spiritualités

Tout savoir sur la dissonance cognitive

Nous sommes tous soumis à des injonctions contradictoires, l’obligation d’obéir à ce que dicte notre milieu social ou professionnel et notre attachement profond à l’idée de l’acte juste, conforme à notre conscience. Soumission / volontaire, comment sortir de cet oxymore ? Le texte de 1576 d’Etienne de la Boetie sur la servitude volontaire est plus que jamais d’actualité à l’heure où nous savons pertinemment qu’il est urgent de lutter contre la surexploitation de la planète mais où tout nous incite à conforter le système croissanciste qui nous mène à notre perte. Les lanceurs d’alerte sont très rares, les complices du business as usual innombrables. C’est comme pendant la dernière guerre, les résistants sont une poignée, les collaborateurs un peu partout. Il faudrait apprendre à désobéir alors que nous sommes prédisposés par notre socialisation à suivre la voie de la facilité, à se conformer. Ce mécanisme d’injonction contradictoire peut être appelé schisme de réalité, double pensée ou dissonance cognitive. Voici quelques exemples sur ce mécanisme qui nous rend à la fois complice et victime de la société thermo-industrielle :

Philippe Gruca dans « Pouvons-nous compter sur une prise de conscience ? »

Le psychosociologue Leon Festinger a appelé « dissonance cognitive » la situation de notre psyché lorsque se mettent à l’habiter deux croyances contradictoires. De ce sentiment d’inconfort, nous tendons inconsciemment vers un état de stabilité, d’apaisement, vers un état dans lequel cette tension puisse être résolue. Lors d’une projection du film We Feed the World, une amie m’a dit avoir été particulièrement choquée par les images sur l’élevage des poulets en batterie : « Ecoute, pendant trois semaines, je n’ai plus mangé de viande. Et depuis, bon… j’en remange comme avant. » Sa conscience a refoulé les informations, elle nous fait éviter d’y penser. Un autre choix était possible, intégrer les informations nouvelles et veiller à ce que cette prise de conscience se traduise en actes. Mais la conscience ne joue pas à pile ou face : que valent vingt minutes d’images animées contre des journées, des mois et des années entières au cours desquelles nous nous mouvons dans des espaces qui n’ont que peu à voir avec la désagréable intrusion de l’élevage en batterie. Les vitrines brillent, les rues sont nettoyées, les publicités caressent de promesses, les intérieurs sont bien chauffés. Où est le problème ? Nos sociétés modernes se caractérisent par la maximisation du rapport entre l’internalisation des commodités et l’externalisation des nuisances. Quant à mon amie, elle travaille depuis chez Total et, aux dernières nouvelles, l’ambiance dans son équipe est sympa et les conditions de travail plus que confortables.

James Howard Kunstler dans « la fin du pétrole » : « C’est une constante de l’histoire humaine que les évolutions les plus importantes sont souvent les plus ignorées, parce que les changements qu’elles annoncent sont tout simplement impensables. On peut qualifier ce processus de « problème hors contexte », phénomène si éloigné de l’expérience des gens qu’ils ne peuvent comprendre les informations disponibles. On peut aussi l’appeler « dissonance cognitive ». La plupart des économistes orthodoxes ne reconnaissent aucune limite à la croissance projetée dans l’avenir. Otages de leur propre système, ils ne sont pas capables de concevoir une autre forme d’économie. Cela explique pourquoi les Américains se précipitent vers l’avenir en somnambules. La plupart des Américains imaginent que le pétrole est surabondant, voire inépuisable et que de nouvelles technologies de forage accompliront de prodigieux miracles. La réflexion s’arrête là. »

Stéphane Foucart, dans un article sur la COP21, emploie deux dénominations significatives de la dissonnance cognitive: « schisme de réalité » et « double pensée » : « Les politiques savent que nous allons dépasser le seuil de 2°C, passage vers des perturbations ingérables. Ou bien la conscience trouve le moyen d’éviter d’y penser en participant à une mascarade nommée COP21. Il y a une telle opposition entre ce qu’on sait de dramatique (ou catastrophique) de source sûre et le besoin absolu de pouvoir conserver son statut social qu’on veut ignorer ce qui fait mal pour croire à ce qui n’est qu’illusoire. Les politiques choisissent la voie du moindre effort. »

2 mars 2013, les écrits de Pascal Bruckner, cas de dissonance cognitive

11 novembre 2012, Michel Rocard souffre de dissonance cognitive, toi aussi !

Tout savoir sur l’écologie et les spiritualités

Sur ce blog biosphere, nous classons les articles par thème, rubrique « Catégories ». Voici pour 2019 le récapitulatif sur les spiritualités au pluriel. Pour nous le XXIe scièle verra l’émergence d’une nouvelle religion, dans le sens de ce qui relie et donne une cohérence à la société humaine. Ethique de la Terre, Pacha Mama, peu importe la dénomination exacte et le nom de ses prophètes du moment qu’il ne s’agit plus d’anthropocentrisme, mais d’une humanité qui se ressent à nouveau immergée dans la biosphère. Comme le point de vue des écologistes sur cette question est très diversifié, allant d’un culte particulier à une indifférence totale envers la spiritualité, nous comptons sur les commentaires postés par les internautes pour témoigner de cette exubérance. Vous avez toujours la possibilité de nous envoyer un article de votre cru, il suffit d’écrire à biosphere@ouvaton.org. A vous de nous lire selon vos centres d’intérêt.

4 décembre 2019, Ouf, l’écologie devient intelligence collective

29 octobre 2019, Coline Serreau, réalisatrice écolo

22 août 2019, Spiritualité, religion et écologie (Arturo Escobar)

25 juillet 2019, L’écologie a besoin d’une spiritualité (Satish Kumar)

16 juillet 2019, Alain Hervé, la religion, le terrorisme…

16 avril 2019, Rubrique faits divers, Notre-Dame de Paris en flammes

15 avril 2019, Rejoignez notre Alliance des gardiens de Mère Nature

11 avril 2019, L’Écologie sera l’idéologie première du XXIe siècle

10 avril 2019, En Uttar Pradesh, le cauchemar de la vache errante

1er février 2019, BIOSPHERE-INFO, Hans Jonas et notre responsabilité

et les moments forts de 2018

1er septembre 2018, Biosphere-info septembre, l’espérance en mouvement (Joanna Macy et Chris Johnston)

20 août 2018, Pour connaître l’écopsychologue Joanna Macy

19 août 2018, Pour connaître John Seed et l’écologie profonde

4 juillet 2018, La religion écologique n’est pas une religion

Retour en arrière toute, ce que dit la sagesse indienne

Notre mode de vie s’est fait sur la destruction des autres modes de vie, au début par souci d’impérialisme et aujourd’hui essentiellement pour accéder à leurs ressources en sous-sol. Au final nous avons nettement plus détruit que construit : que les cultures d’avant étaient douces ! Nous les avons détruites pour notre seul petit rêve de progrès qui a répandu la misère partout. Nous, oui, pas eux : car nous nous en satisfaisons, massivement. Un océan de destruction pour un îlot de modernité déshumanisée. Non seulement le mythe des sociétés premières précaires et violentes est faux, archi-faux, mais la nôtre de société est violente, réellement, et a créé la précarité partout ailleurs, au nom de sa réussite locale et de son idéologie qui nous aveuglent par médias interposés. Je vais vous proposer quelques sources qui contredisent votre schéma de pensée erroné, par exemple dans « Pieds nus sur la terre sacrée », c’est la nature qui parle au travers des paroles des Peaux-Rouges :

« Nous avons toujours eu beaucoup ; nos enfants n’ont jamais pleuré de faim, notre peuple n’a jamais manqué de rien… Les rapides de Rock River nous fournissaient en abondance un excellent poisson, et la terre fertile a toujours porté de bonnes récoltes de maïs, de haricots, de citrouilles et de courges… Ici était notre village depuis plus de cent ans pendant lesquels nous avons tenu la vallée du Mississippi sans qu’elle nous fût jamais disputée… Notre village était sain et nulle part, dans le pays, on ne pouvait trouver autant d’avantages ni de chasses meilleures que chez nous. Si un prophète était venu à notre village en ce temps-là nous prédire ce qui devait advenir, et qui est advenu, personne dans le village ne l’aurait cru. »

« Jadis nous étions heureux sur nos terres et nous avions rarement faim parce qu’alors les deux-jambes [êtres humains] et les quatre-jambes [animaux quadrupèdes] vivaient ensemble comme une grande famille et il y avait assez de tout, pour eux comme pour nous. »

« Il n’y a pas d’Indien qui ne se regarde comme infiniment plus heureux et plus puissant que le Français. »

« Le soleil du matin, la douce terre nouvelle et le grand silence » écrit par Black Hawk, le chef des Souks et des Foxes.

