épuisement des ressources

Démographie et immigration, 2 sujets tabous

La réalité de la surpopulation et l’amplification des migrations forcées complexifient les débats. Alors qui va payer les retraites ?

Philippe Bernard : Les opposants au principe même d’une réforme des retraites font mine de croire qu’une France vieillissante et à la natalité en berne peut faire comme si de rien n’était. Le rapport entre actifs et retraités est passé de 2 cotisants pour un retraité en 2004 à 1,7 en 2019 et doit chuter à 1,5 en 2040. La question des flux d’immigration est le second tabou. Le ministre de l’intérieur Gérald Darmanin se confie  : « Nous ne donnons peut-être pas assez de titres de séjour aux gens qui travaillent et qu’un certain patronat utilise comme une armée de réserve, pour parler comme Marx. » Après des décennies d’occultation, la dimension économique de l’immigration est réhabilitée. Pourtant, l’idée selon laquelle l’immigration serait une réponse au vieillissement de la France et au financement des retraites est illusoire, ont tranché depuis longtemps les démographes : il faudrait au moins doubler les flux actuels, dont le niveau est déjà un chiffon rouge pour l’extrême droite. A droite, on appelle donc à la « vitalité démographique », sous-entendu à la naissance de nouvelles « têtes blondes », en s’indignant de l’importance de la part de l’immigration dans la hausse de la population française, 44 % en 2017.

Le point de vue des écologistes

Pour résumer cet article du nataliste Philippe Bernard, il faut faire des enfants pour payer nos retraites plus tard car les immigré seraient trop mal reçus par les Français de souche. Donc il veut mettre en place une pyramide de Ponzi démographique : on accroît la population française, ce qui fait qu’il y aura encore plus de retraités, ce qui implique de faire encore plus d’enfants, toujours plus jusqu’à ce que la pyramide s’effondre puisque croître dans un monde fini et à bout de ressources est impossible. Notez aussi que si des jeunes se retrouvent « actifs non occupés » (chômeurs), il ne faudra pas compter sur eux pour payer les pensions, ils seront également à charge ! Notez surtout que le chômage structurel en France depuis Giscard implique que la France et déjà surpeuplée, pas besoin d’immigrés.

On ne peut pas compter non plus sur une amélioration de la production par travailleur pour payer les retraites. Depuis la fin des années 80, la productivité stagne dans tous les pays avancés en dépit de l’informatisation. Il y a un malentendu fondamental lorsque l’on décrit le passage de l’industrie aux services de nos sociétés durant le XXe siècle. La part des services traditionnels – restauration, coiffeurs… – est en effet restée stable au fil des décennies, autour de 20 % de la main-d’œuvre. En revanche, celle liée aux emplois du secteur de l’information au sens large – informatique, finance, assurance, communication… – a explosé. C’est là qu’une bonne partie des bullshit jobs se concentrent. David Graeber a bien décrit comment 30 % des emplois sont totalement inutiles et sans intérêt, et pèsent donc sur cette productivité. Nous sommes en Bureaucratie, « a-t-on jamais dans l’histoire rempli autant de formulaires ? ». Les salariés de plusieurs secteurs sont déjà convaincus d’occuper des emplois absurdes, voire nuisibles pour la société. Des étudiants de grandes école remettent en cause ce pour quoi on veut les formater.

Dans un contexte de crise, il faudra donc s’habituer à la sobriété énergétique, à la sobriété alimentaire… et à la sobriété des pensions de retraite. Ce n’est pas lire dans une boule de cristal de dire que même Macron envisage déjà le pire pour l’avenir et nous balance lui-même en 2023 le mot « sobriété » qui va être cuisiné à toutes les sauces. On ne peut rien contre les réalités biophysiques d’une planète qu’on a pillé jusqu’à l’os ! Il faudra se serrer la ceinture, en espérant une sobriété partagée par tous.

Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphere

Bientôt la retraite à 75 ans, normal ! (2023)

Bloquer le pays pour la retraite, c’est non ? (2023)

Grève des retraites ou grève du climat ? (2020)

Retraites : ce qu’en disent les écologistes (a)variés (2013)

moins de retraités et la biosphère respire ! (2010)

Les données officielles

Le dernier rapport du Conseil d’orientation des retraites (COR), publié en septembre 2022 montre que les perspectives ne sont pas bonnes,le solde entre recettes et dépenses devrait redevenir négatif dès 2023 et sur un laps de temps plus ou moins long suivant les hypothèses. Si ce taux de croissance était de + 0,7 % (soit la valeur moyenne observée sur 2009-2019) ou même de + 1 %, les comptes seraient constamment dans le rouge.le statu quo n’est pas souhaitable : « Plus les choix difficiles seront reportés, plus l’ajustement nécessaire risque d’être important. »

Olivier Dussopt, ministre du travail : «  Le relèvement de l’âge légal (64 ans en 2030) et l’accélération de l’allongement de la durée de cotisation (quarante-trois ans dès 2027)  permettent de ramener le système à l’équilibre en 2030… Revenir sur ce point serait renoncer au retour à l’équilibre et donc manquer de responsabilité pour les générations futures. » Prise en compte des carrières longues, amélioration du compte professionnel de prévention (pour la pénibilité), index sur l’emploi des seniors assorti d’une sanction financière en cas de non-publication pour les entreprises de plus de trois cents salariés, suppression des régimes spéciaux… Le ministre du travail et son collègue de la fonction publique, Stanislas Guerini, ont égrené les points fondamentaux du projet de loi.

Selon l’INSEE : En 2017, le solde migratoire s’établit à + 155 000 personnes, après + 65 000 en 2016. Les entrées d’immigrés sont toujours plus nombreuses que les sorties ; leur solde migratoire (+ 198 000) est cependant en léger repli par rapport à 2016. Les sorties de non-immigrés sont à l’inverse plus nombreuses que leurs entrées ; l’écart se réduit toutefois en 2017, sous l’effet d’une nette baisse des départs à l’étranger des non-immigrés. Depuis 2006, le solde migratoire des immigrés augmente (+ 21 %), porté notamment par celui des immigrés mineurs. Celui des non-immigrés provient essentiellement des jeunes de 18 à 29 ans, notamment durant leurs études. En 2019, 385 000 personnes sont entrées en France, dont 273 000 immigrés.

Bientôt la retraite à 75 ans, normal !

Emmanuel Macron se heurte à une très forte contestation sur le dossier des retraites. Après les manifestations – fin 2019 et début 2020 – contre son projet de régime universel de pensions, finalement abandonné, c’est le relèvement à 64 ans de l’âge légal de départ à la retraite qui soulève des vents contraires. Première journée nationale d’action ce 19 janvier 2023, les slogans fleurissent : “du boulot à l EHPAD” ou “la retraite pas l’arthrite” et « retraite nous ne voulons pas passer notre vie à la gagner »

Mais nous ne sommes plus en 1936 ou en 1968, la fin de société thermo-industrielle rebat complètement les cartes, les retraites n’ont pu être généreuses que grâce à des millions de tonnes d’or noir utilisées depuis plus d’un siècle.

 Chers manifestants, votre mobilisation aujourd’hui contre la réforme des retraites contraste avec l’absence presque indécente de mobilisation pour le problème infiniment plus grave qu’est pour notre génération future la crise climatique. Tout semble se passer comme si celle-ci n’existait pas vraiment pour vous, comme si nous allions vivre une vie similaire à la vôtre, comme si vous croyiez qu’en vous battant pour les retraites, c’est aussi notre avenir que vous garantissez. Qui d’entre les jeunes est assez naïf pour s’attendre à prendre sa retraite vers 2070 dans un monde à + 5 degrés ? Dans une Terre « étuve », il sera de plus en plus difficile de vivre. Pourquoi ne faites-vous pas massivement grève pour le climat ?

Pour en savoir plus grâce aux prospectivistes

John Michael Greer : « La coutume de la retraite a été le résultat de l’ère de l’abondance. Pendant une brève période, moins d’un siècle, les pays riches ont considéré qu’il était rationnel de payer les aînés pour qu’ils quittent le marché du travail afin de maintenir le chômage à un niveau acceptable politiquement. Tout cela découlait d’une économie industrielle qui débordait d’énergie à faible coût, qui facilitait le remplacement de la main d’œuvre par des machines et qui cherchait sans cesse de nouveaux marchés lucratifs, dans ce cas-ci l’industrie de la retraite. Mais avant cette période, un peu moins de la moitié de toute l’activité économique était le fait de l’économie de marché. La plupart des femmes et beaucoup d’homme trop vieux pour occuper un emploi régulier travaillaient dans l’économie domestique où les échanges familiaux l’emportaient sur les forces du marché. Tous ceux qui auraient eu droit à la retraite, selon nos standards actuels, y participaient. La fin de l’énergie abondante et bon marché signifie que de telles économies domestiques redeviendront nécessaires. On aura intérêt à garder les personnes âgées à la maison pour contribuer aux tâches et n’aura plus intérêt à les mettre à l’écart dans une oisiveté souvent confortable…. Si vous êtes comme moi à plus de trente ans de la retraite, oubliez le financement de la retraite, vous ne la prendrez probablement jamais. Si vous avez une grande famille avec laquelle vous vous entendez bien, vous gagnerez votre place en s’occupant des petits et du potager… » (La fin de l’abondance, l’économie dans un monde post-pétrole)

Jean- Marc Jancovici  : « Ce que nous appelons « création de richesses » n’est en fait qu’une transformation de ressources naturelles, et tout notre système économique ne consiste qu’à utiliser ces ressources pour en faire autre chose… Enseignants, informaticiens, chercheurs, retraités et vacanciers sont tous des enfants de l’énergie abondante à prix décroissant : rien de tout cela ou presque n’existe dans les pays où l’énergie reste un luxe… Retraites et études longues sont « assises » sur des consommations d’énergie importantes… La contrainte sur l’approvisionnement énergétique futur, qui va venir contrarier la productivité physique de manière forte, aura pour conséquence que le niveau relatif des retraites baissera, et que l’on va probablement pour partie revenir à un système de gestion des personnes âgées économe en énergie, c’est-à-dire… les garder chez leurs enfants. La question n’est pas de savoir si cette organisation est désirable ou non. Les bons sentiments sans kilowattheures risquent d’être difficiles à mettre en œuvre ! » (Changer le monde, tout un programme)

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Grève des retraites ou grève du climat ? (2020)

Retraites : ce qu’en disent les écologistes (a)variés (2013)

Martine Aubry, la retraite et l’écologie (2011)

Tout savoir sur la sobriété démographique

Compte-rendu d’une récente table ronde qui a réuni Michel Sourrouille, Laure Noualhat, Gilles Pison, Hélène Soubelet et Emmanuel Pont.

La totalité de cette conférence-débat (2 heures) est sur youtube grâce aux JNE

https://www.youtube.com/watch?v=24cyH_hEhdw

Voici le script de l’intervention de Michel Sourrouille.

Table ronde du 12 janvier 2023 à l’Académie du climat (Paris) organisée par l’association des Journalistes-écrivains pour la nature et l’écologie (JNE) :

 Sobriété : et si on parlait de démographie ?

L’animatrice des JNE, Carine Mayo, avait structuré le débat autour de trois questions, chacun des 5 intervenants ayant la parole cinq minutes à chaque fois.

1) Y a-t-il trop d’humains sur terre ?

Je suis né en novembre 1947, nous étions 2,3 milliards. Le 15 novembre 2022, nous sommes passé à 8 milliards. Sur 75 ans, cela correspond à un accroissement annuel de 76 millions d’êtres humains. Je ne prêtais aucune attention à cette évolution démographique, vivant ma vie à mon échelle. Naître dans un monde surpeuplé, c’est s’y habituer.

