anthropisation

La douloureuse question migratoire

La question migratoire déchire l’opinion publique…

Julia Pascual : L’Observatoire de l’immigration et de la démographie (OID) distille des études sur l’immigration, livrant clés en main des éléments de langage à quiconque voudrait agrémenter le débat public de considérations alarmistes. Avec un succès certain. Son directeur est régulièrement convié sur les plateaux des médias. Il obtient fréquemment la reprise de ses tribunes et publication. L’OID devient un « organisme de référence » ; une consécration pour cette structure que personne ne connaissait avant 2023. Il y avait « une place à prendre dans le marché des idées ». A en croire son directeur, l’OID propose « une vision rationnelle et dépassionnée, fondée sur la rigueur scientifique et l’efficacité politique ». Il revisite des travaux de la statistique publique. Pour marteler ses idées, l’OID s’appuie sur des « chiffres béliers » : seuls 34 % des immigrés arrivés en 2023 occupaient un emploi en 2024, ou encore 580 millions de personnes dans le monde sont éligibles au droit d’asile en France. L’observatoire prend à rebours le « rassurisme qui relativise l’ampleur des flux ».

On sait mal comment l’OID se finance. On sait pour sûr qu’il bénéficie depuis 2023 du fonds Périclès, du millionnaire réactionnaire et partisan du rapprochement entre la droite et l’extrême droite, Pierre-Edouard Stérin. Si l’OID se prévaut d’un « conseil scientifique », un seul de ses membres, Gérard-François Dumont, est docteur en sciences économiques. Il est par ailleurs connu pour présider la revue nataliste Population et Avenir.

Le point de vue des écologistes

Faux débat : que les immigrés viennent pour faire tourner l’économie ou, au contraire, pour manger la pain des Français est un débat accessoire. Le fond du problème est de savoir si la France est déjà surpeuplée et nécessite par conséquent une décroissance démographique. Si oui, il faut fermer complètement les frontières, ce qui incitera les pays d’émigration a réguler leur propre population. Mais si on suit la logique du chacun pour soi, cela veut dire aussi que la France devienne autonome par rapport à ses besoins alimentaires et énergétiques… En termes clairs, sans pétrole, beaucoup moins de voitures individuelles et beaucoup moins de pouvoir d’achat.

La France et le monde sont face maintenant à des choix cruciaux sur une planète dévastée par le croissancisme économique et démographique.

Le point de vue des commentateurs sur lemonde.fr

iIl est rare qu’un article du MONDE recueille autant de commentaires (près de 400) et autant d’oppositions frontales

Libertas (261 avis positifs sur 391 commentaires)

L’acharnement du journal LM contre toute organisation mettant en évidence les excès ou les effets parfois négatifs de l’immigration relève de la pathologie. Une grande majorité de Français constate cependant l’augmentation de l’insécurité, le coût de l’assistanat et l’engorgement des services de santé qui a entraîné une baisse de la qualité des soins. LM préfère sa croisade quasi-quotidienne anti-Bolloré et anti-Stérin dans la ligne de son combat contre une extrême droite fantasmée au détriment d’une information objective et s’éloigne de plus en plus de la ligne fondatrice de ce journal. Il est encore temps de faire marche arrière et d’ouvrir les colonnes de ce journal à d’autres voix que celle de la gauche radicale. De nombreux lecteurs, fidèles comme moi depuis des décennies et aujourd’hui atterrés, s’en réjouiraient..

Démocratie vivante (132 avis positifs)

L’article est complet, très bien rédigé et devrait inquiéter les esprits cartésiens. Curieusement, il génère l’hostilité d’une majorité d’abonnés ou de pseudo-abonnés qui sont ici pour faire du lobbying. Depuis 18 mois, on constate une forte recrudescence de commentaires influencés par l’extrême droite dans LM, chose qui n’existait quasiment pas au préalable. Il ne s’agit bien évidemment pas d’un hasard, mais de l’une des ramifications de Péricles. Dans tous les espaces de débat public, les disciples de Stérin officient pour influencer les croyances et l’idéologie des Français. Et de toute évidence, cette croisade manipulatoire fonctionne.

En savoir plus grâce à notre blog biosphere

L’immigration… si possibilité d’intégration

extraits : Didier Leschi est un ancien militant d’extrême gauche à la fin de années 1970. Il est nommé fin décembre 2015 directeur général de l’Office français de l’immigration et de l’intégration : « L’État social peut-il accueillir tous ceux qui y aspirent ? Peut-on ignorer que le taux de pauvreté des migrants pèse sur une offre de logement social insuffisante, sur des services de soins déjà sous tension et au sein d’écoles où la mixité des conditions fait défaut ? Pourquoi éluder les difficultés de l’intégration ? La raison sensible des peuples leur dit que les migrations, issues des chaos du monde, peuvent déconstruire les sociabilités au profit de multitudes au sein desquelles le repli sur des communautés d’origines empêche toute convergence dans des causes communes…. »

Loi sur l’immigration, où est l’écologie ?

extraits : « Génération Écologie » condamne avec la plus grande force la loi sur l’immigration adoptée le 19 décembre 2023 par le Parlement : «  Il s’agit d’une loi de régression inédite, contraire aux valeurs républicaines… » Cette référence aux valeurs fait l’impasse sur la question de déterminer si des restrictions à l’immigration sont fondamentalement écolos ou complètement réactionnaires….

En savoir encore plus grâce à notre blog biosphere

La difficile gestion de l’immigration (avril 2023)

Réguler l’immigration, est-ce du racisme ? (mars 2023)

démographie et migrations environnementales (février 2023)

Démographie et immigration, 2 sujets tabous (janvier 2023)

Migration comme solution au déclin, délirant (2022)

L’arrêt forcé des migrations se mondialise (2021)

Politique écologique et migrations (2020)

Problème, anti-migrants ou anti-immigration ? (2020)

LFI hésite à parler vrai sur la fin des migrations ! (2018)

Immigration, l’écologie politique est-elle humaniste (2018)

La fin des migrations sur une planète close et saturée (2018)

Une nouvelle dimension aux migrations, insupportable (2017)

Que faire pour limiter les flux d’immigration/émigration (2016)

L’immigrationisme pousse à la guerre de tous contre tous (2016)

Liberté…, immigration – la France à l’heure des choix (2016)

Immigration, débat entre malthusiens et écosocialistes (2015)

Immigration : Europe passoire ou Europe forteresse ? (2015)

Le durcissement australien en matière d’immigration (2015)

Les Suisses ont voté halte à « l’immigration de masse » (2014)

En Suisse, le peuple devra trancher sur l’immigration (2014)

Fr. Hollande, l’immigration et la saturation de l’espace (2014)

La fin des migrations, en Europe et ailleurs (2013, Mayotte)

ECOPOP, limiter l’immigration pour protéger la nature (2012)

arrêt des migrations et ressources vitales (2011, Malek Boutih)

l’écologie contre les migrations (2011)

la fin des migrations (2010)

L’immigration fera l’identité nationale (2009)

immigration zéro (2007)

La considération du point de vue écologique amène à une analyse singulière du phénomène des flux migratoires entre le Nord et le Sud. Si l’immigration en provenance des pays pauvres est un phénomène positif du point de vue de l’émigrant, qui trouvera peut-être de meilleures conditions de vie, mais aussi du pays d’accueil qui trouve des « bras » supplémentaires pour payer les retraites du papy boom, un phénomène vicieux du point de vue démographique vient affecter cette belle harmonie.

En effet, si un pays interdit tout départ de sa population, ce que fait la Chine communiste, alors il est obligé de parvenir à la maîtrise de sa démographie. Il apparaît ce que la sociologie appelle un « effet cocotte-minute » qui pousse les autorités à prendre des mesures conséquentes – à être responsable démographiquement -, d’où la politique de l’enfant unique. Sinon la cocotte saute, le peuple est dans la rue. En revanche dans le cadre de liberté de flux migratoires, une permissivité totale est laissée au taux de fécondité du pays puisque le surplus, l’excédent d’êtres humains ne trouvant pas de travail sur le pays de départ, partira pour en trouver dans les pays d’accueil. Le phénomène de cocotte-minute est inexistant, ce qui libère l’autorité de la tâche de contrôler la démographie du pays, et accélère l’expansion démographique mondiale.

