spiritualités

Foisonnement du religieux écolo

« La crise environnementale n’est pas seulement au-dehors, mais aussi au-dedans de nous » écrit Michel Maxime Egger, fondateur du Laboratoire de la transition intérieure. La crise climatique est venue accentuer une forme de millénarisme et d’ambiance apocalyptique qui porte en elle une nécessité de conversion à un autre imaginaireLe mouvement s’observe à double sens : une spiritualisation de l’écologie, et une écologisation du religieux. Pour affronter l’écoanxiété qui assaille les gens conscients, un nombre croissant de personnes se tournent vers divers rituels de reconnexion à la nature. Et se bricolent une spiritualité sur mesure, censée les aider à transformer le monde, ou du moins leur rapport à celui-ci.

Valentine Faure : Plusieurs sites consacrés au « travail qui relie » énoncent ainsi la problématique à laquelle ce « TQR » entend répondre : « Comment aller à la rencontre de notre découragement et de notre impuissance face à l’ampleur de la crise écologique et sociale, pour les transformer en engagement créatif ? Comment renforcer nos racines pour nous soutenir nous-mêmes, les autres et la Terre ? » Au cœur du travail se trouve l’idée de « reliance » : il s’agit de « nous reconnecter à nous-mêmes, à notre propre imaginaire, aux autres êtres vivants, à l’invisible, au sacré. Mais à chacun de se faire sa propre idée, on n’est pas dans un dogme. Le travail qui relie est l’une des nombreuses pratiques spirituelles associées à l’écologie. Il en existe une foule d’autres : bains de nature, marches du temps profond, méditations en quête de son identité profonde, remerciements à la Pachamama (la Terre mère), jeûnes pour la Terre…Il n’y a pas de bloc de croyances, pas de mouvement coordonné, mais un ensemble de valeurs et d’aspirations communes autour de quelques invariants : un rejet de la dualité homme-nature, esprit-matière ; une fascination pour les peuples premiers ; une défiance vis-à-vis de ce que Pierre Rabhi appelait « l’obscurantisme moderne »… Le « verdissement » de l’Eglise s’est manifesté avec force en 2015, dans l’encyclique Laudato si’ – sur « la sauvegarde de la maison commune » – du pape François, qui a choisi son nom en référence à saint François d’Assise, « l’homme qui aime et préserve la Création ». L’erreur serait de prendre cette écospiritualité pour une fin : j’ai trouvé la paix intérieure, la nature me fait du bien. Ça, c’est du développement personnel, mais comment aller bien dans un monde qui va mal. Pour les écologistes, la transition intérieure est, au contraire, évidemment vectrice d’une transformation du monde.

Le point de vue des écologistes

Je trouve plutôt bénéfique de chercher à retrouver une certaine spiritualité dans nos sociétés qui en sont tristement dépourvues. Nos cérémonies de passage, naissance, mariage, décès sont réduites à leurs portions congrues ou irréalistes si on pratique une religion traditionnelle. En accroissant notre emprise sur le monde, en éliminant de notre quotidien tous les espaces (vraiment) sauvages, nous nous sommes enfermés dans une culture quasi-exclusivement humaine, jusqu’à oublier trop souvent que nous faisons partie intégrante de la Nature et de l’Univers. Aujourd’hui que le réchauffement climatique et l’effondrement de la biodiversité nous rattrapent, il est temps de nous souvenir que la vie est mystérieuse et que nous avons un devoir « sacré » de la préserver. La notre et celle des créatures avec qui nous partageons la vie.

La politique ramène toujours à des conceptions religieuses au sens de « ce qui nous relie » et fait société. Pour qu’un groupe conserve une cohésion interne, il ne doit pas dépasser 150 individus. Comment faire au-delà alors qu’un pays comme la Chine compte par exemple plus de 1,4 milliards d’habitants ? Il s’agit d’instaurer une histoire commune, une fiction qui va servir de mythe fédérateur. Nous avons donc inventé des récits comme la Bible, imaginé des sauveurs suprêmes comme Jésus Christ ou Xi Jinping ou mondialement imposé « les lois » du marché. Nous nous dirigeons de plus en plus fermement aujourd’hui vers un nouveau mythe fédérateur, l’écologisme. Si tout se passe sans trop de mal, le culte de la Terre-mère va se développer tout au cours du XXIe siècle. Toute religion est une construction sociale élaborée pour résoudre un problème. Notre problème aujourd’hui, c’est la détérioration brutale de notre milieu de vie par nous-mêmes.

Nos article antérieurs sur ce blog biosphere

16 août 2022, Religions, un frein à notre réflexion

30 avril 2021, Demain l’écologisme sera la religion commune

3 juin 2020, L’écologisme sera la religion du XXIe siècle

1er mars 2020, Biosphere-Info, écologisme et religions (synthèse)

18 février 2020, L’écologisme concurrence les religions

22 août 2019, Spiritualité, religion et écologie (Arturo Escobar)

25 juillet 2019, L’écologie a besoin d’une spiritualité (Satish Kumar)

15 avril 2019, Rejoignez notre Alliance des gardiens de Mère Nature

3 août 2018, Religion et écologie commencent à faire bon ménage

4 juillet 2018, La religion écologique n’est pas une religion

28 février 2015, Une religion pour la terre-mère est-elle dangereuse ?

21 septembre 2014, Religion catholique et écologie : comparaison papale

29 décembre 2009, notre Terre-mère Pachamama

16 septembre 2009, bien-être et religion

22 décembre 2008, quelle religion pour le XXIe siècle ?

Suicide assisté et Euthanasie volontaire

Ci-dessous un texte du 18/01/2023 que nous a envoyé Marie-Laure et Jacques pour parution.

Réflexions sur une loi nouvelle

encadrant le suicide assisté et l’euthanasie volontaire

En France, la loi Claeys-Leonetti actuelle est très insatisfaisante pour au moins 5 raisons :

  • son application est restreinte à la fin de vie en contexte médicalisé dans des conditions de souffrance intolérable ; elle ne répond pas aux cas de refus de handicaps jugés insupportables (pensons à Vincent Humbert, en 2003), de perspectives inéluctables de dégradation physique ou mentale, ni, pas plus que les soins palliatifs, à celui des souffrances réfractaires
  • sa seule issue libératrice est la « sédation profonde et continue jusqu’au décès », pratique que nous jugeons hypocrite et révoltante, d’autant que les conditions additionnelles posées par la HAS la limitent à l’extrême fin de la vie, atteinte peut-être dans d’extrêmes souffrances
  • la décision est entièrement dans les mains d’un collège de médecins et soignants pour lesquels la demande du sujet (déclaration ou directives anticipées) n’est qu’un élément de décision parmi d’autres.
  • très peu de directives anticipées sont rédigées, même les soignants ne sont pas exemplaires ; le modèle de directives disponible sur le site gouvernemental fait l’effet d’un repoussoir : sur ce sujet sensible et complexe où la réflexion est intime et difficile, le formulaire proposé est beaucoup trop technique avec des questions médicales auxquelles nous ne savons//voulons pas répondre
  • le développement des soins palliatifs prévu par la loi est très insuffisant et inégalitaire sur le territoire.

Nous pensons que pour progresser en liberté sur ce sujet, il faut changer de cadre de réflexion et de point de vue.

Le suicide assisté et l’euthanasie volontaire ne sont pas une question médicale et le corps médical n’est concerné qu’à la marge, et non de façon centrale comme dans la loi actuelle ou comme dans les réflexions sur une éventuelle évolution telles qu’elles paraissent s’engager. C’est une pure question de liberté dont devrait disposer chacun d’entre nous, liberté moralement limitée par le précepte « ne pas nuire à autrui », délimitée par la loi et si possible garantie par la Constitution.

Nous demandons alors l’institution d’une aide légale à mourir (et non une aide dite ‘médicale’, ou dite ‘active’). Cette terminologie est plus globalisante et « rassurante », et fédère les expressions utilisables: suicide assisté, euthanasie demandée, mort délibérée (François Galichet), mort choisie, IVV (interruption volontaire de vie par analogie avec l’IVG).

Il y a plus de 8000 morts par suicide par an en France, pour des motifs divers, et par des moyens en général violents, pour soi-même et pour l’entourage, avec le risque, en cas d’échec, d’en porter des séquelles graves. Si le suicide n’est pas pénalisé, l’orientation vers le suicide peut être traitée comme une pathologie mentale sujette à traitements psychiatriques ; mais trop peu est vraiment fait pour aider à régler les problèmes matériels et psychologiques des personnes suicidaires, à part tenter de les dissuader ou leur rendre le suicide difficile.

A la racine de cette répulsion institutionnelle pour le suicide, nous voyons surtout un vieil interdit religieux et l’opposition des religions au suicide, assisté ou non, est une limitation de la liberté. Notre république laïque et contemporaine se doit d’écarter tout interdit religieux de sa délibération: les pratiquants doivent pouvoir se conformer à leur propre doctrine, sans se voir imposer ce qu’ils réprouvent, mais sans empêcher non plus ceux qui le réclament d’y recourir: les opposants ne subissent aucun dommage lorsque les partisans se suicident.

Une fois levé le tabou injustifié à notre sens qui pèse sur le suicide (et l’euthanasie volontaire qui peut s’y substituer), puis délimitées et décriminalisées les conditions légales de l’assistance, les seules questions à étudier sont de procédure (expression valide de la volonté, délai de prise en compte, réalisation pratique, sécurité, financement éventuel, …), modalités sur lesquelles devrait porter la réflexion concrète. Les représentants des religions opposées au suicide et les médecins persuadés à tort que leur rôle est de sauver la vie de leurs patients, alors que c’est d’aider à bien vivre et bien mourir, n’ont pas à y participer en corps constitué, sauf pour vérifier que le suicide assisté ne leur sera pas imposé. La levée du tabou institutionnel devrait revenir, en république, au peuple souverain convenablement informé.

Face à ce que nous considérons comme un blocage en France, nous pouvons avoir trois attitudes :

  • le contourner dans l’illégalité en se procurant un produit létal interdit ou en bénéficiant par relations de diverses aides confidentielle ou en comptant sur la compassion d’un soignant courageux ;
  • le contourner dans l’inégalité en allant chercher à l’étranger le cadre légal plus ou moins adapté à la situation (comme l’a fait Paulette Guinchard, longtemps militante contre l’euthanasie)
  • ou enfin le débloquer en militant pour l’instauration en France d’un cadre légal positif explicite (et non une simple tolérance comme en Suisse)

Son but ultime est, pour tous les citoyens qui expriment cette volonté de manière valide, l’accès légal et organisé au suicide assisté ou à défaut à l’euthanasie volontaire, à tout moment de leur vie dont la fin de vie en contexte médicalisé n’est qu’un cas particulier. Cette évolution peut être progressive (mais au minimum, il faut annoncer cet objectif ultime) en traitant d’abord le sujet en contexte médicalisé mais en retirant au corps médical la délibération, la décision et la réalisation.

En effet, le contexte médicalisé paraît le plus propice à une démarche d’aide légale à mourir organisée et prévue à titre personnel et collectif (ce que ne sont pas les autres motivations du suicide, qui paraissent plus résulter d’une pulsion irrépressible face à une situation professionnelle, sentimentale ou autre, à effet cumulatif, jugée à un moment insupportable). La motivation peut être ici clairement mais largement délimitée : la confrontation à une dégradation pathologique ou accidentelle physique ou psychique actuelle ou à la perspective d’une telle dégradation (voir la décision d’Anne Bert atteinte de la maladie évolutive de Charcot), que le sujet choisit librement et en pleine conscience de refuser. Le rôle du corps médical est aussi clairement délimité : porter un diagnostic sur la situation présente et future du patient, lui proposer des traitements adaptés, qu’il est libre de refuser, l’informer sans biais à tout moment sur les conséquences prévisibles des divers choix, et quoi qu’il en soit, le soigner et apaiser ses souffrances, mais certainement pas décider à sa place, même collégialement, de sa mort, en la lui refusant ou en l’accélérant hors de son contrôle. Certes le corps médical doit autant que possible être mis de notre côté, mais déchargé d’une responsabilité qui ne lui incombe pas et qui incombe au patient seul, au titre du « droit fondamental de disposer de soi en toute circonstance » que seul le programme NUPES aux dernières élections législatives de 2022 proposait d’ailleurs de constitutionnaliser. En conséquence, ce n’est pas à des médecins ou des soignants d’effectuer l’aide légale à mourir, mais à des assistants assermentés, protégés, formés, dépendant d’ organismes ad-hoc non lucratifs sous tutelle de l’État.

La fin de vie en milieu hospitalier ou Ehpad, en cas de maladie fatale (ou non), n’est plus le cœur de la loi comme actuellement, mais seulement un cas particulier de cette libre démarche de suicide assisté à tout moment de la vie, bien que le sujet-patient soit alors privé de sa liberté de mouvement :

  • si le patient est conscient et lucide, il peut exprimer sa volonté et les moyens peuvent lui être donnés rapidement par l’organisme ad hoc même en milieu hospitalier; ou bien il peut choisir d’aller en service de soins palliatifs et il y sera bien accueilli (ce qui nécessite aussi de profondes réformes, sur les orientations et les moyens !), en gardant toujours la possibilité de demander l’aide légale à mourir.
  • s’il n’est pas conscient, mais que ses directives anticipées en vue d’une non réanimation et d’une mort rapide sont claires, elles s’imposent à tous, famille et médecins, et une action d’euthanasie rapide doit être réalisée par un assistant de l’organisme ad hoc, en substitution de la sédation terminale, toujours ouverte à ceux qui en ont fait la demande, par un choix volontaire dans ce cas ; mais destinée (?) à déculpabiliser les soignants et moins choquer les religieux, cette option devrait logiquement disparaître.
  • s’il n’est pas conscient, et si ses directives anticipées refusent l’aide légale ou n’existent pas, il pourrait subir des tentatives de réanimation et/ou il devrait attendre sa mort sans subir d’obstination déraisonnable en bénéficiant de l’apaisement de ses douleurs, au choix de l’équipe soignante; l’hôpital peut demander une décision judiciaire, sur base médicale, pour valider un arrêt des soins et une aide légale à mourir ou une sédation terminale, contre laquelle nul ne peut faire appel ; le témoignage des proches sur les éventuelles intentions du patient, et non leur avis sur ce qu’il faut faire (voir le cas de Vincent Lambert) est demandé, en priorité à la personne qui partage son existence. L’incertitude pesant sur ce cas devrait pousser les patients à rédiger des directives anticipées et les soignants à les exiger.