Mais, faisant des études de sciences économiques et devenant militant, j’ai été amené à m’intéresser à la problématique démographique dans les années 1970. J’ai vécu les débuts de l’écologie politique et étudié 4 évènements consacrés à la question démographique. D’abord la Bombe « P » de Paul Ehrlich publié en 1971 en France. Il y avait explosion de la Population et on devait réagir. L’année suivant le rapport sur les limites de la croissance a fait grand bruit. L’évolution exponentielle de cinq variables en interactions (population, alimentation, industrie, pollution et ressources non renouvelables) faisait prévoir un effondrement socio-économique au cours du XXIe siècle si on n’allait pas vers la croissance zéro. Conscientisé par ces connaissances, j’ai voté pour la première fois de ma vie à la présidentielle de 1974. Le candidat et agronome de renom René Dumont présentait un programme écologiste d’avenir et un projet de réduction de la natalité. La préoccupation démographique avait acquis une telle importance à l’époque que s’est tenu la première Conférence internationale sur la population à Bucarest. Nous étions déjà 4 milliards.

J’avais définitivement intégré l’idée de la surpopulation humaine. Car avec 8 milliards aujourd’hui, le poids du nombre ne pouvait être allégé. Tous les indicateurs sont au rouge, les scientifiques le constatent : réchauffement climatique, 6e extinction des espèces, pic des combustibles fossiles et pic des métaux, etc. L’équation IPAT montre qu’il ne va pas être facile de revenir à une situation d’équilibre. L’impact environnemental, noté I, est le produit de trois facteurs : la taille de la Population (P), les consommations de biens et de services (A pour « Affluence » en anglais) et les Technologies utilisées pour la production des biens (T). Si l’on regarde ce qui se passe réellement, on constate que le taux annuel de la croissance de la population mondiale est de 1 % et le taux de croissance du PIB en moyenne de 3 %. Considérons pour simplifier que T est égal à 1, alors l’impact environnemental augmente de 4 %  environ. Or il faudrait pour résoudre uniquement le problème du réchauffement climatique diviser par 4 ou 5 nos émissions de gaz à effet de serre. Toute croissance, économique ou démographique est incompatible avec cet objectif.

Il est donc nécessaire d’opter pour la sobriété démographique, ce qui n’empêche pas de promouvoir aussi la sobriété dans le mode de vie.

2) Opter pour une sobriété en matière de démographie, est-ce un bon moyen de réduire notre empreinte écologique ?

Jusqu’à récemment, faute de mieux j’utilisais le mot « décroissance ». Or l’idée de « sobriété » s’impose aujourd’hui aux esprits. Décroissance est de l’ordre du quantitatif et du fatalisme, sobriété correspond mieux à une valeur, c’est l’expression d’un volontarisme. Par exemple l’association France-Nature-Environnement nous souhaite pour 2023 une année « sobre et heureuse ». Mais elle rajoute que c’est nécessaire pour éviter une sobriété « contrainte ». Je développerai cet aspect en 3ème partie. Il existe différentes sobriétés, énergétique, alimentaire, partagée…, on peut aussi parler de sobriété démographique. Cette attitude est déjà présente dans « Essai sur le principe de population » de Thomas Robert MALTHUS,  dont la première ébauche date de 1798.

Malthusien est devenu un terme de notre dictionnaire. Il est préférable de se dire malthusien (des naissances d’accord, mais en fonction des possibilités du milieu environnant), plutôt qu’antinataliste, opposé en toutes circonstances à la natalité. Le terme Malthusien est explicatif, le mot antinataliste en reste au quantitatif. La loi de Malthus est incontournable. La fécondité humaine a une tendance naturelle à suivre une évolution exponentielle, un doublement tous les 25 ans en moyenne (1, 2, 4, 8, 16…). La production agricole, soumise à la loi des rendements décroissants, ne peut au mieux que suivre une évolution linéaire (1, 2, 3, 4, 5…). En conséquence il y a un décalage croissant qui implique qu’on ne peut se contenter d’améliorer la productivité agricole si on ne maîtrise pas en même temps l’expansion démographique.

Malthus peut donc être considéré comme un précurseur de l’écologie en tant que recherche de l’équilibre entre l’humain et son milieu de vie. En termes contemporains, un système socio-économique doit rester compatible avec les possibilités de notre écosystème, la Terre. En 1970 la situation était en équilibre mais les spécialistes s’inquiétaient déjà à l’époque de la surpopulation. Or, selon le calcul de l’empreinte écologique, en 2023 il nous faudrait 1,75 Terre pour régénérer ce que l’humanité consomme en termes de surface. On est en train de dilapider le capital terrestre au lieu de vivre de ses fruits. Le « Jour du dépassement » a eu lieu au niveau mondial le 28 juillet 2022. Si l’ensemble de l’humanité vivait comme des Français, il faudrait même 2,9 planètes, ce qui est impossible ; notre niveau de vie n’est pas généralisable. Il y a une finitude de notre planète dont il faudrait bien prendre acte politiquement. Notez que cet indicateur est très anthropo-centré, on part du principe que les biocapacités sont entièrement dédiées à la seule survie des humains sans considération de la biodiversité.

En conséquence, il nous faut collectivement devenir à la fois écologiste ET malthusien pour essayer de préserver le sort des générations futures, il nous faut agir.

3) Une politique en faveur de la baisse de la démographie est-elle réalisable et souhaitable ?

Une politique malthusienne de maîtrise de la fécondité est plus que souhaitable, c’est absolument nécessaire, on ne peut y échapper. Malthus indiquait clairement ce qu’il fallait penser des solutions à la surpopulation : « Si on n’applique pas des obstacles préventifs à l’exubérance de la fécondité humaine, alors des obstacles destructifs (guerres, famines, épidémies…) provoqueront l’effondrement. » En d’autres termes, si on ne diminue pas volontairement la population humaine, elle sera de toute façon réduite de façon radicale et forcée puisqu’on aura laissé libre cours à la violence de la nature et des humains…

Le rapport de 1972 sur les limites de la croissance indiquait que face à une évolution exponentielle de la population, il n’y a que deux façons de rétablir l’équilibre : ou abaisser le taux de natalité, ou il faudra bien que le taux de mortalité augmente à nouveau. Toute société qui tient à éviter un accroissement brutal de ce taux de mortalité doit prendre des mesures délibérées pour contrôler le fonctionnement de la boucle positive : réduire le taux de natalité : «  En d’autres termes, nous demandons que le nombre de bébés à naître au cours d’une année donnée ne soit pas supérieur au nombre de morts prévisibles la même année. » On envisageait donc une croissance zéro de la population alors que la population comptait 4 milliards d’humains. Avec le double aujourd’hui, il nous faut en toute logique mettre en œuvre une diminution.

Une politique en faveur de la baisse de la démographie est réalisable, mais plus on attend, plus il sera difficile d’agir. Il y a inertie de la croissance économique comme de la croissance démographique, ralentir la course à l’abîme aurait du être initié dès les années 1970. Il faut donc considérer un engagement  très volontariste, à la fois individuel, politique et associatif. Personnellement j’ai fait un choix éclairé de fécondité en acceptant un avortement en 1973 (avant la loi sur l’IVG) et en n’ayant qu’un seul enfant biologique. D’autres vont plus loin en restant sans enfant après une contraception définitive pour des raisons particulières ou de plus en plus écologiques. Une politique démographique repose avant tout sur le libre choix (pro-choice) des femmes et des couples. Une naissance doit être désirée. 50 % des grossesses ne sont pas planifiées soit près de 121 millions de femmes. En définitive 60 % de ces grossesses non intentionnelles aboutissent à un avortement, soit au total 30 % de l’ensemble des grossesses.

Pour que la décision de procréation soit exercée en toute connaissance de cause, l’État doit assumer son rôle éducateur. Au sortir des écoles, un jeune citoyen ne doit plus ignorer aucun des aspects de la question démographique, vie sexuelle, égalité de sexes, méthodes de contraception, relation entre population et alimentation, capacité de charge d’un territoire, etc. La politique fiscale en matière d’allocations familiales doit être repensée. N’oublions pas que la France a été anti-malthusienne depuis les lois de 1920 réprimant contraception et avortement. On est allé jusqu’à prévoir la peine de mort pour quiconque contribue à un avortement, une femme et un homme ont été exécuté pendant la seconde guerre mondiale. L’INED (Institut national d’études démographiques) avait lors de sa création en 1945 un objectif nataliste. L’avortement a été interdit jusqu’en 1974, la propagande antinataliste a été interdite jusqu’en 1992. On met en épingle l’Inde et les avortements fortement « conseillés » par le gouvernement d’Indira Gandhi. Mais aujourd’hui 37,9 % des femmes mariées et en âge de procréer ont volontairement choisie la stérilisation. Soyons réalistes, pas dogmatiques ni autoritaires.

Entre l’individu et l’État, il y a l’action des associations. En août 2021 a été crée une « Alliance Européenne pour une Population Soutenable » regroupant différents mouvements abordant le thème de la surpopulation. On constate aujourd’hui que seule en France « Démographie Responsable » a pour objet d’œuvrer pour la stabilisation de la population humaine et sa diminution sur le long terme. Les Amis de la Terre avaient traduit et publié « la bombe P » en 1971, ils ont oublié cette origine. Greenpeace fait une fiche sur la surpopulation, il traite les malthusiens de « racistes » !

A cette table ronde du 12 janvier 2023, sur 5 intervenants je suis le seul à constater le poids du nombre et la nécessité d’agir. Mais si on ignore les contraintes biophysiques, cela ne peut que nous conduire au désastre.

Pour agir avec l’association Démographie responsable

https://www.demographie-responsable.org/

Pour en savoir plus

un livre de Michel Sourrouille

Alerte surpopulation – Le combat de Démographie Responsable

à acheter auprès de son libraire de proximité,

ou à commander à la FNAC

https://livre.fnac.com/a17437174/Michel-Sourrouille-Alerte-surpopulation

L’extractivisme au fond des abysses

On le sait depuis les années 1960 : le fond des océans, ce monde du silence où règne l’obscurité la plus complète, abrite quantité de minerais. Les profiteurs, on n’ose pas dire les requins, salivent déjà.

Guillaume Delacroix : De jeunes sociétés testent des engins pour collecter, par 6 000 mètres de fond, des nodules polymétalliques qui pourraient satisfaire les besoins mondiaux en batteries. The Metals Company (TMC) a envoyé à 4 400 mètres de profondeur un gros engin à chenilles aux allures de moissonneuse-batteuse, une dizaine de mètres de long et autant de large, qui a aspiré 3 000 tonnes de nodules et les a remontés à la surface, en les poussant dans une conduite à air comprimé, au rythme de 86 tonnes par heure. Cotée au Nasdaq depuis septembre 2021, la firme ne génère aucun chiffre d’affaires et, après avoir dépassé les 15 dollars (14 euros), son cours de Bourse surnage depuis un an autour de 0,8 dollar. Elle est poursuivie en justice par une action de groupe d’actionnaires qui lui reprochent d’avoir surestimé ses promesses d’activité.

Javier Escartin, spécialiste de l’exploitation marine profonde: « Ceux qui convoitent les gisements sous-marins ne mettent en avant que le nombre de voitures électriques dont l’humanité va avoir besoin, en prenant pour référence l’usage que fait de l’automobile le ménage américain moyen. On pourrait aussi envisager d’avoir moins de voitures. Et des voitures plus légères …  Fabriquer des Tesla de 3,5 tonnes pour transporter une personne de 70 kilos, ça n’a pas de sens ! »

Le point de vue des écologistes

YvonSurel : Donc après avoir dévasté la surface et le sous-sol, on va s’attaquer aux grands fonds ? Ils sont complètement fous.

