spiritualités

Écologie, la peur peut être bonne conseillère

Climat : les trois quarts des jeunes jugent le futur « effrayant ». 45 % des jeunes sondés affirment même que l’écoanxiété (solastalgie) affecte leur vie quotidienne, 39 % hésitent à avoir des enfants. . L’échec des gouvernements à faire face à la crise renforce cette détresse. Pire, le sondage a été mené avant l’enchaînement de catastrophes climatiques meurtrières de cet été, qu’il s’agisse des inondations en Allemagne, en Belgique ou en Chine, du cyclone Ida aux Etats-Unis ou des incendies en Californie, en Grèce, en Turquie ou en Sibérie. Historiquement, nous sommes passés d’une époque où on avait surtout peur de la nature sauvage à une peur face aux atteintes que nous infligeons à la nature. Cela fait longtemps que notre blog biosphere montre que la peur devient omniprésente :

23 juin 2019, Eco-anxiété, dépression verte, « solastalgie »

24 octobre 2018, Tout va s’écrouler ? Même pas peur !

15 décembre 2017, Peur du terrorisme, insouciance totale pour le climat

19 décembre 2016, Des chiffres, rien que des chiffres, à faire peur

24 octobre 2015, La peur écologique renforcera la peur « des autres »

13 janvier 2015, « Le marketing de la peur », un livre de Serge Michels

31 août 2012, Culture de la peur et extrémismes, Rachel Carson ?

1er mai 2012, Maurice Tubiana : arrêtons d’avoir peur !

17 avril 2012, Nomophobie, la peur sans portable

12 mai 2010, j’ai peur d’être écolo

2 septembre 2007, peur de la nature ?

Les commentateurs sur lemonde.fr nous en disent plus :

De ma fenêtre : Cette enquête confirme ce que nous avons vécu avec nos enfants cet été lors d’une conversation. Celui de 13 ans nous a fait a part de sa peur du futur. Sa conclusion : « Vous avez de la chance, vous serez morts »

Brutus : On peut faire la même enquête sur la peur de la guerre nucléaire, les résultats dans les années 70 auraient été pas mal. Au niveau plus local, on peut faire une enquête en Afghanistan sur ce que pensent les femmes de leur futur. En Tchétchénie, Pologne, Nigéria sur le futur selon les homosexuels. Au Texas, on peut demander leur avis sur leur avenir aux jeunes filles qui ne veulent pas tomber enceinte. En Somalie ou en Haïti, ce que pensent les habitants de leur futur alimentaire. En Corée du Nord, on ne peut pas mener d’enquête. Et Elon Musk répondra qu’il a peur de l’intelligence artificielle future. Etc…

Nawak : Pauvres enfants…qu’auraient ils eu comme angoisses il y a 2 ou 3 siècles face aux incertitudes de ces temps oubliés ? Guerre, violence, famine, épidémie, absence de soins, d’éducation, d’accès à la santé…

ayhdk @Nawak : Sauf qu’à l’époque les possibilités de changement étaient réelles et les améliorations ont eu lieu, là il n’y a plus de plan B…

Michel SOURROUILLE : La façon anxiogène dont le catastrophisme est présenté conduit notre cerveau à éviter totalement le sujet. C’est sur ce constat psychologique que surfent les anti-écolos. Rachel Carson a publié son livre « Le printemps silencieux »  en 1962. En résumé, l’usage du DDT (insecticide) tue les oiseaux, le silence règne sur les champs. Un site Internet commente : « La rhétorique extrémiste de Rachel Carson a généré une culture de la peur. » Lorsque des extraits du livre de Rachel ont été publiés dans le New Yorker, un chœur bien orchestré a accusé Rachel d’être hystérique et extrémiste. Alors le Président Kennedy avait constitué un comité pour examiner les conclusions du livre : Rachel avait scientifiquement raison. Le système des pesticides est un pari faustien, nous sommes gagnants à court terme, au prix d’une tragédie à long terme : les « nuisibles » s’adaptent par mutation, et les produits chimiques deviennent impuissants. Oui il faut avoir peur, l’angoisse peut être bonne conseillère.

Justin Kidam : Les jeunes ont raison d’être inquiets. Je me souviens encore de l’interdiction des sacs plastiques, puis des pailles en plastique. Il y a eu des discussions interminables sur ces points qui n’étaient pourtant que des détails en comparaison du problème à traiter avec le réchauffement.

Peps72 : Quand l’extrême-droite fait peur en agitant la menace migratoire (c’est mal). Quand l’extrême-gauche et les écolos font peur en agitant la menace climatique (c’est bien).

Balder : Les humains, quel que soit leur âge ont de quoi être inquiets car seule une dictature pourrait imposer les restrictions sur le mode de vie des pays développés et sur le taux de reproduction des autres pays. Malgré ces inquiétudes très peu sont capables de mettre en œuvre la simplicité volontaire, y compris nous qui postons sur ce forum. Le plus choquant est cette génération des années 45 à 55 « peace & love », qui s’est libérée du modèle patriarcal, des exigences de la religion, pour finalement devenir addictive à l’hyper-consommation, refuser de modifier son agriculture, pillé les ressources de la planète. Nous sommes dans une phase irréversible qui va provoquer la disparition de plusieurs milliards d’humain et un chaos indescriptible pour que la planète puisse retrouver un équilibre.

lecteur assidu : La mort est consubstantiel au vivant, l’Humanité est «  condamnée » par l’évolution du système solaire… Sur le fond «  avoir moins que ses parents » et «  ne pas avoir d’enfants » semble être un bon point de départ vers la non-croissance. Non- croissance, particulièrement du nombre d’humain, est une des bases de la pensée humaniste.

Antoine Waechter, écolo depuis ses douze ans

Antoine Waechter est un des co-fondateurs des Verts en 1984. Mais son militantisme était en germe depuis ses 12 ans, en 1961. Il découle d’un cheminement qui n’est pas intellectuel, mais sensible. Quand il était enfant, la vie foisonnait autour de son village. Il a vu disparaître son paradis, tracteurs et bulldozer ont effacé les paysages d’antan dans la moitié nord de la France. Bien avant que l’écologie ne devienne politique, il a créé à 16 ans une association, les « Jeunes amis des animaux et de la nature de Mulhouse ». Mais empêcher une autoroute ou lutter contre l’urbanisation était une action vouée à l’échec pendant cette période qu’on a appelé de façon présomptueuse « les Trente Glorieuses ». Antoine ne s’est pas avoué vaincu, il a depuis lors toujours milité, d’abord au niveau associatif, puis au niveau politique. Il garde de son enfance un sentiment très fort, toujours vivace. Il y a pour lui deux sortes d’écologie. La sienne est sensible à la beauté de la nature, consciente de la finitude du monde, une perception encore très présente en milieu rural. Mais cette conception entre en conflit avec une vision minérale de l’existence, celle des milieux urbains où se recrutent dorénavant les militants des Verts et leurs électeurs. La planète entière risque de devenir une surface sans nature sauvage où les humains resteront avec les seules espèces qui leur sont utiles. Cette vision est insupportable pour Antoine qui garde pour référence le film de Richard Fleischer, « Soleil Vert », sorti en 1973.

Antoine Waechter devient l’un des porte-parole des Verts en 1986, puis le candidat de ce parti à la présidence de la République à l’élection de 1988. Il fera une campagne sans moyens, circulant en train avec une simple valise. Mais il rassemblera pourtant 1,2 millions d’électeurs. A l’assemblée générale de son parti en 1993, la motion qu’il soutient est mise en minorité et c’est la ligne politique de Dominique Voynet qui l’emporte. Antoine voulait s’opposer aux alliances électorales qui arrime l’écologie au parti socialiste et lui faisait perdre son âme. Il quitte alors les Verts en 1994 pour fonder le Mouvement écologiste indépendant (MEI). Depuis, toutes les différentes tentatives de rapprochement entre les deux sensibilités ont échoué. Les Verts prennent de l’importance grâce au soutien des socialistes alors que le MEI perd de l’influence. Ce parti en faveur d’une écologie de rupture va être marginalisé, et souvent grâce à des procédures déloyales. Le PS se verdit grâce aux Verts, il s’acharne à détruire toute volonté d’indépendance des écologistes. EELV, qui succède aux Verts en 2011, persiste encore aujourd’hui dans cette logique d’une « union de la gauche » à visée électoraliste. Ses dirigeants croient qu’ils vont devenir le leader d’une social-écologie en devenir, gardant l’étiquette de gauche pour combattre la droite. Mais pour Antoine, l’écologie n’est pas à marier, son projet de société va bien au-delà de l’opposition libéralisme/socialisme, il s’attaque au productivisme. Le MEI se situe dans une vision non linéaire de l’histoire, il n’y a jamais progrès ininterrompue. Tout est cyclique, c’est inéluctable. Et l’humain esclave de l’outil, oublieux de la nature, ce n’est pas une fatalité.

Contrairement aux autres partis (toutes étiquettes confondues), le MEI porte aussi une attention soutenue à la question démographique. Antoine Waechter s’explique. Le poids de l’humanité sur la planète est le produit du nombre d’humains par la consommation du Terrien moyen. 5 milliards de personnes vivant aujourd’hui dans les pays en développement souhaitent pouvoir consommer comme nous, ce qui n’est pas illégitime. Comment un gouvernement démocratique peut-il porter le message d’une consommation frugale ? Pourtant, la situation se tend. Les Pays-Bas, par exemple, n’ont plus assez d’espace pour produire leur alimentation de façon autonome, ni même pour construire des résidences secondaires. Le MEI porte le message d’une maîtrise volontaire de la fécondité humaine. Antoine Waechter avec Didier Barthès ont d’ailleurs co-écrit un livre qui sera bientôt publié, « Le défi du nombre ».

NB : portrait antérieurement publié sur le site des JNE,

https://jne-asso.org/2021/09/06/antoine-waechter-ecolo-depuis-ses-douze-ans/

 

Militer à l’heure de la société du spectacle

Il y a les amuseurs publics qui nous font perdre notre temps, ainsi Valérie Lemercier : « Faire rire représente les premières joies de ma vie. Tout d’un coup, on a le sentiment de servir à quelque choses, d’avoir un intérêt. » Comme si une franche rigolade entre potes n’était pas la bonne méthode plutôt que sourire enfermé dans une salle de spectacle. Et puis il y a ceux qui servent vraiment à quelque chose. Ainsi Vincent Magnet qui laisse aux forêts le temps de vivre, Antidia Citores qui se met au service des océans, Sylvie Monier en défenseure opiniâtre des haies, Victor Noël, 16 ans (dont huit à protéger la nature), Rachel Lagière qui plante des variétés paysannes, François Sarano avec qui on reprend contact avec le vivant, etc. Grâce à eux et à tous les autres militants dans l’ombre, je sais que l’humanité peut être l’instrument du meilleur parmi le pire. Et je sais aussi que militer pour l’écologie, c’est ne pas s’attendre à des résultats probants, mais c’est faire ce qu’on doit faire.

