épuisement des ressources

Quelques références sur la décroissance

Recension de livres sur le site biosphere de documentation des écologistes, en liens :

2015 Décroissance, vocabulaire pour une nouvelle ère (collectif)

2013 Politiques de la décroissance (pour penser et faire la transition) de Michel Lepesant

2013 Les précurseurs de la décroissance, Epicure, Charles Fourier (nouvelle collection au passager clandestin)

2013 Penser la décroissance (politiques de l’Anthropocène) par collectif

2011 La décroissance heureuse (la qualité de la vie ne dépend pas du PIB) de Maurizio Pallante

2011 Décroissance versus développement durable (ouvrage collectif)

2010 ENTROPIA n° 9, contre pouvoirs et décroissance

2010 L’avenir est notre poubelle (l’alternative de la décroissance) de Jean-Luc Coudray

2010 ENTROPIA n° 8, Territoires de la décroissance

2010 La décroissance (10 questions pour comprendre et en débattre) de Denis Bayon, Fabrice Flipo et François Schneider

2009 La décroissance économique (pour la soutenabilité écologique et l’équité sociale) par collectif

2008 La décroissance, Rejets ou projets ? (croissance et développement durable en questions) de Frédéric Durand

2008 Le choc de la décroissance de Vincent Cheynet

2007 Demain, la décroissance ! (penser l’écologie jusqu’au bout) d’Alain De Benoist

2007 petit traité de la décroissance sereine de Serge Latouche

2006 Le pari de la décroissance de Serge LATOUCHE

2003 objectif décroissance (vers une société harmonieuse) par collectif

2003 carnets de campagne de Clément Wittmann, candidat de la décroissance à la présidentielle 2002

1979 La décroissance (entropie, écologie, économie) de Nicholas GEORGESCU-ROEGEN

Nous n’avons pas attendu l’année 2022 pour oser dire sur ce blog biosphere que la décroissance est notre destin. Voici nos références sur le blog:

29 octobre 2008, décroissance positive

9 décembre 2008, décroissance et catastrophe

20 janvier 2009, décroissance et écologie politique

16 mai 2009, enfin la décroissance !

16 novembre 2009, Décroissance comme Destin

7 juillet 2010, croissance négative ou décroissance choisie ?

30 juillet 2010, une décroissance autoritaire et chaotique

18 août 2010, la décroissance selon Yves Cochet

28 août 2010, la décroissance est porteuse d’espoir

17 novembre 2010, LeMonde pour la décroissance !?

24 janvier 2011, bien parti pour la décroissance

13 octobre 2011, pour une décroissance de la recherche scientifique

3 décembre 2011, Durban, le climat est mal parti, vive la décroissance

17 janvier 2012, Croissance économique, décroissance ou état stable ?

27 mars 2012, Jean-Luc Mélenchon entre productivisme et décroissance

15 juillet 2012, la décroissance est-elle malthusienne ?

22 juillet 2012, La décroissance au programme de terminale SES

4 novembre 2012, pour une religion de la décroissance, un curé nous parle

16 février 2013, Une décroissance voulue n’est pas une récession subie

7 juillet 2013, Décroissance voulue, le bonheur devient une réalité

20 juillet 2013, La décroissance pour s’affranchir de l’impérialisme éco

14 octobre 2013, pour une société de décroissance, des témoignages

4 novembre 2013, Question qui tue : la décroissance est-elle antisociale ?

10 décembre 2013, La décroissance est en marche, même LE MONDE l’écrit

24 janvier 2014, La décroissance est-elle malthusienne ? Vaste débat !

14 février 2014, L’autoproduction, une voie vers la décroissance ?

3 novembre 2014, La Décroissance, c’est simplement le sens des limites

25 décembre 2014, Vivre la simplicité volontaire dans la décroissance

22 juillet 2015, Une seule solution au choc climatique, la décroissance !

28 décembre 2015, L’issue fatale du développement, c’est la décroissance

12 janvier 2016, Introduction à la société de décroissance

22 février 2016, stagnation séculaire, croissance zéro ou décroissance ?

10 avril 2016, Un vrai programme pour la décroissance… en 2007

24 juillet 2016, le programme de décroissance de Georgescu-Roegen

28 novembre 2016, Leopold Kohr (1909-1994), précurseur de la décroissance

1er décembre 2016, les précurseurs de la décroissance… sans Malthus !

1e janvier 2017, Simone Weil (1909-1943), précurseur de la décroissance

1er septembre 2017, BIOSPHERE-INFO, Gouverner la décroissance ?

21 septembre 2017, Déconsommation rime avec Décroissance et Écologie

22 septembre 2018, Quelle transition pour le mouvement de la décroissance ?

26 décembre 2018, Presque personne ne veut consentir à la décroissance

8 mai 2019, Folie des grandeurs à l’âge de la décroissance

26 août 2019, Vincent Cheynet, Le choc de la décroissance

13 mars 2020, Le virus Covid-19, vecteur de décroissance

4 avril 2020, post-covid, décroissance et relocalisation !

20 juillet 2020, Croissance verte ou décroissance écologique ?

13 août 2020, EELV face au concept de « décroissance »

28 novembre 2020, Décroissance maîtrisée ou récession sévère

26 décembre 2020 : Décroissance économique ET démographique

9 août 2021, Le GIEC nous recommande la décroissance

20 août 2021, Le scénario SSP 1, la décroissance en marche ?

Durabilité forte contre soutenabilité faible

Un peu de théorie pour mieux comprendre l’erreur fondamentale des économistes orthodoxes, tous ceux qui nous bercent d’illusions.

soutenabilité faible

Les tenants de la durabilité faible forment le courant économique dominant (de droite comme de gauche) : le capital naturel peut toujours être remplacé par des éléments fabriqués, donc par du travail et du capital technique. Cette approche promulguée par la Banque mondiale et l’OCDE suppose la substitution toujours possible entre capital humain, capital manufacturier et capital naturel. Ainsi, si l’une des composantes baisse, une autre pourra toujours compenser le manque. Elle repose sur une confiance aveugle dans un progrès technique qui pourrait toujours compenser la déperdition irréversible des ressources naturelles non renouvelables. On dit aussi qu’il y a dans tous les cas substitution possible entre les facteurs de production, y compris le facteur ressources naturelles. Les économistes soutiennent depuis l’origine de la révolution industrielle une durabilité faible, donc considèrent une croissance économique sans se soucier des générations futures ni du reste de la Biosphère puisque, selon leur point de vue, on trouvera sans doute une solution technique à tous les problèmes que la technique a créé.

Une telle pensée, ce que Nicholas Georgescu-Roegen appelle « le sophisme de la substitution perpétuelle », n’est pas durable. Il faut en effet avoir une vue bien erronée du processus économique pour ne pas remarquer qu’il n’existe pas de facteur matériel autres que les ressources naturelles. Plus que l’impact du progrès technique sur la consommation de ressources par unité de PIB, ce qui doit attirer notre attention, c’est l’accroissement du taux d’épuisement des ressources comme effet de ce progrès. Mais les économistes, libéraux ou marxistes, inébranlablement attachés à leur cadre mécaniste, sont restés complètement insensibles aux appels que lancèrent les mouvements pour la conservation de la nature. L’exploitation de la nature reste une fin en soi et les économistes ont mis plus d’un siècle pour prendre en considération la question de l’environnement et du renouvellement des ressources.

Nicholas Georgescu-Roegen : « Quelques organismes ralentissent la dégradation entropique : les plantes vertes emmagasinent une partie du rayonnement solaire qui autrement serait immédiatement dissipée sous forme de chaleur. C’est pourquoi vous pouvez brûler aujourd’hui de l’énergie solaire préservée de la dégradation il y a des millions d’années sous forme de charbon, ou depuis un plus petit nombre d’années sous forme d’arbres. Tous les autres organismes accélèrent la marche de l’entropie et les humains plus que les autres. Le processus économique, comme tout autre processus du vivant, est irréversible mais beaucoup d’économistes ne connaissent même pas la loi de l’entropie. Certains pensent même de façon illusoire qu’on réussira toujours à trouver de nouvelles sources d’énergie et de nouveaux moyens de les asservir à notre profit. Mais on ne peut pas utiliser des schistes bitumineux si leur extraction coûte plus d’énergie que leur apport. Il y a aussi la thèse que nous pourrions nommer le sophisme de la substitution perpétuelle. Ainsi, selon Solow, on pourra toujours substituer d’autres facteurs (travail ou capital technique) aux ressources naturelles. Mais il faut avoir une vue bien erronée du processus économique pour ne pas remarquer qu’il n’existe pas de facteur matériel autres que les ressources naturelles. Plus que l’impact du progrès technique sur la consommation de ressources par unité de PIB, ce qui doit attirer votre attention, c’est l’accroissement du taux d’épuisement des ressources comme effet de ce progrès. Mais les économistes, inébranlablement attachés à leur cadre mécaniste, sont restés complètement insensibles aux appels que lancèrent les mouvements pour la conservation de la nature. »

durabilité forte

La biosphère remplit quatre fonctions vis à vis de l’espèce humaine : c’est le support de la vie, un stock de ressources naturelles, un récepteur de déchets et une source d’aménités. Il y a bien des possibilités de substitution aux services environnementaux, le recyclage des déchets permet par exemple de réduire à la fois la demande de services de réception de déchets et la demande de matières premières. Mais ces substitutions sont plus ou moins fortes et le stock de capital physique (par exemple une piscine) constitue un avatar plus ou moins imparfait du capital naturel (lac ou rivière). En effet, l’analyse néo-classique de Pigou (les externalités) ne reconnaît pas l’interdépendance étroite entre économique et environnement. Pour dépasser la pensée dominante, il faudrait utiliser des développements empruntés aux sciences de la nature, en particulier la thermodynamique et l’écologie, il faudrait insérer l’économie dans l’écologie alors qu’on a déjà le plus grand mal à intégrer l’écologie dans l’économie. Comme synthèse de cette analyse, on peut dire qu’une durabilité forte nécessite que le patrimoine naturel reste constant (il est absolument complémentaire de l’activité humaine d’une génération à l’autre). Cette conception repose donc sur la forte complémentarité entre les trois types de capital (technique, humain et naturel) et récuse l’idée de soutenabilité faible. Concrètement la réalisation du développement durable passe alors par une limitation de l’usage du capital naturel, notamment par la décroissance des facteurs de production matériels et énergétiques. Ce soubassement biophysique de l’activité humaine nous amène à repenser le matérialisme historique de Marx.

cf. Libéralisme, marxisme et écologisme

L’année 2022 et la fin de ce monde en folie

Quelques journalistes se prennent pour Philippulus, le prophète qui promettait l’apocalypse en 1942 (dans Tintin, L’Etoile mystérieuse). Sauf qu’aujourd’hui il ne s’agit pas d’un cinglé, mais d’analystes de la situation désespérée de la société thermo-industrielle.

Philippe Escande : « Le réchauffement climatique et la dégradation de la biodiversité, dus en majorité à ces énergies fossiles, ne permettent plus de continuer sur ce rythme. De cela, la plupart des gens en sont désormais convaincus. Mais ils n’ont pas intégré les sacrifices que cela implique : réduire l’utilisation de la voiture, la consommation de viande, les voyages, les achats, sa liberté individuelle… Gérer ce basculement inévitable vers un monde plus cher, car plus économe, mais aussi plus instable, devrait figurer en tête des préoccupations des politiques en ce début 2022. En auront-ils le courage ? »

Lire, Paradoxes du monde fini… selon Dominique Bourg

La question de la finitude des ressources ne devrait plus diviser. Parier sur l’abondance des ressources et la croissance, sur une planète insidieusement finie, alors même que la décrue démographique n’aura pas même lieu durant le siècle, est aussi inepte que dangereux.

