, est-ce que je serais abolitionniste ?

Corine Lesnes : En 2022, les jurys américains ont prononcé vingt condamnations à la peine capitale, le record date de 1998, avec 295 condamnations. Plus d’un tiers des mises à mort programmées ont été marquées par des incidents qui ont parfois causé une souffrance supplémentaire au condamné. En cause : l’incompétence des auxiliaires chargés de l’exécution et des protocoles défaillants ou mal mis en œuvre. Par exemple dans l’Alabama trois heures ont été nécessaires au personnel de la prison pour réussir à poser l’intraveineuse permettant d’injecter le cocktail de substances létales.

Quelques commentaires sur lemonde.fr

Michel Brunet : Quand je lis : »Trois heures ont été nécessaires au personnel de la prison d’Atmore pour réussir à poser l’intraveineuse permettant d’injecter le cocktail de substances létales, cela dépasse l’entendement. Car les pays comme la Suisse ou la Belgique où se pratique « l’euthanasie active », il semblerait d’après les récits qu’on a pu lire ici ou là que cela « serait facile » (cf. le cas Godard en Suisse). Alors pour une « exécution » çà ne serait pas pareil ? Pas les mêmes produits qui vont bien ?

Rhamphos : Un des dix commandements tant importants pour les chrétiens est « tu ne tueras pas »…

Michel SOURROUILLE : La vie est sacrée, y compris celle d’une « crapule hors norme », dixit un commentateur. « L’idée de condamner à mort quelqu’un qui s’avère être innocent est quelque chose d’atroce et insoutenable », écrit un autre. Mais si de telles phrases avaient un fondement réel pour une application généralisée, on abolirait les armées dont les soldats ne se privent pas (avec l’aval de leur État) d’ignorer que la vie est sacrée et de condamner à mort des gens qui n’ont absolument rien fait de répréhensible. Comme quoi l’échelle des valeurs dépend de l’air du temps mais pas de la logique. J’ai été, je suis objecteur de conscience, opposé à l’usage collectif des armes, je ne comprends pas pourquoi nous sommes si peu nombreux à défendre un tel point de vue qui rendrait pourtant impossible les massacres organisés. Il est vrai que l’intelligence collective, on la cherche depuis des millénaires… et ce n’est pas l’intelligence artificielle qui va permettre d’améliorer les choses !

Seb75 : On peut être pour ou contre la peine de mort (moi je suis pour, mais uniquement dans les cas extrêmes type terrorisme ou actes de très grande barbarie) mais quid de l’autorité de la chose jugée ? II faut respecter les sentences et les exécuter, II y’a d’autres moyens que les injections.

Lugdunum : Aux oubliettes depuis plus de 40 ans, la peine de mort est désormais interdite par notre constitution et par l’Europe… et c’est tant mieux ! Le recours à ce châtiment d’un autre âge est en recul permanent depuis des décennies et ce recul s’accélère : 18 pays abolitionnistes en 1950, 38 en 1980, 87 en 2000, 115 en 2020, 120 en 2022, soit 61 % des pays du globe. En espérant qu’elle disparaisse un jour de la Terre…

Solution finale à Lugdunum : le fait que l’abolitionnisme se répand au niveau mondial n’est pas une preuve en soi de clairvoyance. Il y a des effets de mode qui font qu’on accorde à une époque beaucoup de validité à une chose et à son inverse à une autre période. J’aimerais que vous expliquiez le point de vue possible de la victime d’un assassinat et alors nous pourrons sans doute commencer à discuter sérieusement ensemble du fond du problème juridique, la proportionnalité des peines.

Stéphane M : La vie est sacrée, y compris celle d’une « crapule hors norme ». La peine de mort est une horreur quelles que soient les horreurs commises. Elle ne répare rien.

Solution finale @ Stéphane M : « La peine de mort ne répare rien »… sauf pour les victimes à titre de réparation posthume décidée par un jury et pour leurs familles qui gardent en eux la souffrance de la disparition d’un être cher et peuvent réclamer vengeance. On oublie trop souvent que la peine de mort dans les pays civilisés n’est donnée qu’à ceux qui ont déjà pris auparavant la vie d’autrui.

CPC : Selon que vous avez été victime d’un assassinat ou abolitionniste en parole, votre avis sur la pdm ne sera pas le même !

A chacun sa conscience !?

Peine de mort… et scènes de combat Lire la suite »

La matière est notre passé ET notre avenir

Une multitude de récits tentent de répondre à la même question fondamentale : comment l’être a-t-il pu surgir du non-être ? Comment, du chaos, est né le cosmos ? Historiquement les mythes sur notre origine sont très divers et font preuve de beaucoup d’imagination.

L’astrophysicien Jean-Pierre Luminet a rassemblé des dizaines de récits cosmogoniques, exemples  :

Les explications magiques

– Que la cosmogonie mésopotamienne naisse de l’eau semble logique : « Mésopotamie » désigne étymologiquement la civilisation « entre deux fleuves » Dans l’Enuma Elish, tout procède d’une « matière primordiale liquide et chaotique » : le monde s’organise depuis ces « eaux originelles »

– Le socle de la pensée chinoise est un texte rédigé vers 600 avant notre ère : « Une puissance indéfinissable et confuse existait depuis l’éternité. Elle était avant la naissance du ciel et de la terre. Perfection indéterminée. Énergie éternelle. Mouvement sans fin. Force unique, omniprésente, impérissable. Sans nom mais connue de tous. Mère et principe créateur de l’Univers. Nul ne connaît son nom. On l’appelle le Tao. Il échappe à toute définition. »

– Sur l’île de Nauru, un dieu enfermé dans un coquillage parvient à sortir de sa coquille, se met à modeler le monde en le tissant. « Avec des filaments de rêve, Areop-Enap sépara le haut du bas. Elle étira le ciel comme un filet au-dessus de la mer naissant. Elle planta des étoiles dans le velours sombre, des îles dans l’écume, des vents dans le silence »

Les Kuba, un peuple vivant au Congo : « Un jour, le dieu Mbombo ressentit une terrible douleur à l’estomac, et il vomit le Soleil, la Lune et les étoiles. » Le monde commence à naître. Et continue, de nausée en nausée. « Mbombo vomit encore, et de son ventre sortirent les animaux, et beaucoup d’autres choses »

Genèse biblique : AU COMMENCEMENT, Dieu créa le ciel et la terre. La terre était informe et vide, les ténèbres étaient au-dessus de l’abîme et le souffle de Dieu planait au-dessus des eaux.

Les explications contemporaines

– Il est intéressant de lire comment nos ancêtres ont essayé de se dépêtrer de ces questions par essence insolvable.

Cette question de l’origine du monde n’a pas de sens car elle n’existe que parce que l’être humain se la pose.

– Un animal ne se demande pas pourquoi son univers propre existe, il se contente d’y vivre ou de survivre… or nous sommes un animal parmi tous les autres animaux !

– Le scénario divin des monothéismes est débile. Il veut nous faire croire à la création ex nihilo d’une planète formée par un type qu’on n’a jamais vu et qu’on ne verra jamais. 

– Le Bible nous présente un paradis perdu réservé à une espèce animale qui se dit homo sapiens et qui n’a pourtant d’existence que depuis 300 000 ans environ.

– Au créationnisme, nous préférons l’évolutionnisme, reposant sur des preuves multiples et concordantes.

– Le mythe actuel est la théorie du big-bang où le tout est né du rien.

– Et puis, l’univers est en expansion, c’est prouvé…

– On peut même envisager l’univers comme un monde à 4 dimensions (l’espace et le temps) immergé dans un espace à 10 dimensions (au moins).

– Le cosmos a été créé par une fluctuation quantique du vide. C’est quand même pas compliqué, pourquoi inventer des contes à dormir debout et qui font peur aux petits enfants.

– et maintenant c’est l’IA qui crée notre monde…

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Du créationnisme au Big Crunch, notre destin (2021)

Du créationnisme au Big Crunch, notre destin (2021)

extraits : Le scénario Big Crunch prévoit qu’à une phase d’expansion succède une phase de contraction. Celle-ci commence quand l’Univers a environ 60 milliards d’années (il en a un peu moins de 14 aujourd’hui), à un moment où toutes les étoiles de type solaire se sont transformées en naines blanches et toutes les étoiles massives en étoiles à neutrons ou en trous noirs. Au fur et à mesure que la matière se rapproche sous l’effet de la contraction, les trous noirs grossissent de plus en plus. La température moyenne du cosmos se réchauffe. Cent millions d’années avant la fin, l’Univers est mille fois plus petit qu’aujourd’hui et les galaxies fusionnent. Un mois avant la fin, c’est au tour des trous noirs de fusionner entre eux. A la fin, il ne reste plus que des quarks, des particules fondamentales, puis tout devient quantique. Ce modèle où l’Univers commence par un Big Bang et se termine par un Big Crunch a beaucoup été discuté il y a un siècle car certains imaginaient un « Univers phénix », cyclique, qui renaissait éventuellement de ses cendres… Mais c’est le seul scénario qui évite de se poser la question du début ultime d’un monde constitué d’énergie/matière…

créationnisme débile (2008)

extraits : Un sondage, publié en janvier 2008, indiquait que 29 % des Américains pensent que la vie a été créée sous sa forme actuelle. Il n’y aurait donc pas d’évolution, nous serions seulement en présence du dessein de Dieu, créateur tout puissant de tout ce qui existe. Il n’est pas étonnant que Mike Huckabee, ce pasteur républicain et baptiste arrivé en tête dans la course à l’investiture pour la présidentielle au caucus de l’Iowa puisse affirmer sereinement qu’il ne croyait pas à la théorie de l’évolution. Pourtant, pour n’importe quel scientifique digne de ce nom, l’étude de l’évolution est un des domaines de recherche des plus actifs, des plus robustes et des plus utiles. De source sûre, on peut en déduire que l’homme n’est qu’une espèce parmi d’autres, apparue bien après l’extinction des dinosaures. Homo sapiens n’a sans doute pas beaucoup plus de 300 000 ans, la Biosphère près de 3,5 milliards d’années….

Documents annexes

Synthèse sur l’évolutionnisme

Je ne suis pas la créature de Dieu, je suis simplement une forme organique parmi d’autres ; je suis poussière venue du plus lointain des temps, je retournerais poussière pour l’éternité. Nous ne sommes que la forme particulière d’une évolution de la matière, c’est par la modestie que commence notre connaissance de nous-mêmes.

Du temps de Linné (1707-1778), tout était simple : dresser l’inventaire du vivant revenait à dresser l’inventaire des formes présentes lors de la Création. Selon la conception fixiste du monde qui prévalait alors, les espèces vivantes ne pouvaient évoluer. Le naturaliste Jean-Baptiste Lamarck est le premier, dans son ouvrage la philosophie zoologique (1809) à parler d’évolution des espèces par transmission des caractères acquis. Il pensait que les êtres vivants répondaient à un besoin, une force inhérente les poussant à s’améliorer. DARWIN a publié en 1859 « De l’origine des espèces par voie de sélection naturelle » ; il rejette ce finalisme, pour lui ce sont les conditions de l’environnement qui sélectionnent, au gré de leurs variations, les organismes les mieux adaptés. Avec le temps, les proportions des différentes variétés au sein d’un même espèce évoluent et les espèces elles-mêmes se transforment. Il n’y a donc ni plan préétabli par un dieu, ni plan préparé par la nature, il n’y a que le hasard. Nous devons abandonner l’idée du créationnisme, la certitude religieuse d’un dieu qui fabriquerait un univers à notre mesure.

Tous les animaux existant aujourd’hui sur cette terre descendent d’un même organisme, y compris bien entendu nous-même. L’humain est composé des mêmes briques du vivant que les bactéries ; ce qui distingue un papillon d’un lion, ou un humain d’une mouche, c’est moins une différence dans les constituants chimiques que dans l’organisation et la distribution de ces constituants. L’humain n’est qu’une forme particulière de la vie. Notre planète la terre n’a pas été créée spécialement pour nous, nous n’en sommes que les passagers provisoires. En conséquence, nous sommes les seuls responsables de notre devenir.

L’explication biblique : Le livre de la Genèse

(qui n’explique pas qui a créé Dieu !)

01 AU COMMENCEMENT, Dieu créa le ciel et la terre.

02 La terre était informe et vide, les ténèbres étaient au-dessus de l’abîme et le souffle de Dieu planait au-dessus des eaux.

03 Dieu dit : « Que la lumière soit. » Et la lumière fut .Dieu dit : « Que la lumière soit. » Et la lumière fut.

04 Dieu vit que la lumière était bonne, et Dieu sépara la lumière des ténèbres.

05 Dieu appela la lumière « jour », il appela les ténèbres « nuit ». Il y eut un soir, il y eut un matin : premier jour.

06 Et Dieu dit : « Qu’il y ait un firmament au milieu des eaux, et qu’il sépare les eaux. »

07 Dieu fit le firmament, il sépara les eaux qui sont au-dessous du firmament et les eaux qui sont au-dessus. Et ce fut ainsi.

