Militantisme, se construire autrement

Michel Sourrouille, auteur en 2017 du livre « On ne naît pas écolo, on le devient », a décidé avant de mourir de partager sa pensée avec tous les Internautes qui fréquentent ce blog biosphere. La parution se fera chaque jour pendant les mois de juillet-août. Il dédie ce livre aux enfants de ses enfants, sans oublier tous les autres enfants… car nous partageons tous la même maison, la Terre, si belle, si fragile…

Militantisme, une construction de soi qui ne va pas de soi

Mon expérience vécue m’a montré que l’engagement social résulte d’un effort souvent considérable car il nous faut échapper aux forces de l’habitude, du conservatisme, de la pression familiale et sociale. Notre esprit critique ne vient pas spontanément, il faut le cultiver, il faut s’entraîner, il faut pouvoir résister à la force des habitudes. Il m’a fallu longtemps pour commencer à contester les enseignants. Mon premier exploit ? Il fut symbolique. Mon professeur de philosophie en terminale avait déclaré que nous n’étions pas obligés de prendre des notes. Avec ce qui me semblait une autorisation, j’ai donc croisé définitivement les bras pour me contenter d’écouter ses cours. Mal m’en a pris, au bout d’une semaine je me suis fait engueuler, fallait copier. La philosophie n’était pas ce qu’elle disait. Mais ce n’est que bien plus tard que j’ai fait preuve d’autonomie véritable. En décembre 1969, troisième année de fac, le professeur Ghestin s’attendait à ce qu’on se lève à son entrée. C’était dans un amphi de sciences po., je suis resté assis, tout l’amphi était debout. J’étais tout seul au milieu d’un cercle vide, aucun de mes copains n’avait voulu s’asseoir à côté de moi. Ils savaient ce que je voulais faire, ils n’étaient pas solidaires. Les étudiants attendent, moi assis, eux debout. Une minute, deux minutes, trois… Le prof s’interroge, il m’interpelle. Je lui explique, un peu étonné d’avoir la parole, que nous nous levions seulement devant lui, pas avec les autres profs… pourquoi faire une exception ? Il s’est assis, les étudiants se sont assis, le rituel du salut debout a été définitivement abandonné. Je contestais une autorité de droit établi pour laquelle il n’y a pas lieu de comprendre, mais d’obéir. Mon acte a été individuel et solitaire, mais il me remettait en harmonie avec moi-même. Ce fut ma première révolte publique.

Je ne crois pas du tout à l’idée de révolution, à l’effet de masse que personne ne contrôle. Le changement profond ne se fait pas dans la rue avec des manifestants le poing levé ou la main tendue, il se fait par une prise de conscience individuelle qui se généralise progressivement si le contexte s’y prête. C’est avec Gandhi au moment de mon objection de conscience, puis plus récemment avec le philosophe Arne Naess, que j’ai inscrit résolument mon action militante dans la non-violence.

Pour éviter tout malentendu, voici quelques règles de la non-violence gandhienne :

– agis et lutte au sein d’un groupe, mais agis toujours en tant que personne autonome et de manière à réduire au maximum et universellement la violence.

– N’agis jamais comme un représentant d’une institution ou un subordonné, mais agis toujours de manière autonome, comme une personne pleinement responsable.

– Fonde ta campagne sur un programme constructif ! Vous pouvez donner à votre lutte un caractère constructif seulement si vous la concevez comme une lutte en faveur des êtres vivants et de certaines valeurs, en combattant ainsi les antagonismes et non les antagonistes.

– Plus votre opposant comprend votre conduite, moins vous aurez de risque qu’il fasse usage de la violence.

– La violence à court terme contredit la réduction universelle à long terme de la violence.

