épuisement des ressources

Guerre du pétrole, réalité et faux semblants

La part des produits pétroliers domine encore dans la consommation finale mondiale d’énergie (40 %). Nous sommes donc extrêmement dépendants et pourtant nos faisons comme si le litre d’essence (ressource non renouvelable) devait être similaire au prix du litre de lait entier (ressource renouvelable).

Jean-Baptiste Fressoz : En 2017, rendant visite au siège de la CIA, Donald Trump déclare que les Etats-Unis auraient dû « prendre le pétrole » irakien après l’invasion de 2003, ajoutant qu’« il y aurait peut-être une seconde chance ». Ce genre de déclaration relève de ce que Vitalis appelle « l’oilcraft ». Le terme n’est pas facile à traduire. Par analogie avec statecraft, l’art de gouverner, il désigne un ensemble de récits qui font du pétrole une source quasi magique de puissance politique. Malgré une occupation militaire prolongée, le pétrole irakien est demeuré une marchandise échangée sur le marché mondial, soumise à des logiques commerciales. Il est resté accessible, y compris, et même surtout, à des puissances rivales de Washington, comme la Chine…C’est cette leçon que Donald Trump refuse de tirer lorsqu’il affirme que les Etats-Unis auraient dû « prendre le pétrole » irakien – et qu’ils vont se rattraper sur celui du Venezuela. Le pétrole n’est pas une sorte de trésor souterrain que l’on peut « prendre » : il n’a de valeur que par l’investissement, par l’absence de substitut, par l’expertise des entreprises qui savent l’extraire, par l’intégration aux marchés – tout ce qui fait aujourd’hui défaut au Venezuela. Donald Trump n’est un qu’un croyant naïf. Le problème, c‘est qu’une mauvaise histoire dans un cerveau mégalomaniaque peut engendrer d’immenses désastres.

Michel Sourrouille : L’essentiel dans le discours de Jean-Baptiste, c’est que les conditions d’extraction du pétrole devient de plus en plus coûteuse et donc que le prix du baril doit augmenter. Plus c’est rare, plus c’est cher. Si l’offre est égale à la demande à un moment donné, avec des prix bas et relativement stable, c’est de la myopie. La constance du marché à ne pas envisager le long terme nous envoie dans le mur, une augmentation brutale du baril, un choc pétrolier suivie d’une crise internationale d’autant plus aigu qu’on commencera à envisager la fin du pétrole trop tard. Trump et son « drill, baby drill , n’est que les derniers gémissements des politiciens qui croient encore au miracle. Un système international cohérent ferait en sorte qu’on programme une augmentation constante du prix des carburants pour préparer la population à se passer de ressources fossiles dont on rappelle que leur combustion entraîne le réchauffement climatique. Sinon pétrole apocalypse !

Les commentaires sur lemonde.fr montrent qu’on regarde la réalité par le petit bout de la lorgnette, on occulte complètement ce qui conditionne notre avenir.

JeDubiteTuDubites : Ça doit faire partie du boulot du CNRS de produire des lignes publiées par Fressoz. Avec nos impôts bien sûr !

Makaevitch : Et si l’objectif de Trump était plutôt de contrôler des pays exportateurs de produits pétroliers vers la Chine ?

Oblomov : prix élevés sur le marché signifie prix élevés à la pompe pour l’électeur, et coûts plus élevé pour l’industrie utilisant de l’énergie à base de pétrole. Pas de quoi favoriser le succès de l’économie trumpienne.

LINDAKIEU : Le slogan de Obama est « Yes, we can » et il n’a rien foutu. La quasi-totalité des experts et médias mainstream ont prédit des échecs de Trump. Il a réussi deux fois à se faire élire.

Jacque P : le pétrole est la première source d’énergie mondiale, point. Et les conseillers économiques et politiques de Trump ne se trompent pas, croyez moi – surtout lorsqu’il s’agit de faire du profit, n’est-ce pas? Donc, oui, les USA ont investi le Venezuela pour ses ressources pétrolières.

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Octobre 1974, 50 ans déjà, le 1er choc pétrolier

extraits : Nos dirigeants ont la mémoire courte, ils font comme si le premier choc pétrolier n’avait pas eu lieu, ni les suivants. Ils restent croissancistes. Ils attendent donc le choc pétrolier ultime, celui qui fera en sorte que nous devrons agir dans l’urgence, de façon conflictuelle au niveau national (manifestations contre la hausse des prix) et international (conflits pour la répartition des ressources rares). Voici comme piqûre de rappel ce qui s’est passé en 1973-1974…

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Seule avec mon chat, pourquoi faire un gosse ?

Pour la première fois depuis la fin de la seconde guerre mondiale, indique le bilan démographique de l’Insee publié le 3 janvier 2025, le nombre de décès excède celui des naissances. La France affiche le nombre moyen d’enfants par femme le plus faible depuis la fin de la seconde guerre mondiale.

éditorial du MONDE : En France comme en Europe, la substitution progressive, depuis les années 1970, du « désir d’enfant » au « devoir d’enfant », qui, pendant des siècles, a conduit à désigner les femmes comme les seuls agents de la natalité, constitue un immense progrès, qui renforce les responsabilités parentales. On doit reconnaître la gravité des conséquences de la crise démographique. Du logement aux retraites, de l’éducation aux conditions de travail, de la protection sociale à la place de la France dans le monde, aucun domaine de l’action politique ne devrait être considéré indépendamment de l’enjeu démographique. (extraits)

Le point de vue des écologistes malthusiens

LaurentHBDE : Une fois les papys sous terre, les enfants auront la France pour eux, de l’immobilier disponible à bas prix, probablement moins de pollutions et des emplois enfin accessibles. Quelqu’un m’explique pourquoi je devrais paniquer ?

Luc de Noiolo : « Les plus de 65 ans seront bientôt plus nombreux que les moins de 20 ans » ; le taux de natalité « bien inférieur au seuil de renouvellement »; « gravité de la crise démographique »… Les éditoriaux du MONDE sur la situation démographique se suivent et se ressemblent : une liste de mauvaises nouvelles assénées d’un ton autant péremptoire que faussement neutre. Et bien sûr, toujours aucune mention d’un phénomène qui pourtant ne s’embarrasse aucunement du conditionnel : le Papy Crash, ou disparition naturelle des boomers: Stabilisation du nombre de retraités dès 2028-2029, diminution à partir de 2037-2038. Jusqu’à 2000 décès par jour, autant de pensions et de dépenses de santé en moins.

Forza : L’obstination d’avoir toujours plus de population pour faire vivre un modèle de croissance infinie, est une hérésie hors sol. Il faut le dire. C’est bien que la population baisse. Certes il faut trouver de quoi compenser, mais on va aussi moins dépenser !!! En tout cas, on ne peut pas continuer a se multiplier comme des lapins sur une planète qui crame…

Michel Sourrouille : Il est étonnant qu’on ne se soit jamais inquiété de la hausse de la population alors que la France a depuis longtemps dépassé la capacité de charge de son territoire… Maintenant on trouve épouvantable la baisse de fécondité alors que c’est une excellente nouvelle pour les voyageurs dans le métro et le nombre de loups en France !

Donc amis politiques, travaillez sur des scénarios de décroissance, c’est vital.

SBC1982 : Enfin ! Les humains n’étant pas indispensables sur cette petite planète, vivement qu’ils deviennent le moins nombreux possible. Arriver à zéro, c’est très bien.

La question complexe du désir d’enfant

Solène Cordier : Cette chute de la natalité, amorcée en 2011, traduit-elle une baisse du désir d’enfant  ? En vingt-cinq ans, le nombre d’enfants souhaités est en effet passé de 2,7 à 2,3 en moyenne. Dans la tranche d’âge des 25-39 ans, un âge-clé en matière de procréation, les intentions de fécondité sont en baisse dans toutes les catégories sociales, de genre et d’origine. Or, il existe un décalage entre le nombre d’enfants souhaités et le nombre d’enfants réels, moins élevé. Les incertitudes liées à l’avenir, d’ordre climatique, économique et politique, sont avancées. Émancipation des femmes et entrée massive de ces dernières dans le monde du travail, injonctions fortes pesant sur la parentalité, angoisse climatique, infertilité croissante, coût élevé du logement… Une foule de raisons peuvent peser sur la décision de procréer.

La psychanalyste Geneviève Delaisi de Parseval : « Depuis le Moyen Age, c’était le devoir d’enfant qui primait et écrasait le désir. Devoir vis-à-vis des parents des individus, vis-à-vis d’enfants aînés décédés, vis-à-vis de la société, vis-à-vis de l’espèce… ».

L’historienne Sylvie Chaperon : « Plus qu’un désir, on considérait que c’est la nature des femmes de mettre au monde des enfants ».

L’émergence du désir de maternité assumée en tout conscience renvoie à une période très récente. Avec deux dates importantes : 1956, la création de la Maternité heureuse, l’ancêtre du Planning familial, et la décennie 1970, qui se caractérise par la diffusion des méthodes de contraception et la légalisation de l’avortement.

Sur le plan des idées : La sortie en 1949 du Deuxième Sexe, livre de Simone de Beauvoir, est une date importante. Beauvoir affirme que les mauvaises mères existent et s’élève contre l’idée d’un instinct maternel. De nos jours, la parole des nullipares se libère. Dans des podcasts, des ouvrages, des comptes Instagram, le non-désir d’enfant est davantage assumé. Le phénomène prend racine dans une « volonté de sortir des diktats de la maternité ».

Zorglu : Ne faudrait-il pas inverser la question : plutôt que se demander pourquoi les gens veulent moins d’enfants, il serait intéressant de leur demander pourquoi ils en veulent ? On serait très étonné par les réponses. Les allocations familiales ? Donner un petit frère à la petite sœur ? Ma troisième femme en voulait un elle aussi !

Allons allons… : Un enfant ça coûte un pognon de dingue…

Fran56 : La perspective de se retrouver dans un régime d’extrême droite ne donne pas non plus très envie d’imposer ce naufrage à des enfants

testiflette : Même si elle a eu des enfants, elle termine « seule avec son chats ». En effet, les enfants, flexibilité de l’emploi oblige, ne vivent plus à proximité de leurs parents et les visitent seulement occasionnellement… quand ils ont le temps.

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Accès à l’énergie et guerres du pétrole

Donald Trump revendique haut et fort le sale petit secret au cœur de la géostratégie américaine depuis un demi-siècle : il n’y a pas de puissance sans contrôle de l’accès à l’énergie.

Ce secret de Polichinelle, l’Europe doit le regarder à nouveau bien en face. Les sources d’hydrocarbures de la mer du Nord ont commencé à se tarir il y a un quart de siècle. Pour échapper à la tenaille des deux « superpuissances » énergétiques que sont la Russie et les Etats-Unis, l’UE doit miser avec lucidité sur ses faibles sources domestiques d’énergie, renouvelables et nucléaire.

Matthieu Auzanneau : En 1970, les sources vieillissantes de pétrole conventionnel des Etats-Uni entrent en déclin. L’amorce de ce double tarissement de l’or noir classique sur le continent américain sur-détermine les chocs pétroliers de 1973 et 1979. Il coïncide aussi avec l’investissement cauchemardesque de la puissance américaine autour du golfe Persique, depuis la longue guerre Iran-Irak (autorisation du recours de l’Irak à l’arme chimique, « Irangate »…) jusqu’à l’invasion de l’Irak en 2003. L’ex-gouverneur de la Fed [la Banque centrale américaine] Alan Greenspan, affirmait : « Le pétrole est le seul mobile de la guerre d’Irak. » Le déclin du pétrole conventionnel n’a pas cessé de se poursuivre. Confrontée à ce phénomène naturel, l’industrie américaine cherche à partir des années 1980 à développer les sources non conventionnelles. On vise alors les pétroles lourds du Canada et du Venezuela. Exploiter ces bruts visqueux demande des investissements importants pour les traiter. La plupart des raffineries des Etats-Unis s’équipent alors pour traiter en particulier le brut « extra-lourd » vénézuélien, plus intéressant économiquement que les sables bitumineux canadiens.

En 1999, la prise de pouvoir du socialiste Hugo Chavez bouleverse ce plan de sauvegarde de l’industrie pétrolière américaine. Sur le continent américain, du Canada à l’Argentine, 40 % de la production mondiale de brut est à la portée de l’influence de Washington. En procrastinant sur ses objectifs climatiques de décarbonation, l’Europe, première importatrice mondiale de pétrole à égalité avec la Chine, s’est d’elle-même placée dans une position géostratégique terriblement vulnérable.

Le point de vue de Michel Sourrouille

Je supplie les partis politiques, et particulièrement les partis écolos, de prendre en compte notre situation de « guerres du pétrole ». Dans le livre de Matthieu Auzanneau et Hortense Chauvin « Pétrole, le déclin est proche », le pic pétrolier global « surviendra probablement durant la décennie 2020. Une chose est certaine, le pic de production du pétrole dit conventionnel – ou à bas prix – est déjà loin derrière nous, depuis 2008. »

Le réchauffement climatique a occulté la réalité du pic pétrolier, mais cela fait une double menace qui pèse sur notre mode de vie futur. L’Union européenne est presque totalement dépendante de l’importation de ressources fossiles. La boulimie énergétique des USA accroît la concurrence sur ces ressources

J’avais organisé un colloque à l’Assemblée nationale le 25 janvier 2011 : « Pic pétrolier, quelles conséquences politiques pour 2012 ». A la tribune entre autres Yves Cochet, Jean-Marc Jancovici, Matthieu Auzanneau… devant un large public et plusieurs députés.

JM Jancovici ce jour-là (extraits) : « L’idée qu’on va pouvoir trouver des substituts à l’énergie fossile ou à l’uranium, c’est une chimère, ça n’existera pas. Aujourd’hui, pour faire un baril jour de pétrole conventionnel, il faut mettre sur la table 20 000 dollars de coût en capital. Pour les hydrocarbures non conventionnels, coal to liquids ou sables bitumineux, il faut 200 000 dollars. Dix fois plus de capital nécessaire, le coût en capital du déplacement des ressources fossiles représente des sommes astronomiques. Il faut donc investir massivement dans les économies d’énergie sinon le problème social sera dramatique…. »

Dès 2005, Yves Cochet pouvait parler de pétrole-apocalypse : « La hausse du cours des hydrocarbures ne sera pas un simple choc pétrolier, ce sera la fin du monde tel que nous le  connaissons… Dans les pays industrialisés, l’alimentation du consommateur est le dernier maillon d’une chaîne agroalimentaire dominée par la délocalisation et la désaisonnalisé… Suite au pic pétrolier, les pays importateurs souffriront de pénurie, ce qui les entraînera vers l’effondrement économique et social. Où aller pour trouver à boire et à manger ? Nous n’avons plus de parents fermiers à la campagne chez lesquels nous réfugier comme nous l’avons fait au cours de la débâcle de 1940. Nous n’avons plus un ailleurs inexploré comme l’avaient jadis quelques hordes, émigrant massivement lorsque la pression démographique sur le territoire traditionnel dépassait sa capacité de charge écologique. Que nous restera-t-il hormis la violence ? Il n’existe qu’une demi-solution : la sobriété immédiate… »

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Le réchauffement climatique a occulté le pic pétrolier

extraits : Nous sommes une société où l’information chasse la précédente, donc plus aucun événement n’a d’importance. Un jour on nous parle de la fonte des glaciers, c’est abominable, le lendemain de la mort de Johnny Hallyday, c’est atterrant, le surlendemain de l’extinction de la biodiversité, c’est catastrophique, et de temps en temps on s’immobilise médiatiquement sur des événements anodins… quand il n’y a pas un attentat terroriste. Autant dire que le pic pétrolier est derrière nous, on a déjà oublié que les ressources fossiles ne sont pas renouvelables. Misère, misère, trop d’informations tue l’information, tu l’intelligence, tue notre capacité à envisager l’avenir. Seuls quelques spécialistes de l’énergie lancent en vain un cri d’alarme par rapport à notre addiction à la merde du diable….

Lire, « Pétrole-apocalypse «  d’Yves Cochet

http://biosphere.ouvaton.org/de-2005-a-2008/1119-2005-petrole-apocalypse-dyves-cochet

Sur ce blog biosphere, nous sonnons le tocsin depuis longtemps :

16 mars 2016, BIOSPHERE-INFO, bientôt la crise pétrolière ultime

23 avril 2014, Le PIB va s’effondrer avec le prochain choc pétrolier

31 mars 2013, transition énergétique : rien sur le pic pétrolier !!!

10 décembre 2012, Pic pétrolier : l’alerte ignorée d’un expert du FMI

25 février 2012, campagne présidentielle française et déni du pic pétrolier

6 février 2012, pic pétrolier, pic de la mondialisation, pic de notre civilisation

16 février 2011, le pic pétrolier vu par les politiciens

15 février 2011, le pic pétrolier vu par Yves Cochet

14 février 2011, le pic pétrolier vu par JM Jancovici

13 février 2011, le pic pétrolier vu par Bernard Durand

30 décembre 2010, Crise ultime et pic pétrolier

4 décembre 2010, tout savoir sur le pic pétrolier

25 novembre 2010, pic pétrolier, le commencement de la fin

6 novembre 2010, après le pic pétrolier, le pic charbonnier !

12 août 2010, la date du pic pétrolier

19 avril 2008, pic pétrolier (USA, Russie, etc.)

Il n’y a pire aveugle que celui qui ne veut pas voir…

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L’impérialisme fou de Trump le cinglé

Jusqu’où ira Donald Trump ? C’est la question que chacun est en droit de se poser après l’attaque spectaculaire menée au Venezuela et l’enlèvement de son dirigeant, Nicolas Maduro. En affirmant sa volonté de profiter des quelque 30 milliards de barils de réserve d’or noir du Venezuela, Donald Trump assume de mettre la superpuissance militaire américaine au service de son idéologie « L’Amérique d’abord ». Ce pays, qui s’est fondé sur le génocide des autochtones et la spoliation des terres et des ressources revient à ses fondamentaux.

Le président Donald Trump piétine un droit international déjà bien mal en point, ainsi que le rôle constitutionnel du Congrès américain et tout ce que les Etats-Unis comptent comme alliés. Rien ne permet d’affirmer que le milliardaire s’arrêtera là. Au contrôle d’un Etat souverain revendiqué par les Etats-Unis s’ajoutent désormais les menaces plus ou moins explicites visant l’Iran, la Colombie et Cuba, sans compter les velléités d’annexion du Groenland, territoire appartenant au Danemark, pays membre de l’OTAN. Aucun président américain n’a jamais déployé autant d’énergie pour affaiblir l’influence des États-Unis dans le monde en croyant le contraire.

Nous relatons les errements de Donald Trump et ses conséquences depuis ce début d’année 2026 en tenant à jour cette chronique.

3 janvier 2026. Donald Trump fait bombarder le Venezuela. Dans la foulée Donald Trump déclare dans un message publié sur son réseau, Truth Social : « Les Etats-Unis d’Amérique ont mené avec succès une frappe d’envergure contre le Venezuela et son dirigeant (Nicolas Maduro), qui a été capturé avec son épouse, et exfiltré du pays ».