Il faut ajouter que leur mode de vie était non seulement heureux et confortable, mais écologique au sens qu’il ne détruisait rien. Mais un tel témoignage vous fera-t-il remettre en cause le progrès dont vous êtes seulement 20 % à tirer les bénéfices chimériques et pervers ? Je suis plutôt certain du contraire, au vu de ma triste et désastreuse expérience pour tenter d’ouvrir les yeux de ceux qui vivent dans les pays riches et de changer les consciences occidentales. Je vous le répète, la destruction des sociétés traditionnelles était et est encore consubstantielle à notre développement. Et nous en sommes complices lorsque nous décrétons, en boucle et en cœur, qu’on ne peut pas revenir en arrière, ou que la recherche trouvera une solution. Le fait qu’il faille arrêter de nous culpabiliser n’y changera rien : soit nous entrons en décroissance en renouant avec des manières de produire artisanales, soit nous nous fascisons encore davantage. Jusqu’à y passer à notre tour.

Robin Branchu

pour en savoir plus, http://gorgerouge.unblog.fr/2018/06/06/retour-en-arriere-toute-5-6-juin-2018/

Apprendre aux enfants à se passer de Noël

Une enseignante remplaçante du New Jersey a annoncé à ses élèves, âgés de 6 et 7 ans, que le père Noël n’existait pas. Face au traumatisme enduré, le directeur de l’école élémentaire a envoyé une lettre aux parents pour s’excuser et leur recommande de « prendre les mesures appropriées pour préserver l’innocence des enfants ». L’enseignante a été renvoyée.* Elle aurait du être remerciée, félicitée, montrée en exemple.

Car l’innocence des enfants est exploitée, dénaturée. « Le Père Noël est devenu le camelot immonde des marchands les plus fétides de ce monde. Tous ces marchands de rêve et d’illusion, véritables pirates des aspirations enfantines, colporteurs mercantiles de l’idéologie du flic, du fric, du flingue, sévissent dans les médias et les devantures. Sauter à la corde ou jouer au ballon devient un exploit quasi contestataire sur des abords d’immeubles transformés en parking. Quelles sont les tendances d’enfants élevés dans un milieu naturel et n’ayant pas à souffrir du poids des divers modes d’intoxication ? Ils courent, ils jouent dans les flaques, se roulent dans la boue, ou tentent de percer les mystères de « papa-maman ». Ils vivent, pensent, créent. Refouler ces pulsions naturelles est donc le but criminel de notre société. Le système des marchands au pouvoir a dit : J’achète le Père Noël. Les marchands tuent l’enfant, tuent les parents, tuent le jouet. »**

Noël est une chiotte ignoble et on va plonger nos gosses là-dedans ? Mais faut bien faire plaisir au gamin ! D’ailleurs ces jeux sollicitent de plus en plus de consommation électrique. Allez, tenez, on va fantasmer un peu : bientôt pour construire des EPR nucléaires, EDF s’adressera à nos gosses et leur proclamera la nécessité de l’atome pour fournir de l’électricité à leurs jouets électroniques !

* LE MONDE l’époque du 16-17 décembre 2018

** la Gueule ouverte de janvier 1973… un texte qui reste toujours d’actualité en 2019 !

Le père Noël a tué la symbolique de Noël

« NOËL C’EST QUOI ? Des échanges de cadeaux, généralement superflus. Une fête pour les enfants, avec un arbre et des lumières qui n’ont plus aucun sens. Bien entendu une occasion exceptionnelle de vente et d’affaires pour les commerçants. Et puis, la tradition veut maintenant que les autorités politiques s’en mêlent, et dans chaque commune, on tient à dresser le plus beau sapin, et de mettre dans toutes les rues importantes des guirlandes de lumière. Finalement, je crois que, dans l’opinion commune, Noël ce n’est rien d’autre qu’une occasion pour faire la fête. Autrement dit, il ne reste rien de la signification. Qui donc se demande le sens de ce qu’il est en train de faire ?

Il faudrait se rappeler que Noël est en réalité deux fêtes confondues et superposées. La fête païenne était celle du solstice d’hiver : la fin de la progression de la nuit, et le début de la reprise de l’allongement des jours. D’où les lumières allumées partout. Fête païenne, celle de l’arbre toujours vert, du sapin, qui a traversé le froid, la neige, attestant la permanence de la vie contre cet hiver qui symbolise la mort. Mais Noël se fonde aussi dans la plus ancienne tradition religieuse : la naissance de Jésus. Bien entendu, le 25 décembre n’est nullement la date réelle de la naissance de Jésus. On a choisi le moment de la fête païenne. Ainsi chaque détail de ce Noël se rattachait à une croyance qui donnait à chacun une signification de ce qu’il faisait. Tout ce qui constituait Noël était « symbolique », destiné à nous rappeler quelque chose de plus important, à nous faire revivre un événement qui avait une valeur essentielle. Mais voici que tout cela est parfaitement oublié, on fait la fête parce que c’est la fête et on donne des cadeaux parce que c’est l’habitude. Par conséquent, cette « fête » n’en est pas une.

Elle est un moment absurde où on est bien content de gaspiller pour gaspiller, la publicité nous y aidant. Et ces jours n’ont plus aucun sens, par conséquent aucune profondeur, et je dirai aucune vie. C’est ce qui me frappe souvent pendant ces journées, cette activité fiévreuse me parait extraordinairement morte. Dépouillée de ses significations, la fête de Noël, devenue simple coutume, est en réalité une fête morte et dévoile notre superficialité. Nous, hommes modernes, nous nous agitons sans que cela ait le moindre sens, nous agissons sans savoir ni le pourquoi ni le but et il en est ainsi non seulement un jour de Noël, mais hélas ! pour tous les jours de notre vaine vie.« 

résumé d’un article de Jacques Ellul (Sud-Ouest du 23 décembre 1984)

Supprimez Noël et fêtons le solstice

En Europe, les rituels liés à l’approche de l’hiver sont ancestraux. Fixer la naissance de Jésus près du jour le plus court de l’année, ce fut d’abord la tentative de l’Eglise catholique de nier un paganisme proche de la Nature. La liturgie de la Messe de l’Aurore rappelle que la nuit est passée, le jour est avancé. La fête de la Saint Nicolas (Nicolas de Lycie, protecteur de tous les enfants) était célébrée le 6 décembre. En France les catholiques, qui depuis longtemps s’échangeaient des petits cadeaux à Noël le 25 décembre en l’honneur de la naissance du Christ, ont résisté un temps au « père Noël ». Mais entre le XIX et le XXe siècle, des chrétiens associent cette « fête des enfants » à celle de l’Enfant Jésus : Saint Nicolas fera désormais sa tournée la nuit du 24 décembre.

L’invention du père Noël résulte d’un détournement historique complémentaire. L’Église catholique avait décidé de remplacer les figures païennes par des saints pour marquer son pouvoir. Saint Nicolas de Lycie désignait le saint protecteur des tout-petits car, selon la légende, il aurait ressuscité trois enfants trucidés par un horrible boucher. Mais il était fêté le 6 décembre : un personnage, habillé comme on imaginait que saint Nicolas l’était (grande barbe, crosse d’évêque, grand vêtement à capuche), va alors de maison en maison pour offrir des cadeaux aux enfants sages. C’est seulement en 1809 que l’Américain Washington Irving a créé le personnage du Père Noël. La mondialisation du Père Noël peut commencer, y compris avec sa couleur rouge, utilisée dès 1866. De nombreuses firmes avaient déjà utilisé cette symbolique dans des publicités, mais Coca-Cola a largement contribué à fixer l’image actuelle : à partir de 1930, une série de publicités pour la marque Coca-Cola utilise le costume rouge et blanc. Le système marchand s’empare dorénavant des mythes religieux.

En 1900, il suffisait d’une orange donnée à un enfant pour avoir l’impression d’un immense cadeau. De nos jours les consoles de jeux vidéos du père Noël finissent par intoxiquer les jeunes esprits autour d’un arbre à cadeaux. Le père Noël n’est qu’un hérétique dont la hotte va être garnie par les marchands du Temple. L’enfant Jésus est bien oublié, Noël est devenu la fête des marchands. Même des pays n’ayant pas de tradition chrétienne comme la Chine utilisent désormais le 25 décembre comme outil de vente. Rien n’est plus emblématique de l’esprit de notre temps que cette fête de Noël (censée représenter la naissance du fondateur d’une religion à l’origine ascétique) qui a dégénéré en un rite purement commercial et mène à son paroxysme la fièvre consumériste. Il nous faut supprimer le père Noël et son emprise commerciale. Il nous faut supprimer Noël et l’emprise de la religion du Dieu unique sur nos pensées. Il nous faut revenir à des fêtes tournées vers la nature endormie au moment du solstice d’hiver le 22 décembre qui correspond à la nuit la plus longue dans l’hémisphère nord.