08 Dieu appela le firmament « ciel ». Il y eut un soir, il y eut un matin : deuxième jour.

09 Et Dieu dit : « Les eaux qui sont au-dessous du ciel, qu’elles se rassemblent en un seul lieu, et que paraisse la terre ferme. » Et ce fut ainsi.

10 Dieu appela la terre ferme « terre », et il appela la masse des eaux « mer ». Et Dieu vit que cela était bon.

11 Dieu dit : « Que la terre produise l’herbe, la plante qui porte sa semence, et que, sur la terre, l’arbre à fruit donne, selon son espèce, le fruit qui porte sa semence. » Et ce fut ainsi.

12 La terre produisit l’herbe, la plante qui porte sa semence, selon son espèce, et l’arbre qui donne, selon son espèce, le fruit qui porte sa semence. Et Dieu vit que cela était bon.

13 Il y eut un soir, il y eut un matin : troisième jour.

14 Et Dieu dit : « Qu’il y ait des luminaires au firmament du ciel, pour séparer le jour de la nuit ; qu’ils servent de signes pour marquer les fêtes, les jours et les années ;

15 et qu’ils soient, au firmament du ciel, des luminaires pour éclairer la terre. » Et ce fut ainsi.

16 Dieu fit les deux grands luminaires : le plus grand pour commander au jour, le plus petit pour commander à la nuit ; il fit aussi les étoiles.

17 Dieu les plaça au firmament du ciel pour éclairer la terre,

18 pour commander au jour et à la nuit, pour séparer la lumière des ténèbres. Et Dieu vit que cela était bon.

19 Il y eut un soir, il y eut un matin : quatrième jour.

20 Et Dieu dit : « Que les eaux foisonnent d’une profusion d’êtres vivants, et que les oiseaux volent au-dessus de la terre, sous le firmament du ciel. »

21 Dieu créa, selon leur espèce, les grands monstres marins, tous les êtres vivants qui vont et viennent et foisonnent dans les eaux, et aussi, selon leur espèce, tous les oiseaux qui volent. Et Dieu vit que cela était bon.

22 Dieu les bénit par ces paroles : « Soyez féconds et multipliez-vous, remplissez les mers, que les oiseaux se multiplient sur la terre. »

23 Il y eut un soir, il y eut un matin : cinquième jour.

24 Et Dieu dit : « Que la terre produise des êtres vivants selon leur espèce, bestiaux, bestioles et bêtes sauvages selon leur espèce. » Et ce fut ainsi.

25 Dieu fit les bêtes sauvages selon leur espèce, les bestiaux selon leur espèce, et toutes les bestioles de la terre selon leur espèce. Et Dieu vit que cela était bon.

26 Dieu dit : « Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance. Qu’il soit le maître des poissons de la mer, des oiseaux du ciel, des bestiaux, de toutes les bêtes sauvages, et de toutes les bestioles qui vont et viennent sur la terre. »

27 Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa, il les créa homme et femme.

28 Dieu les bénit et leur dit : « Soyez féconds et multipliez-vous, remplissez la terre et soumettez-la. Soyez les maîtres des poissons de la mer, des oiseaux du ciel, et de tous les animaux qui vont et viennent sur la terre. »

29 Dieu dit encore : « Je vous donne toute plante qui porte sa semence sur toute la surface de la terre, et tout arbre dont le fruit porte sa semence : telle sera votre nourriture.

30 À tous les animaux de la terre, à tous les oiseaux du ciel, à tout ce qui va et vient sur la terre et qui a souffle de vie, je donne comme nourriture toute herbe verte. » Et ce fut ainsi.

31 Et Dieu vit tout ce qu’il avait fait ; et voici : cela était très bon. Il y eut un soir, il y eut un matin : sixième jour.

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Le lobbying contre l’aide à mourir

L’aide à mourir est actuellement en débat à l’assemblée. Mais trois députés « de gauche », Lisa Belluco, Stéphane Peu et Dominique Potier, instrumentalisés par le lobby des soins palliatifs, écrivent des conneries dans une tribune  :

« Les sources philosophiques humanistes ne manquent pas pour justifier à gauche le refus de la loi dite d’« aide à mourir »… Qu’elles mobilisent le respect du vivant, nos interdépendances sociales ou encore l’interdit de donner la mort comme acte fondateur de notre civilisation, les arguments sont nombreux pour résister à ce qui s’apparente à une fiction libérale… Les soins palliatifs, refusant à la fois l’acharnement thérapeutique et des pratiques euthanasiques qui ne disaient pas leur nom, se révèlent être une des plus belles épopées sociétales du siècle dernier. »

https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/06/25/aide-a-mourir-sous-couvert-de-progressisme-ce-texte-est-rupture-d-egalite-illusion-de-liberte-travestissement-de-la-fraternite_6715438_3232.html

Le point de vue des écologistes qui se veulent libres

– Quel bla-bla ! Ils préfèrent quoi, les gens qui se finissent tout seul aux médocs ou en se tirant une balle au fond du jardin ?

– Un tel chef d’œuvre de mauvaise foi mériterait un éclat de rire si le sujet n’était aussi grave: Camille Pecqueur et Simone Weil convoqués dans un hypocrite amalgame.

– Il y a beaucoup de choses dans cet appel qui hérisse le poil de l’homme gay de gauche que je suis. Le premier et principal point de cette thèse très « gauche XIXe siècle » veut que l’individu ne s’appartient pas et que la société doit avoir le dernier mot sur son sort individuel. Ce principe a été régulièrement employé par la République contre les plus faibles, les minorités entre autres …

– Des élus de « gauche » ???!!!… Ce n’est pas à la société de décider des modalités de la fin de vie ; cette décision relève du seul choix de la personne !!!… C’est cela, la Liberté !!!…

– Je ne souhaite pas à ces moralistes à deux balles d’être atteints de la maladie de Charcot (sclérose latérale amyotrophique) où le patient se paralyse lentement pour finir étouffé par paralysie du diaphragme tout en restant parfaitement conscient !…

  • Les « soins palliatifs » permettent de façon sadique au patient de «  vivre «  lentement son agonie…

– Il est temps de rappeler une vérité simple: il est des douleurs qui ne sont calmées que par une dose si massive d’analgésiques qu’elle provoque le comas. Doit-on alors continuer les soins? Ça veut dire quoi les soins?

– Rien sur la liberté individuelle, et des références rances : l’IVG et l’armée donne autorisation de donner la mort, respecter le vivant c’est écouter des personnes qui n’en peuvent plus de vivre !

– Cette tribune transpartisane est en fait partisane.

– Quant à l’inégalité médicale, celle de l’implantation de centres de soins palliatifs, ils n’ont rien à voir avec une loi non encore votée (et celle-ci serait-elle rejetée comme le souhaite ces trois élus que la situation ne changerait absolument pas).

  • Le droit à mourir dans la dignité s’ajoute à la longue liste des droits, difficilement acquis, comme le divorce, l’IVG, etc. Il est dommage que des élus de gauche se joignent à la clique conservatrice style Retailleau.

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Edgar Morin nous a quitté à l’âge de 104 ans

Edgar Morin est mort le 29 mai 2026 à l’âge de 104 ans.

Lorsque naît à Paris Edgar Nahoum, le 8 juillet 1921 dans une famille juive originaire de Salonique. Son père est un commerçant du Sentier à Paris.Trait irréductible de son identité, le mot « juif » est pour lui un adjectif, non un substantif. « Je suis étranger à toute idée du peuple élu ». Lorsqu’il va vers ses 10 ans, sa mère Luna meurt d’une crise cardiaque. Le jeune Edgar se réfugie dans les romans, qu’il dévore à table, au lit ou même en classe, pendant les cours. Il devient ainsi un « omnivore culturel ».Edgar Nahoum devient « Morin » à la suite d’une méprise : une camarade de l’armée des ombres de Toulouse transforma son pseudonyme de « Manin », choisi en référence à un personnage de L’Espoir, d’André Malraux, en « Morin ». Il écrit en 1946 L’An zéro de l’Allemagne, un essai hérétique où il refuse les clichés en vigueur sur la mauvaise nature germanique et tente de comprendre comment la nation la plus cultivée en Europe, patrie de Goethe et de Beethoven, a pu engendrer la barbarie nazie.

Éternel étudiant et chercheur autodidacte, il trouve un refuge intellectuel au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), en 1950, il arpente déjà tous les territoires, établit des passerelles entre le symbolique et le politique, le poétique et l’économique. La « pensée complexe », concept qu’il forgera plus tard en voulant « relier ce qui est tissé ensemble », est déjà en marche. Il s’éveille aussi sa conscience écologique. Il rédige, dans le cadre du Club de Rome, en 1972, L’An I de l’ère écologique, convaincu qu’un nouvel âge doit s’ouvrir face à la dévastation de la biosphère. Thème à présent répandu mais qu’ils n’étaient pas nombreux, dans ces années-là, à explorer. C’est sur ce magma de nouvelles cultures et sur les airs d’Angie des Rolling Stones que commence à s’ébaucher La Méthode (Seuil, 1977-2004).

Dans son grand œuvre théorique, Edgar Morin substituera au dépassement des contraires par la dialectique le « dialogique », qui vise à unir les principes antagonistes. Mais très vite, avec le renfort de Marx, qui remet la dialectique hégélienne « sur ses pieds » en privilégiant les conditions matérielles d’existence plutôt que l’Idée, le jeune Edgar se sent intellectuellement armé. Loin de l’hégélianisme, Morin assure qu’il n’y a pas de vérité du « Tout ». La totalité est toujours inachevée, morcelée, fragmentée. Mais « toutes choses étant causées et causantes, aidées et aidantes, il est impossible de connaître les parties sans connaître le tout, non plus que de connaître le tout sans connaître particulièrement les parties ».c

Chaque être humain, pour le meilleur ou pour le pire, dans l’abondance ou dans le dénuement, « porte en lui la planète tout entière ». Ainsi l’Européen aisé se lève en écoutant une radio de fabrication japonaise, boit son thé de Ceylan, enfile son jean made in USA, au moment où le miséreux du tiers-monde subit les cours du marché mondial, quitte son village à cause de la monoculture imposée par l’industrie agroalimentaire, danse sur des musiques syncrétiques en buvant du Coca-Cola. Tous les fragments d’humanité se sont déposés en eux.

Edgar Morin ne cesse de penser qu’il faut « relier les oasis de vie et de pensée » et qu’il convient même de les faire converger . Une nouvelle voie « dialogique », qui associerait « les termes contradictoires de mondialisation (pour tout ce qui est coopération) et de démondialisation(pour établir une autonomie vivrière sanitaire et sauver les territoires de la désertification), de “croissance” (de l’économie des besoins essentiels, du durable, de l’agriculture fermière ou bio) et de décroissance (de l’économie du frivole, de l’illusoire, du jetable), de développement (de tout ce qui produit bien-être, santé, liberté) et d’enveloppement (dans les solidarités communautaires) ».

Morceaux choisis de sa pensée

– Je me définis selon une unité plurielle. Je suis d’abord un être humain pour qui, comme le disait Montaigne, tout homme est mon compatriote ; puis je suis français, juif, méditerranéen, nourri par un humanisme universaliste qu’apportèrent le marrane Montaigne et l’apostat Spinoza

– Dans le vide actuel de pensée, la politique est réduite à l’économie, et même à la seule économie néolibérale. Mais ce n’est pas seulement la politique qui est sous-développée dans notre société, c’est la pensée.

– L’homme peut être manipulé par ses instruments de manipulation. L’intelligence artificielle est l’ultime création humaine qui confirme que nous pouvons être instrumentalisés par nos instruments.

– Nous subissons embouteillages automobiles et embouteillages d’informations. Les outils sont devenus des armes pour tuer des humains et ravager la nature, ont créé la menace écologique sur la biosphère et l’humanité, tout comme la machine libératrice d’énergies humaines a permis l’asservissement des ouvriers voués à des tâches monotones ou épuisantes.

– Les guerres en cours, l’industrie des armements, la puissance des gros céréaliers de la FNSEA, l’hyper-centralité du pouvoir d’achat, c’est tout cela qui occulte le problème écologique et inhibe les prises de conscience.

– Le régime ignoble des mollahs subit les frappes ignobles de Donald Trump et de Benyamin Nétanyahou. Le pro-israélisme est un fondement du trumpisme.

– Une personne qui souffre excessivement, qui ne veut pas que sa vieillesse soit à la charge d’autrui a le droit de décider de sa propre mort.