– Le vice-président américain, J. D. Vance, explique que « le président [Donald Trump] a proposé à plusieurs reprises des voies de sortie, mais il a été très clair tout au long de ce processus : le trafic de drogue doit cesser et le pétrole volé doit être restitué aux Etats-Unis.

– Le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva : « Les bombardements sur le territoire vénézuélien et la capture de son président franchissent une ligne inacceptable. Attaquer des pays, en violation flagrante du droit international, est le premier pas vers un monde de violence, de chaos et d’instabilité, où la loi du plus fort l’emporte sur le multilatéralisme. »

– Jean-Noël Barrot, ministre français des affaires étrangères, a dénoncé « une atteinte grave à [la] dignité et [au] droit à l’autodétermination » du peuple vénézuélien, « la France rappelle qu’aucune solution politique durable ne saurait être imposée de l’extérieur et que les peuples souverains décident seuls de leur avenir ».

3 janvier 2026. Trump s’exprime publiquement à 17h42 heure française :
« A ma demande, les forces armées américaines ont conduit une opération militaire extraordinaire dans la capitale du Venezuela, un assaut comme on en n’avait pas vu depuis la Seconde Guerre mondiale pour confronter à la justice le dictateur hors-la-loi Nicolas Maduro. Nous allons diriger le pays jusqu’à ce que nous puissions assurer une transition sûre, appropriée et judicieuse. Nous ne pouvons pas prendre le risque qu’un autre s’empare du Venezuela qui ne souhaiterait pas le bien du peuple vénézuélien. Nous allons faire intervenir nos très grandes compagnies pétrolières américaines, les plus importantes au monde, qui vont investir des milliards de dollars pour réparer les infrastructures gravement endommagées, partager les ressources pétrolières et commencer à générer des revenus pour le pays »

– Le mot pétrole a été prononcé pas moins de 20 fois lors de la conférence de presse de Donald. « Nous allons leur vendre le pétrole » a-t-il asséné, dans une formule qui montre qu’il considère désormais les réserves en hydrocarbure à l’étranger comme les siennes. Que les Etats-Unis aient été mis dehors lors de la nationalisation par Hugo Chavez des réserves pétrolières n’est pas un vol, mais le droit absolu d’un État souverain.

– Dans les premières prises de parole, les officiels américains ont insisté sur le fait qu’il s’agissait d’une intervention ciblée contre un individu (Nicolas Maduro) soupçonné de trafic de drogue, menée par des officiers judiciaires protégés par les forces spéciales de l’armée, et non d’une intervention militaire contre le dirigeant d’un autre pays, ce qui reviendrait à une déclaration de guerre. Aux Etats-Unis, le pouvoir de déclarer une guerre revient au Congrès, qui n’a pas été consulté en la matière.

– Ce qui vient d’être commis est du même acabit que l’attaque de l’Ukraine par Poutine, un acte contraire au droit international. Avec le non respect de la Charte des Nations Unies par deux pays qui sont membres du Conseil de Sécurité, les bornes sont franchies, il n’y a plus de limites. Ceci montre que l’extrême droite nationaliste au pouvoir c’est toujours la trahison des idéaux. Trump, Poutine appartiennent à la catégorie des dictateurs fauteurs de guerre, fouteurs de merde et maîtres en pillage.

– L’opération militaire coup de poing est certes une réussite, les soldats font la seule chose qu’ils savent faire, obéir et frapper. Mais gérer un pays de 28,5 millions d’habitant est une autre paire de manche. Des troupes américaines au sol vont être considérés comme des envahisseurs. Une élection au Venezuela sous contrôle américain est une gageure. Une telle méconnaissance des réalités d’un pays riche en pétrole mais socialement et économiquement à la dérive est ahurissante. Cela montre que Trump ne prend pas conseil auprès de personne compétentes au niveau géopolitique.

3 janvier 2026. « Nous n’avons pas peur d’envoyer des troupes sur le terrain si besoin », a déclaré Donald Trump en réponse à une question sur la manière dont les Etats-Unis comptaient désormais gouverner le Venezuela. Avant de poursuivre : « Le Venezuela va être géré avec beaucoup de discernement et d’équité. Et ça va rapporter beaucoup d’argent. On va donner de l’argent aux gens, on va rembourser ceux qui ont été lésés. On va prendre soin de tout le monde. On ne pouvait pas les laisser faire. Vous savez, ils ont volé notre pétrole. On a construit toute cette industrie là-bas, et ils nous l’ont prise comme si on n’était rien. »

– La Charte des Nations unies, qui forge les relations entre Etats depuis quatre-vingts ans, demande à ses membres (193 aujourd’hui) dans leurs relations internationales. » de recourir à la menace ou à l’emploi de la force contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique de tout Etat ». La charte prévoit des exceptions : pour être légale, une intervention doit être validée par le Conseil de sécurité des Nations unies ou doit relever de la légitime défense. Ce qui, dans la situation présente, n’est pas le cas. La procédure pénale enclenchée aux Etats-Unis contre M. Maduro pour justifier l’intervention ne confère aucun titre juridique autorisant l’exercice d’une contrainte armée sur le territoire d’un Etat souverain.

– Déclaration conjointe de l’Espagne, du Brésil, du Chili, de la Colombie, du Mexique et de l’Uruguay concernant les événements au Venezuela : « Nous exprimons notre préoccupation face à toute tentative de contrôle, d’administration ou d’appropriation extérieure par un gouvernement de ressources naturelles ou stratégiques, qui est incompatible avec le droit international et menace la stabilité politique, économique et sociale de la région. »

– Les Etats-Unis risquent de se retrouver avec une situation locale compliquée à gérer, dans un pays où la Chine et la Russie ont des intérêts.

– Trump vient de légitimer l’envahissement prochain de Taïwan par la Chine. En une seule année, et même s’il perd les midterms (élections de mi-mandat), il aura semé les graines de conflits majeurs à travers le monde. Ce personnage est le chaos incarné. Vraiment, ce n’est pas un cadeau que les Américains se sont faits et ont fait au monde…

– Donald Trump est déjà bien embêté pour déterminer qui devrait avoir le pouvoir au Venezuela. Il a rejeté sèchement toute possibilité d’une accession au pouvoir de la cheffe de l’opposition vénézuélienne et Prix Nobel de la paix, Maria Corina Machado. Il a affirmé que la vice-présidente du Venezuela, Delcy Rodriguez, avait dit au secrétaire d’Etat américain Marco Rubio être prête à coopérer avec les Etats-Unis. Celle-ci a cependant déclaré dans la soirée que Nicolas Maduro était « l’unique président du Venezuela ».
On souhaite à Trump bien des mésaventures pour diriger à distance un pays ingouvernable où les yankees ne sont pas les bienvenus. « Yankees go home » va bientôt être sur toutes les lèvres en Amérique du Sud.

– L’une des mesures entérinées dès le 3 janvier 2026 par le régime vénézuélien a été la déclaration d’un décret d’estado de conmocion exterior, sorte d’état d’urgence qui octroie des pouvoirs élargis au chef de l’État face à la menace d’une « agression de l’empire américain ». Il ordonne notamment la recherche et l’arrestation de « toute personne impliquée dans la promotion ou l’attaque de l’armée des Etats-Unis ».

– En 2003, les États-Unis de George W. Bush avaient envahi l’Irak sans mandat international mais après le vote d’une autorisation d’usage de la force par les élus du Congrès. Ce précédent rappelle ce que peuvent provoquer des interventions brutales, dépourvues de légitimité internationale, dans des pays fragilisés par un pouvoir autoritaire. Il faut être armé d’un solide optimisme pour imaginer qu’une administration à ce point aveuglée par l’idéologie impérialiste et l’esprit de rapine s’est préparée à toutes les éventualités au Venezuela.

– Si le précédent de Caracas fait école, ceux qui veulent trouver des vertus au marteau américain, en négligeant ses périls, regretteront amèrement leur complaisance lorsque leurs propres intérêts seront à leur tour et tout aussi arbitrairement réduits en poussière.

– Donald Trump accuse Nicolas Maduro de diriger le prétendu cartel vénézuélien de Los Soles, mais il a dans le même temps gracié et libéré l’ancien président hondurien Juan Orlando Hernandez (2014-2022), pourtant condamné aux Etats-Unis à quarante-cinq ans de prison pour trafic de drogue.

– Kamala Harris, l’ancienne candidate démocrate à la présidentielle : « Nous avons déjà vu ce scénario. Des guerres pour un changement de régime ou pour le pétrole, présentées comme des démonstrations de force, se transforment en chaos, et les familles américaines en paient le prix. »

– Malgré une production domestique importante, les USA sont importateurs de pétrole. Le pétrole brut raffiné aux USA provient seulement à 60 % de la production nationale. Pour le reste 25 % vient du Canada, 3 % du Mexique pour 3 % et 12 % du reste du monde. Le rebond de la production grâce au “pétrole de schiste” est majeur, mais n’a pas permis de rendre le pays autosuffisant. Et ce pétrole non conventionnel est beaucoup trop coûteux à extraire pour être rentable.Les Américains consomment actuellement 20 % environ du pétrole mondial à eux tout seuls. Ajoutons que la population américaine de 348 millions d’habitants ne représente que 4,2 % de la population mondiale.

– Réduire la situation vénézuélienne à une opposition morale (« dictature » vs « démocratie ») occulte l’essentiel : la centralité du pétrole dans les rapports de force actuels.

– « Récemment, Trump a avancé un autre prétexte pour justifier son action. Il a écrit sur les réseaux sociaux qu’il souhaitait que le Venezuela restitue “aux Etats-Unis d’Amérique tout le pétrole, les terres et autres biens qu’ils nous ont volés” … C’est un mensonge : le Venezuela a nationalisé ses champs pétrolifères en 1976, mais de nombreux autres pays ont fait de même, notamment l’Arabie saoudite avec la Russie… Cela laisse penser que l’objectif de Trump n’est pas d’apporter la liberté au Venezuela, mais plutôt d’obtenir l’accès à ses réserves de pétrole, les plus importantes au monde. » (Washington Post) 

– « Le Venezuela semble être devenu le premier pays victime de cet impérialisme des temps modernes, et cela représente une conception dangereuse et illégale de la place des Etats-Unis dans le monde » (New York Times)

– La question écologique n’est donc pas seulement qui gouverne le Venezuela, mais pourquoi le pétrole reste un levier de domination mondiale. C’est cette dépendance énergétique, et non tel ou tel dirigeant, qui rend ces situations récurrentes. Si l’écologie politique veut être cohérente, elle doit dénoncer la logique d’appropriation des ressources fossiles ; appeler que la sortie des hydrocarbures est aussi une condition de paix durable ; refuser de servir de caution morale à des stratégies énergétiques déguisées.

4 janvier 2026. Donald Trump a réaffirmé, son souhait de voir le Groenland passer sous la coupe américaine, après que la première ministre danoise a exhorté les Etats-Unis à « cesser [les] menaces » d’annexer le territoire ce week-end. « Nous avons besoin du Groenland du point de vue de la sécurité nationale, et le Danemark ne sera pas en mesure de s’en occuper », a déclaré le président américain aux journalistes à bord d’Air Force One. « Nous nous occuperons du Groenland dans environ deux mois… parlons du Groenland dans vingt jours »

– Ils sont de plus en plus cinglés. Donald Trump et son équipe « discutent de plusieurs options » pour obtenir le Groenland, « et bien sûr utiliser l’armée américaine est toujours une option à la disposition » du président, a déclaré, mardi 6 janvier 2026, sa porte-parole, Karoline Leavitt.Le président américain « a fait savoir clairement qu’acquérir le Groenland était une priorité de sécurité nationale pour les Etats-Unis, et c’est vital pour tenir en respect nos adversaires dans la région arctique », a-t-elle fait savoir.

La première ministre danoise a exhorté les Etats-Unis à « cesser [les] menaces » d’annexer le territoire ce week-end. « Nous avons besoin du Groenland du point de vue de la sécurité nationale, et le Danemark ne sera pas en mesure de s’en occuper », a déclaré le président américain aux journalistes à bord d’Air Force One. « Nous nous occuperons du Groenland dans environ deux mois… parlons du Groenland dans vingt jours »

– Plusieurs membres de la Chambre des représentants, dont certains issus des rangs républicains, ont exprimé leur désaccord face à la prédation d’un territoire associé à l’Union européenne et à l’OTAN, le tout sans l’accord de ses habitants, les Groenlandais.

5 janvier 2026. Après l’opération militaire américaine au Venezuela, le Conseil de sécurité s’est réuni en urgence à New York. En dépit de quelques critiques, le conseil ne s’est pas prononcé clairement sur la légalité ou pas de l’enlèvement du président vénézuélien par Washington, laissant présager qu’après l’invasion de l’Ukraine ou la guerre menée à Gaza par Israël, cet épisode vénézuélien pourrait bien être un troisième clou dans le cercueil du multilatéralisme et du droit international. L’ambassadeur américain, Mike Waltz, a surtout martelé qu’il était « inacceptable que les plus grandes réserves d’énergie du monde continuent d’être sous le contrôle d’adversaires des Etats-Unis ».

Nous sommes clairement face à une guerre du pétrole où le plus gourmand en énergie fossile, les USA (20 % des la consommation pour 4 % de la population mondiale) en veut toujours plus alors qu’ils sont déjà gros émetteurs de gaz à effet de serre.

– Pour la première fois, un président américain revendique ouvertement le fait d’avoir tenu le Congrès à l’écart, non par nécessité stratégique ou par urgence, mais par mépris, par crainte de « fuites » venant du Capitole. Il y a une ironie tragique à voir Donald Trump se poser en libérateur du Venezuela, alors même qu’il a évincé et humilié son propre Congrès à deux reprises, y compris après l’assaut meurtrier du Capitole, le 6 janvier 2021. Nicolas Maduro, de son côté, a lui aussi méprisé son Parlement, contraignant Juan Guaido, son dernier président légalement élu, à l’exil. Le parallèle est cruel : celui qui se prétend champion de la liberté ailleurs pratique chez lui une concentration des pouvoirs que Montesquieu aurait qualifiée de despotique. Montesquieu avait anticipé ce danger dans De l’esprit des lois (1748) : « Lorsque, dans la même personne ou dans le même corps de magistrature, la puissance législative est réunie à la puissance exécutrice, il n’y a point de liberté. »

– Déclaration de Jeffrey D. Sachs au Conseil de sécurité de l’ONU concernant l’agression étasunienne contre le Venezuela : « La question soumise au Conseil est de savoir si un État membre a le droit, par la force, la coercition ou l’étranglement économique, de déterminer l’avenir politique du Venezuela ou d’exercer un contrôle sur ses affaires. Au cours de l’année écoulée, les États-Unis ont mené des opérations de bombardement dans sept pays, sans autorisation du Conseil de sécurité ni au titre de la légitime défense au sens de la Charte. Parmi les pays visés figuraient l’Iran, l’Irak, le Nigeria, la Somalie, la Syrie, le Yémen et, désormais, le Venezuela. Au cours du mois écoulé, le président Trump a proféré des menaces directes contre au moins six États membres de l’ONU, dont la Colombie, le Danemark, l’Iran, le Mexique, le Nigeria et, bien sûr, le Venezuela. …L’anarchie internationale mène à la tragédie… Selon la Charte, l’ONU a été créée « pour préserver les générations futures du fléau de la guerre, qui, à deux reprises au cours de notre vie, a causé d’innombrables souffrances à l’humanité…». (extraits)

https://www.pressenza.com/fr/2026/01/declaration-de-jeffrey-d-sachs-au-conseil-de-securite-de-lonu-concernant-lagression-etasunienne-contre-le-venezuela/

6 janvier 2026. Donald Trump, a assuré le que Caracas allait remettre aux Etats-Unis « entre 30 et 50 millions de barils de pétrole » actuellement stockés sur des navires. « Ce pétrole sera vendu aux prix du marché et l’argent sera contrôlé par moi »Le gouvernement américain a aussi annoncé le 7 janvier que Washington contrôlerait « pour une période indéterminée » la commercialisation du pétrole vénézuélien.

7 janvier 2026. Donald Trump a signé un décret ordonnant le retrait des Etats-Unis de 66 organisations internationales qui « ne servent plus les intérêts américains ». 31 sont liées à l’ONU, dont la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC). En septembre 2025, depuis la tribune de l’Assemblée générale de l’ONU, Donald Trump avait qualifié le réchauffement de « plus grande arnaque de notre histoire » et fait l’éloge du charbon « propre et magnifique ».

– Washington poursuit ainsi son désengagement de la coopération mondiale sur le climat. « L’administration Trump a jugé ces institutions redondantes, mal gérées, inutiles, coûteuses, inefficaces, instrumentalisées par des acteurs poursuivant des objectifs contraires aux nôtres, ou menaçant la souveraineté, les libertés et la prospérité générale de notre nation », a déclaré le département d’État.

– Dans un communiqué, le secrétaire d’Etat américain, Marco Rubio, a accusé les organisations visées de promouvoir une « idéologie progressiste », dénonçant notamment « les campagnes pour “l’égalité de genre” et l’orthodoxie climatique ».

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TRUMP, extractiviste notoire de la finitude

La planète est perforée, surexploitée comme jamais dans son histoire. Minerais critiques au Groenland, pétrole au Venezuela : l’intérêt du président américain, Donald Trump, pour les matières premières de ces pays illustre la dépendance croissante de l’économie mondiale aux ressources naturelles. Les ressources extraites du sous-sol représentent désormais 20 % du commerce mondial. L’extraction et la transformation des ressources du sous-sol génèrent plus de 60 % des émissions de CO2. 

L’extractivisme  est un terme popularisé en Amérique du Sud dans les années 1990 qui désigne les conséquences politiques et sociales d’une économie entièrement tournée vers l’exploitation du sous-sol ; elle creuse les inégalités et freine le développement. En 1957, les bénéfices réalisés par les majors américaines au Venezuela représentent l’équivalent de 12 % du produit intérieur net du pays, soit à peu près autant que ce que touchaient les 50 % les plus pauvres.

Julien Bouissou : L’évolution d’un indicateur peu connu, celui des « extractions mondiales » publié par les Nations unies, donne le vertige : au cours des cinquante dernières années, les quantités extraites du sous-sol, que ce soit des minerais métalliques ou non, comme le sable, des sources d’énergies primaires, à l’instar du charbon ou du pétrole, ont été multipliées par 3,5. En 2024, 106 milliards de tonnes ont ainsi été extraites, contre 31 milliards en 1970. Sur cette même période, l’extraction par habitant est passée de 23 à 39 kilos en moyenne par jour.

La politique extérieure de Donald Trump est, en grande partie, déterminée par la sécurisation des approvisionnements américains. Incontournable, le pétrole alimente 30 % de la demande énergétique mondiale. La part du continent américain dans la production mondiale d’or noir est de 35 %, contre 31 % pour les pays du Moyen-Orient.Selon une liste établie par les Etats-Unis, le Groenland possède 39 des 50 minéraux critiques indispensables aux industries de pointe. Or, la Chine domine aujourd’hui largement le marché des terres rares, avec 68 % de la production en 2024, loin devant les Etats-Unis (11 %). Il est aussi beaucoup plus difficile de sécuriser l’approvisionnement en minerais critiques qu’en pétrole, car la production est éclatée entre un nombre plus élevé de pays, dont la plupart sont alignés sur la Chine. D’où l’intérêt, pour les Etats-Unis, de placer le continent américain sous leur contrôle.

