épuisement des ressources

Donnons au futur l’importance qu’il mérite

La question du temps recouvre tout un champ de l’économie qui étudie les phénomènes à partir des comportements individuels. Du point de vue des écologistes, il ne s’agit pas simplement d’arbitrer entre consommation présente et épargne (consommation future), mais de tenir compte au présent de la planète à transmettre aux générations futures.

Laurie Bréban : Les économistes expliquent la manière d’arbitrer dans le temps entre consommation présente et épargne (consommation future). Dans les modèles microéconomiques, on accorde un forte pondération au présent relativement au futur, « la préférence pour le présent ». Dans La Théorie des sentiments moraux, ouvrage d’Adam Smith publié en 1759, on distingue deux types d’individus : les « prodigues », qui se laissent emporter par la « passion » pour les jouissances présentes, et les « frugaux », qui s’astreignent à épargner une part importante de leur revenu présent afin d’obtenir un profit dans le futur. Deux possibilités s’offrent à ces derniers : utiliser eux-mêmes leurs fonds ou les prêter. C’est afin d’orienter les fonds prêtés vers le financement dans des secteurs apparemment moins profitables, mais au rendement plus certain et plus durables, que Smith propose de réguler le marché du crédit. La fixation d’un taux d’intérêt maximum légal permettrait d’évincer les investisseurs imprudents du marché du crédit au bénéfice des « investisseurs sages ». » Mais on sait aussi que les interactions sociales influencent la manière dont les individus maîtrisent leurs passions et leur attitude à l’égard du temps.

Michel Sourrouille : Croissance, croissance, Laurie Bréban est une croissanciste. L’épargne ne sert qu’à investir pour une croissance future. Or les économistes devraient savoir qu’investir aujourd’hui, c’est accroître le capital productif pour dégrader encore plus une planète déjà fort mal au point. Les « frugaux » dont parlait Smith au Laurie Bréban XVIIe siècle pratiquent aujourd’hui la simplicité volontaire, réduisent leur revenus monétaires et donc se retrouvent avec une capacité d’épargne proche de zéro. Ils sont l’avant-garde qui montre que le gaspillage de nos consommations ostentatoires, c’est le passé, c’est fini, et qu’il nous faut pratiquer la sobriété partagée. Comme l’indique en passant Laurie, il n’y a pas de comportement gravé dans le marbre, ils évoluent avec les interactions sociales, ce qu’on appelle les interactions spéculaires : chacun fait ce qu’on attend de lui, et la planète nous dit : stoppez vos investissements à la con qui détruisent les possibilités de vos vies futures.

Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphere :

19 mars 2021, Les générations futures font entendre leurs voix

24 juillet 2020, Notre futur, la résilience alimentaire locale

25 mai 2019, Fridays for Future, génération CLIMAT dans la rue

2 février 2012, les coûts cachés du nucléaire, l’oubli des générations futures

18 janvier 2012, Tribunal pour les générations futures : la surpopulation

« Résilience », l’administration du désastre

Walter Benjamin: Un bon manuel de jardinage serait sans doute plus utile, pour traverser les cataclysmes qui viennent, que des écrits théoriques persistant à spéculer imperturbablement sur le pourquoi et le comment du naufrage de la société industrielle.

René Riesel : Les représentations catastrophistes massivement diffusées ne sont pas conçues pour faire renoncer à notre mode de vie si enviable, mais pour faire accepter les restrictions et aménagements techniques qui permettront, espère-t-on, de le perpétuer.

Thierry Ribault : L’idéologie de l’adaptation  est la dernière-née des technologies du consentement. Les politiques publiques répondent aux désastres du techno-capitalisme – des politiques anti-Covid19 aux plans de lutte contre le réchauffement climatique – par une nouvelle religion d’État, la résilience. Alors que la catastrophe nucléaire de Fukushima se poursuit depuis plus de dix ans maintenant, le gouvernement japonais a mis en œuvre une « politique de résilience » enjoignant la population à vivre, quoi qu’il en coûte, avec la contamination radioactive. La gestion par les « seuils » d’insécurité, revus à la hausse, relève de l’ignorance organisée : tant qu’ils ne sont pas dépassés, l’évaluation du risque ne requiert pas d’action supplémentaire. Or l’accommodation est en réalité inapplicable dans le monde de la radioactivité, comme dans nombre de situations d’exposition toxique ou de contamination. L’ignorance organisée opère un rétrécissement cognitif permettant d’aménager une réalité contradictoire : vivre en toute plénitude dans un milieu nocif. La résilience institue les victimes en cogestionnaires du désastre. On évalue ses chances de survie, on s’endurcit pour faire face au désastre. C’est une attitude aux antipodes du fait de ressentir la menace et de s’attaquer à ses causes réelles. La résilience fétichise les moyens pour éviter de réfléchir aux fins. Arguer que si la connaissance était disponible une action enfin rationnelle en découlerait relève d’une vision naïve. Il nous faut reconnaître notre impuissance, y compris technologique, face aux désastres, en prendre acte et en tirer les conséquences.

Anthony Laurent (Sciences Critiques) : Si la résilience est une « imposture solutionniste », comme vous l’écrivez, comment faire face aux désastres qui nous menacent ?

Thierry Ribault : Donner la parole au malheur, certes, mais pas pour lui donner un sens afin de mieux l’évacuer. Faire advenir à la conscience la dureté de ce qui est. Sortir de l’exaltation du sacrifice et de la souffrance, inversement proportionnelle aux efforts déployés pour en être épargnés. Reconnaître notre impuissance, y compris technologique, face aux désastres, en prendre acte et en tirer les conséquences. Proclamer les vertus du courage, de l’endurance, de la solidarité, ne sert qu’à détourner de la peur, qui passe désormais pour une vanité ou une honte. Alors que la peur est un moment indispensable pour prendre conscience des causes qui nous amènent à l’éprouver, la peur est devenue le symptôme d’une maladie de l’inadaptation que la résilience est censée soigner. On peut comprendre les motifs d’un gouvernement par la peur de la peur, car elle peut stimuler en nous la colère et la nécessité de bouleverser une organisation qui se nourrit du désastre qu’elle génère.

Pour approfondir, le livre de Thierry Ribault « Contre la résilience. A Fukushima et ailleurs »  (L’Echappée, 2021)

Les « signes vitaux » de la Terre au rouge

Alerte scientifique : Les gouvernements ont, de manière systématique, échoué à s’attaquer aux causes du changement climatique : « la surexploitation de la Terre ». Sur les 31 « signes vitaux » de la planète, qui incluent les émissions de gaz à effet de serre, l’épaisseur des glaciers ou la déforestation, dix-huit atteignent des records, selon un texte publié dans la revue BioScience. Ainsi, en 2020 et en 2021, malgré la chute des émissions de gaz à effet de serre liée au ralentissement de l’activité, induit par la pandémie de Covid-19, les concentrations de CO2 et de méthane observées dans l’atmosphère n’ont jamais été aussi élevées et la déforestation en Amazonie brésilienne transforme ce puits de carbone crucial en émetteur net de CO2. Les auteurs estiment qu’il existe « de plus en plus de preuves que nous approchons, voire avons déjà dépassé » certains des points de bascule qui pourraient entraîner le système climatique vers un changement dramatique et irrémédiable. Les auteurs réclament des actions radicales, éliminer les énergies fossiles, s’éloigner du modèle de croissance actuel et stabiliser la population mondiale.

La plupart des commentateurs sur lemonde.fr s’inquiètent :

Michel SOURROUILLE : J’ai lu les 60 commentaires, assez concordants dans le pessimisme. Dommage qu’aucun ne fasse référence au jour du dépassement qui aura lieu demain 29 août 2021. A partir de ce moment-là nous puisons dans le capital naturel, nous nous appauvrissons irrémédiablement… et nos générations futures à plus forte raison. Le constat d’effondrement en cours est effrayant, mais il est vrai aussi que nous vivons encore une période d’anesthésie, la plupart des « consummateurs » et des politiciens qui les représentent ne rêvent que d’une chose, revoir bientôt le monde d’avant la pandémie et ses contraintes. Comme je le dis sur le blog biosphere depuis plus de quinze ans maintenant, puisque la pédagogie de la catastrophe n’a aucun impact suffisant, c’est la catastrophe qui servira de pédagogie… pour les survivants !

Rémont : Si ces scientifiques ont raison, la situation est déjà irrémédiablement fichue et ce n’est même plus la peine de faire semblant de chercher une solution. Préparons les soins palliatifs des dernières générations humaines et considérons que c’est du sadisme pur que de faire des enfants forcément voués à la catastrophe .

Justin Kidam : Éviter le gâchis des ressources, stopper la croissance de la population, etc… Comme le font remarquer beaucoup de commentaires, il sera extrêmement difficile, voire impossible d’y parvenir. Mais ce n’est pas une raison pour ne pas commencer. Parce qu’il y a des tas de choses faciles et quasi indolores à faire pour commencer. Pourquoi les SUV sont-ils encore la catégorie de voiture la plus vendue en France? Pourquoi au supermarché trouve t on encore des fruits qui ont parcouru la moitié de la terre avant d’arriver ? Je ne comprends pas les consommateurs qui achètent des poires d’Afrique du Sud ou du raisin d’Inde.

