épuisement des ressources

Les préjugés du journal « La décroissance »

Nous aimons ce mensuel iconoclaste qui porte la seule parole d’avenir aujourd’hui : « Il nous faut maîtriser la décroissance de notre système thermo-industriel, sinon le choc sera très brutal ». Il nous semble cependant que Vincent Cheynet, son rédacteur en chef, ne réfléchit pas toujours comme il faudrait.

Par exemple les colonnes de son journal sont interdites à tous ceux qui analysent la décroissance démographique. On ne jure que par la décroissance économique, la maîtrise de la fécondité humaine, c‘est tabou. Le mot « malthusien » est même interdit de séjour. On préfère louer les ventres qui s’arrondissent. C’est pourquoi ce journal en reste à des superficialités. Ainsi dans le numéro de mai 2021, la comédienne Audrey Vernon : « J’ai envie qu’on arrête de fabriquer des smartphones, des SUV, mais pas des bébés. » Commentaire du journal : « On rêve d’un monde du spectacle qui devienne aussi subversif ». Après ce commentaire abrupt, Vincent Cheynet cite le livre d’Audrey, Billion dollar baby : lettre ouverte à mon enfant à naître. Il faut s’en contenter alors que la pensée d’Audrey est bien plus ouverte : « La littérature écologiste radicale est passionnante, stimulante… Notre civilisation ressemble de plus en plus à la grande barrière de corail, blanchie, fantomatique, sale… J’ai envie qu’on arrête de fabriquer des produits, de transformer l’animé en inanimé.. Je propose la décroissance, le retour à la réalité, la fin du décalage prométhéen entre nos techniques et notre incapacité qui fait qu’on n’arrive pas à imaginer les conséquences de nos actes et de l’utilisation de ce « progrès »… Il faut revenir à la réalité biologique et partir de ça pour reconstruire des techniques adaptées à la vie et qui ne détruisent pas tout ce qu’elles touchent. On ne devrait fabriquer que des choses biodégradables, retrouver cette osmose avec les êtres vivants dont nous co-dépendons. Se souvenir que l’océan avant d’être une décharge est notre oxygène, que la terre avant d’être une source de profit est la condition de notre vie biologique… Et aussi laisser les milliardaires aller sur Mars… tout seuls. Les périls sont immenses, on parle quand même de 6ème extinction de masse. De génocides en cours et à venir. Des enfants meurent tous les jours de notre confort, je rêve qu’appuyer sur un interrupteur n’ait pas pour conséquences l’expulsion de populations, la famine, la vie dans des bidonvilles…» Après ces fortes paroles, on ne voit pas pourquoi Audrey n’a pas intitulé son opuscule « lettre à l’enfant que je n’aurai jamais».

Le débat sur le malthusianisme mériterait d’être ouvert par Vincent Cheynet.

Notre synthèse, MALTHUS, décroissant nié par les décroissants (27 août 2020)

Deuxième exemple d’ostracisme, la manie de Vincent Cheynet d’attaquer tout ce qui bouge en matière d’écologisme, celles et ceux qu’il appelle écotartuffes. Cyril Dion est emblématique des préjugés du journal envers les personnes et leurs idées. Dans le numéro de mai 2021, on fait une longue citation des propos de Cyril : « Y’a un livre passionnant qui s’appelle Comment saboter un pipeline d’Andreas Malm… Finalement, dans l’histoire, que ce soit pour les droits civiques, que ce soit pour les suffragettes, que ce soit pour indépendance de l’Inde, en réalité il y a à la fois des mouvements non-violents, ce que l’histoire a gardé dans ses tablettes, mais aussi des mouvements d’action directe qui faisaient toujours attention à ne pas faire de victimes humaines mais où y’avait des sabotages, ou y’avait des attentats : les suffragettes faisaient péter des bombes, et cette action instaurait une épreuve de force avec le pouvoir qui a permis à la fraction non-violente de pouvoir avancer ses pions, et de pouvoir transformer les lois et la société…. » Le mensuel en tire le commentaire définitif suivant : « Voilà notre écologiste médiatique qui fait l’apologie de la violence qui, en fait « ouvrirait la voix aux non-violents (sic). »

Là encore le journal La décroissance refuse d’aborder le débat de fond, les modes d’action à envisager dans un contexte d’urgence écologique. Est-ce que la violence contre les biens nuisibles à l’équilibre socio-écologique sont (ou non) une forme de non-violence, le débat méritait d’être ouvert par Vincent Cheynet.

Notre synthèse, Urgence écologique et destructions de biens (11 octobre 2020)

Comment obtenir une majorité écologisée ?

Les idées socialistes se sont propagée à partir du XIXe siècle et la révolution industrielle a différencié de plus en plus clairement patronat et salariés dépendants. Pourtant en France le socialisme n’a jamais pris le pouvoir sauf très courtes périodes, la droite restant au pouvoir. Bien entendu les pays qui se disent socialistes/communistes n’ont jamais éradiqué le pouvoir d’une bourgeoisie/nomenklatura sauf que c’est le pouvoir qui fait les privilèges et non la fortune. Au XXIe siècle, ce sont maintenant les idées écologistes qui infusent dans la société, mais cela ne fait pas du tout une majorité électorale. Pas encore ?

La politiste Vanessa Jérome insiste sur les dissensions internes aux Verts qui les empêchent d’arriver au pouvoir : « Leurs alliances sont à géométrie variable ce qui alimente leurs divisions récurrentes… Leurs élus sont des outsiders sur la scène politique… Il n’existe pas vraiment de leader national… » On pourrait ajouter bien d’autres défauts à l’écologie institutionnelle, leur goût prononcé pour le gauchisme, leur soutien constant à toutes les minorités activistes (accueil sans réserve des sans papiers, soutien des LGBT+, féminisme exacerbé, discours genré et écriture inclusive, etc.), des statuts extrêmement complexes mais jamais respectés, des guerres de pouvoir et un culte de l’ego très prononcé , etc. Mais ce n’est pas l’essentiel, il faut ajouter la lutte interne qui fait rage entre les partisans minoritaires d’une écologie radicale et les nombreux soutiens d’une écologie consensuelle /superficielle. Le point de vue écolo est multiple et souvent contradictoire comme l’était le débat récurent entre les socialistes utopistes et les communistes marxistes, la lutte de classes contre la social-démocratie accommodante, les pacifistes d’un côté et les va-t-en guerre de l’autre, etc. On pourrait donc se dire que l’écologisme aujourd’hui traverse une période de maturation qui prendra beaucoup de temps pour constituer une majorité de pouvoir.

Le problème, qui n’est pas seulement franco-français, c’est que l’urgence écologique est telle et tellement multidimensionnelle qu’on n’a pas le temps d’attendre. Il nous faut une écologie de rupture qui ne peut obtenir l’acception sociale : des sapins de Noël qui resteraient dans leurs forêts, un Tour de France qui paraîtrait ringard, beaucoup moins d’avions dans le ciel et de voitures sur les routes, beaucoup plus d’efforts physiques et beaucoup moins de société du spectacle, une perte de pouvoir d’achat et un retour aux besoins essentiels, plus de liens et moins de biens, la mort du tourisme, un avenir qui ressemblera à notre passé d’avant la révolution industrielle… Comme tout cela rend inaudible la pédagogie de la catastrophe dans une société formatée par les écrans publicitaires, ce sera donc les catastrophes qui serviront de pédagogie au prix d’un bon nombre de morts et de dérives politiques totalitaires. CQFD.

Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphere, Covid-19, une pédagogie de la catastrophe ?

Nécessité du tri médical face à notre surnombre

Il y a le tri postal et le tri médical, les gares de triage et le tri des élèves, nous sommes dans une société du surnombre démographique et nous sommes obligés de faire des choix. Notez que nous ne sommes plus que des numéros, numéro de carte vitale associé à un numéro d’arrivée dans toutes les attentes aux urgences. Avec le Covid-19, le tri médical est une réalité que le médecin qui s’y trouve contraint doit assumer.

C’est ce que pense Mathieu Acquier* : « Le porte-parole du gouvernement a déclaré le 31 mars 2021: « Le tri des patients n’est pas une option. » Le 13 mars 2020, le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) recommandait « que l’exigence de justice, au sens d’égalitarisme, soit pondérée par la nécessité de priorisation des ressources ». Le tri médical en est sa mise en application. Les exemples de priorisation sont nombreux en ce moment accès en réanimation ou à la vaccination. Selon la CCNE, le principe égalitariste du « premier arrivé premier servi » n’est pas acceptable. La priorisation contextuelle a pour objectif de favoriser ceux qui bénéficieront le plus d’une ressource rare. Le tri procède d’un choix complexe qui se doit d’être assumé par le médecin qui y est contraint par les circonstances. Les intérêts du patient sont mis en regard de ceux de la communauté. Une discussion collective sur la question est nécessaire pour que les processus de tri soient perçus comme suffisamment justes pour être acceptés sans soupçon ».