J’ai toujours été un prophète de malheur comme Claire Nouvian, tous ceux qui annoncent la catastrophe afin que l’on puisse réagir et l’éviter. Mais aujourd’hui nous les écolos nous regardons les faits, le dérèglement climatique, la disparition des espèces, le recul de la démocratie, la concentration inouïe des richesses, l’état de surveillance numérique, le divertissement qui a gagné contre le goût de connaître et de réfléchir. Garder espoir relèverait de la profession de foi. Or nous ne sommes pas croyants, nous sommes réalistes. Les militants de Greenpeace ou de l’Earthforce ne sont pas des extrémistes, les vrais extrémistes ce sont les anti-écolos qui empêchent médiatiquement de lutter tous ensemble pour faire la paix avec notre mère la Terre et avec tous nos frères et sœurs qui méritent ce titre. Pour l’instant, nous perdons tous les combats, pour la planète, la justice sociale et les libertés fondamentales. L’humanité déraille et les bateleurs devraient arrêter de nous faire collectivement perdre la tête. Sinon, à bout d’arguments, les militants se transformeront en écoguerriers qui n’auront plus rien à perdre et qui n’hésiterons pas à détruire les biens nuisibles à l’équilibre planétaire.

Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphere :

23 janvier 2020, Claire Nouvian, militantisme et désespoir

11 octobre 2020, Urgence écologique et destructions de biens

29 mars 2018, L’encéphalogramme plat du militantisme chez les jeunes

15 avril 2015, Paul Watson : Earthforce (manuel de l’écoguerrier)

20 août 2014, Les écoguerriers en vert sont-ils des terroristes ?

9 septembre 2013, L’écologie pousse forcément au militantisme

21 juillet 2013, La force du militantisme écolo l’emportera forcément

6 décembre 2012, Où sont les écoguerriers ? Partout et près de vous !

19 septembre 2012, Ecoterrorisme et écoguerriers, le cas Paul Watson

17 septembre 2007, écoguerrier = terroriste ?

24 avril 2007, le code de l’écoguerrier

Tous coupables, vite au confessionnal

Nicolas Santorolia : « Beaucoup de gens disent qu’ils ont une responsabilité limitée dans la catastrophe actuelle, mais nous avons collectivement la responsabilité générationnelle de n’avoir pas su modifier nos modes de vie, nos aspirations. Parce que nous semblons incapables d’infléchir la trajectoire globale du système, l’idée que l’on pourrait avoir un jour à s’excuser auprès de nos enfants fait petit à petit son chemin. » La culpabilisation est-elle un bon chemin vers la rédemption écologique ? Faisons le tour de la question grâce aux contributions sur lemonde.fr :

Peps72 : Ce qu’il faudrait c’est créer des lieux spécifiques où l’on pourrait s’excuser. On y installerait une sorte de cabanon à l’abri des regards. Et une personne spécialisée dans le recueil des excuses recevrait les fautifs. On appellerait ce lieu une Église. Le cabanon un confessionnal. Et la personne spécialisée un prêtre…

Michel SOURROUILLE : La différence entre la culpabilité confessée pour obtenir l’absolution d’un prêtre et la culpabilité contemporaine, c’est que ce qui était avoué autrefois était anodin, du genre j’ai pêché, je me suis masturbé ou j’ai couché avant de me marier. Aujourd’hui la responsabilité de chacun de nous est objective, notre croissancisme consumériste dilapide les richesses naturelles et pas grand-chose ne sera donné en héritage aux générations future. Ne pas se sentir coupable de posséder un SUV ou de prendre ses vacances par avion, c’est accepter que rien ne changera avant l’Apocalypse finale qu’on appellera choc pétrolier ultime ou réchauffement climatique irréversible…

pm42 : Au fur et à mesure que la religion organisée devient moins influente, elle est remplacée par des succédanés vaguement politiques qui en tout cas reprennent ces bons moyens de domination qui est la culpabilisation, le bouc émissaire et la désignation des hérétiques, pêcheurs responsables de tous les maux, etc. Accuser un groupe et lui demander de s’excuser, c’est du niveau de la Chine maoïste et Cie.

Michel SOURROUILLE @ pm42 : Les confessions forcées ou séance d’autocritiques publiques sur ordre du temps de Mao, ce n’est pas du tout ce qui dit l’article de Nicolas Santorolia. Il s’agit de prendre conscience que chacun de nous est un colibri, qu’il fait sa part pour enrayer la dévastation de la planète, mais que nous avons aussi nos insuffisances, et que nous voulons faire en sorte d’améliorer notre comportement : moins prendre sa voiture, moins manger de viande, ne pas prendre l’avion, se contenter d’un voyage autour de chez soi, rapprocher son domicile de son lieu de travail, etc, etc. Se sentir coupable d’une insuffisance comportementale n’est pas une tare, c’est le contraire, le début d’un changement vers la simplicité volontaire et la sobriété énergétique. C’est à dire des actes absolument nécessaires…
très curieuse : « Reconnaître ses erreurs, s’en excuser auprès de l’enfant ne peut être que bénéfique dans la relation éducative et humaine, mettant en exergue le caractère faillible de chacun ».Donc, il suffirait de s’excuser – et ne pas changer – pour paraître moins coupable et rester le Héros auprès de vos enfants ?

X.ARANUI : Les élèves qui arrivent en collège à 10/11 ans sont effectivement massivement angoissés par l’état de l’héritage. Et ils savent bien qui en est responsable : leurs parents ( encore jeunes) et grand parents. Si on propose à ces enfants héritiers de rajouter 2h à leur emploi du temps hebdomadaire pour découvrir leur environnement et prendre des initiatives pour sauver ce qui peut l’être, ils seront très nombreux à se porter volontaires.

GERONIMO :Je commencerai à me sentir coupable – et à effrayer mes enfants – le jour où l’on me prouvera que MON action et non celles des États est à la base de la pollution.

ByeFelicia : On devrait faire de grandes campagnes touristiques dans un style plus électrochoc « Vous allez polluer où en vacances cet été ? » « Avec Eazy Jet, la pollution est moins chère » « Venez découvrir et saccager en masse les sublimes plages de Thaïlande » « Vous aussi participez à l’incontournable transhumance polluante estivale, vous l’avez bien mérité avec vos vies de m… » etc. Ça aurait plus d’impact, non ?

Biosphere : Mea culpa, mea maxima culpa, c’est ma faute, ma plus grande faute. Le sentiment de culpabilité est un bon signe, celui de prendre conscience et de vouloir faire autrement. Cette intériorisation des contraintes à s’imposer sur soi-même ne relève pas du « péché » à la mode catholique, mais d’une conséquence logique d’une réalité biophysique. Nous détruisons la planète et donc les conditions de vie de nos générations futures. Mais comme les humains sont trop souvent soumis à la force des habitudes, cela demande un effort sur soi quand le voyage en voiture est devenu la norme et le tourisme une obligation. Contre nos penchants funestes, un processus de culpabilisation doit être lancé, auquel succéderait le sentiment de culpabilité, puis viendrait ensuite la résolution personnelle de se passer de voiture. Ressentir la « honte de voler » en avion nous semble tout à fait normal, rationnel, moralement nécessaire, et même inéluctable. Ce sera voulu ou subi.

Tous coupables, on a pourri grave la planète

Julien Doré : « Tu sais, c’est la honte/Qui me sert de papier/J’ai dessiné ta tombe/Avant même de te bercer. » . Le chanteur évoque sa culpabilité d’adulte laissant aux enfants un monde pourri par sa génération. Entre espèces en voie de disparition et montée des océans, nos voyages en voiture ressemblent à un enterrement, nos transports en avion une route vers l’enfer. Nos pulsions écocidaires deviennent suicidaires, entre méga-feux et pluies diluviennes. La souillure généralisée de notre habitat lèguent un avenir poubelle sur une planète qu’on a vidé de sa vie prolixe pour en faire un milieu minéral et sans âme. « Le monde serait sans doute mieux sans nous, les humains » me murmure une voix intérieure. Homo sapiens n’est pas pas assez intelligent pour respecter mère Nature, et trop intelligent par ses armes de destruction massive de la vie et de la Terre. On pourrait même se lancer dans un hiver nucléaire !

Nous avons tous collectivement la responsabilité générationnelle de n’avoir pas su maîtriser notre démesure et décroître tant qu’il en était encore temps. Sorry Children* nous propose de formuler sur les réseaux sociaux des excuses : « Dans quelque temps, le monde n’aura rien à voir avec celui dans lequel nous vivons aujourd’hui. Cette situation critique nous oblige à regarder les choses en face : à moins que nous ayons tout fait pour éviter le pire, nous aurons tous une responsabilité envers nos enfants. » La campagne #lapireexcuse propose à chaque adulte de se projeter au moment de sa mort et de formuler des excuses aux jeunes générations pour l’inaction climatique des décennies passées. Là où les rapports du GIEC accumulés et les mises en garde rationnelles réitérées ne semblent pas fonctionner, la culpabilité devrait devenir un moteur du changement.

Mea culpa, mea maxima culpa, c’est ma faute, ma plus grande faute. Le sentiment personnel de culpabilité est un bon signe, celui de prendre conscience et de vouloir faire autrement. Cette intériorisation des contraintes à s’imposer sur soi-même ne relève pas du « péché » à la mode catholique, mais d’une conséquence logique d’une réalité biophysique. Nous détruisons la planète et donc les conditions de vie de nos générations futures. Mais comme les humains sont trop souvent soumis à la force des habitudes, cela demande un effort sur soi quand le voyage en voiture est devenu la norme et le tourisme une obligation. Contre nos penchants funestes, un processus de culpabilisation devrait être mis en place, auquel succéderait le sentiment de culpabilité, puis viendrait ensuite la résolution personnelle de se passer de voiture et de bien autre choses. Ressentir la « honte de voler » en avion nous semble tout à fait normal, rationnel, moralement nécessaire, et même inéluctable. La diminution de nos émissions de gaz à effet de serre sera voulue ou subie.

Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphere :

6 avril 2019, Écologie, culpabiliser pour ressentir la culpabilité

17 juillet 2021, Torrents de boue en ville, mea maxima culpa

* Sorry Children. Les pires excuses à donner à nos enfants pour avoir ravagé la planète et autant d’actions pour y remédier (Alternatives, 144 pages, 19,90 euros, sortie le 21 septembre 2021).

éthique de la réciprocité… intergénérationnelle

Nous ne voyons nulle part d’altruisme inconditionnel (hormis quelques figures exceptionnelles type Gandhi), que ce soit dans des petits groupes ou dans de grandes communautés. Il pourrait en être autrement. Individuellement et collectivement, nous avons toujours théoriquement le choix. Car c’est notre socialisation qui formate nos sentiments. D’un côté l’égoïsme, le chacun pour soi, la violence à fleur de peau, les conflits familiaux et de voisinage, etc. Au niveau collectif, l’exubérance irrationnelle mais si merveilleuse du pillage total de la planète par un consumérisme de satisfaction immédiate. De l’autre nous pourrions cultiver l’altruisme, l’empathie envers autrui et l’ensemble du vivant et plus généralement une austérité assumée pour laisser des ressources viables aux générations futures et de l’espace pour les autres espèces vivantes. On peut donc de façon contradictoire adhérer aux codes d’une bande de prédateurs ou se sentir concerné par l’avenir lointain. Parvenus au point où nous en sommes, une planète exsangue, nous voici sommés de choisir entre une évolution fondée sur des sentiments positifs où l’emporteraient l’amitié, la solidarité, la coopération, la fraternité, la convivialité, les forces de l’esprit et, pour tout dire, l’amour, et une société encore et toujours traversée d’intenses compétitions aboutissant à des conflits généralisés et à un cataclysme écologique sans précédent. En d’autres termes, nous n’avons pas le choix, mais nous n’en avons pas encore conscience.T el devrait être le postulat d’un écologiste, combattre l’égoïsme et favoriser l’altruisme.