Mafalda : Bon nombre de gens ont depuis longtemps conscience qu’il faut changer nos modes de vie, stopper le libéralisme (et non pas nos libertés, comme certains se plaisent à confondre), et arrêter de dilapider les richesses planétaires détournées au profit de quelques uns. Ça bouge : dans les urnes, dans la rue, dans nos vies, nos associations, nos syndicats.

le sceptique @ Mafalda : Mouais, pour l’instant les opinions et les régimes bougent plutôt vers la droite. Si les écolo-gauchistes pensent qu’ils ont trouvé le truc pour ré-inventer le soviet, on peut craindre qu’ils ré-inventent surtout la voie vers la case prison ou cimetière dans l’hypothèse où ils se montrent un peu trop virulents avec leur utopie. Les gens ont de bonnes raisons d’être davantage intéressés parce que vous n’aimez pas, l’option technologique du dépassement (véhicules électriques, avions à biocarburant, trains à hydrogène, fermes de serveurs accolée à des grands barrages alimentant des loisirs et échanges numériques sans fin, burgers à viande de synthèse, conso recyclée en néo-matériaux, robots autonomes, rêves d’exploitation de l’espace, etc.). Enfin, on verra bien.

Gloup : Lorsque l’instinct de survie individuel, pollué par des années de consumérisme, ne peut plus voir son intérêt à préserver son environnement sur le long terme, cela ressemble à un suicide collectif… Malheureusement, à part une éradication de l’espèce invasive, je ne trouve pas vraiment de mesure rapide et efficace… Se contenter de peu, avec quelques exceptions, pour être heureux n’est déjà plus à l’agenda…

Robert Corel : Il faut réduire la population mondiale par un contrôle des naissances et un maintien du taux de fécondité sous le seuil du renouvellement . Personne enfin peu de gens sont prêts à l’entendre, c’est pourtant essentiel si on veut offrir à toute l’humanité la paix et un niveau de vie correct.

Lesseville : C’est une évidence rejetée par beaucoup mais 1 milliard en 1900 , 7 aujourd’hui et 11 en 2100 c’est du suicide pour notre espèce.

Untel : C’est une solution à long terme tout à fait possible, appliquée en Chine avec succès. Au lieu de ça des scientifiques militants entretiennent l’illusion auprès des lecteurs (les plus naïfs) que le Père Noël va apporter la fin des énergies fossiles et un changement de modèle économique. Comme ça, parce qu’ils le lui ont demandé gentiment dans une petite tribune. Si la survie de la planète dépendait vraiment de ces bisounours nous serions mal barrés !

Claude Kalman : Et pendant que l’irrémédiable approche, Xi Jinping, Narendra Modi, Erdogan, Bolsonaro, Dutertre, Al-Sissi, au Moyen-Orient et en Afrique, les chefs d’état, autoritaires ou tyranniques, ne pensent qu’à une chose : renforcer leur pouvoir sur les milliards d’humains qu’ils gouvernent. Je fais le colibri, bien sûr. Mais comment espérer ?

Dilemme de À à Z : A partir des années 2001 , il a fallu se protéger des terroristes … surveillance , protection policière , vigipirate , fichage etc… en 2020 , il a fallu se protéger du virus …confinement, restrictions , pass sanitaire , masques …. Demain de nouvelles contraintes vont se faire jour … pour sauver la planète et des catastrophes… restreindre l’usage des voitures et avion , manger autrement ,… la technologie va nous aider à alléger ces contraintes , mais elle vont perdurer et il faut réinventer le vivre ensemble d’urgence et réfléchir aux politiques à mettre en œuvre … la liberté devient conditionnelle .. et espérons plus égalitaire … chacun devra faire sa part , beaucoup n’en auront pas envie … que va devenir la démocratie face à l’urgence pour l’humanité ?

SuperKurva : Le problème de tous ces braves gens un peu poètes (« les signes vitaux de la Terrre », LOL²) est qu’ils essayent désespérément de résoudre la crise climatique avec un modèle démocratique. Prenez la campagne de vaccination. Pensez-vous un instant résoudre un problème de cette nature avec l’aide des Dupont-Aignan, le gilets jaunes amateurs de SUV diesel d’occaz , Melenchon, Francis Lalanne et autres Ciotti qui crient à la dictature à propos de la vaccination et du pass sanitaire ? La réalité est que nous irons vers des régimes politiques réellement autoritaires qui seront seuls à même de résoudre un problème de cette nature et d’*imposer* les mesures nécessaires, certes aux « riches », mais surtout aux demi-pauvres qui pleurnichent après les aides pour acheter leur nouveau smartphone, la dernière console à la mode ou aller en vacances très lowcost dans les pays arabes.

pierre marie : l’inconvénient des dictatures qui veulent faire le bien, c’est qu’elles font d’abord beaucoup de mal. Et s’arrête là. Beaucoup d’œufs cassés et pas trop d’omelette.

SuperKurva @pierre-marie : aucune dictature ne veut « faire le bien » comme vous dites. Elles essayent de perpétuer leur propre pouvoir.

Eric.Jean : Les limites de la croissance, y compris par épuisement de l’environnement, ont été modélisées très correctement dés 1972 par un groupe de scientifiques et d’économistes mandatés par l’OCDE (le « Club de Rome ») quand ils ont publié leur rapport (dis « rapport Meadows ») Personne n’a nié la qualité des travaux mais comme les conclusions n’étaient pas plus acceptables que l’annonce d’un cancer mortel à un homme apparemment en bonne santé ,le rapport a été rangé au fond de l’armoire et la société a continué dans le déni. Je n’ai guère de doute qu’elle continuera, l’homme n’est pas assez intelligent pour échapper au destin biologique de tout le vivant végétal ou animal : Croître en utilisant toutes les ressources disponibles puis décroître avec l’épuisement de celles-ci.

M51705 : Oui l’objectif de bâtir un monde pire est donc beaucoup plus raisonnable !

MaxLombard : Mes frères et mes sœurs la fin des temps approche, repentez vous … Tiens j’ai déjà entendu çà !

Biosphere @ MaxLomard : Cher Terrien trop humain, puisque que n’as pas encore compris que la très forte probabilité d’une catastrophe découle d’études scientifiques et non d’une croyance aveugle, la Terre-mère ne t’aime plus, tu es trop méchant…

Luc Ferry, un croissanciste aimé des médias

Surpopulation ou « planète vide » ?

Le livre de Paul Ehrlich, La Bombe P (1968) déplaît souverainement à Luc Ferry. Mais au lieu d’argumenter, ce philosophe de pacotille se permet d’attaquer le messager pour ne pas écouter son message : « Invraisemblables carabistouilles… recommandations néo-fascistes… fougue malthusienne… prédictions de plus en plus insensées… gourou pour fondamentalistes verts »  Sur sa lancée, il se permet de critiquer le rapport Meadows sur les limites de la croissance (1972 ) : « Une reprise des thèses délirantes d’Ehrlich ». Pourtant le scénario de 1972 est toujours scientifiquement validé en 2021. Fé-rire s’attaque ensuite à Jean-Marc Jancovici qui aurait dit : « Il y a un moyen de réguler la population, ne pas mettre tout en œuvre pour faire survivre les personnes âgées malades, à l’image du système anglais, qui ne pratique plus de greffe d’organes pour les personnes de plus de 65 ou 70 ans ». Notons que Jancovici est un expert reconnu dans le domaine de l’énergie, qu’il fait des conférences écoutées attentivement dans les grandes écoles et gère un site qui est une mine d’information. Luc Ferry préfère l’intox de la chute « dramatique » de la population mondiale : « Le danger qui nous menace, c’est celui d’une planète vidée de sa jeunesse pour cause de dénatalité. »

Dès 1992 dans Le nouvel ordre écologique. il condamnait l’écologie profonde sans avoir lu Arne Naess, initiateur de cette conception. Luc Ferry ne fait que réciter aujourd’hui dans les mérdias les poncifs et caricatures  accumulées par la droite contre l’écologie. Il se présente comme croissanciste, ou plutôt contre toute pensée de l’effondrement pourtant probable de la civilisation thermo-industrielle. Il se permet d’écrire : « Nous venons de vire une expérience grandeur nature de la décroissance avec la pandémie. Les hérites new look du communisme que sont les fondamentalistes verts se sont réjouis haut et fort de ce répit accordé à la planète. Ils poussent la Convention citoyenne à plaider pour une décroissance punitive tous azimuts : décroissance énergétique, réduction de la consommation, de la production, du temps de travail, de la vitesse sur les autoroutes, des voyages en avion, de la publicité pour des grosses cylindrées. Pour imposer des mesures destinées à punir nos modes de vie, les décroissants veulent limiter les libertés. » (Luc Ferry, Le Figaro, 25 juin 2020)

Pou ren savoir plus sur Luc Ferry

15 mai 2011, la catastrophe, c’est Luc Ferry

12 octobre 2010, Luc Ferry et l’écologie profonde (1/4)

1992, Le nouvel ordre écologique de Luc FERRY (l’arbre, l’animal et l’homme)

Le rêve de l’automobile pour tous prend fin

La voiture pour tous émet des gaz à effet de serre, enferme les travailleurs et les conducteurs hors de la nature, utilise un pétrole en voie de disparition ou des agrocarburants en compétition avec l’alimentation, etc. Mais la voiture électrique ne peut promouvoir une « transition juste » sur le plan écologique et social, il faut fabriquer, distribuer et conserver l’électricité, tâche impossible à grande échelle. Alors pourquoi s’ingénier à vouloir redresser l’industrie automobile ? C’est pourtant ce que propose un rapport conjoint de la Fondation Nicolas-Hulot (FNH) et la CFDT-Métallurgie

« Le gouvernement a fixé à 2040 la fin de la vente des véhicules diesel et essence neufs pour atteindre l’objectif de neutralité carbone à l’horizon 2050. Mais la décarbonation du secteur constitue un risque supplémentaire de chômage ; la fabrication des moteurs électriques requiert 60 % de main-d’œuvre en moins qu’un diesel et 40 % en moins qu’un essence… Mais une vaste restructuration de l’appareil productif français autour de « l’électromobilité » permettrait de produire 2,3 millions de moteurs, d’en assembler 2 millions et de produire environ 100 gigawattheures (GWh) de batteries d’ici à 2030. Ce serait 33 % d’emplois supplémentaires… si et seulement si les constructeurs localisent toutes ces activités en France. » Les commentaires sur lemonde.fr :

Pierr Charlo : L’article est centré sur le moteur de la voiture et pas tout le système technique et économique qui va avec.

