épuisement des ressources

Futur du croissancisme, décroissance subie

Il est totalement illusoire de croire que la courbe de consommation du pétrole diminuera tranquillement de la même manière qu’elle est montée jusqu’à son apogée. De même la population mondiale pourrait se réduire très brutalement comme elle l’a fait à la chute de l’empire romain. Car aucune croissance ne peut être extrapolée indéfiniment sans se heurter violemment aux limites matérielles de notre monde. Tout s’écroule, tout décroît, ce n’est qu’une question de temps. Mais certains aveugles invétérés sont persuadés du contraire, et ce sont eux qui ont la faveur des médias. (Denis Cheynet)

Yannick Jadot, présidentiable écolo pour 2022 : Le débat croissance-décroissance, je m’en fous complètement… L’intérêt politique de manier ce concept dans une campagne présidentielle me semble complètement nul… La décroissance serait la promesse d’un score autour de 2,5 %.

Geoffroy Roux de Bézieux, président du MEDEF : La sobriété, ce n’est pas la décroissance. On peut certainement faire de la croissance en consommant moins de matières… La sobriété oui, la décroissance non.

Stéphane Le Foll, ex-ministre socialiste : Une croissance sûre nous permet de financer un modèle social absolument nécessaire. Ceux qui disent qu’il faut aller vers la sobriété et la décroissance ne répondent pas à la question du financement. La croissance sûre permettra aussi le financement de la transition énergétique.

Rémy Rioux, directeur de l’Agence française de développement : Sur le plan financier, il faudrait 1000 milliards par an d’investissement ayant un effet positif sur la nature. Il faut réorienter les subventions néfastes. Et il ne faut pas oublier les pays du Sud. Ne parler que de décroissance dans des pays en développement, c’est être européocentré.

Eric Lombard, directeur de la Caisse des dépôts et consignations : Pour lutter contre le dérèglement climatique, il faut des investissements massifs, pas la décroissance

Frédéric Féry, prof ESCP Business : L’écologie doit embrasser l’énergie du capitalisme pour arriver à ses fins. L’histoire est encore à écrire, mais préférons l’ambition à la résignation, l’énergie à la contrition et la science à la décroissance. La tendance catastrophiste de l’écologisme pousse à l’ascétisme et à la décroissance, ne nous trompons pas de combat.

Benoît Leguet, directeur de l’I4CE, institut de l’économie pour le climat : Il va falloir consommer moins mais mieux, en privilégiant le durable, le responsable. Cela ne veut pas dire revenir à l’âge de pierre ou prôner la décroissance.

Guillaume Lacroix, président du Parti des radicaux de gauche : Ceux qui plaident pour la décroissance sont des irresponsables. Décroissance, ça veut dire individualisme et repli sur soi, c’est un sport de riches.

Appel de 100 jeunes LR pour une candidature d’Eric Ciotti : Nous refusons la décroissance promise par un écologisme vert doctrinal, nous lui préférons une écologie pragmatique centrée sur l’individu dont le nucléaire sera la pierre angulaire.

David Lisnard, maire sarkozyste de Cannes : Il faut faire en sorte que le climat ne soit plus source de stress et de peur, mais qu’il devienne l’occasion d’un engagement collectif. Pour cela il convient de démontrer que les solutions existent, s’appuyant sur les sciences, l’éducation, le bon sens, bien plus que sur la décroissance, les contraintes et les anathèmes.

Erwan le Noan, chroniqueur : La décroissance n’est pas qu’une ânerie, c’est un danger. La croissance ne va pas sans heurts, mais elle permet la liberté. La décroissance, à l’inverse, est une voie garantie pour l’appauvrissement et la tyrannie.

Robin Rivaton, scribouillard : le problème de la décroissance, c’est qu’historiquement c’est un chemin qui a mené à la famine, à la misère et à la pauvreté.

(Citations extraites du mensuel « La décroissance », octobre 2021)

Contre des inepties répétées en boucle un peu partout, difficile de pouvoir répondre. On se contente ici de montrer que leur discours peut être complètement inversé, par exemple :

Erwan le Noan, transfiguré : La croissance n’est pas qu’une ânerie, c’est un danger. La décroissance ne va pas sans heurts, mais elle permet la liberté. La croissance, à l’inverse, est une voie garantie pour l’appauvrissement et la tyrannie.

Guillaume Lacroix, incisif  : Ceux qui plaident pour la croissance sont des irresponsables. Croissance, ça veut dire individualisme et repli sur soi, c’est un sport de riches. Nous refusons la croissance promise par ce capitalisme dogmatique, nous lui préférons une écologie réaliste centrée sur la sobriété partagée, « moins de biens, plus de liens ».

Croissance verte, véritable “fake news”

La décroissance économique s’est brièvement installée parmi les présidentiables à la faveur de la primaire du pôle écologiste. Mais le mot agit encore comme un repoussoir, Yannick Jadot a préféré s’inscrire dans le cadre de la « croissance verte » – dont nul n’a pu encore voir la couleur.

Stéphane Foucart : « Depuis 1970, à l’échelle mondiale, la croissance économique est très étroitement corrélée à l’empreinte écologique. Les rares périodes de diminution de l’impact de nos activités coïncident avec les crises économiques, autrement dit la décroissance. Le découplage entre croissance et consommation de ressources paraît impossible. La « croissance verte » pourrait n’être rien d’autre qu’un mythe – qu’il faudrait sans doute qualifier de « fake news » si l’on prenait au sérieux les lois de la thermodynamique. La circularisation complète des économies est impossible. Pourtant la grande majorité de l’opinion et des dirigeants continue de croire compatibles la poursuite indéfinie de la croissance économique et la préservation du climat et de la biodiversité. Il s’agit en l’état d’une simple profession de foi. Elle est rendue possible par une vision du monde issue de la science économique, où la matérialité du monde tend à s’effacer, à devenir une considération de second ordre devant la puissance des mécanismes de marché et l’abstraction des jeux d’écritures comptables… Mais il suffit de se projeter dans un monde réchauffé de deux degrés supplémentaires pour se demander si nous avons vraiment le choix. »

Pour confirmer ces propos, quelques commentaires sur le monde.fr :

SubRabbit : Il n’est que temps de mettre les pieds dans le plat, ce que fait très bien cet article. La terre est un système fini et comme ses lois marchent comme des phénomènes physiques qui subissent l’entropie, la « croissance » ne peut pas durer. Soit on prend des mesures dures (ce qu’aucun gouvernement ne semble prêt à faire), soit la nature va le faire à notre place. Et ça sera sans doute raide et radical.

Agt : Les tempêtes sont en train d’engloutir l’ouest de la France… Oui, un jour ou l’autre, on ne pourra plus faire de voyages Paris-New York ou Paris-Moscou en avion, importer des bananes de Martinique par porte-conteneurs, jouer aux jeux-videos avec un ordinateur de « gamer » ou boursicoter avec des cryptomonnaies aussi fréquemment qu’avant à cause des catastrophes climatiques en chaîne. Il est aussi temps de sortir du PIB pour d’autres indicateurs (IDH, Indicateur de bien-être durable, PIB urbain, « PIB vert ») et prendre en compte le coefficient de Gini pour évaluer une politique publique de lutte contre les inégalités.

Claude Danglot :. Si Kenneth Boulding disait « Celui qui croit que la croissance peut être infinie dans un monde fini est soit un fou, soit un économiste. », il oubliait que la croissance est parfaitement inégale selon les classes sociales. Un récent rapport d’Oxfam montrait que 10 % les plus riches généraient 52 % des gaz à effet de serre, alors que les 50 % les plus pauvres n’émettaient que 5 % des gaz à effet de serre. Il est donc urgent de rétablir l’égalité des accès aux ressources de la planète pour tous les humains. Dépouiller les riches pour habiller les pauvres voilà un vrai programme politique républicain.

Oyibo @ Danglot : Rappelez vous que 90% des français font partie des fameux 10 % des humains les plus riches.

Mdut : La solution passe par une maîtrise de la population mondiale (par exemple, objectif diviser par deux en cent ans). Sans cela, ce que l’on va réussir à faire est de transformer les pays riches où il fait plutôt bon vivre en pays pauvres sans rien résoudre du tout. Quel gâchis !

Eljulio : La décroissance s’imposera à nous bien avant 2100. Ça sera une décroissance subie essentiellement en raison d’un effet ciseaux : moindre disponibilité en hydrocarbures et autres ressources naturelles (EROEI décroissant), malgré un besoin croissant en énergie pour maintenir la complexité de nos systèmes sociétaux. Ça va trancher !

A chaud : Tout à fait d’accord ! Pas besoin de persuader qui que ce soit, les lois de la physique-chimie vont s’imposer à nous.

SBRC : Tant que les contraintes du RC n’auront pas atteint un certain seuil les rendant trop difficilement supportables il n’y aura pas de réelle évolution de nos modes de production. En gros tant que ça ne piquera pas vraiment on ne fera pas grand chose. On pense qu’un changement radical serait davantage nuisible que le statut quo. Le souci en effet, c’est qu’on est dans un processus dont les effets et conséquences sont temporellement décalés par rapport aux actions qui les provoquent. Peu d’humains, des mieux lotis à ceux qui ont besoin de développement accepteront des compromis pour le bénéfice de leurs descendants. Nous sommes dépourvus d’une capacité de projection à long terme.

Zarp : Il y a également un aspect que l’on pourrait qualifier de spirituel, une sobriété dans notre consommation n’est pas du tout incompatible avec le bonheur, bien au contraire. C’est une invitation à se recentrer sur l’essentiel : nos relations sociales, notre rapport au vivant, le sens de la lenteur, etc. La décroissance n’est pas une idée de pisse-vinaigre. Et j’adore cette formule : « Vivre simplement pour que tout le monde puisse simplement vivre » (Gandhi).

Louis A : La décroissance est déjà vécue, pourtant a minima, au Venezuela, en Argentine, en Grèce ou en Afghanistan. Nos allons vers une dépression économique violente, des troubles sociaux inimaginables, à coté desquels les destructions en GJ ne sont qu’une amusette

Pour sortir du fétichisme consacré au PIB

Aurélie Lalucq : Les tenants de la décroissance nous expliquent la corrélation entre croissance et émissions de gaz à effet de serre (GES). Ils veulent un retour à la bougie ? Les hérauts de la croissance verte nous expliquent le découplage entre émissions de gaz à effet de serre et croissance. Une chimère, croissance et GES vont de pair ! Tentons alors de reposer les termes du débat : un indicateur comme le PIB est fait pour indiquer si les politiques publiques vont dans le bon sens. Or le PIB (Produit intérieur brut) agrège des éléments à la fois positifs et négatifs pour la société. D’où le discours de Robert Kennedy, qui dira du PIB qu’il comptabilise positivement la destruction des forêts, la fabrication d’armes, mais laisse de côté la santé et l’éducation de nos enfants. Mesurant uniquement les flux, le PIB peut nous donner l’illusion de nous enrichir, alors même que nous détruisons notre patrimoine naturel. Il est pourtant devenu un indicateur fétiche auquel nous sommes attachés de manière quasi obsessionnelle. Or l’enjeu, aujourd’hui, n’est plus le développement matériel de nos sociétés mais la rupture, passer du toujours plus au mieux. Nous avons besoin d’indicateurs sociaux et environnementaux mieux à même de guider nos politiques.

