épuisement des ressources

« Ralentir ou périr » : la décroissance à HEC

L’école de commerce de Jouy-en-Josas a invité Thimothée Parrique, chercheur en économie écologique et spécialiste de la décroissance.

Timothée Parrique : « La première fois que j’ai entendu parler de décroissance, j’étais étudiant en deuxième année d’économie à l’université. J’ai ricané. Je me suis dit : c’est qui ce guignol qui n’a jamais pris un seul cours d’économie ? Depuis, j’ai fait pas mal de chemin… La décroissance est une réduction de la production et de la consommation pour alléger l’empreinte écologique, planifiée démocratiquement dans un esprit de justice sociale et de bien-être ».

Le point de vue d’un écolo

La première fois que j’ai compris que nous allions vers la décroissance, c’était en 1972, quand j’ai lu le rapport au club de Rome sur les limites de la croissance (12 millions d’exemplaires et traduit dans 37 langues). Sans décélération, on disait à l’époque croissance zéro, nous allions au crash. Puis en 1974 j’ai voté René Dumont, la première fois qu’un présidentiable se revendiquait écolo. J’ai trouvé que son programme de réduction de nos consommations et de limitation de nos besoins était le seul programme qui tienne la route. Au début des années 2000, à l’intérieur du PS, le mot « décroissance » était pourtant interdit de séjour et les écologistes institutionnels ne faisaient pas mieux. Quand Hollande est arrivé au pouvoir, il répétait en boucle « croissance, croissance, croissance », il voulait « inverser la courbe du chômage ». Sarkozy a fait de même, et Macron comprend juste aujourd’hui que le mot « sobriété » existe. Et en 2022, il faudrait comme Timothée enseigner en Suède pour avoir le droit de parler de décroissance !

« Business as usual », est encore aux manettes et « Ralentir ou périr » explique dans un livre Thimothée Parrique. Trop tard pour savoir maîtriser la décroissance, on a perdu cinquante ans avec l’idéologie croissanciste encore si prégnante aujourd’hui. A l’heure actuelle, dans toutes les écoles de commerce, les futurs managers apprennent encore la microéconomie, le supply chain (« chaîne logistique »), le marketing, etc. On reste prisonnier d’un enseignement pour “comment bien gérer son entreprise pour qu’elle soit profitable”, sans jamais interroger le pourquoi produire, pour qui, avec quelles finalités. On va donc avoir de plus en plus chaud, les pieds dans l’eau et le baril à 1000 dollars. C’est pourquoi la planète et tous ses habitants vont connaître une descente plus ou moins rapide vers une récession qui deviendra dépression, accompagnée de guerres, de famines et d’épidémies. Malthus avait tout prévu !

Septembre 2022, la fin de l’insouciance

Nous ouvrons enfin les yeux sur l’obsolescence programmée de la planète du fait de la prédation systémique des ressources par le capitalisme techno-industriel. La fin de l’insouciance marque l’entrée dans la guerre des ressources. Elle a déjà commencé. Qui contrôle les parties-clés des chaînes d’approvisionnement mondiales de minerais et de terres rares ? La Chine. Qui contrôle le gaz et le pétrole destinés à l’Europe ? En grande partie la Russie. Cela rend l’Europe et les États-Unis particulièrement vulnérables, notamment avec l’aggravation des tensions géopolitiques. Les sociétés trop riches et infiniment complexes sont les plus fragiles.

Pierre-Cyrille Hautcœur : Les sociétés sur-développées anciennes dépendent d’infrastructures (systèmes d’irrigation notamment) pour leurs hauts rendements agricoles et donc pour le développement des sociétés urbaines qui en dépendent. Le cas le plus significatif est sans doute celui d’Angkor, le plus vaste système urbain du monde à l’époque (plus de 1 000 kilomètres carrés), qui survécut à grand-peine à une première période de sécheresse (1345-1368), mais s’écroula définitivement à la seconde (1401-1405). Que le sentiment de supériorité de notre société occidentale ne s’y trompe pas : à chaque fois, des sociétés sophistiquées ont dû se transformer radicalement vers une simplification drastique, et cela n’a pas eu lieu sans de considérables souffrances. Certaines de ces sociétés ont été capables de construire sur ces décombres de nouvelles prospérités, par l’ouverture (les grandes expéditions chinoises, puis européennes), l’investissement dans de nouvelles infrastructures, l’élargissement de l’accès au savoir (par l’imprimerie) ou l’invention de nouvelles solidarités. Puisse notre époque savoir faire de même.

Le point de vue des écologistes

Monsieur Hautcœur pêche par trop d’optimisme, la société thermo-industrielle a vidé la planète de toutes ses ressources non renouvelables et même en grande partie de ses renouvelables. L’eau manque déjà, les sols sont considérablement dégradés, l’air et les mers pollués, la biodiversité en berne, etc. Le rebond devient impossible, la résilience très limitée, les capacités d’adaptation non financées. La fragilité des sociétés complexes est bien démontrée depuis depuis de nombreuses années, en particulier par Joseph Tainter. Pendant près de 200 000 ans, nous avons vécu dans des petits groupes simples, quelques douzaines d’individus ou moins. Ce n’est que depuis 10 000 ans avec l’invention de l’agriculture (le néolithique) que certaines sociétés humaines ont commencé à grossir et à se complexifier. La révolution industrielle a accéléré le processus. La manière dont nous vivons actuellement est une anomalie historique.

Joseph Tainter : « Dans tout système vivant, la complexité a un coût métabolique. Plus un système est complexe, plus il nécessite de l’énergie. Chez les humains, nous comptabilisons les coûts de la complexité par le travail, l’argent, le temps ou les nuisances. Dans tous les cas, il s’agit de transformation de l’énergie. Nous ne percevons pas les coûts de la complexité aujourd’hui, car ils sont subventionnés par les combustibles fossiles. Sans ces derniers, les sociétés modernes ne pourraient pas être aussi complexes qu’elles le sont. Notre complexité s’accroît car elle est très utile pour résoudre les problèmes créés par la complexité. Confrontés à des difficultés, les solutions que nous mettons en place tendent à impliquer plus de technologie élaborées, la prolifération des rôles sociaux et des spécialisations, le traitement d’une plus grande quantité d’informations, ou l’engagement dans de nouvelles sortes d’activités. Mais la complexité dans les résolutions de nos problèmes atteint actuellement le point des rendements décroissants : passé un seuil, vous payez de plus en plus pour obtenir de moins en moins de bénéfices. Après avoir épuisé l’énergie bon marché et la dette abordable, nous perdons alors notre capacité à résoudre nos problèmes. C’est ce processus qui a entraîné l’effondrement d’anciennes civilisations comme l’Empire romain. »

Lire, Climat : les mécanisme complexes de l’effondrement

Pourtant nos dirigeants s’escriment à rendre notre société thermo-industrielle toujours plus complexe. Nos dépendances aux transports, aux supermarchés, aux moyens de communications, aux ressources naturelles... ne sont jamais remises en question. On a déjà vu cet été la stupéfaction de certains avec le rationnement de l’eau pour passer la sécheresse alors que d’autres avaient les pieds dans l’eau par des inondations. Rien qu’une journée sans essence ou sans portable nous feront assister à des moments de panique totale ! Les solutions proposées comme le maintien du pouvoir d’achat ou les subventions aux énergies fossiles ne font que cacher temporairement au yeux du peuple consumériste la profondeur de la crise en cours.

Le litre d’essence ne devrait pas être à 1,50 euros (avec la ristourne de 30 centimes), mais à dix euros au moins et ce sans aucune aide publique. Alors les comportements sociaux commenceraient vraiment à changer et les manifestations dans la rue, qu’elles soient habillées en gilets jaunes ou déguisées en insoumis ne seraient que coups d’épée dans l’eau. Les contraintes biophysiques sont bien au-delà des velléités humaines.

Septembre 2022, de l’abondance à la pénurie

En invoquant en conseil des ministres le 24 août la «  fin de l’abondance », Emmanuel Macron renoue avec une tradition politique très ancienne. L’État a, de tout temps, assis sa puissance sur sa capacité à prévoir les pénuries ou à organiser les conditions de l’abondance.

Julien Vincent : « De Colbert à Emmanuel Macron, en passant par Jimmy Carter en 1977, les annonces soigneusement mises en scène de pénuries imminentes ont une longue histoire. L’abondance est une notion toute relative. Elle dépend de « besoins » qui sont eux-mêmes le produit de structures sociales et culturelles changeantes. En 1972, Marshall Sahlins montre que l’abondance n’a peut-être jamais été aussi parfaite que dans les sociétés de chasseurs-cueilleurs. Dans ces populations nomades où la surmortalité des enfants et des vieillards est acceptée, et où les inégalités de richesse sont constamment mises en échec par le groupe, les besoins sont minimes. On peut alors jouir de beaucoup de temps libre, ne chassant et ne glanant que quelques heures par jour. C’est en bâtissant des systèmes d’approvisionnement à grande échelle que se sont érigés les pouvoirs romain, ottoman ou chinois. Sous l’Ancien Régime, la capacité à connaître les ressources les plus nécessaires, mais aussi à encadrer la production et l’approvisionnement, est un enjeu majeur de l’étatisation des sociétés européennes. »

Le point des vue des écologistes malthusiens

A travers les mécanismes de la division du travail de la révolution industrielle, on entre dans une période productiviste qui a débouché sur notre société de consommation. Plus dure sera la chute ! Un cornucopien est un illusionniste qui estime que les innovations technologiques permettront à l’humanité de subvenir éternellement à tous ses besoins matériels. Le terme lui-même vient du latin cornu copiae signifiant corne d’abondance. En 1798, le révérend Thomas Malthus reprend la prophétie d’une fin prochaine de l’abondance dans le but de réfuter les pensées « cornucopiennes ». Il entend répondre, non plus aux républicains anglais, mais aux défenseurs de la Révolution française. A Condorcet, qui avait promis un avenir d’amélioration continue et la fin de la pauvreté, il oppose les limites matérielles au progrès humain. L’argument n’est pas nouveau, mais Malthus lui donne une dimension scientifique et philosophique inédite. Alors que l’augmentation de la production agricole ne peut être qu’arithmétique, suppose-t-il, l’augmentation de la population obéit à une suite géométrique. Au début du XIXe siècle, l’Angleterre a déjà dépassé les limites naturelles de ce que son territoire peut produire. Pour cet ecclésiastique anglican, la seule réponse aux limites physiques est morale : il faut restreindre les naissances.

Lire, Gerondeau-Obama, des cornucopiens* du gaz de schiste (31 mai 202)

David Ricardo distingue deux réponses possibles aux prédictions malthusiennes. La première est le recours à l’innovation technique : Ricardo s’est converti aux promesses de la machine à vapeur. La deuxième consiste à changer l’échelle d’analyse : si ce qui manque localement se trouve en abondance ailleurs, alors la circulation des biens mettra fin à la pénurie. Ricardo défend ainsi une politique de libre-échange, non plus seulement à l’échelle d’un pays, mais à l’échelle internationale.

Mais l’abondance des uns fait la pénurie des autres. Il y a manifestement plus d’habitants en Grande-Bretagne que ce que la terre peut nourrir. Ils vivent sur la superficie fantôme. Les exploitations agricoles d’un pays, ses pâturages et ses forêts constituent la superficie visible. La superficie fantôme représente les sources de nourriture au-delà de ses frontières. Loin de l’image idéalisée du « doux commerce » (Montesquieu), ces hectares fantômes sont en grande partie le résultat de la prédation coloniale qui appauvrit le sol et les ressources des nations étrangères. En Grande Bretagne, plus de la moitié de la nourriture du pays provient de l’extérieur. Si les Japonais ne s’appuyaient pas sur la pêche aux quatre coins de la planète et des produits agricoles venant de pays exportateurs, les deux tiers des habitants mourraient de faim. Une fois la capacité limite du pays atteinte, les individus supplémentaires ne peuvent être alimentés qu’à l’aide d’importations en provenance des superficies fantômes. Comme il n’y a pas de famine au Japon ou en Grande-Bretagne et que les magasins sont remplis d’aliments de base, les gens ne se rendent pas compte qu’ils ont collectivement dépassé la capacité de leur localité, de leur région biogéographique et de leur pays.

