anthropisation

Constitutionnaliser l’écocide par référendum

« Ce serait la meilleure façon pour que n’importe quelle association ou citoyen ait la possibilité de saisir le juge pour faire arrêter une activité humaine, une entreprise, une association ou même son voisin » s’exclame le premier ministre Edouard Philippe. Marie Toussaint, Eurodéputée écologiste, donne un point de vue contraire dans  « Référendum sur l’écocide: “Il faut faire confiance aux Français”:

« L’écocide implique une atteinte grave à un ou plusieurs écosystèmes: les océans, les forêts, les rivières etc. Deux versions en ont été formulées, qui font débat : pour que soit répréhensible, on peut en effet exiger que l’atteinte grave soit intentionnelle ou,comme c’est le cas pour les crimes contre l’humanité, on peut se contenter que l’auteur de l’infraction ait eu connaissance du risque. Cette notione est née de la prise de conscience des crimes conjoints contre la nature et l’humain.  C’est dans les années 70, après l’utilisation massive par l’armée américaine de l’agent orange dans la guerre du Vietnam, qu’on a commencé à y faire recours d’une manière plus concrète. Onze pays répriment déjà depuis 1990 l’écocide. Le premier a été le Vietnam. En décembre 2019, les Maldives ont formellement demandé que l’écocide figure parmi les infractions jugées par la CPI, alors que quasiment en même temps, lors de la COP 25, l’Etat des Tuvalu dénonçait l’inaction des Etats-Unis en matière climatique comme crime contre l’humanité.

L’adoption de l’écocide en France serait un véritable basculement philosophique et juridique. Elle permettrait de punir les atteintes graves aux écosystèmes perpétrées non seulement sur le territoire national, mais aussi à l’étranger si les auteurs ou les victimes sont  français. La France pourrait même s’octroyer une juridiction universelle, c’est-à-dire la capacité de juger de cette infraction quels que soient le lieu où le crime est commis et la nationalité des auteurs ou des victimes. Intégrer l’écocide en droit français renforcerait en outre les démarches de la France pour qu’il soit reconnu au niveau international, par exemple devant la CPI. Le droit de l’environnement déjà en vigueur en France reste encore largement en deçà des besoins. Le préjudice écologique, que la jurisprudence a reconnu en droit civil dès 2012, et que la loi a adopté en 2016, vient tout juste de connaître ses premières applications. Les infractions pénales existantes se limitent à punir des violations de normes très précises, comme par exemple celles réglementant les déversements dans les cours d’eau. Ces infractions ne reconnaissent pas le droit de la nature à être protégée. Qui protège la terre protège l’humanité ; il ne faut pas oublier que l’écocide implique une atteinte à la capacité de l’humanité à vivre sur la planète.

Je suis ravie que la CCC (Convention citoyenne sur el climat) ait proposé de pénaliser en France l’écocide, et ce à 99,3% des voix, ce qui en fait l’une des propositions les mieux votées par ses 150 membres. Je trouve en outre qu’elle a mené un travail extraordinaire, en élaborant une fiche légistique très convaincante. J’apprécie notamment l’idée soutenir l’écocide par la création d’une Haute autorité des limites planétaires : elle permettra aux juges de se baser sur une évaluation transparente des atteintes à l’environnement susceptibles d’être réprimées ou d’être prévenues via des mesures conservatoires. Soumettre la création de l’écocide à un référendum est ue bonne chose puisque le Parlement français a déjà rejeté deux fois la notion d’écocide et que le gouvernement actuel s’est déjà exprimé contre l’adoption de la notion en droit français. »

Histoire de planètes parlant du virus humain

Histoire de planètes, j’en connaissais déjà une bien bonne :

La Terre rencontre une planète qu’elle n’avait pas vue depuis longtemps : « Tu as bien pâle mine, lui dit celle-ci. – Je suis malade, dit la Terre, j’ai attrapé l’humanité. – Oh ! Ne t’inquiète pas, la rassure l’autre, je l’ai eue moi aussi, ça passe tout seul. (Eloge de la simplicité volontaire d’Hervé-René Martin p. 236).

Je viens d’en trouver une variante de la part d’un internaute sur lemonde.fr :

Saturne, Venus, et la Terre échangent autour d’un verre sur leurs maux. Venus : « Il fait tellement chaud chez moi que j’ai un mal de tête épouvantable. » Saturne : « Moi avec tous ces anneaux qui tournent sans cesse autour de moi, j’ai un tournis insupportable.
Et puis la Terre qui a le temps devant elle : « Moi, j’ai un petit virus humain qui m’exaspère, mais je suis tranquille, je vais bientôt m’en débarrasser… »

moralité : Dans les situations les plus désastreuses, les humains trouvent toujours le moyen d’en rigoler, et ça que c’est une bonne idée…

Le virus humain, plus mortel que le CoV-2

Philippe Descola : «  Les grandes pandémies sont des zoonoses, des maladies qui se propagent d’espèce en espèce et dont la diffusion est donc en grande partie dépendante des bouleversements écologiques ; la dégradation et le rétrécissement sans précédent des milieux peu anthropisés du fait de leur exploitation par l’élevage extensif, l’agriculture industrielle, la colonisation interne et l’extraction de minerais et d’énergies fossiles. Cette situation a eu pour effet que des espèces sauvages réservoirs de pathogènes se sont trouvées en contact beaucoup plus intense avec des humains vivant dans des habitats beaucoup plus denses… Le capitalisme se propager comme une épidémie, sauf qu’il ne tue pas directement ceux qui le pratiquent, mais les conditions de vie à long terme de tous les habitants de la Terre. Nous sommes devenus des virus pour la planète. Un virus est un parasite qui se réplique aux dépens de son hôte, parfois jusqu’à le tuer. C’est ce que le capitalisme fait avec la Terre depuis les débuts de la révolution industrielle, pendant longtemps sans le savoir. Maintenant, nous le savons, mais nous semblons avoir peur du remède, que nous connaissons aussi, à savoir un bouleversement de nos modes de vie. L’idée que les humains vivent dans un monde séparé de celui des non-humains nous a fait oublier que la chaîne de la vie est formée de maillons interdépendants. Le « nous » n’a guère de sens si l’on songe que le microbiote de chacun d’entre « nous » est composé de milliers de milliards d’« eux », ou que le CO2 que j’émets aujourd’hui affectera encore le climat dans mille ans. Les virus, les micro-organismes, les espèces animales et végétales que nous avons modifiées au fil des millénaires sont nos commensaux dans le banquet parfois tragique de la vie. Il est absurde de penser que l’on pourrait en prendre congé pour vivre dans une bulle… Dans plusieurs pays des petits collectifs ont fait sécession par rapport au mouvement continu d’appropriation de la nature et des biens communs qui caractérise la croissance économique depuis la fin du XVIe siècle. Ils mettent l’accent sur l’identification à un milieu et l’équilibre des rythmes de la vie plutôt que sur la compétition, l’appropriation privée et l’exploitation maximale de la Terre… On peut appeler ça un tournant anthropologique,devenue moins anthropocentrique. L’un des moyens pour ce faire fut d’introduire les non-humains comme des acteurs de plein droit… Que serait-il important de changer rapidement ? En vrac : développement des conventions citoyennes tirées au sort ; impôt écologique universel proportionnel à l’empreinte carbone ; taxation des coûts écologiques de production et de transport des biens et services ; développement de l’attribution de la personnalité juridique à des milieux de vie, etc. »*

Quelques commentaires sur lemonde.fr :

Precis : Saturne, Venus, et la Terre échangent autour d’un verre sur leurs maux. Venus : « Il fait tellement chaud chez moi que j’ai un mal de tête épouvantable. » Saturne : « Moi avec tous ces anneaux qui tournent sans cesse autour de moi, j’ai un tournis insupportable. » Et puis la Terre s’exprime : « Moi, j’ai un petit virus humain qui m’exaspère, mais je suis tranquille, je vais bientôt m’en débarrasser… »

J.Dupond1 : L’homme un virus ? Chouette, les écologistes profonds ont trouvé leur idéologue pour justifier de prochaines tueries de masse. Les terroristes islamistes pourraient même s’y raccrocher car, après tout, ce système ce sont plutôt ces infidèles d’occidentaux qui en sont responsables.

le sceptique : Descola ne va pas au bout de sa logique, « la nature » n’est qu’un mode d’auto-transformation. La construction des artefacts n’est ni plus ni moins « naturelle » que la construction des tissus et organes, la vie est un programme de captation de ressources pour s’autorépliquer. Si le capitalisme est un « virus », alors il est une émergence de la vie dont il a parfaitement compris la logique, d’où son grand succès ! Les cultures aussi co-évoluent, en compétition, coopération, hybridation. Difficile alors de dire qu’un état (passé, présent ou futur) de « la nature » serait une référence de quoi que ce soit.

Bernard l. @ le sceptique : Vous n’êtes pas sceptique, vous êtes désespéré. Et, oserais-je ajouter, désespérant. La vie évolue par essais successifs, au hasard. Des résultats de ces essais, le chemin parcouru. Mais l’homme, bien que partie intégrante de ce cheminement, à ceci de différent, qu’il est capable de comprendre ce fonctionnement et d’anticiper les conséquences de ses actions. Donc non, il ne me semble pas que ses choix soient à mettre au même niveau que les évolutions des autres composantes de la nature. On a le choix de notre futur, encore ne faut-il pas le sacrifier à notre présent.

le sceptique @ Bernard : je lis dans votre réponse le reflet de votre propre désespoir. Il n’y a rien de désespéré ni désespérant à observer l’incroyable trajectoire de la vie, la puissance du devenir qui se déploie et l’insignifiance quasi-complète du présent d’un Terrien dans ce processus. Je ne crois pas que la conscience humaine a tant de prise que cela, en fait nous bricolons comme le reste du vivant. Par ailleurs, si l’environnement émerge comme question au sein du capitalisme, assez vite finalement à échelle du temps historique, cela fait partie de l’auto-ajustement, non ?

Philippe Marrel : Sauf qu’il faut tenir compte des échelles temporelles! C’est sûr, à l’échelle de la biosphère, en centaines de millions d’années, le problème humain sera réglé et oublié, au catalogue des essais et erreurs de l’évolution. Une grande extinction parmi d’autres. Mais en tant qu’êtres vivants d’un temps bien plus bref, nous n’avons pas la possibilité de compter sur les auto-corrections, et nous devons donc nous référer à un schéma de principe, forcément simplificateur, forcément idéalisé, pour guider notre route. Du moins ce qui reste en notre pouvoir comme décision.

A. LE COMTE : Il y a une cinquantaine d’années, on me riait au nez quand je défendais les idées de René Dumont !! On voit où on en est maintenant !

Supergudule : Pour rappel la population mondiale de 1950 à 2017 est passée de 2 milliards à 7 milliards d’humains. c’est bien ? c’est mal ? c’est à cause du capitalisme ? Pensez vous que cela permet d’envisager cette coexistence sereine avec la nature ?? Sérieusement ???

