Objecteur de conscience je suis, je serai

Michel Sourrouille, auteur en 2017 du livre « On ne naît pas écolo, on le devient », a décidé avant de mourir de partager sa pensée avec tous les Internautes qui fréquentent ce blog biosphere. La parution se fera chaque jour pendant les mois de juillet-août. Il dédie ce livre aux enfants de ses enfants, sans oublier tous les autres enfants… car nous partageons tous la même maison, la Terre, si belle, si fragile…

Objecteur de conscience j’ai été, je suis, je serai

Personnellement je suis et reste un objecteur de conscience. Pourtant je suis devenu insoumis au service civil pour contester une affectation autoritaire à l’ONF (office national des forêts). Pourtant l’éducation nationale m’a demandé de faire mon service militaire (à 32 ans) puisque en tant que fonctionnaire je n’étais pas « au clair » par rapport à mes obligation statutaires de participation à la défense nationale. La vie est un éternel compromis entre nos propres valeurs et les contraintes institutionnelles. Ce n’est qu’à la mi-février 1970 que Michel Debré m’avait appris sans le vouloir l’existence des objecteurs de conscience lors d’un débat sur la patrie avec le communiste Duclos : « La patrie apporte la liberté par le suffrage universel : la liberté de la minorité de se plier aux exigences de la majorité (…) Les objecteurs de conscience ont de la chance qu’il y ait des patriotes. » J’avais déduis que Duclos était pour une patrie rattaché à l’URSS et Debré pour la patrie du grand capital.

Ma réflexion s’affine, je deviens pacifiste. Il est vrai que les 26 mois de camps de concentration vécus par mon père m’avaient amené beaucoup plus tôt que la plupart des jeunes à réfléchir sur l’anéantissement programmé des personnes au niveau physique et psychologique qui résulte des conflits armés. On ne naît pas objecteur, on devrait le devenir. En juin 1970, j’approfondis ma conception militaire via mon réflexe habituel d’accumulation de notules. John F Kennedy disait : « La guerre existera jusqu’au jour lointain où l’objecteur de conscience jouira de la même réputation et du même prestige que ceux du guerrier aujourd’hui. » Si chacun de nous était objecteur, refusant l’usage collectif des armes, il n’y aurait plus d’armée institutionnalisée, il n’y aurait plus de guerres généralisées. Deux citations me percutent : « La guerre, c’est un massacre de gens qui ne se connaissent pas au profit de gens qui se connaissent mais qui ne se massacrent pas » ; «  La guerre, c’est tuer les uns avec ce qui pourrait faire vivre les autres ». C’est à Günter, un correspondant allemand qui s’était engagé dans l’armée, que je me confie le 14 novembre 1970 :

« Comme je me refuse à la guerre, j’ai décidé de devenir objecteur de conscience et de faire mon temps (deux ans au lieu d’un seul) au Service Civil International. Je peux dire que c’est le seul moyen de combattre pour la paix entre les nations. Le mahatma Gandhi avait pour seule arme le satyagraha, la force de la vérité et de la justice… Pour moi, on ne peut chercher la paix que par le dialogue, comme Socrate par exemple. C’est en formant les jeunes à un esprit social et non plus individualiste qu’on pourra grandir l’humanité internationale. C’est en modifiant les structures qui oppressent les adultes que nous pourrons éviter tous les conflits… »

Aujourd’hui le service militaire est apparemment supprimé en France. Pourtant c’est toute une classe d’âge qui, chaque année, à 17 ans, doit accomplir sa « journée défense et citoyenneté » (JDC). Sans l’attestation qui y est délivrée, impossible de se présenter au moindre examen national. En fait depuis 1997 le service national n’a été que « suspendu », de même que le statut des objecteurs de conscience (qui garde toujours sa validité). La JDC est en fait une journée d’incorporation ; un état de guerre entraînerait un possible appel sous les drapeaux. A ce moment, que faire de ceux qui refusent l’usage collectif des armes ? C’est pourquoi je recommande aux jeunes qui le désirent de présenter une lettre spécifique au moment de la JDC dont voici l’essentiel : « Je désire manifester dès maintenant mon refus d’un service militaire armé pour motif de conscience et vous remettre ma demande de bénéficier du droit à l’objection de conscience exprimés dans les articles L.116.1 à L.116.9. Mes convictions basées sur la recherche de la bonne entente collective me conduisent à d’autres formes d’engagement pour la nation et les peuples qu’un service militaire armé qui redeviendrait obligatoire. »

Lors de son enterrement le 19 juin 2001, la dernière volonté de René Dumont consista à faire entendre« Le Déserteur » chanté par Boris Vian. Puisse son message de refus des armées être entendu par les écologistes du monde entier… et par Emmanuel Macron qui veut rétablir le service militaire !

(à suivre… demain sur ce blog biosphere)

Déjà paru :

On ne naît pas écolo, on le devient, introduction

Abécédaire, la façon la plus simple pour s’y retrouver

Abeille, qui ne pique que si on l’embête

Abondance, s’éloigne dès qu’on lui court après

Absolu, un mot à relativiser, un mot indispensable

Acteurs absents, dont on a eu tort d’ignorer l’existence

Adolescence, moment de révolte ou de soumission ?

Alcool, dur pour un écolo de refuser de trinquer !