Le tri des patients à l’hôpital, le tri des élèves devant les écoles, le tri des humains face aux ressources alimentaires restent le quotidien des pays sous développés. Les pays riches ont bénéficié de la manne des énergies fossiles pour croître à en perdre la raison. Depuis 20 ans les dépenses publiques hospitalières croissent deux fois plus vite que la population et que le PIB, mais cela ne suffisait pas, la preuve aujourd’hui. Du point de vue écologique, nous sommes arrivés à l’extrême possibilité des ressources de la planète pour satisfaire des besoins humains qui se veulent illimités, conserver la vie à tout prix, prendre des vacances de l’autre côté de la planète, rouler en SUV, procurer à tous le dernier gadget à la mode. Puisse cette période de pandémie nous rappeler que tout n’est pas possible et qu’il faut faire des choix, réduire notre nombre et nos envies, revenir à l’essentiel de ce qu’il nous faut pour concilier notre survie personnelle et l’intérêt collectif. Sans oublier que la sobriété doit être partagée, que ce soit en matière de soins médicaux ou de répartition des richesses financières.

Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphere :

10 décembre 2020, Priorisation, tri médical, des gros mots ?

11 mars 2020, Covid-19, nécessité d’un triage médical

* Mathieu Acquier (Médecin au service de médecine intensive et réanimation au CHU de Bordeaux)

Bientôt des centaines de millions de chômeurs

Avec l’arrêt du tourisme pour cause de pandémie, les pays qui en vivent risquent de voir disparaître des dizaines de millions d’emplois. La plupart des commentateurs s’en réjouissent sur lemonde.fr, pourtant cela ne présage rien de bon.

Boulama : Pour de vrai j’ai hâte. Hâte de voir tous ces gens arrêter d’aller massacrer des pays où ils croient leur présence indispensable parce qu’ils ont le mythe du voyage. Qu’ils commencent par aller voir la colline à côté de chez eux, puis celle d’après.

Jamaiscontent : L’article du MONDE éclaire sur un problème qui semble insoluble : le tourisme de masse est devenu indispensable à des millions de personnes pour (sur)vivre, il est légitime de se préoccuper du sort de ces personnes, en particulier dans les pays qui n’ont pas de filet social. Mais on sait que ce type de tourisme est aussi destructeur de sites entiers, naturels en particulier, de ressources (constructions…) et qu’il est un contributeur au réchauffement climatique (avions, clim, surconsommation et gaspillage). Sans pour autant assurer de façon durable un niveau de vie décent à toutes les petites mains de cette massification. C’est mal barré pour ces gens, et pour la planète…

Tinos : Vivement que le tourisme redevienne ce qu’il n’aurait jamais du cesser d’être : un passe temps pour riches Anglo saxons désœuvrés. Et moi. Il me reste une place dans mon Falcon 9 demain pour Nicosie : prix à débattre entre gens biens. Ironie.

Gaston : chacun dans son pays c’est l’avenir, la France est grande il y a beaucoup de lieux à visiter, pas besoin de faire des milliers de kms pour se faire servir par des salariés peux rémunérés car c est cela l attrait pour les touriste de masse pas cher et beaucoup de serviteurs..

Ours : Dans les structures hors sol du tourisme de masse, l’indigène n’a un intérêt que s’il permet de réduire le coût de la main d’œuvre, sinon celle ci est importé, comme le reste.
Le tourisme n’est qu’une exploitation du territoire, comme dans l’industrie minière par exemple et l’occasion de formidables profits à court terme.

Bibifoc : quant la pandémie sera terminée, la main d’œuvre retournera très rapidement dans le secteur du tourisme car dans nombre pays, c’est le secteur où les conditions de travail et de salaire sont, et de loin les meilleurs.

Michel SOURROUILLE : Cet article pose clairement le problème lié à la nécessaire rupture écologique. Le nombre d’emplois nuisibles à la bonne santé de la biosphère est énorme, le tourisme de masse n’en est qu’une des facettes particulières. N’oublions pas que seul le travail des paysans et de quelques artisans est nécessaire à la bonne marche d’une société, tout le reste n’est qu’emploi parasitaire : la quasi totalité des employés, au service ou non de l’État, la plupart des ouvriers, sans compter tous les intermédiaires et autres cadres supérieurs qui vivent au crochet de ceux qu’ils font travailler. Il n’y aura plus de destruction créatrice au sens de Schumpeter, les emplois perdus dans un secteur étaient compensés pendant les Trente Glorieuses par les emplois créés ailleurs. Déjà le chômage de masse est une réalité dans la plupart des pays, il ne peut que s’amplifier dans la société post-Covid, sauf à vouloir retourner à la croissance, au pillage de la planète et à la guerre de tous contre tous au final

22 mars 2021, Journée mondiale de l’eau

La journée mondiale de l’eau* est l’occasion de faire le point sur cette ressource vitale, irremplaçable, inestimable. Martine Valo nous en dit plus sur lemondefr : « Elle paraît omniprésente, mais c’est une ressource épuisable, constate le rédacteur en chef du rapport 2021 de l’ONU-eau. A la différence de l’or, du bois ou de la tonne de CO2, il n’existe pas de chiffres pour qualifier la valeur de l’eau… Les milieux économiques se livrent à des analyses de ce que pourraient leur coûter des pénuries d’eau ou encore les dégâts causés par des inondations. Tout cela se chiffre en sommes astronomiques, mais n’englobe pas la totalité des effets de l’eau sur l’environnement, l’attrait des paysages, la santé, le bien-être. Mais la ressource hydrique a tendance à être de plus en plus exploitée comme une arme sélective à l’encontre de tel ou tel groupe ethnique… Parce qu’ils sont privés de réseaux d’adduction d’eau, les habitants des quartiers informels la paient dix à vingt fois plus cher que les autres auprès de camions-citernes… Dans la région Asie-Pacifique, certains pays rejettent 80 % de leurs eaux usées dans la nature sans traitement… »

Sur notre blog biosphere, lire en complément « Journée mondiale de l’eau, un constat de pénurie ». Extraits  :

Au fil des décennies, on a fini par oublier à quel point disposer chez soi d’eau potable rien qu’en tournant un robinet était un luxe, et on pense aujourd’hui que ça va de soi . Mais passons deux jours sans eau au robinet, et on se rend compte de la galère ! En période de descente énergétique (il faut de l’énergie pour amener l’eau au robinet après l’avoir dépolluée), l’eau deviendra en France un bien rare. Mais dans d’autres pays, la majorité des gens vivent déjà des temps de stress hydrique, d’épuisement des nappes phréatiques, de pollutions diverses de l’eau, etc. Mourir de faim ou de soif, le résultat est le même. Urbanisation, surpopulation, sur-pollutions, agriculture intensive, la problématique de l’eau révèle l’impuissance du complexe thermo-industriel à nous mener sur les voies d’un futur acceptable.Un futur sans eau potable, très probable.

Quelques commentaires sur lemonde.fr qui apportent aussi une nouvelle dimension, la question démographique :

Gaston : pas une semaine sans un article nous expliquant les catastrophes a venir mais jamais rien sur la démographie qui est la responsable de ces situations plus facile de rabâcher une hypothétique redistribution équitable en évitant d aborder les questions qui fâchent (culturelles et religieuses)…

John Morlar : Ce n’est pas qu’il n’y a pas assez d’eau, c’est qu’il y a trop de monde. 80 millions de personnes en plus par an. L’ONU compte faire un rapport la dessus aussi ? Ça m’étonnerait un peu.

lecteur assidu : La politique de l’enfant unique paraît à court terme la seule solution.

* La Journée mondiale de l’eau est une journée internationale instituée par l’Organisation des Nations unies. Proposée dans l’Agenda 21 au cours du sommet de Rio en 1992 et adoptée le 22 février 1993 par l’Assemblée générale des Nations unies, elle se célèbre le 22 mars de chaque année avec des thèmes différents.

