anthropisation

Covid-19, la magie de l’argent inopérante

C’était le 5 avril 2018, Emmanuel Macron répondait à une aide-soignante qui réclamait plus de moyens pour l’hôpital : « Il n’y a pas d’argent magique. » Le 25 mars 2020, le même Macron promettait « un plan massif d’investissements et de revalorisation des carrières ». Avec le Covid-19 viendrait donc le temps de la magie, où les liquidités pourront apparaître là où l’on jurait qu’elles ne pouvaient plus se trouver. Mais comment mobiliser l’argent nécessaire à la rupture écologique vers une économie en phase avec les limites de la planète ? Une monnaie « libre » ou « hélicoptère » pourrait-elle être créée sans la contrepartie de la dette ? Le risque économique est celui de l’inflation. Le risque écologique, c’est que le système thermo-industriel recommence à fonctionner comme avant, dilapidant les ressources naturelles, réchauffant le climat et anéantissant ce qui reste de la biodiversité.

Toute monnaie est un répertoire de futures possibilités donné à des individus qui peuvent n’avoir aucune conscience écologique, l’utilisant uniquement pour leurs égoïsme personnel sans jamais penser à l’intérêt collectif ni même à leur prochain. La monnaie n’est normalement qu’un voile, qu’un instrument pour faciliter les échanges. Elle est devenue un monstre, nourrissant la spéculation boursière et finançant aussi bien l’explosion des déplacements au long cours, les grands travaux inutiles ou les futilités de la mode. Normalement il n’y a pas création de monnaie ex-nihilo, pas de « magie économique » ; la création monétaire résulte d’une dette, avec une contrepartie future en biens ou en services. Mais la dette publique et privée a explosé depuis longtemps, on finance l’emprunt avec un nouvel emprunt, c’est un système de Ponzi. La volonté actuelle des États de fournir des liquidités à volonté pour sortir de la crise provoquée par le confinement et l’arrêt d’une grande partie de l’activité marchande est donc un non-sens. Ce sont des traites sur l’avenir dont on peut déjà dire qu’elles ne seront jamais honorées. En Inde par exemple un plan doté de 1 700 milliards de roupies (20,6 milliards d’euros) vise à garantir l’approvisionnement en nourriture des 800 millions de personnes les plus pauvres du sous-continent. Chacune d’entre elles va avoir droit, à compter du 1er avril et tant que durera le confinement imposé par la pandémie due au coronavirus à « 5 kg de riz ou de blé et à 1 kg de lentilles de leur choix par mois ». Le prix du riz, du blé et des lentilles va exploser, le marché noir prospérer et l’aide de l’État devra cesser un jour faute de moyens. L’argent a besoin d’une contre-partie matérielle sinon il ne vaut plus rien.

Ouvrir les vannes du financement public de l’économie c’est à coup sûr davantage de ravages environnementaux. Jusqu’à maintenant, l’argent créé et déversé sur l’économie est plutôt utilisé pour créer davantage de pollutions multiples. Qu’est-ce qui permet de croire que demain ce sera le contraire ? Les gens veulent le dernier jouet technologique, une voiture plus grosse, des vacances plus loin. La création monétaire va surtout permettre aux industries du gaz de schiste et du sable bitumineux de continuer leurs activités destructrices, il faut bien continuer à rouler en voiture individuelle puisque s’exclament les Gilets jaunes « c’est in-dis-pen-sable ». Dès que le problème sanitaire sera passé, les retraités vont continuer à bousiller la planète avec leurs voyages à gogo. Il faut être extrêmement naïf pour croire que des politiques monétaires laxistes peuvent être favorables à la protection de la nature. Elles feront exactement le contraire. La mauvaise foi des humains en ce qui concerne la déplétion pétrolière, le réchauffement climatique et la chute de la biodiversité ne vont pas disparaître comme par magie. Notre seul avenir durable, c’est un retour à la seule satisfaction des besoins de base, ce qui veut dire sobriété partagée et système de rationnement. Mais qui va penser à la carte carbone en ces temps d’affolement sanitaire ?

Le point de vue de Stéphane Foucart : « C’est peut-être un virus qui fera la révolution monétaire que nous n’avons pas faite »

https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/03/28/c-est-peut-etre-un-virus-qui-fera-la-revolution-monetaire-que-nous-n-avons-pas-faite_6034750_3232.html

Covid-19, le vertige des exponentielles

On ne se méfie jamais assez des exponentielles. Si tu es porteur du virus et que tu contamines deux personnes, ces deux personnes vont transmettre à leur tour le Covid-19 à quatre personnes, puis à 8, etc. Cela apparaît au début peu inquiétant, mais au bout de dix transmissions, une seule personne en a rendu malade 1 027 ; au bout de 20 transmissions il y a plus de un million (1 048 576) de personnes infectées. Ce schéma théorique est proche de la vitesse de diffusion du coronavirus. La courbe épidémique chinoise semble montrer un « R0 » de 2,2. Le R0 correspond au nombre moyen de personnes qu’un individu infecté peut contaminer en six jours. Cela peut paraître proche du 1,3 de la grippe, pourtant le nombre de contaminés s’envole beaucoup plus vite. D’où la période de confinement que les gouvernements généralisent dans la plupart des pays, il faut bloquer impérativement la chaîne de transmission le plus vite possible.

De façon imagée, la parabole du nénuphar nous indique qu’il ne faut pas tarder à prendre des décisions politiques. Imaginons un nénuphar planté dans un grand lac qui aurait la propriété de produire chaque jour son semblable tout en continuant à vivre et se reproduire. On estime qu’au bout de trente jours, la totalité du lac va être couverte, ce qui provoquerait l’extinction de la vie. On se décide à n’intervenir qu’au moment où les nénuphars auront occupé la moitié du lac. Quel jour donc ? Réponse : non pas 15 jours, comme on pourrait le penser un peu hâtivement, mais bien au 29ème jour, c’est-à-dire la veille, puisque le double de superficie est recouvert chaque jour. Au bout du 24ème jour, 97% de la surface du lac est encore disponible et on ne pouvait imaginer visuellement la catastrophe qui se préparait dans une semaine. Le cerveau humain semble difficilement saisir les propriétés d’une croissance exponentielle, une vitesse fulgurante, et il n’y a pas que le Covid-19 qui est en cause.

Notre consommation exponentielle des ressources naturelles épuisera beaucoup plus vite que nous l’imaginons le potentiel de la Terre. Malthus en 1798 avait déjà montré les méfaits de l’augmentation exponentielle de la population humaine : « Lorsque la population n’est arrêtée par aucun obstacle, elle va doubler tous les vingt-cinq ans, et croît de période en période selon une progression géométrique (autre expression pour dire évolution exponentielle) ». Le rapport au club de Rome de 1972 dénonçait aussi les exponentielles : « Chaque jour pendant lequel se poursuit la croissance exponentielle rapproche notre écosystème mondial des limites ultimes de sa croissance. Étant donné les temps de réponse du système, si l’on attend que ces limites deviennent évidentes, il sera trop tard. Décider de ne rien faire, c’est donc décider d’accroître le risque d’effondrement. Adopter un tel comportement, nous l’avons maintes fois démontré, c’est finalement courir au déclin incontrôlé de la population et des investissements par voie de catastrophes successives. Cette récession pourrait atteindre des proportions telles que le seuil de tolérance des écosystèmes soit franchi d’une manière irréversible. Il resterait alors bien peu de choses sur terre permettant un nouveau départ sous quelque forme envisageable que ce soit. »

Le problème de nos dirigeants, c’est qu’ils considèrent qu’ils sont comptables du nombre de nos morts seulement s’il s’agit d’un péril immédiat. Exemple avec ce coronavirus. Par contre le nombre de morts par le réchauffement climatique provoqué directement ou indirectement par les émissions exponentielles de nos gaz à effet de serre, cela paraît trop lointain pour qu’on y prête attention. Nos décideurs devraient connaître la parabole du nénuphar… (article de Michel Sourrouille paru antérieurement sur le site des JNE)

Nous écrivions le 2 septembre 2017 sur ce blog biosphere, « Croissance exponentielle, ennuis imminents à prévoir »

Histoire de la sélection naturelle

1) La famille des homininés date d’au moins sept millions d’année. Il y a sans doute eu une dizaine d’espèces d’homininés, parmi lesquelles nous constituons la seule survivante. Selon les témoignages fossiles, le plus ancien membre de notre espèce vivait il y a 195 000 ans dans une région correspondant à l’Éthiopie actuelle.

2) Aujourd’hui la colonisation de nouveaux milieux par de petites populations isolées semble terminée ; et avec elle, l’évolution ? Les recherches récentes montrent que ce n’est pas le cas. 300 régions génomiques présentant des signes de changements récents, qui ont amélioré les chances de survie et de reproduction des individus. Citons par exemple, chez certaines populations africaines, la résistance au virus responsable de la fièvre de Lassa, l’un des plus grands fléaux du continent, et la résistance partielle à des maladies comme le paludisme.

3) La mobilité de l’humanité pourrait entraîner l’homogénéisation de notre espèce. En parallèle, notre technologie et notre médecine contrecarrent la sélection naturelle. Dans la plupart des régions du globe, les nouveau-nés ne meurent plus en masse. Les individus souffrant d’affections génétiques autrefois mortelles peuvent vivre et avoir des enfants. Nous n’avons plus de prédateurs naturels qui affectent notre espérance de vie.

4) Pour l’essentiel c’est aujourd’hui la culture, et non plus l’hérédité génétique, qui détermine la survie ou la mort des individus. L’évolution est alors non plus génétique, mais mémétique* – c’est-à-dire impliquant les idées, la culture. Pour d’autres chercheurs, l’évolution génétique se poursuit, mais « à l’envers ». Certaines caractéristiques de la vie moderne conduisent à un changement évolutif qui nous rend moins aptes à la survie.

5) Une des particularités de notre espèce est que nous avons le pouvoir d’agir sur les moteurs de l’évolution. Nous avons dirigé l’évolution de nombreuses espèces animales et végétales, et nous pouvons sans doute diriger la nôtre. Ce pouvoir a fait naître maintes tentations eugénistes – l’idée que la société devait suppléer à la sélection naturelle pour éviter la dégénérescence de l’espèce.