Sybill : C’est le bon moment pour revisiter les écrits et la pensée de Nicolas Georgescu-Rogen : « Le processus économique n’est qu’une extension de l’évolution biologique et, par conséquent, les problèmes les plus importants de l’économie doivent être envisagés sous cet angle ». Tant que les dommages écologiques ne seront pris en compte que comme des externalités négatives, sorte de dommages collatéraux qu’il suffirait d’internaliser dans les coûts (principe pollueur-payeur), les choses ne changeront pas significativement…

* https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/05/20/philippe-descola-nous-sommes-devenus-des-virus-pour-la-planete_6040207_3232.html

Post-covid, il faut combattre l’urbanisation

Philippe Chiambaretta : « L’accélération exponentielle de l’urbanisation a conduit à un épuisement tel des ressources naturelles que la Terre est aujourd’hui en état d’urgence respiratoire. Les villes consomment 80 % des ressources de la planète sur seulement 2 % de sa superficie. En cette période de confinement, la chute spectaculaire des niveaux de pollution et de production de déchets fait prendre conscience à l’opinion publique de l’impact des villes sur leur environnement. Le concept de « ville-métabolisme », qui s’attache à comprendre les interactions entre les différentes strates de la ville – mobilités, nature, infrastructures, usages, bâti – ne passera pas au stade de recherche appliquée sans le recours à la « data », qui permet de quantifier ces phénomènes. L’expérimentation de voiries temporaires dédiées au vélo peut permettre de mesurer une évolution du trafic, entraînant la libération d’espaces qui peuvent donner lieu à des systèmes de végétalisations susceptibles d’accueillir à leur tour de nouveaux usages, et jouer un rôle sur les niveaux de pollution, le bien-être, renforcer la biodiversité ou supplanter des infrastructures. Des projets pilotes à l’échelle d’une décennie devront pouvoir déroger aux normes habituelles qui brident l’innovation par principe de précaution et court-termisme politique. »

Chiambaretta pose pour incontournable l’existence des villes, il suffirait de les améliorer pour qu’elles soient moins polluantes et destructrice des ressources. L’idée de désurbanisation ne l’effleure jamais, il suffit de s’adapter, rengaine de ceux qui ne veulent rien changer vraiment à nos modes d’existence. L’idée de surpopulation, une des causes première de l’entassement dans les villes et leurs immeubles à (nombreux) étages, n’est pas du tout le cadre de sa pensée. Son idée fixe est du genre « donnez moi le pouvoir, fi du principe de précaution, vous allez voir ma capacité d’innover. » Mais il ne peut rien contre la réalité : une ville mise sous cloche verrait mourir rapidement presque tous ses habitants, un village isolé peut arriver rapidement à son autonomie alimentaire et énergétique. La révolution industrielle a détruit la paysannerie, socle fondamental de nos besoins primaires, alimentaires. Le système de classification moderne a bien octroyé au secteur agricole la qualification de « primaire » (qui vient en premier), mais c’est pour mieux glorifier l’extension du secteur secondaire puis tertiaire. Pourtant que ce soit clair : ouvriers, employés et cadres urbanisés ne sont que des parasites qui vivent au crochet des agriculteurs. Avec les crises écologiques qui menacent, le besoin d’avoir de quoi se nourrir va redevenir l’exigence de tous les jours.

En cette période de confinement, nous avons appris où se trouvent nos besoins essentiels. Chacun devrait cultiver son jardin, les paysans seront de retour. La meilleure politique de la ville pour les années à venir doit consister à abandonner progressivement les grandes agglomérations pour revitaliser les campagnes ; en France notamment des milliers de villages sont abandonnés. Nous avons connu l’exode rural pendant des décennies, le moment et venu de faire le mouvement inverse. c’est la position de ce blog biosphere. Pour en savoir plus :

2005 Les paysans sont de retour de Silvia Pérez-Vitoria

20 octobre 2013, un mauvais choix gouvernemental, l’agro-industrie

24 janvier 2019, Cultiver la nature en ville ou désurbanisation ?

1er mai 2019, BIOSPHERE INFO, Small is Beautiful

29 juin 2019, Bidonvilisation démentielle de la planète

Post-covid, l’avenir compromis des migrations

François Héran défend la mobilité internationale sans limites, Biosphere lui oppose quelques arguments.

François Héran : On ne perd pas son indépendance si, au lieu de fabriquer soi-même son pain, on l’achète chez son boulanger ; on entre en interdépendance et c’est ce qu’on appelle le marché, avec son lot de coopérations, d’échanges et de régulations.

Biosphere : Le démographe Héran, ancien président de l’INED, révèle qu’il est porteur d’une idéologie, le libéralisme économique, la division du travail, la dépendance envers le marché. Il se sert de cette prise de position a priori pour justifier les migrations internationales. Or l’équilibre écologique repose sur la limitation de la division du travail, qu’elle soit interne ou internationale. Ce sont l’autoproduction et les circuits courts qui doivent être favorisés pour faire cesser les émissions de gaz à effet de serre et l’épuisement des ressources fossiles. Le discours de Héran est hors sol, il n’abordera jamais dans sa tribune du MONDE le coût en carbone des déplacement incessants, qu’ils soient touristiques ou marchandisés.

François Héran : La tendance à franchir toujours plus les frontières n’est ni une mode ni une anomalie. C’est une lame de fond.

Biosphere : Nouvel a priori de ce pseudo-spécialiste, rien ne justifie structurellement une « lame de fond » pour les déplacements transfrontières. C’est une anomalie, une parenthèse historique liée à la société thermo-industrielle ; les déplacements ont été historiquement toujours limités sauf pour les marchands et les brigands. Ce sont les moyens techniques de déplacement, voiture, train, avion qui ont provoqué une nouvelle mode, prendre un bain de soleil à 3000 kilomètres plutôt que découvrir la nature en marchant autour de son domicile.

François Héran : Au nom de quoi voudrait-on dissuader les jeunes, les actifs ou les retraités de parcourir le monde ?

Biosphere : Nouvel a priori non justifié encore une fois, au nom de quoi le tourisme de masse devrait-il être un droit ? Ce n’est qu’au XVIIIe siècle que naît véritablement le tourisme, grâce au « grand tour » d’Europe que se permettait de faire certains riches curieux (du mot anglais « tourist », « voyage circulaire »). Le mot « tourisme » apparaît en 1841, année où Thomas Cook ouvre en Angleterre une agence de voyages. On devient un migrant temporaire aujourd’hui parce qu’on y est poussé par l’industrie du tourisme, la marchandisation de la découverte du monde. « Au nom de quoi voudrait-on dissuader les jeunes, les actifs ou les retraités de parcourir le monde ? » — M. Héran, eh bien, au nom du climat, tout simplement !

François Héran : Il faut réguler cette mobilité, c’est inévitable, mais on voit mal comment inverser la mondialisation croissante des voyages internationaux, sauf à rêver d’un confinement perpétuel.

Biosphere : Comme l’exprime lui-même Héran, « les contrôles aux frontières pour ralentir la propagation des épidémies sont légitimes ». Bien entendu ils ne sont pas réservés aux immigrés. Cette période de confinement a montré qu’on peut politiquement inverser la mondialisation des échanges internationaux du jour au lendemain. Il est vraiment facile d’inverser les a priori d’Héran !

François Héran : Technique de lutte en temps d’épidémie, le confinement se dégrade en idéologie s’il allègue la protection sanitaire des nations pour viser les seuls migrants.

Biosphere : C’est la rengaine d’Héran, faire l’amalgame entre confinement, tourisme et immigrés. Cela montre la confusion de son esprit, relevée par beaucoup de commentateurs du MONDE, par exemple : « confondre les entrées pour immigration avec les séjours touristiques, c’est … hors de tout qualificatif. Mais qui est cet hurluberlu ? »

François Héran : Les contrôles aux frontières pour ralentir la propagation des épidémies sont légitimes, mais rien ne justifie de les réserver aux migrants, alors que les voyageurs internationaux sont de 140 à 200 fois plus nombreux.

Biosphere : en voulant nous faire croire que l’immigration pèse peu par rapport au nombre de touristes qui visitent la France chaque année, François Héran réussit paradoxalement à nous apprendre que 540 000 personnes étrangères rentrent chaque année sur le territoire national : « Au total, en calculant sans doubles comptes, on peut estimer à 400 000 environ le nombre d’entrées annuelles de migrants non européens sur le territoire français. Quant aux citoyens de l’Union européenne, qui peuvent s’installer sans titre de séjour, les enquêtes de l’Insee estiment leur afflux, bon an mal an, autour de 140 000. » C’est énorme, à rapprocher au solde naturel français (naissances – décès) de 141 000 personnes en 2019.

François Héran : L’immigration zéro est un déni de réalité tout autant que le slogan « no border ».

Biosphere : Entre la fermeture totale d’un pays et un territoire sans aucune frontières, il y a certes toute une zone intermédiaire. Mais Héran ne précise jamais où se trouve la limite aux flux migratoires, il rejoint donc les No Border, un collectif qui prône l’abolition des frontières, la régularisation des étrangers en situation irrégulière, l’arrêt des expulsions, etc.

François Héran : La somme des franchissements de frontière enregistrés dans le monde en 2018 pour des séjours de moins d’un an s’élève à 1,4 milliard, selon l’Organisation mondiale du tourisme. Ce nombre a progressé de 50 % en dix ans. Voyages de loisir pour une grosse moitié, mais aussi visites aux proches, voyages d’étude, pèlerinages, déplacements professionnels (stages, missions, travaux saisonniers).

Biosphere : Le 13 décembre 2012 a été la date retenue par l’OMT (Organisation mondiale du tourisme) pour marquer l’arrivée symbolique du milliardième touriste qui a voyagé de par le monde en 2012. Comme si le réchauffement climatique n’existait pas ! Comme si le kérosène n’allait pas devenir un luxe inabordable ! L’avion est le moyen le plus efficace et le plus rapide pour dépenser notre budget carbone. Il y a quelque chose d’absurde sur cette planète, c’est le bougisme contemporain !

François Hé: Le souverainisme atteint ses limites avec les effets ruineux du confinement national et sous le coup des décisions souveraines des autres pays.

Biosphere : On aimerait bien qu’Héran précise sa conception. Si le confinement est ruineux, faut-il donc appliquer l’alternative de l’immunité collective, on tombe malade et ce sont les plus résistants qui survivent ? La seule référence que retient Héran du souverainisme, c’est Philippe de Villiers qui profite des étrangers pour faire vivre son parc d’attraction !

François Héran : Le rêve d’un monde fermant ses frontières à tous les étrangers n’est qu’un ruineux cauchemar.

Biosphere : François Héran fait semblant de ne pas comprendre. Personne ne veut d’ un pays confiné mais de déplacements qui respectent les limites de la planète et n’empiètent pas sur la cohésion sociale. Ces militants pro-immigrationnistes avancent toujours masqués sous des vocables d’experts.