Biosphere : On reste sur notre faim, yakafaucon, aucune proposition de la part de cette économiste et députée européenne. Aurélie veut ignorer qu’une alternative au PIB est dans les tuyaux depuis longtemps. En 2005, Gadrey et Jany-Catrice publiaient un livre sur les nouveaux indicateurs de richesse. Il ne faut pas voir dans ce terme de richesse une vision simplement économiste du monde ; on peut en effet évoquer la richesse du langage, une riche idée, une pensée riche de contradictions, un tableau d’une grande richesse de couleurs, un livre riche d’enseignements Ne laissons pas les économistes confisquer à leur profit cette expression. Après cette analyse générale, le livre démarre sur une critique du PIB (simplement égal à la consommation + l’investissement) pour aborder ensuite les indicateurs alternatifs comme l’empreinte écologique, l’IPV (indicateur de progrès véritable) ou l’IBED (indicateur de bien-être véritable).  Ces indicateurs sont par nature complexes, ainsi cette formule : IBED = consommation marchande des ménages + services du travail domestique + dépenses publiques non défensives + formation de capital productif (investissement) – (dépenses privées défensives + coûts des dégradations de l’environnement + dépréciation du capital naturel). Les dépenses défensives sont définies par les dépenses (et la production correspondante) qui servent à réparer les dégâts provoqués par des activités humaines de production ou de consommation. Certains analystes estiment que la moitié des dépenses publiques sont de type défensif, ce qui diminue d’autant le bien-être véritable. La vision de l’évolution historique change d’ailleurs  complètement selon que l’on s’appuie sur le PIB ou sur les indicateurs de développement durable. Ainsi pour le Royaume-Uni, le PIB par habitant augmente constamment entre 1950 et 1990, par contre l’IBED/hab. diminue à partir de 1974 pour se retrouver en 1990 à un niveau quasi-identique à celui de 1950. Le PIB a mis quelques décennies pour s’imposer en tant qu’indicateur principal de la comptabilité nationale, le problème pour la Biosphère est que l’IBED (ou ses équivalents) n’a pas autant de temps pour préparer la nécessaire rupture avec nos modèles actuels de consommation et de production…

En 2008 et 2009, années du plongeon de la croissance avec la crise des subprimes, Nicolas Sarkozy avait chargé une commission, dite « Stiglitz-Sen », de redéfinir des indicateurs de progrès « au-delà du PIB » (produit intérieur brut). Votée à l’unanimité en 2015, une loi « visant à la prise en compte des nouveaux indicateurs de richesse dans la définition des politiques publiques » n’est plus appliquée, et ne l’a d’ailleurs jamais vraiment été. La croissance du PIB reste l’objectif premier des décideurs, elle doit se poursuivre coûte que coûte pour subvenir non seulement aux besoins sociaux individuels et collectifs mais aussi résoudre les problèmes écologiques. Or on sait depuis la fin des années 1960 que le « gâteau du PIB à partager » devient, en grossissant, de plus en plus toxique pour la vie, le climat, la biodiversité, la qualité de l’air, de l’eau, des mers et des sols. Qu’il ne contribue plus au bien-être à partir d’un niveau de richesse économique par habitant correspondant à celui qui était le nôtre il y a un demi- siècle. Qu’il s’est accompagné de l’explosion des inégalités mondiales. Qu’il met le travail sous pression en lui faisant perdre son sens et en provoquant des maladies professionnelles physiques et psychiques. Préférer la quantité de biens et services au détriment de la qualité de l’existence, cela n’a pas de sens. En 2021, la présidentiable Delphine Batho voulait introduire la décroissance maîtrisée dans le débat public. Faute d’avoir redéfini depuis longtemps l’objectif de notre société marchande, c’est une décroissance sauvage qui nous pend au nez.

Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphere :

24 mai 2020, Post-covid, remplaçons le PIB par le BNB

9 août 2017, Le PIB s’accroît car l’eau et l’air sont des biens rares !

14 août 2014, Une bonne nouvelle, la croissance du PIB est en panne

23 avril 2014, Le PIB va s’effondrer avec le prochain choc pétrolier

13 août 2013, Journaliste = poser des limites à la croissance du PIB

Jean-Michel Bezat prédit la catastrophe

Nous notons le 20 septembre 2021 un changement radical dans la chronique d’un journaliste du MONDE.

Jean-Michel Bezat : Certains dirigeants sous-estiment le coût économique du grand basculement vers un monde décarbonées, un changement inévitable et urgent du modèle productif et des modes de vie. Les dommages économiques de l’inaction seraient, même exorbitants. Le coût écologique risque d’être très élevé, peut-on rejeter plus de gaz à effet de serre aujourd’hui pour en émettre moins demain ? La production des métaux rares utilisés dans les véhicules électriques et les renouvelables est destructrice de l’environnement De plus en plus de pays producteurs prennent des mesures freinant l’extraction du cuivre. L’aluminium, concentré à 60 % en Chine, est produit dans des usines alimentées par des centrales au charbon. Les panneaux solaires consomment de grandes quantités de silicium, dont le raffinage est gourmand en électricité. Le bilan carbone du véhicule électrique sur son cycle de vie n’est pas brillant. Le numérique a besoin de lourdes infrastructures pour transmettre, traiter et stocker une masse de données ; en 2025, ces technologies pourraient absorber 20 % de l’électricité mondiale et représenter 7,5 % des émissions de CO2, plus que les transports maritime et aérien cumulés aujourd’hui. « La transition écologique en douceur, ça n’existe pas », tranche Daniel Cohn-Bendit. Mais qui est prêt à promettre du sang et des larmes ?

Les commentateurs sur lemonde.fr sont partagés entre étonnement et colère.

Michel SOURROUILLE: Jean-Michel Bezat, le spécialiste énergie du MONDE, conscient du coût démesuré de la nécessaire rupture écologique ? On n’y croit pas. Ce journaliste reste viscéralement partisan du tout-pétrole, militant du court-termisme, adepte du business as usual. Rappelons ce qu’il écrivait récemment (05.05.2021) : « Dans le monde d’après, les hommes s’envoleront à nouveau pour aller au bout de la Terre, sans honte. Passé les violentes turbulences liées au Covid-19, le trafic aérien devrait retrouver son rythme de croisière… Les progrès technologiques ne s’arrêteront pas, avion propulsé à 100 % par des biocarburants, court-courrier brûlant de l’hydrogène en 2035… Objectif : attirer les touristes en mal de destinations exotiques, en attendant un hypothétique retour des hommes d’affaires… » !!!!

Sarah Py : Introduction de l’article de Bezat. « Certains écologistes se persuadent que la transition environnementale est un long fleuve presque tranquille qui ne rencontrerait qu’un obstacle de taille : l’absence de courage d’une partie des dirigeants politiques et des chefs d’entreprise . » Sauf que nous, les « certains écologistes », nous alertons depuis des décennies sur l’urgence climatique et qu’attendre était rendre le monde plus invivable et la transition climatique de plus en plus douloureuse. Et ce serait nous les idiots du village? Curieuse manière de retourner les choses à l’avantage de tous ceux criminels, le mot est fort, qui ont laissé faire et ont nié le problème. C’est inadmissible de parler ainsi, je vous le dis tout net M. le journaliste. Où étiez vous quand il fallait alerter et alerter encore ?

Sacha Frenchy : La conclusion « Mais qui est prêt à promettre du sang et des larmes ? » est valable pour tous les partis ! C’est ce qu’il y a à dire aujourd’hui, mais les Mr Beziat qui font l’opinion essayent de nous faire croire que c’est le problème des Verts. Cette transition, c’est un problème pour tous ! Tout sera plus difficile est la réalité d’aujourd’hui, et plus on tarde, plus se sera difficile. Au lien de botter en touche écolo, Mr Beziat, quand donc vous et vos semblables aurez enfin le courage d’aborder ce problème en face ? Quand il sera trop tard ?

Marc 31 : Dans un scénario optimiste, les peuples et leurs dirigeants comprennent que chaque effort qui n’est pas fait aujourd’hui sera payé le double, le triple ou plus encore dans 20 ans. Ils priorisent ce qui doit être préservé, planifient cet effort sur 10 ans, et se mobilisent. Dans un scénario pessimiste, chacun se dit qu’on a le temps, que c’est aux autres de donner l’exemple. Quand viendrons les vaches maigres, les mêmes se plaindront en accusant les scientifiques d’avoir mal expliqué ce qui allait se passer, en accusant les politiques d’avoir rien fait, et les riches de s’être préparé des bastions. On va commencer à se battre pour les ressources, et on va porter au pouvoir des pouvoirs forts qui promettront l’ordre et la survie au détriment des autres. Mais les autres ne se laisseront pas faire.
Quand aux partisans de la croissance… Quand le cours du blé flambera, même une baisse de la production devient une augmentation du PIB…

simple citoyen : Un autre angle mort se cache dans l’article du journaliste, la décroissance. Il est question de plus de panneaux solaires, plus de batteries, etc., et jamais moins de consommation tout simplement. Parce que discuter de la croissance est tabou, cela implique une remise en question fondamentale que malheureusement seules de plus graves catastrophes parviendront à enclencher

Zahnstocher 2 : Un journaliste économique découvre l’eau tiède et le reproche aux Verts, alors que c’est presque uniquement chez eux que l’on trouve les personnalités politiques regardant la décroissance nécessaire en face. D‘autant plus surprenant quand on sort de la primaire de EELV où Delphine Batho a fait de la décroissance son thème numéro 1. Ça n’est pas sérieux.

Sylvain : Et oui, ça va faire mal. Mais quel gouvernement se fera élire en promettant d’augmenter le chômage, d’augmenter les prix à salaire au mieux égal, de mettre en place toute une série d’interdictions ? Bref la planète va encore chauffer un certain temps. Et difficile de voir une issue.
Cmac : Seuls des scenarii profondément décroissants sont envisageables…

Victor M : En même temps le coût économique des catastrophes naturelles (inondations, incendies, pandémies, sécheresse,…) est aussi l’angle mort de l’ultra-capitalisme ! Des pans entiers de l’économie mondiale vont s’effondrer, des centaines de millions de personnes vont devoir migrer et le tourisme dans l’espace ou la vente de voitures toujours plus grosses ne seront pas d’un grand secours !

le sceptique : Bah, si les ressources deviennent rares, elles deviennent chères. De quoi se plaignent les tenants d’une régulation de la croissance, ils pensent que les puissants vont vivre comme des misérables et que tous vont chanter « planète, planète » ? La bonne blague.

La décroissance devient à la mode, trop tard !

Marie Charrel (journaliste au MONDE) : « La transition écologique sera brutale parce que nous avons trop tardé à agir, parce que nous sous-estimons encore l’ampleur des changements individuels et collectifs à venir. Les réflexions sur le sujet sont trop souvent polluées par la confrontation entre deux grands camps : celui des optimistes de la croissance verte, certains que les avancées technologiques conjuguées à des investissements massifs permettront de limiter le réchauffement tout en préservant notre niveau de vie, et celui des décroissants, convaincus que la seule voie possible est de rompre avec le modèle capitaliste basé sur l’exploitation des ressources… Jean Pisani-Ferry souligne que rien ne garantit que la transition sera bonne pour la croissance. Les dirigeants devaient rompre avec l’angélisme parfois béni-oui-oui de la croissance verte. Cesser de procrastiner pour se préparer à une mutation brutale. »

Delphine Batho (candidate à la présidentielle 2022) : « La seule réponse réelle pour ne pas aller dans le mur, c’est la décroissance… Il faut faire de la décroissance le mot d’ordre de l’écologie, et l’assumer… La décroissance, c’est le seul mot d’ordre d’affrontement avec les règles du jeu de la société actuelle…. Aujourd’hui le choix est entre la décroissance subie, que vont nous imposer les événements, ou une décroissance organisée, choisie. Ce qui est irréaliste, c’est de croire qu’on peut continuer sur la trajectoire sur laquelle on est. » (Journal La Décroissance, septembre 2021 page 9)

Nous n’avons pas attendu l’année 2021 pour oser dire sur ce blog biosphere que la décroissance est notre destin. Voici nos références :

29 octobre 2008, décroissance positive

9 décembre 2008, décroissance et catastrophe

20 janvier 2009, décroissance et écologie politique

16 mai 2009, enfin la décroissance !

16 novembre 2009, Décroissance comme Destin

7 juillet 2010, croissance négative ou décroissance choisie ?

30 juillet 2010, une décroissance autoritaire et chaotique

18 août 2010, la décroissance selon Yves Cochet

28 août 2010, la décroissance est porteuse d’espoir

17 novembre 2010, LeMonde pour la décroissance !?

24 janvier 2011, bien parti pour la décroissance

13 octobre 2011, pour une décroissance de la recherche scientifique

3 décembre 2011, Durban, le climat est mal parti, vive la décroissance

17 janvier 2012, Croissance économique, décroissance ou état stable ?

27 mars 2012, Jean-Luc Mélenchon entre productivisme et décroissance

15 juillet 2012, la décroissance est-elle malthusienne ?

