anthropisation

Biomimétisme, détruire la nature

Le biomimétisme – s’inspirer du vivant pour mettre au point des systèmes productifs et technologiques performants – est annoncé comme l’avenir, mais celui-ci n’arrive que trop lentement à en croire le monde industriel et ses représentants. Idriss Aberkane, professeur à l’Ecole centrale, avait en 2016 rappelé les trois phases qui caractérisent selon lui toute révolution : « Comme pour le droit de vote des femmes ou la fin de l’esclavage, on dit “c’est ridicule”, puis “c’est dangereux” et enfin “c’est évident”. » Et d’asséner le credo du biomimétisme : « La nature est un laboratoire de recherches vieux de 4 millions d’années, une bibliothèque fabuleuse qu’il faut arrêter de détruire. »* Deux masters ouvriront en 2020, s’inspirant de l’ingéniosité du vivant avec le fabuleux prétexte de mieux le préserver en retour. « On va enfin en finir avec cet enseignement en silo, qui isole les biologistes des physiciens, des chimistes et des mathématiciens », se réjouit Laurent Billon, coresponsable du futur master en matériaux bio-inspirés de Pau.**

Mais quel est l’intérêt véritable de s’inspirer des marteaux de la petite crevette-mante qui percent les blindages de coquillages pour réaliser des torpilles, ou la mise au point par des chercheurs du Boston Dynamics (financé par la défense) de robots amphibies équipés d’armes. Pour trois drones télécommandés, deux robots quadrupèdes armés de caméras et une poignée de catamaran qui marchent sur l’eau, combien d’insectes, combien de passereaux etc. etc. disparaissent simultanément par dizaines de milliers d’espèces ? Il y a beaucoup de fantasmes autour de l’imitation des insectes. Le concept de « robot bees »

[robot abeille]

permettrait une pollinisation des fleurs mais parallèlement, rien n’est entrepris pour enrayer le déclin des insectes pollinisateurs. Le velcro issu de la bardane, les ailes d’avion inspirées des cigognes, les maillots de bain peau de requin… tout cela a fonctionné mais les bénéfices pour la biodiversité sont infinitésimalement ténus. On dépense des sommes folles pour savoir s’il peut y avoir de la vie sur Mars alors qu’on a encore une connaissance très fragmentaire du monde vivant planétaire ! Avec un biomimétisme qui renforce la technoscience et son emprise destructrice sur le monde vivant, nous sommes loin des « principes des écosystèmes pour guider notre bioéconomie » selon Gauthier Chapelle, spécialiste du biomimétisme  : « Le temps du vivant couvre 3,8 milliards d’années sans surexploitation de la planète. Pourquoi ce miracle de durabilité ? Parce que tous les organismes vivants jusqu’à présent…

s’appuient sur la coopération et la diversité ;

utilisent les déchets comme matériaux ;

s’approvisionnent localement ;

ne surexploitent pas leurs ressources ;

récoltent en permanence des informations et s’y ajustent ;

optimisent plutôt que maximisent ;

utilisent l’énergie solaire (à 90 %) avec efficacité ;

s’interdisent les toxiques persistants ;

rebondissent après les chocs. »

Les humains pratiquent l’inverse de ces lois favorisant l’équilibre naturel. Le système industriel repose sur compétition et concurrence, prédation du sol, du sous-sol et des mers, libre-échange mondialisé, surexploitation des ressources renouvelables ou non, ajustement inexistant à leurs connaissances (pensez au refus de la carte carbone par exemple), maximisation du toujours plus, utilisation forcenée des énergies fossiles non renouvelables, usage généralisé de toxiques persistants… Biomimétisme ou non, nous aurons donc de fortes chance d’avoir beaucoup de difficultés à rebondir après le prochain choc pétrolier et/ou un effondrement financier,.

* LE MONDE du 5 juillet 2016, Le biomimétisme, ou comment s’inspirer de la nature plutôt que la détruire

** LE MONDE du 13 novembre 2019, Le biomimétisme se déploie dans l’enseignement supérieur

Agribashing et retour à la paysannerie

Comment faire passer en quelques années seulement la population active agricole de 2 % comme actuellement à 36% comme cela était en 1946 ? Tel est le dilemme posé par la conversion écologique et le retour à une paysannerie de polyculture. Car disons-le tout net, l’agriculture industrielle est devenue démentielle. Le film « Au nom de la terre », d’Edouard Bergeon, réalisateur fils d’agriculteur, conte l’histoire vraie d’un agriculteur conduit au suicide par les déboires qu’il connaît sur son exploitation… Le poulailler de Philippe peut accueillir jusqu’à 130 000 volailles… Hélène, une éleveuse fait visiter l’un de ses poulaillers et ses 19 000 poussins de deux jours. Avant d’entrer, il a fallu passer dans un pédiluve, puis s’équiper de pied en cap, combinaison intégrale et surchaussures. Les paysans ont disparu pour laisser leur place à des « exploitants », avec obligation de se spécialiser pour pouvoir survivre. Mais si on a 200 bêtes ou 200 hectares de cultures, alors on devient des salopards, à la tête d’une ferme-usine. Le changement à marche forcée passe donc par les agressions et la culpabilisation. « Agribashing » , le mot n’est pas vieux, deux ans à peine, une mise en cause massive et généralisée qui revient à contester en bloc les pratiques agricoles, l’utilité sociale des agricultures et jusqu’à leur existence. « Les opposants animalistes ne souhaitent pas améliorer les conditions de vie des animaux : ils veulent mettre fin au système dans son ensemble. Des activistes de Boucherie Abolition en arrivent même à des actions extrémistes. Sous l’égide des préfets, cinq départements ont déjà instauré des comités de lutte contre les actes de malveillance dans le milieu agricole »*.

Le voisin néo-rural est devenu l’adversaire, toujours prêt à bondir pour défendre l’environnement – le sien, d’abord – contre l’ogre paysan. Il y a deux ou trois générations, tout le monde avait des racines proches à la campagne. Maintenant, c’est terminé, la rupture est consommée. L’élevage travaille avec le vivant, ce qui implique un contact avec la mort, mais aussi avec des bruits, des odeurs… Et des gens arrivent qui n’avaient plus aucun lien avec le vivant. II n’y a plus de langage commun. Le retrouver demandera des efforts de toute la population, l’abandon de la nourriture industrielle et d’un système, y compris syndical (FNSEA) qui a poussé au productivisme agricole. Pour en savoir plus, nos articles antérieurs sur ce blog biosphere :

9 février 2016, pour un retour des paysans contre l’agriculture industrielle

15 mars 2014, semences paysannes contre marchandisation de la vie

26 janvier 2013, Un modèle pour l’écologiste, le paysan Paul Bedel

24 novembre 2012, Paul Bedel, Testament d’un paysan en voie de disparition

22 août 2009, tous paysans en 2050

25 mars 2009, le retour des paysans

9 octobre 2008, paysans de tous les pays, unissez-vous

* LE MONDE du 8 novembre 2019, Le discrédit agricole

Effondrement, bientôt une terre inhabitable

David Wallace-Wells signe en juillet 2017 dans le New York Magazineun article en Une, « Catalogue de la Terre condamnée ». A l’intérieur, l’enquête d’une vingtaine de pages, titrée « La Terre inhabitable », s’ouvre sur ces mots : « La situation est, je vous le promets, bien pire que vous le pensez. » Terrifiant, l’article fait l’effet d’un électrochoc : il devient le papier le plus lu de l’histoire du magazine (plusieurs millions de lecteurs). Rien de nouveau sous le soleil, un supplément du Nouvel Obs titrait en 1972 en France « La dernière chance de la terre ». L’éditorial d’Alain Hervé, qui nous a quitté il y a peu, était prémonitoire : « Depuis un siècle, au nom de progrès qui faisaient la spécificité et la fierté des hommes, a commencé la plus gigantesque entreprise de destruction qu’une espèce ait jamais menée contre le milieu qui soutient la vie et contre la vie elle-même. La plus spectaculaire des opérations-suicide. La Terre est en danger. Elle a été mise en danger notamment par le développement de la civilisation industrielle occidentale. C’est ce qu’on appelle le péril blanc. Océans pollués, terres stérilisées, atmosphère empoisonnée, tissu social disloqué, civilisations tribales écrasées. Pendant ce temps des imbéciles, qui ne sont même pas heureux, chantent des hymnes au progrès : le produit national brut s’accroît, la consommation d’énergie s’accroît, la population s’accroît. » De même le premier numéro du mensuel La Gueule ouverte sous-titrait en novembre 1972 « le journal qui annonce la fin du monde » ! Son éditorialiste, Pierre Fournier, écrivait : « Pendant qu’on nous amuse avec des guerres et des révolutions qui s’engendrent les unes les autres en répétant toujours la même chose, l’homme est en train, à force d’exploitation technologique incontrôlée, de rendre la terre inhabitable, non seulement pour lui  mais pour toutes les formes de vie supérieures. Le paradis concentrationnaire qui s’esquisse et que nous promettent ces cons de technocrates ne verra jamais le jour parce que leur ignorance et leur mépris des contingences biologiques le tueront dans l’œuf. La catastrophe, beaucoup plus prochaine que vous ne l’imaginez, ne pourrait être évitée que par une réforme des habitudes mentales encore plus radicale encore que celle jadis opérée par les rédacteurs de la Grande Encyclopédie. »* Que nous apprend de plus David Wallace-Wells dans son livre La Terre inhabitable (Robert Laffont) ?

« Nous sommes entrés dans la décennie la plus cruciale de l’histoire de l’humanité. Notre espèce entière traverse un dilemme existentiel, et quelle qu’en soit l’issue, le sens de nos existences sera révélé. Même si vous avez une voiture électrique et que vous ne mangez pas de viande, en étant le citoyen privilégié d’un pays du Nord, vous bénéficiez de l’économie fossile. Nous faisons tous partie d’un grand récit, qui ne se limite pas à la conspiration de cinq compagnies pétrolières, mais est la saga de notre addiction aux conforts bon marché du consumérisme. La moitié des émissions de gaz à effet de serre jamais produites l’ont été au cours des trente dernières années, c’est-à-dire de mon vivant. Ma vie contient cette histoire, qui nous a menés d’une situation stable à une catastrophe imminente. »* Il croit que la peur peut être un détonateur efficace pour prendre conscience de la gravité de la situation. Rien de nouveau sous le soleil, les livres des collapsologue et autres effondristes font un tabac en France. On le sait déjà, nous serons cuits comme des merguez, ou asphyxiés par un air irrespirable, ou sans ressources avec l’effondrement de l’économie. 