Lacannerie : Les Canadiens, encore et toujours, à la pointe de la destruction de la planète. Après la déforestation massive de la forêt boréale, après l’exploitation forcenée des sables bitumineux, c’est au tour des grands fonds d’être la cible de ce pays à la voracité sans limite. Affligeant.

Humphrey ; Le fond des océans, ça ressemble aux problèmes des industries dans les milieux polaires. La moindre pollution ou perturbation mécanique est persistance à cause de la lenteur des métabolismes écologiques et du cycle particulier de l’eau.

Thufyr : Dans un monde qui se saborde en brûlant les forêts primaires (nous sommes impliqués via notre agro-industrie gourmande en soja et les concessions Avril au Brésil), en dénaturant les terres par épandages excessifs de produits, dits «phytosanitaires », en basant sa richesse sur une croissance toxique etc…on voudrait faire la fine bouche devant le pactole des nodules polymétalliques ? Pour préserver la biodiversité des grands fonds ? Et les conditions inhumaines d’extraction des métaux rares en Afrique, on s’en soucie ? L’assèchement des salars dans l’Atacama, on s’en préoccupe ? La pollution des navires de croisière, les voyages futiles, les achats inutiles, le gâchis institutionnalisé…ça choque qui ?

Michel SOURROUILLE : Les années 1990 sonnent comme le réveil brutal pour Nauru et ses 10 000 habitants, perdu dans l’étendue du Pacifique : 80 % de la surface de l’île a déjà été creusé.  C’est une illustration du caractère suicidaire d’une économie édifiée sur une activité minière effrénée. Nauru, riche de ses gisements de phosphate qui ont causé sa ruine et l’obésité de ses habitants favorise aujourd’hui l’extraction dans les abysses ! Cet exemple montre que les gens ne tirent aucune leçon de ce qui cause leur malteur même quand ils en ont l’expérience directe. Construire une civilisation de la fragilité : n’est-ce pas là ce que nous faisons en conditionnant notre développement à la logique extractiviste ?

Nauru, l’extractivisme à l’image de ce qui nous arrive (2016)

Madrilène : Pour rappel, lorsque le gouvernement de Michel Rocard avait dénoncé en 1988 la Convention de Wellington qui était destinée à ouvrir la voie à l’exploitation des ressources minières de l’Antarctique, certaines voix s’étaient élevées contre l’initiative portée par le Premier Ministre français de l’époque. Malgré tout, c’est la vision de Michel Rocard qui prévalut avec l’adoption du Protocole de Madrid de 1991 qui consacra la protection du dernier continent vierge.

Nos articles antérieurs sur ce blog biosphere

Synthèse, la fin de l’extractivisme ?

Démence extractive, c’est-à-dire «Explosons la planète» (2015)

Dernière goutte de l’extractivisme, exemple en Equateur (2013)

arrêt des extractions minières partout dans le monde (2012)

Stiglitz, le radoteur du croissancisme

En 2010, nous écrivions déjà, DSK, Stiglitz, les dévots de la croissance. La volonté de croissance économique a ceci de funeste qu’elle est devenue une véritable religion pratiquée par nos élites qui sont censées penser. Alors que le culte du PIB est à l’origine ancré dans l’idéologie de droite (l’accumulation du capital est corrélée avec le profit et l’expansion), la gauche a enfourché le même credo. Quand le socialiste Dominique Strauss-Kahn estimait que « si l’Europe va mal, c’est surtout parce que la croissance économique y est trop faible », il ne parlait pas en tant que directeur général du FMI, mais en tant que socio-démocrate. Joseph Stiglitz, Prix Nobel d’économie, ex-conseiller de Bill Clinton et ex-chef économiste de la Banque mondiale croyait critiquer la pensée unique monétariste, mais c’était pour émettre le même acte de foi keynésien : « Aujourd’hui, l’UE veut un plan coordonné d’austérité. Si elle continue dans cette voie-là, elle court au désastre.

Il est vrai que les pratiques restrictives de l’économie orthodoxe ont mené à la grande crise de 1929. Mais il est aussi vrai que le keynésianisme, s’il a bien induit les Trente Glorieuses, nous a mené depuis les premiers chocs pétroliers (1973 et 1979) a la stagflation (stagnation de l’activité économique et inflation) puis aujourd’hui à des menaces écologiques sans nombre. La croissance a épuisé le substrat biophysique qui le faisait vivre, les ressources de la planète. La stagflation est maintenant notre destin. Auquel s’ajoutent la crise climatique, l’extinction de la biodiversité, la déplétion énergétique, le stress hydrique, etc.

Pourtant que disait encore Stiglitz début 2022  dans LE MONDE ? Croissance, croissaance, croissaaance…Que dit toujours Stiglitz début 2023 ? Croissance, croissaance, croissaaance.

Joseph Stiglitz : Si nos systèmes politiques fonctionnaient mieux, nous aurions pu agir beaucoup plus rapidement pour accroître la production et l’offre, et ainsi atténuer les pressions inflationnistes auxquelles nos économies sont désormais confrontées. Après avoir demandé pendant un demi-siècle aux agriculteurs de ne pas produire à hauteur de leurs capacités, l’Europe et les Etats-Unis auraient pu les inviter à produire davantage.

Biosphere : Produire plus, c’est simplement aller plus vite dans le mur, mais ça peu d’économistes l’ont compris et encore moins l’admettent. Pourtant cela avait été diagnostiqué dès 1972 par l’analyse systémique « Les limites de la croissance ».

Joseph Stiglitz : Les Etats-Unis auraient pu développer les solutions de garde d’enfants afin que davantage de femmes puissent intégrer le monde du travail, et réduire ainsi les prétendues pénuries de main-d’œuvre.

Biosphere : Toujours ce prisme de favoriser artificiellement la croissance économique, aux mères au turbin ajouter le travail de celles qui garderont leurs enfants. Nous, nous pensons que l’homme au foyer, c’est aussi une bonne solution pour peser moins sur la planète. Et mieux, ne pas faire d’enfant pou alléger le poids de nos générations futures sur la nature.

Joseph Stiglitz: Les difficultés économiques seront particulièrement douloureuses pour les pays les plus vulnérables, ce qui créera un terreau encore plus fertile pour les démagogues populistes déterminés à semer les graines de l’amertume et du mécontentement. La plus grande menace pour le bien-être et l’économie mondiale est aujourd’hui politique. Plus de la moitié de la population mondiale vit actuellement sous un régime autoritaire..

Biosphere : Les gens ne se jettent pas dans les bras d’un populiste par hasard, mais seulement parce qu’ils se voient dans une voie sans issue et qu’à force d’attendre les réalisations de vagues promesses d’avenir, ils choisissent d’utiliser les seuls leviers qu’ils ont, ou croient avoir, les promesses d’un démagogue.

Joseph Stiglitz : Près de quatre-vingts ans après la parution de La Route de la servitude, de Friedrich Hayek (1899-1992), nous vivons encore aujourd’hui avec l’héritage des politiques extrémistes qu’il a, avec Milton Friedman (1912-2006), ancrées dans le courant économique dominant. Ces idées nous placent sur une trajectoire périlleuse : la route vers un fascisme version XXIe siècle.

Biosphere : Libéraux et Keynésiens essaient par deux moyens contraires d’atteindre le même objectif, la croissance économique… au prix de la détérioration accélérée des ressources naturelles. Et cette détérioration va faire la paupérisation des masses, aboutir à une récession économique, et fomenter la prise du pouvoir par des affabulateurs qui feront croire au miracle pour être élus « démocratiquement ». La seule solution, c’est la décroissance maîtrisée par la sobriété partagée, y compris par la baisse programmée de la fécondité.

Joseph Stiglitz : Il est possible que la Réserve fédérale américaine [Fed, banque centrale] pousse trop loin et trop rapidement la hausse des taux d’intérêt. L’inflation actuelle est principalement la conséquence de pénuries d’offre d’ores et déjà en cours de résolution pour certaines. Élever encore davantage les taux d’intérêt pourrait par conséquent se révéler contre-productif.

Biosphere : Baisser les taux d’intérêt en période d’inflation, c’est perpétuer la croissance à crédit dont on sait de source historiquement validée que cela se termine invariablement par la banqueroute. Le plus consternant avec ces économistes de tant d’écoles prestigieuses, c’est qu’ils font tous abstraction de ce dont on est totalement dépendant : la terre, les écosystèmes, son climat… La plus grande menace pour l’économie mondiale est à la fois politique, biophysique ET démographique. Mais la menace bien présente, ce sont ces intellectuels qui répètent les vieilles antiennes et nous empêchent de penser autrement.

À ceux qui verront peut-être l’an 2100

Né en 1947 en France, je ne vivrai pas l’année 2100 mais je peux déjà l’imaginer. J’ai vécu la période des Trente Glorieuses (1944-1973), puis les Trente Piteuse après les premiers chocs pétroliers. Nous allons désormais vivre un XXIe siècle de désespoir croissant qui sera à l’image de cette fin d’année 2022 : guerres, famines et épidémies, État en faillite, mouvements anti-écolos, victoire des populismes, défaite de la pensée, etc. L’amoncellement des catastrophes est terrible, terrifiant, pourtant les résidus de la pandémie Covid ne sont plus qu’épiphénomènes.

L’Ukraine est toujours sous les bombes russes et Poutine promet à ses généraux un financement illimité : la guerre s’installe au cœur d’une Europe qui aurait du aller paisiblement de l’Atlantique à l’Oural. 53 % de la population européenne est en surpoids, 22 % souffre d’obésité, les maladies chroniques liées à l’alimentation.explosent, pourtant l’Italie est à l’avant-garde de la bataille contre le Nutri-score, le logo nutritionnel adopté par son voisin français et d’autres pays européens. A Bruxelles, des milliers de demandeurs d’asile sont abandonnés à la rue. Et l’Europe ne reçoit pas encore de réfugiés climatiques ! Au Royaume-Uni, une puissance dominante qui avait statut d’empire, les personnels de santé sont épuisés par le sous-investissement dans les hôpitaux publics, et la famine touche certaines personnes. La tempête hivernale Elliott, charriant des vents glacés et balayant le centre et l’est des États-Unis depuis des jours, refroidit un pays climato-sceptique alors que 27 années de parlottes internationales sur le climat n’ont servi à rien. Ne parlons pas des conférences internationales sur la biodiversité qui sont encore moins déchiffrables.

La Chine cherche à minimiser le nombre de morts liés au Covid-19. Les crématoriums sont débordés depuis les annonces du 7 décembre mettant fin à l’impossible politique « zéro Covid » ; les autorités ont cessé de procéder aux tests systématiques de la population, le thermomètre est cassé. Mais la Chine pense toujours à envahir Taïwan ! La Corée du Sud a fait décollé chasseurs et hélicoptères d’attaque après que des drones nord-coréens ont empiété sur son espace aérien.En accélérant la relance des réacteurs existants et la construction de nouvelles tranches, le premier ministre japonais tourne le dos à l’engagement pris après Fukushima de sortir de l’atome. La Syrie est paralysée par les pénuries de carburants, les caisses de l’État sont vides ; à défaut de recettes, le régime syrien multiplie les mesures d’austérité alors que 90 % de la population vit déjà sous le seuil de pauvreté.

