épuisement des ressources

Thierry Ripoll et Sébastien Bohler (suite)

Selon deux psycho-chercheurs,Thierry Ripoll et Sébastien Bohler, l’insatiable soif de croissance de l’humanité et la crise globale qui en découle seraient la conséquence de notre « câblage » cérébral. Voici en caractère gras quelques éléments à retenir de leur conversation.

T. R. : Je prends ma douche trois minutes de plus que nécessaire tous les jours. Accepter d’écourter ma douche n’a de sens que si je suis convaincu que les quelque 8 milliards d’humains en feront de même.

S. B. : Les anthropologues appellent ce processus d’incommensurabilité entre l’action individuelle et l’action collective la coopération conditionnelle. On a observé que si on demande à des individus de faire des efforts pour réduire leur empreinte carbone, ils sont capables de sacrifices, à condition que les autres y consentent aussi. Pour revenir sur le phénomène de croissance, dans l’histoire de la Terre, des espèces ont eu quasiment le même impact que l’humanité aujourd’hui. Ainsi, il y a 2,5 milliards d’années, les cyanobactéries ont prospéré, rempli les océans et changé la composition de l’atmosphère – elles n’avaient aucune notion d’une limite à respecter. L’humain a suivi la voie d’une négation de la limite à cause de l’alliance du principe de croissance de la dopamine et de l’intelligence. Le phénomène de dévalorisation temporelle constitue une autre caractéristique. Plus un avantage est éloigné dans le temps, moins il a de valeur pour notre cerveau. On donne le choix à un enfant soit de manger un marshmallow tout de suite, soit d’en recevoir un second s’il résiste quelques minutes. La plupart des enfants se jettent sur la première option car ils ne peuvent résister à l’attrait de l’instantanéité. Le striatum guide cette décision parce qu’il donne immédiatement de la dopamine. Quant aux autres enfants, leur choix est surtout lié au fait que leurs parents les ont éduqués à résister à leur impulsion face aux envies. Plus vous êtes dans un monde où on vous propose tout, tout de suite, moins vous êtes capable de patienter et de refuser le plaisir immédiat en raison des enjeux futurs.

T. R. : Notre système actuel a besoin de croissance pour survivre, d’autant qu’une société en récession rencontre nécessairement de grands problèmes sociaux. Mais cet objectif qui a sa cohérence à court terme est irrationnel à long terme. Le calcul de l’output (la somme de nos productions, consommations et impacts sur la planète) pour une croissance de 2 % sur mille ans indique qu’il serait 1 086 plus élevé que celui d’aujourd’hui. Cette trajectoire économique est contrainte à la fois par des déterminismes biologiques fondamentaux et par la nature du modèle capitaliste qui organise nos sociétés.

S. B. : D’où la problématique : croissance de la conscience versus décroissance matérielle. Les gens qui sont dans la surenchère permanente de la satisfaction de leurs désirs matérialistes ne connaissent même plus la notion de bonheur. Dès qu’un plaisir est satisfait, le suivant intervient à un niveau supérieur : ils vont changer de smartphone tous les ans, de voiture, etc.

T. R. : Il est dangereux de faire croire aux citoyens que l’efficience technologique va permettre de résoudre les problèmes environnementaux. Cela retarde encore le moment où, collectivement, nous déciderons de mettre en place une société différente et plus sobre. Le cornucopianisme nous incite à croire que nous allons pouvoir continuer de croître sans perturber notre environnement – ce qu’on appelle le découplage. Or, les études montrent que toute forme de découplage produit un effet rebond : le fait d’exploiter ce gain d’efficience écologique pour consommer davantage.

S. B. : L’idée de note de citoyenneté m’a été inspirée par l’exemple de la Chine, elle repose par l’observation des comportements dans la façon de respecter les règles de vie sociale, puis donne des droits en fonction d’une note obtenue sur de bons comportements. Un tel système, adapté aux critères écologiques, aurait probablement une action assez radical. Si des milliards d’individus ne peuvent prétendre à la liberté de consommer de façon durable, je ne vois guère de moyen aujourd’hui d’imposer une instance régulatrice capable de mettre en place un crédit citoyen universel…

T. R. : Rappelons la métaphore de la main invisible d’Adam Smith : chacun cherche égoïstement et librement à satisfaire son intérêt personnel et il contribuera ainsi à la richesse de son pays et au bien commun. Cette théorie n’a de sens que dans un monde sans limite, non dans un monde fini. Préserver la planète aura une dimension nécessairement liberticide. Mais que serait la liberté sur une planète morte ? Lorsque l’impact de la crise environnementale menacera directement notre quotidien – dans les prochaines décennies –, chaque humain, chaque Etat réévaluera le poids comparé de l’intérêt particulier et de l’intérêt général. Je n’exclus pas alors qu’un regain de rationalité permette aux humains de créer une structure transnationale, qui, d’un commun accord, poserait des contraintes à la consommation. A moins qu’elle ne sombre littéralement pour ne pas avoir réussi à s’affranchir des fléaux que sont la violence, l’inégalité et l’obsession de croissance.

DMA : L’existence d’une espèce animale capable de décrire les mécanismes physiques et psychologiques à l’œuvre et consciente qu’elle va être la principale cause de l’effondrement, mais absolument incapable de changer de trajectoire, a quelque chose de fascinant. Si Dieu existe, il est tout de même un tantinet pervers sur ce coup là.

Recensions sur notre blog biosphere

âge de pierre, âge d’abondance (Marshall Sahlins)

– Pourquoi détruit-on la planète ? (de Thierry Ripoll) –

Notre cerveau nous pousse à détruire la planète (Sébastien Bohler)

Notre striatum ne dit rien de nos besoins

Selon deux psycho-chercheurs,Thierry Ripoll et Sébastien Bohler, l’insatiable soif de croissance de l’humanité et la crise globale qui en découle seraient la conséquence de notre « câblage » cérébral. C’est du baratin teinté de déterminisme et de littérature romantique. Des références aux phénomènes d’addiction et de récompense mal digérées. Un certain nombre de mots clés comme cognition, psychologie cognitive, conditionnement. Aucune explication, du descriptif littéraire : l’homme programmé, comment et pourquoi, mystère…..

Sébastien Bohler : Le cerveau des vertébrés et des mammifères possède des structures cérébrales profondes, dont le système de récompense est, en son centre, le striatum. Cette structure nerveuse incite les êtres vivants à accomplir des comportements sans limites fixées a priori, en leur donnant du plaisir sous forme d’une molécule, la dopamine. Aujourd’hui, nous continuons à produire de plus en plus de nourriture, de plus en plus riche, pour cette partie fondamentale de notre cerveau, qui n’est pas programmée pour s’autolimiter. La suralimentation, l’obésité, le surpoids et l’émission d’un quart des gaz à effet de serre sont dus à l’absence de limite dans la satisfaction de nos besoins alimentaires.

Thierry Ripoll : L’objectif de croissance est inhérent au vivant. Nous, les humains, sommes une espèce invasive d’une grande île qui s’appelle la Terre. Or, l’évolution qui nous a aussi programmés pour croître est aveugle : elle ignore la finitude de la planète. D’où cette aporie : croître indéfiniment dans un monde fini. Nous sommes soumis à deux tensions contradictoires : celle issue de forces évolutives archaïques nous incitant à croître et celle issue de la partie la plus évoluée de notre cerveau nous enjoignant de prendre en compte les limites de la planète. Notre avenir sur Terre dépendra de l’issue de ce conflit.

Michel SOURROUILLE : Le striatum, bof ! J’ai lu il y a fort longtemps « âge de pierre, âge d’abondance », un livre de Marshall Sahlins. La virgule peut prêter à interprétations. En fait cette étude démontrait que l’âge de pierre (les sociétés premières), c’était vraiment l’âge d’abondance : sans désir de superflu, il n’y avait pas sentiment de manque. Autrefois, aux temps de la chasse et de la cueillette, on vivait en effet un sentiment de plénitude car on limitait les besoins… et donc le travail… pour avoir plus de temps libre… et être heureux. Aujourd’hui l’intérêt du moment change, de plus en plus vite. Il y a toujours un nouveau faits divers à la télé, iI y a toujours un machin de la dernière génération qu’il faut posséder et bientôt la voiture électrique remplacera dit-on la thermique. La période contemporaine fait courir la plupart d’entre nous derrière l’illusion de l’abondance… à crédit. Mais bientôt on sera OBLIGÉ de s’auto-limiter par insuffisance des ressources…

Recensions sur notre blog biosphere

âge de pierre, âge d’abondance (Marshall Sahlins)

– Pourquoi détruit-on la planète ? (de Thierry Ripoll)

Notre cerveau nous pousse à détruire la planète (Sébastien Bohler)

Histoire d’eau, un futur très inquiétant

Après avoir épuisé les ressources non renouvelables au XXe siècle, nous entrons dans la raréfaction des ressources renouvelables, à commencer par la plus précieuse, celle qui est nécessaire à notre corps et fait vivre l’agriculture, l’eau. Rappelons-nous le verre d’eau de René Dumont lors de la présidentielle 1974, ou alors découvrons la video. Dans combien de temps couperons-nous l’eau pour cause de factures impayées ? C’est déjà le cas dans plusieurs pays sur la planète. Il y aura des guerres de l’eau, elles ont déjà commencé.

Frédéric Denhez : La terre est craquelée, tombant du robinet elle est invisible. C’est lorsqu’elle manque ou qu’elle submerge que l’on parle d’elle. L’eau. En écologie, il n’y a pas de demi-mesures dans les médias. On est pour ou on est contre, si on n’est pas désespéré c’est que cela n’existe pas pour nous. Depuis quinze jours, le sol desséché ramène la France à l’état de pays du Sud, mais la nécessaire baisse de la consommation se heurte aux gens qui lavent leur voiture, aux propriétaires de piscine et, évidemment, aux agriculteurs.

Le modèle Drias-2020 agrège beaucoup de données habituellement éparpillées : à terme, c’est-à-dire à la fin du siècle, la France pourrait – le conditionnel est le temps de la science, seule la religion a le droit d’user du futur – être coupée en trois parts. Au nord d’une ligne Rouen-Strasbourg, il pourrait pleuvoir en moyenne plus dans l’année qu’aujourd’hui. Au sud d’une droite Bordeaux-Grenoble par contre, l’eau pourrait se faire désirer, tandis qu’entre ces deux lignes, le statu quo s’installerait. En moyenne, à l’échelle du pays, rien ne changerait. Mais dans le bassin Adour-Garonne, c’est un monde différent qui est à préparer, car la différence entre quantités disponibles et besoins pourrait être aller jusqu’à 1,2 milliard de mètres cubes, d’ici à 2050. On le sait, le sud-ouest et le pourtour méditerranéen vont souffrir de l’eau. La Côte d’Azur devient le Maghreb, l’Occitanie devient comme la Côte d’Azur. D’où la tentation du monde agricole de la stocker quand personne n’en a vraiment besoin, l’hiver, pour la garder jusqu’en été, au cas où il faudrait arroser. Non, leur répond-on, l’irrigation, les barrages-réservoirs, c’est de l’eau qui n’ira pas dans le milieu naturel et qui ne servira qu’à faire de la culture d’exportation, du vilain maïs pour nourrir des vaches qu’il ne faut plus manger parce qu’en rotant, elles font vibrer la planète !