6) À la question « à quoi ressembleront les hommes du futur ? », vous obtiendrez deux sortes de réponses. La première, tout droit sortie des films de science-fiction, évoque des êtres dotés d’un énorme cerveau, d’un front très haut et d’une intelligence supérieure. La seconde affirme que l’homme n’évolue plus physiquement, sa puissance technologique l’ayant soustrait à la sélection naturelle, et que son évolution n’est plus que culturelle.

7) Un jour, peut-être, nous aurons le pouvoir d’introduire une nouvelle espèce humaine dans notre monde. Allons-nous suivre cette voie ? Ce sera à nos descendants d’en décider.

8) Comme Steven Jay Gould le soulignait, les fossiles, y compris ceux de nos propres ancêtres, nous indiquent que le changement évolutif n’est pas un processus continu : il apparaît par à-coups, sans orientation ni direction précises. Les organismes peuvent devenir plus petits aussi bien que plus grands. Toutefois, l’évolution a effectivement montré au moins une constante : un accroissement de la complexité, qu’elle soit anatomique, physiologique ou comportementale.

* La mémétique utilise le concept, dû à Richard Dawkins, de « mème » (élément de comportement transmis par imitation) pour étudier les évolutions de la culture dans une approche darwinienne étendue. Si la génétique se base sur le concept de gène pour étudier le vivant, la mémétique se base sur le concept de mème pour étudier la culture.

Source : https://www.pourlascience.fr/sd/evolution/homo-sapiens-evolue-t-il-encore-3084.php

La croissance étouffée par ses déchets

Nos déchets forment désormais de véritables couches géologiques. Il est certain qu’aucune créature autre que l’homme n’a jamais réussi à souiller son nid en un temps aussi court.

Dans son livre, Homo detritus, critique de la société du déchet, Baptiste Monsaingeon constate que jusqu’à la fin du XIXe siècle, le déchet n’existe pas. Les excreta urbains servent de matières premières, les chiffons sont récupérés, les boues organiques (épluchures et boues noires) servent de compost pour les paysans. L’apparition des poubelles marque l’abandon de ces vertueuses pratiques de synergie entre villes et campagnes. Le 24 novembre 1883, Eugène-René Poubelle, préfet du département de la Seine, impose aux Parisiens l’usage de réceptacles pour l’enlèvement des ordures ménagères. Sous l’impulsion de l’hygiénisme, on banalise l’idée d’abandonner de la matière sans usage ultérieur. Cette idée est aussi un héritage du « progrès » techno-industriel. On délaisse la vidange des boues urbaines quand Justus von Liebig met au point les engrais chimiques dans les années 1860. Avec la découverte d’un procédé d’extraction de la cellulose, on n’a plus besoin des chiffonniers pour fabriquer du papier. Avant leur interdiction, en 1946, la France en comptait 500 000. On invente donc le déchet, qui désigne toute quantité de matière ou produit destiné à l’abandon, ce qui est toujours sa définition juridique actuelle, sanctionnée seulement en 1975 par la loi française (article L. 541-1-1 du code de l’environnement)*.

Plutôt que de réduire les déchets à la source, compostage privé, abandon total des emballages, chacun son cabas et ses pots en verre, nous faisons la chasse aux rejets intempestifs et aux dépôt sauvages. La civilisation du contrôle tout azimut étend son emprise sur nos comportements quotidiens, sur nos déchets. Il faut ramasser les crottes de son chien, ne pas cracher son chewing-gum, bien trier, ne pas se tromper de sac de poubelle, sinon gare. La brigade verte de la ville veille, des agents assermentés sévissent, procès-verbal et amende, on ne plaisante pas avec les ordures, la propreté administrative doit régner. Demeure un problème majeur, neuf fois sur dix les contrevenants ne sont pas identifiés**. Ce n’est pas à l’âge de pierre qu’on doit revenir, c’est à l’époque pré-urbaine du recyclage intégral sur place. Contraints par le manque d’énergie fossile il faudra bien s’y mettre. Prenez l’exemple des déchets organiques. Sur le plan technique, le lombricompostage domestique est très efficace. Et l’épicerie en vrac*** s’installe. Le changement d’imaginaire s’opère. Ecolo des années 1970 : le déchet est ingérable, la pollution et l’entropie nous submergeront. Ecolo des années 2000 : le déchet est immoral, la planète se vengera. Ecolo des années 2050, victoire, une société sans déchets. Le vert brigadier du futur qui trouvera un déchet pourra dire : « Bizarre, ce déchet-là, je croyais qu’il ne fallait plus le produire ». Nos articles antérieurs sur la question des ordures :

13 janvier 2020, La chasse aux cotons-tiges est ouverte

30 septembre 2018, Un univers sans déchets, possible pour zero waste

21 septembre 2018, Stocamine, le problème insoluble des déchets ultimes

7 octobre 2011, une civilisation étouffée par ses déchets

7 mars 2010, des déchets en héritage

* LE MONDE, 22 décembre 2019, L’abandon des déchets « est un héritage de la modernité industrielle (entretien avec Anne Guillard)

** LE MONDE du 20 février 2020, Déchets : les « brigades vertes », nouvel outil anti-incivilités des communes (Enora Ollivier)

*** Créée au printemps 2013 par Didier Onraita et David Sutrat, day by day, mon épicerie en vrac est née de l’envie de ces deux entrepreneurs de proposer un nouveau concept de magasin de proximité dans lequel le consommateur pourrait trouver les produits du quotidien vendus en vrac. En moins de 4 ans, day by day a déjà ouvert 40 magasins et ambitionne d’avoir plus de 100 magasins en France et à l’Etranger d’ici deux ans.

Liste des magasins day by day en France disponible ici : http://daybyday-shop.com/magasin

Cités surpeuplées ne peuvent être fertiles

Les gouvernements qui se disent écolos, ils ne sont pas nombreux, nous bourrent le mou. Le ministre français chargé de la ville, Julien Denormandie, veut développer l’agriculture urbaine, reverdir la ville, la rendre durable et désirable… tout un programme qui n’est encore que parole. Extrapoler pour la planète n’est que pur fantasme. Il suffit de reprendre ce que dit Denormandie : « D’ici à 2050, 70 % de la population mondiale vivra en ville. Si les villes occupent 2 % de la surface du globe, elles représentent deux tiers de la consommation mondiale d’énergie et émettent 80 % des émissions de CO2. »* Rappelons les faits qui empêchent toute politique cohérente :

Au lieu d’être progressive, l’explosion urbaine est devenue « violente », particulièrement en Afrique : les villes y passeront de 350 millions d’habitants en 2005 à 1,2 milliards en 2050. Quand les habitants des bidonvilles constituent déjà en moyenne 36 % des citadins dans les pays dits « en développement », cela veut dire que ce n’est pas une urbanisation gérable, ce n’est donc pas une évolution durable. Jamais on ne pourra mettre de l’électricité, de l’eau courante et des routes goudronnées partout. Jamais on ne pourra mettre en place des services urbains à la portée de tous. Jamais on ne pourra trouver un emploi à cet afflux de main d’œuvre. Jamais il n’y aura assez de policiers (étymologiquement « créatures de la cité ») pour contrôler une société non policée. Au niveau de la France, on essaye désespérément depuis quelques années de trouver des solutions agricoles en milieu urbain. Il y a les tentatives de villes en transition (Rob Hopkins), la bonne idée des AMAP (association pour le maintien d’une agriculture paysanne), la vogue des locavores, les incroyables comestibles, etc. Mais les villes étendent toujours leurs tentacules dans toutes les directions et stérilisent toujours plus loin les sols. Elles ne se prêtent pas aux plantations en pleine terre, et de toute façon comment gérer un potager au bas d’un HLM ou dans un bidonville ?

Pourtant, parce que l’urbanisation arrive au sommet de son inefficacité, nous restons optimistes. Historiquement la vie biologique comme la vie sociale suivent des cycles. L’essor d’une civilisation s’accompagne d’une croissance des villes, son effondrement provoquera une désurbanisation. Comme il y a le pic pétrolier, le pic du phosphore, le peak fish… il y  aura bientôt le pic de l’urbanisation. Nous retournerons bientôt au rythme ancestral qui privilégie les campagnes, l’agriculture vivrière et l’artisanat de proximité ; en termes contemporains, il nous faut retrouver des communautés de transition qui soient à l’échelle humaine. Il faudra pour cela que nous soyons beaucoup beaucoup moins nombreux !

Nos articles antérieurs sur ce blog biosphere :

24 janvier 2019, Cultiver la nature en ville ou désurbanisation ?

16 mai 2012, Pic de l’urbanisation, effondrement d’une civilisation

22 septembre 2009, désurbanisation

* LE MONDE du 6 février 2020, « Cités fertiles », matériaux biosourcés… Le plan du gouvernement pour reverdir la ville

Croissance, un objectif économique complètement débile

Au début des années 1970, l’idiotie de la croissance économique n’était encore perceptible par personne. Étudiant en faculté de sciences économiques entre 1967 et 1971, j’en sais quelque chose. Tout autour de moi on ne jurait déjà que par la croissance, les « Trente  Glorieuses ». C’est idiot, c’est un déni de réalité. Le 15 Juin 1972, je découpe un article sur le cri d’alarme de Sicco Mansholt, président de la commission du Marché commun : « La race humaine, menacée par la pollution, l’accroissement démographique et la consommation désordonnée de l’énergie, doit modifier son comportement, si elle veut tout simplement ne pas disparaître… La grande crise devrait culminer autour de l’an 2020. » Même jour, un autre article où s’exprime Philippe Saint Marc : « Nous sommes dans un train qui roule à 150 km/h vers un pont coupé. Le monde court à la catastrophe écologique s’il ne procède pas rapidement à une réorientation fondamentale de la croissance économique. » Ces déclarations se basaient sur le rapport au club de Rome (sur les limites de la croissance) publié en juillet 1971. J’ai lu ce livre aussitôt que paru en langue française.