Selon la morale en vigueur, nous pouvons faire tout ce qui ne nuit pas à autrui et nous devons assurer aux autres membres de la société la jouissance de ces mêmes droits. C’est ce qu’on appelle une éthique de la réciprocité. La plupart du temps, on pratique la réciprocité directe, je te redonne l’équivalent de ce que tu m’as donné. C’est typique de l’échange marchand, j’ai obtenu l’objet ou le service, je paye directement en monnaie. C’est là une conception étriquée de l’éthique. Car qui dit réciprocité dit aussi relation. Il commence à exister une réciprocité généralisée, se comporter de telle façon que si les autres faisaient de même, la société deviendrait meilleure. Peu importe le résultat immédiat, l’important est d’indiquer le chemin à suivre. Par exemple, si tout le monde était objecteur de conscience, rejetant l’usage collectif des armes, il n’y aurait plus de guerres. Le gros problème réside dans le « si ». Les objecteurs en France ont été très peu nombreux en France malgré le fait qu’ils aient obtenu officiellement un statut en 1963, et plus personne n’en parle aujourd’hui avec la suspension du service militaire pour les jeunes. On ne peut guère attendre des autres qu’ils pratiquent la réciprocité généralisée dans une société qui célèbre le culte des armées et le choc des nations. Mais si tu ne commences pas à agir pour le bien commun, qui le fera ? Au niveau écologique, la tentative des colibris est une autre application : l’exemplarité de ceux qui pratiquent la simplicité volontaire pourrait servir de catalyseur, et devenir un mouvement de masse. Mais à l’heure de la consommation de masse et de l’abondance à crédit, les changement de comportements individuels et collectifs restent microscopiques.

Envisager une réciprocité intergénérationnelle, considérer des êtres qui n’existent pas encore et agir pour leurs intérêts futurs, demande encore plus d’ouverture d’esprit qu’une réciprocité généralisée uniquement adaptée aux temps présents. Il nous faudrait répondre aux besoins des générations présentes sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs. Cette belle phrase, popularisée par le Sommet de la terre de Rio en 1992, a été malheureusement considérée comme donnant droit à encore plus de croissance économique. L’oxymore « développement durable » de Rio a laissé place à l’imbécillité de l’expression « croissance verte », et maintenant nous subissons le mot fourre-tout « transition écologique ». Des mots, des mots pour mélanger l’inconciliable. L’inflation d’oxymores aujourd’hui tels que « voiture propre », « fonds de placements éthiques », « entreprises citoyenne », « croissance durable », « guerre propre », « agriculture raisonnée », « marché civilisationnel », « financiarisation durable », « flexisécurité », « moralisation du capitalisme », « vidéoprotection »… est symptomatique d’une société qui se grise de paroles pour ne pas penser à une rupture radicale avec la société thermo-industrielle. Tourner complètement le dos à notre confort exosomatique actuel est pourtant une condition incontournable pour pouvoir laisser quelques miettes aux générations futures. Nous devrions tous connaître l’expression « acteurs absents », l’avenir s’en porterait mieux.

En savoir plus sur l’éthique de la réciprocité :

15 avril 2014, Choisir l’égoïsme du présent ou l’altruisme envers avenir

15 octobre 2017, De l’ère de la compétition à la loi de la réciprocité

4 novembre 2017, Quelle boussole pour diriger mon action envers autrui ?

29 juin 2020, Le colibri, emblème de l’écologie en marche

En savoir plus sur l’éthique intergénérationnelle :

28 mai 2019, De la génération 1968 à la génération climat

19 mars 2019, Les générations futures font entendre leurs voix

2 février 2012, les coûts cachés du nucléaire, l’oubli des générations futures

18 janvier 2012, Tribunal pour les générations futures : la surpopulation

l’Écologisme devient un mythe fédérateur

Les valeurs écologistes vont dessiner de nouvelles normes sociales en passe de se substituer à celles de la civilisation thermo-industrielle. Ce que je propose à titre de sociologue, c’est de voir comment le discours éco-environnementaliste est en train de se constituer comme fait social total, c’est-à-dire comment il est en mesure de mobiliser à la fois les individus et les institutions afin de réguler les comportements. Le discours écologiste a toutes les caractéristiques d’un discours mythique au sens où l’entend Claude Lévi-Strauss, c’est-à-dire qu’il permet à toute société humaine de construire du sens à propos de l’univers dans lequel elle évolue. Le mythe fabrique du lien social et des objectifs. L’anthropologue souligne que « la substance du mythe ne se trouve ni dans le style, ni dans le mode de narration, ni dans la syntaxe, mais dans l’histoire qui y est racontée ». Le mythe codifie les interdits moraux et sociaux, mobilise dans un but donné par l’effet de croyances partagées par l’individu et le collectif. Rare sont les mythes qui sont en mesure comme l’Écologisme de mobiliser en l’espace de deux générations seulement autant de gens et de politiques. La promesse faite par l’écologisme est celle d’un avenir radieux pour la planète, où l’empreinte de l’être humain sur la planète serait limitée au maximum, où la décroissance économique et démographique serait à l’ordre du jour, où le climat serait revenu à ce qu’il était avant la révolution industrielle, où la pollution serait quasi-inexistente, où l’autosuffisance alimentaire deviendrait chose courante, où la consommation de viande ne serait le fait que de quelques irréductibles, où toute production industrielle serait soumise au principe de précaution… L’Écologisme se veut essentiellement une déconstruction de la révolution industrielle, une remise en question de toutes les valeurs capitalistes. Elle remplace par une nouvelle perception des réalités biophysiques l’idée que la croissance économique est source de progrès et que la technologie reste la seule solution pour résoudre les problèmes qu’elle a créé.

La construction de ce mythe se dessine sur un fond d’incertitudes multiples et inquiétantes, c’est ce qui fait sa force. Greta Thunberg ne dit-elle pas : : « Je ne veux pas que vous soyez plein d’espoir. Je veux que vous paniquiez. Je veux que vous ressentiez la peur que je ressens tous les jours. Et ensuite, je veux que vous agissiez. » Quand bien même l’American psychological association (APA) n’a pas intégrée cette peur à sa bible des maladies mentales, le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-V), elle l’officialise peu à peu, évoquant l’éco-anxiété dans son rapport de mars 2017 consacré aux conséquences des changements climatiques sur la santé mentale. Sa définition : « peur chronique d’un environnement condamné ». 

Nous prenons conscience avec l’Écologisme que l’être humain est fondamentalement un prédateur de la nature, une espèce envahissante, en quelque sorte un cancer à la surface de la planète. Et les penseurs de la nature sauvage ainsi que les néo-malthusiens peuvent en conclure à juste titre que moins il y aurait de gens sur la planète, plus nombreux seraient le milieux naturels protégés et plus les humains bénéficieraient d’une meilleure qualité de vie. D’autre part, si nous considérons les humains comme un chancre destructeur, il est de peu d’intérêt de prendre position contre le génocide au Darfour, la guerre en Irak ou la pauvreté, parce que ces préoccupations particulières relèvent du militantisme socio-culturel et non du combat environnemental.

Concluons avec Greta Thunberg : « Je me fiche de savoir si ce que je fais – ce que nous faisons – est ou non plein d’espoir. On doit le faire de toute façon. Même s’il n’y a plus d’espoir et que tout est sans espoir, nous devons faire ce que nous pouvons. »

NB : libre reconstitution de l’idée générale du livre de Pierre Fraser,

L’écologisme ou le succès d’une idéologie politique (éditions Liber, 2021)

Inceste interdit, viol de la Terre autorisé

Les anthropologues ont renouvelé l’approche de la sexualité en montrant l’importance de la perte de l’œstrus. La relation entre les sexes est soumise chez les mammifères, y compris les grands singes, à une horloge biologique et hormonale qui détermine les périodes de rut ; pour les humains au contraire, l’absence de cette détermination naturelle met la sexualité sous le signe de la disponibilité permanente. Cette liberté totale fut certainement une des conditions de l’apparition des normes et des interdits qui limitent, dans toutes les sociétés, les usages et les pratiques de la sexualité. Que dit Maurice Godelier :

« Jusqu’à la fin du XIXe siècle, les sociétés humaines ignoraient le processus biologique réel de la conception d’un enfant. Face à ce mystère, elles ont inventé des mythes. Homo sapiens sapiens, qui a expérimenté des formes d’organisation sociale très différentes, a conclu, de manière universelle, qu’il fallait interdire la permissivité sexuelle : parce que la sexualité est source de conflits, d’exclusions et de rivalités, elle ne peut être entièrement laissée à la liberté de chaque individu.Si l’inceste est interdit dans toutes les sociétés humaines, c’est parce qu’il réunit des personnes que l’on considère comme « trop semblables ». Mais chaque culture détermine la composante commune qui fonde cette prohibition : les Egyptiens anciens pensaient qu’aucune catastrophe cosmique ou sociale n’était attachée à une union entre frère et sœur alors qu’elle figure, en Occident, parmi celles que nous considérons comme les plus gravement incestueuses. Pour les habitants des îles Trobriand [Papouasie-Nouvelle-Guinée], les relations sexuelles entre le père et sa fille ne sont pas considérées comme un inceste  puisqu’il n’est pas à l’origine de sa procréation (filiation matrilinéaire). En transformant tous les alliés en quasi-consanguins, la mythologie chrétienne a étendu la prohibition de l’inceste, jjusqu’au septième degré du cousinage au XIIIe siècle − que l’Eglise catholique a réduit à quatre, puis à deux degrés de distance. En Occident, la famille est une famille « nucléaire », des rapports sexuels internes mettent en rivalité des membres de la famille. Le désir sexuel peut se tourner vers des personnes interdites : il n’est pas du tout impossible, par exemple, qu’un fils désire sa mère – la preuve, c’est qu’il faut l’interdire. En ce sens, la sexualité humaine est fondamentalement « a-sociale ». L’interdit de l’inceste est une invention de la pensée : toutes les sociétés transforment le corps sexué des hommes et des femmes en des sortes de ventriloques tenant un discours sur l’ordre moral et social qui doit régner dans la société. »

En fait l’éthique, l’art de distinguer ce qui est bien et ce qui est mal, ne sait plus très bien se situer face à la liberté sexuelle. Aujourd’hui on ne peut même plus en plaisanter, rappelons-nous l’éviction de Xavier Gorce. Parlons plutôt du viol de la Terre, l’inceste absolu. La question du symbole est indissociable de l’histoire de l’humanité. Dans le Croissant fertile du Moyen Orient propice au développement de l’agriculture, on  a choisi de déchirer le ventre de la terre en la désacralisant ; pour ce faire, on a projeté  dans le ciel les divinités et on leur a demandé l’autorisation de poursuivre le labeur. Et le ciel a répondu : « Fructifie, multiplie, emplie la terre, soumets-là… » A partir de là, fin de la Déesse mère et commencement de Dieu le père. Depuis le néolithique, cultiver signifie ouvrir le ventre de la terre. Homo sapiens demens se met à labourer la terre du soc de la charrue, un véritable inceste à l’égard de la Terre-mère dont on déchire la chair pour la féconder. C’est insupportable. Donc, ou vous arrêtez, ou vous transformez votre regard sur le monde. (propos résumés d’Eveline Grieder)