Nawak : Il me semble en effet qu’on oublie la partie mécanique, ou que cela compte pour du beurre. Quid de tout ces mécaniciens et autres garagistes ? Certes, il y aura toujours les roulants (pneus, freins et amortisseurs), mais y a t il une amorce de réflexion pour ces catégories ? Plus de vidange et autre révision. Les pannes?

O-Sidartha : … et comment va t’on produire l’électricité?

Post it : J’entends beaucoup parler de la production des voitures électriques, mais quel silence sur les bornes de recharge. Et il y a du travail… pour l’instant, les voitures électriques sont très majoritairement chargées au domicile et chez ceux qui bénéficient de garages en copropriété équipés. Ce qui ne fait pas grand monde. Combien de bornes sont installés dans les « grands ensembles » et combien en faudrait-il en partant du principe qu’on ne va pas se lever en pleine nuit pour déplacer sa bagnole.

Nawak : Oui, gros problème en vue. Et je ne pense pas qu’on puisse recharger sa voiture électrique sur la route comme on peut le faire avec une voiture thermique. Bonjour les filles d’attente si une recharge rapide de 80% prend 30-40 minutes. 3 personnes devant vous et vous en avez pour l’après midi…Tant que peu de personnes on une voiture électrique, ça va. Mais quand ça ne sera plus le cas…

olivier abc : Vous avez raison, le challenge est entrain de passer de l’autonomie de la batterie à celui de la dispo des infrastructures de charge.

Michel SOURROUILLE : L’automobile est devenue le cancer de notre civilisation. Elle la ronge par sa prolifération effarante, anarchique et  dominatrice. Elle mutile, intoxique et tue. Elle casse les villes et dilapide la nature. Elle détruit l’homme et dégrade l’espace. Elle gaspille une énergie sans cesse plus rare et plus coûteuse. Présentée à tort comme le symbole de la prospérité, elle appauvrit l’homme dramatiquement, dans son environnement social et physique. Elle brise son cadre de vie collectif pour l’enfermer dans une petite carapace d’acier qui l’isole et exalte son agressivité en la cuirassant. Elle le ruine dans les biens immatériels essentiels : la santé, la sécurité, les joies de la nature, la beauté des paysages, le sentiment de la communauté. Alors pourquoi s’ingénier à vouloir redresser l’industrie automobile ?

Pour en savoir plus sur la voiture électrique :

20 juin 2021, Voiture électrique, le piège du cobalt

21 juillet 2019, Voiture électrique pour tous, faut pas rêver (synthèse)

Pour en savoir plus sur le dévoiturage :

1er novembre 2018, Biosphere-Info, Ivan Illich détrône l’automobile (synthèse)

9 mai 2017, Adieux à l’automobile, le dé-voiturage en marche

9 octobre 2012, Mondial de l’automobile, entropie et dévoituration

explosion des inégalités, délires mégalomanes

Jeff Bezos rêve d’envoyer l’humanité dans l’espace. LE MONDE fait un très long article sur une idée qui ne mérite même pas une brève. Avant de laisser la parole au fondateur d’Amazon et aux commentateurs, voici notre dénonciation de la rêverie extra-terrestre :

9 février 2018, Branson ou Musk, l’idiotie de la conquête spatiale

22 juillet 2019, Conquête spatiale, rêveries extraterrestres

21 août 2019, Notre frontière est terrestre, pas martienne

18 février 2021, Tout savoir sur la conquête spatiale

31 mars 2021, La conquête de Mars, une utopie dévastatrice

Jeff Bezos : « Nous avons une demande toujours croissante d’énergie. Faire des progrès d’efficacité énergétique ne permettra pas de résoudre ce problème Nous avons le choix. Voulons-nous la stagnation et le rationnement ? Ou voulons-nous le dynamisme et la croissance ? C’est un choix facile si on ne veut pas que nos petits-enfants puissent être les premiers à vivre des vies pires que la nôtre… Si nous nous déplaçons dans le Système solaire, pour toutes nos activités courantes, nous avons des ressources illimitées… Dans des colonies spatiales vivraient un trillion un milliard de milliard) d’humains  et aussi mille Mozart, mille Einstein, mille de Vinci… Ce serait une civilisation incroyable … Des cylindres habitables de plusieurs kilomètres de long pourraient accueillir, chacune, un million d’habitants ou plus… La Terre a des limites, et si l’économie et la population veulent continuer à croître, l’espace est la seule voie à suivre… Les grandes choses commencent petit.  »

Sur la colonisation de l’espace, Jeff Bezos raille le projet d’Elon Musk d’habiter sur Mars, planète à côté de laquelle « le mont Everest serait un paradis ». Le patron de SpaceX se gausse en retour des cylindres d’O’Neill, qui reviendraient à « essayer de construire les Etats-Unis au milieu de l’océan Atlantique ». Commentaires :

Yonatan : JB a entièrement raison lorsqu’il rappelle que tout ce qui est grand a débuté petit, peut-être lui reste-t-il à comprendre que ce qui est grand redevient petit…

Sybill : Avec un tel ego aux dimensions stratosphériques, une empathie et un souci pour le collectif proche de l’infiniment petit, une analyse binaire qui ne voit guère plus loin que le bout de son orbite et avec de tels pouvoirs, l’individu Bezos a de quoi faire frémir. On ne peut qu’essayer de lui couper quelques brins d’herbe sous le pied en n’achetant pas sur Amazon, sans en attendre la Lune, hélas…

Marcus manlius : Quand les scientistes n’ont pas compris que l’hypertechnologie qui nous a amené dans la situation où nous sommes n’est pas en mesure de nous en sortir. Le problème n’est pas la solution, et plus j’écoute Jeff plus je comprend Greta. Qui rêverait de vivre dans son monde artificiel ?

Bob : Plan machiavélique, Amazon de Jeff Bezos va pourrir la terre pour nous obliger à aller vivre dans une colonie spatiale Blue Origin de Jeff Bezos… Plaisanterie mais à peine… Ces plans de « fuite spatiale » sont parfaitement vaporeux mais ils jouent un rôle important dans la psyché de l’époque actuelle : d’abord ancrer l’idée que la planète est foutue donc les efforts sont vains, ensuite ajouter l’idée que ce n’est pas grave car l’humanité va s’échapper dans l’espace. En résumé c’est une attaque contre toutes les mesures écologiques : elles ne servent à rien et elles ne sont pas nécessaires car la chimère spatiale va nous sauver, alors consommez sans remords.

Fpepp : On a déjà vécu quelques mois confinés dans un rayon de 1 ou 10km, Bezos nous propose de vivre toute la vie confiné dans un suppositoire spatial, après avoir probablement fait allégeance au baron de la colonie. Que ces gens payent leurs impôts et consacrent leurs profits à rendre la terre plus durable.

Jeanmariedupont : Jeff Bezos, ce quincailler en gros qui a trouvé un moyen de vendre de la camelote à des millions de gogos trop flemmards pour faire leurs courses aux magasins du coin, se rêve en maître de l’univers

Yankee go home : L’espace est un milieu hostile pour l’homme. Comme le dit très bien Anna Chavepayre, seul des personnes dont le lieu d’habitation s’est considérablement dégradé peuvent rêver d’y vivre. le Béarn est vide. Pas besoin d’aller sur Mars.

Camtaoij : Consommez, mes agneaux, multipliez-vous, achetez toujours plus, et soyez sans crainte, vos petits-enfants seront très heureux dans l’espace ! La mode est aux fous dangereux, c’est comme ça.

M.M.P. : Voilà un résultat concret de l’explosion des inégalités : un effort colossal est mis dans les délires mégalomanes d’un homme (très) riche. En quoi est-ce que le succès économique d’un entrepreneur le rend légitime à truster d’aussi larges sommes d’argent ? Quand on voit le délire dangereux « la planète est foutue donc on va dans l’espace », je crois que la réponse est claire…

Voiture électrique, le piège du cobalt

Philippe Escande : La valeur du lithium et du cobalt, mais aussi du nickel, les trois composants de base d’une batterie moderne, pourrait rapidement doubler. Ces matières premières constituent plus de 50 % du prix d’une batterie, qui elle-même représente 40 % du coût d’une automobile électrique. Le prix du cobalt ne peut que grimper, la demande devrait être multipliée par 20 d’ici à 2040. Or, les mines existantes ou en projet ne représentent que la moitié des besoins futurs. Même chose pour le lithium. Dernier point, la production de cobalt est concentrée aux deux tiers en République démocratique du Congo, État impuissant et corrompu, et dont 20 % au moins de ses exploitations sont « artisanales », sans aucune protection.

Bertrand Piccard : La pollution créée par ces mines est localisée, et doit être surveillée. J’aime mieux quelques mines de cobalt de plus que quelques degrés de plus dans l’atmosphère.

Philippe Bihouix : Les métaux, toujours moins concentrés, requièrent de plus en plus d’énergie. La production d’énergie, toujours moins accessible, requiert de plus en plus de métaux. Métaux et ressources énergétiques sont donc étroitement liés. Les énergies renouvelables font aussi massivement appel aux ressources métalliques, et des plus rares. C’est encore pire pour le nucléaire. Titane, cobalt et tantale dans les aciers inoxydables, zyrconium pour emballer les crayons de combustible, tungstène pour les conteneurs de combustible nucléaire, hafnium, cadmium, indium, argent et sélénium pour absorber les neutrons, lithium pour réfrigérer les réacteurs… Comment imaginer que nous pourrons construire suffisamment de centrales alors que les réserves de tous ces métaux si spécifiques ne dépassent pas le siècle ?

