IVG, interruption volontaire de grossesse

Michel Sourrouille, auteur en 2017 du livre « On ne naît pas écolo, on le devient », a décidé avant de mourir de partager sa pensée avec tous les Internautes qui fréquentent ce blog biosphere. La parution se fera chaque jour pendant les mois de juillet-août. Il dédie ce livre aux enfants de ses enfants, sans oublier tous les autres enfants… car nous partageons tous la même maison, la Terre, si belle, si fragile…

IVG, une mauvaise expérience par manque d’expérience

Fin 1973, je suis éducateur à Ambarès. Je rencontre une autre éducatrice, nous étions logés sur place dans deux chambres proches. Nous nous sommes retrouvés dans le même lit, écoutant de la musique. Elle s’est endormie sur moi, nous n’avions rien conclu. Le lendemain matin, c’est elle qui a eu pitié de moi, elle a pris l’initiative. Nous n’avons pris aucune précaution. J’étais con. Je n’avais pas assez d’expérience. Mon amie est tombée enceinte, la loi Neuwirth qui autorisait la contraception orale était trop récente. Cette loi a été votée en 1967, elle ne sera appliquée qu’en 1972 à cause des freinages de l’administration ! Je ne savais même pas comment était fait un préservatif  ! Mon amie a avorté. Non, en fait nous avons avorté ensemble. Par chance le MLAC (mouvement pour la liberté de l’avortement et de la contraception) était actif depuis avril 1973 et agissait pour changer la loi en pratiquant illégalement des avortements. Pas besoin d’aiguille à tricoter, nous avons testé la méthode par aspiration. Je dis « nous » car toute une bande d’apprentis médecins et de membres du MLAC sont arrivés et ma présence était jugée indispensable, pour eux comme pour moi. Le mec est aussi responsable que la femme d’une naissance non désirée, il doit assumer. L’intervention a eu des séquelles, mon amie a fait une hémorragie. Elle s’est retrouvée à l’hôpital. Mais que fait le gouvernement ?

Quelques mois après, le 26 décembre 1974, s’ouvrent des débats à l’Assemblée nationale sur l’IVG (interruption volontaire de grossesse). Simone Veil, ministre de la santé, conduit les débats devant une assemblée très majoritairement masculine. Les détracteurs se succèdent : « Une nouvelle religion est née, son dieu s’appelle le Sexe…» ; « Pour Satan, contraception et avortement sont les deux chapitres du même grand livre de la sexualité… » ; « Le temps n’est pas loin où nous connaîtrons des avortoirs, des abattoirs parfaitement contraires à la mission la plus naturelle et la plus indispensable de la femme : donner la vie et non la mort. » Le Conseil de l’ordre des médecins exhorte à voter contre la loi, heureusement un médecin s’insurge : « Mille avortements clandestins sont pratiqués par jour, et chaque jour une femme en meurt. »

La ministre Simone Veil, a enduré stoïquement les vitupérations des députés. Elle est traitée de meurtrière, de pourvoyeuse d’une loi satanique, comparée au nazisme qui pratiquait la torture. Des croix gammée sont peintes sur la façade de son immeuble alors que ses parents et son frère sont morts en camps de concentration et qu’elle-même a été déportée. La bêtise humaine est incommensurable. La loi sur l’IVG sera adoptée par 277 voix contre 192, donnant aux femmes le droit de disposer de leur corps. Si l’avortement résulte de l’échec de la contraception et des errements d’un couple, c’est aussi la responsabilité de la société ; dans une société répressive, il n’y a pas de réflexion possible. Voici quelques prises de position qui expriment la difficulté d’accepter l’interruption volontaire de grossesse.

Le pape François, pourtant éclairé dans d’autres domaines : « Malheureusement, ce ne sont pas seulement la nourriture ou les biens superflus qui sont objet de déchet, mais souvent les êtres humains eux-mêmes, qui sont “jetés” comme s’ils étaient des “choses non nécessaires” Par exemple, la seule pensée que des enfants ne pourront jamais voir la lumière, victimes de l’avortement, nous fait horreur. (13 janvier 2014) » Le pape n’est pas le seul à condamner l’avortement. « L’égalité hommes-femmes est contraire à la nature humaine… Notre religion a défini un statut pour les femmes, la maternité… Notre parti AKP (Parti de la justice et du développement) reviendra sur le droit à l’avortement et préconisera la mise au monde d’au moins trois enfants par femme. » Ainsi s’exprimait le président de la Turquie, Recep Tayyip Erdogan [LE MONDE du 26 novembre 2014]. Le chef du gouvernement espagnol Mariano Rajoy voulait une loi restreignant l’avortement aux seuls cas de viols et de mise en danger physique ou psychique de la femme.

En France une « marche pour la vie » a eu lieu le dimanche 19 janvier 2014. Les slogans ? L’IVG est un « attentat à la dignité humaine » et un « « génocide médicall ». Leurs sweat shirts proclament « j’aime la vie [Le Monde.fr | 19.01.2014]».