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Edgar Morin, 104 ans, tout son mordant (12 avril 2026)

extraits : Edgar Morin en 2026 : « Le national-populisme favorise l’une des deux France, celle qui fut longtemps monarchique, aristocratique et religieuse, une France pétainiste pendant la guerre. Les antihumanistes réactionnaires la voient monolithique dans son unité. Il faut redéfinir ce que j’appelle un humanisme régénéré conscient de l’identité d’origine et de la communauté de destin de tous les humains. (Mais) un grand courant de régression néoautoritaire se répand dans le monde, néototalitarisme chinois, dictature poutinienne, etc. Il sera peut-être bientôt minuit dans le siècle. »

Edgar Morin, 103 ans et la dent dure (7 juillet 2024)

extraits : «  Le noyau dur de Marine Le Pen est «souchien» alors que la France s’est constituée historiquement dans l’intégration de peuples étrangers les uns aux autres. Le RN méconnaît la réalité française qui est la diversité dans l’unité. Je crains que s’il occupe le pouvoir, il n’y installe un néo-autoritarisme. Mais être «contre» est insuffisant, il faut nécessairement un «pour»…

Une tribune d’Edgar Morin, à 102 ans ! (22 janvier 2024)

extraits : « Le progrès scientifique technique qui se développe de façon prodigieuse dans tous les domaines est la cause des pires régressions de notre siècle. C’est lui qui a permis l’organisation scientifique du camp d’extermination d’Auschwitz ; c’est lui qui a permis la conception et la fabrication des armes les plus destructrices, jusqu’à la première bombe atomique ; c’est lui qui rend les guerres de plus en plus meurtrières ; c’est lui qui, animé par la soif du profit, a créé la crise écologique de la planète…»

lettre ouverte à Edgar Morin (12 juin 2010)

extraits : Edgar, tu nous invites à résister, d’accord, mais à qui, à quoi ? Tu vaudrais décoloniser l’imaginaire, parfait, mais lequel ? Tu nous invites seulement à « épouser les combats de notre temps » (Le Monde du 11 juin 2010). Un peu court, pour un grand intellectuel hors norme. De ton temps, puisque tu es né en 1921, il était assez facile de savoir à quoi résister, le nazisme, la guerre coloniale en Algérie, le communisme stalinien. Mais aujourd’hui, alors que les générations présentes sont menacées d’une amnésie généralisée,  ton interview ne nous aide pas beaucoup à savoir à quoi résister ! Dans notre société dont tu soulignes la complexité, la publicité habille en blanc même les idées les plus révolutionnaires, les entreprises habillent en vert l’environnement et la nature, les politiques retournent leur veste ! Alors, que faire ?…..

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Du ressenti au ressentiment , malheur !

Notre cerveau nous joue des tours, il recherche la simplification. Dans Séquence émotion. La France du ressenti, Gilles Finchelstein relie l’élection de tous les présidents de la République, de Jacques Chirac à Macron, à la concordance entre leur intuition et le ressenti des Français, équation éminemment politique. Car du ressenti au ressentiment, il n’y a qu’un pas. Un biais cultivé par l’extrême droite et par l’extrême gauche

Philippe BERNARD : Ressentir ce que l’on croit, plutôt que croire dans des faits qui nous dérangent. La tendance est perceptible partout. Les réseaux sociaux – dont les algorithmes sont conçus pour conforter les ressentis individuels – en rajoutent et, avec eux, la montée des identités et des émotions. De l’insécurité à l’école, de l’immigration au sentiment de déclin, la plupart des sujets brûlants du débat public ont été pris dans un tourbillon opposant la réalité au ressenti. Constater que les juges sont de plus en plus répressifs n’empêche pas la croyance dans le « laxisme de la justice ». Évoquer la massification de l’accès à l’enseignement supérieur ne tord pas le cou à l’idée selon laquelle « le niveau baisse ». Et lorsque l’institut Ipsos, en 2024, demande aux Français quel pourcentage d’immigrés compte la population de leur pays, ils répondent en moyenne 25 %, alors que la réalité est de 11,3 %.

Le point de vue des écologistes non émotif

Le décalage entre ressenti et discours dominant apparaît comme l’un des premiers carburants de l’extrême droite ET de l’extrême gauche. Le vote en faveur du Rassemblement National est considéré comme plus proche de son ressenti anti-immigré. Le vote pour Mélenchon est considéré comme plus proche de son ressenti anti-capitaliste. Mais sans accord sur la réalité des faits, comment dialoguer et coexister pacifiquement ?

Il faut lire le livre de Daniel Kahneman, Thinking, Fast and Slow, publié en 2011. La thèse centrale du livre est la dichotomie entre deux modes de pensée : le système 1 (rapide, instinctif et émotionnel) et le système 2 (plus lent, plus réfléchi et plus logique). De manière générale, le système 1 est le système de raisonnement utilisé par défaut, car il est le moins coûteux en énergie. Ce système cognitif fonctionne de manière automatique, intuitive, rapide et sans effort. Le système 1 recherche ensuite avant tout des éléments qui viennent étayer sa vision préalable du monde : « Seul compte, ce qui est connu. » Le système 2 nécessite une certaine concentration et une certaine attention de la part de l’individu. Il intervient dans la résolution de problèmes complexes, grâce à son approche plutôt analytique.

Chaque individu est doté d’un certain niveau de concentration et de paresse intellectuelle. Mais si le système 1 est plus confortable, il est victime de biais de raisonnement. Bien souvent, les vainqueurs d’une élection sont ceux dont le visage suscite le plus d’émotions positives !

Sur ce blog, nous faisons appel au système 2. Nous passons beaucoup de temps à essayer de collecter les faits sur les sujets qui concernent l’avenir de notre société. Mais nous voyons bien dans les réactions de la plupart de nos commentateurs qu’ils se situent plutôt dans le ressenti, voir le ressentiment et l’idéologie. Au niveau collectif émerge une « dictature des ressentis » qui conduit à des jérémiades narcissiques sur l’âge de la retraite et le prix de l’essence. Le populisme de l’extrême-droite fait appel au système 1.

Si chacun d’entre nous possédait tous les éléments de la réflexion, alors nous pourrions arriver collectivement à un consensus acceptable sur la société la plus désirable. Les conditions pour y parvenir :

– avoir une maîtrise de ses affects, de ses sentiments personnels, de ses préjugés et a priori.

– avoir le temps de la réflexion.

– avoir des connaissances de base en matière de mécanismes économiques, de sociologie, d’écologie, d’histoire…

– avoir la capacité de se remettre en cause, ce qui nécessite une prise de distance avec soi-même.

– avoir une écoute de l’autre, être ouvert à une argumentation différente de la sienne.

– adopter la démarche scientifique « l’hypothèse reste vraie, mais tant qu’on ne m’a pas démontré le contraire ».

– chercher à approfondir ses connaissances par le choix de ses lectures, de sa fréquentation des médias.

– ne pas être prisonnier de sa fonction sociale (son métier, ses responsabilités familiales ou politiques…), être libre.

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Le sentiment qui m’habite, c’est l’angoisse

extraits : « Le sentiment qui m’habite, en vérité, et qui habite plein de gens, c’est l’angoisse : quel monde terrifiant va-t-on laisser à nos enfants ? » Les anti-écolos qu sévissent dans les médias devraient méditer un peu plus cette phrase de Ruffin. De source sûre depuis le rapport sur les limites de la croissance en 1972 et toutes les études scientifiques qui, depuis, ont confirmé le mauvais état dans lequel nous mettons la planète, tout le monde devrait savoir que ce monde thermo-industriel court à sa perte. Les illusionnistes anti-écolo ne font qu’accélérer un peu plus la vitesse à laquelle on fonce vers le mur. Voici quelques textes récents de référence….

Le sentiment d’insécurité partagé par le PNUD

extraits : Le sentiment d’insécurité repose sur une combinaison de facteurs, tels la peur de ne pas pouvoir se nourrir, de perdre son emploi, d’être confronté à des attaques terroristes… Les gens craignent aussi bien pour le présent que pour leur futur. L’indice de « perception de la sécurité humaine » combine 17 variables couvrant les insécurités liées aux conflits violents, les insécurités socio-économiques… aux niveaux personnel et communautaire. Il révèle que ce sentiment touche aussi bien les pays aux économies développées que les pays en voie de développement. « Même dans les pays avec des indices de développement élevés, trois personnes sur quatre se sentent dans l’insécurité….

Écologie, culpabiliser pour ressentir la culpabilité

extraits : De plus en plus de Suédois commencent à ressentir la « honte de voler » en avion. Ce sentiment de culpabilité nous semble tout à fait normal rationnel, moralement nécessaire, et même inéluctable. C’est le contraire, vouloir « voler sans entraves », qui nous semble absurde à l’heure de la déplétion pétrolière et du réchauffement climatique. Cette intériorisation des contraintes à s’imposer sur soi-même ne relève pas du « péché » à la mode catholique, mais d’une conséquence logique d’une réalité biophysique. Il ne s’agit pas de penser en termes d’écologie punitive, mais d’écologie réaliste. Mais comme les humains sont trop souvent soumis à la force des habitudes, cela demande un effort sur soi quand le voyage en avion est devenu la norme de son milieu social…..

Du ressenti au ressentiment , malheur ! Lire la suite »

Le pape Léon XIV, un pacifiste convaincu

Robert Francis Prevost devenu pape s’est placé dans les pas de son prédécesseur Léon XIII, dont l’encyclique, Rerum novarum, de 1891 marqua l’entrée de l’Eglise catholique dans l’arène sociale. Le choix par Léon XIV de la date anniversaire de Rerum novarum, le 25 mai, pour signer Magnifica humanitas (« Magnifique humanité »), est lourd de sens. Consacrée à l’intelligence artificielle (IA), c’est sa première encyclique : les « algorithmes opaques » contrôlés par des firmes privées menacent de faire apparaître de « nouvelles formes de déshumanisation ».

Mais l’encyclique « Magnifica humanitas » est aussi une critique de la guerre automatisée et de la doctrine de la « guerre juste ». En résumé :

IA, paix et humanité, le retentissant avertissement du pape

éditorial du MONDE :

éditorial du MONDE : « Désarmer » l’IA ne signifie pas renoncer à la technologie, mais l’empêcher de dominer l’humain. Cela passe moins par des choix techniques que par la soumission de l’utilisation des données à « un contrôle public » et l’affirmation du « rôle irremplaçable de la personne ». Léon XIV prend également position dans un domaine où l’intelligence artificielle fait peser un autre risque de déshumanisation, celui de la guerre. La présence à Rome, à la conférence de presse de lancement de l’encyclique, de l’un des fondateurs de la firme californienne Anthropic, qui s’est heurté au Pentagone du fait de son refus d’utiliser l’IA pour rendre les armes autonomes, le confirme : le pape américano-péruvien est déterminé à rappeler au monde ses obligations morales, même en désavouant l’administration Trump.

Face au vice-président, J. D. Vance, converti récemment au catholicisme, Léon XIV réaffirme « le dépassement de la théorie de la “guerre juste” ». C’est parce que le monde s’engage dans une spirale mortifère banalisant une « culture violente de la puissance » que l’intelligence artificielle doit, selon le pape, faire l’objet de ce qu’exècre le plus la Maison Blanche, une régulation internationale. Qu’il faille une autorité religieuse pour rappeler avec force des principes humanitaires, qui devraient être défendus par tous les régimes démocratiques, n’a rien de rassurant.

Le pape Léon XIV appelle à « désarmer l’intelligence artificielle », il n’y a pas de guerre juste

Sarah Bellouezzane : Adressé à tous, sans mention d’aucun pays, le message du pape regrette la « construction d’un monde en état de guerre permanente ». Pour sa conférence de presse, le Vatican a convié Christopher Olah, cofondateur d’Anthropic, l’entreprise à l’origine du logiciel Claude. La start-up s’était illustrée en février par sa volonté de brider les armes tournant sur son modèle, les empêchant de tuer sans intervention humaine. Une restriction qui avait provoqué l’ire du président américain, Donald Trump, et enclenché une bataille judiciaire entre l’entreprise et l’administration américaine. Cette position a su séduire le Vatican, qui, en invitant Anthropic, lui appose l’étiquette d’entreprise responsable.

La question des armes gérées par IA est l’une des nombreuses préoccupations, morales, économiques, sociales et religieuses, que le pape soulève. Il faut « soustraire l’IA à la logique de la compétition armée, qui n’est plus aujourd’hui seulement militaire, mais aussi économique et cognitive », et empêcher « la technologie de dominer l’humain » affirme le pape.