La seule différence entre 1972 et maintenant, c’est le fait que les précurseurs de l’écologie, aidés depuis par de multiples études scientifiques et moult reportages, ont fait germer les graines de l’inquiétude dans l’opinion publique. Le problème, c’est que nous avons perdu presque cinquante ans, bercés par un confort factice et non durable. C’est pourquoi notre blog biosphere pratiquait sadiquement la pédagogie de la catastrophe, exemples :

19 juillet 2019, Le survivalisme, pour résister à l’effondrement

18 juillet 2019, Les enfants face à l’effondrement global

6 juin 2019, Trois intellectuels envisagent l’effondrement

12 mars 2019, Fermeture des centrales à charbon et effondrement

18 décembre 2018, Effondrement, un appel à témoignage dans LE MONDE

19 novembre 2017, effondrement, le risque agricole/alimentaire

26 juin 2017, l’Effondrement global avant 2030, une prévision de Cochet

25 novembre 2016, Pourquoi s’inquiéter de l’effondrement annoncé ?

22 novembre 2016, L’effondrement prévu de la société thermo-industrielle

21 juillet 2016, Trop tard pour éviter l’effondrement thermo-industriel

26 septembre 2015, Climat : les mécanisme complexes de l’effondrement

25 avril 2015, Collapsologie : l’effondrement démographique prévisible

16 octobre 2014, Fragilité et effondrement : une prévision de Dmitry Orlov

13 mai 2014, L’effondrement de la civilisation, texte venu du futur

8 octobre 2013, l’effondrement programmé de la méga-machine

12 avril 2013, Bientôt l’effondrement auquel personne ne veut croire

7 février 2013, Ceci n’est pas une crise, mais un effondrement global

27 août 2012, mécanismes d’un effondrement économique rapide

16 mai 2012, Pic de l’urbanisation, effondrement d’une civilisation

20 avril 2012, Chronique d’un effondrement annoncé, de Tainter à Greer

19 avril 2012, Effondrement de notre civilisation sous son propre poids

19 mars 2012, effondrement des villes, explosion des inégalités

9 janvier 2012, L’effondrement social avant 2030 ? Parions !

29 janvier 2011, l’effondrement volontaire de la population

14 mai 2010, l’effondrement de notre société (suite)

13 mai 2010, l’effondrement de notre société complexe

10 décembre 2007, syndrome d’effondrement (pour les abeilles)

NB : texte dédié à notre inspirateur éclairé, Yves Cochet

* LE MONDE du 7 novembre 2019, Climat : le scénario apocalyptique de David Wallace-Wells

Homo sapiens, demens… disparitus !

homo demens (Michel Tarrier)

Notre espèce du genre Homo fut décrite en 1758 par Carl von Linné et élogieusement nommée sapiens. Or Homo sapiens n´est rien de plus qu’une espèce parmi deux millions d’autres officiellement recensées. Sauf que l´humain brille par l´ampleur des destructions qu´il opère sur les écosystèmes. Sans doute parce que sa fameuse conscience n´a pas pris conscience qu´il s´agissait des murs de sa propre maison, cette maison dont il retire chaque jour une ou plusieurs briques. Notre politique est bien celle de la terre brûlée. Pour les trois quarts de l´humanité, la Terre-nourricière ne l´est déjà plus. Nous, Homo demens, vils urbanistes, économistes imbus, agronomes-valets ou politiques impérieux, fourbes et bouffis, nous ne sommes pas sapiens, nous ne le sommes plus. Homo sapiens n’est qu’une sombre brute.

homo disparitus (Alan Weisman)

Et si le pire arrivait ? Si par le miracle d’un virus mutant la population humaine était balayée de la surface de la Terre ? Alan Weisman envisage l’hypothèse qu’homo sapiens devienne ainsi « Homo disparitus » (éditions Flammarion) et s’interroge sur le devenir de la planète. Après les dinosaures, l’extinction de l’espèce humaine ! C’est alors que les réseaux péniblement entretenus par des myriades d’humains  se briseraient rapidement, les canalisations d’eau exploseraient avec le gel, les métros souterrains seraient envahis par les eaux, les barrages et canaux engorgés de vase déborderaient, la végétation recouvrirait le bitume et le béton, tout ce qui fait les routes et les villes, les maisons et les usines disparaîtrait du regard. Ce processus ne prendrait que quelques centaines d’années. Mais les métaux lourds comme le plomb, le mercure ou le cadmium mettraient des millénaires à être recyclés et la concentration en gaz carbonique dans l’atmosphère ne retrouverait des niveaux pré-humains que dans au moins 100 000 ans. Il faudra même attendre que les processus géologiques refaçonnent la surface de la Terre pour que soit anéanti le plastique de la poupée Barbie.

homo domesticus (James C. Scott)

Ereinté, cassé en deux au milieu de son champ à prendre soin de ses pommes de terre, un cultivateur se demande tout à coup si c’est vraiment l’homme qui a domestiqué la patate, ou l’inverse. Ce ne sont bien sûr ni la patate ni les céréales qui ont domestiqué sapiens mais une succession d’événements culminant avec l’émergenced e l’Etat. Les données archéologiques montrent que la sédentarisation des populations dans des zones humides aux ressources nombreuses et variées permettait de faire coexister une variété de modes de subsistance – agriculture occasionnelle mais aussi chasse, pêche, cueillette. Et que des millénaires se sont écoulés ainsi entre le Tigre et l’Euphrate sans qu’apparaissent les signes d’une centralisation du pouvoir (érection de murailles, concentration démographique, intensification agricole, administration, architecture monumentale, etc.). Mais la nécessité de rationaliser les pratiques agricoles conduit à accentuer la culture du blé et de l’orge. Ce sont elles qui permettent le développement de l’Etat. Plus que toute autre production agricole, les céréales facilitent le contrôle de l’activité des sujets-cultivateurs, le prélèvement de l’impôt, le stockage – contrairement à la majorité des autres plantes cultivées, qui pourrissent trop vite ou arrivent lentement à maturité. Le grain : voilà l’ennemi ! Partout, de l’Amérique centrale au Fleuve jaune, la céréale est un instrument de domination des hommes, soumis à un travail incessant. Par rapport aux chasseurs-cueilleurs, la gamme d’expériences qui caractérisait l’agriculteur était beaucoup plus étroite et sa vie en était appauvrie, tant sur le plan culturel que rituel. L’assujettissement, l’ennui, les altérations physiologiques sont liées au labeur et à une alimentation peu diversifié. Les premiers villages du Proche-Orient ont domestiqué les plantes et les animaux, les institutions urbaines ont domestiqué les humains. 

Homo œconomicus (Jean-Paul Fitoussi et Eloi Laurent)

Nous sommes aujourd’hui huit à dix fois plus riches, en moyenne, que nos grands-parents. Mais qu’en est-il de la répartition des revenus et des inégalités de toutes sortes ? Dans une société où prévaudrait un sentiment d’injustice, où les tendances au repli sur soi et au conflit domineraient, il nous semble qu’il y aurait peur de place pour l’altruisme intergénérationnel. L’homo oeconomicus, le fou rationnel comme dirait Amartya Sen, n’a d’intérêt que pour lui-même, en ce que son bien-être est supposé totalement indépendant de celui des autres. Il est difficile de postuler, dans un monde où l’équité horizontale (intragénérationnelle) ne tiendrait aucune place, que l’équité verticale (intergénérationnelle) préoccuperait la société. La décroissance qui importe véritablement est celle des inégalités. ( Homo domesticus. Une histoire profonde des premiers Etats (Against the Grain. A Deep History of the Earliest States), de James C. Scott))

homo sapiens (François Ramade)

Notre espèce a éradiqué peu à peu toutes les autres espèces de grande taille qui lui étaient proches, les autres Homo comme la grande faune. En outre, autre indice d’une animalité incomplète, l’homme n’a plus régulé ses effectifs à partir du néolithique, à l’opposé de ce que font les autres espèces animales supérieures qui représentent ce que l’on dénomme en écologie des espèces K, que privilégient le développement au détriment de la reproduction. La stratégie r est adoptée normalement par des petits mammifères de faible longévité et de croissance rapide. L’homme constitue la seule espèce de grand Primates qui se comporte depuis le néolithique comme un stratège r. Par ailleurs, à la pression insensée qu’exerce depuis déjà longtemps la surpopulation humaine sur la nature et ses ressources, se sont ajoutées les conséquences parfois calamiteuse du développement de technologies pas toujours maîtrisées, ce qui a accru de façon exponentielle l’impact effectif de nos espèce non seulement sur la biosphère, mais bien au-delà sur l’écosphère.

homo technologicus (Michel Puech)

 Dans Homo Sapiens Technologicus, ce qui fait problème, ce n’est pas Technologicus, c’est Sapiens. Ce que pense la philosophie première, c’est la présence des humains au monde. Dans les technologies spectaculaires, il ne passe pas grand-chose de cette présence. Il y a un collectif symbolique, qui est une symbolique du pouvoir : dangereuse, un peu surannée, à la limite du ridicule. En l’absence de consensus moral, aucune base commune de valeurs n’est disponible pour statuer sur la technologie et nous sommes toujours à la recherche de ce que serait une société technologique démocratique et pas seulement libérale. Jusqu’ici, l’immense majorité de l’humanité a vécu sans le confort moderne, c’est-à-dire eau et gaz à tous les étages. Si c’est à ce niveau de dispositif matériel que l’on situe le problème des mal-logés, alors la seule voix autorisée pour parler du confort est celle de l’INSEE et de ses normes. On peut espérer mieux. La technologie ne nous pose pas un problème de savoir, mais un problème de sagesse. Nous n’avons pas besoin d’un savoir supplémentaire. Nous avons besoin d’une sagesse, d’une maîtrise de la maîtrise du monde qui ne peut être qu’une maîtrise de soi.

