Un monde sans carbone, un monde de pauvres
On sait depuis 1972 et le rapport sur les limites de la croissance que « la transition écologique », c’est de la blague s’il n’y pas pas rupture avec la croissance... Mais bon, dès qu’on parle de décroissance les pollueurs patentés se roulent par terre en hurlant au retour du moyen-âge sous prétexte qu’on leur propose de moins prendre l’avion… Au niveau très officiel des engagements qui n’engagent que ceux qui les écoutent, plus d’une centaine de pays voudraient débarrasser leurs systèmes énergétiques du charbon, du pétrole et du gaz , à atteindre la « neutralité carbone » d’ici 2050. Cette ambition, visant à éliminer la combustion des fossiles et les émissions de CO₂ qui l’accompagnent, c’est du vent. Dans un monde sans carbone, c’est un monde de pauvres, et ça personne n’en veut… pour le moment.
Perrine Mouterde : Quelques chiffres donnent une idée de l’ampleur de la transformation à mettre en œuvre : il faudrait remplacer 1,5 milliard de véhicules fonctionnant à l’essence ou au diesel par des véhicules électriques, et convertir 50 millions de tracteurs. Il faudrait aussi remplacer plus d’un demi-milliard de chaudières au gaz naturel et trouver de nouveaux moyens de faire fonctionner 120 000 bateaux et 25 000 avions de ligne. Vaclav Smil, un expert mondialement reconnu de l’énergie, dans son livre « 2050 Pourquoi un monde sans carbone est presque impossible » estime que les transitions énergétiques sont des processus « de longue haleine, difficiles, multiformes » et exigent des décennies d’investissements. Vaclav Smil regrette donc « une tendance indéniable à l’optimisme excessif et au battage médiatique ». Pour lui ces « vœux » de sortie du carbone ne sont que des objectifs « aspirationnels » :
« On devrait plutôt s’efforcer de tracer un avenir réaliste qui tienne compte de nos capacités techniques, de nos approvisionnements en matériaux, de nos possibilités économiques et de nos besoins sociaux, puis de concevoir des moyens pratiques pour y parvenir. »
Le point de vue des écologistes décroissancistes
Make the planet great again était de l’humour macronien. Les promesses des Etats ne sont pas tenues ? Aucune surprise ! Les promesses n’engagent que ceux qui y croient. C’est pour ça que les échéances avaient été définies lointaines et sans jalon intermédiaire. Maintenant que les réserves fossiles s’épuisent, le greenwashing n’est plus possible, il est remplacé par le fascisme : faut faire plaisir, et donc forer toujours davantage. Drill, baby, drill !
Le maintien de la civilisation thermo-industrielle actuelle étant incompatible avec la vie sur terre, nous allons assister à un remarquable crash sur le mur de la réalité. Le changement de mode de vie porte pourtant un nom, la décroissance par la hausse du prix du carbone : Le pétrole devrait déjà être à 1000 dollars le baril et le litre d’essence à 20 euros pour qu’on comprenne enfin notre dépendance envers la merde noire. Un prix de l’énergie toujours croissant, c’est si simple, il suffit juste de le vouloir ! On ne le veut pas. Voter pour le premier candidat qui proposera d’augmenter progressivement et indéfiniment la fiscalité sur les énergies fossiles ? Cela ne se fait pas, c’est même inenvisageable à l’heure actuelle. Les prochaines élections sont si proches !
La carte carbone sera donc un jour absolument nécessaire pour nous obliger à la sobriété énergétique de façon partagée. Cela sera le seul remède à un appauvrissement généralisé de la population dont seuls les très riches seraient exclus.
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du marché carbone à la carte carbone (2024)
extraits : Payer pour polluer ne sera jamais une solution mais plutôt un désastre climatique. Les marchés du carbone sapent l’action en faveur du climat, car ils permettent la poursuite de la production et de l’utilisation de combustibles fossiles à un moment où cela est non seulement inacceptable, mais aussi irresponsable. La compensation n’est rien d’autre qu’un cadeau aux pollueurs…
du marché carbone au rationnement carbone, l’inéluctable (2013)
extraits : Prenons l’exemple du carbone, c’est-à-dire les ressources fossiles, charbon, pétrole ou gaz, qui irriguent toutes nos activités économiques. Comme il s’agit d’énergie de stocks, il faut bien prévoir la fin de ces ressources. Un marché carbone pourrait renchérir l’utilisation de ces sources d’énergie, donc limiter la consommation. Nous n’en prenons pas le chemin. Avec la crise financière des subprimes, le prix du CO2 s’était effondré : 25 euros la tonne en 2008, 7 euros en 2012 puis 5 euros…. Puisque le marché carbone est soumis aux contraintes politiques, puisque la plupart des gouvernements refusent aussi la taxe carbone, le rationnement par une carte carbone deviendra inéluctable lors d’un prochain choc pétrolier. C’est ce que nous prévoyons sur ce blog depuis 2009….
Articles antérieurs sur ce blog biosphere
26 octobre 2018, Fiscalité carbone inepte, carte carbone inéluctable
26 août 2015, carte carbone, des quotas individuels de CO2
27 mars 2013, facture énergétique, bientôt la carte carbone !
9 septembre 2010, Sarkozy a-t-il pensé à la carte carbone ?
13 septembre 2009, après la taxe, la carte carbone
10 avril 2009, carte carbone ou taxe ?
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