Le droit de se déplacer selon son désir individuel empiète sur les capacités de la Biosphère, les humains ne peuvent continuer à cohabiter humainement avec des migrations de masse. Alors que les humains ont atteint les limites de toutes les frontières, y compris celles de la planète, ils doivent dorénavant se contenter du territoire où peuvent s’exprimer leurs solidarités de proximité. Les Inuits n’émigraient pas, leur terre recouverte de son manteau neigeux huit mois sur douze leur paraît trop précieuse.

La douloureuse question migratoire Lire la suite »

Histoire de France, une reconstruction raciste

Contrer l’extrême droite passe par la critique du nationalisme en tant que fondement d’une attitude guerrière. L’idée de nation n’existe pas avant le XIXe siècle, c’est une construction historique récente qui a montré, deux guerres mondiales et des opérations colonialistes à l’appui, son échec. C’est un signe de repli sur soi qui dénature la préoccupation écologique, surtout à une époque où les risques sont systémiques et planétaire. Parce que les uns se sentent plutôt Français pendant que d’autres se veulent Américains ou Chinois, nous n’arriverons jamais à concrétiser internationalement un accord. Cest à l’école d’expliquer l’importance de penser global et agir local, de se ressentir cosmopolite de cœur mais aussi gestionnaire de son territoire d’appartenance.

Joëlle Alazard : A l’heure où les élèves sont travaillés par des particularités identitaires (religieuses, sexuelles, de genre…), revitaliser l’enseignement de la République s’avère crucial. Transmettre l’histoire de France, c’est refuser les récits figés ou instrumentalisés pour mieux équiper les élèves face aux discours simplistes ou haineux. Enseigner une histoire objective suppose de rompre avec la tentation téléologique (admettant l’existence d’une finalité). La « France », héroïsée et statufiée par le Second Empire et la IIIe République, n’est à l’origine qu’un chef local vaincu par Rome et récupéré par l’imaginaire scolaire républicain. Les migrations allemandes, polonaises, italiennes, espagnoles, portugaises, maghrébines, subsahariennes des XIXe-XXe siècles ont contribué à construire notre pays. Elles ont enrichi nos cultures comme notre économie. Taire cette histoire du peuplement et du « devenir français », c’est nourrir les fantasmes de pureté nationale. La colonisation et ses violences, la décolonisation, les guerres oubliées – comme celle du Cameroun, largement éclipsée par celle d’Algérie – doivent être enseignés sans détour. Enfin, on ne peut plus enseigner l’histoire de France sans l’inscrire dans son cadre européen, sans expliquer que l’Union européenne est née des drames du XXe siècle.

Le point de vue des écologistes cosmopolites

En termes abupts, le nationalisme de l’extrême droite repose sur une vision complètement ringarde de l’identité nationale définie comme unique et remontant aux premiers néandertaliens sur lesquels les Français dits de souche ont effectivement opéré un grand remplacement complètement réussi…

Mais pour un pacifiste, nous appartenons symboliquement à la Terre, nullement à un morceau de terre : Terriens avant d’être Humains. Le nationalisme est un signe de repli sur soi qui dénature la préoccupation écologique, surtout à une époque où les risques sont systémiques et planétaires, réchauffement climatique, pic pétrolier, atteintes aux ressources renouvelables, etc.

Un écologiste reconnaît qu’il n’est de nationalité française ET de citoyenneté européenne (depuis 1992) que par inadvertance, par le hasard du lieu de sa venue au monde et des pérégrinations de ses parents. Nous sommes cosmopolites par essence et d’une nationalité quelconque par nécessité temporaire. Il n’y a structurellement ni homme ou femme, ni noirs ou blancs, ni Palestiniens ou Israéliens, ni n’importe quelle autre ethnie, il n’y a que des humains. Nous sommes tous citoyens de l’univers, Terriens.

En savoir plus grâce à notre blog biosphere

Qu’est-ce qu’être français ? Réponse écolo

extraits : Du point de vue des écologistes, être Français n’a pas grande signification puisque nous habitons tous et toutes la même planète qui se fout des frontières. Mais qu’en pense Emmanuel Macron ? Lors d’un débat sur l’identité le 22 décembre 2020 : « Qu’est-ce qu’être français ? Au fond, vous n’aimez pas la France si vous choisissez des prénoms qui ne sont pas vraiment français. Être français, c’est habiter une langue et une histoire. Nous renforcerons les cours de français et nos exigences en histoire, en particulier pour accéder à la nationalité. On a dit que j’étais un multiculturaliste, ce que je n’ai jamais été. Ma matrice intellectuelle et mon parcours doivent beaucoup à Jean-Pierre Chevènement et à une pensée républicaine. Nous avons la volonté farouche de reprendre le contrôle de notre vie intime et de la France comme nation. »…

Les nationalismes contre l’urgence écologique

extraits : Autrefois des groupes diversifiés se rassemblaient autour d’un lieu et d’une culture spécifique. Après des phases, non encore achevées, de luttes de cultures, ethnies, églises, langues, etc… C’est l’idée de nation qui en est ressortie et a unifié des espaces différents. La nation est devenue, au moins depuis le XIXe siècle, le nouveau paradigme. Elle a permis une unité plus large géographiquement, mais l’expérience montre, deux guerres mondiales à l’appui, son échec. Aujourd’hui encore l’impérialisme russe en Ukraine ou la conquête juive de la Palestine prouve que la nation était une catégorie nécessairement anti-universaliste….

le nationalisme à Copenhague (2009)

extraits : Eric Besson estime qu’il faut « réaffirmer la fierté d’être français », Nadine Moreno veut qu’un jeune musulman « se sente français lorsqu’il est français », les racistes  commencent à s’énerver. Ce n’est pas ainsi que nous préparons le monde de demain à l’heure de Copenhague. Parce que les uns se sentent plutôt Français pendant que d’autres se veulent Américains, ou Brésiliens, ou ethnocentrés, nous n’arriverons jamais à conclure quelque conférence internationale que ce soit. Car les quelque 120 chefs d’Etat et de gouvernement ne sont pas au Danemark pour résoudre les problèmes de la planète, ils ont été élus pour  représenter d’abord les intérêts de leur nation particulière. On va donc promettre un peu d’argent, mais surtout ne pas baisser ses propres émissions des gaz à effet de serre car «  maintenir le niveau de vie de nos nationaux est primordial. »….

Terrien, Humain, Européen, Polonais, apatride

extraits : Le 7 octobre 2021, le Tribunal constitutionnel polonais, aux ordres de la majorité nationale-conservatrice, a rendu un arrêt perçu comme remettant en cause un des fondements de l’Union européenne (UE) : la primauté du droit européen sur les droits nationaux. Phagocyté par des juges politisés, directement nommés par la majorité parlementaire, le Tribunal constitutionnel est en fait une « anomalie juridique »

Histoire de France, une reconstruction raciste Lire la suite »

Big History, pour une histoire globale

L’approche historique globale analyse l’interaction de l’humain avec la planète sur le temps long. Elle convoque des domaines aussi variés que la géographie, l’économie, l’anthropologie, les sciences politiques, la sociologie, la psychologie, l’écologie et en étudie les connexions, non seulement entre ces diverses matières, mais aussi entre les civilisations. On ne peut que constater dans l’histoire qu’à chaque fois qu’une population humaine arrive dans un milieu, elle le détruit. Homo sapiens est un singe devenu “superprédateur” de la planète. Après avoir connu la révolution anatomique il y a 3 millions d’années, la révolution cognitive entre -500.000 et -50.000 ans, la révolution morale il y a à peine 2500 ans avec l’apparition des grandes religions, puis enfin la révolution industrielle et énergétique au XIXe siècle, il risque fort en fin de parcours de rester seul roi dans son désert ! Peu importe l’histoire franco-française. La France aujourd’hui, bétonnée, sur-urbanisée, vouée à une agro-industrie destructrice, et à la merci d’une extrême droite populiste et nationaliste, c’est cela le résultat de l’histoire française…

L’enjeu maintenant est de construire des récits qui mobilisent davantage, pour convaincre de la menace imminente d’un effondrement civilisationnel. Si ce récit global l’emporte sur celui du progrès, du confort pour tous, si on impose un récit de responsabilisation environnementale, on aura commencé à pouvoir changer les choses.