22 juillet 2012, La décroissance au programme de terminale SES

4 novembre 2012, pour une religion de la décroissance, un curé nous parle

16 février 2013, Une décroissance voulue n’est pas une récession subie

7 juillet 2013, Décroissance voulue, le bonheur devient une réalité

20 juillet 2013, La décroissance pour s’affranchir de l’impérialisme éco

14 octobre 2013, pour une société de décroissance, des témoignages

4 novembre 2013, Question qui tue : la décroissance est-elle antisociale ?

10 décembre 2013, La décroissance est en marche, même LE MONDE l’écrit

24 janvier 2014, La décroissance est-elle malthusienne ? Vaste débat !

14 février 2014, L’autoproduction, une voie vers la décroissance ?

3 novembre 2014, La Décroissance, c’est simplement le sens des limites

25 décembre 2014, Vivre la simplicité volontaire dans la décroissance

22 juillet 2015, Une seule solution au choc climatique, la décroissance !

28 décembre 2015, L’issue fatale du développement, c’est la décroissance

12 janvier 2016, Introduction à la société de décroissance

22 février 2016, stagnation séculaire, croissance zéro ou décroissance ?

10 avril 2016, Un vrai programme pour la décroissance… en 2007

24 juillet 2016, le programme de décroissance de Georgescu-Roegen

28 novembre 2016, Leopold Kohr (1909-1994), précurseur de la décroissance

1er décembre 2016, les précurseurs de la décroissance… sans Malthus !

1e janvier 2017, Simone Weil (1909-1943), précurseur de la décroissance

1er septembre 2017, BIOSPHERE-INFO, Gouverner la décroissance ?

21 septembre 2017, Déconsommation rime avec Décroissance et Écologie

22 septembre 2018, Quelle transition pour le mouvement de la décroissance ?

26 décembre 2018, Presque personne ne veut consentir à la décroissance

8 mai 2019, Folie des grandeurs à l’âge de la décroissance

26 août 2019, Vincent Cheynet, Le choc de la décroissance

13 mars 2020, Le virus Covid-19, vecteur de décroissance

4 avril 2020, post-covid, décroissance et relocalisation !

20 juillet 2020, Croissance verte ou décroissance écologique ?

13 août 2020, EELV face au concept de « décroissance »

28 novembre 2020, Décroissance maîtrisée ou récession sévère

26 décembre 2020 : Décroissance économique ET démographique

9 août 2021, Le GIEC nous recommande la décroissance

20 août 2021, Le scénario SSP 1, la décroissance en marche ?

Repères bibliographiques sur notre site biosphere de documentation des écologistes :

2015 Décroissance, vocabulaire pour une nouvelle ère (collectif)

2013 Politiques de la décroissance (pour penser et faire la transition) de Michel Lepesant

2013 Les précurseurs de la décroissance, Epicure, Charles Fourier (nouvelle collection au passager clandestin)

2013 Penser la décroissance (politiques de l’Anthropocène) par collectif

2011 La décroissance heureuse (la qualité de la vie ne dépend pas du PIB) de Maurizio Pallante

2011 Décroissance versus développement durable (ouvrage collectif)

2010 ENTROPIA n° 9, contre pouvoirs et décroissance

2010 L’avenir est notre poubelle (l’alternative de la décroissance) de Jean-Luc Coudray

2010 ENTROPIA n° 8, Territoires de la décroissance

2010 La décroissance (10 questions pour comprendre et en débattre) de Denis Bayon, Fabrice Flipo et François Schneider

2009 La décroissance économique (pour la soutenabilité écologique et l’équité sociale) par collectif

2008 La décroissance, Rejets ou projets ? (croissance et développement durable en questions) de Frédéric Durand

2008 Le choc de la décroissance de Vincent Cheynet

2007 Demain, la décroissance ! (penser l’écologie jusqu’au bout) d’Alain De Benoist

2007 petit traité de la décroissance sereine de Serge Latouche

2006 Le pari de la décroissance de Serge LATOUCHE

2003 objectif décroissance (vers une société harmonieuse) par collectif

2003 carnets de campagne de Clément Wittmann, candidat de la décroissance à la présidentielle 2002

1979 La décroissance (entropie, écologie, économie) de Nicholas GEORGESCU-ROEGEN

Pic pétrolier, faudrait vraiment en discuter !

Le pic pétrolier est ce point de retournement à partir duquel la production de pétrole commence à baisser inéluctablement. Le géologue américain King Hubbert avait annoncé en 1956 que les États-Unis connaîtraient ce pic vers 1970. A l’époque la majorité des experts s’était montrée incrédule. Pourtant le pic de Hubbert a été atteint aux Etats-Unis entre 1971 et 1972. De nos jours, la problématiques du réchauffement climatique et de l’extinction de la biodiversité ont occulté la prévision d’une pénurie énergétique à venir faite par l’ASPO. Il faudrait d’urgence réintégrer cette donnée dans nos raisonnements car la pénurie inéluctable de ressources fossiles donnera le signal de la mort de la civilisation thermo-industrielle. Jean-Michel Bezat, le spécialiste « énergie » du MONDE, déconsidère systématiquement la notion de pic pétrolier et ramène tous ses articles au sempiternel business as usual. Deux exemples :

15 juin 2020 : « Il y a quinze ans, un banquier du pétrole avait créé l’émoi sur la planète énergie en prédisant à tort un pic pétrolier imminent. Accusée : l’Arabie saoudite. Le royaume wahhabite aurait soigneusement dissimulé au monde l’épuisement accéléré de ses réserves. Dans son livre Twilight in the Desert, Matthew Simmons confortait ainsi la thèse des adeptes du peak oil (« pic pétrolier »), convaincus que les ressources en or noir avaient atteint leur point de bascule. La production allait inexorablement décliner, entraînant des guerres pour l’accès à l’énergie. L’homme d’affaires, mort en 2010, n’a pas pu voir le boom des shale oil (« huile de schiste ») américaines, qui a rebattu les cartes du marché mondial… Patrick Pouyanné (PDG de Total)f ait le pari qu’en investissant dans les énergies renouvelables couplées au gaz, les batteries, l’hydrogène vert et la capture-stockage du CO2, il attirera de nouveaux investisseurs. Une question de survie pour des compagnies pétrolières, contraintes de se transformer en groupes multi-énergies. Il entend bien gagner de l’argent dans ce green business, comme le patron de Shell, qui escompte un retour de 8 % à 12 % sur les capitaux investis. Ce qui n’est pas pour déplaire à la Bourse. »

31 août 2021 : « Le monde est déjà entré dans l’après-pétrole. Le mouvement s’accélère et, pour les pays qui en vivent, l’enjeu est désormais de gérer cette transition et de monétiser leurs précieuses ressources. Depuis vingt ans, la hausse des cours du brut a formidablement enrichi les pétromonarchies. Cette période bénie s’achève. Les pays pétroliers sont de plus en plus inquiets pour l’avenir de leur rente, désormais convaincus que conserver du pétrole « pour les générations futures » – stratégie longtemps défendue par Riyad – n’est plus pertinent… Les investissements des Emiratis dans des projets innovants, y compris la conquête spatiale, témoignent d’une véritable ambition : marier finance, technologie et environnement pour devenir une « start-up nation » à l’israélienne... »

Nous sommes dans une société ou même un média dit « de référence » occulte les contrainte biophysiques de l’épuisement de TOUTES nos ressources non renouvelables comme renouvelables pour se consacrer principalement aux faits divers, aux événements ponctuels, un acte terroriste hier, l’Afghanistan aujourd’hui, l’écume des jours demain. La page Planète du MONDE est devenue un vide comblé uniquement par les péripéties de la pandémie. Et Jean-Michel Bezat voit un avenir radieux pour les pays de l’OPAEP (organisation des pays arabes exportateurs de pétrole). C’est aussi pour cette raison d’impuissance à envisager le long terme à la lumière des contraintes biophysiques que le monde des humains court au désastre…

Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphere :

12 août 2010, la date du pic pétrolier

18 mai 2019, Le réchauffement climatique a occulté le pic pétrolier

6 mars 2021, Module sur le pic pétrolier… à diffuser

Tous coupables, vite au confessionnal

Nicolas Santorolia : « Beaucoup de gens disent qu’ils ont une responsabilité limitée dans la catastrophe actuelle, mais nous avons collectivement la responsabilité générationnelle de n’avoir pas su modifier nos modes de vie, nos aspirations. Parce que nous semblons incapables d’infléchir la trajectoire globale du système, l’idée que l’on pourrait avoir un jour à s’excuser auprès de nos enfants fait petit à petit son chemin. » La culpabilisation est-elle un bon chemin vers la rédemption écologique ? Faisons le tour de la question grâce aux contributions sur lemonde.fr :

Peps72 : Ce qu’il faudrait c’est créer des lieux spécifiques où l’on pourrait s’excuser. On y installerait une sorte de cabanon à l’abri des regards. Et une personne spécialisée dans le recueil des excuses recevrait les fautifs. On appellerait ce lieu une Église. Le cabanon un confessionnal. Et la personne spécialisée un prêtre…

Michel SOURROUILLE : La différence entre la culpabilité confessée pour obtenir l’absolution d’un prêtre et la culpabilité contemporaine, c’est que ce qui était avoué autrefois était anodin, du genre j’ai pêché, je me suis masturbé ou j’ai couché avant de me marier. Aujourd’hui la responsabilité de chacun de nous est objective, notre croissancisme consumériste dilapide les richesses naturelles et pas grand-chose ne sera donné en héritage aux générations future. Ne pas se sentir coupable de posséder un SUV ou de prendre ses vacances par avion, c’est accepter que rien ne changera avant l’Apocalypse finale qu’on appellera choc pétrolier ultime ou réchauffement climatique irréversible…

pm42 : Au fur et à mesure que la religion organisée devient moins influente, elle est remplacée par des succédanés vaguement politiques qui en tout cas reprennent ces bons moyens de domination qui est la culpabilisation, le bouc émissaire et la désignation des hérétiques, pêcheurs responsables de tous les maux, etc. Accuser un groupe et lui demander de s’excuser, c’est du niveau de la Chine maoïste et Cie.

Michel SOURROUILLE @ pm42 : Les confessions forcées ou séance d’autocritiques publiques sur ordre du temps de Mao, ce n’est pas du tout ce qui dit l’article de Nicolas Santorolia. Il s’agit de prendre conscience que chacun de nous est un colibri, qu’il fait sa part pour enrayer la dévastation de la planète, mais que nous avons aussi nos insuffisances, et que nous voulons faire en sorte d’améliorer notre comportement : moins prendre sa voiture, moins manger de viande, ne pas prendre l’avion, se contenter d’un voyage autour de chez soi, rapprocher son domicile de son lieu de travail, etc, etc. Se sentir coupable d’une insuffisance comportementale n’est pas une tare, c’est le contraire, le début d’un changement vers la simplicité volontaire et la sobriété énergétique. C’est à dire des actes absolument nécessaires…
très curieuse : « Reconnaître ses erreurs, s’en excuser auprès de l’enfant ne peut être que bénéfique dans la relation éducative et humaine, mettant en exergue le caractère faillible de chacun ».Donc, il suffirait de s’excuser – et ne pas changer – pour paraître moins coupable et rester le Héros auprès de vos enfants ?

X.ARANUI : Les élèves qui arrivent en collège à 10/11 ans sont effectivement massivement angoissés par l’état de l’héritage. Et ils savent bien qui en est responsable : leurs parents ( encore jeunes) et grand parents. Si on propose à ces enfants héritiers de rajouter 2h à leur emploi du temps hebdomadaire pour découvrir leur environnement et prendre des initiatives pour sauver ce qui peut l’être, ils seront très nombreux à se porter volontaires.

GERONIMO :Je commencerai à me sentir coupable – et à effrayer mes enfants – le jour où l’on me prouvera que MON action et non celles des États est à la base de la pollution.

ByeFelicia : On devrait faire de grandes campagnes touristiques dans un style plus électrochoc « Vous allez polluer où en vacances cet été ? » « Avec Eazy Jet, la pollution est moins chère » « Venez découvrir et saccager en masse les sublimes plages de Thaïlande » « Vous aussi participez à l’incontournable transhumance polluante estivale, vous l’avez bien mérité avec vos vies de m… » etc. Ça aurait plus d’impact, non ?