Le père Noël vu par des yeux d’enfants

Il s’agit d’enfants de CE1 mais cela peut se passer partout en France. Un garçon dit ne pas croire au père Noël. Les autres lui rétorquent : « Attention, si tu n’y crois pas, tu n’auras pas de cadeaux ! » Ce mécanisme d’intimidation est fréquent : « Attention, si tu ne crois pas en Dieu, tu iras rôtir en enfer… »

– Une fillette de cinq ans a fait une liste pour le père Noël longue comme un jour sans pain. Un membre de sa famille lui pose la question : « Si tu n’avais qu’un seul choix à faire, lequel ferais-tu ? » Et la petite fille de répondre sans sourciller, « Premièrement celui-ci, deuxièmement celui-là, et aussi… » Comme chacun sait, la société de consommation ne connaît pas de limites dès le plus jeune âge.

– Ce petit garçon ne croit plus trop au père Noël. Son oncle veut lui faire sentir les limites de toute chose : « Et si ta maman n’a pas assez d’argent pour t’offrir des cadeaux à Noël. » Sans se démonter, l’enfant envisage immédiatement de changer de mode de garde et d’aller vivre chez son père. L’affectif dans une famille n’est plus ce qu’il était.

– Dans cette famille, c’est terrible. Dès que les cadeaux sont achetés et cachés, les enfants ont un sixième sens pour le deviner ; ils exigent d’avoir ces cadeaux immédiatement tout de suite sans attendre le jour de Noël. Pourtant il y a de fortes chances que ces cadeaux soient oubliés aussitôt qu’ouverts.

Ainsi va le conditionnement dans la société des marchands. Cela commence très tôt, dès le jour de Noël et chaque fois qu’un enfant passe devant la caisse d’un supermarché où s’amoncelle (à sa hauteur !) les friandises. Mais on peut toujours rencontrer pire, par exemple l’objet en caoutchouc que machouille le bébé et qui a la forme d’un portable.

Si vous avez d’autres histoires d’enfants intoxiqués par la société de consommation, prière de les mettre en commentaire sur ce post, merci… ou de nous les envoyer à biosphere@ouvaton.org

Ouf, l’écologie devient intelligence collective

Un maelstrom de conversions à l’écologie parcourt LE MONDE. Le plus réconfortant, c’est que cela touche tous les centres de pouvoir, élus, médias, culture… Ainsi par exemple :

– Au congrès des maires, l’écologie s’impose comme un « thème incontournable : « Moins de voitures, plus de verdure ! « , « Aménager des îlots de fraîcheur dans la cité », « Des solutions pour une route plus durable », plus rien ne sera comme avant dans la prise de conscience… (LE MONDE du 22 novembre 2019)

– Pour sauver la planète, commençons par lire : numéro de « la Grande Librairie » avec Pierre Rabhi, apôtre d’une sobriété heureuse, Cyril Dion, cofondateur du mouvement Colibri, Emmanuelle Pouydebat (Comment les animaux nous inspirent), Hubert Reeves et sa prise de conscience progressive de l’écologie… (LE MONDE du 27 novembre 2019)

– Un collectif surnommé « The Freaks » composé d’une soixantaine d’artistes, s’engage à mettre en pratique et à diffuser une liste de petits gestes permettant de réduire drastiquement notre impact sur la planète : « Pour agir contre le dérèglement climatique, il est temps de passer de la parole aux actes… » (LE MONDE du 29 novembre 2019)

– Les discours de fin du monde sont-ils utiles ? Oui car les perspectives catastrophistes peuvent être de vrais aiguillons démocratiques…L’effondrisme fait faire des choses qui ne sont pas des formes de mobilisation classique, mais il ne s’agit pas moins de politique…(LE MONDE du 29 novembre 2019)

Tout cela, ce n’est qu’un simple frémissement de la pensée collective, mais que ça fait du bien de ne pas se sentir complètement seul pour agiter le tocsin avec ce blog biosphere et quelques intellectuels hors norme !

Coline Serreau, réalisatrice écolo

Solutions locales pour un désordre global était un film-documentaire de Coline Serreau, en lien avec un livre de 2010. Elle y exprimait son point de vue écolo en introduction : « L’un de nos grands chantiers philosophiques actuels est d’accepter que l’humain n’est supérieur à rien. L’accepter, c’est vivre une blessure narcissique très violente, du même ordre que celle qui nous a frappé lorsque nous avons découvert que la Terre était ronde, tournait autour du soleil, qui n’était lui-même qu’une banale étoile semblable à des milliards de milliards d’autres dans un univers dont les véritables dimensions nous échappaient. Les généticiens ont été très vexés de découvrir qu’une simple plante comme l’orge avait deux fois plus de gènes que l’homme. Les humains s’autoproclament la race la plus évoluée, ils devraient avoir l’intelligence de s’interroger sur cette soi-disant supériorité… Nous ne pouvons plus dépendre du bon vouloir des marchands et des politiques en ce qui concerne notre survie. Les gouvernants sont devenus les gérants et les valets des multinationales. Une des solutions, c’est le « retour en avant ». Retrouver à travers de petites structures locales une autonomie alimentaire sans produits chimiques, qui nous rende notre liberté et assure notre subsistance. » Voici quelques autres réflexions de Coline Serreau, née le 29 octobre 1947, qui méritent lecture :

« J’ai passé mes premières années à vivre dans la nature, j’ai passé ma jeunesse dans les arbres, à faire cent mètres en traversant de branche en branche, c’est pourquoi j’ai une conscience écologique ; mais la pensée se travaille aussi grâce à des lectures. J’ai commencé à lire de manière assidue vers 6-7 ans, et aussi à écrire. A 15 ans, j’avais lu tout Freud. Puis je me suis attaquée au marxisme, leur analyse de la société de classes est d’une importance fondamentale. Dès 18 ans je me suis attelée à la littérature féministe et aux premiers ouvrages sur l’écologie. Le massacre de la Terre vient du patriarcat. La Terre, sur le plan symbolique, c’est la mère, la femme, la fécondité. Si le corps de la femme m’appartient, la Terre m’appartient. Le patriarcat nous a formatés, il faut en sortir. Mais je ne suis pas féministe, parce que ça donne l’impression qu’on se bagarre pour sa boutique. L’écologie et le mouvement des femmes n’ont pas encore leur cadre théorique, mais ça va venir… J’ai découvert « l’âme des arbres ». C’était dans les années 1990, une nuit à Nantes. J’attendais un taxi et je me mets à entendre, au milieu du silence, le bruissement d’un arbre et de ses feuilles. C’était comme une parole. J’ai le sentiment, tout d’un coup, qu’on a des gens en face de soi, que tout est vivant, comme nous, pas mieux ni moins bien. Il y a aussi une rencontre fondamentale. Michèle Rivasi (Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité (Criirad)), m’a un jour invitée dans son labo et j’ai découvert quelque chose que je n’ai jamais oublié : l’énergie de la pierre.

Je ne suis pas optimiste, c’est sauve-qui-peut. Il faut se mettre aux abris, en groupe, avec de la terre, de l’eau et du bois. Je ne suis pas collapsologue, mais je suis pour le boycott et pour le « devenez riche, n’achetez plus ». Et puis il y a un hôpital dans notre corps. Il faut arrêter d’ingurgiter des toxines toute la journée. Mais c’est compliqué, c’est une bagarre, moi aussi, j’en suis pleine. On est empoisonné et tout le monde s’en fout. » (extraits, LE MONDE du 20-21 octobre 2019)

Bon anniversaire, Coline…

Spiritualité, religion et écologie

– Toute politique renvoie à un ensemble de prémisses fondamentales sur ce que sont le monde, le réel, la vie, donc à une ontologie (une métaphysique).

– Dans l’ontologie moderne, appelée dualiste car basée sur la séparation radicale ente nature et culture, le monde est peuplé d’individus qui se meuvent sur des marchés. Un tel postulat conduit à la monoculture.

– Le développement a échoué en tant que projet socio-économique, mais le discours du développement contamine encore la réalité sociale.

– Lorsque les fissures du maillage ontologique individu-marché-technoscience se feront plus visibles avec l’aggravation de la crise environnementale, on percevra de plus en plus nettement la forme relationnelle.

– Aucun entité ne préexiste aux relations qui la constituent. Une fleur n’existe pas, elle inter-existe. Des liens de continuité existent entre toutes les formes du vivant. Une ontologie relationnelle implique une culture diversifiée de type agro-écologique.

– Tout être vivant, y compris bien sûr l’être humain, n’est autre que l’expression de la force créatrice de la Terre. Les conceptions qui découlent de cette conviction, par exemple celles des ethnies qui se battent paru la défense de la Terre-mère, sont des visions anticipatrices.

– Aujourd’hui on voit bien que la crise écologique a le potentiel de déstabiliser n’importe quel contexte de développement existant, n’importe quelle promesse de développement.

– La montée des fondamentalismes religieux suppose un rejet de la modernité à l’occidentale.