Il faut faire de la permaculture partout, un andain, une bûche dessous, du soleil, trois gouttes, et l’on vivra de jardins nourriciers et de forêts comestibles. Le maraîchage, voilà vers quoi l’eau devrait aller en priorité. Vers ce qui nourrit l’homme directement plutôt que vers les cultures de compléments pour animaux. Le blé et l’orge au lieu du maïs. Des sols jamais découverts, sous la protection de cultures intercalaires qui captent l’azote et nourriront vers de terre et nématodes. Le sol est un puits de carbone et la meilleure des éponges. À l’ombre de la luzerne et de la haie, il sait conserver l’eau. L’adaptation est en cours, elle coûte cher, elle coûtera de plus en plus cher. Il reste une résilience qui peine à s’installer, développer une culture de la rareté.

Lire, 22 mars 2021, Journée mondiale de l’eau

Lire aussi, Pas d’alternative, nous manquerons d’eau (3 août 2020)

Lire en plus, Journée mondiale de l’eau, un constat de pénurie (22 mars 2019)

Le parti écolo tout puissant… en 2047

C’est en 2022 que tout a commencé. On sortait à peine de la pandémie qui a assigné à résidence la presque totalité de la population mondiale que l’invasion de l’Ukraine par la Russie a déstabilisé le principe de l’intangibilité des frontières. Les grandes puissances ont été amenées à se concerter en permanence, les prémices d’un gouvernement mondial était en germe. Et puis nous avons pris conscience politiquement de la fin inéluctable des énergies fossiles, les prix de l’ensemble des matières première a flambé, les révoltes sociales se sont généralisées, guerres et famines se sont multipliées, l’armée est intervenue et les casques verts sont apparus. L’écologie a pris le pouvoir. Comment diriger 10 milliards d’êtres humains si ce n’est en unifiant l’ensemble des peuples sous une bannière transnationale avec l’objectif de protéger la planète et tous ses habitants. Au niveau concret, il n’y avait qu’un modèle politique possible pour éviter la cacophonie, le parti unique puisque de toute façon tous les citoyens étaient devenus écolos.

Le Mouvement Universaliste Ecolo, après maints affrontements violents entre tendances partisanes, a trouvé son unité et peaufiné son organisation. Le bureau politique est constitué de vingt-cinq membres, le comité permanent de sept personnes seulement, le tout dirigé par le président du directoire. Devenir membre du MUE, c’est le rêve de tout citoyen. Le 4 juillet 2047, ce parti politique sans concurrent comprend 6,6 % de la population mondiale. Ses membres prêtent solennellement serment sous le drapeau vert du Parti, ils s’engagent à tout sacrifier au mouvement écolo. Mais on n’en devient pas membre d’un claquement des doigts, l’adhésion couronne la persévérance. Même pour une personne élevée au sein d’une famille écolo et ayant étudié l’écologisme à l’université, le processus dure environ deux ans. Le président du directoire lui-même n’a jamais caché avoir été recalé à neuf reprises avant d’obtenir sa carte. Il subissait les conséquence de l’activisme de son père qui avait été exilé autrefois en milieu rural pour anti-écologisme primaire. Pour rejoindre l’élite, il faut faire acte de candidature en envoyant une lettre de motivation à la cellule locale du MUE ; on en compte plus de 26 millions, tant dans les quartiers que dans les entreprises, les associations et l’armée. Une fois le principe de sa candidature retenu, l’impétrant doit fournir davantage d’informations sur sa personne, mais aussi sur son entourage. Commence alors une période d’un an durant laquelle le candidat doit suivre une formation verte, puis rédiger chaque trimestre un petit rapport politique. Il faut « rechercher la vérité dans les faits et faire preuve de détermination ». Des débats en interne ? « Ici, nous insistons sur la discipline », répond le président de l’académie voué à l’éducation de l’élite. Si le candidat est accepté, il doit verser une cotisation comprise entre 0,5 % et 2 % de ses revenus nets. Au bout d’une année probatoire, si tout va bien, il est adoubé. Moins de la moitié des postulant sont acceptées. De nos jours, il est délicat même pour un étudiant brillant de ne pas candidater.

Le MUE est le digne descendant du PCC (Parti communiste chinois). En 2019, au lendemain du 70e anniversaire de la prise du pouvoir par Mao, le président chinois Xi Jinping avait tiré les leçons de l’histoire du PCC : « Quand la Révolution a triomphé, le Parti a émis trois demandes à tous les cadres dirigeants : d’abord ils ne doivent jamais se couper des masses, même un instant. Deuxièmement, il faut poursuivre le combat, ne jamais céder à l’hubris et à l’arrogance et, troisièmement, il faut maintenir sa pureté politique et se prémunir à jamais contre toute tentation de corruption. Ce sont les trois raisons pour lesquelles nous sommes encore là et, si nous voulons continuer de gouverner, nous devons continuer de respecter ces trois points. » Dès 2013, Xi Jinping appelait les communistes à « s’autopurifier, s’autoperfectionner, s’autoréformer, s’autoélever » ? Le slogan retenu pour le centenaire du PCC en juillet 2021, « Suivre le Parti, toujours ». Les termes « mission » et « foi dans le Parti » deviennent omniprésents. C’est la voie à suivre,le pouvoir est stable et soutenu par des militants zélés. Ce système politique s’est étendu à la planète toute entière.

Le Rouge a viré au Vert. Dès le jardin d’enfants, les bambins ne sont plus incités à jouer aux « soldats rouges », ils sont désormais devenus des « soldats verts ». L’histoire du MUE est enseignée dès l’école primaire. Chaque segment de la population est appelé à avoir le « gène vert ». Ainsi, un bon étudiant se doit d’être « vert et expert », et les scientifiques sont amenés à « aimer le Mouvement ». Le MUE est omniprésent : dans les rues, les manuels scolaires, dans chaque quartier. Les entreprises n’y échappent pas : sur les cartes de visite des hommes d’affaires, la position au sein du Mouvement précède le poste occupé. Depuis 2045, le cinéma, les médias et les publications relèvent du département de la propagande du Parti. Idem pour les affaires religieuses et ethniques. Quiconque travaille directement ou indirectement pour le gouvernement pourra être détenu sans véritable processus légal ni moyen de recours en cas d’abus par les enquêteurs.  « Plus la responsabilité des cadres dirigeants est grande, plus leur position est importante, plus il est urgent de renforcer la supervision dont ils font l’objet », affirmait à l’époque une directive du PCC publiée le 1er juin 2021. Le monde entier vit dorénavant sous une sorte de « dictature de la majorité ».

Mais dans l’ensemble, les Terriens sont satisfaits de la situation ; on vit un certain équilibre avec les ressources renouvelables de la planète sans empiéter sur les besoins des générations futures. On ne parle plus de maoïsme ou de libéralisme, mais de « la pensée de René Dumont », gravée définitivement dans le marbre. Tout le monde marche droit, mais dans la bonne direction.

Source d’inspiration  : « Les 100 ans du Parti communiste chinois »

La COP15 et l’inexorable désertification

La COP15 contre la désertification s’est achevé le 20 mai 2022 à Abidjan sans résultat probant alors que la moitié de la population mondiale est affectée par le phénomène. Les délégués des 196 États membres de cette convention des Nations unies se sont séparés avec comme seul objectif, se réunir à nouveau l’an prochain. S’ils trouvaient une solution, il n’y aurait pas une autre conférence dans un autre coin sympa. Les gars de la COP26 sur le climat leur ont expliqué le truc pour visiter la planète. Notez que la Côte d’Ivoire, le pays hôte de la conférence, a perdu en l’espace de soixante ans près de 90 % de son couvert forestier en raison de la culture intensive du cacao, dont elle exporte quasi intégralement les fèves à l’étranger. Déguster sa tablette de chocolat a un prix que le consommateur ne paye pas.

Lire, Biodiversité, CDB, COP15 et IPBES… en vain

A Abidjan on s’est contenté de vagues promesses, « accélération de la restauration d’un milliard d’hectares de terres dégradées d’ici à 2030 », renforcement « de la résilience face à la sécheresse en identifiant l’expansion des zones arides », amélioration de « l’implication des femmes dans la gestion des terres ». On multiplie les réunions préparatoires, un « groupe de travail intergouvernemental sur la sécheresse » a été créé et le sujet sera abordé en 2024 lors de la COP16 en Arabie saoudite.

Lire, Dégradation des terres, famine en vue

Lire, Côte d’Ivoire, surpopulation et manque d’eau

« Jour du dépassement » à la française

A partir du 5 mai dernier, la France avait consommé plus de ressources naturelles que les écosystèmes ne peuvent en produire. Depuis les années 1960, le Global Footprint Network calcule ce « budget écologique » à partir de l’empreinte carbone de chaque pays, en prenant en compte l’artificialisation des terres, l’impact environnemental de l’agriculture et des prairies, des produits forestiers ainsi que de la pêche. A l’échelle de la planète, ce jour était le 29 juillet en 2021, alors qu’il intervenait le 29 décembre en 1970.

Martine Valo : Dans l’Hexagone, quels que soient les gouvernements qui se sont succédé, cette date ne fait qu’arriver toujours plus tôt. Résultat : l’équivalent de 2,9 Terre serait désormais nécessaire pour répondre aux besoins de l’humanité si tout le monde vivait sur le même pied que la moyenne des Français. La moyenne mondiale se situe à 1,7 Terre, ce qui veut dire qu’on a dépassé de 70 % les capacités de régénération de la biosphère. La France ne figure donc pas parmi les bons élèves, elle se classe même au 97e rang pour son empreinte écologique. Les gaz à effet de serre en représentent plus de la moitié : ceux émis sur son sol et ceux générés par tous les produits qu’elle importe. A peine Emmanuel Macroni est-il élu que la France a déjà dépassé son budget nature pour l’année 2022 !

Commentaires éclairés :

Démographie Responsable : Précisons que le mode de calcul est critiquable parce qu’il élude la question démographique. En effet, en raison de l’augmentation continue de la population mondiale, la biocapacité dévolue à un terrien diminue inexorablement. Et on arrive donc au paradoxe suivant : même en conservant la même empreinte individuelle d’une année sur l’autre, le jour du dépassement de la France arrive automatiquement de plus en plus tôt.

Aivars : Il y a deux choses impossibles à faire à la fois : polluer à l’occidentale et se reproduire à l’africaine.

LeBret : Voici une liste de pays qui n’ont pas de jour du dépassement (autrement ceux qui sont « soutenables »), et ça fait pas envie. Florilège : Afghanistan, Angola, Bangladesh, Cambodge, Congo, Haiti, Kyrgyzstan, Madagascar, Pakistan, Somalie, Soudan, Ouganda, Yemen, Zimbabwe…
Même le Soudan du Sud a un jour du dépassement (au 25 décembre).