Aux Américains, en particulier au vice-président catholique J. D. Vance, qui a invoqué le concept de « guerre juste » pour justifier l’attaque en Iran, le pape déclare : « Aujourd’hui, plus que jamais, il est important de réaffirmer le dépassement de la théorie de la “guerre juste” trop souvent invoquée pour justifier n’importe quelle guerre, sous réserve du droit à la légitime défense dans son sens le plus strict. » Reliant ce contexte à l’utilisation de l’IA, le pape estime qu’il « n’est pas acceptable de confier à des systèmes artificiels des décisions mortelles » : « La décision de recourir à la force létale (…) doit rester sous un contrôle humain effectif, conscient et responsable. Enfin, il est nécessaire d’établir des règles communes, y compris au niveau international, qui freinent la course aux armements technologiques et assurent une protection particulière aux civils comme aux infrastructures essentielles à leur survie. »

Ces dernières semaines, Léon XIV n’avait pas été avare de critiques contre la politique belliqueuse des Etats-Unis et la guerre qu’ils ont déclenchée, avec Israël, contre l’Iran, en février. Des appels à la paix et une condamnation de la justification religieuse des conflits qui ont poussé Donald Trump à s’en prendre au pape sur son réseau, Truth Social, le qualifiant de « faible sur le crime ». En réponse, Léon XIV avait déclaré, début avril, dans l’avion qui le menait en Afrique : « Je n’ai peur ni de l’administration Trump ni de dire le message de l’Evangile. »

Léon XIV ne se borne pas à dire qu’un autre monde est possible, il nous invite à bâtir cet autre monde

Alberto Melloni : C’est un refus clair de la théorie de la « guerre juste » (paragraphe 192) qui coexiste avec l’idée que la « force létale » doit rester sous le contrôle de l’humain, et ne pas être confiée à un agent moral artificiel (paragraphe 200). Alors qu’aucune encyclique contemporaine ne prend pour point de départ un acte du pape précédent, Magnifica humanitas développe ainsi plusieurs aspects du message délivré par le pape François lors de la Journée internationale de la paix de 2024. A cela se mêlent des réflexions sur l’IA, réflexions que le pape sait provisoires, compte tenu de l’oubli rapide qui accompagne les encycliques pontificales – notamment la condamnation de la possession des armes atomiques dans l’encyclique Fratelli tutti du pape François (2020).

Léon XIV n’invoque pas les sentiments, mais la pensée. Une pensée exigeant pour demain un engagement qui n’existe pas aujourd’hui. C’est en soi un programme. 

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La lettre encyclique MAGNIFICA HUMANITAS

Quelques extraits de la Lettre encyclique MAGNIFICA HUMANITAS du Saint-Père LÉON XIV pour promouvoir la paix (25 mai 2026)

sur la protection de la personne humaine

à l’ère de l’intelligence artificielle

banalisation de la guerre

189. En 1965, le cri de saint Paul VI résonnait avec force devant l’Assemblée Générale des Nations Unies : « jamais plus la guerre, jamais plus la guerre ! ». Nous devons reconnaître que, malgré les aspirations et les proclamations de paix, les soixante dernières années ont été marquées par des conflits d’une férocité impressionnante. Un tournant s’est produit après la Seconde Guerre mondiale : la paix avait été placée au centre de l’ordre international, comme en témoigne notamment la Charte des Nations Unies, qui se propose de « préserver les générations futures du fléau de la guerre » ; de nombreuses Constitutions nationales, dans le même esprit, avaient relégué le recours aux armes à des cas extrêmes et strictement délimités.

190. Aujourd’hui, en revanche, nous assistons à un véritable changement de paradigme dans le discours public et dans les choix en matière de réarmement, avec une réhabilitation inquiétante de la guerre en tant qu’instrument de politique internationale, tandis que les critères éthiques mêmes qui en avaient limité l’usage sont progressivement érodés. Des formes de conflit pour l’expansion territoriale que l’on croyait dépassées réapparaissent. L’opinion publique est progressivement orientée et habituée par des récits médiatiques polarisants, souvent amplifiés par des algorithmes qui valorisent la confrontation et l’opposition.

192. Ainsi, la guerre n’est pas seulement menée, mais aussi préparée culturellement à travers des récits simplistes, des logiques ami-ennemi, la désinformation et la peur. Lorsque la mémoire historique s’estompe et que les critères éthiques qui protègent les civils et les plus fragiles s’affaiblissent, il devient plus facile de présenter la violence comme nécessaire, inévitable, voire “propre”. C’est dans ce climat que l’humanité est en train de glisser vers une culture violente de la puissance, où la paix n’apparaît plus comme une tâche à assumer, mais comme un intervalle précaire entre les conflits.

Aujourd’hui plus que jamais, il est important de réaffirmer le dépassement de la théorie de la “guerre juste” trop souvent invoquée pour justifier n’importe quelle guerre, sous réserve du droit à la légitime défense dans son sens le plus strict. La magnifique humanité dispose d’outils bien plus efficaces et capables de promouvoir la vie humaine pour faire face aux conflits, tels que le dialogue, la diplomatie, le pardon. Le recours à la force, à la violence et aux armes témoigne d’une pauvreté relationnelle qui a toujours des conséquences désastreuses sur les populations civiles.

La force sans limites

193. Un élément déterminant du paysage actuel est l’essor de l’industrie de guerre, devenue un secteur clé de l’économie de certains pays. Le lien étroit entre les intérêts économiques, les appareils militaires et les décisions politiques engendre une “nation armée” où la guerre apparaît presque comme le prolongement naturel de la politique et où le marché de l’armement devient un moteur autonome des choix belliqueux. En ce sens, il existe une logique économique qui contribue à alimenter les tensions dans différentes régions du monde.

194. Par le passé, la prise de conscience de la menace que représentent les armes capables de détruire l’humanité tout entière avait favorisé des voies de désescalade et de négociation en matière de désarmement. Nous sommes malheureusement sortis de cet horizon et l’évolution des arsenaux nucléaires – y compris la perspective d’utilisations tactiques, fait apparaître le recours à ces engins comme une possibilité de moins en moins lointaine.

Dans ce contexte, l’entrée en vigueur en 2021 du Traité sur l’interdiction des armes nucléaires, soutenu par plus de soixante-dix pays, constitue un signe important, mais risque de rester en grande partie symbolique, puisque les principales puissances nucléaires n’y adhèrent pas. C’est ainsi que s’est répandue la conviction, erronée, que la dissuasion nucléaire est une condition indispensable à la sécurité. Ceci a pour effet d’alimenter une nouvelle course aux armements difficilement contrôlable, accompagnée du démantèlement progressif des accords de réduction des armes nucléaires et du développement d’engins “miniaturisés”, qui facilitent leur utilisation comme une option viable.

195. On retrouve la même logique dans les conflits conventionnels : la puissance militaire, la faiblesse des initiatives diplomatiques et la complexité des intérêts en jeu favorisent des conflits qui ont tendance à s’enliser, avec un coût humain et environnemental extrêmement élevé. Il est bien plus facile de déclencher une guerre que d’y mettre fin, et pourtant, la réflexion sur la prévention des conflits reste dramatiquement marginale.

Armes et IA

197. À ce contexte s’ajoute le développement incessant des systèmes d’armes, en particulier des armes liées à l’IA. La facilité croissante avec laquelle les systèmes d’armes à autonomie opérationnelle peuvent être utilisés rend la guerre moins soumise au contrôle humain, ce qui va à l’encontre du principe selon lequel l’usage de la force armée ne doit intervenir qu’en dernier recours. C’est pourquoi le développement et l’utilisation de l’IA dans le domaine militaire doivent être soumis aux contraintes éthiques les plus rigoureuses en évitant une course aux armements.

198. Il n’est donc pas acceptable de confier à des systèmes artificiels des décisions mortelles. Il n’existe aucun algorithme capable de rendre la guerre moralement acceptable. L’IA nous habitue à l’idée que la violence est inévitable et qu’il suffit de l’optimiser. Il est donc primordial d’inculquer des valeurs dans la programmation des systèmes artificiels que nous construisons.

199. Lorsque la décision de frapper devient automatique ou opaque, le risque de déresponsabilisation augmente. C’est pourquoi la chaîne des responsabilités doit rester identifiable et vérifiable. Le deuxième critère concerne le délai du jugement moral. L’IA tend à raccourcir les délais de décision ; mais, en temps de guerre, les décisions irréversibles ne peuvent avoir pour critères suprêmes la rapidité et l’efficacité. Le troisième critère est l’identification et la protection des civils. Toute technologie qui facilite le fait de frapper sans voir le visage de l’autre abaisse le seuil moral du conflit. La sélection des cibles et l’usage de la force ne peuvent confondre combattants et non-combattants, ni ignorer l’impact sur les populations sans défense.

205. Derrière tout cela se cache un faux “réalisme”, fondé sur une conviction culturelle et anthropologique, comme si la guerre faisait inévitablement partie de la nature humaine. Il en a toujours été ainsi, dit-on, à l’exception de brèves parenthèses, et il en sera toujours ainsi ! Le problème n’est donc plus la paix, perdue comme référence dans le paysage international, mais comment et quand agir militairement, tout en affirmant qu’il serait irresponsable de ne pas se préparer à l’affrontement. Au contraire, ce qui est vraiment irresponsable, c’est la Realpolitik, cette forme de “réalisme” politique qui sème dans les consciences comme dans la culture la résignation face à une guerre inéluctable, et qui considère la paix et le dialogue comme des positions utopiques ou irrationnelles. Au contraire, la paix n’est pas un espoir naïf ni une simple absence de guerre : elle est le fruit, toujours possible, de la justice et de la charité.

208. Dans les pays marqués par de graves tensions sociales, nous ne pouvons pas exclure que certains finissent par considérer le conflit armé comme un moyen efficace de détourner l’attention des problèmes internes et comme un instrument de gestion cynique des difficultés.

Désarmer les mots

214. La première contribution que nous pouvons apporter à une civilisation plus humaine est de prêter attention à nos paroles. « Désarmons les mots et nous contribuerons à désarmer la Terre ». Le pouvoir des mots est immense et nous en faisons l’expérience dans notre communication quotidienne, lorsque quelqu’un nous dit quelque chose qui modifie notre état d’esprit, en bien ou en mal. « La paix commence par chacun de nous : par la manière dont nous regardons les autres, dont nous les écoutons, dont nous parlons d’eux ; et, en ce sens, la manière dont nous communiquons est d’une importance fondamentale : nous devons dire “non” à la guerre des mots et des images ». Nous devons donc tous faire un examen de conscience sur les mots que nous utilisons, sur les préjugés dont ils sont chargés et sur l’agressivité, ouverte ou latente, qui les habite.

Nous avons une réelle possibilité de contribuer au bien chaque fois que nous disons la vérité, que nous donnons un conseil avisé, que nous soutenons ceux qui ont besoin de réconfort, que nous dénonçons une injustice, et que nous donnons la parole à ceux qui ne l’ont pas.

221. Sur le plan politique, il est urgent de passer de la “culture de la puissance” à une véritable “culture de la négociation” dans laquelle le dialogue et les relations diplomatiques deviennent une voie habituelle pour gérer les conflits, comme le souhaitait Giorgio La Pira : « Il faudra remplacer la méthode de la guerre par la méthode de la paix : la méthode de la négociation, de la rencontre, de la convergence ». La conscience d’un destin commun des peuples exige que la “culture de la négociation” devienne de plus en plus un engagement partagé, politique et culturel, capable d’éloigner progressivement l’humanité de la spirale de la violence.

222. À ceux qui ont l’honneur et la responsabilité de gouverner, je voudrais répéter quelques paroles que j’ai prononcées au début de mon Pontificat :

« Les peuples veulent la paix et je dis aux responsables des peuples : rencontrons-nous, dialoguons, négocions ! La guerre n’est jamais inévitable, les armes peuvent et doivent se taire, car elles ne résolvent pas les problèmes, elles les aggravent ; ce sont ceux qui sèment la paix qui passeront à la postérité, pas ceux qui font des victimes ; les autres ne sont pas d’abord des ennemis, mais des êtres humains avec qui parler. Fuyons les visions manichéennes typiques des récits violents qui divisent le monde entre bons et méchants ».

223. En rejetant la logique de la violence, le dialogue interreligieux joue un rôle décisif, car au cœur des grands itinéraires spirituels se trouve un message de paix. Ceux qui utilisent le nom de Dieu pour légitimer le terrorisme, la violence ou la guerre en trahissent le visage : combattre au nom de la religion revient, en réalité, à porter atteinte à la religion elle-même. Les croyants peuvent puiser à nouveau aux sources les plus authentiques de leurs traditions spirituelles, où il n’y a pas de place pour la haine sacralisée.

226. Les organisations internationales, en particulier l’ONU, restent des instruments essentiels pour promouvoir une civilisation de l’amour, en soutenant le dialogue entre les nations, le règlement pacifique des conflits, le développement intégral des peuples, la protection des personnes les plus vulnérables, le désarmement et la sauvegarde de la création. À travers ces instances, la communauté internationale peut chercher à libérer les ressources destinées à l’armement pour les affecter à la promotion humaine et à la protection de la Maison commune. La faiblesse actuelle de l’ONU et du système politique international révèle la nécessité de réformes profondes. Il ne s’agit pas seulement d’ajustements techniques, puisque la crise des convictions et des valeurs touche également les fondements éthiques de la vie des nations.

LÉON PP. XIV, Donné à Rome, près de Saint-Pierre, le 15 mai de l’année 2026, la deuxième de mon Pontificat.

