Le pic pétrolier et le choc qui lui succède

Le pic pétrolier est ce point de retournement à partir duquel la production de pétrole commence à baisser inéluctablement. Le géologue américain King Hubbert avait annoncé en 1956 que les États-Unis connaîtraient ce pic vers 1970. A l’époque la majorité des experts s’était montrée incrédule. Pourtant le pic de Hubbert a été atteint aux Etats-Unis entre 1971 et 1972. De nos jours, la problématique du réchauffement climatique et de l’extinction de la biodiversité ont occulté la prévision d’une pénurie énergétique à venir faite par l’ASPO. Il faudrait d’urgence réintégrer cette donnée dans nos raisonnements car la pénurie inéluctable de ressources fossiles donnera le signal de la mort de la civilisation thermo-industrielle. LE MONDE commence à intéresser à cette perspective

Marie Charrel : La flambée des matières premières intensifiée par la guerre en Ukraine réveille le souvenir des crises énergétiques de 1973 et 1979, marquées par l’apparition de la stagflation, cocktail de stagnation de l’activité économique et de forte inflation. Nathalie Dumont se rappelle la soirée d’hiver 1973 où elle a entendu ces mots évoquant le choc pétrolier. Elle se souvient de son sentiment d’assister au crépuscule d’une époque. « J’étais convaincue que, même si l’économie s’en remettait, ma génération et, surtout, les suivantes en auraient fini avec l’insouciance. » Dès 1973, la Suisse et les Pays-Bas interdisent ainsi de circuler le dimanche. Le Royaume-Uni instaure la semaine de trois jours pour limiter la consommation des entreprises. La France, elle, limite à 120 km/h la vitesse sur autoroute et lance sa « chasse au gaspi », avec le plafonnement du chauffage à 20 °C, l’interdiction d’éclairer les vitrines de magasins la nuit ou encore l’arrêt des émissions télévisées à 23 heures. Le choc gazier d’aujourd’hui est « comparable en intensité, en brutalité, au choc pétrolier de 1973 », a déclaré le ministre de l’économie, Bruno Le Maire, le 9 mars 2022. Les gouvernements tâtonnent face à un terrible dilemme : comment lutter à la fois contre le chômage et la flambée inflationniste ? Les chocs pétroliers des années 1970 ne sont pas des crises de demande, comme dans les années 1930, mais des crises d’offre.

 

Bien entendu la conscience d’un pic pétrolier entraîne tôt ou tard un choc pétrolier. Sur ce blog biosphere, nous nous évertuons à le montrer depuis bien longtemps déjà.

4 mars 2022, Ukraine, bientôt le choc pétrolier ultime

3 février 2022, 2022, un choc bien pire que celui de 1973

2 septembre 2021, Pic pétrolier, faudrait vraiment en discuter !

6 mars 2021, Module sur le pic pétrolier… à diffuser

1er juin 2020, Biosphere-Info, SARS-CoV-2 et choc pétrolier

17 septembre 2019, Bientôt le choc pétrolier ultime ?

18 mai 2019, Le réchauffement climatique a occulté le pic pétrolier

23 avril 2014, Le PIB va s’effondrer avec le prochain choc pétrolier

31 mars 2013, transition énergétique : rien sur le pic pétrolier !!!

10 décembre 2012, Pic pétrolier : l’alerte ignorée d’un expert du FMI

25 février 2012, campagne présidentielle française et déni du pic pétrolier

6 février 2012, pic pétrolier, pic de la mondialisation, pic de notre civilisation

16 février 2011, le pic pétrolier vu par les politiciens

15 février 2011, le pic pétrolier vu par Yves Cochet

14 février 2011, le pic pétrolier vu par Jean-Marc Jancovici

13 février 2011, le pic pétrolier vu par Bernard Durand

30 décembre 2010, Crise ultime et pic pétrolier

4 décembre 2010, tout savoir sur le pic pétrolier (bibliographie)

25 novembre 2010, pic pétrolier, le commencement de la fin

6 novembre 2010, après le pic pétrolier, le pic charbonnier !