Jane Goodall à l’heure du chimpanzé humain

A 85 ans, l’éthologue et primatologue Jane Goodall aime encore nous raconter des histoires*:

« En 1957, aucun zoologiste ne faisait d’observations de terrain . Les animaux sauvages n’étaient connus qu’en captivité. Il n’y avait aucune méthode scientifique que je pouvais suivre. Je devais gagner la confiance des primates. Ils n’avaient jamais vu de singe blanc comme moi, dit-elle en riant. Au bout de quatre mois, je n’avais toujours pas fait d’observations majeures.U n jour, je voit le singe alpha se servir d’une tige pour attraper des termites pour son déjeuner. Une révolution ! On pensait alors que l’outil était le propre de l’homme. Or les animaux étaient dotés de la même capacité à se servir d’outils dans leur vie quotidienne. Nous faisons partie du règne animal. Nous avons tellement en commun biologiquement et en termes de comportement. Nous devons accepter le chimpanzé comme humain. » Jane Goodall relève toutefois une différence qu’elle pense majeure entre l’homme et les primates : « C’est la progression explosive de notre intellect. Si nous sommes capables d’envoyer une fusée sur Mars, nous pouvons trouver des solutions aux problèmes de la planète. »

En 1965, la National Geographic Society accepte de lui financer une nouvelle mission, à condition de pouvoir filmer et photographier la chercheuse dans la forêt primaire : « J’ai fini par accepter le fait qu’il y avait deux Jane : celle qui vous parle, et l’icône qui a été créée à la fois par le National Geographic et par les choses inhabituelles que j’avais faites. Je n’avais pas demandé cette médiatisation, je ne l’avais pas voulue. Mais à un moment, j’ai réalisé que je pouvais m’en servir. »

En 1986, la primatologue prend un nouveau virage : alors qu’elle se rend à une conférence d’éthologues à Chicago, aux Etats-Unis, elle est submergée par les constats alarmants sur l’état des forêts tropicales dans le monde. « Je me suis rendue à cette conférence en tant que scientifique. J’en suis repartie en tant qu’activiste. »

« Je sais que chaque année il me reste un peu moins de temps pour vivre. Alors j’essaie chaque année d’en faire un peu plus. Je ne me battrais pas si je ne pensais pas que cela pouvait faire la différence. Et même si à la fin j’échoue, je mourrai en me battant. »

« Je me soucie passionnément de l’environnement, je me soucie passionnément des enfants. Et plus les perspectives sont sombres, plus je suis déterminée »

« Les jeunes sont la principale raison de mon optimisme. Ce n’est pas qu’ils peuvent changer le monde. Ils sont en train de changer le monde. 

« En lui donnant un peu de temps, et parfois un peu d’aide, la nature peut regagner la place qu’on lui a volée. »

Sur ce blog biosphere, le point de vue global de Jane : « Si nous tenons à notre avenir, il y a trois problèmes majeurs en apparence insolubles que nous devons absolument surmonter. Le premier est la pauvreté. Si vous êtes très pauvre et vivez dans une région rurale, vous êtes forcé de détruire votre environnement – vous devez cultiver davantage de nourriture, ou fabriquer du charbon de bois. Deuxième problème – et le plus difficile à résoudre : nous devons lutter contre le mode de vie consumériste de tous ceux qui ne sont pas les plus pauvres. Nous avons à notre disposition bien plus de choses que ce dont on a besoin. Enfin, il est impératif de réduire le taux de croissance démographique. Il est tout à fait absurde de penser qu’il peut y avoir une croissance économique illimitée dans un monde aux ressources naturelles limitées. Même le pape François nous dit que ce n’est pas parce que nous avons la capacité de nous reproduire comme des lapins que nous sommes obligés de le faire ! (LE MONDE idées du 5 janvier 2019) »

à lire, son livre de 2008, Nous sommes ce que nous mangeons

* LE MONDE du 11-12 août 2019, Jane Goodall : « Plus les perspectives sont sombres, plus je suis déterminée »

Sylvie Brunel, la Claude Allègre du climat

Claude Allègre a trouvé un bon successeur à ses élucubrations, Sylvie Brunel. Elle fait encore plus fort, elle nie tout, la surpopulation, les méfaits du réchauffement climatique, l’extinction des esces, les impasses technologiques, l’abêtissement de la populationIllustration de son anti-écologisme primaire: « Une planète bientôt invivable nous est prédite. Certains en viennent à détester l’humanité, au point de voir en chaque bébé une mauvaise nouvelle. Il y aurait les bons, ceux qui vivent conformément au respect de la planète, et les mauvais, qu’il faudrait excommunier, voire éliminer. La haine se déchaîne. La géographie au contraire nous invite à traiter les grandes questions de notre époque avec mesure. Nous ne sommes pas « trop nombreux ». Le surpeuplement est une notion relative, une agriculture intelligente nourrit bien plus d’êtres humains à l’hectare sans abîmer les écosystèmes que la chasse, la cueillette ou l’essartage. Mieux vaut aider l’Africain pauvre à se développer que financer des milices armées pour protéger les éléphants et les tigres. Plus le niveau de vie d’un pays s’élève, plus il se préoccupe de son environnement et plus il a les moyens de le réparer. La ressource est inépuisable car elle dépend de l’ingéniosité humaine, la capacité de réparation et d’adaptation est inépuisable… à condition d’avoir reçu l’éducation nécessaire. Non, nous ne courons pas à la catastrophe : certes les atteintes à la planète sont importantes mais nous avons désormais les moyens de la réparer. Il n’est aucune irréversibilité. La vision d’une trajectoire d’érosion de la biodiversité globale repose sur une méconnaissance de l’état réel de l’ensemble de la faune et de la flore mondiale. Dans ce milieu profondément anthropisé qu’est la ville, une nouvelle biodiversité est en train de naître. Au lieu de nous demander sans cesse quelle planète nous allons laisser à nos enfants, il faut léguer des enfants intelligents à la planète. »* Quelques commentaires bien sentis sur lemonde.fr :

Scoubi Dou : Ça fait honneur au Monde que de publier un tel article après avoir donné la parole aux marketeux de la peur climatique. Si je ne suis pas compétent pour juger de qui à raison ou tort, je peux au moins me rendre compte que les collapsologues vivent des peurs qu’ils génèrent…

Chardon Marie : Alors maintenant le nouveau truc c’est que c’est mal de tenir un discours qui est ressenti comme catastrophiste ou anxiogène par certains. Bon très bien, dans ce cas ne parlons plus s’il vous plaît des épidémies, du cancer, de la faim, de la violence, des guerres parce que ça fait bobo à mon ptit cœur tout mou. Honnêtement, cette fois je n’ai même pas terminé l’article tellement la désinformation est énorme. Rien n’est irréversible ? Mme Brunel n’a pas entendu parler de l’extinction des espèces animales et végétales, des récoltes qui brûlent sur pied, des vignes qui grillent, des arbres qui se dessèchent ?

ChP : Dormez braves gens, dormez, écoutez la chanson rassurante de Sylvie Brunel. Il n’y a pas de problème puisque tout problème a sa solution, grâce au génie humain. La chanson de S. Brunel n’est pas une bonne nouvelle. Mais c’est celle que la majorité des gens veut entendre.

Jujuke : Pourquoi dès qu’il s’agit de sciences et non plus de faits d’actualités le Monde se permet-il de publier des fake news ? Quel avenir Sylvie Brunel nous propose-t-elle ? Celui d’une terre inhabitable sous la latitude de la France mais où nous serions heureux d’aller ensemencer les prairies arctiques ? Quelle preuve avons-nous de la marge de manœuvre restante au génie humain ?

Julien Garcia : Voici un exemple typique de l’expert qui donne son opinion tout en étant en dehors de son domaine d’expertise. Mme Brunel n’est ni climatologue pour parler du caractère réversible ou non des changements en cours, elle n’est pas non plus biologiste pour pouvoir en prédire les conséquences sur le vivant, et elle se permet au passage de traiter les spécialistes du sujet d’ignorants dont l’opinion serait basée sur des connaissances incomplètes, quand bien même elle n’est absolument pas qualifiée pour détenir une telle vérité. Là est le danger, il est trompeur d’accorder une valeur de connaissance à un tel discours venant de la part d’une personne qui n’a aucune légitimité scientifique sur le sujet…

Marco Prolo : Avez-vous lu le rapport de l’Ipbes? Une espèce éteinte est une espèce éteinte pour de bon. Tout le génie humain n’y pourra rien. L’humilité est le mot qui semble avoir le moins de sens pour Sylvie Brunel.

PHILEMON FROG : Madame Brunel que l’on voyait certains vendredis dans le 28 mn d’Arte défendre l’agriculture intensive et dénigrer la révolution Bio fait ici sciemment l’amalgame entre le catastrophisme qui est un courant tout à fait marginal et le progressisme écologique qui propose mille solutions de développement durable : transition énergétique, mutation alimentaire, modification des comportements (économie, loisirs…), etc. Son combat de croisée anti-écologie, anti-bio, hostile à tout changement de notre rapport au monde, est lui-même un catastrophisme par son négativisme radical et dans sa finalité même.

cf. notre précédent article, Sylvie Brunel, la « Claude Allègre » de l’agriculture (2 mai 2015)

* LE MONDE du 26 juillet 2019, « Le changement climatique n’est pas forcément une mauvaise nouvelle »

29 juillet 2019, jour du dépassement

Ce jour, jour du dépassement ou « Global Overshoot Day », toutes les ressources renouvelables de la planète pour 2019 ont été épuisées ; pendant 5 mois, l’humanité va vivre à crédit, puisant dans le capital naturel au lieu de vivre des intérêts que la Terre nous offrait. En d’autres termes, il faudrait 1,75 planète pour satisfaire les besoins annuels de la population mondiale, ce qui est impossible dans la durée puisque nous n’avons qu’une seule Terre. Pire, le calcul de l’empreinte écologique est établi au niveau mondial ; il ne dit rien des inégalités des ponctions sur le stock. Si toute la population mondiale vivait comme celle des États-Unis, il faudrait 5 planètes Terre pour une année de consommation, 2,7 planètes pour la France et 2,2 pour la Chine. Heureusement la France veut rendre notre pays écologiquement compatible et va économiser 1,7 planètes. C’est super-Macron qui va réagir. La secrétaire d’État à l’écologie, Brune Poirson, a en effet twitter : « demain, c’est le jour du dépassement. Avec Elisabeth Borne et Emmanuelle Wargon, nous travaillons quotidiennement pour une économie circulaire à la rentrée. » C’est sûr qu’en supprimant les touillettes en plastique et en signant CETA et Mercosur, nous allons changer le cours de l’histoire… Cet échange pour aller plus loin :

Paul Rasmont : Je ne comprends pas cette notion de dépassement. Nous ne consommons pas en 2019 le blé récolté en 2020.

Qqun : Il est question de dépassement de ce que la nature peut renouveler d’elle-même, et pas de ses ressources en « réserve ». Comme quelqu’un qui dépenserait plus qu’il ne gagne et devrait puiser dans son épargne. Sauf que puiser dans l' »épargne » de la nature revient à la dégrader.

Michel Lepesant : S’il faut 30 ans pour qu’un arbre soit exploitable (de façon soutenable), vous pouvez le couper au bout de 20 ans et en replanter un aussitôt : cela s’appelle vivre à crédit sur le stock de ressources. Supposez que vous avez 30 arbres et que vous n’en coupez qu’un tous les ans : alors votre stock se renouvelle. Mais si vous en coupez 2 tous les ans, dans 15 ans vous aurez toujours des arbres (si vous en avez replanté 2 à chaque fois) mais les 2 plus vieux n’auront que 15 ans. Vous pourrez toujours les couper et dire que vous ne voyez pas le problème : vous êtes en train de vivre au crédit de vos enfants. A la place des arbres, prenez le cabillaud : https://www.lemonde.fr/planete/article/2019/07/26/le-cabillaud-au-bord-de-l-effondrement-en-mer-baltique_5493603_3244.html

Mathis Wackernagel, inventeur du concept de dépassement : Après sa thèse à Vancouver, Mathis WACKERNAGEL a commencé à travailler avec William REES sur la notion de capacité de charge d’un écosystème. Au lieu de se demander combien de personnes peuvent vivre sur un territoire, ils ont inversé la question en se demandant combien chaque personne utilise de nature, puis de comparer le résultat avec la disponibilité de la nature. Ils avaient inventé l’empreinte écologique. Pour de plus amples enseignements, lire leur livre « Notre empreinte écologique » (1996)

Sur notre blog biosphere, les article antérieurs :

Le Jour du dépassement, aujourd’hui 1er août 2018

13 août 2015, le jour du dépassement des limites

Le jour du dépassement, 19 août 2014 : tous aux abris !