Pour en finir avec l’exaltation de SOI

Comme disait Gandhi quand on lui demandait : « Comment faites-vous toutes ces choses altruistes tout au long de l’année ? » Il répondait : « Je ne fais rien d’altruiste. J’essaie de progresser dans la réalisation de Soi. »

Laurent de Sutter : Pour en finir avec soi-même ! Le soi est une curieuse denrée. A grand renfort de pseudo-psychologie, de conseils frelatés, de gourouteries variées et avariées, il nous est vivement conseillé d’en prendre le plus grand soin. Mille propos nous incitent à le découvrir, le développer, l’accepter, l’affirmer. Le problème, c’est que personne ne sait jamais, en fait, de quoi il est question. Chacun répète, bien sûr, que le soi est aimable, ou bien haïssable, ou encore perfectible. Pourtant, il demeure introuvable, insituable, rebelle à toute définition. Le développement personnel n’est qu’une « police de l’être », une bouffonnerie où il apparaît que « changer sa vie » équivaut constamment à la normaliser. Somme toute, cette denrée imaginaire paraît bien n’exister qu’en fonction d’un projet : la faire servir. Mais à quoi ? Le soi n’existe pas. Ce qui compte, et agit, est toujours autre chose, à côté. Être soi au quotidien, c’est être fiché : avoir nom, signature, photographie, empreintes. Pour être libre, il faudrait donc abandonner le soi.Ainsi, le célèbre « Connais-toi toi-même », emprunté par Socrate à l’oracle de Delphes, ne signifie nullement qu’il y aurait à découvrir un for intérieur, un caractère ou tempérament individuel, mais qu’il faut prendre conscience de sa place d’humain, entre animaux et dieux. Le soi, c’est seulement le retour de la pensée sur elle-même, la réflexivité.

Satish Kumar : Vous remarquerez que Descartes dit deux fois « je » dans son « je pense, donc je suis ». Il fonde tout seul sa vérité, tout ce qui vit autour de lui n’existe plus ! S’il avait réfléchi dans la nature, entouré d’arbres, d’animaux, caressé par le vent, il n’aurait pas conclu à une prise de conscience solitaire. En posant l’ego comme le moteur de l’être humain, votre Descartes a institué un dangereux dualisme, il a isolé l’homme de son environnement, il l’a proclamé indépendant. Le dualisme cartésien est un mode de pensée qui divise l’esprit et la matière, sépare le corps et l’esprit, et considère le monde comme une série d’objets à analyser et à contrôler. Il me semble intéressant de noter que Descartes découvrit la pierre angulaire de son système philosophique au cours d’une longue nuit solitaire, alors qu’il était enfermé dans une petite pièce chauffée par un poêle, tandis que Bouddha, lui, atteignit l’Eveil en observant la nature, assis sous un grand arbre au bord d’un fleuve. Les bouddhistes indiens se sont évertués au contraire à libérer l’homme des illusions de l’ego, ont développé le principe de co-dépendance entre tout ce qui vit. En Inde, les sages parlent depuis des siècles de la dissolution, voire de l’inexistence du moi. Les hindous ont forgé l’expression « So Hum » – Tu es, donc  je suis. Les mystiques chrétiens, qui voyaient le mystère divin dans tout ce qui les entourait, ont été marginalisés. La vision dualiste du monde donne aux hommes l’illusion d’exister indépendamment d’autrui. Si nous acceptons l’idée que « mon esprit » est plus certain que « l’esprit d’autrui », nous participons à la division du monde.

Arne Naess propose une humanisation écologique par la pleine réalisation de soi, qui devient « Soi » en s’ouvrant à l’ensemble de l’écosphère, à tous les êtres humains et aux espèces animales. Dans cette capacité du soi à s’étendre en se liant aux autres, Arne Naess dit se situer sur une crête entre « sur la gauche l’océan des perceptions mystiques et organiques, sur la droite, l’abysse de l’individualisme atomiste. » C’est un véritable changement anthropologique dont il propose la mise en pratique, conduisant à apprécier la qualité de la vie plutôt qu’un haut niveau de vie. Cela jusqu’à dire que seul l’homme est capable de s’identifier par l’imagination à l’autre et même à l’animal. A la fin d’Ecology, community and lifestyle, Naess propose sa propre philosophie de l’écologie, son « écosophie » particulière. Or, dans son écosophie, il fonde la valeur de la « diversité » en général sur la valeur première de la « réalisation de soi » (self-realisation). La réalisation de soi passe en effet selon lui par celle « des autres », et ce qu’il entend par « les autres » excède les limites du genre humain : « La réalisation complète de soi pour quiconque dépend de celle de tous » ou « la diversité de la vie augmente les potentiels de réalisation de soi. »

Paul Shepard (1962) : Le soi est un centre d’organisation dont la peau et le comportement sont des zones souples qui nous mettent en contact avec le monde et ne nous en excluent pas. La pensée écologique implique une vision qui ne s’arrête pas aux frontières. L’épiderme de la peau ressemble, d’un point de vue écologique, à la surface d’un étang ou au terreau d’une forêt ; elle agit moins comme une coquille que comme une zone de délicate interpénétration. Le soi, dans la mesure où il fait partie du paysage et de l’écosystème, se révèle anobli et prolongé plutôt que menacé. Le monde est ton corps.

Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphere :

25 juillet 2019, L’écologie a besoin d’une spiritualité

Que croire dans une période d’incroyances ?

Croire en Dieu ne va plus de soi. Fini les arguments d’autorité. Après les différent schismes religieux, après la loi de séparation des Églises et de l’État en 1905, vive la liberté de conscience ! Un transfert de transcendance s’opère alors entre la religion et l’idéal politique ou économique. Mais croire à la révolution prolétarienne ou aux miracles du progrès technique, ça fait maintenant ringard. Les promesses du bonheur terrestre par lesquelles on avait cru pouvoir remplacer les promesses du bonheur céleste ont été complètement décrédibilisées . Alors place au vide ? Les humains sont incapables de faire le vide dans leur cerveau, il faut combler le manque. Car ne plus croire en rien, c’est ne plus savoir où aller, et il faut bien partir quelque part. D’ailleurs, il y a toujours quelqu’un pour nous suggérer, et le plus souvent pour nous imposer, une destination finale. Alors qui croire ?

La vérité scientifique ne peut que répondre à la question du « comment », elle reste muette quant à celle du « pourquoi ». Nos sociétés ultra-modernes se trouvent donc face à une crise du « croire » inédite ; douter est à la mode, on doute de tout, surtout depuis qu’il y a des marchands de doute. Et dans le même temps on croit à n’importe quoi, c’est la magie des réseaux sociaux. Avec Internet, les connaissances ne sont plus soumises aux autorités traditionnelles de transmission. Diffusé de manière anarchique, ce maelström s’apparente davantage à une accumulation foutraque d’informations qu’à un savoir maîtrisé capable de se substituer aux croyances déchues. En conséquence, vérité et opinion sont devenus des synonymes. Il est vrai que douter de tout ou tout gober, ce sont des solutions également commodes, qui l’une et l’autre nous dispensent de réfléchir.  Les croyances, libérées de leur mise sous tutelle, se dérèglent ; follement crédule nous rend éperdument nigaud. Alors que les idéaux du passé, religieux ou séculiers, avaient vocation à inviter l’individu à faire corps avec la société, à se relier, à s’ouvrir à l’extérieur de lui, l’acte de croire apparaît souvent, de nos jours, comme un moyen d’exprimer sa singularité. Chacun peut bricoler son propre credo. Le fondamentalisme religieux n’est d’ailleurs que l’expression grossière du besoin de croire dans un monde qui a perdu ses repères ; le djihadisme a incité des milliers de jeunes Européens à vouloir mourir loin de chez eux. Bizarre ! La crispation identitaire réduit l’individu à une identité choisie, mais elle le coupe de tous ceux qui ne partagent pas son credo.

Il n’y a que l’écologisme pour donner une nouvelle image de la religion dans ce qu’elle a de meilleur, quand elle est fidèle à sa vocation d’être pourvoyeuse de lien et non de division ; n’oublions pas qu’une étymologie du mot religion est le latin religare, relier. « Moins de biens, plus de liens » est à la fois une revendication et un mode de vie. Cela redonne un sens à notre existence beaucoup plus puissant que celui des religions du passé . En effet l’écologisme s’appuie sur une réalité bien étudiée par les scientifiques, notre planète est exsangue et nous en sommes responsables. Nous devons devenir les guérisseurs de la Terre et les militants de la décroissance. Finalement la période actuelle nous offre la possibilité de nous réinventer. Écoutez ce que nous disait Pierre Fournier (1937-1973) :

« Nous sommes des prophètes de malheur. Nous sommes des emmerdeurs et des minoritaires indésirables. Admettre le bien-fondé de notre position d’écolo, c’est admettre qu’il faut tout remettre en cause, jusqu’aux habitudes physiques et mentales les plus confortables et les mieux ancrées. La révolution écologique consiste à tout remettre à l’endroit. »

Mais les avis sur le monde.fr sont très mitigés en matière de croyances. Pour Pierre Marie, la nouvelle croyance dans l’écologisme est effrayante… Pour Walpurgis , une seule solution: Greta Thunberg, la saint Thérèse du XXIème siècle ! Pour l’éternel sceptique, la croyance est surtout un problème dans ses outrances, quand elle devient dogmatisme, absolutisme, fanatisme. Il doit y avoir des tests simples pour s’y retrouver : admettez-vous que vous avez des croyances (si réponse négative, problème)… acceptez-vous que les autres aient des croyances différentes des vôtres (si réponse négative, problème) !

Michel Sourrouille, écrit en 2021.

Pour en savoir plus grâce au blog biosphere :

10 mai 2021, Liberté d’expression ou bien art de convaincre

27 septembre 2020, Croire au progrès, un vrai obscurantisme

1er mars 2020, Biosphere-Info, écologisme et religions (synthèse)

18 février 2020, L’écologisme concurrence les religions

14 mars 2019, Le Web, la toile qui nous fait prisonnier de nous-même

La liberté sexuelle de Catherine Millet

Qu’on se le dise, en octobre 2017 la question de la sexualité a été bouleversée par le déclenchement de l’affaire Harvey Weinstein, celle qui a fait exploser la révolution #metoo. Libération de la femme et répression sexuelle à la fois. Le féminisme s’habille en effet de multiples contours, Catherine Millet est-elle réactionnaire ?