21 mars, journée internationale des forêts

Le botaniste Francis Hallé dénonce, dans une tribune au « Monde », l’abattage et le commerce du bois. Un propriétaire forestier vend son bois, Il est le seul bénéficiaire de l’opération puisqu‘il est propriétaire de la ressource. Mais s’il y a un bénéficiaire, il y a aussi des perdants. Les arbres abattus représentaient un patrimoine qui nous garantissait un environnement viable, absorbant le CO2, fournissant de l’oxygène, régulant le débit des eaux. En outre, ils avaient une influence bénéfique sur notre santé physique et mentale, tout en favorisant le développement et le maintien d’une diversité biologique. Dès lors qu‘un arbre est détruit, nous cessons de bénéficier de tous les services qu’il assurait gratuitement

Il est évidemment souhaitable qu’ils les industriels forestiers compensent les dégâts écologiques dont ils sont la cause,

La Journée internationale des forêts a été établie par une résolution de l’Assemblée générale des Nations unies le 28 novembre 2012. Francis Hallé est un spécialiste des arbres. Il a participé à la création des expéditions du Radeau des cimes, il est l’auteur de « Plaidoyer pour l’arbre » (Actes Sud, 2005)

Tout savoir sur le Code minier

Le code minier français date du 21 avril 1810. Les différentes réformes dont il avait fait l’objet jusqu’à maintenant n’ont guère pris en compte la question de leur impact environnemental. Du temps de François Hollande, les députés avaient adopté le 25 janvier 2017 une proposition de loi visant à l’adapter le code minier. Cette réforme, annoncée depuis plus de cinq ans, arrivait en fin de quinquennat et ne pouvait aboutir. A l’heure actuelle, le « droit de suite » donne encore un droit quasi-automatique au passage à la concession pour les entreprises qui détiennent un permis de recherche. Même dans le détail, ça bloque. Avant le départ du président de la République en Guyane le 26 octobre 2017, Nicolas Hulot avait longuement insisté auprès d’Emmanuel Macron sur les menaces pour l’environnement d’un gigantesque projet minier au cœur de la forêt amazonienne, baptisé « Montagne d’or », un monstre sur 190 km2 de concessions, qui prévoit une fosse de 2,5 km de long, 500 mètres de large et 400 mètres de profondeur, avec une usine de traitement du minerai par cyanuration…. Pourtant, lors d’un entretien accordé à France Télévisions Guyane le 27 octobre 2017, le chef de l’État s’est dit favorable au dossier : « C’est un projet qui, je le pense, sur ses fondamentaux, peut être bon pour la Guyane. » Les choses évoluent, lentement. Le 6 mai 2019, Emmanuel Macron enterrait le projet de mine d’or à ciel ouvert Montagne d’or, en Guyane, dont la production devait démarrer en 2022, en estimant qu’il n’était « pas compatible avec une ambition écologique en matière de biodiversité ». La réforme du code minier refait surface en 2021.

Un des volets du projet de loi « climat et résilience » présenté le 10 février 2010 en conseil des ministres, ne reprend pas l’idée d’un moratoire sur l’exploitation industrielle minière en Guyane proposé par la CCC. Mais il autorise le gouvernement à procéder par ordonnance à la refonte de la partie législative du code minier et du livre premier du code de l’environnement. Cette réforme, est-il affirmé dans l’exposé des motifs, « est nécessaire pour doter l’Etat des outils juridiques permettant notamment de refuser des permis miniers d’exploration ou d’exploitation pour des motifs environnementaux ». Tous les projets d’exploitation industrielle des ressources aurifères guyanaises sont suspendus à la promulgation de ce texte et à la publication des ordonnances qu’il appelle.

Montagne d’or est mort, vive Montagne d’or bis ? Le ministre de l’économie souligne l’enjeu : « La réforme du code minier permettra de mieux accompagner localement les projets, en donnant à l’autorité administrative davantage de possibilités pour réorienter ou interrompre ceux qui ne s’inscriraient pas dans une démarche responsable ». Une garantie qui ne s’apparente en aucun cas à un renoncement. « Dans le cas spécifique de la Guyane, une activité minière raisonnée contribue au développement économique du territoire, où la lutte contre l’orpaillage illégal est un enjeu important », ajoute-t-il. Le coordonnateur des projets miniers auprès du préfet de la Guyane, Didier Le Moine : « Le gouvernement n’a jamais dit qu’il fallait renoncer à toute forme d’exploitation minière, mais sous des formes compatibles avec les objectifs de développement durable, assure l’ancien directeur de l’industrie, des mines et de l’énergie en Nouvelle-Calédonie. « Cette réforme ne vise pas à interdire l’exploitation mais à l’encadrer et à permettre un développement vertueux et accepté par tous de l’activité aurifère. » On sait malheureusement ce que signifie vraiment un développement « propre » et accepté par la population, c’est écoblanchiment et distribution de généreux subsides au niveau local. Notre civilisation thermo-industrielle est extractiviste, il faudrait des oppositions citoyennes motivées et nombreuses pour enrayer ce processus mortifère d’une planète au pillage.

Pour en savoir plus sur le Code minier grâce à notre blog biosphere :

15 juin 2012, bonne nouvelle écolo, la réforme du code minier

18 janvier 2013, Hydrocarbures, nécessité d’une réforme du code minier

27 janvier 2017, Code minier : une réforme au goût amer votée à l’AN

24 janvier 2020, Code minier et carte carbone, aux oubliettes

« Au bord de l’effondrement » dit un rapport

« Si l’humanité a immensément prospéré ces dernières décennies, la manière dont nous avons atteint cette prospérité fait qu’elle a été acquise à un coût dévastateur pour la nature », indique un rapport de 600 pages commandé par le gouvernement britannique. Le produit national brut (PNB) par habitant a doublé au niveau mondial depuis 1992 mais le « capital naturel » (plus précisément l’estimation des bénéfices que les humains tirent de services offerts par la nature) a chuté de 40 % par tête. « Nous sommes totalement dépendants de la nature, » avertit dans la préface David Attenborough. « Elle nous fournit l’air que nous respirons et tout ce que nous mangeons. Mais nous l’abîmons tellement que beaucoup de ses écosystèmes sont au bord de l’effondrement. » Coordonné par Partha Dasgupta, le rapport souligne qu’une réorientation de la société croissanciste nécessite « une ambition, une coordination et une volonté politique semblable, voire supérieure, au plan Marshall.

Quelques commentaires sur lemonde.fr :

Kiki6917 : Rien de nouveau sous le soleil, mais comme toujours on oublie l’effet de la démographie mondiale qui est le facteur déclenchant de beaucoup de désastres écologiques (et humains par ricochet). Si on doit avoir un plan Marshall sur le modèle de croissance, il doit intégrer un volet contrôle des naissances sinon ce sera voué à l’échec ; mais ce sujet n’est jamais abordé par aucune organisation en tant que tel.

Pierre-Marie Muraz : La décroissance est l’avenir à condition qu’il y ait moins d’humains… Pas de bol la démographie galope depuis deux siècles ! Chance la décroissance a commencé avec la Covid-19 !

He jean Passe : Deux croissances sont à stopper : celle de la consommation (y compris de nourriture dans les pays riches, qui se baffrent de viande et de produits hyper transformés, sucrés, salés…) et la croissance de la population dans les pays pauvres qui nous mènent plus encore (on arrête difficilement la démographie) vers les famines et guerres généralisées.

Keuta : Sachant que l’empreinte carbone d’un européen est en moyenne 8 fois supérieure à celle d’un africain, même si la dynamique démographique ne changeait pas en Afrique (ce qui n’est pas le cas), la démographie a bon dos pour surtout ‘e rien changer à nos habitudes. Mais bon, le néo-malthusianisme rassure apparemment les boomers

Michel SOURROUILLE : Keuta, tu n’écoutes pas les autres. « Hé j’en passe » explicite clairement qu’il faudrait agir à la fois par la déconsommation et la dépopulation, et toi tu attaques au néomalthusianisme, l’idée de faciliter la contraception et la libération de la femme. Peut-on ne pas être d’accord avec tout cela, l’interdépendance des mécanismes socio-économiques ?

R3 D3 : Il faut faire moins d’enfants, ne plus prendre l’avion et la voiture, et drastiquement moins consommer. Monsieur Macron et les libéraux, l’Histoire vous retiendra comme les derniers avatars du capitalisme à œillères, qui auront contribué à nous précipiter dans l’abîme ?

le sceptique : Je lis le digest de ce rapport, qui traite la nature « comme un actif » en vue de la « croissance soutenable ». C’est donc une pièce du capitalisme vert. Ne vous excitez pas les décroissants, les Etats, les financiers et les industriels conduisent toujours le cours de vos vies, simplement ils vont opérer des transitions comptables dans les métriques du « bonheur » afin d’y retrouver leurs petits et de vous adapter à ce nouveau cadre.

Aldo : Qu’il ne puisse y avoir de croissance infinie dans un monde fini, on le sait depuis au moins 50 ans. Mais alors pourquoi Le Monde continue t-il « en même temps »,a faire la promo d’une politique centriste et libérale, qui n’a jamais et ne remettra jamais en question la croissance a tout prix comme seul paradigme ? Schizophrénie ? Dissonance cognitive ?