Aujourd’hui 22 août 2012, le jour du dépassement

le jour du dépassement, 27 septembre 2011

Le sauvage vit-il son dernier soupir ?

Virginie Maris : « Les notions de catastrophe écologique, d’effondrement et de rupture sont entrées dans les médias généralistes. La nature sauvage, cette part du monde que nous n’avons pas créée, disparaît sous nos yeux. L’avidité humaine se paye directement par la consommation gloutonne des milieux naturels, brûlant des forêts immémoriales pour y faire pousser de l’huile prête à engraisser nos tartines et booster nos voitures. Le tissu vivant se mite par le maillage de nos routes et nos rails. En France métropolitaine, nous ne protégeons véritablement que 1,3 % du territoire. On artificialise l’équivalent d’un département tous les onze ans.La croissance économique n’est que l’autre face de l’effondrement écologique. « Maître et possesseur de la nature » ? Mais c’est d’un monde en ruine queles riches prennent le contrôle un champ de bataille miné de leurs armements (biocides, polluants, CO2). Et pourtant, le sauvage n’a pas dit son dernier mot ! Déjà le béton des cités se fend sous la force des racines, les rivières endiguées débordent, la terre s’échauffe. Il nous rappelle la vanité de l’ingénierie humaine : antibiorésistance, invasions biologiques, maladies infectieuses, dérèglement climatique…

Pour se détourner de la trajectoire macabre dans laquelle nous sommes engagés, il faut accepter de décoloniser la nature. Un tel projet prendra des formes nombreuses et l’une d’entre elles, la plus radicale peut-être mais aussi la plus urgente, est de soustraire de grands espaces à l’influence humaine : ne pas construire, ne pas développer, ne pas organiser. Combien sommes-nous aujourd’hui à souhaiter cette rupture ? Ne sommes-nous pas infiniment plus nombreux que les technophiles, nous qui croyons qu’un monde sans vie sauvage ne vaudrait finalement guère mieux que la fin du monde ? »*

Qu’il est doux de rêver à une insurrection des consciences ! Pour en savoir plus sur Virginie Maris, lire :

philosophie de la biodiversité (petite éthique pour une nature en péril)

* LE MONDE du 27 juillet 2019, « Un autre monde semble disparaître, cette part que nous n’avons pas créée : celui de la nature sauvage »

Mouvement trans, négation de l’altérité

Les points de vue suivants dévoilent les dérives « no limits » de l’indifférenciation.

Dany-Robert Dufour : Devenir unisexe sans amour est présenté comme le summum de la liberté. J’ai été il y a peu en Amérique du Nord où beaucoup d’enfants, souvent de couples LGBT mais pas seulement, reçoivent des inhibiteurs de puberté qui empêchent le développement des parties sexuées du corps. Pourquoi ? Pour que ces enfant décident plus tard, « en toute liberté », du sexe qu’ils se seront choisi. Bref il n’y a pas de limites à ce à quoi j’ai droit puisque « c’est mon choix ». Sauf que c’est d’abord le choix du marché qui se fait fort de permettre aux individus de choisir.

Alexandre Penasse : Pour certains le sexe dépendrait d’une décision individuelle. Il n’aurait rien à voir avec le biologique et la naissance. L’enfant n’aurait plus à être confronté à l’énigme du couple. La négation de la différence des sexes ne s’inscrit pas seulement comme une conséquence de plus du refus des limites propres à nos sociétés libérales ; par la déstructuration de la cellule familiale et la négation de la place du père se promeut une forme de subjectivité nouvelle. Le sexe de naissance prend pour certains le statut d’erreur à corriger dans le réel ; ils veulent désormais changer de sexe et la société leur dit que c’est possible. Mais technique ou pas, on ne peut pas changer de sexe, on ne fait pas d’un gène XX un XY ou inversement. On passe souvent du désir de changer de sexe à la réalisation du désir d’enfants. Selon le Comité consultatif français d’éthique, «  la demande d’insémination artificielle avec donneur, pour procréer sans partenaire masculin, en dehors de toute infécondité pathologique, s’inscrit dans une revendication de liberté et d’égalité ». De grands révolutionnaires se trouvent alors à faire appel au marché pour résoudre la question qu’ils ont si bien fuie : disposer d’un homme et d’une femme pour faire un enfant. La procréation médicalement assistée réduit mâles et femelles à l’état de gamètes, le marché de la gestation pour autrui se met en place. Ce qui embête ceux qui nient la différenciation sexuelle, c’est que les spermatozoïdes et les ovules sont toujours nécessaires à la création ! Il ne restera plus qu’à se reproduire comme on reproduit des clones. Or c’est parce qu’au départ de notre existence, chacun de nous a été confronté à la dissymétrie du couple parental qu’il a eu les clefs nécessaires pour pouvoir se confronter à ce qui n’est pas de l’ordre du même. Le lien entre le désir d’immortalité des transhumanistes et les négateurs de la différence sexuée est clair. Le désir libéré de toutes contraintes ne conduit pas à la liberté, mais au déchaînement des passions et au chaos. Rappelons-nous que le monstre n’a pas seulement le visage de la répression tyrannique, il a aussi celui de la liberté sans limite.

Professeur Foldingue : L’humanité ne se constitue que par la mise en place de limites. Certaines nous sont données de façon claire par la nature, par exemple la différenciation homme-femme. Mais les idéologues des gender studies prétendent qu’il existe des centaines de possibilités sexuelles – dans le domaine des fantasmes, nous ne les avons pas attendus pour le savoir – mais cela ne dément pas le fait que nous sommes tous à la fin, sauf exception rarissimes qui n’invalident pas la règle mais la confirme, dotés de chromosomes XX ou XY. Fallacieusement, au nom de la diversité, il s’agit de refuser la différenciation, l’altérité la plus profonde qui est celle entre les sexes.

Alain Troyas : Le libéralisme libertaire semble plus qu’intime avec la société de croissance ; il favorise partout un processus d’individuation en prescrivant à chacun de ne tenir compte que de soi, en prétextant favoriser les différentes liberté s de s’auto-définir, de changer comme il le veut. L’époque favorise le désordre, la versatilité et le caprice.

Fabien Ollier : Le mouvement trans-identariste est essentiellement constitué par les nombreuses sectes cyberactifs que sont les transgenres, transsexuels, transbiomorphistes et transhumanistes. Leurs délires sont censé être pris au sérieux par les forces politiques, les milieux éducatifs, les organismes médicaux, les lieux de recherche, etc. Les communautés LGBTIQ+ ont réussi à imposer divers débats sociétaux qui concernent une infime minorité de petits-bourgeois mal dans leur peau. Leurs thèses sont d’une bêtise abyssale : les sexes seraient innombrables et ne posséderaient aucune charge d’altérité, aussi pourrions-nous en changer comme bon nous semble. Il serait logique de devenir non binaire (ni homme, ni femme), les deux à la fois ou rien de tout cela (agenre, xénogenre, etc.). Elle n’offre pour horizon de lutte qu’un renouvellement de l’étiquetage des marchandises humaines au rayon sexe. Toutes leurs revendications mènent à l’Immaculée conception technologique où l’advenue d’un enfant au monde désexualise la vie sexuelle et déréalise le corps. Mais la moindre critique de ce mouvement trans-identariste est immédiatement assimilé à une pathologie mentale.

Jacqueline Kelen : Plus l’homme s’érige en maître et en finalité de tout, plus le monde devient inhumain et idiot.

Source : La décroissance, numéro double juillet-août 2019, 5 euros

L’agroécologie face à notre prolifération

  1. L’agroécologie va-telle nous sauver ? L’agronome Marc Dufumier* le pense : « Raisonner uniquement en termes de génétique, de rendement, d’engrais, etc., ne mène nulle part. L’erreur de l’agriculture industrielle est d’avoir oublié que l’écosystème est un enchevêtrement d’interactions incroyablement complexes. Pour être efficace, il faut d’abord bien connaître le fonctionnement de l’écosystème dans sa globalité. Pas d’inquiétude, on peut largement nourrir 10 milliards de personnes avec une agriculture intelligente et durable. Si aujourd’hui 820 millions de personnes ont faim, et si un milliard souffrent de carences alimentaires, cela n’a rien à voir avec un manque de nourriture, mais avec les écarts de revenus. Pour nourrir convenablement une personne, il faut environ 200 kilos de céréales (ou équivalents) par an. La production mondiale est d’environ 330 kilos aujourd’hui. Cherchez l’erreur… Si des pauvres des favelas brésiliennes ont faim, c’est parce que le pays exporte son maïs et son soja vers les pays occidentaux pour nourrir nos cochons ou pour fabriquer des agrocarburants et donner à boire à nos voitures. En réduisant la viande, ce sont autant de terres agricoles destinées à l’élevage qui deviennent disponibles pour nourrir des êtres humains… »**

On arrête de manger de la viande et on peut nourrir 10 milliards d’humains ! On partage un peu plus et on peut nourrir 20 milliards !! On… et on peut nourrir… X milliards !!! Quel est l’intérêt de nous multiplier ? Marc Dufumier ne voit-il pas que c’est une course sans fin entre prolifération humaine et déperdition des possibilités nourricières de la terre ?? Les problèmes posés par 10 milliards de gens sur terre ne sont pas seulement comment les nourrir ; le consommateur est-il prêt a s’asseoir sur le dernier iphone à la mode pour se payer des produits bio ? De toute façon le mouvement des campagnes vers les villes, même constituées de favellas, se poursuit ; des mégapoles cauchemardesques paraissent préférable au travail à la campagne. Si l’on ne s’attaque pas au problème démographique et à la regrettable nécessité d’étendre nos surfaces agricoles pour nourrir toujours plus d’humains, nous laisserons encore moins de place au reste des êtres vivants. Il est urgent de rappeler que cette planète n’est pas peuplée que par les humains, nous devons apprendre à laisser de la place à la nature.

Marc Dufumier devrait lire l’Essai sur le principe de population de Malthus pour s’apercevoir qu’on ne peut parler d’alimentation sans remettre en question la fécondité humaine.

Nos textes sur l’agriculture industrielle et la surpopulation

2 janvier 2017, Quelle agriculture en France, quel niveau de population ?