Démographie Responsable : Effectivement le Pakistan par exemple « ne dépasse » pas, puisque son empreinte écologique est de 0,8 hectares alors que la biocapacité de la planète est de 1,6 ha. Son jour du dépassement selon le WWF : (1,6/0,8) x 365 = 2 x 365 intervient donc tous les deux ans seulement… Dans l’association Démographie Responsable, nous privilégions un autre mode de calcul, à savoir diviser la biocapacité du pays par l’empreinte du pays, ce qui donne pour le Pakistan (0,3/0,8) x 365 = 0,375 x 365 = 137ème jour de l’année, ce qui est moins glorieux. Pour déterminer le Jour du dépassement d’un pays, il nous semble en effet normal de déterminer le jour où ce pays dépasse l’utilisation de ses ressources propres, ce qui permet de prendre en compte sa démographie.

Elsie : On peut ergoter autant qu’on veut. Sur le travail du WWF, sur la comparaison de la France avec les autres pays, développés ou non… ou on peut se regarder dans le miroir sans complaisance, et reconnaître qu’on consomme trop. De tout. La publicité a pris une telle place dans notre vie qu’elle a réussi à « nous faire croire que le bonheur c’est d’avoir de l’avoir plein nos armoires ». La surconsommation est partout, et elle a des effets délétères sur notre planète. Et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’elle ne nous rend même pas heureux. Je suis assez pessimiste quand je vois que les principales revendications concernent actuellement le pouvoir d’achat. Alias le pouvoir de sur-consommer. Pourtant, les habitations sont remplies de produits qui ne servent jamais, qui ont été achetés sur une impulsion, et qui s’accumulent. Même chez les foyers modestes. Sortir de cette spirale me parait tout sauf simple, tant elle est ancrée dans nos vies.

Michel SOURROUILLE : Pourquoi contester le calcul du jour du dépassement, moment à partir duquel l’humanité vit « à crédit » par rapport aux ressources de la Terre ? Pourquoi ne jamais remettre en question sa cause, la croissance économique ? Plutôt que se déchaîner contre le calcul de l’empreinte écologique, on ferait mieux de décoder les mensonges et errements du PIB.

Innocent : Le 1% de population mondiale, les français consomme trop (mais pas tous). 90% de la population mondiale consomme beaucoup moins et rêve de consommer plus. Sauf pour les nombrilistes, il n’est pas sûr que cette équation ait une solution…

Frog : Nos enfants paieront plein pot le prix de cette surconsommation effrénée. Et avant cela nous aurons le temps de goûter un peu à l’enfer qu’on leur aura laissé.

références bibliographiques :

Notre empreinte écologique de Mathis WACKERNAGEL et William REES (1996)

L’empreinte écologique d’Aurélien Boutaud et Natacha Gondran (2009)

L’IVG est plus qu’un droit, c’est un devoir

D’un point de vue éducatif et démographique, faire en sorte de mettre au monde un enfant non désiré est une atteinte aux droits de l’enfant à vivre dans une famille aimante et attentionnée alors que la planète subit une surpopulation humaine impressionnante : 8 milliards d’être humains à l’heure actuelle, soit 8 000 000 000 personnes à comparer à l’unicité de chaque nouvelle naissance supplémentaire. Un humain est devenu un simple pion, qu’est-ce alors qu’un embryon ? Pourtant les natalistes font encore la loi dans trop de pays, voulant restreindre ou même supprimer le droit à l’avortement.

Piotr Smolar : Un projet de décision de la Cour suprême américaine remettrait en question la décision dite Roe v. Wade (1973), pierre angulaire de la liberté des femmes à disposer de leur corps au nom du droit à la vie privé. Roe v. Wade avait été adopté par sept voix sur neuf, dont cinq juges conservateurs. La loi Roe v. Wade avait été consolidée en 1992, lors d’une nouvelle décision, Planned Parenthood v. Casey. Celle-ci a considéré que les lois pénalisant ou limitant l’avortement ne devaient pas créer ou entraîner pour la femme enceinte une « undue burden » (« charge excessive »). Le document de 98 pages condamne sans réserve ni nuance toute l’architecture juridique qui a contribué à faire de l’avortement un droit constitutionnel. Il accuse même la Cour suprême de 1973 d’avoir « court-circuité le processus démocratique », en empêchant « un grand nombre d’Américains » de se prononcer sur cette question, Etat par Etat. Chaque État américain aurait donc la possibilité d’adopter sa propre loi, y compris en supprimant le droit à l’avortement. Seuls les trois membres dits libéraux – Stephen Breyer, Sonia Sotomayor et Elena Kagan – sont clairement opposés à toute révision de Roe v. Wade. La position de John Roberts, président de la Cour suprême et conservateur modéré demeure inconnue. Même s’il se rangeait à l’opinion dissidente de ses trois collègues, cela ne suffirait pas à renverser l’opinion majoritaire. Le refus de la Cour de suspendre une loi très restrictive au Texas, entrée en vigueur le 1er septembre 2021 et interdisant l’avortement au-delà de six semaines, avait été un indice fort. Ce texte s’aventurait en territoires inédits, faisant appel aux dénonciations en justice de simples citoyens contre tous ceux favorisant la procédure médicale. Pour la Cour suprême, les questions de droit ont fait place, au fil des ans, à des considérations plus religieuses et idéologiques chez ses figures les plus conservatrices.

Deux commentaires montrent que l’idée de démocratie peut être mise à toutes les sauces :

Athanagore Porphyrogenete : Où a-t-on vu que sur un sujet si fondamental, l’opinion devait être unanime ? Où est la liberté dans l’écrasement par la masse. En rendant aux états leur libre choix, le gouvernement central va vers plus de démocratie. C’est l’interdiction fédérale qui pose problème. Les super-états sont utiles pour certains aspects mais leurs prérogatives sur les droits individuels devraient être limitées. La vraie démocratie c’est décider soi-même pour soi-même, et chez soi.

GGAD : « La vraie démocratie c’est décider soi même pour soi-même, et chez soi »… La vraie démocratie consiste donc à rendre l’IVG légale et à laisser chaque femme décider en son âme et conscience ce qui va advenir de son intimité et de sa vie. Selon votre définition elle-même, l’État fédéral, par la décision Roe v. Wade, défend « la vraie démocratie », la liberté de choix, contre les état fédérés et leurs tentatives d’interdire tout choix éclairé (subvention de groupes qui font de la propagande anti-IVG), voire la possibilité même du choix. Soyez cohérent avec vous-même, vous ne pouvez pas soutenir « la liberté de choix » et, au nom de cette liberté, défendre le droit des états fédérés de restreindre les libertés individuelles.

Point de vue des écologistes : La démocratie est un système imparfait qui repose trop souvent sur la loi de la majorité au détriment d’une autre partie du peuple. Ce n’est pas le cas de l’autorisation de l’IVG, interruption volontaire de grossesse. Rappelons que le droit à l’avortement n’est pas une obligation d’avorter, celles qui veulent procréer sans limites le peuvent. Mais les « pro-life » n’acceptent pas cette liberté de choix, ils relèvent d’une conception totalitaire de l’existence, mettant d’ailleurs souvent leurs convictions religieuses au premier plan. C’est anti-démocratique et indigne des membres d’un pays qui se devrait de respecter les idéologies de chacun. Maintenant l’exercice de la démocratie n’est pas un exercice intemporel et hors sol, les délibérations doivent tenir compte des acteurs absents, les générations futures et les non-humains (la biodiverstié). Dans un monde déjà surpeuplé, sauf à vouloir toujours plus de chair à canon ou d’intégristes religieux, nos décisions politiques doivent aller dans le sens de la modération de la fécondité, donc donner plus de facilités pour celles qui envisagent d’avorter.

Complément d’enquête

Aux Etats-Unis, l’Oklahoma approuve un texte restreignant fortement l’accès à l’avortement :

https://www.lemonde.fr/international/article/2022/04/29/aux-etats-unis-l-oklahoma-approuve-un-texte-restreignant-fortement-l-acces-a-l-avortement_6124142_3210.html

Au Sénégal, les ravages de la croisade anti-IVG :

https://www.lemonde.fr/afrique/article/2022/04/28/au-senegal-les-ravages-de-la-croisade-anti-ivg_6123974_3212.html

2027, une présidentielle sans Macron, ouf ?

Le président Macron ne peut pas être candidat à un troisième mandat en 2027, la Constitution le lui interdit. Sera-t-il soulagé  pour autant ?

Claude Henry : Pendant son second mandat la nature va se faire de plus en plus agressive, en réponse à la multiplication des agressions humaines contre elle. Une sécheresse sans précédent en 2024 a ramené les rendements des grandes cultures aux niveaux d’avant la seconde guerre mondiale. La canicule a atteint dans l’est du pays une intensité que l’on croyait réservée à l’Inde et au Pakistan. L’hiver 2026, déluges d’eau… En 2027, le projet de Total en Afrique provoque de très nombreuses disparitions d’exploitations agricoles. Famines, épidémies et conflits armés, déplacements massifs de populations en quête de refuges introuvables, c’est la banalité du mal pour ces centaines de milliers de personnes. Y aura-t-il chez le président Macron comme un remords ? Ben van Beurden, directeur général de Shell, a battu des records de cynisme : « Shell est pour l’essentiel une compagnie pétrolière et gazière, et elle le restera dans un avenir prévisible. Ce dont nous avons besoin pour maintenir l’augmentation de la température de la terre en dessous de 1,5°C, c’est de reforester massivement. Penser un deuxième Brésil avec sa forêt tropicale. » Ben van Beurden, des remords ? Tout est-il donc perdu ? Dans le livre III de L’Ancien Régime et la Révolution, Alexis de Tocqueville décrit et analyse le fourmillement de visions et d’actions nouvelles au cours des décennies 1770 et 1780, convergeant finalement vers l’effondrement de l’ordre ancien. Peut-on espérer que le président de la République y contribuera réellement au cours de son quinquennat ?

Quelques commentaires inspirés :

le sceptique : Ah, 1789… A la Lanterne, le président Macron, son ministre de la planification écologique et les membres du Haut Conseil pour la Nature a défini en 2022 les priorités claires de la nation : – rendre les récoltes aux sauterelles et criquets – multiplier les ours et les loups – s’assurer d’une inflation de l’énergie et de l’alimentation en plus de celle du logement déjà acquise – interdire avant tous les autres le plastique et la viande – exiger d’isoler son bien pour un temps de retour exceptionnel de 38 ans – empêcher tous les projets de mines, carrières, exploitations et de manière générale tout ce qui artificialise – prohiber au plus vite la voiture dans toute ville de plus de 50 000 habitants… A Versailles, on est confiant : le peuple est enthousiaste. Et puis s’il manque de chipolatas, il n’a qu’à acheter des carottes bio.

Izy : Un monde où l’eau plate coûtera plus cher que le Château Margaux nous attend. Que les rieurs rigolent un bon coup, cette secousse zygomatique ne durera pas.

DRAREG : « quelque chose comme un remords ? » J’en doute fort quand on sait que la moindre mesure qui gêne est stoppée nette par des manifs. Alors l’excuse c’est la faute à….Trop facile et pas besoin d’être pro-macron pour constater cette évidence dans la vie quotidienne.