Cf. L’intégrale de l’encyclique

https://static.bayard.io/la-croix.com/cue/download/Lettre-encyclique-MAGNIFICA-HUMANITAS-du-Saint-Pere-Leon-XIV.pdf

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Sur les abolitionnistes de la peine de mort

L’Etat américain du Texas vient de réaliser le 14 mai 2026 sa 600e exécution depuis 1982, année où la pratique de la peine capitale a repris. Edward Lee Busby Jr. a été déclaré mort après une injection létale, administrée pour le meurtre en 2004 de Laura Lee Crane.

La Cour suprême des États-Unis avait rejeté l’appel, annulant la suspension de l’exécution prononcée par une juridiction inférieure. Pourtant la peine capitale a été abolie dans 23 des 50 États américains.

Le point de vue des commentateurs sur lemonde.fr

P.Alvarez : Nombre de meurtres pour 100 000 habitants: près de 5 au Texas et seulement 1,6 environ en France. On voit l’effet non dissuasif de la peine de mort.

Jean Kazadi : Doit-on abolir une loi parce que certaines personnes ne la respectent pas? Dans ce cas on annulerait toutes les amendes sur l’excès de vitesse sur la route parce que malgré leur existence, il y a toujours des gens qui roulent au delà de la vitesse autorisée.

Enoch : Dans un pays qui se prétend chrétien (« In god we trust ») et dont les justiciables jurent sur le livre saint on peut s’étonner de les voir prendre le rôle de l’Éternel pour ôter la vie, sans même parler du pardon, notion consubstantielle de la foi catholique.

Jean Kazadi : Le premier génocide bien documenté dans l’histoire de l’humanité est décrit dans la Bible : lors de la conquête de Canaan, « Josué ne laissa aucun survivant. Il frappa d’anathème tout ce qui respirait comme l’avait ordonné le Seigneur, le Dieu d’Israël » (Jos 10:40).

Dieu : 600 condamnés à mort, statistiquement il y a forcément des innocents dans le lot. C’est absolument certain.

Peps72 : l’Iran vient de tuer 40 000 innocents en janvier dernier.

Marc O : En France, Edward Lee Busby aurait eu 25 ans d’enfermement, libéré du bout de 18… on se demande quel est le pays qui a le plus de respect pour les victimes.

Attandcharles : Reconnaissons que du temps de Lynch les frais de détention étaient très réduits…

Michel Sourrouille : Le vrai problème, c’est que les abolitionnistes de la peine de mort ne disent absolument rien des soldats qu’on amène à tuer des gens qu’ils ne connaissent pas et qui, d’ailleurs, n’ont rien fait à l’origine de répréhensible sauf d’être amenés sur un champ de bataille par un quelconque belliciste. Il faut surtout faire campagne pour abolir l’armée, l’origine des massacres de masse.

En savoir plus grâce à notre blog biosphere

Robert Badinter, condamné à la peine de mort

extraits : Robert Badinter est mort dans la nuit du 8 au 9 février 2024 à l’âge de 95 ans… Un petit matin de novembre 1972, Bontems est conduit à la guillotine. Robert Badinter est là, dans la cour glaciale de la Santé. Il n’oubliera jamais « le claquement sec de la lame sur le butoir ». Cet échec personnel en a fait l’homme d’une croisade, celle de l’abolition de la peine capitale. Il a défendu et sauvé la tête de six condamnés. « Ce seront mes témoins lorsque je comparaîtrai devant le Seigneur. » Son souvenir le plus éclatant remonte à l’année 1977, au lendemain du verdict de Troyes, où il avait sauvé la tête de Patrick Henry, coupable d’avoir enlevé et tué un petit garçon de 7 ans….

Peine de mort abolie, une avancée majeure ?

extraits : Emmanuel Macron a célébré le 9 octobre 2021 les 40 ans de l’abolition de la peine de mort, à son avis « une avancée civilisationnelle majeure ». Que veut dire une telle présomption ? Un chef d’État est-il doté de l’infaillibilité pontificale ? Notons d’un point de vue démocratique qu’en 2020 encore, 55 % des personnes interrogées dans un sondage Ipsos se disaient favorables au retour de la peine de mort. Macron et Badinter sont-ils plus pertinents que le point de vue du peuple ?….

Dylann Roof mérite-t-il la peine de mort ?

extraits : Dylann Roof avait froidement abattu neuf paroissiens noirs d’une église de Caroline du Sud en 2015. Une cour d’appel fédérale a confirmé le 25 août 2021 la condamnation à mort de l’Américain. Le point de vue d’un écologiste sur la peine de mort va bien au-delà du droit des victimes contre celui des assassins. Il ne fait que constater un fait trivial : l’abolition de la peine de mort est voulue dans une société d’abondance qui croit que tout le monde doit être dorloté, y compris les criminels. Mais à cause  du manque d’énergie fossile et de la crise qui va s’ensuivre, cette abolition risque de tomber aux oubliettes. Comme l’écrivait Jean-Marc Jancovici  :

« Entretenir une population en prison, c’est utiliser de la nourriture, des ressources et de l’énergie pour le bénéfice d’improductifs mis au ban de la société. Jusqu’à une époque somme toutes assez récente, on ne s’encombrait pas de ces bouches à nourrir : le sort commun de l’assassin était la mort dans des délais assez rapides. Il est évident que, en univers énergétiquement contraint, ces mauvais souvenirs risquent de redevenir d’actualité. »….

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La grande régression physique de l’humanité

C’est le paradis des petits hommes grassouillets. Les enfants ont perdu 25 % de leurs capacités cardio-vasculaires en l’espace de 40 ans  et leur endurance s’écroule. En cause un mode de vie hyper-sédentaires dans un environnement artificiel où les machines nous prennent en charge. La trottinette n’a plus besoin de la poussée de nos jambes, elle est électrique.

Victor Fersing : La vie de nos ancêtres chasseurs-cueilleurs était rythmée par le mouvement, dans la société modernisée nous avons peuplé l’environnement de technologies confortables. Nous aimons minimiser l’effort : 95 % des usagers choisissent l’escalator plutôt que l’escalier . On ne compte plus les publicités pour les applications de livraison à domicile. Nos mains ne touchent plus la terre, nos pieds n’effleurent plus l’herbe et notre dépendance aux écrans ne mobilise que notre vue et notre ouïe.

Plongés dans ce brouillard technologique, nous avons perdus quelques repères fondamentaux, d’où l’importance de rappeler qu’on mène une vie plus épanouie en retrouvant des choses simples, comme le fait de se remettre en mouvement. Si les enfants ne peuvent plus jouer dans le monde physique, alors ils se retirent dans des mondes virtuels et les espaces clos de leurs chambres. A l’école, il y a très peu de sens qui sont mobilisés : on ne manipule rien avec les mains, on n’éprouve pas les sensations de son corps et on a tendance à recopier bêtement ce qu’on entend en cours. La scolarité se trouve dans un espace coupé du monde, assis sur une chaise, sans possibilité d’interactions. Si nous n’exerçons plus notre muscle social, il va tout simplement s’atrophier et alors nous aurons encore plus de raisons de nous immerger dans une métavers imaginé par les grandes plateformes numériques…

Lève-toi et marche ! La marche laisse à notre cerveau un espace disponible pour penser différemment, sans avoir à subir les vitesses effrénées des flux informationnels algorithmiques – si tant est qu’on marche sans écouteur et sans regarder son smartphone.

NB : Ce point de vue de Victor est issu du courrier des lecteurs du bimensuel La Décroissance de mai-juin 2026 page 21. Nous recommandons la lecture de ce journal, les différents textes proposés devraient être connus de tous et toutes.

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03. Une pensée en formation, un effort constant

avec Michel Sourrouille, faisons connaissance

Il ne suffit pas de se délivrer de l’empreinte religieuse pour que tout devienne possible. Bien d’autres déterminants pèsent sur nos choix et notre comportement, la famille, les copains, l’école, les livres, les médias, etc.

Notre liberté intellectuelle résulte d’un apprentissage toujours recommencé, entre acceptation d’un ordre social établi et recherche de la meilleure voie possible pour le changer. Cet apprentissage demande un effort sans lequel rien n’est possible.

Naître dans une société patriarcale…

Racontez-moi votre enfance, je vous dirai qui vous êtes. Je suis né en 1947. La société de l’après-guerre était patriarcale. Mon père était le chef de famille. La loi à l’époque disait la même  chose. Ma mère obéissait. J’obéissais. Mon petit frère obéissait. La majorité n’était qu’à 21 ans à l’époque. Donc je  ne me posais pas de question sur ce que je croyais ou non, je prenais l’existence comme elle venait. On me disait d’apprendre mes leçons, j’apprenais mes leçons, on me disait de faire la prière du soir, je faisais ma prière du soir, on me disait de m’habiller comme ceci ou comme cela et je m’habillais comme ceci ou comme cela. La vie n’était qu’habitude, en ce temps-là on ne décidait pas, on suivait le sens du courant, la visite régulière aux grands-parents, les repas de famille, quelques camps scouts avec salut au drapeau et la messe en latin bien entendu. Je crois que ma première réflexion a seulement eu lieu vers quinze ans, après qu’un chef scout m’ait demandé quelles questions je me posais. « Aucune, chef ! » C’est vrai, je ne me posais aucune question, j’avais déjà toutes les réponses. Ce n’était pas normal. J’ai commencé vraiment à réfléchir ce jour-là. Depuis, ma vie apparemment sans histoire m’a apporté bien des questions et fabriqué bien des révoltes.

J’étais bien habillé. Veston, petit gilet, pantalon bien coupé. Mon père était tailleur. A 16 ans mon père m’a autorisé à choisir un tissu, mon premier choix personnel. « Jaune voyant » ai-je répondu. J’ai obtenu du vert moutarde. Mon père savait aussi négocier, je commençais à déterminer mes propres choix. Bientôt je n’ai plus rien porté… ni veston ni petit gilet ni pantalon bien coupé. Mais pour le reste je faisais glou glou, je faisais miam miam, je ne défilais même pas criant « paix au Vietnam ». Ma famille ne m’a pas du tout préparé au militantisme politique. De la guerre d’Algérie, je n’ai retenu que les klaxons scandant dans un embouteillage bordelais « Algérie fran-çaise, Algérie fran-çaise… » Ce n’est qu’à 21 ans que j’ai connu ma crise d’adolescence, tardive, mais mieux vaut tard que jamais. Une crise d’adolescence, c’est le moment où nous pouvons accéder à l’autonomie contre les faux-semblants qu’on a voulu nous imposer.

Écrire, c’est se rappeler

J’ai commencé à tenir régulièrement un petit carnet de notules en juin 1969 qui m’a servi de guide pour ma pensée balbutiante. Je finissais ma deuxième année de fac de sciences économiques, un bourrage de crâne universitaire qui remplace le formatage par la famille. J’ai commencé une cure de désintoxication. Dans mes notules, je parlais de la main invisible d’Adam Smith comme d’un scandale, la justification théorique d’un inégalitarisme éhonté. Je recopiais la Déclaration des droits de l’homme, j’enchaînais aussitôt sur le profit qui devrait être attribué à la collectivité et non à « des entrepreneurs privés qui risquent fort d’en faire uniquement un usage personnel ». J’estimais déjà que le salaire n’est pas fixé automatiquement et rationnellement. Il n’est que le fruit des préjugés de la société et non la nécessité inéluctable qu’en font les théoriciens par l’intermédiaire des mots magiques : offre et demande. Je pensais que les hommes viennent d’abord… ensuite seulement le commerce, la production et la finance.

J’ai un accident terrible en solex début août 1969. Je monte sur le capot d’une bagnole qui arrivait en sens inverse, je suis projeté dans les airs, visage ensanglanté, blanc des yeux devenu entièrement rouge, traumatisme crânien, plusieurs heures de coma… Certains ont pensé dans ma famille, et ils n’ont peut-être pas tort, que cela a servi d’électrochoc. Mon cerveau a été très très secoué, et il se serait replacé dans une autre configuration. On m’a dit que dans un état d’inconscience total, je suis allé pisser derrière les rideaux de la chambre partagée avec d’autres patients, arguant que c’était mon droit le plus absolu… Quelques jours seulement après ma sortie de l’hôpital, j’écrivais :

« La fac, quelle ineptie, quel tas de crétins, quel non-sens. A quoi bon former des chefs d’entreprises quand l’héritage est notre loi, pourquoi des juristes si ce n’est pour soutenir l’ordre établi, pourquoi enseigner le consensualisme des contrats quand tout contrat ne peut être que léonin. Il faut supprimer l’inutile dans l’enseignement, il faut supprimer la concurrence qui admet la loi du plus fort, il faut une éducation technique commune, une langue universelle… »

Mon cerveau fonctionnait maintenant à merveille. Je continuais à lire les Sciences et Vie auquel était abonné mon père, le dictionnaire des citations (l’âge d’or était l’âge où l’or ne régnait pas), toutes sortes de lectures qui me sortaient de l’univers universitaire.