Bientôt la fin de l’abondance, annoncée depuis longtemps par notre blog biosphere

Lire, Macron annonce le rationnement énergétique (6 septembre 2022)

Lire, société d’Abondance, société de pénuries (6 juillet 2022)

Lire, A connaître, «âge de pierre, âge d’abondance» (11 avril 2021)

Lire, Journée mondiale de l’eau, un constat de pénurie (22 mars 2019)

Lire, Climat et pénuries, la démocratie en danger (5 janvier 2019)

Lire, Abondance, s’éloigne quand on lui court après (14 février 2018)

Lire, La pénurie au Venezuela, et si c’était la France ? (4 juillet 2016)

Lire, Droite et gauche, société du risque ou société de pénurie (19 janvier 2014)

Lire, fin de la société minière, fin de l’abondance à crédit (28 novembre 2013)

Lire, Peak all, pénurie de tout, énergie et minerais (13 mai 2012)

Lire, pénurie définitive de carburants (2 novembre 2010)

Deux ouvrages publiés en 1948 aux Etats-Unis, annonçaient la catastrophe à venir : The Road to Survival de l’écologue William Vogt, et Our Plundered Planet (La Planète au pillage) du naturaliste Henry Fairfield Osborn. Comme chez Malthus, le problème est celui de la croissance de la population au regard des ressources. Mais, désormais, l’échelle est planétaire. Le rationnement sera bientôt la seule solution. Lors du choc pétrolier de 1973, le gouvernement néerlandais introduit le dimanche sans voiture afin de réduire la consommation d’essence : une mesure qui s’applique à tous, tout en permettant à chacun d’éprouver la gravité de la situation dans son quotidien. Au Royaume-Uni, au même moment, l’état d’urgence est déclaré. Le gouvernement conservateur réduit la semaine de travail à cinq, puis à trois jours : une situation de chômage partiel pour tout le monde, qui permet de montrer que la pénurie n’est pas imposée seulement à quelques-uns.

Bientôt le rationnement, annoncé depuis longtemps par notre blog biosphere

Lire, Macron annonce le rationnement énergétique (6 septembre 2022)

Lire, CLIMAT : rationnement, alternative d’avenir (24 octobre 2021)

Lire, Histoire et avenir du rationnement de 1973 à demain (20 juin 2018)

Lire, Le rationnement, outil convivial (selon Mathilde Szuba) (29 août 2017)

Lire, du marché carbone au rationnement carbone, l’inéluctable (19 avril 2013)

Lire, volontarisme ou rationnement carbone ? (6 juin 2010)

Lire, rationnement carbone (12 juillet 2009)

« Assistanat », la gauche se déchire

Qui a opposé « la gauche du travail » et « la gauche des allocations [et] des minima sociaux » ? Fabien Roussel, le secrétaire national du Parti communiste français (PCF), s’exprime ainsi à la Fête de L’Humanité : « De “parti des salariés”, nous voilà, dans l’esprit commun, le “parti des assistés” ».

Les classes populaires ont le sentiment d’être non seulement soumis à une pression venant du haut, mais aussi à une pression venant du bas, venant de plus bas qu’eux. Mais ce point de vue sur la « société d’assistance » est importé de l’imaginaire de la droite, il a donc mis le feu aux poudres parmi la gauche.

Le point de vue des écologistes malthusiens

Les lois sur les pauvres tendent manifestement à accroître la population sans rien ajouter aux moyens de subsistance. Telles qu’elles existent en Angleterre, elles ont contribué à élever le prix des subsistances et à abaisser le prix réel du travail. Elles ont donc contribué à appauvrir la classe du peuple qui ne vit que de son travail. Secondement, la quantité d’aliments qui est consommée par les assistés diminue d’autant les portions des membres de la société plus laborieux et plus dignes de récompense. Les lois sur les pauvres ont été établies dans des vues pleines de bienveillance. Mais pour mettre le pauvre à portée de cette assistance, il a fallu assujettir toute la classe du peuple à un système de règlement vraiment tyrannique. Si ces lois n’avaient jamais existé, la somme totale du bonheur eût été plus grande chez le peuple qu’elle ne l’est à présent. Le vice radical de tous les systèmes de cette nature est d’empirer le sort de ceux qui ne sont pas assistés.(Malthus, 1803)

Le principe de bienveillance, employé comme ressort principal de toutes les institutions sociales, et substitué à l’amour de soi et de l’intérêt personnel, paraît au premier aspect un perfectionnement vers lequel doivent se diriger tous nos vœux. Mais ce concert d’hommage à la vérité et à la vertu disparaissent à la lumière du jour, et font place au spectacle des peines réelles de la vie, ou plutôt à ce mélange de biens et de maux dont elle est toujours composée. Supposons que dans l’île de la Grande-Bretagne on pût réussir à écarter toutes les causes de vice et de malheur. Tous les hommes sont égaux. Les travaux relatifs aux objets de luxe ont cessé. L’esprit de bienveillance fera la répartition du produit entre tous les membres de la société de manière que chacun ait selon ses besoins. Mais la suppression de toutes les grands causes de dépopulation ferait croître le nombre des habitants avec une rapidité sans exemple. L’esprit de bienveillance, que l’abondance fait éclore et alimente, est comprimé par le sentiment du besoin. Le blé est cueilli avant sa maturité ; on en amasse secrètement au-delà de la portion légitime. En vain la bienveillance jette encore quelques étincelles mourantes ; l’amour de soi, l’intérêt personnel, étouffe tout autre principe et exerce dans le monde un empire absolu. Il faut donc absolument opposer à la population quelque obstacle. Le plus simple le plus naturel de tous semble être d’obliger chaque père à nourrir ses enfants. Cette loi servirait de frein à la population ; car l’on doit croire qu’aucun homme ne voudra donner le jour à des êtres infortunés qu’il se sentira incapable de nourrir ; mais s’il s’en trouve qui commettent une telle faute, il est juste que chacun d’eux supporte individuellement les maux qui en seront la suite et auxquels il se sera volontairement exposé.

En Angleterre, on a fait des lois pour établir en faveur des pauvres un système général de secours ; mais il est probable qu’en diminuant un peu les maux individuels, on a répandu la souffrance sur une surface beaucoup plus étendue. Plus on fait de distribution dans les paroisses à titre d’assistance, et plus on encourage chacun à persister dans sa consommation habituelle. Il peut paraître étrange qu’avec de l’argent, on ne puisse pas améliorer la condition du pauvre sans abaisser d’autant celle du reste de la société. Je peux faire un retranchement sur la nourriture de ma famille que je donne au pauvre si je suis en état de le supporter aisément. Mais si je donne à ce pauvre de l’argent, en supposant que le produit du pays ne change point, il est évidement impossible qu’il reçoive cette augmentation sans diminuer la portion des autres. Les classes les plus souffrantes dans la disette sont incontestablement celles qui sont immédiatement au-dessus de la pauvreté ; elles ont été abaissées d’une manière marquée par les excessives largesses faites aux classes placées au-dessous d’elle. N’oublions pas toutefois que l’humanité et une vraie politique requièrent impérieusement que dans des circonstances de famine, les pauvres reçoivent tous les secours que la nature des choses permet de leur donner. Il est donc de notre devoir de leur donner dans les années de détresse quelques secours temporaires.

d’autres points de vue

Mark : L’Internationale dit tout en quatre vers :  » Ouvriers, paysans, nous sommes Le grand parti des travailleurs La terre n’appartient qu’aux hommes L’oisif ira loger ailleurs. » C’est clair.

Sacha Frenchy @ Mark: A l’époque ou a été écrite l’Internationale, il n’y avait pas d’aide sociale. Le terme « les oisifs » désigne les possédants, les rentiers qui vivent du travail des autres. Votre interprétation de l’Internationale est un contresens historique. C’est clair.

Lorange : A noter que les plus virulents envers les « assistés » sont les rentiers, les macronistes et réactionnaires protecteurs du Capital et les retraités qui vivent des pensions versées grâce au travail des actifs.

paul duvaux : L’assistanat ne fait pas partie de l’imaginaire de la droite : c’est une réalité très concrète que tout le monde doit combattre, la gauche comme la droite. Il faut vivre dans un milieu riche pour ne pas comprendre l’importance de cette question. Toute personne qui vit dans les milieux populaires voit régulièrement de nombreuses personnes qui abusent de l’aide sociale, qui profitent du système.

titi_et_grosminet : LFI fait 50% dans le 93. C’est évidemment le parti de l’assistanat et la déresponsabilisation.

Klaatu Vanuatu : En bon marxiste, Roussel sait que la conscience de classe ne se développe que chez les travailleurs et pas dans le lumpen prolétariat. Entretenir ce dernier plutôt que de chercher à le résorber créé une pression sur les couches moyennes et les pousse dans les bras de l’extrême droite. C’est une réalité et pas un fantasme. La gauche qui oublie la valeur travail ou qui pense que c’est quelque chose qu’on distribue à volonté n’est que l’auxiliaire de l’extrême droite. Cela s’est vérifié par les transferts de voix et se vérifie tous les jours dans un enfermement sectaire de plus en plus prononcé.

Savinien : Sauf que, contrairement à ce que laisse entendre Fabien Roussel, il n’y a pas de séparation claire entre le monde du travail et celui des aides sociales.

pierre guillemot : Vécu, un presque vieux, la grande cinquantaine, revient en France après une carrière à l’étranger d’où il a rapporté de bons souvenirs mais pas d’argent. Il n’a rien. Grâce aux institutions sociales, il a bientôt un petit appartement et le RMI. De quoi vivre, surtout qu’à Paris la carte orange gratuite et autres améliorent la situation. Le temps de se remettre, il trouve sa situation immorale et prend un travail, au SMIC. Aussitôt tout disparaît, l’appartement devient payant, le métro aussi. Heureusement il a des amis pour passer le cap.

Paco34 : Les allocations sont indispensables à court terme, ce que Roussel avait l’air de négliger.. mais à terme le but est bien une intégration par l’activité.

Tundra Cotton : C’est juste que, entre la promotion de la retraite comme idéal, les rêves de revenu universel, la volonté de verser une bourse à tous les jeunes, les subventions au pouvoir d’achat, le refus de vraies contreparties quand on touche le chômage ou le Rsa, certains à gauche en viennent à se poser à leur tour la question de la « valeur travail ». A quoi bon, en effet, se bouger si tout nous tombe du ciel ? N’est-ce pas mémé un peu honteux d’avoir un emploi, surtout un emploi peut-être marchand voire, horreur, presque capitaliste?

Tiouriret : Quand le capitalisme, c’est à dire les rentiers néolibéraux depuis Friedman/Reagan, se moquent du travail, le font faire en Chine ou au Brésil car ils s’intéressent exclusivement au rendement de leurs actions mondialisées, entendre le PS ou le PC »F » vomir sur l’assistanat et, comme Pétain, vénérer un « travail » utopique, devient assez nauséeux et ouvre les portes du pouvoir à l’extrême droite.

Épi-Logos : C’est un système circonscrit à la société humaine. Dans la Nature, celui qui a besoin « d’assistance » est rapidement sélectionné pour disparaître.

Lire, assistanat destructeur (18 janvier 2009)

Fin des inégalités, c’est bon pour le climat

Qu’on se le dise, toute inégalité de revenu ou le patrimoine résulte d’une expropriation par certains individus de la plus-value produite par autrui. Normalement un travailleur, qu’il soit simple manœuvre ou grand PDG, ne peut consacrer en une heure de travail plus de 60 minutes de labeur. Et d’ailleurs chaque personne a les mêmes besoin qu’autrui. On s’aperçoit aujourd’hui, avec les crises écologiques, que la distribution des richesses n’est pas seulement une exploitation de l’homme par l’homme, mais de plus en plus une détérioration forcenée de la planète par les plus riches.