Florian Fizaine : « Dès la naissance de l’économie politique au XVIIIe siècle, les physiocrates placent la nature au cœur de la production des richesses, ce qui implique d’en respecter les contraintes. A partir de la révolution industrielle, cette question de la finitude des ressources va devenir plus conflictuelle chez les économistes classiques. Alors que, pour Jean-Baptiste Say, les ressources naturelles, illimitées et donc gratuites, ne sont pas un sujet, pour d’autres, comme David Ricardo, il existe une limite naturelle à la croissance, se traduisant par une décroissance des rendements, et donc une hausse du prix du blé, qui conduit in fine l’économie à un état stationnaire sur le long terme. A partir de là, des économistes comme John Stuart Mill vont considérer cette décroissance comme une opportunité pour l’humanité qui, au lieu d’accumuler des richesses, pourra se tourner vers d’autres activités, telles que l’art. D’autres, à l’image de Thomas Malthus, craignent que les ressources naturelles ne s’accroissent pas suffisamment vite face aux dynamiques de croissance démographique, ce qui nécessite de limiter la fécondité. A la fin du XIXe siècle, l’école néoclassique estime que la disponibilité limitée en ressources naturelles peut être compensée par une organisation du travail optimisée. Le progrès technique et les découvertes de nouvelles ressources pourront continuellement lutter contre les rendements décroissants. Malgré cette idéologie dominante, certains économistes commencent à réfléchir à l’épuisement. On attribue à l’économiste Kenneth Boulding cette phrase : « Celui qui croit à une croissance exponentielle infinie dans un monde fini est soit un fou, soit un économiste. » Mais en réaction au rapport Meadows, le quatuor Partha Dasgupta+Geoffrey Heal+Robert Solow-+Joseph Stiglitz a suggéré que l’économie pourrait continuer à croître éternellement, dès lors qu’il était possible de substituer suffisamment vite des ressources essentielles s’épuisant par du capital. »

Biosphere : Dasgupta et consorts font l’hypothèse d’une soutenabilité « faible » qui suppose la substitution toujours possible entre capital humain, capital manufacturier et capital naturel. Ainsi, si l’une des composantes baisse, une autre pourra toujours compenser le manque. Elle repose sur une confiance aveugle dans un progrès technique qui pourrait toujours compenser la déperdition irréversible des ressources naturelles non renouvelables. C’est donc une croyance religieuse parmi d’autres. Car si la nature peut exister sans capital bâti, l’inverse n’est pas vrai. Il existe de ce fait une hiérarchie fondamentale entre les capitaux qui limite le degré de substituabilité entre le capital bâti et le capital naturel. C’est ce qu’on appelle la durabilité forte. En conséquence, il est impossible d’envisager le capital bâti et le capital naturel comme de parfaits substituts. Sans substitution durable entre facteurs de production, il n’y a d’autre solution que la décroissance.

Lire, Programme pour une économie soutenable et désirable (économie écologique)

Vanille455 : C‘est trop tard pour ce genre d’articles. C’est trop tard tout court pour le climat. Maintenant il va falloir s’adapter, c’est-à-dire acheter des armes et se barricader dans des bunkers et attendre la crise.

Joseph Stiglitz, « Mes pronostics pour 2022 »

En 2008 et 2009, Nicolas Sarkozy avait chargé une commission, dite « Stiglitz-Sen », de redéfinir des indicateurs de progrès « au-delà du PIB » (produit intérieur brut). Voici les pistes définies (LeMonde du 27 février 2009).

1) Un indicateur PIB modifié : il s’agit de compter en négatif ce qui est négatif, et non de tout compter en positif par les valeurs ajoutées. On ne comptabilisera pas seulement les dépenses de reconstruction engagées par une catastrophe, mais aussi le coût de la catastrophe.

2) des indicateurs de développement durable : empreinte écologique, mesure de la biodiversité, émission de CO2

3) des indicateurs subjectifs : il s’agit de mesurer la perception des populations sur la qualité de la vie ou le sentiment de bien-être. 

Votée à l’unanimité en 2015, une loi « visant à la prise en compte des nouveaux indicateurs de richesse dans la définition des politiques publiques » n’est pas appliquée, et ne l’a d’ailleurs jamais vraiment été. Que dit Stiglitz fin 2021 ? Croissance, croissaance, croissaaance…

Joseph Stiglitz : « Le Covid-19 sera enfin jugulé, suffisamment de personnes auront été vaccinées, mais faire que cela permette de redémarrer l’économie mondiale ne sera pas simple… Le déclin des mesures budgétaires adoptées dans le monde entier pour atténuer les retombées économiques de la pandémie pourrait affaiblir la croissance… Aux États-Unis, les mesures de soutien à l’offre intégrées dans le programme de relance Build Back Better du président, Joe Biden, pourraient renforcer la croissance. Des garderies plus nombreuses et plus efficaces permettront à plus de femmes de rejoindre la population active … Nous devrions nous réjouir du fait que, pour la première fois depuis le début de la grande récession en 2008, la demande globale mondiale est de nouveau robuste. Espérons que, cette fois-ci, l’expansion économique servira à répondre aux besoins réels de la société, notamment en adaptant l’économie à l’ère du changement climatique… Les politiques industrielles adoptées par les États-Unis en réponse à ce qu’ils considèrent comme la menace concurrentielle chinoise pourraient être un stimulant pour la croissance à court terme et à long terme. »

Il faut lire les commentaires sur lemonde.fr pour s’apercevoir que Stiglitz est un malvoyant :

Jean-Philippe M. : Stiglitz justifie cette phrase : “ Un économiste est quelqu’un qui vous expliquera DEMAIN pourquoi ce qu’il avait prédit HIER ne s’’est pas produit AUJOURD’HUI “ …. 🙂

Tarnais : Comme hélas la quasi-totalité des économistes, Stiglitz nous invite à nous « réjouir » de la croissance. Ils se mentent à eux-mêmes en refusant de reconnaître que croissance égale dégradation de l’environnement. Les hypothétiques gains d’efficacité énergétique n’empêchent pas que de nombreux autres paramètres se détériorent, biodiversité, déchets, imperméabilisation des sols, etc.
Le monde entier est drogué à la croissance et nous en aurons encore pour des décennies, sauf accident. Mais si au moins nos têtes pensantes cessaient de s’en réjouir, ce serait un premier pas

YAZombie : Il faudrait arrêter avec ce simplisme. La « croissance » dont M. Stieglitz et les autres économistes parlent n’est rien d’autre que la croissance du *PIB*. Ce n’est donc rien d’autre qu’une notion comptable; et la décroissance que chantent certains n’est rien d’autre qu’une récession. Beau programme. Or, il faut espérer, et ça semble assez inévitable, que les mesures de réduction et de compensation des externalités de l’activité des entreprises et des personnes soient, justement, une source de croissance dudit PIB. Et on se demande bien comment on pourrait ne pas s’en réjouir…

Tarnais @ Zombie : Comment pouvez-vous parler de simplisme ? C’est au contraire en croyant aveuglément qu’une croissance sans dégâts sur l’environnement est possible, qu’on fait preuve de simplisme. Cette croissance-là n’a encore jamais existé. Permettez que ceux qui doutent qu’on puisse un jour la produire ne se réjouissent pas trop. Pendant ce temps le coût des catastrophes climatiques ont été estimées à 150 milliards en 2021. Mais, consolation pour certains, les réparations rentrent dans la croissance du PIB !

Eljulio : Les prévisions d’un économiste qui ne prend nullement en compte les limites physiques de la planète (ressources et impacts environnementaux) relèvent de la fabulation. Bonne année et bon courage car il va en falloir !

CPC : JS aurait il fait un AVC ? Le prix Nobel ignore tout du changement climatique, de l’effondrement de la biodiversité, de la surpopulation galopante, de l’épuisement des ressources de la Terre…
Bref, c’est un grand optimiste au bord du vide.

Taz : Oui. Quand je vois des gens capables d’intelligence enfiler des âneries, ça me terrifie. Comment espérer qu’une masse critique comprenne les enjeux actuels ?

Melvin : Mon pronostic. Le 0,1% des plus riches encore plus riches, les 50% des plus pauvres encore plus pauvres et 2022 plus chaude que 2021. (Par contre pour le nombre de points de croissance à imputer au développement des nouvelles technologies vertes dans un contexte de demande inélastique des matières premières boostée par la 5G et Facebouc, je sais pas).

Luna rossa : Et la terre plus polluée et le climat plus réchauffé …

Lire, DSK, Stiglitz, les dévots de la croissance

Incompatibilité de la croissance et du climat

Emmanuel Macron appelle à « concilier » développement économique et ambition climatique, ce qui est impossible. Le modèle macronien du « en même temps » montre ses insuffisances flagrantes.

conférence de presse d’Emmanuel Macron : Après avoir assuré que la présidence française de l’UE ferait avancer les textes sur les objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre sans « perdre une minute, car il s’agit d’une urgence absolue », l’écologie ne s’est pas taillé une place centrale dans son discours .Le chef de l’Etat a seulement mentionné des législations qui visent à faire baisser les émissions en dehors de l’Europe. Par contre il prône un « nouveau modèle européen de croissance », il croit atteindre la neutralité carbone par l’innovation et non par la sobriété. Comed d’habitude on ressasse les mêmes idées « fortes » (hydrogène, batteries, cloud, etc.). Pire, il a soutenu le statu quo sur la politique agricole commune (productiviste), rejeté la fin de vente des véhicules thermiques en 2035, défendu l’inclusion du nucléaire dans la taxonomie(9 décembre 2021)

Lire, L’art de classer ce qui est bien ou mal

Un tel discours montre que Macron n’est pas sorti du logiciel croissanciste, son écologisme reste superficiel, il n’ aucune vision d’un avenir durable pour les générations futures. Voici quelques commentaires significatifs sur le monde.fr :

XL : Comme d’habitude, la croissance économique comme guide de pensée, plutôt que les réalités biophysiques. Or la croissance ne peut être infinie vu que nous sommes dans un monde fini, et la technique ne pourra pas éternellement compenser les limites de la planète. On creuse de plus en plus profond, on va chercher nos ressources de plus en plus loin, elles coûtent de plus en plus cher, on est de plus en plus nombreux, et les conflits se multiplient… on est déjà en train de dépasser les limites. Vous avez peur de la décroissance (= retour à la bougie?), alors cherchons dès maintenant un équilibre tant qu’il nous reste des ressources pour le trouver. Sinon la décroissance se fera contrainte et forcée, et probablement violemment. On ne triche pas avec la physique et l’économie n’a pas encore inclut les limites de la planète dans son raisonnement.

Genius : L’écologie punitive prônée par les khmers verts et autres gauchistes ne sera jamais acceptée et c’est tant mieux. Nous avons déjà sacrifié notre industrie automobile alors que nous étions leader mondial, tout ça pour faire plaisir aux bobos au mépris de la vie et des besoins des vrais français qui ne vivent pas tous à Paris… Un cadeau fait aux chinois qui vont faire de nous des marionnettes ! Si L’Europe continue dans ce sens, elle implosera par l’avènement des populistes.

DomTom : Genius, je pense que vous n’avez pas compris l’enjeu et le défi qui nous attend. La chute sera plus rude.