5 novembre 2010, LE MONDE et le pic pétrolier

12 août 2010, la date du pic pétrolier par Matt Simmons

27 janvier 2009, pics pétroliers (trois ans pour sauver le monde)

19 avril 2008, pic pétrolier en Russie

Quelques remarques d’Internautes :

Michel SOURROUILLE : Le premier choc pétrolier en 1973 avait inspiré la campagne de René Dumont, candidat aux présidentielles de 1974. Les analyses du mouvement écologiste naissant restent d’actualité en 2022 : « En surexploitant les combustibles fossiles, on vole les ressources des générations futures. » ; « Nous demandons l’arrêt de la construction des autoroutes, l’arrêt de la fabrication des automobiles dépassant 4 CV, nous luttons contre la voiture individuelle… » De même en avril 1977, le président Carter s’adressait à la nation grâce à la télévision: « Ce que je vous demande est l’équivalent d’une guerre. Il s’agit bel et bien de préparer un monde différent pour nos enfants et nos petits-enfants. » Il propose d’économiser l’énergie. Mais sa cote de popularité est divisée par 2 (de 70 à 35 au début de 1978). Ensuite le contre-choc pétrolier à partir de 1986 (la baisse du prix du baril), la découverte du pétrole de la mer du Nord… a éloigné la problématique pétrolière des esprits.

Frog : C’est ça qui est particulièrement flippant : de voir comment la population et les politiques ont la mémoire courte, alors que la fin du pétrole fait partie du paysage depuis les années 70, la pollution, le réchauffement climatique et la surpopulation aussi – contre lesquelles nous n’avons rien fait non plus. En attendant les bobos-écolos sont peut-être risibles, mais je suis bien contente de savoir que mon grand appartement de 3 personnes consomme de l’énergie comme un studio étudiant, de n’avoir pas de voiture et un petit potager productif où je me rends à pied. Tant pis pour les cigales, c’était pas faute de les avoir prévenues !

Iphigenie : En 1975, la bourse US valait 27% du PIB, elle en vaut aujourd’hui 130%. Et nous avons des ratios boursiers déments. Pour soutenir dettes publiques / privées et activité financière, Fed et BCE doivent laisser les taux bas, ce qui accroît l’inflation. Et si l’inflation persiste, il faudra monter les taux et créer un krach boursier et une récession profonde. Est-ce qu’une remontée lente des taux pourra laisser la bourse décroître lentement sans créer de récession ? c’est le scénario Lagarde. Ce n’est pas l’enseignement des années 70 où il a fallu plusieurs trimestres à 10-12% d’intérêt pour casser la dynamique salaire / prix, dynamique qui n’a pas encore commencé en Europe. Bref, les mois à venir vont être ….. intéressants.

Michel SOURROUILLE : Le pic pétrolier ne signifie pas que le monde soit à court de pétrole, c’est le moment où la production ne peut plus augmenter. A ce moment, il reste encore beaucoup de pétrole. Mais il est tout simplement beaucoup plus difficile à découvrir et à extraire, ce qui signifie qu’il devient très ardu, voire impossible, d’accroître la production mondiale. L’offre reste stable pendant un temps (en plateau), puis finit par entrer en phase de déclin terminal. La perspective du pic pétrolier n’est pas une théorie marginale soutenue par quelques alarmistes, c’est une réalité géologique. Compte tenu du rôle fondamental du pétrole dans nos économies, cela signifie la fin de la civilisation thermo-industrielle et le début d’une nouvelle ère dans l’histoire humaine. Après les chasseurs-cueilleurs, après les agriculteurs du néolithique, après la parenthèse de la « révolution » technoscientifique, nos descendants vivront au milieu des ruines et des confits immondes : l’ère sombre va commencer.

Dieu : Bush père l’a dit dans les années 90 « le mode de vie américain n’est pas négociable ». C’est aussi le cas du nôtre. Mais pourquoi y voir un problème ? Il suffit de renoncer à l’avenir ( une notion du passé). Se dire que l’humanité existe sous sa forme actuelle depuis 300000 ans , que c’est un beau score, et qu’il est inutile de mendier un supplément. Vivons aujourd’hui comme hier en renonçant à demain, nous n’en serons que plus heureux !