La nouvelle loi devra donc cadrer, en termes juridiques appropriés, ces différentes étapes et modalités :

  • acter ou rappeler que chacun est libre de disposer de soi-même, que l’aide au suicide est dépénalisée si elle n’est pas motivée par un intérêt égoïste, que l’aide légale à mourir par suicide assisté ou euthanasie demandée n’est pas un soin relevant des règles et pratiques nationales et internationales du domaine de la santé (depuis les réglementations des Ordres nationaux aux règles de l’OMS, en passant par les lois nationale et européenne) mais un acte d’entraide à l’exercice délibéré d’une liberté individuelle
  • bien fixer avec tact la terminologie employée, définir la constitution, l’encadrement juridique, financier, la tutelle ministérielle et le contrôle des organismes ad hoc, les modalités de recrutement, de formation, de supervision des assistants assermentés, établir les conditions de leur protection pénale, délimiter les responsabilités et champs d’actions respectifs des médecins et des assistants
  • définir les modalités de l’expression valide de sa volonté par le sujet auprès de l’organisme ad hoc (forme, type de motivation, délai de réflexion, réitération) soit en pleine conscience, soit par le biais de personnes de confiance et/ou de directives anticipées (préciser le cas délicat d’absence de directives); en particulier le sujet conscient est réputé doué de sa pleine capacité (sauf s’il est mineur, sous tutelle ou curatelle), il doit être accueilli et écouté dans un véritable dialogue humain et attentif, sans porter de jugement sur le ressenti individuel des souffrances; sa liberté et sa volonté éclairée priment et les cas litigieux sont soumis, par l’organisme ad hoc, à un juge des libertés pouvant faire appel à expertise psychiatrique; d’emblée, le type large de motivation recevable est « la confrontation à une dégradation pathologique ou accidentelle physique ou psychique actuelle ou bien à sa perspective »
  • favoriser et faciliter la rédaction des directives anticipées (en insistant plus sur l’intention générale que sur la multiplication de cas techniques et de questions médicales, le terme ancien de testament de vie nous paraît plus adapté), en assurer réellement la collecte et la conservation centralisées par l’organisme de tutelle (sans censure), les rendre progressivement obligatoires pour tous, avec prise de position très à l’avance pour ou contre l’aide légale à mourir; elles sont destinées au corps médical pour les traitements courants et à l’organisme ad hoc en cas d’ouverture vers l’aide légale à mourir
  • prévoir et favoriser que la personne de confiance appelée à exprimer la volonté du sujet et veiller à sa bonne application, s’il est incapable de l’exprimer ou la réitérer, puisse être aussi un agent juridique : tuteur, curateur, mandataire de protection future, notaire, avocat, et définir ses modalités d’intervention
  • prévoir un élargissement progressif des motivations recevables en parallèle avec la mise en place d’aides effectives, psychologiques et matérielles (qui peuvent d’ailleurs mobiliser beaucoup de moyens humains de proximité et financiers) à se détourner de l’option du suicide
  • définir les modalités de fabrication, homologation, étiquetage, conservation, mise à disposition des organismes ad hoc (ou éventuellement du sujet dans des conditions strictes de sécurité à préciser) du produit létal, non par prescription médicale (a-t-elle lieu d’être techniquement puisqu’il n’y a ni dosage particulier ni contre-indication à prévoir ?) mais par délivrance administrative, directement d’une pharmacie nationale aux organismes ad hoc puis aux assistants, sans passer par des officines
  • définir la procédure d’administration soit à domicile soit en milieu hospitalier ou Ehpad, soit dans un lieu dédié, du produit létal buvable ou par injection contrôlée ou non par le sujet, en fonction de ses handicaps éventuels, ainsi que les modalités de délivrance du certificat de décès et de l’autorisation d’inhumation ou de crémation ; dans le nouveau cadre légal il sera désormais possible de consigner que le décès résulte d’un suicide assisté ou d’une euthanasie volontaire, et non d’une ’cause naturelle’
  • définir les tarifs, les modalités de paiement par le sujet et de prise en charge par les organismes de sécurité sociale, assurant la solidarité et une égalité de traitement entre les sujets
  • prévoir un retour d’expérience annuel sur la mise en œuvre de la loi (et aussi sur le suicide violent hors loi) par des indicateurs quantitatifs et par des enquêtes qualitatives dans la population générale et dans celle des assistants, avec restitution de ce bilan annuel au parlement par l’organisme de tutelle.

En conséquence, les études médicales et les doctrines des Ordres professionnels seront adaptées à ce nouveau cadre légal, orientées vers l’écoute, l’information active et sans biais du patient, la prise en compte scrupuleuse de sa volonté exprimée, la réflexion sur le sens et les limites du métier, la coopération avec l’organisme ad hoc, le développement de l’accès universel effectif à des soins palliatifs de qualité, neutres de toute idéologie religieuse et garants à tout moment de la liberté de choix des patients.

En résumé, pour l’instauration de cette nouvelle liberté, l’expression aide médicale à mourir est inadaptée car ce que nous recherchons à terme est bien une aide légale à mourir de portée générale dont l’application en milieu médicalisé est un cas particulier bien que numériquement important, aide réalisée non par des médecins en tant que tels mais par des assistants assermentés et légalement protégés (c’est plutôt le modèle suisse amélioré, en remplaçant la simple tolérance par un droit positif, et la prescription médicale du produit létal par une délivrance administrative); les soignants qui le voudront pourront acquérir le statut d’assistants.

Une période transitoire peut être aménagée par rapport à la situation actuelle où tout ce qui est admis en France et en Belgique notamment est entre les mains des médecins, mais il faut montrer d’emblée l’objectif, au risque sinon de se retrouver bloqués sans fin dans un modèle purement médical (environnement, critères, prescription, collège décisionnel de soignants, lourdeurs et réticences intrinsèques à leur statut, …) sans perspective d’universalité. Que le secteur médical se concentre sur l’amélioration de l’accueil, de l’écoute et du ‘traitement’ des patients à la ville et en milieu hospitalier dans les différentes disciplines médicales, y compris les soins palliatifs, en étroite collaboration. L’aide légale à mourir n’est pas un soin mais est une extension de la liberté et de la responsabilité de tous les citoyens décidée et appliquée dans un cadre conceptuel plus large que le cadre médical. Elle n’a pas à être conditionnée ou retardée par le développement indispensable des soins palliatifs.

La France pourrait pour une fois ne pas être à la traîne de ses voisins et faire acte d’innovation avec cette aide légale à mourir, qui paraît être aussi la conséquence naturelle de la constitutionnalité du droit à disposer de soi-même qui vient d’émerger en Allemagne et devrait émerger dans toutes les démocraties. L’argument contraire du mauvais signal que cela donnerait aux personnes fragiles ou en détresse, qui se sentiraient un poids inutile pour la société, peut être réfuté par le fait que beaucoup de personnes s’expriment déjà, refusent spontanément d’être un poids pour autrui, ou d’endurer des souffrances qu’elles rejettent, et n’obtiennent souvent qu’une fin de non recevoir ainsi qu’une sorte de mépris faussement fraternel pour leur parole qui n’est pas respectée. Écoutons les. A l’inverse, la certitude qu’ils pourront bénéficier, dans leur propre pays, d’une aide légale à mourir s’ils la demandent est de nature à combattre les angoisses et inconforts psychologiques qu’ils peuvent ressentir et à leur permettre d’aborder en responsabilité et plus sereinement la perspective inéluctable de la mort.

Tout savoir sur la sobriété démographique

Compte-rendu d’une récente table ronde qui a réuni Michel Sourrouille, Laure Noualhat, Gilles Pison, Hélène Soubelet et Emmanuel Pont.

La totalité de cette conférence-débat (2 heures) est sur youtube grâce aux JNE

https://www.youtube.com/watch?v=24cyH_hEhdw

Voici le script de l’intervention de Michel Sourrouille.

Table ronde du 12 janvier 2023 à l’Académie du climat (Paris) organisée par l’association des Journalistes-écrivains pour la nature et l’écologie (JNE) :

 Sobriété : et si on parlait de démographie ?

L’animatrice des JNE, Carine Mayo, avait structuré le débat autour de trois questions, chacun des 5 intervenants ayant la parole cinq minutes à chaque fois.

1) Y a-t-il trop d’humains sur terre ?

Je suis né en novembre 1947, nous étions 2,3 milliards. Le 15 novembre 2022, nous sommes passé à 8 milliards. Sur 75 ans, cela correspond à un accroissement annuel de 76 millions d’êtres humains. Je ne prêtais aucune attention à cette évolution démographique, vivant ma vie à mon échelle. Naître dans un monde surpeuplé, c’est s’y habituer.

Mais, faisant des études de sciences économiques et devenant militant, j’ai été amené à m’intéresser à la problématique démographique dans les années 1970. J’ai vécu les débuts de l’écologie politique et étudié 4 évènements consacrés à la question démographique. D’abord la Bombe « P » de Paul Ehrlich publié en 1971 en France. Il y avait explosion de la Population et on devait réagir. L’année suivant le rapport sur les limites de la croissance a fait grand bruit. L’évolution exponentielle de cinq variables en interactions (population, alimentation, industrie, pollution et ressources non renouvelables) faisait prévoir un effondrement socio-économique au cours du XXIe siècle si on n’allait pas vers la croissance zéro. Conscientisé par ces connaissances, j’ai voté pour la première fois de ma vie à la présidentielle de 1974. Le candidat et agronome de renom René Dumont présentait un programme écologiste d’avenir et un projet de réduction de la natalité. La préoccupation démographique avait acquis une telle importance à l’époque que s’est tenu la première Conférence internationale sur la population à Bucarest. Nous étions déjà 4 milliards.

J’avais définitivement intégré l’idée de la surpopulation humaine. Car avec 8 milliards aujourd’hui, le poids du nombre ne pouvait être allégé. Tous les indicateurs sont au rouge, les scientifiques le constatent : réchauffement climatique, 6e extinction des espèces, pic des combustibles fossiles et pic des métaux, etc. L’équation IPAT montre qu’il ne va pas être facile de revenir à une situation d’équilibre. L’impact environnemental, noté I, est le produit de trois facteurs : la taille de la Population (P), les consommations de biens et de services (A pour « Affluence » en anglais) et les Technologies utilisées pour la production des biens (T). Si l’on regarde ce qui se passe réellement, on constate que le taux annuel de la croissance de la population mondiale est de 1 % et le taux de croissance du PIB en moyenne de 3 %. Considérons pour simplifier que T est égal à 1, alors l’impact environnemental augmente de 4 %  environ. Or il faudrait pour résoudre uniquement le problème du réchauffement climatique diviser par 4 ou 5 nos émissions de gaz à effet de serre. Toute croissance, économique ou démographique est incompatible avec cet objectif.

Il est donc nécessaire d’opter pour la sobriété démographique, ce qui n’empêche pas de promouvoir aussi la sobriété dans le mode de vie.

2) Opter pour une sobriété en matière de démographie, est-ce un bon moyen de réduire notre empreinte écologique ?

Jusqu’à récemment, faute de mieux j’utilisais le mot « décroissance ». Or l’idée de « sobriété » s’impose aujourd’hui aux esprits. Décroissance est de l’ordre du quantitatif et du fatalisme, sobriété correspond mieux à une valeur, c’est l’expression d’un volontarisme. Par exemple l’association France-Nature-Environnement nous souhaite pour 2023 une année « sobre et heureuse ». Mais elle rajoute que c’est nécessaire pour éviter une sobriété « contrainte ». Je développerai cet aspect en 3ème partie. Il existe différentes sobriétés, énergétique, alimentaire, partagée…, on peut aussi parler de sobriété démographique. Cette attitude est déjà présente dans « Essai sur le principe de population » de Thomas Robert MALTHUS,  dont la première ébauche date de 1798.

Malthusien est devenu un terme de notre dictionnaire. Il est préférable de se dire malthusien (des naissances d’accord, mais en fonction des possibilités du milieu environnant), plutôt qu’antinataliste, opposé en toutes circonstances à la natalité. Le terme Malthusien est explicatif, le mot antinataliste en reste au quantitatif. La loi de Malthus est incontournable. La fécondité humaine a une tendance naturelle à suivre une évolution exponentielle, un doublement tous les 25 ans en moyenne (1, 2, 4, 8, 16…). La production agricole, soumise à la loi des rendements décroissants, ne peut au mieux que suivre une évolution linéaire (1, 2, 3, 4, 5…). En conséquence il y a un décalage croissant qui implique qu’on ne peut se contenter d’améliorer la productivité agricole si on ne maîtrise pas en même temps l’expansion démographique.

Malthus peut donc être considéré comme un précurseur de l’écologie en tant que recherche de l’équilibre entre l’humain et son milieu de vie. En termes contemporains, un système socio-économique doit rester compatible avec les possibilités de notre écosystème, la Terre. En 1970 la situation était en équilibre mais les spécialistes s’inquiétaient déjà à l’époque de la surpopulation. Or, selon le calcul de l’empreinte écologique, en 2023 il nous faudrait 1,75 Terre pour régénérer ce que l’humanité consomme en termes de surface. On est en train de dilapider le capital terrestre au lieu de vivre de ses fruits. Le « Jour du dépassement » a eu lieu au niveau mondial le 28 juillet 2022. Si l’ensemble de l’humanité vivait comme des Français, il faudrait même 2,9 planètes, ce qui est impossible ; notre niveau de vie n’est pas généralisable. Il y a une finitude de notre planète dont il faudrait bien prendre acte politiquement. Notez que cet indicateur est très anthropo-centré, on part du principe que les biocapacités sont entièrement dédiées à la seule survie des humains sans considération de la biodiversité.

En conséquence, il nous faut collectivement devenir à la fois écologiste ET malthusien pour essayer de préserver le sort des générations futures, il nous faut agir.

3) Une politique en faveur de la baisse de la démographie est-elle réalisable et souhaitable ?

Une politique malthusienne de maîtrise de la fécondité est plus que souhaitable, c’est absolument nécessaire, on ne peut y échapper. Malthus indiquait clairement ce qu’il fallait penser des solutions à la surpopulation : « Si on n’applique pas des obstacles préventifs à l’exubérance de la fécondité humaine, alors des obstacles destructifs (guerres, famines, épidémies…) provoqueront l’effondrement. » En d’autres termes, si on ne diminue pas volontairement la population humaine, elle sera de toute façon réduite de façon radicale et forcée puisqu’on aura laissé libre cours à la violence de la nature et des humains…

Le rapport de 1972 sur les limites de la croissance indiquait que face à une évolution exponentielle de la population, il n’y a que deux façons de rétablir l’équilibre : ou abaisser le taux de natalité, ou il faudra bien que le taux de mortalité augmente à nouveau. Toute société qui tient à éviter un accroissement brutal de ce taux de mortalité doit prendre des mesures délibérées pour contrôler le fonctionnement de la boucle positive : réduire le taux de natalité : «  En d’autres termes, nous demandons que le nombre de bébés à naître au cours d’une année donnée ne soit pas supérieur au nombre de morts prévisibles la même année. » On envisageait donc une croissance zéro de la population alors que la population comptait 4 milliards d’humains. Avec le double aujourd’hui, il nous faut en toute logique mettre en œuvre une diminution.

Une politique en faveur de la baisse de la démographie est réalisable, mais plus on attend, plus il sera difficile d’agir. Il y a inertie de la croissance économique comme de la croissance démographique, ralentir la course à l’abîme aurait du être initié dès les années 1970. Il faut donc considérer un engagement  très volontariste, à la fois individuel, politique et associatif. Personnellement j’ai fait un choix éclairé de fécondité en acceptant un avortement en 1973 (avant la loi sur l’IVG) et en n’ayant qu’un seul enfant biologique. D’autres vont plus loin en restant sans enfant après une contraception définitive pour des raisons particulières ou de plus en plus écologiques. Une politique démographique repose avant tout sur le libre choix (pro-choice) des femmes et des couples. Une naissance doit être désirée. 50 % des grossesses ne sont pas planifiées soit près de 121 millions de femmes. En définitive 60 % de ces grossesses non intentionnelles aboutissent à un avortement, soit au total 30 % de l’ensemble des grossesses.