[Arne Naess, Ecologie, communauté et style de vie (1ère édition 1976, éditions MF 2008)] 

Tout mouvement de rupture n’est porté au début que par un petit nombre d’activistes. Et puis de plus en plus de monde se rend compte que les écolos ont raison de penser à l’avenir des générations futures. Mais il faut de la patience, beaucoup de patience. Depuis 2005 je gère bénévolement et seul un site de documentation des écologistes, biosphere.ouvaton.org. Cela reste confidentiel ! Je poste quotidiennement mes articles 365 jours sur 365 sur biosphere.blog.lemonde.fr, je remercie mes quelques lecteurs fidèles, trop minoritaires. Mes vingt dernières années ont été consacrées à écologiser les politiques et politiser les écologistes. Peu importe le parti dans lequel je suis, j’ai successivement essayé les Verts à partir de 1996, le PS entre 2002 et 2012, son appendice EELV (Europe Ecologie Les Verts) en 2011 puis, à partir de juin 2017 le parti émergent LRM (La République en Marche) que j’ai abandonné très rapidement. Macron n’était pas écolo !

Nul n’est brahmane ou paria par naissance : on devient brahmane ou paria par ses actes dit le bouddhisme… A chaque fois où que je me trouve mon objectif premier est de faire prendre conscience de l’urgence écologique. Je fais dorénavant mienne cette devise : quand la majorité a tort, c’est une minorité qui montre le chemin de l’avenir. Peu importe pour moi le résultat immédiat puisque la voie que je trace est celle que je pense juste. Je suis bien conscient de n’être qu’une goutte d’eau au milieu de près de 7,5 milliards d’humains (fin juin 2017) ; mais un océan n’existe que par ses gouttes d’eau.

(à suivre… demain sur ce blog biosphere.ouvaton)

Déjà paru :

On ne naît pas écolo, on le devient, introduction

Abécédaire, la façon la plus simple pour s’y retrouver

Abeille, qui ne pique que si on l’embête

Abondance, s’éloigne dès qu’on lui court après

Absolu, un mot à relativiser, un mot indispensable

Acteurs absents, dont on a eu tort d’ignorer l’existence

Adolescence, moment de révolte ou de soumission ?

Alcool, dur pour un écolo de refuser de trinquer !

Amour, une construction sociale trop orientée

Animal, une facette de notre humanité trop ignorée

Austérité, mot qui fait peur et pourtant source de bonheur

Barbe, un attribut des hommes qu’on voulait faire disparaître

Cannabis, une dépénalisation qui créerait l’usage

Chasse, activité dénaturée par des chasseurs motorisés

Compétition, système inhumain au service d’une société inhumaine

Croissance, l’objectif économique le plus débile que je connaisse

Démographie, le problème central qui est systématiquement ignoré

Devoir, la contre-partie nécessaire de nos droits

Doryphore, symbole d’une agriculture post-moderne

École obligatoire et gratuite, une entreprise de déculturation

Écologiste en devenir, notre avenir commun

Électricité, les inconvénients d’un avantage

Ethnologie, la leçon primordiale des aborigènes

Eugénisme, engendrer de bonne façon est-il condamnable ?

Euthanasie, mourir de belle manière comme heureuse conclusion

Féminisme, on ne naît pas femme, on le devient

Futur, il sera à l’image de notre passé !

Génériques, l’achat au meilleur rapport qualité/prix

Homoparentalité, la stérilité n’est pas une damnation

Interaction spéculaire, je fais ainsi parce que tu fais de même

IVG, une mauvaise expérience par manque d’expérience

Logement, une maison à la mesure de nos besoins réels

Loisirs, plutôt les échecs que le match de foot à la télé

Mariage pour tous, l’oubli du sens des limites

Militantisme, une construction de soi qui ne va pas de soi

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6 réflexions sur “Militantisme, se construire autrement”

  1. Fidèle du parti d'en rire

    – « Mais il faut de la patience, beaucoup de patience. Depuis 2005 je gère bénévolement et seul un site de documentation des écologistes, biosphere.ouvaton.org […] Je poste quotidiennement mes articles 365 jours sur 365 sur biosphere.blog.lemonde.fr, je remercie mes quelques lecteurs fidèles, trop minoritaires. »

    Déjà avec les quatre pelés et un tondu, ah ça c’est sûr qu’il vous en faut de la patience.
    Beaucoup de patience ! Et je peux comprendre que vous puissiez parfois vous demander à quoi rime tout ça. Tout ce cirque. Mais bon, l’essentiel c’est d’y trouver son compte, à chacun sa came bordel !