Jac 35 : Moi j’ai des remords tous les soirs. Pourtant tous les matins je recommence. Car je compte sur les autres…

Michel Brunet : Changement climatique : « En 2027, y aura-t-il chez « les présidents Poutine, XI Jinping et autres » quelque chose comme un remord ? »On peut en douter … et le « climat en France » ne dépend pas uniquement des mesures hexagonales ! Le problème est mondial et me semble insoluble en l’état du monde d’aujourd’hui

A. Gauthier : C’est vrai. Mais historiquement la France a toujours eu un rôle de leader, défricheur de voie. La constitution américaine est une application directe des pensées des philosophes français, et ça a montré la voie pour l’ensemble des démocraties. La France seule ne peut sauver la planète, mais elle peut monter qu’un comportement vertueux et responsable est possible, même au niveau d’un Etat. Ou alors on peut aussi se lamenter continuellement de ne plus avoir aucun rôle dans l’évolution humaine.

Philip69 : Notre président est à la tête d’une démocratie, où les capacités du gouvernement à faire des réformes se heurtent à l’extraordinaire résistance des intérêts coalisés et où leurs capacités à changer les mœurs sont nulles.

Osmose95 : Je vous conseille un film, issu d’un livre de Harry Harrisson en 1966, et réalisé par Richard Fleischer en 1973, « Soleil vert » avec Charlton Heston, qui se situe en .… 2022. Film très visionnaire, et si Macron et nos chers dirigeants ne font rien, nous allons y venir à grande vitesse !!!

Lutte Ouvrière contre la décroissance

Un article du 10/12/2009 montre que Lutte Ouvrière en est resté aux temps du manifeste du parti communiste (1848)

Il en va des problèmes écologiques comme de la crise économique : aucune régulation ne pourra exister tant que la société sera gérée en fonction du profit, c’est-à-dire tant qu’elle sera dirigée par la classe capitaliste…. Des militants qui se désignent sous le nom d’ « objecteurs de croissance » ou de « décroissants » estiment que l’on consomme trop et que l’on produit trop. Nous, communistes, nous pensons que les problèmes de la société viennent d’une certaine organisation sociale – le capitalisme – et qu’ils sont le fruit de la division de la société en classes sociales.

Le point de vue de Lutte Ouvrière sur le mouvement de « La décroissance »

Le 16 octobre 2009, un organisme de l’Onu annonçait que le nombre d’humains frappés par la famine avait, pour la première fois dans l’histoire, dépassé le chiffre de un milliard. Dans ce contexte-là, prôner une réduction de la production et de la consommation paraît stupéfiant. Ah, bien sûr, la plupart des objecteurs de croissance se disent soucieux de la famine et de la misère dans les pays d’Afrique ou d’Asie, mais ils en mettent une partie de la responsabilité sur le dos des peuples des pays riches. « Nous, au Nord, les gavés de l’hyperconsommation », peut-on lire par exemple sous la plume de l’économiste décroissant Serge Latouche. Les « gavés de l’hyperconsommation » ? De qui parle-t-il ? De la grande bourgeoisie, des banquiers arrosés à l’argent public ? Non, bien sûr. De vous et moi, des salariés, des petites gens qui vont chaque semaine remplir un caddie à l’hypermarché, qui ont une voiture, ou, pire encore, un lecteur MP3. À eux ils prônent, plutôt qu’une illusoire hausse du pouvoir d’achat, (je cite) « l’ivresse joyeuse de la sobriété volontaire. »… Qui n’a pas déjà entendu quelqu’un se demander si « les RMIstes ont vraiment besoin d’une télévision à écran plat » ; ou entendu des discours plus ou moins méprisants sur les travailleurs pauvres qui « claqueraient leur salaire à remplir des caddies chez Auchan » ? Eh bien pour nous, cette idéologie du renoncement et du recul, même si elle se travestit en mouvement de gauche, voire d’extrême gauche, est une escroquerie…

Le point de vue de Lutte Ouvrière sur le progrès technique

Le mouvement luddite consistait, à l’aube de la révolution industrielle, à pousser les ouvriers à détruire les machines, considérées comme porteuses de chômage. Marx, lui, pensait que les machines étaient porteuses du progrès de la société, à condition que celle-ci soit réorganisée sur d’autres bases… Et, même si le rire y perdra, nous ne commenterons pas les expériences alternatives des intégristes de la décroissance, prônant d’habiter dans des yourtes ou de remplacer le tout à l’égout par des cultures de vers de terre… Heureusement pour l’humanité, la production d’énergie ne s’arrêtera pas le jour où la dernière goutte de pétrole aura été brûlée. D’ici là, quelles technologies nouvelles auront enfin été maîtrisées ? La fusion des atomes d’hydrogène, qui permettrait de créer de l’énergie à partir de l’eau ? La récupération et l’exploitation des hydrates de méthane qui couvrent le fond des océans et dont les réserves sont très supérieures à celles du pétrole ? Les nanotechnologies permettront-elles de multiplier par 6 ou 8 le rendement des panneaux solaires ? Sera-t-on capable d’installer des panneaux solaires dans l’espace pour récupérer plus d’énergie ? Ce sont en tout cas des pistes sur lesquelles les chercheurs travaillent dès aujourd’hui. Cela rend d’autant plus contradictoire, lorsqu’on est dans la position des écologistes et des décroissants, de dénoncer comme ils le font ces recherches qui se mènent, au nom de la lutte contre la « technoscience ». Les associations décroissantes organisent par exemple des manifestations contre le « gouffre à milliards » que représente le projet ITER de Cadarache, qui pourrait d’ici 20 ans aboutir à des découvertes décisives en matière de fusion de l’hydrogène. Gouffre à milliards ? Le budget d’ITER est au contraire ridiculement petit : 10 milliards d’euros sur 45 ans ! Soit environ 220 millions d’euros par an…

Commentaire de Biosphere : Dans les années 1960, l’extrême gauche française s’était révélée totalement hermétique aux préoccupations écologistes. Lors de la candidature de René Dumont, la revue Lutte ouvrière du 23 juillet 1974 titrait : « L’écologie politique : un apolitisme réactionnaire ». La situation a-t-elle évoluée ? Nathalie Arthaud, porte-parole du parti trotskiste Lutte Ouvrière pour la présidentielle 2012 a été noté  0/10 par Christophe Magdelaine. Pour la présidentielle de 2017, Lutte ouvrière répondait ainsi à la question sur le droit de mourir dans la dignité : Nathalie Arthaud « place la dignité de l’Homme au cœur de l’ensemble du projet de Lutte Ouvrière ; nous voulons un monde dans lequel la dignité humaine soit respectée du début jusqu’à la fin de vie, individuelle ou collectivement. » C’est ce qu’on appelle la langue de bois dont raffole le trotskysme. Pour les européennes de 2019, Lutte ouvrière présentait sur son affiche son dogmatisme traditionnel, « Contre le grand capital, le camp des travailleurs ».

Lire, Des classes sociales à la classe globale

Le pic pétrolier et le choc qui lui succède

Le pic pétrolier est ce point de retournement à partir duquel la production de pétrole commence à baisser inéluctablement. Le géologue américain King Hubbert avait annoncé en 1956 que les États-Unis connaîtraient ce pic vers 1970. A l’époque la majorité des experts s’était montrée incrédule. Pourtant le pic de Hubbert a été atteint aux Etats-Unis entre 1971 et 1972. De nos jours, la problématique du réchauffement climatique et de l’extinction de la biodiversité ont occulté la prévision d’une pénurie énergétique à venir faite par l’ASPO. Il faudrait d’urgence réintégrer cette donnée dans nos raisonnements car la pénurie inéluctable de ressources fossiles donnera le signal de la mort de la civilisation thermo-industrielle. LE MONDE commence à intéresser à cette perspective

Marie Charrel : La flambée des matières premières intensifiée par la guerre en Ukraine réveille le souvenir des crises énergétiques de 1973 et 1979, marquées par l’apparition de la stagflation, cocktail de stagnation de l’activité économique et de forte inflation. Nathalie Dumont se rappelle la soirée d’hiver 1973 où elle a entendu ces mots évoquant le choc pétrolier. Elle se souvient de son sentiment d’assister au crépuscule d’une époque. « J’étais convaincue que, même si l’économie s’en remettait, ma génération et, surtout, les suivantes en auraient fini avec l’insouciance. » Dès 1973, la Suisse et les Pays-Bas interdisent ainsi de circuler le dimanche. Le Royaume-Uni instaure la semaine de trois jours pour limiter la consommation des entreprises. La France, elle, limite à 120 km/h la vitesse sur autoroute et lance sa « chasse au gaspi », avec le plafonnement du chauffage à 20 °C, l’interdiction d’éclairer les vitrines de magasins la nuit ou encore l’arrêt des émissions télévisées à 23 heures. Le choc gazier d’aujourd’hui est « comparable en intensité, en brutalité, au choc pétrolier de 1973 », a déclaré le ministre de l’économie, Bruno Le Maire, le 9 mars 2022. Les gouvernements tâtonnent face à un terrible dilemme : comment lutter à la fois contre le chômage et la flambée inflationniste ? Les chocs pétroliers des années 1970 ne sont pas des crises de demande, comme dans les années 1930, mais des crises d’offre.

 

Bien entendu la conscience d’un pic pétrolier entraîne tôt ou tard un choc pétrolier. Sur ce blog biosphere, nous nous évertuons à le montrer depuis bien longtemps déjà.

4 mars 2022, Ukraine, bientôt le choc pétrolier ultime

3 février 2022, 2022, un choc bien pire que celui de 1973

2 septembre 2021, Pic pétrolier, faudrait vraiment en discuter !

6 mars 2021, Module sur le pic pétrolier… à diffuser

1er juin 2020, Biosphere-Info, SARS-CoV-2 et choc pétrolier

17 septembre 2019, Bientôt le choc pétrolier ultime ?

18 mai 2019, Le réchauffement climatique a occulté le pic pétrolier

23 avril 2014, Le PIB va s’effondrer avec le prochain choc pétrolier

31 mars 2013, transition énergétique : rien sur le pic pétrolier !!!

10 décembre 2012, Pic pétrolier : l’alerte ignorée d’un expert du FMI

25 février 2012, campagne présidentielle française et déni du pic pétrolier

6 février 2012, pic pétrolier, pic de la mondialisation, pic de notre civilisation

16 février 2011, le pic pétrolier vu par les politiciens

15 février 2011, le pic pétrolier vu par Yves Cochet

14 février 2011, le pic pétrolier vu par Jean-Marc Jancovici

13 février 2011, le pic pétrolier vu par Bernard Durand

30 décembre 2010, Crise ultime et pic pétrolier

4 décembre 2010, tout savoir sur le pic pétrolier (bibliographie)

25 novembre 2010, pic pétrolier, le commencement de la fin

6 novembre 2010, après le pic pétrolier, le pic charbonnier !