Biosphere : Mea culpa, mea maxima culpa, c’est ma faute, ma plus grande faute. Le sentiment de culpabilité est un bon signe, celui de prendre conscience et de vouloir faire autrement. Cette intériorisation des contraintes à s’imposer sur soi-même ne relève pas du « péché » à la mode catholique, mais d’une conséquence logique d’une réalité biophysique. Nous détruisons la planète et donc les conditions de vie de nos générations futures. Mais comme les humains sont trop souvent soumis à la force des habitudes, cela demande un effort sur soi quand le voyage en voiture est devenu la norme et le tourisme une obligation. Contre nos penchants funestes, un processus de culpabilisation doit être lancé, auquel succéderait le sentiment de culpabilité, puis viendrait ensuite la résolution personnelle de se passer de voiture. Ressentir la « honte de voler » en avion nous semble tout à fait normal, rationnel, moralement nécessaire, et même inéluctable. Ce sera voulu ou subi.

Tous coupables, on a pourri grave la planète

Julien Doré : « Tu sais, c’est la honte/Qui me sert de papier/J’ai dessiné ta tombe/Avant même de te bercer. » . Le chanteur évoque sa culpabilité d’adulte laissant aux enfants un monde pourri par sa génération. Entre espèces en voie de disparition et montée des océans, nos voyages en voiture ressemblent à un enterrement, nos transports en avion une route vers l’enfer. Nos pulsions écocidaires deviennent suicidaires, entre méga-feux et pluies diluviennes. La souillure généralisée de notre habitat lèguent un avenir poubelle sur une planète qu’on a vidé de sa vie prolixe pour en faire un milieu minéral et sans âme. « Le monde serait sans doute mieux sans nous, les humains » me murmure une voix intérieure. Homo sapiens n’est pas pas assez intelligent pour respecter mère Nature, et trop intelligent par ses armes de destruction massive de la vie et de la Terre. On pourrait même se lancer dans un hiver nucléaire !

Nous avons tous collectivement la responsabilité générationnelle de n’avoir pas su maîtriser notre démesure et décroître tant qu’il en était encore temps. Sorry Children* nous propose de formuler sur les réseaux sociaux des excuses : « Dans quelque temps, le monde n’aura rien à voir avec celui dans lequel nous vivons aujourd’hui. Cette situation critique nous oblige à regarder les choses en face : à moins que nous ayons tout fait pour éviter le pire, nous aurons tous une responsabilité envers nos enfants. » La campagne #lapireexcuse propose à chaque adulte de se projeter au moment de sa mort et de formuler des excuses aux jeunes générations pour l’inaction climatique des décennies passées. Là où les rapports du GIEC accumulés et les mises en garde rationnelles réitérées ne semblent pas fonctionner, la culpabilité devrait devenir un moteur du changement.

Mea culpa, mea maxima culpa, c’est ma faute, ma plus grande faute. Le sentiment personnel de culpabilité est un bon signe, celui de prendre conscience et de vouloir faire autrement. Cette intériorisation des contraintes à s’imposer sur soi-même ne relève pas du « péché » à la mode catholique, mais d’une conséquence logique d’une réalité biophysique. Nous détruisons la planète et donc les conditions de vie de nos générations futures. Mais comme les humains sont trop souvent soumis à la force des habitudes, cela demande un effort sur soi quand le voyage en voiture est devenu la norme et le tourisme une obligation. Contre nos penchants funestes, un processus de culpabilisation devrait être mis en place, auquel succéderait le sentiment de culpabilité, puis viendrait ensuite la résolution personnelle de se passer de voiture et de bien autre choses. Ressentir la « honte de voler » en avion nous semble tout à fait normal, rationnel, moralement nécessaire, et même inéluctable. La diminution de nos émissions de gaz à effet de serre sera voulue ou subie.

Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphere :

6 avril 2019, Écologie, culpabiliser pour ressentir la culpabilité

17 juillet 2021, Torrents de boue en ville, mea maxima culpa

* Sorry Children. Les pires excuses à donner à nos enfants pour avoir ravagé la planète et autant d’actions pour y remédier (Alternatives, 144 pages, 19,90 euros, sortie le 21 septembre 2021).

Le scénario SSP 1, la décroissance en marche ?

Le mot décroissance, qu’elle soit économique ou démographique, est encore un tabou merdiatique. Pour éviter d’envisager le pire, on a utilisé tous les subterfuges sémantiques possibles, invention du développement durable, remplacé par croissance verte ou aujourd’hui par « pacte vert de relance ». Une autre facette de ce nouvel habillage porte sur la mesure de la croissance par le PIB (produit intérieur brut ». Il s’agit de montrer qu’on va vers le Bonheur National Brut si on y met les formes. Exemple :

Eloi Laurent : Il y a un chemin d’espoir pour l’humanité au milieu du chaos climatique qu’elle a elle-même engendré. C’est le scénario dit « SSP 1 » (Shared Socio-Economic Pathway 1) du GIEC, qui fait du bien-être humain et de la réduction des inégalités sociales les deux piliers du développement en lieu et place de la croissance économique. Ce « récit climatique », finalisé en janvier 2017, implique explicitement d’abandonner la croissance du produit intérieur brut (PIB) comme boussole des politiques publiques, compte tenu de sa corrélation avec les émissions de gaz à effet de serre et la surexploitation des ressources naturelles… L’effort ne peut rationnellement reposer que sur deux technologies existantes, et que nous maîtrisons : la sortie des énergies fossiles et la sortie de la croissance. Ce doit être le cœur des négociations de la COP26 dans quelques semaines à Glasgow : parvenir à s’entendre sur quelques critères simples de répartition juste de ces émissions restantes, que chaque pays décidera ensuite, à partir de critères de justice adoptés dans le cadre national, de répartir entre les différents groupes sociaux, par exemple sur la base du niveau de revenu et de richesse et des modes de vie. »

Il est bon de rêver à l’amour à trois, Économie, Social et Écologie en harmonie, mais les commentateurs sur lemonde.fr nous rappellent aux réalités :

Michel SOURROUILLE : Ne pas confondre SSP 1… et SSP-1 qui est une réplique de poing type Hi-Capa pré-upgradé et vendue avec la mallette. La culasse est en aluminium (CNC). De leur côté les SSP du GIEC définissent cinq types d’évolution des sociétés, entre autres : SSP1 (faible défi d’adaptation, faible défi d’atténuation), décrit un monde marqué par une forte coopération internationale, donnant la priorité au développement durable… Le SSP2 (défi d’adaptation moyen, défi d’atténuation moyen), décrit un monde caractérisé par la poursuite des tendances actuelles… Le SSP3 (défi d’adaptation élevé, défi d’atténuation élevé) dépeint un monde fragmenté affecté par la compétition entre pays, une croissance économique lente, des politiques orientées vers la sécurité et la production industrielle et peu soucieuses de l’environnement… A toi, camarade, de choisir ton SSP !

Fontaine : Qui parle de ce scénario SSP1 ? Le gouvernement est content de lui et de sa non-politique de l’environnement, d’autres événements étouffent le débat qui devrait être central et quotidien, les jeux de la politique et la préparation de l’élection présidentielle ont lancé le bal des prétendants, sans compter la pandémie qui occupe les esprits. Comment faire en sorte que cette thématique soit prioritaire et qu’un débat à long terme soit lancé ? C’est l’enjeu numéro un de notre avenir.

Rabajoi : En termes politiques, c’est promettre « du sang et des larmes « . Qui prendra ce risque?….

Obéron : Celui qui historiquement avait promis « du sang et des larmes » à son peuple lui a sans doute évité pire. Mais il est vrai que l’intelligence collective a pu sensiblement décliner entre-temps..

Billy : Delphine Batho a fait de la décroissance un axe central de son programme. Mais l’objectif est au contraire d’éviter au maximum le sang et les larmes des catastrophes climatiques et écologiques qui vont largement s’intensifier si nous poursuivons l’objectif de croissance. Demander aux aux habitants de Lytton, aux Allemands, aux grecs…

odalavie : Un enfant de 5 ans comprend qu il ne doit pas toucher au feu, ça brûle, un parent ne comprend pas qu’il faut arrêter d’acheter une caisse de 2,5 t avec un moteur de 300 chevaux ou 600 bourriques, ça fout l’avenir de son gosse en sursis ? Alertons les bébés ! Devenons des adultes responsables et bienveillants.

Carlton Gardens : Quand votre avion vous amènera pour les vacances dans une des jolies destinations exotique et en voie de développement, n’oubliez pas de rappeler aux autochtones que pour sauver la planète ils ne doivent pas acheter de voiture individuelle quand ils en auront les moyens,

J.P.M. : On lit régulièrement qu’il faudrait oublier ou faire baisser le PIB, mais ceux qui le disent ou l’écrivent évitent soigneusement d’expliquer ce que devient notre modèle social (qui absorbe la moitié du PIB) dans cette hypothèse. Dans ces conditions on ne voit pas comment un projet politique pourrait émerger sur cette base.
Billy : Moins de PIB, c’est moins de pollution, moins de pesticides, moins de malbouffe, moins d’accidents de voiture, moins de stress et d’addictions, donc moins de maladies cardiovasculaires, moins de cancers, moins de diabète. C’est aussi plus de territoires zéro chômeurs, plus de temps pour faire du sport et cuisiner sainement. In fine c’est donc beaucoup moins de coûts pour l’Etat social, et des citoyens en meilleure santé, et plus épanouis.

J.P.M. @ Billy : Peut-être, mais on pourrait penser aussi que moins de PIB c’est plus de difficultés pour les entreprises, plus de chômeurs, des salaires moins élevés, moins d’aides de l’État, plus de pauvreté, donc moins d’alimentation saine, plus de stress, etc. Bref, le sujet demanderait des études approfondies plutôt que des slogans pour qui veut le porter de manière crédible. Au bout du compte moins de consommation et de PIB, c’est aussi a priori moins de recettes pour l’État, même s’il y a moins d’allocations chômage à verser. Quelles sont alors les missions et prestations que l’État doit réduire ou abandonner ? Je ne crois pas avoir déjà vu de proposition de scénario un peu construite de la part de ceux qui souhaitent cette décroissance.

General Kenobi : Alors là faut vraiment aller loin pour trouver de l’espoir. Ce scenario SSP, c’est a peu prés le mème que le scenario du modele World3 de 1972. Ça implique un changement de vie drastique de tous les pays et de tous les occidentaux dès maintenant, on parle de mener une vie plus simple comme celles de nos grand parents, on parle de décroissance. Bref ce scénario SSP ne fait qu‘évoquer un futur imaginaire. C‘est le scenario « Buisness as usual » qui est en train de se de rouler, avec à la clé un effondrement mondial dans la 2em moitié du sicle et jusqu’au +5 degres de réchauffement.

#PassDeLaHonte, un ramassis d’anti-écolos

Gilets jaunes et anti-vaxx, même combat, même manifestants aux message protéiformes. Essayer de convaincre ces personnes, mélange hétéroclite d’amateurs de l’extrême droite ou de l’extrême gauche, adeptes de pseudo-sciences et convaincus d’un complot des élites, allergiques à un gouvernement quel qu’il soit, criant à la dictature parce que ça défoule. Quelques dizaines de milliers d’opposants à l’extension du passe sanitaire ont défilé le 31 juillet 2021 dans de nombreuses villes de France, anti-masques, anti-vaccins, anti-confinement, anti-tout. Peu importe pour eux que sur les 900 personnes mortes du Covid entre le 31 mai et le 11 juillet, 801 morts n’étaient pas vaccinés. Ils veulent bien mourir, vont-il le faire en chantant la Marseillaise ou l’Internationale ? D’un côté 350 000 personnes de vaccinés par jour (42 millions au total), de l’autre quelques agités du bocal. #PassDeLaHonte, un ramassis d’anti-écolos.

