Politique agricole à la solde de la FNSEA

Les arbitrages de la France pour la future PAC (politique agricole commune), une descente aux enfers ! Principal outil de verdissement de la future PAC, les « écorégimes » cristallisent tous les mécontentements. Pour la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA), la mise en place de cette « boîte verte », qui servira à rémunérer des pratiques environnementales vertueuses, représentera une perte sèche de revenus pour une partie de la profession. C’est-à- dire tout pour moi, rien pour eux. La certification d’une exploitation en « haute valeur environnementale » (HVE) est surtout une concurrence déloyale à l’égard du bio ; ce label a de trop larges critères d’attribution.

Julien Denormandie, ministre de l’agriculture : « L’écorégime, ce n’est pas de l’argent en plus donné aux agriculteurs. Ça consiste à prendre une partie de leur revenu et à ne le rendre que s’ils mettent en place des principes agroenvironnementaux. J’ai proposé aux députés de faire la même chose avec leurs salaires ! Il n’y a que le milieu agricole à qui on fait ça. »

Quelques contributions sur lemonde.fr :

Mamelouk : Macron aime les grandes réformes, la disruption et se vante de lutter contre les rentes acquises blablabla, mais bon, faut pas pousser, pas question de rester debout face à la FNSEA et les grandes coopératives, Denormandie coucouche panier comme tous ses prédécesseurs. Le monde d’avant garde de beaux restes !

Georges-Henri : L’agriculture biologique a du souci à se faire, on s’en doutait, déjà on avait essayé de leur opposer l’agriculture raisonnée (cette invention des fabricants de phytosanitaires), maintenant on leur oppose « haute valeur environnementale ». Cette concurrence est faussée car leurs cahier des charges sont beaucoup moins contraignants. Cependant leur régime PAC sera le même que pour le bio. Placer à égalité Bio et HVE est injuste et scélérat.

Réaliste : Denormandie a bien travaillé, la FNSEA et le CNJA, qui lui est affilié, sont satisfaits. On sabre les aides aux anciens exploitants en bio qui sont rarement de cette tendance. L’ancien président de la FNSEA dirigeait le groupe AVRIL et plusieurs milliers de salariés. Depuis plusieurs décennies, ce syndicat contrôle plus de 95 % des chambres d’agriculture, des caisses locales de la banque ou de la mutuelle des agriculteurs, l’essentiel des grandes coopératives indispensables à beaucoup d’exploitants. Seul le PC dans l’ex URSS avait de tels taux de réussite aux élections. Make our planet great again n’est pas compatible avec les néonicotinoïdes, le glyphosate, les arrachages de haies, la monoculture quasi industrielle comme autour d’Amiens…

Keuta : Le Plan stratégique national répartit une enveloppe annuelle de 9 milliards d’euros entre les 450 000 exploitations agricoles françaises. Si on fait une simple règle de trois, on voit que chaque exploitation touche en moyenne 20k€ de PAC/an, et ce pour quoi ? Pour suivre la politique Européenne agricole décidée par des petits comptables. Et en attendant la biodiversité s’érode, la malbouffe gagne du terrain, les sols s’épuisent, les matières organiques filent à la mer, on produit des céréales pour nourrir des methaniseur (même si c’est interdit), des véhicules thermiques et pour faire du plastique… bref tout va bien !

Philip69 : La sensibilité écologiste devient de + en + doctrinaire. Avec elle il n’est pas possible de passer des compromis et d’entrer dans une logique de gouvernement. Les écologistes font furieusement penser aux dévots de la cause du peuple du XXe siècle : la cause sacrée de la classe ouvrière s’adossait à la fois à une prétendue science de l’histoire (le matérialisme dialectique) et à une vision absolutiste du Bien. D’où l’acceptation par nécessitarisme de tous les pots cassés (dictature du prolétariat, massacres de masse des récalcitrants). Dans l’écologie actuelle, il y a une même sotériologie alliant scientificité naturaliste et de morale eschatologique, qui conduit à d’inéluctables dérives.