Catherine Millet : « Allez, encore un : tous les jours, on coupe une nouvelle tête ! »

Après la ­publication du Consentement de Vanessa Springora, qui décrit l’emprise qu’a exercée l’écrivain lorsqu’il avait 50 ans et elle 14, Catherine Millet s’interroge. Pourquoi Springora ne s’est-elle pas désolidarisée du « lynchage médiatique » si elle a « aimé Matzneff » et si, « comme elle le dit, elle n’a pas agi par pure vengeance » ? Sur la question du consentement, elle cultive l’ambiguïté : « On peut céder et ne pas le regretter, comme on peut aussi céder, et le regretter. Ce sont les risques de la vie. » Aujourd’hui, elle ne perçoit que les dérives de la libération de la parole : guerre des sexes, puritanisme, dictature du ressenti et victimisation. Elle fustige « les filles qui balancent des noms de types parce qu’ils ont pincé des fesses ». Ce retour de bâton contre le mouvement #metoo, Catherine Millet en aura été l’un des porte-drapeaux. En 2018, elle corédige, une tribune : « Nous défendons une liberté d’importuner indispensable à la liberté sexuelle ». Le texte commence par « le viol est un crime. Mais la drague insistante ou maladroite n’est pas un délit, ni la galanterie une agression machiste ». Sur France Culture, elle ose : « Je regrette beaucoup de ne pas avoir été violée. Parce que je pourrais témoigner que du viol, on s’en sort. » Cette même rhétorique l’avait conduite à déclarer en 2017, « l’inceste n’est pas toujours traumatisant ». Avec Marcela Iacub, elle a aussi défendu la liberté de se prostituer. « Le désir, plaide Catherine Millet, c’est le moteur de la vie, qu’il faut savoir contrôler ou réorienter. » Elle se reconnaît surtout dans les « femmes coqs qui prennent leur indépendance sans rien demander à personne ».

Au pays des Shadoks : Bon j’ai compris qu’il y a deux sortes en gros de féminisme. Celui incarné par celles libérées sexuellement et les autres qui n’ont toujours pas compris qu’elles avaient un problème avec ça. Et les premières sont accusées de faire le jeu des machistes. Bien sûr.

En tant qu’écologistes, nous voulons laisser plus de place à l’expression de notre nature biologique, formatée pour le plaisir sexuel réciproque. Nous ne nous reconnaissons pas dans ce féminisme qui prend le visage d’une haine des hommes et de la sexualité. Nous pensons que la liberté de dire non à une proposition sexuelle ne va pas sans la liberté d’importuner. Et nous considérons qu’il faut savoir répondre à cette liberté d’importuner autrement qu’en s’enfermant dans le rôle de la proie. Dans l’état actuel de nos connaissances du cerveau humain, toute violence exercée par un homme (ou une femme) résulte d’un conditionnement  social ; enfant violé, enfant perturbé ou résilient. Tout dépend du contexte. Il semble dommageable qu’un féminisme exacerbé perturbe les relations entre les hommes et les femmes, relations qui pourraient mieux s’épanouir avec une liberté sexuelle plus grande….

Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphere :

23 janvier 2021, Inceste, Xavier Gorce quitte LEMONDE

16 mars 2021, Faire l’amour en public, est-ce écologique ?

10 février 2019, Nature de la sexualité et droit à la sexualité

13 janvier 2018, Sexualité et harcèlement, l’homme, un animal dénaturé

NB : La Vie sexuelle de Catherine M. (Seuil, 2001) : description crue, quasi chirurgicale de ses coucheries depuis l’âge de 18 ans dans les clubs échangistes, les parkings, etc.. De sa jeunesse, elle ne retient que l’ivresse des corps qui bousculent les interdits, l’égalitarisme sexuel des partouzes qui casse les barrières sociales.

Une histoire nationale à dé(re)construire

L’histoire nationale, on s’en fout sauf à filtrer avec l’extrême droite. Ce n’est pas l’avis d’un candidat à la présidentielle de 2022 !

Xavier Bertrand : « L’heure n’est pas à la déconstruction de l’histoire mais à la reconstruction d’une cohésion nationale. L’histoire est à une nation ce que la mémoire est à un individu. Elle fonde son identité : elle est donnée, tout entière, en héritage à ceux qui naissent sur le sol de France, et en partage à ceux qui veulent devenir français. Elle éclaire notre action. Elle nous permet de nous projeter vers l’avenir. Avec ses dimensions de grandeur et sa part d’ombre, notre histoire nous définit et forme le socle de nos valeurs. Le chef de l’État voudrait « déconstruire » notre histoire, c’est une atteinte portée à notre dignité nationale, et ce sur un média étranger. Cette position instille un poison mortel dans notre unité nationale. »

Xavier Bertrand veut nous faire croire que la France ne s’est pas bâtie sur la colonisation et l’esclavage, que l’islamisme radical et l’ultragauche sont culs et chemise, qu’il y a une guerre idéologique engagée contre la France, qu’il faut restaurer la souveraineté migratoire et qu’entre Macron et Le Pen, il y a LUI, l’autre choix pour 2022. Mais l’histoire n’a pas à être politisée dans un sens ou un autre, le travail des historiens est seulement de s’approcher le plus possible de la vérité des faits et de leurs enchaînements. La récupération politicienne du résultat des recherches historiques, c’est juste… de la politique. L’histoire « nationale » est une construction du XIXe siècle, on a inventé le choc des nations pour mettre un semblant d’ordre dans la multiplicité des peuples du monde. Cette idéologie réductrice est complètement dépassée par l’histoire à construire qui se compose de deux éléments ; d’une part celle du passé de l’humanité toute entière et du support qui nous fait vivre, la Terre, d’autre part celle de la construction de notre avenir. Toutes nos pensées, tous nos comportements, reposent sur des histoires inventées. Le récit confère à notre vie une dimension de sens qu’ignorent les autres animaux. L’imagination précède l’action et les récits qui en découlent façonnent nos perceptions.

Une déconstruction /reconstruction ne peut reposer que sur le message écologique, ce qui nous réconciliera avec une planète que nous avons pillée et dévastée. Jusqu’à présent, la société libérale et thermo-industrielle a été soutenue par une myriade d’articles, de livres, de films, de publicités qui lui ont permis de l’emporter sur le récit marxiste. Aujourd’hui nous sommes en présence d’un écrasant imaginaire fait de prouesses technologiques, de vacances sur des plages paradisiaques, de smartphones, de filles à moitié nues sur les affiches, de voitures dans des décors de rêve, de livraisons en vingt quatre heures sur Amazon… Que faire en tant que militants écolo face à un tel imaginaire ? Que pèse une campagne d’ONG face à des millions de messages contraires délivrés chaque jour par les marques, les chaînes, les influenceurs de toutes sortes qui inondent les réseaux sociaux ? Que pèse un post de Greenpeace International sur Instagram (628 000 followers) appelant à agir pour le climat, contre un post de Kim Kardashian (105 millions de followers) appelant à acheter son nouveau gloss à paillettes ? La religion de la croissance est la plus puissante fiction de notre époque. Nous pillons les ressources naturelles, éradiquons les espèces au nom d’histoires et de fictions.

Mais dans son livre Blessed Unrest, Paul Hawken décrit ce qu’il appelle le plus grand mouvement social de l’histoire : « Il y a déjà un à deux millions d’organisations qui œuvrent pour la durabilité écologique et la justice sociale. » Ce blog biosphere n’est qu’un élément de cette reconstruction de l’histoire,, ce sont les petits ruisseaux qui se transforment en grands fleuves.

Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphere :

17 juin 2018, Écologie : changer d’histoire pour changer l’histoire

27 mai 2015, Le programme idéal d’histoire n’existe pas encore

18 octobre 2012, Histoire de la crise écologique

13 septembre 2010, les profs d’histoire nous manipulent

Liberté d’expression ou bien art de convaincre

La seule liberté que nous puissions avoir, c’est d’être conscient des contraintes apportées par notre socialisation primaire, notre vécu socio-économique et le milieu environnant. On ne peut penser à l’origine que dans un cadre familial et scolaire, puis nous respectons les règles de notre parcours professionnel et nous nous comportons en toutes circonstances comme nous le dicte la pression sociale. C’est pourquoi évoquer la « liberté d’expression » est un abus de langage, notre discours est toujours codifié par d’autres. Pourtant il s’agit d’une innovation qui fonde le fonctionnement démocratique d’une société. Il n’y a plus de discours d’autorité imposé par une religion, un empereur ou une idéologie. Le changement social se fait grâce aux interactions du débat, sinon la société se fige. Mais quelle est la direction à prendre ? Sur une planète exsangue, le seul discours qui pourrait arriver à un consensus commun grâce au dialogue, c’est l’urgence écologique.

  1. la liberté de convaincre pour l’écologie

Le positionnement des écologistes a été clairement défini par le philosophe Arne Naess : « L’un des principaux aspects de nos actions est d’attirer l’attention du public. La condition du succès est alors dépendante de notre capacité à confirmer l’hypothèse suivante : si seulement l’opinion publique savait ce que les écologistes défendent, alors la majorité des gens serait de leur côté. Maximiser le contact avec votre opposant est une norme centrale de l’approche gandhienne. Plus votre opposant comprend votre conduite, moins vous aurez de risques qu’il fasse usage de la violence. Vous gagnez au bout du compte quand vous ralliez votre opposant  à votre cas et que vous en faites un allié… Il n’est pas bon d’exprimer des positions hostiles à l’industrie en général. Notre point de vue doit être que nous soutenons l’industrie, puis ensuite souligner que la grande industrie est une déviance historique. Pareillement, nous ne devons pas émettre de slogan général contre la technologie. Les technologies doivent être essentiellement légères ou « proches ».

Arne Naess prend un exemple de dialogue : « Quelqu’un projette de construire une nouvelle centrale hydroélectrique… il dit : « Nous nous attendons à une augmentation des besoins en électricité et, en tant que décideurs, nous risquons d’être fortement critiqués s’il y a une pénurie d’électricité. Il faut donc construire un nouveau barrage. » Tu dis alors : « Mais êtes-vous sûr qu’il y ait plus de besoin en électricité ? » Il dira : « Oh ! oui, regardez les chiffres. Il y a tant de pour cent d’augmentation. » Mais tu rétorques : « Il y a une augmentation de la demande sur le marché, et vous appelez ça un besoin ? » Ensuite, après quelques échanges, il répond : « Non, non, bien sûr. Nombre de demandes ne reflètent par des besoins réels. » « Mais alors, en tant qu’individu, vous accédez à une demande sans vous poser de questions ? Si toutes les nations consommaient autant d’électricité par personne que la Norvège, ce serait certainement une catastrophe. Notre consommation par tête est même plus élevée que celle des Etats-Unis. Quelle est la justification éthique ? Ne serait-il pas nécessaire de diminuer la consommation d’énergie en Norvège ? » D’après mon expérience, ce serviteur zélé du peuple, qui avait dit oui à une centrale électrique, admettra à peu près tout ce que tu lui diras en tant que philosophe. Mais il ajoutera « C’est trop tôt, ce n’est pas encore possible politiquement. Vous voulez que je quitte la politique ? » Ce à quoi tu répondras : « Je comprends ce que vous voulez dire. Oui, je comprends. Mais notre objectif à long terme est construit sur la base de prémisses beaucoup plus profondes que celles sur lesquelles repose votre argumentation. Tout ce que nous pouvons vous demander, c’est que vous reconnaissiez au moins une fois par an que vous êtes d’accord avec nous. Adoptez la perspective du long terme ! » Si cet homme politique soutient désormais de temps à autre quelques-uns des objectifs fondamentaux de l’écologie profonde, son schéma d’argumentation ne sera plus aussi superficiel. Il sera sauvé, si l’on peut dire. »

Parfait, le message écolo a éveillé une conscience, mais ce n’est pas encore l’insurrection des consciences.