22 mars 2016, L’agriculture industrielle coûte plus que ça rapporte

23 mai 2016, La science ne soutient pas l’agriculture productiviste

9 février 2016, pour un retour des paysans contre l’agriculture industrielle

24 juillet 2013, pour casser le cercle vicieux agriculture-surpopulation

23 février 2013, crise des engrais, crise de l’agriculture industrielle

Notre texte antérieur sur Marc Dufumier : pour un retour des paysans contre l’agriculture industrielle (9 février 2016)

* « L’agroécologie peut nous sauver » vient de paraître aux éditions Actes Sud

** LE MONDE du 18 juin 2019, « L’agroécologie peut parfaitement nourrir 10 milliards d’humains »

Notre ami Yves Cochet, effondriste assumé…

Yves Cochet dit avec une étonnante gaieté des choses déprimantes. Le mathématicien, et toujours Vert, ministre de l’Environnement de Lionel Jospin de 2001 à 2002, nous reçoit dans son bastion breton où il prépare… la fin du monde :

« Elle peut d’abord prendre la forme d’une guerre liée à la raréfaction des ressources. Ou provenir d’épidémies dues à une insécurité sanitaire – le moustique-tigre remonte les latitudes, amenant le chikungunya ou la dengue –, ou de famines. Au lieu d’être 10 milliards en 2050, ce que prévoit l’ONU, on ne sera que 2 ou 3 milliards. Jusqu’à 24 paramètres peuvent entrer en jeu, comme la qualité et la quantité de l’eau potable, les cycles du phosphore et de l’azote, les émissions de méthane dues à la fonte du pergélisol. Les alarmistes lancent des appels dans les journaux : faites quelque chose, vous, les puissants ! Moi, je n’y crois plus. Il est hélas trop tard pour la transition écologique. On peut quand même minimiser le nombre de morts. Au lieu d’en avoir 4 milliards dans les trente ans, on en aura peut-être 3,5 milliards, en faisant des bio-régions résilientes. Les Kurdes sont quelques millions, entre les Turcs, qui les détestent, et le régime syrien, qui les déteste aussi. Ils sont le plus autonomes possible pour la nourriture et l’énergie. Car c’est le cœur du problème. Sans la nourriture et l’énergie, vous êtes mort. Si Rungis s’effondre, à Paris, en trois jours, c’est la guerre civile.Avec ma fille, on a acheté une longère près de Rennes . Il fallait de l’eau, on a une mare, un ruisseau, un puits.. Il fallait du bois, on dispose de 3 hectares de forêt. Il fallait ne pas être trop proche de la ville, parce que les citadins iront saccager ce qu’il y a autour. On a des chevaux pour la traction animale – en 2035, il n’y aura plus de pétrole – et des panneaux photovoltaïques. Si ça s’effondre, avec qui vous allez survivre ? Avec vos voisins. Or les gars, ici, sont des paysans. Ils font du maïs, ont des vaches laitières. On n’est pas des survivalistes avec des carabines et des conserves. Ce n’est pas qu’on croit à l’espèce humaine, mais la survie est collective. Tout seul, vous tenez trois jours. C’est à l’échelle d’une bio-région que l’on peut survivre. Mon discours ne fera jamais recette. Je ne suis pas entendu, et c’est précisément pour cela que l’effondrement va arriver. Pour s’en sortir, il faudrait une économie de guerre comme à Londres, en 1941. Je suis pour le rationnement de l’essence, des vivres, des vêtements, et pour le contrôle des naissances. Mais il n’y a pas d’exemples dans l’Histoire où une économie de guerre a été adoptée avant la guerre. Les gens ne l’acceptent pas. Aujourd’hui, la préoccupation première des Français, c’est le pouvoir d’achat. »

Ces propos tenus au Parisien (7 juin 2019, «L’humanité pourrait avoir disparu en 2050») n’étonnent pas. Toutes les personnes conscientes de l’effondrement en cours envisagent un avenir éclaté en de multiples relocalisations plus ou moins saignantes. Pour Yves Cochet, c’est l’aboutissement d’un parcours au service de l’écologie politique que nous avons relatés sur ce blog biosphere :

12 février 2019, Yves Cochet : Carte carbone mieux que taxe carbone

26 juin 2017, l’Effondrement global avant 2030, une prévision de Cochet

1er février 2016, BIOSPHERE-INFO et l’écologiste Yves COCHET

9 décembre 2015, Démographie et climat, un entretien avec Yves Cochet (Michel Sourrouille)

3 août 2013, Contribution du vert Yves Cochet au débat politique

25 décembre 2012, Yves COCHET, Cassandre en 2003, çà décoiffait déjà !

25 mai 2012, un fondateur de l’écologie politique, Yves COCHET

11 mars 2012, Yves Cochet devant la catastrophe

15 février 2011, le pic pétrolier vu par Yves Cochet

18 août 2010, la décroissance selon Yves Cochet

2005, Pétrole apocalypse, un livre d’Yves Cochet

2003, Sauver la Terre, un livre d’Yves Cochet et Agnès Sinaï

PS : un petit coup de pub sur son prochain ouvrage : « Devant l’effondrement » (Ed Les liens qui libèrent), à paraître en septembre 2019

Un empêcheur d’infrastructures inutiles radié

Gabriel Ullmann avait donné des avis défavorables sur des projets comme le Center Parcs de Roybon ou le projet de ZAC industrielle « Inspira » (Nord-Isère). Le préfet de l’Isère a demandé sa radiation. Une commission d’aptitude aux ordres (six des neuf votants sont désigné par le préfet) a prononcé son éviction le 6 décembre 2018. Les motifs retenus paraissent dérisoires : « Gabriel ULLMANN conçoit les enquêtes publiques comme des missions d’expertise. Cela le conduit à mener des investigations et à rédiger des développements sortant du cadre d’une exécution complète et diligente de l’enquête ». Il lui est également reproché des articles publiés sur le droit de l’environnement !

En fait le secrétaire général de la préfecture en début d’audition, après avoir énoncé le décompte de ses avis défavorables rendus ces dernières années, a considéré que ce n’était pas acceptable, sans même chercher à examiner s’ils étaient justifiés ou non, du moment que « les dossiers instruits par l’administration ne peuvent conduire qu’à des avis favorables » ! Ces propos sont démonstratifs d’une culture préfectorale qui ne peut guère s’accommoder d’une réelle participation du public au processus de décision, bien que les textes l’exigent. L’objectif est d’autoriser les projets, quelle que soit la qualité de leur évaluation, quels que soient leurs impacts. Cette radiation met en lumière les conflits d’intérêts qui règnent au sein des commissions d’aptitude des commissaires-enquêteurs. Ce sont autant de graves atteintes à l’indépendance des commissaires-enquêteurs. Corinne Lepage s’insurge publiquement : « La répulsion du gouvernement à l’égard de l’enquête publique apparaît dans un exemple récent, qui a vu l’éviction d’un commissaire-enquêteur particulièrement expérimenté, Gabriel Ullmann, de la liste des commissaires-enquêteurs par une commission administrative, après avoir osé donner un avis défavorable à un gros projet industriel ! »* La France est-elle encore un État de droit ? Les entraves à la démocratie participative se multiplient depuis plusieurs années, la régression du droit de l’environnement s’amplifie alors qu’on tient un discours contraire. Comme pour les lanceurs d’alerte, croissantes sont les pressions et sanctions exercées sur les commissaires-enquêteurs qui osent émettre des avis défavorables. Cette radiation met en lumière la partialité des commissions d’aptitude qui les contrôlent, ainsi que les obstructions apportées à la complète information et à la participation du public au processus de décision.

Contre cette radiation, un recours circonstancié a été déposé devant la juridiction administrative le 13 février 2019. Le Défenseur des droits a commencé l’instruction de cette affaire dont il a été saisi par l’ancienne ministre de l’environnement Delphine Batho.Gabriel Ullmann a déjà emporté une victoire en justice, par la décision du Tribunal administratif de Lyon du 23 mai, définitif si l’on en croit le communiqué du maître d’ouvrage renonçant à faire appel,  qui a jugé du recours d’Isère Aménagement, maître d’ouvrage concessionnaire du projet Inspira (déclencheur de sa radiation), dont le président siège à la commission de radiation, contre les vacations de la commission d’enquête Inspira. Lequel avait repris les arguments de la décision de radiation, dont il avait puissamment participé de concert avec le préfet de l’Isère, pour considérer que Gabriel Ullmann avait outrepassé mes fonctions. Sanglant démenti du juge : “En outre, cette commission a défini sa mission en distinguant la faisabilité du projet, qui relève de son domaine d’intervention au titre de l’utilité publique du projet, et sa fonctionnalité, pour chacune des sept procédures concernées par l’enquête publique, ce qui n’a pas manqué de créer des difficultés pour l’exercice de cette mission. »« Eu égard à la complexité du projet ici en cause, à son importante technicité, aux difficultés variées qui en ont résulté pour la conduite de l’enquête, notamment à sa durée, portée à quarante-cinq jours, et à la charge de travail qu’elle a nécessairement occasionnée, à la nature et à la qualité du travail fourni par la commission d’enquête, telle qu’elle résulte en particulier du dossier d’enquête, y compris ses conclusions, le nombre de vacations retenu par les décisions contestées n’apparaît pas excessif ».

* LE MONDE du 19 février 2019

NB : Gabriel Ullmann est ingénieur, docteur en droit ; il a conduit des enquêtes publiques en tant que commissaire-enquêteur durant de nombreuses années.

On peut être décroissant et avoir des idées

Le mouvement des Décroissants était présent aux Européennes 2019. On peut considérer que c’était superflu, s’ajouter à 33 listes ne paraissait pas de grande utilité. Mais comme Urgence écologie, le parti animaliste ou Europe Démocratie espéranto, ces différents satellites de l’écologie politique avaient un message significatif à porter. Si nous ne faisons pas de décroissance maîtrisée, alors nous aurons une décroissance forcée qui peut être très brutale. Souvenons-nous de la crise de surprimes en 2008, rappelons-nous de la profondeur de la crise de 1929 qui a débouché sur une guerre mondiale.La décroissance, c’est le résultat inéluctable de l’inertie politique et sociétale face à détérioration de la planète. La décroissance, c’est une condamnation de la société croissanciste et c’est surtout un comportement à suivre.