Vieux Croco : Et avec quels engins forcément monstrueux vont être exploités les futurs méga mines de cobalt, nickel et Cie ? Évidemment des machines qui utiliseront du pétrole ou des dérivés du pétrole… Des finalités présentées comme vertueuses sont totalement encore droguée au pétrole. On n’a pas fini de rigoler !

Alain Gras : Avec la voiture électrique, un futur paradis urbain nous est annoncé par les médias, les constructeurs, et certains politiques… Certainement pas ! Il en a été ainsi dès le début. L’inventeur Thomas A. Edison parvint en 1882 à convaincre les riches bourgeois de Pearl Street, à Manhattan (Etats-Unis), de la salubrité de l’ampoule à incandescence face aux salissants becs de gaz de leurs salons. Pourtant, à quelques kilomètres, l’usine brûlait cinq tonnes de coke chaque jour et jetait ses déchets dans l’Hudson River.

Philippe Bihouix :Quel avenir veut-on laisser aux générations futures, un retour à l’âge de fer ? Un monde où quelques dizaines de millions de ferrailleurs-cueilleurs, survivants de la grande panne ou de l’effondrement, exploiteront le stock de métaux dans les décharges, des bâtiments délabrés et des usines à l’arrêt est une possibilité.

DécroissantsDeLamourEtDuTofu : Il n’y a pas vraiment de dilemme : une société convenablement organisée n’a tout simplement pas besoin de bagnoles ! Imaginez des écovillages de quelques dizaines d’habitants tous les 5km environ, reliés par des pistes cyclables (et des TER)… C’est le concept de permaculture globale, à l’opposé du capitalisme punitif, inégalitaire et auto-destructeur. La communauté scientifique commence à s’intéresser et valide le projet. On n’attend plus que vous.

Libéralisme, marxisme et écologisme

La synthèse qui suit est issue du mémoire de Michel Sourrouille en 2006 « Marxisme et écologisme », écrit dans le cadre de l’université permanente du Parti Socialiste. C’était une époque où une infime partie du PS croyait que ce parti deviendrait un parti social-écologiste, dépassant la vulgate de Marx et les reniements sociaux-démocrates. On a vu depuis ce que le PS est devenu , une enveloppe vide !

La place de la nature

La place de la nature dans la pensée économique depuis Adam Smith (1776) a toujours été négligeable. Si la question du renouvellement des ressources naturelles est au cœur des interrogations de Malthus, les classiques et les néo-classiques ont exclu la nature du champ économique. La question de l’épuisement des ressources ne se pose pas à l’époque. La pollution industrielle apparaît pendant la seconde moitié du XIXe siècle (combustion du charbon…) sans que l’on s’en préoccupe. Le problème majeur est de produire, le reste importe peu. Karl Marx est dans la même lignée. Il est d’abord le continuateur de l’école classique (fondatrice du libéralisme). Dans le livre premier du Capital, il développe sa conception de la valeur travail en partant principalement des travaux de Smith et Ricardo, fondateurs du libéralisme. A.Smith et K.Marx ne jurent que par le travail puisque, pour eux, seul le travail est créateur de richesses. S’ils expliquent que le travail met en valeur des richesses qui sont données par la nature, c’est d’abord pour valoriser, dans une société avancée, les richesses naturelles externes (issues du travail de l’homme) tels que chutes d’eau, rivières navigables, métaux, charbon… Ils pensent que la fertilité du sol, eaux poissonneuses, etc. ne sont importantes qu’aux origines de la civilisation.

Le marxisme

Marx pense que le capitalisme (le socialisme) doit accroître l’emprise de l’homme sur la nature : « La patrie du capital ne se trouve pas sous le climat des tropiques, au milieu d’une végétation tempérée. Et ce n’est pas la fertilité absolue du sol, mais plutôt la diversité de sa composition géologique et la variété de ses produits naturels qui forment la base naturelle de la division sociale du travail et qui incitent l’homme à multiplier ses besoins, ses moyens et modes de travail ». La contrainte naturelle est même sensée perdre en intensité à mesure que l’industrie se développe. En d’autres termes, l’homme reste toujours maître de la nature. Il n’y a pas dans l’analyse de Marx l’idée que le capitalisme va dépérir parce qu’il exploite de façon outrancière les ressources de la nature. La cause principale de disparition du  capitalisme reste pour lui la baisse tendancielle du taux de profit. Le développement de l’industrie est en partie « déterminée par la nécessité de diriger socialement une force naturelle, de s’en servir, de se l’approprier en grand par des œuvres d’art, en un mot de la dompter ». Ce qui le préoccupe, ce ne sont pas les ressources de la nature, puisqu’elles sont supposées faciles d’accès et gratuites. Ce qui importe, ce sont les ressources transformées par le travail des ouvriers et le capital des entrepreneurs. Pour Marx, la nature en tant que telle ne produit pas de richesses.

Marxisme et écologisme

L’idéologie socialiste et ses traditions nous ont empêchés pendant longtemps de prendre conscience de la gravité de la situation écologique. C’est pourquoi j’ai voulu interroger les présupposés du marxisme pour montrer que certaines hypothèses de K.Marx pouvaient être transformées pour justifier un choix clair entre social-libéralisme et social-écologie. En résumé, ce n’est pas l’infrastructure économique qui explique l’évolution idéologique et politique d’une société (la superstructure). L’infrastructure construite de main d’homme est elle-même superstructure relativement à la véritable infrastructure, celle des ressources et circuits de la nature. Il faut d’abord rappeler que le libéralisme et le socialisme ne sont que deux variantes du même modèle, le productivisme. Le libéralisme a insisté sur l’accumulation de capital et l’initiative individuelle des entrepreneurs, le socialisme a mis l’accent sur le facteur travail et le fait que tout acte de production découle d’une œuvre collective. Il s’agit pour la gauche de revendiquer une part plus importante de la valeur ajoutée en faveur des salariés, et pour la droite d’assurer aux actionnaires un taux de rentabilité plus important en ponctionnant les bénéfices de l’entreprise. L’objectif d’accroître l’abondance matérielle n’est remis en question ni par les uns, ni par les autres. Mais ces deux tendances idéologiques naviguent de concert à partir de fausses cartes de navigation. Ces deux variantes du productivisme reposent en effet sur une hypothèse de soutenabilité (durabilité) faible. En ignorant les contraintes environnementales, libéralisme et marxisme se trompent pour la longue période.

durabilité faible

Les tenants de la durabilité faible forment le courant économique dominant (de droite comme de gauche) : le capital naturel peut toujours être remplacé par des éléments fabriqués, donc par du travail et du capital technique. Cette approche promulguée par la Banque mondiale et l’OCDE suppose la substitution toujours possible entre capital humain, capital manufacturier et capital naturel. Ainsi, si l’une des composantes baisse, une autre pourra toujours compenser le manque. Elle repose sur une confiance aveugle dans un progrès technique qui pourrait toujours compenser la déperdition irréversible des ressources naturelles non renouvelables. On dit aussi qu’il y a dans tous les cas substitution possible entre les facteurs de production, y compris le facteur ressources naturelles. Les économistes soutiennent depuis l’origine de la révolution industrielle une durabilité faible, donc considèrent une croissance économique sans se soucier des générations futures ni du reste de la Biosphère puisque, selon leur point de vue, on trouvera sans doute une solution technique à tous les problèmes que la technique a créé.

Une telle pensée, ce que Nicholas Georgescu-Roegen appelle « le sophisme de la substitution perpétuelle », n’est pas durable. Il faut en effet avoir une vue bien erronée du processus économique pour ne pas remarquer qu’il n’existe pas de facteur matériel autres que les ressources naturelles. Plus que l’impact du progrès technique sur la consommation de ressources par unité de PIB, ce qui doit attirer notre attention, c’est l’accroissement du taux d’épuisement des ressources comme effet de ce progrès. Mais les économistes, libéraux ou marxistes, inébranlablement attachés à leur cadre mécaniste, sont restés complètement insensibles aux appels que lancèrent les mouvements pour la conservation de la nature. L’exploitation de la nature reste une fin en soi et les économistes ont mis plus d’un siècle pour prendre en considération la question de l’environnement et du renouvellement des ressources.