Dans un monde où le commerce, fondé sur les avantages comparatifs de chacun, ne bénéficie plus aux Etats-Unis, la coercition remplace les règles de la concurrence.

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MALTHUS, un incontournable penseur de la finitude

ll est si rare que MALTHUS soit considéré à sa juste valeur que nous ne nous refusons pas le plaisir de vous transmettre ce texte récent (4 septembre 2025). Nous vous précisons que Michel Sourrouille fera de son côté paraître son 9e livre, « Devenons malthusiens », fin janvier 2026.

« THE CONVERSATION » (L’expertise universitaire, l’exigence journalistique)

https://theconversation.com/malthus-penseur-dune-humanite-soumise-a-des-limites-naturelles-263772

Malthus, penseur d’une humanité soumise à des limites naturelles

Personne n’utilise aujourd’hui le terme « malthusien » comme un compliment. L’économiste britannique Thomas Malthus (1766-1834) a longtemps été dénigré pour sa vision négative du progrès. Depuis 1798, date à laquelle l’économiste et ecclésiastique Thomas Malthus a publié pour la première fois Essai sur le principe de population, la position « malthusienne » – l’idée que les humains sont soumis à des limites naturelles – a été vilipendée et méprisée. Aujourd’hui, ce terme est utilisé pour désigner toute personne qui ose remettre en question l’optimisme d’un progrès infini.

Mais presque tout ce que la plupart des gens pensent savoir sur Malthus est faux.

Dans un contexte de crise écologique aiguë, sa pensée d’un monde limité mérite d’être revisitée. Voici l’histoire telle qu’elle s’est déroulée réellement. Il était une fois un pasteur anglais qui eut l’idée que la population augmente à un rythme « géométrique », tandis que la production alimentaire augmente à un rythme « arithmétique ». Autrement dit, la population double tous les vingt-cinq ans, tandis que les rendements agricoles augmentent beaucoup plus lentement. À terme, une telle divergence ne peut que conduire à une catastrophe. Mais Malthus a identifié deux facteurs qui réduisaient la reproduction et empêchaient la catastrophe : les codes moraux, ou ce qu’il appelait les « freins préventifs », et les « freins destructifs », tels que la pollution, la guerre, la maladie.

Malthus fut caricaturé comme un ecclésiastique borné, mauvais en mathématiques, qui pensait que la seule solution à la faim était de maintenir les pauvres dans la pauvreté afin qu’ils aient moins d’enfants. L’étude de Malthus révèle un personnage très différent, un penseur novateur et perspicace. Non seulement, il fut l’un des fondateurs de l’économie environnementale, mais il s’est également révélé être un critique prophétique de la croyance selon laquelle l’histoire tend vers l’amélioration humaine, ce que nous appelons le progrès. Malthus était familier de l’idée de progrès, élevé par des protestants anglais progressistes qui prônaient la séparation de l’Église et de l’État. Son père était un ami et admirateur du philosophe Jean-Jacques Rousseau qui inspira la Révolution française.

Son Essai sur le principe de population est caractérisé par une démarche empirique, notamment au fil des éditions successives. Son argumentation sur les taux de croissance géométrique et arithmétique par exemple, s’appuyait sur la croissance démographique rapide observée dans les colonies américaines. Elle s’inspirait également de ce qu’il observait autour de lui. Au cours des dernières décennies du XVIIIe siècle, la Grande-Bretagne a été ravagée par des pénuries alimentaires et des émeutes répétées. La population est passée de 5,9 millions à 8,7 millions d’habitants, soit une augmentation de près de 50 %, tandis que la production agricole stagnait. En 1795, les Londoniens affamés ont pris d’assaut le carrosse du roi George III pour réclamer du pain.En tant qu’écrivain et membre actif du parti whig, Malthus était un réformateur qui prônait, entre autres, la gratuité de l’enseignement national, l’extension du droit de vote, l’abolition de l’esclavage et la gratuité des soins médicaux pour les pauvres.

L’étude de l’histoire a conduit Malthus à conclure que les sociétés n’évoluaient pas selon une ligne ascendante de progrès, mais selon des cycles d’expansion et de déclin. Malthus chercha à démystifier le progressisme grandiloquent de Godwin. Mais il ne dit pas que le changement positif était impossible, seulement qu’il était limité par les lois de la nature. L’Essai sur les principes de la population fut une tentative pour déterminer où se situaient certaines de ces limites, afin que les politiques puissent répondre efficacement aux problèmes sociaux, plutôt que de les exacerber en essayant de réaliser l’impossible.

Lorsque son essai a été publié, la population mondiale était d’environ 800 millions d’individus. Aujourd’hui elle dépasse les 8 milliards, soit une multiplication par dix en un peu plus de deux siècles. Au cours de cette période, les partisans du progrès ont rejeté l’idée selon laquelle les êtres humains étaient soumis à des limites naturelles et ont dénigré quiconque remettait en question le fantasme d’une croissance infinie comme étant « malthusien ». Pourtant, Malthus demeure incontournable, car son analyse pessimiste de la société exprime clairement une idée qui résiste au temps et aux critiques : les lois de la nature s’appliquent aussi à la société humaine.

En effet, « la grande accélération » du développement humain et de son impact au cours des 80 dernières années pourrait avoir conduit la société à un point de rupture. Les scientifiques avertissent que nous avons dépassé six des neuf limites planétaires pour une vie soutenable et que nous sommes sur le point de franchir une septième limite.

L’une de ces limites est un climat stable. Le réchauffement climatique menace non seulement d’élever le niveau des mers, d’augmenter les incendies de forêt et des tempêtes violentes, mais aussi d’amplifier la sécheresse et de perturber l’agriculture mondiale. Malthus n’avait peut-être pas prévu les développements qui ont alimenté la croissance démographique au cours des deux derniers siècles. Mais sa vision fondamentale des limites de la croissance n’en est devenue que plus pertinente.

Alors que nous sommes confrontés à une crise écologique mondiale qui s’accélère, il est peut-être temps de revisiter la pensée pessimiste d’un monde limité. Reconsidérer ce que nous entendons par « malthusien » pourrait être un bon point de départ.

(La version originale de cet article a été publiée en anglais)

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L’extractiviste Trump veut le pétrole de Maduro

Le vice-président américain, J. D. Vance, explique que « le président [Donald Trump] a proposé à plusieurs reprises des voies de sortie, mais il a été très clair tout au long de ce processus : le trafic de drogue doit cesser et le pétrole volé doit être restitué aux Etats-Unis. Le président Maduro reprochait aux Etats-Unis de vouloir le renverser pour s’emparer des réserves de pétrole du pays, les plus grandes de la planète. Donald Trump à Fox News: «Washington ne peut pas prendre le risque de laisser quelqu’un d’autre prendre la place de Maduro et poursuivre sur sa voie ».Il ajoute que les Etats-Unis seront « très impliqués » dans l’avenir du Venezuela, disant « vouloir la liberté pour le peuple ».

Tout est dit, les Américains sous la houlette de Trump veulent continuer à piller la planète à leur guise. Trump considérait déjà que le Canada serait une province des États-Unis et que le Groenland bien sûr était américain. Il s’attaque maintenant à l’Amérique du Sud, ou plutôt à ses réserves naturelles. Trump est très clair dans son extractivisme quand il s’exprime publiquement  le 3 janvier 2026 à 17h40 heure française :

« A ma demande, les forces armées américaines ont conduit une opération militaire extraordinaire dans la capitale du Venezuela, un assaut comme on en n’avait pas vu depuis la Seconde Guerre mondiale pour confronter à la justice le dictateur hors-la-loi Nicolas Maduro. Nous allons diriger le pays jusqu’à ce que nous puissions assurer une transition sûre, appropriée et judicieuse. Nous allons faire intervenir nos très grandes compagnies pétrolières américaines, les plus importantes au monde, qui vont investir des milliards de dollars pour réparer les infrastructures gravement endommagées, partager les ressources pétrolières et commencer à générer des revenus pour le pays. »

Trump et bien d’autres dirigeants de la société croissanciste (et donc extractiviste) feraient mieux de s’inspirer de l’histoire de Nauru, une île dévastée à cause de ses ressources en phosphate. Une entrée massive d’argent joue un rôle incroyablement déstabilisateur : un peu comme ces gagnants du loto qui finissent par perdre la tête. Les Nauruans cessèrent de travailler et se comportèrent en rentiers. Un bref instant historique, Naurutopia a pu se définir comme une sorte de socialisme parfait où chaque citoyen récolte les fruits du sous-sol. Mais évidemment, les choses se gâtèrent avec les premiers signes d’épuisement des mines de phosphate au début des années 1990 ; l’économie de Nauru s’est alors tout simplement effondrée. Le sort de Nauru préfigure non seulement le présent du Venezuela, mais celui de toute la civilisation thermo-industrielle, bâtie sur l’exploitation des ressources en hydrocarbures et en métaux du sous-sol…

Lire, Extractivisme d’Anna Bednik (2016)

extraits : Les nouveaux tenants du pouvoir en Amérique du sud ont en effet poursuivi la spécialisation primo-exportatrice historique de leurs pays car la rente extractive a permis à ces régimes les fonds qui leur permettaient de financer les politique sociales. Aux dires du président équatorien Rafael Correa, on construira une société plus juste et plus équitable «avec le même modèle». La lutte contre la pauvreté (entendu au sens occidental du terme) a pris le dessus. Derrière la notion de développement, il y a l’idée que vivre ne serait pas suffisant. Ceux qui nous disent pauvres, expliquent les paysans-ronderos d’Ayabaca au Pérou «ne voient pas nos richesses, ils comptent l’argent». En Australie, les Aborigènes interrogent : «Nous avons du soleil, du vent et des habitants, Pourquoi polluer notre environnement pour de l’argent?» Le buen vivir (ou vivir bien) n’est plus qu’un slogan utilisé à des fins de marketing politique qui se confond, selon les besoins de ceux qui les utilisent, avec «développement», «services de base», voire  «accroissement du pouvoir d’achat». Le seul fait d’intensifier l’extractivisme a enseveli tout espoir de renouveau….

En savoir plus sur l’extractivisme

« extractivisme », synthèse de notre folie

extraits : Le mot extrativismo (sans c) est apparu au Brésil, dans les années 1930, pour désigner l’exploitation des plantations de caoutchouc. C’est avec une acception différente que le mot extractivismo (avec un c) s’est diffusé, à partir des années 1980 dans les pays voisins, avec comme contexte la résistance des peuples autochtones aux grands projets miniers.A la fin des années 2000, cette notion militante a été généralisée par des chercheurs engagés. Ce terme est devenu une caractéristique du capitalisme contemporain : la valeur y est “extraite” plutôt que “produite” par le travail. Deux traits majeurs le définissent : une exploitation des ressources qui ne se préoccupe pas de leur renouvellement et des externalités négatives (pollution, pauvreté…), et un contrôle par des réseaux oligopolistiques. Les bénéfices tirés de cette « capture de valeur » sont concentrés entre les mains de quelques-uns, tandis que les coûts sont légués au reste de l’humanité. L’extractivisme imprègne les mentalités de nombreux dirigeants, ce que Donald Trump a confirmé avec son slogan de présidentiable : « Drill, baby, drill ! » (« fore, bébé, fore ! »)

En savoir plus sur le Venezuela

Venezuela, la malédiction extractiviste (août 2025)

extraits : Les immenses mines d’argent de Potosi, pillées à partir du XVIe siècle, avaient servi de berceau au capitalisme en Europe. La république bolivarienne du Venezuela repose encore aujourd’hui sur un imaginaire extractiviste. Neuvième producteur de brut mondial et cinquième exportateur, le Venezuela vit de la rente pétrolière. Corruptions et violences autour du pétrole n’ont pas fini de s’y donner la main… Au pouvoir depuis 1999, Hugo Chavez avait mis PDVSA (Petroleos de Venezuela SA) au service de la « révolution bolivarienne ». Le président depuis la mort de Chavez, Nicolas Maduro, promet à ses concitoyens de « reconquérir » l’Essequibo au Guyana. C’est un désert vert au sous-sol chargé de gaz et de pétrole, d’or, de diamants, de cuivre, de bauxite, de fer et d’aluminium.…Le 3 décembre 2023, les électeurs vénézuéliens ont été appelés à se prononcer par référendum sur l’avenir de cette région… située dans un autre pays. Le référendum a donné 95 % de « Oui » à une tentative de prendre une partie de son territoire à un pays limitrophe.

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Décroissance, mot nécessaire et indicible

A sa seule mention du mot « décroissance » apparaissent immédiatement des images mentales de pénurie, de privations et de retour à la bougie. Mais que se passe-t-il lorsque les individus sont amenés à juger de ses grands principes lorsque le mot lui-même n’est pas mentionné ? Une équipe de chercheurs en économie et en sciences comportementales de la London School of Economics et de l’université autonome de Barcelone a testé le concept.

Stéphane Foucart : Les idées saillantes de la décroissance, quand on ne mentionne pas le mot, recueillent un large soutien, de 74 % à 84 % au Royaume-Uni et de 67 % à 73 % aux Etats-Unis : réduction de la production des biens et services inutiles et nuisibles à la santé et/ou l’environnement, accès universel aux services publics et à des logements abordables, mise en place progressive d’un contrôle démocratique de l’économie, abolition des mécanismes d’appropriation des ressources du Sud global par les pays riches, recherche d’efficacité technologique en accord avec des impératifs de durabilité, etc. L’adhésion à la décroissance ne dépend pas, chez les individus interrogés, de leur niveau de revenus ou de la satisfaction qu’ils en tirent. Les plus riches n’y étaient en moyenne pas moins favorables que les moins fortunés. La résistance du public à la décroissance ne tient donc pas à une opposition à ses fondements, mais à un manque d’occasions d’en débattre en tant que politique cohérente.

Une très large majorité des gens aspirent à une économie radicalement différente. Mais la théorie économique telle qu’elle existe aujourd’hui a été fondamentalement conçue pour résoudre les problèmes d’un autre siècle.

Le point de vue des écologistes décroissants

La convention citoyenne sur le climat, d’octobre 2019 à juin 2020, l’avait déjà certes démontré : des citoyens tirés au sort, peu ou pas politisés, lorsqu’ils sont confrontés à l’état de la connaissance et qu’ils sont extraits de l’océan d’insignifiances et de diversions du bavardage médiatique, peuvent proposer des mesures de protection de l’environnement et du climat plus fortes que les plus ambitieuses portées par les partis écologistes. Et ce, en assumant explicitement de faire décroître certains secteurs, comme le transport aérien, la chimie ou l’agroalimentaire.

Mais il ne faut pas se payer de mots, littéralement. Si une réalité fait peur, appelez-la par un nom désirable et le tour serait joué ? Remplacez « décroissance » par « économie du bien-être », « guerre » par « opération spéciale », « mensonge » par « liberté d’expression », etc. Ce qu’il faudrait tester, ce n’est pas l’adhésion aux idées, mais l’adhésion aux conséquences concrètes de ces idées. Évidemment que tout le monde est d’accord pour ne pas consommer de biens inutiles ou nuisibles. Mais qui est prêt à ne pas faire crouler les enfants sous des monceaux de cadeaux à Noël ? Qui est prêt à se passer des facilités d’un système économique qui flatte l’égo, l’égoïsme et l’égocentrisme ?

De toute façon, si on ne veut pas utiliser publiquement ce terme «  décroissance », pourtant celle-ci s’imposera bientôt à nous. La démesure de la société thermo-industrielle avait entraîné le règne des « SUR » : SURabondance, SURactivité, SURcommunication, SURconsommation, SURdéveloppement, SURemballage, SURendettement, SURéquipement, SURmédicalisation, SURpâturage, SURpêche, SURproduction, SURtourisme…

Dans un contexte de pénurie globale des ressources naturelles, l’avenir n’est plus dans l’expansion, mais nécessairement dans son inverse. A la croissance économique doit donc succéder la DEcroissance conviviale, à l’effet rebond l’effet DEbond, à la mondialisation la DEmondialisation, à la pollution des sols et des esprits la DEpollution, au populationnisme la DEpopulation, à l’urbanisation la DEsurbanisation, à la voiture pour tous le Devoiturage, au réarmement actuel la DEmilitarisation et au tourisme de masse la Demobilité.

Mais le passage à la décroissance socialement consentie ne peut se faire immédiatement, nous sommes tellement bercés actuellement par la musique ambiguë du croissancisme destructeur.

 

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La population mondiale au 1er janvier 2026

Nous voilà maintenant un peu plus de 8,2 milliards sur la Terre en ce 1er janvier 2026. La croissance démographique est toujours forte, + 76 millions de personnes supplémentaires en 2025, plus que la population de la France. Certes le rythme de progression tend à baisser mais reste toujours positif. Nous passons à peu près sous la barre des + 1 % par an. Rappelons qu’avec un tel taux d’accroissement, la population double encore tous les 70 ans.

Pourtant c’est la baisse de fécondité qui inquiète le monde politique comme le monde médiatique. Notre situation concrète de surpopulation reste un sujet tabou quant à son impact sur le monde des humains et des non humains. Même les écologistes institutionnels ne souhaitent pas évoquer le facteur démographique. Paradoxalement certains craignent la dépopulation alors que tous les indicateurs scientifiques montrent que nous avons déjà largement outrepassé les limites de la planète. La baisse de fécondité d’une frange aisée de la population mondiale doit être considérée comme un bienfait.

Non seulement notre niveau de peuplement est bien plus haut qu’il ne l’a jamais été, mais nous croissons à un rythme élevé. Notez que la conjugaison de l’augmentation de la durée de vie moyenne et surtout l’écroulement de la mortalité infantile, 27 pour 1000 au niveau mondial, accroît le surnombre. C’est d’autant plus grave que la hausse démographique s’applique à un niveau plus élevé en valeur absolue : + 0,4 % par an en 1900, soit plus 6 ou 7 millions de personnes en supplément, + 0,9 % par  an en 2025, mais plus de 76 millions ! Les projections les plus fréquentes prévoient une croissance maintenue jusqu’aux années 2080 avec 9,6 ou 9,7 milliards en 2050 (dans seulement 24 ans), ce qui conduirait à plus de 10 milliards de personnes à la fin du siècle.

On s’inquiète des cas extrêmes comme le Japon ou la Corée du sud (fécondité respectives de 1,2 et 0,7 enfants par femme) sans mettre en parallèle les densités extrêmes de ces deux pays. Les problèmes écologiques et la déplétion d’une majorité des sources d’énergies fossiles et de matières premières nous conduira inexorablement à un niveau de population qui pourrait descendre à 1 milliard, soit la population mondiale en 1800, avant la révolution industrielle. 