François Héran : Une fois déconfiné, le monde continuera de circuler – et il y aura tout à voir.

Biosphere : L’immigration de gens culturellement éloignés a tendance a accroître fortement la délinquance et à dégrader le « vivre-ensemble ». Cette migration fait baisser les salaires, c’est même pour cela que le patronat la revendique, une main d’œuvre corvéable à merci. L’immigration pèse aussi sur les ressources (logements, protection sociale). Et l’immigration ne « créée » aucune activité. Où est l’impératif de s’ouvrir aux migrants quand on a plus de 10 % de chômeux ? C’est assez étonnant que les « progressistes » ne voit l’avenir qu’avec un lumpen-prolétariat immigré et exploité. Pour montrer que sur ce blog biosphere nous sommes pour une maîtrise de toutes les migrations, qu’elles soient tourisme ou expatriation, voici nos articles antérieurs :

12 avril 2020, Covid-19 va fermer durablement les frontières

7 juillet 2019, Le Canard enchaîné, tout contre le tourisme

7 avril 2019, Faire « tourisme et découvertes » sans prendre l’avion

9 octobre 2018, Surtourisme : 1,3 milliard de déplacements inutiles

7 octobre 2018, Immigration, l’écologie politique est-elle humaniste 

4 octobre 2018, L’immigration, question centrale des Européennes ?

17 septembre 2018, LFI hésite à parler vrai sur la fin des migrations !

19 juillet 2018, Démographie africaine et migrations vers l’Europe

13 mai 2018, L’imbécillité écologique du tourisme mondial

10 mars 2018, La fin des migrations sur une planète close et saturée

14 janvier 2018, Le summum du tourisme débile… en 21 jours

23 septembre 2017, Une nouvelle dimension aux migrations, insupportable

3 août 2017, Barcelone ou ailleurs, trop de tourisme tue le tourisme

30 août 2016, L’immigrationisme pousse à la guerre de tous contre tous

6 novembre 2014, Le tourisme spatial en deuil, juste retour des choses

3 novembre 2012, ECOPOP, limiter l’immigration pour protéger la nature ?

9 décembre 2011, arrêt des migrations et ressources vitales

1er avril 2009, tourisme lent

27 juillet 2008, non au tourisme

26 mai 2007, immigration zéro

L’être humain a un prix, il ne vaut rien

  » Combien de vies humaines faut-il sacrifier pour retrouver la croissance ? Avec le prix de la vie humaine calculé par les statisticiens – trois millions d’euros en France (9,15 aux États-Unis) – on peut comparer ce coût de l’inactivité avec un équivalent monétaire des pertes humaines d’un retour au travail. L’INSEE estime que chaque mois de confinement est un manque à gagner pour notre économie de 3 points de PIB, soit environ 70,5 milliards d’euros. Mathématiquement, les pertes de chaque mois chômé valent autant que la mort de 23 500 personnes à trois millions d’euros par tête. Il serait donc économiquement irrationnel de stopper la machine pour quelques milliers de morts. L’homme n’est pas un « capital humain ». L’inventeur de l’expression de « capital humain » fut Joseph Staline, après que la traite négrière eut poussé cette pratique à son paroxysme en inscrivant des êtres humains à l’actif des livres de comptes des propriétaires d’esclaves. Nous applaudissons les soignants à 20 heures précisément parce qu’ils ne réfléchissent pas une seconde en termes de coûts/bénéfices quand il s’agit de sauver nos proches. L’orthodoxie économique doit cesser de considérer les hommes comme des choses. La vie n’est pas une somme de flux financiers et le législateur ne s’abaissera pas à officialiser le contraire. (Jean-Baptiste Barfety) » Les commentateurs sur lemonde.fr mettent en bouillie cette opinion :

Méphes : Un texte ridicule. Il s’agit pas de convertir en unité monétaire la vie humaine mais de savoir par le triage médical combien de vies seront sauvées ou sacrifiées. Pas sûr que la réponse émotionnelle « à tout prix » n’entraîne pas au final un solde négatif : sauvés du Covid certes, mais dans une société ruinée où les systèmes de santé, de protection sociale, de recherche, seront, comme le reste, revus à la baisse.

G RICH : L’analyse est totalement invalidée par l’acceptation tacite par notre société des morts dus au tabac, à l’alcoolisme et la route.

Friday : Bien sûr quel la vie humaine a un prix fini. S’il ne l’était pas, aucun état du monde n’homologuerait le moindre véhicule présentant des risques même infimes d’accident. Dieu merci, la majorité des décideurs sont moins ineptes que l’auteur de cette ahurissante tribune…

Fouilla : Monsieur Barfety, lorsque vous dites « La vie n’a pas de prix », vous jouez alors la corde de l’émotion. En politique, jouer la corde de l’émotion s’appelle le populisme. Un politique digne de ce nom n’a pas droit à l’émotion, mais doit optimiser le bien être des citoyens en tenant compte, en ce moment, du sanitaire bien sûr, mais aussi du social, du psycho et même de l’économique, en tenant compte du présent mais aussi dans la mesure du possible du futur. Si la vie n’a pas de prix, c’est confinement pendant 1 an, c’est 10 fois plus de personnel médical, c’est suppression des activités dangereuses (déplacements, bricolage, sport etc…), c’est « régime à l’eau et au pain sec » (plus de graisses, sucres, alcool etc…)… Bref, on tombe rapidement dans des paradoxes entraînant un totalitarisme hygiéniste.

JFU : Avant d’affirmer que la vie n’a pas de prix encore faut il observer le fonctionnement de la vie de façon générale et de la vie humaine de façon particulière. Force est de constater que la nature elle-même donne une valeur à la vie, éliminant ce qui dans un environnement donné n’est plus économique (on dit viable). Force est de constater que l’Homme lui-même élimine les formes de vie qu’il juge inutiles à son épanouissement, qu’il s’agisse du moustique, de l’ours blanc ou de COVID 19. Bizarrement, lorsque ces arbitrages concernent l’homme lui-même, la vie n’aurait tout d’un coup pas de prix ! C’est un raisonnement fallacieux et contre nature. Les ressources de la planète étant limitées, quand bien même on consacrait toutes ces ressources à soigner ce qui n’est plus viable (au détriment de ce qui l’est) la vie, y compris la vie humaine, disparaîtrait. Dura lex, sed lex…

DuBonSensPaysan : La vie a un prix, mais ce prix est extrêmement subjectif et individualiste (un mort à des milliers de km ne vaut pas un mort dans son propre pays, qui ne vaut pas un mort dans sa famille). Pour autant, des choix doivent être faits : faut-il fermer les centrales nucléaires suite à Fukushima et augmenter la production au charbon ? Faut-il intervenir dans des guerres lointaines ? Faut-il taxer la consommation de sucre ? Faut-il mettre plus d’argent pour éviter les pénuries de médicaments ? Faut-il confiner les gens ou laisser mourir certaines personnes fautes de soin ? Je pense qu’on est beaucoup à être contents de ne pas avoir à prendre ces décisions car elles sont tellement difficiles pour un peuple entier.

Mark : La question du coût de la vie humaine est posée en permanence aux économistes, ne serait-ce que pour le fonctionnement des systèmes d’assurance et celui des tribunaux, pour le volet civil de n’importe quelle affaire. Le fondateur de l’Ined, économiste réputé (et par ailleurs humaniste et homme de gauche), Alfred Sauvy, a publié en 1977  » Valeur et coût de la vie humaine ». Et cet instrument économique indispensable fait partie de l’arsenal classique des analyses coûts-avantages dans les pays anglo-saxons.

Michel SOURROUILLE : Paradoxalement la nature n’a pas de prix et pourtant nous ne cessons de faire des calculs sur ce que vaut la destruction de la nature puisque cela nous rapporte. De l’autre côté l’anthropocentrisme de Jean-Baptiste Barfety nous fait considérer l’être humain comme au dessus de la nature, comme un absolu qui n’a donc pas de prix. Au lieu de nous lancer dans des comparaisons financières, mieux vaut s’interroger sur l’utilité d’une vie humaine. Pour un virus, ce n’est qu’un support dans lequel s’installer le plus durablement possible, la mort du porteur n’étant qu’un accident de passage. Mais échangeons les rôles et considérons comment l’espèce humaine traite la nature : comme une esclave sur laquelle on a le droit de vie et de mort, extinction des espèces, réchauffement climatique, guerre bactériologique et chimique contre le vivant en agriculture, morts de toutes sortes de « choses » qui se retrouvent dans notre assiette. L’espèce humaine n’est qu’un parasite de la biosphère planétaire qui s’acharne aujourd’hui à vouloir la mort de son hôte.

Andrew Brown : Bien problématique tout ça. Quand on veut connaître le prix d’un cheval de course, ce n’est pas au cheval qu’on s’adresse. Inutile donc de demander leur prix aux humains, posons plutôt la question au requin pour qui nous constituons au moins une casse-croûte. En l’absence d’une réponse, passons au sujet suivant.

Covid-19, maladie déjà annoncée en 2006

« Nous rasons les forêts. Nous draguons les océans. Nous nous installons dans les lointaines oasis ou au sommet des montagnes. Je ne suis pas le seul à redouter que nous n’ouvrions ainsi une boîte de Pandore bien plus dangereuse que celle de la mythologie. Nous avons appris à vivre avec une cohorte de parasites qui nous veulent du mal, mais que notre système immunitaire contrôle à peu près. Notre espèce pourrait devoir affronter bientôt d’impitoyables tueurs, qu’elle s’ingénie à déterrer dans les recoins de la planète. La première cause de mortalité des Indiens du Nouveau Monde, qui amena en un siècle leur population de quatre-vingts à quatre millions d’individus, ne fut pas la barbarie des Européens (pourtant inspirés par ce noble massacre), mais les maladies introduites par les colons, y compris par les missionnaires et les amis des « bons sauvages ». Les Indiens trépassèrent en masse de grippe, variole, rougeole, syphilis ou poliomyélite.