DLB : La sobriété, une valeur positive pendant des siècle, depuis la Grèce antique est devenue un gros mot dans notre société. Nous sommes un peu comme des adolescents à qui il faut expliquer qu’il y a des limites dans la vie et qu’on ne peut pas céder à chacun de leurs caprices (« je veux pouvoir rouler en SUV de 1,5t pour aller acheter mes clopes au tabac qui se trouve à 500m de chez moi, c’est ma liberté ! » )

Lire, En marche… vers la sobriété partagée

Surexploitation, la terre nourricière en péril

Rapport de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) du 9 décembre 2021 sur l’état des ressources en terres et en eau ; le sous-titre, « Des systèmes au bord de la rupture » ne laisse pas de doute, ça va faire mal, très mal.

Lire, Un milliard d’hectares de terres dégradées

Mathilde Gérard : « Surexploitation, dégradation, pollution et raréfaction croissante », un tiers de nos sols est modérément à fortement dégradé. L’Asie du Sud est la région la plus touchée par la dégradation des terres liées aux activités humaines, avec un peu plus de 41 % de sa superficie concernée… Les ressources en eau ne se portent pas mieux : 10 % des capacités s sont prélevées, dont plus des deux tiers le sont pour l’agriculture… Le stress hydrique oscille entre 45 et 70 % en Asie de l’Est et en Asie de l’Ouest… En Afrique subsaharienne, la superficie agricole est passée de 0,80 à 0,64 hectare par habitant entre 2000 et 2017… Plus de la moitié de la superficie agricole mondiale est occupée par des exploitations de plus de 500 hectares, tandis que les petites structures (inférieures à 2 hectares) représentent 84 % des exploitations, mais seulement 12 % de la surface agricole mondiale… « Les schémas actuels d’intensification de l’agriculture s’avèrent non durables », écrit la FAO… Un sombre bilan, alors que que le niveau de production alimentaire devrait progresser de près de 50 % d’ici à 2050 pour répondre à la demande mondiale d’une population estimée à 9,7 milliards d’habitants. Or, les possibilités d’étendre les surfaces cultivées sont très limitées, voire nulles, d’autant que l’urbanisation rapide (55 % de la population vivait déjà en milieu urbain en 2018) empiète sur les terres agricoles les plus fertiles.

Lire, effondrement, le risque agricole/alimentaire

Étonnant, pas un mot dans cet article de la journaliste Mathilde Gérard (LE MONDE) sur la surpopulation croissante. Interdit de rentrer dans la Chambre à coucher des gens pour leur expliquer les conséquences de leur fécondité ! Ce qui est pourtant sûr, c’est qu’il y a une limite à la surexploitation des terres pour faire face au surpoids du nombre. Et plus on tarde à agir sur la démographie, plus les générations suivantes auront du mal à corriger le problème. Comme la maîtrise de nos émissions de gaz à effet de serre paraît au moins aussi difficile que la maîtrise de notre fécondité, le tableau d’ensemble est désespérant. Et pourtant certains gouvernements rendent encore plus difficile l’avortement…

Lire, Les natalistes veulent interdire l’avortement

Nos médias et nos élites ont complètement oublier le message malthusien qui nous exhortait à faire le lien entre évolution de la population, exponentielle (très rapide), et l’évolution de nos ressources agricoles qui ne suivent tendanciellement qu’une progression linéaire bien plus lente… d’où un décalage structurel entre population et alimentation.

Lire, Thomas Malthus, la question démographique

Nicolas Hulot et les INÉGALITÉS

Voici quelques extraits de la pensée de Nicolas Hulot  :

Osons sanctionner ceux qui pillent, saccagent, épuisent, accaparent les richesses du monde. Jamais nos sociétés n’ont atteint de tels niveaux d’inégalité. Bien sûr on peut gagner un peu plus parce qu’il faut de l’incitation, du mérite, de la motivation. Mais pas sans limites. Je pense qu’il faut fixer des limites dans les écarts de revenus, parce que ça n’a pas de sens que quelqu’un gagne cinq cent fois un revenu de base…

Une barbarie, c’est celle qui oppose avec cynisme le monde du Nord à celui du Sud. Une civilisation ne doit pas faire le tri parmi les souffrances humaines. Or un tsunami en 2004 qui secoue la Thaïlande où des Blancs passent leurs vacances bouleverse l’opinion alors que les événements du Darfour, où des enfants meurent quotidiennement, la laisseront indifférente. Essuyer une tornade à Haïti n’est pas la même chose qu’en Californie. Aujourd’hui nous sommes dans une sorte d’apartheid géographique. Selon où l’on naît, on n’a pas la même qualité de vie ni les mêmes perspectives. Nous avons accepté l’idée d’autoriser un pan entier de l’économie mondiale à s’affranchir de la solidarité, à créer de la richesse pour une infime minorité au détriment d’une multitude d’individus. En résumé, 1 % de la population concentre 93 % de la richesse. Quand j’ai commencé à voyager et à découvrir la détresse ici et ailleurs, j’ai culpabilisé. Dans un sens, cette culpabilité a été aussi salvatrice : elle m’a obligé à me débarrasser de cette arrogance que mon milieu social portait en lui. En réalité, l’altruisme génère du bien-être ; nous pourrions même parler d’altruisme égoïste parce que agir pour le bien de tous procure du plaisir. C’est parce que nous n’avons pas organisé le monde sous l’inspiration d’un véritable humanisme que nous avons recours à l’humanitaire comme palliatif de cette grande défaillance.

La crise climatique et la raréfaction des ressources impactent prioritairement les plus démunis. Dit autrement, la crise écologique ajoute de l’injustice à l’injustice, de la vulnérabilité à la vulnérabilité, de la souffrance à la souffrance. Il y a déjà en France des millions de précaires énergétiques. Tant que nous évoluerons dans un modèle qui ne partage pas la richesse et reste basé sur une exploitation sans mesure du substrat de l’économie (qui s’est développée sur exploitation des matières premières), tant que ce système dominera et qu’on l’encouragera à se reproduire partout dans le monde, on sera dans une impasse. Tant que le monde de la finance s’emparera des ressources alimentaires, des matières premières et des terres arables sur lesquelles il spécule, il sera totalement impossible de résoudre la crise écologique. Le paradis de cette poignée d’êtres humains qui ont tiré leur épingle du jeu est pavé de l’enfer des autres. Si le progrès doit avoir une finalité, ce serait de mettre un terme à cela. L’épanouissement doit être partagé et la souffrance chronique, résorbée. Quand on a été épargné de tant de souffrances, cela crée des devoirs.

Aujourd’hui plus personne n’ignore les différences de niveau de vie. Elles sont exposées au regard de tous dans une indécence absolue. Il faut organiser le partage. Je n’ai toujours pas compris pourquoi il n’y avait pas de solution pour améliorer durablement la condition des damnés de la Terre sans pour autant empêcher les riches de fumer un cigare à la fin de leur repas. Il doit bien y avoir un moyen de prélever là où il y a concentration des richesses sans pour autant faire disparaître toute l’industrie de la planète. Dès lors que l’on s’inscrit dans le luxe, comme quand on prend l’avion, il faudrait automatiquement prélever une somme qui soit reversée à un fonds au mécanisme approuvé : l’aide alimentaire, l’accès aux soins, l’éducation… A partir du moment où l’on prétend au voyage, on s’inscrit comme citoyen de la planète et il est alors évident que l’on doit contribuer à un élan de solidarité. Nous devons ramener ce qu’on appelle la shadow finance (les produits dérivés de la finance, l’argent qui sommeille dans les paradis fiscaux et dans les plate-forme off-shore) dans des règles communes. Il faut soumettre à une taxation cette shadow economy. Une priorité pour sortir l’humanité de l’impasse où elle se trouve, c’est une révision profonde du système financier. L’économie était autrefois un moyen au service de l’humain, mais aujourd’hui l’humain est un outil de l’économie, qui elle-même est au service de la finance. Osons dire que ces inégalités dans un monde divisé et tendu peut achever de fracturer l’humanité, la faire basculer dans un fossé de haine et d’incompréhension. Osons dire que le fatalisme des uns provoque le fanatisme des autres. L’intégrisme semble parfois l’issue quand la misère trouve porte close.

Inégalités : quelle norme pour le suffisant ?

Personnellement j’hériterai d’un patrimoine de rapport, mettons plus ou moins 1 300 000 euros qui est le seuil pour être redevable de l’IFF (impôt sur la fortune immobilière), je ne saurai pas quoi faire de mon argent si ce n’est le donner à Greenpeace ou équivalent. Mais que font donc les riches de leur richesse, si ce n’est devenir de plus en plus riches ET dépenser en frivolités du type bateau de plaisance et places en palace ?

Lire, explosion des inégalités, délires mégalomanes

Suite aux crises à répétition depuis 2008, l’injection massive de liquidités par les banques centrales a largement profité aux plus gros détenteurs de patrimoine. Le rapport, du Laboratoire sur les inégalités mondiales (World Inequality Lab), publié le7 décembre 2021 en témoigne ; les 10 % les plus riches possèdent désormais les trois quarts du patrimoine mondial quand la moitié la plus pauvre de l’humanité n’en détient que 2 %. L’éditorial du MONDE ose : « Cet écart n’est plus soutenable ». Jusqu’à présent médias et économistes ont constamment célébré la mondialisation financière, flatté la Chine « atelier du monde », congratulé l’immigration… et puis plouf ils constatent le risque d’avalanche et sonnent le tocsin : « L’heure est grave. Très grave ! Faut agir ! » Ils ont chouchouté les causes, et maintenant ils chouinent devant les conséquences. Inégalités à l’échelon planétaire, le coté yakafokon a de quoi faire bien rigoler.

Lire, Les inégalités du point de vue écologiste

Marie Charrel : « C’est le plus grand défi des décennies à venir : comment concilier transition écologique et justice sociale ? Les 10 % des adultes les plus riches de la planète captent 52 % des revenus mondiaux, lorsque les 50 % des plus pauvres s’en partagent 8,5 %. En 2020, les milliardaires ont engrangé un gain de patrimoine de 3 600 milliards de dollars l’équivalent des dépenses annuelles de santé de l’ensemble des Etats du monde »,Or les inégalités ne sont pas une fatalité, elles résultent fondamentalement de choix politiques. La forte hausse des inégalités observées entre 1820 et 1910 s’est atténuée dans les économies avancées jusque dans les années 1980, grâce à la construction des Etats-providence. Des avancées ensuite érodées par la dérégulation du tournant libéral (Thatcher, Reagan et même Mitterrand) des décennies suivantes. Résultat, les disparités entre nations ont baissé, celles au sein même des pays se sont creusées. »

Quant aux inégalités écologiques, c’est pas la joie non plus. Les pays opulents sont historiquement responsables de l’essentiel des émissions de dioxyde de carbone (CO2). Et, au sein de chaque pays, les ménages aisés sont les plus gros pollueurs. Les principaux émetteurs de la planète sont ainsi les 10 % les plus riches aux Etats-Unis, avec 73 tonnes de CO2 par an, contre 9,7 tonnes par an pour les 50 % les plus pauvres. Le fossé est moins grand en Europe (29,2 tonnes contre 5,1 tonnes), et l’Afrique subsaharienne reste la moins émettrice (7,3 tonnes contre 0,5 tonne). Voici pour compléter quelques commentaires sur lemonde.fr :

Maurice Benzaquen : La presque totalité des ménges Français fait partie des 10 % désignés comme profiteurs du système, et à tous points de vue : financier, écologique, sanitaire. A force de moyennes et de généralités, on a peut-être des titres de unes, on a peut-être des slogans, mais on ne saisit rien de la réalité ni du vécu des peuples.

Helga : Bref, pour atteindre la neutralité carbone, il faudrait que la majorité des Occidentaux aient le niveau de vie de la majorité des Africains. Non merci.