Considérant le temps de doublement relativement court de nombreuses activités humaines, on arrivera aux limites extrêmes de la croissance en un temps étonnamment court. Notre modèle d’analyse des systèmes traite cinq tendances fondamentales : l’industrialisation, la population, l’alimentation, les ressources naturelles non renouvelables et la pollution. Les interactions sont permanentes. Ainsi la population plafonne si la nourriture manque, la croissance des investissements implique l’utilisation de ressources naturelles, l’utilisation de ces ressources engendre des déchets polluants et la pollution interfère à la fois avec l’expansion démographique et la production alimentaire. Chaque jour pendant lequel se poursuit la croissance exponentielle rapproche notre écosystème mondial des limites ultimes de sa croissance. Étant donné les temps de réponse du système, si l’on attend que ces limites deviennent évidentes, il sera trop tard. Décider de ne rien faire, c’est donc décider d’accroître le risque d’effondrement. [Donella H.Meadows, Dennis L.Meadows, Jorgen Randers et William W.Behrens III du Massachusetts Institute of Technology, The Limits to Growth (traduction française Halte à la croissance ? aux édition Fayard, 1972)]

Exactement comme un cancer qui étend ses métastases et finit par détruire les système vitaux sur lesquels il repose, une économie en expansion continue détruit de plus en plus rapidement l’hôte qui le nourrit, la Biosphère. La croissance pour la croissance, c’est l’idéologie de la cellule cancéreuse. Que faut-il faire ? Sicco Mansholt répondait : « Il faut réduire notre croissance purement matérielle, pour y substituer la notion d’une autre croissance, celle de la culture, du bonheur, du bien-être. C’est pourquoi j’ai proposé de substituer au PNB « l’Utilité nationale brute » ou, comme on le dit plus poétiquement en français, le Bonheur national brut. » Sauf à attendre une avancée technique improbable qui de toute façon va créer plus de problèmes qu’elle n’en résoudra, il n’y avait pour moi qu’une seule réponse, en phase avec les réalités biophysiques : je suis devenu objecteur de croissance avant la popularisation de cette expression car la volonté d’augmenter indéfiniment le PIB dans un monde fini me paraissait une absurdité. La décroissance humaine, qu’elle soit décroissance démographique, décroissance productive ou décroissance de la vanité humaine, est la seule issue raisonnable à la crise qui s’annonce. L’histoire de notre vie est rythmée par la naissance, la croissance et la mort. On ne peut échapper aux cycles de la nature, surtout quand on se croit une grande et admirable civilisation.

(extraits de « On ne naît pas écolo, on le devient », Michel Sourrouille aux éditions Sang de la Terre)

Biomimétisme, détruire la nature

Le biomimétisme – s’inspirer du vivant pour mettre au point des systèmes productifs et technologiques performants – est annoncé comme l’avenir, mais celui-ci n’arrive que trop lentement à en croire le monde industriel et ses représentants. Idriss Aberkane, professeur à l’Ecole centrale, avait en 2016 rappelé les trois phases qui caractérisent selon lui toute révolution : « Comme pour le droit de vote des femmes ou la fin de l’esclavage, on dit “c’est ridicule”, puis “c’est dangereux” et enfin “c’est évident”. » Et d’asséner le credo du biomimétisme : « La nature est un laboratoire de recherches vieux de 4 millions d’années, une bibliothèque fabuleuse qu’il faut arrêter de détruire. »* Deux masters ouvriront en 2020, s’inspirant de l’ingéniosité du vivant avec le fabuleux prétexte de mieux le préserver en retour. « On va enfin en finir avec cet enseignement en silo, qui isole les biologistes des physiciens, des chimistes et des mathématiciens », se réjouit Laurent Billon, coresponsable du futur master en matériaux bio-inspirés de Pau.**

Mais quel est l’intérêt véritable de s’inspirer des marteaux de la petite crevette-mante qui percent les blindages de coquillages pour réaliser des torpilles, ou la mise au point par des chercheurs du Boston Dynamics (financé par la défense) de robots amphibies équipés d’armes. Pour trois drones télécommandés, deux robots quadrupèdes armés de caméras et une poignée de catamaran qui marchent sur l’eau, combien d’insectes, combien de passereaux etc. etc. disparaissent simultanément par dizaines de milliers d’espèces ? Il y a beaucoup de fantasmes autour de l’imitation des insectes. Le concept de « robot bees »

[robot abeille]

permettrait une pollinisation des fleurs mais parallèlement, rien n’est entrepris pour enrayer le déclin des insectes pollinisateurs. Le velcro issu de la bardane, les ailes d’avion inspirées des cigognes, les maillots de bain peau de requin… tout cela a fonctionné mais les bénéfices pour la biodiversité sont infinitésimalement ténus. On dépense des sommes folles pour savoir s’il peut y avoir de la vie sur Mars alors qu’on a encore une connaissance très fragmentaire du monde vivant planétaire ! Avec un biomimétisme qui renforce la technoscience et son emprise destructrice sur le monde vivant, nous sommes loin des « principes des écosystèmes pour guider notre bioéconomie » selon Gauthier Chapelle, spécialiste du biomimétisme  : « Le temps du vivant couvre 3,8 milliards d’années sans surexploitation de la planète. Pourquoi ce miracle de durabilité ? Parce que tous les organismes vivants jusqu’à présent…

s’appuient sur la coopération et la diversité ;

utilisent les déchets comme matériaux ;

s’approvisionnent localement ;

ne surexploitent pas leurs ressources ;

récoltent en permanence des informations et s’y ajustent ;

optimisent plutôt que maximisent ;

utilisent l’énergie solaire (à 90 %) avec efficacité ;

s’interdisent les toxiques persistants ;

rebondissent après les chocs. »

Les humains pratiquent l’inverse de ces lois favorisant l’équilibre naturel. Le système industriel repose sur compétition et concurrence, prédation du sol, du sous-sol et des mers, libre-échange mondialisé, surexploitation des ressources renouvelables ou non, ajustement inexistant à leurs connaissances (pensez au refus de la carte carbone par exemple), maximisation du toujours plus, utilisation forcenée des énergies fossiles non renouvelables, usage généralisé de toxiques persistants… Biomimétisme ou non, nous aurons donc de fortes chance d’avoir beaucoup de difficultés à rebondir après le prochain choc pétrolier et/ou un effondrement financier,.

* LE MONDE du 5 juillet 2016, Le biomimétisme, ou comment s’inspirer de la nature plutôt que la détruire

** LE MONDE du 13 novembre 2019, Le biomimétisme se déploie dans l’enseignement supérieur

Agribashing et retour à la paysannerie

Comment faire passer en quelques années seulement la population active agricole de 2 % comme actuellement à 36% comme cela était en 1946 ? Tel est le dilemme posé par la conversion écologique et le retour à une paysannerie de polyculture. Car disons-le tout net, l’agriculture industrielle est devenue démentielle. Le film « Au nom de la terre », d’Edouard Bergeon, réalisateur fils d’agriculteur, conte l’histoire vraie d’un agriculteur conduit au suicide par les déboires qu’il connaît sur son exploitation… Le poulailler de Philippe peut accueillir jusqu’à 130 000 volailles… Hélène, une éleveuse fait visiter l’un de ses poulaillers et ses 19 000 poussins de deux jours. Avant d’entrer, il a fallu passer dans un pédiluve, puis s’équiper de pied en cap, combinaison intégrale et surchaussures. Les paysans ont disparu pour laisser leur place à des « exploitants », avec obligation de se spécialiser pour pouvoir survivre. Mais si on a 200 bêtes ou 200 hectares de cultures, alors on devient des salopards, à la tête d’une ferme-usine. Le changement à marche forcée passe donc par les agressions et la culpabilisation. « Agribashing » , le mot n’est pas vieux, deux ans à peine, une mise en cause massive et généralisée qui revient à contester en bloc les pratiques agricoles, l’utilité sociale des agricultures et jusqu’à leur existence. « Les opposants animalistes ne souhaitent pas améliorer les conditions de vie des animaux : ils veulent mettre fin au système dans son ensemble. Des activistes de Boucherie Abolition en arrivent même à des actions extrémistes. Sous l’égide des préfets, cinq départements ont déjà instauré des comités de lutte contre les actes de malveillance dans le milieu agricole »*.

Le voisin néo-rural est devenu l’adversaire, toujours prêt à bondir pour défendre l’environnement – le sien, d’abord – contre l’ogre paysan. Il y a deux ou trois générations, tout le monde avait des racines proches à la campagne. Maintenant, c’est terminé, la rupture est consommée. L’élevage travaille avec le vivant, ce qui implique un contact avec la mort, mais aussi avec des bruits, des odeurs… Et des gens arrivent qui n’avaient plus aucun lien avec le vivant. II n’y a plus de langage commun. Le retrouver demandera des efforts de toute la population, l’abandon de la nourriture industrielle et d’un système, y compris syndical (FNSEA) qui a poussé au productivisme agricole. Pour en savoir plus, nos articles antérieurs sur ce blog biosphere :

9 février 2016, pour un retour des paysans contre l’agriculture industrielle

15 mars 2014, semences paysannes contre marchandisation de la vie

26 janvier 2013, Un modèle pour l’écologiste, le paysan Paul Bedel

24 novembre 2012, Paul Bedel, Testament d’un paysan en voie de disparition

22 août 2009, tous paysans en 2050

25 mars 2009, le retour des paysans

9 octobre 2008, paysans de tous les pays, unissez-vous

* LE MONDE du 8 novembre 2019, Le discrédit agricole

Effondrement, bientôt une terre inhabitable

David Wallace-Wells signe en juillet 2017 dans le New York Magazineun article en Une, « Catalogue de la Terre condamnée ». A l’intérieur, l’enquête d’une vingtaine de pages, titrée « La Terre inhabitable », s’ouvre sur ces mots : « La situation est, je vous le promets, bien pire que vous le pensez. » Terrifiant, l’article fait l’effet d’un électrochoc : il devient le papier le plus lu de l’histoire du magazine (plusieurs millions de lecteurs). Rien de nouveau sous le soleil, un supplément du Nouvel Obs titrait en 1972 en France « La dernière chance de la terre ». L’éditorial d’Alain Hervé, qui nous a quitté il y a peu, était prémonitoire : « Depuis un siècle, au nom de progrès qui faisaient la spécificité et la fierté des hommes, a commencé la plus gigantesque entreprise de destruction qu’une espèce ait jamais menée contre le milieu qui soutient la vie et contre la vie elle-même. La plus spectaculaire des opérations-suicide. La Terre est en danger. Elle a été mise en danger notamment par le développement de la civilisation industrielle occidentale. C’est ce qu’on appelle le péril blanc. Océans pollués, terres stérilisées, atmosphère empoisonnée, tissu social disloqué, civilisations tribales écrasées. Pendant ce temps des imbéciles, qui ne sont même pas heureux, chantent des hymnes au progrès : le produit national brut s’accroît, la consommation d’énergie s’accroît, la population s’accroît. » De même le premier numéro du mensuel La Gueule ouverte sous-titrait en novembre 1972 « le journal qui annonce la fin du monde » ! Son éditorialiste, Pierre Fournier, écrivait : « Pendant qu’on nous amuse avec des guerres et des révolutions qui s’engendrent les unes les autres en répétant toujours la même chose, l’homme est en train, à force d’exploitation technologique incontrôlée, de rendre la terre inhabitable, non seulement pour lui  mais pour toutes les formes de vie supérieures. Le paradis concentrationnaire qui s’esquisse et que nous promettent ces cons de technocrates ne verra jamais le jour parce que leur ignorance et leur mépris des contingences biologiques le tueront dans l’œuf. La catastrophe, beaucoup plus prochaine que vous ne l’imaginez, ne pourrait être évitée que par une réforme des habitudes mentales encore plus radicale encore que celle jadis opérée par les rédacteurs de la Grande Encyclopédie. »* Que nous apprend de plus David Wallace-Wells dans son livre La Terre inhabitable (Robert Laffont) ?