  2. Esprit critique

    Tu semblais pourtant bien parti, et puis patatras, le grand n’importe quoi.
    Note bien que dans cette phrase, d’Arne Naess, il y a le mot risque. Je t’explique.
    Chance ou risque, on parle donc d’une probabilité. Celle que tout ce passe sans violence.
    Pour ça il te faut donc que deux conditions soient réunies :
    1) Que ton opposant comprenne ce que tu dis, et/ou ce que tu fais. Et c’est vrai que pour ça certains ne sont pas doués, il faut leur expliquer longtemps pour qu’ils comprennent vite.
    Et c’est vrai qu’il en faut, alors, de la patience.
    2) Il te faut avoir un peu de chance. Celle de ne pas tomber sur un abruti qui ne comprend rien à rien. Hélas ça existe. Ou sur un de ces gros malades qui prennent leur pied dans la violence. Hélas c’est pareil, et bien souvent ce sont les mêmes.

    1. (suite) Si les deux conditions sont réunies, alors normalement tout devrait bien se passer.
      Et alors là, non seulement tu pourras dire que tu as de la chance, mais en plus tu pourras être fier de toi. Ou tout simplement content. Maintenant si ton truc c’est la castagne, alors là ce n’est évidemment plus la même chose, misère misère.

      *** Ces deux commentaires viennent en réponse à BGA80 6 AOÛT 2022 À 10:22

      1. Pourtant Aurélien Barreau annonce le fait de recourir à la violence face à la violence étatique, qu’il existe des violences légitimes. Alors pour un écolo il est radical non ?

      2. Parti d'en rire

        Que vient foutre Aurélien Barreau là dedans ? Tu ne vas quand même pas confondre Michel Sourrouille, Arne Naess, Aurélien Barreau et Jen Passe ! Si ?
        Pour répondre à ta question, je te dirais déjà qu’on n’a pas besoin d’Aurélien Barreau pour savoir s’il existe des violences légitimes. Michel Sourrouille, par exemple… en plus c’est lui qui dirige le jeu… peut très s’inspirer de Ghandi et Arne Naess pour prôner la non-violence, pour refuser de porter une arme etc. et en même temps il peut te dire, ou plutôt te laisser entendre… que couler un baleinier (Sea Shepherd), brûler des SUV et quelques 4×4 … que ça ce n’est pas de la violence. Ou alors si ça en est… même pas sûr… c’est alors une violence légitime. Voire une saine ou une sainte violence.
        Alors moi, tu comprends, je ne sais plus trop comment te répondre. 🙂 🙂 🙂

  3. « – Plus votre opposant comprend votre conduite, moins vous aurez de risque qu’il fasse usage de la violence. »
    L’auteur parle de qui ? De nos dirigeants et de leurs CRS ? Oup !
    Patience, Patience, mouais, mais comment faire usage de Patience lorsque c’est Urgent ? Pas simple finalement !
    Bon puis le seul truc que les écolos ont réussi à se faire entendre(par chantage) par le gouvernement, c’est au sujet du nucléaire ? Finalité de cette dite réussite ? Dépendance au gaz et pétrole russe et réouverture des centrales à charbon en Europe ! Quel succès des écolos que d’avoir saboté le nucléaire !
    Conclusion, si je dois militer, ce sera certainement pas auprès de EELV, le PS, les Verts et Macron. D’autant que ces partis que l’auteur mentionne avec fierté, prouve qu’il n’était pas si autonome que ça…

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