Face à la crise alimentaire, le Kenya se tourne vers l’importation de maïs OGM contrairement à une interdiction prononcée en 2012. Le ministre du commerce commente : « Dès lors que vous vivez au Kenya, vous êtes un candidat à la mort car il y a beaucoup de raisons de mourir dans ce pays, donc il n’y a rien de mal à ajouter les OGM à la longue liste. »

La crise politique au Pérou révèle un pays ingouvernable, le président Castillo a été arrêté par ses propres gardes du corps. Arrestations, « disparitions », tabassages, tortures, viols, la théocratie iranienne déploie toute l’expertise qui est la sienne dans la répression de ses administrés ; un militant de 23 ans a été pendu en place publique pour « inimité envers Dieu », il voulait seulement que les femmes puissent ne pas porter de foulard islamique. Les Afghanes sont désormais bannies de l’université, et même de l’action dans des ONG. On peut donc encore complètement effacer des femmes de la vie sociale dans un monde où on laissait croire que le mouvement #Metoo était omniprésent et triomphant. Nétanyahou est à la tête du cabinet le plus à droite de l’histoire d’Israël, le suprémacisme juif triomphe, des pogroms anti-palestiniens se préparent, on veut même exclure les mathématiques et l’histoire de l’éducation scolaire, l’intelligence humaine balbutie.

La poussée inflationniste mondiale s’accompagne de récessions économiques, les taux d’intérêt montent, la vie à crédit c’est fini. Le choléra se propage dans le monde ; la maladie, transmise par les eaux souillées et les mauvaises conditions d’hygiène, est alimentée par les conflits et la pauvreté, et amplifiée par le changement climatique. L’amour du prochain devient moins qu’une goutte dans un océan d’hébétudes. d’indifférences, d’ignorances, de tentatives de simple survie, et de méchancetés avérées.

Bien sûr ce blog biosphere continuera à porter la voix des écologistes le temps qui me reste à vivre, mais cette voix ne peut qu’être inaudible dans un monde de 8 milliards d’êtres humains qui s’entre-déchirent et s’entre-tuent. Qui pourrait croire qu’on pourra sereinement arriver au 10 milliards… en 2100.

Autant dire que ce réveillon de fin d’année 2022 devrait être placé sous le signe de la sobriété généralisée. Mais avec la distribution des cadeaux de Noël et la protection du pouvoir d’achat par le gouvernement, le mot sobriété n’est pas encore rentré dans le vocabulaire courant en France. Et dans le monde la sobriété est trop souvent obligée, on appelle cela pénurie ou même crever de faim.

Bonne année 2023 oseront encore certains ! Je vous la souhaite engagée pour préserver ce qui peut l’être.

Michel Sourrouille

2021-2022, rien ne change si ce n’est en pire

J’ajouterais aux valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité la sobriété. L’ébriété actuelle vient du fait que l’on ne distingue plus l’essentiel du superflu, l’utile du futile. On se confronte au fait que le libéralisme, doublé d’une puissance de feu publicitaire sans égale, a fini par faire croire à l’opinion qu’il était possible et même souhaitable de faire le contraire de ce qu’il faudrait faire. Voici quelques éléments de réflexion sur notre blog biosphère fin 2021, il n’y a rien à changer… Extraits :

La sobriété vu par les lecteurs du MONDE

Les commentaires sur lemonde.fr nous montrent qu’il serait bien plus facile de mettre en place une maîtrise de la fécondité humaine, par exemple par soutien du planning familial dans tous les pays, que de demander aux membres d’une société à la fois croissanciste et consumériste de limiter ses émissions de gaz à effet de serre.

Z. : La « sobriété », ça veut dire quoi au juste ? Combien de degrés ? Quelle taille l’appartement/la maison ? Qui aura droit à une voiture ? Quelles solutions de substitutions ? Arrêtons les généralités et les approximations qui permettent de louvoyer et entrons dans le concret !

pm22 : Pendant l’âge d’or du moyen-âge, période d’essor économique, de progrès agricole et d’une remarquable activité intellectuelle dans les monastères, les plus novateurs et cultivés (latin grec hébreu, etc.), les cisterciens prônaient avec talent la sobriété… Leurs dortoirs communs étaient des glacières. Leur régime quasi végétarien.

Valerio borg : Cool, panais et cardon du jardin pour tout horizon, pas de vacances, ni de découverte d’autres pays, des bons pulls moches pour supporter le froid et lire un bon livre d’un gourou à la lumière d’une bougie. Se retrouver le lendemain autour d’une infusion de sauge avec des amis comme horizon festif. Avec votre sobriété, vous me donner envie de sortir mon lance-pierres.

Réveillon du Nouvel An dans la sobriété

En ce jour de réveillon en 2050, Léa est bien seule, il ne lui reste plus qu’un dernier descendant. Ses deux autres petits-enfants sont décédés il y a trois ans, ils ont succombé à l’une de ces nouvelles maladies à côté desquelles l’épidémie de grippe aviaire, qui avait frappé la France en 2010, n’avait été qu’une discrète entrée en matière… Elle a renoncé depuis longtemps à l’idée d’acheter une automobile ; en 2035, l’Union européenne avait réservé l’usage des biocarburants aux véhicules utilitaires.

Maintenant des millions de personnes sont au chômage. Le gouvernement français vient d’interdire toute manifestation et même les rassemblements de protestation. Le ministre de l’Intérieur vient de prendre un de ces décrets maudits, c’est l’armée qui réprimera d’éventuels troubles de l’ordre public…

Neutralité carbone, l’exigence de la sobriété

Pour faire passer la purge des économies d’énergie et de la sobriété partagée, non seulement les politiciens devraient imposer un revenu maximum admissible (3 fois le salaire minimum par exemple), mais ils devraient rendre obligatoire à l’école l’apprentissage de la tempérance. Quant aux parents, ne pas offrir de cadeaux pour Noël serait un grand pas dans le bon sens.

êtes-vous hydroresponsable ou coupable ?

De plus en plus de personnes commencent à ressentir la « honte de voler » en avion, flygskam en suédois, flight shame en anglais. Ce sentiment de culpabilité nous semble tout à fait normal rationnel, moralement nécessaire, et même inéluctable à l’heure de la fin du kérosène et du réchauffement climatique. Cette nouvelle tendance, changer de comportement, se généralise dans bien des domaines ; la chasse au gaspi se retrouve dans l’achat de vêtements (d’occasion), l’usage du vélo plutôt que la voiture, les consommations courantes et donc l’utilisation de l’eau.

Hydroresponsable pour ne pas pécher ! La culpabilité entraîne le sens de la responsabilité, et plus besoin de s’agenouiller dans un confessionnel.

Lire, Culpabilité écolo, un premier pas décisif

Guillemette Faure : Plus question de gaspiller les « eaux grises », les eaux sales. On garde un arrosoir dans la douche pour y mettre l’eau que l’on fait couler en attendant qu’elle soit chaude. Certains baissent presque la voix pour dire qu’ils ne tirent plus la chasse « à chaque pipi » ou qu’ils ne prennent plus de douche tous les jours. Certains trouvent dommage de chasser les excréments à l’eau potable, alors place aux toilettes sèches. « On est dans l’insouciance, et un jour on se réveille », résume Myriam Pied, spécialiste des plantes sauvages comestibles. Il n’y a pas de raison d’opposer les petites actions aux grandes, à en croire ceux qui nous ont raconté leur démarche pour réemployer les eaux usées. Parce qu’une fois qu’on commence à s’interroger, il y a toujours un après. Sur Facebook, un groupe « Récupération et utilisation eau de pluie » a été créé en septembre. Un mois plus tard, il comptait près de 100 000 membres s’échangeant leurs bons tuyaux…

Un échange instructif

ERoy : Sympathique article, drôle et plutôt positif. Obtenir l’adhésion à une démarche devrait sûrement se faire ainsi, avec le sourire. Là où brutalement je deviens méfiant, c’est vers la fin de l’article, lorsqu’il est dit : « Ceux qui font des petits gestes vont mettre la pression sur ceux qui doivent faire les grands ». Je n’ai pas envie de rire du tout lorsqu’on passe, mine de rien, d’un mécanisme d’adhésion à celui de coercition. C’est toujours avec la meilleure bonne volonté du monde qu’on a créé l’Inquisition et les tribunaux politiques. Dans tous les cas il fallait contraindre les mauvais (croyants, citoyens, soldats…).

Michel SOURROUILLE : Bonjour Eroy. Vous faites usage du « sophisme de la pente glissante », accuser une personne pleine de bonnes intentions et agissant pour le bien commun de vouloir en fait le règne des KHMERS VERTS et autres inquisiteurs. Mais le bon geste relève d’une autre stratégie, non coercitive : donner l’exemple pour que cela fasse boule de neige et entraîne de plus en plus de concitoyens à faire de même, une conduite vertueuse. Nous fonctionnons socialement en interaction spéculaire, nous faisons ce que les autres attendent de nous, et si cela va dans le sens d’écologiser les comportements de tout un chacun, on ne voit pas où est la mal !

Le point de vue des écologistes

Cet exemple particulier de l’utilisation économe de l’eau n’est qu’une illustration du mot qui va être intégré assez rapidement par toute la population, « sobriété » Voici quelques références sur ce blog biosphere.

Le gouvernement s’empare du mot « sobriété »

Sobriété énergétique, l’affolement gagne

La Sobriété, liberticide et punitive ????????????

La Sobriété face à la SURconsommation ?

2027, Ministère de la Sobriété partagée

Observatoire et BRGM face à l’effondrement

Renforcer l’« intelligence minérale », comme il existe une « intelligence économique », voici la dernière préoccupation du gouvernement… qui crée un « Observatoire » sur la question. La France prend brutalement conscience de la fragilité de son approvisionnement en minerais stratégiques, indispensables à des secteurs comme la défense, l’aéronautique, l’automobile ou l’énergie. Notre dépendance totale vis-à-vis de l’étranger est une donnée inquiétante.

Jean-Michel Bezat : Le gouvernement a lancé, le 29 novembre, 2022, l’Observatoire français des ressources minérales pour les filières industrielles (Ofremi), en cherchant à mobiliser d’importantes compétences acquises depuis des décennies, notamment par le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM). Les « parties prenantes » de l’Observatoire compte de grands secteurs comme l’automobile, l’aéronautique et la métallurgie. Ces industriels participeront à l’élaboration du programme de travail de l’Ofremi pour qu’il colle à leurs besoins. Philippe Varin estime que « dans les trente prochaines années, nous extrairons autant de matériaux que depuis le début de l’humanité ». Comment prendre les meilleures décisions en cas de tensions et de crises, comme en 2010 sur les terres rares, en 2018 sur l’aluminium, et actuellement sur certains minerais (titane…) avec la guerre russo-ukrainienne ? Cela passe par de bonnes relations avec les États disposant d’importantes ressources minérales. Une « diplomatie des métaux » !

Lire, L’optimisme irréaliste du MONDE à propos des métaux (septembre 2016)

Le point de vue des écologistes

Le gouvernement devrait lire « Les limites de la croissance », un rapport de 1972 à propos des ressources minières : « En dépit de découvertes spectaculaires récentes, il n’y a qu’un nombre restreint de nouveaux gisements minéraux potentiellement exploitables. Les géologues démentent formellement les hypothèses optimistes et jugent très aléatoires la découverte de nouveaux gisements vastes et riches. Se fier à des telles possibilités serait une utopie dangereuse… » Le rapport concluait : « Étant donné le taux actuel de consommation des ressources et l’augmentation probable de ce taux, la grande majorité des ressources naturelles non renouvelables les plus importantes auront atteint des prix prohibitifs avant qu’un siècle soit écoulé ». Ajoutons que l’extraction de minerais et métaux est directement dépendante de la ressource énergétique, et que l’énergie va devenir de plus en plus chère. Un « observatoire » ne peut rien contre les réalités géologiques si ce n’est observer.

Puisque le recyclage a aussi ses limites, le salut passe par une augmentation considérable de la durée de vie des produits. Au lieu de chercher une sortie avec plus d’innovation et de hautes technologies (high tech) basée sur des métaux de plus en plus rares et chers, nous devons nous orienter, au plus vite et à marche forcée, vers une société essentiellement basée sur des basses technologies (low tech) comme l’indiquait Philippe Bihouix : une sobriété technologique. Notre avenir passe aussi par une sobriété énergétique, démographique, une limitation drastique de nos besoins et des produits à notre disposition.