2) liberté d’expression pour la philosophie

Voici ce qu’en dit Monique Canto-Sperber : « La liberté d’expression, c’est permettre la diversité des opinions ; on ne peut pas priver les autres de la possibilité de penser différemment. Il faut vouloir se confronter à une adversité pour apprendre à défendre ses propres valeurs. Car ce n’est pas en faisant taire ses détracteurs que l’on montre la force de ses convictions. Dans la tradition libérale, toutes les opinions sont permises sauf celles qui font « un tort objectif à autrui ». Des propos transgressifs, qui peuvent même blesser, doivent être tolérés comme éléments du débat car leur but n’est pas de réduire l’autre au silence. Le philosophe John Stuart Mill (1806-1873) a défini les règles de la liberté d’expression : lorsqu’il est libre, le débat contradictoire peut conduire à une forme d’autorégulation spontanée de la parole. Les contre-vérités, les propos aberrants ou loufoques finissent toujours par être critiqués et neutralisés. Mais à cette époque, peu de personnes avaient accès à la parole publique et toutes partageaient les mêmes codes de langage. Entre radicaux et réactionnaires, le débat était possible. Ce n’est plus le cas aujourd’hui dans nos sociétés pluralistes et fragmentées, car ce ne sont pas seulement des arguments qui s’affrontent mais aussi des identités. Les propos qui rappellent les faits ou font appel à la raison deviennent vite inaudibles. »

« Les propos qui rappellent les faits ou font appel à la raison deviennent vite inaudibles. » Nous en savons quelque chose sur ce blog biosphere, y’a pas d’images, c’est trop rationnel, on peut pas rigoler, que du catastrophisme, misère, misère… Nous sommes encore loin de l’insurrection des consciences écolos !

Une culture commune à l’école, l’écologisme

« A quoi sert l’école ? ». Roger-François Gauthier se pose la question et effleure la réponse : « Sur la question des finalités de l’école, les opinions ne manquent pas, transmettre le passé, préparer l’avenir, fabriquer des citoyens, les mettre au service de l’économie, transmettre un humanismeCette absence de pensée commune favorise la fragmentation des systèmes scolaires. C’est bien cette impasse qui, en 2013, à l’occasion de la loi dite de « refondation de l’école », poussa le législateur à définir un « socle commun de connaissances, de compétences et de culture ». Cette notion de culture est dénaturée par toute une palette d’adjectifs, la veut-on « générale », « professionnelle », « littéraire », « scientifique et technique », « industrielle » ,  populaire » ou« bourgeoise » ? Il s’agissait d’une « culture commune », permettant la possibilité de se comprendre dans des sociétés mondialisées et fracturées. On peut proposer trois prises de conscience par chaque petit d’homme, s’ouvrir à la diversité historique des cultures, prendre place dans l’aventure humaine et devenir responsable envers la planète. » C’est beaucoup trop flou pour être mis en musique.

L’école actuelle, attachant les élèves à leurs chaises pendant des années et des années, n’est qu’une création du système thermo-industriel qui a chassé les paysans de leurs terres et rendu l’école obligatoire pour trouver du travail en ville, « en sachant lire, écrire et compter ». Les profs ne sont utiles que pour la pérennité d’une orientation professionnelle qui trie les uns vers les métiers manuels et pousse les autres vers des études longues qui mènent à des emplois parasitaires. L’école apprend-t-elle à travailler avec les autres, l’école apprend-elle à se situer dans l’environnement, à mieux interagir avec le reste de la nature ? On y apprend qu’apprendre se fait par l’entremise de contenus abstraits dispensés par des adultes qui ne se définissent pas avant tout comme des éducateurs mais comme des spécialistes d’une discipline. L’école freine la compréhension transversale et multidimensionnelle des enjeux du long terme. Les jeunes doivent se préparer à un monde beaucoup moins abondant en énergie. Ils doivent donc devenir performant en cuisine, en jardinage ou en bricolage, devenir autonomes au niveau compétences et réflexion. Nos enfants doivent maîtriser des notions comme la capacité de charge d’un territoire, le niveau de CO2 dans l’atmosphère, le taux de renouvellement des ressources, le maximum de captation des ressources fossiles, etc. Ils doivent comprendre les cycles du vivant et la dépendance de l’être humain à la Nature. Il s’agit pour eux de privilégier les conséquences à long terme de ses actes sur la simple satisfaction du moment présent. Il s’agit pour les enfants d’acquérir le sens des limites ainsi qu’une manière de vivre favorable aux générations futures et à la biodiversité.I l s’agit d’aller à l’encontre de l’idéologie imposée par le système actuel, croissancisme, lutte de tous contre tous, compétitivité exacerbée, monétisation des relations sociales, « vérité » des prix du marché, pillage autorisé de la planète. Apprendre à lire et compter aux élèves n’est rien si on ne ressent pas notre appartenance à la nature, si on ne s’éloigne pas de l’anthropocentrisme dominant. Nos enfants seront même amenés à se poser cette question existentielle : faut-il faire des enfants, combien, pour quel épanouissement durable ? C’est tout cela une culture commune qui repose sur l’écologisme.

On doit éviter la confusion entre les deux sens du mot culture. Il y a la culture au sens traditionnel de « cultivé », c’est-à-dire sachant beaucoup de choses qui n’ont aucune importance. Avant on se gorgeait de littérature et on allait au musée, maintenant on connaît le dernier chanteur à la mode et savoure la version télé de la réalité. C’est toujours une culture de divertissement, que ce soit pour les bourgeois ou les prolétaires. Ce n’est pas la culture au sens sociologique, l’ensemble des comportements acquis qui permettent d’apaiser les relations sociales et de préparer un avenir durable.

Demain l’écologisme sera la religion commune

Pour qu’un groupe conserve une cohésion interne il ne doit pas dépasser 150 individus. Comment faire au-delà alors qu’un pays comme la Chine compte par exemple plus de 1,4 milliards d’habitants ? Il s’agit d’instaurer une histoire commune, une fiction qui va servir de mythe fédérateur. Nous avons donc inventé des récits comme la Bible, imaginé des sauveurs suprêmes comme Jésus Christ ou Xi Jinping et mondialement imposé les lois du marché, la variation des prix entraînant comme par enchantement l’équilibre économique général. Nous nous dirigeons de plus en plus fermement aujourd’hui vers un nouveau mythe, l’écologisme, qu’on peut déjà rencontrer sous des expressions diverses comme la Terre-mère, Mère-nature, les esprits de la forêt, les droits de la nature et des animaux, le bio-centrisme ou l’écocentrisme, l’écologie profonde, le culte de Gaïa, etc. La difficulté n’est pas de raconter des histoires, mais de convaincre les autres d’y croire.

En fait un mythe prend racine quand il correspond à une réalité en train de se forger socialement. Il répond à un besoin. Le succès du message christique tient au fait qu’il a ouvert le dieu des Juifs à toutes les autres personnes sur terre, maîtres ou esclaves. Les constructions nationales au XIXe siècle ont été inventées pour essayer de stabiliser les frontières terrestres entre peuples qui se croyaient différents. Les Nations unies ont été créés sur les cendres de la société des nations pour dépasser l’échec sanglant de la deuxième guerre mondiale. Le libéralisme économique est un système qui fait croire qu’on peut encore maîtriser l’afflux incessant de toutes sortes de biens et de services en monétisant les relations interhumaines. Toutes ces fictions issues de notre imaginaire collectif correspondaient à une nécessité historique. Aujourd’hui les chocs écologiques deviennent une réalité objective de mieux en mieux présentée par les médias et donc de plus en plus intégrée culturellement par de plus en plus de gens. Si tout se passe sans trop de mal, le culte de la Terre-mère va se développer tout au cours du XXIe siècle pour tenir compte de la perte de biodiversité, de la raréfaction des ressources essentielles, de la surpopulation étouffante et de la pollution généralisée.

Toute politique, au sens d’organisation de la cité, renvoie à un ensemble de prémisses fondamentales sur ce que sont le monde, le réel, la vie, donc à une ontologie (une métaphysique) qui formate nos croyances. La politique nous ramène donc à des conceptions religieuses au sens de « ce qui nous relie » et fait société. Et toute religion est une construction sociale élaborée pour résoudre un problème. Il semble dorénavant que le drapeau « écologisme » se suffit à lui-même, il signifie que nous voulons nous relier à notre maisons commune, qui est à la fois notre maisonnée, la société et de façon plus globale la Terre entière. Mais l’écologisme connaîtra de dures controverses au cours du XXIe siècle, mélangeant connaissances scientifiques, contraintes socio-économiques et interprétations philosophiques. L’écologie politique connaîtra ses conciles, synodes et bien d’autres encycliques dans les siècles des siècles à venir ! Il ne faut jamais oublier que le risque de toute spiritualité, ce sont les extrémismes qui ne veulent pas s’exprimer dans le cadre d’une délibération démocratique qui tient compte des acteurs absents, à savoir les générations futures et les non-humains.

Notre blog biosphere présente depuis longtemps cette rupture écologique qui pourra mettre un terme à l’anthropocentrisme dominant :

3 juin 2020, L’écologisme sera la religion du XXIe siècle

1er mars 2020, Biosphere-Info, écologisme et religions (synthèse)

18 février 2020, L’écologisme concurrence les religions

22 août 2019, Spiritualité, religion et écologie (Arturo Escobar)

25 juillet 2019, L’écologie a besoin d’une spiritualité (Satish Kumar)

15 avril 2019, Rejoignez notre Alliance des gardiens de Mère Nature

3 août 2018, Religion et écologie commencent à faire bon ménage

4 juillet 2018, La religion écologique n’est pas une religion

28 février 2015, Une religion pour la terre-mère est-elle dangereuse ?

21 septembre 2014, Religion catholique et écologie : comparaison papale

29 décembre 2009, notre Terre-mère Pachamama

16 septembre 2009, bien-être et religion

22 décembre 2008, quelle religion pour le XXIe siècle ?

Extraits : Nous avons absolument besoin d’un nouveau sermon sur la Montagne qui édicte de nouvelles règles pour tenter de vivre en bonne harmonie avec la Terre. La bible et le coran nous paraîtront désuets, inadaptés, mensongers ; nous préférerons lire dans le livre de la Nature. Les futurs croyants assimileront la Biosphère à la Création divine, et sa profanation sera condamnée. Certains parlent déjà sérieusement de crimes contre l’environnement. Car nos dieux, c’est  le lever du soleil qui apporte l’énergie de la vie aux plantes, l’eau qui ruisselle et étanche la soif de toutes les espèces, l’équilibre des écosystèmes…

Les démons identitaires à l’heure des bilans

L’écologie de gauche semble préférer le surf sur la vague des identités de genre, de classe, de race pour enrôler les petits dominés grâce à une « conscientisation » à deux balles : « Tu vois, t’es malheureux.se parce que t’es opprimé.e, et t’es opprimé.e par le blanc chrétien, patriarcal, mâle, hétéro, capitaliste, riche, pollueur qui a créé l’enfer systémique sur terre. Mais vote pour nous et le paradis adviendra. » Cette écologie idéologisée fait complètement l’impasse sur les lois de la nature, y compris le fait que nous naissons homme ou femme par suite des mystères de l’évolutionnisme darwinien.