Humphrey : Il reste donc à poser LA question qui dérange : « Quel est le niveau optimal d’inégalités pour offrir le meilleur niveau de vie moyen ? » Je ne connais pas les études ou statistiques sur ce sujet pourtant fondamental. Si ces études existaient, j’imagine qu’elles serviraient de référence pour tous les économistes, ministres et autres journalistes.
Alfred K. : Il appartient à quelques économistes de traiter des sujets sociaux les plus fondamentaux, pendant que la plupart des intellectuels regardent ailleurs et que les médias préfèrent exploiter les filons Zemmour et Covid.

RLap : Il y a quelques décennies les communistes nous disaient que seuls les travailleurs manuels créaient de la valeur, puis ils ajoutèrent les intellectuels. Aujourd’hui à peu près tout le monde pense que les chefs d’entreprise qui ont pris le risque financier de faire fabriquer pour les vendre, de nouveaux « objets » sont utiles à la société en créant des emplois et en satisfaisant les besoins ou les envies!

Fëp : Des chefs d’entreprise qui utilisent des ouvrier payés au SMIC pour fabriquer des trucs qu’on revend en se faisant de la marge dessus ? Enlevez les ouvriers, et tous les autres intermédiaires, et dites moi comment il produit de la richesse le patron dans son costard, avec ses petites mains fragiles qui vont pas tenir 5 minutes dans la ferraille sans avoir un bobo à soigner…

Izy : La richesse se crée par le travail., elle devrait donc revenir au travail. Pas à la paresse des spéculateurs, des rentiers, des actionnaires qui s’enrichissent en dormant.

LaVénalitéenMarcHe : Fait avéré depuis le moyen âge, la suite seigneurs, capitaines d’industrie, gros patrons… Trouvez un mot poli pour « féodalisme » ou « exploitation » si ça vous amuse.

Jessv : 80 % de la population en France (et dans les pays comparables) appartient à l’échelle mondiale aux 10 % les plus riches. Elle n’a donc rien à gagner suite à un rééquilibrage des richesses. Ça fait beaucoup de monde à convaincre (encore plus si les 20 % défavorisés votent moins en moyenne que les 80 % de privilégiés..).

Lire, La fin des inégalités, c’est pour demain !

Shutdown aux USA, s’endetter sans limites

Les États-Unis, comme tous les pays développés ou presque, vivent à crédit depuis des décennies en ce qui concerne la dépense publique. C’est anormal, un riche normalement épargne puisque ses revenus dépassent largement sa consommation. En 2013, la dette publique des USA était déjà de seize mille milliards (16 000 000 000 000) de dollars. Il faudrait d’urgence retrouver le sens des limites, ce qui paraît impossible puisque tous les dirigeants US sans exception mettent à leur programme la protection du niveau de vie des Américains.

Lire, USA, seize mille milliards de dollars de dette publique (en 2013)

LE MONDE avec AFP : Le Congrès américain est parvenu le 2 décembre 2021 à repousser in extremis la menace d’une paralysie des services fédéraux du pays, le fameux shutdown, Il revient désormais au président démocrate de promulguer le budget fédéral afin d’éviter que les financements ne soient soudainement coupés, forçant des centaines de milliers de travailleurs au chômage technique. Ce risque maintenant écarté, les élus ont jusqu’au 15 décembre pour relever la capacité d’endettement des Etats-Unis afin d’éviter le premier défaut souverain de la plus grande puissance économique mondiale. Relever le plafond d’endettement des États-Unis de 480 milliards de dollars permettra au pays d’honorer ses paiements seulement jusqu’en décembre, voire au tout début de 2022. Sans quoi l’Amérique pourrait se trouver à court d’argent et dans l’incapacité d’honorer ses paiements, une situation potentiellement catastrophique, que les grandes puissances à travers le monde surveillent de près.

Lire, Endettement perpétuel, impasse totale

L’endettement de l’État est de la même nature que l’endettement d’un ménage, on ne peut dépenser plus que ce qu’on peut rembourser dans la durée. Une dette publique arrivant à son terme qui ne peut être remboursée qu’en contractant un nouvelle dette ne peut que mal se terminer, par la faillite de l’État. Or l’endettement perpétuel est une constante depuis le premier choc pétrolier de 1974. Ce contexte obligerait normalement à refuser le gigantesque volet d’investissements voulus par Joe Biden, un projet de 1 750 milliards de dollars, qui prévoit, entre autres, la maternelle gratuite pour tous et des financements pour réduire les émissions américaines de gaz à effet de serre. Autant dire en plus que ce projet n’est que fantasme, lutter contre le réchauffement climatique découle avant tout d’une réduction des dépenses énergétiques, à commencer par des restrictions sévères sur l’usage des automobiles aux USA. Mesures politiques hautement improbables ! L’histoire humaine est une impasse tragique qui ne fait que repasser les mêmes plats pour aboutir à un krach financier et/ou des affrontements militaires sans fins. Et n’oublions pas que tous ces riches qui vivent à crédit, c’est aussi NOUS en France. Cela veut dire aussi que tous les pays croissancistes vivent au détriment du capital naturel.

Lire, 29 juillet 2021, « le jour du dépassement »

Après les insectes, vous mangerez nos enfants

Nous mangerons bientôt des insectes, du krill, nos déchets. D’un côté l’UICN établit des listes rouges pour la biodiversité en danger, même les insectes sont en voie de disparition ; de l’autre le gouvernement encourage la consommation d’insectes : après le vers de farine, le criquet migrateur est autorisé dans les assiettes des Européens. Ainsi va le système thermo-industriel qui détériore l’environnement et nous prie de nous adapter à l’insupportable.

Lire, manger des insectes dans un environnement dégradé

Les insectes sont une source de protéine alternative « susceptible de permettre un système alimentaire plus durable ». La Commission européenne a autorisé le 12 novembre la mise sur le marché en tant qu’aliment du Locusta migratoria. La première autorisation par l’UE d’un insecte comme aliment – les larves du ténébrion meunier, aussi appelées « vers de farine » – remonte à juin. Un troisième insecte, le grillon domestique, pourrait suivre prochainement. Riches en acides gras, protéines, vitamines, fibres et minéraux, les insectes sont considérés par l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture comme des aliments très nutritifs et sains.

Lire, Nous mangerons bientôt du krill, des insectes, nos déchets

Le krill, antarctique, nourriture des baleines, représente 500 millions de tonnes de matière vivante, c’est-à-dire environ 5 fois le volume total des poissons péchés et élevés chaque année dans le monde. Malheureusement les progrès technologiques permettent à l’industrie de la pêche d’armer des bateaux capables de capturer des proies aussi petites. Et bien sûr nous visons au gigantisme. Un chalutier norvégien de 135 mètres de long peut déjà prélever et transformer jusqu’à 250 tonnes de krill par jour. Manger des insectes ou du krill, c’est toujours refuser de maîtrise notre fécondité alors que nous avons dépassé 7,9 milliards d’humains.

Lire, Manger les enfants en surnombre, possible ?

2022, le piège du pouvoir d’achat

Selon LE MONDE, le pouvoir d’achat est devenu la grande peur du gouvernement. Le cours des matières premières flambe, en particulier le pétrole et le gaz, tirant à son tour l’électricité, et cela commence à peser dans le portefeuille des Français. En septembre, le gouvernement a déjà revalorisé le « chèque énergie » de 100 euros, et encadré les prix du gaz et de l’électricité. Mais voilà que le prix de l’essence s’envole. Barbara Pompili, ministre de la transition écologique, ne veut pas donner le sentiment de subventionner la pollution atmosphérique par les véhicules thermiques. Une solution émerge, celle d’une indemnité « pouvoir d’achat » de 100 euros. Elle serait accordée aux 38 millions de Français gagnant moins de 2 000 euros par mois. Son avantage : elle vise plus large que l’essence. Avec cette « indemnité inflation », les mesures en faveur du pouvoir d’achat se chiffrent depuis septembre à plus de 11,5 milliards d’euros.

Du point des vue des écologistes, le pouvoir d’achat ne peut plus être une priorité dans un monde contraint par la déplétion des ressources naturelles. En 1972, le remède à la crise écologique était clairement posé par le rapport au club de Rome sur les limites de la croissance : « Dès qu’une société reconnaît qu’elle ne peut pas tout donner à tout le monde, elle doit commencer à procéder à des choix. Doit-il y avoir davantage de sites préservés ou davantage d’automobiles, davantage de nourriture pour les pauvres ou encore plus de services pour les riches, davantage de naissances ou un revenu individuel plus élevé ? L’essence même de la politique consiste à ordonner les réponses à ces questions et à traduire ces réponses en un certain nombre d’orientations. » Presque cinquante ans plus tard, aucune des limites écologiques de notre croissance, aucun des risques majeurs que traversent notre société thermo-industrielle ne sont envisagées ni par les gilets jaunes, ni par les médias, ni donc par les politiques. Mais rares sont les commentateurs du monde.fr qui abondent dans notre sens.

Lsssns : Tant que le pouvoir d’achat ( = pouvoir de consommer) restera une préoccupation majeure, on ne pourra pas envisager une économie sobre et respectueuse de l’environnement et des grands équilibres naturels

Michel SOURROUILLE : Les syndicats ex-rouges sont pour le pouvoir d’achat ,les Gilets jaunes itou. La droite et l’extrême droite, idem. C’est aussi un point commun entre la gauche et l’extrême-gauche. Et Mr Leclerc, Mme Carrefour répètent en boucle : « Prix bas, le pouvoir d’achat doit croître ! » Une touchante convergence historique. Pour une société écologique, vous repasserez ! Y a-t-il une institution, une organisation aujourd’hui qui soit opposée au pouvoir d’achat ? Si je ne compte pas les derniers moines et bonnes sœurs prudemment retirés du monde, à ma connaissance aucun. Sauf les partisans d’une décroissance maîtrisée dont je suis. Plutôt que pouvoir d’achat, le slogan d’un futur proche sera « sobriété partagée ». Il suffira d’un choc pétrolier qui nous pend au nez pour comprendre enfin qu’on ne peut être perpétuellement croissanciste dans un monde contraint par les réalités biophysiques.

PERSPICACE : Alors que le pouvoir d’achat des Français a été multiplié par 5 en moyenne depuis 1960, comment peut-on sérieusement prétendre qu’il y a aujourd’hui encore un problème en ce domaine ? Comment peut-on toujours soutenir l’idée que les carburants sont chers, à commencer pour les pauvres, dans la mesure où Le Monde rappelait récemment que « Travailler une heure de Smic permet actuellement d’acheter plus de six litres d’essence, contre seulement trois litres il y a quarante ans. » ? Comment faisaient nos « ancêtres » pour boucler leur fin de mois ? Comment justifier le fait que, dans un pays qui demeure l’un des plus riches du monde, personne ne veut se serrer la ceinture un tant soit peu afin d’amortir le choc ?

Jeannie C. @PERSPICACE : Votre pseudo n’est pas très bien choisi. Sur les déplacements : ok, on peut faire plus de km avec un smic qu’avant. Mais dans le même temps, les prix du logement relèguent les classes populaires toujours plus en périphérie, et celles-ci doivent faire toujours plus de km pour travailler et pour vivre. Il y a de l’enfumage. Plus globalement, c’est simple, le pouvoir d’achat est un problème car il y a 10 millions de pauvres dans notre pays.

PERSPICACE @ Jeannie : Qui sont ces 10 millions de pauvres si ce n’est des gens qui pour la plupart vivent dans un logement salubre et chauffé, avec une salle-de-bains et des WC qui ne sont plus sur le pallier ou dans la cour, qui mangent à leur faim, qui ont des voitures climatisées avec des vitres électriques, qui ont des téléviseurs en couleur, des téléphones portables, etc…Est-cela vos pauvres ? Vous me permettrez de penser que, il y a un demi-siècle, personne n’aurait osé dire que de pareilles gens étaient pauvres !