Lire, Philippe BIHOUIX est enfin à l’honneur dans LE MONDE

Une trajectoire de non sobriété foncière

Ce lundi 5 décembre 2022, Journée mondiale des sols, est l’occasion de rappeler combien la France peine à gérer ses sols, malgré les récents efforts des législateurs.

Lire, « Préserver les terres agricoles ne doit pas être un artifice »

Nous gaspillons de façon affolante ces terres par l’artificialisation, c’est-à-dire la disparition des sols du fait de l’extension des villes, des zones industrielles et pavillonnaires et des infrastructures de transport. Dans son rapport du 24 mai 2022, l’antenne nationale des sociétés d’aménagement foncier et d’établissement rural (Safer) constatait que 10 % de la surface agricole de la France métropolitaine a été artificialisée, soit une perte équivalente à la surface de la région PACA en cinquante ans ! Plus grave encore : les villes et les infrastructures qui les relient se trouvent au milieu de plaines fertiles et nourricières et ce sont donc les sols les plus productifs qui sont artificialisés. Si l’agriculture intensive endommage les sols, ’urbanisation les tue vraiment.

La loi Solidarité et renouvellement urbains (SRU) de 2000, par ses renforcements successifs, a inventé le concept de « zéro artificialisation nette » (ZAN). C’est inquiétant car cette réglementation rend possible l’artificialisation si on désartificialise parallèlement ; elle n’exige nullement que les sols désartificialisés aient une valeur nourricière égale à ceux qui sont recouverts dans le même temps, ni que les autres fonctionnalités (infiltration des eaux pluviales, biodiversité, stockage de carbone tempérant l’effet de serre…) soient globalement maintenues.

Bref, nous nous considérons de façon inconsidérée comme un grand pays agricole… 

LE POINT DE VUE DES ÉCOLOGISTES

N’oublions pas en outre que, selon une étude publiée le 30 août par le cabinet de conseil Solagro, l’alimentation des Français dépend aussi de 9 millions d’hectares de terres agricoles situés à l’étranger, soit l’équivalent du tiers de la surface agricole nationale !

De ce qui précède, on peut en conclure que la famine dans l’avenir ne sera pas réservée aux pays en voie de sous-développement, mais aussi aux pays en sur-croissance.

électricité coupée, plus rien ne fonctionne

L’effondrement de la société thermo-industrielle se profile plus vite qu’on n’aurait pensé.

Électricité : délestages tournants, trains et métros annulés, écoles fermées… le gouvernement demande aux préfets d’anticiper d’éventuelles coupures.

LE MONDE avec AFP : Le texte sert à « finaliser la préparation du pays ». Les délestages tournants, de deux heures au maximum, pourraient concerner 60 % de la population et surviendront aux moments des pics de consommation. les coupures auraient lieu aux moments des pics de consommation, entre 8 heures et 13 heures, et entre 18 heures et 20 heures. Avec comme inconvénient pour les écoles susceptibles d’être délestées, qu’elles soient privées de lumière, chauffage et alarme en matinée. Le ministre de l’éducation nationale, Pap NDiaye, a confirmé la fermeture des écoles le matin en cas de coupure d’électricité.certains trains ou métros pourraient être annulés pour éviter d’avoir des passagers bloqués en pleine voie. Orange a prévenu mercredi que les coupures d’électricité et donc du réseau mobile français cet hiver auraient un impact sur « l’accès aux services de numéro d’urgence ». La cellule interministérielle de crise travaille aussi à un scénario de black-out.

Le point de vue des écologistes

04171 : On apprend donc que le réseau de téléphonie mobile pourrait être indisponible. Beaucoup de foyers n’ont plus de ligne téléphonique analogique. Et on a commencé a démanteler le réseau téléphonique cuivre (rtc). Donc il va y avoir des appels aux 15/17/18 qui seront manqués cet hiver.

Ne pas croire et penser que : La fragilité du numérique dépendant de l’alimentation électrique ! Tout est en place pour se retrouver dans le noir, quand il n’y aura plus d’informations, plus de communications possibles, fibre éteinte, on ne fera pas comme avant parce que l’on nous a inventé « le progrès » qui a effacé la ressource de faire sans.

Pourquoipasmoi : C’est beau la décadence… Dans le temps on disait qu’avec les écolos on devrait s’éclairer à la bougie. On les a écouté, on y est arrivé…

Tyrion : En 1973, des hommes politiques influents s’étaient engagés face aux français, nous allons construire 50 centrales nucléaires mais vous aurez de l’électricité tous les hivers. Depuis, ces hommes politiques ont disparus et on parle de coupures de courant en cas de besoin. EDF est au bord du gouffre avec la fuite en avant pour construire des EPR hors de prix. Framatome a été récupéré par EDF après le désastre d’AREVA. Pour faire la jointure en janvier, EDF est en train de remettre en route des centrales au fuel, c’est retour vers le passé. Les allemands cherchent du gaz russe et du lignite. Vivement Iter, date inconnue, ardoise inconnue, fiabilité inconnue.

Bkaa : La situation interroge, certes, au niveau des choix politiques énergétiques d’EDF, le nucléaire etc. mais il serait temps de réaliser aussi que nous consommons trop d’électricité. Nous avons (certains plus que d’autres, mais globalement) trop d’appareils électriques, trop de luminaires, cuisine tout électrique, ballon d’eau chaude surdimensionné, des villes et des zones commerciales suréclairées, des entreprises et bureaux itou, des datas centers 24h/24h etc etc. Tout ça nous mène depuis des années dans le mur. On y est.

Marsouin-Pte : Faut-il remettre au goût du jour l’utilisation des signaux de fumée en cas d’urgence ? Et pour les utilisateurs compulsifs de véhicules électriques, penser à investir dans l’achat de chars à bœufs.

Ours : C’est officiel, la France rentre dans le club très prisé des pays du tiers monde ! Pas de panique, Paris-centre sera épargné.

Eric Eustache : Cela me fait un peu sourire car je travaille régulièrement en Afrique depuis 30 ans et, là-bas, tout le monde est habitué aux coupures, même dans les capitales. Personne n’est jamais prévenu et les coupures peuvent durer de 2 heures à .. 15 heures d’affilée. Beaucoup plus embêtant, les coupures d’eau : raison pour laquelle dans toutes les salles de bain vous trouvez une bassine ou un seau d’eau, régulièrement approvisionnés. Et on apprend très vite à se laver avec un godet dans une main, le savon dans l’autre !

Cagouillard : Au fait la généralisation des voitures électriques, c’est pour quand déjà ?!

Effondrement en vue, radicalité militante

Nous voici déjà profondément entrés dans l’effondrement de la société thermo-industrielle, mais nous ne savons pas exactement quelle échappatoire pourrait fonctionner. La seule chose dont nous pouvons être sûrs est la suivante : nous sommes dans une spirale de mort, le temps de la protestation polie est peut-être définitivement révolu.

Rémi Barroux : Ils affirment avoir marché pour le climat, signé des pétitions, sans succès. Alors les jeunes activistes mobilisés contre l’« inaction » des gouvernements et des grandes entreprises multiplient les coups d’éclat. Pas un jour ou presque sans que l’une de leurs actions n’attire l’attention des médias. Les militants de la cause écologique excluent les attaques contre les personnes, mais peuvent en venir à des destructions de biens. Certaines actions s’apparentent à des sabotages, un mot que certains assument, comme les « Sangliers radicalisés » qui s’attaquent aux golfs, ou le collectif international Tyre Extinguishers organisant des dégonflages de pneus de SUV depuis mars 2022. Ce type d’engagement rappelle les années Act Up, quand à la fin des années 1980, des militants se sont lancés dans un activisme intense, n’hésitant pas à interpeller la société, voire à la choquer, parce qu’ils se sentaient foutu ; leur existence individuelle et collective de LGBT était menacée. Mais l’efficacité de ces actions radicales reste incertaine. Elles provoquent souvent l’incompréhension ou la colère de ceux qui subissent les perturbations liées à ces actions. Andreas Malm, auteur de « Comment saboter un pipeline », est fataliste :« Le mouvement pour le climat va inévitablement produire des ailes radicalisées dans un futur proche… à moins qu’il ne se dissolve dans le désespoir général puisque les choses ne vont faire qu’empirer ».

lire, Hymne au sabotage dans Le Guardian

le point de vue des écologistes

Violette : Les jeunes activistes et les autres jeunes ont effectivement de quoi s’inquiéter car les patrons continuent allégrement à ne rechercher que les profits sans égard pour la vie sur la planète Terre. Et quand on entend des politiques parler d’écoterrorisme, d’écovandalisme ou d’écototalitarisme, on doute que les choses vont aller en s’améliorant.

Claustaire : Ce qui est en train de se passer (réchauffement climatique dont nous sommes ici, en Occident consumériste, les premiers responsables) ne peut qu’inspirer un désespoir totalement légitime et compréhensible. Il n’est pas étonnant que les manifestations de ce désespoir puissent être faites avec l’énergie et l’impulsivité du désespoir. Surtout lorsqu’on aurait moins de trente ans et qu’on saurait ne pas pouvoir échapper aux conséquences de la catastrophe en cours, et dont trop de prétendus responsables politiques ou économiques mais aussi de consommateurs irresponsables continuent de se détourner.

Michel Sourrouille : Une référence aux luddites du XIXe siècle est intéressante. Les artisans ont brisé des machines automatiques qui mettaient au chômage beaucoup d’artisans à domicile pour le plus grand profit de l’industrie textile en formation. Deux siècles plus tard, on constate que cette industrialisation à marche forcée a entraîné la croissance économique sans limites et la détérioration brutale des conditions de vie sur Terre. Les luddites avaient donc raison. Mais on a fait à l’époque des lois condamnant à mort pour bris de machines les manifestants, et des luddites sont passé sous les fourches caudines de la raison d’État au service des intérêts économiques. Ce qui veut dire que dans notre système techno-industriel, la protection des biens nuisibles à l’environnement aura sans doute plus de valeur que la vie des manifestants.

Pm42 : Je vous suggère donc de vivre comme les Luddites au XIXème siècle : vous renoncez à la médecine moderne, au dentiste, à Internet, vous regardez vos enfants mourir parce que pas d’antibiotiques… Il n’y a pas eu de détérioration brutale des conditions de vie sur Terre, c’est exactement le contraire vu la croissance économique. Le discours pseudo-écolo réac est hallucinant de négation de la réalité.

Pouic-Pouic : Je résume quelques commentaires, pour faire gagner du temps aux historiens futurs (de cette planète ou d’une autre) : « Il faut sauver l’air des pneus des SUV et s’émerveiller des vitres des musées avant de songer à l’avenir et au présent des espèces encore vivantes sur Terre. » Cela peut nous sembler un peu confus, mais l’historien du futur comprendra.

Lire, Urgence écologique et destructions de biens

Contre la faim, du fric ou un préservatif ?

Quand un homme a faim, mieux vaudrait selon certains lui donner du poisson que de lui apprendre à pêcher. Et même lui donner directement de l’argent ?

Julien Bouissou : « Les distributions de coupons ou d’argent représentent désormais un cinquième de l’aide humanitaire. Le Programme alimentaire mondial distribue par exemple 1,2 milliard de dollars chaque année directement sur le compte bancaire de bénéficiaires, ce qui permet de lutter contre la faim tout en soutenant l’économie locale. Un don de 1 dollar augmenterait en moyenne la richesse produite de 2,40 dollars. Ce mécanisme coûte aussi moins cher que l’acheminement de l’aide sous forme de marchandises. Et, si l’argent est transféré directement sur le compte du bénéficiaire, les risques de détournement diminuent considérablement.