Pour que la décision de procréation soit exercée en toute connaissance de cause, l’État doit assumer son rôle éducateur. Au sortir des écoles, un jeune citoyen ne doit plus ignorer aucun des aspects de la question démographique, vie sexuelle, égalité de sexes, méthodes de contraception, relation entre population et alimentation, capacité de charge d’un territoire, etc. La politique fiscale en matière d’allocations familiales doit être repensée. N’oublions pas que la France a été anti-malthusienne depuis les lois de 1920 réprimant contraception et avortement. On est allé jusqu’à prévoir la peine de mort pour quiconque contribue à un avortement, une femme et un homme ont été exécuté pendant la seconde guerre mondiale. L’INED (Institut national d’études démographiques) avait lors de sa création en 1945 un objectif nataliste. L’avortement a été interdit jusqu’en 1974, la propagande antinataliste a été interdite jusqu’en 1992. On met en épingle l’Inde et les avortements fortement « conseillés » par le gouvernement d’Indira Gandhi. Mais aujourd’hui 37,9 % des femmes mariées et en âge de procréer ont volontairement choisie la stérilisation. Soyons réalistes, pas dogmatiques ni autoritaires.

Entre l’individu et l’État, il y a l’action des associations. En août 2021 a été crée une « Alliance Européenne pour une Population Soutenable » regroupant différents mouvements abordant le thème de la surpopulation. On constate aujourd’hui que seule en France « Démographie Responsable » a pour objet d’œuvrer pour la stabilisation de la population humaine et sa diminution sur le long terme. Les Amis de la Terre avaient traduit et publié « la bombe P » en 1971, ils ont oublié cette origine. Greenpeace fait une fiche sur la surpopulation, il traite les malthusiens de « racistes » !

A cette table ronde du 12 janvier 2023, sur 5 intervenants je suis le seul à constater le poids du nombre et la nécessité d’agir. Mais si on ignore les contraintes biophysiques, cela ne peut que nous conduire au désastre.

Pour agir avec l’association Démographie responsable

https://www.demographie-responsable.org/

Pour en savoir plus

un livre de Michel Sourrouille

Alerte surpopulation – Le combat de Démographie Responsable

à acheter auprès de son libraire de proximité,

ou à commander à la FNAC

https://livre.fnac.com/a17437174/Michel-Sourrouille-Alerte-surpopulation

Pour votre éveil à la vie en cette année 2023

Ah les vœux de santé et de prospérité ! Que l’année 2023 corresponde à ce que vous êtes vraiment, c’est le mieux qu’on puisse vous souhaiter pour vous et la planète… Voici un article du MONDE qui correspond parfaitement à ce que nous pensons des automatismes de début d’année…

Faut-il proscrire les vœux et les bonnes résolutions ?

La psychanalyste Claude Halmos répond.

thèse : Le fait que l’inflation de bons sentiments en début d’année soit peu crédible explique sans doute que les vœux soient devenus des exercices artificiels, et un peu vides de sens. Ces « bonne année ! », en apparence si anodins, peuvent même être porteurs de violence. Si l’on ne va pas très bien (parce que l’on craint par exemple que l’année à venir ne soit pas meilleure que la précédente), la mélodie des vœux, entonnée par des gens qui n’ont que faire de ce que l’on vit, peut à la longue se mettre à grincer. Et il faudrait en tenir compte, car beaucoup de gens aujourd’hui, sont fragilisés psychologiquement.

Anti-thèse : Faudrait-il supprimer les vœux ? Bien sûr que non ! Il faut au contraire leur redonner du sens et en faire l’occasion d’un échange avec l’autre, qui, même très court, puisse être chaleureux et vrai. Et il suffit pour cela de prendre les mots au sérieux… Si cela ne transforme pas miraculeusement le « monde de brutes » dans lequel on a le sentiment de vivre, cela peut y apporter – comme le disait un slogan publicitaire – « un peu de douceur ».

Synthèse : En fait, il y a des façons de présenter ses vœux qui, parce qu’elles témoignent d’une attention et d’une écoute, peuplent le monde de ceux auxquels on les présente, et d’autres qui, parce qu’elles ne sont que des formules vides, le dépeuplent… Créer avec autrui une véritable relation à deux est indispensable pour introduire dans cette relation ce troisième terme qu’est le monde. Ce monde qui a, lui aussi, tellement besoin que l’on fasse des vœux pour lui ; et tellement besoin surtout que l’on œuvre, collectivement, à ce qu’ils se réalisent.

Le point de vue des écologistes

La dernière idée de Claude Halmos est essentielle : « Ce monde a tellement besoin que l’on fasse des vœux pour lui ; et tellement besoin surtout que l’on œuvre, collectivement, à ce qu’ils se réalisent. » Ce n’est plus de la psychanalyse, c’est une incitation au militantisme face à l’urgence écologique qui se rajoute aujourd’hui aux urgences sociales traditionnelles. Notre monde va mal et nous en sommes tous et toutes plus ou moins responsables, à nous donc de trouver les moyens de la guérison.

Ne restons pas traditionalistes, soyons réalistes et réactfis. Le « bonheur » est une construction du XVIIIeme siècle, éminemment subjective. La santé est fragile et ne nous appartient pas, des souhaits excluent les malades. Le succès, l’argent, la popularité pourrissent l’Homme. La joie par contre peut être permanente même dans le plus grand dénuement et la maladie. Comme la sagesse, elle se travaille. Dans l’Antiquité, c’était la sagesse qui était le bien désirable. Aujourd’hui c’est la sobriété dans tous les domaines, y compris énergétique et démographique.

Déjà pour nos vœux en 2010 sur ce blog, nous envisagions la solution principale pour éviter le choc, « la sobriété des comportements en 2012 ». Et pour nos vœux début 2009 nous écrivions : « Tous nos vœux de sobriété heureuse pour cette année 2009 qui s’annonce beaucoup moins dure que l’année 2010 qui sera beaucoup moins dure que l’année 2011 qui sera… » Nous sommes en 2023 et la réalité est de plus en plus dure, demandant de notre part un engagement de plus en plus ferme… pour protéger la vie sur Terre.

NB : La chronique du MONDE est interactive. Pour écrire à Claude Halmos et lui faire part de vos interrogations, de votre ressenti face à l’état du monde, adressez vos messages à : divandumonde@lemonde.fr

Comment agir dans une société bloquée ?

Voici ci-dessous une tribune de bon sens visant à pacifier le débat public sur l’enjeu écologique. Mais le point de vue des anti-écologistes est tellement prépondérant dans les commentaires sur lemonde.fr que l’avenir des générations futures en devient extrêmement préoccupant.

Collectif écolo : La condamnation sans nuance des actions dites « de désobéissance civile » se présente en garante d’un ordre social figé. Les nouvelles générations engagées pour le climat ainsi que les scientifiques font face depuis des années à l’attentisme et aux postures invocatoires des responsables politiques sur les enjeux écologiques. Au lieu que soient tirées les leçons de la pandémie sur la nécessité de concevoir l’être humain imbriqué dans la biosphère, nous assistons à la relégation de l’équilibre des écosystèmes bien loin derrière les impératifs économiques productivistes organisant la captation de ressources qui devraient être protégées comme autant de biens communs : les sols, l’eau, l’air, les semences, etc.

Face aux nécessités renouvelées de la liberté d’informer dans un contexte d’urgence climatique, ces défenseurs de l’environnement devraient être protégés. Or, les autorités cherchent systématiquement à les poursuivre. Des projets de textes législatifs, pour certains en discussion, veulent généraliser la répression des actions perturbant des activités économiques, les assimilant à des atteintes aux libertés fondamentales. C’est notamment le cas pour des actions visant à documenter des pratiques contraires à la réglementation dans des abattoirs, réduites à des « intrusions » alors qu’elles contribuent de manière indéniable à l’information du public.

D’où une question, plus que jamais urgente, pressante : existe-t-il un cadre de débat démocratique où les points de vue sur les bouleversements environnementaux et leurs conséquences sur les écosystèmes peuvent s’exprimer de manière contradictoire sans que soit privilégiée dès le départ la rentabilité économique et notamment celle de l’agriculture intensive ? La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1793 porte en son article 28 un précepte remarquable, qui montre l’actualité de l’impulsion républicaine, aux antipodes d’un ordre bardé de règles et de principes figés : « Une génération ne peut assujettir à ses lois les générations futures.  »

Le point de vue des anti-écologistes, à vomir

A.Conte : Tribune illisible voire outrageante, quand l’actualité montre à quel point le militantisme écologiste a pour seul objectif de soumettre la population aux diktats de l’extrême-gauche. Ne plus avoir de vols des courtes distances et renoncer à des voitures capables de couvrir de longues distances pour assurer davantage encore d’otages aux cheminots et augmenter leur pouvoir de nuisance sur les voyageurs et leurs avantages indécents payés par le contribuable. Non merci ! Ce collectif parle des « nouvelles générations » comme d’un tout homogène alors qu’il y a encore heureusement des jeunes qui gardent leur autonomie de pensée et avec celle-ci leur autonomie de vie. Ils étudient, travaillent et voyagent plutôt que militer avec des œillères. Ce mois-ci encore ceux qui profiteront de leurs vacances, verront leurs familles et leurs amis, iront skier ou naviguer se méfient des idéologues qui prétendent faire le bonheur des autres malgré eux en les laissant enfermer chez eux.

Alec Touvabienovitch : « Une génération ne peut assujettir à ses lois les générations futures. » Ces militants se réclament comme étant des représentants légitime d’une génération entière… sans aucun mandat démocratique pour le faire.

le sceptique : Les actes décrits relèvent de l’éco-vandalisme ou de l’éco-délinquance, pas de l’éco-terrorisme. Du moins pas pour le moment. La principale chose à faire est de purger les factieux de l’appareil public, c’est-à-dire des fonctionnaires de médias, universités, ministère, agences publiques, collectivités qui manifesteraient contre l’état de droit ou qui inciteraient à le faire.

Rumi : Il fut un temps où les universitaires signaient des tribunes en faveur du communisme, du castrisme et autres dictatures élevées au rang de paradis de la démocratie. Aujourd’hui les mêmes ou leurs descendants signent des tribunes au nom de la désobéissance civile. Sous ce nouveau vocable se cachent les mèmes dictatures. Épargnez à la jeunesse vos erreurs monstrueuses d’hier. Merci pour elle.

NC : Que c’est beau ! Une tribune toute en nuances avec les bons (ceux qui savent et qui détiennent bien et vérité) d’un côté et les méchants de l’autre (le pouvoir et les affreux capitalistes).

Jean Kaweskars : Il faut écraser la Vert Mine eco-terroriste

A.Conte : Quand nous partons à une dizaine en montagne fêter le nouvel an dans un chalet isolé, nous sommes un collectif citoyen au même titre que les illuminés qui bloquent une autoroute, à la différence près qu’on ne nuit à personne. Se mettre en bande pour aller bloquer un périphérique ou une autoroute, cela s’appelle une prise d’otages et l’otage est en légitime défense s’il se bat pour se libérer. Qui peut justifier juridiquement qu’on laisse ce droit de nuire ne serait-ce qu’une minute à ces agités du bocal qui se prennent pour « les générations » futures alors qu’ils sont minoritaires et vivent soit aux crochets de leurs familles, soit aux crochets de l’État.

Joseph Ratzinger est mort, bonne nouvelle

En 2013 notre blog biosphere n’y allait pas par 4 chemins,

la démission de Benoît XVI, enfin une bonne nouvelle

Comme disait Joseph Benoît, « Dans le monde actuel, en proie à des changements constants, la vigueur du corps et de l’esprit est nécessaire pour gouverner la barque de saint Pierre. »

Joseph Ratzinger, qui fut pape de 2005 à 2013 sous le nom de Benoît XVI, est mort samedi 31 décembre, au Vatican, à l’âge de 95 ans. Un monde en dehors du temps s’éteint, bonne nouvelle. Le pape François s’efforçait de convaincre en 2019 les épiscopats que des caractéristiques endogènes avaient contribué à perpétuer la pédocriminalité dans l’Église catholique. Son prédécesseur allemand, devenu pape émérite, avait alors exposé une tout autre théorie : c’est la « révolution de Mai-68 » et son « relativisme moral » qui serait à l’origine de la pédocriminalité de certains prêtres. Vade retro, satanas, sort de mon corps ! Un synode des évêques sur l’Amazonie avait formulé fin 2019 le souhait que des hommes mariés puissent être ordonnés prêtres. François s’apprêtait même à publier une exhortation dans laquelle il devait trancher la question. C’est à ce moment précis que fut publié un livre dont Benoît XVI était présenté comme le coauteur, qui combattait violemment la fin du célibat obligatoire pour les prêtres.

Lire, Benoît XVI adepte de l’ordre moral

Petit florilège des conneries papales

« Un humanisme sans dieu est inhumain »

« Le monde greco-romain ne connaissait aucun dieu créateur. La divinité suprême ne pouvait pas se salir les mains par la création de la matière. Le dieu de la bible est bien différent : Lui, le dieu vivant et vrai, est également le Créateur ».

« Sans le savoir, les Indiens des cultures précolombiennes cherchaient le Christ dans leurs riches traditions religieuses… L’annonce de Jésus et de son Évangile n’a à aucun moment comporté une aliénation des cultures préhispanique ni n’a constitué l’imposition d’une culture étrangère ».

« Le Jésus des Evangiles est une figure historiquement sensée et convaincante… Dans le vide, l’Occident introduit sa mentalité techniciste. Mais on ne peut pas gouverner l’histoire avec de simples structures matérielles. »

« La rencontre interreligieuse de prières ne doit pas prêter à des interprétations syncrétiques, fondées sur le relativisme qui nierait le sens même de la vérité et la possibilité de l’atteindre. .. les différences religieuses constituent des motifs d’instabilité et de menace. »

« On ne peut résoudre le problème du sida en distribuant des préservatifs : au contraire, cela augmente le problème ».

« L’Église s’oppose à toute forme de négation de la vie humaine et soutient ce qui promeut l’ordre naturel dans le cadre de l’institution familiale. »

  « L’homme, premier capital à sauvegarder »

« Nous ne réussissons plus à entendre Dieu, parce que les fréquences que nos oreilles reçoivent sont encombrées. » Benoît 16 exige dans la foulée que l’enseignement du respect de la religion soit généralisé dans les écoles.

Lire, Benoît XVI encense Dieu et non la Biosphère

Houellebecq/Musk, la liberté d’expression dévoyée

En 2020 c’est une adolescente, Mila, qui fait débat en postant sur instagram : « Je déteste la religion, (…) le Coran il n’y a que de la haine là-dedans, l’islam c’est de la merde. (…) J’ai dit ce que j’en pensais, vous n’allez pas me le faire regretter. Il y a encore des gens qui vont s’exciter, j’en ai clairement rien à foutre, je dis ce que je veux, ce que je pense. Votre religion, c’est de la merde, votre Dieu, je lui mets un doigt dans le trou du cul, merci, au revoir. » Elle déclenche un torrent de haine alors qu’elle est dans non plein droit de s’exprimer ainsi.