MFT : Dans mon enfance, on bouclait les fins de mois dans les milieux modestes parce que les aliments basiques étaient abordables, et quand on avait une voiture (coûteuse à une époque où le crédit n’était guère pratiqué) on ne la prenait pas pour aller travailler ou faire ses courses. On n’avait ni téléphone, ni internet, et on ne pouvait guère se permettre des loisirs trop coûteux en dehors du cinéma. Rien à voir avec la vie d’aujourd’hui. Bien sûr, on peut revenir à la société des années 50. Une forme de décroissance, en somme.

Pahulos : L’inflation, qui reflète une hausse des coûts des matières premières, de l’énergie, des produits alimentaires… risque d’avoir de beaux jours devant elle. Notre consommation frénétique et nos modèles productivistes en sont peut-être le moteur. Dès lors, augmenter le pouvoir d’achat ne réglera rien,l’inflation réduit le pouvoir d’achat.

Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphere

10 décembre 2018, Ni Ruffin, ni Leclerc ! A bas le pouvoir d’achat !

2022, le revenu maximum autorisé au programme

Au lieu de vouloir lutter contre les inégalités de revenus, tous les prétendants à la présidentielle font assaut de générosité sur les salaires et le pouvoir d’achat. L’objectif est partagé par tous, même si les solutions divergent chez les postulants à l’Elysée.  Or, sauf action à la marge, aucun gouvernement n’est maître des paramètres globaux, qui dépendent de la santé des entreprises, du niveau de l’inflation, et du prix du baril. A cause de la cécité de nos présidentiables, voici ce qui va se passer en 2022.

L’or noir va quadrupler, passant de 60 dollars le baril à 240 dollars à la fin du premier trimestre. En effet l’homme fort d’Arabie saoudite, aidé par la Russie de Poutine, a cessé de fournir du pétrole à bas prix ; ils ont décidé d’en garder le plus possible pour leurs générations futures. La facture pétrolière française explose, le gouvernement réagi à bon escient. Après une intense campagne de sensibilisation de la population aux enjeux écologiques, la réduction à 80 km/h sur les routes ordinaires s’élargit à une vitesse limitée à 100 km/h sur toutes les autoroutes. La taxe carbone est étendue à toutes nos dépenses énergétique, il y a rationnement par le prix. Après discussion (mouvementée) au niveau de l’Union Européenne, il est prévu que la taxe carbone aux frontières sera adopté dès mars 2022. De plus tout accord international, tout échange commercial avec l’extérieur, sera dorénavant soumis aux normes écologiques et sociales européennes.

Comme les inégalités sont exacerbées par la pénurie d’énergie, on dégonfle la pression sociale par l’instauration d’un revenu maximum autorisé, bonus et revenus du capital compris ; il est fixé à dix fois le salaire minimum par un vote presque unanime du Parlement. Une intense campagne d’explication dans les médias et les écoles insiste sur la fragilité extrême de notre société thermo-industrielle, devenue trop complexe et incapable de se réformer. On prône les quatre D, Démondialisation, Désurbanisation, Décroissance heureuse et Décentralisation. Le citoyen comprend que la résilience au choc pétrolier ne pourra s’effectuer que par l’autonomie alimentaire et énergétique acquise au niveau local. L’État décide d’abandonner la plupart de ses prérogatives au bénéfice des entités territoriales. La sortie du nucléaire est acté, les centrales vieillissantes fermeront les unes après le autres. L’essentiel du plan gouvernemental est centré sur les mesures d’économies d’énergie dans tous les domaines. Les municipalités réduisent l’éclairage public de nuit, parfois même le suppriment complètement. Les citoyens commencent à bouder volontairement les escalators pour faire de l’exercice physique dans les escaliers. Prendre son vélo ou marcher est devenu tendance, rouler en voiture est désormais ressenti comme passéiste, si ce n’est condamnable.

Gaspiller devient source de culpabilité. Se rendre autonome devient le leitmotiv. Les familles élargies devient à la mode. Les couples restent plus longtemps en couple, partageant difficultés… et appartement. Ils décident de faire moins d’enfants, et les enfants partagent la même chambre dans des maisons qui devient plus petites, plus faciles à chauffer. On garde les personnes âgées dans le foyer familial le plus longtemps possible. Le suicide assisté devient banal. Les habitants des villes se demandent ce qu’ils vont manger, ils commencent à s’organiser. Les jardins partagés se multiplient au milieu des HLM, les tomates poussent sur les balcons. Les pelouses deviennent des potagers, les jardins d’ornement font place à des arbres fruitiers. Il y a de moins en moins d’employés et de cadres, moins d’emplois surnuméraires. Mais les artisans, petits commerçants, et paysans se multiplient dans tous les domaines. Avoir fait des études longues est devenu un handicap, l’intelligence manuelle est appréciée. La reconversion des tâches effectuées par nos esclaves mécaniques est en effet nécessaire. Des techniques douces sont mises en place, la force physique et l’ingéniosité humaine permet de suppléer l’obsolescence de la thermodynamique industrielle. On casse un peu partout les grosses machines qui ont produites le chômage de masse, on les recycle. Chacun comprend qu’aller moins vite, moins loin et moins souvent pouvait procurer le bonheur. Les voitures rouillent, les rotules se dérouillent : marcher dans la forêt devient le nec plus ultra, plus besoin de paradis artificiels. La France est devenue le pays que le monde entier veut imiter… puisque le Bonheur national brut a remplacé le PIB.

Nous te souhaitons des années ultérieures où l’œuf sera pondu dans le poulailler familial, le lait produit dans une économie domestique, le miel récolté dans des ruches partagées. On peut toujours rêver…

Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphere :

7 juin 2021, Interdiction d’avoir plus de deux logements

14 novembre 2018, A qui doit profiter la hausse du prix du carburant ?

18 septembre 2018, Débat européen sur la notion de post-croissance

Futur du croissancisme, décroissance subie

Il est totalement illusoire de croire que la courbe de consommation du pétrole diminuera tranquillement de la même manière qu’elle est montée jusqu’à son apogée. De même la population mondiale pourrait se réduire très brutalement comme elle l’a fait à la chute de l’empire romain. Car aucune croissance ne peut être extrapolée indéfiniment sans se heurter violemment aux limites matérielles de notre monde. Tout s’écroule, tout décroît, ce n’est qu’une question de temps. Mais certains aveugles invétérés sont persuadés du contraire, et ce sont eux qui ont la faveur des médias. (Denis Cheynet)

Yannick Jadot, présidentiable écolo pour 2022 : Le débat croissance-décroissance, je m’en fous complètement… L’intérêt politique de manier ce concept dans une campagne présidentielle me semble complètement nul… La décroissance serait la promesse d’un score autour de 2,5 %.

Geoffroy Roux de Bézieux, président du MEDEF : La sobriété, ce n’est pas la décroissance. On peut certainement faire de la croissance en consommant moins de matières… La sobriété oui, la décroissance non.

Stéphane Le Foll, ex-ministre socialiste : Une croissance sûre nous permet de financer un modèle social absolument nécessaire. Ceux qui disent qu’il faut aller vers la sobriété et la décroissance ne répondent pas à la question du financement. La croissance sûre permettra aussi le financement de la transition énergétique.

Rémy Rioux, directeur de l’Agence française de développement : Sur le plan financier, il faudrait 1000 milliards par an d’investissement ayant un effet positif sur la nature. Il faut réorienter les subventions néfastes. Et il ne faut pas oublier les pays du Sud. Ne parler que de décroissance dans des pays en développement, c’est être européocentré.

Eric Lombard, directeur de la Caisse des dépôts et consignations : Pour lutter contre le dérèglement climatique, il faut des investissements massifs, pas la décroissance

Frédéric Féry, prof ESCP Business : L’écologie doit embrasser l’énergie du capitalisme pour arriver à ses fins. L’histoire est encore à écrire, mais préférons l’ambition à la résignation, l’énergie à la contrition et la science à la décroissance. La tendance catastrophiste de l’écologisme pousse à l’ascétisme et à la décroissance, ne nous trompons pas de combat.

Benoît Leguet, directeur de l’I4CE, institut de l’économie pour le climat : Il va falloir consommer moins mais mieux, en privilégiant le durable, le responsable. Cela ne veut pas dire revenir à l’âge de pierre ou prôner la décroissance.

Guillaume Lacroix, président du Parti des radicaux de gauche : Ceux qui plaident pour la décroissance sont des irresponsables. Décroissance, ça veut dire individualisme et repli sur soi, c’est un sport de riches.

Appel de 100 jeunes LR pour une candidature d’Eric Ciotti : Nous refusons la décroissance promise par un écologisme vert doctrinal, nous lui préférons une écologie pragmatique centrée sur l’individu dont le nucléaire sera la pierre angulaire.

David Lisnard, maire sarkozyste de Cannes : Il faut faire en sorte que le climat ne soit plus source de stress et de peur, mais qu’il devienne l’occasion d’un engagement collectif. Pour cela il convient de démontrer que les solutions existent, s’appuyant sur les sciences, l’éducation, le bon sens, bien plus que sur la décroissance, les contraintes et les anathèmes.

Erwan le Noan, chroniqueur : La décroissance n’est pas qu’une ânerie, c’est un danger. La croissance ne va pas sans heurts, mais elle permet la liberté. La décroissance, à l’inverse, est une voie garantie pour l’appauvrissement et la tyrannie.

Robin Rivaton, scribouillard : le problème de la décroissance, c’est qu’historiquement c’est un chemin qui a mené à la famine, à la misère et à la pauvreté.

(Citations extraites du mensuel « La décroissance », octobre 2021)

Contre des inepties répétées en boucle un peu partout, difficile de pouvoir répondre. On se contente ici de montrer que leur discours peut être complètement inversé, par exemple :

Erwan le Noan, transfiguré : La croissance n’est pas qu’une ânerie, c’est un danger. La décroissance ne va pas sans heurts, mais elle permet la liberté. La croissance, à l’inverse, est une voie garantie pour l’appauvrissement et la tyrannie.

Guillaume Lacroix, incisif  : Ceux qui plaident pour la croissance sont des irresponsables. Croissance, ça veut dire individualisme et repli sur soi, c’est un sport de riches. Nous refusons la croissance promise par ce capitalisme dogmatique, nous lui préférons une écologie réaliste centrée sur la sobriété partagée, « moins de biens, plus de liens ».

Croissance verte, véritable “fake news”

La décroissance économique s’est brièvement installée parmi les présidentiables à la faveur de la primaire du pôle écologiste. Mais le mot agit encore comme un repoussoir, Yannick Jadot a préféré s’inscrire dans le cadre de la « croissance verte » – dont nul n’a pu encore voir la couleur.

Stéphane Foucart : « Depuis 1970, à l’échelle mondiale, la croissance économique est très étroitement corrélée à l’empreinte écologique. Les rares périodes de diminution de l’impact de nos activités coïncident avec les crises économiques, autrement dit la décroissance. Le découplage entre croissance et consommation de ressources paraît impossible. La « croissance verte » pourrait n’être rien d’autre qu’un mythe – qu’il faudrait sans doute qualifier de « fake news » si l’on prenait au sérieux les lois de la thermodynamique. La circularisation complète des économies est impossible. Pourtant la grande majorité de l’opinion et des dirigeants continue de croire compatibles la poursuite indéfinie de la croissance économique et la préservation du climat et de la biodiversité. Il s’agit en l’état d’une simple profession de foi. Elle est rendue possible par une vision du monde issue de la science économique, où la matérialité du monde tend à s’effacer, à devenir une considération de second ordre devant la puissance des mécanismes de marché et l’abstraction des jeux d’écritures comptables… Mais il suffit de se projeter dans un monde réchauffé de deux degrés supplémentaires pour se demander si nous avons vraiment le choix. »

Pour confirmer ces propos, quelques commentaires sur le monde.fr :

SubRabbit : Il n’est que temps de mettre les pieds dans le plat, ce que fait très bien cet article. La terre est un système fini et comme ses lois marchent comme des phénomènes physiques qui subissent l’entropie, la « croissance » ne peut pas durer. Soit on prend des mesures dures (ce qu’aucun gouvernement ne semble prêt à faire), soit la nature va le faire à notre place. Et ça sera sans doute raide et radical.