Nicholas Georgescu-Roegen : « Quelques organismes ralentissent la dégradation entropique : les plantes vertes emmagasinent une partie du rayonnement solaire qui autrement serait immédiatement dissipée sous forme de chaleur. C’est pourquoi vous pouvez brûler aujourd’hui de l’énergie solaire préservée de la dégradation il y a des millions d’années sous forme de charbon, ou depuis un plus petit nombre d’années sous forme d’arbres. Tous les autres organismes accélèrent la marche de l’entropie et les humains plus que les autres. Le processus économique, comme tout autre processus du vivant, est irréversible mais beaucoup d’économistes ne connaissent même pas la loi de l’entropie. Certains pensent même de façon illusoire qu’on réussira toujours à trouver de nouvelles sources d’énergie et de nouveaux moyens de les asservir à notre profit. Mais on ne peut pas utiliser des schistes bitumineux si leur extraction coûte plus d’énergie que leur apport. Il y a aussi la thèse que nous pourrions nommer le sophisme de la substitution perpétuelle. Ainsi, selon Solow, on pourra toujours substituer d’autres facteurs (travail ou capital technique) aux ressources naturelles. Mais il faut avoir une vue bien erronée du processus économique pour ne pas remarquer qu’il n’existe pas de facteur matériel autres que les ressources naturelles. Plus que l’impact du progrès technique sur la consommation de ressources par unité de PIB, ce qui doit attirer votre attention, c’est l’accroissement du taux d’épuisement des ressources comme effet de ce progrès. Mais les économistes, inébranlablement attachés à leur cadre mécaniste, sont restés complètement insensibles aux appels que lancèrent les mouvements pour la conservation de la nature. »

durabilité forte

La biosphère remplit quatre fonctions vis à vis de l’espèce humaine : c’est le support de la vie, un stock de ressources naturelles, un récepteur de déchets et une source d’aménités. Il y a bien des possibilités de substitution aux services environnementaux, le recyclage des déchets permet par exemple de réduire à la fois la demande de services de réception de déchets et la demande de matières premières. Mais ces substitutions sont plus ou moins fortes et le stock de capital physique (par exemple une piscine) constitue un avatar plus ou moins imparfait du capital naturel (lac ou rivière). En effet, l’analyse néo-classique de Pigou (les externalités) ne reconnaît pas l’interdépendance entre économique et environnement. Pour dépasser la pensée dominante, il faudrait utiliser des développements empruntés aux sciences de la nature, en particulier la thermodynamique et l’écologie, il faudrait insérer l’économie dans l’écologie alors qu’on a déjà le plus grand mal à intégrer l’écologie dans l’économie. Comme synthèse de cette analyse, on peut dire qu’une durabilité forte nécessite que le patrimoine naturel reste constant (il est absolument complémentaire de l’activité humaine d’une génération à l’autre). Cette conception repose donc sur la forte complémentarité entre les trois types de capital (technique, humain et naturel) et récuse l’idée de soutenabilité faible. Concrètement la réalisation du développement durable passe alors par une limitation de l’usage du capital naturel, notamment par la décroissance des facteurs de production matériels et énergétiques. Ce soubassement biophysique de l’activité humaine nous amène à repenser le matérialisme historique de Marx.

Dormez braves gens, Oliveau veille sur vous

Une tribune du MONDE remet encore en question la nécessaire décroissance dans un monde fini. Avant de donner la parole à François-Xavier Oliveau, un utopiste de l’innovation au service du business as usual, voici nos considérations. Son raisonnement repose sur des considérations financières et pas du tout sur l’épuisement physique de stocks non renouvelables, épuisement inéluctable donc. Que les Smicards croient encore que l’essence doit rester durablement à bas prix est certes confortés par le cartel pétrolier (OPEP + Russie manipulent le jeu de l’offre et de la demande), c’est un fait d’ordre religieux. Mais quand les pays possesseurs de l’or noir verront que la rente pétrolière va sur sa fin, ce sera le choc pétrolier ultime. Le prix du pétrole peut quadrupler dans l’année, c’est arrivé en 1973. Il peut même être multiplié par dix ou cent, tout est possible quand les marchés s’affolent. Le même raisonnement sur le manque inéluctable peut se faire sur toutes les ressources fossiles et métalliques. L’innovation ne fait que retarder l’échéance finale. Pouvoir extraire des ressources plus profond, même au fond des océans, utiliser les schistes bitumineux et la fracturation des sols ne peut empêcher l’épuisement des ressources extractives.

C’est pourquoi il faut considérer que les propos biaisés de François-Xavier Oliveau sont dangereux, ils nous bercent d’un optimisme irréaliste et nous bloquent dans l’idéologie croissanciste actuelle. François-Xavier devrait apprendre les mécanismes de l’entropie et lire Nicholas Georgescu-Roegen… Notons aussi que les croissances du PIB n’ont pas fait décroître les inégalités, tout au contraire. Mais les OGM qui vont nourrir la planète et les innovations «  à venir » qui permettront la fin de la rareté, c’est le fantasme entretenu par les thuriféraires du progrès technique.

François-Xavier Oliveau : « Le rapport sur les limites de la croissance , publié en 1972, expose ainsi dans son scénario principal un effondrement lié à l’épuisement des ressources de matières premières. Mais loin d’avoir décrû, les réserves identifiées sont aujourd’hui bien supérieures à celles citées par le rapport. Même le pétrole est plus accessible : en France, une dizaine de minutes rémunérées au Smic permettent de se procurer un litre d’essence ; c’était le double en 1970, lorsque le litre d’essence coûtait 1,10 franc pour un salaire minimum à 3,50 francs de l’heure. Notre invraisemblable capacité d’innovation nous a permis d’inventer de nouveaux procédés de prospection, d’extraction et de raffinage qui ont rendu abondante une ressource finie, reportant sa disparition aux calendes grecques. Nos crises environnementales sont des crises de l’excès et non du manque. Rien n’indique une inversion future. Les prophéties de l’épuisement des métaux ne résistent pas à l’analyse géologique ; au pire verrons-nous quelques poussées inflationnistes temporaires liées aux ajustements entre offre et demande… Les prophètes de la rareté préconisent la frugalité, voire la décroissance … Mais il serait illusoire de l’exiger des six autres milliards d’humains qui rêvent d’abondance. Ils feront tout pour y accéder ; les moyens techniques le leur permettront ; et il n’y aura pas d’épuisement des ressources pour les en empêcher. L’innovation nous aidera en fournissant des solutions, stockage d’énergies décarbonées, substituts à la viande, processus de production moins polluants… Au lieu d’attendre en vain une rareté mortifère, visons la maîtrise de l’abondance et son extension au monde entier… »

Broyage des poussins pour rester compétitif !

Le Parlement allemand (Bundestag) a voté le 21 mai 2021 un projet de loi interdisant l’élimination des poussins mâles par gazage ou broyage. Le 26 mai ,le Sénat français a rejet une telle mesure au motif qu’il risquerait d’introduire « des distorsions de concurrence au détriment de l’agriculture française ». Alain Griset, ministre délégué : « la France risquerait d’être rapidement confrontée à une augmentation de produits importés à moindre coût venant de pays qui ne respectent pas nos principes ». Notons que cet argument basé sur la réduction des coûts et la concurrence déloyale est ressassée dans bien d’autres domaines. Voici d’abord deux commentaires sur lemonde.fr, puis nous poursuivons en donnant le point de vue des écologistes sur le libre-échange.

Noleb : Donc les Sénateurs viennent se plaindre de la concurrence déloyale, quand dans le même temps les Allemands passent une loi similaire. C’est sûr que si le but c’est de ne pas perdre de compétitivité par rapport au Bangladesh, ça risque de faire très bizarre sur les feuilles de salaire…

Marc C : Vous ne trouvez pas que la Sécurité Sociale, l’éducation gratuite et les retraites (entre autres) coûtent cher au pays, augmentent nos coûts de revient et créent une distorsion de concurrence par rapport aux pays qui n’en ont pas ? Supprimons tout ça et alignons-nous (par le bas évidemment) !

Biosphere : Il n’y a pas loin entre choc de compétitivité, affrontement commercial, célébration du nationalisme et risque de guerre pour les ressources et les débouchés. La recherche de la compétitivité internationale est un jeu à qui perd gagne. Prenons un seul exemple de la situation actuelle. La Chine est devenue l’atelier du monde, ses compétences dans tous les domaines ne peuvent qu’écraser la concurrence. Même si l’ouvrier français était payé aussi peu que l’ouvrier chinois, nous serions obligés d’acheter à la Chine puisque notre tissu productif s’est effrité après des années de délocalisation. De plus la Chine est en concurrence avec les pays anciennement développés dans la captation des ressources fossiles et des métaux, la raréfaction s’accentue sur une planète dont nous avons dépassé les limites. Le « doux » commerce est en définitive une affaire de puissance, c’est le plus fort qui impose sa loi à un moment donné.

Rappelons que l’invention du libre-échange au XIXe siècle par David Ricardo n’était qu’un moyen de transgresser la finitude de la Terre. L’augmentation de la population en Angleterre exigeait la culture de terres de moins en moins fertiles, engendrait une hausse des coûts de production et donc des prix de l’alimentation. Les céréales étant la base de la consommation ouvrière, la baisse des profits devait être retardée par le libre-échange et l’importation de céréales à bas prix. La libération du commerce fut ainsi la réponse donnée à la limite des ressources en un lieu, limite qui pourrait être temporairement compensée par des échanges avec un ailleurs. Or la concurrence internationale qui s’est généralisée par la suite s’est accompagnée de délocalisations, de montée des inégalités, de chômage structurel et de déséquilibres écologiques. En termes clairs, le choc de compétitivité est un choc des nations dont ni la France, ni la Chine, ni personne ne peut sortir gagnants… L’exportation ne devrait pas être le but premier d’un pays, mais la recherche de l’autonomie alimentaire et énergétique de chaque bio-région. L’écologie penche pour le protectionnisme, la démondialisation, en définitive la relocalisation.

Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphere :

Le yin du protectionnisme contre le yang du libre-échange (2019)

rapport Gallois, compétitivité et nationalisme guerrier (2012)

faim du monde, fin du libre-échange (2011)

Les préjugés du journal « La décroissance »

Nous aimons ce mensuel iconoclaste qui porte la seule parole d’avenir aujourd’hui : « Il nous faut maîtriser la décroissance de notre système thermo-industriel, sinon le choc sera très brutal ». Il nous semble cependant que Vincent Cheynet, son rédacteur en chef, ne réfléchit pas toujours comme il faudrait.