Arturo Escobar

extraits de son livre « Sentir-penser avec la Terre (une écologie au-delà de l’Occident) » aux éditions anthropocène, le Seuil

Les suppôts de l’économisme sévissent sur LM

Christophe Ramaux* : « Les collapsologues ravalent le politique à un mode religieux.L’écologie mérite mieux que la régression des nouveaux prophètes de l’apocalypse. Le réchauffement climatique dépend de la population, mais la dernière bombe démographique en Afrique devrait être résorbée à la fin du siècle). Miser sur la réduction de la croissance économique annihilerait le développement (le soulèvement des « gilets jaunes » atteste l’étendue des besoins insatisfait). L’écologie elle-même exige un surcroît de croissance : rénovation du bâti, etc. Ne trompons pas le monde : la pérennisation des retraites et la hausse du pouvoir d’achat ne pourront se faire, à PIB constant, uniquement par la réduction des inégalités. Le découplage relatif – augmentation des gaz à effet de serre (GES) inférieure à celle du PIB – a déjà commencé à l’échelle mondiale, le découplage absolu n’est pas hors d’atteinte. La réduction de l’intensité carbone de l’énergie implique d’abandonner les énergies fossiles au profit du nucléaire. L’histoire fourmille de promesses d’émancipation abîmées par le dogmatisme. Puisse l’écologie y échapper. » Les commentateurs sur lemonde.fr en savent beaucoup plus que ce prof en Sorbonne :

Hervé Corvellec : Une chronique dogmatico-religieuse qui accuse les autres de dogmatisme religieux.

Macadam : Très étonné de voir un économiste « atterré » tenir de tels propos… Arguments consensuels et sans intérêts, lieux communs et fausses affirmations : affligeant. Pour une personne supposément défenseur d’une pensée économique hétérodoxe, ce discours reprend intégralement les arguments mainstream et dépassés que vous étiez censé combattre. Ignorez-vous tout des courants d’économie écologique ? Le découplage est un concept absurde, comment voulez-vous séparer les flux d’énergie et de matière de l’économie. Vu que vous semblez un peu perdu sur le sujet je vous conseille de relire des auteurs comme Georgescu-Roegen (début du 20ème pourtant) qui montrait très tôt qu’on ne pouvait faire dans l’économie sans prendre en compte une biosphère limitée (en se basant sur la 3ème loi de la thermodynamique : l’entropie).

GM80 : Le premier problème que je repère dans votre article cher Monsieur Ramaux c’est de penser que «... le politique a longtemps été pensé sur un mode religieux, à l’image du communisme. Cette page a été tournée en 1989,… ». Donc d’après vous le mode religieux ne s’appliquerait pas aux politiques néolibérales que nous connaissons depuis? En l’invisibilisant vous construisez un discours qui ne peut être concluant car déjà orienté idéologiquement. Vous êtes « hors-sol » comme pourrait le dire Bruno Latour. Qui d’ailleurs parle très bien d’écologie de religion et de politique dans Face À Gaia que je vous conseille fortement.

Laverdure : Au secours, le dogme de la Croissance éternelle est en danger ! Vite, mobilisons quelques sous-diacres assez idiots pour répéter les vieilles antiennes sur un air nouveau. L’OPEP l’a bien dit, la principale menace qui nous pend au nez vient de ces damnés écologistes. Qu’ils rôtissent dans l’enfer du réchauffement climatique incontrôlé. Nous aurons toujours des climatiseurs…
Au fait, invoquer les fins de mois difficiles des Gilets Jaunes pour justifier la croissance à tous prix témoigne d’une sacrée mauvaise foi. Et si l’on répartissait les richesses autrement ?

piotr veliki : Votre dogmatisme religieux, à vous, M. Ramaux, peut se nommer « angélisme économique ». Croyez-vous sincèrement que tous ceux qui ont engagé une course folle au profits, dont le moteur est la cupidité ( ce qui rime avec stupidité) vont benoîtement cesser ? Et je ne parle pas que de la partie des « ultra-riches » qui ignorent purement et simplement « la vie des vivants » mais de cet « accroissement du POUVOIR d’achat » que vous semblez appeler de vos vœux. P.S. : combien de piscines privées ont été construites cet été ?

Michel Lepesant : Tout discours politique n’a pas toujours un mode religieux ? Politique et religion partagent des objectifs communs : proposer explication et sens du monde qui permettent à chacun de donner un sens à sa vie. Faut-il à la dimension apocaplytique des collapsologues leur opposer l’autre alternative théologique : le miracle !

c3po : Ô Grand PIB,
Toi qui nous guides depuis 70 ans,
Toi qui nous a enseigné que les ressources naturelles étaient gratuites et illimitées,
Mène-nous vers la lumière en ces temps obscurs
Où les physiciens, chevaliers de l’Apocalypse prétendent
Que le monde que Tu nous as donné connait des limites physiques,
Et apporte nous la Croissance Éternelle.
Amen

* LE MONDE du 16 août 2019, Christophe Ramaux : « Les collapsologues ravalent le politique à un mode religieux »

L’écologie a besoin d’une spiritualité

À l’âge de 9 ans, en Inde, Satish Kumar quitte sa famille pour devenir un moine jaïn : « Selon la tradition indienne, un enfant n’est pas un adulte sous-développé, comme on a tendance à le croire en Occident, mais il a une claire compréhension de ce dont il a besoin. Mon père est mort alors que j’avais 4 ans, un moine jaïn que j’interrogeais m’a répondu qu’il était possible d’échapper au cycle de la vie et de la mort en renonçant au monde. Alors, contre l’avis de ma mère et de mes frères, j’ai prononcé mes vœux et j’ai rejoint un monastère jaïn.J’ai été initié aux deux préceptes d’une existence en marche vers son accomplissement. La non-violence, d’abord, est le principe de vie suprême. Ne fais pas le mal, ni à un autre, ni à la nature, ni d’abord à toi-même. C’est une sorte d’amour, prends soin du monde extérieur et de ton monde intérieur. Et le deuxième grand principe spirituel est celui du non-attachement. Je suis en relation avec les êtres et les choses, mais je ne m’en approprie aucune. Je ne suis pas un être englué. La chaise sur laquelle je suis assis est une bonne chaise, j’aime cette chaise, je la remercie. Mais, pour autant, je n’affirme pas qu’elle est à moi et que personne ne peut la prendre. Quand je veux m’en aller, je la quitte. L’attachement est un fardeau qui ne t’apporte que malheur : «ma» femme, «ma» maison, «ma» mère, «mon» argent, «mon» job, «moi, moi, moi» ! Or même le moi ne m’appartient pas. Il est tissé de non-moi : de ces cinq éléments universels, selon la tradition jaïn, que sont la terre, l’eau, l’air, le feu et la conscience. Si j’oublie cela, je me condamne à vivre dans la séparation d’avec la nature, d’avec les autres et finalement d’avec moi. La diversité n’est pas séparation : nous procédons tous d’une réalité unique qu’est la nature. Voilà pourquoi nous devons agir sans violence ni attachement envers elle, afin de la laisser être.

Pourtant j’ai quitté le monastère. J’avais 18 ans lorsqu’un ami m’a transmis en secret l’autobiographie de Gandhi. Lui aussi prônait la non-violence et le non-attachement, mais à la différence du jaïnisme, il affirmait que ces principes devaient s’exercer dans le monde, et non pas hors du monde : en faisant de la politique, en participant à la vie économique, en s’investissant dans l’éducation. Cette lecture a eu sur moi l’effet d’une révolution spirituelle. Une nuit, alors que tout le monde dormait, je me suis enfui du monastère. Et j’ai rejoint un ashram gandhien.L’ idée que nous sommes tissés de nature nous est devenue étrangère : les Occidentaux se vivent comme en exception de la nature… Mais l’hypothèse Gaïa, de James Lovelock, énonce que l’ensemble du vivant sur la Terre forme un superorganisme qui s’autorégule harmonieusement. Si l’on accepte cette idée, nous devons sortir d’une vision mécaniste où chaque cause aura un effet déterminé. Il y a des effets de feedback et de boucle : une interdépendance constante, comme on s’en rend compte aujourd’hui avec le désordre climatique. Cette vision scientifique de Lovelock doit être complétée par la vision éthique d’Arne Naess, philosophe norvégien et fondateur de la deep ecology (écologie profonde). Les plantes, les animaux, les rivières et les montagnes ont un droit intrinsèque à vivre. Il n’y a pas un sujet «homme» et un objet «nature». Il n’y a que des sujets ! Et tous dépendent les uns des autres. L’homme est à la fois l’observateur et l’observé. Avec Lovelock et Naess, nous commençons à nous approcher d’une science, que j’appelle de mes vœux, qui ne serait pas séparée de la spiritualité. J’étais en quête d’une trinité capable d’incarner notre nouvelle histoire : un paradigme neuf dont nous avons besoin pour penser les défis qui nous attendent. La trinité française «Liberté, Égalité, Fraternité» est magnifique, mais ne vise que l’homme et oublie la nature. Quant à la trinité new age du «Mind, Body, Spirit» (l’intellect, le corps, l’esprit), elle néglige la société. D’où ma proposition : «la Terre, l’âme, la société» (Soil, Soul, Society). J’entends certains dire : «Je m’engage pour l’écologie.» D’autres : «L’urgence, c’est le combat pour la justice sociale.» D’autres encore : «Je médite car seul l’éveil spirituel compte.» Ça ne peut pas marcher ! Comme nous l’enseignons au Schumacher College, nous devons faire les trois à la fois : prendre soin de la Terre, c’est prendre soin de son âme ; prendre soin de son âme, c’est se donner les moyens de s’engager de manière juste en politique, et ainsi de militer en retour pour une société favorisant la vie de l’âme et la préservation de la nature. Car le changement ne viendra pas du sommet – dirigeants politiques ou multinationales -, mais de la base : d’une prise de conscience des gens ordinaires. Je reste convaincu que nous pouvons aller vers une société meilleure. Mais ça ne peut pas être un objectif mesurable, planifiable, maîtrisable. C’est un voyage : un pas après l’autre, une action après l’autre. Attentif à ce qui, imprévu, émerge et nous appelle.