Le spectaculaire plaît, la réflexion fatigue, le consensus s’effrite. Combattre la taxe carbone avec un Gilet Jaune ou ignorer un virus en enlevant son masque est le signe que toute tentative politique de faire raisonner la population est vouée à l’échec. D’autant plus que la sphère médiatique souffle toujours sur les braises. Une prime est donnée aux plus visibles, aux plus braillards, à des minorités organisées et violentes, et à tous les aficionados des réseaux sociaux. Dans ce contexte délétère, vouloir mettre en place des politiques contraignantes pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, restreindre le tourisme, faire en sorte que la voiture individuelle et le voyage en avion deviennent hors de prix, éliminer les achats de luxe et promouvoir la sobriété énergétique, toutes ces mesures indispensables n’obtiendront jamais l’acceptation sociale dans le monde tel qu’il s’agite. Face à des politiques qui vont être qualifiées de liberticides, ce ne sont pas quelques milliers de manifestants qui vont s’insurger, c’est la plus grande partie de la population.

Soyons clair. Protester contre le passe sanitaire, ce n’est pas bon pour résister collectivement à un virus aux multiples mutations, mais pire, cela ne présage rien de bon ni pour la planète, ni pour les générations à venir. La Déclaration universelle des droits de l’homme et du citoyen précise sans ambiguïté que nous ne sommes libres que dans la mesure où nous ne nuisons pas à autrui. Nous ne mesurons pas toutes les conséquences de cet article fondateur quand nos actions au quotidien détériorent les conditions de vie au présent et pour le futur.

Donnons au futur l’importance qu’il mérite

La question du temps recouvre tout un champ de l’économie qui étudie les phénomènes à partir des comportements individuels. Du point de vue des écologistes, il ne s’agit pas simplement d’arbitrer entre consommation présente et épargne (consommation future), mais de tenir compte au présent de la planète à transmettre aux générations futures.

Laurie Bréban : Les économistes expliquent la manière d’arbitrer dans le temps entre consommation présente et épargne (consommation future). Dans les modèles microéconomiques, on accorde un forte pondération au présent relativement au futur, « la préférence pour le présent ». Dans La Théorie des sentiments moraux, ouvrage d’Adam Smith publié en 1759, on distingue deux types d’individus : les « prodigues », qui se laissent emporter par la « passion » pour les jouissances présentes, et les « frugaux », qui s’astreignent à épargner une part importante de leur revenu présent afin d’obtenir un profit dans le futur. Deux possibilités s’offrent à ces derniers : utiliser eux-mêmes leurs fonds ou les prêter. C’est afin d’orienter les fonds prêtés vers le financement dans des secteurs apparemment moins profitables, mais au rendement plus certain et plus durables, que Smith propose de réguler le marché du crédit. La fixation d’un taux d’intérêt maximum légal permettrait d’évincer les investisseurs imprudents du marché du crédit au bénéfice des « investisseurs sages ». » Mais on sait aussi que les interactions sociales influencent la manière dont les individus maîtrisent leurs passions et leur attitude à l’égard du temps.

Michel Sourrouille : Croissance, croissance, Laurie Bréban est une croissanciste. L’épargne ne sert qu’à investir pour une croissance future. Or les économistes devraient savoir qu’investir aujourd’hui, c’est accroître le capital productif pour dégrader encore plus une planète déjà fort mal au point. Les « frugaux » dont parlait Smith au Laurie Bréban XVIIe siècle pratiquent aujourd’hui la simplicité volontaire, réduisent leur revenus monétaires et donc se retrouvent avec une capacité d’épargne proche de zéro. Ils sont l’avant-garde qui montre que le gaspillage de nos consommations ostentatoires, c’est le passé, c’est fini, et qu’il nous faut pratiquer la sobriété partagée. Comme l’indique en passant Laurie, il n’y a pas de comportement gravé dans le marbre, ils évoluent avec les interactions sociales, ce qu’on appelle les interactions spéculaires : chacun fait ce qu’on attend de lui, et la planète nous dit : stoppez vos investissements à la con qui détruisent les possibilités de vos vies futures.

Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphere :

19 mars 2021, Les générations futures font entendre leurs voix

24 juillet 2020, Notre futur, la résilience alimentaire locale

25 mai 2019, Fridays for Future, génération CLIMAT dans la rue

2 février 2012, les coûts cachés du nucléaire, l’oubli des générations futures

18 janvier 2012, Tribunal pour les générations futures : la surpopulation

« Résilience », l’administration du désastre

Walter Benjamin: Un bon manuel de jardinage serait sans doute plus utile, pour traverser les cataclysmes qui viennent, que des écrits théoriques persistant à spéculer imperturbablement sur le pourquoi et le comment du naufrage de la société industrielle.

René Riesel : Les représentations catastrophistes massivement diffusées ne sont pas conçues pour faire renoncer à notre mode de vie si enviable, mais pour faire accepter les restrictions et aménagements techniques qui permettront, espère-t-on, de le perpétuer.

Thierry Ribault : L’idéologie de l’adaptation  est la dernière-née des technologies du consentement. Les politiques publiques répondent aux désastres du techno-capitalisme – des politiques anti-Covid19 aux plans de lutte contre le réchauffement climatique – par une nouvelle religion d’État, la résilience. Alors que la catastrophe nucléaire de Fukushima se poursuit depuis plus de dix ans maintenant, le gouvernement japonais a mis en œuvre une « politique de résilience » enjoignant la population à vivre, quoi qu’il en coûte, avec la contamination radioactive. La gestion par les « seuils » d’insécurité, revus à la hausse, relève de l’ignorance organisée : tant qu’ils ne sont pas dépassés, l’évaluation du risque ne requiert pas d’action supplémentaire. Or l’accommodation est en réalité inapplicable dans le monde de la radioactivité, comme dans nombre de situations d’exposition toxique ou de contamination. L’ignorance organisée opère un rétrécissement cognitif permettant d’aménager une réalité contradictoire : vivre en toute plénitude dans un milieu nocif. La résilience institue les victimes en cogestionnaires du désastre. On évalue ses chances de survie, on s’endurcit pour faire face au désastre. C’est une attitude aux antipodes du fait de ressentir la menace et de s’attaquer à ses causes réelles. La résilience fétichise les moyens pour éviter de réfléchir aux fins. Arguer que si la connaissance était disponible une action enfin rationnelle en découlerait relève d’une vision naïve. Il nous faut reconnaître notre impuissance, y compris technologique, face aux désastres, en prendre acte et en tirer les conséquences.

Anthony Laurent (Sciences Critiques) : Si la résilience est une « imposture solutionniste », comme vous l’écrivez, comment faire face aux désastres qui nous menacent ?

Thierry Ribault : Donner la parole au malheur, certes, mais pas pour lui donner un sens afin de mieux l’évacuer. Faire advenir à la conscience la dureté de ce qui est. Sortir de l’exaltation du sacrifice et de la souffrance, inversement proportionnelle aux efforts déployés pour en être épargnés. Reconnaître notre impuissance, y compris technologique, face aux désastres, en prendre acte et en tirer les conséquences. Proclamer les vertus du courage, de l’endurance, de la solidarité, ne sert qu’à détourner de la peur, qui passe désormais pour une vanité ou une honte. Alors que la peur est un moment indispensable pour prendre conscience des causes qui nous amènent à l’éprouver, la peur est devenue le symptôme d’une maladie de l’inadaptation que la résilience est censée soigner. On peut comprendre les motifs d’un gouvernement par la peur de la peur, car elle peut stimuler en nous la colère et la nécessité de bouleverser une organisation qui se nourrit du désastre qu’elle génère.

Pour approfondir, le livre de Thierry Ribault « Contre la résilience. A Fukushima et ailleurs »  (L’Echappée, 2021)

Les « signes vitaux » de la Terre au rouge

Alerte scientifique : Les gouvernements ont, de manière systématique, échoué à s’attaquer aux causes du changement climatique : « la surexploitation de la Terre ». Sur les 31 « signes vitaux » de la planète, qui incluent les émissions de gaz à effet de serre, l’épaisseur des glaciers ou la déforestation, dix-huit atteignent des records, selon un texte publié dans la revue BioScience. Ainsi, en 2020 et en 2021, malgré la chute des émissions de gaz à effet de serre liée au ralentissement de l’activité, induit par la pandémie de Covid-19, les concentrations de CO2 et de méthane observées dans l’atmosphère n’ont jamais été aussi élevées et la déforestation en Amazonie brésilienne transforme ce puits de carbone crucial en émetteur net de CO2. Les auteurs estiment qu’il existe « de plus en plus de preuves que nous approchons, voire avons déjà dépassé » certains des points de bascule qui pourraient entraîner le système climatique vers un changement dramatique et irrémédiable. Les auteurs réclament des actions radicales, éliminer les énergies fossiles, s’éloigner du modèle de croissance actuel et stabiliser la population mondiale.

La plupart des commentateurs sur lemonde.fr s’inquiètent :

Michel SOURROUILLE : J’ai lu les 60 commentaires, assez concordants dans le pessimisme. Dommage qu’aucun ne fasse référence au jour du dépassement qui aura lieu demain 29 août 2021. A partir de ce moment-là nous puisons dans le capital naturel, nous nous appauvrissons irrémédiablement… et nos générations futures à plus forte raison. Le constat d’effondrement en cours est effrayant, mais il est vrai aussi que nous vivons encore une période d’anesthésie, la plupart des « consummateurs » et des politiciens qui les représentent ne rêvent que d’une chose, revoir bientôt le monde d’avant la pandémie et ses contraintes. Comme je le dis sur le blog biosphere depuis plus de quinze ans maintenant, puisque la pédagogie de la catastrophe n’a aucun impact suffisant, c’est la catastrophe qui servira de pédagogie… pour les survivants !

Rémont : Si ces scientifiques ont raison, la situation est déjà irrémédiablement fichue et ce n’est même plus la peine de faire semblant de chercher une solution. Préparons les soins palliatifs des dernières générations humaines et considérons que c’est du sadisme pur que de faire des enfants forcément voués à la catastrophe .

Justin Kidam : Éviter le gâchis des ressources, stopper la croissance de la population, etc… Comme le font remarquer beaucoup de commentaires, il sera extrêmement difficile, voire impossible d’y parvenir. Mais ce n’est pas une raison pour ne pas commencer. Parce qu’il y a des tas de choses faciles et quasi indolores à faire pour commencer. Pourquoi les SUV sont-ils encore la catégorie de voiture la plus vendue en France? Pourquoi au supermarché trouve t on encore des fruits qui ont parcouru la moitié de la terre avant d’arriver ? Je ne comprends pas les consommateurs qui achètent des poires d’Afrique du Sud ou du raisin d’Inde.

Mafalda : Bon nombre de gens ont depuis longtemps conscience qu’il faut changer nos modes de vie, stopper le libéralisme (et non pas nos libertés, comme certains se plaisent à confondre), et arrêter de dilapider les richesses planétaires détournées au profit de quelques uns. Ça bouge : dans les urnes, dans la rue, dans nos vies, nos associations, nos syndicats.

le sceptique @ Mafalda : Mouais, pour l’instant les opinions et les régimes bougent plutôt vers la droite. Si les écolo-gauchistes pensent qu’ils ont trouvé le truc pour ré-inventer le soviet, on peut craindre qu’ils ré-inventent surtout la voie vers la case prison ou cimetière dans l’hypothèse où ils se montrent un peu trop virulents avec leur utopie. Les gens ont de bonnes raisons d’être davantage intéressés parce que vous n’aimez pas, l’option technologique du dépassement (véhicules électriques, avions à biocarburant, trains à hydrogène, fermes de serveurs accolée à des grands barrages alimentant des loisirs et échanges numériques sans fin, burgers à viande de synthèse, conso recyclée en néo-matériaux, robots autonomes, rêves d’exploitation de l’espace, etc.). Enfin, on verra bien.

Gloup : Lorsque l’instinct de survie individuel, pollué par des années de consumérisme, ne peut plus voir son intérêt à préserver son environnement sur le long terme, cela ressemble à un suicide collectif… Malheureusement, à part une éradication de l’espèce invasive, je ne trouve pas vraiment de mesure rapide et efficace… Se contenter de peu, avec quelques exceptions, pour être heureux n’est déjà plus à l’agenda…

Robert Corel : Il faut réduire la population mondiale par un contrôle des naissances et un maintien du taux de fécondité sous le seuil du renouvellement . Personne enfin peu de gens sont prêts à l’entendre, c’est pourtant essentiel si on veut offrir à toute l’humanité la paix et un niveau de vie correct.