Amour, une construction sociale trop orientée

Animal, une facette de notre humanité trop ignorée

Austérité, mot qui fait peur et pourtant source de bonheur

Barbe, un attribut des hommes qu’on voulait faire disparaître

Cannabis, une dépénalisation qui créerait l’usage

Chasse, activité dénaturée par des chasseurs motorisés

Compétition, système inhumain au service d’une société inhumaine

Croissance, l’objectif économique le plus débile que je connaisse

Démographie, le problème central qui est systématiquement ignoré

Devoir, la contre-partie nécessaire de nos droits

Doryphore, symbole d’une agriculture post-moderne

École obligatoire et gratuite, une entreprise de déculturation

Écologiste en devenir, notre avenir commun

Électricité, les inconvénients d’un avantage

Ethnologie, la leçon primordiale des aborigènes

Eugénisme, engendrer de bonne façon est-il condamnable ?

Euthanasie, mourir de belle manière comme heureuse conclusion

Féminisme, on ne naît pas femme, on le devient

Futur, il sera à l’image de notre passé !

Génériques, l’achat au meilleur rapport qualité/prix

Homoparentalité, la stérilité n’est pas une damnation

Interaction spéculaire, je fais ainsi parce que tu fais de même

IVG, une mauvaise expérience par manque d’expérience

Logement, une maison à la mesure de nos besoins réels

Loisirs, plutôt les échecs que le match de foot à la télé

Mariage pour tous, l’oubli du sens des limites

Militantisme, une construction de soi qui ne va pas de soi

Mobilité, aller moins loin est bien plus rapide

Musée, pas besoin du passé pour être un vrai artiste

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8 réflexions sur “Objecteur de conscience je suis, je serai”

  1. Au delà de la guerre et des armes

    – « La désobéissance individuelle de « l’objecteur de conscience » devient civile lorsqu’elle se fait collective. » (Désobéir, le petit manuel par Xavier Renou – 2012)

    – « La conscience n’est pas une faculté comme l’intelligence, ni une disposition innée ou une habitude de l’intelligence. C’est un jugement de l’intelligence, […]
    La clause de conscience est la reconnaissance, pour des cas particuliers bien définis, de l’exercice de l’objection de conscience ; c’est en fait l’introduction dans la loi d’une mesure qui rend légitime le refus de soumission à cette loi.]], telle qu’elle est reconnue pour le domaine du métier des armes, pour la presse ou pour certains aspects du respect de la vie et de la bioéthique.
    Mais beaucoup d’autres domaines se trouvent aujourd’hui, ou se trouveront demain, concernés par l’objection de conscience […] »
    ( Braver l’Etat ? Désobéissance civile et objection de conscience – 2008 – ichtus.fr )

  2. PS : En attendant, une éventuelle réponse, peut-être dès son retour de vacances… je tenais à saluer l’excellent travail du ou des auteur(s) de “2010 Manifeste du pacifisme par un objecteur de conscience“.

    1. Le manifeste du pacifisme a été réalisé par Michel Sourrouille.
      Ce travail était préparatoire au livre « Désobéir à la guerre » publié par Xavier Renou. En terme clair, Michel a servi de nègre à Xavier, mais c’était pour la bonne cause…

      1. Merci beaucoup pour cette info. Comme quoi on a souvent besoin d’un plus petit que soi. En plus ça marche dans les deux sens. 🙂

  3. Marcel Duterte

    En tous les cas , face à un envahisseur , je me préfère armé pour défendre ma famille et mes amis que désarmé et bêlant au pacifisme !
    Mieux vaut mourir debout les armes à la main que civre à genoux sous le joug d’ un envahisseur (muzz par exemple)

  4. Esprit critique

    En fait, que le service national n’ait été que « suspendu » (depuis 1997), plutôt qu’« aboli » (comme la peine de mort en 1981), n’y change finalement pas grand chose. Un jour ou l’autre l’un comme l’autre peuvent être rétablis. Et le comble, avec le con sentement d’une bonne part des « citoyens ». Misère misère !
    L’esprit guerrier, cet esprit de merde, n’est pas seulement inculqué et entretenu par l’Armée,
    avec le service national ou la JDC, mais par le Système.

    1. – « La guerre n’est qu’un prolongement de la politique par d’autres moyens »
      ( Clausewitz )

      La politique, la guerre… La «guerre» économique, la «guerre» des prix, la «guerre» contre ceci et contre cela ! Sans oublier le sport. Tout ça n’est finalement que le prolongement (ou la continuation) de la guerre, par d’autres moyens.
      Demandons-nous pourquoi les jeunes raffolent autant de ces jeux guerriers, et pas seulement de ces jeux dégueulasses où le but est de dégommer le plus d’ennemis (virtuels) possibles. Qui sont ceux qui leur foutent ces flingues en plastoc dans les mains à la sortie du berceau ?
      Pourquoi autant de flingues et de violence sur les écrans ? Demandons-nous qui sont ceux qui leur inculquent et entretiennent cet esprit guerrier, cet esprit de compétition, cet esprit de haine, cette trouille de tout et de n’importe quoi etc. etc. bref cet esprit de merde.

      1. Et c’est là que certains nous sortiront que la guerre est dans la nature humaine.
        Mais qu’est-ce qu’ils en savent, ces «grands savants», de cette chose dont nous ne savons finalement pas grand chose ? De cette chose finalement très pratique pour botter en touche et/ou pour soutenir n’importe quelle théorie à la con.
        C’est comme l’Art … dont il était hier ici question. Le «véritable art» serait-il alors «l’Art de la Guerre» ? Dans ce cas, si ces temps-ci l’eau commence gravement à manquer, ce n’est pas le cas de certaines sortes de «grands artistes». Misère misère !

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