Lire, explosion des inégalités, délires mégalomanes

Stéphane Foucart : Les inégalités sociales ne sont plus seulement définies par la distribution de la richesse dans la société, mais aussi par le pouvoir de destruction de l’environnement mécaniquement associé à cette richesse. Or il y a une grande différence entre ces deux façons d’envisager les inégalités socio-économiques. D’un côté, il n’existe aucune limite à la quantité de richesses distribuables ; de l’autre il n’existe qu’un stock limité de carbone à émettre pour éviter de détruire un bien commun, à savoir le climat terrestre. Alors que la fortune d’autrui est acceptable tant qu’elle n’est pas perçue comme le fruit d’une spoliation, elle ne l’est plus si elle permet de s’arroger un droit à émettre du carbone. Le GIEC assure que « s’attaquer aux inégalités et aux nombreuses formes de consommation ostentatoire favorise les efforts d’atténuation du changement climatique. » Cette n’est pourtant pas évidente pour les économistes et les décideurs, enfermé dans un monde où tout est compensable par la magie des mécanismes de marché ou par des taxes judicieusement choisies.

Le point de vue des écologistes

Notre société est toujours une royauté, avec ses privilégiés qui n’ont pas un carrosse mais un avion personnel, par de palais mais des demeures luxueuses disséminées dans le monde entier, et un amour immodéré pour les paradis fiscaux. L’inégalité permet à certains d’avoir une empreinte écologique démesurée alors que d’autres personnes vivent en dessous du minimum vital. La différence de richesses est non seulement injustifié d’un point de vue socio-économique, mais insupportable d’un point de vue écologique. Notre critère est simple. Dans une société du gaspillage généralisé sur une planète dévastée, nous devons mettre en place un système de sobriété partagée. Les inégalités doivent disparaître et la consommation se réduire de façon drastique. Il faut repenser revenu du travail et revenu du capital, impôt sur le revenu et impôt sur le patrimoine.

– Aucun dirigeant d’entreprise n’a à lui seul le pouvoir de faire de l’argent. En fait il bénéficie du groupe de travail que constitue l’ensemble des travailleurs de l’entreprise ; ce sont eux qui font la valeur ajoutée. Sans personne à sa disposition, un patron n’est qu’une personne indépendante qui ne peut compter pour gagner de l’argent que sur ses propres forces ; artisans et commerçants travaillent beaucoup et ne gagnent pas grand chose.

– Il est possible de fixer un salaire minimum, il est donc possible de plafonner le salaire des dirigeants. Un patron ne possède que deux bras et une seule tête, des besoins similaires à tous, il ne vaut pas beaucoup plus que n’importe lequel d’entre nous et sans doute beaucoup moins dans des tas de domaines (la sagesse, le respect des autres, l’amour de la nature, etc.). Donc à travail égal, salaire égal. Il n’y a pas d’inégalité de valeur entre le travail d’un éboueur et celui d’un PDG.

La propriété, c’est le vol. L’homme ne travaille pas socialement pour lui-même mais pour le bien commun. C’est un locataire perpétuel temporairement embarqué dans des structures collectives qu’on appelle entreprise, capital financier ou technique, maison pavillonnaire ou HLM, participation à la valeur ajoutée de l’entreprise

– Quand le patrimoine est transmis d’une génération à l’autre par famille interposée, les inégalités se reproduisent dans le temps. Toute égalisation consisterait à donner à chaque personne le même capital de départ, ce qui est difficile quand on considère qu’il y a à la fois un capital économique et financier (entreprise, patrimoine de rapport), mais aussi un capital culturel ( pouvoir de se faire entendre, qualité acquise par une socialisation spécifique), ou même un capital relationnel (le carnet d’adresses des parents et/ou de la grande école dont on sort). La disparition de l’héritage des biens mobiliers et immobiliers serait un premier pas vers une société abandonnant la reproduction des privilèges.

Lire, Inégalités : quelle norme pour le suffisant ?

Abolir la peine de mort… des langoustes !

Il y a les abolitionnistes de la peine de mot, il n’y a pas d’abolitionnistes de la surpêche. On s’intéresse beaucoup aux cas particuliers qui ne concernent que quelques criminels, et seulement marginalement au pillage de la planète par notre civilisation thermo-industrielle moribonde.

la mise à mort des langoustes

Angela Bolis : « Depuis une cinquantaine d’années, la langouste sombre. L’espèce reine a fortement décliné en Corse. De 300 tonnes dans les années 1950, les prises annuelles sont passées à environ 65 tonnes. En Bretagne, la chute fut plus vertigineuse encore, passant de 1 000 tonnes par an après guerre à moins de 30 tonnes dans les années 2000. Le lien avec la pêche est évident : remplacement de la nasse par le filet en nylon, à partir des années 1960. Des filets solides, nettement plus productifs. La suite s’apparente à un cercle vicieux. Alors que la ressource s’épuise, l’effort de pêche augmente pour tenter de maintenir une production : plus de filets, plus profond, plus loin… Avec la hausse considérable de son prix, la pêche à la langouste demeure rentable, et se poursuit malgré la dégringolade des sto cks. Jusqu’à atteindre une situation de surexploitation et de baisse structurelle des stocks. »

Les homards et langoustes ébouillantés, les huîtres dévorées vivantes, les poissons arrachés aux grands fonds, les escargots qui en bavent, … etc.  Nous constatons, nous savons commenter la mort en direct des espèces, nous les mangeons quand même. Nous ne sommes pas capables de remettre en question notre mode de vie qui détruit le vivant dans des zones de plus en plus vastes.

la peine de mort au Japon

Philippe Messmer : « Tomohiro Kato a été pendu en juillet 2022 à Tokyo. Il avait été condamné à mort pour avoir précipité, en 2008, un camion sur la foule, dans le quartier d’Akihabara, à Tokyo, avant de poignarder plusieurs personnes. L’attaque avait fait sept morts et une dizaine de blessés. En 2015, la Cour suprême avait définitivement confirmé la sentence, estimant que la gravité du crime ne laissait aucune place à la clémence. A chaque exécution, l’Union européenne rappelle, avec la Suisse, l’Islande et la Norvège, son opposition à la peine capitale, « quelles que soient les circonstances ». Au Japon, rares sont les débats sur la peine capitale. les télévisions profitant des faits divers pour alimenter le principe de la peine de mort comme vengeance pour la perte d’un être cher.« 

Fallait pas tuer son prochain… « Tu ne tueras pas », dit un des 10 commandements. Et une forte pensée pour les victimes d’une tuerie. Que celui qui commet  le crime encourt la peine capitale semble donc légitime, c’est le principe de la proportionnalité des peines. En France, nous n’aurions pas dû enlever du code pénal le châtiment suprême, à la cour de trancher au nom de la justice. D’ailleurs la PDM est souvent reçue avec soulagement par le condamné, car vivre perpétuellement enfermé, c’est la mort lente.

Lire, Peine de mort abolie, une avancée majeure ?

Lire, « Au bord de l’effondrement » dit un rapport

Ensète ou insectes, pas de nourriture miracle

Nous mangerons bientôt du krill et des insectes. A la recherche de la nourriture miracle, voici l’ensète qui pourrait paraît-il nourrir près de 110 millions de personnes d’ici à 2070 !!!

Noé Hochet-Bodin :  » L’ensète appartient à la famille des Musaceae mais, contrairement au bananier, il n’a aucun fruit à offrir. En revanche, sa pulpe abondante et sa racine lui valent souvent le qualificatif de « plante contre la faim ». Dans le sud de l’Éthiopie, l’ensète fait déjà office de nourriture de base pour 20 millions d’habitants des hauts plateaux qui bordent la vallée du Rift. S’il faut trois jours pour récolter entièrement les « fruits » d’un seul ensète, c’est parce que celui-ci donne entre 70 et 100 kg de rendement… Mais l’ensète ne répond pas aux besoins nutritifs, sa teneur en protéines et en calories est insuffisante. »

Le point de vue des écologistes

Edgard Wibeau : Pas un mot sur les exigences agronomiques de cette plante. Si la valeur nutritionnelle est aussi faible que celle du manioc (plante originaire … d’Amérique), on n’est pas sorti de l’auberge. Et encore : quantité d’eau pour boucler le cycle ? Température minimale de survie ? Nombre de degrés pour boucler le cycle ? Exigence en matière de sols ? Apports nécessaires ? Ce qui est sûr, c’est que le coup de la plante miracle, il a été fait souvent, et que si c’était le cas, ça se saurait.

Republique-universelle : Quelles que soient les qualités d’une plante, pour sa culture et notre alimentation, il ne faut pas faire reposer une stratégie alimentaire sur la monoculture. Cette plante, si elle présente des intérêts doit être cultivée dans un système agraire plus complexe et conservant des plantes déjà adaptées. Il n’y a pas de plante miracle.

Jigi : De nombreux palmiers et le bambou ont un cœur délicieux à manger, mais à la valeur nutritive extrêmement faible. De plus l’ensète doit pousser au dessus de 2100 mètres. Cela explique probablement que sa consommation n’a pas dépassé sa région d’origine, au contraire d’autres plantes domestiques (taro, manioc).

Michel SOURROUILLE : Demain pas de problème alimentaire, on mangera des algues et de la spiruline « si riches en protéines »… Après le vers de farine, le criquet migrateur est autorisé dans les assiettes des Européens. Riches en acides gras, protéines, vitamines, fibres et minéraux, les insectes sont considérés par l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture comme des aliments très nutritifs… On pense même nous faire ingurgiter du krill, la nourriture des baleines, 500 millions de tonnes de matière vivante. Et maintenant la pulpe abondante et la racine de l’ensète ! On nous fait croire au miracle d’une source illimités de nourriture, ce qui n’empêche pas 800 millions de personnes de souffrir grave de la faim. On ne pense pas du tout au fait de limiter la fécondité humine alors que nous sommes dorénavant 8 milliards de bouches à nourrir.

M.Constantine : La nourriture miracle à mettre en parallèle avec la population à nourrir… si la population augmente avec la quantité de nourriture cela n’apporte rien. En juillet 2015, selon l’Agence centrale des statistiques éthiopienne, la population s’élève à 90 074 000 habitants. En 2020 selon la banque mondiale, on arrive à 115 millions. Un pays qui croit de 25 millions de personnes en 5 ans est ingérable, définitivement ingérable. Le taux de fécondité est de 4,15 enfants par femme (2019), le taux de croissance annuel de la population de 2,5% (2020), soit un doublement en 28 ans seulement. Même en faisant l’hypothèse, dite moyenne, d’une poursuite de la baisse de la fécondité, les Nations unies projettent 160 millions d’Éthiopiens en 2035. L’ensète n’arrivera jamais à nourrir les Éthiopiens qui naissent aujourd’hui… alors le reste du monde !

Lire, Après les insectes, vous mangerez nos enfants

La guerre de l’eau est déclarée

Eau potable, irrigation, production électrique : tensions sur le partage de l’eau dans le Sud-Est asséché. La guerre de l’eau est déclarée. Même en France, même pour une ressource renouvelable on se dispute une eau en voie de raréfaction. Rappelons-nous le verre d’eau prémonitoire de René Dumont lors de la présidentielle 1974.

Lire aussi, Main Basse sur l’eau, un documentaire de Jérôme Fritel

Gilles Rof : « C’est un immense château d’eau que beaucoup pensaient inépuisable et dont la sécheresse exceptionnelle de cette année 2022 révèle soudain les limites. Le système Durance-Verdon constitue un complexe schéma de captation, de stockage et de distribution des eaux en Haute-Provence. Les captages permettent l’alimentation en eau potable de 3,5 millions d’habitants et l’irrigation de 80 000 hectares de terres agricoles. Enfin,la création de lacs artificiels a fait naître un tourisme essentiel pour de nombreuses communes alpestres. Les agriculteurs défendent âprement leur priorité. « La première des nécessités est d’avoir à manger ». L’alimentation en eau potable est une autre urgence incontournable. De son côté, EDF pourrait avoir à répondre, l’hiver prochain, à une potentielle crise énergétique. Quant au secteur du tourisme, il espère la pluie. »

Le point de vue des écologistes

Shiva : Le problème théorique de l’âne de Buridan se complexifie dans la réalité : quelle est la priorité entre boire, manger, avoir de l’électricité, etc ? Dire qu’à l’élection présidentielle de 1974, René Dumont avait bu un verre devant la caméra pour illustrer la rareté future de ce liquide, cet homme voyait loin !