Agt : Les tempêtes sont en train d’engloutir l’ouest de la France… Oui, un jour ou l’autre, on ne pourra plus faire de voyages Paris-New York ou Paris-Moscou en avion, importer des bananes de Martinique par porte-conteneurs, jouer aux jeux-videos avec un ordinateur de « gamer » ou boursicoter avec des cryptomonnaies aussi fréquemment qu’avant à cause des catastrophes climatiques en chaîne. Il est aussi temps de sortir du PIB pour d’autres indicateurs (IDH, Indicateur de bien-être durable, PIB urbain, « PIB vert ») et prendre en compte le coefficient de Gini pour évaluer une politique publique de lutte contre les inégalités.

Claude Danglot :. Si Kenneth Boulding disait « Celui qui croit que la croissance peut être infinie dans un monde fini est soit un fou, soit un économiste. », il oubliait que la croissance est parfaitement inégale selon les classes sociales. Un récent rapport d’Oxfam montrait que 10 % les plus riches généraient 52 % des gaz à effet de serre, alors que les 50 % les plus pauvres n’émettaient que 5 % des gaz à effet de serre. Il est donc urgent de rétablir l’égalité des accès aux ressources de la planète pour tous les humains. Dépouiller les riches pour habiller les pauvres voilà un vrai programme politique républicain.

Oyibo @ Danglot : Rappelez vous que 90% des français font partie des fameux 10 % des humains les plus riches.

Mdut : La solution passe par une maîtrise de la population mondiale (par exemple, objectif diviser par deux en cent ans). Sans cela, ce que l’on va réussir à faire est de transformer les pays riches où il fait plutôt bon vivre en pays pauvres sans rien résoudre du tout. Quel gâchis !

Eljulio : La décroissance s’imposera à nous bien avant 2100. Ça sera une décroissance subie essentiellement en raison d’un effet ciseaux : moindre disponibilité en hydrocarbures et autres ressources naturelles (EROEI décroissant), malgré un besoin croissant en énergie pour maintenir la complexité de nos systèmes sociétaux. Ça va trancher !

A chaud : Tout à fait d’accord ! Pas besoin de persuader qui que ce soit, les lois de la physique-chimie vont s’imposer à nous.

SBRC : Tant que les contraintes du RC n’auront pas atteint un certain seuil les rendant trop difficilement supportables il n’y aura pas de réelle évolution de nos modes de production. En gros tant que ça ne piquera pas vraiment on ne fera pas grand chose. On pense qu’un changement radical serait davantage nuisible que le statut quo. Le souci en effet, c’est qu’on est dans un processus dont les effets et conséquences sont temporellement décalés par rapport aux actions qui les provoquent. Peu d’humains, des mieux lotis à ceux qui ont besoin de développement accepteront des compromis pour le bénéfice de leurs descendants. Nous sommes dépourvus d’une capacité de projection à long terme.

Zarp : Il y a également un aspect que l’on pourrait qualifier de spirituel, une sobriété dans notre consommation n’est pas du tout incompatible avec le bonheur, bien au contraire. C’est une invitation à se recentrer sur l’essentiel : nos relations sociales, notre rapport au vivant, le sens de la lenteur, etc. La décroissance n’est pas une idée de pisse-vinaigre. Et j’adore cette formule : « Vivre simplement pour que tout le monde puisse simplement vivre » (Gandhi).

Louis A : La décroissance est déjà vécue, pourtant a minima, au Venezuela, en Argentine, en Grèce ou en Afghanistan. Nos allons vers une dépression économique violente, des troubles sociaux inimaginables, à coté desquels les destructions en GJ ne sont qu’une amusette

Pour sortir du fétichisme consacré au PIB

Aurélie Lalucq : Les tenants de la décroissance nous expliquent la corrélation entre croissance et émissions de gaz à effet de serre (GES). Ils veulent un retour à la bougie ? Les hérauts de la croissance verte nous expliquent le découplage entre émissions de gaz à effet de serre et croissance. Une chimère, croissance et GES vont de pair ! Tentons alors de reposer les termes du débat : un indicateur comme le PIB est fait pour indiquer si les politiques publiques vont dans le bon sens. Or le PIB (Produit intérieur brut) agrège des éléments à la fois positifs et négatifs pour la société. D’où le discours de Robert Kennedy, qui dira du PIB qu’il comptabilise positivement la destruction des forêts, la fabrication d’armes, mais laisse de côté la santé et l’éducation de nos enfants. Mesurant uniquement les flux, le PIB peut nous donner l’illusion de nous enrichir, alors même que nous détruisons notre patrimoine naturel. Il est pourtant devenu un indicateur fétiche auquel nous sommes attachés de manière quasi obsessionnelle. Or l’enjeu, aujourd’hui, n’est plus le développement matériel de nos sociétés mais la rupture, passer du toujours plus au mieux. Nous avons besoin d’indicateurs sociaux et environnementaux mieux à même de guider nos politiques.

Biosphere : On reste sur notre faim, yakafaucon, aucune proposition de la part de cette économiste et députée européenne. Aurélie veut ignorer qu’une alternative au PIB est dans les tuyaux depuis longtemps. En 2005, Gadrey et Jany-Catrice publiaient un livre sur les nouveaux indicateurs de richesse. Il ne faut pas voir dans ce terme de richesse une vision simplement économiste du monde ; on peut en effet évoquer la richesse du langage, une riche idée, une pensée riche de contradictions, un tableau d’une grande richesse de couleurs, un livre riche d’enseignements Ne laissons pas les économistes confisquer à leur profit cette expression. Après cette analyse générale, le livre démarre sur une critique du PIB (simplement égal à la consommation + l’investissement) pour aborder ensuite les indicateurs alternatifs comme l’empreinte écologique, l’IPV (indicateur de progrès véritable) ou l’IBED (indicateur de bien-être véritable).  Ces indicateurs sont par nature complexes, ainsi cette formule : IBED = consommation marchande des ménages + services du travail domestique + dépenses publiques non défensives + formation de capital productif (investissement) – (dépenses privées défensives + coûts des dégradations de l’environnement + dépréciation du capital naturel). Les dépenses défensives sont définies par les dépenses (et la production correspondante) qui servent à réparer les dégâts provoqués par des activités humaines de production ou de consommation. Certains analystes estiment que la moitié des dépenses publiques sont de type défensif, ce qui diminue d’autant le bien-être véritable. La vision de l’évolution historique change d’ailleurs  complètement selon que l’on s’appuie sur le PIB ou sur les indicateurs de développement durable. Ainsi pour le Royaume-Uni, le PIB par habitant augmente constamment entre 1950 et 1990, par contre l’IBED/hab. diminue à partir de 1974 pour se retrouver en 1990 à un niveau quasi-identique à celui de 1950. Le PIB a mis quelques décennies pour s’imposer en tant qu’indicateur principal de la comptabilité nationale, le problème pour la Biosphère est que l’IBED (ou ses équivalents) n’a pas autant de temps pour préparer la nécessaire rupture avec nos modèles actuels de consommation et de production…

En 2008 et 2009, années du plongeon de la croissance avec la crise des subprimes, Nicolas Sarkozy avait chargé une commission, dite « Stiglitz-Sen », de redéfinir des indicateurs de progrès « au-delà du PIB » (produit intérieur brut). Votée à l’unanimité en 2015, une loi « visant à la prise en compte des nouveaux indicateurs de richesse dans la définition des politiques publiques » n’est plus appliquée, et ne l’a d’ailleurs jamais vraiment été. La croissance du PIB reste l’objectif premier des décideurs, elle doit se poursuivre coûte que coûte pour subvenir non seulement aux besoins sociaux individuels et collectifs mais aussi résoudre les problèmes écologiques. Or on sait depuis la fin des années 1960 que le « gâteau du PIB à partager » devient, en grossissant, de plus en plus toxique pour la vie, le climat, la biodiversité, la qualité de l’air, de l’eau, des mers et des sols. Qu’il ne contribue plus au bien-être à partir d’un niveau de richesse économique par habitant correspondant à celui qui était le nôtre il y a un demi- siècle. Qu’il s’est accompagné de l’explosion des inégalités mondiales. Qu’il met le travail sous pression en lui faisant perdre son sens et en provoquant des maladies professionnelles physiques et psychiques. Préférer la quantité de biens et services au détriment de la qualité de l’existence, cela n’a pas de sens. En 2021, la présidentiable Delphine Batho voulait introduire la décroissance maîtrisée dans le débat public. Faute d’avoir redéfini depuis longtemps l’objectif de notre société marchande, c’est une décroissance sauvage qui nous pend au nez.

Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphere :

24 mai 2020, Post-covid, remplaçons le PIB par le BNB

9 août 2017, Le PIB s’accroît car l’eau et l’air sont des biens rares !

14 août 2014, Une bonne nouvelle, la croissance du PIB est en panne

23 avril 2014, Le PIB va s’effondrer avec le prochain choc pétrolier

13 août 2013, Journaliste = poser des limites à la croissance du PIB

Jean-Michel Bezat prédit la catastrophe

Nous notons le 20 septembre 2021 un changement radical dans la chronique d’un journaliste du MONDE.

Jean-Michel Bezat : Certains dirigeants sous-estiment le coût économique du grand basculement vers un monde décarbonées, un changement inévitable et urgent du modèle productif et des modes de vie. Les dommages économiques de l’inaction seraient, même exorbitants. Le coût écologique risque d’être très élevé, peut-on rejeter plus de gaz à effet de serre aujourd’hui pour en émettre moins demain ? La production des métaux rares utilisés dans les véhicules électriques et les renouvelables est destructrice de l’environnement De plus en plus de pays producteurs prennent des mesures freinant l’extraction du cuivre. L’aluminium, concentré à 60 % en Chine, est produit dans des usines alimentées par des centrales au charbon. Les panneaux solaires consomment de grandes quantités de silicium, dont le raffinage est gourmand en électricité. Le bilan carbone du véhicule électrique sur son cycle de vie n’est pas brillant. Le numérique a besoin de lourdes infrastructures pour transmettre, traiter et stocker une masse de données ; en 2025, ces technologies pourraient absorber 20 % de l’électricité mondiale et représenter 7,5 % des émissions de CO2, plus que les transports maritime et aérien cumulés aujourd’hui. « La transition écologique en douceur, ça n’existe pas », tranche Daniel Cohn-Bendit. Mais qui est prêt à promettre du sang et des larmes ?

Les commentateurs sur lemonde.fr sont partagés entre étonnement et colère.

Michel SOURROUILLE: Jean-Michel Bezat, le spécialiste énergie du MONDE, conscient du coût démesuré de la nécessaire rupture écologique ? On n’y croit pas. Ce journaliste reste viscéralement partisan du tout-pétrole, militant du court-termisme, adepte du business as usual. Rappelons ce qu’il écrivait récemment (05.05.2021) : « Dans le monde d’après, les hommes s’envoleront à nouveau pour aller au bout de la Terre, sans honte. Passé les violentes turbulences liées au Covid-19, le trafic aérien devrait retrouver son rythme de croisière… Les progrès technologiques ne s’arrêteront pas, avion propulsé à 100 % par des biocarburants, court-courrier brûlant de l’hydrogène en 2035… Objectif : attirer les touristes en mal de destinations exotiques, en attendant un hypothétique retour des hommes d’affaires… » !!!!