En 2014, Michel Houellebecq déclarait publiquement : « La religion la plus con, c’est quand même l’islam. L’islam est une religion dangereuse, et ce depuis son apparition. Heureusement, il est condamné. D’une part, parce que Dieu n’existe pas, et que même si on est con, on finit par s’en rendre compte. À long terme, la vérité triomphe. »

Commentaire  : Nous avons inventé la démocratie pour qu’il y ait recherche de la vérité par le débat. Puisque la religion n’est qu’une idéologie parmi d’autres, elle doit pouvoir être critiquée. Aussi pénible que cela puisse être pour les croyants, on doit pouvoir dire ce que l’on veut de la religion, tout en faisant clairement la distinction entre la religion comme idée discutable, et ceux qui la pratiquent. En effet l’injure publique à l’égard d’un groupe de personnes à raison de leur religion est en France poursuivie par la loi.

Lire, Le droit au blasphème, c’est démocratique

En 2022, Houellebecq dérape. Dans un hors-série de la revue Front populaire (« Fin de l’Occident ? »), la virulence de son propos de Michel Houellebecq marque une étape supplémentaire dans sa radicalisation à la droite extrême :

« Le grand remplacement, ce n’est pas une théorie, c’est un fait. Certes, il n’y a pas de complot ourdi en haut lieu, mais un transfert de population venue d’Afrique, où les naissances sont nombreuses. Ce trop-plein se déverse sans mal en Europe, car en matière d’immigration personne ne contrôle rien. Pour le moment, les Français souhaitent seulement que les musulmans cessent de les voler et de les agresser… Notre seule chance de survie serait que le suprémacisme blanc devienne “trendy” (tendance) aux USA  Le souhait de la population française de souche, comme on dit, ce n’est pas que les musulmans s’assimilent, mais qu’ils cessent de les voler et de les agresser. Ou bien, autre solution, qu’ils s’en aillent Ce qu’on peut déjà constater, c’est que des gens s’arment… Quand des territoires entiers seront sous contrôle islamique, je pense que des actes de résistance auront lieu. Il y aura des attentats et des fusillades dans des mosquées, dans des cafés fréquentés par les musulmans, bref des Bataclan à l’envers. »

La Grande Mosquée de Paris qualifie ces « phrases lapidaires » d’« inacceptables et d’une brutalité sidérante » et dénonce « l’opposition essentielle entre les “musulmans” et les “Français de souche” ». Selon leur communiqué, les propos de Michel Houellebecq sont un « appel au rejet et à l’exclusion », une « provocation à la haine contre les musulmans ».

Voici quelques éléments de réflexion sur le monde.fr :

Breton futé : Les propos de Houellebecq relèvent de la liberté d’expression.

Darwinnn au breton : Remplacez « musulman » par « juif » ou « noir ». C’est toujours de la liberté d’expression ? Le curseur de la liberté n’est pas adaptable selon notre fond de pensée. Si vous êtes islamophobe dites le directement ça ira plus vite.

GGAD : Bienvenue dans un état de droit, démocratique, où vous pouvez tout dire mais où les abus de votre liberté (qui s’arrête à celle des autres, par exemple : la liberté de tout dire ne couvre pas la liberté d’insulter) sont soumis au contrôle d’un juge impartial et indépendant qui, après avoir entendu les arguments de la grande mosquée de Paris et de M. Houellebecq (ou des personnes ayant mandat pour les représenter) donnera raison au demandeur, ou au défendeur.

CONCLUSION : La liberté d’expression doit être encadrée, sinon elle nous prépare des guerres ethniques. Ainsi cette analyse complémentaire sur la saga Elon Musk.

Alexis Lévrier : Dès le mois d’avril 2022, Elon Musk avait justifié sa volonté d’acquérir le réseau social Twitter par son attachement à une liberté d’expression absolue, débarrassée de toute entrave. Mais deux mois après son rachat définitif de l’entreprise, l’imposture de ces déclarations apparaît déjà spectaculaire. Au cours de cette période, il s’est en effet comporté en censeur allergique à toute forme de contestation… Derrière les foucades d’Elon Musk se cache en réalité l’éternelle stratégie de l’extrême droite face aux médias. La libération de la parole ne doit profiter qu’à ce camp idéologique. Musk, en rétablissant des comptes qui avaient été suspendus par l’ancienne direction, à commencer par celui de Donald Trump, a permis la prolifération de propos homophobes, conspirationnistes et antisémites… C’est une règle immuable dans l’histoire des médias : une liberté d’expression absolue n’existe que pour prendre tout le pouvoir.

Promettre l’égalité de tous les points de vue au nom d’une prétendue neutralité revient en effet à favoriser les discours les plus violents, les plus clivants, les plus radicaux – et donc à donner libre cours à des fléaux tels que la xénophobie ou le racisme. Rien de paradoxal ni d’illogique à ce qu’Elon Musk ait aussitôt foulé aux pieds l’idéal libertarien dont il se réclamait jusque-là. Les partis et les médias d’extrême droite ont en effet pour habitude de hurler à la censure lorsqu’ils sont dans l’opposition, avant de l’imposer partout dès qu’ils sont parvenus au pouvoir. L’éloge de la liberté auquel l’extrême droite se livre n’est que mensonge, un leurre, qui n’a pour but que d’exploiter les fragilités du système démocratique.

Oublions Noël, fêtons le solstice

Le solstice d’hiver marque l’apogée de l’hiver, signale la nuit la plus longue, où il faut prendre des dispositions rituelles pour s’assurer du retour du printemps. Les jours rallongent, et de façon perceptible à partir du 24 décembre. Le mot « Noël » est d’ailleurs dérivé du latin natalis dies, « jour de la naissance » : celle du Soleil comme celle du Christ. La récupération de la signification sacrée du solstice va être un élément facilitant les conversions chrétiennes.

Laurent Testot : A l’origine, au Ier siècle de notre ère, les chrétiens, alors une secte juive parmi d’autres, ne fêtent pas Noël. Les Romains sont pragmatiques. Ils vénèrent les dieux des cités, les dieux de l’Empire, de façon rituelle, pour s’attirer leurs faveurs et marquer leur obéissance à l’autorité politique. Les questions métaphysiques, par exemple le sort réservé aux défunts dans l’autre monde, ne font que rarement l’objet de réflexions. Dans la compétition religieuse qui fait rage à Rome il y a Mithra, une divinité indo-européenne importée dans l’Empire romain au tout début de notre ère. Mithra est considéré comme le protecteur de l’humanité. Ce culte est en concurrence avec le christianisme aux IIe et IIIe siècles. Le Christ et Mithra ont en commun d’être revenus d’entre les morts. La date du 25 décembre était connue, puisqu’elle marquait, au sein de l’Empire romain, le solstice d’hiver, fixé à cette date lors de la réforme du calendrier romain par Jules César. Les adeptes de Mithra, dieu solaire, vont faire de cette date le jour de résurrection de leur dieu.

Mais pour la naissance de Jésus, cela n’allait pas de soi, loin de là. Dans la Bible, aucune indication n’est donnée. Le philosophe chrétien Clément d’Alexandrie (150-215), au début du IIIe siècle, nous apprend que certaines communautés célèbrent cette naissance le 20 mai, le 25 avril, ou le 6 janvier. Mais quelques années après la mort du premier empereur chrétien, en 354, le pape Libère fixe définitivement que Jésus est né un 25 décembre.

Les dieux de l’Empire étaient à ce point variés que Jésus ne pouvait trouver place dans les esprits qu’au prix du détournement de sens du solstcie d’hiver. Aujourd’hui, c’est le sourire carnassier du Père Noël, idole marchande de notre civilisation consumériste, qui éclaire les fins d’année en famille. Il nous faut revenir aux cycles naturels pour tuer l’artificialisation du monde.

Lire aussi, Supprimez Noël et fêtons le solstice

Fêtons le solstice plutôt que Noël

Le solstice d’hiver marque l’apogée de l’hiver, signale la nuit la plus longue, où il faut prendre des dispositions rituelles pour s’assurer du retour du printemps. Les jours rallongent, et de façon perceptible à partir du 24 décembre. Le mot « Noël » est d’ailleurs dérivé du latin natalis dies, « jour de la naissance » : celle du Soleil comme celle du Christ. La récupération de la signification sacrée du solstice va être un élément facilitant les conversions chrétiennes.

Laurent Testot : A l’origine, au Ier siècle de notre ère, les chrétiens, alors une secte juive parmi d’autres, ne fêtent pas Noël. Les Romains sont pragmatiques. Ils vénèrent les dieux des cités, les dieux de l’Empire, de façon rituelle, pour s’attirer leurs faveurs et marquer leur obéissance à l’autorité politique. Les questions métaphysiques, par exemple le sort réservé aux défunts dans l’autre monde, ne font que rarement l’objet de réflexions. Dans la compétition religieuse qui fait rage à Rome il y a Mithra, une divinité indo-européenne importée dans l’Empire romain au tout début de notre ère. Mithra est considéré comme le protecteur de l’humanité. Ce culte est en concurrence avec le christianisme aux IIe et IIIe siècles. Le Christ et Mithra ont en commun d’être revenus d’entre les morts. La date du 25 décembre était connue, puisqu’elle marquait, au sein de l’Empire romain, le solstice d’hiver, fixé à cette date lors de la réforme du calendrier romain par Jules César. Les adeptes de Mithra, dieu solaire, vont faire de cette date le jour de résurrection de leur dieu.

Mais pour la naissance de Jésus, cela n’allait pas de soi, loin de là. Dans la Bible, aucune indication n’est donnée. Le philosophe chrétien Clément d’Alexandrie (150-215), au début du IIIe siècle, nous apprend que certaines communautés célèbrent cette naissance le 20 mai, le 25 avril, ou le 6 janvier. Mais quelques années après la mort du premier empereur chrétien, en 354, le pape Libère fixe définitivement que Jésus est né un 25 décembre.

Les dieux de l’Empire étaient à ce point variés que Jésus ne pouvait trouver place dans les esprits qu’au prix du détournement de sens du solstice d’hiver. Aujourd’hui, c’est le sourire carnassier du Père Noël, idole marchande de notre civilisation consumériste, qui éclaire les fins d’année en famille. Il nous faut revenir aux cycles naturels pour tuer l’artificialisation du monde.

Lire aussi, Supprimez Noël et fêtons le solstice

Écologie, aller en prison pour la bonne cause

Quel militantisme pour quel résultat ?

Florence Faucher et Lucien Thabourey : Une série de décisions du gouvernement britannique fortement critiquées par les associations écologistes : arrêt du moratoire sur la fracturation hydraulique, relance du gaz de schiste, autorisations de projets d’extraction pétroliers en mer du Nord… Deux jeunes activistes ont projeté le contenu d’une boîte de soupe sur le tableau Tournesols de Vincent Van Gogh. En s’attaquant à un symbole de la haute culture, les activistes ont choqué, stimulé des discussions et des critiques, et donc replacé les questions climatiques et de justice sociale au centre du débat politique. Ces activistes de Just Stop Oil appartiennent à la mouvance qui, depuis le printemps, a bloqué le périphérique, le Tour de France, ou interrompu un match de Roland-Garros. Historiquement les mouvements sociaux ont eu recours de manière récurrente à l’action directe. On pense, bien sûr, aux suffragettes, qui, exclues de la vie publique et sans réponse des hommes politiques, se sont tournées vers un mode opératoire plus offensif : dégradation d’œuvres d’art, destruction de fenêtres et mise à feu de bâtiments publics.

Le point de vue des écologistes

Beaucoup trop de gens s’expriment à charge contre ce type action qui se veut purement symbolique, mais à usage médiatique. Il serait intéressant de connaître leurs réactions si des activistes avaient fait sauter un dépôt d’essence, ce qui serait pourtant une action directe et efficace pour lutter contre le réchauffement climatique. Quand des militants ont dégonflé les pneus de SUV, on aurait déjà dit que le ciel leur tombait sur la tête. J’en conclus que nous avons et que nous aurons des perturbations extrêmes du climat, et nous l’auront bien cherché. Nos génération futures ne nous remercieront pas…

Le point de vue de Michel Sourrouille

Je sais personnellement ce que c’est que l’action directe du temps… de la gauche prolétarienne. Le 23 mai 1970, je sors de tôle. On devrait plutôt dire mise au secret : pas de ceinture ou de lacet, ni montre ni bague, aucun papier personnel. Seul dans une cellule, la tinette dans un coin. La chasse d’eau actionnée de l’extérieur, ainsi que la lumière, presque permanente. J’ai demandé un crayon, on me l’a promis, je l’attends toujours. Faut dire qu’on m’accusait d’avoir attaqué un commissariat de police, d’en avoir cassé les carreaux. J’avais malencontreusement participé à une manif de la Gauche prolétarienne. Un copain avait abusé de mon militantisme, il m’avait entraîné dans cette action sans m’en donner les modalités ! Tout le groupe est parti d’un côté, je me suis désolidarisé en partant de l’autre, lentement. Un policier a tiré sur moi, son pistolet s’est enrayé. J’ai de la chance !

On a perquisitionné chez mes parents la chambre que j’habitais, on a saisi le dazibao affiché au mur, très grande feuille banderole avec les citations que je collecte car elles me parlent  : « La méchanceté tient lieu d’esprit aux imbéciles… Il n’y a jamais eu qu’un seul chrétien et il est mort sur la croix… Une âme morte est une âme complètement habituée… Nous n’étions que la hache, fait-on le procès à une hache ? … La conscience règne mais ne gouverne pas… Je ne suis pas assez fou pour être raisonnable… La bêtise, c’est de conclure… » Cela me résumait très bien ! Le gouvernement voulait dissoudre la Gauche Prolétarienne, qui sera officiellement interdite le 27 mai 1970 ; quatre jours après ma sortie du tribunal. Le ministre de l’intérieur avait téléphoné pour que je sois sévèrement sanctionné. Mon idéalisme a sans doute été une circonstance atténuante pour la justice. Et puis surtout j’étais déjà connu comme membre d’un mouvement pour la non-violence. La justice fera preuve de son indépendance. Je suis passé devant le petit parquet, en comparution immédiate et sans avocat, après 48 heures de garde à vue. J’ai récolté un mois de prison avec sursis et 300 francs d’amende : « destruction en partie d’immeuble public » ! Des camarades s’étaient cotisés pour m’aider à payer l’amende. L’un d’entre eux a volé la caisse. Ainsi va la vie.