Pendant ma convalescence, j’ai eu le temps d’écrire, de faire le point. Je conteste dans mes notules les profs de fac que j’ai eus pendant l’année, l’institution du mariage, le fric qui fait avancer les soldats : « On dépense le fric insolemment, on gaspille l’argent des pauvres et les pauvres s’émerveillent. Si je possède une usine, des capitaux, ce n’est pas à moi seul que je le dois mais à tous les ouvriers qui y ont participé, aux consommateurs qui achètent mes produits, à la collectivité tout entière. L’argent des bénéfices réparti inéquitablement est un vol … » Je condamne tabous et préjugés, l’infaillibilité du pape et la place de la fourchette à table. Je prône déjà les transports collectifs en ville et l’usage des deux roues pour éviter embouteillages et gaspillage de matières premières. Je m’interroge : « Pourquoi produire des voitures Renault quand la SNCF  est en déficit ? » J’estime que l’action individuelle et la cohérence collective sont indissolublement liés. Je pense me mettre à poil sur une plage pour mettre en pratique ma liberté alors que les naturistes sont parqués dans des camps. Je me vois demander à un prof qui veut qu’on se lève à son entrée si la politesse se situe au niveau du cul. Je me vois déjà faire le tout fou dans un camp militaire.

Lire pour en savoir plus

Début septembre 1969, je constate avec Arthur Koestler (le Yogi et le  commissaire) que notre conscience semble se rétrécir en raison directe du développement de nos communications. Je ressens que tous les « ismes », anarchisme, communisme, libéralisme, socialisme … perdent leur sens et que le monde ressemble à une allée plantée de points d’interrogation. Je découvre que la technique rend l’homme capable de dominer les forces de la nature, mais grisé par la puissance, il en oublie sa dépendance. J’observe que nous nous conduisons comme les caricatures anachroniques de l’homme que nous pourrions être. Résultat ? Je ne sais plus où j’en suis, quelle vérité, quelle raison de vivre me donner… Qu’est-ce qui est contingent et qu’est-ce qui ne l’est pas ? Je juge ma mémoire encombrée d’une quantité démesurée de connaissances inutiles pour les 9/10ème et falsifiée pour le reste. Tout me semble faux, mesquin et inutile, la fac et les discussions, les filles ou la société. Mais je cherche, je cherche, sans guide spirituel ni boussole.

Je lis encore et toujours, des lectures qui forment un homme, ainsi la 25ème heure de Virgil Gheorgiu, un livre sur les camps de concentration. Sans connaître encore les analyses d’Ellul (La Technique ou l’enjeu du siècle (1954)), elles sont bien là, en germe :

« L’homme est obligé de s’adapter à la machine… Il devient une minorité brimée par la technique. Les esclaves techniques tiennent en main les points cardinaux de l’organisation sociale. Ils agissent selon des lois spécifiques, automatisme, uniformité, anonymat… Il y aura des arrestations automatiques, des condamnations, des distractions automatiques. »

Je me renseigne sur la révolte des étudiants allemands, Rudi Dutschke. La violence ne peut aboutir.

Des certitudes en devenir

Nous sommes en octobre 1969. Je fais un stage chez un expert comptable, je fais des exercices de retenue sur salaire pour les cotisations sociale, je planche sur le traitement mécanographique de la comptabilité. Je cultive mes propres références : « L’argent ne fait pas de petit (le taux d’intérêt ne correspond à rien) », « C’est posséder le bien d’autrui que de posséder le superflu (Saint Augustin). » Je vis une réelle contradiction entre mes aspirations et la réalité. J’ai un moment de blues. Je ne cherche plus à me passionner pour l’athéisme ou pour la politique, pour la faim du monde ou le dernier match de foot. J’écris comme notule :

« Aucune passion, aucune aspiration. Ma vie n’est même pas triste, elle est pleine d’indifférence. Agir, à quoi bon ? On se retrouve sans réponses, ou impuissant devant l’inertie d’autrui et l’hébétude du monde. Le mieux est d’occuper mes heures, m’appliquer à ne plus sentir ma vie s’écouler (s’écrouler), jouer à s’aimer et faire semblant de jouer, pour arriver sans doute un jour à ce regard de vieux penché sur ces petits riens, qui ne regrette rien, qui n’a même plus le désir de vivre, mais seulement celui de survivre…. un  peu  ! »

Je me réfugie dans les études et mon entraînement journalier au piano. Mais mes principes de base sont bien établis, ils resteront sensiblement les mêmes pendant toute mon existence :

– La propriété, c’est le vol. L’homme ne travaille pas pour lui-même mais pour la collectivité. Il n’a aucun droit personnel sur « sa » femme, « sa » maison, « son » capital. C’est un locataire perpétuel.

–  A travail égal, salaire égal. Il n’y a pas d’inégalité de valeur entre le travail d’un éboueur et celui d’un PDG. Ils sont aussi utiles à la société l’un que l’autre, ils dépendent autant l’un de l’autre. Pourquoi alors un salaire différent ? L’unité monétaire devrait être définie par l’heure de travail.

– Le même enseignement pour tous. Les injustices, les fausses valeurs, viennent le plus souvent de l’ignorance de la masse. C’est par l’éducation permanente et égalitaire qu’on arrivera à éliminer disparités et résistances aux réformes nécessaires.

Note du 18 novembre 1969, le moral revient : « On ne peut montrer son cul, mais on doit montrer son carnet de chèque ! Je ne sais pas ce que signifie intelligence et diplôme, souveraineté nationale et patriotisme, morale et religion. Je refuse ma nationalité française. Je suis né dans ce qu’on appelle Bordeaux par inadvertance, je pourrais aussi bien être hindou et crever de faim. Je refuse mon baptême parce que je ne peux serrer la main de Jésus Christ ; les paroles teintées d’eau bénite ne me transportent pas au septième ciel. Je refuse la langue que je parle parce qu’elle ne me permet pas de comprendre l’hébreu ou le zoulou. Je refuse l’enseignement qui conduit à diviser la société en castes, je refuse un gouvernement qui ne sert qu’à m’engluer dans les papiers de sa bureaucratie. Je vis dans une région de rêve qui a éliminé ses rancœurs et ses heurts. Je voudrais transformer le droit de la propriété : les biens à la mort de leurs soi-disant propriétaires reviennent à la collectivité.  Les revenus sont fondés sur l’heure de travail. Les gérants des biens immeubles  perçoivent un loyer qui est versé à une caisse de construction et d’amélioration. Les capitaux ne portent plus intérêt. D’ailleurs le capital disparaît, on ne reconnaît que le facteur travail. Le sens de l’utopie, ça permet d’avancer. »

Plasticité cérébrale et conditionnement social

J’ai souvent quelques discussions animées avec des copains-copines. Le 20 février 1970, Daniel me soutenait que l’homme est doué de naissance, moi au contraire que c’est le milieu qui faisait tout : on ne naît pas bête ou intelligent, on le devient. D’après son point de vue, un crétin restera un crétin. Pour moi, il suffit de s’en occuper attentivement, de le rééduquer s’il n’est pas déjà trop tard. Daniel soutient l’inégalité sans chercher à établir l’égalité. Plus tard mes études de sociologie me montreront à quel point j’avais raison. La plasticité cérébrale est très grande, le conditionnement culturel une réalité. « On ne naît pas femme, on le devient » (Simone de Beauvoir), et tout le reste à l’avenant.

Je recopie quelques citations du dictionnaire du diable en mars 1970 : « Air : substance nutritive fournie par une généreuse providence pour engraisser les pauvres ; Cadavre : produit fini dont nous sommes la matière brute. La tâche la plus stupide que puisse prendre un être humain est, sans aucun doute, l’édification d’un tombeau à son usage. La solennité du moyen en accentue la futilité du but connu à l’avance ; Charrue : instrument qui réclame à grands cris des mains habituées au porte-plume ; Commerce : transaction dans laquelle A vole à B les marchandises de C ; etc. » Une lecture que je recommande pour se décrasser le cerveau. Il faut se méfier des stéréotypes qui sont dans nos têtes, c’est la mise à distance qui nous libère.

Je note : « Nous avons tendance à coller des étiquettes sur ce que nous ne connaissons qu’imparfaitement ou pas du tout. Pour les étudiants de Princeton, les Allemands ont l’esprit scientifique, les Italiens sont impulsifs, les Noirs paresseux, les Chinois superstitieux alors que les Américains sont intelligents et ambitieux. Ce que nous voyons est déterminé à l’avance par ce que nous nous attendons à voir. Le tort des gens, c’est quand on leur apporte quelque chose de nouveau, de ne pas y croire. De ne pas avoir un esprit ouvert. » Je cultive mon ouverture.

Je proclame l’utopie : « Je ne suis pas un anarchiste, ni nihiliste ni cynique, je ne suis ni communiste ou trotskiste, maoïste ou castriste. Je suis quelque chose en constante formation ouvert à autre chose. Quelque chose de mouvant comme la pensée, quelque chose d’universel comme la non-violence, quelque chose d’immuable comme nos actes. Je suis. Je suis pour une humanité meilleure. Cela suffit. »

Je lis aussi bien l’Idiot International, Hara-Kiri ou Politique aujourd’hui. Je me forme moi-même. On ne reste intelligent que tant qu’on élimine de la mémoire ce qui est contredit par un fait nouveau. Mais la bêtise élimine le fait nouveau, ce qui pourrait contredire la mémoire ! Pour progresser mentalement, il faut accepter une certaine dislocation mentale, abandonner ses a priori pour retrouver le sens de l’intérêt commun. Je recopie le testament d’un mort vivant, écrit pas un certain Gérard Robin :

« Je suis né en 1939, mort en 1969. Ma vie n’a été qu’un grand rêve, vivre. Je lègue à l’Etat ma vieille bicyclette, témoin de mes vagabondages. Je demande que ma bibliothèque personnelle soit enfouie dans la terre et qu’à son emplacement on plante un grand sapin. Comme je n’ai rien écrit, il suffira de regarder vivre et d’écouter les vivants… »

Ma révolte contre l’autoritarisme socio-familial prenait des contours plus précis, plus engagés, plus apparents pour tout dire. Barbe et cheveux longs, très longs. Toujours le même anorak noir sur le dos, toujours ou presque le même pantalon. Mon père me disait bien que je changerai, car « quand j’aurai moi aussi femme, enfants et beaucoup d’emmerdements, je n’aurais plus le temps de penser ». Je n’attache pas d’importance à la voiture et à la retraite, je me suis appris à ne pas fumer, à ne pas boire, à ne pas regarder la télé. Je peux me passer de musique et de voiture. Le préfet Grimaud disait que la voiture individuelle est incompatible avec la vie urbaine contemporaine, Cartier déclarait qu’interdire à l’homme d’utiliser son véhicule personnel était une atteinte à la vie moderne et à la liberté… Déjà les contradictions de la vie moderne. Dans ces années 1970 se profilait les débats des années 2000, j’avais choisi mon camp.

Un militantisme en devenir

Le 23 mai 1970, je sors de tôle. J’avais malencontreusement participé à une manif de la Gauche prolétarienne. Un copain de fac avait abusé de mon esprit militant, il m’avait entraîné dans cette action sans m’en donner les modalités ! On m’a mis en garde à vue, dans une cellule : pas de ceinture ou de lacet, ni montre ni bague, aucun papier personnel. Seul dans une cellule, la tinette dans un coin. La chasse d’eau actionnée de l’extérieur, ainsi que la lumière, presque permanente. J’ai demandé un crayon, sans rétribution. On me l’a promis, je l’attends toujours. Faut dire qu’on m’accusait d’avoir attaqué un commissariat de police, d’en avoir cassé les carreaux.  Tout le groupe est parti d’un côté, je me suis désolidarisé en partant de l’autre, lentement. Un policier a tiré sur moi, son pistolet s’est enrayé. J’ai de la chance. Un inspecteur me bourre de coups après mon arrestation ; trop énervé pour me faire mal. Il s’apercevra plus tard qu’il connaissait mon père. Il viendra la nuit me voir dans ma cellule, affirmant que « la société, je n’y comprenais rien ». Je réponds que personne n’y comprends plus rien. Il s’est écrasé. Mais j’aurais du lui dire que je ne le comprenais que trop; que la société était devenue un monstre envahissant, un monstre à têtes multiformes où l’individualité se perdait de plus en plus pour ne plus se retrouver. Nous sommes trop nombreux pour pouvoir nous aimer vraiment. La société ne laisse pas l’individu s’exprimer, le règlement remplace la libre parole, la répression se substitue à l’empathie.