Eric Anceau et Pierre Singaravélou, histoire nationale contre histoire globale

Eric Anceau : Difficile l’écriture d’une histoire commune, partagée par tous les Français. C’est néanmoins ce que j’ai essayé de faire avec Histoire de la nation française. Du mythe des origines à nos jours. Pendant longtemps, il y a eu une histoire officielle (historiographes royaux puis « roman national » sous la IIIe République), mais l’histoire universitaire a fini par s’imposer au XXe siècle.

Pierre Singaravélou : Cet intérêt pour l’histoire est depuis longtemps instrumentalisé par les dirigeants français pour légitimer leur pouvoir. Le « roman national », constitué de mythes fondateurs comme Vercingétorix, ainsi que les décolonisations engendrent des conflits mémoriels qui donnent lieu à des simplifications et falsifications. L’histoire n’a pas pour fonction première de pacifier la société.

Eric Anceau : Par son travail scientifique, par sa parole mesurée et étayée, l’historien peut alerter sur les instrumentalisations en tout genre du passé et contribuer à pacifier la société. J’ajoute qu’on ne peut se passer du cadre national car l’histoire du XIXe siècle est avant tout celle de la construction des Etats-nations.

Pierre Singaravélou : Toute histoire est un fragment que les chercheurs tentent de contextualiser. Une histoire globale désincarnée n’a pas plus de sens qu’un récit national fermé sur lui-même dans lequel la France s’expliquerait exclusivement par elle-même. Alors qu’il constitue aujourd’hui le principal rempart contre les fake news, l’enseignement de l’histoire est menacé par des hommes politiques.

Eric Anceau : Nous avons été trop cloisonnés en disciplines, voire en sous-disciplines, étanches au cours des dernières années, en particulier en France. Même si la croissance exponentielle des connaissances rend peut-être plus difficile que jadis l’interdisciplinarité, celle-ci me semble aussi plus indispensable que jamais.

En savoir plus grâce à notre blog biosphere

big history (8 mars 2008)

extraits : Nous devrions abandonner l’histoire particulière des groupes ethniques particuliers au profit de la big history, une vision à large échelle qui démarre au moment du big bang et se déroule jusqu’au monde contemporain. C’est l’histoire globale qui seule devrait importer, l’histoire commune des humains et des non-humains, une histoire universelle qui ne se limite pas à l’histoire de la race humaine. Il s’agit d’appréhender le monde comme un tout, depuis l’origine de l’univers, des galaxies et du système solaire  jusqu’au sociétés agraires, l’émergence des villes et l’anthropisation de notre monde.

Big History vers le royaume des Ténèbres ?

extraits : Dans les années 1980, le courant de l’histoire globale entendait transcender les cadres historiques nationaux ou régionaux pour mieux penser les dynamiques économiques, technologiques et environnementales du monde actuel. Dans la lignée, Yuval Noah Harari et ses livres appartiennent à un courant appelé Big History (« grande histoire »), sous la bannière duquel on peut ranger l’Américain Jared Diamond, « Effondrement : Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie ». Pour Harari , « si on ne fournit pas aux gens un grand récit du monde, ils auront une autre vue d’ensemble en tête – une mythologie, une histoire religieuse ou des récits nationaux. La seule chose qui puisse remplacer une histoire est une autre histoire. Et si la vôtre est meilleure, les gens l’accepteront. » Que faut-il entendre par « meilleure »?….

L’histoire humaine, une succession de fantasmes

extraits : Nous n’apprenons rien de notre histoire personnelle. L’expérience est une lanterne accroche dans notre dos et qui n’éclaire que notre passé. De même nous n’apprenons rien de notre histoire collective. Pourtant les sociétés avancent, stabilisées par des imaginaires partagés… qui restent des imaginaires ! Donc la question de la fiction à laquelle s’identifier, identité locale, nationale, européenne ou cosmopolite … se pose. Il nous faut bâtir un nouveau récit collectif car une stratégie de changement naît d’un autre imaginaire… à construire. La difficulté actuelle consiste à amener l’idéologie nationaliste, qui bien souvent est née de la guerre et pour la guerre, à transmettre des valeurs de paix et de réconciliation….

Tout est fiction alimentée par l’histoire

extraits : Pour l’humanité, le problème politique majeur n’est pas de savoir comment nourrir des millions de gens, mais plutôt comment faire en sorte de les mettre d’accord. Il nous faudrait un imaginaire partagé. Il n’y a ni ordre naturel fixant le comportement humain, encore moins de révélations d’ordre divin pour régenter nos idées, il n’y a que des fictions qui se font passer pour émanant de la nature ou de la religion. Cet ordre imaginé va se faire passer pour réaliste et incontournable dès qu’il sera partagé par un groupe humain. C’est cette construction mythique qui va assure la cohésion du groupe. Ainsi le code Hammourabi, un texte juridique babylonien daté d’environ 1750 av. J.C., instaure d’une manière qu’on croyait définitive la hiérarchie noble/homme du peuple/esclave….

Une histoire nationale à dé(re)construire

extraits : Xavier Bertrand dixit : « L’heure n’est pas à la déconstruction de l’histoire mais à la reconstruction d’une cohésion nationale. L’histoire est à une nation ce que la mémoire est à un individu… »La récupération politicienne du résultat des recherches historiques, c’est juste… de la politique. L’histoire « nationale » est une construction du XIXe siècle, on a inventé le choc des nations pour mettre un semblant d’ordre dans la multiplicité des peuples du monde. Cette idéologie réductrice est complètement dépassée par l’histoire à construire….

les profs d’histoire nous manipulent

extraits : Actuellement les différents récits nationaux européens ne sont pas compatibles. Par exemple le 11 novembre 1918 est une victoire pour les Français, mais le début d’un engrenage mortel pour les Allemands. Le panorama actuel est plutôt sombre. Il y a trois catégories de pays : ceux où l’enseignement de l’histoire veut conforter le chauvinisme national, et ces pays sont majoritaires. Ensuite, il y a les pays de l’Europe du Nord où il n’existe pas de programme national car cela pourrait être considéré comme une atteinte à la liberté de penser. Et il y a une poignée de pays, six parmi lesquels la France, l’Italie et l’Allemagne, où l’on vise à renforcer la réconciliation entre les peuples. La moitié des pays européens n’enseigne pas la construction européenne, mais relate guerre fratricide après guerre fratricide…..

Le programme idéal d’histoire n’existe pas encore

extraits : Historiquement les profs d’histoire avaient une fonction identitaire, il fallait fabriquer des petits français. Nous devrions abandonner l’histoire particulière des groupes ethniques particuliers au profit de la big history, une vision à large échelle qui démarre au moment du big bang et se déroule jusqu’au monde contemporain. L’histoire humaine n’est pas celles des ethnies particulières, même pas celle des hominidés, elle est aussi ce qui récuse toute forme d’ethnocentrisme pour se centrer sur les relations de l’humanité et de la Biosphère. Ce qui importe, ce sont les histoires des déséquilibres que les pratiques agro-industrielles ont entraînés dans le passé comme dans le présent et les perspectives d’avenir souhaitable pour les générations suivantes mais aussi pour les non-humains…..

Une histoire de la démographie sur 300 000 ans

extraits : On estime que la transition progressive de la chasse-cueillette vers l’agriculture-élevage a fait passer la population mondiale de quelques centaines de milliers d’humains il y a 12 000 ans à plusieurs millions (voir quelques dizaines de millions) il y a 5000 ans….

Big History, pour une histoire globale Lire la suite »

Un modèle porcin qui coûte cher

Un modèle porcin qui coûte cher

De 2000 à 2020, le nombre de fermes porcines a dégringolé de 78 %, au profit d’exploitations plus grandes et plus intensives. Dans le secteur de la charcuterie, 13 % d’emplois ont été perdus en quarante ans alors que, sur le même intervalle, la production a augmenté de 87 %. En parallèle, le nombre d’abattoirs a été divisé par dix en l’espace de cinquante ans. Si 7 % des éleveurs de porcs ont un revenu négatif, 5 % des exploitations génèrent un revenu courant avant impôt de plus de 237 000 euros par an par associé.

Mathilde Gérard : La filière est très inégalitaire, perd des emplois et génère des impacts sur la santé et l’environnement. Alors que 63 % des Français dépassent les recommandations sanitaires de consommation de charcuterie (pas plus de 150 grammes par semaine, soit l’équivalent de trois tranches de jambon), l’étude évalue à 1,9 milliard d’euros par an les dépenses publiques pour la prise en charge des maladies liées à ces produits. Le diabète représente la majorité de ces coûts (1,3 milliard d’euros), suivi par le cancer colorectal (152 millions d’euros). Le Supermarché, les systèmes de fil d’attente lors des grands événements, etc… sont de la même veine que les unités de production de protéines, dont l’élevage des porcs fait partie.