Janvier 1971, j’ai vraiment compris qu’il fallait sortir de l’aliénation qui pèse sur moi, sur nous tous. Dans la Revue des revues (l’URSS et les pays de l’Est, 1968) : « L’idée centrale de Pavlov, plutôt qu’une mécanique simpliste du réflexe conditionné,  est le déterminisme d’une structure cérébrale dominée par des processus d’analyse et de synthèse des excitations,… Après 50 ans de littérature soviétique on a vu, pour la première fois de l’histoire des hommes, des individualités ne pas s’opposer à la société mais se fondre en elle. » Dans Partisans n° 46 : « Le capitalisme moderne ne saurait tenir longtemps par le seul jeu d’un esclavage pur et simple de la classe ouvrière ; il est nécessaire que, d’une certaine manière, l’exploité soit consentant, c’est-à-dire qu’il reprenne à son compte, au niveau de sa propre organisation mentale, les structures économiques qui l’aliènent. Cette prise en compte s’effectue, comme toute opération psychique, sur un registre symbolique. Par exemple la notion de patrie n’a par essence aucune réalité pour le psychisme individuel. Mais elle devient la mère-patrie, liée à des images communes, partagées par d’autres… Plus tu arrives à te départir de ton conformisme et plus tu deviens à même de comprendre, et donc de te rééduquer. »

J’estime que la société n’est qu’un agrégat d’individus, elle ne peut rien faire sans la bonne volonté de ces individus. Si ma propre influence est petite, mesquine, éphémère, d’autres « moi » peuvent agir dans le même sens chacun à leur petite échelle. Ce sont tous ces petits riens qui forment finalement la conscience de tout un peuple en mouvement ; nous sommes personnellement à la fois le nombril et la poussière. Si la société va mal, nous en sommes à la fois responsables et coupables. L’homme est dans un corset très serré, division extrême du travail, distinction poussée entre ville et campagne, transport individualisé et polluant, exploitation de l’ouvrier dans la fabrication d’automobiles. Chacun de nous est compromis… Difficile alors de trouver les moyens de sa liberté. Tout dépend de notre attitude dans les différentes institutions que nous traversons. L’action qui déclenche l’effet domino a besoin que chacun de nous se positionne dans la bonne ligne pour que la réaction en chaîne se produise dans le bon sens.

Pour échanger avec Michel Sourrouille,
écrire
à biosphere@ouvaton.org

nous transmettrons votre mail …

merci de votre attention

Fin de vie, le débat confisqué

Refuser le débat, c’est parler d’autre chose qui paraît plus important que le débat lui-même. Ainsi cet avis d’un anesthésiste et « docteur en philosophie », une soi-disant égalité se dresse contre le principe de liberté :

Philippe Bizouarn : « Comme le suggèrent les membres du CCNE ayant émis à juste titre une réserve à l’avis présenté : « Il nous paraît éthiquement incontournable que tout soit prioritairement mis en œuvre pour remédier aux difficultés du système de santé, pour promouvoir une culture médicale appropriée aux enjeux particuliers de la fin de vie. » Le principe de solidarité vis-à-vis des invisibles souffrant dépasse alors largement le principe libéral d’autonomie de la personne. Les situations d’inégalité, et leurs conséquences désastreuses, s’accumulent : renoncement aux soins des patients précaires ; recours aux urgences – débordées – inadaptés pour les vieillards abandonnés par des structures fondamentalement incapables de prodiguer des soins de fin de vie acceptables ; fermetures de lits notamment de soins de longue durée, et insuffisance criante de lits de soins palliatifs.

Ne faudrait-il pas, en même temps, que soit ancré dans la loi le principe inaliénable de l’égalité devant la santé ? Il semble que les conditions d’une délibération collective demandée par le gouvernement, sous forme d’un débat public formalisé, ne sont absolument pas réunies.« 

lire, Débat «Fin de vie», noyé dans les parlottes

Des points de vue pour une démographie responsable

Moriarti : Ce monsieur Bizouarn essaie de repousser le débat comme il le dit sous le prétexte d’une inégalité sociale qui frapperait si j’ai bien compris l’accès à quoi d’ailleurs, aux soins palliatifs j’imagine. Cher monsieur en ce qui concerne ma mort je n’ai besoin d’aucun débat avec qui que ce soit. Il suffit que j’en débatte en moi-même et avec moi-même. Je dénie absolument et totalement à quiconque tout espèce de droit à interférer avec ma liberté. Qu’il soit curé ou psychiatre, et encore mieux philosophe.

MEKEDA : Voici une tribune qui prêche pour sa paroisse. Les médecins se prononcent à gogo sur la fin de vie. Il serait utile de leur rappeler qu’ils ne sont pas propriétaires de leurs malades et encore moins des bien portants. En réalité nous, personnes âgées, constatons que la vie est considérablement prolongée par les progrès de la médecine. Face à cette prolongation, aussi contre-nature que l’interruption volontaire, nous demandons le droit inconditionnel de dire stop quand tout cela a perdu son sens pour nous. Pas besoin de consensus, il n’est pas question de rendre le suicide assisté obligatoire, mais licite et dans de bonnes conditions.

Kiamb : On a l’impression que le débat est toujours confisqué par le corps médical et les «autorités» religieuses.. Le peuple n’est pas assez adulte, les gens pas assez mûrs pour décider du sort de leur propre vie. Il faut des bergers au troupeau. Assez d’infantilisation ! Laissez-nous choisir notre fin de vie !

Jefp : Il faut effectivement améliorer considérablement les « soins » palliatifs pour que personne ne soit contraint de vouloir que sa vie soit abrégée pour éviter de souffrir. Mais cela ne s’oppose en rien, comme on le laisse croire, à ce qu’on accorde le droit à ceux qui ne souhaitent pas prolonger leur vie d’obtenir une aide pour le faire : soit une aide au suicide (actuellement passible de prison) si la personne est en état de se donner la mort, soit une euthanasie dans le cas contraire. Sans qu’on mette de conditions comme l’a fait le Comité consultatif national d’éthique en limitant ces possibilité à une prévision de décès assez proche et à des souffrances ne pouvant être allégées. Par exemple, une personne devenue aveugle et considérant que sa vie est trop réduite pour être prolongée devrait pouvoir demander qu’il y soit mis fin. Il faut en finir avec l’hypocrisie de ceux qui trouvent tous les prétextes pour imposer leur propre conception de ce qu’est la vie.

Pour agir avec l’association Démographie Responsable :

https://www.demographie-responsable.org/

Militantisme écolo, ce n’est qu’un début…

Les catastrophes climatiques de l’été relancent-elles l’envie de s’engager pour l’environnement ?

Il y a les faits et ce qu’en font les gens. Toute lecture passe par différents filtres, ceux qui sont dans la tête du journaliste qui fait l’article en triant les informations tout en écrivant en fonction de la ligne éditoriale de son employeur… et puis le filtre final du lecteur qui oriente sa perception selon ses préjugés et émet en conséquence un commentaire orienté. Voici pour illustration un exemple tiré d’un article du MONDE et les commentaires d’abonnés au MONDE.

Rémi Barroux : Dans le cadre des mobilisations internationales de Fridays for Future, le mouvement lancé par la Suédoise Greta Thunberg en 2018, des dizaines de manifestations ont été annoncées dans le monde entier. Vendredi 23 septembre, c’est devant l’Académie du climat, que des Jeunes avaient donné rendez-vous. Les manifestants n’étaient que quelques centaines, loin des dizaines de milliers de jeunes descendus dans la rue à plusieurs reprises en 2019. Les jeunes ont une conscience aiguë de la catastrophe en cours, l’action devient un antidote à l’anxiété et le collectif un levier : faire partie d’un tout est très mobilisateur. « On est passé d’une campagne électorale où les questions environnementales et climatiques n’étaient pas abordées aux catastrophes de l’été », analyse Camille. « Quand le rapport du GIEC [Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat] parlait à notre tête, l’été a parlé à nos corps », explique Charline.

Des commentateurs écoloscetiques en grand nombre parmi les lecteurs du MONDE

MD : De l’aveu du Monde qui rendait compte de cette manifestation, il n’y avait quasiment personne. Monsieur Barroux aurait donc été mieux inspiré de titrer son articles « malgré le terrible été qui a ravagé la France , de nombreux jeunes ont quitté le mouvement écologique ».

Pourquoipasmoi : Le moindre match de foot ou de rugby de 3ème catégorie entre deux villages le dimanche rassemble plus de monde que ce rassemblement de bobos urbains, malgré le battage médiatique dont ce dernier a pourtant bénéficié, mais on essaie de nous faire croire à un mouvement de masse. Et c’était pareil ailleurs dans le monde. Le mouvement du produit marketing Greta Thunberg, icône désormais passé de mode, n’était que du vent, un peu comme mes éoliennes que ce courant soutient…

untel : Il faudra lire un autre article pour comprendre la démobilisation massive des jeunes. Cet article est le suivant : « Climat : les marches de la jeunesse ont beaucoup moins mobilisé qu’en 2019 ». A l’image de Greta, la lutte pour le climat a duré ce que durent les roses. La marche du siècle a duré 2 ou 3 ans… comme prévu.

Peps72 : Rassurez-vous les jeunes, en ce moment la Chine et l’Inde (1/4 de l’humanité) produisent plus de 50% de leur électricité grâce à 1 200 000 MW de centrales à charbon (600 fois plus que la France) qui chaque jour crachent des milliers de tonnes de CO2, et ils continuent d’en construire parce qu’ils ont besoin d’électricité pour leur développement . Donc ça sert à rien de faire des « sacrifices » en jouant les rabat-joie.

le sceptique : L’anxiété des écologistes vient notamment de leur idéologie d’impuissance. Normalement, quand vous avez peur d’une crue, vous construisez une digue. Déjà, cela vous occupe, ensuite cela vous rassure. Mais l’écolo dit : « non, non, ce n’est pas bien de faire cela, notre problème est que nous agissons trop ». Du coup, vous n’avez pas grand chose d’autre à faire que ronger votre frein en partageant votre anxiété avec ceux qui sont comme vous. Au final, les plus intellectuels ont de bonnes chances d’être emportés par une crue.

PMF : Hier a France Inter, la rédaction n’a rien trouvé de mieux que de laisser le micro à Pablo Servigne, « collapsologue »(?), devant des collégiens de Laval. Faut pas s’étonner ensuite de la méconnaissance des problématiques du moment par la jeunesse si on offre des espaces d’expression à de tels charlatans élevés au rang d’expert.

Untel : Cette année a vu des événements importants dans l’affaire du climat. 1) Il a fait chaud cet été en France… Nous avons survécu. 2) Les énergies fossiles ont été relancées par la guerre en Ukraine : réouvertures de mines de charbon, rencontre Biden-MBS visant à augmenter la production de pétrole, décision de la cour suprême des USA d’autoriser les Etats qui le veulent à maintenir l’exploitation de leurs mines de charbon. 3) Onze millions de Chinois sont nés cette année annulant tous les efforts de sobriété que les écolos font dans le monde occidental.

Le point de vue des écologistes

Les commentaires écolosceptiques ci-dessus ne font pas la différence entre des manifestations qui rassemblent peu de monde en septembre 2022 et ce qui va se passer par la suite. Certes il y aura bientôt des manifestations de masse qui vont avoir lieu contre la dégradation du niveau de vie et le prix de l’essence, ce qui ira à l’encontre de la nécessaire sobriété généralisée. Mais il ne faut pas confondre court terme, moyen terme et long terme. Les jeunes qui manifestent aujourd’hui ne sont que les prémices de ce qui va se passer : la prise de conscience brutale que sans les ressources fiables de la planète, notre civilisation thermo-industrielle disparaîtra avec tous les dégâts socio-économiques que cela implique. L’Écologisme n’en est qu’à ses débuts et devrait entraîner un mouvement d’envergure. Cela ne prendra pas deux mois ou cinq ans, le contexte actuel croissanciste est trop inscrit dans les institutions et la culture commune pour qu’il y ait modification rapide. L’abandon de la société de consommation et du spectacle sera une tâche de très longue haleine.

Mais l’histoire humaine nous a montré que les religions du livre étaient au départ le fait de quelques marginaux seulement qui ont rencontré le sens de l’histoire, qui de secte sont devenues des appareils d’encadrement pour formater l’état d’esprit de multitudes… L’Écologisme de base scientifique sera une meilleure approches des réalités biophysiques que des religions abstraites qui ont vraiment raconté n’importe quoi sur l’origine de notre espèce, sur notre rendez-vous avec la mort et sur le sexe des anges.

Lire, Militantisme, se construire autrement

Dilemme, mettre fin à la vie d’un proche

En 2011, ma mère avait 67 ans lorsqu’elle a appris qu’elle souffrait d’un cancer du pancréas. Trois à six mois, lui prédisent les médecins. La vie bascule. Elle se bat, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus aucune chimiothérapie possible. En 2013, lorsque je pénètre dans sa chambre d’hôpital, je me fige. Ma mère a tout ôté. Plus de perruque, plus de téléphone. Sa décision était prise : « Tu me fais la piqûre ? » J’ai répondu du tac au tac : « Je n’ai pas le droit. »

S’ensuit une semaine douloureuse, le coma, puis la fin. Je m’en veux. « Et si j’avais eu le droit ?… Cette dernière semaine a été plus profitable pour moi que pour elle, cela m’a permis de continuer le cheminement… Son choix était rationnel, exprimé de façon très claire, très consciente. On savait qu’on était arrivés au bout… J’aurais aimé pouvoir lui dire oui. Et si j’avais pu lui dire oui, je lui aurais dit oui. »

Lire, Fin de vie, comparaison internationale

Cette histoire vécue relate le cheminement intime dAgnès Firmin Le Bodo, la ministre chargée des professions de santé qui participera à la réforme sur la fin de vie. Issue de la droite catholique, elle se définit « baptisée et communiée ». Si elle manquait la messe le dimanche, c’était pour les championnats de patinage artistique. Elle a toujours été « contre » les évolutions sociétales, dont la procréation médicalement assistée (PMA). C’était comme ça. « En fait, je ne m’étais jamais posé la question », confie-t-elle. « Un jour, je me suis demandé : “Pourquoi je suis contre ?” Et je n’ai pas trouvé la réponse. » La vérité d’un jour n’est pas celle du lendemain ! De son côté l’eurodéputé François-Xavier Bellamy (LR) voit encore dans l’aide active à mourir un dangereux « droit d’être tué ». Qui a raison, attendre la mort venir ou faire une piqûre ?

Le point de vue des écologistes

Les interrogations que se posent Mme la ministre sont les mêmes que pendant la période qui précédait l’autorisation de l’avortement en 1974. Faut-il changer la loi ? La réaction de Mr Bellamy est la même qu’au moment du vote de la loi Veil, condamnation du « droit de tuer ». La démocratie c’est cela, rencontrer socialement un problème et chercher collectivement une solution au delà des antagonismes. Il n’y a plus d’arguments d’autorité comme aux temps de la religion ou des fascismes, il y a la recherche du consensus « socialement acceptable ». Et les décideurs en dernier ressort doivent savoir distinguer ce qui est à un certain moment légal et ce qui devient légitime. Agnès Firmin Le Bodo a été aveuglée par ses présupposés idéologiques de droite catholique, elle aurait du faire preuve de compassion envers sa mère, elle aurait du respecter sa volonté clairement exprimée, elle aurait du faire la piqûre même si on n’avait pas encore ce droit en 2013.

Lire, 297 députés veulent choisir leur fin de vie

Pourquoi tant d’inquiétude pour aider à mourir dans la dignité alors que l’espèce humaine est championne dans l’art de trucider son prochain et experte dans l’art de décimer les autres espèces ? Écoutons plutôt les citoyens pour qui l’aide aux suicide constitue un droit légitime.

En décembre 2013, une conférence citoyenne de 18 personnes tirées au sort pour représenter la diversité de la société ont fait émerger une réflexion collective sur la fin de vie après avoir auditionné des experts. Leurs recommandations finales marquaient une rupture. Le panel a jugé la notion de sédation complexe car « elle constitue un aspect relevant essentiellement de la technique médicale et par là semble échapper à la maîtrise et à la responsabilité du patient »… La possibilité de se suicider par assistance médicale, reposant avant tout sur son consentement éclairé, constituerait un droit légitime du patient en fin de vie (ou souffrant d’une pathologie irréversible). » Quand le consentement direct n’est pas possible, la conférence citoyenne préconisait une « exception d’euthanasie ». Bravo ! D’un point de vue écologiste, il faut savoir reconnaître la mort qui vient car elle est par nature notre lot commun.