Nous nous retrouvons, aujourd’hui, dans la situation des Hurons, des Aztèques ou des Quechuas du XVIIe siècle. Les envahisseurs sont parmi nous et nous l’ignorons. Ils ne descendent pas d’une autre planète et n’ont pas le petit doigt en l’air. Ils sont invisibles. Là, au coin de la rue, dans l’autobus, au café, à l’hôpital, au ministère de la Santé… Nous en connaissons quelques-uns. Le VIH du sida nous a agrippés dès les années 1950, probablement à partir d’une souche de singes d’Afrique centrale. D’autres surgissent. Les virus du singe vert, de la fièvre de Marburg et de la maladie du légionnaire. Ceux de Junin, de Machupo et de Sabla, apparus en Amérique du Sud, et que les microbiologistes surveillent d’un œil nerveux. Le hantavirus, exalté par le collapsus de l’Union soviétique et la prolifération concomitante des souris. Les agents de la fièvre d’Ebola, de la fièvre West Nile, de celle de Lassa… L’étrange « virus X » a tué des milliers de personnes au sud du Soudan, avant de disparaître. Totalement ? N’en croyons rien… Je glisse sur les souches pathogènes du SRAS (le syndrome respiratoire aigu sévère). Ou sur les sueurs froides que donne aux spécialistes la perspective d’une recombinaison des caractères épidémiques et morbides des virus de la grippe des oiseaux, des cochons et des hommes… Je ne veux effrayer personne, mais je regarde les microbes avec de moins en moins d’humour. Je n’oublie pas les bactéries du choléra, de la tuberculose ou de la syphilis, ni les protozoaires comme ceux du paludisme : tous ces micro-organismes « classiques » semblent animés d’une énergie nouvelle. Ils résistent aux antibiotiques. Ils sont plus virulents et plus teigneux que leurs pères. Je me demande si, au-delà des vieilles querelles écologiques, la première raison de lutter contre le saccage de la Terre ne va pas devenir un pur souci de santé publique. Les scientifiques ont établi, par exemple, qu’il existe, dans les profondeurs du sol, à plus de trois mille mètres, d’incroyables grouillements de bactéries. Certains de ces anaérobies, peut-être aussi vieux que la vie même, ont reçu le nom de Bacillus infernus. On en trouve dans des poches de pétrole très profondes. Réveillerons-nous ces monstres endormis pour quelques barils de future marée noire ?

Au XVe siècle, la population humaine atteignait cinq cents millions de sujets. En quelques années, de l’Extrême-Orient à l’Asie mineure, à l’Afrique du Nord et à l’Europe, d’abominables pestes tuèrent quatre-vingts millions d’individus. Une personne sur six ! Si une épidémie aussi féroce et fulgurante frappait l’humanité actuelle en y causant la même proportion de victimes, on dénombrerait plus d’un milliard de cadavres ! Je ne veux paniquer personne, mais cela pourrait se produire bientôt. »

Covid-19, une maladie déjà annoncée en 2006 par Yves Paccalet dans son livre « L’humanité disparaîtra, bon débarras ! », passage repris par le site JNE

Covid-19 va fermer durablement les frontières

Grâce au Covid-19, le discours sur les limites de la mondialisation et le retour aux frontières s’est imposé, mais il reste flou. L’intrication des chaînes de production au niveau mondial est devenue dangereuse ; il est donc obligatoire de penser une stratégie de production plus locale, plus autonome. Mais la machinerie économique existante, complexe et mondialisée, nécessite toujours la poursuite des importations de marchandises et d’énergie. Les frontières se ferment aux personnes pour éviter les cas de virus importé, certains envisagent même une fermeture durable des frontières à tout non-résident et l’interdiction du tourisme. Mais le ministre français de l’économie assure déjà son plein soutien à Air France après la crise.

« Le retour de la limite, c’est la manière de contrôler ce qu’on fait de nous-mêmes et où on décide de ne pas aller. La demande de frontières est humaine », explique Arnaud Montebourg, ancien ministre de l’économie et du redressement productif. La frontière est redevenue tendance, la démondialisation est en marche ; cela correspond à la philosophie écologiste de ce blog biosphere :

24 mars 2020, Après le Covid-19, vers une démondialisation

27 février 2019, Le yin du protectionnisme contre le yang du libre-échange

2 septembre 2014, Démondialisation, pour un retour au protectionnisme

17 juin 2011, tout est écolo, y compris le protectionnisme

Commentaires complémentaires sur lemonde.fr du 8 avril :

K.P. : Le vrai problème de ce sujet c’est qu’on a voulu faire dans l’idéologie des frontières ouvertes, et maintenant on a les opposants aux frontières humaines qui contre-attaquent. La réalité aujourd’hui, c’est qu’on est en quelque sorte entouré de frontières : on ne peut pas sortir de chez soi sans avoir son « passeport », et on a vu la semaine dernière que le périphérique parisien constituait également une frontière particulièrement fermée.

Pelayo Decovadonga : « La demande de frontières est humaine . » Voila la phrase la plus sensée de l’article. L’homme est une espèce grégaire et territoriale. Il a besoin de vivre en tribus sur un territoire défini qu’il doit protéger. Le « nous et eux » est essentiel à la psychologie humaine. Le reste c’est l’écume des jours produite par une société suicidaire ouest-européenne, à bout de souffle, et qui a un long passé mais peu d’avenir.

Micélium : je n’ai pas d’opinion sur le sujet mais bon il y a bien une frontière entre chez moi et mon voisin .. ouverte seulement quand on le veut bien

Que disent les décroissants du coronavirus ?

Jean-François Jaudon : La décroissance que nous vivons avec le coronavirus est la répétition générale de la décroissance liée à la détérioration écologique de la Terre par la surconsommation.

Marc Joigny : La terre entière se ramasse un bon coup dans la tronche, faute d’avoir pensé à lever le pied, à penser sobriété heureuse. Le monde se ratatine brutalement dans le malheur en laissant sur le carreau des centaines de millions de travailleurs. Maintenant, une fois que la pandémie ne sera plus là, il faut espérer qu’Aloïs Alzheimer ne va pas à nouveau frapper les ciboulots… et que ça ne va pas repartir à fond dans le mur.

Marc Chinal : La courbe d’une pandémie comme le coronavirus est exponentielle tant qu’on ne prend pas des mesures fermes d’arrêt. Et pourtant la quasi-totalité des politiciens nous vendent une exponentielle « croissance = bonheur ». Je crois qu’il va falloir que les politiciens retournent prendre un cours de mathématique sur les exponentielles.

Alain Gras : Les virus ne font que quelques centièmes de millionièmes de mètre, et pourtant ils se baladent sur toute la planète et, à l’occasion, paralysent notre être social tout entier en se moquant de notre arrogance. C’est la première leçon que nous devrions en tirer : l’humilité devant la puissance de la vie autre que la nôtre. Nous avons construit une méga-machine. Comme l’exprime Joseph Tainter, à un certain moment l’hyper-complexité du système technique engendre une telle demande pour son fonctionnement interne que le rendement devient décroissant, c’est-à-dire que l’énergie investie est dévorée pour lui-même et que l’efficacité en termes de production externe atteint un niveau si bas qu’un jour tout s’effondre.

Raoul Anvélault : Annulés, le Festival de Cannes, le Grand Prix de Formule 1 de Monaco et tous les grands spectacles sportifs, la « Fashion Week »… Arrêt de l’aviation, fermeture des boutiques de tatoueurs… Notre comique involontaire Luc Ferry s’en étrangle : « Quant aux écologistes radicaux, les décroissants effondristes, ce n’est pas qu’ils s’en moquent, c’est qu’ils s’en réjouissent et s’en frottent les mains. Enfin une bonne nouvelle ! » Ce n’est pourtant pas faute de le répéter, la décroissance que nous voulons commence par penser que la fin ne justifie pas les moyens : l’écologie par le biais d’une dictature, la « décroissance forcée », ne nous intéresse pas. Le premier virus qui nous a contaminé, définitivement inguérissable, est celui de la liberté. Le Covid-19 n’apporte pas de l’eau à notre moulin.

Bruno Clémentin : Avec la petite bête rose, on a tout perdu. C’est le triomphe de la télé-médecine, de hyper-distribution, de la commande livraison « sans contact », du télé-enseignement et du télétravail. La seul solution trouvée a donc consisté à faire disparaître la présence humaine. Comment en sortira-t-on ? Vous le saurez dans le prochain numéro.

Source : La Décroissance n° 168, avril 2020, 3 euros

Covid-19, la magie de l’argent inopérante

C’était le 5 avril 2018, Emmanuel Macron répondait à une aide-soignante qui réclamait plus de moyens pour l’hôpital : « Il n’y a pas d’argent magique. » Le 25 mars 2020, le même Macron promettait « un plan massif d’investissements et de revalorisation des carrières ». Avec le Covid-19 viendrait donc le temps de la magie, où les liquidités pourront apparaître là où l’on jurait qu’elles ne pouvaient plus se trouver. Mais comment mobiliser l’argent nécessaire à la rupture écologique vers une économie en phase avec les limites de la planète ? Une monnaie « libre » ou « hélicoptère » pourrait-elle être créée sans la contrepartie de la dette ? Le risque économique est celui de l’inflation. Le risque écologique, c’est que le système thermo-industriel recommence à fonctionner comme avant, dilapidant les ressources naturelles, réchauffant le climat et anéantissant ce qui reste de la biodiversité.

Toute monnaie est un répertoire de futures possibilités donné à des individus qui peuvent n’avoir aucune conscience écologique, l’utilisant uniquement pour leurs égoïsme personnel sans jamais penser à l’intérêt collectif ni même à leur prochain. La monnaie n’est normalement qu’un voile, qu’un instrument pour faciliter les échanges. Elle est devenue un monstre, nourrissant la spéculation boursière et finançant aussi bien l’explosion des déplacements au long cours, les grands travaux inutiles ou les futilités de la mode. Normalement il n’y a pas création de monnaie ex-nihilo, pas de « magie économique » ; la création monétaire résulte d’une dette, avec une contrepartie future en biens ou en services. Mais la dette publique et privée a explosé depuis longtemps, on finance l’emprunt avec un nouvel emprunt, c’est un système de Ponzi. La volonté actuelle des États de fournir des liquidités à volonté pour sortir de la crise provoquée par le confinement et l’arrêt d’une grande partie de l’activité marchande est donc un non-sens. Ce sont des traites sur l’avenir dont on peut déjà dire qu’elles ne seront jamais honorées. En Inde par exemple un plan doté de 1 700 milliards de roupies (20,6 milliards d’euros) vise à garantir l’approvisionnement en nourriture des 800 millions de personnes les plus pauvres du sous-continent. Chacune d’entre elles va avoir droit, à compter du 1er avril et tant que durera le confinement imposé par la pandémie due au coronavirus à « 5 kg de riz ou de blé et à 1 kg de lentilles de leur choix par mois ». Le prix du riz, du blé et des lentilles va exploser, le marché noir prospérer et l’aide de l’État devra cesser un jour faute de moyens. L’argent a besoin d’une contre-partie matérielle sinon il ne vaut plus rien.

Ouvrir les vannes du financement public de l’économie c’est à coup sûr davantage de ravages environnementaux. Jusqu’à maintenant, l’argent créé et déversé sur l’économie est plutôt utilisé pour créer davantage de pollutions multiples. Qu’est-ce qui permet de croire que demain ce sera le contraire ? Les gens veulent le dernier jouet technologique, une voiture plus grosse, des vacances plus loin. La création monétaire va surtout permettre aux industries du gaz de schiste et du sable bitumineux de continuer leurs activités destructrices, il faut bien continuer à rouler en voiture individuelle puisque s’exclament les Gilets jaunes « c’est in-dis-pen-sable ». Dès que le problème sanitaire sera passé, les retraités vont continuer à bousiller la planète avec leurs voyages à gogo. Il faut être extrêmement naïf pour croire que des politiques monétaires laxistes peuvent être favorables à la protection de la nature. Elles feront exactement le contraire. La mauvaise foi des humains en ce qui concerne la déplétion pétrolière, le réchauffement climatique et la chute de la biodiversité ne vont pas disparaître comme par magie. Notre seul avenir durable, c’est un retour à la seule satisfaction des besoins de base, ce qui veut dire sobriété partagée et système de rationnement. Mais qui va penser à la carte carbone en ces temps d’affolement sanitaire ?