Une transition agroécologique est la seule à même de limiter la perte d’emplois et de permettre une résilience face aux crises. Une telle transition passerait notamment par une baisse de moitié de la consommation de produits porcins, plafonner le nombre d’animaux selon les bassins de production.

Le point de vue des écologistes

Le cochon est un des mammifères dont on a pu prouver sans discussion possible qu’il avait conscience de lui-même : il sait qu’il existe, il sait qu’il est un individu unique, il sait qu’il peut interagir avec le monde qui l’entoure. Ce sont des animaux propres, leur octroyer si peu d’espace est une vraie torture, les cochons ne font pas leurs besoins là où ils dorment. Ils bougent, ils sont actifs, parfois d’une surprenante vélocité, ils sont affectueux, se laissent gratouiller le bidon. Bref, ils devraient avoir le droit à leur pré. Quand on voit des cochons en plein champ, ils sont adorables ! Les porcelets jouent comme des petits chiens, viennent vous flairer les mains avec curiosité, dorment avec délice en fratrie… une vie heureuse au pré, ça n’a pas de prix !

Philippe Logeay a fait le choix doublement risqué, il y a vingt ans, de se lancer dans le porc bio. Ses cochons sont élevés sur paille, avec accès à l’extérieur et à de l’espace pour fouisser, et les fratries de porcelets disposent de cabanes en paille pour se terrer. On s’interdit les pratiques mutilantes.Ce secteur représente moins de 0,5 % du marché porcin. Pourtant, depuis 2022 et la crise des matières premières, la filière est en grande difficulté, et la production porcine bio s’est contractée de 30 %.

En savoir plus grâce à notre blog biosphere

en Chine, les cochons vivent en HLM

extraits : Pour empêcher une nouvelle épidémie de fièvre porcine, la Chine a transformé ses élevages traditionnels en fermes-usines géantes. A Hongqiao (« Pont arc-en-ciel »), un bâtiment d’élevage de 26 étages est opérationnel depuis octobre 2022. Chaque étage compte 10 000 gorets pour à peine une poignée de vétérinaires et d’agents d’entretien. En juillet, un deuxième bâtiment sera inauguré. La capacité de l’élevage sera doublée pour atteindre 540 000 cochons. …

Virus humain, virus porcin, virus des végétaux

extraits : L’Allemagne, la Belgique, la Chine, la France, le monde entier est concerné par la peste porcine. C’est une maladie animale qui touche exclusivement les porcs domestiques et les sangliers. Faute de traitement efficace connu, les porcs et autres suidés malades doivent être abattus, enterrés ou incinérés dans les conditions sanitaires appropriées. Comme pour la pandémie humaine, le confinement devient obligatoire et le contrôle aux frontières omniprésent. L’élevage en batterie des humains et des animaux ne présage rien de bon, la concentration accentue les risques de contamination….

L214, contre la maltraitance animale

extraits : Dans toutes les études prospectives sur le climat ou la transition du système agricole, une baisse des cheptels et de la consommation de viande fait figure de condition indispensable, avec des variations dans les ordres de grandeur. Mais l’association se démarque de ces scénarios, dans lesquels la question du bien-être animal entre rarement en ligne de compte, en plaçant l’intérêt des animaux au cœur de sa démarche. Parmi les mesures présentées, L214 défend un moratoire sur les élevages intensifs, « c’est-à-dire des élevages où les animaux ne sortent pas à l’extérieur ». En parallèle, L214 propose une réorientation des subventions pour développer les légumes et les légumineuses. Enfin, l’association insiste sur les actions à mener sur les « récits », en régulant notamment la publicité….

Un modèle porcin qui coûte cher Lire la suite »

Jane Goodall nous a quitté à 91 ans

Jane Goodall, née le 3 avril 1934, est morte le 1er octobre 2025. Voici un condensé de nos écrits sur Jane.

à lire, son livre de 2008, Nous sommes ce que nous mangeons

extraits : Jane Goodall a utilisé sa notoriété de primatologue pour écrire un livre parfois très personnel et un peu fourre-tout. Mais il fourmille de renseignements (qui ne sont pas toujours référencés). Quelques citations pour te donner envie de lire un livre passionnant :

– Dans le cosmos il n’y a que ceux qui mangent et ceux qui sont mangés. En somme, tout est nourriture.

– La cuisson est un moyen de rendre digestibles des racines trop dures, et inoffensives les herbes empoisonnées. Il est aussi possible d’extraire plus de calories d’une nourriture cuite. Cette nourriture plus apte à la digestion aurait permis une augmentation de l’énergie nécessaire à l’alimentation d’un cerveau plus grand.

– Lorsqu’une nation permet à l’agrobusiness de remplacer d’innombrables petites exploitations par une monoculture plus rentable aux dépens de la diversité des semences,  c’est le système entier qui est menacé : l’apparition d’une maladie peut soudain attaquer des milliards de plants.

– On estime à 0,1 % la part des pesticides qui atteint sa cible effective, ce qui veut dire que toutes sortes de témoins innocents en pâtissent….

En savoir encore plus grâce à notre blog biosphere

Jane Goodall à l’heure du chimpanzé humain

extraits : A 85 ans, l’éthologue et primatologue Jane Goodall aime encore nous raconter des histoires : « En 1957, aucun zoologiste ne faisait d’observations de terrain . Les animaux sauvages n’étaient connus qu’en captivité. Il n’y avait aucune méthode scientifique que je pouvais suivre. Je devais gagner la confiance des primates. Ils n’avaient jamais vu de singe blanc comme moi, dit-elle en riant. Au bout de quatre mois, je n’avais toujours pas fait d’observations majeures.U n jour, je voit le singe alpha se servir d’une tige pour attraper des termites pour son déjeuner. Une révolution ! On pensait alors que l’outil était le propre de l’homme. Or les animaux étaient dotés de la même capacité à se servir d’outils dans leur vie quotidienne. Nous faisons partie du règne animal…. »

Ne disons plus de conneries sur la fécondité humaine

extraits : Le point de vue global de Jane : «Si nous tenons à notre avenir, il y a trois problèmes majeurs en apparence insolubles que nous devons absolument surmonter. Le premier est la pauvreté. Si vous êtes très pauvre et vivez dans une région rurale, vous êtes forcé de détruire votre environnement – vous devez cultiver davantage de nourriture, ou fabriquer du charbon de bois. Deuxième problème – et le plus difficile à résoudre : nous devons lutter contre le mode de vie consumériste de tous ceux qui ne sont pas les plus pauvres. Nous avons à notre disposition bien plus de choses que ce dont on a besoin. Enfin, il est impératif de réduire le taux de croissance démographique. Il est tout à fait absurde de penser qu’il peut y avoir une croissance économique illimitée dans un monde aux ressources naturelles limitées. Même le pape François nous dit que ce n’est pas parce que nous avons la capacité de nous reproduire comme des lapins que nous sommes obligés de le faire !…. (LE MONDE idées du 5 janvier 2019) »

Jane Goodall, virus et surpopulation

extraits : « Faites que nous prenions conscience que nous faisons partie du monde naturel et que nous dépendons de lui pour notre nourriture, notre eau et notre air. Faites que nous reconnaissions que la santé des personnes, les animaux et l’environnement sont connectés. Faites que nous soyons respectueux des autres, mais aussi de tous les animaux sensibles et de la nature. Dans l’intérêt du bien-être de nos enfants et des leurs, et pour la santé de cette magnifique planète Terre, notre seule demeure…. »

Quelques commentaires sur lemonde.fr

Un citoyen français : Merci Madame pour les bons moments que vous m’avez fait passé depuis l’adolescence en découvrant une troupe de chimpanzés. Notre compréhension de l’organisation sociale de nos cousins dans leur habitat est centrale pour comprendre l’évolution d’homo sapiens depuis que nous nous sommes séparé d’eux. Votre défense de leur habitat restera aussi importante dans votre contribution scientifique pour préserver l’avenir.

Shiva : Déçue des hommes, elle est allée à la rencontre des singes, qui lui ont bien fait comprendre les hommes.