PIB et chômage sont dans un bateau

Le PIB français a chuté de 8,3 % en 2020, il s’est soldé par la destruction de 691 000 emplois. Si le PIB tombe à l’eau, le chômage le suit, c’est automatique. C’est pourquoi les politiciens de tous bords n’avaient jusqu’à présent que ces mots à la bouche, croissance, croissance, croissance… pour sauver des emplois et subrepticement pour remettre la planète en bon état de marche. Croissance et écologie devaient aller de pair avant la pandémie comme après la Covid-19.

En 2019, l’économie française a produit 2 323 milliards d’euros de richesses ; en 2020, ce chiffre n’était plus que de 2 130 milliards d’euros. Il faut s’interroger si les biens et services économisés avaient une réelle utilité. Qu’il y ait moins d’avions dans les airs, moins de voitures sur goudron et moins de touristes un peut partout, c’est une nécessité absolue. Pourtant le ministre de l’économie, Bruno Le Maire, ne parle que de rebond, et trop de décideurs misent sur la reprise de la production, le redressement du commerce extérieur, le bonheur artificiel dans l’illusoire abondance procurée par des énergies fossiles qui s’épuisent et mettent le climat à mal. L’objectif de 6 % de croissance, retenu par Bercy pour 2021, est une imposture.

La situation post-covid ne peut reconduire la gabegie antérieure, sinon nous allons au désastre pour les générations futures.

Transports : 2020, année de la « démobilité »

Nous avons découvert le terme déconsommation en 2017, on ajoute aujourd’hui l’expression « mobilité » à notre catalogue des Dé ( Décroissance, Démondialisation,  Dépopulation, etc.) . Il y a un site dédié, https://www.demobilite.org/ . Ce nouveau concept a notamment fait l’objet d’une étude en 2013 de la Fondation pour l’innovation politique intitulée “La Démobilité: travailler, vivre autrement”, rédigée par Julien Damon. Dans cette étude, il est rappelé que la croissance contemporaine des mobilités peut être alternativement présentée comme incarnation de libertés nouvelles ou comme puissante menace environnementale ». Ces réflexions ont ensuite été poursuivies par Bruno Marzloff dans son ouvrage “Sans bureau fixe”, paru en 2015.

Une tribune du MONDE aborde cette notion pour la première fois en juillet 2020 , mais c’est pour la dénigrer. Les douze vice-présidents de région de la France métropolitaine, chargés des transports, lancent ce cri désespéré : « Prenons garde à ce qui court sous la « démobilité », ce mot à la mode : l’occasion de renoncer un peu plus à tout aménagement du territoire ? La mobilité est une des composantes de notre devise de liberté, nous refusons toute forme d’assignation dans les territoires. » Pourtant l’expression gagne du terrain, c’est lobjet d’un article de janvier 2021. Une étude, réalisée dans la dernière semaine d’octobre 2020 auprès de 4 500 personnes vivant en France, confirme l’avènement de la « démobilité ». A la fin d’octobre, juste avant le deuxième confinement, alors qu’un couvre-feu avait été instauré dans la moitié des départements, seul un quart des personnes interrogées disaient avoir repris le cours normal de leurs déplacements… Mais plus de 40 % du 1,2 million de personnes travaillant à moins d’un kilomètre de leur domicile prenaient le volant pour se rendre au travail… » 

Nous marchons sur la tête, ou plutôt nous ne marchons pas assez. Il nous faut tous devenir adepte de la déconstruction du système thermo-industriel , il nous faut pratiquer toute la palette des « dé », déconsommer, démobiliter, démondialiser, désurbaniser, dévoiturer… pour lutter contre le règne des SUR (surabondance, suractivité, surcommunication, surconsommation, surdéveloppement, suremballage, surendettement, suréquipement, surmédicalisation, surpâturage, surpêche, surproduction…). En d’autres termes, il nous faut réduire nos besoins. La rupture d’avec la société de croissance peut aussi prendre la forme d’un cercle vertueux de la sobriété en 8 « R » : Réévaluer, Reconceptualiser, Restructurer, Redistribuer, Relocaliser, Réduire, Réutiliser, Recycler. A chacun de nos lecteurs de pratiquer les Dé et les R à son rythme… mieux vaut se préparer à l’effondrement civilisationnel en prenant de l’avance.

Aurelio Peccei et la revue « La Décroissance »

Nous aimons bien le mensuel « La Décroissance », coup de poing contre la pensée unique croissanciste. Nous aimons beaucoup moins le fait que tout ce qui bouge au niveau des écologistes y est automatiquement classé comme « écotartufe », que ce soit Hugo Clément ou Aurélio Peccei dans leur dernier opuscule (numéro de décembre 2020/janvier 2021).

Du point de vue des écologistes, nous voyons plutôt le côté positif de tous ceux qui veulent faire face à l’urgence écologique, et Aurelio (1908-1984), fondateur du Club de Rome en 1968,  est vraiment un précurseur qui pouvait écrire dans les années 1970 :

« Je suis né en homme libre et j’ai tâché de le rester. Alors j’ai refusé, j’ai refusé… vous comprenez ce que ça veut dire, surtout en Italie à mon époque : la soumission au conformisme religieux, le fascisme. Je me sens obligé de faire tout ce que je peux pour mettre à la disposition des hommes ce que je sais, ce que je sens, ce que je peux faire. Nous avons tellement développé notre capacité de production qu’il nous faut soutenir une économie dont le côté productif est hypertrophique.  On le fait avec ces injections de motivations artificielles, par exemple par la publicité-propagande. Ou on le justifie par la nécessité de donner du travail à des gens, à une population qui sont enfermés dans un système dans lequel, s’il n’y a pas de production, tout s’écroule. Autrement dit nous sommes prisonniers d’un cercle vicieux, qui nous contraint à produire plus pour une population qui augmente sans cesse… Nous avons été fascinés par la société de consommation, par les bénéfices apparents ou les satisfactions immédiates, et nous avons oublié tout un aspect de notre nature d’hommes. Le profit individuel, ou la somme des profits individuels, ne donne pas le profit collectif ; au contraire, la somme des profits individuels donne une perte collective, absolue, irréparable.  Nous le voyons maintenant avec le plus grand bien commun qu’on puisse imaginer : les océans. Les océans seront détruits si on continue à les exploiter comme on le fait actuellement. Ils seront exploités à 100 % pour les bénéfices personnels de certaines nations, de certaines flottes, de certains individus, etc. Et le bien commun disparaît. Les richesses que nous avons reçues des générations précédentes disparaissent. Notre génération n’a pas le droite de volatiliser un héritage, nous devons à notre tour le passer aux autres.

Nous sommes en train de détruire, au-delà de toute possibilité de recyclage, les bases mêmes de la vie. L’homme achèvera son œuvre irresponsable, maudite – il a détruit les formes animales les plus évoluées ; les grands animaux, les baleines, la faune africaine, les éléphants, etc. C’est l’aspect le plus voyant de notre puissance destructrice dans la biosphère. Quand nous coupons du bois pour en faire l’édition du dimanche d’un journal à grand tirage, qui est constitué pour 90 % de publicité qui est une activité parasitaire, quand nous reboisons, il nous semble que nous reconstituons la nature. En fait le fait d’avoir détruit un bois détruit tous ces biens infinis de vie qui avaient besoin de l’ensemble de ces grands arbres, et  qui étaient un tissu de cycles, de systèmes enchevêtrés l’un dans l’autre ; tout ce bouillonnement de vie est dégradé par le fait que nous avons, sur une grande superficie, coupé les arbres. C’est comme une blessure : après le tissu de reconstitue mais la cicatrice reste. Si nous le faisons sur des superficies très grandes, comme nous le faisons partout dans le monde, nous provoquons d’une façon irrémédiable une dégradation de la biosphère. L’homme, servant son intérêt immédiat, réduit la déjà mince capacité de support de vie humaine dans le monde : la biosphère, cette mince pellicule d’air, d’eau et de sol que nous devons partager avec les animaux et les plantes. Parce que nos connaissances nous ont donné des possibilités supérieures, nous pouvons engranger toutes les calories que nous savons puiser dans la terre, nous pouvons nous entasser dans des communautés plus vastes que celles que nous savons manier, nous pouvons obtenir des vitesses plus grandes que celles que nous savons maîtriser, nous pouvons avoir des communications plus rapides entres nous sans savoir quel contenu leur donner. Nous agissons comme des barbares, l’homme n’a pas su utiliser ses connaissances d’une façon intelligente. Les bêtes, elles, quand elles ont satisfait leurs besoins, ne tuent pas, ne mangent pas, n’accumulent pas, elles gardent leur nature primitive et belle.