Lesseville : C’est une évidence rejetée par beaucoup mais 1 milliard en 1900 , 7 aujourd’hui et 11 en 2100 c’est du suicide pour notre espèce.

Untel : C’est une solution à long terme tout à fait possible, appliquée en Chine avec succès. Au lieu de ça des scientifiques militants entretiennent l’illusion auprès des lecteurs (les plus naïfs) que le Père Noël va apporter la fin des énergies fossiles et un changement de modèle économique. Comme ça, parce qu’ils le lui ont demandé gentiment dans une petite tribune. Si la survie de la planète dépendait vraiment de ces bisounours nous serions mal barrés !

Claude Kalman : Et pendant que l’irrémédiable approche, Xi Jinping, Narendra Modi, Erdogan, Bolsonaro, Dutertre, Al-Sissi, au Moyen-Orient et en Afrique, les chefs d’état, autoritaires ou tyranniques, ne pensent qu’à une chose : renforcer leur pouvoir sur les milliards d’humains qu’ils gouvernent. Je fais le colibri, bien sûr. Mais comment espérer ?

Dilemme de À à Z : A partir des années 2001 , il a fallu se protéger des terroristes … surveillance , protection policière , vigipirate , fichage etc… en 2020 , il a fallu se protéger du virus …confinement, restrictions , pass sanitaire , masques …. Demain de nouvelles contraintes vont se faire jour … pour sauver la planète et des catastrophes… restreindre l’usage des voitures et avion , manger autrement ,… la technologie va nous aider à alléger ces contraintes , mais elle vont perdurer et il faut réinventer le vivre ensemble d’urgence et réfléchir aux politiques à mettre en œuvre … la liberté devient conditionnelle .. et espérons plus égalitaire … chacun devra faire sa part , beaucoup n’en auront pas envie … que va devenir la démocratie face à l’urgence pour l’humanité ?

SuperKurva : Le problème de tous ces braves gens un peu poètes (« les signes vitaux de la Terrre », LOL²) est qu’ils essayent désespérément de résoudre la crise climatique avec un modèle démocratique. Prenez la campagne de vaccination. Pensez-vous un instant résoudre un problème de cette nature avec l’aide des Dupont-Aignan, le gilets jaunes amateurs de SUV diesel d’occaz , Melenchon, Francis Lalanne et autres Ciotti qui crient à la dictature à propos de la vaccination et du pass sanitaire ? La réalité est que nous irons vers des régimes politiques réellement autoritaires qui seront seuls à même de résoudre un problème de cette nature et d’*imposer* les mesures nécessaires, certes aux « riches », mais surtout aux demi-pauvres qui pleurnichent après les aides pour acheter leur nouveau smartphone, la dernière console à la mode ou aller en vacances très lowcost dans les pays arabes.

pierre marie : l’inconvénient des dictatures qui veulent faire le bien, c’est qu’elles font d’abord beaucoup de mal. Et s’arrête là. Beaucoup d’œufs cassés et pas trop d’omelette.

SuperKurva @pierre-marie : aucune dictature ne veut « faire le bien » comme vous dites. Elles essayent de perpétuer leur propre pouvoir.

Eric.Jean : Les limites de la croissance, y compris par épuisement de l’environnement, ont été modélisées très correctement dés 1972 par un groupe de scientifiques et d’économistes mandatés par l’OCDE (le « Club de Rome ») quand ils ont publié leur rapport (dis « rapport Meadows ») Personne n’a nié la qualité des travaux mais comme les conclusions n’étaient pas plus acceptables que l’annonce d’un cancer mortel à un homme apparemment en bonne santé ,le rapport a été rangé au fond de l’armoire et la société a continué dans le déni. Je n’ai guère de doute qu’elle continuera, l’homme n’est pas assez intelligent pour échapper au destin biologique de tout le vivant végétal ou animal : Croître en utilisant toutes les ressources disponibles puis décroître avec l’épuisement de celles-ci.

M51705 : Oui l’objectif de bâtir un monde pire est donc beaucoup plus raisonnable !

MaxLombard : Mes frères et mes sœurs la fin des temps approche, repentez vous … Tiens j’ai déjà entendu çà !

Biosphere @ MaxLomard : Cher Terrien trop humain, puisque que n’as pas encore compris que la très forte probabilité d’une catastrophe découle d’études scientifiques et non d’une croyance aveugle, la Terre-mère ne t’aime plus, tu es trop méchant…

Luc Ferry, un croissanciste aimé des médias

Surpopulation ou « planète vide » ?

Le livre de Paul Ehrlich, La Bombe P (1968) déplaît souverainement à Luc Ferry. Mais au lieu d’argumenter, ce philosophe de pacotille se permet d’attaquer le messager pour ne pas écouter son message : « Invraisemblables carabistouilles… recommandations néo-fascistes… fougue malthusienne… prédictions de plus en plus insensées… gourou pour fondamentalistes verts »  Sur sa lancée, il se permet de critiquer le rapport Meadows sur les limites de la croissance (1972 ) : « Une reprise des thèses délirantes d’Ehrlich ». Pourtant le scénario de 1972 est toujours scientifiquement validé en 2021. Fé-rire s’attaque ensuite à Jean-Marc Jancovici qui aurait dit : « Il y a un moyen de réguler la population, ne pas mettre tout en œuvre pour faire survivre les personnes âgées malades, à l’image du système anglais, qui ne pratique plus de greffe d’organes pour les personnes de plus de 65 ou 70 ans ». Notons que Jancovici est un expert reconnu dans le domaine de l’énergie, qu’il fait des conférences écoutées attentivement dans les grandes écoles et gère un site qui est une mine d’information. Luc Ferry préfère l’intox de la chute « dramatique » de la population mondiale : « Le danger qui nous menace, c’est celui d’une planète vidée de sa jeunesse pour cause de dénatalité. »

Dès 1992 dans Le nouvel ordre écologique. il condamnait l’écologie profonde sans avoir lu Arne Naess, initiateur de cette conception. Luc Ferry ne fait que réciter aujourd’hui dans les mérdias les poncifs et caricatures  accumulées par la droite contre l’écologie. Il se présente comme croissanciste, ou plutôt contre toute pensée de l’effondrement pourtant probable de la civilisation thermo-industrielle. Il se permet d’écrire : « Nous venons de vire une expérience grandeur nature de la décroissance avec la pandémie. Les hérites new look du communisme que sont les fondamentalistes verts se sont réjouis haut et fort de ce répit accordé à la planète. Ils poussent la Convention citoyenne à plaider pour une décroissance punitive tous azimuts : décroissance énergétique, réduction de la consommation, de la production, du temps de travail, de la vitesse sur les autoroutes, des voyages en avion, de la publicité pour des grosses cylindrées. Pour imposer des mesures destinées à punir nos modes de vie, les décroissants veulent limiter les libertés. » (Luc Ferry, Le Figaro, 25 juin 2020)

Pou ren savoir plus sur Luc Ferry

15 mai 2011, la catastrophe, c’est Luc Ferry

12 octobre 2010, Luc Ferry et l’écologie profonde (1/4)

1992, Le nouvel ordre écologique de Luc FERRY (l’arbre, l’animal et l’homme)

Le rêve de l’automobile pour tous prend fin

La voiture pour tous émet des gaz à effet de serre, enferme les travailleurs et les conducteurs hors de la nature, utilise un pétrole en voie de disparition ou des agrocarburants en compétition avec l’alimentation, etc. Mais la voiture électrique ne peut promouvoir une « transition juste » sur le plan écologique et social, il faut fabriquer, distribuer et conserver l’électricité, tâche impossible à grande échelle. Alors pourquoi s’ingénier à vouloir redresser l’industrie automobile ? C’est pourtant ce que propose un rapport conjoint de la Fondation Nicolas-Hulot (FNH) et la CFDT-Métallurgie

« Le gouvernement a fixé à 2040 la fin de la vente des véhicules diesel et essence neufs pour atteindre l’objectif de neutralité carbone à l’horizon 2050. Mais la décarbonation du secteur constitue un risque supplémentaire de chômage ; la fabrication des moteurs électriques requiert 60 % de main-d’œuvre en moins qu’un diesel et 40 % en moins qu’un essence… Mais une vaste restructuration de l’appareil productif français autour de « l’électromobilité » permettrait de produire 2,3 millions de moteurs, d’en assembler 2 millions et de produire environ 100 gigawattheures (GWh) de batteries d’ici à 2030. Ce serait 33 % d’emplois supplémentaires… si et seulement si les constructeurs localisent toutes ces activités en France. » Les commentaires sur lemonde.fr :

Pierr Charlo : L’article est centré sur le moteur de la voiture et pas tout le système technique et économique qui va avec.

Nawak : Il me semble en effet qu’on oublie la partie mécanique, ou que cela compte pour du beurre. Quid de tout ces mécaniciens et autres garagistes ? Certes, il y aura toujours les roulants (pneus, freins et amortisseurs), mais y a t il une amorce de réflexion pour ces catégories ? Plus de vidange et autre révision. Les pannes?

O-Sidartha : … et comment va t’on produire l’électricité?

Post it : J’entends beaucoup parler de la production des voitures électriques, mais quel silence sur les bornes de recharge. Et il y a du travail… pour l’instant, les voitures électriques sont très majoritairement chargées au domicile et chez ceux qui bénéficient de garages en copropriété équipés. Ce qui ne fait pas grand monde. Combien de bornes sont installés dans les « grands ensembles » et combien en faudrait-il en partant du principe qu’on ne va pas se lever en pleine nuit pour déplacer sa bagnole.

Nawak : Oui, gros problème en vue. Et je ne pense pas qu’on puisse recharger sa voiture électrique sur la route comme on peut le faire avec une voiture thermique. Bonjour les filles d’attente si une recharge rapide de 80% prend 30-40 minutes. 3 personnes devant vous et vous en avez pour l’après midi…Tant que peu de personnes on une voiture électrique, ça va. Mais quand ça ne sera plus le cas…

olivier abc : Vous avez raison, le challenge est entrain de passer de l’autonomie de la batterie à celui de la dispo des infrastructures de charge.

Michel SOURROUILLE : L’automobile est devenue le cancer de notre civilisation. Elle la ronge par sa prolifération effarante, anarchique et  dominatrice. Elle mutile, intoxique et tue. Elle casse les villes et dilapide la nature. Elle détruit l’homme et dégrade l’espace. Elle gaspille une énergie sans cesse plus rare et plus coûteuse. Présentée à tort comme le symbole de la prospérité, elle appauvrit l’homme dramatiquement, dans son environnement social et physique. Elle brise son cadre de vie collectif pour l’enfermer dans une petite carapace d’acier qui l’isole et exalte son agressivité en la cuirassant. Elle le ruine dans les biens immatériels essentiels : la santé, la sécurité, les joies de la nature, la beauté des paysages, le sentiment de la communauté. Alors pourquoi s’ingénier à vouloir redresser l’industrie automobile ?