Autrement dit, quand un homme a faim, mieux vaut peut-être lui donner du poisson que de lui apprendre à pêcher. Avec le ventre plein, il choisira la meilleure perspective qui se présente à lui, et qui n’est pas forcément de pêcher. Avec le succès des programmes de GiveDirectly, les riches n’ont plus d’excuse pour ne pas donner d’argent aux plus pauvres. »

Le point de vue des écologistes malthusiens

Jean Rouergue : En assistant continuellement un pays l’aide t’on vraiment ? Si notre aide se résume à expédier en Afrique des céréales, on tue les cultures vivrières locales, en débarquant sur les quais des denrées à prix cassés provenant de nos stocks d’invendus, ce qui fait que les paysans désertent leurs champs et vont grossir les bidonvilles.

mon pseudo : Un éloge de la civilisation du poisson rouge. Donner en un clic ne satisfait que la bonne conscience du nanti occidental. Encore et toujours plus vite, encore et toujours moins responsable. S’il n’y a pas de riz dans le coin, que va faire le receveur avec son argent ? Payer les intermédiaires habituels pour obtenir du riz à 100 fois le prix normal, comm d’hab.

Michel SOURROUILLE : Par analogie au peak oil, le peak fish ou pic de production des pêcheries, est dépassé. En 1995, la capture de poissons a atteint son tonnage maximum avec 95 millions de tonnes. Depuis, la pêche mondiale plafonne autour de 90 millions de tonnes. Les ressources halieutiques sont pourtant renouvelables, mais la surpêche a détérioré les chaînes trophiques. Alors donner de l’argent ne nourrira pas son homme quand il n’y a plus suffisamment de poissons, quand les sols sont désertifiés, quand l’eau potable manque, quand l’argent reçu sert de béquille à une famille nombreuse,… S’occuper uniquement des conséquences de l’appauvrissement sans s’attaquer aux causes profondes, souvent la surpopulation, ne résout aucun problème et même accroît les problèmes futurs.

Wotan : Eloge de l’assistanat. C’est un versement sans fin, donc inefficace… Il faut qu’ils apprennent à vivre en autonomie et non dans la dépendance éternelle.

Malthus : La suppression de toutes les grands causes de dépopulation ferait croître le nombre des habitants avec une rapidité sans exemple. Le principe de bienveillance, employé comme ressort principal de toutes les institutions sociales, paraît au premier abord un perfectionnement vers lequel doivent se diriger tous nos vœux. Mais les dons aux pauvres tendent manifestement à accroître la population sans rien ajouter aux moyens de subsistance. Ils contribuent à élever le prix des subsistances et à abaisser le prix réel du travail. Le plus simple, le plus naturel, semble être d’obliger chaque père à nourrir ses enfants. Cette loi servirait de frein à la population ; car l’on doit croire qu’aucun homme ne voudrait donner le jour à des êtres infortunés qu’il se sentirait incapable de nourrir ; mais s’il s’en trouve qui commettent une telle faute, il est juste que chacun d’eux supporte individuellement les maux qui en seront la suite et auxquels il se sera volontairement exposé.

Lire, assistanat destructeur

La surpopulation n’est pas le problème

Il a été officiellement reconnu par l’Organisation des Nations unies (ONU) que depuis le 15 novembre 2022, la planète compte plus de 8 milliards d’êtres humains. Ce chiffre semble énorme, il est plus que cela, ingérable et invivable. La surpopulation est un fait. Pourtant certains en doutent encore malgré l’évidence.

Gabrielle Andriamanjatoson, le 25 novembre 2022 : La surpopulation n’est en aucun cas le problème de notre planète, voici pourquoi.

La surpopulation est un problème qui a été évoqué dès la révolution industrielle au 19e siècle ; les experts prévoyant alors des conséquences catastrophiques, notamment à cause du manque d’espace et de ressources pour faire face à la croissance démographique. Mais l’histoire a montré que, finalement, même s’il y a plus de personnes sur Terre, la qualité de vie des humains s’est généralement améliorée. Même si les humains ont déjà largement dépassé la capacité optimale de la Terre à pourvoir à leurs besoins, il reste assez de ressources pour qu’on puisse subvenir à nos besoins. En fait, la pire facette de la croissance démographique, c’est le vieillissement démographique. Du fait que les humains ont tendance à avoir moins d’enfants, la population a tendance à compter plus de personnes âgées. Autrement dit, il y aura de moins en moins de jeunes pour travailler, alors qu’il y aura de plus en plus de vieux qui auront besoin de soutien et de soins. Mais les experts estiment qu’avec une meilleure organisation et une bonne utilisation des ressources qui sont à notre disposition, ce problème peut être facilement réglé. Le véritable problème, c’est la manière dont on gère les ressources nécessaires, notamment le changement climatique. Or le changement climatique n’est pas une conséquence de la surpopulation, mais de la manière dont on a décidé d’utiliser les ressources et l’énergie jusqu’à présent. Lhumanité ne devrait arriver à 10,4 milliards d’habitants qu’en 2100, et à partir de là, la croissance démographique va se stabiliser ou décliner.

mais sur le même site, un article antérieur dit l’inverse !

Ida Junker-Ceretti, le 18 janvier 2017

Il est clair pour nous tous que notre planète n’est pas extensible. Il n’y a pas beaucoup d’espace sur la Terre, sans parler des ressources – nourriture, eau et énergie – indispensables pour ses habitants. Ainsi, il semble logique qu’une population humaine croissante constitue une sorte de menace pour le bien-être de la planète Terre. La croissance démographique a été si rapide qu’il n’y a pas de véritable précédent historique. En d’autres termes, alors que la planète pourrait accueillir plus de 11 milliards de personnes d’ici la fin du siècle, notre niveau actuel des connaissances ne permet pas de prédire si une telle population est durable, tout simplement parce que cela n’est jamais arrivé auparavant.

Des centres urbains à faible revenu pourraient quitter les trajectoires de développement à faible émission de carbone. Le vrai problème se poserait si les personnes vivant dans ces régions décidaient d’exiger des modes de vie et les taux de consommation actuellement considérés comme normaux dans les pays à haut revenu ; quelque chose que beaucoup considèrent comme juste. Mais cela conduit à une conclusion peu confortable : les personnes vivant dans les pays à revenu élevé doivent jouer leur rôle, si le monde devait soutenir une grande population humaine. Dans cette optique, il doit y avoir un changement radical dans les valeurs fondamentales des sociétés développées : loin de mettre l’accent sur la richesse matérielle, elles devraient se tourner vers un modèle où le bien-être individuel et sociétal est considéré comme le plus important. Même si ces changements se produisent, il semble peu probable que notre planète pourrait vraiment supporter une population de 11 milliards d’individus. Nous devrions stabiliser la population mondiale, si possible à environ neuf milliards, et ensuite commencer une longue et lente évolution de la population décroissante. Cela signifie la réduction des taux de fécondité. La fécondité par femme est tombée de 4,7 bébés en 1970-1975 à 2,6 en 2005-10. Cependant, cela pourrait encore prendre des siècles avant que des réductions significatives ne surviennent. Les tendances sont si profondes que même un scénario apocalyptique pourrait ne pas changer leur cours.

Combien de personnes, en théorie, la Terre pourrait-elle supporter ? Ce nombre est entièrement dépendant des technologies … et du nombre de personnes que nous sommes prêts à condamner à une vie de pauvreté ou de malnutrition. Nous sommes déjà bien au-dessus du nombre durable, compte tenu des choix de vie de beaucoup d’entre nous et de notre réticence à les changer. À l’appui de cette affirmation, les problèmes du changement climatique, l’extinction de la biodiversité en cours, la pollution de masse des océans, le fait qu’un milliard de personnes souffrent de la faim et qu’un autre milliard de personnes ont des carences en éléments nutritifs. En fin de compte, le véritable enjeu est de savoir comment nous choisissons de faire fonctionner notre société. Si certains d’entre nous ou tous consomment beaucoup de ressources, la population maximale durable sera plus faible. Si nous trouvons des moyens pour chacun de consommer moins, idéalement sans sacrifier notre confort, la Terre sera en mesure de supporter plus d’humains.

Pour l’avenir prévisible, la Terre est notre seule maison et nous devons trouver un moyen de vivre de manière durable. Il semble clair que cela exige une réduction de notre consommation, en particulier une transition vers des modes de vie à faible empreinte carbone, et l’amélioration de la situation des femmes dans le monde entier.

Nous sommes 8 milliards, stop ou encore ?

Dans les médias, la question démographique est restée totalement absente des débats contemporains. Pourtant nous passons aujourd’hui le cap des 8 milliards d’êtres humains sur la planète Terre. Selon le compteur démographique de Neodemos,1 site pour lequel collaborent plusieurs démographes italiens, on aurait déjà atteint les 8 milliards le 19 janvier 2022. En effet  les statistiques à l’échelle mondiale connaissent un degré d’incertitude important car certains pays n’ont pas eu de recensement depuis des années.  Celui de la République démocratique du Congo, approximativement 107 millions d’habitants en 2021, date de 1984. Il y a bien sûr des estimations, mais elles résultent d’approches indirectes, avec une une marge d’erreur plus ou moins importante selon les pays. Au niveau mondial, un écart d’évaluation de 100 à 200 millions de personnes semble donc tout à fait acceptable. De toute façon un seuil de 8 milliards n’indique pas s’il y a suffisamment, trop ou pas assez d’humains. Voici quelques réponse possibles.

La première remarque, c’est d’indiquer que la population humaine connaît une évolution exponentielle, très rapide, avec un doublement de la population de période à période. On estime qu’il y avait 1 milliard d’habitants sur Terre en 1800, nous sommes 7 milliards de plus, une multiplication par 8. Or une telle accélération est très difficile à gérer. C’est ce que montrait le rapport au Club de Rome en 1972 sur les limites de la croissance :

« Une population croissant dans un environnement limité peut tendre à dépasser le seuil d’intolérance du milieu au point de provoquer un abaissement notable de ce seuil critique, par suite par exemple de surconsommation de quelque ressource naturelle non renouvelable… La rapidité des progrès techniques nous a permis jusqu’ici de faire face à cette démographie galopante, mais l’humanité n’a pratiquement rien inventé sur le plan politique, éthique et culturel qui lui permette de gérer une évolution sociale aussi rapide. »2 René Dumont pouvait écrire un an avant sa candidature à la présidentielle de 1974 : « J’ai été saisi à la gorge par les perspectives qui s’offrent à nous si se prolongent les actuelles croissances exponentielles de la population et de la production industrielle. Jamais une société humaine n’a perdu à ce point le contrôle de sa démographie, de sa technologie, de son modèle de consommation. Non seulement nous nous acheminons vers une rupture brutale de notre type de civilisation au détriment de nos petits-enfants, mais nous privons définitivement les pays d’économie dominée de toute possibilité de réel développement… »3

A cette époque, la population mondiale était estimée à 4 milliards d’humains ; en 50 ans nous avons doublé notre nombre, donc multiplié considérablement les difficultés économiques et socio-politiques, principalement dans les pays qui connaissent un blocage de leur développement... Le taux de croissance mondial a certes diminué, un peu plus de 1 % au niveau mondial, mais il s’agit encore d’un doublement tous les 70 ans. De tels effectifs, toujours croissants au rythme de 1 milliard tous les 13 ans depuis 1960, nous conduisent à consommer toujours plus de ressources, toujours plus d’énergie, à émettre toujours plus de polluants et de gaz à effet de serre. Ils nous conduisent aussi à occuper presque tous les espaces au détriment de la vie sauvage, de très nombreuses espèces ont déjà disparu ou sont en grand danger d’extinction. Les sols connaissent une désertification, la COP15 contre la désertification s’est achevé le 20 mai 2022 à Abidjan sans résultat probantComment nourrir, loger, transporter et faire vivre dans de bonnes conditions une telle multitude tour en respectant les limites de la planète ? Une étude du Conseil économique et social des Nations unies, publiée début 2011, mettait déjà clairement en garde :

« Sans un effort considérable pour abaisser le nombre de naissances, le scénario optimiste d’une population mondiale culminant à 9 milliards d’individus vers 2050 pour décliner ensuite pourrait être illusoire.4

Pourtant dans la presse ont fleuri récemment plusieurs articles exprimant une « inquiétude » démographique face à un risque de dépopulation. D’après une étude de l’université de Washington, 151 des 195 pays du globe seront en situation de décroissance démographique en 2050. Et les commentateurs d’estimer que cela ne constitue pas une bonne nouvelle. Quid selon eux des retraites, de la place de l’immigration, des systèmes de santé et de protection sociale ? Dans plusieurs pays, y compris la Chine, on s’inquiète du niveau de vieillissement et pas du poids global de la population sur les écosystèmes.