La «révolution de l’amour», comme on disait du temps de ma jeunesse, doit commencer par un acte de paix envers soi-même. J’admire Greta Thunberg, mais je l’ai mise en garde : si tu agis par peur, tu seras forcément déçue par le résultat de ton action. Cela ne se passe jamais comme on veut. Alors que si nous agissons par amour, chacune de nos actions, même la plus quotidienne, est un accomplissement, une joie, elle se suffit à elle-même. Agissons en confiance. Nous réussissons ? C’est un cadeau de l’univers ! Nous ne réussissons pas ? Cela valait malgré tout la peine d’être fait. Il s’agit donc d’agir, mais sans s’attacher au résultat ? » (source, Mme Le Figaro, 22 juillet 2019)

Deux lectures pour une formation à l’écologie spirituelle :

Pour une présentation de la spiritualité de Satish Kumar, « Tu es donc je suis – une déclaration de dépendance » (1ère édition 2002, Belfond, 2010) :

http://biosphere.ouvaton.org/de-2000-a-2006/1260-2002-tu-es-donc-je-suis-une-declaration-de-dependance-de-satish-kumar-parution-francaise-belfond-2010

La présentation de « Small is Beautiful » d’Ernst Friedrich Schumacher a été faite par Satish Kumar dans son livre« Pour une écologie spirituelle » (Belfond, 2018), lire :

BIOSPHERE INFO, Small is Beautiful

Alain Hervé, la religion, le terrorisme…

Religion : L’ouvrage philosophique qui sert de référence aux temps modernes, dans lequel on célèbre la religion du plus vite, plus grand, plus gros, plus riche, plus n’importe quoi… s’intitule le Livre Guiness des records.

Supposons que Dieu ait décidé de se reposer le sixième jour, ait oublié de nous créer. A vue de galaxie on peut dire que ça ne changerait rien. Le printemps n’attendrait pas les météorologues pour se présenter, et les grenouilles jouiraient aussi bien du clair de lune sans l’éclairage urbain. Pensons que la vie est tout, et l’homme est le reste.

Terrorisme : Si nous brûlons le pétrole du Proche-Orient dans nos voitures, si nous nous éclairons à l’énergie nucléaire, si nous achetons notre nourriture au supermarché, si nous passons des heures sur Internet… alors, nous appartenons à la civilisation des tours. Alors nous sommes des cibles pour ceux qui ont été chassé de leurs terres par les monocultures, par la construction de grands barrages, par la déforestation… pour tous ceux qui ont été chassés de leurs traditions, de leurs cultures, de leur civilisation.

Urbanisation : Lorsqu’une ville juge nécessaire de s’équiper d’un métro, c’est qu’elle est devenue trop grande. Les habitants ne réussissent plus à se croiser en surface. On les enterre. Paradoxe apparent : c’est dans le métro que l’on trouve le plus grand nombre de publicités pour l’espace, les produits naturels, l’air, le soleil, le confort, la paresse, l’eau pure, et le sexe.

La prolifération humaine dans les magmas urbains, que l’on persiste à appeler des villes, ne semble pas une réussite du bien vivre. Sauf pour d’infimes minorités. Ce sont plutôt des amas de larves affamées qui formeront les milliards dont on peut dire avec certitude qu’ils n’accéderont jamais à la qualité d’hommes, ni même de sujets de la société de consommation. Ce sont les déchets de la religion nataliste.

Homosexualité et décroissance, une révolution éthique

Les valeurs aujourd’hui se modifient à toute allure, mais pas toujours, pas encore. Pierre Palmade n’a plus peur de renouveler son coming out, Dominique Méda se lamente du fait que l’idée de décroissance économique patine. Mais un jour chacun vivra sa sexualité à sa guise tout en ayant dès sa naissance délimitation stricte de son quota de CO2.

Pierre Palmade* : A la fin des années 1960, je me suis affiché une fois avec un garçon à Bordeaux et j’ai été la risée de tout le lycée. Dans ces années-là, on ne parlait pas d’homophobie, puisqu’on ne parlait même pas de l’homosexualité. Donc il n’y avait pas de mots sur ce que je ressentais. Je suis d’une génération qui est passée de la honte à la loi pour le mariage pour tous… C’est le virage le plus historique de la société sur l’homosexualité. C’est incroyable ce changement de regard. Il y a encore quinze ans, si une personne traitait de pédé quelqu’un dans la rue, on regardait le pédé. Maintenant, on regarde l’homophobe. Le délit a changé de camp.

Dominique Méda** : l’économiste Michel Husson a ainsi montré que même si l’intensité en CO2 (la quantité de CO2 émise pour produire une unité de PIB mondial) baissait deux fois plus vite qu’au cours des quarante années passées, une baisse annuelle de 1,8 % du PIB mondial serait nécessaire pour atteindre les objectifs fixés par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC)…Nous sommes quelques-uns à prôner, depuis la fin des années 1990, sinon l’abandon du PIB comme indicateur de référence, du moins son encadrement au sein de normes environnementales et sociales strictes (possiblement représentées par deux indicateurs non monétaires : l’empreinte carbone et l’indice de santé sociale) dans une société que nous qualifions de « postcroissance », une société qui ne se donne plus pour objectif principal d’obtenir des gains de productivité ou de croissance mais de répondre aux besoins sociaux en visant des gains de qualité et de durabilité. Aujourd’hui, l’objectif principal est de diminuer la production de CO2 de la manière la plus égalitaire possible, y compris en adoptant des quotas carbone individuels. De cela, malheureusement, il n’est guère question aujourd’hui.

Greenpower : La phrase clé c’est «quota de CO2 individuel». Mais sur quelle base distribue-t-on de tels quotas ? La France est à 10t/an/hab quand il ne faudrait pas dépasser 2. Alors comment fait on pour diviser par 5 ? Comment découpler progrès technique et croissance industrielle ? À quelle époque la France a t elle atteint le chiffre de 2t/an/ hab ? Avant la Révolution industrielle probablement. Quelles seront les sanctions si vous dépassez votre quota ? On se dirige vers la dictature écologique voilà.

le sceptique ;Si la nature est un bien commun, si l’objectif est sa modification minimale, si le sol, l’air, l’eau, le climat, le vivant doivent être surveillés et si ce qui les impacte doit être contrôlé pour rester dans une enveloppe d’équilibre, alors chacun naîtra en effet avec un quota d’impact jugé soutenable, chacun sera surveillé pour ne pas dépasser ce quota, y compris dans sa vie privée et sa propriété privée. Je ne vois pas trop d’autre aboutissement logique aux présupposés de départ (l’écologie).

* LE MONDE du 28-29 avril 2019, Pierre Palmade : « Je veux m’éloigner de mes démons »

** LE MONDE du 28-29 avril 2019, Dominique Méda : « La croissance est-elle la meilleure ou la pire des choses ? »

L’affaire Vincent Lambert, l’euthanasie en suspens

Euthanasie en suspens, il y a des décisions qu’on n’arrive pas à prendre. Appelé à se prononcer pour la seconde fois sur le cas de Vincent Lambert, le Conseil d’Etat a jugé, mercredi 24 avril, que la décision d’arrêt des traitements prise le 9 avril 2018 à l’issue d’une procédure collégiale portée par le docteur Vincent Sanchez, le chef de l’unité de patients cérébrolésés du CHU de Reims (Marne), était conforme à la loi.* Sur ce blog biosphere, nous avons suivi les pérégrinations de la loi :

10 mai 2018, Le purgatoire à perpétuité pour Vincent Lambert

8 juin 2015, Affaire Vincent Lambert : la loi européenne tranche

7 juin 2015, Vincent Lambert et le droit de mourir dans la dignité

16 janvier 2014, Vincent Lambert, qui peut décider de sa fin de vie ?