« Nous sommes entrés dans la décennie la plus cruciale de l’histoire de l’humanité. Notre espèce entière traverse un dilemme existentiel, et quelle qu’en soit l’issue, le sens de nos existences sera révélé. Même si vous avez une voiture électrique et que vous ne mangez pas de viande, en étant le citoyen privilégié d’un pays du Nord, vous bénéficiez de l’économie fossile. Nous faisons tous partie d’un grand récit, qui ne se limite pas à la conspiration de cinq compagnies pétrolières, mais est la saga de notre addiction aux conforts bon marché du consumérisme. La moitié des émissions de gaz à effet de serre jamais produites l’ont été au cours des trente dernières années, c’est-à-dire de mon vivant. Ma vie contient cette histoire, qui nous a menés d’une situation stable à une catastrophe imminente. »* Il croit que la peur peut être un détonateur efficace pour prendre conscience de la gravité de la situation. Rien de nouveau sous le soleil, les livres des collapsologue et autres effondristes font un tabac en France. On le sait déjà, nous serons cuits comme des merguez, ou asphyxiés par un air irrespirable, ou sans ressources avec l’effondrement de l’économie. 

La seule différence entre 1972 et maintenant, c’est le fait que les précurseurs de l’écologie, aidés depuis par de multiples études scientifiques et moult reportages, ont fait germer les graines de l’inquiétude dans l’opinion publique. Le problème, c’est que nous avons perdu presque cinquante ans, bercés par un confort factice et non durable. C’est pourquoi notre blog biosphere pratiquait sadiquement la pédagogie de la catastrophe, exemples :

19 juillet 2019, Le survivalisme, pour résister à l’effondrement

18 juillet 2019, Les enfants face à l’effondrement global

6 juin 2019, Trois intellectuels envisagent l’effondrement

12 mars 2019, Fermeture des centrales à charbon et effondrement

18 décembre 2018, Effondrement, un appel à témoignage dans LE MONDE

19 novembre 2017, effondrement, le risque agricole/alimentaire

26 juin 2017, l’Effondrement global avant 2030, une prévision de Cochet

25 novembre 2016, Pourquoi s’inquiéter de l’effondrement annoncé ?

22 novembre 2016, L’effondrement prévu de la société thermo-industrielle

21 juillet 2016, Trop tard pour éviter l’effondrement thermo-industriel

26 septembre 2015, Climat : les mécanisme complexes de l’effondrement

25 avril 2015, Collapsologie : l’effondrement démographique prévisible

16 octobre 2014, Fragilité et effondrement : une prévision de Dmitry Orlov

13 mai 2014, L’effondrement de la civilisation, texte venu du futur

8 octobre 2013, l’effondrement programmé de la méga-machine

12 avril 2013, Bientôt l’effondrement auquel personne ne veut croire

7 février 2013, Ceci n’est pas une crise, mais un effondrement global

27 août 2012, mécanismes d’un effondrement économique rapide

16 mai 2012, Pic de l’urbanisation, effondrement d’une civilisation

20 avril 2012, Chronique d’un effondrement annoncé, de Tainter à Greer

19 avril 2012, Effondrement de notre civilisation sous son propre poids

19 mars 2012, effondrement des villes, explosion des inégalités

9 janvier 2012, L’effondrement social avant 2030 ? Parions !

29 janvier 2011, l’effondrement volontaire de la population

14 mai 2010, l’effondrement de notre société (suite)

13 mai 2010, l’effondrement de notre société complexe

10 décembre 2007, syndrome d’effondrement (pour les abeilles)

NB : texte dédié à notre inspirateur éclairé, Yves Cochet

* LE MONDE du 7 novembre 2019, Climat : le scénario apocalyptique de David Wallace-Wells

Homo sapiens, demens… disparitus !

homo demens (Michel Tarrier)

Notre espèce du genre Homo fut décrite en 1758 par Carl von Linné et élogieusement nommée sapiens. Or Homo sapiens n´est rien de plus qu’une espèce parmi deux millions d’autres officiellement recensées. Sauf que l´humain brille par l´ampleur des destructions qu´il opère sur les écosystèmes. Sans doute parce que sa fameuse conscience n´a pas pris conscience qu´il s´agissait des murs de sa propre maison, cette maison dont il retire chaque jour une ou plusieurs briques. Notre politique est bien celle de la terre brûlée. Pour les trois quarts de l´humanité, la Terre-nourricière ne l´est déjà plus. Nous, Homo demens, vils urbanistes, économistes imbus, agronomes-valets ou politiques impérieux, fourbes et bouffis, nous ne sommes pas sapiens, nous ne le sommes plus. Homo sapiens n’est qu’une sombre brute.

homo disparitus (Alan Weisman)

Et si le pire arrivait ? Si par le miracle d’un virus mutant la population humaine était balayée de la surface de la Terre ? Alan Weisman envisage l’hypothèse qu’homo sapiens devienne ainsi « Homo disparitus » (éditions Flammarion) et s’interroge sur le devenir de la planète. Après les dinosaures, l’extinction de l’espèce humaine ! C’est alors que les réseaux péniblement entretenus par des myriades d’humains  se briseraient rapidement, les canalisations d’eau exploseraient avec le gel, les métros souterrains seraient envahis par les eaux, les barrages et canaux engorgés de vase déborderaient, la végétation recouvrirait le bitume et le béton, tout ce qui fait les routes et les villes, les maisons et les usines disparaîtrait du regard. Ce processus ne prendrait que quelques centaines d’années. Mais les métaux lourds comme le plomb, le mercure ou le cadmium mettraient des millénaires à être recyclés et la concentration en gaz carbonique dans l’atmosphère ne retrouverait des niveaux pré-humains que dans au moins 100 000 ans. Il faudra même attendre que les processus géologiques refaçonnent la surface de la Terre pour que soit anéanti le plastique de la poupée Barbie.

homo domesticus (James C. Scott)

Ereinté, cassé en deux au milieu de son champ à prendre soin de ses pommes de terre, un cultivateur se demande tout à coup si c’est vraiment l’homme qui a domestiqué la patate, ou l’inverse. Ce ne sont bien sûr ni la patate ni les céréales qui ont domestiqué sapiens mais une succession d’événements culminant avec l’émergenced e l’Etat. Les données archéologiques montrent que la sédentarisation des populations dans des zones humides aux ressources nombreuses et variées permettait de faire coexister une variété de modes de subsistance – agriculture occasionnelle mais aussi chasse, pêche, cueillette. Et que des millénaires se sont écoulés ainsi entre le Tigre et l’Euphrate sans qu’apparaissent les signes d’une centralisation du pouvoir (érection de murailles, concentration démographique, intensification agricole, administration, architecture monumentale, etc.). Mais la nécessité de rationaliser les pratiques agricoles conduit à accentuer la culture du blé et de l’orge. Ce sont elles qui permettent le développement de l’Etat. Plus que toute autre production agricole, les céréales facilitent le contrôle de l’activité des sujets-cultivateurs, le prélèvement de l’impôt, le stockage – contrairement à la majorité des autres plantes cultivées, qui pourrissent trop vite ou arrivent lentement à maturité. Le grain : voilà l’ennemi ! Partout, de l’Amérique centrale au Fleuve jaune, la céréale est un instrument de domination des hommes, soumis à un travail incessant. Par rapport aux chasseurs-cueilleurs, la gamme d’expériences qui caractérisait l’agriculteur était beaucoup plus étroite et sa vie en était appauvrie, tant sur le plan culturel que rituel. L’assujettissement, l’ennui, les altérations physiologiques sont liées au labeur et à une alimentation peu diversifié. Les premiers villages du Proche-Orient ont domestiqué les plantes et les animaux, les institutions urbaines ont domestiqué les humains. 

Homo œconomicus (Jean-Paul Fitoussi et Eloi Laurent)

Nous sommes aujourd’hui huit à dix fois plus riches, en moyenne, que nos grands-parents. Mais qu’en est-il de la répartition des revenus et des inégalités de toutes sortes ? Dans une société où prévaudrait un sentiment d’injustice, où les tendances au repli sur soi et au conflit domineraient, il nous semble qu’il y aurait peur de place pour l’altruisme intergénérationnel. L’homo oeconomicus, le fou rationnel comme dirait Amartya Sen, n’a d’intérêt que pour lui-même, en ce que son bien-être est supposé totalement indépendant de celui des autres. Il est difficile de postuler, dans un monde où l’équité horizontale (intragénérationnelle) ne tiendrait aucune place, que l’équité verticale (intergénérationnelle) préoccuperait la société. La décroissance qui importe véritablement est celle des inégalités. ( Homo domesticus. Une histoire profonde des premiers Etats (Against the Grain. A Deep History of the Earliest States), de James C. Scott))

homo sapiens (François Ramade)

Notre espèce a éradiqué peu à peu toutes les autres espèces de grande taille qui lui étaient proches, les autres Homo comme la grande faune. En outre, autre indice d’une animalité incomplète, l’homme n’a plus régulé ses effectifs à partir du néolithique, à l’opposé de ce que font les autres espèces animales supérieures qui représentent ce que l’on dénomme en écologie des espèces K, que privilégient le développement au détriment de la reproduction. La stratégie r est adoptée normalement par des petits mammifères de faible longévité et de croissance rapide. L’homme constitue la seule espèce de grand Primates qui se comporte depuis le néolithique comme un stratège r. Par ailleurs, à la pression insensée qu’exerce depuis déjà longtemps la surpopulation humaine sur la nature et ses ressources, se sont ajoutées les conséquences parfois calamiteuse du développement de technologies pas toujours maîtrisées, ce qui a accru de façon exponentielle l’impact effectif de nos espèce non seulement sur la biosphère, mais bien au-delà sur l’écosphère.