Le point de vue de Stéphane Foucart : « C’est peut-être un virus qui fera la révolution monétaire que nous n’avons pas faite »

https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/03/28/c-est-peut-etre-un-virus-qui-fera-la-revolution-monetaire-que-nous-n-avons-pas-faite_6034750_3232.html

Covid-19, le vertige des exponentielles

On ne se méfie jamais assez des exponentielles. Si tu es porteur du virus et que tu contamines deux personnes, ces deux personnes vont transmettre à leur tour le Covid-19 à quatre personnes, puis à 8, etc. Cela apparaît au début peu inquiétant, mais au bout de dix transmissions, une seule personne en a rendu malade 1 027 ; au bout de 20 transmissions il y a plus de un million (1 048 576) de personnes infectées. Ce schéma théorique est proche de la vitesse de diffusion du coronavirus. La courbe épidémique chinoise semble montrer un « R0 » de 2,2. Le R0 correspond au nombre moyen de personnes qu’un individu infecté peut contaminer en six jours. Cela peut paraître proche du 1,3 de la grippe, pourtant le nombre de contaminés s’envole beaucoup plus vite. D’où la période de confinement que les gouvernements généralisent dans la plupart des pays, il faut bloquer impérativement la chaîne de transmission le plus vite possible.

De façon imagée, la parabole du nénuphar nous indique qu’il ne faut pas tarder à prendre des décisions politiques. Imaginons un nénuphar planté dans un grand lac qui aurait la propriété de produire chaque jour son semblable tout en continuant à vivre et se reproduire. On estime qu’au bout de trente jours, la totalité du lac va être couverte, ce qui provoquerait l’extinction de la vie. On se décide à n’intervenir qu’au moment où les nénuphars auront occupé la moitié du lac. Quel jour donc ? Réponse : non pas 15 jours, comme on pourrait le penser un peu hâtivement, mais bien au 29ème jour, c’est-à-dire la veille, puisque le double de superficie est recouvert chaque jour. Au bout du 24ème jour, 97% de la surface du lac est encore disponible et on ne pouvait imaginer visuellement la catastrophe qui se préparait dans une semaine. Le cerveau humain semble difficilement saisir les propriétés d’une croissance exponentielle, une vitesse fulgurante, et il n’y a pas que le Covid-19 qui est en cause.

Notre consommation exponentielle des ressources naturelles épuisera beaucoup plus vite que nous l’imaginons le potentiel de la Terre. Malthus en 1798 avait déjà montré les méfaits de l’augmentation exponentielle de la population humaine : « Lorsque la population n’est arrêtée par aucun obstacle, elle va doubler tous les vingt-cinq ans, et croît de période en période selon une progression géométrique (autre expression pour dire évolution exponentielle) ». Le rapport au club de Rome de 1972 dénonçait aussi les exponentielles : « Chaque jour pendant lequel se poursuit la croissance exponentielle rapproche notre écosystème mondial des limites ultimes de sa croissance. Étant donné les temps de réponse du système, si l’on attend que ces limites deviennent évidentes, il sera trop tard. Décider de ne rien faire, c’est donc décider d’accroître le risque d’effondrement. Adopter un tel comportement, nous l’avons maintes fois démontré, c’est finalement courir au déclin incontrôlé de la population et des investissements par voie de catastrophes successives. Cette récession pourrait atteindre des proportions telles que le seuil de tolérance des écosystèmes soit franchi d’une manière irréversible. Il resterait alors bien peu de choses sur terre permettant un nouveau départ sous quelque forme envisageable que ce soit. »

Le problème de nos dirigeants, c’est qu’ils considèrent qu’ils sont comptables du nombre de nos morts seulement s’il s’agit d’un péril immédiat. Exemple avec ce coronavirus. Par contre le nombre de morts par le réchauffement climatique provoqué directement ou indirectement par les émissions exponentielles de nos gaz à effet de serre, cela paraît trop lointain pour qu’on y prête attention. Nos décideurs devraient connaître la parabole du nénuphar… (article de Michel Sourrouille paru antérieurement sur le site des JNE)

Nous écrivions le 2 septembre 2017 sur ce blog biosphere, « Croissance exponentielle, ennuis imminents à prévoir »

Histoire de la sélection naturelle

1) La famille des homininés date d’au moins sept millions d’année. Il y a sans doute eu une dizaine d’espèces d’homininés, parmi lesquelles nous constituons la seule survivante. Selon les témoignages fossiles, le plus ancien membre de notre espèce vivait il y a 195 000 ans dans une région correspondant à l’Éthiopie actuelle.

2) Aujourd’hui la colonisation de nouveaux milieux par de petites populations isolées semble terminée ; et avec elle, l’évolution ? Les recherches récentes montrent que ce n’est pas le cas. 300 régions génomiques présentant des signes de changements récents, qui ont amélioré les chances de survie et de reproduction des individus. Citons par exemple, chez certaines populations africaines, la résistance au virus responsable de la fièvre de Lassa, l’un des plus grands fléaux du continent, et la résistance partielle à des maladies comme le paludisme.

3) La mobilité de l’humanité pourrait entraîner l’homogénéisation de notre espèce. En parallèle, notre technologie et notre médecine contrecarrent la sélection naturelle. Dans la plupart des régions du globe, les nouveau-nés ne meurent plus en masse. Les individus souffrant d’affections génétiques autrefois mortelles peuvent vivre et avoir des enfants. Nous n’avons plus de prédateurs naturels qui affectent notre espérance de vie.

4) Pour l’essentiel c’est aujourd’hui la culture, et non plus l’hérédité génétique, qui détermine la survie ou la mort des individus. L’évolution est alors non plus génétique, mais mémétique* – c’est-à-dire impliquant les idées, la culture. Pour d’autres chercheurs, l’évolution génétique se poursuit, mais « à l’envers ». Certaines caractéristiques de la vie moderne conduisent à un changement évolutif qui nous rend moins aptes à la survie.

5) Une des particularités de notre espèce est que nous avons le pouvoir d’agir sur les moteurs de l’évolution. Nous avons dirigé l’évolution de nombreuses espèces animales et végétales, et nous pouvons sans doute diriger la nôtre. Ce pouvoir a fait naître maintes tentations eugénistes – l’idée que la société devait suppléer à la sélection naturelle pour éviter la dégénérescence de l’espèce.

6) À la question « à quoi ressembleront les hommes du futur ? », vous obtiendrez deux sortes de réponses. La première, tout droit sortie des films de science-fiction, évoque des êtres dotés d’un énorme cerveau, d’un front très haut et d’une intelligence supérieure. La seconde affirme que l’homme n’évolue plus physiquement, sa puissance technologique l’ayant soustrait à la sélection naturelle, et que son évolution n’est plus que culturelle.

7) Un jour, peut-être, nous aurons le pouvoir d’introduire une nouvelle espèce humaine dans notre monde. Allons-nous suivre cette voie ? Ce sera à nos descendants d’en décider.

8) Comme Steven Jay Gould le soulignait, les fossiles, y compris ceux de nos propres ancêtres, nous indiquent que le changement évolutif n’est pas un processus continu : il apparaît par à-coups, sans orientation ni direction précises. Les organismes peuvent devenir plus petits aussi bien que plus grands. Toutefois, l’évolution a effectivement montré au moins une constante : un accroissement de la complexité, qu’elle soit anatomique, physiologique ou comportementale.

* La mémétique utilise le concept, dû à Richard Dawkins, de « mème » (élément de comportement transmis par imitation) pour étudier les évolutions de la culture dans une approche darwinienne étendue. Si la génétique se base sur le concept de gène pour étudier le vivant, la mémétique se base sur le concept de mème pour étudier la culture.

Source : https://www.pourlascience.fr/sd/evolution/homo-sapiens-evolue-t-il-encore-3084.php

La croissance étouffée par ses déchets

Nos déchets forment désormais de véritables couches géologiques. Il est certain qu’aucune créature autre que l’homme n’a jamais réussi à souiller son nid en un temps aussi court.

Dans son livre, Homo detritus, critique de la société du déchet, Baptiste Monsaingeon constate que jusqu’à la fin du XIXe siècle, le déchet n’existe pas. Les excreta urbains servent de matières premières, les chiffons sont récupérés, les boues organiques (épluchures et boues noires) servent de compost pour les paysans. L’apparition des poubelles marque l’abandon de ces vertueuses pratiques de synergie entre villes et campagnes. Le 24 novembre 1883, Eugène-René Poubelle, préfet du département de la Seine, impose aux Parisiens l’usage de réceptacles pour l’enlèvement des ordures ménagères. Sous l’impulsion de l’hygiénisme, on banalise l’idée d’abandonner de la matière sans usage ultérieur. Cette idée est aussi un héritage du « progrès » techno-industriel. On délaisse la vidange des boues urbaines quand Justus von Liebig met au point les engrais chimiques dans les années 1860. Avec la découverte d’un procédé d’extraction de la cellulose, on n’a plus besoin des chiffonniers pour fabriquer du papier. Avant leur interdiction, en 1946, la France en comptait 500 000. On invente donc le déchet, qui désigne toute quantité de matière ou produit destiné à l’abandon, ce qui est toujours sa définition juridique actuelle, sanctionnée seulement en 1975 par la loi française (article L. 541-1-1 du code de l’environnement)*.