 Estimations de la population mondiale au 1er janvier 2026 

En millions d’habitants selon les compteurs suivants

Source 2025 2026 Evolution Evolution
      en millions en %
       
  Countrymeters  8 250 8 354 104 + 1,3 %
  Duurzame Demografie 8 156 8 228 73 + 0,9 %
  INED  8 197 8 266 69 + 0,9 %
  PopulationCity.world 8 139 8 222 83 + 1,0 %
  Population.io 8 155 8 228 73 + 0,9 %
  Population Matters 8 156 8 228 72 + 0,9 %
  The Population Project 8 155 8 227 72 + 0,9 %
  Terriens.com 8 063 8 135 72 +  0,9 %
  US Census Bureau 8 092 8 163 71 + 0,9 %
  Worldometer 8 197 8 267 70 + 0,9 %
         
  Moyenne 8 156 8 232 76 + 0,9 %

NB : C’est la 18ème édition de cette compilation publiée par le porte-parole de Démographie Responsable, Didier Barthès. Depuis la première version en 2009 (avec un peu plus de 6,7 milliards d’humains), nous avons augmenté de presque 1,5 milliard d’habitants. C’est quasiment ce que l’humanité avait gagné de ses débuts jusqu’aux premiers jours du 20ème siècle ! La progression est affolante, quelles que soient les inquiétudes des économistes et des natalistes à courte vue qui raisonnent hors sol.

La population mondiale au 1er janvier

2009 (6,759 milliards), 2010 (6,838 milliards), 2011 (6,914 milliards), 2012 (7,003 milliards),

2013 (7,082 milliards), 2014 (7,162 milliards), 2015 (7,260 milliards), 2016 (7,358 milliards), 

2017 (7,440 milliards), 2018 (7,534 milliards), 2019 (7,637 milliards), 2020 (7,703 milliards), 

2021 (7,800 milliards), 2022 (7,888 milliards), 2023 (7,984 milliards), 2024 (8,075 milliards).

2025 (8,156 milliards), 2026 (8,232 milliards).

Source : Didier Barthès sur son blog : ECONOMIE DURABLE

Pour adhérer à l’association Démographie Responsable

https://www.demographie-responsable.fr/nous-rejoindre

La population mondiale au 1er janvier 2026 Lire la suite »

Besoin d’être ou d’êtres (moins) nombreux ?

Nous suivons le journal « La décroissance » depuis ses débuts et lisons toujours avec intérêt la rubrique « Simplicité volontaire ». Le dernier article, « Besoin d’êtres » interroge Thomas et Clotilde. Voici des extraits de l’article et notre commentaire en ce qui concerne la question démographique.

Les écologistes ont depuis toujours alerté sur les dangers de la croissance démographique. Thomas et Clotilde, eux, ont neuf enfant. De quoi faire une équipe de foot, ou un orchestre !

Clotilde : A sept ans, j’avais décidé d’avoir dix enfants, il me fallait un mari qui accepte ! En fait nous en avons eu dix, mais le septième est décédé bébé. Ma première grossesse est arrivée en 2004. Avant, nous étions considéré comme un couple stérile, comme on dit. Il a fallu que je sois opérée plusieurs fois pour l’endométriose. Nous avons décidé adopter et de continuer des traitements médicamenteux. Par conviction, nous refusons la fécondation in vitro. Quand des étrangers, surtout d’Afrique du Nord ou subsaharienne, apprenaient le nombre d’enfants que j’avais, ils me disaient : « Ah, toi, tu n’es pas française ! » Ils comprenaient immédiatement que nous n’étions pas en phase avec les standards occidentaux. Nous sommes dans un réseau de partage de familles nombreuses, nous avons tendance à nous regrouper.

Thomas : C’est vrai que des fois nous dérangeons. Imaginez, quand on va à Paris en train.. il y a la moitié du wagon qui entend du bruit. Une famille de onze, même tous très sages avec des jeux de cartes, c’est du volume, une petite colonie.

Passons à LA grande question, celle qui fâche ! Est-ce que la meilleure chose à faire pour la planète, ce ne serait pas justement d’avoir moins d’enfants ?

Thomas : Nous sommes souvent attaqués, plus ou moins gentiment, sur le fait que nous soyons nombreux, donc que nous consommerions beaucoup. Évidement la Terre est surpeuplée aujourd’hui et chaque bouche qu’on amène est à nourrir. C’est peut-être très égoïste d’avoir autant d’enfants. Mais je considère que, vu la manière dont nous consommons, nous ne sommes pas particulièrement polluants. Si nous nous comparons à une famille moyenne de deux ou trois enfants, nous n’allons pas forcément consommer plus. Je pense même que notre bilan carbone aurait peut-être été supérieur si nous nous étions arrêtés à trois enfants. Nous aurions voulu le même espace, une voiture moderne, des objets neufs pour les enfant alors que tout passe de l’un à l’autre.

Clotilde : Et puis en Lozère, la surpopulation, ce n’est pas une réalité. C’est le département le moins peuplé de France ! Ici, s’il n’y avait pas de migrants, il n’y aurait personne pour s’occuper des personnes âgées dans les EHPAD. Même dans les églises, les prêtres viennent d’Afrique.

(La décroissance n°222, janvier-février 2026, page 10)

Le point de vue des écologistes malthusiens

– Décider, à l’âge de sept ans, du nombre d’enfants que nous voulons (dix !) montre une forme de conditionnement familial dont l’article ne dit rien. Et ne faire couple qu’avec un mari qui accepte ce choix d’enfance du grand nombre, c’est vouloir imposer ses propres idées.

Le refus de la stérilité est aussi significatif, il faut forcer la nature à force d’opérations chirurgicales et de médicaments. L’idée de refuser l’acharnement technologique et de respecter la sélection naturelle n’effleure pas Clotilde. Refuser la baisse de fécondité pour adopter un régime de familles nombreuses qui mène plusieurs pays africains dans l’impasse, c’est n’avoir aucune ouverture d’esprit. D’ailleurs Clotilde préfère fréquenter les autres familles nombreuses, qui se ressemble s’assemble.

Le problème n’est pas le nombre d’enfants dans un train, Thomas a une vision familio-centrée de la surpopulation. Nous sommes déjà bien plus de 8 milliards et si tout le monde faisait comme son couple, la population serait multipliée par 4 en une seule génération !

Thomas a pourtant la connaissance d’une Terre surpeuplée. Mais il n’en tire pas les conséquences en se réfugiant derrière un niveau de consommation qui pourrait compenser le surnombre. Mais une sobriété choisie multipliée par un plus grand nombre de personnes veut dire une détérioration plus grande de la planète. Il faut plus qu’une seule voiture pour déplacer cette famille nombreuse !

Il est vrai que la Lozère est le département ayant la densité la moins élevé de France, 15 hab./km². Mais 50 % de la superficie, c’est de l’herbe… faut-il manger de la viande pour faire vivre Thomas et Clotilde.

Cette famille apparemment tire ses ressources d’un salaire de professeur de biologie et des allocations familiales. C’est ce qu’on appelle une densité subventionnée, tirant ses richesses d’autres sources que de ses capacités propres, ici de l’État, des contribuables.

Besoin d’être ou d’êtres (moins) nombreux ? Lire la suite »

Pas de cadeaux à Noël, c’est une évidence

C’est un drame, les enfants sont  trop gâtés à Noël. Avec la complicité de leurs parents, ils ont complètement oublié que le Christ est né dans la plus pauvre des conditions. Le véritable message de Noël est celui du partage, certainement pas cette outrance des marchands du Temple qui nous proposent leurs gadgets plus ou moins soldés. Tout aussi grave est cette illusion constante quant à l’autonomie souveraine de l’enfant : «  Faire plaisir à ses enfants », le nec plus ultra de la société de consommation.

Souvent sur ce blog on se sent bien seul pour exprimer des idées qui étaient pourtant monnaie courante dans les années 1970. Le croissancisme hors sol a tué notre capacité de jugement.

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Les raisons de ne pas croire au père Noël

extraits : Que diriez-vous de parents qui raconteraient à leur enfant l’histoire du Père Noël, mais qui, alors que l’enfant grandit, ne lui diraient jamais qu’il s’agit d’une histoire inventée ? Et qui, alors que l’enfant commence à douter et à opposer des arguments rationnels à l’existence du Père Noël (par exemple, l’impossibilité physique de livrer tous les foyers du monde en une nuit), maintiendraient mordicus que l’histoire est vraie, que ses détracteurs sont mal intentionnés, qu’il est essentiel pour l’enfant d’y croire, et que, s’il n’y croit pas, le Père Noël lui infligera des punitions. Vous trouveriez certainement que ces parents jouent une farce bien cruelle à leur enfant, qu’ils le maintiennent dans un état de sujétion intellectuelle et psychique inacceptable, et qu’ils lui rendent un bien mauvais service en cultivant et en perpétuant sa crédulité d’enfant au lieu de développer son esprit critique. Vous considéreriez cette attitude comme un abus de pouvoir inexcusable, et vous auriez raison….

Apprendre aux enfants à ne pas croire au père Noël

extraits : Une enseignante remplaçante du New Jersey a annoncé à ses élèves, âgés de 6 et 7 ans, que le père Noël n’existait pas. Face au traumatisme enduré, le directeur de l’école élémentaire a envoyé une lettre aux parents pour s’excuser et leur recommande de « prendre les mesures appropriées pour préserver l’innocence des enfants ». L’enseignante a été renvoyée. Elle aurait du être remerciée, félicitée, montrée en exemple. Car l’innocence des enfants est exploitée, dénaturée. le Père Noël est devenu le camelot immonde des marchands les plus fétides de ce monde…

Cadeaux, Noël bientôt en décroissance

extraits : A la veille de Noël, l’inflation hante la plupart des clients. Mais la fille aînée, âgée de 13 ans, aura droit à un « joli bijou », tandis que le fils obtiendra une console de jeux PS5,, acquise 400 euros fin novembre lors des opérations du « Black Friday ». « Pour la première fois », toute la famille s’était cotisée. Endettés par la construction de leur maison à Bretigny-sur-Orge, les parents ne se feront pas cette année de présents. Une première. Le couple a même puisé dans les cagnottes de ses cartes de fidélité Carrefour et E. Leclerc pour acheter le foie gras « dès les premières opérations de promotion de novembre ». Ainsi va le monde occidentalisé aux temps de la guerre de tranchée en Ukraine et du massacre à Gaza, sans compter les zones touchées par la famine….

Faut le faire, ce sera Noël sans cadeau

extraits : Soyons des Décroissants sous le sapin. Pour en finir avec le mythe de la croissance, Noël est un bon indicateur de notre aptitude réelle à changer. Car qui est vraiment prêt à dire à ses proches le jour J : «  Je ne vous ai rien acheté, car on va crever de surconsommation, et je préfère favoriser la vie » ? Combien sommes-nous à regarder en face ceux qu’on aime… sans rien leur offrir ? Combien sommes-nous à fabriquer nous-mêmes nos cadeaux ? Très peu, trop peu. Trop d’enfants n’ont plus accès à cette joie que procure des choses simples. Ils sont blasés devant l’excès et ont perdu la saveur de l’attente et de la patience devant la rareté. Un rituel comme celui de Noël ne devrait être là que pour nous ramener à l’essentiel, contribuer à la fraternisation familiale et à la cohésion de nos groupes sociaux avec ou sans la célébration de la naissance du Christ. Heureusement les temps des pénuries s’annoncent, les cadeaux vont changer de signification….

La cerise sur le gâteau… de Noël

Les récents articles du MONDE vont tous dans le même sens, pour Noël faut acheter, acheter, acheter… Ce n’est pas avec ce journal dit de référence qu’on va critiquer le Noël des marchands !

3 décembre 2025. Cinq livres à offrir à Noël par pure gourmandise

1er décembre. Cinq beaux livres de mode à offrir pour Noël

1er décembre. Ce qui change à partir du 1ᵉʳ décembre pour votre budget : prime de Noël, …

28 novembre. Quand les cadeaux de Noël sont de seconde main : « Mes sœurs m’ont regardé d’un drôle d’air »

27 novembre. « Le dilemme » : peut-on refuser de mentir à ses enfants sur le Père Noël ?

26 novembre. Pourquoi la saison de Noël commence de plus en plus tôt

17 novembre. Six cadeaux de Noël qui ont remporté nos comparatifs

Pas de cadeaux à Noël, c’est une évidence Lire la suite »

Olivier Rey, un anti-malthusien paradoxal

Nos sociétés complexes fonctionnent par simplification pour pouvoir s’y retrouver encore. On élabore un langage commun même s’il est complètement idiot du moment que cela fait la croyance du moment. Dans les années 1970, on condamnait la hausse exponentielle de la population, aujourd’hui on condamne unanimement la baisse de fécondité bien qu’on ait dépassé plus de 8 milliards d’humains. Olivier Rey est un exemple typique du retournement possible des discours ambiants.

Olivier Rey en 2014 : Une question de taille

(extraits) Tout est question de taille, le livre d’ Olivier Rey le démontre abondamment. Par exemple en matière démographique. Dans son introduction, il cite Claude Lévi-Strauss : « Quand je suis né (en 1908), il y avait sur la terre un milliard et demi d’habitants. Après mes études, quand je suis entré dans la vie professionnelle, 2 milliards. Il y en a 6 aujourd’hui (en 2002), 8 ou 9 demain. Ce n’est plus le monde que j’ai connu, aimé, ou que je peux concevoir. C’est pour moi un monde inconcevable. On nous dit qu’il y aura un palier, suivi d’une redescente, vers 2050. Je veux bien. Mais les dégâts causés dans l’intervalle ne seront jamais rattrapés. »

Olivier Rey connaît tous les intellectuels qui comptent, il les analyse tout au cours de son livre : Ernest Schumacher (Small is beautiful), Ivan Illich, Leopold Kohr, etc.

La thèse centrale de l’ouvrage de Leopold Kohr, The Breakdown of Nations (1957) est remarquablement simple : « Il semble qu’il n’y ait qu’une seule cause derrière toutes les formes de misère sociale : la taille excessive. Partout où quelque chose ne va pas, quelque chose est trop gros. » La mise en cause de la taille excessive s’applique en premier lieu à la taille des sociétés humaines. « Pour paraphraser le principe de population de Malthus, les problèmes sociaux ont la tendance malheureuse à croître exponentiellement avec la taille de l’organisme qui les porte, tandis que la capacité des hommes à y faire face, si tant est qu’elle puisse augmenter, croit seulement linéairement. Ce qui veut dire que si une société dépasse la taille optimale, les problèmes qu’elle rencontre doivent croître plus vite que les moyens humains qui seraient nécessaires pour les traiter. » Une population n’a guère besoin de dépasser le nombre de 10 000 ou 20 000 à en juger par les cités-Etats de Grèce, d’Italie ou d’Allemagne..

Sa conclusion : Curieusement, plus il y a d’hommes sur la terre, moins la réflexion semble tenir compte de l’influence exercée par le nombre sur les comportements. A partir du XIXe siècle, on a l’impression qu’il n’y eut plus guère que les utopistes pour comprendre qu’une organisation est solidaire d’une échelle. Cette négligence envers le caractère essentiel du nombre est stupéfiante, y compris chez les sociologues, qui auraient pourtant dû s’estimer concernés au premier chef.

Olivier Rey en 2025 : La débâcle de la natalité

(extraits) Un phénomène est en cours : une baisse spectaculaire de l’indice synthétique de fécondité qui, d’après les prévisions, devrait, d’ici le milieu du siècle, tomber en dessous de ce qui assure le renouvellement des générations. La diminution de la fécondité a d’ores et déjà atteint, dans les pays dits développés, des niveaux si bas que la survie des peuples concernés est en question. L’effondrement du taux de natalité dans nombre de pays n’est pas la traduction d’une sagesse, qui inciterait à faire décroître la population mondiale pour modérer les atteintes que les activités humaines portent à la nature, mais une manifestation de nihilisme. Catastrophiques sont, en revanche, les taux de fécondité actuels : 1,12 pour l’Espagne, 1,2 pour la Pologne, 1,21 pour l’Italie, 1,38 pour l’Union européenne dans son ensemble. La France qui, dans ce marasme, s’en sortait à peu près, voit à son tour son taux de fécondité plonger (1,66 en 2023). Non pas la baisse, mais l’écroulement de la population que de tels taux induisent est un cataclysme. Le développement tel qu’il a été conçu et mis en œuvre depuis plus de deux siècles révèle sa dimension anéantissante. Les êtres humains ont régressé jusqu’à voir s’étioler en eux la faculté essentielle pour tout vivant, qui est de transmettre la vie. L’économie devrait être au service de la vie : qu’elle en vienne à entraver sa transmission est une perversion caractérisée.

Solution proposée pour combler les béances : une immigration massive en provenance de régions du monde moins avancées dans le processus de réduction de la natalité. Mais les ressortissants de pays pauvres qui souhaitent s’installer en Europe ne le font pas pour vivre aussi frugalement que dans leur pays d’origine, mais pour consommer à l’européenne et inclure leur parenté dans la spirale de la consommation : remplacer ses enfants par des migrants n’améliore donc en rien l’état de la planète. Il est aussi question de biodiversité à préserver. Là encore, il est étrange de limiter son souci de la diversité du vivant aux espèces végétales et animales, et de ne pas y inclure les cultures humaines – en tout cas pas les cultures européennes. La diversité des nations n’est pas à abolir, elle est un don précieux à préserver et faire fructifier ; et il faut, pour cela, que les peuples liés à ces nations continuent d’exister. Les individus peuvent circuler entre les nations, les peuples ne sont pas substituables les uns aux autres.

Source : LA NEF n°386 Décembre 2025

BONUS, le texte complet sur la débâcle de la natalité

https://lanef.net/2025/12/12/la-debacle-de-la-natalite/

Paul Valéry disait que « deux dangers ne cessent de menacer le monde : l’ordre et le désordre ». Sur ce modèle nous pourrions dire : deux dangers ne cessent de menacer la population humaine : le trop ou le trop peu. On connaît les paroles que le Seigneur a adressées à l’homme et à la femme : « Soyez féconds, multipliez, emplissez la terre. » Quand les êtres humains n’étaient que deux, la multiplication était certes à recommander ! Cela étant, le Seigneur a dit « emplissez la terre », non « suremplissez-la ». Comme en toute chose, une mesure est à respecter.

Au cours des dernières décennies, c’est le danger de la surpopulation qui a été mis en avant, avec pour exemple paradigmatique le livre du biologiste Paul Ehrlich intitulé La Bombe P, publié en 1968. Le développement industriel, amorcé à la fin du XVIIIe siècle, a profondément modifié les équilibres traditionnels, notamment le régime démographique. La baisse rapide de la mortalité, combinée au maintien pendant un certain temps de taux de natalité élevés, a entraîné une augmentation sans précédent de la population humaine, d’abord en Europe, puis sur les autres continents de manière plus explosive encore. Ainsi la population mondiale est-elle passée d’environ un milliard et demi d’individus, en 1900, à plus de huit milliards aujourd’hui, et continue d’augmenter.