homo technologicus (Michel Puech)

 Dans Homo Sapiens Technologicus, ce qui fait problème, ce n’est pas Technologicus, c’est Sapiens. Ce que pense la philosophie première, c’est la présence des humains au monde. Dans les technologies spectaculaires, il ne passe pas grand-chose de cette présence. Il y a un collectif symbolique, qui est une symbolique du pouvoir : dangereuse, un peu surannée, à la limite du ridicule. En l’absence de consensus moral, aucune base commune de valeurs n’est disponible pour statuer sur la technologie et nous sommes toujours à la recherche de ce que serait une société technologique démocratique et pas seulement libérale. Jusqu’ici, l’immense majorité de l’humanité a vécu sans le confort moderne, c’est-à-dire eau et gaz à tous les étages. Si c’est à ce niveau de dispositif matériel que l’on situe le problème des mal-logés, alors la seule voix autorisée pour parler du confort est celle de l’INSEE et de ses normes. On peut espérer mieux. La technologie ne nous pose pas un problème de savoir, mais un problème de sagesse. Nous n’avons pas besoin d’un savoir supplémentaire. Nous avons besoin d’une sagesse, d’une maîtrise de la maîtrise du monde qui ne peut être qu’une maîtrise de soi.

Jane Goodall à l’heure du chimpanzé humain

A 85 ans, l’éthologue et primatologue Jane Goodall aime encore nous raconter des histoires*:

« En 1957, aucun zoologiste ne faisait d’observations de terrain . Les animaux sauvages n’étaient connus qu’en captivité. Il n’y avait aucune méthode scientifique que je pouvais suivre. Je devais gagner la confiance des primates. Ils n’avaient jamais vu de singe blanc comme moi, dit-elle en riant. Au bout de quatre mois, je n’avais toujours pas fait d’observations majeures.U n jour, je voit le singe alpha se servir d’une tige pour attraper des termites pour son déjeuner. Une révolution ! On pensait alors que l’outil était le propre de l’homme. Or les animaux étaient dotés de la même capacité à se servir d’outils dans leur vie quotidienne. Nous faisons partie du règne animal. Nous avons tellement en commun biologiquement et en termes de comportement. Nous devons accepter le chimpanzé comme humain. » Jane Goodall relève toutefois une différence qu’elle pense majeure entre l’homme et les primates : « C’est la progression explosive de notre intellect. Si nous sommes capables d’envoyer une fusée sur Mars, nous pouvons trouver des solutions aux problèmes de la planète. »

En 1965, la National Geographic Society accepte de lui financer une nouvelle mission, à condition de pouvoir filmer et photographier la chercheuse dans la forêt primaire : « J’ai fini par accepter le fait qu’il y avait deux Jane : celle qui vous parle, et l’icône qui a été créée à la fois par le National Geographic et par les choses inhabituelles que j’avais faites. Je n’avais pas demandé cette médiatisation, je ne l’avais pas voulue. Mais à un moment, j’ai réalisé que je pouvais m’en servir. »

En 1986, la primatologue prend un nouveau virage : alors qu’elle se rend à une conférence d’éthologues à Chicago, aux Etats-Unis, elle est submergée par les constats alarmants sur l’état des forêts tropicales dans le monde. « Je me suis rendue à cette conférence en tant que scientifique. J’en suis repartie en tant qu’activiste. »

« Je sais que chaque année il me reste un peu moins de temps pour vivre. Alors j’essaie chaque année d’en faire un peu plus. Je ne me battrais pas si je ne pensais pas que cela pouvait faire la différence. Et même si à la fin j’échoue, je mourrai en me battant. »

« Je me soucie passionnément de l’environnement, je me soucie passionnément des enfants. Et plus les perspectives sont sombres, plus je suis déterminée »

« Les jeunes sont la principale raison de mon optimisme. Ce n’est pas qu’ils peuvent changer le monde. Ils sont en train de changer le monde. 

« En lui donnant un peu de temps, et parfois un peu d’aide, la nature peut regagner la place qu’on lui a volée. »

Sur ce blog biosphere, le point de vue global de Jane : « Si nous tenons à notre avenir, il y a trois problèmes majeurs en apparence insolubles que nous devons absolument surmonter. Le premier est la pauvreté. Si vous êtes très pauvre et vivez dans une région rurale, vous êtes forcé de détruire votre environnement – vous devez cultiver davantage de nourriture, ou fabriquer du charbon de bois. Deuxième problème – et le plus difficile à résoudre : nous devons lutter contre le mode de vie consumériste de tous ceux qui ne sont pas les plus pauvres. Nous avons à notre disposition bien plus de choses que ce dont on a besoin. Enfin, il est impératif de réduire le taux de croissance démographique. Il est tout à fait absurde de penser qu’il peut y avoir une croissance économique illimitée dans un monde aux ressources naturelles limitées. Même le pape François nous dit que ce n’est pas parce que nous avons la capacité de nous reproduire comme des lapins que nous sommes obligés de le faire ! (LE MONDE idées du 5 janvier 2019) »

à lire, son livre de 2008, Nous sommes ce que nous mangeons

* LE MONDE du 11-12 août 2019, Jane Goodall : « Plus les perspectives sont sombres, plus je suis déterminée »

Sylvie Brunel, la Claude Allègre du climat

Claude Allègre a trouvé un bon successeur à ses élucubrations, Sylvie Brunel. Elle fait encore plus fort, elle nie tout, la surpopulation, les méfaits du réchauffement climatique, l’extinction des esces, les impasses technologiques, l’abêtissement de la populationIllustration de son anti-écologisme primaire: « Une planète bientôt invivable nous est prédite. Certains en viennent à détester l’humanité, au point de voir en chaque bébé une mauvaise nouvelle. Il y aurait les bons, ceux qui vivent conformément au respect de la planète, et les mauvais, qu’il faudrait excommunier, voire éliminer. La haine se déchaîne. La géographie au contraire nous invite à traiter les grandes questions de notre époque avec mesure. Nous ne sommes pas « trop nombreux ». Le surpeuplement est une notion relative, une agriculture intelligente nourrit bien plus d’êtres humains à l’hectare sans abîmer les écosystèmes que la chasse, la cueillette ou l’essartage. Mieux vaut aider l’Africain pauvre à se développer que financer des milices armées pour protéger les éléphants et les tigres. Plus le niveau de vie d’un pays s’élève, plus il se préoccupe de son environnement et plus il a les moyens de le réparer. La ressource est inépuisable car elle dépend de l’ingéniosité humaine, la capacité de réparation et d’adaptation est inépuisable… à condition d’avoir reçu l’éducation nécessaire. Non, nous ne courons pas à la catastrophe : certes les atteintes à la planète sont importantes mais nous avons désormais les moyens de la réparer. Il n’est aucune irréversibilité. La vision d’une trajectoire d’érosion de la biodiversité globale repose sur une méconnaissance de l’état réel de l’ensemble de la faune et de la flore mondiale. Dans ce milieu profondément anthropisé qu’est la ville, une nouvelle biodiversité est en train de naître. Au lieu de nous demander sans cesse quelle planète nous allons laisser à nos enfants, il faut léguer des enfants intelligents à la planète. »* Quelques commentaires bien sentis sur lemonde.fr :

Scoubi Dou : Ça fait honneur au Monde que de publier un tel article après avoir donné la parole aux marketeux de la peur climatique. Si je ne suis pas compétent pour juger de qui à raison ou tort, je peux au moins me rendre compte que les collapsologues vivent des peurs qu’ils génèrent…

Chardon Marie : Alors maintenant le nouveau truc c’est que c’est mal de tenir un discours qui est ressenti comme catastrophiste ou anxiogène par certains. Bon très bien, dans ce cas ne parlons plus s’il vous plaît des épidémies, du cancer, de la faim, de la violence, des guerres parce que ça fait bobo à mon ptit cœur tout mou. Honnêtement, cette fois je n’ai même pas terminé l’article tellement la désinformation est énorme. Rien n’est irréversible ? Mme Brunel n’a pas entendu parler de l’extinction des espèces animales et végétales, des récoltes qui brûlent sur pied, des vignes qui grillent, des arbres qui se dessèchent ?

ChP : Dormez braves gens, dormez, écoutez la chanson rassurante de Sylvie Brunel. Il n’y a pas de problème puisque tout problème a sa solution, grâce au génie humain. La chanson de S. Brunel n’est pas une bonne nouvelle. Mais c’est celle que la majorité des gens veut entendre.

Jujuke : Pourquoi dès qu’il s’agit de sciences et non plus de faits d’actualités le Monde se permet-il de publier des fake news ? Quel avenir Sylvie Brunel nous propose-t-elle ? Celui d’une terre inhabitable sous la latitude de la France mais où nous serions heureux d’aller ensemencer les prairies arctiques ? Quelle preuve avons-nous de la marge de manœuvre restante au génie humain ?

Julien Garcia : Voici un exemple typique de l’expert qui donne son opinion tout en étant en dehors de son domaine d’expertise. Mme Brunel n’est ni climatologue pour parler du caractère réversible ou non des changements en cours, elle n’est pas non plus biologiste pour pouvoir en prédire les conséquences sur le vivant, et elle se permet au passage de traiter les spécialistes du sujet d’ignorants dont l’opinion serait basée sur des connaissances incomplètes, quand bien même elle n’est absolument pas qualifiée pour détenir une telle vérité. Là est le danger, il est trompeur d’accorder une valeur de connaissance à un tel discours venant de la part d’une personne qui n’a aucune légitimité scientifique sur le sujet…

Marco Prolo : Avez-vous lu le rapport de l’Ipbes? Une espèce éteinte est une espèce éteinte pour de bon. Tout le génie humain n’y pourra rien. L’humilité est le mot qui semble avoir le moins de sens pour Sylvie Brunel.