Par exemple les colonnes de son journal sont interdites à tous ceux qui analysent la décroissance démographique. On ne jure que par la décroissance économique, la maîtrise de la fécondité humaine, c‘est tabou. Le mot « malthusien » est même interdit de séjour. On préfère louer les ventres qui s’arrondissent. C’est pourquoi ce journal en reste à des superficialités. Ainsi dans le numéro de mai 2021, la comédienne Audrey Vernon : « J’ai envie qu’on arrête de fabriquer des smartphones, des SUV, mais pas des bébés. » Commentaire du journal : « On rêve d’un monde du spectacle qui devienne aussi subversif ». Après ce commentaire abrupt, Vincent Cheynet cite le livre d’Audrey, Billion dollar baby : lettre ouverte à mon enfant à naître. Il faut s’en contenter alors que la pensée d’Audrey est bien plus ouverte : « La littérature écologiste radicale est passionnante, stimulante… Notre civilisation ressemble de plus en plus à la grande barrière de corail, blanchie, fantomatique, sale… J’ai envie qu’on arrête de fabriquer des produits, de transformer l’animé en inanimé.. Je propose la décroissance, le retour à la réalité, la fin du décalage prométhéen entre nos techniques et notre incapacité qui fait qu’on n’arrive pas à imaginer les conséquences de nos actes et de l’utilisation de ce « progrès »… Il faut revenir à la réalité biologique et partir de ça pour reconstruire des techniques adaptées à la vie et qui ne détruisent pas tout ce qu’elles touchent. On ne devrait fabriquer que des choses biodégradables, retrouver cette osmose avec les êtres vivants dont nous co-dépendons. Se souvenir que l’océan avant d’être une décharge est notre oxygène, que la terre avant d’être une source de profit est la condition de notre vie biologique… Et aussi laisser les milliardaires aller sur Mars… tout seuls. Les périls sont immenses, on parle quand même de 6ème extinction de masse. De génocides en cours et à venir. Des enfants meurent tous les jours de notre confort, je rêve qu’appuyer sur un interrupteur n’ait pas pour conséquences l’expulsion de populations, la famine, la vie dans des bidonvilles…» Après ces fortes paroles, on ne voit pas pourquoi Audrey n’a pas intitulé son opuscule « lettre à l’enfant que je n’aurai jamais».

Le débat sur le malthusianisme mériterait d’être ouvert par Vincent Cheynet.

Notre synthèse, MALTHUS, décroissant nié par les décroissants (27 août 2020)

Deuxième exemple d’ostracisme, la manie de Vincent Cheynet d’attaquer tout ce qui bouge en matière d’écologisme, celles et ceux qu’il appelle écotartuffes. Cyril Dion est emblématique des préjugés du journal envers les personnes et leurs idées. Dans le numéro de mai 2021, on fait une longue citation des propos de Cyril : « Y’a un livre passionnant qui s’appelle Comment saboter un pipeline d’Andreas Malm… Finalement, dans l’histoire, que ce soit pour les droits civiques, que ce soit pour les suffragettes, que ce soit pour indépendance de l’Inde, en réalité il y a à la fois des mouvements non-violents, ce que l’histoire a gardé dans ses tablettes, mais aussi des mouvements d’action directe qui faisaient toujours attention à ne pas faire de victimes humaines mais où y’avait des sabotages, ou y’avait des attentats : les suffragettes faisaient péter des bombes, et cette action instaurait une épreuve de force avec le pouvoir qui a permis à la fraction non-violente de pouvoir avancer ses pions, et de pouvoir transformer les lois et la société…. » Le mensuel en tire le commentaire définitif suivant : « Voilà notre écologiste médiatique qui fait l’apologie de la violence qui, en fait « ouvrirait la voix aux non-violents (sic). »

Là encore le journal La décroissance refuse d’aborder le débat de fond, les modes d’action à envisager dans un contexte d’urgence écologique. Est-ce que la violence contre les biens nuisibles à l’équilibre socio-écologique sont (ou non) une forme de non-violence, le débat méritait d’être ouvert par Vincent Cheynet.

Notre synthèse, Urgence écologique et destructions de biens (11 octobre 2020)

Comment obtenir une majorité écologisée ?

Les idées socialistes se sont propagée à partir du XIXe siècle et la révolution industrielle a différencié de plus en plus clairement patronat et salariés dépendants. Pourtant en France le socialisme n’a jamais pris le pouvoir sauf très courtes périodes, la droite restant au pouvoir. Bien entendu les pays qui se disent socialistes/communistes n’ont jamais éradiqué le pouvoir d’une bourgeoisie/nomenklatura sauf que c’est le pouvoir qui fait les privilèges et non la fortune. Au XXIe siècle, ce sont maintenant les idées écologistes qui infusent dans la société, mais cela ne fait pas du tout une majorité électorale. Pas encore ?

La politiste Vanessa Jérome insiste sur les dissensions internes aux Verts qui les empêchent d’arriver au pouvoir : « Leurs alliances sont à géométrie variable ce qui alimente leurs divisions récurrentes… Leurs élus sont des outsiders sur la scène politique… Il n’existe pas vraiment de leader national… » On pourrait ajouter bien d’autres défauts à l’écologie institutionnelle, leur goût prononcé pour le gauchisme, leur soutien constant à toutes les minorités activistes (accueil sans réserve des sans papiers, soutien des LGBT+, féminisme exacerbé, discours genré et écriture inclusive, etc.), des statuts extrêmement complexes mais jamais respectés, des guerres de pouvoir et un culte de l’ego très prononcé , etc. Mais ce n’est pas l’essentiel, il faut ajouter la lutte interne qui fait rage entre les partisans minoritaires d’une écologie radicale et les nombreux soutiens d’une écologie consensuelle /superficielle. Le point de vue écolo est multiple et souvent contradictoire comme l’était le débat récurent entre les socialistes utopistes et les communistes marxistes, la lutte de classes contre la social-démocratie accommodante, les pacifistes d’un côté et les va-t-en guerre de l’autre, etc. On pourrait donc se dire que l’écologisme aujourd’hui traverse une période de maturation qui prendra beaucoup de temps pour constituer une majorité de pouvoir.

Le problème, qui n’est pas seulement franco-français, c’est que l’urgence écologique est telle et tellement multidimensionnelle qu’on n’a pas le temps d’attendre. Il nous faut une écologie de rupture qui ne peut obtenir l’acception sociale : des sapins de Noël qui resteraient dans leurs forêts, un Tour de France qui paraîtrait ringard, beaucoup moins d’avions dans le ciel et de voitures sur les routes, beaucoup plus d’efforts physiques et beaucoup moins de société du spectacle, une perte de pouvoir d’achat et un retour aux besoins essentiels, plus de liens et moins de biens, la mort du tourisme, un avenir qui ressemblera à notre passé d’avant la révolution industrielle… Comme tout cela rend inaudible la pédagogie de la catastrophe dans une société formatée par les écrans publicitaires, ce sera donc les catastrophes qui serviront de pédagogie au prix d’un bon nombre de morts et de dérives politiques totalitaires. CQFD.

Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphere, Covid-19, une pédagogie de la catastrophe ?

Nécessité du tri médical face à notre surnombre

Il y a le tri postal et le tri médical, les gares de triage et le tri des élèves, nous sommes dans une société du surnombre démographique et nous sommes obligés de faire des choix. Notez que nous ne sommes plus que des numéros, numéro de carte vitale associé à un numéro d’arrivée dans toutes les attentes aux urgences. Avec le Covid-19, le tri médical est une réalité que le médecin qui s’y trouve contraint doit assumer.

C’est ce que pense Mathieu Acquier* : « Le porte-parole du gouvernement a déclaré le 31 mars 2021: « Le tri des patients n’est pas une option. » Le 13 mars 2020, le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) recommandait « que l’exigence de justice, au sens d’égalitarisme, soit pondérée par la nécessité de priorisation des ressources ». Le tri médical en est sa mise en application. Les exemples de priorisation sont nombreux en ce moment accès en réanimation ou à la vaccination. Selon la CCNE, le principe égalitariste du « premier arrivé premier servi » n’est pas acceptable. La priorisation contextuelle a pour objectif de favoriser ceux qui bénéficieront le plus d’une ressource rare. Le tri procède d’un choix complexe qui se doit d’être assumé par le médecin qui y est contraint par les circonstances. Les intérêts du patient sont mis en regard de ceux de la communauté. Une discussion collective sur la question est nécessaire pour que les processus de tri soient perçus comme suffisamment justes pour être acceptés sans soupçon ».

Le tri des patients à l’hôpital, le tri des élèves devant les écoles, le tri des humains face aux ressources alimentaires restent le quotidien des pays sous développés. Les pays riches ont bénéficié de la manne des énergies fossiles pour croître à en perdre la raison. Depuis 20 ans les dépenses publiques hospitalières croissent deux fois plus vite que la population et que le PIB, mais cela ne suffisait pas, la preuve aujourd’hui. Du point de vue écologique, nous sommes arrivés à l’extrême possibilité des ressources de la planète pour satisfaire des besoins humains qui se veulent illimités, conserver la vie à tout prix, prendre des vacances de l’autre côté de la planète, rouler en SUV, procurer à tous le dernier gadget à la mode. Puisse cette période de pandémie nous rappeler que tout n’est pas possible et qu’il faut faire des choix, réduire notre nombre et nos envies, revenir à l’essentiel de ce qu’il nous faut pour concilier notre survie personnelle et l’intérêt collectif. Sans oublier que la sobriété doit être partagée, que ce soit en matière de soins médicaux ou de répartition des richesses financières.

Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphere :

10 décembre 2020, Priorisation, tri médical, des gros mots ?

11 mars 2020, Covid-19, nécessité d’un triage médical

* Mathieu Acquier (Médecin au service de médecine intensive et réanimation au CHU de Bordeaux)

Bientôt des centaines de millions de chômeurs

Avec l’arrêt du tourisme pour cause de pandémie, les pays qui en vivent risquent de voir disparaître des dizaines de millions d’emplois. La plupart des commentateurs s’en réjouissent sur lemonde.fr, pourtant cela ne présage rien de bon.

Boulama : Pour de vrai j’ai hâte. Hâte de voir tous ces gens arrêter d’aller massacrer des pays où ils croient leur présence indispensable parce qu’ils ont le mythe du voyage. Qu’ils commencent par aller voir la colline à côté de chez eux, puis celle d’après.