Savoir communiquer demande la reconnaissance de valeurs communes, une possibilité créatrice et une vision de la vie. Nous avons perdu ces trois choses, et nous nous obstinons à créer des moyens de communication qui restent sans contenu. Nous donnons à nos enfants le téléphone, la motocyclette, la télévision, l’avion, etc., mais aucunement la capacité d’utiliser ces moyens techniques de façon créatrice. L’homme emploie ses connaissances pour créer des biens matériels, des machines, des biens consommables, et ce que nous appelons le progrès : ce ne peut pas être notre but. Nous sommes prisonniers des machines que nous avons créées. L’essentiel reste les élans spirituels, la morale, qui n’ont rien à voir avec la technologie, la technique, les gadgets. Notre culture s’est essentiellement axées, dans sa forme capitaliste ou socialiste, sur des valeurs purement matérielles. C’est ce que nous devons réformer en nous… »*

* Enquête sur le Club de Rome par Janine Delaunay (in Halte à la croissance) Fayard 1972, 318 pages, 26 francs

Agissons sur l’économique ET la population

Que pourrait-on penser collectivement de la formulation suivante : l’impact démographique et l’impact économique sur les écosystèmes sont deux facettes complémentaires du dépassement des limites ; un parti doit donc présenter la politique à mettre en œuvre sur chacune de ces deux problématiques. Pour mieux comprendre les enjeux, voici un échange qui a eu lieu effectivement :

1) Je suis d’accord avec toi que « la population de l’Afrique subsaharienne connaît les plus forts taux de fertilité ». Je te fais confiance pour estimer que « l’Afrique ne représente que 2,73% des émissions annuelles de CO2 ». Mais ces deux constats montre que niveau de vie et composante démographique sont les deux facette d’une même problématique. Cela veut dire en simplifiant que les pays du Sud doivent surtout apprendre à maîtriser leur fécondité et que les pays du Nord doivent surtout pratiquer la sobriété partagée.

2) Je suis aussi d’accord pour constater que « les pressions sur les ressources sont extrêmement différentes selon les sociétés ». Si on rentre dans des considérations spécifiquement françaises, cela veut dire que la France doit éliminer ses politiques de soutien indifférencié au pouvoir d’achat ET ses politiques natalistes à usage interne pour être un exemple de ce qu’il faudrait faire avant de vouloir donner des leçons aux autres.

3) Comme tu l’exprimes si bien, « Nous sommes tous d’accord sur le constat de la surconsommation des ressources offertes par notre planète, des écocides causés par les activités humaines destructrices de la nature et de l’impossibilité d’une croissance illimitée dans un monde fini. » Mais tu affirme sans preuves que nous n’avons pas dépassé les limite de la planète : « je ne suis,absolument pas convaincu par le fait que nous soyons sur une planète « saturée »». Pourtant toutes les études scientifiques confirment ce fait. Cela va du GIEC et de son constat du réchauffement climatique à la mesure de l’empreinte écologique qui montre qui nous puisons dans le capital naturel. Sans parler de l’extinction des espèces qui est aussi bien documentée, de la déplétion pétrolière qui est inéluctable, du stress hydrique qui ne fait que croître et de la famine dans le monde dont s’inquiète le PAM (programme alimentaire mondial des nations unies). Je pourrais ajouter bien d’autres signes de saturation de la planète vu le poids des humains en nombre ET en impacts économiques.

4) Tu affirmes que « c’est à mon sens une erreur manifeste de lier surexploitation de la planète à un problème démographique ». Jamais je n’ai fait l’erreur de lier la surexploitation de la planète au seul problème démographique. J’ai toujours rappelé (entre autres) les équations IPAT et Kaya qui montrent que la démographie n’est qu’un multiplicateur des menaces. Par contre d’autres personnes, nombreuses dans ce qu’on appelle l’écosocialisme, font l’erreur manifeste de lier la surexploitation de la planète au seul problème économique.

5) Je suis bien sûr d’avis qu’une commission d’un parti doit débattre dans le cadre d’un certain nombre de valeurs. Que veut-on dire par là ? EELV reconnaît comme texte fondateur la Charte des Verts mondiaux adoptée à Canberra en 2001 : « L’ensemble des coopérateurs/ trices et des adhérent/es d’EELV déclare constitutive de leur engagement l’adhésion aux valeurs et aux principes suivants : 1• La responsabilité de l’ensemble de la communauté humaine dans la sauvegarde de son environnement et des écosystèmes pour les générations futures et les principes de précaution et d’intervention préventive face aux catastrophes prévisibles. • La défense de la biodiversité et du vivant, instaurant un rapport respectueux et non violent entre l’être humain et la nature. • Le droit de chacun à vivre dans un environnement sain et préservé. • La solidarité et le partage équitable des richesses et des ressources entre les peuples, entre les générations, entre les territoires et plus généralement au sein de la société. • Le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et à se gouverner démocratiquement. (…) » Je pense que nous ne pouvons qu’être en accord avec ces principes afin de penser une société post-croissance bien étayée.

6) Le premier principe sur « la responsabilité de l’ensemble de la communauté humaine dans la sauvegarde de son environnement et des écosystèmes pour les générations futures » porte à réflexion sur la capacité de charge de chaque territoire ainsi que de la planète entière dans la perspective d’une gestion du long terme. Comme tout n’est pas possible (il y a toujours des limites), le social est surdéterminé par nos possibilités socio-économiques locales ou nationales (ressources énergétiques et minières, potentiel agricole, niveau du chômage, vieillissement de la population, etc.), en clair par les conditions matérielles d’existence. En d’autres termes, nous en revenons à l’obligation pour ceux qui se disent écolos de définir quelles sont les limites (c’est l’écologique) tout en faisant attention à l’acceptabilité des mesures prises (c’est le social). Je suis dans un parti qui se dit explicitement écologiste et qui doit vouloir prendre des décisions au niveau économique, socio-politique, démographique… en toute connaissance de cause.

7) Tu dis être « personnellement assez perturbé par les échanges suscités par la question démographique ». C’est normal, quand on entend un point de vue qui remet en question ses propres habitudes mentales, on hésite entre l’indifférence au problème, le déni, la critique et l’acceptation. Cela cause un trouble, une contradiction interne, mais c’est à chacun de résoudre ce qu’on appelle une dissonance cognitive.

Conseil de lecture : « Arrêtons de faire des gosses (comment la surpopulation nous mène à notre ruine) » de Michel Sourrouille aux éditions Kiwi (collection lanceurs d’alerte)

Les anti-malthusiens contre l’évidence

Gilles Q. : j’attends une argumentation argumentée, c’est-à-dire qui s’appuie sur un raisonnement logique et scientifique, que la démographie est un problème en soi, chose que je n’exclue pas a priori.

Jean-Marc T. : Il suffit d’examiner l’équation de Kaya pour voir que, sauf crise économique structurelle ou pandémie durable, il sera très difficile de faire en sorte que les Français diminuent leur empreinte écologique personnelle. On peut tortille du cul, c’est impossible de présenter un programme vendable à des électeurs très majoritairement convaincus que la croissance verte nous sauvera en évitant de nous serrer la ceinture. Comme la baisse de l’empreinte individuelle ne permettra pas d’atteindre la baisse de l’empreinte globale, il faut donc agir sur l’autre principal terme de l’équation de Kaya qui est la population. Devons-nous anticiper les vraies difficultés et faire face à la nécessité de manière raisonnée, ou préférons-nous attendre et laisser la pagaille régler le problème dans la douleur ? Personnellement j’ai fait dès 18 ans le choix de n’avoir pas de descendant direct. Et quand je parle avec des gens qui ont 3 ou 4 gosses et qui se plaignent de la dureté de l’existence je les mets face à leur inconséquence.

Michel C. : Le blog biosphere laisse entendre que les interrelations, les liens, ne seraient pas évidents pour tous. Je veux bien le croire. Personnellement quand je dis que tout est lié, le «tout» auquel je pense ne se résume pas seulement à «économie ET démographie». Ni à cette équation simpliste, celle de Kaya. Pour moi il y a bien plus de paramètres qui entrent en jeu dans ce casse-tête.

Biosphere : Que le choix d’avoir plus ou moins d’enfants repose sur des psychologies diverses, que la décision de pratiquer la simplicité volontaire ou la boulimie consumériste repose sur des paramètres complexes, on ne peut qu’être d’accord. Mais cela n’invalide pas le fait qu’il faut agir à la fois contre la croissance du niveau de vie ET contre la surpopulation. Michel C veut noyer le poisson, un procédé de pure rhétorique, certainement pas une contre-argumentation. Que dit le pote à Michel C ?

Bonpote.com : La population mondiale est-elle en croissance exponentielle ? Effectivement quand on regarde de loin on peut avoir l’impression qu’elle explose. C’est pourtant une illusion d’optique, le taux de croissance de la population mondiale décroit régulièrement depuis 1970 et l’ONU estime une stabilisation autour de 2100 pour 11 milliards d’habitants.