Sarah Py : Introduction de l’article de Bezat. « Certains écologistes se persuadent que la transition environnementale est un long fleuve presque tranquille qui ne rencontrerait qu’un obstacle de taille : l’absence de courage d’une partie des dirigeants politiques et des chefs d’entreprise . » Sauf que nous, les « certains écologistes », nous alertons depuis des décennies sur l’urgence climatique et qu’attendre était rendre le monde plus invivable et la transition climatique de plus en plus douloureuse. Et ce serait nous les idiots du village? Curieuse manière de retourner les choses à l’avantage de tous ceux criminels, le mot est fort, qui ont laissé faire et ont nié le problème. C’est inadmissible de parler ainsi, je vous le dis tout net M. le journaliste. Où étiez vous quand il fallait alerter et alerter encore ?

Sacha Frenchy : La conclusion « Mais qui est prêt à promettre du sang et des larmes ? » est valable pour tous les partis ! C’est ce qu’il y a à dire aujourd’hui, mais les Mr Beziat qui font l’opinion essayent de nous faire croire que c’est le problème des Verts. Cette transition, c’est un problème pour tous ! Tout sera plus difficile est la réalité d’aujourd’hui, et plus on tarde, plus se sera difficile. Au lien de botter en touche écolo, Mr Beziat, quand donc vous et vos semblables aurez enfin le courage d’aborder ce problème en face ? Quand il sera trop tard ?

Marc 31 : Dans un scénario optimiste, les peuples et leurs dirigeants comprennent que chaque effort qui n’est pas fait aujourd’hui sera payé le double, le triple ou plus encore dans 20 ans. Ils priorisent ce qui doit être préservé, planifient cet effort sur 10 ans, et se mobilisent. Dans un scénario pessimiste, chacun se dit qu’on a le temps, que c’est aux autres de donner l’exemple. Quand viendrons les vaches maigres, les mêmes se plaindront en accusant les scientifiques d’avoir mal expliqué ce qui allait se passer, en accusant les politiques d’avoir rien fait, et les riches de s’être préparé des bastions. On va commencer à se battre pour les ressources, et on va porter au pouvoir des pouvoirs forts qui promettront l’ordre et la survie au détriment des autres. Mais les autres ne se laisseront pas faire.
Quand aux partisans de la croissance… Quand le cours du blé flambera, même une baisse de la production devient une augmentation du PIB…

simple citoyen : Un autre angle mort se cache dans l’article du journaliste, la décroissance. Il est question de plus de panneaux solaires, plus de batteries, etc., et jamais moins de consommation tout simplement. Parce que discuter de la croissance est tabou, cela implique une remise en question fondamentale que malheureusement seules de plus graves catastrophes parviendront à enclencher

Zahnstocher 2 : Un journaliste économique découvre l’eau tiède et le reproche aux Verts, alors que c’est presque uniquement chez eux que l’on trouve les personnalités politiques regardant la décroissance nécessaire en face. D‘autant plus surprenant quand on sort de la primaire de EELV où Delphine Batho a fait de la décroissance son thème numéro 1. Ça n’est pas sérieux.

Sylvain : Et oui, ça va faire mal. Mais quel gouvernement se fera élire en promettant d’augmenter le chômage, d’augmenter les prix à salaire au mieux égal, de mettre en place toute une série d’interdictions ? Bref la planète va encore chauffer un certain temps. Et difficile de voir une issue.
Cmac : Seuls des scenarii profondément décroissants sont envisageables…

Victor M : En même temps le coût économique des catastrophes naturelles (inondations, incendies, pandémies, sécheresse,…) est aussi l’angle mort de l’ultra-capitalisme ! Des pans entiers de l’économie mondiale vont s’effondrer, des centaines de millions de personnes vont devoir migrer et le tourisme dans l’espace ou la vente de voitures toujours plus grosses ne seront pas d’un grand secours !

le sceptique : Bah, si les ressources deviennent rares, elles deviennent chères. De quoi se plaignent les tenants d’une régulation de la croissance, ils pensent que les puissants vont vivre comme des misérables et que tous vont chanter « planète, planète » ? La bonne blague.

La décroissance devient à la mode, trop tard !

Marie Charrel (journaliste au MONDE) : « La transition écologique sera brutale parce que nous avons trop tardé à agir, parce que nous sous-estimons encore l’ampleur des changements individuels et collectifs à venir. Les réflexions sur le sujet sont trop souvent polluées par la confrontation entre deux grands camps : celui des optimistes de la croissance verte, certains que les avancées technologiques conjuguées à des investissements massifs permettront de limiter le réchauffement tout en préservant notre niveau de vie, et celui des décroissants, convaincus que la seule voie possible est de rompre avec le modèle capitaliste basé sur l’exploitation des ressources… Jean Pisani-Ferry souligne que rien ne garantit que la transition sera bonne pour la croissance. Les dirigeants devaient rompre avec l’angélisme parfois béni-oui-oui de la croissance verte. Cesser de procrastiner pour se préparer à une mutation brutale. »

Delphine Batho (candidate à la présidentielle 2022) : « La seule réponse réelle pour ne pas aller dans le mur, c’est la décroissance… Il faut faire de la décroissance le mot d’ordre de l’écologie, et l’assumer… La décroissance, c’est le seul mot d’ordre d’affrontement avec les règles du jeu de la société actuelle…. Aujourd’hui le choix est entre la décroissance subie, que vont nous imposer les événements, ou une décroissance organisée, choisie. Ce qui est irréaliste, c’est de croire qu’on peut continuer sur la trajectoire sur laquelle on est. » (Journal La Décroissance, septembre 2021 page 9)

Nous n’avons pas attendu l’année 2021 pour oser dire sur ce blog biosphere que la décroissance est notre destin. Voici nos références :

29 octobre 2008, décroissance positive

9 décembre 2008, décroissance et catastrophe

20 janvier 2009, décroissance et écologie politique

16 mai 2009, enfin la décroissance !

16 novembre 2009, Décroissance comme Destin

7 juillet 2010, croissance négative ou décroissance choisie ?

30 juillet 2010, une décroissance autoritaire et chaotique

18 août 2010, la décroissance selon Yves Cochet

28 août 2010, la décroissance est porteuse d’espoir

17 novembre 2010, LeMonde pour la décroissance !?

24 janvier 2011, bien parti pour la décroissance

13 octobre 2011, pour une décroissance de la recherche scientifique

3 décembre 2011, Durban, le climat est mal parti, vive la décroissance

17 janvier 2012, Croissance économique, décroissance ou état stable ?

27 mars 2012, Jean-Luc Mélenchon entre productivisme et décroissance

15 juillet 2012, la décroissance est-elle malthusienne ?

22 juillet 2012, La décroissance au programme de terminale SES

4 novembre 2012, pour une religion de la décroissance, un curé nous parle

16 février 2013, Une décroissance voulue n’est pas une récession subie

7 juillet 2013, Décroissance voulue, le bonheur devient une réalité

20 juillet 2013, La décroissance pour s’affranchir de l’impérialisme éco

14 octobre 2013, pour une société de décroissance, des témoignages

4 novembre 2013, Question qui tue : la décroissance est-elle antisociale ?

10 décembre 2013, La décroissance est en marche, même LE MONDE l’écrit

24 janvier 2014, La décroissance est-elle malthusienne ? Vaste débat !

14 février 2014, L’autoproduction, une voie vers la décroissance ?

3 novembre 2014, La Décroissance, c’est simplement le sens des limites

25 décembre 2014, Vivre la simplicité volontaire dans la décroissance

22 juillet 2015, Une seule solution au choc climatique, la décroissance !

28 décembre 2015, L’issue fatale du développement, c’est la décroissance

12 janvier 2016, Introduction à la société de décroissance

22 février 2016, stagnation séculaire, croissance zéro ou décroissance ?

10 avril 2016, Un vrai programme pour la décroissance… en 2007

24 juillet 2016, le programme de décroissance de Georgescu-Roegen

28 novembre 2016, Leopold Kohr (1909-1994), précurseur de la décroissance

1er décembre 2016, les précurseurs de la décroissance… sans Malthus !

1e janvier 2017, Simone Weil (1909-1943), précurseur de la décroissance

1er septembre 2017, BIOSPHERE-INFO, Gouverner la décroissance ?

21 septembre 2017, Déconsommation rime avec Décroissance et Écologie

22 septembre 2018, Quelle transition pour le mouvement de la décroissance ?

26 décembre 2018, Presque personne ne veut consentir à la décroissance

8 mai 2019, Folie des grandeurs à l’âge de la décroissance

26 août 2019, Vincent Cheynet, Le choc de la décroissance

13 mars 2020, Le virus Covid-19, vecteur de décroissance

4 avril 2020, post-covid, décroissance et relocalisation !

20 juillet 2020, Croissance verte ou décroissance écologique ?

13 août 2020, EELV face au concept de « décroissance »

28 novembre 2020, Décroissance maîtrisée ou récession sévère

26 décembre 2020 : Décroissance économique ET démographique

9 août 2021, Le GIEC nous recommande la décroissance

20 août 2021, Le scénario SSP 1, la décroissance en marche ?

Repères bibliographiques sur notre site biosphere de documentation des écologistes :

2015 Décroissance, vocabulaire pour une nouvelle ère (collectif)

2013 Politiques de la décroissance (pour penser et faire la transition) de Michel Lepesant

2013 Les précurseurs de la décroissance, Epicure, Charles Fourier (nouvelle collection au passager clandestin)

2013 Penser la décroissance (politiques de l’Anthropocène) par collectif

2011 La décroissance heureuse (la qualité de la vie ne dépend pas du PIB) de Maurizio Pallante

2011 Décroissance versus développement durable (ouvrage collectif)

2010 ENTROPIA n° 9, contre pouvoirs et décroissance

2010 L’avenir est notre poubelle (l’alternative de la décroissance) de Jean-Luc Coudray

2010 ENTROPIA n° 8, Territoires de la décroissance

2010 La décroissance (10 questions pour comprendre et en débattre) de Denis Bayon, Fabrice Flipo et François Schneider

2009 La décroissance économique (pour la soutenabilité écologique et l’équité sociale) par collectif

2008 La décroissance, Rejets ou projets ? (croissance et développement durable en questions) de Frédéric Durand

2008 Le choc de la décroissance de Vincent Cheynet

2007 Demain, la décroissance ! (penser l’écologie jusqu’au bout) d’Alain De Benoist

2007 petit traité de la décroissance sereine de Serge Latouche

2006 Le pari de la décroissance de Serge LATOUCHE

2003 objectif décroissance (vers une société harmonieuse) par collectif

2003 carnets de campagne de Clément Wittmann, candidat de la décroissance à la présidentielle 2002

1979 La décroissance (entropie, écologie, économie) de Nicholas GEORGESCU-ROEGEN

Pic pétrolier, faudrait vraiment en discuter !