PHILEMON FROG : Madame Brunel que l’on voyait certains vendredis dans le 28 mn d’Arte défendre l’agriculture intensive et dénigrer la révolution Bio fait ici sciemment l’amalgame entre le catastrophisme qui est un courant tout à fait marginal et le progressisme écologique qui propose mille solutions de développement durable : transition énergétique, mutation alimentaire, modification des comportements (économie, loisirs…), etc. Son combat de croisée anti-écologie, anti-bio, hostile à tout changement de notre rapport au monde, est lui-même un catastrophisme par son négativisme radical et dans sa finalité même.

cf. notre précédent article, Sylvie Brunel, la « Claude Allègre » de l’agriculture (2 mai 2015)

* LE MONDE du 26 juillet 2019, « Le changement climatique n’est pas forcément une mauvaise nouvelle »

29 juillet 2019, jour du dépassement

Ce jour, jour du dépassement ou « Global Overshoot Day », toutes les ressources renouvelables de la planète pour 2019 ont été épuisées ; pendant 5 mois, l’humanité va vivre à crédit, puisant dans le capital naturel au lieu de vivre des intérêts que la Terre nous offrait. En d’autres termes, il faudrait 1,75 planète pour satisfaire les besoins annuels de la population mondiale, ce qui est impossible dans la durée puisque nous n’avons qu’une seule Terre. Pire, le calcul de l’empreinte écologique est établi au niveau mondial ; il ne dit rien des inégalités des ponctions sur le stock. Si toute la population mondiale vivait comme celle des États-Unis, il faudrait 5 planètes Terre pour une année de consommation, 2,7 planètes pour la France et 2,2 pour la Chine. Heureusement la France veut rendre notre pays écologiquement compatible et va économiser 1,7 planètes. C’est super-Macron qui va réagir. La secrétaire d’État à l’écologie, Brune Poirson, a en effet twitter : « demain, c’est le jour du dépassement. Avec Elisabeth Borne et Emmanuelle Wargon, nous travaillons quotidiennement pour une économie circulaire à la rentrée. » C’est sûr qu’en supprimant les touillettes en plastique et en signant CETA et Mercosur, nous allons changer le cours de l’histoire… Cet échange pour aller plus loin :

Paul Rasmont : Je ne comprends pas cette notion de dépassement. Nous ne consommons pas en 2019 le blé récolté en 2020.

Qqun : Il est question de dépassement de ce que la nature peut renouveler d’elle-même, et pas de ses ressources en « réserve ». Comme quelqu’un qui dépenserait plus qu’il ne gagne et devrait puiser dans son épargne. Sauf que puiser dans l' »épargne » de la nature revient à la dégrader.

Michel Lepesant : S’il faut 30 ans pour qu’un arbre soit exploitable (de façon soutenable), vous pouvez le couper au bout de 20 ans et en replanter un aussitôt : cela s’appelle vivre à crédit sur le stock de ressources. Supposez que vous avez 30 arbres et que vous n’en coupez qu’un tous les ans : alors votre stock se renouvelle. Mais si vous en coupez 2 tous les ans, dans 15 ans vous aurez toujours des arbres (si vous en avez replanté 2 à chaque fois) mais les 2 plus vieux n’auront que 15 ans. Vous pourrez toujours les couper et dire que vous ne voyez pas le problème : vous êtes en train de vivre au crédit de vos enfants. A la place des arbres, prenez le cabillaud : https://www.lemonde.fr/planete/article/2019/07/26/le-cabillaud-au-bord-de-l-effondrement-en-mer-baltique_5493603_3244.html

Mathis Wackernagel, inventeur du concept de dépassement : Après sa thèse à Vancouver, Mathis WACKERNAGEL a commencé à travailler avec William REES sur la notion de capacité de charge d’un écosystème. Au lieu de se demander combien de personnes peuvent vivre sur un territoire, ils ont inversé la question en se demandant combien chaque personne utilise de nature, puis de comparer le résultat avec la disponibilité de la nature. Ils avaient inventé l’empreinte écologique. Pour de plus amples enseignements, lire leur livre « Notre empreinte écologique » (1996)

Sur notre blog biosphere, les article antérieurs :

Le Jour du dépassement, aujourd’hui 1er août 2018

13 août 2015, le jour du dépassement des limites

Le jour du dépassement, 19 août 2014 : tous aux abris !

Aujourd’hui 22 août 2012, le jour du dépassement

le jour du dépassement, 27 septembre 2011

Le sauvage vit-il son dernier soupir ?

Virginie Maris : « Les notions de catastrophe écologique, d’effondrement et de rupture sont entrées dans les médias généralistes. La nature sauvage, cette part du monde que nous n’avons pas créée, disparaît sous nos yeux. L’avidité humaine se paye directement par la consommation gloutonne des milieux naturels, brûlant des forêts immémoriales pour y faire pousser de l’huile prête à engraisser nos tartines et booster nos voitures. Le tissu vivant se mite par le maillage de nos routes et nos rails. En France métropolitaine, nous ne protégeons véritablement que 1,3 % du territoire. On artificialise l’équivalent d’un département tous les onze ans.La croissance économique n’est que l’autre face de l’effondrement écologique. « Maître et possesseur de la nature » ? Mais c’est d’un monde en ruine queles riches prennent le contrôle un champ de bataille miné de leurs armements (biocides, polluants, CO2). Et pourtant, le sauvage n’a pas dit son dernier mot ! Déjà le béton des cités se fend sous la force des racines, les rivières endiguées débordent, la terre s’échauffe. Il nous rappelle la vanité de l’ingénierie humaine : antibiorésistance, invasions biologiques, maladies infectieuses, dérèglement climatique…

Pour se détourner de la trajectoire macabre dans laquelle nous sommes engagés, il faut accepter de décoloniser la nature. Un tel projet prendra des formes nombreuses et l’une d’entre elles, la plus radicale peut-être mais aussi la plus urgente, est de soustraire de grands espaces à l’influence humaine : ne pas construire, ne pas développer, ne pas organiser. Combien sommes-nous aujourd’hui à souhaiter cette rupture ? Ne sommes-nous pas infiniment plus nombreux que les technophiles, nous qui croyons qu’un monde sans vie sauvage ne vaudrait finalement guère mieux que la fin du monde ? »*

Qu’il est doux de rêver à une insurrection des consciences ! Pour en savoir plus sur Virginie Maris, lire :

philosophie de la biodiversité (petite éthique pour une nature en péril)

* LE MONDE du 27 juillet 2019, « Un autre monde semble disparaître, cette part que nous n’avons pas créée : celui de la nature sauvage »

Mouvement trans, négation de l’altérité

Les points de vue suivants dévoilent les dérives « no limits » de l’indifférenciation.

Dany-Robert Dufour : Devenir unisexe sans amour est présenté comme le summum de la liberté. J’ai été il y a peu en Amérique du Nord où beaucoup d’enfants, souvent de couples LGBT mais pas seulement, reçoivent des inhibiteurs de puberté qui empêchent le développement des parties sexuées du corps. Pourquoi ? Pour que ces enfant décident plus tard, « en toute liberté », du sexe qu’ils se seront choisi. Bref il n’y a pas de limites à ce à quoi j’ai droit puisque « c’est mon choix ». Sauf que c’est d’abord le choix du marché qui se fait fort de permettre aux individus de choisir.

Alexandre Penasse : Pour certains le sexe dépendrait d’une décision individuelle. Il n’aurait rien à voir avec le biologique et la naissance. L’enfant n’aurait plus à être confronté à l’énigme du couple. La négation de la différence des sexes ne s’inscrit pas seulement comme une conséquence de plus du refus des limites propres à nos sociétés libérales ; par la déstructuration de la cellule familiale et la négation de la place du père se promeut une forme de subjectivité nouvelle. Le sexe de naissance prend pour certains le statut d’erreur à corriger dans le réel ; ils veulent désormais changer de sexe et la société leur dit que c’est possible. Mais technique ou pas, on ne peut pas changer de sexe, on ne fait pas d’un gène XX un XY ou inversement. On passe souvent du désir de changer de sexe à la réalisation du désir d’enfants. Selon le Comité consultatif français d’éthique, «  la demande d’insémination artificielle avec donneur, pour procréer sans partenaire masculin, en dehors de toute infécondité pathologique, s’inscrit dans une revendication de liberté et d’égalité ». De grands révolutionnaires se trouvent alors à faire appel au marché pour résoudre la question qu’ils ont si bien fuie : disposer d’un homme et d’une femme pour faire un enfant. La procréation médicalement assistée réduit mâles et femelles à l’état de gamètes, le marché de la gestation pour autrui se met en place. Ce qui embête ceux qui nient la différenciation sexuelle, c’est que les spermatozoïdes et les ovules sont toujours nécessaires à la création ! Il ne restera plus qu’à se reproduire comme on reproduit des clones. Or c’est parce qu’au départ de notre existence, chacun de nous a été confronté à la dissymétrie du couple parental qu’il a eu les clefs nécessaires pour pouvoir se confronter à ce qui n’est pas de l’ordre du même. Le lien entre le désir d’immortalité des transhumanistes et les négateurs de la différence sexuée est clair. Le désir libéré de toutes contraintes ne conduit pas à la liberté, mais au déchaînement des passions et au chaos. Rappelons-nous que le monstre n’a pas seulement le visage de la répression tyrannique, il a aussi celui de la liberté sans limite.

Professeur Foldingue : L’humanité ne se constitue que par la mise en place de limites. Certaines nous sont données de façon claire par la nature, par exemple la différenciation homme-femme. Mais les idéologues des gender studies prétendent qu’il existe des centaines de possibilités sexuelles – dans le domaine des fantasmes, nous ne les avons pas attendus pour le savoir – mais cela ne dément pas le fait que nous sommes tous à la fin, sauf exception rarissimes qui n’invalident pas la règle mais la confirme, dotés de chromosomes XX ou XY. Fallacieusement, au nom de la diversité, il s’agit de refuser la différenciation, l’altérité la plus profonde qui est celle entre les sexes.

Alain Troyas : Le libéralisme libertaire semble plus qu’intime avec la société de croissance ; il favorise partout un processus d’individuation en prescrivant à chacun de ne tenir compte que de soi, en prétextant favoriser les différentes liberté s de s’auto-définir, de changer comme il le veut. L’époque favorise le désordre, la versatilité et le caprice.