Don Lope @ Philip69 : Les écologistes ne sont que les messagers. Avec le climat et la nature il n’est en effet pas possible de passer des compromis. Malheureusement vous le verrez bientôt si vous ne le voyez pas encore mais cela sera peut-être trop tard.
Michel SOURROUILLE : Pas de pays sans paysans, pas de nourriture sans paysans. Mais agriculteur ne veut pas dire paysan, le producteur n’est pas attaché à la terre, il est esclave de ses machines. La période de l’agriculture industrielle, basée sur les ressources fossiles, va se terminer faute de carburant. Alors il y a aura une inversion, l’exode rural deviendra le retour à la terre. Les exploitations agricoles deviendront beaucoup plus petites, familiales, alimentés en main d’œuvre par la désurbanisation. Les produits agricoles seront plus cher, le travail à la ferme beaucoup plus physique que les emplois tertiaires. Cela sera très dur, accompagné de beaucoup de drames individuels et collectifs. Mais on ne peut éviter les réalités d’une déplétion énergétique si ce n’est s’adapter, se convertir aux emplois durables, manger beaucoup moins de viande et plus du tout d’alimentation issue de l’agro-industrie. Les générations futures reviendront au travail de la terre et à l’artisanat.

Nos articles antérieurs sur ce blog biosphere :

16 janvier 2013, PAC, politique agricole… commune ???

6 janvier 2020, Une politique agricole commune écologique ?

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4 réflexions sur “Politique agricole à la solde de la FNSEA”

  1. @ Philip69 : Arrêtez de fumer des feuilles de betterave aux nicotinoïdes afin d’entrapercevoir où sont les véritables dérives.
    En droit général, c’est le produit dangereux qui doit être signalé par un étiquetage ad hoc – cf. les paquets de cigarettes ou les bidons d’acide chlorhydrique.
    Autrement dit, les produits bio ne devraient pas avoir à être signalés en tant que tels, sauf peut-être la référence de l’organisme de certification. Ce sont les produits de l’agriculture conventionnelle qui devrait supporter un étiquetage signalant leur dangerosité pour le consommateur ou l’environnement, par exemple :
    -Poulet nourri aux OGM et traité préventivement aux antibiotiques
    -Sucre de betteraves traitées aux nicotinoïdes
    -Porc nourri en partie au maïs irrigué sur une parcelle anciennement traitée à l’atrazine
    -Lait de vaches élevées en stabulation et nourries en partie de tourteaux de soja importés
    -By appointment to her dictatorship the FNSEA

    1. Oui, on peut dire que c’est le monde à l’envers. Mais c’est comme ça.
      Maintenant imaginons le Consommateur devant ces saucisses étiquetées «Porc nourri en partie au maïs irrigué sur une parcelle anciennement traitée à l’atrazine». Faudrait déjà qu’il le lise, celui là regarde surtout le prix. Après faudrait qu’il sache ce qu’est l’atrazine. Hélas il n’y a que des gens qui ont une certaine culture (pas que de la betterave), des gens qui emploient des mots savants (matérialisme dialectique ; sotériologie ; eschatologique) qui peuvent comprendre tout ça. Mais admettons que notre brave con-sot-mateur comprenne qu’il va manger là des résidus de pesticides. Je pense qu’«en partie» et «anciennement» suffiront largement à le rassurer. Et pour tout c’est pareil.
      Faudrait que soit écrit en gros «Manger ces saucisses tue» ; «Fumer ces betteraves aux néonicotinoïdes tue». Mais ça on ne le verra jamais. La FNSEA et Philip 69 ne voudront pas. 😉

  2. On change le nom et l’emballage et le tour est joué. Adieu le «paiement vert» bonjour les «écorégimes». Bonjour aussi le «Plan Stratégique National» (PSN). Faut dire qu’avec plan ça fait plus sérieux, bonjour Rantanplan. Faut dire aussi que le commun de PAC n’est plus à la mode, qu’en plus ça rappelle trop de choses. Reconnaissons aussi que «Haute Valeur Environnementale» (HVE) ça parle mieux que bio, qui lui aussi est devenu trop banal, peut-être trop embêtant aussi. Certes on peut toujours dire qu’une tomate est bio, mais quand on parle d’une exploitation… d’une maison ou d’une bagnole… comment qu’il faut dire ? La calèche d’un Amish ne sera jamais HVE. Mais la FE (formule 1 électrique), une exploitation agricole, pétrolière ou minière… après tout pourquoi pas. Faut comprendre, les valeurs que véhiculent les Amish ne valent rien comparées aux leurs (aux nôtres ?)

    1. Green New Deal, Green Business, bio-carburants, éco-citoyens, éco-consommateurs, consom’acteurs (cons sots et acteurs), éco-régimes, éco-pass et Jean Pass !
      Depuis le temps qu’on nous amuse (abuse) avec le green et le vert, qu’on conjugue les préfixes éco et bio à toutes les sauces, on se demande bien pourquoi la planète se dégrade encore toujours plus. C’est à ne plus rien y comprendre.

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