Le pic pétrolier est ce point de retournement à partir duquel la production de pétrole commence à baisser inéluctablement. Le géologue américain King Hubbert avait annoncé en 1956 que les États-Unis connaîtraient ce pic vers 1970. A l’époque la majorité des experts s’était montrée incrédule. Pourtant le pic de Hubbert a été atteint aux Etats-Unis entre 1971 et 1972. De nos jours, la problématiques du réchauffement climatique et de l’extinction de la biodiversité ont occulté la prévision d’une pénurie énergétique à venir faite par l’ASPO. Il faudrait d’urgence réintégrer cette donnée dans nos raisonnements car la pénurie inéluctable de ressources fossiles donnera le signal de la mort de la civilisation thermo-industrielle. Jean-Michel Bezat, le spécialiste « énergie » du MONDE, déconsidère systématiquement la notion de pic pétrolier et ramène tous ses articles au sempiternel business as usual. Deux exemples :

15 juin 2020 : « Il y a quinze ans, un banquier du pétrole avait créé l’émoi sur la planète énergie en prédisant à tort un pic pétrolier imminent. Accusée : l’Arabie saoudite. Le royaume wahhabite aurait soigneusement dissimulé au monde l’épuisement accéléré de ses réserves. Dans son livre Twilight in the Desert, Matthew Simmons confortait ainsi la thèse des adeptes du peak oil (« pic pétrolier »), convaincus que les ressources en or noir avaient atteint leur point de bascule. La production allait inexorablement décliner, entraînant des guerres pour l’accès à l’énergie. L’homme d’affaires, mort en 2010, n’a pas pu voir le boom des shale oil (« huile de schiste ») américaines, qui a rebattu les cartes du marché mondial… Patrick Pouyanné (PDG de Total)f ait le pari qu’en investissant dans les énergies renouvelables couplées au gaz, les batteries, l’hydrogène vert et la capture-stockage du CO2, il attirera de nouveaux investisseurs. Une question de survie pour des compagnies pétrolières, contraintes de se transformer en groupes multi-énergies. Il entend bien gagner de l’argent dans ce green business, comme le patron de Shell, qui escompte un retour de 8 % à 12 % sur les capitaux investis. Ce qui n’est pas pour déplaire à la Bourse. »

31 août 2021 : « Le monde est déjà entré dans l’après-pétrole. Le mouvement s’accélère et, pour les pays qui en vivent, l’enjeu est désormais de gérer cette transition et de monétiser leurs précieuses ressources. Depuis vingt ans, la hausse des cours du brut a formidablement enrichi les pétromonarchies. Cette période bénie s’achève. Les pays pétroliers sont de plus en plus inquiets pour l’avenir de leur rente, désormais convaincus que conserver du pétrole « pour les générations futures » – stratégie longtemps défendue par Riyad – n’est plus pertinent… Les investissements des Emiratis dans des projets innovants, y compris la conquête spatiale, témoignent d’une véritable ambition : marier finance, technologie et environnement pour devenir une « start-up nation » à l’israélienne... »

Nous sommes dans une société ou même un média dit « de référence » occulte les contrainte biophysiques de l’épuisement de TOUTES nos ressources non renouvelables comme renouvelables pour se consacrer principalement aux faits divers, aux événements ponctuels, un acte terroriste hier, l’Afghanistan aujourd’hui, l’écume des jours demain. La page Planète du MONDE est devenue un vide comblé uniquement par les péripéties de la pandémie. Et Jean-Michel Bezat voit un avenir radieux pour les pays de l’OPAEP (organisation des pays arabes exportateurs de pétrole). C’est aussi pour cette raison d’impuissance à envisager le long terme à la lumière des contraintes biophysiques que le monde des humains court au désastre…

Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphere :

12 août 2010, la date du pic pétrolier

18 mai 2019, Le réchauffement climatique a occulté le pic pétrolier

6 mars 2021, Module sur le pic pétrolier… à diffuser

Tous coupables, vite au confessionnal

Nicolas Santorolia : « Beaucoup de gens disent qu’ils ont une responsabilité limitée dans la catastrophe actuelle, mais nous avons collectivement la responsabilité générationnelle de n’avoir pas su modifier nos modes de vie, nos aspirations. Parce que nous semblons incapables d’infléchir la trajectoire globale du système, l’idée que l’on pourrait avoir un jour à s’excuser auprès de nos enfants fait petit à petit son chemin. » La culpabilisation est-elle un bon chemin vers la rédemption écologique ? Faisons le tour de la question grâce aux contributions sur lemonde.fr :

Peps72 : Ce qu’il faudrait c’est créer des lieux spécifiques où l’on pourrait s’excuser. On y installerait une sorte de cabanon à l’abri des regards. Et une personne spécialisée dans le recueil des excuses recevrait les fautifs. On appellerait ce lieu une Église. Le cabanon un confessionnal. Et la personne spécialisée un prêtre…

Michel SOURROUILLE : La différence entre la culpabilité confessée pour obtenir l’absolution d’un prêtre et la culpabilité contemporaine, c’est que ce qui était avoué autrefois était anodin, du genre j’ai pêché, je me suis masturbé ou j’ai couché avant de me marier. Aujourd’hui la responsabilité de chacun de nous est objective, notre croissancisme consumériste dilapide les richesses naturelles et pas grand-chose ne sera donné en héritage aux générations future. Ne pas se sentir coupable de posséder un SUV ou de prendre ses vacances par avion, c’est accepter que rien ne changera avant l’Apocalypse finale qu’on appellera choc pétrolier ultime ou réchauffement climatique irréversible…

pm42 : Au fur et à mesure que la religion organisée devient moins influente, elle est remplacée par des succédanés vaguement politiques qui en tout cas reprennent ces bons moyens de domination qui est la culpabilisation, le bouc émissaire et la désignation des hérétiques, pêcheurs responsables de tous les maux, etc. Accuser un groupe et lui demander de s’excuser, c’est du niveau de la Chine maoïste et Cie.

Michel SOURROUILLE @ pm42 : Les confessions forcées ou séance d’autocritiques publiques sur ordre du temps de Mao, ce n’est pas du tout ce qui dit l’article de Nicolas Santorolia. Il s’agit de prendre conscience que chacun de nous est un colibri, qu’il fait sa part pour enrayer la dévastation de la planète, mais que nous avons aussi nos insuffisances, et que nous voulons faire en sorte d’améliorer notre comportement : moins prendre sa voiture, moins manger de viande, ne pas prendre l’avion, se contenter d’un voyage autour de chez soi, rapprocher son domicile de son lieu de travail, etc, etc. Se sentir coupable d’une insuffisance comportementale n’est pas une tare, c’est le contraire, le début d’un changement vers la simplicité volontaire et la sobriété énergétique. C’est à dire des actes absolument nécessaires…
très curieuse : « Reconnaître ses erreurs, s’en excuser auprès de l’enfant ne peut être que bénéfique dans la relation éducative et humaine, mettant en exergue le caractère faillible de chacun ».Donc, il suffirait de s’excuser – et ne pas changer – pour paraître moins coupable et rester le Héros auprès de vos enfants ?

X.ARANUI : Les élèves qui arrivent en collège à 10/11 ans sont effectivement massivement angoissés par l’état de l’héritage. Et ils savent bien qui en est responsable : leurs parents ( encore jeunes) et grand parents. Si on propose à ces enfants héritiers de rajouter 2h à leur emploi du temps hebdomadaire pour découvrir leur environnement et prendre des initiatives pour sauver ce qui peut l’être, ils seront très nombreux à se porter volontaires.

GERONIMO :Je commencerai à me sentir coupable – et à effrayer mes enfants – le jour où l’on me prouvera que MON action et non celles des États est à la base de la pollution.

ByeFelicia : On devrait faire de grandes campagnes touristiques dans un style plus électrochoc « Vous allez polluer où en vacances cet été ? » « Avec Eazy Jet, la pollution est moins chère » « Venez découvrir et saccager en masse les sublimes plages de Thaïlande » « Vous aussi participez à l’incontournable transhumance polluante estivale, vous l’avez bien mérité avec vos vies de m… » etc. Ça aurait plus d’impact, non ?

Biosphere : Mea culpa, mea maxima culpa, c’est ma faute, ma plus grande faute. Le sentiment de culpabilité est un bon signe, celui de prendre conscience et de vouloir faire autrement. Cette intériorisation des contraintes à s’imposer sur soi-même ne relève pas du « péché » à la mode catholique, mais d’une conséquence logique d’une réalité biophysique. Nous détruisons la planète et donc les conditions de vie de nos générations futures. Mais comme les humains sont trop souvent soumis à la force des habitudes, cela demande un effort sur soi quand le voyage en voiture est devenu la norme et le tourisme une obligation. Contre nos penchants funestes, un processus de culpabilisation doit être lancé, auquel succéderait le sentiment de culpabilité, puis viendrait ensuite la résolution personnelle de se passer de voiture. Ressentir la « honte de voler » en avion nous semble tout à fait normal, rationnel, moralement nécessaire, et même inéluctable. Ce sera voulu ou subi.

Tous coupables, on a pourri grave la planète

Julien Doré : « Tu sais, c’est la honte/Qui me sert de papier/J’ai dessiné ta tombe/Avant même de te bercer. » . Le chanteur évoque sa culpabilité d’adulte laissant aux enfants un monde pourri par sa génération. Entre espèces en voie de disparition et montée des océans, nos voyages en voiture ressemblent à un enterrement, nos transports en avion une route vers l’enfer. Nos pulsions écocidaires deviennent suicidaires, entre méga-feux et pluies diluviennes. La souillure généralisée de notre habitat lèguent un avenir poubelle sur une planète qu’on a vidé de sa vie prolixe pour en faire un milieu minéral et sans âme. « Le monde serait sans doute mieux sans nous, les humains » me murmure une voix intérieure. Homo sapiens n’est pas pas assez intelligent pour respecter mère Nature, et trop intelligent par ses armes de destruction massive de la vie et de la Terre. On pourrait même se lancer dans un hiver nucléaire !

Nous avons tous collectivement la responsabilité générationnelle de n’avoir pas su maîtriser notre démesure et décroître tant qu’il en était encore temps. Sorry Children* nous propose de formuler sur les réseaux sociaux des excuses : « Dans quelque temps, le monde n’aura rien à voir avec celui dans lequel nous vivons aujourd’hui. Cette situation critique nous oblige à regarder les choses en face : à moins que nous ayons tout fait pour éviter le pire, nous aurons tous une responsabilité envers nos enfants. » La campagne #lapireexcuse propose à chaque adulte de se projeter au moment de sa mort et de formuler des excuses aux jeunes générations pour l’inaction climatique des décennies passées. Là où les rapports du GIEC accumulés et les mises en garde rationnelles réitérées ne semblent pas fonctionner, la culpabilité devrait devenir un moteur du changement.

Mea culpa, mea maxima culpa, c’est ma faute, ma plus grande faute. Le sentiment personnel de culpabilité est un bon signe, celui de prendre conscience et de vouloir faire autrement. Cette intériorisation des contraintes à s’imposer sur soi-même ne relève pas du « péché » à la mode catholique, mais d’une conséquence logique d’une réalité biophysique. Nous détruisons la planète et donc les conditions de vie de nos générations futures. Mais comme les humains sont trop souvent soumis à la force des habitudes, cela demande un effort sur soi quand le voyage en voiture est devenu la norme et le tourisme une obligation. Contre nos penchants funestes, un processus de culpabilisation devrait être mis en place, auquel succéderait le sentiment de culpabilité, puis viendrait ensuite la résolution personnelle de se passer de voiture et de bien autre choses. Ressentir la « honte de voler » en avion nous semble tout à fait normal, rationnel, moralement nécessaire, et même inéluctable. La diminution de nos émissions de gaz à effet de serre sera voulue ou subie.

Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphere :

6 avril 2019, Écologie, culpabiliser pour ressentir la culpabilité

17 juillet 2021, Torrents de boue en ville, mea maxima culpa

* Sorry Children. Les pires excuses à donner à nos enfants pour avoir ravagé la planète et autant d’actions pour y remédier (Alternatives, 144 pages, 19,90 euros, sortie le 21 septembre 2021).