Il y a quelques années encore, l’exercice de la sexualité humaine était hétéro, c’était la norme consacrée, ou bien homo, déviance marginale dont on avait conclu récemment que ce n’était pas grave : le 17 mai 1990, l’OMS (Organisation mondiale de la santé) retirait l’homosexualité de la liste des maladies mentales. Mais aujourd’hui le goût du sensationnel et de la libération tous azimuts a démultiplié les sentiments identitaires. Le parti EELV comporte une commission thématique LGBT. Ils retardent, il faut dire dorénavant LGBTQI+, c’est-à-dire les personnes lesbiennes, gays, bisexuelles, trans, queers, intersexes et asexuelles avec le « + » pour les catégories encore non établies. L’indifférenciation des identités devient alors source d’un malaise profondément ressenti par les plus jeunes. Le pédopsychiatre Alexander Korte s’inquiète du fait que les cas de personnes ayant la conviction d’être nées avec le mauvais sexe soient en hausse de 1500 à 3000 % par rapport à il y a dix ans, surtout chez les filles de 13 à 15 ans. L’utopie anti-nature de notre société, associée aux progrès de la médecine et à l’intense couverture médiatique de ces sujets juteux, offre aux adolescent(e)s un modèle d’identification de plus en plus vague. La condamnation par Eric Marty* des activistes de la guerre des genres déplaira certainement. Il évoque le cas des identitaires du sexe qui, sous le couvert de la lutte contre les discriminations et l’homophobie, censurent et punissent ceux qui ne pensent pas comme eux.

Cette pensée binaire oublie le caractère hybride des identités. Smaïn Laacher déplore que « la vérité est déchue au rang d’insignifiant ». Sa première cause de consternation est ce qu’il désigne comme « une dialectique mortifère » entre le « nous » et le « eux ». Il fait référence aux identitaires nationalistes, mais cela pourrait aussi bien s’appliquer aux identitaires de genre. Loin d’être réductible « à une seule dimension de notre être », chacun d’entre nous, souligne Smaïn Laacher, se situe dans « l’embranchement entre plusieurs appartenances ». Tel était d’ailleurs le sens premier du concept d’intersectionnalité. « L’enjeu », écrit-il, n’est pas de « choisir » entre une identité ou une autre mais de « desserrer le poids » des traditions de sa communauté d’origine et « d’élargir l’espace des affiliations possibles ». Il s’inquiète par ailleurs des tentations, au nom de la coexistence des cultures, de faire revenir par la fenêtre l’accusation de blasphème en la rebaptisant « atteinte aux sensibilités religieuses blessées ».  La seule « posture tenable » en ce domaine consiste à « réaffirmer avec détermination la nature symbolique du langage en disant qu’un dessin du prophète n’est pas le prophète et qu’aucune communauté n’est directement affectée par lui ». Concluant son livre** sur une note angoissée, Smaïn Laacher exhorte la gauche, dont il se réclame, à « examiner les conditions qui ont rendu possible cette fragmentation mortifère de la société française ».

Du point de vue des écologistes, les conflits identitaires ne sont que construction sociale illusoire et malsaine. En vérité nous sommes hommes ou femmes et devons combattre ensemble les inégalités entre hommes et femmes. En vérité nous sommes tous et toutes des homo sapiens interféconds quelle que soit la couleur de notre peau et notre appartenance ethnique. Peu importe notre sexe et notre nationalité.

Pour en savoir plus, Mouvement trans, négation de l’altérité

* Le Sexe des Modernes. Pensée du Neutre et théorie du genre », d’Eric Marty, Seuil, « Fiction & Cie ».

** La France et ses démons identitaires », de Smaïn Laacher (éditions Hermann).

Le point de vue des écologistes sur ce blog

Notre tâche quotidienne est de donner sur ce blog biosphere le point de vue des écologistes. Il ne s’agit pas d’imposer un point de vue, mais de fournir des éléments de réflexion. Un désaccord ponctuel peut s’exprimer par un commentaire ; soyez svp respectueux des avis des autres intervenants sur ce blog. Vous pouvez aussi poster une contribution personnelle afin d’approfondir notre intelligence collective, pas plus de 4000 caractères à envoyer à biosphere@ouvaton.org

Notre audience reste pour le moment marginale, mais nous ne sommes qu’une esquisse dans la prolifération des initiatives qui nous amènent progressivement à penser collectivement que l’écologie est l’avenir de l’humanité si elle veut rester en bons termes avec notre Terre-mère. Nous connaissons tous les obstacles qui nous empêchent d’arriver à un consensus d’écologistes : la société du spectacle qui nous détourne des réalité biophysiques et de la pensée du long terme, la société de consommation qui nous rend complices du pillage de la planète, la société croissanciste qui ne jure que par le PIB et certainement pas par le bonheur des peuples, la société du profit qui fait passer la liberté des entreprises bien avant l’intérêt général, la société de compétition qui annihile nos tendances à la coopération et à la synergie, la société marchande qui défigure par un prix à payer le vrai sens des êtres et des choses. A tous ces obstacles à la formation d’une société écologisée, il faut ajouter la « société du commentaire » telle que définie par le texte suivant :

L’analyse de Nicolas Truong : « Des réseaux sociaux aux chaînes d’information en continu, la société du commentaire étend son influence dans l’espace public à coups de polémiques. Ce n’est pas nouveau, l’être humain est bavard. Platon dénonçait déjà l’isegoria, le droit de parole égal pour tous les citoyens d’Athènes : « Elle noie la parole du sage ». Les nouveaux moyens de communication marquent-il une avancée de la démocratie ou une régression ? Le pouvoir de « n’importe qui » de dire « n’importe quoi » peut-il déboucher sur un consensus ? Le président Macron constate : « Le problème-clé pour moi, c’est l’écrasement des hiérarchies induit par la société du commentaire permanent : le sentiment que tout se vaut, que toutes les paroles sont égales, celle de quelqu’un qui n’est pas spécialiste mais a un avis sur le virus vaut la voix d’un scientifique… On finit par ne plus croire en rien. » Le médiatique a colonisé et vidé de sa substance l’espace public, le commentaire est devenu un spectacle et l’information un divertissement. On refuse le point de vue mesuré, on valorise le clivant et le polémique, l’espace de la disputatio, qui oblige à argumenter face à un adversaire, est trop souvent aboli. Dans la société du commentaire, la délibération raisonnée laisse place à la transgression. Les opinions sont souvent réduites à l’exposition de simples pulsions. L’intellectuel spécifique qui intervient dans l’espace public à partir d’un savoir déterminé devient inaudible. L’horizontalité apparente des réseaux sociaux masque d’importantes hiérarchies, celle des réputations et des followers. La société du commentaire devient une menace pour la démocratie.   » (résumé amélioré)

Faites-nous connaître dans vos réseaux, l’intelligence collective résulte de la contamination de tous par les idées d’avenir.

Les écologistes disent non au cannabis (2/2)

Beaucoup plus fort en THC (tétrahydrocannabinol), le nouveau cannabis accroît le risque de dépendance et les drogues de synthèse se développent. Plusieurs agences régionales de santé s’inquiètent. Ces produits entraînent un risque de dépendance accru et leurs effets peuvent entraîner une hospitalisation. Des dizaines de lycéens ont développé des effets indésirables après avoir vapoté un e-liquide appelé « Pète ton crâne »… Du point de vue des écologistes réalistes, les drogues ne devraient pas être autorisés. Pourquoi des paradis artificiels alors que préserver la beauté de la nature et profiter de ses bienfaits devrait suffire à notre bonheur. Voici quelques réactions sur lemonde.fr quant à l’usage du cannabis qui montrent la difficulté d’arriver à un consensus sur l’usage des drogues :

Olivier BCD : Et dire qu’on entendait encore des personnes comme le sociologue Jean Viard ce week-end demander la légalisation du haschich (sic)… Ce n’est pas parce que la fumette se développe qu’il faut s’aplatir devant la doxa ambiante. Les effets indésirables sont connus, ils sont désormais renforcés. Le passage vers d’autres drogues dures et/ou de substitution est avéré… Le trafic ne disparaîtra pas avec la légalisation, il se renforcera au contraire avec des produits toujours plus actifs et dangereux. Alors merci aux « abolitionnistes » de ranger leurs arguments dans leur poche., et aux États mais aussi à tous les citoyens de continuer à prévenir, empêcher, lutter contre les drogues. Ce n’est pas parce que l’alcool et le tabac existent et sont légalisés, qu’il faut ajouter d’autres tueurs à la panoplie.

Michel SOURROUILLE : Nous, militants écologistes, nous mangeons de préférence bio et de proximité. Nous sommes allergiques au tabac et au cannabis, abstinent quant aux vins et autres alcools. Nous pratiquons au minimum le lundi végétarien et évitons les nourritures industriellement transformées. Nous refusons les mécanismes publicitaires et ceux de la mode, nous proscrivons l’achat inutile et le besoin artificiel. Nous faisons preuve de sobriété énergétique, ce qui implique de limiter au maximum nos déplacements dans des engins motorisés. Pour les plus avancés d’entre nous, nous n’avons ni télévision, ni carte bancaire, ni voiture, encore moins de smartphone. On peut vivre sans, il suffit de s’organiser autrement. Quand nous allons au bout de notre prise de conscience, nous cultivons aussi un lopin de terre et/ou plantons des arbres fruitiers.
Cessons d’attendre que le système change, il ne changera pas sans nous.

Untel @ Sourrouille : Pas besoin de dix lignes. Vous pouviez simplement écrire : « Nous les Amish ».

Mohamed – dylanologue freudo-lacanien : Même pas besoin qu’il soit Amish. Michel SOURROUILLE me fait penser à ce que j’ai vu sur Arte l’autre soir, un documentaire sur les néo-hippies de l’île de La Gomera. Pour la curiosité, allez-y voir, ça vaut vraiment le coup d’œil. Ils vivent à poils, se nourrissent d’une carotte et de qqs amandes. Ils n’ont ni smartphone ni carte bleue ni rien, ils vivent à la bougie en regardant le couché du soleil qu’ils trouvent beaux. En visionnant ce documentaire vous aurez une idée complète de ce que vous recommande de faire Michel, avoir une vie entre celle des Amish et des néo-hippies de l’Île de la Gomera.

Edoardo : La plupart des contributeurs n’ont aucune idée des dégâts que TOUTES les drogues causent dans les classes populaires. Une forme de défonce ne se substitue pas à l’autre, bien souvent elle s’ajoute. Comment un gosse dépourvu de milieu favorable peut-il espérer réussir quoique ce soit à l’école en étant stone dès le matin. Pour quelle raison croyez-vous que les filles de banlieue soient les seules à terminer un parcours scolaire correct. Parce qu’elles sont clean. Pourquoi les mosquées et les temples évangéliques sont si nombreux dans les quartiers, parce que les familles n’ont guère d’autres endroits safe pour éloigner leur fils de la rue et ses tentations. Les plus forts ont le devoir de protéger les faibles. Vous êtes forts, alors montrez l’exemple.

Paul Sernine : Amusant de voir que certains proposent encore la légalisation comme solution universelle. Petit rappel des faits : au Canada, avec la légalisation – La consommation de cannabis chez les jeunes de 15 a 24 ans est passée de 17,5 % à 27,6 % (source: « Qu’est-ce qui a changé depuis la légalisation du cannabis?  » – statistique Canada). De 60% a 82% des transactions (selon statistique Canada et la SQDC, respectivement) se font encore au marché noir (causes: prix, *taux de THC*). Mêmes constatations aux États-Unis (Névada, le Colorado, le Maine, l’Oregon et l’état de Washington) et en Uruguay (augmentation de la consommation de 9.3% a 15.5% chez les adultes). Par ailleurs 30% des usagers de marijuana ont des problèmes d’abus ou de dépendance (DS Hasin et al., Prevalence of Marijuana Use Disorders in the US Between 2001-2002 and 2012-2013. JAMA Psychiatry).