Le 26 mai, il n’y avait PAS de BULLETINS de VOTE pour la décroissance dans les bureaux, mais on pouvait télécharger le bulletin de vote, l’imprimer et l’apporter le jour du vote, c’était administrativement possible. La décroissance est un trajet vers une société plus économe et plus juste, elle a fait une campagne à zéro euro et pratiqué l’économie de papier (plus de 800 tonnes économisées rien que pour cette liste). Sur ce blog biosphere, nous soutenons leur proposition pour les prochaines européennes, Le Bulletin Unique :

«  Sur de nombreux plateaux radios et TV, les commentateurs et autres experts s’empressent d’expliquer qu’il est absurde et inutile de présenter une liste qui n’a pas les moyens de fournir les bulletins de vote en quantité nécessaire. Il faut donc rappeler que les petites listes ne disposent pas des dotations d’état dont bénéficient les partis politiques traditionnel fixées à 66.190.046 euros pour l’année 2018. Le magot (nos impôts) est distribué aux différents mouvements en fonction de leurs résultats aux législatives de 2017 et du nombre d’élus dont ils disposent au parlement. Ce sont ainsi plus de 22 millions d’euros qui sont versés à LREM, 13 millions aux Républicains, plus de 6 millions pour le PS, 5 pour le Rassemblement National et 1,4 millions pour EELV. Chaque année pendant 5 ans… Une solution de bon sens serait pourtant extrêmement simple à mettre en œuvre. Il suffirait que l’État prenne en charge la fabrication d’un bulletin de vote unique sur lequel figurerait le nom de toutes les listes en compétition. L’électeur n’aurait qu’à cocher celle de son choix. Un tel dispositif serait plus économique car la puissance publique ne paierait qu’une seule fois le montant qu’elle rembourse aujourd’hui à toutes les listes qui accèdent aux fameux seuils de remboursement. Le bulletin unique serait également plus écologique car il éviterait le formidable gâchis de papier qui remplit traditionnellement les poubelles des bureaux de vote. Plus économique et plus écologique, le bulletin unique serait surtout plus équitable car il offrirait les mêmes chances à tous les candidats, y compris ceux que le filtre financier aura volontairement écarté des bureaux de vote et des plateaux télés. Mais c’est peut-être pour cette raison que l’État, bon gestionnaire, préfère dilapider l’argent du contribuable… ? »

Ne pouvant résumer en quelques lignes tout ce que peut couvrir la Décroissance, voici des liens pour en savoir plus :

Le Parti Pour La Décroissance :
https://www.partipourladecroissance.net

L’AderOC :
http://www.objectiondecroissance.org/

La Maison Commune de la Décroissance :
http://ladecroissance.xyz/

Institut d’études économiques et sociales pour la décroissance soutenable :
http://decroissance.org/

Infos sur la décroissance :
https://www.decroissance.info/

Un projet de décroissance :
http://www.projet-decroissance.net/

Le mot « décroissance »  à l’honneur chaque mois

Le mensuel « La décroissance » nous fournit régulièrement matière à réflexion. Dans le numéro de mai, voici quelques variations sur le concept de « décroissance ».

Jean-François Rial : je ne crois plus à la solution de la décroissance ou de ne plus prendre l’avion. Ce n’est pas naturel, la grande majorité ne suivra pas. (page 3)

Reporterre : la richesse de la décroissance, c’est d’essayer d’articuler différents niveaux d’action : la simplicité volontaire, la mise en place d’alternatives, la construction de récits autour de futurs désirables et possibles, la résistance à l’ordre établi. (page 4)

un centralien : quand sobriété et décroissance sont des termes qui peinent à s’immiscer dans les programmes centraliens, mais que de grands groupes industriels à fort impact carbone sont partenaires de mon école, je m’interroge sur le systèmes que nous soutenons. Je doute et je m’écarte.

Bertrand Piccard : le dilemme aujourd’hui n’est pas entre croissance et décroissance quantitative, les deux sont impossibles car la décroissance va détruire l’économie et la croissance va détruire la planète. Il faut passer à la croissance qualitative, c’est-à-dire faire de l’argent et créer des emplois tout en remplaçant les vieux systèmes polluants par des systèmes propres. C’est le marché industriel du siècle !

Thomas Legrand : toute référence aux notions de limites et de racines renvoie immanquablement à quelques anti-modernes, adeptes d’une décroissance de types réactionnaire. (page 8)

Alain Gras : la décroissance, disent nos subtils adversaires, nous ramènerait à la bougie… mais la croissance, elle, nous fait revenir au charbon roi du XIXe siècle. (page10)

Aurélien Barrau : aujourd’hui les apôtres de la croissance sont considérés comme des gens sérieux tandis que les écologistes, ceux qui plaident pour la décroissance, sont volontiers taxé de doux dingues. Il faut que ce rapport s’inverse. Que le « sérieux » change de camp. (page 13)

Bernard Charbonneau (en 1980) : le problème d’une politique écologiste réaliste est celui d’un freinage progressif qui n’enverrait pas la mécanique en folie dans le décor. Aux plans de croissance, il faut opposer des plans de décroissance pour éviter qu’elle ne se produise de toute façon au hasard et en catastrophe. (page 14)

Eddy Fougier : parler de décroissance a été une erreur stratégique sur la forme, dans le sens où le mot a fait peur au grand public. (page 16)

Serge Latouche : « Décroissance » est un mot provocateur et un slogan. Derrière, il y a un projet proche d’« autonomie », défendu par Cornelius Castoriadis ou Ivan Illich. Mais ce mot « autonomie » n’a eu aucun impact dans le débat public, alors que celui de « décroissance » en a un immédiatement.

Sur ce blog biosphere, nous utilisons souvent l’expression « décroissance » car si nous ne contrôlons pas la descente énergétique qui s’amorce, il y aura un krach de la civilisation thermo-industrielle. Pour nous décroissance subie, catastrophe, effondrement ou apocalypse sont des mots similaires. Voici quelques-uns de nos articles sur cette problématique :

BIOSPHERE-INFO, Gouverner la décroissance ?

Quelle transition pour le mouvement de la décroissance ?

Leopold Kohr (1909-1994), précurseur de la décroissance

Folie des grandeurs à l’âge de la décroissance

Presque personne ne veut consentir à la décroissance

les précurseurs de la décroissance… sans Malthus

Le pape de la décroissance et la question démographique

Hauts et bas du mensuel « La Décroissance »

Déconsommation rime avec Décroissance et Écologie

Notez bien : suite à la suppression par le groupe LE MONDE de ses blogs abonnés, notre blog http://biosphere.blog.lemonde.fr/ s’est réincarné en http://biosphere.ouvaton.org/blog/. Venez dorénavant sur ouvaton.org, merci de votre fidélité.

Raoni peut-il encore sauver l’Amazonie ?

François de Rugy, ministre d’État, ministre de la Transition écologique et solidaire s’est entretenu le 13 mai 2019 avec Raoni Metuktire, cacique du peuple Kayapo. Blablabla, c’est le théâtre de l’apparence pour ne pas traiter le problème. LE MONDE* est dithyrambique :  « Raoni parle, et sa voix semble le rugissement d’un jaguar. Ses chants volent comme des oiseaux. Par moments, on entend son rire de vieux sage. Raoni fait ensuite silence et regarde la route avec l’intensité de ceux qui ont appris à savourer chaque seconde de l’existence. » Constatons d’abord que Raoni revient pour plaider la cause de son peuple trente ans après une tournée en Europe avec Sting qui n’avait rien amené de concret. Raoni sait ce dont il s’agit : « L’argent est une malédiction », « mais une malédiction aujourd’hui indispensable pour maintenir la démarcation de nos terres, les protéger et aider nos peuples. » Trop optimiste, Raoni. L’argent s’est glissé dans les villages, modifiant les équilibres socio-économiques déjà fragiles des communautés indigènes. Jair Bolsonaro, le nouveau président brésilien, ne fait qu’amplifier le phénomène, « Les minorités devront s’adapter à la majorité… ou simplement disparaître. » Au lieu d’aller à l’essentiel, la nécessaire sauvegarde de nos racines, LE MONDE s’englue dans les controverses de fric autour de Jean-Pierre Dutilleux, ce cinéaste qui avait réalisé en 1978, un documentaire, Raoni. Même Sting ne sort pas indemne de l’article. On peut dénoncer la fuite de l’argent, les bienfaiteurs attitrés aiment les hôtels de luxe et les Kayapo veulent boire du Coca-Cola. Il en est de l’Amazonie comme des autres contrées, les populations indigènes sont extrêmement attirées par le mode de vie “moderne”… et deviennent diabéto-dépendants avec les miettes de l’argent collecté.

Citons nos articles précédents sur ce blog biosphere.

Nauru, l’extractivisme à l’image de ce qui nous arrive…. Nauru, perdu dans l’étendue du Pacifique, ses 10 000 habitants, ses gisements de phosphate… les millions ne tardent pas à pleuvoir sur le petit État. Le pays connaît d’énormes problèmes sociaux, dont une obésité endémique, affichant le plus haut taux au monde.

assistanat destructeur… Le Nunavut (territoire des Inuits du Canada) a acquis son indépendance le 1er avril 1999. Le tout proche Groenland, sous tutelle danoise, réclame dorénavant son indépendance après le référendum sur l’autonomie élargie du 25 novembre 2008. Mais quelle indépendance ? Le contact avec la culture occidentale a déstructuré toutes les sociétés vernaculaires, y compris celle des esquimaux. Les jeunes se sentent piégés dans un territoire isolé. Alors l’alcool fait des dégâts considérables. Il y a des épidémies de suicide tellement les relations familiales sont devenues désespérantes et le mode de vie incohérent.

Peut-on vraiment aider ces peuples premiers ? Oui, mais ce n’est pas en leur donnant de l’argent, c’est en les laissant vivre leur vie. Il faut sanctuariser leurs territoires comme nous le faisons pour des espaces naturels. Il faut rejoindre l’alliance des gardiens de mère Nature. Il faut surtout que la classe globale, celle qui se permet d’avoir une voiture individuelle, montre l’exemple en diminuant son train de vie pour moins peser sur la Biosphère, sur les forêts primaires, sur les matières premières enterrées sous terre.

* LE MONDE du 12-13 mai 2019, En Amazonie, le combat de Raoni, le dernier des Kayapo

Biodiversité en péril extrême, tout le monde s’en fout

LE MONDE en page Une et gros titre : « Un million d’espèces menacées de disparition… Il n’est pas trop tard pour agir. » Bonne nouvelle, on commence dans l’éditorial* à s’éloigner de l’anthropocentrisme dominant : « La planète s’achemine vers la sixième extinction de masse avec un unique responsable : l’homme… Rien ne saurait justifier qu’une espèce – la nôtre – s’arroge le droit de vie et de mort sur toutes les autres… L’humanité fait partie intégrante de la biodiversité, elle a un destin lié avec l’ensemble du vivant… » Mauvaise nouvelle, l’utilitarisme refait très vite surface : « En sapant la biodiversité, nous mettons en péril notre propre avenir… La qualité de l’air que nous respirons, de l’eau que nous buvons, de la terre qui nous nourrit, est aussi tributaire de celle des milieux naturels. » Le problème, c’est que pour ce média « La réponse à l’extinction des espèces est désormais entre les mains des gouvernements ». Faire confiance à des gouvernements qui n’ont jamais considéré l’épuisement en ressources fossiles, qui organisent depuis bientôt 25 ans des conférences sur le péril climatique sans rien changer à nos modes de vie, c’est un non-sens. D’autant plus que la biodiversité, tout le monde s’en tape le coquillard. Nous aurons ce que nous méritons, famines, guerres et épidémies sur un sol où ciment, goudron et friches industrielles conserveront les ultimes traces de la civilisation thermo-industrielle.