Pgayet : Voilà, il y des gens comme Jane, et d’autres qui vont dépenser 22 millions de dollars pour faire une salle de bal a la Maison blanche…choisi ton camp !

Jane Goodall nous a quitté à 91 ans Lire la suite »

Bientôt 50 % des routes sans aucune voiture

La voiture demeure le mode de transport ultra-dominant en France, avec une part estimée à 80 % des kilomètres parcourus. Avec 1 million de kilomètres de routes, la voiture est en effet à son aise sur le territoire français. Une étude prône de réduire drastiquement la place accordée à la voiture pour promouvoir un « système alternatif de mobilité ».

Jonathan Parienty : Les politiques destinées à favoriser les transports en commun, le vélo, la marche ou encore le covoiturage sont nombreuses. Mais elles sont menées sans vision systémique pour le territoire. Si on pense les systèmes séparément, il y a forcément des ruptures. Et quand il y a des ruptures, on prend sa voiture. Le « Forum vies mobiles » suggèrent de rendre 23 % des routes aux transports en commun et d’en réserver 20 % aux mobilités douces.

Ce seraient donc 43 % de « routes déclassées » qui seraient interdites à la circulation automobile, à l’exception des riverains. Les coûts d’investissement sont limités, il s’agit de réaffectation d’infrastructures existantes.

Le point de vue des écologistes

Depuis la Ford T, la voiture considérée comme consommation de masse n’a qu’un siècle, et dans un siècle il n’y aura plus du tout de voiture individuelle en circulation à cause du réchauffement climatique et de l’insuffisance de ressources énergétiques et métalliques pour plus de 10 milliards de conducteurs potentiels.

Le problème, c’est qu’on veut croire aujourd’hui que le mode d’existence de l’abondance à crédit va se perpétuer dans la nuit des temps… erreur funeste de raisonnement qui nous empêche actuellement de préparer à grande échelle le nécessaire dévoiturage.

Le (non) débat sur lemonde.fr

melita : Quand va t’on finir d’em…les français et de restreindre leurs libertés ?

Pascalou : Vous parlez notamment de la liberté de détruire le monde dans lequel nous vivons?

_Fabien_ : La voiture n’est pas une liberté…

Stéphane Savoie : La bagnole n’est pas un droit fondamental. Votre liberté ne vous donne pas le droit d’impacter de manière exagérée la vie des autres. La liberté je la vis sans voiture. J’habite en ville et je passe tout les jours devant un panneau qui me dit « qualité de l’air moyenne »… Où est ma liberté de respirer ? Les ressources nécessaires pour 35 millions de voitures sont gigantesques, nous avons un équipement auto qui est 3,5 fois la moyenne mondiale . Vous pensez vraiment que cela va durer ??????

katouchka : On ne court pas à notre perte, on y va en voiture

BOLAND : Trois générations ont grandi dans et pour la voiture, il en faudra bien deux ou trois pour trouver une alternative …

Eredin : Il faut retrouver la joie du voyage en carriole. En plus, cela relancera l’élevage de chevaux en France, et avec tout le crottin récolté, on pourra faire des engrais bio.

Bientôt 50 % des routes sans aucune voiture Lire la suite »

La loi des rendements décroissants en agriculture

Il est important pour un malthusien de pouvoir contester tous ceux qui disent que l’agriculture peut nourrir 10 milliards d’humains. Expliquer la loi des rendements décroissants en agriculture est un incontournable argument.

Malthus expliquait : « Lorsqu’un arpent a été ajouté à un autre arpent, jusqu’à ce qu’enfin toute la terre fertile soit occupée, l’accroissement de nourriture dépend de l’amélioration des terres déjà mises en valeur. Cette amélioration, par la nature de toute espèce de sol, ne peut faire des progrès toujours croissants. »

Aujourd’hui presque toute la terre arable est déjà mise en valeur. La nécessité de survie de populations trop nombreuses conduit à la dégradation des milieux fragiles ou nécessaires à la biodiversité : surpâturage, destruction des haies et des forêts, culture en plein désert…. Au bout du compte la fertilité des sols s’épuise, l’érosion s’installe, la latérisation s’ensuit dès que les apports chimiques ne masquent plus l’appauvrissement des terres. Nos sols ces dernières décennies ont perdu 80 % de leur matière organique et entre 70 % et 90 % (pour les sols viticoles) de leur population bactérienne et fongique. Leur tassement s’est irrémédiablement accentué. La COP16 de lutte contre la désertification a eu lieu en fin d’année 2024. La désertification concerne tout le monde, car elle englobe l’avancée des déserts, certes, mais aussi la dégradation des sols et leurs pertes de fertilité, posant la question de la ressource en eau et de la sécurité alimentaire. Sur les 197 pays participant à la COP, 169 se sont déclarés affectés à ce jour par la désertification. Actuellement, environ 2,3 milliards de personnes vivent déjà dans des zones arides, soit 31 % de l’humanité…

A l’horizon de 2100, jusqu’à 5 milliards de personnes pourraient vivre dans des zones arides. On sait qu’il faut cent ans pour régénérer un centimètre d’épaisseur de sol.

La deuxième perspective évoquée par Malthus est l’amélioration des terres déjà mises en valeur, soit en termes modernes la recherche de productivité. On considère habituellement les rendements à l’hectare en termes simplifiés, on ne considère pas en effet qu’il s’agit d’un rapport entre variables. Un calcul généralisé est nécessaire, il faut comparer la production et les facteurs mis en œuvre pour cette production. Le nombre de quintaux à l’hectare peut être transformé en calories et comparé au nombre de calories d’énergie (les intrants) nécessaire à cette production. On constate qu’on doit investir directement sous forme d’hydrocarbures deux fois plus d’énergie que ce qu’on récolte avec la mécanisation, les engrais, l’irrigation, la culture sous serre.

Une étude réalisée aux Etats-Unis montre même que l’énergie consommée par l’ensemble de la chaîne alimentaire, compte tenu du processus de transformation et de la distance parcourue par les produits agricoles, représente 10 fois l’énergie restituée sous forme de calories utilisées pour l’alimentation humaine. Nous mangeons du pétrole. La technologie ne peut rien contre la loi des rendements décroissants en agriculture. Elle accroît les problèmes au lieu de les résoudre.

L’agriculture est une illustration parfaite de l’échange constant entre matière et énergie. Basée sur l’assimilation chlorophyllienne, elle devrait donner plus qu’elle ne coûte puisqu’elle transforme l’énergie du soleil et les éléments de la terre. C’est ce qui a été fait pendant plusieurs millénaires, ce n’est plus le cas aujourd’hui de l’agriculture productiviste.

Lorsque le rendement durable d’un système naturel a  été franchi, la croissance de la consommation ne peut continuer qu’en consommant la ressource elle-même. C’est aussi ce qui se passe par rapport à nos ressources halieutiques.

Pour en savoir plus

1) Le futur a-t-il un avenir ? (pour une responsabilité socio-écologique) de Philippe Lebreton (2012)

Dès 1973, David Pimentel a fourni des bilans comparant trois pratiques culturales de maïs (pauvre, économe et intensif). Ces bilans permettent de constater l’applicabilité de la loi des rendements décroissants que l’on peut énoncer comme suit : au-delà d’un certain seuil, le gain de productivité d’un système devint de plus en plus faible par rapport aux dépenses nécessaires à le générer, ou bien encore : le supplément d’intrants nécessaires est supérieur au gain d’extrants résultant.

maïs « pauvre » vers 1940 « économe » vers 1960 « intensif » vers 1980
production 16 quintaux/ha 50 quintaux/ha 90 quintaux/ha
Total dépenses en Mcal/ha/an 662 4718 15304
Recettes (récolte en Mcal/ha/an) 5600 17500 31500
Recettes/dépenses 8,5 3,7 2,1
Coût (Mcal/tonne) 414 944 1700

S’il est statistiquement exact que l’agriculteur français actuel nourrit 20 personnes alors que son ancêtre n’en nourrissait que 2.5, il convient de souligner que l’écosystème agricole fonctionnait autrefois en circuit relativement clos ; l’agriculteur produisait sa propre force de travail (bœufs et chevaux), transformait et commercialisait une forte partie de sa production. Actuellement il faut ajouter à la population agricole ceux qui fabriquent les tracteurs, les pétroliers, les chercheurs en chimie et en génétique, les fonctionnaires de l’INRA et du Crédit Agricole, les transporteurs, les industries de transformation, les commerçants de gros et de détail…