Jamaiscontent : L’article du MONDE éclaire sur un problème qui semble insoluble : le tourisme de masse est devenu indispensable à des millions de personnes pour (sur)vivre, il est légitime de se préoccuper du sort de ces personnes, en particulier dans les pays qui n’ont pas de filet social. Mais on sait que ce type de tourisme est aussi destructeur de sites entiers, naturels en particulier, de ressources (constructions…) et qu’il est un contributeur au réchauffement climatique (avions, clim, surconsommation et gaspillage). Sans pour autant assurer de façon durable un niveau de vie décent à toutes les petites mains de cette massification. C’est mal barré pour ces gens, et pour la planète…

Tinos : Vivement que le tourisme redevienne ce qu’il n’aurait jamais du cesser d’être : un passe temps pour riches Anglo saxons désœuvrés. Et moi. Il me reste une place dans mon Falcon 9 demain pour Nicosie : prix à débattre entre gens biens. Ironie.

Gaston : chacun dans son pays c’est l’avenir, la France est grande il y a beaucoup de lieux à visiter, pas besoin de faire des milliers de kms pour se faire servir par des salariés peux rémunérés car c est cela l attrait pour les touriste de masse pas cher et beaucoup de serviteurs..

Ours : Dans les structures hors sol du tourisme de masse, l’indigène n’a un intérêt que s’il permet de réduire le coût de la main d’œuvre, sinon celle ci est importé, comme le reste.
Le tourisme n’est qu’une exploitation du territoire, comme dans l’industrie minière par exemple et l’occasion de formidables profits à court terme.

Bibifoc : quant la pandémie sera terminée, la main d’œuvre retournera très rapidement dans le secteur du tourisme car dans nombre pays, c’est le secteur où les conditions de travail et de salaire sont, et de loin les meilleurs.

Michel SOURROUILLE : Cet article pose clairement le problème lié à la nécessaire rupture écologique. Le nombre d’emplois nuisibles à la bonne santé de la biosphère est énorme, le tourisme de masse n’en est qu’une des facettes particulières. N’oublions pas que seul le travail des paysans et de quelques artisans est nécessaire à la bonne marche d’une société, tout le reste n’est qu’emploi parasitaire : la quasi totalité des employés, au service ou non de l’État, la plupart des ouvriers, sans compter tous les intermédiaires et autres cadres supérieurs qui vivent au crochet de ceux qu’ils font travailler. Il n’y aura plus de destruction créatrice au sens de Schumpeter, les emplois perdus dans un secteur étaient compensés pendant les Trente Glorieuses par les emplois créés ailleurs. Déjà le chômage de masse est une réalité dans la plupart des pays, il ne peut que s’amplifier dans la société post-Covid, sauf à vouloir retourner à la croissance, au pillage de la planète et à la guerre de tous contre tous au final

22 mars 2021, Journée mondiale de l’eau

La journée mondiale de l’eau* est l’occasion de faire le point sur cette ressource vitale, irremplaçable, inestimable. Martine Valo nous en dit plus sur lemondefr : « Elle paraît omniprésente, mais c’est une ressource épuisable, constate le rédacteur en chef du rapport 2021 de l’ONU-eau. A la différence de l’or, du bois ou de la tonne de CO2, il n’existe pas de chiffres pour qualifier la valeur de l’eau… Les milieux économiques se livrent à des analyses de ce que pourraient leur coûter des pénuries d’eau ou encore les dégâts causés par des inondations. Tout cela se chiffre en sommes astronomiques, mais n’englobe pas la totalité des effets de l’eau sur l’environnement, l’attrait des paysages, la santé, le bien-être. Mais la ressource hydrique a tendance à être de plus en plus exploitée comme une arme sélective à l’encontre de tel ou tel groupe ethnique… Parce qu’ils sont privés de réseaux d’adduction d’eau, les habitants des quartiers informels la paient dix à vingt fois plus cher que les autres auprès de camions-citernes… Dans la région Asie-Pacifique, certains pays rejettent 80 % de leurs eaux usées dans la nature sans traitement… »

Sur notre blog biosphere, lire en complément « Journée mondiale de l’eau, un constat de pénurie ». Extraits  :

Au fil des décennies, on a fini par oublier à quel point disposer chez soi d’eau potable rien qu’en tournant un robinet était un luxe, et on pense aujourd’hui que ça va de soi . Mais passons deux jours sans eau au robinet, et on se rend compte de la galère ! En période de descente énergétique (il faut de l’énergie pour amener l’eau au robinet après l’avoir dépolluée), l’eau deviendra en France un bien rare. Mais dans d’autres pays, la majorité des gens vivent déjà des temps de stress hydrique, d’épuisement des nappes phréatiques, de pollutions diverses de l’eau, etc. Mourir de faim ou de soif, le résultat est le même. Urbanisation, surpopulation, sur-pollutions, agriculture intensive, la problématique de l’eau révèle l’impuissance du complexe thermo-industriel à nous mener sur les voies d’un futur acceptable.Un futur sans eau potable, très probable.

Quelques commentaires sur lemonde.fr qui apportent aussi une nouvelle dimension, la question démographique :

Gaston : pas une semaine sans un article nous expliquant les catastrophes a venir mais jamais rien sur la démographie qui est la responsable de ces situations plus facile de rabâcher une hypothétique redistribution équitable en évitant d aborder les questions qui fâchent (culturelles et religieuses)…

John Morlar : Ce n’est pas qu’il n’y a pas assez d’eau, c’est qu’il y a trop de monde. 80 millions de personnes en plus par an. L’ONU compte faire un rapport la dessus aussi ? Ça m’étonnerait un peu.

lecteur assidu : La politique de l’enfant unique paraît à court terme la seule solution.

* La Journée mondiale de l’eau est une journée internationale instituée par l’Organisation des Nations unies. Proposée dans l’Agenda 21 au cours du sommet de Rio en 1992 et adoptée le 22 février 1993 par l’Assemblée générale des Nations unies, elle se célèbre le 22 mars de chaque année avec des thèmes différents.

21 mars, journée internationale des forêts

Le botaniste Francis Hallé dénonce, dans une tribune au « Monde », l’abattage et le commerce du bois. Un propriétaire forestier vend son bois, Il est le seul bénéficiaire de l’opération puisqu‘il est propriétaire de la ressource. Mais s’il y a un bénéficiaire, il y a aussi des perdants. Les arbres abattus représentaient un patrimoine qui nous garantissait un environnement viable, absorbant le CO2, fournissant de l’oxygène, régulant le débit des eaux. En outre, ils avaient une influence bénéfique sur notre santé physique et mentale, tout en favorisant le développement et le maintien d’une diversité biologique. Dès lors qu‘un arbre est détruit, nous cessons de bénéficier de tous les services qu’il assurait gratuitement

Il est évidemment souhaitable qu’ils les industriels forestiers compensent les dégâts écologiques dont ils sont la cause,

La Journée internationale des forêts a été établie par une résolution de l’Assemblée générale des Nations unies le 28 novembre 2012. Francis Hallé est un spécialiste des arbres. Il a participé à la création des expéditions du Radeau des cimes, il est l’auteur de « Plaidoyer pour l’arbre » (Actes Sud, 2005)

Tout savoir sur le Code minier

Le code minier français date du 21 avril 1810. Les différentes réformes dont il avait fait l’objet jusqu’à maintenant n’ont guère pris en compte la question de leur impact environnemental. Du temps de François Hollande, les députés avaient adopté le 25 janvier 2017 une proposition de loi visant à l’adapter le code minier. Cette réforme, annoncée depuis plus de cinq ans, arrivait en fin de quinquennat et ne pouvait aboutir. A l’heure actuelle, le « droit de suite » donne encore un droit quasi-automatique au passage à la concession pour les entreprises qui détiennent un permis de recherche. Même dans le détail, ça bloque. Avant le départ du président de la République en Guyane le 26 octobre 2017, Nicolas Hulot avait longuement insisté auprès d’Emmanuel Macron sur les menaces pour l’environnement d’un gigantesque projet minier au cœur de la forêt amazonienne, baptisé « Montagne d’or », un monstre sur 190 km2 de concessions, qui prévoit une fosse de 2,5 km de long, 500 mètres de large et 400 mètres de profondeur, avec une usine de traitement du minerai par cyanuration…. Pourtant, lors d’un entretien accordé à France Télévisions Guyane le 27 octobre 2017, le chef de l’État s’est dit favorable au dossier : « C’est un projet qui, je le pense, sur ses fondamentaux, peut être bon pour la Guyane. » Les choses évoluent, lentement. Le 6 mai 2019, Emmanuel Macron enterrait le projet de mine d’or à ciel ouvert Montagne d’or, en Guyane, dont la production devait démarrer en 2022, en estimant qu’il n’était « pas compatible avec une ambition écologique en matière de biodiversité ». La réforme du code minier refait surface en 2021.

Un des volets du projet de loi « climat et résilience » présenté le 10 février 2010 en conseil des ministres, ne reprend pas l’idée d’un moratoire sur l’exploitation industrielle minière en Guyane proposé par la CCC. Mais il autorise le gouvernement à procéder par ordonnance à la refonte de la partie législative du code minier et du livre premier du code de l’environnement. Cette réforme, est-il affirmé dans l’exposé des motifs, « est nécessaire pour doter l’Etat des outils juridiques permettant notamment de refuser des permis miniers d’exploration ou d’exploitation pour des motifs environnementaux ». Tous les projets d’exploitation industrielle des ressources aurifères guyanaises sont suspendus à la promulgation de ce texte et à la publication des ordonnances qu’il appelle.