Plutôt que de réduire les déchets à la source, compostage privé, abandon total des emballages, chacun son cabas et ses pots en verre, nous faisons la chasse aux rejets intempestifs et aux dépôt sauvages. La civilisation du contrôle tout azimut étend son emprise sur nos comportements quotidiens, sur nos déchets. Il faut ramasser les crottes de son chien, ne pas cracher son chewing-gum, bien trier, ne pas se tromper de sac de poubelle, sinon gare. La brigade verte de la ville veille, des agents assermentés sévissent, procès-verbal et amende, on ne plaisante pas avec les ordures, la propreté administrative doit régner. Demeure un problème majeur, neuf fois sur dix les contrevenants ne sont pas identifiés**. Ce n’est pas à l’âge de pierre qu’on doit revenir, c’est à l’époque pré-urbaine du recyclage intégral sur place. Contraints par le manque d’énergie fossile il faudra bien s’y mettre. Prenez l’exemple des déchets organiques. Sur le plan technique, le lombricompostage domestique est très efficace. Et l’épicerie en vrac*** s’installe. Le changement d’imaginaire s’opère. Ecolo des années 1970 : le déchet est ingérable, la pollution et l’entropie nous submergeront. Ecolo des années 2000 : le déchet est immoral, la planète se vengera. Ecolo des années 2050, victoire, une société sans déchets. Le vert brigadier du futur qui trouvera un déchet pourra dire : « Bizarre, ce déchet-là, je croyais qu’il ne fallait plus le produire ». Nos articles antérieurs sur la question des ordures :

13 janvier 2020, La chasse aux cotons-tiges est ouverte

30 septembre 2018, Un univers sans déchets, possible pour zero waste

21 septembre 2018, Stocamine, le problème insoluble des déchets ultimes

7 octobre 2011, une civilisation étouffée par ses déchets

7 mars 2010, des déchets en héritage

* LE MONDE, 22 décembre 2019, L’abandon des déchets « est un héritage de la modernité industrielle (entretien avec Anne Guillard)

** LE MONDE du 20 février 2020, Déchets : les « brigades vertes », nouvel outil anti-incivilités des communes (Enora Ollivier)

*** Créée au printemps 2013 par Didier Onraita et David Sutrat, day by day, mon épicerie en vrac est née de l’envie de ces deux entrepreneurs de proposer un nouveau concept de magasin de proximité dans lequel le consommateur pourrait trouver les produits du quotidien vendus en vrac. En moins de 4 ans, day by day a déjà ouvert 40 magasins et ambitionne d’avoir plus de 100 magasins en France et à l’Etranger d’ici deux ans.

Liste des magasins day by day en France disponible ici : http://daybyday-shop.com/magasin

Cités surpeuplées ne peuvent être fertiles

Les gouvernements qui se disent écolos, ils ne sont pas nombreux, nous bourrent le mou. Le ministre français chargé de la ville, Julien Denormandie, veut développer l’agriculture urbaine, reverdir la ville, la rendre durable et désirable… tout un programme qui n’est encore que parole. Extrapoler pour la planète n’est que pur fantasme. Il suffit de reprendre ce que dit Denormandie : « D’ici à 2050, 70 % de la population mondiale vivra en ville. Si les villes occupent 2 % de la surface du globe, elles représentent deux tiers de la consommation mondiale d’énergie et émettent 80 % des émissions de CO2. »* Rappelons les faits qui empêchent toute politique cohérente :

Au lieu d’être progressive, l’explosion urbaine est devenue « violente », particulièrement en Afrique : les villes y passeront de 350 millions d’habitants en 2005 à 1,2 milliards en 2050. Quand les habitants des bidonvilles constituent déjà en moyenne 36 % des citadins dans les pays dits « en développement », cela veut dire que ce n’est pas une urbanisation gérable, ce n’est donc pas une évolution durable. Jamais on ne pourra mettre de l’électricité, de l’eau courante et des routes goudronnées partout. Jamais on ne pourra mettre en place des services urbains à la portée de tous. Jamais on ne pourra trouver un emploi à cet afflux de main d’œuvre. Jamais il n’y aura assez de policiers (étymologiquement « créatures de la cité ») pour contrôler une société non policée. Au niveau de la France, on essaye désespérément depuis quelques années de trouver des solutions agricoles en milieu urbain. Il y a les tentatives de villes en transition (Rob Hopkins), la bonne idée des AMAP (association pour le maintien d’une agriculture paysanne), la vogue des locavores, les incroyables comestibles, etc. Mais les villes étendent toujours leurs tentacules dans toutes les directions et stérilisent toujours plus loin les sols. Elles ne se prêtent pas aux plantations en pleine terre, et de toute façon comment gérer un potager au bas d’un HLM ou dans un bidonville ?

Pourtant, parce que l’urbanisation arrive au sommet de son inefficacité, nous restons optimistes. Historiquement la vie biologique comme la vie sociale suivent des cycles. L’essor d’une civilisation s’accompagne d’une croissance des villes, son effondrement provoquera une désurbanisation. Comme il y a le pic pétrolier, le pic du phosphore, le peak fish… il y  aura bientôt le pic de l’urbanisation. Nous retournerons bientôt au rythme ancestral qui privilégie les campagnes, l’agriculture vivrière et l’artisanat de proximité ; en termes contemporains, il nous faut retrouver des communautés de transition qui soient à l’échelle humaine. Il faudra pour cela que nous soyons beaucoup beaucoup moins nombreux !

Nos articles antérieurs sur ce blog biosphere :

24 janvier 2019, Cultiver la nature en ville ou désurbanisation ?

16 mai 2012, Pic de l’urbanisation, effondrement d’une civilisation

22 septembre 2009, désurbanisation

* LE MONDE du 6 février 2020, « Cités fertiles », matériaux biosourcés… Le plan du gouvernement pour reverdir la ville

Croissance, un objectif économique complètement débile

Au début des années 1970, l’idiotie de la croissance économique n’était encore perceptible par personne. Étudiant en faculté de sciences économiques entre 1967 et 1971, j’en sais quelque chose. Tout autour de moi on ne jurait déjà que par la croissance, les « Trente  Glorieuses ». C’est idiot, c’est un déni de réalité. Le 15 Juin 1972, je découpe un article sur le cri d’alarme de Sicco Mansholt, président de la commission du Marché commun : « La race humaine, menacée par la pollution, l’accroissement démographique et la consommation désordonnée de l’énergie, doit modifier son comportement, si elle veut tout simplement ne pas disparaître… La grande crise devrait culminer autour de l’an 2020. » Même jour, un autre article où s’exprime Philippe Saint Marc : « Nous sommes dans un train qui roule à 150 km/h vers un pont coupé. Le monde court à la catastrophe écologique s’il ne procède pas rapidement à une réorientation fondamentale de la croissance économique. » Ces déclarations se basaient sur le rapport au club de Rome (sur les limites de la croissance) publié en juillet 1971. J’ai lu ce livre aussitôt que paru en langue française.

Considérant le temps de doublement relativement court de nombreuses activités humaines, on arrivera aux limites extrêmes de la croissance en un temps étonnamment court. Notre modèle d’analyse des systèmes traite cinq tendances fondamentales : l’industrialisation, la population, l’alimentation, les ressources naturelles non renouvelables et la pollution. Les interactions sont permanentes. Ainsi la population plafonne si la nourriture manque, la croissance des investissements implique l’utilisation de ressources naturelles, l’utilisation de ces ressources engendre des déchets polluants et la pollution interfère à la fois avec l’expansion démographique et la production alimentaire. Chaque jour pendant lequel se poursuit la croissance exponentielle rapproche notre écosystème mondial des limites ultimes de sa croissance. Étant donné les temps de réponse du système, si l’on attend que ces limites deviennent évidentes, il sera trop tard. Décider de ne rien faire, c’est donc décider d’accroître le risque d’effondrement. [Donella H.Meadows, Dennis L.Meadows, Jorgen Randers et William W.Behrens III du Massachusetts Institute of Technology, The Limits to Growth (traduction française Halte à la croissance ? aux édition Fayard, 1972)]

Exactement comme un cancer qui étend ses métastases et finit par détruire les système vitaux sur lesquels il repose, une économie en expansion continue détruit de plus en plus rapidement l’hôte qui le nourrit, la Biosphère. La croissance pour la croissance, c’est l’idéologie de la cellule cancéreuse. Que faut-il faire ? Sicco Mansholt répondait : « Il faut réduire notre croissance purement matérielle, pour y substituer la notion d’une autre croissance, celle de la culture, du bonheur, du bien-être. C’est pourquoi j’ai proposé de substituer au PNB « l’Utilité nationale brute » ou, comme on le dit plus poétiquement en français, le Bonheur national brut. » Sauf à attendre une avancée technique improbable qui de toute façon va créer plus de problèmes qu’elle n’en résoudra, il n’y avait pour moi qu’une seule réponse, en phase avec les réalités biophysiques : je suis devenu objecteur de croissance avant la popularisation de cette expression car la volonté d’augmenter indéfiniment le PIB dans un monde fini me paraissait une absurdité. La décroissance humaine, qu’elle soit décroissance démographique, décroissance productive ou décroissance de la vanité humaine, est la seule issue raisonnable à la crise qui s’annonce. L’histoire de notre vie est rythmée par la naissance, la croissance et la mort. On ne peut échapper aux cycles de la nature, surtout quand on se croit une grande et admirable civilisation.

(extraits de « On ne naît pas écolo, on le devient », Michel Sourrouille aux éditions Sang de la Terre)

Biomimétisme, détruire la nature

Le biomimétisme – s’inspirer du vivant pour mettre au point des systèmes productifs et technologiques performants – est annoncé comme l’avenir, mais celui-ci n’arrive que trop lentement à en croire le monde industriel et ses représentants. Idriss Aberkane, professeur à l’Ecole centrale, avait en 2016 rappelé les trois phases qui caractérisent selon lui toute révolution : « Comme pour le droit de vote des femmes ou la fin de l’esclavage, on dit “c’est ridicule”, puis “c’est dangereux” et enfin “c’est évident”. » Et d’asséner le credo du biomimétisme : « La nature est un laboratoire de recherches vieux de 4 millions d’années, une bibliothèque fabuleuse qu’il faut arrêter de détruire. »* Deux masters ouvriront en 2020, s’inspirant de l’ingéniosité du vivant avec le fabuleux prétexte de mieux le préserver en retour. « On va enfin en finir avec cet enseignement en silo, qui isole les biologistes des physiciens, des chimistes et des mathématiciens », se réjouit Laurent Billon, coresponsable du futur master en matériaux bio-inspirés de Pau.**

Mais quel est l’intérêt véritable de s’inspirer des marteaux de la petite crevette-mante qui percent les blindages de coquillages pour réaliser des torpilles, ou la mise au point par des chercheurs du Boston Dynamics (financé par la défense) de robots amphibies équipés d’armes. Pour trois drones télécommandés, deux robots quadrupèdes armés de caméras et une poignée de catamaran qui marchent sur l’eau, combien d’insectes, combien de passereaux etc. etc. disparaissent simultanément par dizaines de milliers d’espèces ? Il y a beaucoup de fantasmes autour de l’imitation des insectes. Le concept de « robot bees »

[robot abeille]

permettrait une pollinisation des fleurs mais parallèlement, rien n’est entrepris pour enrayer le déclin des insectes pollinisateurs. Le velcro issu de la bardane, les ailes d’avion inspirées des cigognes, les maillots de bain peau de requin… tout cela a fonctionné mais les bénéfices pour la biodiversité sont infinitésimalement ténus. On dépense des sommes folles pour savoir s’il peut y avoir de la vie sur Mars alors qu’on a encore une connaissance très fragmentaire du monde vivant planétaire ! Avec un biomimétisme qui renforce la technoscience et son emprise destructrice sur le monde vivant, nous sommes loin des « principes des écosystèmes pour guider notre bioéconomie » selon Gauthier Chapelle, spécialiste du biomimétisme  : « Le temps du vivant couvre 3,8 milliards d’années sans surexploitation de la planète. Pourquoi ce miracle de durabilité ? Parce que tous les organismes vivants jusqu’à présent…

s’appuient sur la coopération et la diversité ;

utilisent les déchets comme matériaux ;

s’approvisionnent localement ;

ne surexploitent pas leurs ressources ;

récoltent en permanence des informations et s’y ajustent ;

optimisent plutôt que maximisent ;

utilisent l’énergie solaire (à 90 %) avec efficacité ;

s’interdisent les toxiques persistants ;

rebondissent après les chocs. »

Les humains pratiquent l’inverse de ces lois favorisant l’équilibre naturel. Le système industriel repose sur compétition et concurrence, prédation du sol, du sous-sol et des mers, libre-échange mondialisé, surexploitation des ressources renouvelables ou non, ajustement inexistant à leurs connaissances (pensez au refus de la carte carbone par exemple), maximisation du toujours plus, utilisation forcenée des énergies fossiles non renouvelables, usage généralisé de toxiques persistants… Biomimétisme ou non, nous aurons donc de fortes chance d’avoir beaucoup de difficultés à rebondir après le prochain choc pétrolier et/ou un effondrement financier,.