Pour complément d’analyse, donnons la parole aux commentateurs sur lemonde.fr, tous unanimes pour condamner l’acharnement thérapeutique :

jjdr : Ça c’est de l’agonie de professionnel, bravo ! Au passage on dirait que les lois Léonetti ne servent à rien juste à leurrer les gogos !

Ac : Ce qui est le plus tragique dans cette histoire, c’est l’hypocrisie de nos lois. Les médecins vont arrêter les traitements et laisser « la nature suivre son cours ». Donc, laisser M. Lambert mourir de faim et de soif (surtout de soif) jusqu’à ce que son cœur lâche. Car ils n’ont pas le droit (et pour certains pas l’envie) d’agir autrement. Chaque dose de morphine administrée est surveillée, documentée. Quand on est en fin de vie, mieux vaut ne pas avoir le cœur trop solide (ni un pacemaker).

Sur : Une sédation profonde et continue empêche toute ressenti de douleur, d’etouffement, de faim ou de soif ou …, et aboutit rapidement à un décès. C’est certain.

Olivier : Le CHU mobilise combien de personnes pour s’occuper de lui ? Et combien de personnes bien vivantes sont elles négligées, subissent elles des retards de prise en charge ? C’est une aberration de notre système. Aux USA ils auraient déjà été mis dehors pour non paiement, idem en Inde ou en Chine. C’est à cause de tels excès que notre système est fragilisé. C’est inhumain mais tellement divin. Je me demande qui paie leurs divers actions en justice, et quand leur sera envoyée la facture du CHU !

advitem eternam : Ces parents sont ignobles, ils empêchent leur belle fille de refaire sa vie, usent et abusent de la générosité de leurs concitoyens (qui financent la sécu), maintiennent artificiellement leur fils (qui n’aurait pas souhaité cela) et n’assument aucun frais de justice. Mais Dieu observe et pour tout cela il les enverra en enfer, la justice humaine et divine passera.

Domnick : Des parents qui préfèrent une idéologie à leur fils sont immatures et dangereux. Quel acharnement, quelle cruauté au nom de grands principes. Là et ailleurs, l’intégrisme n’a pas un beau visage.

Pognon dingue : Si on faisait payer aux parents la journée de soins intensifs ils changeraient d’avis

Bibi de Bordeaux : Qu’en est-il réellement de l’intérêt de ce pauvre garçon, pris en orage par des jusqu’au-boutistes ? Plus généralement, une immense majorité de français est favorable à une loi reconnaissant le droit de mourir dans la dignité et le suicide assisté. Par quelle lâcheté des hommes politiques sommes-nous pris en otage ?

Maï : Même si la loi sur la fin de vie n’est pas parfaite, mieux vaut que tout adulte dès 18 ans exprime ses directives personnelles de fin de vie et désigne sa-es personne-s de confiance chargée-s de faire appliquer les dites directives au cas où il ne pourrait plus s’exprimer.

Enkidou : Quand on voit les conséquences humaines et le coût pour la collectivité engendrés par l’obstination déraisonnable de ces gens, difficile d’admettre que la loi française ne doive pas être modifiée. Il est incompréhensible et inadmissible que, s’agissant d’une personne majeure au moment de l’accident, les parents de la victime aient ce droit de tourment perpétuel, au détriment, en l’occurrence, de son épouse. Cf. Genèse 2:24 : l’homme quittera son père et sa mère et s’attachera à sa femme …

Pierre HUBU : Puisque les parents sont cathos tradis, je ne comprends pas pourquoi ils ne laissent pas leur fils bien aimé s’envoler loin de cette vallée de larmes pour rejoindre un monde meilleur où des angelots à ailes blanches lui chanteront de jolies chansons en attendant le Résurrection. Pendant ce temps là, il ne coûtera plus rien à la Sécu dont l’argent pourra être mieux employé à soigner les vivants plutôt que de maintenir les quasi morts en une vie artificielle..

Épilogue de cette histoire sans fin : Dans un communiqué publié peu après l’annonce de la décision du Conseil d’Etat, Pierre et Viviane Lambert, proches des catholiques intégristes de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X, ont annoncé via leurs avocats le dépôt de deux recours au fond, « sur des fondements différents », devant la CEDH et devant le Comité des droits des personnes handicapées des Nations unies. « La décision du Conseil d’Etat n’est donc pas définitive et la décision de provoquer la mort de Vincent Lambert ne peut pas être exécutée », écrivent-ils.

* LE MONDE du 25 avril 2019, Affaire Vincent Lambert : le Conseil d’Etat valide la décision d’arrêt des traitements

Rubrique faits divers, Notre-Dame de Paris en flammes

Étonnant qu’un discours qui devait clore le Grand débat en France soit complètement oublié pour une cathédrale qui brûle. Le musée du Louvre brûlerait-il intégralement que rien ne serait véritablement changé sur cette Terre. A plus forte raison quand Notre-Dame de Paris connaît un incident de parcours. Notre république est soumise à la dictature des faits-divers. Dès 18h50, les premières flammes sont apparues sur le toit de l’édifice touristique ; quelques instants plus tard, Emmanuel Macron reporte à une date non déterminée l’allocution télévisée qu’il devait prononcer ce lundi 15 avril à 20 heures pour conclure le Grand débat. Qu’est-ce qui était le plus important, la manière de structurer notre avenir ou quelques pensées éparses pour notre passé religieux ? Qu’est-ce qui est le plus important, se laisser emporter par une émotion artificiellement construite autour de quelques pierres et charpente ou agir rationnellement contre les émissions de gaz à effet de serre ? Faisons le tour des réactions politiques*, unanimes pour masquer leurs différences en célébrant l’unité nationale autour des vestiges d’un passé dédié à un dieu abstrait, trop loin de nos contingences bio-physiques  :

Emmanuel Macron : « Notre-Dame de Paris en proie aux flammes. Emotion de toute une nation. Pensée pour tous les catholiques et pour tous les Français. Je suis triste ce soir de voir brûler cette part de nous. Notre-Dame c’est notre histoire, notre littérature, notre imaginaire, le lieu où nous avons vécu tous nos grands moments, nos épidémies, nos guerres, nos libérations. Cette histoire, c’est la nôtre, et elle brûle.  »

Jean-Luc Mélenchon : « Notre-Dame est depuis plus d’un millier d’années le métronome des Français. (…) Ce bâtiment est un membre de notre famille à tous et, pour l’instant, nous sommes en deuil… Il y a ceux pour qui la main de Dieu est à l’œuvre dans l’édification de ce bâtiment. Mais ils savent que si elle y paraît si puissante, c’est sans doute parce que les êtres humains se sont surpassés en mettant au monde Notre-Dame », souligne le député des Bouches-du-Rhône, qui a demandé « vingt-quatre heures de pause politique ».

Laurent Wauquiez : « Désolation en voyant partir en fumée ce symbole de nos racines chrétiennes, de la littérature de Victor Hugo. C’est tout une part de notre histoire, de nous-mêmes, qui brûle ce soir ».

Marine Le Pen : « Les dégâts sont terrifiants. Tous les Français ce soir ressentent un chagrin infini et un vertigineux sentiment de perte. »

De François Hollande à Nicolas Sarkozy, en passant par François Fillon ou Jean-Marc Ayrault, la plupart des anciens dirigeants français sont sortis de leur retraite pour dire leur émotion et appeler à l’implication de chacun dans la reconstruction de l’édifice. Ah, si la même unanimité pouvait se réaliser autour de la condamnation d’une croissance économique sans issue…

* LE MONDE du 17 avril 2019, Incendie de Notre-Dame de Paris : et soudain, le monde politique français se rassemble dans l’émotion

Rejoignez notre Alliance des gardiens de Mère Nature

Dans une tribune au « Monde », quatorze représentants de peuples indigènes de différents continents, dont ceux de l’Amazonie brésilienne, lancent un appel à protéger le caractère « sacré » de la nature et à s’opposer aux projets du président du Brésil : « Nous, gardiens et enfants de la Terre Mère, peuples indigènes et alliés, nos prophéties, notre sagesse et nos savoirs nous ont permis de constater que la vie sur la Terre Mère est en danger et que l’heure d’une grande transformation est arrivée. Nous appelons l’humanité à prendre des mesures pour protéger le caractère sacré de l’eau, de l’air, de la terre, du feu, du cycle de la vie et de tous les êtres humains, végétaux et animaliers. Il est vital de transformer notre approche de la nature en l’envisageant non comme une propriété, mais un sujet de droit, garante de la vie… Nous devons évoluer vers un paradigme basé sur la pensée et la philosophie indigènes, qui accorde des droits égaux à la Nature et qui honore l’interrelation entre toute forme de vie. Il n’y a pas de séparation entre les droits des peuples indigènes et les droits de la Terre Mère… Il est plus que jamais urgent que le monde adopte une Déclaration universelle des droits de la Terre Mère… Il est vital de sanctuariser de toute urgence la totalité des forêts primaires de la planète qui sont traditionnellement sous la garde des peuples indigènes, puisque l’Organisation des nations unies a déjà reconnu que leur présence est un facteur garantissant la non-détérioration de ces environnements inestimables… Nous avons la responsabilité de dire à la terre entière que nous devons vivre en paix les uns avec les autres et avec la Terre Mère, pour assurer l’harmonie au sein de ses lois naturelles et de la création… Nous souhaitons qu’il en soit ainsi, avec le soutien de tous les peuples du monde, notamment de tous les citoyens. Rejoignez notre Alliance des gardiens de Mère Nature pour œuvrer et veiller tous ensemble aux générations futures.« 