On a perquisitionné chez mes parents la chambre où je vivais, on a saisi le dazibao affiché au mur, très grande feuille banderole avec les citations que je collecte car elles me parlent  :

« La méchanceté tient lieu d’esprit aux imbéciles… Il n’y a jamais eu qu’un seul chrétien et il est mort sur la croix… Qui donc me prendra dans ses bras pour me faire comprendre que j’existe… Une âme morte est une âme complètement habituée…  Caressez un cercle, il deviendra vicieux… Décence, un mot qu’il serait trop difficile de justifier… Nous n’étions que la hache, fait-on le procès à une hache ? … L’EGALITE ou la MORT… La conscience règne mais ne gouverne pas… Je ne suis pas assez fou pour être raisonnable… La bêtise, c’est de conclure… »

Cela me résumait très bien ! Le gouvernement voulait dissoudre la Gauche Prolétarienne, qui sera officiellement interdite le 27 mai 1970 ; quatre jours après ma sortie du tribunal. Le ministre de l’intérieur avait téléphoné pour que je sois sévèrement sanctionné. Mon idéalisme explicite a sans doute été une circonstance atténuante pour la justice. Et surtout j’étais déjà connu comme membre d’un mouvement pour l’action non-violente. La justice fera preuve de son indépendance. Je suis passé devant le petit parquet, en comparution immédiate et sans avocat, après 48 heures de garde à vue. J’ai récolté un mois de prison avec sursis et 300 francs d’amende : destruction en partie d’immeuble public ! Des camarades s’étaient cotisés pour m’aider à payer l’amende. L’un d’entre eux a volé la caisse. Ainsi va la vie.

Le lendemain  de ma libération, je reprenais comme si de rien n’était l’étude de Lord Beveridge présentant le budget de la nation : du plein emploi pour tous dans une société plus libre ! Je finissais ma troisième année de licence de sciences économiques, j’allais commencer ma « maîtrise » (à l’époque c’était la licence en quatre ans).

Mes notules de novembre 1970 continuent de montrer la multiplicité de mes centres d’intérêt. Je suis aussi bien pour une langue universelle que contre le tourisme. J’estime absurde d’apprendre à l’école des langues secondaires et non un langage unique de type espéranto : à quoi bon s’encombrer l’esprit des méfaits d’une concurrence linguistique entre nations ? Pour moi, le voyage n’est pas un déplacement du corps le long des kilomètres de l’espace, mais un voyage de l’esprit dans le flux des informations qui lui arrive. Faire du tourisme, c’est une démarche individualiste qui ne recherche que le plaisir personnel d’une sensation exotique, l’artefact d’un dépaysement. Ce n’est pas l’affirmation d’une volonté de changer l’ordre aberrant des choses. Mieux vaudrait agir sur son proche environnement. Le voyage immobile devient alors ouverture sur le réel concret. Fin 1970, je fais 400 kilomètres pour une session dite communautaire. Les garçons ont couché d’un côté et les filles je ne sais où ! On a bien lu Charlie/Fournier au début, et alors ? Nous étions un énorme groupuscule de 85 personnes qui totalisaient  17000 km pour cette rencontre. Quel gaspillage d’essence et de temps ! J’aurais préféré vivre la fraternité dans mon immeuble, dans ma rue. Mais elle n’existe pas. Alors ? Ce n’est que bien plus tard que je vais apprendre à fréquenter mes voisins, la fraternité se construit. Je tâtonne, je tâtonne… tâtonnement expérimental dirait Célestin Freinet !

La conscience  de mon aliénation 

Janvier 1971, j’ai vraiment compris qu’il fallait sortir de l’aliénation qui pèse sur moi, sur nous tous.

Dans la Revue des revues (l’URSS et les pays de l’Est, 1968) : « L’idée centrale de Pavlov, plutôt qu’une mécanique simpliste du réflexe conditionné, est le déterminisme d’une structure cérébrale dominée par des processus d’analyse et de synthèse des excitations, ce qui rejoint l’indéterminisme neurophysiologique… Après 50 ans de littérature soviétique on a vu, pour la première fois de l’histoire des hommes, des individualités développées ne pas s’opposer à la société mais se fondre en elle. »

Dans Partisans n° 46 : « Le capitalisme moderne ne saurait tenir longtemps par le seul jeu d’un esclavage pur et simple de la classe ouvrière ; il est nécessaire que, d’une certaine manière, l’exploité soit consentant, c’est-à-dire qu’il reprenne à son compte, au niveau de sa propre organisation mentale, les structures économiques qui l’aliènent. Cette prise en compte s’effectue, comme toute opération psychique, sur un registre symbolique. Par exemple la notion de patrie n’a par essence aucune réalité pour le psychisme individuel. Mais elle devient la mère-patrie, liée à des images communes, partagées par d’autres… Plus tu arrives à te départir de ton conformisme et plus tu deviens à même de comprendre, et donc de te rééduquer. »

J’estime aussi que la société n’est qu’un agrégat d’individus, qu’elle ne peut rien faire sans la bonne volonté de ces individus. Si ma propre influence est petite, mesquine, éphémère, d’autres « moi » peuvent agir dans le même sens chacun à leur petite échelle. Ce sont tous ces petits riens qui forment finalement la conscience de tout un peuple en mouvement ; nous sommes personnellement à la fois le nombril et la poussière. Si la société va mal, nous en sommes à la fois responsables et coupables.

En février 1971, je participe à un WE sur violence/non-violence. Pas grand chose à retenir. Je préfère me polariser sur le statut de l’enfant, à l’insatiable curiosité. Pour moi, c’est évident, la révolution ne peut éclore qu’à la maternelle, c’est la révolution du jardin d’enfant de Vera Schmidt juste après la « révolution » bolchevique. L’enfant est ouvert au monde, malheureusement les influences sont bonnes au mauvaises. Là est le drame, car en même temps que l’épanouissement possible, il y a tout ce que les adultes montrent : frustration, ignorance, possessivité, racisme, violence, passivité… Moi j’ai passé l’âge de l’enfance. Je n’ai plus de spontanéité, j’analyse tous les mécanismes répressifs qui bloquent mon libre arbitre, la société de consommation comme je l’apprendrai plus tard. Je n’aime pas aller au cinéma pour voir un spectacle-qui-fait-passer-un-bon-moment, m’amuser pour m’amuser. Je n’aime pas bouffer en cœur pour boire en peu plus. Je réfléchis trop. J’ai déjà conscience de ne pouvoir appartenir à aucune chapelle. Il n’y a pas plus grand châtiment que d’habiter tout seul le paradis des idées !

J’ai l’impression que l’humanité s’engage dans une impasse, mais il n’y a encore personne pour le dire clairement. Robert Prehoda montrait en 1967 (Designing, the future, the role of technological forecasting) que la prolongation des courbes indique que la quantité d’énergie sur terre dépassera en 1994 celle rayonnée par le soleil, que les vaisseaux spatiaux atteindront le vitesse de la lumière en 1998 et que l’espérance de vie approchera l’immortalité en l’an 2000 ; en l’an 3900, la population humaine formera une masse se propageant par sa propre croissance aussi vite que la lumière ! Notre monde est absurde, mais nous ne le savons pas encore.

Penser en situation de catastrophes

Fin 1971, j’acquiers plus de confiance en moi. J’ai même une fâcheuse tendance à croire que j’ai toujours raison quand on discute de problèmes existentiels. Je pense avoir raison à cause des études prolongées auxquelles je me suis astreint, philosophie, droit, économie, connaissance de tous les mouvements politiques, communiste, anarchiste, UDR, PSU, SDS, Black Panthers… En fait je deviens super-chiant aux yeux de mes copains-copines. Et mes recherches tout azimut ne m’empêchent pas de me tromper. En novembre, j’estime que la tribu amazonienne ou la communauté de l’Arche sont des anachronismes voués à disparaître car non intégrés au mouvement général de l’humanité. Mon état d’esprit cosmopolite et global m’empêchait de voir la force du local et de la diversité culturelle.

Nous avions déjà en 1971 la condamnation du catastrophisme qui nous fait oublier la réalité de la catastrophe ! Ainsi Louis Pauwells, dans sa Lettre ouverte aux gens heureux et qui ont bien raison de l’être (Albin Michel, 1971) : « Aliénation, pollution, surpopulation, sont des mythes. La grande injustice faite au Tiers Monde est aussi un mythe ». Son idée générale, « on n’arrête pas le progrès matériel ». 

Par exemple cette anecdote relatée par Pauwells : « Au début du XIXe siècle, Stephenson eut l’idée de mettre la locomotive à vapeur sur des rails. Un banquier, réticent, demanda : Et si une vache se met sur les rails ? Si une vache se met sur les rails, eh bien tant pis pour la vache ! »

Pauwells prend un autre exemple : « Un bébé américain apporte plus de pollution dans le monde que 1000 bébés asiatiques. Il conviendrait donc d’arrêter l’industrie et de ne plus faire d’enfants. C’est la thèse de la croissance zéro. Mais les chefs syndicalistes en Amérique estiment qu’avec 5 millions de chômeurs, 12 millions d’assistés sociaux et 28 millions de logements à construire, les USA ont autre chose à faire que des grèves anti-progrès… Je crois que la vraie menace est l’invasion des élites occidentales par la sinistrose. »

Des dizaines d’années plus tard, les discours resteront malheureusement les mêmes. Mais je suis entre-temps devenu un expert de la pédagogie de la catastrophe !

Nourrir son cerveau de tout ce qui passe

Je me documente toujours et encore. Une enquête d’Himmelweit, Oppenheim et Vince en GB (Television in the lives of our children – 1961) montre déjà que regarder la télévision est une activité mentale passive. Elle « sollicite les facultés sensorielles de l’affectivité plutôt que l’intelligence… La télé provoque chez l’enfant une perte d’initiative, rend blasé et émousse l’imagination… L’idéologie des moyens de communication de masse tendrait à décourager les activités militantes, surtout celles qui tendent à modifier l’état actuel de la société… La puissance de la communication de masse procède de sa mollesse même… Il y a massage plus que message. » Un numéro d’Historia enfonce le clou. Selon une enquête récente faite en Tarn et Garonne dans un groupe scolaire, les enfants de 9 à 16 ans passent près de 1000 heures par an devant le téléviseur alors qu’ils n’ont que 800 heures de cours. L’attention des élèves est de plus en plus difficile à fixer. Ils ont de moins en moins le goût de l’effort. Ils attendent du professeur un spectacle !  L’objet technique n’est pas neutre sur la conscience des gens. Si nous restons simple consommateur, impossible de s’apercevoir de notre aliénation par l’objet. Dire que par la suite les écrans ont envahi toutes les existences ou presque !

Il faudrait pouvoir organiser des contre-institutions, ce que conçoit dans les années 1970 l’anti-pédagogie, l’anti-psychiatrie, la contre-culture. Il faudrait une déscolarisation de la société, une démilitarisation, une désindustrialisation, une dépopulation, une désurbanisation (notule du 23 avril 1972). Je découvre Ivan Illich :

« Notre langage de tous les jours, notre conception du monde ne révèlent que trop combien nous ne séparons plus la nature de l’homme de celle des institutions modernes. Il est grand temps de conduire une recherche à contre-courant sur la possibilité d’utiliser la technologie au service des interactions personnelles, créatrices et autonomes et de permettre l’apparition de valeurs qui ne puissent pas être soumises aux règles des technocrates. »

J’en sors renforcé dans mes convictions. Une des caractéristiques des sociétés modernes est la dépendance institutionnalisée, c’est à-dire un mode de vie organisé par d’autres, on naît à l’hôpital, on est soigné par un médecin, on se nourrit du labeur des paysans, on meurt aux mains des pompes funèbres. Cette dépendance institutionnalisée se double d’un éclatement du pouvoir ; les centres de décision sont partout et nulle part, le pouvoir n’appartient plus aux hommes mais à une forme d’organisation, l’obéissance découle des règles qui protègent les institutions.

Je pense avoir fini ma maturation psychologique pendant l’année 1972, j’ai 24-25 ans. Je sais maintenant de façon théorique qu’il faudrait changer la société, mais je sais aussi par expérience que changer les gens n’est pas gagné par avance. Pourquoi ? Chacun joue un rôle social, il se comporte par rapport à ce que les autres attendent de lui. Il ne pratique pas l’acte juste, il respecte le jeu social. Plus tard je mettrai un mot sur ce déterminisme, l’interaction spéculaire : je fais parce que tu fais ainsi parce que nous faisons tous de même. Cette explication sociologique permet d’enterrer le vieux débat épistémologique sur l’antériorité de l’individu ou de la société. L’un et l’autre se renforcent mutuellement car je me représente la manière dont les autres se représentent les choses et moi-même. « Je donne le bon exemple » n’est un message positif que si un grand nombre de personnes font ainsi. Sinon je peux suivre le mauvais exemple !

La boucle est bouclée. La dépendance matérielle est corroborée par l’obligation qui est faite aux individus d’intérioriser ou d’admettre le bien fondé de nos structures socio-économiques. L’institution provoque une coupure entre l’idée que se fait l’individu de l’acte juste et ce qu’impose à l’individu la préservation de l’institution. L’homme est dans un corset très serré, division extrême du travail, distinction poussée entre ville et campagne, transport individualisé et polluant, exploitation de l’ouvrier dans la fabrication d’automobiles. Chacun de nous est compromis… Difficile alors de trouver les moyens de sa liberté. Tout dépend de notre attitude dans les différentes institutions que nous traversons. L’action qui déclenche l’effet domino a besoin que chacun de nous se positionne dans la bonne ligne pour que la réaction en chaîne se produise dans le bon sens.