Pour en savoir plus sur la voiture électrique :

20 juin 2021, Voiture électrique, le piège du cobalt

21 juillet 2019, Voiture électrique pour tous, faut pas rêver (synthèse)

Pour en savoir plus sur le dévoiturage :

1er novembre 2018, Biosphere-Info, Ivan Illich détrône l’automobile (synthèse)

9 mai 2017, Adieux à l’automobile, le dé-voiturage en marche

9 octobre 2012, Mondial de l’automobile, entropie et dévoituration

explosion des inégalités, délires mégalomanes

Jeff Bezos rêve d’envoyer l’humanité dans l’espace. LE MONDE fait un très long article sur une idée qui ne mérite même pas une brève. Avant de laisser la parole au fondateur d’Amazon et aux commentateurs, voici notre dénonciation de la rêverie extra-terrestre :

9 février 2018, Branson ou Musk, l’idiotie de la conquête spatiale

22 juillet 2019, Conquête spatiale, rêveries extraterrestres

21 août 2019, Notre frontière est terrestre, pas martienne

18 février 2021, Tout savoir sur la conquête spatiale

31 mars 2021, La conquête de Mars, une utopie dévastatrice

Jeff Bezos : « Nous avons une demande toujours croissante d’énergie. Faire des progrès d’efficacité énergétique ne permettra pas de résoudre ce problème Nous avons le choix. Voulons-nous la stagnation et le rationnement ? Ou voulons-nous le dynamisme et la croissance ? C’est un choix facile si on ne veut pas que nos petits-enfants puissent être les premiers à vivre des vies pires que la nôtre… Si nous nous déplaçons dans le Système solaire, pour toutes nos activités courantes, nous avons des ressources illimitées… Dans des colonies spatiales vivraient un trillion un milliard de milliard) d’humains  et aussi mille Mozart, mille Einstein, mille de Vinci… Ce serait une civilisation incroyable … Des cylindres habitables de plusieurs kilomètres de long pourraient accueillir, chacune, un million d’habitants ou plus… La Terre a des limites, et si l’économie et la population veulent continuer à croître, l’espace est la seule voie à suivre… Les grandes choses commencent petit.  »

Sur la colonisation de l’espace, Jeff Bezos raille le projet d’Elon Musk d’habiter sur Mars, planète à côté de laquelle « le mont Everest serait un paradis ». Le patron de SpaceX se gausse en retour des cylindres d’O’Neill, qui reviendraient à « essayer de construire les Etats-Unis au milieu de l’océan Atlantique ». Commentaires :

Yonatan : JB a entièrement raison lorsqu’il rappelle que tout ce qui est grand a débuté petit, peut-être lui reste-t-il à comprendre que ce qui est grand redevient petit…

Sybill : Avec un tel ego aux dimensions stratosphériques, une empathie et un souci pour le collectif proche de l’infiniment petit, une analyse binaire qui ne voit guère plus loin que le bout de son orbite et avec de tels pouvoirs, l’individu Bezos a de quoi faire frémir. On ne peut qu’essayer de lui couper quelques brins d’herbe sous le pied en n’achetant pas sur Amazon, sans en attendre la Lune, hélas…

Marcus manlius : Quand les scientistes n’ont pas compris que l’hypertechnologie qui nous a amené dans la situation où nous sommes n’est pas en mesure de nous en sortir. Le problème n’est pas la solution, et plus j’écoute Jeff plus je comprend Greta. Qui rêverait de vivre dans son monde artificiel ?

Bob : Plan machiavélique, Amazon de Jeff Bezos va pourrir la terre pour nous obliger à aller vivre dans une colonie spatiale Blue Origin de Jeff Bezos… Plaisanterie mais à peine… Ces plans de « fuite spatiale » sont parfaitement vaporeux mais ils jouent un rôle important dans la psyché de l’époque actuelle : d’abord ancrer l’idée que la planète est foutue donc les efforts sont vains, ensuite ajouter l’idée que ce n’est pas grave car l’humanité va s’échapper dans l’espace. En résumé c’est une attaque contre toutes les mesures écologiques : elles ne servent à rien et elles ne sont pas nécessaires car la chimère spatiale va nous sauver, alors consommez sans remords.

Fpepp : On a déjà vécu quelques mois confinés dans un rayon de 1 ou 10km, Bezos nous propose de vivre toute la vie confiné dans un suppositoire spatial, après avoir probablement fait allégeance au baron de la colonie. Que ces gens payent leurs impôts et consacrent leurs profits à rendre la terre plus durable.

Jeanmariedupont : Jeff Bezos, ce quincailler en gros qui a trouvé un moyen de vendre de la camelote à des millions de gogos trop flemmards pour faire leurs courses aux magasins du coin, se rêve en maître de l’univers

Yankee go home : L’espace est un milieu hostile pour l’homme. Comme le dit très bien Anna Chavepayre, seul des personnes dont le lieu d’habitation s’est considérablement dégradé peuvent rêver d’y vivre. le Béarn est vide. Pas besoin d’aller sur Mars.

Camtaoij : Consommez, mes agneaux, multipliez-vous, achetez toujours plus, et soyez sans crainte, vos petits-enfants seront très heureux dans l’espace ! La mode est aux fous dangereux, c’est comme ça.

M.M.P. : Voilà un résultat concret de l’explosion des inégalités : un effort colossal est mis dans les délires mégalomanes d’un homme (très) riche. En quoi est-ce que le succès économique d’un entrepreneur le rend légitime à truster d’aussi larges sommes d’argent ? Quand on voit le délire dangereux « la planète est foutue donc on va dans l’espace », je crois que la réponse est claire…

Voiture électrique, le piège du cobalt

Philippe Escande : La valeur du lithium et du cobalt, mais aussi du nickel, les trois composants de base d’une batterie moderne, pourrait rapidement doubler. Ces matières premières constituent plus de 50 % du prix d’une batterie, qui elle-même représente 40 % du coût d’une automobile électrique. Le prix du cobalt ne peut que grimper, la demande devrait être multipliée par 20 d’ici à 2040. Or, les mines existantes ou en projet ne représentent que la moitié des besoins futurs. Même chose pour le lithium. Dernier point, la production de cobalt est concentrée aux deux tiers en République démocratique du Congo, État impuissant et corrompu, et dont 20 % au moins de ses exploitations sont « artisanales », sans aucune protection.

Bertrand Piccard : La pollution créée par ces mines est localisée, et doit être surveillée. J’aime mieux quelques mines de cobalt de plus que quelques degrés de plus dans l’atmosphère.

Philippe Bihouix : Les métaux, toujours moins concentrés, requièrent de plus en plus d’énergie. La production d’énergie, toujours moins accessible, requiert de plus en plus de métaux. Métaux et ressources énergétiques sont donc étroitement liés. Les énergies renouvelables font aussi massivement appel aux ressources métalliques, et des plus rares. C’est encore pire pour le nucléaire. Titane, cobalt et tantale dans les aciers inoxydables, zyrconium pour emballer les crayons de combustible, tungstène pour les conteneurs de combustible nucléaire, hafnium, cadmium, indium, argent et sélénium pour absorber les neutrons, lithium pour réfrigérer les réacteurs… Comment imaginer que nous pourrons construire suffisamment de centrales alors que les réserves de tous ces métaux si spécifiques ne dépassent pas le siècle ?

Vieux Croco : Et avec quels engins forcément monstrueux vont être exploités les futurs méga mines de cobalt, nickel et Cie ? Évidemment des machines qui utiliseront du pétrole ou des dérivés du pétrole… Des finalités présentées comme vertueuses sont totalement encore droguée au pétrole. On n’a pas fini de rigoler !

Alain Gras : Avec la voiture électrique, un futur paradis urbain nous est annoncé par les médias, les constructeurs, et certains politiques… Certainement pas ! Il en a été ainsi dès le début. L’inventeur Thomas A. Edison parvint en 1882 à convaincre les riches bourgeois de Pearl Street, à Manhattan (Etats-Unis), de la salubrité de l’ampoule à incandescence face aux salissants becs de gaz de leurs salons. Pourtant, à quelques kilomètres, l’usine brûlait cinq tonnes de coke chaque jour et jetait ses déchets dans l’Hudson River.

Philippe Bihouix :Quel avenir veut-on laisser aux générations futures, un retour à l’âge de fer ? Un monde où quelques dizaines de millions de ferrailleurs-cueilleurs, survivants de la grande panne ou de l’effondrement, exploiteront le stock de métaux dans les décharges, des bâtiments délabrés et des usines à l’arrêt est une possibilité.

DécroissantsDeLamourEtDuTofu : Il n’y a pas vraiment de dilemme : une société convenablement organisée n’a tout simplement pas besoin de bagnoles ! Imaginez des écovillages de quelques dizaines d’habitants tous les 5km environ, reliés par des pistes cyclables (et des TER)… C’est le concept de permaculture globale, à l’opposé du capitalisme punitif, inégalitaire et auto-destructeur. La communauté scientifique commence à s’intéresser et valide le projet. On n’attend plus que vous.

Libéralisme, marxisme et écologisme

La synthèse qui suit est issue du mémoire de Michel Sourrouille en 2006 « Marxisme et écologisme », écrit dans le cadre de l’université permanente du Parti Socialiste. C’était une époque où une infime partie du PS croyait que ce parti deviendrait un parti social-écologiste, dépassant la vulgate de Marx et les reniements sociaux-démocrates. On a vu depuis ce que le PS est devenu , une enveloppe vide !

La place de la nature

La place de la nature dans la pensée économique depuis Adam Smith (1776) a toujours été négligeable. Si la question du renouvellement des ressources naturelles est au cœur des interrogations de Malthus, les classiques et les néo-classiques ont exclu la nature du champ économique. La question de l’épuisement des ressources ne se pose pas à l’époque. La pollution industrielle apparaît pendant la seconde moitié du XIXe siècle (combustion du charbon…) sans que l’on s’en préoccupe. Le problème majeur est de produire, le reste importe peu. Karl Marx est dans la même lignée. Il est d’abord le continuateur de l’école classique (fondatrice du libéralisme). Dans le livre premier du Capital, il développe sa conception de la valeur travail en partant principalement des travaux de Smith et Ricardo, fondateurs du libéralisme. A.Smith et K.Marx ne jurent que par le travail puisque, pour eux, seul le travail est créateur de richesses. S’ils expliquent que le travail met en valeur des richesses qui sont données par la nature, c’est d’abord pour valoriser, dans une société avancée, les richesses naturelles externes (issues du travail de l’homme) tels que chutes d’eau, rivières navigables, métaux, charbon… Ils pensent que la fertilité du sol, eaux poissonneuses, etc. ne sont importantes qu’aux origines de la civilisation.

Le marxisme

Marx pense que le capitalisme (le socialisme) doit accroître l’emprise de l’homme sur la nature : « La patrie du capital ne se trouve pas sous le climat des tropiques, au milieu d’une végétation tempérée. Et ce n’est pas la fertilité absolue du sol, mais plutôt la diversité de sa composition géologique et la variété de ses produits naturels qui forment la base naturelle de la division sociale du travail et qui incitent l’homme à multiplier ses besoins, ses moyens et modes de travail ». La contrainte naturelle est même sensée perdre en intensité à mesure que l’industrie se développe. En d’autres termes, l’homme reste toujours maître de la nature. Il n’y a pas dans l’analyse de Marx l’idée que le capitalisme va dépérir parce qu’il exploite de façon outrancière les ressources de la nature. La cause principale de disparition du  capitalisme reste pour lui la baisse tendancielle du taux de profit. Le développement de l’industrie est en partie « déterminée par la nécessité de diriger socialement une force naturelle, de s’en servir, de se l’approprier en grand par des œuvres d’art, en un mot de la dompter ». Ce qui le préoccupe, ce ne sont pas les ressources de la nature, puisqu’elles sont supposées faciles d’accès et gratuites. Ce qui importe, ce sont les ressources transformées par le travail des ouvriers et le capital des entrepreneurs. Pour Marx, la nature en tant que telle ne produit pas de richesses.

Marxisme et écologisme

L’idéologie socialiste et ses traditions nous ont empêchés pendant longtemps de prendre conscience de la gravité de la situation écologique. C’est pourquoi j’ai voulu interroger les présupposés du marxisme pour montrer que certaines hypothèses de K.Marx pouvaient être transformées pour justifier un choix clair entre social-libéralisme et social-écologie. En résumé, ce n’est pas l’infrastructure économique qui explique l’évolution idéologique et politique d’une société (la superstructure). L’infrastructure construite de main d’homme est elle-même superstructure relativement à la véritable infrastructure, celle des ressources et circuits de la nature. Il faut d’abord rappeler que le libéralisme et le socialisme ne sont que deux variantes du même modèle, le productivisme. Le libéralisme a insisté sur l’accumulation de capital et l’initiative individuelle des entrepreneurs, le socialisme a mis l’accent sur le facteur travail et le fait que tout acte de production découle d’une œuvre collective. Il s’agit pour la gauche de revendiquer une part plus importante de la valeur ajoutée en faveur des salariés, et pour la droite d’assurer aux actionnaires un taux de rentabilité plus important en ponctionnant les bénéfices de l’entreprise. L’objectif d’accroître l’abondance matérielle n’est remis en question ni par les uns, ni par les autres. Mais ces deux tendances idéologiques naviguent de concert à partir de fausses cartes de navigation. Ces deux variantes du productivisme reposent en effet sur une hypothèse de soutenabilité (durabilité) faible. En ignorant les contraintes environnementales, libéralisme et marxisme se trompent pour la longue période.

durabilité faible

Les tenants de la durabilité faible forment le courant économique dominant (de droite comme de gauche) : le capital naturel peut toujours être remplacé par des éléments fabriqués, donc par du travail et du capital technique. Cette approche promulguée par la Banque mondiale et l’OCDE suppose la substitution toujours possible entre capital humain, capital manufacturier et capital naturel. Ainsi, si l’une des composantes baisse, une autre pourra toujours compenser le manque. Elle repose sur une confiance aveugle dans un progrès technique qui pourrait toujours compenser la déperdition irréversible des ressources naturelles non renouvelables. On dit aussi qu’il y a dans tous les cas substitution possible entre les facteurs de production, y compris le facteur ressources naturelles. Les économistes soutiennent depuis l’origine de la révolution industrielle une durabilité faible, donc considèrent une croissance économique sans se soucier des générations futures ni du reste de la Biosphère puisque, selon leur point de vue, on trouvera sans doute une solution technique à tous les problèmes que la technique a créé.