Biosphere : cette argumentation donne envie de ne pas aller plus loin puisqu’elle veut nous induire en erreur. Le taux de croissance est encore actuellement de 1 % en moyenne mondiale. Cela veut dire une doublement de la population tous les 70 ans, il s’agit là d’une croissance exponentielle. Quant aux perspectives pour l’an 2100, on peut aussi bien dire qu’elle sera de 0 % ou de – 50 %, tout dépend des impacts du réchauffement climatique, de la déplétion énergétique, du niveau des inégalités, etc.

Bonpote :Tous les pays passent par ce qu’on appelle la transition démographique. La mortalité commence à baisser grâce à l’augmentation du niveau de vie et des progrès de l’hygiène et de la médecine. La natalité baisse plus tard et plus lentement. Mais elle diminue pour atterrir autour d’un taux où les naissances compensent les morts, donc qui assure la stabilité de la population.

Biosphere : Seconde tarte à la crème des antimalthusiens, la transition démographique n’est pas un passage obligé. L’accès à la santé est surtout un facteur d’aggravation de la croissance démographique et plusieurs pays en Afrique restent bloqués dans cette phase. L’éducation peut être un facteur de moindre fécondité. Mais elle est lié au développement économique, encore faut-il qu’il y ait développement possible. Or nous savons déjà que la concurrence pour l’accès aux ressources et leur raréfaction font que jamais les pays du tiers monde n’accéderont à notre niveau de vie. Et comme la consommation à l’occidentale dépasse déjà les capacité de la planète (cf. empreinte écologique), il n’y a pas d’issue s’il n’y a pas planning familial ET décroissance du niveau de vie des privilégiés.

Jean-Marc T. : Je continue à voir des discours iréniques selon lesquels l’éducation réglerait les problèmes. Mais le problème en France n’est pas que les femmes françaises n’aient que 2 enfants pendant leur période fertile, il faut qu’elles aient largement moins de deux enfants et que cela devienne la norme pour au moins 3 ou 4 générations pour que nous ayons une chance de revenir à une empreinte écologique globale des français inférieure à ce que le territoire français peut produire, afin de ne pas augmenter la difficulté pour les autres pays : actuellement nous les ponctionnons pour soutenir notre surconsommation. Il faut très clairement annoncer la couleur aux gens: notre confort dépendra directement du nombre de consommateurs français. Continuer à favoriser l’immigration ne fait que diminuer nos chances d’y arriver.

Conseil de lecture : « Arrêtons de faire des gosses (comment la surpopulation nous mène à notre ruine) » de Michel Sourrouille aux éditions Kiwi (collection lanceurs d’alerte)

Votation suisse = irresponsabilité écologique

Les entreprises suisses auraient été contraintes de rendre des comptes… ce ne sera finalement pas le cas. La Suisse a rejeté le 29 novembre 2020 une initiative dite sur « les multinationales responsables » qui souhaitait imposer des obligations légales plus strictes aux entreprises helvétiques en matière de respect des droits humains et des normes environnementales. L’initiative a été approuvée à une courte majorité des voix (50,7 %) mais rejetée par au moins 14 des 26 cantons suisses. Pour être adopté, un texte doit être approuvé à la fois par une majorité de votants et de cantons !

Le texte prévoyait de faire obligation aux entreprises suisses de s’assurer du respect des droits de l’homme et de l’environnement dans leurs activités à l’étranger, dans celles de leurs fournisseurs ou de leurs partenaires commerciaux. Il aurait également permis de forcer les entreprises à répondre d’éventuels manquements devant les tribunaux en Suisse. Encore une fois les travailleurs donnent raison au pouvoir en place. Le Conseil fédéral (gouvernement) ainsi que les organisations de défense des entreprises appelaient les électeurs à rejeter le texte, estimant qu’il risquait de nuire aux intérêts économiques suisses. Ceux qui polluent ou violent les libertés fondamentales devraient faire face à leurs responsabilités et en assumer les conséquences. Ce n’est pas le cas en Suisse et ailleurs. En France l’idée d’un crime d’écocide s’est transformé en simple délit.

Nos sommes dans une situation où les ravages que l’humanité fait subir à la biosphère se retournent contre les humains mais où les mentalités restent encore attachées au système croisssanciste et au business as usual. Nos lendemains vont déchanter, le peuple préfère le court terme du confort exosomatique au long terme des générations futures.

Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphere :

18 octobre 2020, Le pire est certain, l’effondrement aussi

30 août 2019, Urgence écolo contre politique des petits pas

Opinion publique, engluée dans le court terme

A quoi pense l’opinion publique ? Au coronavirus, au coût de la vie, au chômage, à la pauvreté et au système de santé. Selon un sondage Ipsos, l’environnement se classe en sixième position des préoccupations dans trente pays.  Il y a un net clivage social, davantage de personnes modestes restent plus attachées à une croissance pourvoyeuse d’emplois . La confusion reste grande quant aux causes du dérèglement climatique. Seules six personnes sur dix citent les gaz à effet de serre et un tiers des citoyens n’associe pas le changement climatique à un phénomène d’origine humaine. Les Etats-Unis deviennent le pays le plus climatosceptique au monde, avec 52 % des Américains ne croyant pas à un changement climatique d’origine humaine, suivis de près par l’Arabie saoudite (51 %), la Norvège (50 %) et l’Australie (43 %), tous des grands producteurs de pétrole et de gaz. Mais on ne peut qualifier tous ces gens de climato-sceptiques : il ne s’agit pas forcément d’un déni des faits scientifiques, mais d’un manque d’information et de connaissances. Encore faudrait-il s’engager personnellement, la majorité des personnes interrogées pense que c’est aux gouvernements d’agir Voici une sélection de commentaires sur lemonde.fr :

Gaston : comment se forme les idées de la population ? Essentiellement par les médias qui sont en très grandes majorité des supports publicitaires a longueurs de journée de la pub pour consommer sans retenues. Les informations sérieuses sont très limitées, la priorité n’est pas là ca il faut avoir le plus grand nombre devant les écrans pour vendre de la pub. Le sport, les jeux et les séries débiles sont plus accrocheur, alors l’environnement, les pollutions, la biodiversité, c’est néant,. Mais bon la réalité est là tous le monde va morfler, c’est la seule consolation..
Eco : Une population qui n’est pas capable de prendre des mesures sanitaires un peu contraignantes sans râler à chaque seconde pour combattre une épidémie dont on voit immédiatement les conséquences n’a aucune chance de pouvoir se mobiliser pour une catastrophe annoncée dans 20, 30 ou 50 ans. Quand on voit le nombre de négationnistes de la deuxième vague du Covid qui s’exprimaient encore un peu partout il y a juste un mois, on imagine sans peine jusqu’où perdurera le déni du réchauffement.
le sceptique @ Eco : en effet, la pandémie doit servir de leçon aux Occidentaux. Si vous voulez du risque zéro et de la sécurité « à n’importe quel prix », vous aurez une économie à plat avec un Etat autoritaire qui tape sur les mécontents. Il n’y a que dans les contes de fée que l’on est bien payé à ne rien subir de désagréable et à fuir tout risque. Je ne vois pas d’autre issue aux programmes écologistes ambitieux qui affichent zéro-réchauffement, zéro-artificialisation, zéro-perte-de-biodiversité : seul un État brutal peut imposer la restriction de liberté et de richesse qu’un tel programme implique.
Electron : Ce que n’explique jamais ce type d’article journalistique, c’est le niveau d’effort nécessaire pour réellement combattre l’effet de serre comme les députés l’ont voté, à savoir diviser par 6 nos émissions d’ici 2050. Comme tout est carboné, cela signifie en finir avec l’aéronautique, l’essentiel de la métallurgie et donc de l’automobile, le béton donc ne plus construire, le tourisme hors camping de proximité, la viande, et même l’informatique et les téléphones portables. En gros, sauf percée technologique que l’on ne connaît pas, diviser notre niveau de vie, et des millions de chômeurs. Alors comme personne n’a de solutions, et que ce devrait être un effort global réparti sur tout le monde, on accuse le gouvernement de ne rien faire, ou bien les riches, ou alors on se fait climato-sceptique, histoire d’oublier les réalités.
-Alazon- : Malgré le matraquage des marchands de peur, les opinions ne se laissent pas totalement abuser et comprennent que le premier vecteur de l’amélioration de l’environnement, c’est le développement et la croissance, sortir les pays pauvres de la misère par la croissance, effacer le tabou de la géo-ingénierie, engager la révolution génétique au potentiel fabuleux. Ne les laissons pas nous enfermer dans des débats faux et stériles.
Georges-Henri @ Alazon : Ce n’est plus du militantisme votre truc, c’est une religion. Religion de la croissance infinie de tout et n’importe quoi. Si nous étions le 14 avril 1912, vous seriez sur le Titanic, dans l’orchestre, vous joueriez de la grosse caisse. Mais vous êtes chez vous ,devant votre bol de riz doré.
O-Sidartha @-Alazon- : Haha, vous croyez à la bonté humaine ? 10 milliards d’humains ne pourront jamais vivre comme des occidentaux ni même se nourrir et avoir de l’eau potable; la planète n’a pas les ressources pour et on se battra pour les avoir, à coup de nukes au besoin. Y’aura plus rien à moins que le virus ne règle la question…
La décroissance est notre destin :