* LE MONDE du 5 juillet 2016, Le biomimétisme, ou comment s’inspirer de la nature plutôt que la détruire

** LE MONDE du 13 novembre 2019, Le biomimétisme se déploie dans l’enseignement supérieur

Agribashing et retour à la paysannerie

Comment faire passer en quelques années seulement la population active agricole de 2 % comme actuellement à 36% comme cela était en 1946 ? Tel est le dilemme posé par la conversion écologique et le retour à une paysannerie de polyculture. Car disons-le tout net, l’agriculture industrielle est devenue démentielle. Le film « Au nom de la terre », d’Edouard Bergeon, réalisateur fils d’agriculteur, conte l’histoire vraie d’un agriculteur conduit au suicide par les déboires qu’il connaît sur son exploitation… Le poulailler de Philippe peut accueillir jusqu’à 130 000 volailles… Hélène, une éleveuse fait visiter l’un de ses poulaillers et ses 19 000 poussins de deux jours. Avant d’entrer, il a fallu passer dans un pédiluve, puis s’équiper de pied en cap, combinaison intégrale et surchaussures. Les paysans ont disparu pour laisser leur place à des « exploitants », avec obligation de se spécialiser pour pouvoir survivre. Mais si on a 200 bêtes ou 200 hectares de cultures, alors on devient des salopards, à la tête d’une ferme-usine. Le changement à marche forcée passe donc par les agressions et la culpabilisation. « Agribashing » , le mot n’est pas vieux, deux ans à peine, une mise en cause massive et généralisée qui revient à contester en bloc les pratiques agricoles, l’utilité sociale des agricultures et jusqu’à leur existence. « Les opposants animalistes ne souhaitent pas améliorer les conditions de vie des animaux : ils veulent mettre fin au système dans son ensemble. Des activistes de Boucherie Abolition en arrivent même à des actions extrémistes. Sous l’égide des préfets, cinq départements ont déjà instauré des comités de lutte contre les actes de malveillance dans le milieu agricole »*.

Le voisin néo-rural est devenu l’adversaire, toujours prêt à bondir pour défendre l’environnement – le sien, d’abord – contre l’ogre paysan. Il y a deux ou trois générations, tout le monde avait des racines proches à la campagne. Maintenant, c’est terminé, la rupture est consommée. L’élevage travaille avec le vivant, ce qui implique un contact avec la mort, mais aussi avec des bruits, des odeurs… Et des gens arrivent qui n’avaient plus aucun lien avec le vivant. II n’y a plus de langage commun. Le retrouver demandera des efforts de toute la population, l’abandon de la nourriture industrielle et d’un système, y compris syndical (FNSEA) qui a poussé au productivisme agricole. Pour en savoir plus, nos articles antérieurs sur ce blog biosphere :

9 février 2016, pour un retour des paysans contre l’agriculture industrielle

15 mars 2014, semences paysannes contre marchandisation de la vie

26 janvier 2013, Un modèle pour l’écologiste, le paysan Paul Bedel

24 novembre 2012, Paul Bedel, Testament d’un paysan en voie de disparition

22 août 2009, tous paysans en 2050

25 mars 2009, le retour des paysans

9 octobre 2008, paysans de tous les pays, unissez-vous

* LE MONDE du 8 novembre 2019, Le discrédit agricole

Effondrement, bientôt une terre inhabitable

David Wallace-Wells signe en juillet 2017 dans le New York Magazineun article en Une, « Catalogue de la Terre condamnée ». A l’intérieur, l’enquête d’une vingtaine de pages, titrée « La Terre inhabitable », s’ouvre sur ces mots : « La situation est, je vous le promets, bien pire que vous le pensez. » Terrifiant, l’article fait l’effet d’un électrochoc : il devient le papier le plus lu de l’histoire du magazine (plusieurs millions de lecteurs). Rien de nouveau sous le soleil, un supplément du Nouvel Obs titrait en 1972 en France « La dernière chance de la terre ». L’éditorial d’Alain Hervé, qui nous a quitté il y a peu, était prémonitoire : « Depuis un siècle, au nom de progrès qui faisaient la spécificité et la fierté des hommes, a commencé la plus gigantesque entreprise de destruction qu’une espèce ait jamais menée contre le milieu qui soutient la vie et contre la vie elle-même. La plus spectaculaire des opérations-suicide. La Terre est en danger. Elle a été mise en danger notamment par le développement de la civilisation industrielle occidentale. C’est ce qu’on appelle le péril blanc. Océans pollués, terres stérilisées, atmosphère empoisonnée, tissu social disloqué, civilisations tribales écrasées. Pendant ce temps des imbéciles, qui ne sont même pas heureux, chantent des hymnes au progrès : le produit national brut s’accroît, la consommation d’énergie s’accroît, la population s’accroît. » De même le premier numéro du mensuel La Gueule ouverte sous-titrait en novembre 1972 « le journal qui annonce la fin du monde » ! Son éditorialiste, Pierre Fournier, écrivait : « Pendant qu’on nous amuse avec des guerres et des révolutions qui s’engendrent les unes les autres en répétant toujours la même chose, l’homme est en train, à force d’exploitation technologique incontrôlée, de rendre la terre inhabitable, non seulement pour lui  mais pour toutes les formes de vie supérieures. Le paradis concentrationnaire qui s’esquisse et que nous promettent ces cons de technocrates ne verra jamais le jour parce que leur ignorance et leur mépris des contingences biologiques le tueront dans l’œuf. La catastrophe, beaucoup plus prochaine que vous ne l’imaginez, ne pourrait être évitée que par une réforme des habitudes mentales encore plus radicale encore que celle jadis opérée par les rédacteurs de la Grande Encyclopédie. »* Que nous apprend de plus David Wallace-Wells dans son livre La Terre inhabitable (Robert Laffont) ?

« Nous sommes entrés dans la décennie la plus cruciale de l’histoire de l’humanité. Notre espèce entière traverse un dilemme existentiel, et quelle qu’en soit l’issue, le sens de nos existences sera révélé. Même si vous avez une voiture électrique et que vous ne mangez pas de viande, en étant le citoyen privilégié d’un pays du Nord, vous bénéficiez de l’économie fossile. Nous faisons tous partie d’un grand récit, qui ne se limite pas à la conspiration de cinq compagnies pétrolières, mais est la saga de notre addiction aux conforts bon marché du consumérisme. La moitié des émissions de gaz à effet de serre jamais produites l’ont été au cours des trente dernières années, c’est-à-dire de mon vivant. Ma vie contient cette histoire, qui nous a menés d’une situation stable à une catastrophe imminente. »* Il croit que la peur peut être un détonateur efficace pour prendre conscience de la gravité de la situation. Rien de nouveau sous le soleil, les livres des collapsologue et autres effondristes font un tabac en France. On le sait déjà, nous serons cuits comme des merguez, ou asphyxiés par un air irrespirable, ou sans ressources avec l’effondrement de l’économie. 

La seule différence entre 1972 et maintenant, c’est le fait que les précurseurs de l’écologie, aidés depuis par de multiples études scientifiques et moult reportages, ont fait germer les graines de l’inquiétude dans l’opinion publique. Le problème, c’est que nous avons perdu presque cinquante ans, bercés par un confort factice et non durable. C’est pourquoi notre blog biosphere pratiquait sadiquement la pédagogie de la catastrophe, exemples :

19 juillet 2019, Le survivalisme, pour résister à l’effondrement

18 juillet 2019, Les enfants face à l’effondrement global

6 juin 2019, Trois intellectuels envisagent l’effondrement

12 mars 2019, Fermeture des centrales à charbon et effondrement

18 décembre 2018, Effondrement, un appel à témoignage dans LE MONDE

19 novembre 2017, effondrement, le risque agricole/alimentaire

26 juin 2017, l’Effondrement global avant 2030, une prévision de Cochet

25 novembre 2016, Pourquoi s’inquiéter de l’effondrement annoncé ?

22 novembre 2016, L’effondrement prévu de la société thermo-industrielle

21 juillet 2016, Trop tard pour éviter l’effondrement thermo-industriel

26 septembre 2015, Climat : les mécanisme complexes de l’effondrement

25 avril 2015, Collapsologie : l’effondrement démographique prévisible

16 octobre 2014, Fragilité et effondrement : une prévision de Dmitry Orlov

13 mai 2014, L’effondrement de la civilisation, texte venu du futur

8 octobre 2013, l’effondrement programmé de la méga-machine

12 avril 2013, Bientôt l’effondrement auquel personne ne veut croire

7 février 2013, Ceci n’est pas une crise, mais un effondrement global

27 août 2012, mécanismes d’un effondrement économique rapide

16 mai 2012, Pic de l’urbanisation, effondrement d’une civilisation

20 avril 2012, Chronique d’un effondrement annoncé, de Tainter à Greer

19 avril 2012, Effondrement de notre civilisation sous son propre poids

19 mars 2012, effondrement des villes, explosion des inégalités

9 janvier 2012, L’effondrement social avant 2030 ? Parions !