Montagne d’or est mort, vive Montagne d’or bis ? Le ministre de l’économie souligne l’enjeu : « La réforme du code minier permettra de mieux accompagner localement les projets, en donnant à l’autorité administrative davantage de possibilités pour réorienter ou interrompre ceux qui ne s’inscriraient pas dans une démarche responsable ». Une garantie qui ne s’apparente en aucun cas à un renoncement. « Dans le cas spécifique de la Guyane, une activité minière raisonnée contribue au développement économique du territoire, où la lutte contre l’orpaillage illégal est un enjeu important », ajoute-t-il. Le coordonnateur des projets miniers auprès du préfet de la Guyane, Didier Le Moine : « Le gouvernement n’a jamais dit qu’il fallait renoncer à toute forme d’exploitation minière, mais sous des formes compatibles avec les objectifs de développement durable, assure l’ancien directeur de l’industrie, des mines et de l’énergie en Nouvelle-Calédonie. « Cette réforme ne vise pas à interdire l’exploitation mais à l’encadrer et à permettre un développement vertueux et accepté par tous de l’activité aurifère. » On sait malheureusement ce que signifie vraiment un développement « propre » et accepté par la population, c’est écoblanchiment et distribution de généreux subsides au niveau local. Notre civilisation thermo-industrielle est extractiviste, il faudrait des oppositions citoyennes motivées et nombreuses pour enrayer ce processus mortifère d’une planète au pillage.

Pour en savoir plus sur le Code minier grâce à notre blog biosphere :

15 juin 2012, bonne nouvelle écolo, la réforme du code minier

18 janvier 2013, Hydrocarbures, nécessité d’une réforme du code minier

27 janvier 2017, Code minier : une réforme au goût amer votée à l’AN

24 janvier 2020, Code minier et carte carbone, aux oubliettes

« Au bord de l’effondrement » dit un rapport

« Si l’humanité a immensément prospéré ces dernières décennies, la manière dont nous avons atteint cette prospérité fait qu’elle a été acquise à un coût dévastateur pour la nature », indique un rapport de 600 pages commandé par le gouvernement britannique. Le produit national brut (PNB) par habitant a doublé au niveau mondial depuis 1992 mais le « capital naturel » (plus précisément l’estimation des bénéfices que les humains tirent de services offerts par la nature) a chuté de 40 % par tête. « Nous sommes totalement dépendants de la nature, » avertit dans la préface David Attenborough. « Elle nous fournit l’air que nous respirons et tout ce que nous mangeons. Mais nous l’abîmons tellement que beaucoup de ses écosystèmes sont au bord de l’effondrement. » Coordonné par Partha Dasgupta, le rapport souligne qu’une réorientation de la société croissanciste nécessite « une ambition, une coordination et une volonté politique semblable, voire supérieure, au plan Marshall.

Quelques commentaires sur lemonde.fr :

Kiki6917 : Rien de nouveau sous le soleil, mais comme toujours on oublie l’effet de la démographie mondiale qui est le facteur déclenchant de beaucoup de désastres écologiques (et humains par ricochet). Si on doit avoir un plan Marshall sur le modèle de croissance, il doit intégrer un volet contrôle des naissances sinon ce sera voué à l’échec ; mais ce sujet n’est jamais abordé par aucune organisation en tant que tel.

Pierre-Marie Muraz : La décroissance est l’avenir à condition qu’il y ait moins d’humains… Pas de bol la démographie galope depuis deux siècles ! Chance la décroissance a commencé avec la Covid-19 !

He jean Passe : Deux croissances sont à stopper : celle de la consommation (y compris de nourriture dans les pays riches, qui se baffrent de viande et de produits hyper transformés, sucrés, salés…) et la croissance de la population dans les pays pauvres qui nous mènent plus encore (on arrête difficilement la démographie) vers les famines et guerres généralisées.

Keuta : Sachant que l’empreinte carbone d’un européen est en moyenne 8 fois supérieure à celle d’un africain, même si la dynamique démographique ne changeait pas en Afrique (ce qui n’est pas le cas), la démographie a bon dos pour surtout ‘e rien changer à nos habitudes. Mais bon, le néo-malthusianisme rassure apparemment les boomers

Michel SOURROUILLE : Keuta, tu n’écoutes pas les autres. « Hé j’en passe » explicite clairement qu’il faudrait agir à la fois par la déconsommation et la dépopulation, et toi tu attaques au néomalthusianisme, l’idée de faciliter la contraception et la libération de la femme. Peut-on ne pas être d’accord avec tout cela, l’interdépendance des mécanismes socio-économiques ?

R3 D3 : Il faut faire moins d’enfants, ne plus prendre l’avion et la voiture, et drastiquement moins consommer. Monsieur Macron et les libéraux, l’Histoire vous retiendra comme les derniers avatars du capitalisme à œillères, qui auront contribué à nous précipiter dans l’abîme ?

le sceptique : Je lis le digest de ce rapport, qui traite la nature « comme un actif » en vue de la « croissance soutenable ». C’est donc une pièce du capitalisme vert. Ne vous excitez pas les décroissants, les Etats, les financiers et les industriels conduisent toujours le cours de vos vies, simplement ils vont opérer des transitions comptables dans les métriques du « bonheur » afin d’y retrouver leurs petits et de vous adapter à ce nouveau cadre.

Aldo : Qu’il ne puisse y avoir de croissance infinie dans un monde fini, on le sait depuis au moins 50 ans. Mais alors pourquoi Le Monde continue t-il « en même temps »,a faire la promo d’une politique centriste et libérale, qui n’a jamais et ne remettra jamais en question la croissance a tout prix comme seul paradigme ? Schizophrénie ? Dissonance cognitive ?

PIB et chômage sont dans un bateau

Le PIB français a chuté de 8,3 % en 2020, il s’est soldé par la destruction de 691 000 emplois. Si le PIB tombe à l’eau, le chômage le suit, c’est automatique. C’est pourquoi les politiciens de tous bords n’avaient jusqu’à présent que ces mots à la bouche, croissance, croissance, croissance… pour sauver des emplois et subrepticement pour remettre la planète en bon état de marche. Croissance et écologie devaient aller de pair avant la pandémie comme après la Covid-19.

En 2019, l’économie française a produit 2 323 milliards d’euros de richesses ; en 2020, ce chiffre n’était plus que de 2 130 milliards d’euros. Il faut s’interroger si les biens et services économisés avaient une réelle utilité. Qu’il y ait moins d’avions dans les airs, moins de voitures sur goudron et moins de touristes un peut partout, c’est une nécessité absolue. Pourtant le ministre de l’économie, Bruno Le Maire, ne parle que de rebond, et trop de décideurs misent sur la reprise de la production, le redressement du commerce extérieur, le bonheur artificiel dans l’illusoire abondance procurée par des énergies fossiles qui s’épuisent et mettent le climat à mal. L’objectif de 6 % de croissance, retenu par Bercy pour 2021, est une imposture.

La situation post-covid ne peut reconduire la gabegie antérieure, sinon nous allons au désastre pour les générations futures.

Transports : 2020, année de la « démobilité »

Nous avons découvert le terme déconsommation en 2017, on ajoute aujourd’hui l’expression « mobilité » à notre catalogue des Dé ( Décroissance, Démondialisation,  Dépopulation, etc.) . Il y a un site dédié, https://www.demobilite.org/ . Ce nouveau concept a notamment fait l’objet d’une étude en 2013 de la Fondation pour l’innovation politique intitulée “La Démobilité: travailler, vivre autrement”, rédigée par Julien Damon. Dans cette étude, il est rappelé que la croissance contemporaine des mobilités peut être alternativement présentée comme incarnation de libertés nouvelles ou comme puissante menace environnementale ». Ces réflexions ont ensuite été poursuivies par Bruno Marzloff dans son ouvrage “Sans bureau fixe”, paru en 2015.

Une tribune du MONDE aborde cette notion pour la première fois en juillet 2020 , mais c’est pour la dénigrer. Les douze vice-présidents de région de la France métropolitaine, chargés des transports, lancent ce cri désespéré : « Prenons garde à ce qui court sous la « démobilité », ce mot à la mode : l’occasion de renoncer un peu plus à tout aménagement du territoire ? La mobilité est une des composantes de notre devise de liberté, nous refusons toute forme d’assignation dans les territoires. » Pourtant l’expression gagne du terrain, c’est lobjet d’un article de janvier 2021. Une étude, réalisée dans la dernière semaine d’octobre 2020 auprès de 4 500 personnes vivant en France, confirme l’avènement de la « démobilité ». A la fin d’octobre, juste avant le deuxième confinement, alors qu’un couvre-feu avait été instauré dans la moitié des départements, seul un quart des personnes interrogées disaient avoir repris le cours normal de leurs déplacements… Mais plus de 40 % du 1,2 million de personnes travaillant à moins d’un kilomètre de leur domicile prenaient le volant pour se rendre au travail… » 

Nous marchons sur la tête, ou plutôt nous ne marchons pas assez. Il nous faut tous devenir adepte de la déconstruction du système thermo-industriel , il nous faut pratiquer toute la palette des « dé », déconsommer, démobiliter, démondialiser, désurbaniser, dévoiturer… pour lutter contre le règne des SUR (surabondance, suractivité, surcommunication, surconsommation, surdéveloppement, suremballage, surendettement, suréquipement, surmédicalisation, surpâturage, surpêche, surproduction…). En d’autres termes, il nous faut réduire nos besoins. La rupture d’avec la société de croissance peut aussi prendre la forme d’un cercle vertueux de la sobriété en 8 « R » : Réévaluer, Reconceptualiser, Restructurer, Redistribuer, Relocaliser, Réduire, Réutiliser, Recycler. A chacun de nos lecteurs de pratiquer les Dé et les R à son rythme… mieux vaut se préparer à l’effondrement civilisationnel en prenant de l’avance.