5 novembre 2010, LE MONDE et le pic pétrolier

12 août 2010, la date du pic pétrolier par Matt Simmons

27 janvier 2009, pics pétroliers (trois ans pour sauver le monde)

19 avril 2008, pic pétrolier en Russie

Quelques remarques d’Internautes :

Michel SOURROUILLE : Le premier choc pétrolier en 1973 avait inspiré la campagne de René Dumont, candidat aux présidentielles de 1974. Les analyses du mouvement écologiste naissant restent d’actualité en 2022 : « En surexploitant les combustibles fossiles, on vole les ressources des générations futures. » ; « Nous demandons l’arrêt de la construction des autoroutes, l’arrêt de la fabrication des automobiles dépassant 4 CV, nous luttons contre la voiture individuelle… » De même en avril 1977, le président Carter s’adressait à la nation grâce à la télévision: « Ce que je vous demande est l’équivalent d’une guerre. Il s’agit bel et bien de préparer un monde différent pour nos enfants et nos petits-enfants. » Il propose d’économiser l’énergie. Mais sa cote de popularité est divisée par 2 (de 70 à 35 au début de 1978). Ensuite le contre-choc pétrolier à partir de 1986 (la baisse du prix du baril), la découverte du pétrole de la mer du Nord… a éloigné la problématique pétrolière des esprits.

Frog : C’est ça qui est particulièrement flippant : de voir comment la population et les politiques ont la mémoire courte, alors que la fin du pétrole fait partie du paysage depuis les années 70, la pollution, le réchauffement climatique et la surpopulation aussi – contre lesquelles nous n’avons rien fait non plus. En attendant les bobos-écolos sont peut-être risibles, mais je suis bien contente de savoir que mon grand appartement de 3 personnes consomme de l’énergie comme un studio étudiant, de n’avoir pas de voiture et un petit potager productif où je me rends à pied. Tant pis pour les cigales, c’était pas faute de les avoir prévenues !

Iphigenie : En 1975, la bourse US valait 27% du PIB, elle en vaut aujourd’hui 130%. Et nous avons des ratios boursiers déments. Pour soutenir dettes publiques / privées et activité financière, Fed et BCE doivent laisser les taux bas, ce qui accroît l’inflation. Et si l’inflation persiste, il faudra monter les taux et créer un krach boursier et une récession profonde. Est-ce qu’une remontée lente des taux pourra laisser la bourse décroître lentement sans créer de récession ? c’est le scénario Lagarde. Ce n’est pas l’enseignement des années 70 où il a fallu plusieurs trimestres à 10-12% d’intérêt pour casser la dynamique salaire / prix, dynamique qui n’a pas encore commencé en Europe. Bref, les mois à venir vont être ….. intéressants.

Michel SOURROUILLE : Le pic pétrolier ne signifie pas que le monde soit à court de pétrole, c’est le moment où la production ne peut plus augmenter. A ce moment, il reste encore beaucoup de pétrole. Mais il est tout simplement beaucoup plus difficile à découvrir et à extraire, ce qui signifie qu’il devient très ardu, voire impossible, d’accroître la production mondiale. L’offre reste stable pendant un temps (en plateau), puis finit par entrer en phase de déclin terminal. La perspective du pic pétrolier n’est pas une théorie marginale soutenue par quelques alarmistes, c’est une réalité géologique. Compte tenu du rôle fondamental du pétrole dans nos économies, cela signifie la fin de la civilisation thermo-industrielle et le début d’une nouvelle ère dans l’histoire humaine. Après les chasseurs-cueilleurs, après les agriculteurs du néolithique, après la parenthèse de la « révolution » technoscientifique, nos descendants vivront au milieu des ruines et des confits immondes : l’ère sombre va commencer.

Dieu : Bush père l’a dit dans les années 90 « le mode de vie américain n’est pas négociable ». C’est aussi le cas du nôtre. Mais pourquoi y voir un problème ? Il suffit de renoncer à l’avenir ( une notion du passé). Se dire que l’humanité existe sous sa forme actuelle depuis 300000 ans , que c’est un beau score, et qu’il est inutile de mendier un supplément. Vivons aujourd’hui comme hier en renonçant à demain, nous n’en serons que plus heureux !

BOLAND : Et comme la génération coca-chips- smartphones-jeu vidéos ne veut que « retrouver sa vie normale » , ça ne changera rien et on continuera à foncer droit dans le mur .

Michel SOURROUILLE : Nous sommes une société où l’information chasse la précédente, donc plus aucun événement n’a d’importance. Un jour on nous parle de la fonte des glaciers, c’est abominable, le lendemain de la mort de Johnny Hallyday, c’est atterrant, le surlendemain de l’extinction de la biodiversité, c’est catastrophique, et de temps en temps on s’immobilise médiatiquement sur des événements anodins comme les manifestions récurrentes des gilets jaunes… quand il n’y a pas un attentat terroriste, la pandémie ou la guerre en Ukraine. Autant dire que le pic pétrolier est derrière nous, on a déjà oublié que les ressources fossiles ne sont pas renouvelables. Misère, misère, trop d’informations tue l’information, tue l’intelligence, tue notre capacité à envisager l’avenir.

La jeunesse s’inquiète des chocs écologiques

Pour se remonter le moral, il est essentiel de garder toujours à l’esprit cette parole de Gandhi :

« Ce que tu fais est dérisoire, mais il est essentiel que tu le fasses ».

Les psychothérapies traditionnelles adaptent le patient à une société déstabilisante, ils soignent les symptômes et pas la cause du mal. Les écopsychologues estiment au contraire que notre rupture avec la Terre est la source profonde de notre malaise social. L’écopsychologie réunit la sensibilité des thérapeutes, l’expertise des écologistes et l’énergie éthique des activistes de l’environnement. Cette discipline émerge avec la multiplication actuelle des cas d’éco-anxiété… Mais un engagement personnel dans l’écologie, à travers les gestes du quotidien voire dans un mouvement plus collectif, peut aussi aider à se déculpabiliser et se sentir plus actif. Ne pas agir, c’est être dans une maison en feu et dire que tout va bien.

Lire, Écologie, la peur peut être bonne conseillère

Alice Raybaud : Avec les « école itinérante », l’enjeu est de dépasser le sentiment d’impuissance face à la crise écologique en mobilisant l’intelligence collective. Et d’apaiser du même coup les angoisses qui tenaillent intimement cette jeune génération, sommée de se positionner face aux conséquences déjà inéluctables du dérèglement climatique, dans un monde qui n’a pourtant pas l’air de vouloir changer. Les étudiants participants se voient présenter des secteurs et des métiers dans lesquels ils pourront concourir à limiter la hausse des températures à 2 degrés : le reconditionnement, l’économie de la fonctionnalité, la planification de la « résilience alimentaire », les transports et la filière du vélo… C’est avant tout l’expérience collective qui est recherchée par les participants, comme moteur d’engagement et de motivation. On tient aussi à montrer qu’une vie sobre peut être très joyeuse 

Lire, Eco-anxiété, dépression verte, « solastalgie »

Quelques commentaires sur cet article du MONDE que nous avons résumé :

Rmarc : Une séance gratuite chez le psy pour tous ces pleurnichards angoissés et dépressifs !

Laure-Anne : Je suis effarée par ce genre commentaire consternant et j’invite leur auteur à venir en Haute-Savoie voir ce qu’il reste de la mer de glace et comment, année après année la situation empire. Vous comprendrez (peut-être) mieux leur état. Devant ce spectacle absolument déprimant, aucune échappatoire possible, impossible d’ignorer, de minimiser, de se dire qu’il n’y a pas urgence absolue. Impossible de ne pas déprimer

le sceptique : Votre raisonnement, Laure-Anne, est mauvais. Si j’ai installé des dispositifs d’énergie renouvelable chez moi, c’est que des ingénieurs et techniciens les ont conçus ; si demain j’ai de quoi m’acheter un véhicule électrique pas trop cher ; si après-demain je peux prendre l’avion sans émettre de carbone, c’est que des ingénieurs et techniciens auront maîtrisé l’hydrogène. Et ainsi de suite. En fait, il y a aujourd’hui promotion d’un écologisme de la plainte, de la nostalgie et de l’effondrement, dont le but n’est pas de mettre en place une infrastructure bas carbone pour une civilisation avancée, mais de tourner en rond sur des utopies décroissantes où tout le monde serait pauvre, heureux, en paix.

Laure-Anne @ sceptique de service : Tout à fait d’accord avec la première partie de votre commentaire. Néanmoins, il ne viendrait à l’idée de personne, au pied des 600 et quelques marches pour rejoindre maintenant la mer de glace (400 en 2015, 0 en 1987) de s’exclamer : « Vivement les avions à hydrogène ! » . 4 à 5 m d’épaisseur qui fondent chaque année, ce n’est ni écologisme de la plainte, ni nostalgie, ni théorie de l’effondrement, c’est juste notre réalité. Les (potentiels) avions à hydrogène dans 10 ou 20 ans n’y changeront rien.

Amiliajc : Oui, l’avenir est noir à 360°, climat, covid, guerre, nucléaire…. Faites une fresque sur le climat, puis une sur la biodiversité, puis une sur l’eau et, ingénieurs atteints de technoïde aiguë, vous verrez si vous serez encore fier des businesseurs pokeristes pour qui tout est une question de foi. C‘est grâce aux belles opportunités technologisées qu’on est dans ce merdier. Facile après de se foutre de la gueule de cette jeunesse qui n’a rien demandé, qu’on a pas préparé à ça et qui fait face à une telle impasse. Seule l’action individuelle ET collective permet de se sentir moins stressé.e, utile et cohérent.e.

lire, L’écoanxiété a-t-elle besoin d’être soignée ?

Philip69 : Face au changement climatique inéluctable, il y a deux attitudes possibles, l’une niaise (la frugalité heureuse pour tous), l’autre cynique (le survivalisme, càd la lutte à mort pour l’accès aux ressources devenant rares). Ces élèves ingénieurs semblent vouloir choisir de cultiver un potager participatif et animer un fab-lab de récupération-réparation. Pour ma part, en sortant de l’X, je choisirais plutôt la Direction Générale de l’Armement, ça me semblerait un choix plus lucide et plus conséquent.

Jean Rouergue @Philips69: Je suis tellement niais que je n’ai pas compris en quoi la frugalité heureuse était niaise. Je ne suis ni niais ni heureux béat quand je bêche mon potager, car la terre demande à être remuée … J’ai créé un poulailler partagé. Ainsi quand je rentre au pays j’ai des voisins qui donnent le grain et ramassent les œufs. Tout le monde est gagnant. Et les enfants de nos voisins ont poussé des cris de joie quand ils ont pour la première fois vu des poules… Je ne sais qui est niais dans cette histoire…. mais… Prenez soin de vous et préférez les circuits courts !!

Philip69 : C’est niais, Jean Rouergue, car la philosophie (d’Aristote à Machiavel, de Hobbes, Rousseau à Sartre) l’histoire et l’anthropologie montrent que la paix (relative) naît d’une ère d’abondance et qu’à un âge de la rareté correspond la violence.

Peps72 : Il est évident que la fameuse « transition écologique » telle qu’elle nous est vendue par les professionnels du catastrophisme (une transformation radicale de notre système productif en seulement quelques années sous l’effet d’investissements massifs) est un mythe total qui s’apparente au Grand-Soir communiste. Non pas qu’il ne faille pas produire moins de CO2, mais le fonctionnement des économies industrialisées, et notamment les phénomènes d’investissement et d’accumulation de capital productif sont extrêmement longs et coûteux. Il a fallu plus d’un siècle pour construire – progressivement – notre système industriel, il faudra sans doute autant de temps pour en modifier profondément la nature. Et je ne parle même pas du gigantesque fossé idéologique et démocratique qui sépare les « climat activist » fraîchement sortis de Sciences-Po qui parlent « énergies renouvelables » et les communes qui refusent farouchement l’installation de 3 éoliennes sur leurs territoires…

Vladparis : J’espère que ces jeunes étudiants vont procéder à la vasectomie et la ligature des trompes. Le premier poste de « pollution » dans les pays développés : les gosses.