Pour agir vraiment il faudrait verser dans l’écocentrisme prosélyte, pratiquer la sobriété partagée et combattre la société de croissance. C’est notre envahissement de l’espace de toutes les espèces vivantes par notre population et nos activités qui entraîne la chute de la biodiversité. Quelques points de vue sur lemonde.fr :

Hum : « Rien ne saurait justifier qu’une espèce, la nôtre.. » Attention, l’homme a peut-être tous les défauts du monde mais cette planète est d’abord la sienne, il y a créé ce qu’aucune autre espèce n’est capable de faire, civilisations, cultures, valeurs, histoires.

Animal poilu mais pas méchant : Pour sauver je ne sais pas combien des millions d’espèces dans les siècles à venir, il y a une seule espèce à supprimer : l’espèce humaine et sa cupidité, son arrogance, son ignorance et son incompréhension de la place qui lui revient dans l’ordre naturel.

HdA : Depuis la sortie d’Afrique d’Homo Erectus, partout où il est passé, des centaines d’espèces ont disparu. L’agriculture a accéléré le phénomène. La vie moderne met la barre un peu plus haut. Et rien ne vient enrayer cette détermination à détruire, des mammouths aux loups de Tasmanie et passant par les mégathériums, le dodo, la vache marine de Stelléride, la perruche de Caroline et des milliers d’autres. Nous avons toujours une bonne raison de les détruire.

Claude Hutin : Qu’une grenouille à pattes vertes endémique à Bornéo disparaisse, ça fait quoi au juste concrètement ? Pendant ce temps il y a des vraies personnes qui meurent, du paludisme par exemple, et les écologistes s’en fichent. La sauvegarde de la biodiversité n’est pas une fin en soi, il faut savoir ce qu’on veut préserver et pourquoi.

Alphonse : A moins que cette petite grenouille ne soit capable de se nourrir des larves de moustiques porteurs du paludisme? Pauvre petit Hutin.

JEAN-PHILIPPE PETIT : L’origine humaine de l’effondrement prévu est attestée, mais rien de vraiment très concret ne l’empêche et l’humanité le sait. Nous colloquons. En 2018, total des dépenses militaires mondiales : 1 565 milliards d’euros. Les rogner ou « suicider » l’humanité prochaine ?

SIMON M : il faudra quand même parler de l’éléphant dans la pièce… la destruction des habitats, c’est la surpopulation, et l’incapacité (ou l’absolu manque de volonté) de certains états à contrôler/limiter les naissances… C’est sûr qu’à plus de 7 milliards d’êtres humains (d’autant que nous sommes une espèce relativement auto-centrée sur nos besoins), ça laisse moins de place aux autres espèces…

Marcel : La nature poursuit tranquillement son chemin, elle n’a que faire de l’avenir de l’humain. L’avenir est au plus malin, et ce n’est pas l’humain, mais le cafard qui existe depuis 355 millions d’années…

Un ministre de l’environnement planifie le désastre

Ricardo Salles, le ministre de l’environnement du président d’extrême droite Jair Bolsonaro, estime que son travail consiste plus à « défaire qu’à faire ». Le quadragénaire démantèle, les unes après les autres, les organisations étatiques chargées de la préservation de l’environnement : « Le Brésil souffre de graves problèmes depuis [l’adoption de] la Constitution de 1988 qui a créé appareillage idéologique et bureaucratique freinant le développement économique du pays ». Jair Bolsonaro, aux anges, saluait, le 29 avril, le « nettoyage » effectué par son disciple. Entre 1985 et 2017, l’Amazonie, a perdu 18 % de sa surface.* Quelques commentaires acerbes sur lemonde.fr :

jobst : L’ONU ne peut rien faire, par principe : chaque pays souverain est maître chez lui d’assassiner des minorités ou de détruire les derniers grands massifs forestiers ; tant qu’on est pas en guerre civile, pas d’ingérence.

Pas de programme : Bolsonaro a réalisé la prouesse d’être élu sans se prêter aux moindres débats pré-électoraux. Il s’est présenté et exprimé presque exclusivement sur les réseaux – et twitter n’est pas un moyen de développer une pensée. Son programme – si on peut l’appeler ainsi – a été fait de provocations et de menaces. Sur le fond il a dit très peu de choses. Mais ses orientations et décisions gouvernementales étaient largement prévisibles.

le pesticique : Si 51% des gens décident de passer l’Amazonie au napalm pour s’en foutre plein les poches en plantant du soja OGM, c’est OK, c’est la démocratie. Tant pis si les moins de 18 ans n’ont pas pu voter, si les indiens n’ont pas réussi à faire 51% des voix, ou si les sols seront bousillés en 10 ans. C’est la démocratie on vous dit… Si vous êtes contre vous êtes anti-démocratique.

le sceptique : En tant qu’Européens, nous avons nous-mêmes rasés 75% de nos forêts de feuillus au fil des siècles pour faire de l’agriculture, de l’extraction minière, de l’énergie, des villes et des infrastructures. Outre que nous avons pillé le reste du globe. Il en résulte un PIB par habitant et des services publics meilleurs en UE qu’au Brésil, notamment pour les classes pauvres des populations. Partant de là, négocier avec un tiers souverain se fait avec une certaine modestie et un certain réalisme.

Vatenguère : Justement les Indiens d’Amazonie sont pour la protection de leur forêt…leurs prérogatives sont donc bafouées…renseignez vous.. Les orpailleurs, les forestiers, les mineurs ne sont pas des locaux mais une immigrations économiques. Genre ruée vers l’or jaune noir blanc, laissant derrière eux ruines, délabrement et désastre écologique..

CLAUDE HUTIN : Les indiens d’Amazonie c’est 0,3% de la population qui mobilise 13% des terres. Si, en France métropolitaine, 200 000 personnes occupaient 13 départements, vous seriez le premier à trouver cela discutable. Et puis leurs enfants doivent avoir le droit aussi à la santé, à l’éducation… Cela ne dérange pas les écolos qu’ils meurent du palu ou de n’importe quelle maladie infectieuse en forêt, du moment qu’ils forment réserve exotique : c’est une attitude anti-humaniste voire criminelle.

Pierre @ C.Hutin : Les indiens ne sont pas assez nombreux certes, les envahisseurs eux sont un peu trop nombreux, non?

L’indienbécile @Claude Hutinbécile : Les indiens d’Amazonie représentent 0,3% de la population.Ils représentaient 100% de la population avant que les occidentaux viennent y foutre le bordel, notamment en y apportant toutes leurs maladies contagieuses,puis en s’appropriant les terres.Les voila les grands humanistes tant admirés par C Hutin.Il faudrait plutôt s’excuser, leur demander ce qu’ils veulent et non pas leur dire ce qui est bon pour eux.D’ailleurs nous n’avons rien fait pour eux depuis que nous y avons mis le pied chez-eux.

CLAUDE HUTIN : Une belle démonstration que l’écologisme fait le lit du populisme. On peut se désoler pour la forêt amazonienne mais encore faut-il appréhender le sujet dans sa globalité. Pourquoi le Brésil, où des millions de personnes manquent encore de tous, aurait comme devoir sacré de ne pas utiliser ses ressources naturelles pour complaire à des pays étrangers qui ne sont évidemment pas prêts à payer quoi que ce soit en compensation ?

AM : La planète est un système global. Vous détruisez la forêt amazonienne, vous perturbez tout le système. Aucun ne devrait être libre de faire ce qu’il veut sur son territoire si ça met en danger l’ensemble de la planète.

R.Berre : Ne vous en faites pas trop, le Brésil sera aux premières loges pour payer les conséquences de cette politique. Le reste de l’humanité suivra de très près.

* LE MONDE du 3 avril 2019, Au Brésil, la mise en place d’une politique de destruction de l’environnement

CLIMAT, une politique toujours aussi désespérante

Éviter une augmentation insupportable de la température moyenne du globe, c’est engager délibérément une contraction du pouvoir d’achat. Personne ne se ferait élire avec une telle promesse. De même, presque personne ne veut renoncer au confort technique actuel orchestré par des centaines d’« esclaves énergétiques ». C’est pourquoi nos élites dirigeantes reculent devant l’effort à faire. Notre système de démocratie représentative est impuissant à gérer les problèmes du long terme et une dictature ne sera jamais bienveillante et « éclairée ». Nos générations futures vont souffrir.

Europe. Alors que le Parlement de Strasbourg a approuvé l’idée d’un objectif neutralité carbone d’ici à 2050, les chefs d’État et de gouvernement ne sont pas parvenus à s’entendre pour rehausser leurs efforts dans la lutte contre le changement climatique. Or, en matière de climat comme de fiscalité, les décisions se prennent à l’unanimité dans l’Union (LE MONDE du 2 avril 2019, Climat : l’inertie coupable de l’Union européenne). Comme on sati aussi que la neutralité carbone entérine le fait que nous ne voulons pas diminuer nos émissions nettes de gaz à effet de serre, le blocage est total !

Suède / France. Le royaume scandinave a été un des premiers pays du monde à adopter la taxe carbone. Elle est passée de 24 euros lors de son introduction en 1991 à 114 euros aujourd’hui sans entraîner d’insurrection, malgré des prix records à la pompe (LE MONDE du 2 avril 2019, En Suède, le succès de la taxe CO2 presque trentenaire). En France le refus de la taxe carbone par les Gilets jaunes ont entraîné son abandon par le gouvernement Macron !

Belgique. Le pays n’aura pas sa « loi climat », demandée à cor et à cri par les manifestants qui, depuis des mois, réclamaient une action politique vigoureuse pour endiguer le réchauffement. La loi aurait permis de mieux coordonner l’action de l’Etat et des régions. Ce qui, pour des responsables flamands, présageait une dangereuse « réfédéralisation » des compétences qu’ils rejettent formellement au nom de l’autonomie régionale (LE MONDE du 2 avril 2019, Pas de « loi climat » en Belgique, les manifestants promettent de durcir leurs actions). La décarbonations de l’économie avec 100% d’énergies renouvelables, cela n’arrivera pas suffisamment à temps !

Terre-mère. Pachamama, la mère nourricière, est le nom que des peuples indigènes latino-américains donnent à la Terre. Puisque la question du climat est une question sans frontière, les politiques de préservation devraient incarner une seule Terre de telle façon que la nationalité du climat soit celle de la nation-Terre (LE MONDE du 2 avril 2019, Climat : « Nous sommes tous dans le même bateau, mais tous n’ont pas accès aux canots de sauvetage »). Mais puisque chaque région du monde présente son propre modèle climatique socio-compatible avec sa culture et ses problèmes, alors les États-Unis et bien d’autres pays ont le climato-scepticisme comme axe politique !