Gaël COSTE-MEUNIER : Les conséquences de la prohibition : Aucun contrôle des produits, des mélanges très dangereux avec toutes sortes de choses, un accaparement des forces de l’ordre sur des contrôles de simples consommateurs, une impossibilité de faire de la prévention (paquets neutres comme les cigarettes, numéro d’aide pour la lutte contre la dépendance, indication médicales, information sur le contenu réel du produit,…), une absence de contrôle sanitaire (pas de labo qui contrôlent les produits vendus), une exposition des consommateurs à des drogues plus dures (un vendeur légal ne vendrait que du cannabis, le dealer du coin de la rue peut vendre des extasies, du crack, de l’héroïne, …), un financement pour le banditisme et les mafias (milieu qui peut avoir des liens avec d’autres réseaux illégaux comme les réseaux terroristes), un coût médical non diminué par les taxes sur les produits et, pour finir, un pays qui compte le plus grand nombre de consommateurs malgré la prohibition. Temps de changer ?

L Éveillée : Et ça veut dire quoi, que les gens ne sont pas assez matures pour se protéger eux même ? Et pourquoi aller contre leur volonté après tout.

Jacote : J’ai personnellement rencontré un certain nombre de jeunes (18 à 30 ans) au cours de leur hospitalisation « sans consentement » qui souffraient de schizophrenie, pour certains alors qu’ils suivaient de belles études (sc po Paris, Essec, médecine etc). 100% de ceux à qui j’ai posé la question consommaient régulièrement du cannabis depuis plusieurs années. Il ne m’en semble pas utile de faire cesser l’interdit qui s’attache à la consommation de cannabis en le légalisant, je crains que cela ne fasse augmenter le nombre de ces jeunes. Cela dit, il appartient aux parents de les éduquer pour tenter d’éviter cela …

Hasdrubal : Pour avoir connu des cas dans ma famille je peux attester que l usage du cannabis très jeune pendant plusieurs années a conduit à des bouffées délirantes dont on n a pu savoir si c est le début de la schizophrénie ou pas.pas le temps de le savoir car suicide rapide.etait ce le cannabis qui a potentialise une fragilité préalable existante ou l inverse ?il s agissait de cannabis acheté en Hollande à fort taux de Thc.des vies foutues,une famille effondrée. Qu on ne me parle pas d éducation qui aurait pu éviter ça.il aurait fallu isoler déscolariser pour éviter les copains pour aller où ? Il y a un vrai lobby qui monte au créneau pour défendre cette substance. On le voit dans les commentaires

Athanagore Porphyrogenete : Je n’ai toujours pas compris cette évolution récente – un siècle – qui demande à l’état de protéger le citoyen contre lui même. Ce rôle était en générale dévoué à la religion, et par extension à la morale. Quand l’état protège des citoyens d’un autre citoyen, ou d’un groupe, il joue le rôle d’un mur. c’est nécessaire. Mais quand il nous protège de nous même, il est intériorisé. C’est inacceptable. Le contrôle des stupéfiants est l’exemple typique d’un rôle abusif de l’état.

@ Athanagoire : A moins d’être Robinson Crusoé, vos toxicomanies ont un impact sur l’entourage familial et un coût social (déscolarisation, dépenses de santé). Vous faites comme si le citoyen « qu’on protège contre lui-même » n’était pas sous l’influence de processus physiologiques d’addiction qui abolissent son libre arbitre, et soumis à des pressions sociales qui le poussent à consommer. Difficile de refuser un verre, un joint ou autre dans certains contextes, tous ceux qui tentent de contrôler des consommations abusives vous le diront.

A connaître, «âge de pierre, âge d’abondance»

Le point de vue des écologistes ne pourra s’affirme que si une connaissance de base se diffuse dans la population. Il y a des expressions essentielles, à retenir et à diffuser, entre autres l’analyse de Marshal Sahlins qui déconstruit l’idée de société d’abondance.

Michel Sourrouille : « j’ai lu « âge de pierre, âge d’abondance », LE livre de Marshall Sahlins. La virgule peut prêter à interprétations. En fait cette étude démontrait que l’âge de pierre (les sociétés premières), c’était vraiment l’âge d’abondance : sans désir de superflu, il n’y avait pas sentiment de manque. Autrefois, aux temps de la chasse et de la cueillette, on vivait un sentiment de plénitude car on limitait les besoins… et donc le travail… pour avoir plus de temps libre… et être heureux. Aujourd’hui l’intérêt du moment change, de plus en plus vite. Il y a toujours un nouveau match à la télé. II y a toujours un machin de la dernière génération qu’il faut posséder et bientôt jeter à la poubelle avec l’apparition d’une nouvelle « fonctionnalité ». La période contemporaine fait courir la plupart d’entre nous derrière l’illusion de l’abondance… à crédit. »

Thierry Sallantin : « En octobre 1968, je découvre l’ethnologie en tombant dans « Les Temps Modernes » sur une communication de Marshall Sahlins en 1966 : « La première société d’abondance ». Cet ethnologue y parle de la vie agréable, en travaillant presque pas, au sein des peuples actuels vivant de pêche, chasse et cueillette. J’adhère en 1969 à l’association « Atipaya » de soutien aux indiens Wayana créée par Christian Delorme, future figure de la non-violence et de l’écologie. L’article de Sahlins ne sera republié qu’en 1976 dans « Age de pierre, âge d’abondance » (Gallimard). Je pense que l’ethnologie, en revalorisant les modes de vie « primitifs » de peuples estimés « en retard » par rapport aux « races supérieures » ou estimés « sous-développés », apporte la solution à l’impasse de la modernité. A 15 ans, je sais déjà que le mode de vie occidental est insoutenable et qu’il se répand hélas partout par ce moyen criminel de « persuasion clandestine » (Vance Packard et Stuart Ewen). »

Hervé Kempf : Guillaume Sarkozy, ex vice-président du Medef, m’avait dit un jour publiquement d’un ton vif : « Je ne crois pas une seconde qu’on puisse mobiliser les gens en disant « vous allez vivre moins bien qu’aujourd’hui ». Et demain, vous allez retourner à la bougie sans votre téléphone portable ? ». Je répliquai : « Si ceux qui ont le plus de capacité et de richesse ne reprennent pas notre destin par rapport à la crise écologique, nous irons précisément à un état de chaos social qui ne sera peut-être pas celui de l’âge de pierre, mais qui serra extrêmement négatif. Donc, s’il vous plaît, monsieur Sarkozy, employons des arguments sérieux, et ne nous envoyons pas des bougies et des blocs de pierre à la figure. » Cette anecdote illustre la propension de l’oligarchie à répondre aux questions qui dérangent par des images éculées. Jacques Attali recourut au même procédé. On l’interrogeait sur les conséquences écologiques qu’aurait la croissance forte qu’il préconisait : « La meilleure façon de ne pas polluer, répondit-il, est de revenir à l’âge de pierre ». Je ne sais si cette réponse est stupide ou méprisante.

PS : Marshall Sahlins est mort le 5 avril 2021, à l’âge de 90 ans. Il était sans conteste le plus grand anthropologue contemporain de l’Océanie. Savant inclassable, homme de terrain et infatigable pourvoyeur d’idées, il a lancé certains des plus grands débats de la discipline. En 1974, il devient professeur à l’université de Chicago, où il fera le reste de sa carrière. C’est aussi l’année où il publie Stone Age Economics (Age de pierre, âge d’abondance, Gallimard, 1976), dans lequel il déconstruit l’image fantasmée du « sauvage ». A partir de l’analyse de sociétés paléolithiques et de chasseurs-cueilleurs, il démontre que plus une société est marquée par des progrès technologiques, moins ses membres disposent de temps à accorder aux loisirs ou à la culture. Avec cet ouvrage majeur, il relègue définitivement au rayon des théories surannées l’évolutionnisme linéaire qui assimilait avancée technique et progrès social.

Le point de vue des écologistes sur ce blog

Notre tâche quotidienne est de donner sur ce blog biosphere le point de vue des écologistes. Il ne s’agit pas d’imposer un point de vue, mais de fournir des éléments de réflexion. Un désaccord ponctuel peut s’exprimer par un commentaire ; soyez svp respectueux des avis des autres intervenants sur ce blog. Vous pouvez aussi poster une contribution personnelle afin d’approfondir notre intelligence collective, pas plus de 4000 caractères à envoyer à biosphere@ouvaton.org

Notre audience reste pour le moment marginale, mais nous ne sommes qu’une esquisse dans la prolifération des initiatives qui nous amènent progressivement à penser collectivement que l’écologie est l’avenir de l’humanité si elle veut rester en bons termes avec notre Terre-mère. Nous connaissons tous les obstacles qui nous empêchent d’arriver à un consensus d’écologistes : la société du spectacle qui nous détourne des réalité biophysiques et de la pensée du long terme, la société de consommation qui nous rend complices du pillage de la planète, la société croissanciste qui ne jure que par le PIB et certainement pas par le bonheur des peuples, la société du profit qui fait passer la liberté des entreprises bien avant l’intérêt général, la société de compétition qui annihile nos tendances à la coopération et à la synergie, la société marchande qui défigure par un prix à payer le vrai sens des êtres et des choses. A tous ces obstacles à la formation d’une société écologisée, il faut ajouter la « société du commentaire » telle que définie par le texte suivant :

L’analyse de Nicolas Truong : « Des réseaux sociaux aux chaînes d’information en continu, la société du commentaire étend son influence dans l’espace public à coups de polémiques. Ce n’est pas nouveau, l’être humain est bavard. Platon dénonçait déjà l’isegoria, le droit de parole égal pour tous les citoyens d’Athènes : « Elle noie la parole du sage ». Les nouveaux moyens de communication marquent-il une avancée de la démocratie ou une régression ? Le pouvoir de « n’importe qui » de dire « n’importe quoi » peut-il déboucher sur un consensus ? Le président Macron constate : « Le problème-clé pour moi, c’est l’écrasement des hiérarchies induit par la société du commentaire permanent : le sentiment que tout se vaut, que toutes les paroles sont égales, celle de quelqu’un qui n’est pas spécialiste mais a un avis sur le virus vaut la voix d’un scientifique… On finit par ne plus croire en rien. » Le médiatique a colonisé et vidé de sa substance l’espace public, le commentaire est devenu un spectacle et l’information un divertissement. On refuse le point de vue mesuré, on valorise le clivant et le polémique, l’espace de la disputatio, qui oblige à argumenter face à un adversaire, est trop souvent aboli. Dans la société du commentaire, la délibération raisonnée laisse place à la transgression. Les opinions sont souvent réduites à l’exposition de simples pulsions. L’intellectuel spécifique qui intervient dans l’espace public à partir d’un savoir déterminé devient inaudible. L’horizontalité apparente des réseaux sociaux masque d’importantes hiérarchies, celle des réputations et des followers. La société du commentaire devient une menace pour la démocratie.   » (résumé amélioré)

Faites-nous connaître dans vos réseaux, l’intelligence collective résulte de la contamination de tous par les idées d’avenir.