Lire, Écologie, culpabiliser pour ressentir la culpabilité

Tout savoir sur l’apocalypse

L’Apocalypse hante nos imaginaires depuis la plus haute Antiquité. La fin du monde ou la fin du mois, qui aura le dernier mot ?

Lire, Horloge de l’apocalypse, on va tous sauter

Virginie Larousse : L’apocalypse de retour. Elle est en une de nombreux journaux, dans les études scientifiques et les essais littéraires. Mais le terme « apocalypse » ne désigner la fin du monde, le terme grec « apocalupsis » signifie « révélation », « dévoilement ». De fait, toutes les traditions religieuses se sont interrogées sur la fin des fins. Les récits qui mettent en scène l’apocalypse ne la décrivent jamais comme la fin de tout mais comme l’entrée dans une ère radicalement nouvelle. Plus que la fin du monde, la fin d’un monde.

Lire, Pourra-t-on voyager après l’apocalypse ?

Michel SOURROUILLE : Longtemps on a vécu comme les « gentils membres » des clubs de vacances qui bronzaient en autarcie dans un camp retranché avec la misère tout autour. Tant que le buffet était plein, la mer chaude et les strings achalandés, pas une seule question à se poser. Tourisme, j’oublie tout. Et puis le niveau de la mer a monté et aussi le prix du baril. Le soleil est devenu notre ennemi… Voilà qu’on ne peut plus consommer la planète ! Le buffet n’est pas à volonté. Comme souvent les catastrophes sont à double lecture : on peut y voir la fin du monde. Ou plus modestement la fin d’un monde. Et l’obligation d’en inventer un autre, de toute urgence. Si possible plus juste, moins prédateur, habitable. Honnêtement, si on n’avait pas été poussés au cul par les dérangements climatiques, jamais on ne se serait mis au boulot. Merci la catastrophe. (Didier Tronchet, l’Echo des savanes, 2008)

pm22 : Entre la (prétendue) peur de l’an 1000, les apocalypses (celle de Saint Jean et bien d’autres) et les « angoisses climatiques et écologistes », il y a bien des points communs… La même fascination pour un malheur futur qui justifierait tout. Heureusement, le bon sens de certains permet de maintenir la barque dans la bonne direction, loin des élucubrations des Savonaroles rouge-vert.

Moussila @ PM22 : Il y a quand même une toute petite différence. Ce sont des scientifiques au discours parfaitement rationnel qui prédisent un effondrement. Sont-ils plus illuminés que ceux qui nous parlent d’une croissance infinie dans un monde fini, boostée par une technologie qui n’existe pas encore et n’existera peut-etre jamais (capture du CO2 dans l’atmosphère par exemple) ?

nlep @Moussila, vous perdez votre temps, PM22 est un ayatollah du déni environnemental. Il veut semer le doute en trollant tout contenu climatique. Le pb c’est qu’il le fait à partir de ses propres croyances. Il n’y a rien de scientifique dans ce postulat sinon une rhétorique circulaire.

GERONIMO : L’apocalypse a un nouveau nom : La collapsologie. Et Le Monde participe allègrement à ce courant de pensée qui prédit la fin de l’espèce humaine si les Français ne trient pas leurs déchets dans la bonne poubelle jaune. Aujourd’hui un Cochet, un Hulot ou un Caron sont au moins aussi toxiques qu’un prédicateur évangéliste américain.

Michel SOURROUILLE : Les plus toxiques, ce sont ce qui croient que le Titanic est insubmersible.

Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphere. Certains vont croire que nous sommes obsédés par la fin des temps, nous sommes seulement réalistes, il nous faudra survivre à l’apocalypse, et vivre :

17 janvier 2020, Australie, les flammes de l’apocalypse

19 octobre 2019, Les vrais activistes de l’apocalypse

5 octobre 2019, L’apocalypse éclairée d’Yves Cochet

22 septembre 2019, Les 8 apocalypses climatiques selon DWW (David Wallace-Wells)

25 décembre 2018, Jean-Baptiste Fressoz annonce l’apocalypse joyeuse

23 août 2018, The End, BD de Zep qui nous annonce l’apocalypse

14 décembre 2017, Quatre degrés séparent la civilisation de l’apocalypse

26 mars 2014, Prêcheurs d’apocalypse, Ph. Aghion et Marc Fontecave

14 mars 2014, La fin du charbon au Royaume-Uni, un air d’apocalypse

21 septembre 2013, un intellectuel face à l’apocalypse, Bruno Latour

29 mars 2013, Nucléaire, scénario catastrophe ou apocalypse vraie ?

10 novembre 2012, Autopsie de l’Apocalypse, Patrick Simon s’égare

14 décembre 2011, survivre à l’apocalypse, les survivalistes

6 novembre 2011, Bruckner etc, écolophobie et réalisation de l’apocalypse

9 janvier 2011, pétrole apocalypse à Paris (conférence sur le pic pétrolier)

5 mars 2010, l’apocalypse devient réelle (Crise écologique, crise des valeurs)

12 septembre 2009, Vision d’apocalypse (Vivre sans pétrole, de J.A. GREGOIRE, 1979)

23 février 2009, prêcheurs d’apocalypse (Fairfield Osborn, La planète au pillage, 1948)

3 juillet 2008, apocalypse now (Yves Cochet et Jacques Grinevald)

BIBLIOGRAPHIE

2005 Pétrole apocalypse d’Yves COCHET

2011 Le fanatisme de l’apocalypse de Pascal Bruckner

2012 Autopsie de l’Apocalypse de Patrick Simon

Les croissancistes disent n’importe quoi

Le mot « décroissance » fait tellement peur aux croissancistes qu’ils se relaient dans les médias pour répéter leurs éléments de langage. A chacun de nos innombrables lecteurs de faire un commentaire pertinent sur leur aveuglement généralisé :

Bruno Le Maire (27 janvier 2022) : Moi, ma boussole, ma vision, c’est celle d’une nouvelle croissance qui est une croissance décarbonée. Et une croissance plus juste. Je pense qu’il faut dire la vérité. « Décroissance » veut dire « appauvrissement des Français » et je vois une vraie contradiction entre ce que propose Delphine Batho en nous disant « il faut aller vers la décroissance » et en même temps « il y a trop de pauvreté en France ». Pardon d’être très simpliste. Mais si vous avez de la décroissance, vous aurez moins de richesse et plus de pauvres. Ou alors il faut appauvrir tout le monde avec une logique égalitaire qui n’est pas la mienne.

Bruno Latour (29 janvier 2022) : Un piège dans lequel se sont mis un certain nombre de militants, c’est la lutte contre la croissance. Il s’agit de prospérer, d’avoir une bonne vie. Le mot décroissance est catastrophique.

Emmanuel Macron (10 février 2022) : Ce n’est pas par la décroissance, ça n’est pas par la restriction qu’on arrivera à économiser et à réduire nos consommations d’énergie de 40 %. C’est par l’innovation, c’est par la transformation de nos processus industriels.

Matthieu Auzanneau (10 février 2022) : Notre proposition à Shift Project, c’est bien d’organiser la société française pour qu’elle ait moins besoin d’énergie et de matière. Et c’est différent de la décroissance.

Frédérique Tuffnell (29 janvier 2022) : Je ne suis pas dans l’écologie la plus radicale. Je ne veux pas passer à la décroissance. Je suis favorable à la croissance verte.

Le Figaro (11 février 2022) : Comme une pierre dans le jardin de certains écologistes adeptes de la décroissance, Emmanuel Macron défend une France qui fait le choix du progrès, de la confiance dans la technologie et dans la raison.

Bruno Latour (12 février 2022) : on ne voit pas bien une manifestation où les gens scanderaient : Décroissons, décroissons, décroissons ». Croître, c’est une très beau mot, dommage de l’utiliser négativement. Si on veut mobiliser, il faut prendre soin de choisir ses mots.

Valérie Pécresse (13 février 2022) : Tout l’enjeu sera de décarboner la France sans tomber dans la décroissance. C’est possible, l’écologie est une valeur, l’écologie n’est pas une idéologie, c’est une solution, ce n’est pas une punition.

Le mot de la fin : Il faut se placer dans une perspective de décroissance organisée. Si on ne le fait pas, ce sera une forme de décroissance forcée et là, ça va être violent (Laurent Castaignède, 21 janvier 2022)

NB : citations extraites du mensuel « La Décroissance » (mars 2022)

Pour en savoir plus, nos article antérieurs sur les croissancistes :

31 mars 2014, LE MONDE, diffuseur de la pensée unique croissanciste

24 août 2014, Le croissanciste Rostow contre le croissanciste Karl Marx

19 mai 2015, Une écologie de rupture contre la société croissanciste

15 juillet 2020, Vomissures croissancistes sur la décroissance

12 juillet 2021, Le bêtiser des croissancistes fous

Macron, le type qui ne vaut que 15 centimes

Une « remise à la pompe de 15 centimes par litre » s’appliquera à partir du 1er avril et pendant quatre mois pour tous les Français, afin de faire face à l’envolée des prix du carburant. Ce n’est même pas un poisson d’avril ! Interrogé sur un procès en clientélisme, à moins d’un mois du premier tour de la présidentielle, le chef du gouvernement a argué que le prix des carburants était devenu « la première préoccupation des Français. Me voyez-vous leur dire “circulez, il n’y a rien à voir !” parce qu’il y a une élection dans moins de trente jours ? Ce n’est pas ma conception de ma responsabilité ». La responsabilité d’un chef de gouvernement, c’est de considérer à la fois le réchauffement climatique, l’invasion en Ukraine, notre addiction au pétrole… car tout est lié. Ni Castex ni Macron ne pensent à explique aux gens que les temps à venir vont être très durs et que chacun doit prendre ses responsabilités. Voici quelques commentaires qui confirment notre point de vue d’écologiste.

Fredh : Chouette une baisse du prix du carburant, comme ça je vais pouvoir faire plus de km et tant pis pour la planète et tant pis si cela finance l’effort de guerre de Poutine, c’est que moi je suis un bon occidental moyen préoccupé par mon petit confort.

J.A. : Le contribuable finira bien par payer le manque à gagner du à ce cadeau électoral …

Ebn : Même pas J.A. ! Avec l’augmentation folle du carburant ces dernières semaines, l’État reçoit un cadeau inespéré par le biais des taxes qui frappent le carburant (en gros 60% du prix payé par le consommateur). Aussi, réduire sa ponction de quelques dizaines de centimes ne « coûte » RIEN à l’État. C’est juste pour lui renoncer à une petite partie de l’effet d’aubaine qui par chance augmentait ses caisses.

Lire, L’essence à 2 euros le litre, bientôt à 10 €

Jean Vincensini : Je me souviens de l’époque où les suffrages s’achetaient à coups de billets de banque , d’électroménager, de promesses d’emploi ou de logement.
C’était il y a longtemps dans une île désertée par la démocratie. M
r Castel nous ressert, sur ordre, le même infâme breuvage.