DOMINIQUE GREUSARD sur lemonde.fr : Pas grand-chose à ajouter ou à retrancher à cette tribune. Elle montre que des peuples extraordinairement différents doivent pouvoir s’entendre sur un socle commun pour ce que, massivement, nous percevons désormais comme essentiel : laisser une planète en état de vie à nos enfants. Défendre une Amazonie gravement menacée, ce n’est pas seulement défendre le peu de ses autochtones qui ont réussi à survivre, c’est aussi défendre l’air que nous pourrons respirer demain.

Fantasmes Écolos-Bobos  :Pourquoi devrions-nous prendre au sérieux tous ces poncifs pour écolos-bobos: la « Terre-Mère » (mère de quoi? de qui? Avec quel père ? ), le « caractère sacré de l’eau, du feu, du ciel » (vive la religion!) ou encore « les relations interpersonnelles avec la Nature » (n’oublions pas la majuscule, c’est une dame !) ?Et pourquoi devrions-nous accorder du crédit à un anathème envers les entreprises ? Halte aux fantasmes des ONG !

JEAN-PIERRE ROUSSET : Que vous le vouliez ou non, d’un point de vue strictement scientifique la vie est le résultat de l’action du soleil (le père) sur la terre (la mère). Vous n’êtes pas obligé de considérer la vie comme sacrée, ni l’eau que vous buvez, ni l’air que vous respirez, mais quand ils seront devenus toxiques à cause des industries (et c’est déjà le cas un peu partout), vous viendrez pleurer comme ces Indiens dont on vole le territoire ancestral. Mais il sera trop tard.

MARC PIEPLU : Je ne suis ni bourgeois ni bohème. Il est plus que temps de considérer que les humains font partis du vivant qui se trouve sur terre et que nous ne vivons que grâce à l’interaction au sein du vivant. Si nous poursuivons la destruction de ce vivant, y’a pas besoin d’être bobo pour comprendre ce qu’il va se passer.

G F : S’ils espèrent que l’UE va se priver d’un juteux accord de libre-échange, alors que c’est sa raison d’être .. S’ils pensent que les citoyens européens ont leur mot à dire, alors que le CETA est appliqué ´provisoirement’ depuis 2 ans sans vote…

OLIVIER RIOU @ GF : Ils se contentent de nous rappeler que nous ne pouvons vivre sans eau, air et aliments. Trop difficile pour nous de comprendre? Bolsonaro, trump, etc…incarnent notre fuite en avant: à nous de réfléchir

le sceptique : Je ne reconnaîtrais aucune valeur à un texte quelconque (et aucune légitimité à un gouvernement quelconque) s’engageant à reconnaître un caractère « sacré » à la nature ou utiliser l’expression « terre mère » comme dénomination de la planète. Je comprends et respecte le point de vue de ces autochtones, mais je n’entends pas pour autant renier ma propre vision dénuée de sacré, qui est aussi celle des sciences et (à mon avis) des majorités de citoyens dans les sociétés modernisées.

Michel PHILIPS au sceptique : La notion de « sacré » fait ici référence, non pas à une religion, mais à l’absolue nécessité de respecter la terre qui nous permet tout simplement d’être là, de vivre. En ne respectant pas cette planète, nous scions la branche sur laquelle nous sommes assis

SARAH PY : Terre mère, jolie formule qui met de l’affectif à notre rapport à notre Planète. Et ce lien de subjectivité est essentiel pour vouloir la défendre et la protéger. Ce lien de l’affectif est ce qui fait le propre de l’homme et c’est avec les hommes qui ont du cœur qu’il est heureux d’échanger : les qualités du cœur l’emportent toujours sur celles du seul esprit. …. même le sceptique a un cœur, je n’en doute pas :).

Jub : Terre mère, terre nourricière etc, c’est juste le bon sens de ceux qui vivent au contact de la nature et qui survivent avec ce que la nature offre. Nos sociétés sont remplis de sceptiques qui croient que les poissons sont carrés. Ils vénèrent le Carrefour qui les nourrit.

* LE MONDE du 11 avril 2019, Appel des peuples indigènes : « Depuis l’élection de Jair Bolsonaro, nous vivons les prémices d’une apocalypse »

Les signataires : Cacique Ivanice Pires Tanone, peuple Kariri Xocó, Brésil ; Cacique Paulinho Paiakan, peuple Kayapó, Brésil ; Cacique Ninawa Inu Pereira Nunes Huni Kuí, peuple Huni Kuí, Brésil ; Jorge Quilaqueo, peuple Mapuche, Chili ; Mindahi Crescencio Bastida Munoz, peuple Otomi, Mexique ; Magdalene Setia Kaitei, peuple Maasaï, Kenya ; Hervé Assossa Soumouna Ngoto, peuple Pygmée, Gabon ; Vital Bambanze, peuple Batwa, Burundi ; Tom B.K. Goldtooth, peuple Navajo, Etats-Unis ; Mihirangi Fleming, peuple Maori, Nouvelle-Zélande ; Edouard-Jean Itopoupou Waia, peuple Kanak, Nouvelle-Calédonie ; Hairudin Alexander, peuple Dayak, Indonésie ; Su Hsin, peuple Papora, Taïwan; Appolinaire Oussou Lio, peuple Tolinou, Bénin.

L’Écologie sera l’idéologie première du XXIe siècle

André Malraux aurait prononcé au siècle dernier cette phrase devenue mythique : « Le XXIe siècle sera religieux ou ne sera pas. » En novembre 1975, Malraux déclara ne jamais l’avoir prononcée : « On m’a fait dire : “Le XXIe siècle sera religieux. ” Je n’ai jamais dit cela, bien entendu, car je n’en sais rien. Ce que je dis est plus incertain : je n’exclus pas la possibilité d’un événement spirituel à l’échelle planétaire. » La même année il précisait dans un livre : « Je pense que si l’humanité du siècle prochain ne trouve nulle part un type exemplaire de l’homme, ça ira mal… Et les manifestations de mai 68 et autres ectoplasmes ne suffiront pas à l’apporter. »

Aujourd’hui une classe de 4ème d’un collège « André Malraux » peut écouter le message de Nicolas Borde : « Il est temps d’agir pour la planète et vite ! ». Ce dernier a abandonné son précédent métier fait de multiples voyages en avion par delà le monde au profit d’une nouvelle vie sur le chemin de l’écologie. Il est aujourd’hui « paysan » comme il aime à le dire et ne cultive qu’en agriculture biologique sans engrais et sans produits chimiques. Ses ouvriers sont les insectes qui, en tant qu’auxiliaires de culture, lui permettent de cultiver sainement et naturellement dans le respect de notre planète. Ce choix de vie est le fruit d’une véritable prise de conscience : l’article s’intitule « L’ECOLOGIE, notre AVENIR »*. Mais de là à aboutir à une religion de la nature, il y aura encore beaucoup de chemins de traverses. Notre rapport à la nature est fondamentalement anthropocentrique, centré sur les humains. Les bribes de biocentrisme ou d’écocentrisme ne sont que spiritualités en devenir. Même ceux qui se veulent en pointe sur l’écologie, les membres d’EELV, ont toujours refoulé les amoureux de la nature au rang de minorités à ignorer. C’est ce que démontre sans le vouloir le livre d’Arthur Nazaret sur l’histoire de l’écologie politique**.