BOLAND : Et comme la génération coca-chips- smartphones-jeu vidéos ne veut que « retrouver sa vie normale » , ça ne changera rien et on continuera à foncer droit dans le mur .

Michel SOURROUILLE : Nous sommes une société où l’information chasse la précédente, donc plus aucun événement n’a d’importance. Un jour on nous parle de la fonte des glaciers, c’est abominable, le lendemain de la mort de Johnny Hallyday, c’est atterrant, le surlendemain de l’extinction de la biodiversité, c’est catastrophique, et de temps en temps on s’immobilise médiatiquement sur des événements anodins comme les manifestions récurrentes des gilets jaunes… quand il n’y a pas un attentat terroriste, la pandémie ou la guerre en Ukraine. Autant dire que le pic pétrolier est derrière nous, on a déjà oublié que les ressources fossiles ne sont pas renouvelables. Misère, misère, trop d’informations tue l’information, tue l’intelligence, tue notre capacité à envisager l’avenir.

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9 réflexions sur “Le pic pétrolier et le choc qui lui succède”

  1. pour tous ceux qui désespèrent, cette citation de Vaclav Havel :
    « Je ne suis pas optimiste parce que je ne suis pas certain que tout finira bien. Je ne suis pas non plus pessimiste, car je ne suis pas certain que tout finira mal. Au lieu de cela, je suis un réaliste plein d’espoir, et l’espoir est la croyance dans la signification de la liberté et de la justice. »

  2. – « Osons le dire : celui ou celle qui arriverait, aujourd’hui, avec les idées claires sur la contrainte des ressources naturelles, et qui aurait un programme bien bâti pour y répondre, avec un mélange de souffle nouveau et d’efforts pour chacun, celui-là ou celle-là pourrait être audible. Osons le dire : il nous faut un nouveau de Gaulle, et il nous le faut sous trois ans tout au plus.»
    ( C’est maintenant ! Trois ans pour sauver le monde. De J.M Jancovici et A Grandjean )

    Trois ans, tout au plus … qu’il(s) disai(ent) ! Et ça c’était en 2009. Faites vos comptes.
    Osons le dire : ce genre de blabla ne peut être que contre-productif !
    C’est exactement comme les prédictions de Cochet, comme ces grandes messes qu’on nous présente comme étant de la Dernière Chance et patati et patata.

    1. Parti d'en rire

      Tout ça n’est pas sérieux, et il est donc normal qu’à la longue on en rigole.
      On dit qu’il n’est jamais trop tard, pour bien faire bien sûr. D’où l’expression vieux motard que jamais. Mais on dit aussi que quand il est trop tard, il n’y a plus rien qui presse. En effet quand on a loupé le train, ou le bus, ce n’est plus la peine de courir. On dit aussi que quand on a fait dans son froc, c’est plus la peine de serrer les fesses. Ce qui est vrai aussi. En 2022 on attend toujours le nouveau de Gaulle. Cela fait donc 10 ans, et en étant gentil, qu’il n’y a plus rien qui presse. Mais alors, si les carottes sont cuites… à quoi ça sert que Janco il se décarcasse à nous vendre du nucléaire ?

    2. – « Je vous propose de lire mes livres comme « L’âge de la connaissance » ou « Le Principe Frugalité » ou, à paraître dans un bon mois, « Simplicité et minimalisme ».
      Le baril de pétrole brut sera à 400 USD (de 2003) avant 2020. Je le proclame depuis 7 ans sur base de modélisations irréfutables [et patati et patata]».
      ( Madame Irma alias MARC HALÉVY 31 DÉCEMBRE 2010 À 10:52
      sur Biosphère 31 déc 2010 : “Crise ultime et pic pétrolier” )

  3. – « La perspective du pic pétrolier n’est pas une théorie marginale soutenue par quelques alarmistes, c’est une réalité géologique » (Michel Sourrouille)