Denis Monod-Broca : L’Etat-nounou a encore frappé ! Cette façon de vouloir nous cacher la dureté des temps, la dureté des temps de guerre, est déprimante. Cette façon de mépriser la capacité de chacun à faire face, avec ses moyens propres, est décidément désespérante. Tout cela à crédit évidemment. Mille milliards de dettes ou deux mille milliards de dette, au point où nous en sommes, qu’est-ce que ça peut faire ? Quelle folie ! Quoi qu’il en coûte…

AntoineD : C’est ce qui s’appelle subventionner les énergies fossiles, soit l’exact inverse de ce qu’il faudrait faire pour que la seule planète habitable de l’univers le reste.

Lire, Ukraine, l’arrivée proche de la carte carbone

Earth : Le message de Macron est clair, continuer à polluer pour faire tourner l’économie. Pauvre ou riche aucune distinction, aucune contrepartie écologique. A quand une mesure pour récompenser ceux qui réduisent leur consommation ? Macron n’aura certainement pas ma voix.

Alex. : Encore une entorse à l’impératif écologique… Je rappelle le titre d’un article du MONDE de janvier 2021 : « 42% des personnes dont le lieu de travail est situé à moins de 1 km de leur domicile s’y rendent en voiture ». C’était aujourd’hui l’occasion de leur faire changer leurs habitudes et de réduire ainsi toutes les externalités de la voiture thermique.

Communiqué de Génération Écologie

À l’occasion des 50 ans de la présentation du rapport Meadows, le Club de Rome a mis à jour sur de nombreuses ressources en ligne : « The Limits to Growth+50 »

Le 2 mars 1972 : Dennis Meadows, scientifique au MIT, co-auteur du rapport Les limites à la croissance tient le discours suivant : « Nous sommes arrivés à cinq conclusions fondamentales. Aux vues des tendances actuelles, les limites physiques à la croissance seront atteintes au cours de la vie de nos enfants. Si nous ignorons cette limite, et que nous continuons une croissance fondée sur des politiques à court terme, nous atteindrons un point de non-retour qui conduira à un effondrement. Mais il existe une alternative viable à ce scénario si la croissance démographique et la production de marchandises entrent en équilibre avec nos ressources limitées. Et cet équilibre peut être atteint dans les 50 ou 100 ans à venir si nous procédons de manière méthodique. Autre point très important, chaque année perdue dans la mise en œuvre d’une nouvelle politique rendra la transition nécessaire beaucoup plus difficile et diminuera nos chances de la réaliser. »

2 mars 2022 : Il y a 48h le GIEC a publié un rapport qui confirme que l’humanité court à sa perte à une vitesse accélérée et qu’elle doit se préparer – avec certitude – pour les vingt prochaines années à s’adapter aux conséquences. Au-delà de ces vingt ans, tout se joue dans la capacité – ou non – des humains à réduire drastiquement et urgemment les émissions de gaz à effet de serre liés à leurs activités, afin de préserver l’habitabilité de la Terre pour leur espèce. Pour la première fois, le GIEC mentionne le mot de « décroissance », intentionnelle et volontaire, dans son rapport. ET la guerre est de retour sur le continent européen, déclenchée par un dictateur aux visées expansionnistes. Son régime repose depuis des années sur un système oligarchique qui capte la totalité des profits qu’il tire de l’exploitation des ressources, notamment fossiles, lesquelles sont en déclin. Il y a deux ans, le monde basculait dans une pandémie qui a mis à l’arrêt l’économie mondiale et fait 6 millions de morts.
Voilà pourquoi Génération Écologie estime légitime, 50 ans après, de rendre hommage au rapport Meadows et aux travaux du Club de Rome. L’urgence climatique, le dépassement de cinq des neuf limites planétaires, les effondrements en cours et particulièrement celui de la biodiversité, l’explosion des inégalités, le nouvel ordre mondial que veut imposer l’alliance des régimes autoritaires Destructeurs, constituent hélas une épreuve de vérification pour les modèles scientifiques des scénarios « business as usual » du rapport Meadows établis alors. La vie des enfants qu’évoquait Dennis Meadows dans son discours du 2 mars 1972 est notre vie. Courir après une croissance infinie, dans un monde limité physiquement, est une voie sans issue qui mène au crash. La stabilité du monde, la paix et la sécurité, la démocratie et les libertés, dépendent désormais de la capacité de notre espèce à organiser en bon ordre le retour au respect des limites planétaires, autrement dit la décroissance.

Ce n’était pas visionnaire que de mentionner que « chaque année perdue dans la mise en œuvre d’une nouvelle politique rendra la transition nécessaire beaucoup plus difficile et diminuera nos chances de la réaliser ». L’humanité a perdu 50 ans. Et on continue à perdre du temps à toutes les échelles, internationale, européenne, et française.

Tic-tac, l’horloge continue de tourner. La maison brule, et il n’y a plus une minute à perdre pour construire autour du mot d’ordre politique de la décroissance une alternative démocratique qui est la seule voie d’avenir pour reprendre en main notre destin.

Shift Project, les politiciens l’ignorent

Jean-Marc Jancovici : « Il n’y a pas d’échappatoire au problème climatique »

Lire,Voiture ou climat, on est obligé de choisir

Jean-Marc Jancovici : Beaucoup de politiciens n’ont pas compris le côté systémique du problème climatique. Ils sous-estiment cruellement « le sang et les larmes » qu’il faudra pour parveJnir à la neutralité carbone. Ce qui organise le monde aujourd’hui, ce sont des infrastructures qui ont des durées de vie très longues. Pour changer un réseau de transport ou d’électricité, il faut environ un siècle. Pour modifier l’urbanisme à large échelle, il faut plusieurs siècles. Le paysage agricole, il faut au minimum deux générations. Donc si on veut changer ce système, on a besoin de voir loin sinon on déstabilise tout le système ; ça s’appelle planifier. La planification a un avantage, c’est qu’elle sécurise, et un inconvénient, c’est qu’elle contraint. Collectivement, nous avons intérêt à évoluer vers un système dans lequel on a un peu plus d’efforts à faire à court terme et beaucoup plus de sécurité à moyen terme. Une fois qu’on a poussé au maximum les améliorations technologiques, on se rend compte que ça ne suffit pas pour atteindre la neutralité carbone, il faut donc avoir recours à la sobriété. Si on arrive à décarboner la production de 1 tonne de ciment de 70 % alors qu’il faudrait la décarboner de 80 %, les 10 % qui restent, cela veut dire qu’il faudra produire moins de ciment. La France a mis en œuvre un plan pour lutter contre le tabagisme ; nous nous sommes imposés des restrictions sur la consommation de tabac. Pour faire baisser les émissions de 5 % par an, il faut redonner une place centrale à l’agriculture. Donc, ça veut dire plus de monde – environ 1 % de la population française doit y aller –, ce qui est par ailleurs cohérent avec le fait qu’il faut faire dégonfler les villes. Mais dans la campagne présidentielle, le sujet de la trajectoire à adopter face au défi climatique est absent.

Lire, CLIMAT : rationnement, alternative d’avenir

The Shift Project  (présidé par Jean-Marc Jancovici) : Il faut consommer un peu plus d’électricité qu’aujourd’hui, en étant plus sobre dans de nombreux autres domaines : réduire drastiquement la consommation d’énergie, limiter la consommation de matériaux limiter fortement la construction de logements neufs, limiter l’exploitation du bois et des ressources forestières, diminuer d’un tiers la production de lait et d’œufs et par trois celle de viande, réduire massivement les transports en véhicule individuel, baisse du trafic aérien de 35 % …

Lire, Neutralité carbone, l’exigence de la sobriété

Le point de vue des écologistes : Ce Plan de transformation de l’économie française (PTEF) du Shift Project aurait du être précédemment énoncé par le Commissaire au Plan, François Bayrou. Celui-ci a préféré recommander une hausse de la natalité française ! Ce plan aurait du utiliser un terme générique qui n’est autre que « décroissance économique ». Il aurait pu indiquer des pistes très rapide à mettre en œuvre, par exemple l’arrêt de la publicité commerciale qui nous vend en permanence du rêve polluant. Il manque la dimension internationale qi devait être un aspect très important d’un programme pour la présidentielle 2022. Et il se refuse à aborder un sujet qui structure pourtant notre avenir commun, le planning familial.

Lire, Décroissance économique ET démographique

NB : cf. l’article publié par les JNE :

Sobriété, l’antithèse du pouvoir d’achat – par Michel Sourrouille

2022, l’obsession morbide du pouvoir d’achat

Notre post du 10 décembre 2018 : Les syndicats (ex-)rouges sont pour le pouvoir d’achat. Les syndicats jaunes itou. La droite et l’extrême droite, idem. Point commun avec la gauche et l’extrême-gauche. Et Mr Leclerc, Mme Carrefour, etc. « Le pouvoir d’achat doit croître ! » Une touchante convergence historique. Pour une société écologique, vous repasserez ! Y a-t-il une institution, une organisation aujourd’hui qui soit opposée au pouvoir d’achat ? Si je ne compte pas les derniers moines et bonnes sœurs prudemment retirés du monde, à ma connaissance aucun.

Lire, 2022, le piège du pouvoir d’achat

L’article d’Elsa Conesa le 16 février 2022 : 52 % des Français citent le pouvoir d’achat comme leur principale préoccupation.« Dans les “convois de la liberté”, il y a des gens qui souffrent énormément de l’augmentation spectaculaire des coûts du carburant, du fioul, de l’électricité et du gaz », a tweeté la candidate du Rassemblement national, Marine Le Pen. Valérie Pécresse promet « un choc de pouvoir d’achat », avec promesses d’augmentation des salaires. Eric Zemmour a fait du pouvoir d’achat « une urgence absolue », proposant de créer une prime « zéro charge ». A gauche, c’est autour de la revalorisation du Smic que se concentrent les propositions de l’« insoumis » Jean-Luc Mélenchon, de l’écologiste Yannick Jadot, et de la socialiste Anne Hidalgo. Mélenchon promet même de bloquer les prix des produits de première nécessité. Il s’agit de répondre à un mécanisme d’aversion à la perte. En réalité le pouvoir d’achat a augmenté de façon quasi continue depuis les années 1960, il a quasiment doublé à chaque génération.

Le refus de la sobriété nécessaire en période d’urgence écologique ne fait pas encore recette. Pourtant l’aversion à la perte pourrait bien un jour se transformer en dégoût de la société de consommation. Ainsi ces contributions sur lemonde.fr :

Michel SOURROUILLE : Du point des vue des écologistes, le pouvoir d’achat ne peut plus être une priorité dans un monde contraint par la déplétion des ressources naturelles. En 1972, le remède à la crise écologique était clairement posé par le rapport au club de Rome sur les limites de la croissance : « Dès qu’une société reconnaît qu’elle ne peut pas tout donner à tout le monde, elle doit commencer à procéder à des choix. Doit-il y avoir davantage de sites préservés ou davantage d’automobiles, davantage de nourriture pour les pauvres ou encore plus de services pour les riches, davantage de naissances ou un revenu individuel plus élevé ? L’essence même de la politique consiste à ordonner les réponses à ces questions et à traduire ces réponses en un certain nombre d’orientations. »

HKD : Une photo de l’article d’Elsa Conesa illustre sans doute involontairement le concept on ne peut plus flou de « pouvoir d’achat »: on y voit une magnifique moto Harley Davidson. Au delà des besoins vitaux, c’est quoi au juste le « pouvoir d’achat »: le droit « fondamental » et irréfragable de s’offrir une Harley ? Une croisière aux Caraïbes en hiver et au Cap Nord en été ? Ne serait-ce pas juste une maladie psychologique de pays « riches »?