Lire, Acceptons la fin de vie, par nature notre lot commun

La religion woke contre l’écologisme

Non seulement nous sommes submergés par la vacuité des réseaux sociaux, mais les médias popularisent des mots comme woke ou LGBTQIA. Ces inventions récentes deviennent alors à la mode et nous incitent à perdre de vue l’essentiel.

Jean-François Braunstein : « Woke » veut dire « éveillé », c’est-à-dire conscient des injustices à combattre, actif dans les luttes contre les dominations. Au premier abord, cette vague politique paraît désireuse d’égalité. Refuser les discriminations selon les genres… qui serait contre ? Pourtant ce mouvement est devenu une religion. Pourquoi nommer religion cette effervescence multiforme ? D’abord à cause de son déni du corps, de son refus de la réalité physique et de ses limites. En effet, l’idéal d’une « fluidité » des genres opposée aux identités ­stables, la croyance qu’il suffit de déclarer ce qu’on désire être pour le devenir supposent une puissance de l’esprit supérieure aux contraintes de la nature. Nos corps biologiques ne seraient pas déterminants, seules le seraient nos décisions intimes. Ce nouveau fanatisme repose sur le déni de la réalité, le refus de tout débat contradictoire, le remplacement de la réflexion par une foi aveugle en des dogmes absurdes, la persécution de ceux qui ­contestent. A terme, il pourrait devenir difficile de soutenir que les corps humains existent et qu’ils sont sexués, que l’universel n’est pas un vain mot, que la raison forge des vérités !

Alex Mahoudeau : Wokisme », terme apparu dans le débat public français en 2021, vient s’ajouter à l’“indigénisme”, la “cancel culture” et l’“islamo-gauchisme”, mais aussi au “communautarisme”, au “politiquement correct” et au “néoféminisme intersectionnel”.

Nicolas Truong : Plutôt que d’être effrayé par la gigantesque crise planétaire qui nous emporte, on nous demande de nous terrifier du mouvement “woke”, ce courant minoritaire dans la culture française. La tentation est alors grande de se raccrocher aux branches, de se tourner vers le connu., vers le monde traditionnel et ses valeurs.

Le point de vue des écologistes

Des idéologies médiatisées à outrance refusent les bouleversements du monde et nous font tourner la tête avec des mots qui relèvent du prurit individualiste plutôt que de la recherche du bien commun. L’universalisme est confondu avec l’occidentalisme, l’antiracisme assimilé au totalitarisme, les féminismes réduits à des « postures victimaires », les jeunes mobilisés pour le climat comparés à des ayatollahs, l’écologie confondue avec une religion sectaire. Le bien est transformé en mal, le bon en méchant et l’altruiste en idiot. Une droite extrême a imposé ses thématiques réactionnaires dans la sphère médiatique et une gauche atomisée en reste au corpus socio-marxiste. La nécessaire rupture écologique sera d’autant plus difficile à mettre en œuvre que nous en resterons aux débats futiles entre Macron et les anti-vax, Le Pen et l’intersectionnalité, #metoo et Zemmour, Hidalgo face au wokisme, Jadot coincé entre décolonialisme et cancel culture…

Face au wokisme des minorités qui font de leur position victimaire la seule chose qui compte, l’éveil à la conscience écologique paraît aujourd’hui la seule porteuse de valeurs d’avenir. L’écologisme remet aujourd’hui en cause toutes nos certitudes, la foi dans le progrès technique, le croissancisme économique institutionnalisé, le culte du PIB, l’idée d’une démographie bienfaisante, le bonheur à crédit. L’écologie devrait nous ramener à notre réalité biologique et à notre dépendance complète envers les phénomènes biophysique ; en d’autre termes les humains ne sont pas maîtres et possesseurs de la nature, y compris dans la composante corporelle de chacun, mais au service de l’équilibre durable entre la culture et la nature.

Rappelons une donnée qui devrait renforcer le poids de la catastrophe climatique, nous allons franchir (selon l’ONU) le seuil des 8 milliards d’êtres humains le 15 novembre 2022. La réalité de la surpopulation devrait nous éveiller au message malthusien, il faut d’urgence commencer à mettre notre fécondité en harmonie avec les possibilités que nous offre les ressources terrestres. Sinon guerres, famines et épidémies qui se propagent aujourd’hui seront notre ordinaire demain.

Pour agir contre les natalistes,

rejoindre l’association Démographie Responsable :

https://www.demographie-responsable.org/

Décroissance, pour une société sans école !

En apparence, l’école obligatoire pour tous au XIXe siècle a été une libération, c’était offrir aux citoyens des chances égale de promotion. L’école donne le moyen aux enfants d’agriculteur d’élever leur niveau de connaissances et de quitter la terre. En réalité, le paysan se retrouve esclave de la révolution industrielle. La France en 1833 impose à toutes les communes de posséder une école primaire, la nation française se forgera à travers l’extension de la langue française. On condamnait ainsi à mort les langues locales, de l’Occitanie à la Bretagne. En même temps s’opérait une coupure dans le milieu familial, les parents, qui souvent ne comprenaient pas un mot de français, reprochaient amèrement à l’enfant puni en classe pour utilisation de sa langue maternelle qu’il « ne serait bon qu’à garder les vaches ».

Les parents soutenaient ainsi par leur attitude le déracinement de leurs enfants et leur emploi à la ville. L’exode rural a été un processus de déculturation/acculturation qui a ébranlé en profondeur l’organisation interne des campagnes.

L’avis du mahatma Gandhi est clair, il parle d’éducation artificielle :

« Lorsqu’il faut choisir entre liberté et érudition, qui ne dira que l’on doit mille fois préférer la première à la seconde. Les jeunes gens que j’ai invités à sortir, en 1920, de ces citadelles de l’esclavage qu’étaient leurs écoles et leurs universités seront probablement à même de remonter aux sources du conseil que je leur ai donné : mieux valait demeurer illettré et casser des cailloux pour l’amour de la liberté que de chercher à acquérir une culture littéraire sans cesser d’être enchaîné comme un esclave. Ce n’était pas par les livres que l’on pouvait pourvoir à la formation de l’esprit. La formation n’est possible qu’en forçant l’esprit à s’exercer. Et l’exercice de l’esprit dépendait entièrement du mode de vie et du caractère moral du maître. A quoi me servirait-il, si j’étais menteur, d’enseigner à des enfants l’art de dire la vérité ? »

De même Ivan Illich qui préfère une société sans école et l’écrit :

« L’invention de l’éducation, nouvelle voie vers le salut, est proposée par Comenius à la fin du XVIe siècle. On postule qu’il faut enseigner à chacun tout ce qui est important pour lui au cours d’une vie. L’homme a été redéfini par ses nouveaux gardiens comme un être qui, après être né de sa mère, doit renaître par l’action de l’alma mater, l’école. L’apprentissage allait être vu comme le fruit d’un enseignement par des maîtres professionnels et comme un curriculum, littéralement une course. L’institution éducative suppose que chacun naisse en tant qu’individu dans une société contractuelle qui doit être analysée avant que d’y vivre. Selon cette construction, nul ne saurait faire partie de cette société à moins qu’un catéchisme ne lui ait dispensé certaines vérités. Puis au cours du XXe siècle a été découverte une nouvelle raison de l’éducation universelle et obligatoire. L’école a été définie comme nécessaire pour le travail. La culture livresque et la formation de la main-d’œuvre vinrent s’ajouter pour justifier l’existence de ce qui était devenu une Eglise transnationale.

Une petite anecdote éclairera mon propos. Il y a vingt ans, quand j’écrivais les essais réunis dans Une société sans école (titre original: Deschooling Society), j’ai appris avec stupéfaction que la direction sanitaire de la ville de New York excluait les boueux qui n’avaient pas leur baccalauréat ! Fort de cette information, j’ai soutenu que l’appareil du parti démocrate se servait des diplômes pour exclure les Portoricains des emplois bien payés. La scolarisation fait office de portier à l’entrée des boulots.

Le marché du travail disparaît. L’apprentissage sur le tas eût été meilleur et eût exigé un moindre transfert de richesse publique au profit de celui qui gravit les échelons. Les enseignants devront comprendre que les écoles socialisent la majorité dans l’acceptation de son infériorité tout en fournissant peu de compétences que leurs élèves leur seraient gré d’avoir acquises.

Les sociétés attachées à la scolarisation universelle et obligatoire insistent sur une entreprise frustrante et toujours plus insidieuse qui multiple les ratés et les infirmes. L’institution tenue pour sacrée légitime un monde où la grande majorité des individus sont stigmatisés comme recalés tandis qu’une minorité seulement sortent de ces institutions avec en poche un diplôme qui certifie leur appartenance à une super-race qui a le droit de gouverner. L’utilisation des techniques modernes pour séparer les gens en maîtres et esclaves était impossible autrefois, sauf sous la bannière de Staline ou de Hitler. L’obsession de notre société qui oblige les enfants des bas quartiers à fréquenter les écoles des bas quartiers est une cruauté absurde. »

Lire aussi, Post-covid, pour une société sans école

Une autre éducation des lycéens est possible

Selon le cardinal de Richelieu, apprendre à lire, écrire et compter « remplit le pays de chicaneurs propres à ruiner les familles et troubler l’ordre public, plutôt qu’à procurer aucun bien ». Les jeunes d’aujourd’hui ont pourtant appris à lire, écrire ou compter, mais ce fut seulement pour se mettre au service de la révolution industrielle. Comment faire autrement ? A ma modeste échelle, j’ai fait ce que je pouvais. Professeur de sciences économiques et sociales (SES) en lycée pendant près de 40 ans, j’ai essayé de montrer ce qu’éduquer veut dire.

En sociologie, je montrais à mes élèves que le relativisme culturel est une donnée de base. Mes cours de Seconde en témoignent.

Si j’avais à résumer par une seule expression la conclusion de la sociologie, ce serait : « Tout est culturel. » Le naturel relève de l’inné alors que le culturel dépend de normes sociales. Or il est très difficile de mettre à distance sa propre culture quand on ne possède aucune autre référence que celle de son milieu. C’est pourquoi les élèves confondent « naturel et « normal ». Nos pensées et nos sentiments doivent bien surgir de quelque part. C’est notre cerveau qui nous permet de voir, sentir, ressentir. Je montrais que nous avons une manière de déterminer si le contenu cérébral est conditionné par la société ou par nos gènes. L’inné est universel, il n’y a pas moyen d’y échapper, c’est un automatisme qui est suivi par tous les membres d’une espèce animale particulière. Par contre l’acquis est relatif, il dépend de la socialisation effectuée dans un groupe ethnique particulier. Les élèves découvrent grâce aux documents de leurs manuels l’ethnologie, la diversité des coutumes dans le temps et dans l’espace. Je peux ainsi (dé)montrer la variabilité des comportements même quand il s’agit du rapprochement des sexes. La démonstration qui est faite du conditionnement de nos sentiments est un véritable choc pour les élèves ; l’approche sociologique est même assez difficile à admettre pour certains. L’espèce humaine appartient bien sûr au règne animal, mais la sophistication de notre cerveau a éliminé toute influence génétique sur notre comportement, si ce n’est quelques réflexes à la naissance comme la succion. Il est très important pour la formation du caractère de maîtriser cette notion de relativité culturelle. Cela permet de prendre de la distance avec ses propres a priori, ses préjugés. Cela ne veut pas dire relativisme, il y a des valeurs qu’on peut juger fondamentales comme l’égalité entre l’homme et la femme ou le respect de la biodiversité. Mais cela permet de mieux comprendre l’autre, de savoir se mettre à sa place, d’habiter un esprit de femme alors que nous sommes mâles, et de savoir que l’espèce humaine n’est qu’une simple composante de la trame du vivant.

– En économie, ma ligne directrice est de montrer que nos us et coutumes économiques sont autant que nos sentiments conditionnés par le contexte social. D’ailleurs autrefois on ne disait pas « sciences » économiques, mais économie politique.

L’économie n’est pas une science, c’est un arrangement social sur la circulation des richesses, bourré de compromis et de conflits. L’économie n’est qu’une sous-partie de la sociologie. Ainsi de nos besoins, qui conditionnent notre demande de biens et services, qui joue donc sur nos productions, et en fin de compte sur le chiffre d’affaires de nos entreprises et donc sur l’emploi. En fait il faut savoir que c’est l’évolution de l’industrie qui nous dicte le mode de satisfaction de nos besoins, y compris pour les dépenses de base nécessaires à notre physiologie comme l’alimentation. Il s’agit du mécanisme de la filière inversée, ce n’est pas la demande qui crée l’offre, c’est le contraire. Dans le monde actuel, la perception des besoins réels se change en une offre de produits manufacturés pour laquelle « avoir soif », c’est par exemple boire du Coca-Cola. Les inégalités de revenus et le formatage par la publicité conditionnent l’expression de nos besoins. Supprimons la publicité pour connaître les vrais besoins ! De plus le marché ne peut coordonner une finalité collective puisqu’il ne s’intéresse qu’à la demande solvable. Je dis aux élèves que nous n’avons pas besoin d’une voiture, d’un téléphone portable et d’une résidence secondaire pour être heureux, nous avons plutôt besoin de pain et d’amitié. de considération et d’échange Je montre que notre conception des besoins devrait suivre un principe de généralisation : généralisation dans l’espace, je ne peux satisfaire un besoin que dans la mesure où n’importe qui n’importe où sur notre planète peut accéder à un niveau de vie équivalent ; généralisation dans le temps, le présent a des besoins auxquels on peut répondre seulement si cela n’empêche pas les générations futures de satisfaire les leurs… Certes je n’incite pas les élèves à faire la révolution, je mets simplement en évidence les errements d’un système économique libéral qui est devenu la norme et qui court à sa perte. Mais c’est difficile d’abandonner notre égocentrisme, notre ethnocentrisme, notre anthropocentrisme. Percevoir que l’espèce homo sapiens est une espèce animale parmi d’autres espèces animales dont la seule supériorité est de produire des armes de destruction massive… paraît impossible pour la plupart des élèves.

– Pour l’option de sociologie politique, nous apprenons avec les premières à définir l’opposition entre démocratie formelle et démocratie réelle, parité politique et discrimination positive, supranationalité, citoyenneté universelle ou communautarisme, le test de Milgram et la soumission volontaire décrite par la Boétie, etc

Les débuts de l’initiation sont difficiles, peu d’élèves savent distinguer la droite de la gauche, le nom des partis est ignoré, le sigle des syndicats encore plus. Tous les élèves sans exception devraient suivre des cours d’économisme et de sociopolitique pour mieux apprécier l’évolution géopolitique et savoir agir. Il faut une éducation holistique, systémique. Pourtant mes collègues de SES estiment que « je fais trop de politique » ! Or il n’y a jamais neutralité de l’enseignement, il y a toujours un message revendiqué qui consiste le plus souvent au soutien des structures socio-économiques actuelles. Le métier d’enseignant a par définition un objectif politique : il justifie l’existant ou il en dévoile les failles. Plus j’ai approché de l’heure de la retraite, plus j’ai mesuré la distance qui séparait mon esprit critique de ce qu’était devenue ma matière. Extrait du rapport d’inspection de Marie-Lise Fosse en 2005 à propos de mon cours : « On peut regretter le titre Une approche « idéologique » de l’activité ; il est certes légitime de montrer aux élèves que les définitions relèvent de convention, mais il importe aussi de leur montrer qu’il s’agit bien d’une démarche scientifique… » L’enseignement de SES a subi une terrible évolution. Quand j’ai terminé ma carrière, j’étais le seul parmi mes quatre collèges à conserver encore les tables en fer à cheval (en cercle). Retour aux tables alignées en rangées face à la toute puissance du prof. Fini le militantisme pédagogique, les SES étaient devenues une « discipline » parmi d’autres.