Une telle pensée, ce que Nicholas Georgescu-Roegen appelle « le sophisme de la substitution perpétuelle », n’est pas durable. Il faut en effet avoir une vue bien erronée du processus économique pour ne pas remarquer qu’il n’existe pas de facteur matériel autres que les ressources naturelles. Plus que l’impact du progrès technique sur la consommation de ressources par unité de PIB, ce qui doit attirer notre attention, c’est l’accroissement du taux d’épuisement des ressources comme effet de ce progrès. Mais les économistes, libéraux ou marxistes, inébranlablement attachés à leur cadre mécaniste, sont restés complètement insensibles aux appels que lancèrent les mouvements pour la conservation de la nature. L’exploitation de la nature reste une fin en soi et les économistes ont mis plus d’un siècle pour prendre en considération la question de l’environnement et du renouvellement des ressources.

Nicholas Georgescu-Roegen : « Quelques organismes ralentissent la dégradation entropique : les plantes vertes emmagasinent une partie du rayonnement solaire qui autrement serait immédiatement dissipée sous forme de chaleur. C’est pourquoi vous pouvez brûler aujourd’hui de l’énergie solaire préservée de la dégradation il y a des millions d’années sous forme de charbon, ou depuis un plus petit nombre d’années sous forme d’arbres. Tous les autres organismes accélèrent la marche de l’entropie et les humains plus que les autres. Le processus économique, comme tout autre processus du vivant, est irréversible mais beaucoup d’économistes ne connaissent même pas la loi de l’entropie. Certains pensent même de façon illusoire qu’on réussira toujours à trouver de nouvelles sources d’énergie et de nouveaux moyens de les asservir à notre profit. Mais on ne peut pas utiliser des schistes bitumineux si leur extraction coûte plus d’énergie que leur apport. Il y a aussi la thèse que nous pourrions nommer le sophisme de la substitution perpétuelle. Ainsi, selon Solow, on pourra toujours substituer d’autres facteurs (travail ou capital technique) aux ressources naturelles. Mais il faut avoir une vue bien erronée du processus économique pour ne pas remarquer qu’il n’existe pas de facteur matériel autres que les ressources naturelles. Plus que l’impact du progrès technique sur la consommation de ressources par unité de PIB, ce qui doit attirer votre attention, c’est l’accroissement du taux d’épuisement des ressources comme effet de ce progrès. Mais les économistes, inébranlablement attachés à leur cadre mécaniste, sont restés complètement insensibles aux appels que lancèrent les mouvements pour la conservation de la nature. »

durabilité forte

La biosphère remplit quatre fonctions vis à vis de l’espèce humaine : c’est le support de la vie, un stock de ressources naturelles, un récepteur de déchets et une source d’aménités. Il y a bien des possibilités de substitution aux services environnementaux, le recyclage des déchets permet par exemple de réduire à la fois la demande de services de réception de déchets et la demande de matières premières. Mais ces substitutions sont plus ou moins fortes et le stock de capital physique (par exemple une piscine) constitue un avatar plus ou moins imparfait du capital naturel (lac ou rivière). En effet, l’analyse néo-classique de Pigou (les externalités) ne reconnaît pas l’interdépendance entre économique et environnement. Pour dépasser la pensée dominante, il faudrait utiliser des développements empruntés aux sciences de la nature, en particulier la thermodynamique et l’écologie, il faudrait insérer l’économie dans l’écologie alors qu’on a déjà le plus grand mal à intégrer l’écologie dans l’économie. Comme synthèse de cette analyse, on peut dire qu’une durabilité forte nécessite que le patrimoine naturel reste constant (il est absolument complémentaire de l’activité humaine d’une génération à l’autre). Cette conception repose donc sur la forte complémentarité entre les trois types de capital (technique, humain et naturel) et récuse l’idée de soutenabilité faible. Concrètement la réalisation du développement durable passe alors par une limitation de l’usage du capital naturel, notamment par la décroissance des facteurs de production matériels et énergétiques. Ce soubassement biophysique de l’activité humaine nous amène à repenser le matérialisme historique de Marx.

Dormez braves gens, Oliveau veille sur vous

Une tribune du MONDE remet encore en question la nécessaire décroissance dans un monde fini. Avant de donner la parole à François-Xavier Oliveau, un utopiste de l’innovation au service du business as usual, voici nos considérations. Son raisonnement repose sur des considérations financières et pas du tout sur l’épuisement physique de stocks non renouvelables, épuisement inéluctable donc. Que les Smicards croient encore que l’essence doit rester durablement à bas prix est certes confortés par le cartel pétrolier (OPEP + Russie manipulent le jeu de l’offre et de la demande), c’est un fait d’ordre religieux. Mais quand les pays possesseurs de l’or noir verront que la rente pétrolière va sur sa fin, ce sera le choc pétrolier ultime. Le prix du pétrole peut quadrupler dans l’année, c’est arrivé en 1973. Il peut même être multiplié par dix ou cent, tout est possible quand les marchés s’affolent. Le même raisonnement sur le manque inéluctable peut se faire sur toutes les ressources fossiles et métalliques. L’innovation ne fait que retarder l’échéance finale. Pouvoir extraire des ressources plus profond, même au fond des océans, utiliser les schistes bitumineux et la fracturation des sols ne peut empêcher l’épuisement des ressources extractives.

C’est pourquoi il faut considérer que les propos biaisés de François-Xavier Oliveau sont dangereux, ils nous bercent d’un optimisme irréaliste et nous bloquent dans l’idéologie croissanciste actuelle. François-Xavier devrait apprendre les mécanismes de l’entropie et lire Nicholas Georgescu-Roegen… Notons aussi que les croissances du PIB n’ont pas fait décroître les inégalités, tout au contraire. Mais les OGM qui vont nourrir la planète et les innovations «  à venir » qui permettront la fin de la rareté, c’est le fantasme entretenu par les thuriféraires du progrès technique.

François-Xavier Oliveau : « Le rapport sur les limites de la croissance , publié en 1972, expose ainsi dans son scénario principal un effondrement lié à l’épuisement des ressources de matières premières. Mais loin d’avoir décrû, les réserves identifiées sont aujourd’hui bien supérieures à celles citées par le rapport. Même le pétrole est plus accessible : en France, une dizaine de minutes rémunérées au Smic permettent de se procurer un litre d’essence ; c’était le double en 1970, lorsque le litre d’essence coûtait 1,10 franc pour un salaire minimum à 3,50 francs de l’heure. Notre invraisemblable capacité d’innovation nous a permis d’inventer de nouveaux procédés de prospection, d’extraction et de raffinage qui ont rendu abondante une ressource finie, reportant sa disparition aux calendes grecques. Nos crises environnementales sont des crises de l’excès et non du manque. Rien n’indique une inversion future. Les prophéties de l’épuisement des métaux ne résistent pas à l’analyse géologique ; au pire verrons-nous quelques poussées inflationnistes temporaires liées aux ajustements entre offre et demande… Les prophètes de la rareté préconisent la frugalité, voire la décroissance … Mais il serait illusoire de l’exiger des six autres milliards d’humains qui rêvent d’abondance. Ils feront tout pour y accéder ; les moyens techniques le leur permettront ; et il n’y aura pas d’épuisement des ressources pour les en empêcher. L’innovation nous aidera en fournissant des solutions, stockage d’énergies décarbonées, substituts à la viande, processus de production moins polluants… Au lieu d’attendre en vain une rareté mortifère, visons la maîtrise de l’abondance et son extension au monde entier… »

Broyage des poussins pour rester compétitif !

Le Parlement allemand (Bundestag) a voté le 21 mai 2021 un projet de loi interdisant l’élimination des poussins mâles par gazage ou broyage. Le 26 mai ,le Sénat français a rejet une telle mesure au motif qu’il risquerait d’introduire « des distorsions de concurrence au détriment de l’agriculture française ». Alain Griset, ministre délégué : « la France risquerait d’être rapidement confrontée à une augmentation de produits importés à moindre coût venant de pays qui ne respectent pas nos principes ». Notons que cet argument basé sur la réduction des coûts et la concurrence déloyale est ressassée dans bien d’autres domaines. Voici d’abord deux commentaires sur lemonde.fr, puis nous poursuivons en donnant le point de vue des écologistes sur le libre-échange.

Noleb : Donc les Sénateurs viennent se plaindre de la concurrence déloyale, quand dans le même temps les Allemands passent une loi similaire. C’est sûr que si le but c’est de ne pas perdre de compétitivité par rapport au Bangladesh, ça risque de faire très bizarre sur les feuilles de salaire…

Marc C : Vous ne trouvez pas que la Sécurité Sociale, l’éducation gratuite et les retraites (entre autres) coûtent cher au pays, augmentent nos coûts de revient et créent une distorsion de concurrence par rapport aux pays qui n’en ont pas ? Supprimons tout ça et alignons-nous (par le bas évidemment) !

Biosphere : Il n’y a pas loin entre choc de compétitivité, affrontement commercial, célébration du nationalisme et risque de guerre pour les ressources et les débouchés. La recherche de la compétitivité internationale est un jeu à qui perd gagne. Prenons un seul exemple de la situation actuelle. La Chine est devenue l’atelier du monde, ses compétences dans tous les domaines ne peuvent qu’écraser la concurrence. Même si l’ouvrier français était payé aussi peu que l’ouvrier chinois, nous serions obligés d’acheter à la Chine puisque notre tissu productif s’est effrité après des années de délocalisation. De plus la Chine est en concurrence avec les pays anciennement développés dans la captation des ressources fossiles et des métaux, la raréfaction s’accentue sur une planète dont nous avons dépassé les limites. Le « doux » commerce est en définitive une affaire de puissance, c’est le plus fort qui impose sa loi à un moment donné.

Rappelons que l’invention du libre-échange au XIXe siècle par David Ricardo n’était qu’un moyen de transgresser la finitude de la Terre. L’augmentation de la population en Angleterre exigeait la culture de terres de moins en moins fertiles, engendrait une hausse des coûts de production et donc des prix de l’alimentation. Les céréales étant la base de la consommation ouvrière, la baisse des profits devait être retardée par le libre-échange et l’importation de céréales à bas prix. La libération du commerce fut ainsi la réponse donnée à la limite des ressources en un lieu, limite qui pourrait être temporairement compensée par des échanges avec un ailleurs. Or la concurrence internationale qui s’est généralisée par la suite s’est accompagnée de délocalisations, de montée des inégalités, de chômage structurel et de déséquilibres écologiques. En termes clairs, le choc de compétitivité est un choc des nations dont ni la France, ni la Chine, ni personne ne peut sortir gagnants… L’exportation ne devrait pas être le but premier d’un pays, mais la recherche de l’autonomie alimentaire et énergétique de chaque bio-région. L’écologie penche pour le protectionnisme, la démondialisation, en définitive la relocalisation.

Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphere :

Le yin du protectionnisme contre le yang du libre-échange (2019)

rapport Gallois, compétitivité et nationalisme guerrier (2012)

faim du monde, fin du libre-échange (2011)