Taxe carbone, un vrai serpent de mer
Le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières est entré en vigueur dans l’UE le 1ᵉʳ janvier 2026. L’Union européenne (UE) est-elle en passe de se doter d’un outil majeur de sa politique climatique, ou de fabriquer un nouveau casse-tête réglementaire et financier ? Censé protéger l’Europe de la concurrence, il est jugé insuffisant par de nombreux industriels et le réchauffement climatique demande bien plus.
Il faudra bien un jour en arriver à la carte carbone
lemonde.fr : En 2005, l’UE a mis en place sa première taxation sur les émissions de CO2, l’European Union Emissions Trading System (ETS). Aujourd’hui, les producteurs d’électricité et la plupart des industries lourdes (acier, ciment, aluminium, céramique, raffinage de pétrole…) doivent s’en acquitter. Initialement, pour amortir le choc, de très nombreux droits à polluer gratuits ont été distribués par l’UE, si bien que le prix des ETS était très bas. Progressivement, les conditions se sont durcies et, depuis quatre ans, le prix de la tonne de CO2 oscille entre 80 et 100 euros. Les ETS couvrent 40 % des émissions de gaz à effet de serre de l’UE. Le problème est qu’elle place les producteurs européens en situation de concurrence déloyale face au reste du monde. Rien n’empêche une usine européenne d’importer son acier d’Inde ou de Chine, ou ses engrais de Russie, alors que ces derniers n’ont pas eu à payer de surtaxe environnementale. La « fuite carbone », c’est-à-dire la délocalisation de production hors de l’UE pour des raisons environnementales, a été « substantielle.
C’est pourquoi le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF) impose une taxe aux importations des produits industriels les plus polluants. Il est donc censé redresser la barre. Il touchera seulement 3 % des importations européennes. Mais le MACF doit permettre de protéger certains sous-secteurs industriels déjà très mal en point, comme la sidérurgie. A partir du 1er janvier 2026, les importations seront imposées d’un montant équivalent au prix des ETS. Initialement, le mécanisme s’applique à 303 produits provenant des industries les plus polluantes : fer, acier, ciment, engrais, aluminium, électricité et hydrogène. Mais il y a là un risque de fraude majeure. Une nouvelle mouture du MACF doit par la suite être négociée entre le Parlement européen et les vingt-sept Etats membres, démarrage seulement après janvier 2028 !
Le point de vue des écologistes décarbonés
– Si on en croit le MACF, pour chaque ouvrier qui travaille sur une ligne de production d’acier, il y a au moins trois comptables, un ingénieur fiscal et deux juristes à temps plein dans les bureaux.
– Pourquoi les générations actuelles auraient-elles le droit d’acheter à bas prix des produits souvent inutiles venant de l’autre bout de la planète au détriment des futures générations ?
– Le changement de mode de vie porte déjà un nom : un prix de l’énergie toujours croissant. C’est si simple, il suffit juste de le vouloir ! Votez pour le premier candidat qui proposera d’augmenter progressivement et indéfiniment la fiscalité sur les énergies fossiles !
– Pour sauver la planète, la tonne de CO2 pour 1000 euros tout de suite pour tout et pour tous et l’essence à 10 euros le litre!
– Pour dépasser la complexité de la taxe carbone, pour pallier la déplétion des ressources fossiles, pour agir contre les émissions de gaz à effet de serre, nous en arriverons inéluctablement à la « carte carbone ». Elle se déploie ainsi : chaque habitant de la France reçoit un quota annuel de droits d’émissions de CO2 qui encadre toute consommation d’énergie (pétrole, gaz, charbon, électricité…). Si, par exemple, vous voulez faire le plein dans une station-service, vous payez le carburant en euros et votre carte carbone à puce est également décrémentée des droits d’émissions correspondant à la quantité de carburant que vous avez achetée….
– Le rationnement en période de grande difficulté socio-économique est la mesure la plus logique : une sobriété imposée, mais égalitariste.
En savoir plus grâce à notre blog biosphere
Climat : la stupidité du marché carbone (écrit le 18 mai 2007)
extraits : Le prix du quota de dioxyde de carbone a clôturé à 0,88 euro le 21 février 2007 sur le marché Powernext Carbon, l’une des principales plates-formes européennes d’échanges de permis d’émission de gaz à effet de serre. Pour mémoire, il valait entre 8 et 10 euros début 2005, au lancement du marché européen des quotas (un quota correspondant à une tonne de CO2 émis), et avait même atteint 30 euros au printemps 2006. avec un quota à moins d’un euro, les entreprises n’ont aucun intérêt à faire des efforts. Il est vrai que les quotas ne dépendent pas réellement du marché, ils sont déterminés par chaque pays avec approbation nécessaire de la Commission européenne. Des quotas trop laxistes sont à l’origine des déboires actuels….
du marché carbone au rationnement carbone, l’inéluctable (2013)
extraits : Prenons l’exemple du carbone, c’est-à-dire les ressources fossiles, charbon, pétrole ou gaz, qui irriguent toutes nos activités économiques. Comme il s’agit d’énergie de stocks, il faut bien prévoir la fin de ces ressources. Un marché carbone pourrait renchérir l’utilisation de ces sources d’énergie, donc limiter la consommation. Nous n’en prenons pas le chemin. Avec la crise financière, le prix du CO2 s’est effondré : 25 euros la tonne en 2008, 7 euros en 2012 puis 5 euros récemment…. Puisque le marché carbone est soumis aux contraintes politiques, puisque la plupart des gouvernements refusent aussi la taxe carbone, le rationnement par une carte carbone deviendra inéluctable lors d’un prochain choc pétrolier. C’est ce que nous prévoyons sur ce blog depuis 2009….
Yves Cochet : carte carbone mieux que taxe carbone (2019)
extraits : « Pour dépasser la contradiction entre « gilets jaunes » et taxe sur les carburants, nous proposons la « carte carbone ». Elle se déploie ainsi : chaque habitant de la France reçoit un quota annuel de droits d’émissions de CO2 qui encadre toute consommation d’énergie (pétrole, gaz, charbon, électricité…). Si, par exemple, vous voulez faire le plein dans une station-service, vous payez le carburant en euros et votre carte carbone à puce est également décrémentée des droits d’émissions correspondant à la quantité de carburant que vous avez achetée…. (Yves Cochet)
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