Itapoa : Cet homme était un visionnaire et passait pour un original. 50 ans après , pas mal d évènements lui donnent raison .

Découvrez la video présentant son discours de 1974

Dan78 : Tout le monde parle de restrictions, de modération, de remettre à plat l’utilisation des ressources hydriques, « il va falloir s’habituer à ce type de situations », etc etc…Mais, de la cause racine, pas un mot : quelles mesures prise pour réduire urgemment et drastiquement nos émissions de gaz à effet de serre ? On continue à tergiverser alors qu’on va droit dans la mur.

Delest : Situation de crise et interdiction d’arroser ses légumes… mais autorisation de le faire sur les green de golf. Une explication ?

Patrick Rosa : On a bien une échelle de prix pour l’électricité selon la puissance installée, on devrait avoir une échelle de prix selon la consommation d’eau. En fait un rationnement dans les faits. Ce qui permettrait de plus d’appliquer une politique sociale : prix très bas ou nul pour la consommation de base (de survie), payé par les prix progressifs pour les maniaques de la douche, les possesseurs de piscine et les golfeurs invétérés… Ça en conduira beaucoup à découvrir les bienfaits des toilettes sèches et de la récupération d’eau de pluie!

Nico88 : La solution est simple: sobriété pour tout le monde. Quand aux touristes, ben ils n’ont qu’à aller dans le nord…

Tundra Cotton : Eau, essence, chauffage, matières premières, seuls des prix beaucoup plus élevés peuvent changer les habitudes de consommation et les modes de production. Le marché est le moyen le plus sûr et le plus impitoyable de réguler la distribution. Quitte à aider les plus modestes en parallèle.

Gilles SPAIER : Il faudra envisager de supprimer l’eau courante, et ce qui va avec, douches, lave linges, lave vaisselles, chasses d’eau etc.. Ce qui permettra à chacun de vivre avec 10 litres d’eau par jour. Certes, prôner cette dernière solution est politiquement risqué.

Block : Tout à fait d’accord Hélas ! des bonnets rouges aux Gillet jaunes tout va dans le sens contraire ….

Jean Rouergue : Le céréalier dit avoir à manger, le viticulteur dit avoir à boire, l’éleveur ne pense qu’au lait que sans eau ses vaches ne produiront pas, et le citadin à l’eau pour faire tourner la machine à laver… Bref sans farine il y eut révolution, sans eau ce sera un feu d’artifice ?

MARCO : L’eau, du moment qu’il en reste pour le pastis, ça va…

Les quatre cavaliers de l’apocalypse

Le 2 août 2022, des scientifiques appellent à envisager le pire concernant le changement climatique… pour mieux s’y préparer !!!

Annick Berger avec AFP : L ‘éventualité d’un enchaînement de catastrophes à cause du réchauffement de la planète est « dangereusement sous-exploré » par la communauté internationale.  L’étude a été publiée dans la revue PNAS ( (Proceedings of the National Academy of Sciences). Les scientifiques citent notamment de possibles hausses de températures pires que prévues ou une cascade d’événements encore non envisagée, voir les deux. Les points de basculement du climat de la Terre – comme la fonte irréversible des phénomènes météorologiques extrêmes, conflits, maladies à transmission vectorielle.Les experts climat de l’ONU (Giec) ont eut tendance à « privilégier le moins pire scénario »,

Paul Watson en 2012 : « Je crois que les quatre cavaliers de l’Apocalypse seront les moyens qui vont servir à réduire notre population – famines, épidémies, guerres et troubles civils. La solution que je préconise est que personne ne devrait avoir d’enfants à moins de suivre une formation de six mois au cours de laquelle on apprendrait ce que cela veut dire d’être un parent responsable et au terme de laquelle on obtiendrait un diplôme certifiant que l’on est suffisamment responsable pour avoir un enfant. C’est une situation bien étrange quand on y pense. On a besoin d’un permis pour conduire une voiture, il faut un diplôme pour accéder à certains métiers. Pas pour avoir un enfant » (Capitaine Watson, entretien avec un pirate de Lamya Essemlali)

Thomas Robert Malthus en 1798 : « Les obstacles destructifs qui s’opposent à la population sont d’une nature très variée. Ils renferment toutes les causes qui tendent de quelque manière à abréger la durée naturelle de la vie humaine par le vice ou par le malheur. Ainsi on peut ranger sous ce chef toutes les occupations malsaines, les travaux rudes ou excessifs et qui exposent à l’inclémence des saisons, l’extrême pauvreté, la mauvaise nourriture des enfants, l’insalubrité des grandes villes, toutes les espèces de maladies et d’épidémies, la guerre, la peste, la famine. Dans un pays où la population ne peut pas croître indéfiniment, l’obstacle privatif et l’obstacle destructif doivent être en raison inverse l’un de l’autre : c’est-à-dire que dans les pays malsains, l’obstacle privatif aura peu d’influence. Dans ceux au contraire qui jouissent d’une grande salubrité, et où l’obstacle privatif agit avec force, l’obstacle destructif agira faiblement et la mortalité sera très petite. »

Martin Wolf : Une ironie de l’histoire intellectuelle veut que Thomas Malthus, le prophète de la surpopulation, se soit inquiété de la pénurie de ressources au moment précis où ses hypothèses pessimistes se trouvaient démenties. Mais aujourd’hui la plus grande question du XXIe siècle pourrait être de savoir si les ressources vont redevenir des contraintes, comme elles l’ont été si souvent avant 1800. L’ingéniosité continuera-t-elle ou non à compenser la rareté ? Si la réponse est oui, alors l’humanité entière pourrait un jour bénéficier des modes de vie que connaissent les gens les plus favorisés. Si la réponse est non, nous pourrions alors succomber à ce que le professeur Morris appelle les cinq cavaliers de l’Apocalypse – changement climatique, famines, effondrement des Etats, migrations et épidémies.

PS : Si le deuxième sens du mot « apocalypse » – le plus courant – est « catastrophe » ou « fin du monde », le premier est « révélation ». Le quatrième jour de l’Apocalypse – est une prophétie de la fin des temps, une révélation reçue par saint Jean, vision du futur. A droite, les justes immolés à cause de la parole de Dieu sont reçus par des anges. A gauche, quatre cavaliers fondent sur l’humanité pour lui apporter souffrance, mort et dévastation. Au centre, les étoiles se détachent du ciel et tombent sur des forêts qui prennent feu.

« Jour du dépassement » ce 28 juillet 2022

L’humanité sera en situation de « dette écologique » pendant 156 jours. Il nous faudrait 1,75 Terre pour régénérer ce que l’humanité consomme en termes de surface.

Lire, 29 juillet 2021, « le jour du dépassement »

Jules Brion : En 2020, sous l’effet des confinements et restrictions sanitaires, le jour du dépassement avait reculé de trois semaines par rapport à 2019. Cette années 2022, la date fatidique arrive un jour plus tôt que l’année dernière, confirmant que l’accalmie provoquée par la crise sanitaire a été un épisode éphémère.Les seules périodes d’accalmie n’ont pas été la conséquence d’un choix politique, elles correspondent aux crises énergétiques (1973, 1979), financière (2008) et sanitaire (2020). Il y a une finitude de notre planète dont il faudrait prendre acte. Si l’ensemble de l’humanité vivait comme des Français, le jour du dépassement aurait été atteint dès le 5 mai. En suivant le mode de vie des Nord-Américains, l’échéance aurait été avancée de deux mois, le 13 mars, et elle aurait été atteinte le 2 juin pour le mode de vie de la population chinoise. Par ailleurs, l’indicateur est très anthropo-centré, on part du principe que les biocapacités sont entièrement dédiées à la seule survie des humains, sans considération de la biodiversité. Ainsi 55 % de la biocapacité mondiale est utilisée pour nourrir l’humanité.

WWF invite ainsi à « modifier nos régimes alimentairesà soutenir la transition vers l’agroécologie… à lutter contre la déforestation importée ... » Rien sur la nécessaire maîtrise de la fécondité humaine. Heureusement les commentaires sur lemonde.fr signalent ce manque ,

bc : on nous dit que les occidentaux devraient arrêter de surconsommer pour permettre a la population de croître jusque 10 milliards d’individus sans épuiser nos ressources. Mais si nous étions moins nombreux tout serait plus simple. Non seulement en ce qui concerne les ressources mais aussi leur utilisations. Il est en effet plus simple d’investir et partager avec un plus petit nombres. Comme il est plus simple de maintenir un niveau de vie équivalent partout quand nous sommes moins nombreux. Il y a beaucoup de moyens de contrôler les naissances (ne serait ce que par le porte-monnaie en stoppant certaines aides a partir de n enfants) sans que ce soit totalement invasif. Avoir un enfant doit aussi s’intégrer dans un projet de société.

Achab : Vous avez raison , il faudrait ramener d’urgence les populations américaine et européenne, fortement consommatrices et émettrices de CO2, à quelques millions ou milliers, en commençant par les plus aisés qui sont ceux qui polluent le plus. On doit bien pouvoir trouver un moyen ?

Philippe J : L’article montre que nous consommons déjà beaucoup trop, sans attendre d’être dix milliards. Le contrôle des naissances est nécessaire pour ne pas empirer la situation ; il n’est absolument pas suffisant.

Electron : Selon le rapport du Giec il y a deux raisons majeures au réchauffement climatique. La surpopulation et l’aspiration à mieux vivre. Il faut donc cesser de faire des enfants et pratiquer l’austérité. Nos députés l’ont d’ailleurs déjà votée, qui consiste à diviser par 6 nos émissions de carbone d’ici 2050. Pour cela il faudrait diminuer de 5 % par an notre consommation de pétrole, par exemple. Or ils sont en train de se battre pour savoir de combien ils vont en baisser le prix. Plus il y a d’humains sur terre, plus ils nécessitent de terres agricoles, moins il restera de place pour la biodiversité, parce qu’il leur faut manger. Nous sommes 8 milliards et en seront 10,5 au milieu du siècle, aspirant à bien vivre. Il ne faut pas rêver.

Lambda69 : En sachant que si l’humanité vivaient comme les États-uniens, il nous faudrait une dizaine de planètes… Donc les responsabilités ne sont pas les mêmes pour tous les pays !

Skyhook : Pourquoi ne pas dire clairement que le premier objectif, le plus important, c’est de contrôler la croissance démographique. Et cela passe forcément par la réduction de la pauvreté, et non par les modèles absurdes de croissance qui nous demandent de faire encore plus d’enfants. Les populations jeunes sont l’enfer de demain. Elles ne sont en RIEN la solution. Le premier, le plus important principe pour une écologie politique réaliste, et non pas bobo bisounours, n’est-ce pas celui-là? Je ne dis pas évidemment que c’est le seul.

NonMais : Le phénomène de dépassement dû au nombre s’est déjà produit il y a 2,4 milliards d’années :

« Au début, l’oxygène produit par les algues est capté par le fer, abondant au fond des océans. Mais lorsque la population de cyanobactéries augmente de façon exponentielle, la quantité d’oxygène que le fer marin ne réussit plus à absorber émerge à l’air libre et provoque une hécatombe. La composition de l’atmosphère terrestre change radicalement, devenant de plus en plus toxique pour tous les organismes qui ne s’adaptent pas aux nouvelles conditions environnementales. C’est la première extinction majeure, qui voit périr une grande variété de formes de vie primordiales, mais ouvre cependant la voie au développement effréné de nouvelles espèces. »

Contrairement aux algues nous avons la capacité de projeter et imaginer l’avenir mais saurons-nous agir et convaincre des milliards de personnes ? Quelle autorité saura imposer le changement ?

Lire, « Jour du dépassement » à la française

Thierry Ripoll et Sébastien Bohler (suite)

Selon deux psycho-chercheurs,Thierry Ripoll et Sébastien Bohler, l’insatiable soif de croissance de l’humanité et la crise globale qui en découle seraient la conséquence de notre « câblage » cérébral. Voici en caractère gras quelques éléments à retenir de leur conversation.

T. R. : Je prends ma douche trois minutes de plus que nécessaire tous les jours. Accepter d’écourter ma douche n’a de sens que si je suis convaincu que les quelque 8 milliards d’humains en feront de même.