Fabien Ollier : Le mouvement trans-identariste est essentiellement constitué par les nombreuses sectes cyberactifs que sont les transgenres, transsexuels, transbiomorphistes et transhumanistes. Leurs délires sont censé être pris au sérieux par les forces politiques, les milieux éducatifs, les organismes médicaux, les lieux de recherche, etc. Les communautés LGBTIQ+ ont réussi à imposer divers débats sociétaux qui concernent une infime minorité de petits-bourgeois mal dans leur peau. Leurs thèses sont d’une bêtise abyssale : les sexes seraient innombrables et ne posséderaient aucune charge d’altérité, aussi pourrions-nous en changer comme bon nous semble. Il serait logique de devenir non binaire (ni homme, ni femme), les deux à la fois ou rien de tout cela (agenre, xénogenre, etc.). Elle n’offre pour horizon de lutte qu’un renouvellement de l’étiquetage des marchandises humaines au rayon sexe. Toutes leurs revendications mènent à l’Immaculée conception technologique où l’advenue d’un enfant au monde désexualise la vie sexuelle et déréalise le corps. Mais la moindre critique de ce mouvement trans-identariste est immédiatement assimilé à une pathologie mentale.

Jacqueline Kelen : Plus l’homme s’érige en maître et en finalité de tout, plus le monde devient inhumain et idiot.

Source : La décroissance, numéro double juillet-août 2019, 5 euros

L’agroécologie face à notre prolifération

  1. L’agroécologie va-telle nous sauver ? L’agronome Marc Dufumier* le pense : « Raisonner uniquement en termes de génétique, de rendement, d’engrais, etc., ne mène nulle part. L’erreur de l’agriculture industrielle est d’avoir oublié que l’écosystème est un enchevêtrement d’interactions incroyablement complexes. Pour être efficace, il faut d’abord bien connaître le fonctionnement de l’écosystème dans sa globalité. Pas d’inquiétude, on peut largement nourrir 10 milliards de personnes avec une agriculture intelligente et durable. Si aujourd’hui 820 millions de personnes ont faim, et si un milliard souffrent de carences alimentaires, cela n’a rien à voir avec un manque de nourriture, mais avec les écarts de revenus. Pour nourrir convenablement une personne, il faut environ 200 kilos de céréales (ou équivalents) par an. La production mondiale est d’environ 330 kilos aujourd’hui. Cherchez l’erreur… Si des pauvres des favelas brésiliennes ont faim, c’est parce que le pays exporte son maïs et son soja vers les pays occidentaux pour nourrir nos cochons ou pour fabriquer des agrocarburants et donner à boire à nos voitures. En réduisant la viande, ce sont autant de terres agricoles destinées à l’élevage qui deviennent disponibles pour nourrir des êtres humains… »**

On arrête de manger de la viande et on peut nourrir 10 milliards d’humains ! On partage un peu plus et on peut nourrir 20 milliards !! On… et on peut nourrir… X milliards !!! Quel est l’intérêt de nous multiplier ? Marc Dufumier ne voit-il pas que c’est une course sans fin entre prolifération humaine et déperdition des possibilités nourricières de la terre ?? Les problèmes posés par 10 milliards de gens sur terre ne sont pas seulement comment les nourrir ; le consommateur est-il prêt a s’asseoir sur le dernier iphone à la mode pour se payer des produits bio ? De toute façon le mouvement des campagnes vers les villes, même constituées de favellas, se poursuit ; des mégapoles cauchemardesques paraissent préférable au travail à la campagne. Si l’on ne s’attaque pas au problème démographique et à la regrettable nécessité d’étendre nos surfaces agricoles pour nourrir toujours plus d’humains, nous laisserons encore moins de place au reste des êtres vivants. Il est urgent de rappeler que cette planète n’est pas peuplée que par les humains, nous devons apprendre à laisser de la place à la nature.

Marc Dufumier devrait lire l’Essai sur le principe de population de Malthus pour s’apercevoir qu’on ne peut parler d’alimentation sans remettre en question la fécondité humaine.

Nos textes sur l’agriculture industrielle et la surpopulation

2 janvier 2017, Quelle agriculture en France, quel niveau de population ?

22 mars 2016, L’agriculture industrielle coûte plus que ça rapporte

23 mai 2016, La science ne soutient pas l’agriculture productiviste

9 février 2016, pour un retour des paysans contre l’agriculture industrielle

24 juillet 2013, pour casser le cercle vicieux agriculture-surpopulation

23 février 2013, crise des engrais, crise de l’agriculture industrielle

Notre texte antérieur sur Marc Dufumier : pour un retour des paysans contre l’agriculture industrielle (9 février 2016)

* « L’agroécologie peut nous sauver » vient de paraître aux éditions Actes Sud

** LE MONDE du 18 juin 2019, « L’agroécologie peut parfaitement nourrir 10 milliards d’humains »

Notre ami Yves Cochet, effondriste assumé…

Yves Cochet dit avec une étonnante gaieté des choses déprimantes. Le mathématicien, et toujours Vert, ministre de l’Environnement de Lionel Jospin de 2001 à 2002, nous reçoit dans son bastion breton où il prépare… la fin du monde :

« Elle peut d’abord prendre la forme d’une guerre liée à la raréfaction des ressources. Ou provenir d’épidémies dues à une insécurité sanitaire – le moustique-tigre remonte les latitudes, amenant le chikungunya ou la dengue –, ou de famines. Au lieu d’être 10 milliards en 2050, ce que prévoit l’ONU, on ne sera que 2 ou 3 milliards. Jusqu’à 24 paramètres peuvent entrer en jeu, comme la qualité et la quantité de l’eau potable, les cycles du phosphore et de l’azote, les émissions de méthane dues à la fonte du pergélisol. Les alarmistes lancent des appels dans les journaux : faites quelque chose, vous, les puissants ! Moi, je n’y crois plus. Il est hélas trop tard pour la transition écologique. On peut quand même minimiser le nombre de morts. Au lieu d’en avoir 4 milliards dans les trente ans, on en aura peut-être 3,5 milliards, en faisant des bio-régions résilientes. Les Kurdes sont quelques millions, entre les Turcs, qui les détestent, et le régime syrien, qui les déteste aussi. Ils sont le plus autonomes possible pour la nourriture et l’énergie. Car c’est le cœur du problème. Sans la nourriture et l’énergie, vous êtes mort. Si Rungis s’effondre, à Paris, en trois jours, c’est la guerre civile.Avec ma fille, on a acheté une longère près de Rennes . Il fallait de l’eau, on a une mare, un ruisseau, un puits.. Il fallait du bois, on dispose de 3 hectares de forêt. Il fallait ne pas être trop proche de la ville, parce que les citadins iront saccager ce qu’il y a autour. On a des chevaux pour la traction animale – en 2035, il n’y aura plus de pétrole – et des panneaux photovoltaïques. Si ça s’effondre, avec qui vous allez survivre ? Avec vos voisins. Or les gars, ici, sont des paysans. Ils font du maïs, ont des vaches laitières. On n’est pas des survivalistes avec des carabines et des conserves. Ce n’est pas qu’on croit à l’espèce humaine, mais la survie est collective. Tout seul, vous tenez trois jours. C’est à l’échelle d’une bio-région que l’on peut survivre. Mon discours ne fera jamais recette. Je ne suis pas entendu, et c’est précisément pour cela que l’effondrement va arriver. Pour s’en sortir, il faudrait une économie de guerre comme à Londres, en 1941. Je suis pour le rationnement de l’essence, des vivres, des vêtements, et pour le contrôle des naissances. Mais il n’y a pas d’exemples dans l’Histoire où une économie de guerre a été adoptée avant la guerre. Les gens ne l’acceptent pas. Aujourd’hui, la préoccupation première des Français, c’est le pouvoir d’achat. »

Ces propos tenus au Parisien (7 juin 2019, «L’humanité pourrait avoir disparu en 2050») n’étonnent pas. Toutes les personnes conscientes de l’effondrement en cours envisagent un avenir éclaté en de multiples relocalisations plus ou moins saignantes. Pour Yves Cochet, c’est l’aboutissement d’un parcours au service de l’écologie politique que nous avons relatés sur ce blog biosphere :

12 février 2019, Yves Cochet : Carte carbone mieux que taxe carbone

26 juin 2017, l’Effondrement global avant 2030, une prévision de Cochet

1er février 2016, BIOSPHERE-INFO et l’écologiste Yves COCHET

9 décembre 2015, Démographie et climat, un entretien avec Yves Cochet (Michel Sourrouille)

3 août 2013, Contribution du vert Yves Cochet au débat politique

25 décembre 2012, Yves COCHET, Cassandre en 2003, çà décoiffait déjà !

25 mai 2012, un fondateur de l’écologie politique, Yves COCHET

11 mars 2012, Yves Cochet devant la catastrophe

15 février 2011, le pic pétrolier vu par Yves Cochet

18 août 2010, la décroissance selon Yves Cochet

2005, Pétrole apocalypse, un livre d’Yves Cochet

2003, Sauver la Terre, un livre d’Yves Cochet et Agnès Sinaï

PS : un petit coup de pub sur son prochain ouvrage : « Devant l’effondrement » (Ed Les liens qui libèrent), à paraître en septembre 2019

Un empêcheur d’infrastructures inutiles radié

Gabriel Ullmann avait donné des avis défavorables sur des projets comme le Center Parcs de Roybon ou le projet de ZAC industrielle « Inspira » (Nord-Isère). Le préfet de l’Isère a demandé sa radiation. Une commission d’aptitude aux ordres (six des neuf votants sont désigné par le préfet) a prononcé son éviction le 6 décembre 2018. Les motifs retenus paraissent dérisoires : « Gabriel ULLMANN conçoit les enquêtes publiques comme des missions d’expertise. Cela le conduit à mener des investigations et à rédiger des développements sortant du cadre d’une exécution complète et diligente de l’enquête ». Il lui est également reproché des articles publiés sur le droit de l’environnement !