Cela étant, un autre phénomène est en cours : une baisse spectaculaire de l’indice synthétique de fécondité qui, d’après les prévisions, devrait, d’ici le milieu du siècle, tomber en dessous de ce qui assure le renouvellement des générations. Ces tendances générales recouvrent d’immenses disparités entre les différentes régions du monde. Si la diminution de la fécondité s’observe à peu près partout, celle-ci a d’ores et déjà atteint, dans les pays dits développés, des niveaux si bas que la survie des peuples concernés est en question, tandis que d’autres régions du monde voient encore leur population croître, en particulier en Afrique dont, d’ici la fin du siècle, plus d’un habitant de la terre sur trois devrait être originaire.

Souvent, le bien et le mal ne tiennent pas à l’essence d’un phénomène, mais à son ampleur. On pourrait même dire : c’est la plupart du temps à tort que l’on sépare qualitatif et quantitatif, comme si les ordres de grandeur quantitatifs n’étaient pas eux-mêmes des qualités. Ainsi, il n’y a aucun sens à juger bonne ou mauvaise la croissance ou la décroissance d’une population, indépendamment des circonstances et, plus encore, de la vitesse à laquelle elles s’effectuent. L’explosion démographique qu’a entraînée en maintes régions du monde le processus de modernisation est moins un indice d’extraordinaire vitalité que le signe d’un dérèglement, que le brusque accroissement de la population est venu à son tour aggraver. De même, l’effondrement du taux de natalité dans nombre de pays n’est pas la traduction d’une sagesse, qui inciterait à faire décroître la population mondiale pour modérer les atteintes que les activités humaines portent à la nature, mais une manifestation de nihilisme.

Catastrophiques taux de fécondité

Les pays européens étaient, il y a deux siècles, bien plus légèrement peuplés qu’ils ne le sont aujourd’hui, et une baisse tempérée de leur population ne serait en rien une catastrophe. Catastrophiques sont, en revanche, les taux de fécondité actuels : 1,12 pour l’Espagne, 1,2 pour la Pologne, 1,21 pour l’Italie, 1,38 pour l’Union européenne dans son ensemble. La France qui, dans ce marasme, s’en sortait à peu près, voit à son tour son taux de fécondité plonger (1,66 en 2023). Non pas la baisse, mais l’écroulement de la population que de tels taux induisent est un cataclysme. Solution proposée pour combler les béances : une immigration massive en provenance de régions du monde moins avancées dans le processus de réduction de la natalité. Les verts se réjouissent, à double titre : la pénurie d’enfants en Europe doit à la fois diminuer l’empreinte écologique humaine, et permettre de mieux accueillir les candidats à l’immigration. Le calcul est étrange. Les ressortissants de pays pauvres qui souhaitent s’installer en Europe ne le font pas pour vivre aussi frugalement que dans leur pays d’origine, mais pour consommer à l’européenne et inclure leur parenté dans la spirale de la consommation : remplacer ses enfants par des migrants n’améliore donc en rien l’état de la planète (la fortune du mot planète, qui désigne la terre comme un corps céleste parmi d’autres, vu de l’extérieur, est emblématique de la pensée déracinée qui prétend aujourd’hui se préoccuper de la nature).

Il est aussi question de biodiversité à préserver. Là encore, il est étrange de limiter son souci de la diversité du vivant aux espèces végétales et animales, et de ne pas y inclure les cultures humaines – en tout cas pas les cultures européennes. Aux velléités des hommes de se réunir en une seule grande masse indifférenciée, le Seigneur opposa la dispersion de Babel. Plus tard, il dit à Abraham : « Toutes les nations de la terre seront bénies en ta postérité. » L’élection d’Israël ne relègue pas les autres nations à un statut subalterne – elle signifie qu’à travers Israël, toutes les nations sont élues à leur manière propre. La diversité des nations n’est pas à abolir, elle est un don précieux à préserver et faire fructifier ; et il faut, pour cela, que les peuples liés à ces nations continuent d’exister. Les individus peuvent circuler entre les nations, les peuples ne sont pas substituables les uns aux autres.

Le fait que, dans un premier temps, le « développement » a entraîné une explosion démographique, a eu un effet trompeur. En réalité, ce n’était pas le développement qui était le moteur du phénomène, mais la propension traditionnelle à avoir des enfants qui, transitoirement, s’est maintenue au sein du processus de modernisation qui lui était hostile. Quand, au fur et à mesure que le processus se déploie, l’héritage d’époques antérieures s’évapore, le développement tel qu’il a été conçu et mis en œuvre depuis plus de deux siècles révèle sa dimension anéantissante. Hans Jonas se demandait si l’évacuation de la transcendance, corrélative au projet moderne, n’avait pas été « l’erreur la plus colossale de l’histoire ». De fait, si les êtres humains ont progressé en s’ouvrant à la transcendance, ils régressent en s’y fermant, jusqu’à voir s’étioler en eux la faculté essentielle pour tout vivant, qui est de transmettre la vie.

Pareil étiolement a de multiples causes. Parmi elles on peut citer l’économisme, l’individualisme et l’utilitarisme. Du point de vue économique, les enfants sont une mauvaise affaire : dans un monde qui met au centre de ses préoccupations le pouvoir d’achat, les enfants, par les dépenses contraintes qu’ils occasionnent, réduisent la liberté de consommer. Du point de vue individualiste, les enfants sont également à éviter : par les soins qu’ils réclament et les soucis qu’ils donnent, ils diminuent le temps et l’énergie disponibles pour l’épanouissement personnel. Par ailleurs, l’utilitarisme qui, dans ses premières formulations, se proposait de maximiser le bonheur sur terre, ne semble plus songer qu’à minimiser la souffrance. Or, dans un monde incertain, le meilleur moyen d’épargner la souffrance à de nouveaux êtres n’est-il pas de ne pas les faire naître ?

La famille ringardisée

Tous ces arguments ne sont valables qu’à l’intérieur d’un cadre de pensée qui, lui, ne l’est pas. L’économie devrait être au service de la vie : qu’elle en vienne à entraver sa transmission est une perversion caractérisée. L’épanouissement d’une fleur prépare la fructification : l’épanouissement sans autre horizon que lui-même est lui aussi une perversion. Quant au souci de minimiser la souffrance, il finit par s’opposer à la vie, qui expose à souffrir, et s’achève en pur nihilisme.

La débâcle de la natalité dans tous les pays développés montre que les difficultés à y accueillir les enfants sont bien réelles. Cela étant, l’éducation des nouvelles générations par celles qui les précèdent a de tout temps constitué la plus grande entreprise humaine, et les difficultés spécifiques au temps présent ne sont finalement qu’écume par rapport aux difficultés de toujours. La modernité a ringardisé la famille, par rapport aux êtres qui mènent une vie aventureuse. Il serait temps de réaliser que les défis dont notre époque se gargarise sont ringards comparés au fait de mettre au monde et d’élever des enfants. « On croit généralement que c’est le célibataire, homme sans famille qui est un homme de fortune(s), un aventurier, qui court des aventures. C’est le père de famille au contraire, c’est l’homme de famille qui est un aventurier, qui court non pas seulement des aventures, mais une seule, mais une grande, mais une immense, mais une totale aventure ; l’aventure la plus terrible, la plus constamment tragique ; dont la vie même est une aventure, le tissu même de la vie, la toile bise, le pain quotidien » (2).

Olivier Rey

(1) Olivier Rey, Défécondité. Ses raisons, sa déraison, Tracts/Gallimard n°71, 2025, 60 pages, 3,90 €.
(2) Charles Péguy,
Dialogue de l’histoire et de l’âme charnelle, in Œuvres en prose complètes, 3 vol., Gallimard, « la Pléiade », 1987-1992, t. III, p. 663.

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Global Environment Outlook 2025

L’Organisation des Nations unies (ONU) a publié son rapport phare sur l’avenir de l’environnement le 9 décembre 2025. Le Global Environment Outlook a été rédigé par 287 scientifiques de 82 pays. Cette somme de plus de 1 000 pages, qui paraît tous les six ans environ, n’a pas été assortie de son traditionnel « résumé à l’intention des décideurs ». En effet une poignée de pays, dont les Etats-Unis, l’Arabie saoudite et l’Iran, se sont opposés à la publication de ce texte d’une trentaine de pages qui doit éclairer leurs actions.

Audrey Garric : Les quatre crises environnementales majeures auxquelles est confrontée l’humanité – le changement climatique, la perte de biodiversité, la désertification et la pollution – s’aggravent rapidement et se renforcent mutuellement, en raison de modes de production de nourriture, d’énergie et de matériaux non durables. Elles entraînent un lourd fardeau humain et économique, avec plusieurs millions de morts et plusieurs milliers de milliards de dollars de pertes chaque année. Le rapport souligne que la dégradation de l’environnement est source de conflits, en entraînant une compétition pour les ressources, et inversement. Le rapport montre que la transition environnementale a un coût, mais qu’il est inférieur aux bénéfices. Atteindre la neutralité carbone en 2050 et restaurer la biodiversité impliquent d’investir autour de 7 000 milliards de dollars par an d’ici à 2050. Toutefois, le coût de l’inaction serait bien supérieur. Des millions de morts pourraient être évitées, et des centaines de millions de personnes pourraient sortir de la pauvreté et de la faim.

Les blocages politiques ont d’abord porté sur les énergies fossiles. Le rapport, rappelant que l’usage du charbon, du pétrole et du gaz est la principale cause du dérèglement climatique et accentue aussi l’érosion de la biodiversité et la pollution de l’air, invite à en sortir au plus vite et à mettre fin aux subventions pour ces combustibles – qui s’élevaient à 7 000 milliards de dollars (6 011 milliards d’euros) en 2022. De grands producteurs d’hydrocarbures, comme l’Arabie saoudite, l’Iran, l’Irak et la Russie, habitués à entraver la diplomatie environnementale, étaient aussi opposés à une mention de la réduction nécessaire de la production de plastique. Les mêmes acteurs remettent en cause l’esprit du multilatéralisme, et transforment la recherche de consensus en droit de veto, ce qu’il n’est pas. Un bloc notamment composé des Etats-Unis, de l’Arabie saoudite et de la Russie, défendent un ordre fossile et de plus en plus antidémocratique.

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du GEO.4 au Grenelle (novembre 2007)

extraits : Le Programme des Nations Unies pour l’Environnement vient de publier (Le Monde du 28-29 octobre 2007) son 4ème rapport Global Environment Outlook. Selon cet organisme, notre société n’affronte pas des crises séparées, la « crise environnementale », la « crise du développement », et la « crise de l’énergie » ne font qu’une. Cette crise n’inclut pas uniquement le changement climatique, les taux d’extinction de la biodiversité et des ressources naturelles (selon l’EWG, la moitié des réserves pétrolières seraient déjà épuisées, le Monde du 27 octobre 2007), mais bien d’autres problèmes liés à la croissance de la population, à la hausse de la consommation des riches et au désespoir des pauvres….

Localité et simplicité : les clés de la résilience (janvier 2014)

Yves Cochet :« Un effondrement planétaire du monde humain se produira certainement dans une ou deux décennies. J’appelle « effondrement » un processus rapide (quelques mois) à l’issue duquel les besoins matériels de base (eau, alimentation, logement, habillement, énergie, mobilité, sécurité) ne sont plus fournis à une majorité de la population par des services encadrés par la loi. Ce processus peut n’être pas une dégradation continue, mais une cascade de ruptures rapides, une fois dépassés certains seuils (« tipping points »). La crédibilité de l’effondrement à moyen terme est étayé par de nombreux rapports internationaux publiés depuis dix ans. Par exemple, la synthèse « Global Change and the Earth System« 1, ou bien le « Millenium Assessment Report 2005 » des Nations-Unies, ou bien le « Global Environment Outlook 5 » du Programme des Nations-Unies pour l’Environnement en 2012…. (extraits)

BONUS

– Les États-Unis sur la même ligne que l’Iran ? On savait pour Poutine, mais là c’est le pompon !

– Il suffira d’un peu de géo-ingénierie et de dégommer les migrants climatiques pour continuer à vivre le rêve américain.

– Pas de solution officielle ? La pression de 8 milliards d’habitants devrait permettre une sortie officieuse.

– Pour chaque reportage sur un projet de progrès, il y a mille articles sur les dernières dingueries de Trump/Poutine/Bolloré. A croire que le monde n’est peuplé que de millionnaires réactionnaires. Parler de tout est important, mais parler de tout dans les bonnes proportions est salvateur.

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La France, un solde naturel négatif !

Pour la première fois depuis la fin de la seconde guerre mondiale, la France devrait afficher en 2025 un solde naturel négatif, avec un nombre de décès supérieur à celui des naissances. Cet essoufflement aura des effets très importants sur les comptes publics, la soutenabilité du modèle social, le secteur du soin et de la dépendance, dont les besoins vont exploser, et la main-d’œuvre disponible, qui risque de manquer.

édito du MONDE : Début 2024, Emmanuel Macron a évoqué un nécessaire « réarmement démographique ». Si le choix des mots a pu sembler maladroit, l’intention est louable. Il ne faut toutefois pas se faire d’illusions. Les politiques natalistes, même quand elles sont menées dans certains pays de façon autoritaire, peinent à produire les effets escomptés. Faire un enfant relève d’une décision intime dans laquelle une multiplicité de facteurs intervient. Les identifier et tenter d’y répondre est important, mais probablement insuffisant pour réamorcer la dynamique démographique.

Même si les solutions ne sont pas populaires, elles semblent inévitables. Elles passent par une amélioration du taux d’emploi aux deux extrémités de la vie active. Notamment, le pays ne pourra pas faire l’économie d’un ajustement de notre système de retraite par répartition qui, justement, repose entièrement sur la démographie. Si la démographie ne fait pas de politique, les politiques, eux, vont devoir s’intéresser à la démographie, et de façon urgente.

Des points de vue éclairé sur lemonde.fr

Angelina : Pour faire un enfant il existe une condition essentielle : avoir l’espoir que son avenir sera meilleur que celui de ses géniteurs, croire en un progrès social, environnemental, pacifique. C’est pourquoi, si j’étais trentenaire aujourd’hui, j’aurais recours à la stérilisation.

Robert : Continuer à faire beaucoup d’enfants dans un monde où on explose toutes les limites planétaire ne semble pas l’idée du siècle. Mais faire recours à l’immigration pour compenser notre manque de « jeunes actifs » ne semble pas une idée ayant le vent en poupe.

Forza : On crie partout que cette baisse démographique est une horreur. Mais c’est oublié un peu vite, tous ces bienfaits. Moins de pression sur l’environnement, moins de pression sur les ressources, moins de pression sur les services de l’état…etc. En fait le seul problème, c’est nos modèles économiques basés sur une croissance infinie. Et cette recherche n’est matériellement pas possible.

Pat Cartier : Marion Maréchal, qui se projette déjà Ministre de la Famille Française, réclamait récemment en colloque une revalorisation symbolique du statut social des mères. L’idée est — comment dire — baroque : ce n’est pas l’État qui décide du statut et de la considération de quelque groupe que ce soit. Ce n’est pas son rôle.

Olympe G. : Et si au moins le déclin démographique nous dissuadait de faire la guerre ? Mais non, pensez-vous, non seulement nous n’avons plus assez d’enfants, mais le général Machin nous a demandé d’accepter l’idée de sacrifier à brève échéance les jeunes hommes en âge de procréer. Pendant que l’effort de guerre à financer fera que les places de crèche seront encore plus rares et plus coûteuses.

Libertas : La retraite par répartition est un schéma de Ponzi, elle conduit inévitablement à la ruine. Elle fut mise en place en Europe dans les décombres de la guerre et il faut en sortir. Le problème est que cela prendra environ cent ans car nous devons le faire très progressivement. Entre-temps il faut un cocktail de mesures qui comprendront inévitablement une augmentation de la durée du travail.

pierre guillemot : Ce qui était arrivé à l’Empire romain est en train de se passer sous nos yeux. Dans quelques générations, les survivants qui auront déserté les villes sans eau ni supermarchés retrouveront les joies de l’agriculture de subsistance et se grouperont autour du guerrier qui défend la petite communauté contre les autres. Et l’espèce humaine continuera.

La France, un solde naturel négatif ! Lire la suite »

IMMIGRATION : un monde sans frontières ?

Nos articles antérieurs quant à l’immigration  sur ce blog biosphere

(7 octobre 2018) Immigration, l’écologie politique est-elle humaniste 

Une certaine gauche, plus ou moins écologique, prône l’ouverture sans frontières. Ainsi la motion de la commission Immigration d’ EELV (présentée au Conseil fédéral fin septembre 2018)

« L’Europe ne doit pas être une forteresse, mais au contraire tendre vers l’ouverture des frontières ; La mise en place d’un titre de séjour européenne « résident.e étranger.e » doit permettre la libre circulation et libre installation de personnes étrangères au sein de l’UE ; Sortir de la logique sécuritaire qui régit actuellement les politique migratoires ; La Méditerranée n’est pas destinée à être un cimetière pour les personnes abandonnées au naufrage ; L’aide au développement doit viser à réduire les inégalités, et non à empêcher les migrations… »

Bien entendu toutes ces propositions sont un idéal à atteindre, l’utopie se rêve avant d’être réalisé. Mais une écologie mise en acte tient compte des limites, doit gérer le long terme et ne pas s’appuyer sur de faux raisonnements. Prenons point par point l’exposé des motifs de la commission Immigration :

EELV : « Notre position découle d’une vision spécifique à l’écologie politique, celle d’un monde qui forme un tout par-delà le quadrillage national, et dont les parties se doivent d’être solidaires du fait d’un destin inévitablement partagé. »

Biosphere : Bien entendu la biosphère est un espace interdépendant, l’écologie scientifique considère que les parties et le tout sont indissociables au niveau biophysique. Mais les espèces qui constituent le Vivant ont un comportement migratoire qui est propre à leur espèce. Il y a des espèces qui migrent très loin, d’autres qui se contentent d’un territoire très réduit. Le trait commun, c’est l’adaptation à une niche écologique qui permet à chaque espèce de subsister durablement. La spécificité des migrations humaines, c’est qu’elles ont progressivement envahies le territoire de toutes les autres espèces, réduisant leur espace vital dans des proportions le plus souvent insupportables conduisant à l’extinction massive des espèces. Ces migrations ont même entraîné la disparition des autres hominidés, pensons aux Néandertaliens ou à la volonté d’éradication de peuples autochtones. Homo sapiens a historiquement résolu ses problèmes de surpopulation et d’approvisionnements défaillants pas l’invasion du territoire des autres. Or aujourd’hui notre espèce vit sur une planète close et saturée d’humains au point où on a même dépassé la capacité de régénération globale de la planète (cf. l’empreinte écologique).

Dans ce contexte, la tendance que doit prôner l’écologie politique, c’est d’arriver à la concordance entre une population humaine et sa biorégion, son propre écosystème, son Lebensraum (espace vital). Actuellement la définition la plus institutionnalisée de cette obligation de vivre de ses propres ressources est le cadre national ou ethnique (une culture homogène). Échapper à ce cadre, c’est promouvoir des luttes interethniques, conflits souvent meurtriers qui se multiplient actuellement sur toute la surface du globe. Bien entendu l’écologie n’est pas nationaliste en soi, elle dit au contraire que le plus adapté à la durabilité est la constitution de communautés de résilience sur un territoire restreint, alliant l’autonomie alimentaire et énergétique à la décentralisation du pouvoir. L’écologie est pour une relocalisation, pas pour la libre circulation des hommes et des marchandises, idéologie à la base d’un libéralisme économique dévastateur.