S. B. : Les anthropologues appellent ce processus d’incommensurabilité entre l’action individuelle et l’action collective la coopération conditionnelle. On a observé que si on demande à des individus de faire des efforts pour réduire leur empreinte carbone, ils sont capables de sacrifices, à condition que les autres y consentent aussi. Pour revenir sur le phénomène de croissance, dans l’histoire de la Terre, des espèces ont eu quasiment le même impact que l’humanité aujourd’hui. Ainsi, il y a 2,5 milliards d’années, les cyanobactéries ont prospéré, rempli les océans et changé la composition de l’atmosphère – elles n’avaient aucune notion d’une limite à respecter. L’humain a suivi la voie d’une négation de la limite à cause de l’alliance du principe de croissance de la dopamine et de l’intelligence. Le phénomène de dévalorisation temporelle constitue une autre caractéristique. Plus un avantage est éloigné dans le temps, moins il a de valeur pour notre cerveau. On donne le choix à un enfant soit de manger un marshmallow tout de suite, soit d’en recevoir un second s’il résiste quelques minutes. La plupart des enfants se jettent sur la première option car ils ne peuvent résister à l’attrait de l’instantanéité. Le striatum guide cette décision parce qu’il donne immédiatement de la dopamine. Quant aux autres enfants, leur choix est surtout lié au fait que leurs parents les ont éduqués à résister à leur impulsion face aux envies. Plus vous êtes dans un monde où on vous propose tout, tout de suite, moins vous êtes capable de patienter et de refuser le plaisir immédiat en raison des enjeux futurs.

T. R. : Notre système actuel a besoin de croissance pour survivre, d’autant qu’une société en récession rencontre nécessairement de grands problèmes sociaux. Mais cet objectif qui a sa cohérence à court terme est irrationnel à long terme. Le calcul de l’output (la somme de nos productions, consommations et impacts sur la planète) pour une croissance de 2 % sur mille ans indique qu’il serait 1 086 plus élevé que celui d’aujourd’hui. Cette trajectoire économique est contrainte à la fois par des déterminismes biologiques fondamentaux et par la nature du modèle capitaliste qui organise nos sociétés.

S. B. : D’où la problématique : croissance de la conscience versus décroissance matérielle. Les gens qui sont dans la surenchère permanente de la satisfaction de leurs désirs matérialistes ne connaissent même plus la notion de bonheur. Dès qu’un plaisir est satisfait, le suivant intervient à un niveau supérieur : ils vont changer de smartphone tous les ans, de voiture, etc.

T. R. : Il est dangereux de faire croire aux citoyens que l’efficience technologique va permettre de résoudre les problèmes environnementaux. Cela retarde encore le moment où, collectivement, nous déciderons de mettre en place une société différente et plus sobre. Le cornucopianisme nous incite à croire que nous allons pouvoir continuer de croître sans perturber notre environnement – ce qu’on appelle le découplage. Or, les études montrent que toute forme de découplage produit un effet rebond : le fait d’exploiter ce gain d’efficience écologique pour consommer davantage.

S. B. : L’idée de note de citoyenneté m’a été inspirée par l’exemple de la Chine, elle repose par l’observation des comportements dans la façon de respecter les règles de vie sociale, puis donne des droits en fonction d’une note obtenue sur de bons comportements. Un tel système, adapté aux critères écologiques, aurait probablement une action assez radical. Si des milliards d’individus ne peuvent prétendre à la liberté de consommer de façon durable, je ne vois guère de moyen aujourd’hui d’imposer une instance régulatrice capable de mettre en place un crédit citoyen universel…

T. R. : Rappelons la métaphore de la main invisible d’Adam Smith : chacun cherche égoïstement et librement à satisfaire son intérêt personnel et il contribuera ainsi à la richesse de son pays et au bien commun. Cette théorie n’a de sens que dans un monde sans limite, non dans un monde fini. Préserver la planète aura une dimension nécessairement liberticide. Mais que serait la liberté sur une planète morte ? Lorsque l’impact de la crise environnementale menacera directement notre quotidien – dans les prochaines décennies –, chaque humain, chaque Etat réévaluera le poids comparé de l’intérêt particulier et de l’intérêt général. Je n’exclus pas alors qu’un regain de rationalité permette aux humains de créer une structure transnationale, qui, d’un commun accord, poserait des contraintes à la consommation. A moins qu’elle ne sombre littéralement pour ne pas avoir réussi à s’affranchir des fléaux que sont la violence, l’inégalité et l’obsession de croissance.

DMA : L’existence d’une espèce animale capable de décrire les mécanismes physiques et psychologiques à l’œuvre et consciente qu’elle va être la principale cause de l’effondrement, mais absolument incapable de changer de trajectoire, a quelque chose de fascinant. Si Dieu existe, il est tout de même un tantinet pervers sur ce coup là.

Recensions sur notre blog biosphere

âge de pierre, âge d’abondance (Marshall Sahlins)

– Pourquoi détruit-on la planète ? (de Thierry Ripoll) –

Notre cerveau nous pousse à détruire la planète (Sébastien Bohler)

Notre striatum ne dit rien de nos besoins

Selon deux psycho-chercheurs,Thierry Ripoll et Sébastien Bohler, l’insatiable soif de croissance de l’humanité et la crise globale qui en découle seraient la conséquence de notre « câblage » cérébral. C’est du baratin teinté de déterminisme et de littérature romantique. Des références aux phénomènes d’addiction et de récompense mal digérées. Un certain nombre de mots clés comme cognition, psychologie cognitive, conditionnement. Aucune explication, du descriptif littéraire : l’homme programmé, comment et pourquoi, mystère…..

Sébastien Bohler : Le cerveau des vertébrés et des mammifères possède des structures cérébrales profondes, dont le système de récompense est, en son centre, le striatum. Cette structure nerveuse incite les êtres vivants à accomplir des comportements sans limites fixées a priori, en leur donnant du plaisir sous forme d’une molécule, la dopamine. Aujourd’hui, nous continuons à produire de plus en plus de nourriture, de plus en plus riche, pour cette partie fondamentale de notre cerveau, qui n’est pas programmée pour s’autolimiter. La suralimentation, l’obésité, le surpoids et l’émission d’un quart des gaz à effet de serre sont dus à l’absence de limite dans la satisfaction de nos besoins alimentaires.

Thierry Ripoll : L’objectif de croissance est inhérent au vivant. Nous, les humains, sommes une espèce invasive d’une grande île qui s’appelle la Terre. Or, l’évolution qui nous a aussi programmés pour croître est aveugle : elle ignore la finitude de la planète. D’où cette aporie : croître indéfiniment dans un monde fini. Nous sommes soumis à deux tensions contradictoires : celle issue de forces évolutives archaïques nous incitant à croître et celle issue de la partie la plus évoluée de notre cerveau nous enjoignant de prendre en compte les limites de la planète. Notre avenir sur Terre dépendra de l’issue de ce conflit.

Michel SOURROUILLE : Le striatum, bof ! J’ai lu il y a fort longtemps « âge de pierre, âge d’abondance », un livre de Marshall Sahlins. La virgule peut prêter à interprétations. En fait cette étude démontrait que l’âge de pierre (les sociétés premières), c’était vraiment l’âge d’abondance : sans désir de superflu, il n’y avait pas sentiment de manque. Autrefois, aux temps de la chasse et de la cueillette, on vivait en effet un sentiment de plénitude car on limitait les besoins… et donc le travail… pour avoir plus de temps libre… et être heureux. Aujourd’hui l’intérêt du moment change, de plus en plus vite. Il y a toujours un nouveau faits divers à la télé, iI y a toujours un machin de la dernière génération qu’il faut posséder et bientôt la voiture électrique remplacera dit-on la thermique. La période contemporaine fait courir la plupart d’entre nous derrière l’illusion de l’abondance… à crédit. Mais bientôt on sera OBLIGÉ de s’auto-limiter par insuffisance des ressources…

Recensions sur notre blog biosphere

âge de pierre, âge d’abondance (Marshall Sahlins)

– Pourquoi détruit-on la planète ? (de Thierry Ripoll)

Notre cerveau nous pousse à détruire la planète (Sébastien Bohler)

Histoire d’eau, un futur très inquiétant

Après avoir épuisé les ressources non renouvelables au XXe siècle, nous entrons dans la raréfaction des ressources renouvelables, à commencer par la plus précieuse, celle qui est nécessaire à notre corps et fait vivre l’agriculture, l’eau. Rappelons-nous le verre d’eau de René Dumont lors de la présidentielle 1974, ou alors découvrons la video. Dans combien de temps couperons-nous l’eau pour cause de factures impayées ? C’est déjà le cas dans plusieurs pays sur la planète. Il y aura des guerres de l’eau, elles ont déjà commencé.

Frédéric Denhez : La terre est craquelée, tombant du robinet elle est invisible. C’est lorsqu’elle manque ou qu’elle submerge que l’on parle d’elle. L’eau. En écologie, il n’y a pas de demi-mesures dans les médias. On est pour ou on est contre, si on n’est pas désespéré c’est que cela n’existe pas pour nous. Depuis quinze jours, le sol desséché ramène la France à l’état de pays du Sud, mais la nécessaire baisse de la consommation se heurte aux gens qui lavent leur voiture, aux propriétaires de piscine et, évidemment, aux agriculteurs.

Le modèle Drias-2020 agrège beaucoup de données habituellement éparpillées : à terme, c’est-à-dire à la fin du siècle, la France pourrait – le conditionnel est le temps de la science, seule la religion a le droit d’user du futur – être coupée en trois parts. Au nord d’une ligne Rouen-Strasbourg, il pourrait pleuvoir en moyenne plus dans l’année qu’aujourd’hui. Au sud d’une droite Bordeaux-Grenoble par contre, l’eau pourrait se faire désirer, tandis qu’entre ces deux lignes, le statu quo s’installerait. En moyenne, à l’échelle du pays, rien ne changerait. Mais dans le bassin Adour-Garonne, c’est un monde différent qui est à préparer, car la différence entre quantités disponibles et besoins pourrait être aller jusqu’à 1,2 milliard de mètres cubes, d’ici à 2050. On le sait, le sud-ouest et le pourtour méditerranéen vont souffrir de l’eau. La Côte d’Azur devient le Maghreb, l’Occitanie devient comme la Côte d’Azur. D’où la tentation du monde agricole de la stocker quand personne n’en a vraiment besoin, l’hiver, pour la garder jusqu’en été, au cas où il faudrait arroser. Non, leur répond-on, l’irrigation, les barrages-réservoirs, c’est de l’eau qui n’ira pas dans le milieu naturel et qui ne servira qu’à faire de la culture d’exportation, du vilain maïs pour nourrir des vaches qu’il ne faut plus manger parce qu’en rotant, elles font vibrer la planète !

Il faut faire de la permaculture partout, un andain, une bûche dessous, du soleil, trois gouttes, et l’on vivra de jardins nourriciers et de forêts comestibles. Le maraîchage, voilà vers quoi l’eau devrait aller en priorité. Vers ce qui nourrit l’homme directement plutôt que vers les cultures de compléments pour animaux. Le blé et l’orge au lieu du maïs. Des sols jamais découverts, sous la protection de cultures intercalaires qui captent l’azote et nourriront vers de terre et nématodes. Le sol est un puits de carbone et la meilleure des éponges. À l’ombre de la luzerne et de la haie, il sait conserver l’eau. L’adaptation est en cours, elle coûte cher, elle coûtera de plus en plus cher. Il reste une résilience qui peine à s’installer, développer une culture de la rareté.

Lire, 22 mars 2021, Journée mondiale de l’eau

Lire aussi, Pas d’alternative, nous manquerons d’eau (3 août 2020)

Lire en plus, Journée mondiale de l’eau, un constat de pénurie (22 mars 2019)

Le parti écolo tout puissant… en 2047

C’est en 2022 que tout a commencé. On sortait à peine de la pandémie qui a assigné à résidence la presque totalité de la population mondiale que l’invasion de l’Ukraine par la Russie a déstabilisé le principe de l’intangibilité des frontières. Les grandes puissances ont été amenées à se concerter en permanence, les prémices d’un gouvernement mondial était en germe. Et puis nous avons pris conscience politiquement de la fin inéluctable des énergies fossiles, les prix de l’ensemble des matières première a flambé, les révoltes sociales se sont généralisées, guerres et famines se sont multipliées, l’armée est intervenue et les casques verts sont apparus. L’écologie a pris le pouvoir. Comment diriger 10 milliards d’êtres humains si ce n’est en unifiant l’ensemble des peuples sous une bannière transnationale avec l’objectif de protéger la planète et tous ses habitants. Au niveau concret, il n’y avait qu’un modèle politique possible pour éviter la cacophonie, le parti unique puisque de toute façon tous les citoyens étaient devenus écolos.