Décroissance maîtrisée ou récession sévère

Un suicide écologique dans l’indifférence

L’Inde compte 1,3 milliard d’habitants dont la moitié a moins de 25 ans. Le taux de croissance de la population est de 1,0 % en 2018, ce qui semble faible. En fait il s’agit toujours d’une croissance exponentielle, un doublement tous les 70 ans. L’inde est le deuxième pays le plus peuplé au monde après la Chine et devrait devenir le plus peuplé vers 2025. Dans un pays pauvre et surpeuplé, les pollutions deviennent insupportables. Ce pays, comme le reste du monde, a suivi le modèle historique consistant à s’approprier d’abord les ressources des communautés locales et à les utiliser à des fins d’extraction forestières ou minières. Au fil des ans, ce choix a provoqué une dégradation à caractère endémique. C’est un suicide écologique, Gandhi n’a pas été écouté :

l’Inde, entre Gandhi et l’absurde croissance

Mardi 10 novembre 2020, un pic de 1 021 microgrammes de particules fines par mètre cube d’air, 40 fois les normes de l’OMS, a été atteint. Cette dégradation hivernale concerne tout le nord de l’Inde, soit le quart de la population indienne. En 2019, le ministre de la santé, lors d’un pic historique, avait benoîtement prôné de manger des carottes, quand son collègue de l’environnement avait conseillé d’entamer la journée en musique, niant tout lien entre pollution et santé. La dernière trouvaille  du chef du gouvernement de Delhi: une campagne pour inciter les automobilistes à couper les moteurs aux feux rouges. La pollution n’affecte pas seulement l’air, elle a contaminé l’eau et les sols. Le Gange, ou la Yamuna, qui traverse Delhi, sont d’immondes cloaques, où les industries, comme les particuliers, déversent leurs rebuts. L’agriculture intensive du riz et du blé a contaminé durablement les sols de pesticides et d’engrais chimiques. La presse quotidienne consacre chaque jour des pages entières à la pollution, mais, faute de politique publique et d’éducation à l’environnement, la grande majorité des Indiens ignorent le risque. Non seulement tout est jeté ou brûlé, mais encore il n’est pas possible d’en discuter : même avec des personnes cultivées, le silence se fait, pas de réponse, quand on évoque le problème… et le premier ministre Narendra Modi brille par son inertie, soucieux de privilégier les seuls impératifs économiques.Ces derniers mois, pour relancer l’économie, mise à genou par le confinement, le premier ministre a considérablement allégé les contraintes environnementales, mettant aux enchères des mines de charbon, l’énergie fossile la plus polluante, allégeant ou supprimant les études d’impact et les consultations publiques préalables aux projets industriels. La crise sanitaire risque d’amplifier encore la crise écologique. C’est un suicide écologique !

L’Inde sera submergée par la Covid-19

Il arrive un moment où un pays doit sérieusement prendre à bras le corps la question de la démographie. 1,3 milliards d’individus en Inde, et sans parler du Pakistan, du Bangladesh… et chaque individu espère élever son niveau de vie, ce qui est synonyme de prélèvements encore plus importants des ressources naturelles, source de pollutions multiples et variées. C’est insoutenable. L’histoire est écrite d’avance, nous ne voyons pas comment cette région du monde pourra échapper à une catastrophe écologique et sociale avec une telle pression anthropique sur son environnement. L’effet de masse de la démographie humaine sur l’environnement est le problème central. En Inde, ne pas friner l’expansion démographique, c’est un suicide écologique…

L’Inde, une surpopulation par condensation urbaine

Aujourd’hui en Inde, le mouvement écologique est surtout entre les mains de groupes communautaires répartis sur l’ensemble du pays. Partout où des terres sont spoliées pour l’agriculture intensive, pour s’accaparer l’eau, pour extraire toujours plus de minerais, des personnes luttent, parfois jusqu’à la mort, pour mettre un terme à la dégradation de leurs terres. La violence est présente. Le désespoir aussi. L’impasse est totale.

Le pire est certain, l’effondrement aussi

Un livre, «  Le pire n’est pas certain (Essai sur l’aveuglement catastrophiste) », de Catherine et Raphaël Larrère vient de sortir. Ces deux auteurs nous déçoivent. Dans Du bon usage de la nature, ils exprimaient quelques vérités : « Le traitement social du risque acquiert plus d’importance que celui-ci. L’environnement, dans une telle perspective sociocentriste, c’est nous, ce n’est pas la nature. On arbitre un conflit d’experts comme une crise politique entre factions rivales, niant qu’il puisse y avoir des repères objectifs. En fin de compte, le sociocentrisme justifie aussi bien la négligence que l’autoritarisme du vrai… Nous avons quelques raisons de penser que les écologistes ne représentent pas le véritable danger, alors que les menaces qu’ils dénoncent sont souvent réelles. »

Aujourd’hui les Larrère dénoncent l’idéologie « effondriste » des collapsologues (de l’anglais collapse, « effondrement »). Mais comment ne pas adhérer à la prophétie de malheur des collapsologues pour qui une croissance illimitée dans un monde fini est impossible puisque la crise écologique est désormais avérée ? Comment sortir du business as usual, du développement dit « durable »  et de la croissance faussement « verte » ?

En faisant de trop subtiles distinctions entre deux types de catastrophisme !!! Le premier serait « ontologique », c’est-à-dire qu’il décrirait une réalité nécessaire, absolue, certaine, comme le font les collapsologues. Le second serait « méthodologique » et relèverait du « catastrophisme éclairé » défendu par le philosophe Jean-Pierre Dupuy. Selon cette dernière approche, il ne s’agit pas de proclamer quel serait le sens de l’histoire mais de définir un futur probable afin de créer les conditions pour qu’il ne survienne pas. Alors que si l’effondrement est certain, il ne vous reste qu’à vous y préparer, en l’acceptant à travers un repli survivaliste ou la création de petites communautés résilientes. L’« effondrisme » apparaît frappé d’« innocuité politique ». Les commentateurs sur lemonde.fr réagissent :

Vert de Terre : Livre consternant. Le titre du collapsologue Pablo Servigne est « Comment tout peut s’effondrer » et non pas « Comment tout va s’effondrer ». Le but de son travail est justement d’identifier, à partir d’exemples historiques, quels sont les déterminants qui font que certaines sociétés s’effondrent et pas d’autres. Les collapsologues ne sont pas du tout fatalistes bien au contraire. Le réalisme voudrait qu’ils soient résignés mais il préfèrent se battre. Dans les manifs des jeunes, les slogans sont « changer le système pas le climat », ou bien « un autre monde est possible ».

Frog : Primo, les Larrère semblent réduire les « effondristes » à des survivalistes en panique et un peu illuminés, alors qu’il y a plein de gens concrets et politiques parmi eux. Deuxio, c’est toujours facile de critiquer l’analyse pessimiste, mais on attend de voir ce que cette nouvelle analyse « soft et positive » pourrait bien nous proposer. Si c’est pour enquiller sur la croissance verte et nous rappelle gentiment de trier nos déchets, j’ai comme un doute…

Michel SOURROUILLE : y’en a marre de ces conflits d’arrière-cour entre gens qui se disent écolos mais qui écrivent contre d’autres écolos. Soyons clair, l’effondrement a déjà commencé, mais les croissancistes nous font aller dans le mur d’autant plus vite que les décroissancistes se battent entre eux. Au moins les collaposologues ont inventé un mot pour faire parler de l’effondrement des ressources, de l’effondrement de la biodiversité, de l’effondrement a la société thermo-industrielle. Ils étaient utiles ! Catherine et Raphaël Larrère feraient mieux de militer directement d’une manière ou d’une autre contre les désastres en cours plutôt que d’ajouter d’inutiles mots aux maux.

Interdire la publicité, c’est incontournable

Interdire de publicité tous les produits les plus nocifs pour l’environnement et la santé publique, cela devrait aller de soi. Pas pour l’ARPP (Autorité de régulation professionnelle de la publicité) qui montre son vrai visage. Elle considère les appels à la régulation (non professionnelle) comme de « nouvelles censures », dénonce de supposées « haines sociales » dont la publicité serait la cible, condamne l’organisation par une minorité d’une tyrannie morale de la « bien-pensance » qui mettrait en danger la démocratie et la liberté d’expression… Pourtant la liberté d’expression définie par les grands textes internationaux ne protège de l’intervention de l’État que le discours politique, religieux et journalistique . Selon une jurisprudence constante de la Cour européenne des droits de l’homme, la communication commerciale ne bénéficie pas de ce niveau de protection. OUI, la liberté du récepteur compte. OUI, certains produits autorisés au commerce peuvent être interdits de promotion publicitaire, ainsi déjà le tabac et l’alcool,.