EELV : « L’ambition de l’écologie politique est de faire humanité dans un monde commun. »

Biosphere : les mots sont trompeurs, « humanité » est mis à toutes les sauces, entre humanisme et humanitaire. Notons d’ailleurs qu’il s’agit de mettre l’anthropocentrisme au premier plan, ce que critique une écologie digne de son nom. Un « monde commun » est d’une complexité de définition encore plus effrayante : avec qui partager ce monde et quels sont ses contours ? Tant que l’espèce humaine n’aura pas acquis le sens des limites, à commencer par l’adaptation de son niveau de population aux capacités de charge de son milieu, définir un « monde commun » se révélera impossible. L’histoire humaine est une longue litanie de conflits de territoires, d’invasions, de colonialismes, d’impérialisme… Se dire « citoyen du monde » est bien sûr une option pour revendiquer son pacifisme, pas pour justifier les migrations humaines.

EELV : « Le droit à la mobilité de chaque individu est l’horizon vers lequel tendre. »

Biosphere : Prenons la Déclaration universelle des droits de l’Homme qui définit nos droits : « Toute personne a le droit de quitter tout pays, y compris le sien, et de revenir dans son pays. » Le philosophe Etienne Balibar a souligné le caractère ambigu de ce texte, il manque l’obligation pour tout État d’accepter l’entrée des étrangers ! Balibar estimait à juste titre qu’il existe « un point où la liberté non contrôlée se détruit elle-même ». Le droit à la mobilité est un facteur prépondérant de la dégradation de la biosphère et des relations humaines. Richard Heinberg lie conscience écologique et limitation des migrations : « L’opposition à l’immigration incontrôlée est souvent assimilée à tort à la xénophobie anti-immigrés. Mais dans une perspective écologique, l’immigration n’est pratiquement jamais souhaitable. Lorsqu’elle se fait massivement, elle ne fait que mondialiser le problème de surpopulation. De plus, ce n’est que lorsque les groupes humains se sont enracinés dans une zone particulière, au fil de plusieurs générations, qu’ils développent un sens des limites en termes de ressources. » Or la mobilité humaine est sans précédent. En 2012, nous cumulions déjà 214 millions de migrants internationaux et près de 1 milliard en comptant les migrations internes. Cela s’accompagne nécessairement de perception anxiogène et d’image négative des migrants, de manifestation de xénophobie et d’attitudes discriminatoires. Une attitude politique d’ouverture des frontière sans aucun filtre ne peut que nourrir la percée électorale de l’extrême droite et des partis nationalistes.

EELV : « Droits humains et droits de la nature sont indissociables. »

Biosphere : Notons que le discours d’EELV sur les migrations ne parle jamais de toutes les analyses écologiques que nous venons de faire. Dire que « Droits humains et droits de la nature sont indissociables » n’est donc qu’un discours auto-justificatif sans aucune réalité. Cette soi-disant « écologie politique » est hors sol, même pas utopique, complètement absurde. EELV devrait prendre exemple sur l’association suisse Ecopop (Ecologie et Population) qui s’occupe depuis 1970 de l’impact de la démographie sur la nature et les ressources naturelles. EELV devrait nuancer ses propos sur  les phénomènes d’émigrations et soutenir fortement les mouvements de relocalisation humaine.

(30 mai 2014) migration irrégulière en France, tout n’est pas possible

EELV a un laboratoire des idées, constitué par ses commissions thématiques. Mais, loin de réfléchir à une solution pérenne, la commission immigration d’EELV se contente d’être la courroie de transmission des associations d’aide aux immigrés. Dans ses échanges internes, jamais il n’est question d’écologie et du sens des limites sur une planète close et saturée d’humains. Pourtant Marine Tondelier, membre du BE en charge des commissions, était clair sur le statut de ces commissions : « Il existe au sein du parti des lieux de réflexions et de débats que l’on appelle les commissions thématiques. Elles participent à l’élaboration des orientations du parti… ».

Analysons la Charte des Verts mondiaux adoptée à Canberra en 2001 qui sert de texte fondateur pour l’ensemble des mouvements se réclamant de l’écologie politique. En vertu de ce texte, il est demandé à l’ensemble des adhérent/es d’EELV d’adhérer  au principe suivant  (le 26ème)  : « Le devoir d’accueil et la solidarité active aux réfugiés politiques, économiques et environnementaux. » Il ne s’agit donc pas de libre entrée en France pour les immigrés, il s’agit de prendre en charge les réfugiés dont le statut est reconnu comme tel par les lois en vigueur du pays. Il ne s’agit pas de protéger une Europe forteresse contre des hordes barbares. Il s’agit simplement de reconnaître que tout n’est pas possible, tous les pays filtrent les entrées sur leur territoire.

 L’écologie politique, ce n’est pas déclamer de grands principes, c’est essayer de faire concrètement face à des problèmes complexes qui sont à la fois socio-économiques et écologiques. Une liberté totale de circulation est incompatible avec le fait de viser l’harmonie avec l’ensemble du monde vivant. C’est parce que le principe marchand de « libre circulation » des marchandises a été imposé au monde par les puissances dirigeantes que les sociétés humaines sont complètement déstabilisées. C’est parce que le principe de « libre circulation » des hommes a envahi les écosystèmes de la presque totalité des non-humains qu’il n’y a plus d’harmonie de notre espèce avec le reste du monde vivant.

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La question migratoire niée par la gauche

Les travaux portant sur la relation entre démographie et écologie privilégient l’analyse de la baisse de fécondité et du vieillissement de la population. Ces études ont largement ignoré la problématique de la répartition spatiale. Pourtant la croissance démographique d’une population peut s’analyser aussi bien sous l’angle de l’accroissement naturel que de l’évolution du solde migratoire. Mais cet aspect sent le souffre puisque l’arrêt des migrations est une thématique portée par l’extrême droite. Il n’empêche que les migrations sont au centre des relations complexes entre démographie et environnement au même titre que la fécondité.

Comme l’écrivait René Monet : « Les écologistes devraient dire que l’immigration maintient ou accroît la pression humaine sur le milieu naturel dans des pays où, de par le recul de la natalité, cette pression pourrait s’y stabiliser sinon régresser. Ainsi il n’y aura pas de répit. L’homme va continuer à saturer l’espace planétaire à la fois par la croissance démographique et par les transferts de population. »

Philippe Bernard : L’immigration, l’islam et l’insécurité – l’amalgame qui constitue leur fonds de commerce – pèsent lourdement dans les avancées de l’extrême droite. Or la gauche française peine à regarder cette réalité en face. Un sondage IFOP indique que 57 % des musulmans âgés de 15 à 24 ans interrogés jugent que les lois de la République passent après les règles de l’islam. La part des immigrés dans la population française, restée stable dans les années 1970 à 1990, est passée de 7,3 % en 1999 à 11,3 % en 2024.

La difficulté de la gauche à regarder en face les statistiques de l’immigration traduit une forme de déni. Le 18 novembre sur LCI, Raphaël Glucksmann peinait à répondre aux statistiques erronées du Eric Zemmour, militant de la « submersion migratoire ». Il préférait alerter sur la « question de vie ou de mort pour la démocratie française » que pose la possible arrivée au pouvoir de l’extrême droite. Jean-Luc Mélenchon cherche à flatter un « électorat musulman » et les idées sur l’immigration d’Olivier Faure restent à élaborer. Si la gauche veut regagner les classes populaires, elle ne peut plus faire l’impasse sur l’immigration. La question ne saurait se limiter à du « racisme », elle mérite d’être prise au sérieux comme une question sociale. (extraits)

Le point de vue des commentateurs sur lemonde.fr

L’article attire, 480 commentaires entre le 24 novembre à 11h27 et le 23 novembre à 6h28. Cela commence par Jan aimar, « enfin le journal ouvre les yeux devant les 3 i..imi isl.in . ce n’est pas une invention de CNews…c’est la triste réalité de notre pays et aussi de l’Europe.. » et se termine par Olive974 : « Une autocritique du journal le monde sur ce déni ? »

French cancan récolte 274 avis positifs : « Surprenant et tardif réveil du journal le Monde face à ces deux problèmes brûlants que sont effectivement l’immigration et la délinquance dans notre beau pays. La presse bien-pensante et le Service public « tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil » (TV et radios) font l’impasse depuis des années sur ces deux sujets brûlants qui préoccupent nombre de nos concitoyens, surtout les plus modestes, ceux qui sont en prise directe avec ces problématiques. Les bobos de gauche ont depuis longtemps abandonné ces questions brûlantes aux médias dits « Bolloré » et à l’extrême-droite qui en a fait ces choux-gras. Quant aux hommes politiques de gauche, n’en parlons même pas, eux qui continuent à tourner dans leurs petites cages dorées comme des hamsters et qui font semblant de s’étonner de l’éventuelle arrivée au pouvoir des Le Pen et autres Bardella. »

UnDeuxTroisQuatre résume la situation : «  Le problème de la gauche ? La niaiserie face à l’insécurité La générosité sans contrepartie La gabegie budgétaire La haine de l’entrepreneur Le dégoût de la police C’est grave docteur ? Oui, pour 2027. »

Le point de vue de ce blog biosphere

La problématique des migrations sur une planète close et saturée

Des scientifiques britanniques ont publié en avril 2012 un rapport sur les liens entre population mondiale et préservation de l’environnement2. Selon eux, la croissance de la population mondiale est un sujet à aborder lors de réunions internationales. Car si nous choisissions de ne rien faire, nous serions « entraînés dans un tourbillon de maux économiques, socio-politiques et environnementaux, conduisant à un avenir plus inéquitable et inhospitalier ». Mais il faudrait absolument joindre à la considération de l’accroissement naturel des considérations sur les migrations. Or la XXXIe Conférence internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, tenue à Genève fin novembre 2011, s’est contentée d’exprimer sa profonde préoccupation au sujet des souffrances endurées par les migrants. Les sentiments humanistes ne suffisent pas à résoudre les problèmes sociaux alors que les mouvements migratoires explosent.

La mondialisation est devenue inséparable d’une très forte mobilité des populations, qu’elle soit professionnelle, touristique ou forcée, pour des raisons économiques, politiques ou environnementales. Dans le même temps, sur une planète saturée d’hommes, de femmes et d’enfants, le chômage devient structurel dans tous les pays, les difficultés socio-politiques s’accroissent ; les frontières se ferment progressivement aux mouvements migratoires. L’ère de La planète migratoire touche à sa fin. Les lois contre les étrangers se durcissent un peu partout, dans les pays riches comme dans les pays pauvres, aucun espace géographique n’est à l’abri de la construction d’un mur à ses frontières. Des conflits d’espace vital et de ressources découleront encore plus, dans les décennies à venir, la non-acceptation des migrants. La limitation des migrations ne touchera pas seulement les migrants économiques, mais aussi le tourisme de masse. Le plus difficile sera le statut à donner aux éco-réfugiés, nombre qui sera fortement accru par les effets du réchauffement climatique. Cela posera demain un problème peut-être insoluble à l’idée de solidarité humaine. Telle que fonctionne la société actuelle, nous n’anticipons pas politiquement les problèmes, nous les subissons. Là est le vrai scandale.

1/5) la fermeture des frontières, une réalité

Contrairement à la conception commune selon laquelle la mobilité est une constante de la société humaine, nous constatons historiquement qu’il n’y a jamais eu libre circulation des personnes. Partout dans le monde ancien, les peuples donnaient un caractère sacré aux portes de leur territoire, village ou ville : aller au-delà impliquait toutes sortes de précaution. Même le roi de Sparte s’arrêtait à la frontière de la Cité pour y effectuer des sacrifices ; à l’extérieur était le domaine de l’étranger et du combat. Jusqu’au XVIIIe siècle, seule une minorité de personnes se déplaçait : les soldats, les marchands, les aventuriers et les brigands. La masse de la population était peu mobile et le vagabondage proscrit ; on naissait, vivait et mourait dans le même village. Les frontières nationales érigées au XIXe siècle n’ont fait qu’actualiser cette constante humaine, la délimitation d’une appartenance territoriale. Mais le niveau de surpopulation de certains territoires est en lien étroit avec les migrations qui servent d’exutoire. Depuis la colonisation, la mobilité géographique devient une nécessité.

Aujourd’hui, ce ne sont plus quelques conquistadors qui s’aventurent au-delà de mers, ce sont des peuples tout entier. Le dernier rapport de l’OIM (Organisation internationale pour les migrations) indique que la mobilité humaine est sans précédent. Nous cumulons 214 millions de migrants internationaux et près de 1 milliard en comptant les migrations internes (ONU, 2012). Cela s’accompagne de perception anxiogène et d’image négative des migrants, de manifestation de xénophobie et d’attitudes discriminatoires, d’une percée électorale de l’extrême droite et des partis nationalistes. Nous sommes dans une sorte de spirale infernale avec des manifestations de peur, de rejet et de violences un peu partout dans le monde.

Prenons la Déclaration universelle des droits de l’Homme : « Toute personne a le droit de quitter tout pays, y compris le sien, et de revenir dans son pays. » Le philosophe Etienne Balibar a souligné le caractère ambigu de ce texte, il manque l’obligation pour tout Etat d’accepter l’entrée des étrangers ! Balibar estimait qu’il existe « un point où la liberté non contrôlée se détruit elle-même. » Fin septembre 2006, le sénat américain a fini par approuver l’installation d’une clôture de 1123 km le long de la frontière du Mexique. En 2005 a été créée par l’Europe une « Agence pour la gestion de la coopération opérationnelle aux frontières extérieures des Etats membres de l’Union européenne ». L’agence s’appelle désormais Frontex. Son budget, doté à sa naissance 6,3 millions d’euros, a été multiplié par quinze en cinq ans. Un règlement du 26 avril 2007 a prévu la mise sur pied d’équipes d’intervention rapide aux frontières, Rapid Border Intervention Teams, RABITs. Les Européens s’efforcent aussi d’arrêter les immigrants avant même qu’ils n’arrivent aux frontières de leur territoire. La puissance politique et économique de l’Union Européenne est employée pour faire de pays comme le Maroc ou la Libye des partenaires coopérant à la délocalisation de la violence, une sorte de déculpabilisation technique en somme.

En France, le nouveau projet de loi sur l’immigration débattu à l’Assemblée nationale à partir du 28 septembre 2011 renforçait les facilités d’expulsion des étrangers en situation irrégulière. FN et Droite populaire mettent en avant une politique de codéveloppement pour inciter les populations candidates à l’immigration à rester dans leur pays d’origine. Côté UMP, on parle d’un « plan Marshall du codéveloppement en jumelant chaque nation européenne à tous les pays de bonne gouvernance ». Côté FN, on veut « prendre l’initiative d’organiser régulièrement une conférence euro-africaine réunissant les pays concernés afin de déterminer les besoins et de mettre en œuvre les moyens destinés à fixer les populations dans leurs pays d’origine6 » Restez chez vous est le mot d’ordre de la droite plus ou moins extrême.

Ce raidissement nationaliste contamine la gauche et les socialistes français commencent à se remettre en question. Le flou doctrinal succède à l’indignation contre toute mesure anti-immigrée, le pragmatisme l’emporte sur l’humanisme. C’est en 1981, sous François Mitterrand, qu’avait été légalisée et organisée la rétention administrative. C’est Paul Quilès, en tant que ministre de l’intérieur, qui avait fait passer dans la loi en 1992 le système des zones d’attente. Le rapport sur l’immigration préparé en 2004 par Malek Boutih, alors secrétaire national aux questions de société, n’a jamais été rendu public ; il proposait une politique de l’immigration rigoureuse, avec quotas, suppression de la bi-nationalité, nouvelle législation sur le titre de séjour : « Il faut sortir d’un simple rapport humanitaire et charitable avec l’immigration. » Reniement de la part d’un ancien président de Sos-Racisme ? En fait Malek Boutih mettait en évidence le fait que, sans organisation de l’immigration, les phénomènes de discrimination s’enracinent dans la population. A la question « Faut-il régulariser massivement les sans-papiers ? », tous les candidats à la primaire socialiste du 9 octobre 2011 étaient « contre » et défendaient le « cas par cas » avec seulement quelques nuances : normes de « vie de famille », de travail et d’années de présence ou preuves d’« intégration », comme la maîtrise du français jusqu’aux « reconduites à la frontière ». La préférence nationale appliquée aux transferts de cerveau est même envisagée. Le Libanais Amro Al-Khatib, jeune ingénieur embauché par Air Liquide, a été licencié sur injonction de la Direction des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi au motif de l’existence de « 58 autres ingénieurs français aux compétences similaires et en recherche d’emploi » sur le bassin Grenoblois9.

Les contraintes écologiques s’ajoutent aux contraintes socio-économiques. En Suisse, l’association Ecopop (Ecologie et Population) s’occupe depuis 1970 de l’impact de la démographie sur la nature et les ressources naturelles. Avec une densité moyenne de 193 habitants par kilomètre carré de la surface productive, la Suisse est un pays très densément peuplé. Ecopop a donc déposé devant les autorités une initiative en vue d’une « votation » pour limiter l’immigration. Le texte « Halte à la surpopulation » propose donc de « limiter l’immigration nette en Suisse », à un taux de 0,2 % par an. La Confédération helvétique comptait fin août quelque 1,8 million d’étrangers, pour 8 millions d’habitants au total dans le pays, soit 3 % de plus qu’en août 2011. Le texte d’Ecopop a été signé par 140 000 personnes, passant le seuil des 100 000 nécessaire pour organiser un vote populaire. Ecopop se dit humaniste, écologique et à caractère social, contre la xénophobie et le racisme. Car elle considère la densité de la population comme facteur déterminant, et non l’origine de cette population.

Les arguments comparant démographie et environnement sont d’ordre scientifiques, ils reposent sur la formule mathématique, I = PAT :  l’Impact de l’espèce humaine sur un territoire est déterminé, à Technique donnée, par sa Population et par ses Affluences (Activités, niveau de vie). Pour réduire les impacts I, il est donc nécessaire d’agir sur l’efficacité technique T, l’Affluence (réduire le nombre d’unités de production ou de consommation par personne) et la population P (réduire le taux de natalité… ou l’immigration). La décroissance matérielle devrait, sur un territoire dont on a dépassé la capacité de charge, s’accompagner d’une politique démographique qui agit tant sur la fécondité que sur les flux migratoires.

Les écologistes institutionnels encouragent généralement une politique « responsable » fondée sur le droit à la mobilité et la protection des migrants. Or, si la protection des migrants témoigne d’une qualité morale, le droit à la mobilité sans limites ne paraît pas un bon critère quant on accorde de l’importance aux contraintes écologiques sur une Terre dont on a déjà outrepassé les limites.