Le Mouvement Universaliste Ecolo, après maints affrontements violents entre tendances partisanes, a trouvé son unité et peaufiné son organisation. Le bureau politique est constitué de vingt-cinq membres, le comité permanent de sept personnes seulement, le tout dirigé par le président du directoire. Devenir membre du MUE, c’est le rêve de tout citoyen. Le 4 juillet 2047, ce parti politique sans concurrent comprend 6,6 % de la population mondiale. Ses membres prêtent solennellement serment sous le drapeau vert du Parti, ils s’engagent à tout sacrifier au mouvement écolo. Mais on n’en devient pas membre d’un claquement des doigts, l’adhésion couronne la persévérance. Même pour une personne élevée au sein d’une famille écolo et ayant étudié l’écologisme à l’université, le processus dure environ deux ans. Le président du directoire lui-même n’a jamais caché avoir été recalé à neuf reprises avant d’obtenir sa carte. Il subissait les conséquence de l’activisme de son père qui avait été exilé autrefois en milieu rural pour anti-écologisme primaire. Pour rejoindre l’élite, il faut faire acte de candidature en envoyant une lettre de motivation à la cellule locale du MUE ; on en compte plus de 26 millions, tant dans les quartiers que dans les entreprises, les associations et l’armée. Une fois le principe de sa candidature retenu, l’impétrant doit fournir davantage d’informations sur sa personne, mais aussi sur son entourage. Commence alors une période d’un an durant laquelle le candidat doit suivre une formation verte, puis rédiger chaque trimestre un petit rapport politique. Il faut « rechercher la vérité dans les faits et faire preuve de détermination ». Des débats en interne ? « Ici, nous insistons sur la discipline », répond le président de l’académie voué à l’éducation de l’élite. Si le candidat est accepté, il doit verser une cotisation comprise entre 0,5 % et 2 % de ses revenus nets. Au bout d’une année probatoire, si tout va bien, il est adoubé. Moins de la moitié des postulant sont acceptées. De nos jours, il est délicat même pour un étudiant brillant de ne pas candidater.

Le MUE est le digne descendant du PCC (Parti communiste chinois). En 2019, au lendemain du 70e anniversaire de la prise du pouvoir par Mao, le président chinois Xi Jinping avait tiré les leçons de l’histoire du PCC : « Quand la Révolution a triomphé, le Parti a émis trois demandes à tous les cadres dirigeants : d’abord ils ne doivent jamais se couper des masses, même un instant. Deuxièmement, il faut poursuivre le combat, ne jamais céder à l’hubris et à l’arrogance et, troisièmement, il faut maintenir sa pureté politique et se prémunir à jamais contre toute tentation de corruption. Ce sont les trois raisons pour lesquelles nous sommes encore là et, si nous voulons continuer de gouverner, nous devons continuer de respecter ces trois points. » Dès 2013, Xi Jinping appelait les communistes à « s’autopurifier, s’autoperfectionner, s’autoréformer, s’autoélever » ? Le slogan retenu pour le centenaire du PCC en juillet 2021, « Suivre le Parti, toujours ». Les termes « mission » et « foi dans le Parti » deviennent omniprésents. C’est la voie à suivre,le pouvoir est stable et soutenu par des militants zélés. Ce système politique s’est étendu à la planète toute entière.

Le Rouge a viré au Vert. Dès le jardin d’enfants, les bambins ne sont plus incités à jouer aux « soldats rouges », ils sont désormais devenus des « soldats verts ». L’histoire du MUE est enseignée dès l’école primaire. Chaque segment de la population est appelé à avoir le « gène vert ». Ainsi, un bon étudiant se doit d’être « vert et expert », et les scientifiques sont amenés à « aimer le Mouvement ». Le MUE est omniprésent : dans les rues, les manuels scolaires, dans chaque quartier. Les entreprises n’y échappent pas : sur les cartes de visite des hommes d’affaires, la position au sein du Mouvement précède le poste occupé. Depuis 2045, le cinéma, les médias et les publications relèvent du département de la propagande du Parti. Idem pour les affaires religieuses et ethniques. Quiconque travaille directement ou indirectement pour le gouvernement pourra être détenu sans véritable processus légal ni moyen de recours en cas d’abus par les enquêteurs.  « Plus la responsabilité des cadres dirigeants est grande, plus leur position est importante, plus il est urgent de renforcer la supervision dont ils font l’objet », affirmait à l’époque une directive du PCC publiée le 1er juin 2021. Le monde entier vit dorénavant sous une sorte de « dictature de la majorité ».

Mais dans l’ensemble, les Terriens sont satisfaits de la situation ; on vit un certain équilibre avec les ressources renouvelables de la planète sans empiéter sur les besoins des générations futures. On ne parle plus de maoïsme ou de libéralisme, mais de « la pensée de René Dumont », gravée définitivement dans le marbre. Tout le monde marche droit, mais dans la bonne direction.

Source d’inspiration  : « Les 100 ans du Parti communiste chinois »

La COP15 et l’inexorable désertification

La COP15 contre la désertification s’est achevé le 20 mai 2022 à Abidjan sans résultat probant alors que la moitié de la population mondiale est affectée par le phénomène. Les délégués des 196 États membres de cette convention des Nations unies se sont séparés avec comme seul objectif, se réunir à nouveau l’an prochain. S’ils trouvaient une solution, il n’y aurait pas une autre conférence dans un autre coin sympa. Les gars de la COP26 sur le climat leur ont expliqué le truc pour visiter la planète. Notez que la Côte d’Ivoire, le pays hôte de la conférence, a perdu en l’espace de soixante ans près de 90 % de son couvert forestier en raison de la culture intensive du cacao, dont elle exporte quasi intégralement les fèves à l’étranger. Déguster sa tablette de chocolat a un prix que le consommateur ne paye pas.

Lire, Biodiversité, CDB, COP15 et IPBES… en vain

A Abidjan on s’est contenté de vagues promesses, « accélération de la restauration d’un milliard d’hectares de terres dégradées d’ici à 2030 », renforcement « de la résilience face à la sécheresse en identifiant l’expansion des zones arides », amélioration de « l’implication des femmes dans la gestion des terres ». On multiplie les réunions préparatoires, un « groupe de travail intergouvernemental sur la sécheresse » a été créé et le sujet sera abordé en 2024 lors de la COP16 en Arabie saoudite.

Lire, Dégradation des terres, famine en vue

Lire, Côte d’Ivoire, surpopulation et manque d’eau

« Jour du dépassement » à la française

A partir du 5 mai dernier, la France avait consommé plus de ressources naturelles que les écosystèmes ne peuvent en produire. Depuis les années 1960, le Global Footprint Network calcule ce « budget écologique » à partir de l’empreinte carbone de chaque pays, en prenant en compte l’artificialisation des terres, l’impact environnemental de l’agriculture et des prairies, des produits forestiers ainsi que de la pêche. A l’échelle de la planète, ce jour était le 29 juillet en 2021, alors qu’il intervenait le 29 décembre en 1970.

Martine Valo : Dans l’Hexagone, quels que soient les gouvernements qui se sont succédé, cette date ne fait qu’arriver toujours plus tôt. Résultat : l’équivalent de 2,9 Terre serait désormais nécessaire pour répondre aux besoins de l’humanité si tout le monde vivait sur le même pied que la moyenne des Français. La moyenne mondiale se situe à 1,7 Terre, ce qui veut dire qu’on a dépassé de 70 % les capacités de régénération de la biosphère. La France ne figure donc pas parmi les bons élèves, elle se classe même au 97e rang pour son empreinte écologique. Les gaz à effet de serre en représentent plus de la moitié : ceux émis sur son sol et ceux générés par tous les produits qu’elle importe. A peine Emmanuel Macroni est-il élu que la France a déjà dépassé son budget nature pour l’année 2022 !

Commentaires éclairés :

Démographie Responsable : Précisons que le mode de calcul est critiquable parce qu’il élude la question démographique. En effet, en raison de l’augmentation continue de la population mondiale, la biocapacité dévolue à un terrien diminue inexorablement. Et on arrive donc au paradoxe suivant : même en conservant la même empreinte individuelle d’une année sur l’autre, le jour du dépassement de la France arrive automatiquement de plus en plus tôt.

Aivars : Il y a deux choses impossibles à faire à la fois : polluer à l’occidentale et se reproduire à l’africaine.

LeBret : Voici une liste de pays qui n’ont pas de jour du dépassement (autrement ceux qui sont « soutenables »), et ça fait pas envie. Florilège : Afghanistan, Angola, Bangladesh, Cambodge, Congo, Haiti, Kyrgyzstan, Madagascar, Pakistan, Somalie, Soudan, Ouganda, Yemen, Zimbabwe…
Même le Soudan du Sud a un jour du dépassement (au 25 décembre).

Démographie Responsable : Effectivement le Pakistan par exemple « ne dépasse » pas, puisque son empreinte écologique est de 0,8 hectares alors que la biocapacité de la planète est de 1,6 ha. Son jour du dépassement selon le WWF : (1,6/0,8) x 365 = 2 x 365 intervient donc tous les deux ans seulement… Dans l’association Démographie Responsable, nous privilégions un autre mode de calcul, à savoir diviser la biocapacité du pays par l’empreinte du pays, ce qui donne pour le Pakistan (0,3/0,8) x 365 = 0,375 x 365 = 137ème jour de l’année, ce qui est moins glorieux. Pour déterminer le Jour du dépassement d’un pays, il nous semble en effet normal de déterminer le jour où ce pays dépasse l’utilisation de ses ressources propres, ce qui permet de prendre en compte sa démographie.

Elsie : On peut ergoter autant qu’on veut. Sur le travail du WWF, sur la comparaison de la France avec les autres pays, développés ou non… ou on peut se regarder dans le miroir sans complaisance, et reconnaître qu’on consomme trop. De tout. La publicité a pris une telle place dans notre vie qu’elle a réussi à « nous faire croire que le bonheur c’est d’avoir de l’avoir plein nos armoires ». La surconsommation est partout, et elle a des effets délétères sur notre planète. Et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’elle ne nous rend même pas heureux. Je suis assez pessimiste quand je vois que les principales revendications concernent actuellement le pouvoir d’achat. Alias le pouvoir de sur-consommer. Pourtant, les habitations sont remplies de produits qui ne servent jamais, qui ont été achetés sur une impulsion, et qui s’accumulent. Même chez les foyers modestes. Sortir de cette spirale me parait tout sauf simple, tant elle est ancrée dans nos vies.

Michel SOURROUILLE : Pourquoi contester le calcul du jour du dépassement, moment à partir duquel l’humanité vit « à crédit » par rapport aux ressources de la Terre ? Pourquoi ne jamais remettre en question sa cause, la croissance économique ? Plutôt que se déchaîner contre le calcul de l’empreinte écologique, on ferait mieux de décoder les mensonges et errements du PIB.

Innocent : Le 1% de population mondiale, les français consomme trop (mais pas tous). 90% de la population mondiale consomme beaucoup moins et rêve de consommer plus. Sauf pour les nombrilistes, il n’est pas sûr que cette équation ait une solution…

Frog : Nos enfants paieront plein pot le prix de cette surconsommation effrénée. Et avant cela nous aurons le temps de goûter un peu à l’enfer qu’on leur aura laissé.

références bibliographiques :

Notre empreinte écologique de Mathis WACKERNAGEL et William REES (1996)

L’empreinte écologique d’Aurélien Boutaud et Natacha Gondran (2009)

L’IVG est plus qu’un droit, c’est un devoir

D’un point de vue éducatif et démographique, faire en sorte de mettre au monde un enfant non désiré est une atteinte aux droits de l’enfant à vivre dans une famille aimante et attentionnée alors que la planète subit une surpopulation humaine impressionnante : 8 milliards d’être humains à l’heure actuelle, soit 8 000 000 000 personnes à comparer à l’unicité de chaque nouvelle naissance supplémentaire. Un humain est devenu un simple pion, qu’est-ce alors qu’un embryon ? Pourtant les natalistes font encore la loi dans trop de pays, voulant restreindre ou même supprimer le droit à l’avortement.