Le plus important se trouve donc dans l’éducation. Mais il ne s’agit pas d’apprendre à lire, écrire et compter. Ces « fondamentaux » sont presque anodin par rapport à la possibilité de former sa propre pensée pour acquérir son autonomie et le sens collectif. Or cela, on ne l’apprend ni à l’école, ni en fac. Et surtout pas en faculté de sciences économique et sociales !

Pour m’écrire, biosphere@ouvaton.org

03. Une pensée en formation, un effort constant Lire la suite »

02. Préalable, se libérer de la religion

avec Michel Sourrouille, faisons connaissance

C’est parce que le pouvoir du sacré peut entrer en symbiose avec la Nature que les humains pourraient à nouveau vivre ensemble dans un environnement apaisé. Ma spiritualité, ce qui est sacré à mes yeux, c’est le lever du soleil qui apporte l’énergie de la vie aux plantes, l’eau qui ruisselle et étanche la soif de toutes les espèces, l’équilibre des écosystèmes. Ni la bible, ni le coran, je veux lire dans le livre de la Nature pour l’amour de toutes les formes de vie. Mais pour cela, il me faut voir dans la bible et le coran qu’imagination humaine, poison de notre pensée.

La religion a une double signification, elle relie et elle rassemble ; elle permet une pratique institutionnalisée qui apporte une cohérence au monde et le maintien de cet ordre. Aucune société ne peut donc vivre sans une certaine forme de religion. Mais les religions font référence le plus souvent à un dieu abstrait, invisible. Impossible de s’entendre puisque ce sont des humains qui interprètent la parole de « dieu » pour imposer aux autres leur propre conception de l’existence. Cette relation verticale avec un dieu invisible qu’on dit tout puissant peut être avantageusement remplacée par une relation horizontale de l’individu envers autrui comme envers la Biosphère. Alors on peut essayer d’agir en toute connaissance de cause.

On ne naît pas athée, on le devient

Ma première révolte véritable ? Contre les religions. On ne devient pas athée de naissance, on le devient. J’étais déjà baptisé avant même de pouvoir dire un mot. Dès la naissance ou presque. Comme cela se faisait ! Je suis devenu un bouffeur de curé. Rien n’est déterminé à l’avance à condition de pouvoir sortir du piège de la prédestination sociale !

Dans mon jeune temps, la religion était omniprésente. Mes parents se sont mariés civilement. Ils ont attendu le mariage religieux pour ensuite seulement pouvoir faire l’amour. Il me fallait raconter mes péchés lors de la confession, à genoux dans une petite boîte noire, avec une lucarne qui s’ouvre et une voix doucereuse qui chuchote à voix basse : « Mon fils, dis-moi tout. » Le problème, c’est que je ne me sentais pas pécheur le moins du monde. Je récitais un « Notre père qui êtes aux cieux » et deux « Je vous salue Marie » en guise de pénitence pour le péché que j’avais inventé. D’où vient alors ma rébellion ? D’un amoncellement de petits éléments qui progressivement m’ont fait douter. Un jour je me suis enhardi pour demander à un prêtre s’il croyait personnellement à l’enfer. A sa réponse évasive et son air emprunté je savais dorénavant ce qu’il fallait savoir : on me racontait des histoires. J’étais devenu plus méfiant. Depuis ce jour j’ai multiplié les questions et confronté les réponses ; on ne se pose jamais assez de questions, on ne nous fournit jamais suffisamment d’éléments de réponses.

Nous recevions l’abbé Fontanilh, l’ancien aumônier de papa, le curé de Cadillac. « Bénissez-nous mon père, bénissez ce repas… et donnez du pain à ceux qui n’en ont pas » Un cérémonial à la maison, toujours le même. Désuet, irréel. Pendant le repas, j’attaque le curé et sa religion. C’était pour moi un jeu de questions-réponses. Comme le quitte ou double que j’avais gagné au temps du catéchisme. Est-ce que l’enfer existe ? L’abbé commence à perdre patience. Je conteste l’infaillibilité papale. Il perd pied. Pourquoi le célibat des prêtres, cette absurde exigence ? Il se fâche, jusqu’à vouloir me faire mal physiquement. Il passe derrière moi, me prend aux épaules, et il serre, serre. Je ne pouvais croire en Dieu… ses représentants étaient bien trop fragiles.

Pour Karl Marx, toute critique commence par la critique de la religion : « Religion, opium du peuple » ! J’avais bien commencé, sans le savoir. Quand le doute s’instille, il se propage. Je commençais à être libre de mes pensées. Les révoltes verbales font le révolté. Je ne croyais plus que ce qu’on pouvait me démontrer. Or l’existence de Dieu, totale abstraction, repose uniquement sur un acte de foi. Au lycée Michel Montaigne de Bordeaux, sur l’ensemble des classes de première, nous n’étions plus que quatre devant l’aumônier. L’un était là parce qu’il était obligé par ses parents, l’autre s’ennuyait en internat, un troisième venait pour le spectacle. Car j’étais là uniquement pour contester le curé.

Le christianisme est devenu pour moi un vieux meuble qu’on conserve par charité. Plus tard dans les années 1970, je polémiquerai avec un ami candidat prêtre, Christian Alexandre : « Vous les Chrétiens, vous êtes comme le capitalisme, fondé sur une hiérarchie, une préséance absurde et ridicule. Vous êtes contre le racisme, mais vous n’arrivez pas à vous entendre entre chrétiens. Vous faites le service militaire au lieu de trois ans de tôle  pour insoumission. Classer le naturisme et la pilule comme un mal est abaisser la morale. Je connais l’Évangile, ce n’est qu’un vieux bouquin qui ne me suffit plus. Ce n’est plus l’Église qui prêche l’amour véritable, mais les hippies. Ils ne se référent plus aux textes chrétiens, mais à Confucius, Marcuse, mai 1968 ou aux communes libres. Ils ne s’attachent pas à une doctrine limitée et fermée. Ils préfèrent cultiver leur existence terrestre sans applaudir à l’automatisme de quelques gestes ancestraux symboliquement vides. Je regrette le temps que j’aie passé à la messe… »

Dans une allocution prononcée au tribunal de la Rote, le pape Paul VI a voulu donner un coup d’arrêt aux tendances qui affirment que l’autorité de l’Église ne dérive que du consensus de l’ensemble des fidèles (Sud-Ouest du 29 janvier 1971). Les fidèles étaient donc pour le pape l’objet et non pas l’origine de l’autorité. Les croyants restent assujettis. Leur Église repose uniquement sur un argument d’autorité ! Aucune démocratie dans ce système bloqué, un pur totalitarisme. Comme on ne peut déterminer l’assise matérielle du divin, les dialogues entre croyants et incroyants sont voués à l’impasse, sans synthèse possible : le raisonnement contre l’acte de foi. Aucun débat sincère et ouvert n’est donc possible avec un véritable croyant. Avec mon père, je n’ai même pas essayé. A 91 ans, il regarde toujours la messe… à la  télé vu son âge. Mais cela n’a pas empêché une entente cordiale en famille ; nous savions séparer les croyances individuelles et notre vivre ensemble.

La religion, une névrose anthorocentrique

– Pour la psychanalyse, la religion serait une névrose obsessionnelle de l’humanité qui dérive des rapports de l’enfant au père ; le père est chargé de la mission répressive, qui impose entre autres un renoncement à la liberté sexuelle, à la liberté tout court. C’était tout à fait mon cas ! L’ennemi était à l’intérieur de ma tête, j’avais intériorisé normes et tabous. Me libérer de la religion, c’était aussi prendre ma liberté d’agir vis-à-vis de l’autorité paternelle. L’image du père occultait ma pensée personnelle, l’image de Dieu sert de mystification à la pensée humaine ; c’est complémentaire. Une fois cette prise de conscience, je pouvais dorénavant cultiver mon athéisme, chercher la raison et le raisonnable, changer ma pensée pour changer la société. L’individu est construit socialement, il est donc obligé pour partie de se conformer à la croyance du moment. Mais les croyances sont fragiles, elles évoluent avec le contexte. Nos normes culturelles bougent parce que certains, au départ en marge et souvent pourchassés, ont posé de nouvelles règles à notre pensée qui s’imposent avec le temps. Après tout, le christianisme est le résultat d’une secte qui a réussi… Il me fallait abandonner l’idée de dieu pour faire ma révolution copernicienne.

– Pour la science, les religions de type anthropocentrique sont depuis longtemps obsolètes. On croyait avec la bible que notre planète était au centre de l’univers, et l’être humain au centre de la Terre. Galilée (né en 1564) utilisa une lunette astronomique, récemment découverte, pour observer le relief de la lune et surtout les satellites de Jupiter, démontrant par la même occasion un héliocentrisme beaucoup plus pertinent que le message biblique. Un tribunal de l’Inquisition, dont les membres ont refusé de regarder par la lorgnette l’univers céleste, l’obligea d’autorité à se rétracter en 1633 : « Je jure que j’ai toujours cru, que je crois maintenant, et que, Dieu aidant, je croirai à l’avenir tout ce que tient, prêche et enseigne la sainte Église catholique et apostolique romaine…  J’abjure les écrits et propos, erronés et hérétiques, par lesquels j’ai tenu et cru que le soleil était le centre du monde et immobile, et que la Terre n’était pas le centre et qu’elle se mouvait. »

 L’Eglise catholique n’a réhabilité Galilée qu’en 1992 ! Pour les gardiens de la foi et des fausses croyances, il faut donc attendre plus de 350 années pour reconnaître une vérité scientifiquement prouvée… Aujourd’hui nos satellites confirment tous les jours la révolution copernicienne, cette découverte de la libre pensée. La religion reste toujours un obstacle à l’émancipation de l’espèce humaine.

Combien de manifestations de rue pour une société meilleure les paroles d’un pape ont-elles entraînées ? Combien de prêtres se sont-ils couchés sur les terrains militaires pour empêcher des avions d’aller lâcher leurs bombes ? Combien de patrons très chrétiens favorisent-ils l’autogestion et la coopération ? Je sais maintenant qu’en priant un Dieu absent, on ne peut trouver que de fausses solutions à la détresse humaine. Dieu n’agit pas, dieu n’est pas en moi, il n’est qu’un mot, un concept métaphysique, une chimère. Puisque Dieu est mort, tout devient possible. Je peux accéder à l’autonomie. Depuis j’en ai fait plein usage. Le prosélytisme religieux devient pour moi une abomination ; le blasphème une nécessité. Nous avons inventé la démocratie pour qu’il y ait débat. Puisque la religion n’est qu’une idéologie comme les autres, elle doit pouvoir être critiquée. Michel Houellebecq aura le droit d’écrire : « La religion la plus con, c’est quand même  l’islam. Quand on lit le Coran, on est effondré. » C’est un tribunal civil qui l’a dit.

Ma profession de foi

En 2005, j’ai composé le texte suivant, centré sur le concret : « C’est la Biosphère qui constitue notre origine et notre avenir, c’est la Biosphère qui accompagne notre présent et qui conditionne notre futur, la Biosphère est le père et la mère de toutes choses vivantes. En conséquence, le culte des dieux à l’image des seuls humains est vide de sens, seul compte la compréhension de la Biosphère, l’harmonie avec la Biosphère. Telle est donc ma prière :

Oh Dieu, écoute mon appel

Entends ma désespérance

Vois la maison Terre en train de sombrer

Et l’humanité se déchirer

Anéantir la biodiversité

Épuiser l’énergie du passé

Le charbon, le pétrole, le gaz.

Oh Dieu, tu n’écoutes rien

Parce que tu n’entends ni ne vois

Tu es aveugle, sourd et muet

Car seuls des humains te font parler.

L’humanité tourne autour de ses petits dieux

Les dieux uniques du monothéisme

Les dieux du marché et de l’argent,

Les dieux de la science et de la technique

Chacun son dieu du moment qu’il nous aveugle.

L’humanité n’a plus de racines

Quand elle s’invente des dieux

Qui sont à son image.

Alors célébrons la Nature,

Revenons à la Terre

Telle est ma prière :

Je crois en la matière,

le père et la mère du ciel et de la terre,

Je crois en la Biosphère,

partie infime de l’univers visible et invisible,

Je crois en la Biosphère car je fais partie d’elle.

C’est pourquoi

Je m’engage à promouvoir l’équilibre entre tous les être humains aujourd’hui,

Je m’engage à préserver l’avenir de leurs générations futures,

Je m’engage à respecter tout le reste de la Biosphère.

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Le formatage culturel de notre pensée et de notre comportement nous laisse peu de marges de manœuvre. Il faut vraiment faire un effort sur soi-même et contre les autres pour pouvoir affirmer sa liberté de pensée. Ma critique de la religion a été le premier pas de ma réflexion et le fondement de tout mon militantisme à venir. Encore fallait-il étayer ma pensée, encore balbutiante !

Pour m’écrire, biosphere@ouvaton.org

02. Préalable, se libérer de la religion Lire la suite »