Une simple tribune dans LE MONDE constate qu’Il est devenu urgent de réguler la publicité pour restreindre la toute puissance des annonceurs. Mais dans la Sélection de la rédaction du MONDE, on nous conseille de lire « la polémique sur le film « Mignonnes » », et l’article le plus lu du MONDE c’est « Covid 19 et mesures non contraignantes de Macron « . C’est bien la preuve que la publicité a fait le vide dans nos cerveaux pour nous inciter à boire du Coca Cola et à ne s’intéresser qu’ à l’écume des jours… Publicitaires, consommateurs et médias, une alliance qui nous mène à notre perte.

Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphere :

14 juin 2020, La publicité commerciale est indéfendable

13 juin 2020, La publicité dévore la planète et nous avec

4 mars 2020, L’urgence climatique interdite de publicité

23 mai 2018, publicité pour Nutella = disparition des orang-outan

2 février 2016, Faire disparaître les riches, l’innovation… et la publicité

18 janvier 2016, Un premier pas vers la fin de la publicité… pour enfant

30 décembre 2015, Ascèse ou désir, l’emprise de la publicité sur nos vies

26 novembre 2014, Action municipale contre la publicité, autres actions…

6 septembre 2014, Halte à la publicité sur les chaînes publiques et privées

3 décembre 2013, « déboulonneurs » de publicité, des publiphobes ?

4 septembre 2013, Publicité, désinformation et dévastation du monde

3 septembre 2013, Publicité, règne des marchands et de la propagande

2 septembre 2013, La publicité ne relève pas de la liberté d’expression

Endettement perpétuel, impasse totale

L’endettement de l’État est de la même nature que l’endettement d’un ménage, on ne peut dépenser plus que ce qu’on peut rembourser dans la durée. Une dette publique arrivant à son terme qui ne peut être remboursée qu’en contractant un nouvelle dette ne peut que mal se terminer, par la faillite de l’État. Or l’endettement perpétuel est une constante depuis le premier choc pétrolier de 1974. Cet endettement est théoriquement soutenu par les thèses keynésiennes qui recommandent de s’endetter pour relancer l’économie et faire face à une crise conjoncturelle. Mais ce remède ne peut être que temporaire, il ne peut rien contre un chômage structurel comme nous le vivons depuis des décennies. La politique de déficit budgétaire en France s’est accompagnée par des périodes de « stop and go », politique de relance à un moment suivie par une politique d’austérité pour freiner l’inflation. Cette politique budgétaire s’est terminée par une période de stagflation, concomitance de la stagnation de l’activité économique et de l’inflation.

Croire aussi qu’avec l’endettement perpétuel l’État ne paye que les intérêts de la dette publique est un deuxième non sens. Non seulement la masse des créanciers peut revendiquer son droit au remboursement du capital prêté (ce qui entraînera un effondrement financier pour éviter la faillite de l’État), mais le taux d’intérêt est fondamentalement pernicieux car, par logique comptable incontournable, on ne peut rembourser plus que ce qui a été prêté… sauf à croire au mythe de la croissance économique perpétuelle dans un monde fini. Un tel acte de foi nous mène inéluctablement à l’effondrement des ressources de la planète et au non remboursement de la dette écologique ce qui est déjà une réalité aujourd’hui. L’échec des politiques de relance par déficit budgétaire et laxisme monétaire a créé un nouveau mythe, faire du libéralisme économique pour faire face aux crises récurrentes du capitalisme thermo-industriel par moins d’État. Nouvelle impasse. L’histoire humaine est une impasse tragique qui ne fait que repasser les mêmes plats pour aboutir à un krach financier et/ou une guerre globale. Les commentateurs sur lemonde.fr d’une analyse débile de trois étudiants de Sciences Po Lille, « L’idée reçue courante selon laquelle les générations futures paieront pour les précédentes est fausse » ne peuvent que confirmer notre analyse !

Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphere :

5 avril 2020, post-covid, dette économique/dette écologique

18 mars 2012, Définitions de la dette écologique

17 juin 2009, endettés jusqu’au cou

5 décembre 2008, dette écologique

Pour en savoir encore plus, dématérialisation, histoire de la catastrophe monétaire

Efficacité énergétique et économies d’énergie

Une confusion est trop souvent entretenue entre « efficacité énergétique » et « économies d’énergie ». L’efficacité renvoie à la performance de l’équipement, la sobriété renvoie à l’intelligence de l’usage. Si on isole parfaitement une maison pour économiser l’énergie mais qu’on en profite pour vivre avec quelques degrés de plus, il n’y aura pas de transition énergétique ; c’est l’effet rebond. La sobriété, c’est au contraire rompre avec la facilité, c’est le contraire de l’ébriété énergétique. En clair, cela veut dire limiter nos besoins à l’essentiel et ne pas trop compter sur la technique et l’innovation. Cette réflexion, nous l’avions publiquement faite lors d’une rencontre organisée par l’entreprise Schneider Electric en 2013 dans le cadre d’un débat national sur la transition énergétique.

Sept ans plus tard, on entretient la même confusion, mais cette fois l’entreprise Schneider trouve un allié inattendue en la personne de Mathis Wackernagel (Fondateur et président du think tank Global Footprint Network qui calcule le jour du dépassement) : « Nos recherches montrent que si tous les bâtiments et infrastructures existants dans le monde étaient équipés de technologies d’efficacité énergétique et d’énergies renouvelables, nous pourrions repousser le jour du dépassement de trois semaines… Prospérer dans le respect des contraintes écologiques de notre planète est une nécessité incontournable pour le succès de toute entreprise dans un monde de plus en plus marqué par le changement climatique et les contraintes écologiques.» En clair, faites confiance aux entreprises, elle trouveront l’innovation qui sauve, nul besoin de sobriété partagée. Les commentateurs sur lemonde.fr précisent :

le sceptique : Belle tribune du CVPP, capitalisme vert public-privé. Capitalisme car il s’agit de tirer profit d’une gestion de la rareté en espérant un retour sur investissement. Vert car la finalité d’accumulation de biens et services à finalité écologique est le nouveau mantra. Public-privé car l’Etat permet le contrôle des récalcitrants, la production des normes contraignantes créant les marchés verts et le co-financement de transition pour les options les moins rentables. Comme toujours, la gauche est utile pour créer ces nouveaux territoires de profit. Elle a le nez creux, elle a montré régulièrement la voie (exiger des loisirs pour engager l’économie des loisirs, exiger de jouir sans entraves pour monétiser toutes les occasions de jouissance, etc). Donc ici, le soin de la nature devient une immense opportunité ouverte par la bourgeoisie progressiste et ses enfants, une opportunité vite occupée par les entreprises vertueuses et les ONG qu’elles financent.

Georges-Henri : très juste. je fais mienne votre analyse. Spinoza disait :  » l’effort par lequel toute chose tend à persévérer dans son être n’est rien de plus que l’essence actuelle de cette chose. » Permettez-moi de vous offrir une citation du discours de la servitude volontaire de La Boétie qui mérite d’être lu et relu : « Pareillement les tyrans, plus ils pillent, plus ils exigent, plus ils ruinent et détruisent, plus on leur baille, plus on les sert, de tant plus ils se fortifient et deviennent toujours plus forts et plus frais pour anéantir et détruire tout ; et si on ne leur baille rien, si on ne leur obéit point, sans combattre, sans frapper, ils demeurent nus et défaits et ne sont plus rien, sinon que comme la racine, n’ayant plus d’humeur ou aliment, la branche devient sèche et morte. « 

le sceptique : Je crois décrire des faits, au moins en Occident. Le capitalisme brun fossile, mondialisé et extractiviste est plutôt en perte d’image, le capitalisme vert renouvelable, localiste et conservationniste est en ascension. Les parts de marché du bio montent, les parts de marché de l’éolien et du solaire montent, les parts de marché du tourisme durable montent, les parts de marché des motoristes non fossiles montent, etc. Tous ces secteurs font aussi l’objet de soutiens publics, l’UE promet 1000 milliards €, Joe Biden annonce 1700 milliards de $. La tendance est à revenir sur l’idéal de libre-échange total de la phase 1980-2010 pour vanter des barrières douanières, des taxes vertes etc. La question sociale (inégalités regrettables) est relativisée par rapport à la question environnementale (urgence non discutable). Les élites (technostructure des bureaucraties publiques et privées, classe instruite en lien aux pouvoirs) construisent un nouveau récit de leur domination.