En fait le secrétaire général de la préfecture en début d’audition, après avoir énoncé le décompte de ses avis défavorables rendus ces dernières années, a considéré que ce n’était pas acceptable, sans même chercher à examiner s’ils étaient justifiés ou non, du moment que « les dossiers instruits par l’administration ne peuvent conduire qu’à des avis favorables » ! Ces propos sont démonstratifs d’une culture préfectorale qui ne peut guère s’accommoder d’une réelle participation du public au processus de décision, bien que les textes l’exigent. L’objectif est d’autoriser les projets, quelle que soit la qualité de leur évaluation, quels que soient leurs impacts. Cette radiation met en lumière les conflits d’intérêts qui règnent au sein des commissions d’aptitude des commissaires-enquêteurs. Ce sont autant de graves atteintes à l’indépendance des commissaires-enquêteurs. Corinne Lepage s’insurge publiquement : « La répulsion du gouvernement à l’égard de l’enquête publique apparaît dans un exemple récent, qui a vu l’éviction d’un commissaire-enquêteur particulièrement expérimenté, Gabriel Ullmann, de la liste des commissaires-enquêteurs par une commission administrative, après avoir osé donner un avis défavorable à un gros projet industriel ! »* La France est-elle encore un État de droit ? Les entraves à la démocratie participative se multiplient depuis plusieurs années, la régression du droit de l’environnement s’amplifie alors qu’on tient un discours contraire. Comme pour les lanceurs d’alerte, croissantes sont les pressions et sanctions exercées sur les commissaires-enquêteurs qui osent émettre des avis défavorables. Cette radiation met en lumière la partialité des commissions d’aptitude qui les contrôlent, ainsi que les obstructions apportées à la complète information et à la participation du public au processus de décision.

Contre cette radiation, un recours circonstancié a été déposé devant la juridiction administrative le 13 février 2019. Le Défenseur des droits a commencé l’instruction de cette affaire dont il a été saisi par l’ancienne ministre de l’environnement Delphine Batho.Gabriel Ullmann a déjà emporté une victoire en justice, par la décision du Tribunal administratif de Lyon du 23 mai, définitif si l’on en croit le communiqué du maître d’ouvrage renonçant à faire appel,  qui a jugé du recours d’Isère Aménagement, maître d’ouvrage concessionnaire du projet Inspira (déclencheur de sa radiation), dont le président siège à la commission de radiation, contre les vacations de la commission d’enquête Inspira. Lequel avait repris les arguments de la décision de radiation, dont il avait puissamment participé de concert avec le préfet de l’Isère, pour considérer que Gabriel Ullmann avait outrepassé mes fonctions. Sanglant démenti du juge : “En outre, cette commission a défini sa mission en distinguant la faisabilité du projet, qui relève de son domaine d’intervention au titre de l’utilité publique du projet, et sa fonctionnalité, pour chacune des sept procédures concernées par l’enquête publique, ce qui n’a pas manqué de créer des difficultés pour l’exercice de cette mission. »« Eu égard à la complexité du projet ici en cause, à son importante technicité, aux difficultés variées qui en ont résulté pour la conduite de l’enquête, notamment à sa durée, portée à quarante-cinq jours, et à la charge de travail qu’elle a nécessairement occasionnée, à la nature et à la qualité du travail fourni par la commission d’enquête, telle qu’elle résulte en particulier du dossier d’enquête, y compris ses conclusions, le nombre de vacations retenu par les décisions contestées n’apparaît pas excessif ».

* LE MONDE du 19 février 2019

NB : Gabriel Ullmann est ingénieur, docteur en droit ; il a conduit des enquêtes publiques en tant que commissaire-enquêteur durant de nombreuses années.

On peut être décroissant et avoir des idées

Le mouvement des Décroissants était présent aux Européennes 2019. On peut considérer que c’était superflu, s’ajouter à 33 listes ne paraissait pas de grande utilité. Mais comme Urgence écologie, le parti animaliste ou Europe Démocratie espéranto, ces différents satellites de l’écologie politique avaient un message significatif à porter. Si nous ne faisons pas de décroissance maîtrisée, alors nous aurons une décroissance forcée qui peut être très brutale. Souvenons-nous de la crise de surprimes en 2008, rappelons-nous de la profondeur de la crise de 1929 qui a débouché sur une guerre mondiale.La décroissance, c’est le résultat inéluctable de l’inertie politique et sociétale face à détérioration de la planète. La décroissance, c’est une condamnation de la société croissanciste et c’est surtout un comportement à suivre.

Le 26 mai, il n’y avait PAS de BULLETINS de VOTE pour la décroissance dans les bureaux, mais on pouvait télécharger le bulletin de vote, l’imprimer et l’apporter le jour du vote, c’était administrativement possible. La décroissance est un trajet vers une société plus économe et plus juste, elle a fait une campagne à zéro euro et pratiqué l’économie de papier (plus de 800 tonnes économisées rien que pour cette liste). Sur ce blog biosphere, nous soutenons leur proposition pour les prochaines européennes, Le Bulletin Unique :

«  Sur de nombreux plateaux radios et TV, les commentateurs et autres experts s’empressent d’expliquer qu’il est absurde et inutile de présenter une liste qui n’a pas les moyens de fournir les bulletins de vote en quantité nécessaire. Il faut donc rappeler que les petites listes ne disposent pas des dotations d’état dont bénéficient les partis politiques traditionnel fixées à 66.190.046 euros pour l’année 2018. Le magot (nos impôts) est distribué aux différents mouvements en fonction de leurs résultats aux législatives de 2017 et du nombre d’élus dont ils disposent au parlement. Ce sont ainsi plus de 22 millions d’euros qui sont versés à LREM, 13 millions aux Républicains, plus de 6 millions pour le PS, 5 pour le Rassemblement National et 1,4 millions pour EELV. Chaque année pendant 5 ans… Une solution de bon sens serait pourtant extrêmement simple à mettre en œuvre. Il suffirait que l’État prenne en charge la fabrication d’un bulletin de vote unique sur lequel figurerait le nom de toutes les listes en compétition. L’électeur n’aurait qu’à cocher celle de son choix. Un tel dispositif serait plus économique car la puissance publique ne paierait qu’une seule fois le montant qu’elle rembourse aujourd’hui à toutes les listes qui accèdent aux fameux seuils de remboursement. Le bulletin unique serait également plus écologique car il éviterait le formidable gâchis de papier qui remplit traditionnellement les poubelles des bureaux de vote. Plus économique et plus écologique, le bulletin unique serait surtout plus équitable car il offrirait les mêmes chances à tous les candidats, y compris ceux que le filtre financier aura volontairement écarté des bureaux de vote et des plateaux télés. Mais c’est peut-être pour cette raison que l’État, bon gestionnaire, préfère dilapider l’argent du contribuable… ? »

Ne pouvant résumer en quelques lignes tout ce que peut couvrir la Décroissance, voici des liens pour en savoir plus :

Le Parti Pour La Décroissance :
https://www.partipourladecroissance.net

L’AderOC :
http://www.objectiondecroissance.org/

La Maison Commune de la Décroissance :
http://ladecroissance.xyz/

Institut d’études économiques et sociales pour la décroissance soutenable :
http://decroissance.org/

Infos sur la décroissance :
https://www.decroissance.info/

Un projet de décroissance :
http://www.projet-decroissance.net/

Le mot « décroissance »  à l’honneur chaque mois

Le mensuel « La décroissance » nous fournit régulièrement matière à réflexion. Dans le numéro de mai, voici quelques variations sur le concept de « décroissance ».

Jean-François Rial : je ne crois plus à la solution de la décroissance ou de ne plus prendre l’avion. Ce n’est pas naturel, la grande majorité ne suivra pas. (page 3)

Reporterre : la richesse de la décroissance, c’est d’essayer d’articuler différents niveaux d’action : la simplicité volontaire, la mise en place d’alternatives, la construction de récits autour de futurs désirables et possibles, la résistance à l’ordre établi. (page 4)

un centralien : quand sobriété et décroissance sont des termes qui peinent à s’immiscer dans les programmes centraliens, mais que de grands groupes industriels à fort impact carbone sont partenaires de mon école, je m’interroge sur le systèmes que nous soutenons. Je doute et je m’écarte.

Bertrand Piccard : le dilemme aujourd’hui n’est pas entre croissance et décroissance quantitative, les deux sont impossibles car la décroissance va détruire l’économie et la croissance va détruire la planète. Il faut passer à la croissance qualitative, c’est-à-dire faire de l’argent et créer des emplois tout en remplaçant les vieux systèmes polluants par des systèmes propres. C’est le marché industriel du siècle !

Thomas Legrand : toute référence aux notions de limites et de racines renvoie immanquablement à quelques anti-modernes, adeptes d’une décroissance de types réactionnaire. (page 8)

Alain Gras : la décroissance, disent nos subtils adversaires, nous ramènerait à la bougie… mais la croissance, elle, nous fait revenir au charbon roi du XIXe siècle. (page10)

Aurélien Barrau : aujourd’hui les apôtres de la croissance sont considérés comme des gens sérieux tandis que les écologistes, ceux qui plaident pour la décroissance, sont volontiers taxé de doux dingues. Il faut que ce rapport s’inverse. Que le « sérieux » change de camp. (page 13)

Bernard Charbonneau (en 1980) : le problème d’une politique écologiste réaliste est celui d’un freinage progressif qui n’enverrait pas la mécanique en folie dans le décor. Aux plans de croissance, il faut opposer des plans de décroissance pour éviter qu’elle ne se produise de toute façon au hasard et en catastrophe. (page 14)

Eddy Fougier : parler de décroissance a été une erreur stratégique sur la forme, dans le sens où le mot a fait peur au grand public. (page 16)

Serge Latouche : « Décroissance » est un mot provocateur et un slogan. Derrière, il y a un projet proche d’« autonomie », défendu par Cornelius Castoriadis ou Ivan Illich. Mais ce mot « autonomie » n’a eu aucun impact dans le débat public, alors que celui de « décroissance » en a un immédiatement.

Sur ce blog biosphere, nous utilisons souvent l’expression « décroissance » car si nous ne contrôlons pas la descente énergétique qui s’amorce, il y aura un krach de la civilisation thermo-industrielle. Pour nous décroissance subie, catastrophe, effondrement ou apocalypse sont des mots similaires. Voici quelques-uns de nos articles sur cette problématique :

BIOSPHERE-INFO, Gouverner la décroissance ?

Quelle transition pour le mouvement de la décroissance ?

Leopold Kohr (1909-1994), précurseur de la décroissance

Folie des grandeurs à l’âge de la décroissance

Presque personne ne veut consentir à la décroissance

les précurseurs de la décroissance… sans Malthus

Le pape de la décroissance et la question démographique

Hauts et bas du mensuel « La Décroissance »

Déconsommation rime avec Décroissance et Écologie

Notez bien : suite à la suppression par le groupe LE MONDE de ses blogs abonnés, notre blog http://biosphere.blog.lemonde.fr/ s’est réincarné en http://biosphere.ouvaton.org/blog/. Venez dorénavant sur ouvaton.org, merci de votre fidélité.