Alcool, ébriété ou sobriété ?

Michel Sourrouille, auteur en 2017 du livre « On ne naît pas écolo, on le devient », a décidé avant de mourir de partager sa pensée et ce livre avec tous les Internautes qui fréquentent ce blog biosphere. La parution se fera chaque jour pendant le mois de juillet. Il dédie ce livre aux enfants de ses enfants, sans oublier tous les autres enfants… car nous partageons tous la même maison, la Terre, si belle, si fragile…

Alcool, dur pour un écolo de refuser de trinquer !

Mes parents, de la génération de l’entre deux-guerres, ne buvaient jamais d’eau, que du vin. A l’époque l’apéritif n’était pas encore à la mode, mais le cognac accompagnait le café. On buvait parce que cela se faisait, sans y penser. Impossible voie d’une prohibition nécessaire ! Pourtant les faits sont là. L’alcool en soi n’apporte rien à l’organisme. Il n’est pas digéré, il passe directement du tube digestif aux vaisseaux sanguins. En quelques minutes, le sang le transporte dans toutes les parties de l’organisme avec pour seul avantage de détendre et désinhiber. Ce qui veut dire que l’alcool empêche notre autonomie véritable. Tous les produits qui induisent une addiction chez l’humain – et l’alcool est à égalité avec la cocaïne, les opiacés et la nicotine – augmentent l’activité des neurones dans une partie du cerveau, le cortex préfrontal, par l’intermédiaire d’une libération de dopamine qui provoque le sentiment de plaisir. Le diagnostic de dépendance repose alors sur la recherche compulsive du produit, contre la raison et contre la volonté : il y a impossibilité de s’arrêter de consommer. L’alcool est même dangereux : l’abstinence complète est absolument nécessaire pendant la période de grossesse pour éviter un retard mental de l’enfant, l’alcool agissant sur le développement du système nerveux central du bébé dès les premières semaines de grossesse. Mais ce sont des considérations écologiques qui m’ont ouvert les yeux. Malthus peut être considéré comme un des premiers à avoir envisagé notre rapport à la nature comme considération des limites. Il ne parle pas seulement d’une reproduction humaine trop exubérante… il s’intéresse aussi à l’alcool.

« Si manger et boire sont une loi de la nature, c’en est une aussi que l’excès en ce genre nous devient nuisible ; et il en est de même à l’égard de la population. Une cause de la famine est la grande consommation de grain qu’entraîne la fabrication des eaux-de-vie. La consommation des grains, pour d’autres usages que la nourriture, empêche la population d’atteindre la dernière limite des subsistances. La nourriture végétale, mêlée de temps en temps d’une ration convenable de viande, suffirait pleinement aux désirs d’un peuple frugal, et maintiendrait chez tous les individus qui le composent la santé, la vigueur et la gaieté. » [Robert Malthus, Essai sur le principe de population (1ère édition 1798, Flammarion 1992)]

Le journaliste Hervé Kempf s’interrogeait dans une chronique : « Ah ! qu’il est dur d’être écologiste ! » [LE MONDE du 11-12 février 2012]. Il imaginait les qualificatifs donnés aux écolos qui parlent du vin, graduant les transformations de l’état mental selon la sobriété, l’ébriété, l’euphorie ou l’ivresse. Mais il réconciliait tout le monde avec cette expression « célébrons l’Europe, et buvons bio » ! Le Comité européen de l’agriculture biologique venait en effet de se mettre d’accord sur les règles concernant le vin biologique : on baisse la quantité admissible de sulfites. C’est une conception bien particulière de l’alcool. Hervé Kempf n’est pas à notre goût assez écolo sur la question « vins et spiritueux ». La monoculture de la vigne ne prend pas soin du sol, le rendement de la vigne baisse dans certains endroits en France. Tout se passe comme si le processus classique de formation de la terre s’inversait ; au lieu que la roche se transforme sous l’effet de la faune et de la flore, le sol a évolué de façon régressive, s’est durci, est devenu roche. Autre problème, et pas le moindre, les vignes empiètent tant sur les autres cultures que sur l’espace nécessaire pour assurer la biodiversité. Il nous faut déterminer ce que la terre peut durablement nous offrir, pas simplement considérer ce que nous demandons à la terre et à la distillerie.

Pas de vin, buvons bio, buvons de l’eau. Mais il est dur d’être écolo quand il nous faut aller à contre-courant en France, pays du vin ! C’est dur, il s’agit de refuser le bio quand il ne correspond pas à un réel besoin alimentaire. C’est dur, il s’agit d’avoir une pensée élargie, refuser l’alcool dans notre verre et aussi l’alcool dans les moteurs (les agrocarburants). C’est dur, il s’agit de combattre les lobbies de l’alcool, tellement influents auprès des parlementaires. C’est dur, il s’agit souvent de renoncer à ses propres habitudes culturelles, inscrites dans son milieu familial : vin vieux et digestif, apéros et bonnes manières. Souvent je suis encore tenté de faire comme mon entourage, et je trinque en famille. Difficile exemplarité quand on se retrouve tout seul à montrer l’exemple. C’est dur d’être écolo !!!