    N’oublions pas que le pic pétrolier (Peak Oil) est d’abord une théorie.
    – « Marion King Hubbert a été le premier géologue à formaliser en 1956 une théorie du pic pétrolier en se focalisant sur la production américaine (pic de Hubbert).[…] Malgré la diversité des estimations, la date du pic pétrolier est régulièrement repoussée au fur et à mesure que de nouvelles réserves sont découvertes et que de nouvelles méthodes d’extraction sont mises au point pour extraire des ressources jusqu’alors considérées comme inexploitables. […] Pic ou plateau ? » (Wikipedia)

    1. Mis à part quelques marginaux, positivistes pour le coup, qui croient que les stocks de pétrole se regénèrent (théorie abiotique), tout le monde accepte l’idée que le pétrole (comme le gaz, le charbon etc.) est en quantité limitée. Qu’il soit en forme de pic ou de plateau peu importe, le Peak (Pic) est une chose, la Fin en est une autre.
      Et ce n’est que ça qui nous préoccupe, la Fin. Du moment qu’on peut faire le plein, on s’en fout de savoir combien la citerne contient. Au rythme où nous le pompons, le brûlons, le gaspillons etc. la question est donc de savoir pour combien de temps il en reste.
      Si on nous dit (démontre, prouve etc.) qu’on peut encore pomper tranquille pendant mille ans, après tout je me dis qu’on a le temps de mettre au point la pompe à Cosmogol.

      1. Je ne suis évidemment pas en train de dire que le pétrole pourrait être une ressource inépuisable à l’échelle de l’Humanité, pour moi il est évident qu’il va en rester sous nos pieds, seulement il sera inaccessible. Mais quand exactement… alors là !?
        Une chose est certaine, si la Fin du Pétrole n’était qu’un mythe… on nous enfumerait beaucoup moins avec cette Transition. En attendant, la Fin du Pétrole, ou la Fin des Haricots peu importe… la Fin du Pétrole pourra toujours être qualifiée de «théorie marginale etc.» Elle le sera alors par des marginaux du même genre que ceux qui ne peuvent toujours pas croire à la cause anthropique du Réchauffement. De ces marginaux qui ont besoin d’un coup de marteau sur les doigts pour comprendre à quel point ça fait mal. Et qui se feront de moins en moins nombreux au fil du temps.

  4. et bien dansez maintenant

    La seule énergie abondante et gratuite c’est le soleil qui est synthétisé par les végétaux. Ceux-ci sont autotrophes, ils créent la matière (l’énergie) alors que les animaux sont hétérotrophes, en gros ils dégradent la matière (l’énergie).
    Le pétrole (gaz, charbon) ne sont que l’énergie fossile du soleil photosynthétisé par les végétaux durant le carbonifère (300 millions d’années). Ça, c’était du capital.
    On peut imiter les végétaux par des panneaux photovoltaïques, de l’éolien (vent résultant du soleil) gourmands en matériaux, polluants ou laisser faire ce que le nature fait spontanément à la PERFECTION: la synthèse chlorophyllienne.
    Pour être durable, il suffirait de prélever l’accroissement annuel de la biomasse (intérêts) en laissant pousser les forêts.
    Cela imposerait de facto vu la population mondiale, une sobriété énergétique XXXXXL

  5. Dominique Méda : « Il y a exactement cinquante ans, la sortie du rapport Meadows (1972) sur « Les limites à la croissance » avait provoqué une intense prise de conscience des dirigeants européens et failli nous permettre d’engager la grande bifurcation nécessaire. Le futur président de la Commission européenne, Sicco Mansholt, avait ainsi proposé de lancer en Europe un programme politique de mise en place d’une « économie de pénurie », violemment combattue à l’époque par de nombreux économistes et responsables politiques. L’heure de la sobriété est venue. »

    Nous avons donc perdu 50 ans ! C’est pourquoi nous allons connaître la sobriété dans la pénurie, ce qui ne signifie la même chose qu’en 1972 , adepte à l’époque de la croissance zéro

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