L’agriculture, qui dépendait depuis son apparition au Néolithique du flux constant d’énergie solaire captée par la photosynthèse chlorophyllienne, est devenue captive du stock d’énergie rare dont l’espérance de vie ne se compte pas en millénaires, ni même en siècles, mais en années. Qui plus est, en ayant troqué l’énergie solaire, certes diffuse mais durable, contre l’énergie fossile concentrée mais sans avenir, l’agriculture a certes vu croître spectaculairement sa productivité, mais au prix d’une baisse non moins spectaculaire de son rendement thermodynamique, ce qui signifie une réduction proportionnellement accrue de la quantité de vie future. (Nicholas Georgescu-Roegen)

L’agriculture européenne est entrée dans la zone des rendements décroissants. La crise de l’emploi et celle de l’énergie doivent intervenir comme facteurs d’adaptation. Il s’agit d’approfondir l’idée d’une économie énergétique villageoise autocentrée, approvisionnée, pour partie au moins, par combustion ou fermentation de produits agricoles locaux. Il faut donc que le paysan éthiopien puisse manger du teff, le paysan andin du quinoa, de l’amarante et du lupin, le paysan sénégalais du mil et du sorgho, que tous ces paysans ne soient pas obligés de rejoindre les bidonvilles.

 

2) The Collapse of Complexe Societies de Joseph Tainter (1988)

Joseph Tainter voit dans les rendements décroissants la raison sous-jacente de l’effondrement de toutes les civilisations anciennes, des premières dynasties chinoises à la cité-état grecque de Mycènes. Ces civilisations, utilisaient l’énergie solaire sous la forme de cultures et de récoltes de nourriture, de fourrage et de bois, ainsi que l’énergie du vent. Lorsque ces ressources ont atteints leurs limites, le système s’est brisé.

La civilisation industrielle occidentale est devenue plus grande et plus complexe que toute les précédentes grâce à l’exploitation de nouvelles sources d’énergie, notamment le charbon et le pétrole, mais ces ressources sont limitées. On observe de plus en plus de manifestations de la loi des rendements décroissants  : l’énergie nécessaire pour obtenir chaque nouveau joule de pétrole augmente et bien que la production alimentaire mondiale ne cesse de croître, une innovation constante est nécessaire pour faire face à la dégradation de l’environnement et l’évolution des parasites et des maladies – le rendement par unité d’investissement dans l’innovation est en régression. « Dans la mesure où les problèmes sont inévitables », prévient M. Tainter, « ce processus est en partie inéluctable. »

En mettant en œuvre de nouvelles solutions complexes nous allons buter sur le problème des rendements décroissants juste au moment ou nous allons être à court d’énergie bon marché et abondante. M. Tainter n’est pas convaincu que même une nouvelle technologie permettrait de sauver la civilisation à long terme. « Je considère parfois cela comme une croyance irrationnelle dans nos conceptions du futur », note-t-il. Même une société revigorée par de nouvelles sources d’énergie bon marché finira par faire face au problème une fois de plus. L’innovation elle-même est soumise à la loi des rendements décroissants.

3) Le macroscope, vers une vision globale de Joël de ROSNAY (1975)

Pourquoi ne pas retracer l’histoire de l’organisation sociale sous l’angle de l’énergie ? Cette approche est justifiée car les lois énergétiques ont priorité sur les lois politiques et économiques. Elles en constituent les fondements : il faut de l’énergie pour assurer le maintien d’une organisation ou pour permettre le changement. La combustion (réactions de la respiration couplées à celles de la photosynthèse) libère environ quatre fois plus d’énergie que la fermentation. Disposant de beaucoup plus d’énergie qu’il ne leur en fallait pour survivre, les organismes vivants se trouvèrent à la tête d’un surplus énergétique. C’est ce capital qui fut investi dans l’immense entreprise de l’évolution biologique.

Dans tous les systèmes de la nature, l’organisation se poursuit jusqu’à ce que le coût énergétique d’un accroissement de complexité soit équivalent à la totalité du budget énergétique donc ces systèmes disposent. Si ce budget est dépassé ou si les sources d’énergie se tarissent, ces systèmes se désorganisent et disparaissent. Il en est de même pour les systèmes sociaux. Dans une organisation complexe, chaque individu est relié aux autres par un réseau très dense de fonctions interdépendantes, impliquant des transferts d’énergie. Dans les sociétés modernes, près de la moitié de l’énergie reçue par les individus sous forme de salaires, de produits manufacturés ou d’aliments doit retourner à « l’organisation » (c’est-à-dire l’Etat) sous forme d’impôt et de taxes pour que la survie du système social soit possible.

La loi des rendements décroissants s’applique. Dans de nombreuses entreprise ou équipes de travail, on a atteint depuis longtemps, et  sans s’en apercevoir, la limite des rendements. On continue pourtant dans le but d’améliorer ces rendements à dépenser des quantités élevées d’énergie alors que le facteur limitant reste totalement inaperçu. En navigation, à partir d’une certaine vitesse, l’augmentation de la voilure et les efforts de l’équipage n’ont qu’un effet marginal sur l’accroissement de la vitesse. De plus, avec l’accélération de la consommation d’énergie, l’action de l’homme sur la nature prend des proportions alarmantes. Contrecoup de cette action : les trois grandes crises énergétiques que traverse notre civilisation industrielle, la crise des matières premières, la crise alimentaire et la crise de l’environnement. La quantité totale des déchets résultant du métabolisme de l’organisme social atteint aujourd’hui des ordres de grandeur tout à fait voisins des quantités totales d’éléments recyclés par l’écosystème.

4) https://fr.wikipedia.org/wiki/Loi_des_rendements_d%C3%A9croissants

En économie, la loi des rendements décroissants énonce le principe selon lequel le rendement marginal (ou productivité marginale) obtenu par l’utilisation d’un facteur de production supplémentaire (le capital ou le travail) diminue, toutes choses égales par ailleurs. Le facteur de production est traditionnellement le travail ou le capital, mais le raisonnement a été étendu à d’autres champs.

Au XIXe siècle, les économistes se concentrent notamment sur la terre en tant que facteur de production (comme Malthus). Le rendement des champs pétrolifères suit aujourd’hui la loi des rendements décroissants. Cette loi est ensuite reprise dans le cadre de la production industrielle, pour laquelle les deux facteurs de productions étudiés sont le travail et le capital. Lorsqu’un de ces facteurs de production augmente mais pas les autres, la production augmente et la production marginale diminue.

Afin d’expliquer la croissance économique de long terme constatée, le modèle de Solow et Cobb-Douglas ont ajouté un facteur technologique (ou progrès technique) pour « contourner » ce que certains interprètent comme une limite théorique à la loi des rendements décroissants. Un exemple fréquemment utilisé pour affirmer la limite de la théorie et souligner la prépondérance du progrès technique est celui de l’innovation en agriculture : chaque innovation dans la production d’engrais et la mécanisation des récoltes a permis d’enrayer les rendements agricoles décroissants. Toutefois, cette argumentation aussi a ses limites étant donné que les rendements agricoles mondiaux sont justement en train de décroître pour de multiples raisons, dont les pratiques agricoles non soutenables, l’érosion des sols et le dérèglement climatique.

La loi des rendements décroissants en agriculture Lire la suite »

écologie de rupture, vernis vert, dystopie grise

Voici l’analyse de Bernard Schœnacker sur l’écologie de rupture.  Elle est trop longue pour paraître en commentaires, mais suffisamment intéressante pour la publier en entier. Nous en avons  fait un  commentaire…

1. Introduction – Quand l’IA recycle l’idéologie
Chers membres de la liste des ultra, le message de Michel Sourrouille, relayant une réponse de l’IA Perplexity “basée sur Le Monde”, nous vend une “écologie de rupture” enrobée d’arguments d’autorité et d’urgences absolues. Problème : aucune citation vérifiable, aucune donnée brute, juste une synthèse algorithmique drapée de scientificité. Ce type de prose alimente un discours nihiliste qui, sous couvert de protéger Gaïa, prépare le terrain à des politiques coercitives à la sauce malthusienne.
2. Le GIEC comme “Graal” intouchable
Le rapport du GIEC n’est pas lu de fond en comble par la majorité de ceux qui le brandissent. Il est utilisé comme un totem politique : “c’est écrit dedans, donc c’est vrai”. Or, des noms y figurent encore alors que certains contributeurs se sont retirés en dénonçant le biais politique du document. Cette utilisation dévoyée permet de faire passer n’importe quelle mesure — y compris des “reverdissements” de logiques eugénistes comme l’Aktion T4 du NSDAP*, repeintes en vert et justifiées par un prétendu impératif écologique. On ne parle plus de science, mais de gestion idéologique de la population.
3. Hypocrisie générationnelle et cible désignée
Les chantres de la “rupture” sont souvent issus d’une génération qui a profité de l’ère de consommation maximale. Aujourd’hui,
ils veulent se racheter une conscience écologique… mais aux frais des générations futures. Et qui paierait le prix de cette “sobriété” forcée ?