(à suivre… demain sur ce blog biosphere)

Déjà paru :

On ne naît pas écolo, on le devient, introduction

Abécédaire, la façon la plus simple pour s’y retrouver

Abeille, qui ne pique que si on l’embête

Abondance, s’éloigne dès qu’on lui court après

Absolu, un mot à relativiser, un mot indispensable

Acteurs absents, dont on a eu tort d’ignorer l’existence

Adolescence, moment de révolte ou de soumission ?

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5 réflexions sur “Alcool, ébriété ou sobriété ?”

  1. Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs
    En tant que dégueulé, heu, en tant que délégué de la… de la ligue anti-alcoolique…
    je vous parlerai de… de l’eau minérale, de l’eau ferrugineuse.
    L’eau fer… l’eau ferrugineuse, comme son nom l’indique, contient du fer…
    Et le dire, c’est bien, mais le faire, c’est mieux !
    L’alcool non, mais l’eau ferru… l’eau ferrugineuse oui !

  2. S’il n’y avait qu’être écolo qui est dur dur. C’est dur dur du début à la fin.
    Dur dur d’être un bébé ! Ben oui, je veux bien le croire, il pleure tout le temps.
    Et puis l’âge du non : « Viens faire un bisou à Papa => Non ! Tu veux jouer avec le portable à Maman ? => Non ! Tu veux une fessée ? => Non ! » Les spécialistes nous disent que c’est comme ça qu’il apprend à dire oui. Va comprendre. Et puis le petit rebelle devient le petit roi. Dur dur là encore, pour lui dire non. Et puis il (ou elle) arrive à l’âge con. Et là c’est le pompon, pour tout le monde. En tous cas, dur dur d’élever le bébé. Ne pas pouvoir bien dormir la nuit, dur dur ! Et comme si ça ne suffisait pas… dur dur de bosser ! Dur dur de supporter des cons, dur dur de se faire des amis, de former un couple, d’être cohérent, honnête, heureux etc. etc.
    Bref dur dur de vivre, et de supporter tout ce bordel, en attendant.

    1. Alors heureusement qu’il existe des échappatoires… pour supporter.
      Comme je dis, à chacun sa came ! L’homme ne les pas inventées pour rien.
      L’alcool tue lentement… Moi je m’en fous, je ne suis pas pressé !

      Devrions-nous tous devenir musulmans, pour être de bons écolos ?
      Pourquoi devrions-nous dire NON à l’alcool ? Contentons-nous de dire NON à l’alcool dans les réservoirs des bagnoles. Et puis buvons, avec modération. Pas question évidemment de forcer ceux qui n’aiment pas, ou que leur religion leur interdit.
      Mais que ceux qui n’aiment pas n’essaient pas d’en dégoûter les autres.

  3. « Tous les produits qui induisent une addiction chez l’humain – et l’alcool est à égalité avec la cocaïne, les opiacés et la nicotine – augmentent l’activité des neurones dans une partie du cerveau, le cortex préfrontal, par l’intermédiaire d’une libération de dopamine qui provoque le sentiment de plaisir »

    Et oui encore une preuve de ce que j’affirme « Le plaisir est toujours vainqueur ! » Même si on sait que l’alcool est toxique pour l’organisme, les individus privilégieront le plaisir (y compris immédiat et éphémère) à leur propre santé ! (sur le long terme). Autrement dit le plaisir de court terme l’emporte sur sa propre santé de long terme. On peut tourner en rond encore très longtemps pour tenter de convaincre autrui de renoncer à l’alcool, ça ne marchera jamais tant qu’une nouvelle source de plaisir ne substituera pas celle de l’alcool. Les individus choisiront toujours le plaisir quitte à d’auto-détruire.

    1. Parti d'en rire

      – « encore une preuve de ce que j’affirme : Le plaisir est toujours vainqueur ! »
      Une preuve de quoi au juste ? Je t’ai dit X fois qu’il y avait «mille» façons de se faire plaisir. Et que la plus écolo était celle des bonobos.
      Sais-tu que certains animaux aiment bien consommer de l’alcool ? On trouve facilement des tas d’articles sur le sujet. Un groupe de chercheurs américains (article dans la revue Science) a observé que chez les drosophiles (petites mouches)… les messieurs drosophiles noient leur chagrin dans l’alcool quand les dames drosophiles rejettent leurs avances. Encore une preuve que les femelles sont terribles.
      Maintenant je ne sais pas si les bonobos picolent.

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