J’ai toujours eu la forte impression que les élèves perdent leur temps à subir des disciplines séparées. Cela formate un état d’esprit compartimenté, l’histoire dans un tiroir, l’économie dans un autre, le français sur une étagère, etc. L’enseignement est mal structuré, d’autant plus que passer des années et des années assis sur une chaise ne peut véritablement préparer les jeunes à la vie active. En fait j’ai toujours regretté la dénomination de ma matière SES. J’aurais préféré enseigner l’écologie, une discipline qui englobe l’économique, le social, le politique, l’historique, le géographique et qui utilise aussi les connaissances mathématiques, biologique et physique. Garder une pensée ouverte, c’est ce que valorise l’écologisme. Pour s’y retrouver, il faut connaître les leçons du passé, les circonvolutions géographiques, savoir mélanger philosophie et éthique, y mettre un peu de calcul statistique et l’utilisation des tableaux chiffrés, pouvoir comprendre ce qu’on lit et éviter les réseaux sociaux. L’écologie scientifique et écologie politique vont de pair, la réalité est internationale et pas franco-française, le contexte de notre vécu repose à la fois sur la planète et l’ensemble du vivant. Il est extrêmement regrettable, on peut même dire dommageable, que les jeunes adolescents aient une vision parcellaire de la société. Si un enseignant ne maîtrise pas lui-même la totalité de l’approche de la vie humaine, comment voulez-vous qu’un jeune puisse y arriver ?

L’enseignement des sciences économiques et sociales trouvait à l’origine ses fondements dans la mise en place de la réforme Fouchet à compter de la rentrée 1965. On introduisait progressivement la troisième culture, celle qui s’ajoute aux cultures scientifique et littéraire. Une nouvelle option « dont la vocation est de compléter les études classiques par une analyse des réalités économiques du monde contemporain à une époque où la croissance des Trente Glorieuses interpelle les partenaires sociaux ». Autant les SES ont été à l’origine une matière qui permettait aux élèves de s’affronter au monde moderne et d’en discuter les bases, autant c’est devenu une discipline comme les autres, avec ses recettes et ses habitudes, nourrissant un corps de spécialistes imbus de leur spécialité. Mes collègues enseignent maintenant l’économie et la sociologie de manière séparée. Il n’y a plus de vision transdisciplinaire, il y a maintenant ce que disent des programmes formatés par le libéralisme économique. Nous sommes très loin de mes débuts d’enseignements en 1974-1975 au moment du premier choc pétrolier et des doutes sur la durabilité de la croissance.

Aujourd’hui mes collègues ne peuvent plus avoir d’approche décroissanciste à propos des limites absolues rencontrées par la civilisation thermo-industrielle. On assimile encore croissance économique soutenue et développement durable ! Nous apprenons aux élèves que l’économie s’est désencastrée du social au cours de la révolution industrielle, nous n’apprenons pas qu’il faut ré-encastrer l’économique dans le social, mais aussi le social dans l’écologique. Pourtant ce que je connais de fondamental et d’objectif, c’est que nous sommes  à l’aube d’une confluence de crises structurelles, pic pétrolier, réchauffement climatique, perte de biodiversité, krachs financiers,  etc. La crise ultime a déjà commencé… La matière que j’ai tant aimé est devenue une larve qui épouse l’air du temps sans prendre conscience de la montée des périls.

Pour le texte intégral, lire Michel SOURROUILLE, Mémoire d’un écolo (2012)

On ne naît pas écolo, on le devient

Michel Sourrouille, auteur en 2017 du livre « On ne naît pas écolo, on le devient », a décidé de partager sa pensée avec tous les Internautes qui fréquentent ce blog biosphere. La parution s’est faite chaque jour pendant les mois de juillet et août 2022. Il dédie ce livre aux enfants de ses enfants, sans oublier tous les autres enfants… car nous partageons tous la même maison, la Terre, si belle, si fragile…

Voici la liste des liens, à chacun d’aller selon ses centres d’intérêt :

On ne naît pas écolo, on le devient (introduction)

Abécédaire, la façon la plus simple pour s’y retrouver

Abeille, qui ne pique que si on l’embête

Abondance, s’éloigne dès qu’on lui court après

Absolu, un mot à relativiser, un mot indispensable

Acteurs absents, dont on a eu tort d’ignorer l’existence

Adolescence, moment de révolte ou de soumission ?

Alcool, dur pour un écolo de refuser de trinquer !

Amour, une construction sociale trop orientée

Animal, une facette de notre humanité trop ignorée

Austérité, mot qui fait peur et pourtant source de bonheur

Barbe, un attribut des hommes qu’on voulait faire disparaître

Cannabis, une dépénalisation qui créerait l’usage

Chasse, activité dénaturée par des chasseurs motorisés

Compétition, système inhumain au service d’une société inhumaine

Croissance, l’objectif économique le plus débile que je connaisse

Démographie, le problème central qui est systématiquement ignoré

Devoir, la contre-partie nécessaire de nos droits

Doryphore, symbole d’une agriculture post-moderne

École obligatoire et gratuite, une entreprise de déculturation

Écologiste en devenir, notre avenir commun

Électricité, les inconvénients d’un avantage

Ethnologie, la leçon primordiale des aborigènes

Eugénisme, engendrer de bonne façon est-il condamnable ?

Euthanasie, mourir de belle manière comme heureuse conclusion

Féminisme, on ne naît pas femme, on le devient

Futur, il sera à l’image de notre passé !

Génériques, l’achat au meilleur rapport qualité/prix

Homoparentalité, la stérilité n’est pas une damnation

Interaction spéculaire, je fais ainsi parce que tu fais de même

IVG, une mauvaise expérience par manque d’expérience

Logement, une maison à la mesure de nos besoins réels

Loisirs, plutôt les échecs que le match de foot à la télé

Mariage pour tous, l’oubli du sens des limites

Militantisme, une construction de soi qui ne va pas de soi

Mobilité, aller moins loin est bien plus rapide

Musée, pas besoin du passé pour être un vrai artiste

Objecteur de conscience j’ai été, je suis, je serai

Pêche, une activité artisanale devenue un massacre de masse

Peine de mort, abolie un jour, tentation toujours

Philosophie, les valeurs de l’écologie profonde

Portable, suis-le le seul à ne pas en avoir ?

Publicité, une agression qui touche à l’acharnement

Recherche sans développement, refondation de la science

Religions, un frein à notre réflexion

Repas, manger comme acte profondément politique

Roman, qui ne mérite pas l’arbre qu’on a coupé pour lui

Sciences économiques et sociales, une tentative holistique ratée

Simplicité… volontaire aujourd’hui, obligatoire demain

Sourrouille Michel, présentation de l’auteur

Techniques appropriées et d’autres, à exclure

Testament, mérite mieux qu’un nom sur une pierre tombale

Toilettes, dis-moi comment tu défèques, je te dirais où tu vas

Végétarien, une des manières de devenir écolo

Voiture, une passion contemporaine qui n’aura eu qu’un temps

Voiture, passion contemporaine dans l’impasse

Michel Sourrouille, auteur en 2017 du livre « On ne naît pas écolo, on le devient », a décidé avant de mourir de partager sa pensée avec tous les Internautes qui fréquentent ce blog biosphere. La parution se fera chaque jour pendant les mois de juillet-août. Il dédie ce livre aux enfants de ses enfants, sans oublier tous les autres enfants… car nous partageons tous la même maison, la Terre, si belle, si fragile…

Voiture, une passion contemporaine qui n’aura eu qu’un temps

Je suis né en 1947 avec l’automobile. La télévision n’était pas rentrée dans les foyers, il n’existait ni ordinateur ni portable, mais les voitures commençaient à circuler. C’était une invention relativement nouvelle et improbable. En 1890, le dictionnaire allemand Bockhaus définissait ainsi l’automobile : « Nom qui a quelquefois été donné à de curieux véhicules mus par un moteur à explosion. Cette invention, aujourd’hui oubliée, n’a connu qu’échec et désapprobation des autorités scientifiques. »

En 1899, le jeune Henri Ford fonde une entreprise de construction automobile à un moment où, note-t-il, « il n’y avait pas de demande, voire une répugnance du public devant cette machine jugée laide, sale et bruyante et qui met en fuite les chevaux et les enfants. » Au début, mes parents n’avaient qu’une moto. Pendant les trois premières années d’après-guerre la fabrication de véhicules utilitaires l’avait largement emporté sur les véhicules de particuliers. Mais déjà une mythologie s’installait, il fallait s’inscrire sur une liste d’attente pour « avoir sa voiture personnelle ». Aujourd’hui un jeune ne peut plus concevoir un monde sans automobiles. 

La production de 4 roues a toutes les qualités, c’est un vecteur de croissance qui fait appel à la production de branches-clés. La construction en série d’automobile (dès la Ford T, 1914), ce qu’on appelle le fordisme, s’est accompagnée de l’augmentation des salaires et de l’apparition de la classe globale, celle qui possède un véhicule personnel. C’est une industrie de main d’œuvre et donc créatrice d’emploi, ce qui est toujours bien vu par les gouvernants et les travailleurs. C’est une facilité pour le déplacement individuel. Mais cela nécessite l’aliénation par le travail à la chaîne, repose sur la productivité qui crée le chômage, facilite l’urbanisation sauvage, la stérilisation des terres par un réseau routier sans limites, la multiplication des déplacements par la distance que l’automobile a mis entre domicile et lieux de travail, entre zone de production et centres commerciaux, entre espace de vie et destinations du tourisme. Cela implique aussi l’épuisement du pétrole, ressource non renouvelable, et l’augmentation de l’effet de serre, donc le réchauffement climatique.

Cette innovation qui a à peine un siècle a donc été la plus grande catastrophe du XXe siècle. Malheureusement les effets négatifs ne s’en feront sentir qu’au XXIe siècle : le mal s’est fait sans que quiconque ne s’en émeuve. Aucun politique ne pense à l’heure actuelle limiter l’usage de l’automobile pour des raisons climatiques ou d’épuisement des ressources pétrolières. On agit en limitant la vitesse uniquement pour éviter trop de morts sur les routes. La considération écologique est absente… Pourtant en 1974 Dumont à la présidentielle :

« Chaque fois que vous prenez votre voiture pour le week-end, la France doit vendre un revolver à un pays pétrolier du Tiers-Monde. Sait-on que si tous les habitants du globe consommaient autant de pétrole que les Américains, les réserves prouvées ne tiendraient guère plus d’un an ? Pour faire 10 000 km, on consacre 150 heures à sa voiture (gain de l’argent nécessaire à l’achat et à l’entretien, conduite, embouteillage, hôpital). Cela revient à faire 6 kilomètres à l’heure, la vitesse d’un piéton. Le type de société que je propose est une société à basse consommation d’énergie. Cela veut dire que nous luttons par exemple contre la voiture individuelle. Nous demandons l’arrêt de la construction des autoroutes, l’arrêt de la fabrication des automobiles dépassant 4 CV… On peut penser dès à présent à réorienter l’industrie automobile vers la production des composantes de logements ou des systèmes d’énergie solaire ou éolienne. » [L’écologie ou la mort, à vous de choisir – la campagne de René Dumont, les objectifs de l’écologie politique (Pauvert, 1974)]

Des dizaines d’années se sont écoulées, les politiques restent à mille lieux des réalités géophysiques. Lors d’un pic de pollution en Île-de-France, la ministre socialiste Ségolène Royal refuse des mesures de restriction du trafic routier contre l’avis des élus locaux : « Empêcher quelqu’un de prendre sa voiture, c’est une mesure privative de liberté (…). Personne ne peut ni imposer, ni vociférer, ni exiger » ; « La circulation alternée, ce n’est pas rien : cela se prépare et se maîtrise. Cela ne se fait pas par des déclarations sur la place publique exigeant telle ou telle décision. [LE MONDE du 10 avril 2015] »

Il faudra donc attendre le prochain choc pétrolier pour prendre collectivement conscience… de la nécessité du dévoiturage, l’abandon de la voiture individuelle. En attendant, j’avoue que ma femme possède une voiture… qu’il m’arrive d’utiliser ! On ne naît pas écolo, on le devient de façon imparfaite, la vie est faite de compromis qui se transforment souvent en compromission. Résister au système croissanciste motorisé est extrêmement difficile.

Mais tu peux toujours tenter l’impossible…

(NB : c’était le dernier article du livre

« On ne naît pas écolo, on le devient »)

Déjà paru :

On ne naît pas écolo, on le devient, introduction

Abécédaire, la façon la plus simple pour s’y retrouver

Abeille, qui ne pique que si on l’embête

Abondance, s’éloigne dès qu’on lui court après

Absolu, un mot à relativiser, un mot indispensable

Acteurs absents, dont on a eu tort d’ignorer l’existence

Adolescence, moment de révolte ou de soumission ?

Alcool, dur pour un écolo de refuser de trinquer !

Amour, une construction sociale trop orientée

Animal, une facette de notre humanité trop ignorée

Austérité, mot qui fait peur et pourtant source de bonheur

Barbe, un attribut des hommes qu’on voulait faire disparaître

Cannabis, une dépénalisation qui créerait l’usage

Chasse, activité dénaturée par des chasseurs motorisés

Compétition, système inhumain au service d’une société inhumaine

Croissance, l’objectif économique le plus débile que je connaisse

Démographie, le problème central qui est systématiquement ignoré

Devoir, la contre-partie nécessaire de nos droits

Doryphore, symbole d’une agriculture post-moderne

École obligatoire et gratuite, une entreprise de déculturation

Écologiste en devenir, notre avenir commun

Électricité, les inconvénients d’un avantage

Ethnologie, la leçon primordiale des aborigènes

Eugénisme, engendrer de bonne façon est-il condamnable ?

Euthanasie, mourir de belle manière comme heureuse conclusion

Féminisme, on ne naît pas femme, on le devient

Futur, il sera à l’image de notre passé !

Génériques, l’achat au meilleur rapport qualité/prix

Homoparentalité, la stérilité n’est pas une damnation

Interaction spéculaire, je fais ainsi parce que tu fais de même

IVG, une mauvaise expérience par manque d’expérience

Logement, une maison à la mesure de nos besoins réels

Loisirs, plutôt les échecs que le match de foot à la télé

Mariage pour tous, l’oubli du sens des limites

Militantisme, une construction de soi qui ne va pas de soi

Mobilité, aller moins loin est bien plus rapide

Musée, pas besoin du passé pour être un vrai artiste

Objecteur de conscience j’ai été, je suis, je serai

Pêche, une activité artisanale devenue un massacre de masse

Peine de mort, abolie un jour, tentation toujours

Philosophie, les valeurs de l’écologie profonde

Portable, suis-le le seul à ne pas en avoir ?