Arthur conclut sans doute que ce courant politique incarne « la seule idéologie nouvelle du XXIe siècle », mais il en reste au niveau des conflits interpersonnels qui ont émaillé l’histoire des Verts. Il est vrai que la lutte pour les places a toujours été rude pour les membres de ce qu’on a pu un jour désigner comme « la firme ». Les Verts peuvent se serrer les coudes lorsqu’il y a un combat à mener de Fessenheim (14 avril 1971) à Notre-Dame-des-Landes (17 janvier 2018), mais leurs dirigeants n’ont pas leur pareil pour s’étriper dès lors qu’il s’agit de parler cuisine électorale. La famille écologiste est divisée depuis sa naissance entre les partisans du « ni droite, ni gauche », et ceux qui veulent arrimer l’écologie politique à la gauche. Il ne s’agit pas de raisons écologistes, mais de rationalisations électoraliste, pour obtenir un jour un groupe parlementaire, ce qui avait abouti en 2012 avec l’arrimage au PS. Cette expérimentation politicarde s’est terminé par un fiasco total avec la présidentielle 2017. Des plus les débats de fond se sont toujours mélangés aux affinités et rivalités interpersonnelles. Il est donc dommageable pour le mouvement écolo que Nazaret s’attache davantage à l’histoire des acteurs de l’écologie politique qu’à celle des idées qu’ils portent. Comment s’y retrouver entre opportunistes éparpillés entre courants, chapelles et tendances ? Nazaret, hélas, ne propose ni enseignement ni mise en perspective. Mieux vaut aller au fond des choses, accorder son attention à ces prémices d’une nouvelle spiritualité qui est portée par l’écologie profonde d’Arne Naess ou les différentes versions de la Terre-mère. Un siècle est devant nous, puissions nous tous agir pour que l’écologie sectaire devienne un mouvement spirituel basé sur les capacités biophysiques de notre biosphère et non sur les échéances électorales…

* http://www.clg-mazan.ac-aix-marseille.fr/spip/spip.php?article1325

** LE MONDE du 10 avril 2019, La turbulente histoire des écologistes

PS : le livre de Nazaret n’est que la suite de nombreux ouvrages sur l’histoire de l’écologie, entre autres :

– La naissance de l’écologie politique en France : Une nébuleuse au cœur des années 68 (2017) d’Alexis Vrignon

L’écologie à l’épreuve du pouvoir (2016) de Michel Sourrouille

– Quand l’écologie politique s’affiche (2014) de Dominique Bourg

– Histoire de la révolution écologiste (2007) d’Yves Frémion

– Histoire de l’écologie politique : Comment la Gauche à redécouvert la nature (1999) de Jean Jacob

En Uttar Pradesh, le cauchemar de la vache errante

Notre planète souffre à la fois de sacralisation de la consommation et de conservatismes sacralisés. Depuis que les nationalistes hindous au pouvoir dans l’Uttar Pradesh ont fermé les abattoirs clandestins, le bétail épargné est devenu une source de nuisance et un fardeau. Les commissariats ont été obligés d’adopter une vache pour « montrer l’exemple ». Des groupes extrémistes ont mené des rondes de nuit pour lyncher des acteurs supposés de la filière bovine. Ce qu’ils n’avaient pas prévu, c’est que les vaches en liberté deviendraient si nombreuses qu’elles saccageraient les champs et encombreraient les villes*. Yogi Adityanath, le moine extrémiste nommé à la tête de l’Etat indien le plus peuplé, ferait mieux de lire Malthus :

« Le fermier doit désirer que ce nombre absolu croisse. C’est vers ce but qu’il doit diriger tous ses efforts. Mais c’est une entreprise vaine de prétendre augmenter le nombre de leurs bestiaux, avant d’avoir mis les terres en état de les nourrir. Je crois que l’intention du Créateur est que la terre se peuple ; mais qu’il veut qu’elle se peuple d’une race saine, vertueuse et heureuse ; non d’une race souffrante, vicieuse et misérableSi nous prétendons obéir au Créateur en augmentant la population sans aucun moyen de la nourrir, nous agissons comme un cultivateur qui répandrait son grain dans les haies et dans tous les lieux où il sait qu’il ne peut pas croître. Il n’y a aucun chiffre absolu : garnir une ferme de bestiaux, c’est agir selon la grandeur de la ferme et selon la richesse du sol qui comportent chacune un certain nombre de bêtes. »**

Notre époque, qui a atteint le sommet dans l’accumulation de richesse et le consumérisme désordonné, nourrit des extrémistes de toutes sortes qui provoquent les conditions pour mettre la planète à feu et à sang. Le dirigeant de l’État de l’Uttar Pradesh est aussi le chef d’une milice hindoue qui sème la terreur parmi les musulmans. Ce moine de 45 ans a été emprisonné en 2007 pour avoir organisé des émeutes, et il est poursuivi pour tentative de meurtre, intimidation criminelle et incitation à la haine. Nous détournons les principes sacrés et oublions le meilleur. La vache sacrée est le terme occidental pour nommer Gao Mata (en hindi), c’est-à-dire « Mère Vache », une Mère universelle qui donne son lait à tous. Elle représente la sacralité de toutes les créatures. Aujourd’hui nous devrions tous célébrer la Terre-mère, et pas ses succédanés, qu’ils s’appellent Vache, Homme, Mahomet ou Trump.

* LE MONDE du 7-8 avril 2019, En Inde, le cauchemar de la vache errante

** Malthus en 1803, Essai sur le principe de population (Flammarion 1992

Françoise d’Eaubonne, une icône de l’écoféminisme

Écoterrorisme : L’essai sur le féminisme que Françoise d’Eaubonne écrivit en 1971-1972 se termine sur la découverte du problème écologique, le jour où elle fut scandalisée d’entendre un ami lui dire : « Le problème de la révolution passe au second plan devant l’urgence écologique. Le prochain acte réellement révolutionnaire sera l’attentat contre une centrale nucléaire en construction. Le Capital en est au stade du suicide, mais il tuera tout le monde avec lui ». Il lui aura fallu plus d’un an pour assimiler la profondeur de cette vérité. Au nom de la « contre-violence », Françoise d’Eaubonne participera à la lutte contre l’énergie nucléaire en commettant avec d’autres contre la centrale de Fessenheim un attentat à l’explosif le 3 mai 1975, retardant de quelques mois son lancement. Elle assume cette position radicale jusqu’au bout puisque dans ses derniers tomes de mémoires elle écrit encore : « La contre-violence, nom véritable de ce qu’on appelle aujourd’hui terrorisme, semble très indiquée comme retournement de l’arme de l’ennemi contre lui-même ; il va de soi que les attentats ne visent que des points de rupture précis du front ennemi, économisant au maximum les vies humaines, n’employant la prise d’otages qu’à bon escient et jamais avec n’importe qui, utilisant les moyens destructifs pour supprimer les coupables les plus évidents ou instruire le plus grand nombre possible d’abusés du sens de cette guérilla urbaine. »

Malthusianisme : Françoise d’Eaubonne dénonce l’imposture de la croissance démographique, en appelant carrément à la grève des ventres, dans une révolution écoféministe et en même temps tiers-mondiste. Ayant dévoré le premier rapport du club de Rome établi par les experts du MIT en 1972, elle insiste sur les limites de la planète : « Aucun régime politique, fût-ce celui de l’Age d’or, aucun invention géniale ne changera ce petit fait désolant : notre planète ne compte que 40 000 km de tour, et rien ne lui en ajoutera un seul. » Ces limites impliquent une limitation de la population. Pour elle, le lapinisme et le patriarcat vont de pair. Donc pas de révolution sans contrôle drastique des naissances. Elle identifie dans l’illimitation, ce qu’elle appelle l’illimitisme de la société patriarcale, le paradigme de la modernité économique. « La destruction des sols et l’épuisement des ressources signalées par tous les travaux écologistes correspondent à une surexploitation parallèle à la sur-fécondation humaine. » La surpopulation est donc, selon elle, la conséquence du « lapinisme phallocratique ». La décroissance doit être aussi, voire surtout, démographique, mais néanmoins sélective. Elle insiste sur le fait que ce qu’on appelle désormais l’empreinte écologique est, pour les enfants du Nord, beaucoup plus forte que celle du Sud : « Quand on sait ce que coûte à des ressources déjà si compromises et si abîmées la naissance d’un seul enfant des pays moins surpeuplés (ceux du bloc capitaliste-privé) par rapport à un enfant de l’autre camp, le sous-développé, et qu’un petit Américain ou Suisse va détruire davantage que dix Boliviens, on mesure avec précision l’urgence d’un contrôle démographique mondial par les femmes de tous les pays… La seule solution à l’inflation démographique, c’est la libération des femmes, partout à la fois. »

Ecoféminisme (terme créé en 1974 par Françoise d’Eaubonne) : «  Quand en 1978 j’ai fondé le mouvement de réflexion Ecologie-féminisme qui estimait utile de confier les soins du sauvetage planétaire au courant de libération des femmes – non en vertu de « valeurs féminines » plus ou moins imaginaires, mais de la part spécifique que la patriarcat réserve au deuxième sexe -, j’ai bien pris soin dans mon livre Écologie/féminisme de distinguer cette analyse et cet appel de tout idéalisme philosophique, essentialisme ou naturalisme, et en soulignant que la mutation est le but final de toute révolution. »

Françoise d’Eaubonne, « Écologie et féminisme (révolution ou mutation ?) », première édition en 1978, réédition 2018 aux éditions Libre & Solidaire – 212 page pour 18,90 euros

NB : Françoise d’Eaubonne est née en 1920, elle est morte le 3 août 2005