Une marche pour la vie ! Mais quelle vie ? Quelle vie sur une planète surexploitée, polluée, surpeuplée ? Quelle place laisse-t-on aux autres espèces dont nous prenons de plus en plus rapidement tout l’espace ? Aimer la vie à n’importe quel prix n’est pas aimer. Ces militants pro-life ne sont certainement pas des écolos. Au-delà des références au conservatisme ou à l’intégrisme, ce qui fait la cohérence des prises de positions anti-avortement, c’est la mentalité nataliste : il faut accepter tous les enfants qu’une femme puisse mettre au monde, et on fait pression pour qu’elle en ait davantage ! Cette mentalité ne tient aucun compte de la capacité de charge d’un territoire en population humaine alors que tous les indicateurs montrent que la Terre est saturée d’humains. Bien sûr on pourrait affirmer que la densité de la Turquie (89 habitants au km2) et celle de la France (112) sont acceptables par rapport au Bangladesh (1083) ou au Pays-Bas (395). Mais on pourrait rétorquer en termes de taux de chômage, dépendance du pays aux importations d’énergie, niveau de criminalité, surfaces cultivables, etc.

C’est en considérant la complexité des situations que le véritable débat commence. Mais si les humains préfèrent ne pas réfléchir et pulluler davatage, un jour ou l’autre se déclenchent guerres, famines et épidémies… Il y aura de toute façon régulation « naturelle » et infanticide différé, comme l’avait prévu Malthus !

(à suivre… demain sur ce blog biosphere)

Déjà paru :

On ne naît pas écolo, on le devient, introduction

Abécédaire, la façon la plus simple pour s’y retrouver

Abeille, qui ne pique que si on l’embête

Abondance, s’éloigne dès qu’on lui court après

Absolu, un mot à relativiser, un mot indispensable

Acteurs absents, dont on a eu tort d’ignorer l’existence

Adolescence, moment de révolte ou de soumission ?

Alcool, dur pour un écolo de refuser de trinquer !

Amour, une construction sociale trop orientée

Animal, une facette de notre humanité trop ignorée

Austérité, mot qui fait peur et pourtant source de bonheur

Barbe, un attribut des hommes qu’on voulait faire disparaître

Cannabis, une dépénalisation qui créerait l’usage

Chasse, activité dénaturée par des chasseurs motorisés

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4 réflexions sur “IVG, interruption volontaire de grossesse”

  1. Esprit critique

    On sait que l’avortement se pratique depuis très longtemps (5000 ans *)
    Comme d’ailleurs la contraception ainsi que le préservatif. (nombreuses sources)
    On sait que l’Eglise condamne fermement l’avortement, qu’il en est de même des autres religions, avec toutefois des nuances et des réserves. On sait que tout évolue, dans un sens comme dans l’autre, même les doctrines religieuses.
    On sait que Malthus vécut en Angleterre fin 18ème début du 19ème siècle, qu’il était un prêtre anglican, et qu’il prônait, entre autres, l’abstinence. L’abstinence pour faire en sorte que la Terre ne soit pas surpeuplée, etc. etc. Tout ça je le sais. (à suivre)

    1. Par contre, je serais déjà curieux de savoir si Malthus était POUR ou CONTRE l’avortement. Pareil en ce qui concerne la contraception et le préservatif.
      Ensuite, curieux de savoir ce qu’il pensait exactement des femmes. De leur place dans sphère privée, la famille, la société, et de leurs droits **.
      Ce qu’il pensait, par exemple, de cette loi, en Angleterre, qui punissait de la peine de mort l’avortement pratiqué après le «quickening».

      * Histoire de l’avortement ( Encyclopédie: médecine et santé – causam.fr )
      ** Les droits des femmes en Angleterre au 19ème siècle : la lutte pour les droits au sein de la sphère privée – I et II – ( loiseaumoqueur.com )

      1. Parti d'en rire

        Je crois finalement que je ne saurais s’il était POUR ou CONTRE.
        Et ce qu’il pensait des femmes etc.
        Me voilà bien avancé, aussi con qu’hier. Misère misère !

  2. Le storytelling introduit le sujet, l’IVG. Ce qui nous amène à bouffer du curé, puis à nous demander vite fait ce que vaut une vie… pour finir par nous vendre le sacro-saint Pasteur.
    C’est de bonne guerre comme on dit. Toutefois, même si les deux sont liés, d’abord évitons de confondre féminisme et (néo)malthusianisme. Ce qui n’empêche pas de s’amuser à démonter que Malthus est un des grands pionniers du féminisme. En plus de l’écologi(sm)e.
    Laissons plutôt la parole à deux femmes, plutôt bien placées pour parler de ça :
    – Le contrôle des naissances : du néo-malthusianisme au féminisme
    ( Par Françoise Picq – sur son site francoisepicq.fr )

    – Discours féministe et néo-malthusianisme : les effets pervers d’une mésalliance
    ( Par Maria De Koninck – Cahiers québécois de démographie – sur http://www.erudit.org )

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