Conclusion : Dans ce contexte politique impuissant à faire face à l’urgence écologique, nous en sommes réduit à des actions complètement symboliques. De l’Opéra de Sydney à la Tour Eiffel en passant par l’Acropole, de nombreux monuments à travers le monde ont été plongés dans l’obscurité pendant une heure samedi 30 mars pour l’« Earth Hour », une opération planétaire désormais rituelle d’extinction des lumières destinée à mobiliser contre le changement climatique et pour la sauvegarde de la nature. Si nous avions de la suite dans les idées, on n’éclairerait pas du tout ces bâtiments, ni les magasins, ni les rues et les routes, etc. Nous sommes la première génération à savoir que nous détruisons la biosphère, nous sommes la dernière à pouvoir y faire quelque chose, mais les fins de mois l’emportent sur la fin du monde.

Le Web, la toile qui nous fait prisonnier de nous-même

François Flückiger : « Ce qu’aucun de nous n’avait prédit à la naissance du Web, c’est qu’il deviendrait un instrument d’exacerbation de l’égocentrisme et du narcissisme. La plupart des créateurs de contenu parlent aujourd’hui, non pas d’idées ou d’informations, mais d’eux-mêmes. Aucun des pionniers de la société numérique d’aujourd’hui n’avait, à ma connaissance, prédit en 1994 l’arrivée de réseaux sociaux, avec leur cortège d’effets négatifs – addiction des plus jeunes, harcèlement, fausses nouvelles, complotisme, négation des faits, refus de la connaissance. Aux travaux du CERN tentant de percer les premiers instants de l’Univers il y a 13,7 milliards d’années on oppose désormais le créationnisme. Aux photos de la planète Terre on oppose une croyance prosélytique en sa platitude. Aux savoirs scientifiques on oppose le relativisme, y compris à l’école : « Monsieur le professeur, vous dites que 2 + 2 font 4. C’est votre droit de le penser mais vous ne pouvez m’enlever mon libre arbitre : c’est mon droit fondamental de croire que 2 + 2 font 3. » Une forme d’obscurantisme rampe insidieusement dans nos consciences. Beaucoup confondent désormais la connaissance, que j’aime définir comme le résultat transmissible et reproductible d’une expérience ou d’un raisonnement ; l’opinion, qui est une pensée basée sur l’expérience, mais avec la conscience de ses limites ; et la foi, qui est une croyance associée au sacré. Les voilà devenues interchangeables : elles sont réduites au terme générique d’« idée ». Il faut donc tenter de revenir aux définitions fondamentales et rappeler qu’une croyance est une ignorance par définition puisque, si l’on croit, c’est que l’on ne sait pas. Tout n’est pas perdu. De même que le Web a amplifié, au cours des trente dernières années, les tendances obscurantistes, il pourrait demain, si les Lumières revenaient, amplifier les progrès de la conscience et de l’intelligence de l’humanité. Nous retrouverions alors la primauté du civisme sur l’individualisme, de l’altruisme sur l’égocentrisme, du savoir sur les croyances. Le Web et l’Internet redeviendraient ce que leurs pionniers avaient imaginé : des instruments d’accélération vers la connaissance, le partage, le progrès. »*

Il y a peu de choses à rajouter à ce constat sans appel des effet pervers d’une technique jugée au départ libératrice. La condamnation peut être généralisable. L’imprimerie de Gutenberg a été un progrès formidable pour propager par l’écrit les idées. Mais en bouleversant de fond en comble (« disrupt ») l’ordre préexistant, c.-à-d. le monopole idéologique d’un système religieux, elle a également engendré les guerres de religion. De nos jours la télévision ou le smartphone nous ôte le plaisir de passer des heures à discuter en face-à-face ou à jouer à la belote avec les voisins, la voiture nous éloigne de notre lieu de travail et de loisirs tout en nous ôtant l’usage de nos jambes, boîtes de conserve et réfrigérateur nous enlève le goût des produits de proximité, etc. Les écologistes dignes de cette appellation savent que la plupart des techniques contemporaines ne sons pas conviviales et nous rendent esclaves des machines. Allons plus loin.

Le mélange du savoir et des croyances a toujours existé sauf qu’à notre époque de connaissances scientifiques accélérées dans quasiment tous les domaines de la connaissance, l’irrationalité devrait être le fait de toutes petites minorités sectaires. Ce n’est pas le cas ! Tout au contraire les climato-sceptiques se foutent complètement des analyses scientifiques du GIEC et les Gilets jaunes refusent la taxe carbone alors que nous avons dépassé le pic du pétrole conventionnel. Le vernis de connaissances offert par Google et les réseaux sociaux fait croire que chacun peut dire ce qu’il veut, « tout devient relatif ». Le relativisme des ethnologues a été une grande avancée de nos connaissances en montrant qu’il n’y a aucune civilisation qui soit en soi supérieure à une autre. Cela permet de dépasser ses préjugés culturels, de chercher une vérité qui se dérobe, d’être à l’écoute des autres, de s’appuyer sur beaucoup de sources d’information différentes, de savoir peaufiner ses propres raisonnements, d’être un lecteur régulier de ce blog biosphere, etc. Le relativisme des ego, MOI je suis le peuple, MOI je veux rester dans ma bulle cognitive, MOI je dis que l’élève est plus fort que le maître, tout cela nous mène dans une impasse. Notre contexte culturel, piloté par les pouvoirs économiques, ont individualisé complètement nos comportement et nous ont fait perdre le sens des limites. Que faire ?

* LE MONDE du 13 mars 2019, François Flückiger : « Le Web a été un amplificateur de l’irrationalité »

François Flückiger a succédé en 1994 à Tim Berners-Lee, l’informaticien qui a inventé le Web en 1989 au CERN.

Le Web, la toile qui nous fait prisonnier de nous-même

François Flückiger : « Ce qu’aucun de nous n’avait prédit à la naissance du Web, c’est qu’il deviendrait un instrument d’exacerbation de l’égocentrisme et du narcissisme. La plupart des créateurs de contenu parlent aujourd’hui, non pas d’idées ou d’informations, mais d’eux-mêmes. Aucun des pionniers de la société numérique d’aujourd’hui n’avait, à ma connaissance, prédit en 1994 l’arrivée de réseaux sociaux, avec leur cortège d’effets négatifs – addiction des plus jeunes, harcèlement, fausses nouvelles, complotisme, négation des faits, refus de la connaissance. Aux travaux du CERN tentant de percer les premiers instants de l’Univers il y a 13,7 milliards d’années on oppose désormais le créationnisme. Aux photos de la planète Terre on oppose une croyance prosélytique en sa platitude. Aux savoirs scientifiques on oppose le relativisme, y compris à l’école : « Monsieur le professeur, vous dites que 2 + 2 font 4. C’est votre droit de le penser mais vous ne pouvez m’enlever mon libre arbitre : c’est mon droit fondamental de croire que 2 + 2 font 3. » Une forme d’obscurantisme rampe insidieusement dans nos consciences. Beaucoup confondent désormais la connaissance, que j’aime définir comme le résultat transmissible et reproductible d’une expérience ou d’un raisonnement ; l’opinion, qui est une pensée basée sur l’expérience, mais avec la conscience de ses limites ; et la foi, qui est une croyance associée au sacré. Les voilà devenues interchangeables : elles sont réduites au terme générique d’« idée ». Il faut donc tenter de revenir aux définitions fondamentales et rappeler qu’une croyance est une ignorance par définition puisque, si l’on croit, c’est que l’on ne sait pas. Tout n’est pas perdu. De même que le Web a amplifié, au cours des trente dernières années, les tendances obscurantistes, il pourrait demain, si les Lumières revenaient, amplifier les progrès de la conscience et de l’intelligence de l’humanité. Nous retrouverions alors la primauté du civisme sur l’individualisme, de l’altruisme sur l’égocentrisme, du savoir sur les croyances. Le Web et l’Internet redeviendraient ce que leurs pionniers avaient imaginé : des instruments d’accélération vers la connaissance, le partage, le progrès. »*

Il y a peu de choses à rajouter à ce constat sans appel des effet pervers d’une technique jugée au départ libératrice. La condamnation peut être généralisable. L’imprimerie de Gutenberg a été un progrès formidable pour propager par l’écrit les idées. Mais en bouleversant de fond en comble (« disrupt ») l’ordre préexistant, c.-à-d. le monopole idéologique d’un système religieux, elle a également engendré les guerres de religion. De nos jours la télévision ou le smartphone nous ôte le plaisir de passer des heures à discuter en face-à-face ou à jouer à la belote avec les voisins, la voiture nous éloigne de notre lieu de travail et de loisirs tout en nous ôtant l’usage de nos jambes, boîtes de conserve et réfrigérateur nous enlève le goût des produits de proximité, etc. Les écologistes dignes de cette appellation savent que la plupart des techniques contemporaines ne sons pas conviviales et nous rendent esclaves des machines. Allons plus loin.

Le mélange du savoir et des croyances a toujours existé sauf qu’à notre époque de connaissances scientifiques accélérées dans quasiment tous les domaines de la connaissance, l’irrationalité devrait être le fait de toutes petites minorités sectaires. Ce n’est pas le cas ! Tout au contraire les climato-sceptiques se foutent complètement des analyses scientifiques du GIEC et les Gilets jaunes refusent la taxe carbone alors que nous avons dépassé le pic du pétrole conventionnel. Le vernis de connaissances offert par Google et les réseaux sociaux fait croire que chacun peut dire ce qu’il veut, « tout devient relatif ». Le relativisme des ethnologues a été une grande avancée de nos connaissances en montrant qu’il n’y a aucune civilisation qui soit en soi supérieure à une autre. Cela permet de dépasser ses préjugés culturels, de chercher une vérité qui se dérobe, d’être à l’écoute des autres, de s’appuyer sur beaucoup de sources d’information différentes, de savoir peaufiner ses propres raisonnements, d’être un lecteur régulier de ce blog biosphere, etc. Le relativisme des ego, MOI je suis le peuple, MOI je veux rester dans ma bulle cognitive, MOI je dis que l’élève est plus fort que le maître, tout cela nous mène dans une impasse. Notre contexte culturel, piloté par les pouvoirs économiques, ont individualisé complètement nos comportement et nous ont fait perdre le sens des limites. Que faire ?

* LE MONDE du 13 mars 2019, François Flückiger : « Le Web a été un amplificateur de l’irrationalité »

François Flückiger a succédé en 1994 à Tim Berners-Lee, l’informaticien qui a inventé le Web en 1989 au CERN.