Selon la banque mondiale, la densité moyenne mondiale était de 24 hab./km² en 1961, de 60 hab./km² en 2020. Bien entendu les situations sont diverses selon les pays, 235 hab./km² en Allemagne, 381 en Belgique, 464 en Inde, 1265 au Bangladesh. Ces chiffres globaux sont trompeurs, le cas de l’Égypte est particulièrement frappant ; il n’y a que 30 000  km2 de surface utile et les 100 millions d’habitant se massent autour du Nil. L’Égypte présente alors une densité utile de 3 300 /km2, une des plus élevée au monde.

Prenez pour référence parlante une densité de 100 hab./km² soit un carré de 100 mètres de côté (1 hectare) pour chaque personne. C’est un minuscule espace non seulement pour assurer notre subsistance et nos commodités, mais aussi pour produire tout ce que nous consommons, logement, vêtements, meubles, voiture, ordinateur… Alors la France, surpeuplée ou sous-peuplée avec une densité de 123 hab./km² ? Il faut sinquiéter du poids de notre nombre qui a déjà dépassé depuis longtemps la capacité de charge de la planète et de la plupart des territoires comme l’indique par exemple les calculs de l’empreinte écologique.

Pour en savoir plus, cette synthèse publiée début octobre

Alerte surpopulation

Le combat de Démographie Responsable

Présentation du livre par l’éditeur

https://www.edilivre.com/alerte-surpopulation-michel-sourrouille.html/

NB : Comme les libraires ne peuvent retourner leurs invendus, faites une commande ferme auprès de votre libraire de proximité, à défaut commandez à la FNAC.

 

2 édition Fayard, sous le titre Halte à la croissance ?

3 René Dumont, L’utopie ou la mort, Paris, Seuil, 1973

Vers un imaginaire partagé décroissanciste

Un mythe constitue un récit fondateur, situé hors du temps, qui raconte la création du monde, justifie les relations entre les sexes, règle les rapports humains avec la nature… On chercherait en vain, dans le grand réservoir des mythes, un récit qui justifierait la croissance infinie. Pourtant le mythe moderne de la croissance baigne aujourd’hui notre imaginaire, il constitue le fondement de cette nouvelle religion en tant qu’ensemble de croyances communes qui scellent l’unité du groupe. Le grand récit religieux moderne passe désormais par les objets plutôt que par les mots. La preuve de la croissance et du progrès, ce sont les navettes spatiales, les robots intelligents, les voitures sans chauffeur, les smartphones, etc. Cet imaginaire doit changer puisqu’il y a rupture écologique.

éditorial du MONDE : Le présidentiable Macron avait promis de faire de la transition écologique le fil rouge de son second quinquennat, l’alpha et l’oméga des politiques publiques, le chantier dont tous les autres dépendraient… La méthode pour y parvenir recourt à une approche systémique, servie par des instruments de pilotage, capables de fournir des évaluations régulières. De ce point de vue, la planification écologique est l’outil adéquat…Mais il manque encore au dispositif un maillon essentiel : dans quel modèle de société doit s’inscrire cette transition écologique ?

A ce stade, celui-ci reste flou. Le gouvernement parle de « vivre mieux », sans préciser ce que cette amélioration recouvre concrètement. Les efforts, les changements de mentalité, les renoncements que cette bascule historique implique sont tels qu’ils nécessitent de tracer une nouvelle ligne d’horizon, donnant à chacun l’envie de se dépasser au service d’un enjeu collectif. Le cadre actuel, fondé sur la poursuite d’une croissance aveugle et une notion de progrès matériel obsolète, ne permettra pas de porter l’ambition d’une véritable transition écologique. Pour entraîner tous les rouages de décision sur le terrain, pour garantir à chaque citoyen une part d’effort juste et équitable selon ses moyens, pour emmener les Français dans ce projet, tout en évitant un mouvement type « gilets jaunes », il est indispensable de leur proposer un récit et une vision.

Le point de vue des écologistes

PChabert : Il manque la valorisation du bonheur issu de la simplicité. Mais tout le monde ne pourra pas devenir paysan autosuffisant

bert : Si Le Monde donnait l’exemple au lieu de toujours critiquer et faire la leçon ? Puisqu’on nous répète qu’il va falloir changer nos comportements, il doit supprimer la rubrique Voyages qui nous incite à aller visiter la Suède, la Crête, la Croatie, etc.

GERONIMO : Chacun doit en effet participer à sa juste mesure. Quand Le Monde déplore que l’Afrique est sous-développée en matière de parc de voitures et d’internet, le journal pousse donc à créer 8 milliards d’êtres humains avec un revenu de la classe moyenne occidentale. Quatre planètes n’y suffiraient pas avec la galopante démographie de certaines régions du globe. A un moment il faut être cohérents dans ses combats.

SxSam : Depuis l’issue funeste de la Convention citoyenne sur le climat, nous savons désormais dans quelle partie de son anatomie notre président range les projets écologique.

richardl1 : Ce que les Français veulent c’est des actes : relance massive du nucléaire, montée en puissance des renouvelables investissement dans l’hydrogéné et accélération du déploiement de la voiture électrique. De telles propositions tombent exactement dans le défaut d’une recherche de croissance aveugle.

YV : La capitalisme est fondé sur l’investissement productif et donc sur la croissance. Il n’y aura donc pas de transition écologique sans sortie du capitalisme. Or comme le soulignait Fredric Jameson, « il est plus facile aujourd’hui d’imaginer la fin du monde que la fin du capitalisme ». On va tous mourir pour n’avoir pas su/pu renoncer aux SUV et au Nutella.

Michel SOURROUILLE : Un changement culturel d’ampleur ne peut arriver en un jour, il se forge par étapes successives contre le règne des SUR : surcroissance, surconsommation, suremballage, surabondance, suractivité, surpâturage, surpêche, sur-communications, surendettement, surmondialisation, sur-mobilités, sur-tourisme, suréquipement, surmédicalisation, surpuissance technologique, etc. Mais je connais le résultat final, en DÉ : décroissance, démondialisation, désurbanisation, dévoiturage, dépopulation, dé-technicisation, démilitarisation, décentralisation, etc. Bien sûr un tel récit collectif est inaudible actuellement… pourtant quand nous n’aurons plus de pétrole mais le réchauffement climatique en prime, nécessité fera loi. Il y aura planification du rationnement si tout se passe bien, c’est-à-dire de façon maîtrisée, sans nous concocter une grosse guerre par exemple.

lire, La Sobriété face à la SURconsommation ?

Planification, faire de la France une « nation verte »

Chargée de la planification écologique, le premier ministre Elisabeth Borne a déclaré que la « révolution écologique » serait « radicale ». Mais Matignon, c’est-à-dire aussi la même, vient de dire qu’il n’y aurait pas d’annonces précises lors de son discours du vendredi 11 octobre. Tout est donc dans l’emphase, rien dans l’application concrète.

Elisabeth Borne : « Nous devons engager des changements radicaux dans nos manières de produire, de consommer, d’agir. Ce n’est pas une question d’idéologie, cela devient, de plus en plus, une question de survie… Ma conviction, c’est que nous devons agir, en même temps, et sur tous les fronts…  La planification écologique, c’est avancer dans le bon ordre. D’abord, nous fixer des objectifs ambitieux au niveau européen et national et les décliner secteur par secteur, territoire par territoire. Ensuite, dans chaque filière et dans chaque territoire, nous devons nous réunir et nous accorder, ensemble, sur une stratégie, des engagements et un calendrier. »

Le point de vue des écologistes

Stratégie… calendrier, Élisabeth tient le même discours tenu lors de chaque conférence internationale sur le climat, et ça fait 27 ans que ça dure… bientôt, le mois prochain, la COP27 à Charm el-Cheikh. Le gouvernement français écarte d’ailleurs toute immixtion dans les comportements individuels. Pour l’instant son ambition est seulement de mettre en œuvre les mesures déjà inscrites dans la loi, comme l’interdiction des ventes de voitures thermiques en 2040, l’objectif de sortie des plastiques à usage unique ou l’interdiction de louer des passoires thermiques en 2028. On accompagnera des décisions déjà prises, comme le « zéro artificialisation nette » des sols ou la production de 2 millions de voitures électriques en 2050. En fait on ne fera rien puisqu’il faut attendre l’acception de la baisse de niveau de vie par l’opinion publique, on a encore peur des Gilets jaunes.

Lire, Voiture électrique pour tous, faut pas rêver

Les seules proposition qui font sens seront dures à avaler : faudrait revenir en arrière. Un exemple, le logement. Que dire des « passoires thermiques », que faire pour diminuer la dépense énergétique liée au chauffage ?

La première solution est assez évidente : chauffer moins, beaucoup moins. En 1945, on ne chauffait que la cuisine qui était aussi la pièce à vivre. On trouvait normal que les pièces moins occupées telles les chambres, ne soient pas chauffées. Aujourd’hui il serait normal de sacrifier son confort afin de limiter le nombre de radiateurs et donc notre consommation énergétique.

La deuxième solution est d’ordre culturel : accepter de vivre ensemble dans de plus petites surfaces. En effet, nous sommes très individualistes et considérons comme normal de nous étendre sur des surfaces habitables importantes ; en gros un individu occupe entre vingt et quatre vingt mètres carrés à lui seul. Vingt mètres carré pour une famille de quatre enfants, quatre vingt mètres carrés pour une personne âgée seule. Il est évident que la personne âgée seule peut héberger matériellement une autre personne plus jeune. Il y aurait même intérêt pour sa sécurité et la communication avec l’autre. On comprend bien que ces solutions pratiques matériellement possibles sans frais, sont à l’opposé des principes de notre société individualiste et croissanciste.

La grande majorité des Français est préoccupé par le court terme, comme le pouvoir d’achat et l’inflation. Mais comme la facture énergétique va grimper vers les sommets, les comportements changeront de force. Le sentiment écologique n’est pas grand-chose actuellement, sauf en intentions, mais le signal prix résultant de la raréfaction des ressources fossiles nous fera passer dans une autre dimension culturelle.

Lire, Programme écologique « logement »

Contre la vie chère, pour le réchauffement !?