Piotr Smolar : Un projet de décision de la Cour suprême américaine remettrait en question la décision dite Roe v. Wade (1973), pierre angulaire de la liberté des femmes à disposer de leur corps au nom du droit à la vie privé. Roe v. Wade avait été adopté par sept voix sur neuf, dont cinq juges conservateurs. La loi Roe v. Wade avait été consolidée en 1992, lors d’une nouvelle décision, Planned Parenthood v. Casey. Celle-ci a considéré que les lois pénalisant ou limitant l’avortement ne devaient pas créer ou entraîner pour la femme enceinte une « undue burden » (« charge excessive »). Le document de 98 pages condamne sans réserve ni nuance toute l’architecture juridique qui a contribué à faire de l’avortement un droit constitutionnel. Il accuse même la Cour suprême de 1973 d’avoir « court-circuité le processus démocratique », en empêchant « un grand nombre d’Américains » de se prononcer sur cette question, Etat par Etat. Chaque État américain aurait donc la possibilité d’adopter sa propre loi, y compris en supprimant le droit à l’avortement. Seuls les trois membres dits libéraux – Stephen Breyer, Sonia Sotomayor et Elena Kagan – sont clairement opposés à toute révision de Roe v. Wade. La position de John Roberts, président de la Cour suprême et conservateur modéré demeure inconnue. Même s’il se rangeait à l’opinion dissidente de ses trois collègues, cela ne suffirait pas à renverser l’opinion majoritaire. Le refus de la Cour de suspendre une loi très restrictive au Texas, entrée en vigueur le 1er septembre 2021 et interdisant l’avortement au-delà de six semaines, avait été un indice fort. Ce texte s’aventurait en territoires inédits, faisant appel aux dénonciations en justice de simples citoyens contre tous ceux favorisant la procédure médicale. Pour la Cour suprême, les questions de droit ont fait place, au fil des ans, à des considérations plus religieuses et idéologiques chez ses figures les plus conservatrices.

Deux commentaires montrent que l’idée de démocratie peut être mise à toutes les sauces :

Athanagore Porphyrogenete : Où a-t-on vu que sur un sujet si fondamental, l’opinion devait être unanime ? Où est la liberté dans l’écrasement par la masse. En rendant aux états leur libre choix, le gouvernement central va vers plus de démocratie. C’est l’interdiction fédérale qui pose problème. Les super-états sont utiles pour certains aspects mais leurs prérogatives sur les droits individuels devraient être limitées. La vraie démocratie c’est décider soi-même pour soi-même, et chez soi.

GGAD : « La vraie démocratie c’est décider soi même pour soi-même, et chez soi »… La vraie démocratie consiste donc à rendre l’IVG légale et à laisser chaque femme décider en son âme et conscience ce qui va advenir de son intimité et de sa vie. Selon votre définition elle-même, l’État fédéral, par la décision Roe v. Wade, défend « la vraie démocratie », la liberté de choix, contre les état fédérés et leurs tentatives d’interdire tout choix éclairé (subvention de groupes qui font de la propagande anti-IVG), voire la possibilité même du choix. Soyez cohérent avec vous-même, vous ne pouvez pas soutenir « la liberté de choix » et, au nom de cette liberté, défendre le droit des états fédérés de restreindre les libertés individuelles.

Point de vue des écologistes : La démocratie est un système imparfait qui repose trop souvent sur la loi de la majorité au détriment d’une autre partie du peuple. Ce n’est pas le cas de l’autorisation de l’IVG, interruption volontaire de grossesse. Rappelons que le droit à l’avortement n’est pas une obligation d’avorter, celles qui veulent procréer sans limites le peuvent. Mais les « pro-life » n’acceptent pas cette liberté de choix, ils relèvent d’une conception totalitaire de l’existence, mettant d’ailleurs souvent leurs convictions religieuses au premier plan. C’est anti-démocratique et indigne des membres d’un pays qui se devrait de respecter les idéologies de chacun. Maintenant l’exercice de la démocratie n’est pas un exercice intemporel et hors sol, les délibérations doivent tenir compte des acteurs absents, les générations futures et les non-humains (la biodiverstié). Dans un monde déjà surpeuplé, sauf à vouloir toujours plus de chair à canon ou d’intégristes religieux, nos décisions politiques doivent aller dans le sens de la modération de la fécondité, donc donner plus de facilités pour celles qui envisagent d’avorter.

Complément d’enquête

Aux Etats-Unis, l’Oklahoma approuve un texte restreignant fortement l’accès à l’avortement :

https://www.lemonde.fr/international/article/2022/04/29/aux-etats-unis-l-oklahoma-approuve-un-texte-restreignant-fortement-l-acces-a-l-avortement_6124142_3210.html

Au Sénégal, les ravages de la croisade anti-IVG :

https://www.lemonde.fr/afrique/article/2022/04/28/au-senegal-les-ravages-de-la-croisade-anti-ivg_6123974_3212.html

2027, une présidentielle sans Macron, ouf ?

Le président Macron ne peut pas être candidat à un troisième mandat en 2027, la Constitution le lui interdit. Sera-t-il soulagé  pour autant ?

Claude Henry : Pendant son second mandat la nature va se faire de plus en plus agressive, en réponse à la multiplication des agressions humaines contre elle. Une sécheresse sans précédent en 2024 a ramené les rendements des grandes cultures aux niveaux d’avant la seconde guerre mondiale. La canicule a atteint dans l’est du pays une intensité que l’on croyait réservée à l’Inde et au Pakistan. L’hiver 2026, déluges d’eau… En 2027, le projet de Total en Afrique provoque de très nombreuses disparitions d’exploitations agricoles. Famines, épidémies et conflits armés, déplacements massifs de populations en quête de refuges introuvables, c’est la banalité du mal pour ces centaines de milliers de personnes. Y aura-t-il chez le président Macron comme un remords ? Ben van Beurden, directeur général de Shell, a battu des records de cynisme : « Shell est pour l’essentiel une compagnie pétrolière et gazière, et elle le restera dans un avenir prévisible. Ce dont nous avons besoin pour maintenir l’augmentation de la température de la terre en dessous de 1,5°C, c’est de reforester massivement. Penser un deuxième Brésil avec sa forêt tropicale. » Ben van Beurden, des remords ? Tout est-il donc perdu ? Dans le livre III de L’Ancien Régime et la Révolution, Alexis de Tocqueville décrit et analyse le fourmillement de visions et d’actions nouvelles au cours des décennies 1770 et 1780, convergeant finalement vers l’effondrement de l’ordre ancien. Peut-on espérer que le président de la République y contribuera réellement au cours de son quinquennat ?

Quelques commentaires inspirés :

le sceptique : Ah, 1789… A la Lanterne, le président Macron, son ministre de la planification écologique et les membres du Haut Conseil pour la Nature a défini en 2022 les priorités claires de la nation : – rendre les récoltes aux sauterelles et criquets – multiplier les ours et les loups – s’assurer d’une inflation de l’énergie et de l’alimentation en plus de celle du logement déjà acquise – interdire avant tous les autres le plastique et la viande – exiger d’isoler son bien pour un temps de retour exceptionnel de 38 ans – empêcher tous les projets de mines, carrières, exploitations et de manière générale tout ce qui artificialise – prohiber au plus vite la voiture dans toute ville de plus de 50 000 habitants… A Versailles, on est confiant : le peuple est enthousiaste. Et puis s’il manque de chipolatas, il n’a qu’à acheter des carottes bio.

Izy : Un monde où l’eau plate coûtera plus cher que le Château Margaux nous attend. Que les rieurs rigolent un bon coup, cette secousse zygomatique ne durera pas.

DRAREG : « quelque chose comme un remords ? » J’en doute fort quand on sait que la moindre mesure qui gêne est stoppée nette par des manifs. Alors l’excuse c’est la faute à….Trop facile et pas besoin d’être pro-macron pour constater cette évidence dans la vie quotidienne.

Jac 35 : Moi j’ai des remords tous les soirs. Pourtant tous les matins je recommence. Car je compte sur les autres…

Michel Brunet : Changement climatique : « En 2027, y aura-t-il chez « les présidents Poutine, XI Jinping et autres » quelque chose comme un remord ? »On peut en douter … et le « climat en France » ne dépend pas uniquement des mesures hexagonales ! Le problème est mondial et me semble insoluble en l’état du monde d’aujourd’hui

A. Gauthier : C’est vrai. Mais historiquement la France a toujours eu un rôle de leader, défricheur de voie. La constitution américaine est une application directe des pensées des philosophes français, et ça a montré la voie pour l’ensemble des démocraties. La France seule ne peut sauver la planète, mais elle peut monter qu’un comportement vertueux et responsable est possible, même au niveau d’un Etat. Ou alors on peut aussi se lamenter continuellement de ne plus avoir aucun rôle dans l’évolution humaine.

Philip69 : Notre président est à la tête d’une démocratie, où les capacités du gouvernement à faire des réformes se heurtent à l’extraordinaire résistance des intérêts coalisés et où leurs capacités à changer les mœurs sont nulles.

Osmose95 : Je vous conseille un film, issu d’un livre de Harry Harrisson en 1966, et réalisé par Richard Fleischer en 1973, « Soleil vert » avec Charlton Heston, qui se situe en .… 2022. Film très visionnaire, et si Macron et nos chers dirigeants ne font rien, nous allons y venir à grande vitesse !!!

Lutte Ouvrière contre la décroissance

Un article du 10/12/2009 montre que Lutte Ouvrière en est resté aux temps du manifeste du parti communiste (1848)

Il en va des problèmes écologiques comme de la crise économique : aucune régulation ne pourra exister tant que la société sera gérée en fonction du profit, c’est-à-dire tant qu’elle sera dirigée par la classe capitaliste…. Des militants qui se désignent sous le nom d’ « objecteurs de croissance » ou de « décroissants » estiment que l’on consomme trop et que l’on produit trop. Nous, communistes, nous pensons que les problèmes de la société viennent d’une certaine organisation sociale – le capitalisme – et qu’ils sont le fruit de la division de la société en classes sociales.