Polo93 : En France, un pouvoir d’achat décent serait l’assurance de pouvoir partir au moins 2 fois par an en vacances, et d’aller au minimum 1 fois par mois au resto et 1 fois par mois a une activité culturelle (concert, théâtre, ..)

D.D.78 : Je n’aime pas ce terme de « pouvoir d’achat ». Pour l’immense majorité des Français on devrait l’appeler « choix d’achat ». Si on résume, en 2021, pour une famille française dont les revenus ont augmenté de façon schématique de 100 €, voici dans quoi cet argent a été dépensé (source les Echos) : 1 Amazon : 16€… 2 Uber Eats : 12€… 3 Deliveroo : 9€… Vous me suivez là. Dans le même temps les dépenses en fruits et légumes bio baissent de 3%, bref on claque son blé façon cigale, puis on réclame.

Frog : Quand je vois l’environnement proposé par la société du pouvoir d’achat, ronds points tristes, bretelles d’autoroutes, zones aménagées et lotissements infinis d’où il n’est plus possible de rencontrer qui que ce soit, d’aller dans la nature à pied ou juste cultiver un petit potager dans un environnement sympa…. je me demande si le pouvoir d’achat n’est pas plutôt un esclavage ?

Untel : Aucun candidat à la présidentielle ne peut dire aux Français que la hausse du prix du gaz n’est pas grave puisqu’on trouve des pulls pas chers.

Lire, Delphine Batho, un programme de décroissance

One Ocean Summit, des mots, que des mots

Le sommet de l’océan, organisé à la va-vite par la France, s’est tenu à Brest du 9 au 11 février 2022. Un flop !

Lire, Vider les océans jusqu’aux tréfonds du fond

Aires Marines Protégées, de nouvelles aires de papier ! Quid des moyens de mise en œuvre ? Haute-Mer et Fonds Marins, totale contradiction. La France demande un traité contraignant protégeant la haute mer ET en même temps refuse de signer le moratoire sur l’extraction minière des fonds marins. C’est du Macronisme tout craché. Financer la connaissance des fonds marins mais ce sera pour mieux exploiter. Protection des Cétacés : les dauphins vont continuer à mourir par milliers. (résumé du communiqué de FNE)

Claire Nouvian : Le sommet de l’océan a confirmé la méthode-Macron avant des échéances électorales ; calibrer les annonces pour optimiser leur effet médiatique tout en minimisant leur portée environnementale. Par exemple, quant à la suppression des subventions menant à la surpêche dans le monde… sans prendre le moindre engagement. Il est d’usage d’appeler cela le « greenwashing », mais je préfère revenir à ce que c’est : un mensonge. Pas un mot sur la prédation des ressources marines des pays en développement par nos flottes subventionnées, provoquant insécurité alimentaire et déstabilisation socio-économique. Et la France met la pression à l’agence onusienne dépositaire de l’autorité sur les fonds marins pour que commence au plus tôt l’exploitation du dernier biotope vierge de notre planète. Le plan France 2030, contredisant les objectifs de l’Agenda 2030 de l’ONU, prévoit d’allouer des centaines de millions d’euros à l’« exploration » des grandes profondeurs en vue de leur exploitation. Les chercheurs préviennent que les dégâts faits à l’océan seront irréversibles. Emmanuel Macron regarde le monde à travers le rétroviseur et, en cohérence avec son implacable logique libérale, il voit dans la nature un réservoir de ressources, dans les ressources une occasion d’exploitation et dans l’exploitation un potentiel de croissance. Or nous sommes coincés sur une planète aux ressources finies qui ne souffre plus la croissance infinie. Coincés par une élite qui passe totalement à côté des enjeux du millénaire. L’absence de volonté politique, voilà ce qui rend notre époque si angoissante.

Martine Valo : Le One Ocean Summit n’a pas sonné la mobilisation générale face à l’urgence des menaces qui pèsent sur le plus vaste écosystème de la planète. Les ateliers et forums se sont révélés décevants faute de laisser la moindre place au débat. Le président a beaucoup promis… Les mesures qui pourraient avoir un impact direct sur le monde marin, comme la fin du chalutage qui racle les fonds, évoquée par le président de Colombie, Ivan Duque Marquez, n’ont pas trouvé d’écho.

Lire, Nous aimons nous baigner dans un océan de plastique

L’humanité, un psychopathe destructeur

En 2019, le neurobiologiste Sébastien Bohler avait publié Le bug humain.

Lire, Notre cerveau nous pousse à détruire la planète

En 2022, il récidive avec « Human Psycho, comment l’humanité est devenue l’espèce la plus dangereuse pour la planète ». Le 4 piliers de notre folie seraient l’ego (je serai au dessus de tous les autres), le techno (je manipule la Terre, le ciel et les vivants), le monstre (je serai insensible à ta douleur) et le myope (l’avenir n’a aucune importance). En clair, l’humanité se comporte en groupe comme un psychopathe global. Mais pas besoin d’être en groupe, certains pays (même en système démocratique) en arrivent à être dirigés par des psychopathes type Staline, Hitler ou Trump.

Lire, Donald Trump, narcissique et psychopathe

Cette folie, qu’elle soit le fait d’individu ou de collectifs, nous amène à être les parasites de la Terre. Malheureusement le facteur essentiel qui fait de l’humanité le cancer de la Terre ne peut être guéri par une pause dans notre hubris, une réduction de nos besoins et une modération dans l’usage de la technologie… Quelques humains dispersés sur la planète n’auraient pas besoin de centrales nucléaires et de simplicité volontaire ; toutes les richesses des forêts, les poissons de la mer et la stabilité du climat permettraient de satisfaire toutes leurs envies. Quelques milliers de personnes seulement sur la Terre pouvaient de notre lieu de vie un paradis. Une planète saturée d’humains, bientôt 8 milliards, vont faire, et font déjà souvent, de notre petit vaisseau spatial un enfer.

Lisez Jean Dorst : « Une large partie du globe demeurait pratiquement intacte à l’époque des grandes découvertes. L’équilibre primitif se trouve compromis dès que l’homme dispose de moyens techniques quelques peu perfectionnée et dès que la densité de ses populations dépasse un certain seuil… Au cours de l’expansion accélérée des peuples européens à travers le globe, des vagues d’hommes se succédèrent à la conquête des richesses mondiales, exploitant à outrance les terres demeurées vierges ou presque… Theodore Roosevelt disait en 1908 lors de la Conference on the Conservation of Natural Resources : « Nous nous sommes enrichis de l’utilisation prodige de nos ressources na truelles. Mais le temps et venu d’envisager sérieusement ce qui arrivera quand nos forêts ne seront plus, quand le charbon, le fer et le pétrole seront épuisés, quand le sol aura encore été appauvri et lessivé vers les fleuves… » »

Lire, L’espèce humaine, invasive telle un cancer (Paul Jorion)

Conclusion : Un jour ou l’autre, le plus efficace prédateur de tous les temps va être écrasé sous le poids de son nombre et de sa gloutonnerie sans limite.

Le sentiment d’insécurité partagé par le PNUD

Quelle découverte ! Le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) estime dans son rapport du 8 janvier 2022 que l’insécurité n’est pas seulement liée aux questions économiques mais aussi à la pression de l’homme sur la nature. Et d’en conclure que le mode de développement actuel n’est satisfaisant ni pour les populations ni pour la planète. Nous savions cela depuis 1972 avec le rapport sur les limites de la croissance.

Lire, Souvenirs : Mansholt et les limites de la croissance

Rémi Barroux : Selon les auteurs du rapport, le sentiment d’insécurité repose sur une combinaison de facteurs, tels la peur de ne pas pouvoir se nourrir, de perdre son emploi, d’être confronté à des attaques terroristes… Les gens craignent aussi bien pour le présent que pour leur futur. L’indice de « perception de la sécurité humaine » combine 17 variables couvrant les insécurités liées aux conflits violents, les insécurités socio-économiques… aux niveaux personnel et communautaire. Il révèle que ce sentiment touche aussi bien les pays aux économies développées que les pays en voie de développement. « Même dans les pays avec des indices de développement élevés, trois personnes sur quatre se sentent dans l’insécurité. Ce qui est d’autant plus remarquable que cette génération est celle qui, de toute l’histoire humaine, connaît le plus de richesse, un accès généralisé aux technologies, des progrès sur la santé et la plus longue espérance de vie. » Le PNUD rappelle que « quarante millions de personnes pourraient mourir avant la fin du siècle du fait du réchauffement climatique ». Le nombre de conflits a battu un record, touchant 1,2 milliard de personnes vivant dans des zones d’affrontements, plus qu’en aucune autre période depuis 1945. La solution ne peut venir que d’une solidarité renforcée entre les communautés.

Commentaires : Encore une fois, nos instances internationales relayées par les médias se gardent bien d’évoquer la problématique démographique, mais les commentaires suppléent ce manque !

antropocene : chapeau, pas un seul mot sur la démographie qui est la seule responsable du chaos a venir …..bref la politique de l autruche pour ne pas froisser les responsables qui sont surtout des mal…es et en Af….rique…

Domnick : Le contrôle des naissances est l’un des leviers qui permettrait d’améliorer un peu la situation de la pauvre planète qui s’étouffe sous le poids des milliards d’êtres humains. Il semble qu’on ne puisse l’actionner, les mentalités s’y opposent. Dans de nombreux pays ; la tradition patriarcale exige que les hommes mesurent leur virilité à la cadence des accouchements de leur(s) femmes et au nombre d’enfants qui leur naissent. Or aucune organisation mondiale n’a vocation à s’ingérer dans les coutumes d’un pays. Et l’information sera toujours trop longue à produire ses fruits, leurs principaux obstacles étant l’éloignement des femmes des centres d’information et la résistance masculine. Pour beaucoup d’hommes, entre la démonstration immédiate de leur fertilité et un hypothétique sauvetage de la planète, hélas le choix est vite fait. Cela tout le monde le sait, mais on sait aussi qu’on n’y peut rien.

Marie15 : Oui, en effet, on annonce 10 milliards d’hommes en 2050 ou même avant… et on passe à autre chose. On n’évoque toujours pas clairement la question de la démographie. Aujourd’hui en France, on voit des familles de 3 gosses et plus, on fait même des émissions télé-réalité la-dessus sans sourciller. Et après on vient dire que le problème de sécurité est une question majeure pour les français. Pourtant, là ; agir est à notre portée. Ah pardon ! j’oubliais la fameuse liberté, aujourd’hui mise à toutes les sauces et à ce sujet aussi !

Lire, Insécurité alimentaire et surpopulation

Que faire ? Agir avec l’association Démographie Responsable

https://www.demographie-responsable.org/