16 octobre 2022, « marche contre la vie chère et l’inaction climatique » de la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes). On rêve encore au grand soir. Philippe Poutou, a été acclamé. « Il faut inverser le rapport de force. On espère que c’est ce qui est en train de se passer, a lancé le chef de file du Nouveau Parti anticapitaliste. Notre 49.3 à nous, c’est la grève générale. »

Comme d’habitude, l’auto-persuasion et l’éternel refrain : « la convergence des luttes »... les grands mots pour se rassurer, pour se donner une raison d’exister ! Mais défendre le pouvoir d’achat, le logement, la nourriture pas chers, c’est défendre le pétrole, c‘est la course à la démagogie et au populisme, c’est rassembler sur les mêmes thèmes l’extrême droite et l’extrême gauche, c’est lamentable. Dans cette colère qui gronde, la question climatique passe complètement au second plan. Pour une fois le point de vue des écologistes rejoint celui d’un éditorialiste économique au « Monde »

Philippe Escande en octobre 2022 : « Marche contre la vie chère et l’inaction climatique, bel oxymore ! L’action climatique va coûter cher. Tant qu’on n’est pas prêt à accepter cela, on n’avancera pas », Selon l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie, l’empreinte carbone des Français provient essentiellement de trois sources : le déplacement, pour environ 30 %, le logement, pour 30 %, et la nourriture, pour un peu plus de 20 %. le gouvernement sort son carnet de chèques. Il subventionne les voitures électriques et l’isolation des maisons. il risque de se trouver rapidement à court de munitions face à la remontée des taux d’intérêt, qui alourdit sa dette, déjà considérable.15 octobre, le président du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux, qui n’est pas un apôtre de la décroissance, le reconnaissait lui-même : nous allons vers « une croissance plus sobre et plus raisonnée ». Autrement dit, nous achèterons moins de produits, qui seront plus chers.

Philippe Escande en janvier 2022 : « Le réchauffement climatique et la dégradation de la biodiversité, dus en majorité à ces énergies fossiles, ne permettent plus de continuer sur ce rythme. De cela, la plupart des gens en sont désormais convaincus. Mais ils n’ont pas intégré les sacrifices que cela implique : réduire l’utilisation de la voiture, la consommation de viande, les voyages, les achats, sa liberté individuelle… Gérer ce basculement inévitable vers un monde plus cher, car plus économe, mais aussi plus instable, devrait figurer en tête des préoccupations des politiques en ce début 2022. En auront-ils le courage ? »

Ne rien faire ne coûte rien. On ne veut plus de CO2 pour préserver le vivant, le climat et les générations futures ? On ne prend plus sa bagnole et on fait du vélo. On ne construit plus de maison, on vit à plusieurs dans chaque appartement, on fait moins de gosses, etc. Les arbitrages sont simples, mais le déni de Mélenchon (qui devrait expliquer plutôt que revendiquer) est patent et stimule quelques manifestants. Faut arrêter de promettre la lune, et montrer que la situation à venir va conjuguer à la fois inflation et stagnation de l’activité économique (stagflation) qu’on a connu dans les années 1970.

Il est vrai qu’il n’y a pas grand-monde pour accepter de baisser son niveau de vie. L’être humain a une aversion psychologique à la perte. Il est plus facile de refuser ce que l’on n’a pas que de perdre ce que l’on a. Vous allez me dire « c’est une question d’éducation », « il faut montrer l’exemple ». Certes, cela fait 50 ans que les écolos et quelques scientifiques travaillent la société au corps. Mais les résultats ne se font sentir que parce que les effets du réchauffement commencent à être visibles. Autrement dit, ce n’est pas l’éducation qui change les mentalités: c’est le mur pris en pleine face.

Puisque la pédagogie de la catastrophe n’a pas réussi à faire bouger les foules, c’est la catastrophe qui va faire la pédagogie de l’inéluctable. Il y aura nécessairement inflation, on ne peut lutter contre la variation des prix en situation de rareté. Il y aura chômage, une société thermo-industrielle sans carburants fossiles n’a plus rien pour faire tourner son moteur.

Lire, Pédagogie de la catastrophe n’est pas catastrophisme

On est empoisonné… de façon réglementée

L’eau de millions de personnes en France redevient conforme aux normes de qualité après le relèvement des seuils réglementaires !!!!

Stéphane Foucart : Relevez les seuils de tolérance, et tout s’arrange aussitôt. Syngenta a fourni à l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (Anses) de nouvelles études de l’herbicide S-métolachlore, comparables à celles dont les résultats suggéraient un problème possible. Or ces nouvelles données ne trouvent plus de génotoxicité à deux métabolites, permettant à l’agence de les considérer désormais comme non pertinents. Dans de nombreuses régions françaises touchées par la pollution des ressources hydriques aux pesticides, l’eau du robinet est redevenue conforme aux critères de qualité. Pas de disparition soudaine des contaminations donc , mais le simple déclassement de deux produits de dégradation (ou « métabolites »), fréquemment retrouvés dans les eaux de surface et souterraines. L’association Générations futures dénonce un « tour de passe-passe ». 97 % des eaux distribuées déclarées non conformes pourraient redevenir “conformes”. Ce sera vraisemblablement le cas pour plusieurs millions de Français. « Si le [S-métolachlore] était classé perturbateur endocrinien à l’issue de l’examen de sa demande de ré-approbation au niveau européen, précise l’agence, il sera nécessaire de réévaluer le classement de la pertinence de [ses] métabolite[s].

Lire, Histoire d’eau, un futur très inquiétant

Le point de vue des écologistes

Jean12 : Casser le thermomètre quand on a la fièvre n’a jamais fait baisser la température….

Michel Sourrouille : Nul ne sait à quel perturbateur endocrinien ou autre polluant diffus il est ou a été exposé au cours de sa vie ni à quel niveau : expositions au cours de la vie fœtale, effets importants à faibles doses, effet cocktail, etc. Il sera toujours très compliqué de mettre un nombre de maladies en face de contaminant sà bas bruit de la chaîne alimentaire, eau y compris. Nos mèches de cheveux montrent que nous sommes déjà tous polluées par des substances chimiques susceptibles de perturber le système hormonal. La coiffure de Yann Arthus-Bertrand, Isabelle Autissier, Delphine Batho, José Bové, Nicolas Hulot, Yannick Jadot, Marie-Monique Robin… une fois analysée recelait une palette de 36 à 68 substances différentes. Nous sommes donc tous malades, mais à faible dose… c’est positif, on mourra de bien autre chose que des conséquences lointaines des métabolites.

Alain-Michel Seux : le gaz VX, pour donner un exemple, n’a besoin que de 6 µg pour être mortel. L’argument sur les faibles quantités est à rejeter. D’autant que le corps accumule tout au long de son existence les machins toxiques. Les effets sont souvent cumulatifs au fur et à de la consommation d’eau, la consommation de fruits et légumes pour lesquels ce produit est utilisé, les résidus dans la viande … Il faut aussi prendre en compte les effets des autres polluants auxquels nous sommes exposés en même temps.

Pastefazul : Aucune étude ne montre qu’ils sont inoffensifs. Donc, il serait bon qu’ils ne soient pas fournis avec l’eau. Moi, quand je ne connais pas un champignon, je ne le mange pas. Et bien ici, c’est pareil.

MonOpinion : où sont les données indépendantes? Syngenta veut vendre et on ne se base que sur leurs données….

Margotte : Ne pas oublier que les seuils ont été abaissés jusqu’à la limite du détectable quand les compagnies fermières (lyonnaise des eaux, générale des eaux…) se tiraient la bourre pour emporter les marchés du traitement de l’eau potable, ce qui augmentait vertigineusement le coût des traitements et les bénéfices desdites compagnies

Djack Bear : Il y a plus de 40 ans le seuil limite pour les nitrates est passé de 33mg/j à 50mg/l sans justification scientifique.

Coxsbazar : Bientôt ce sera autour des nitrates de passer de 50 mg par litre à 100 mg par litre car les petites régies ne pourront certainement pas se payer une usine de dénitrification à 5 ou 10 millions d’euros plus 500000 € de frais de fonctionnement par an. Ensuite ce sera autour de la chloridazone et chaque molécule verra son seuil relevé

Thierry SP : Il ne faut pas laisser ces ressources stratégiques, les eaux potables, aux intérêts privées. Je remarque que l’Etat et ses services de contrôles ne sont plus toujours fiables quand ils gèrent la santé publique. C’est une ressource dont l’approvisionnement est souvent en flux tendu. Par exemple, à Bordeaux, l’eau provient d’eaux souterraines, mais pas de la nappe phréatique ; il y a donc des entrées d’eau marines salées et cette ressource était déjà en déséquilibre dans les années 1980. De plus certaines molécules ne sont pas éliminées ou très peu par notre organisme,  l’aluminium dans le système nerveux par exemple. Les graisses peu vascularisées retiennent les toxines très longtemps. Boire de l’eau pure n’est pas non plus une solution, elle doit être chargée en sels minéraux et contrôler totalement les composés est impossible économiquement. 

Lire cette synthèse, 22 mars 2021, Journée mondiale de l’eau

Le prix Nobel va à 3 économistes orthodoxes

Le marché boursier est en fait un casino où les uns gagnent ce que les autres perdent. Mais il possède la particularité de disjoncter périodiquement par rapport ce qu’il représente normalement, la valeur des entreprises. Les investisseurs peuvent prendre peur et tout vendre, n’importe quelle rumeur peut devenir une prophétie autoréalisatrice. Alors il y a krach boursier. Suite à cet affolement financier, grand nombre d’épargnants se ruent simultanément dans leurs banques pour retirer de l’argent . Cela devient une crise économique. Depuis la grande crise de 1929 et l’analyse de Keynes, on sait que la machine productiviste ne repart que si les banques créent de l’argent ex nihilo (la planche à billets) et si l’État pratique le déficit budgétaire. Si on demande au contraire aux gens de se serrer la ceinture, on amplifie la crise. C’est pour ces constats connus depuis longtemps que trois personnes ont reçu le prix « Nobel » de « sciences » économiques. Foutaise !

Le prix de la Banque de Suède en sciences économiques a été attribué le10 octobre 2022 à Ben S. Bernanke, Douglas W. Diamond et Philip H. Dybvig, « pour leurs recherches sur les banques et les crises financières ». Juste un truc sur Bernanke, le patron de la Réserve fédérale (Fed) entre 2006 et 2014 : Il avait tellement l’habitude d’émettre des déclarations illisibles, tant par les experts que par leur auteur, que sa femme a dit un jour:  » il m’a demandé en mariage – je n’ai pas compris. » Il faut bien rigoler un peu par rapport à des analyses orthodoxes qui nous ont poussé à la crise écologique.

Lire, Croissance durable, un oxymore obtient le prix Nobel !

Le point de vue des écologistes

Comme chacun devrait savoir, une personne qui croit encore qu’une croissance à long terme est possible dans un système planétaire clos (et dont on a déjà transgressé toutes les limites) est soit un fou, soit un économiste. L’économie orthodoxe s’est transformée en religion de la croissance, une chose abstraite dénuée de fondements matériels. Cette croyance été relayée politiquement aussi bien par la droite ou la gauche. Sarkozy voulait même aller chercher la croissance avec les dents. Mais traiter les crises financières en dopant la reprise économique a certes entraîné les Trente Glorieuse (1945-1974). Constatons que les dégâts infligés à la planète par le productivisme et la croissance à crédit se sont terminés au milieu des années 1970 par la stagflation, stagnation de l’activité économique et donc chômage accompagné par l’inflation.

C’est reparti à nouveau sur la même tendance en 2022, sauf que nous n’aurons plus d’énergies à prix très réduit comme nous l’avons eu au cours des 60 dernières années. Le « développement durable » aussi bien que la « croissance verte » sont impossibles à perdurer en l’absence de ressources naturelles en bon état. Nous allons vers une économie biophysique, de gré ou de force. Nous entrons dans l’ère de la grande crise écologique, et elle va durer au moins un siècle.

Lire, Les différents substituts au prix Nobel d’économie