– Les jeunes actifs, qui financeraient encore plus de retraites avec moins de revenus.
– Les populations précaires, premières à subir les rationnements.
– Les pays émergents, priés de freiner leur développement pendant que l’Occident “vert” continue de vivre sur son acquis.

4. Conséquences d’une application brutale
Si cette “écologie de rupture” était appliquée sans nuance – décroissance imposée, sobriété coercitive, réduction démographique par incitations ou contraintes – les effets seraient dévastateurs :
– Impact démographique

Une chute brutale de la natalité accélérerait le vieillissement de la population. Le ratio cotisants/retraités s’effondrerait, rendant retraites et systèmes de santé intenables. Les boomers promoteursde ces idées seraient les premiers à pâtir du manque de jeunes pour financer leurs pensions.

– Impact économique

Désorganisation des chaînes de production, faillite des systèmes sociaux, contraction du marché intérieur. L’innovation, portée par une démographie dynamique, serait étouffée, conduisant à une stagnation durable.

– Impact social

Tensions intergénérationnelles accrues, boucs émissaires désignés (migrants, familles nombreuses), conflits internes.

– Impact géopolitique

Perte d’influence face à des nations à forte dynamique démographique (Inde, Afrique). L’Europe, déjà en déclin, deviendrait un acteur
marginal et dépendant.

Pour illustrer ce délire, pensons à Logan’s Run** (1976), où une société dystopique élimine ses citoyens à 30 ans pour “préserver” les ressources. Ce film montre ce qu’il advient quand on sacrifie l’humain au nom d’une “durabilité” : un régime totalitaire qui rationne la vie elle-même. Les boomers prônant la “rupture” oublient qu’ils seraient, dans ce scénario, les premiers à passer à la trappe — sauf s’ils espèrent un passe-droit leur offrant quelques décennies de plus.

5. Les faits sont têtus : ONU & INSEE
Les données de l’ONU (World Population Prospects 2024) confirment qu’un ralentissement démographique brutal mènerait à un vieillissement accéléré : dans plusieurs pays d’Europe, le rapport personnes âgées / actifs pourrait dépasser 50 % avant 2050. L’INSEE rappelle que le ratio cotisants/retraités en France est déjà tombé à 1,7 en 2024 (contre plus de 4 dans les années 1960). Une baisse massive de natalité rendrait tout système social intenable. En clair : une décroissance démographique imposée conduirait à l’effondrement économique, social et culturel, sans garantir aucun bénéfice environnemental durable.

6. Conclusion – Recentrer sur l’écologie réelle
L’écologie véritable ne peut pas être un outil d’ingénierie sociale punitive ni un prétexte à rééditer des politiques coercitives. Elle doit reposer sur : Des données vérifiables, Une méthodologie transparente, des solutions humaines et durables qui ne sacrifient pas une génération sur l’autel d’une idéologie.
Ne laissons pas l’écologie devenir la dératisation de l’espèce humaine au nom d’une Gaïa mythifiée. « L’écologie véritable ne se bâtit pas sur les cendres d’une génération sacrifiée, mais sur des solutions qui regardent l’humanité et la planète comme un tout indivisible. »

précisions
* Aktion T4 désigne la campagne d’extermination par assassinat des adultes handicapés physiques et mentaux, allemands et autrichiens, menée par le régime nazi …
NSDAP : Parti national-socialiste des travailleurs allemands (en allemand : Nationalsozialistische Deutsche Arbeiterpartei, d’où le sigle NSDAP)
** Logan’s Run : L’Âge de cristal (anglais : Logan’s Run) est un film américain réalisé par Michael Anderson. Il se place dans un monde post-apocalyptique en l’an 2274. Le mode de vie, géré par des ordinateurs, est très agréable. Mais afin de limiter la surpopulation et de pouvoir gérer les ressources alimentaires rationnées, la vie des individus est limitée à 30 ans, âge auquel chacun est invité à une mourir publiquement. Pour détecter cette phase, une horloge de vie sous forme de cristal est implantée dans la paume de chaque humain et change de couleur à l’approche du dernier jour.

Le point de vue des écologistes de rupture

Schœnacker élimine tout avis contraire au sien sous prétexte de manque de sources bibliographiques alors que Perplexity donne toujours la référence des articles du MONDE qui appuient sa synthèse. Il est un adepte de la pente glissante : « discours nihiliste… politiques coercitives… logiques eugénistes…régime totalitaire… décroissance démographique imposée… » Faire croire que les autres sont des méchants qui vont éradiquer démocratie et population. Comme d’habitude pour les tenants des fake news, le GIEC est dévalorisé sans considération du fait que son rapport est fait par les climatologues du monde entier.

Il décrit des lendemains difficiles, « financer plus de retraités avec moins de revenus, oublier les populations précaires et les pays émergents ». Mais c’est déjà notre réalité présente et notre futur. Si la décroissance n’est pas maîtrisée, elle sera imposée. Si les citoyens ne pratiquent pas volontairement la sobriété, elle sera coercitive … Car il est vrai que l’effondrement à venir de la société thermo-industrielle va désorganiser les chaînes de production, entraîner la faillite des systèmes sociaux et la contraction du marché intérieur. Il est vrai aussi, et c’est déjà le cas, qu’en réponse à nos difficultés, on désignera des boucs émissaires (migrants, familles nombreuses). Il ne faut pas compter sur l’innovation technologique qui pose plus de problèmes qu’elle n’en résout.

Le verdict de Malthus dès 1798 reste incontournable aujourd’hui, on ne peut pas avoir une population plus nombreuse que les capacité du milieu à offrir des ressources suffisantes. Il ne faut pas compter sur une démographie dynamique, le nombre étouffe toute initiative d’avenir sauf pour des prédateurs comme Trump, Elon Musk ou Jeff Bezos. Croire que la dynamique démographique (Inde, Afrique) est un atout est un déni des réalités. L’Afrique s’enfonce dans l’impasse et l’Inde n’arrive plus à fournir des emplois et une vie décente à la majorité de ses jeunes.

Schœnacker veut faire peur , « ralentissement démographique brutal, vieillissement accéléré, ratio cotisants/retraités intenable ». Il oublie la pyramide de Ponzi démographique, une boucle infernale car faire plus d’enfants aujourd’hui veut dire plus de retraités plus tard, ainsi de suite jusqu’au krach. Ajoutons qu’une planète de plus de 8 milliards d’habitants peut offrit beaucoup de migrants pour changer les couches du quatrième âge. Encore faut-il avoir des moyens financiers alors que la descente énergétique va raréfier richesse et emplois. C’est la croissance démographique qui conduit de plus en plus rapidement (de façon exponentielle) à l’effondrement économique et socio-culturel, pas la décroissance.

En fait Schœnacker a un discours qui conforte le système actuel, croissancisme et business as usual. Pour lui comme pour la droite, l’écologie ne peut qu’être punitive. Il ne se rend pas compte que déjà nous avons sacrifié les générations futures à qui nous laissons désormais une planète surchauffée, avec des ressources fossiles finissantes et une extinction de la biodiversité, sans oublier tous les autres problèmes, stress hydrique, ressources halieutiques en berne, pollutions, désertification, etc. Les belles phrases du type « solutions qui regardent l’humanité et la planète comme un tout indivisible » ne font pas partie de l’écologie réelle, mais de l’écologie fantasmée. On connaît ça, « croissance verte, moteur propre, développement durable ; etc. »

Ce ne sont qu’oxymores, une écologie superficielle à en pleurer… Il nous faudrait une écologie de rupture, sinon la rupture se produira à notre très grand désavantage.