Le point de vue de Lutte Ouvrière sur le mouvement de « La décroissance »

Le 16 octobre 2009, un organisme de l’Onu annonçait que le nombre d’humains frappés par la famine avait, pour la première fois dans l’histoire, dépassé le chiffre de un milliard. Dans ce contexte-là, prôner une réduction de la production et de la consommation paraît stupéfiant. Ah, bien sûr, la plupart des objecteurs de croissance se disent soucieux de la famine et de la misère dans les pays d’Afrique ou d’Asie, mais ils en mettent une partie de la responsabilité sur le dos des peuples des pays riches. « Nous, au Nord, les gavés de l’hyperconsommation », peut-on lire par exemple sous la plume de l’économiste décroissant Serge Latouche. Les « gavés de l’hyperconsommation » ? De qui parle-t-il ? De la grande bourgeoisie, des banquiers arrosés à l’argent public ? Non, bien sûr. De vous et moi, des salariés, des petites gens qui vont chaque semaine remplir un caddie à l’hypermarché, qui ont une voiture, ou, pire encore, un lecteur MP3. À eux ils prônent, plutôt qu’une illusoire hausse du pouvoir d’achat, (je cite) « l’ivresse joyeuse de la sobriété volontaire. »… Qui n’a pas déjà entendu quelqu’un se demander si « les RMIstes ont vraiment besoin d’une télévision à écran plat » ; ou entendu des discours plus ou moins méprisants sur les travailleurs pauvres qui « claqueraient leur salaire à remplir des caddies chez Auchan » ? Eh bien pour nous, cette idéologie du renoncement et du recul, même si elle se travestit en mouvement de gauche, voire d’extrême gauche, est une escroquerie…

Le point de vue de Lutte Ouvrière sur le progrès technique

Le mouvement luddite consistait, à l’aube de la révolution industrielle, à pousser les ouvriers à détruire les machines, considérées comme porteuses de chômage. Marx, lui, pensait que les machines étaient porteuses du progrès de la société, à condition que celle-ci soit réorganisée sur d’autres bases… Et, même si le rire y perdra, nous ne commenterons pas les expériences alternatives des intégristes de la décroissance, prônant d’habiter dans des yourtes ou de remplacer le tout à l’égout par des cultures de vers de terre… Heureusement pour l’humanité, la production d’énergie ne s’arrêtera pas le jour où la dernière goutte de pétrole aura été brûlée. D’ici là, quelles technologies nouvelles auront enfin été maîtrisées ? La fusion des atomes d’hydrogène, qui permettrait de créer de l’énergie à partir de l’eau ? La récupération et l’exploitation des hydrates de méthane qui couvrent le fond des océans et dont les réserves sont très supérieures à celles du pétrole ? Les nanotechnologies permettront-elles de multiplier par 6 ou 8 le rendement des panneaux solaires ? Sera-t-on capable d’installer des panneaux solaires dans l’espace pour récupérer plus d’énergie ? Ce sont en tout cas des pistes sur lesquelles les chercheurs travaillent dès aujourd’hui. Cela rend d’autant plus contradictoire, lorsqu’on est dans la position des écologistes et des décroissants, de dénoncer comme ils le font ces recherches qui se mènent, au nom de la lutte contre la « technoscience ». Les associations décroissantes organisent par exemple des manifestations contre le « gouffre à milliards » que représente le projet ITER de Cadarache, qui pourrait d’ici 20 ans aboutir à des découvertes décisives en matière de fusion de l’hydrogène. Gouffre à milliards ? Le budget d’ITER est au contraire ridiculement petit : 10 milliards d’euros sur 45 ans ! Soit environ 220 millions d’euros par an…

Commentaire de Biosphere : Dans les années 1960, l’extrême gauche française s’était révélée totalement hermétique aux préoccupations écologistes. Lors de la candidature de René Dumont, la revue Lutte ouvrière du 23 juillet 1974 titrait : « L’écologie politique : un apolitisme réactionnaire ». La situation a-t-elle évoluée ? Nathalie Arthaud, porte-parole du parti trotskiste Lutte Ouvrière pour la présidentielle 2012 a été noté  0/10 par Christophe Magdelaine. Pour la présidentielle de 2017, Lutte ouvrière répondait ainsi à la question sur le droit de mourir dans la dignité : Nathalie Arthaud « place la dignité de l’Homme au cœur de l’ensemble du projet de Lutte Ouvrière ; nous voulons un monde dans lequel la dignité humaine soit respectée du début jusqu’à la fin de vie, individuelle ou collectivement. » C’est ce qu’on appelle la langue de bois dont raffole le trotskysme. Pour les européennes de 2019, Lutte ouvrière présentait sur son affiche son dogmatisme traditionnel, « Contre le grand capital, le camp des travailleurs ».

Lire, Des classes sociales à la classe globale

Le pic pétrolier et le choc qui lui succède

Le pic pétrolier est ce point de retournement à partir duquel la production de pétrole commence à baisser inéluctablement. Le géologue américain King Hubbert avait annoncé en 1956 que les États-Unis connaîtraient ce pic vers 1970. A l’époque la majorité des experts s’était montrée incrédule. Pourtant le pic de Hubbert a été atteint aux Etats-Unis entre 1971 et 1972. De nos jours, la problématique du réchauffement climatique et de l’extinction de la biodiversité ont occulté la prévision d’une pénurie énergétique à venir faite par l’ASPO. Il faudrait d’urgence réintégrer cette donnée dans nos raisonnements car la pénurie inéluctable de ressources fossiles donnera le signal de la mort de la civilisation thermo-industrielle. LE MONDE commence à intéresser à cette perspective

Marie Charrel : La flambée des matières premières intensifiée par la guerre en Ukraine réveille le souvenir des crises énergétiques de 1973 et 1979, marquées par l’apparition de la stagflation, cocktail de stagnation de l’activité économique et de forte inflation. Nathalie Dumont se rappelle la soirée d’hiver 1973 où elle a entendu ces mots évoquant le choc pétrolier. Elle se souvient de son sentiment d’assister au crépuscule d’une époque. « J’étais convaincue que, même si l’économie s’en remettait, ma génération et, surtout, les suivantes en auraient fini avec l’insouciance. » Dès 1973, la Suisse et les Pays-Bas interdisent ainsi de circuler le dimanche. Le Royaume-Uni instaure la semaine de trois jours pour limiter la consommation des entreprises. La France, elle, limite à 120 km/h la vitesse sur autoroute et lance sa « chasse au gaspi », avec le plafonnement du chauffage à 20 °C, l’interdiction d’éclairer les vitrines de magasins la nuit ou encore l’arrêt des émissions télévisées à 23 heures. Le choc gazier d’aujourd’hui est « comparable en intensité, en brutalité, au choc pétrolier de 1973 », a déclaré le ministre de l’économie, Bruno Le Maire, le 9 mars 2022. Les gouvernements tâtonnent face à un terrible dilemme : comment lutter à la fois contre le chômage et la flambée inflationniste ? Les chocs pétroliers des années 1970 ne sont pas des crises de demande, comme dans les années 1930, mais des crises d’offre.

 

Bien entendu la conscience d’un pic pétrolier entraîne tôt ou tard un choc pétrolier. Sur ce blog biosphere, nous nous évertuons à le montrer depuis bien longtemps déjà.

4 mars 2022, Ukraine, bientôt le choc pétrolier ultime

3 février 2022, 2022, un choc bien pire que celui de 1973

2 septembre 2021, Pic pétrolier, faudrait vraiment en discuter !

6 mars 2021, Module sur le pic pétrolier… à diffuser

1er juin 2020, Biosphere-Info, SARS-CoV-2 et choc pétrolier

17 septembre 2019, Bientôt le choc pétrolier ultime ?

18 mai 2019, Le réchauffement climatique a occulté le pic pétrolier

23 avril 2014, Le PIB va s’effondrer avec le prochain choc pétrolier

31 mars 2013, transition énergétique : rien sur le pic pétrolier !!!

10 décembre 2012, Pic pétrolier : l’alerte ignorée d’un expert du FMI

25 février 2012, campagne présidentielle française et déni du pic pétrolier

6 février 2012, pic pétrolier, pic de la mondialisation, pic de notre civilisation

16 février 2011, le pic pétrolier vu par les politiciens

15 février 2011, le pic pétrolier vu par Yves Cochet

14 février 2011, le pic pétrolier vu par Jean-Marc Jancovici

13 février 2011, le pic pétrolier vu par Bernard Durand

30 décembre 2010, Crise ultime et pic pétrolier

4 décembre 2010, tout savoir sur le pic pétrolier (bibliographie)

25 novembre 2010, pic pétrolier, le commencement de la fin

6 novembre 2010, après le pic pétrolier, le pic charbonnier !

5 novembre 2010, LE MONDE et le pic pétrolier

12 août 2010, la date du pic pétrolier par Matt Simmons

27 janvier 2009, pics pétroliers (trois ans pour sauver le monde)

19 avril 2008, pic pétrolier en Russie

Quelques remarques d’Internautes :

Michel SOURROUILLE : Le premier choc pétrolier en 1973 avait inspiré la campagne de René Dumont, candidat aux présidentielles de 1974. Les analyses du mouvement écologiste naissant restent d’actualité en 2022 : « En surexploitant les combustibles fossiles, on vole les ressources des générations futures. » ; « Nous demandons l’arrêt de la construction des autoroutes, l’arrêt de la fabrication des automobiles dépassant 4 CV, nous luttons contre la voiture individuelle… » De même en avril 1977, le président Carter s’adressait à la nation grâce à la télévision: « Ce que je vous demande est l’équivalent d’une guerre. Il s’agit bel et bien de préparer un monde différent pour nos enfants et nos petits-enfants. » Il propose d’économiser l’énergie. Mais sa cote de popularité est divisée par 2 (de 70 à 35 au début de 1978). Ensuite le contre-choc pétrolier à partir de 1986 (la baisse du prix du baril), la découverte du pétrole de la mer du Nord… a éloigné la problématique pétrolière des esprits.

Frog : C’est ça qui est particulièrement flippant : de voir comment la population et les politiques ont la mémoire courte, alors que la fin du pétrole fait partie du paysage depuis les années 70, la pollution, le réchauffement climatique et la surpopulation aussi – contre lesquelles nous n’avons rien fait non plus. En attendant les bobos-écolos sont peut-être risibles, mais je suis bien contente de savoir que mon grand appartement de 3 personnes consomme de l’énergie comme un studio étudiant, de n’avoir pas de voiture et un petit potager productif où je me rends à pied. Tant pis pour les cigales, c’était pas faute de les avoir prévenues !

Iphigenie : En 1975, la bourse US valait 27% du PIB, elle en vaut aujourd’hui 130%. Et nous avons des ratios boursiers déments. Pour soutenir dettes publiques / privées et activité financière, Fed et BCE doivent laisser les taux bas, ce qui accroît l’inflation. Et si l’inflation persiste, il faudra monter les taux et créer un krach boursier et une récession profonde. Est-ce qu’une remontée lente des taux pourra laisser la bourse décroître lentement sans créer de récession ? c’est le scénario Lagarde. Ce n’est pas l’enseignement des années 70 où il a fallu plusieurs trimestres à 10-12% d’intérêt pour casser la dynamique salaire / prix, dynamique qui n’a pas encore commencé en Europe. Bref, les mois à venir vont être ….. intéressants.

Michel SOURROUILLE : Le pic pétrolier ne signifie pas que le monde soit à court de pétrole, c’est le moment où la production ne peut plus augmenter. A ce moment, il reste encore beaucoup de pétrole. Mais il est tout simplement beaucoup plus difficile à découvrir et à extraire, ce qui signifie qu’il devient très ardu, voire impossible, d’accroître la production mondiale. L’offre reste stable pendant un temps (en plateau), puis finit par entrer en phase de déclin terminal. La perspective du pic pétrolier n’est pas une théorie marginale soutenue par quelques alarmistes, c’est une réalité géologique. Compte tenu du rôle fondamental du pétrole dans nos économies, cela signifie la fin de la civilisation thermo-industrielle et le début d’une nouvelle ère dans l’histoire humaine. Après les chasseurs-cueilleurs, après les agriculteurs du néolithique, après la parenthèse de la « révolution » technoscientifique, nos descendants vivront au milieu des ruines et des confits immondes : l’ère sombre va commencer.

Dieu : Bush père l’a dit dans les années 90 « le mode de vie américain n’est pas négociable ». C’est aussi le cas du nôtre. Mais pourquoi y voir un problème ? Il suffit de renoncer à l’avenir ( une notion du passé). Se dire que l’humanité existe sous sa forme actuelle depuis 300000 ans , que c’est un beau score, et qu’il est inutile de mendier un supplément. Vivons aujourd’hui comme hier en renonçant à demain, nous n’en serons que plus heureux !

BOLAND : Et comme la génération coca-chips- smartphones-jeu vidéos ne veut que « retrouver sa vie normale » , ça ne changera rien et on continuera à foncer droit dans le mur .

Michel SOURROUILLE : Nous sommes une société où l’information chasse la précédente, donc plus aucun événement n’a d’importance. Un jour on nous parle de la fonte des glaciers, c’est abominable, le lendemain de la mort de Johnny Hallyday, c’est atterrant, le surlendemain de l’extinction de la biodiversité, c’est catastrophique, et de temps en temps on s’immobilise médiatiquement sur des événements anodins comme les manifestions récurrentes des gilets jaunes… quand il n’y a pas un attentat terroriste, la pandémie ou la guerre en Ukraine. Autant dire que le pic pétrolier est derrière nous, on a déjà oublié que les ressources fossiles ne sont pas renouvelables. Misère, misère, trop d’informations tue l’information, tue l’intelligence, tue notre capacité à envisager l’avenir.