29 janvier 2011, l’effondrement volontaire de la population

14 mai 2010, l’effondrement de notre société (suite)

13 mai 2010, l’effondrement de notre société complexe

10 décembre 2007, syndrome d’effondrement (pour les abeilles)

NB : texte dédié à notre inspirateur éclairé, Yves Cochet

* LE MONDE du 7 novembre 2019, Climat : le scénario apocalyptique de David Wallace-Wells

Homo sapiens, demens… disparitus !

homo demens (Michel Tarrier)

Notre espèce du genre Homo fut décrite en 1758 par Carl von Linné et élogieusement nommée sapiens. Or Homo sapiens n´est rien de plus qu’une espèce parmi deux millions d’autres officiellement recensées. Sauf que l´humain brille par l´ampleur des destructions qu´il opère sur les écosystèmes. Sans doute parce que sa fameuse conscience n´a pas pris conscience qu´il s´agissait des murs de sa propre maison, cette maison dont il retire chaque jour une ou plusieurs briques. Notre politique est bien celle de la terre brûlée. Pour les trois quarts de l´humanité, la Terre-nourricière ne l´est déjà plus. Nous, Homo demens, vils urbanistes, économistes imbus, agronomes-valets ou politiques impérieux, fourbes et bouffis, nous ne sommes pas sapiens, nous ne le sommes plus. Homo sapiens n’est qu’une sombre brute.

homo disparitus (Alan Weisman)

Et si le pire arrivait ? Si par le miracle d’un virus mutant la population humaine était balayée de la surface de la Terre ? Alan Weisman envisage l’hypothèse qu’homo sapiens devienne ainsi « Homo disparitus » (éditions Flammarion) et s’interroge sur le devenir de la planète. Après les dinosaures, l’extinction de l’espèce humaine ! C’est alors que les réseaux péniblement entretenus par des myriades d’humains  se briseraient rapidement, les canalisations d’eau exploseraient avec le gel, les métros souterrains seraient envahis par les eaux, les barrages et canaux engorgés de vase déborderaient, la végétation recouvrirait le bitume et le béton, tout ce qui fait les routes et les villes, les maisons et les usines disparaîtrait du regard. Ce processus ne prendrait que quelques centaines d’années. Mais les métaux lourds comme le plomb, le mercure ou le cadmium mettraient des millénaires à être recyclés et la concentration en gaz carbonique dans l’atmosphère ne retrouverait des niveaux pré-humains que dans au moins 100 000 ans. Il faudra même attendre que les processus géologiques refaçonnent la surface de la Terre pour que soit anéanti le plastique de la poupée Barbie.

homo domesticus (James C. Scott)

Ereinté, cassé en deux au milieu de son champ à prendre soin de ses pommes de terre, un cultivateur se demande tout à coup si c’est vraiment l’homme qui a domestiqué la patate, ou l’inverse. Ce ne sont bien sûr ni la patate ni les céréales qui ont domestiqué sapiens mais une succession d’événements culminant avec l’émergenced e l’Etat. Les données archéologiques montrent que la sédentarisation des populations dans des zones humides aux ressources nombreuses et variées permettait de faire coexister une variété de modes de subsistance – agriculture occasionnelle mais aussi chasse, pêche, cueillette. Et que des millénaires se sont écoulés ainsi entre le Tigre et l’Euphrate sans qu’apparaissent les signes d’une centralisation du pouvoir (érection de murailles, concentration démographique, intensification agricole, administration, architecture monumentale, etc.). Mais la nécessité de rationaliser les pratiques agricoles conduit à accentuer la culture du blé et de l’orge. Ce sont elles qui permettent le développement de l’Etat. Plus que toute autre production agricole, les céréales facilitent le contrôle de l’activité des sujets-cultivateurs, le prélèvement de l’impôt, le stockage – contrairement à la majorité des autres plantes cultivées, qui pourrissent trop vite ou arrivent lentement à maturité. Le grain : voilà l’ennemi ! Partout, de l’Amérique centrale au Fleuve jaune, la céréale est un instrument de domination des hommes, soumis à un travail incessant. Par rapport aux chasseurs-cueilleurs, la gamme d’expériences qui caractérisait l’agriculteur était beaucoup plus étroite et sa vie en était appauvrie, tant sur le plan culturel que rituel. L’assujettissement, l’ennui, les altérations physiologiques sont liées au labeur et à une alimentation peu diversifié. Les premiers villages du Proche-Orient ont domestiqué les plantes et les animaux, les institutions urbaines ont domestiqué les humains. 

Homo œconomicus (Jean-Paul Fitoussi et Eloi Laurent)

Nous sommes aujourd’hui huit à dix fois plus riches, en moyenne, que nos grands-parents. Mais qu’en est-il de la répartition des revenus et des inégalités de toutes sortes ? Dans une société où prévaudrait un sentiment d’injustice, où les tendances au repli sur soi et au conflit domineraient, il nous semble qu’il y aurait peur de place pour l’altruisme intergénérationnel. L’homo oeconomicus, le fou rationnel comme dirait Amartya Sen, n’a d’intérêt que pour lui-même, en ce que son bien-être est supposé totalement indépendant de celui des autres. Il est difficile de postuler, dans un monde où l’équité horizontale (intragénérationnelle) ne tiendrait aucune place, que l’équité verticale (intergénérationnelle) préoccuperait la société. La décroissance qui importe véritablement est celle des inégalités. ( Homo domesticus. Une histoire profonde des premiers Etats (Against the Grain. A Deep History of the Earliest States), de James C. Scott))

homo sapiens (François Ramade)

Notre espèce a éradiqué peu à peu toutes les autres espèces de grande taille qui lui étaient proches, les autres Homo comme la grande faune. En outre, autre indice d’une animalité incomplète, l’homme n’a plus régulé ses effectifs à partir du néolithique, à l’opposé de ce que font les autres espèces animales supérieures qui représentent ce que l’on dénomme en écologie des espèces K, que privilégient le développement au détriment de la reproduction. La stratégie r est adoptée normalement par des petits mammifères de faible longévité et de croissance rapide. L’homme constitue la seule espèce de grand Primates qui se comporte depuis le néolithique comme un stratège r. Par ailleurs, à la pression insensée qu’exerce depuis déjà longtemps la surpopulation humaine sur la nature et ses ressources, se sont ajoutées les conséquences parfois calamiteuse du développement de technologies pas toujours maîtrisées, ce qui a accru de façon exponentielle l’impact effectif de nos espèce non seulement sur la biosphère, mais bien au-delà sur l’écosphère.

homo technologicus (Michel Puech)

 Dans Homo Sapiens Technologicus, ce qui fait problème, ce n’est pas Technologicus, c’est Sapiens. Ce que pense la philosophie première, c’est la présence des humains au monde. Dans les technologies spectaculaires, il ne passe pas grand-chose de cette présence. Il y a un collectif symbolique, qui est une symbolique du pouvoir : dangereuse, un peu surannée, à la limite du ridicule. En l’absence de consensus moral, aucune base commune de valeurs n’est disponible pour statuer sur la technologie et nous sommes toujours à la recherche de ce que serait une société technologique démocratique et pas seulement libérale. Jusqu’ici, l’immense majorité de l’humanité a vécu sans le confort moderne, c’est-à-dire eau et gaz à tous les étages. Si c’est à ce niveau de dispositif matériel que l’on situe le problème des mal-logés, alors la seule voix autorisée pour parler du confort est celle de l’INSEE et de ses normes. On peut espérer mieux. La technologie ne nous pose pas un problème de savoir, mais un problème de sagesse. Nous n’avons pas besoin d’un savoir supplémentaire. Nous avons besoin d’une sagesse, d’une maîtrise de la maîtrise du monde qui ne peut être qu’une maîtrise de soi.

Jane Goodall à l’heure du chimpanzé humain

A 85 ans, l’éthologue et primatologue Jane Goodall aime encore nous raconter des histoires*:

« En 1957, aucun zoologiste ne faisait d’observations de terrain . Les animaux sauvages n’étaient connus qu’en captivité. Il n’y avait aucune méthode scientifique que je pouvais suivre. Je devais gagner la confiance des primates. Ils n’avaient jamais vu de singe blanc comme moi, dit-elle en riant. Au bout de quatre mois, je n’avais toujours pas fait d’observations majeures.U n jour, je voit le singe alpha se servir d’une tige pour attraper des termites pour son déjeuner. Une révolution ! On pensait alors que l’outil était le propre de l’homme. Or les animaux étaient dotés de la même capacité à se servir d’outils dans leur vie quotidienne. Nous faisons partie du règne animal. Nous avons tellement en commun biologiquement et en termes de comportement. Nous devons accepter le chimpanzé comme humain. » Jane Goodall relève toutefois une différence qu’elle pense majeure entre l’homme et les primates : « C’est la progression explosive de notre intellect. Si nous sommes capables d’envoyer une fusée sur Mars, nous pouvons trouver des solutions aux problèmes de la planète. »

En 1965, la National Geographic Society accepte de lui financer une nouvelle mission, à condition de pouvoir filmer et photographier la chercheuse dans la forêt primaire : « J’ai fini par accepter le fait qu’il y avait deux Jane : celle qui vous parle, et l’icône qui a été créée à la fois par le National Geographic et par les choses inhabituelles que j’avais faites. Je n’avais pas demandé cette médiatisation, je ne l’avais pas voulue. Mais à un moment, j’ai réalisé que je pouvais m’en servir. »

En 1986, la primatologue prend un nouveau virage : alors qu’elle se rend à une conférence d’éthologues à Chicago, aux Etats-Unis, elle est submergée par les constats alarmants sur l’état des forêts tropicales dans le monde. « Je me suis rendue à cette conférence en tant que scientifique. J’en suis repartie en tant qu’activiste. »

« Je sais que chaque année il me reste un peu moins de temps pour vivre. Alors j’essaie chaque année d’en faire un peu plus. Je ne me battrais pas si je ne pensais pas que cela pouvait faire la différence. Et même si à la fin j’échoue, je mourrai en me battant. »

« Je me soucie passionnément de l’environnement, je me soucie passionnément des enfants. Et plus les perspectives sont sombres, plus je suis déterminée »

« Les jeunes sont la principale raison de mon optimisme. Ce n’est pas qu’ils peuvent changer le monde. Ils sont en train de changer le monde. 

« En lui donnant un peu de temps, et parfois un peu d’aide, la nature peut regagner la place qu’on lui a volée. »

Sur ce blog biosphere, le point de vue global de Jane : « Si nous tenons à notre avenir, il y a trois problèmes majeurs en apparence insolubles que nous devons absolument surmonter. Le premier est la pauvreté. Si vous êtes très pauvre et vivez dans une région rurale, vous êtes forcé de détruire votre environnement – vous devez cultiver davantage de nourriture, ou fabriquer du charbon de bois. Deuxième problème – et le plus difficile à résoudre : nous devons lutter contre le mode de vie consumériste de tous ceux qui ne sont pas les plus pauvres. Nous avons à notre disposition bien plus de choses que ce dont on a besoin. Enfin, il est impératif de réduire le taux de croissance démographique. Il est tout à fait absurde de penser qu’il peut y avoir une croissance économique illimitée dans un monde aux ressources naturelles limitées. Même le pape François nous dit que ce n’est pas parce que nous avons la capacité de nous reproduire comme des lapins que nous sommes obligés de le faire ! (LE MONDE idées du 5 janvier 2019) »

à lire, son livre de 2008, Nous sommes ce que nous mangeons

* LE MONDE du 11-12 août 2019, Jane Goodall : « Plus les perspectives sont sombres, plus je suis déterminée »