Publicité, une agression qui touche à l’acharnement

Recherche sans développement, refondation de la science

Religions, un frein à notre réflexion

Repas, manger comme acte profondément politique

Roman, qui ne mérite pas l’arbre qu’on a coupé pour lui

Sciences économiques et sociales, une tentative holistique ratée

Simplicité… volontaire aujourd’hui, obligatoire demain

Sourrouille Michel, présentation de l’auteur

Techniques appropriées et d’autres, à exclure

Testament, mérite mieux qu’un nom sur une pierre tombale

Toilettes, dis-moi comment tu défèques, je te dirais où tu vas

Végétarien, une des manières de devenir écolo

Végétarien, une des manières de devenir écolo

Michel Sourrouille, auteur en 2017 du livre « On ne naît pas écolo, on le devient », a décidé avant de mourir de partager sa pensée avec tous les Internautes qui fréquentent ce blog biosphere. La parution se fera chaque jour pendant les mois de juillet-août. Il dédie ce livre aux enfants de ses enfants, sans oublier tous les autres enfants… car nous partageons tous la même maison, la Terre, si belle, si fragile…

Végétarien, une des manières de devenir écolo

Tu manges un cadavre disent les végétariens aux carnivores. N’entends-tu pas le cri de la carotte que du croques, disent les omnivores aux végétaliens. J’ai été élevé dans une famille où on ne rencontrait pas du tout ce genre de controverse à table ; on mangeait de tout, y compris du foie gras, et les repas de grande fête chez ma grand-mère maternelle accumulaient les mets. Dans mon enfance, je ne savais même pas que les végétariens pouvaient exister. Cela m’aurait paru bizarre si j’avais su. Bien plus tard, le 13 avril 1971, j’écrivais à Pierre Fournier, l’écolo de service à Hara-Kiri : « Avec l’urbanisation de la campagne, la vie s’accorde de moins en moins directement aux rythmes biologiques et naturels. L’obligation faite de se mouvoir dans un espace plus restreint et artificiellement construit amèneront progressivement l’individu à perdre son autonomie individuelle. Quant à ton régime végétarien, c’est une profession de foi. Tu n’as pas expliqué en quoi ce serait une rationalisation de la conduite individuelle. Pour moi, un brin d’herbe est aussi respectable qu’un agneau, et il faut bien marcher et bouffer… Mais j’aime bien ce que tu écris… »

Je n’étais toujours pas végétarien. Dans une notule du 3 janvier 1971, j’écrivais même que c’est une mystification : « L’être humain a mis des millénaires pour se doter de canines et devenir omnivore. D’autre part l’animal n’est pas la seule concrétisation de la vie, les plantes aussi sont vivantes. »  Depuis, j’ai modulé ma pensée, j’ai pris conscience de la nécessité vitale de modifier le régime alimentaire des populations occidentalisées pour des raisons écologiques. Les experts l’écrivent.

Hervé Le Bras (démographe, directeur d’études à l’INED) : « Le problème le plus important n’est plus le nombre total des hommes, mais la structure de leur consommation, celle d’hydrocarbures, et de plus en plus celle de nourriture animale. Si la planète entière adoptait le régime alimentaire des Français, elle ne pourrait nourrir que 3,4 milliards de personnes, soit la moitié de la population actuelle. En outre les ruminants émettent du méthane, puissant gaz à effet de serre ». (Entropia n° 8, printemps 2010)

Rajendra Pachauri, président du GIEC : « Un des premiers gros efforts que devra réaliser la société humaine pour lutter contre le changement climatique est de réduire sa consommation de viande. Le cycle de production de la viande est très intensif, il nécessite beaucoup d’énergie, d’eau et d’aliments pour le bétail et génère d’importante émission de gaz à effet de serre. Changer les habitudes de nourriture nécessite un vrai changement de valeurs et une vraie information des populations pour leur expliquer l’association qui existe entre la consommation de viande et l’effet de serre. Je pense que le changement climatique est un déclencheur qui va nous amener à repenser notre mode de vie et à mettre l’accent sur d’autres valeurs. Nous croyons en Inde que l’Univers est une seule famille. Je pense qu’il est improductif et dangereux pour nous de ne pas croire en cette philosophie. » (Sciences et avenir hors série janvier-février 2010)

A la suite de l’initiative de la ville belge de Gand, l’A.V.F. (Association Végétarienne de France) avait lancé par un communiqué de presse du 29 mai 2009 une campagne « pour un jour végétarien hebdomadaire en France ». Plusieurs associations se sont assemblées en partenariat autour du mot d’ordre « Lundi, Jour Végétarien ».

Notre groupe de réflexion de Charente-Nature communique devant l’AG du 24 avril 2010 : « Depuis plusieurs mois, la commission énergie étudie les tenants et aboutissants de l’élevage. Après analyse des mécanismes de l’intensification des conditions d’élevage, de l’impact de l’élevage sur le réchauffement climatique et du gaspillage énergétique lié aux calories animales, nous sommes arrivés à la conclusion qu’il fallait agir dans le domaine alimentaire pour sensibiliser le grand public. Il nous semblait donc nécessaire d’adhérer à la campagne associative « Nous sommes d’accord avec le lundi végétarien ».

Il n’y a jamais eu de décision explicite d’adhésion de Charente-Nature au lundi végétarien. Il est très difficile d’arriver à un vote clair, même dans une petite association. La participation à une association est un moyen de faire progresser la pensée et la pratique collective, mais le résultat est diffus, incertain.

Bien entendu j’avais fait du lundi végétarien un mot d’ordre pour ma propre vie de famille. Mais j’avoue que quand il y a quelques restes du WE, je me pose quelques questions. Ne pas gaspiller la nourriture ou suivre un idéal ? Manger bio ou manger local ? Suivre le mouvement familial ou croque sa carotte en solitaire ?

(à suivre… demain sur ce blog biosphere)

Déjà paru :

On ne naît pas écolo, on le devient, introduction

Abécédaire, la façon la plus simple pour s’y retrouver

Abeille, qui ne pique que si on l’embête

Abondance, s’éloigne dès qu’on lui court après

Absolu, un mot à relativiser, un mot indispensable

Acteurs absents, dont on a eu tort d’ignorer l’existence

Adolescence, moment de révolte ou de soumission ?

Alcool, dur pour un écolo de refuser de trinquer !

Amour, une construction sociale trop orientée

Animal, une facette de notre humanité trop ignorée

Austérité, mot qui fait peur et pourtant source de bonheur

Barbe, un attribut des hommes qu’on voulait faire disparaître

Cannabis, une dépénalisation qui créerait l’usage

Chasse, activité dénaturée par des chasseurs motorisés

Compétition, système inhumain au service d’une société inhumaine

Croissance, l’objectif économique le plus débile que je connaisse

Démographie, le problème central qui est systématiquement ignoré

Devoir, la contre-partie nécessaire de nos droits

Doryphore, symbole d’une agriculture post-moderne

École obligatoire et gratuite, une entreprise de déculturation

Écologiste en devenir, notre avenir commun

Électricité, les inconvénients d’un avantage

Ethnologie, la leçon primordiale des aborigènes

Eugénisme, engendrer de bonne façon est-il condamnable ?

Euthanasie, mourir de belle manière comme heureuse conclusion

Féminisme, on ne naît pas femme, on le devient

Futur, il sera à l’image de notre passé !

Génériques, l’achat au meilleur rapport qualité/prix

Homoparentalité, la stérilité n’est pas une damnation

Interaction spéculaire, je fais ainsi parce que tu fais de même

IVG, une mauvaise expérience par manque d’expérience

Logement, une maison à la mesure de nos besoins réels

Loisirs, plutôt les échecs que le match de foot à la télé

Mariage pour tous, l’oubli du sens des limites

Militantisme, une construction de soi qui ne va pas de soi

Mobilité, aller moins loin est bien plus rapide

Musée, pas besoin du passé pour être un vrai artiste

Objecteur de conscience j’ai été, je suis, je serai

Pêche, une activité artisanale devenue un massacre de masse

Peine de mort, abolie un jour, tentation toujours

Philosophie, les valeurs de l’écologie profonde

Portable, suis-le le seul à ne pas en avoir ?

Publicité, une agression qui touche à l’acharnement

Recherche sans développement, refondation de la science

Religions, un frein à notre réflexion

Repas, manger comme acte profondément politique

Roman, qui ne mérite pas l’arbre qu’on a coupé pour lui

Sciences économiques et sociales, une tentative holistique ratée

Simplicité… volontaire aujourd’hui, obligatoire demain

Sourrouille Michel, présentation de l’auteur

Techniques appropriées et d’autres, à exclure

Testament, mérite mieux qu’un nom sur une pierre tombale

Toilettes, dis-moi comment tu défèques, je te dirais où tu vas

Toilettes, dis-moi comment tu défèques

Michel Sourrouille, auteur en 2017 du livre « On ne naît pas écolo, on le devient », a décidé avant de mourir de partager sa pensée avec tous les Internautes qui fréquentent ce blog biosphere. La parution se fera chaque jour pendant les mois de juillet-août. Il dédie ce livre aux enfants de ses enfants, sans oublier tous les autres enfants… car nous partageons tous la même maison, la Terre, si belle, si fragile…

Toilettes, dis-moi comment tu défèques, je te dirais où tu vas

Étudiant dans les années 1970 en faculté de sciences économiques, j’aurais aimé qu’on nous parle un peu plus de la gestion de nos déchets plutôt que des grandes théories du marché et du libre échange. En 2010 chaque année au niveau mondial, c’est  200 millions de tonnes d’excréments humains qui finissent dans des rivières.

Le développement des toilettes était l’un des objectifs du millénaire, défini ainsi en l’an 2000 par les Nations unies : diminuer par deux le nombre de personnes n’ayant pas accès à des sanitaires d’ici à 2015. Le plan « L’Inde Propre » veut financer la construction de 130 millions de lieux d’aisance. Aujourd’hui les normes occidentales d’hygiène et de confort veulent s’imposer en Inde et ailleurs. La défécation doit être « modernisée ». Pour certains futurologues, la satisfaction des besoins naturels devrait dans l’avenir s’opérer dans un cabinet d’aisance à la pointe du progrès : WC lavant et séchant, jet d’eau tiède qui nettoie et sèche les fesses, modèle dit « japonais » qui se développe aux États-Unis alors que l’Europe « est à la traîne ».

Ceux qui n’ont aucune connaissances des limites de la planète déraillent en toute bonne foi : « Nos toilettes classiques nous feront le même effet d’incongruité et d’inconfort que les toilettes « à la turque » sur lesquelles on tombe encore parfois, au fond de certains bistrots. Hygiène et confort atteindront un degré maximal… » Mais dans le monde de demain, le principal souci ne sera pas la douce chaleur du lieu où on défèque car nous serons plutôt préoccupés par le nécessaire recyclage de notre urine et de nos merdes.

J’ai connu l’installation à la dure chez mes grands-parents, dans une cabane au fond du jardin, les fesses assises sur un trou au milieu des planches, où on se soulageait directement sur une fosse où grouillaient les vers blancs. Pour la vider, on portait nos seaux directement sur le compost. Un autre temps, pas si lointain. J’ai rencontré pour la première fois en 2014 des WC séparant l’urine et les selles dans un village de yourte près de Totnes, ville modèle des communautés en transition. La construction était entièrement artisanale, la cabane était en pleine nature, les conteneurs pour transformer en engrais juste à côté. Pas besoin d’une « Journée mondiale des toilettes » pour faire accéder l’ensemble de la planète à ces toilettes perfectionnées.

 Alors que dans les pays riches une frange d’expérimentateurs éclairés se lance dans la construction de toilettes sèches, il est vraiment bizarre que les pays pauvres n’utilisent pas les excréments humains qui peuvent faire un bon engrais. Les articles sur les latrines insistent généralement sur les maladies diarrhéiques, la contamination des eaux de surface, les bactéries, virus et autres parasites, sans aborder l’intérêt du nécessaire recyclage de toute matière par les décomposeurs. Nous n’avons pas à frémir ni fantasmer sur nos matières fécales : rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme… sauf que nos techniques modernes s’ingénient à empêcher le déroulement des cycles naturels.

La chasse d’eau est une grande ennemie de l’écologie.

(à suivre… demain sur ce blog biosphere)

Déjà paru :

On ne naît pas écolo, on le devient, introduction

Abécédaire, la façon la plus simple pour s’y retrouver

Abeille, qui ne pique que si on l’embête

Abondance, s’éloigne dès qu’on lui court après

Absolu, un mot à relativiser, un mot indispensable

Acteurs absents, dont on a eu tort d’ignorer l’existence

Adolescence, moment de révolte ou de soumission ?

Alcool, dur pour un écolo de refuser de trinquer !

Amour, une construction sociale trop orientée

Animal, une facette de notre humanité trop ignorée

Austérité, mot qui fait peur et pourtant source de bonheur

Barbe, un attribut des hommes qu’on voulait faire disparaître

Cannabis, une dépénalisation qui créerait l’usage

Chasse, activité dénaturée par des chasseurs motorisés

Compétition, système inhumain au service d’une société inhumaine

Croissance, l’objectif économique le plus débile que je connaisse

Démographie, le problème central qui est systématiquement ignoré

Devoir, la contre-partie nécessaire de nos droits

Doryphore, symbole d’une agriculture post-moderne

École obligatoire et gratuite, une entreprise de déculturation

Écologiste en devenir, notre avenir commun

Électricité, les inconvénients d’un avantage

Ethnologie, la leçon primordiale des aborigènes

Eugénisme, engendrer de bonne façon est-il condamnable ?

Euthanasie, mourir de belle manière comme heureuse conclusion

Féminisme, on ne naît pas femme, on le devient

Futur, il sera à l’image de notre passé !

Génériques, l’achat au meilleur rapport qualité/prix

Homoparentalité, la stérilité n’est pas une damnation

Interaction spéculaire, je fais ainsi parce que tu fais de même

IVG, une mauvaise expérience par manque d’expérience

Logement, une maison à la mesure de nos besoins réels

Loisirs, plutôt les échecs que le match de foot à la télé

Mariage pour tous, l’oubli du sens des limites

Militantisme, une construction de soi qui ne va pas de soi

Mobilité, aller moins loin est bien plus rapide

Musée, pas besoin du passé pour être un vrai artiste

Objecteur de conscience j’ai été, je suis, je serai

Pêche, une activité artisanale devenue un massacre de masse

Peine de mort, abolie un jour, tentation toujours

Philosophie, les valeurs de l’écologie profonde

Portable, suis-le le seul à ne pas en avoir ?

Publicité, une agression qui touche à l’acharnement

Recherche sans développement, refondation de la science

Religions, un frein à notre réflexion

Repas, manger comme acte profondément politique

Roman, qui ne mérite pas l’arbre qu’on a coupé pour lui

Sciences économiques et sociales, une tentative holistique ratée

Simplicité… volontaire aujourd’hui, obligatoire demain

Sourrouille Michel, présentation de l’auteur

Techniques appropriées et d’autres, à exclure

Testament, mérite mieux qu’un nom sur une pierre tombale