2/5) l’enfermement planétaire, tout l’espace est déjà occupé

Aucune terre n’est libre d’hommes depuis très longtemps. Cependant Thomas More, en 1516, croyait pouvoir encore écrire dans son livre: « Quand il y a dans une ville plus de monde qu’elle ne peut et qu’elle ne doit en contenir, l’excédent comble les vides des cités moins peuplées. Enfin, si l’Ile entière se trouvait surchargée d’habitants, une émigration générale serait décrétée. Les émigrants iraient fonder une colonie dans le plus proche continent, ou les indigènes ont plus de terrain qu’ils n’en cultivent » Sur ce point, Malthus était à la fin du XVIIIe siècle bien plus perspicace : « On ne peut lire le récit de la conquête du Mexique et du Pérou sans être frappé de cette triste pensée, que la race des peuples détruits était supérieure, en vertu aussi bien qu’en nombre, à celle du peuple destructeur. » (…) « Si l’Amérique continue à croître en population, les indigènes seront toujours plus repoussés dans l’intérieur des terres, jusqu’à ce qu’enfin leur race vienne à s’éteindre. » Notons que les contemporains de Malthus, Adam Smith et Ricardo, constataient qu’à leur époque il y avait immobilité des facteurs de production : ce ne sont pas les travailleurs qui traversent les frontières. Ils militaient seulement pour le libre échange des marchandises.

Sur une terre pleinement occupée par les hommes, la conquête des territoires extérieurs a été de tous temps une abomination. L’invasion par des nations dominantes a été une succession de massacres et d’atrocités, ainsi du colonialisme européen en Amérique du sud ou du nord. La recherche constante de l’espace vital, le Lebensraum des nazis, a toujours été facteur de discriminations, de guerres et même de génocides. Pourtant certains, comme Michel Tarrier, auteur de Faire des enfants tue… la planète, trouve les mouvements migratoires absolument nécessaire. En effet, le fait d’être antinataliste ne veut pas dire qu’on penche forcément pour la décroissance des migrations. Pour lui l’Angleterre actuelle, sans émigration depuis l’époque de Malthus, aurait le double de sa population actuelle, « densité assurément disproportionnée avec son potentiel alimentaire et énergétique ». Michel Tarrier rejoint aussi, paradoxalement, le raisonnement des natalistes qui veulent plus de population pour « payer les retraites ». Comme la baisse de fécondité européenne pose le problème des retraites, il n’y aurait qu’un remède : « en appeler à de nouveaux arrivants pour faire de nouveaux cotisants. » Enfin il prend pour fait acquis la mondialisation « qui saura absorber les trop pleins populationnels et les répartir comme une tache d’huile ».

Cette période où la terre offrait encore des territoires qu’on croyait vierges se termine. Comme l’exprime André Lebeau, « Le découpage de l’espace terrestre en territoires nationaux est achevé. A l’enfermement planétaire qui pèse sur l’humanité s’ajoute un confinement territorial qui fait de la notion d’expansion un synonyme de guerre de conquête. » D’autre part l’ouverture des frontières ne réglerait pas le financement des retraites par répartition, rappelait Jean-Christophe Dumont17, chargé de la division des migrations à l’OCDE. Car, ce qui compte pour résoudre ce sujet, c’est moins le nombre de migrants que « le ratio entre cotisants et pensionnés ». Pousser à de nouveaux arrivants sur le marché du travail ne dit pas s’il y aura ou non dans le futur suffisamment d’emplois, si l’actif ne sera pas chômeur, donc classé lui aussi dans la population à charge. Et puis c’est un cercle vicieux : accroître la population (par la natalité ou par l’immigration), c’est accroître le nombre futur de retraités, donc vouloir encore plus d’expansion démographique dans l’avenir ! Il y a bien d’autres solutions au problème des retraites que la pullulation humaine et l’immigration. Enfin le problème de l’immigration, c’est qu’elle a aussi des coûts sociaux, une montée des sentiments anti-immigrés. Selon M.Dumont, ceux-ci ne dépendent pas tellement de seuils de tolérance, mais d’un « sentiment d’exclusion de la mondialisation… notamment dans une société vieillissante »

L’immigré est aussi un émigré. Malthus avait une approche perspicace de la mobilité géographique : « L’émigration, en supposant qu’on en pût faire un libre usage, est une ressource qui ne peut être de longue durée. » Au niveau d´un pays, l´émigration peut constituer pour l´individu un espoir de survie, remédier temporairement au problème du chômage. Cela permet aussi politiquement d´amoindrir l´effet « cocotte minute » qui peut se produire lorsque le mécontentement citoyen atteint son paroxysme : l’émigration peut servir de soupape de sécurité. L´émigration constitue une tactique politique pour exporter le mécontentement vers l´extérieur tout en attendant les retombées financières des migrants. Mais la démographie du pays peut continuer à galoper, les problèmes ne sont pas résolus. Libéraliser l´immigration (l’émigration) n´est pas une stratégie durable… Par contre, si la population sur un territoire délimité commence à excéder les possibilités du milieu sans qu’on puisse émigrer, c’est là une forte incitation à décider collectivement de la régulation des naissances. C’est une mise sous pression des politiques, qui pousse les autorités à prendre des mesures conséquentes – à être démographiquement responsable -. Empêcher les mouvements migratoires semble une approche adaptée politiquement si on veut agir pour un avenir durable. Mais l’arrêt des migrations internationales n’est pas une mesure qui devrait concerner seulement l’afflux vers les pays anciennement développés.

3/5) Les menaces du tourisme sur l’environnement

Il est anormal que le libre déplacement des touristes des pays riches soit accepté alors que les frontières se ferment internationalement. Un milliard de touristes ont voyagé de par le monde en 2012 : c’est un nouveau record pour le tourisme international, secteur qui représente 9 % du PIB mondial (effets directs, indirects et induits), un emploi sur douze et 30 % des exportations mondiales de services18. L’invention des congés payés, l’élévation du niveau de vie, le développement de l’automobile et de l’avion ont généralisé le tourisme pour une frange toujours plus large de la population mondiale qu’on peut appeler la classe globale. Le tourisme, première industrie mondiale de service, source d’emplois, de dépaysement et de plaisirs, connaît une expansion prodigieuse : en 2020 on prévoit un milliard et demi de touristes, soit 7 % de la population mondiale qui se déplace. Revers de la médaille, la détérioration de l’environnement.

Dès 1969 dans son livre Le Jardin de Babylone, Bernard Charbonneau constatait les méfaits du tourisme à l’intérieur de la France : « La paix de l’hiver est rompue par les skieurs, le blanc des neiges, piétiné et balafré, n’est plus qu’un terrain vague maculé de débris et de traces. La montagne est mise à la portée des masses payantes. Mais est-elle encore la montagne ? Il n’y a plus de montagne ; il ne reste qu’un terrain de jeu… Si nous voulons retrouver la nature, nous devons d’abord apprendre que nous l’avons perdue. » A l’époque, rares étaient les personnes qui voyaient dans le tourisme une agression environnementale. Maintenant le tourisme de masse envahit les plages de rêve à l’autre bout du monde et les facilités qu’offrent encore les énergies fossiles entraînent une dégradation généralisée des milieux. Le tourisme exerce en effet une pression démographique intense même si c’est temporaire. L’analyse de la relation entre migration et environnement doit bien prendre en compte ces déplacements de très courte durée qui, par leur nombre total, peuvent avoir des effets aussi importants que des migrations « définitives ».

Ce tourisme de masse n’est pas durable, pour l’accueillir on dénature, on bétonne, on paupérise, c’est le grand saccage des communautés autochtones qu’on transforme en folklores. Sur le littoral méditerranéen, la population passe de 150 millions de personnes à 400 millions au mois de juillet et août. Les perspectives sont délirantes, la fréquentation touristique pourrait atteindre 637 millions de personnes en 2025. Autant dire que cela n’arrivera jamais. Une première conséquence, 42 % du littoral sont déjà bétonnés. Les embouteillages prolifèrent, les ressources halieutiques dégénèrent, l’eau douce vient à manquer. Alors que la population locale consomme environ 150 litres d’eau par jour en moyenne, chaque touriste en gaspille le double, et jusqu’à 880 litres pour les plus fortunés. La construction d’hôtel de luxe, dans des pays tropicaux où l’eau est rare, et le rapport à l’eau sans limites des touristes induisent une compétition dans les usages de l’eau, au détriment des populations locales. Ces voyages ne relèvent pourtant ni du désir individuel, ni de la nécessité, on s’en va parce que tout le monde part, on obéit à l’injonction de l’industrie du tourisme. Freiner les migrations touristiques, c’est aussi combattre l’industrialisation du monde.

Que faire ? On pourrait instituer des taxes, par exemple sur le kérosène. Cette analyse se retrouve chez Philippe Jurgensen : « Il serait souhaitable d’éliminer les détaxations de consommation de carburant, qui correspondent à autant d’incitations à un mauvais comportement écologique : il s’agit notamment de la coûteuse exonération du kérosène en faveur des transporte aériens. » Mais une telle politique volontariste, impliquant des pays différents et une gente politique aveugle, n’adviendra pas ; la lutte contre le réchauffement climatique n’a pas encore véritablement démarrée. Reste donc le problème des réfugiés climatiques qui ne peut que s’amplifier.

4/5) migrations environnementales, le problème insoluble du XXIe siècle

Un « migrant environnemental » est une personne contrainte de quitter l’endroit où elle vit parce qu’un changement environnemental rend la vie sur place trop difficile ou impossible. Le mouvement tendanciel de désertification est à l’origine de migrations de peuples contraints d’abandonner leurs territoires parce que la sécheresse rend impossible toute culture et fait mourir le bétail. Le changement climatique accroîtra fortement le rythme des migrations avec l’intensification des catastrophes naturelles, la dégradation des conditions d’existence des populations (développements de maladies liées à la transformation des écosystèmes, diminution des ressources en eau), l’élévation du niveau des mers, l’accroissement de la compétition pour des ressources plus rares.

Selon le recueil de statistiques 2011 de la Banque mondiale, 42 millions de personnes ont été déplacées en 2010 en raison de catastrophes naturelles (17 millions en 2009). Avec le réchauffement, les migrations transnationales se multiplieront, tout comme le nombre de réfugiés intérieurs, entraînant des violences au plan local comme régional. La Banque mondiale estime que 60 millions de personnes des zones arides pourraient migrer d’ici à 2020. Les estimations varient entre 50 et 200 millions de réfugiés dits « climatiques » en 2050. Harald Welzer prévoit le pire : « Comme les ressources vitales s’épuisent, il y aura de plus en plus d’hommes qui disposeront de moins en moins de bases pour assurer leur survie. Il est évident que cela entraînera des conflits violents entre ceux qui prétendent boire à la même source en train de se tarir, et il est non moins évident que, dans un proche avenir, on ne pourra plus faire de distinction pertinente entre les réfugiés fuyant la guerre et ceux qui fuient leur environnement. Le XXIe siècle verra non seulement des migrations massives, mais des solutions violentes aux problèmes de réfugiés. »

Il n’est pas possible de déplacer la moitié de la population de l’Afrique, et encore moins les habitants du Bangladesh qui auront perdu leur biotope à cause de la montée des eaux. Dans la zone d’influence de l’Australie, des villageois ont déjà été contraints d’évacuer leurs îles (Tuvalu par exemple) en raison de l’élévation du niveau de la mer. Le gouvernement australien a refusé d’accueillir ces réfugiés climatiques sur son sol : priorité aux Aussies. On mesure l’ampleur du problème et le peu d’importance qu’auront les critères d’humanité. Selon un rapport du Pentagone, « les humains se battent dès que la capacité d’accueil de leur milieu naturel devient insuffisante ; les Etats-Unis et l’Australie seront enclins à bâtir des forteresses défensives autour de leur pays parce qu’ils ont les ressources et les réserves pour assurer leur autosuffisance23 ». Dans les couloirs des conférences des Nations unies sur le climat, Ian Fry s’était donné pour mission de sauver les Tuvalu de la montée des eaux. Lors du sommet de Copenhague, fin 2009, il a supplié l’assemblée : « Le sort de mon pays est entre vos mains. » Sans succès. Comme la plupart des négociateurs, M. Fry ne croit plus sérieusement à la signature d’un accord contraignant sur les émissions de gaz à effet de serre. Le négociateur des Tuvalu ne percevait aucune volonté d’action de la part des grands pollueurs, et notamment des Etats-Unis, dont le Sénat a mis de côté le projet de loi sur le climat. « Il y a d’autres impératifs politiques… », constate-t-il24. Le découragement le guette.

Sauf exceptions assez rares, l’intelligence humaine ne semble plus admettre l’existence de limites, limites à notre reproduction, limites à nos migrations. La volonté de puissance semble avoir comme corollaire l’impuissance à regarder en face les conséquences de nos actes. On cherche à s’adapter au réchauffement climatique plutôt que de limiter nos émissions de gaz à effet de serre. C’est la marque de la société humaine actuelle de ne pas lutter sérieusement aujourd’hui contre les dérèglements environnementaux en prétextant de nos capacités d’adaptation demain. Il s’agit d’une fuite en avant ; on a adapté le milieu à nos besoins au point de les détruire, on veut maintenant s’adapter à la destruction de ce milieu. Cela ne peut mener qu’à une impasse. Pourtant, des dizaines de millions de personnes pourraient échapper à des inondations ou à la sécheresse d’ici à 2050 si les émissions de gaz à effet de serre, à l’origine du changement climatique, étaient plus fortement et plus rapidement limitées25. Mais les processus de rattrapage du retard industriel dans les pays émergents, l’insatiable appétit énergétique des pays tôt industrialisés et la diffusion mondiale d’un modèle de société fondé sur la croissance et l’épuisement des ressources font apparaître comme irréaliste qu’on limite à deux degrés seulement le réchauffement d’ici le milieu du siècle. Les migrations ne sont pas un fait naturel, mais la conséquence de nos inconséquences.

Dans un contexte de débordements économiques et d’inertie politique, nous ne pourrons que constater un changement radical des valeurs face aux conséquences migratoires du changement climatique. Harald Welzer décrit parfaitement le phénomène : « En tant que membre d’une société dont les normes changent, on ne remarque pas que ses propres normes sont soumises à ce changement, parce qu’on se maintient constamment en accord avec ceux qui vous entourent. On peut parler à ce propos de shifting baselines ou de lignes de références fluctuantes. » Les humains changent dans leurs perceptions et leurs valeurs, en même temps que leur environnement et sans s’en rendre compte.  Des processus sociaux comme l’holocauste ne doivent pas être compris comme une « rupture de civilisation » ou une « rechute dans la barbarie », mais comme la conséquence logique de tentatives modernes pour établir l’ordre et résoudre les problèmes majeurs ressentis par des sociétés. Harald Welzer constate que la violence a toujours été une option de l’action humaine. Welzer précisait aussi que l’histoire de l’Occident libre, démocratique et éclairé a aussi écrit sa contre-histoire, faite de non-liberté, d’oppression et du contraire des Lumières. Les perturbations climatiques, les difficultés agricoles et les conflits socio-démographiques sont liées.

Nous pouvons faire le parallèle avec le diagnostic malthusien. Puisque nous ne sommes pas capables de réduire volontairement notre fécondité (et de diminuer nos émissions de gaz à effet de serre), alors famine, guerres et épidémies résoudront le problème démographique. Puisque nous ne nous attaquons pas aux causes des migrations, il n’y aura comme résultante que rejets et massacres. En résumé les migrations, puisque source de problèmes insolubles, poussent à la volonté d’immobilité territoriale, contrainte et forcée. Il n’y a pas de morale à mettre là-dedans : on ne peut vivre durablement que sur un territoire restreint dont on maîtrise collectivement les paramètres : potentiel alimentaire et énergétique, rapports humains de proximité et culture particulière. Les Inuits ne pensaient pas à émigrer, leur terre recouverte de son manteau neigeux huit mois sur douze leur paraissait trop précieuse. Maintenant les Inuits boivent et se suicident pour oublier la mondialisation… et les glaciers fondent. Une population humaine est semblable aux autres espèces, elle ne peut croître au-delà des possibilités que lui offre son écosystème.

5/5) conclusion

Le droit à la mobilité est un facteur prépondérant de la dégradation de la biosphère et des relations humaines. En 2003, Richard Heinberg liait conscience écologique et limitation des migrations : « L’opposition à l’immigration incontrôlée est souvent assimilée à tort à la xénophobie anti-immigrés. Mais dans une perspective écologique, l’immigration n’est pratiquement jamais souhaitable. Lorsqu’elle se fait massivement, elle ne fait que mondialiser le problème de surpopulation. De plus, ce n’est que lorsque les groupes humains se sont enracinés dans une zone particulière, au fil de plusieurs générations, qu’ils développent un sens des limites en termes de ressources. »

Le droit de se déplacer selon son désir individuel empiète sur les capacités de la Biosphère, les humains ne peuvent continuer à cohabiter humainement avec des migrations de masse. Alors que les humains ont atteint les limites de toutes les frontières, y compris celles de la planète, ils devraient dorénavant se contenter du territoire où peuvent s’exprimer leurs solidarités de proximité. Les problèmes économiques, sociaux et éthiques qu’entraînent les migrations devrait être une motivation supplémentaire pour agir au niveau de la maîtrise de la fécondité, pour élaborer collectivement une démographie responsable.

Soulignons pour terminer que nous n’avons pas traité les migrations internes dont l’urbanisation du monde est le symptôme dominant. L’urbanisation découle d’une transformation radicale du milieu naturel et entraîne en retour une transformation radicale de la relation des êtres humains à leur environnement. La bidonvillisation du monde se poursuit. Nous pensons que les contraintes de ressources naturelles vont obliger prochainement à une désurbanisation qui aura des conséquences sans doute aussi terribles que les migrations internationales.

Michel Sourrouille dans le livre collectif « Moins nombreux, plus heureux (l’urgence écologique de repenser la démographie) publié en 2014.

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Pologne, l’effondrement positif de la natalité

La Pologne a le plus faible taux de fécondité d’Europe, 1,03 enfants par femme. La hausse des allocations familiales n’y a rien changé. Un taux de fécondité proche de 1 conduit tendanciellement à une division par deux de la population, à chaque génération. Est-ce un bien, est-ce un mal ?

Eric Albert (extraits) : Voilà bientôt quarante ans que la Pologne, pourtant très catholique, est passée sous le seuil du renouvellement des générations, qui est de 2,1 enfants par femme. Le chaos économique de l’ouverture du pays à l’occident et le chômage qui est monté à plus de 20 % paraissaient initialement l’explication la plus plausible. Mais en 2025, le nombre d’enfants par femme en âge de procréer a chuté à 1,03, le plus bas taux de fécondité de toute l’Europe. En comparaison, la France est à 1,62, l’Allemagne, à 1,35, l’Espagne, à 1,12. La population polonaise s’apprête à rétrécir significativement, de 37,5 millions aujourd’hui à 31 millions en 2060, selon les projections de l’institut de la statistique polonais.

Pourtant une allocation était versée pour chaque enfant, aujourd’hui à 800 zlotys (190 euros) par mois, environ un quart du salaire minimum. Cette aide compte aujourd’hui pour 8 % du budget de l’Etat. Quant aux places en crèche, elles ont triplé, à 230 000. Cela a réduit la pauvreté infantile, mais cela n’a eu aucun effet sur la démographie. La Pologne n’a ni pétrole ni matières premières, seulement sa force de travail. La croissance économique est fondé sur des salaires bas et des gens qui travaillent de très longues heures. Des jeunes femmes envisagent de se faire stériliser pour cause d’anxiété généralisée (la guerre en Ukraine, le changement climatique…). On peut faire le parallèle avec la Corée du Sud, un pays qui s’est également enrichi très vite, où les horaires de travail sont très longs, et où la natalité est la plus faible au monde (0,7 enfant par femme).

Le point de vue des écologistes statisticiens

Le chiffre de 2,1 enfants par femme qui permet une stabilisation d’une population à un niveau donné est très utilisé, y compris par les natalistes. Pourtant ce n’est qu’un chiffre sans fondement car cela n’indique pas si un pays à un moment donné a outrepassé ou non les possibilités en ressources durables pour cette population. Le livre de Michel Sourrouille, « SURPOPULATION – Afghanistan, France, Royaume Uni… aucun pays n’est à l’abri » démontrait que tous les pays sans exception, riches ou pauvres, connaissent actuellement les inconvénients du surnombre. Prenons l’exemple de la Pologne.

La population atteint 38 millions d’habitants en 2025. La densité de population en 2025 est de 125 habitants par km² , bien plus que la densité moyenne en Europe de 34 habitants par km². De plus la Pologne n’a ni pétrole ni matières premières et expatrie déjà sa population excédentaire. Problème supplémentaire, le taux urbanisation est élevé 60 %. C’est un signe de fragilité extrême en cas de difficulté. Or la pénurie énergétique nous menace et les métropoles, qui n’ont aucune autonomie, deviendront vite invivables. Comme faire face à à un exode urbain massif ; impossible.

Certes la Pologne a le plus faible taux de fécondité d’Europe, 1,03 enfants par femme. Un taux de fécondité proche de 1 conduit tendanciellement (si cela se poursuit) à une division par deux de la population à chaque génération. Mais ce taux est variable selon le comportement de la population. Le gouvernement polonais, ignorant les enjeux socio-économiques de la démographie, est ouvertement nataliste : une allocation est versée pour chaque enfant, aujourd’hui à 800 zlotys (190 euros) par mois, environ un quart du salaire minimum. Cette aide compte aujourd’hui pour 8 % du budget de l’Etat. Quant aux places en crèche, elles ont triplé, à 230 000. Cela a réduit la pauvreté infantile, mais cela n’a eu aucun effet sur la démographie. Des jeunes Polonaises envisagent de se faire stériliser pour cause d’anxiété généralisée (la guerre en Ukraine, le changement climatique…). On les comprend. La population polonaise est passé de 27 millions en 1955 à 38 millions aujourd’hui. En quoi revenir volontairement en 70 ans à une population de 27 millions serait-elle une évolution catastrophique ?

Au niveau général, la population mondiale de 8,2 milliards augmente encore au taux de croissance annuel moyen de 1 %, soit un doublement en 70 ans pour une planète que l’activité humaine a rendu exsangue et surchauffée. Il n’y a plus désormais de développement durable possible, au sens originel de pouvoir répondre aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à satisfaire les leurs. On ne peut comprendre ces natalistes qui condamneraient une diminution réciproque de 1 %. Comme l’indiquait Malthus en 1798, si l’humanité ne maîtrise pas sa fécondité au risque de dépasser l’état de ses ressources, il y a des famines, des guerres et des épidémies. En 2025, c’est bien là notre réalité concrète.

Le débat sur lemonde.fr

Nawak : Je pense que la Pologne, ainsi que d’autres pays dans cette situation, devraient lourdement taxer les gens sans enfants. Cela ne doit pas être vu comme une punition mais simplement pour préparer l’avenir. Qui va devoir payer les pensions et les soins pour les vieux sans enfant? Les enfants des autres. Et cela n’est ni tenable, ni souhaitable.

Antispécisme @ Nawak : Mais oui, bien sûr. Le raisonnement des trente glorieuses. Comme si entre temps la population mondiale n’avait pas quadruplé à 8 milliards d’individus, comme si les ressources de la terre étaient infinies, comme si le vivant, la terre, l’eau, l’air et le climat n’étaient pas détruits à petit feu par les humains. Pffff…. Je pense que tous les pays développés devraient lourdement taxer à partir du deuxième enfant. Du point de vue écologique comme des ressources de la planète, moins il y a d’humains, mieux chacun se porte. Sans compter le vivant sauvage, bien sûr, mais ça, chez des gens comme Nawak, c’est une considération intellectuelle ou empathique hors de portée. La pensée boomer dans toute sa laideur.

Gara : La décroissance démographique est une excellente nouvelle et une perspective inévitable. En 1972, « Les limites de la croissance » (le fameux rapport Meadows) concernait aussi la croissance démographique. Que l’on arrête de pleurnicher et que l’on s’y prépare, en limitant aussi la croissance des flux d’origine externe.

Un lecteur du Val de Marne : On ne sait quelle reforme permettra d’avoir assez de soignants, parmi peu de jeunes, pour soigner tous ces vieux ? Avec quel argent faire croitre les dépenses de santé dans un système économique dépressif et en décroissance ? Tant de questions vertigineuses.

EgoBrain : Cela geint et couine parmi certains commentateurs de l’article, et pourtant ils devront s’y faire. Parmi les jeunes générations, un certain nombre ont pris, fermement, la décision de ne pas avoir d’enfants, et rien ne changera à ce fait. Que ce soit parce que le coût du logement est trop élevé, parce que le réchauffement climatique s’accélère et que les systèmes appuient sur la pédale, que les technologies déshumanisantes s’échinent à nier l’humain, ou bien qu’il y ait déjà trop d’humains sur cette terre, la décision est arrêtée. Personne ne pourra contraindre des individus qui ne le souhaitent pas à avoir des enfants ou à les élever, cette époque est révolue. La population décroîtra, dans un monde qui au bonheur des populations ne sait que préférer la croissance économique, et chaque mesure de coercition ne fera que démontrer que ni le système contemporain, ni même l’espèce humaine, ne méritent vraiment d’être préservés. Déplorer les effets dont on chérit les causes, toujours.

Supersined : Pour que les jeunes générations aient envie d’avoir des enfants, il faut leur laisser 1 planète dans 1 état correct (par exemple arrêter d’acheter des voitures à pétrole) et défendre la démocratie (combattre les extrémistes et populistes qui veulent supprimer les contre-pouvoirs). On ne peut pas leur en vouloir d’hésiter à faire naître des enfants sur 1 planète détruite gouvernée par des dictateurs.

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Émissions de CO2 et habitabilité terrestre

1) Les émissions de CO₂ liées aux énergies fossiles continuent d’augmenter en 2025

Audrey Garric : Le pic des émissions de dioxyde de carbone (CO2) n’est toujours pas en vue. Ce moment où elles atteindraient un maximum avant de décroître tarde à se concrétiser, repoussant d’autant la perspective d’un ralentissement de la crise climatique. Les rejets de CO2 d’origine fossile devraient ainsi établir un nouveau record en 2025, en hausse de 1,1 % par rapport à 2024, selon le vingtième bilan du Global Carbon Project. Les émissions mondiales de CO2, principal gaz à effet de serre et première cause du dérèglement climatique, devraient atteindre 42,2 milliards de tonnes en 2025. La majeure partie provient des énergies fossiles, avec 38,1 milliards de tonnes. Au rythme actuel des émissions de CO2, le réchauffement pourrait dépasser 1,7 °C dans douze ans et 2 °C dans vingt-cinq ans.

Le point de vue des écologistes

A noter que la réduction des émissions n’est pas synonyme de la réduction de la concentration en CO2 dans l’atmosphère, sachant que c’est cette concentration qui est responsable du dérèglement climatique. Si les émissions baissent de 2% (ou 5% comme pendant le Covid), l’absorption du CO2 par la planète ne compense pas les émissions, et la quantité de CO2 dans l’atmosphère continue d’augmenter.

Or l’ensemble des partis en France demande l’augmentation du pouvoir d’achat. Ils ne font pas la relations entre consommation et rejets de gaz à effet de serre… Vous avez encore pris l’avion cette année ? Vous roulez en SUV ? Vous mangez trop de viande ? Vous faites partie du problème. Essayez de faire évoluer votre imaginaire. Faites partie de la solution. Merci.

2) « Les siècles ont consacré la liberté, l’égalité, la dignité – mais pas l’habitabilité de notre planète »

Baptiste Morizot et Laurent Neyret : Qu’est-ce qui rend le droit actuellement incapable de répondre à l’enjeu existentiel de notre siècle : l’urgence climatique et écologique ? C’est le « découplage temporel » entre les fondements historiques du droit qui évolue lentement et la vitesse accélérée des évolutions techno-économiques. Comme le dit Edward Wilson (1929-2021) lors d’une conférence en 2009 : « Le vrai problème de l’humanité est le suivant : nous avons des émotions paléolithiques, des institutions médiévales et les technologies d’un dieu. » Les siècles ont donc consacré la liberté, l’égalité… mais pas l’habitabilité. Au XXIe siècle, l’humanisme relationnel trouverait sa traduction dans le principe d’habitabilité, selon lequel le respect de ce qui produit les conditions de la vie sur Terre est d’une exigence absolue. La première voie juridique est la constitutionnalisation. Nous pouvons consacrer la valeur constitutionnelle du principe habitabilité.

Le point de vue des écologistes

Morizot et Neyret n’ont donc pas connaissance de la Charte de l’environnement adossée à la constitution en 2005. Son préambule indique comme le faisait Malthus que l’espèce humaine est complètement reliée à son milieu de vie : « Le peuple français, considérant que les ressources et les équilibres naturels ont conditionné l’émergence de l’humanité ; que l’avenir et l’existence même de l’humanité sont indissociables de son milieu naturel ; que l’homme exerce une influence croissante sur les conditions de la vie et sur sa propre évolution ; que la diversité biologique et l’épanouissement de la personne sont affectés par certains modes de consommation ou de production et par l’exploitation excessive des ressources naturelles…

Art. 1er. – Chacun a le droit de vivre dans un environnement équilibré et respectueux de la santé… »

Art. 2. – Toute personne a le devoir de prendre part à la préservation et à l’amélioration de l’environnement.

Art. 3. – Toute personne doit, dans les conditions définies par la loi, prévenir les atteintes qu’elle est susceptible de porter à l’environnement ou, à défaut, en limiter les conséquences.

On pourrait aller plus loin et constitutionnaliser une règle verte qui tiendrait compte de la démographie humaine :

« Chacun a le droit de vivre dans un environnement respectueux des équilibres naturels. La France tend à assurer l’harmonie entre le niveau de sa population, son échelle de consommation et les possibilités durables de la planète ».

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New Delhi, 30 millions d’habitants !!!!!

L’avenir qui se dessine en Inde sera encore plus urbain. Peut-être ! « Les villes indiennes ne sont pas prêtes à accueillir une telle croissance démographique », ont prévenu Amitabh Kant et Ranveer Nagaich dans les colonnes de l’Indian Express. Le géant asiatique – avec 1,451 milliard d’âmes – devrait atteindre en 2060 une population de 1,7 milliard d’habitants. New Delhi, 30 millions d’habitants, n’est déjà plus vivable. Les villes sont surpeuplées et les campagnes ne peuvent plus accueillir le nécessaire exode urbain. Mais pour les humanistes de l’open bar, l’Europe pourrait accueillir la main d’œuvre indienne excédentaire…

Carole Dieterich : Les 30 millions d’habitants de New Delhi sont confrontés chaque hiver à un cauchemar toxique, et subissent l’été des températures caniculaires. La pollution extrême aux particules fines tue plus de 17 000 personnes chaque année dans la capitale indienne. Les températures franchissent désormais la barre des 50 °C au mois de juin et la mousson qui suit rend la ville impraticable. Habitations, rues, gares et aéroports sont inondés. La capitale connaît aussi une crise hydrique .Delhi n’a toujours pas d’eau potable au robinet, ni de système fiable d’assainissement et de retraitement des déchets. La cité n’a cessé de s’étendre dans un urbanisme totalement anarchique, où marcher relève de l’impossible. La grande majorité de la ville ne possède pas de trottoirs, les voitures et les deux-roues dévorent tout l’espace public. La question de l’habitabilité de Delhi, classée depuis six ans capitale la plus polluée au monde, est désormais posée. L’avenir qui se dessine en Inde sera encore plus urbain.

Le point de vue des écologistes

Rien dans l’article de la journaliste du MONDE sur le constat de surpopulation et la nécessaire autolimitation de la fécondité. Le ralentissement actuel de la fécondité en Inde ne doit pas cacher que ce pays a déjà 484 hab./km² (banque mondiale, 2023) contre 150 hab./km² en 1961. Comme plus de 40 % de sa population a moins de 25 ans, cela veut dire que la croissance démographique est loin d’être terminée. Or la croissance des problèmes va avec le nombre croissant d’une population. Au recensement de 1921, la population comptait 300 millions d’habitants. À son indépendance en 1947, l’Inde comptait environ 340 millions d’habitants. Aujourd’hui plus de 1,450 milliard d’habitants ; c’est 17 % de la population mondiale sur 3 % des terres émergées. Le géant asiatique devrait atteindre en 2060 une population de 1,7 milliard d’habitants. Une population qui est multipliée par 5,7 en l’espace de 140 années ne peut qu’aller au désastre. Il naît 53 enfants aujourd’hui en Inde chaque minute, soit 27,9 millions de naissances par an. Créer des emplois pour autant d’arrivants, c’est impossible. Rappelons que la dernière campagne de recrutement des chemins de fer début 2022 avait attiré 12,5 millions de candidats pour seulement 35 000 postes.

Claude Lévi-Strauss en 1955 : « Les grandes villes de l’Inde sont une lèpre, l’agglomération d’individus dont la raison d’être est de s’agglomérer par millions, quelles que puissent être les conditions de vie : ordure, désordre, ruines, boue, immondices, urine. Ils forment le milieu naturel dont la ville a besoin pour prospérer. Dans de telles conditions, il n’est pas surprenant que des relations humaines incommensurables à celles dont nous nous complaisons à imaginer (trop souvent de façon illusoire) qu’elles définissent la civilisation occidentale, nous apparaissent alternativement inhumaines et subhumaines. Ceux qui n’ont rien survivent en espérant tout et ceux qui exigent tout n’offrent rien. Lorsque les hommes commencent à se sentir à l’étroit dans leurs espaces géographiques, une solution simple risque de les séduire, celle qui consiste à refuser la qualité humaine à une partie de l’espèce. Ce qui m’effraie en Asie, c’est l’image de notre futur, par elle anticipée. »

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La France accro grave aux fossiles

On a trop longtemps bercé les consommateurs par l’achat aux prix les plus bas, les grandes surfaces semblent à notre service, la publicité omniprésente nous fait aimer l’abondance à crédit, on croit que la voiture individuelle est absolument nécessaire, etc. Un socialisme mal conçu nous fait éviter les sujets qui fâchent comme la sortie des fossiles, la lutte nécessaire contre l’endettement public, la retraite à des conditions difficiles, le poids des enfants de trop vu la finitude des ressources, etc. Dans un monde soumis aux diktats du croissancisme, toute parole discordante est ignorée. C’est pourquoi l’article du MONDE du 12 novembre 2025 nous semble annoncer une ère nouvelle, celle de l’inéluctable effondrement à venir :

« La dépendance de la France au pétrole et au gaz menace son économie »

Jean-Marc Jancovici a déjà prévenu depuis 20 ans de cette situation préoccupante. N’étant entendu de personne ou presque il a lancé l’idée du ShiftProject qui travaille beaucoup, produit d’excellents rapports qui finissent par attirer l’attention de ceux qui sont les plus concernés : les politiques et les médias. Mais on peut craindre qu’il ne soit trop tard.

Marie de Vergès : Le conflit russo-ukrainien a remis au premier plan les enjeux de sécurité énergétique. La dépendance de la France aux énergies fossiles n’est pas seulement un problème pour le climat. Elle menace aussi le fonctionnement économique futur de notre pays. Soit une « double contrainte carbone », selon les termes de The Shift Projet. Si le pays produit une électricité largement décarbonée, grâce au nucléaire et aux sources renouvelables, celle-ci ne représente qu’un cinquième de ses besoins en énergie finale. Le reste est importé et repose essentiellement sur les combustibles fossiles. Au total, les entreprises et les ménages français dépendent toujours à plus de 70 % du pétrole, du gaz et du charbon, pour leur consommation d’énergie.

Au début des années 2000, plus d’un tiers de ses importations énergétiques – en pétrole notamment – provenaient de pays européens (Royaume-Uni, Pays-Bas, Norvège) ; en 2022, ces derniers n’en représentaient plus que 20 %. Sept des dix premiers fournisseurs de pétrole de la France pourraient voir leur production dégringoler d’ici à 2050. Parmi eux, des pays tels que l’Algérie ou le Nigeria risquent de plus arriver à sortir suffisamment de barils pour satisfaire leur consommation domestique, compromettant leur capacité d’exportation vers la France. Autrement dit, la disponibilité de l’énergie aujourd’hui essentielle à l’économie et au train de vie des Français est tout sauf garantie.

Le point de vue des écologistes

La première crise pétrolière (choc de 1973), c’est le siècle dernier, choc oublié du grand public ; on fait comme si cela ne devait jamais arriver à nouveau. Grave erreur stratégique. Alors que la France importe CHAQUE JOUR environ 170 MILLIONS d’euros de matières fossiles, on peut raisonnablement se dire que nombre de nos concitoyens n’ont pas encore compris les enjeux qui se dressent devant nos sociétés énergivores. Le prix du carburant flambera un jour prochain. Tout le monde subira le blocage des raffineries par des routiers en colère contre la hausse du gazole et les Gilets jaunes seront à nouveau de sortie. Le prix de l’alimentation flambera, l’inflation fera des ravages. C’est le chaos assuré.

– En 1972, le rapport sur les limites de la croissance nous avait déjà averti, c’est l’effondrement garanti au cours du XXIe siècle si on continue sur notre lancée.

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– En 1974 un candidat à la présidentielle porte un programme écolo de rupture avec le croissancisme, en vain.

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– En 1979, un spécialiste de l’automobile nous avertit.

L’observateur ne peut manquer d’être angoissé par le contraste entre l’insouciance de l’homme et la gravité des épreuves qui le guette. Comme le gouvernement crie au feu d’une voix rassurante et qu’on n’aperçoit pas d’incendie, personne n’y croit. Jusqu’au jour où la baraque flambera. Comment l’automobiliste pourrait-il admettre la pénurie lorsqu’il voit l’essence couler à flot dans les pompes et lorsqu’il s’agglutine à chaque congé dans des encombrements imbéciles ? Cette situation me paraît beaucoup plus inquiétante encore que celle des Français en 1938. Ceux qui acceptaient de regarder les choses en face apercevaient au-delà des frontières la lueur des torches illuminant les manifestations wagnériennes, ils entendaient les bruits de bottes rythmant les hurlements hystériques du Führer. Tous les autres refusaient de voir et d’entendre. On se souvient de notre réveil en1940.

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