écologie de rupture, vernis vert, dystopie grise Lire la suite »

rupture écolo et acceptation sociale

Voici un échange qui montre le problème de fond de l’écologie politique : dire la vérité de ce qu’il faut faire et rester minoritaire, ou tenir un discours passe-partout et rester minoritaire.

Michel Sourrouille : Voici le programme d’un parti qui représenterait « Les Écologistes »… s’il avait un discours cohérent avec nos réalités présentes et à venir.

– Atténuer le changement climatique suppose des choix impopulaires. Il faudrait renchérir substantiellement le coût des énergie fossiles et des biens de consommation émetteurs de CO2, décourager drastiquement de prendre l’avion, prévoir la fin de la voiture individuelle, populariser les économies d’énergie, limiter la consommation de viande et de poisson, éliminer les emplois néfastes à l’environnement, voire mettre en œuvre des politiques aujourd’hui taboues de limitation des naissances, etc.

– En parallèle à cette bataille des consciences, la guerre écologique devrait s’attaquer aux obstacles structurels. Il ne s’agit ni plus ni moins que de reconvertir en un temps record la globalité d’un système sédimenté depuis la révolution industrielle sur le principe d’une croissance économique reposant sur les énergies fossiles. Il est donc urgent de remettre en cause une organisation spatiale façonné par la logique productiviste qui tire profit de la densification urbaine, de la logistique en flux tendus, de l’hyper-mobilité. Le processus de mondialisation des échanges doit être remplacé par une relocalisation des activités. Il faut en finir avec la construction de routes supplémentaires, de supermarchés, d’extension urbaines. Il faut rapprocher lieux de travail et domicile, combattre l’habitat pavillonnaire et la possession de résidences secondaires, etc.

Si un parti écologiste ne tient pas un discours de rupture radicale, on laisse alors la parole à tous les partis productivistes, c’est à dire tous les autres partis (sauf Génération écologie de Delphine Batho et le MEI d’Antoine Waechter).

L’écologie est une vision du long terme qui doit être portée devant les citoyens et les électeurs. Les générations futures nous seront reconnaissantes.

commentaire d’Abderrahmane : Tu te vois (toi) tenir ce « discours » à quelques personnes (dans un quartier populaire, dans un restaurant traditionnel, un établissement scolaire public du secondaire, dans un bar fréquenté par des étudiantEs, dans/sur un marché hebdomadaire dans une ville moyenne…)  et, après, leur demander leur soutien à ce « projet » (vote, dons, adhésions, abonnements…) ? Si tu penses que non, là, à partir de ce moment, les vraies questions politiques commenceront. Si tu penses que oui, alors démontres – pratiquement serait mieux – que ce serait une réussite…

Michel Sourrouille : Certes la question de l’acceptabilité sociale est un problème politique crucial sur lequel réfléchir.

Mais il faut d’abord déterminer si le programme de rupture écologique tel que défini par mon texte est réaliste ou non. Sur ce point, tu ne dis rien dans ton texte, tu te réfères seulement à l’acceptabilité sociale. Pourtant toutes les analyses sérieuses montrent depuis 1972 (rapport sur les limites de la croissance) que nous allons vers un effondrement si on continue comme si de rien n’était. L’opinion publique doit être mise au courant de cette réalité, un parti politique est le vecteur de cette conscientisation.

Quant à moi, je présente ma ligne de conduite d’écologie radicale devant n’importe quel interlocuteur et dans n’importe quelle instance institutionnelle. J’ai été professeur de sciences économiques et sociales en lycée. J’abordais toujours le versant écologique. J’ai été même il y a quelques années référent officiel pour l’éducation au développement durable ; j’ai eu une controverse avec le rectorat, on voulait m’empêcher de faire du « catastrophisme ». On sait maintenant que nos instance décisionnaires n’ayant pas abordé la pédagogie de la catastrophe, la catastrophe servira (peut-être) de pédagogie. Je constate que le discours de sobriété commence à infuser dans l’opinion publique, je ne suis pas le seul à le tenir. Même les étudiants des grandes écoles commencent à critiquer leur formation et les emplois proposés, etc.

J’ai passé dix ans de militantisme à faire de l’entrisme au sein du parti socialiste et de sa commission nationale « environnement » ; j’ai pu rédiger officiellement dans ce cadre un texte sur la nécessité de la décroissance, j’ai organisé personnellement un colloque à l’Assemblée nationale sur le pic pétrolier avec à la tribune Jancovici, Cochet, Auzanneau…, mais Hollande a été élu en 2012 et il voulait que l’essence soit moins chère ! Je suis alors retourné chez les Verts (devenu EELV à l’époque) et notre parti avait sa frange radicale, les Verts verts. Elle existe, mais elle reste minoritaire, je la soutiens.

Soyons clair avec nous-mêmes, un parti qui se déclare écolo mais court après les adhésions et la victoire électorale en présentant un programme qui fait plaisir aux électeurs-consommateurs n’est plus écolo. D’ailleurs de plus en plus de gens critiquent nos positionnements politiques qui trop souvent parlent de tout sauf d’écologie. Notre polarisation sur la problématique sociétale éloigne beaucoup d’électeurs potentiels. Et lacoquinement de nos dirigeants avec le PS pour avoir des élus a dénaturé notre message écolo.

Je pense et je redis qu’un parti qui se dit écologiste doit être assez courageux pour présenter un programme radical même s’il reste minoritaire au niveau des voix. Comme l’écrivait Thoreau, « si j’ai raison contre tout le monde, j’obtiens déjà la majorité d’une voix ». René Dumont en 1974 était minoritaire, il n’a fait que 1,32 % des voix à la présidentielle, mais son programme était justifié et reste toujours d’actualité. Il ne faut pas hésiter à montrer la voix à suivre sur le long terme. C’est le côté fondamental de la politique, présenter un programme porteur d’avenir. Un politique digne de ce nom, c’est-à-dire parlant au nom des citoyens actuels, mais aussi des acteurs absents (les générations futures et les non humains) aurait un programme de rupture avec la société thermo-industrielle. Il refuserait un accommodement aux réalités présentes du business as usual.

Enfin le rôle de l’écologie politique est de montrer que nous avons fait la guerre à la planète et que le prix à payer va être très élevé. Cessons de craindre de passer pour des défenseurs d »une écologie punitive : c’est Notre Maison commune, la Terre, qui devient punitive à notre égard. Les réalités biophysiques l’emportent sur les idéologies même si les politiques de droite comme de gauche n’en ont pas encore conscience. Le changement d’imaginaire social (cf. Latouche) est une longue tâche qui dépassera largement le cours de ma fin de vie. J’ai 77 ans, mais au moins j’aurais été un élément de la nécessaire rupture. Pour en savoir plus, tu peux parcourir mon blog biosphere que je tiens depuis 20 ans avec un article chaque jour tout au cours de l’année… Je fais ma part, à toi de faire la tienne.

rupture écolo et acceptation sociale Lire la suite »

Qui fabrique vraiment les lois environnementales ?

Socialter n° 70 (juin-juillet 2025)

Qui (dé)fait la loi ?

Le citoyen peut légitimement se demander qui fabrique vraiment la loi. Les parlementaires ne sont pas spécialistes dese sujts qu’ils défendent, ils s’appuient sur l’expertise extérieure. Mais le marché de l’influence est biaisé : l’asymétrie de moyens doublée d’une opacité tenace et d’un rapprochement des certains lobbys avec la droite et l’extrême droite renforcent considérablement les offensives anti-écolos. Ainsi la FNSEA, défenseur du modèle agro-industriel, a un budget annuel de 20 à 25 millions d’euros dont près de 3 millions est consacré au lobbying. Cela eut dire des salariés, des consultants, de vastes campagnes de communication, une réactivité quasi-instantanée à l’actualité, la capacité de rencontrer les élus tous les jours. Comme la vison court-termiste prédomine, les groupes d’intérêts peuvent jouer sur les micro-détails. Comme les voix les plus fortes étouffent les autres, il existe ainsi un forme de détournement de la représentation politique. Et désormais, quand une association porte une parole militante et critique, on menace de couper ses subventions. (pages 19 et 20)

Le recul de la démocratie environnementale (page 33-34)

Le droit à l’environnement a d’abord été conçu comme un droit à polluer. La première loi environnementale dans le monde a été instaurée en 1810 par Napoléon. Au début de l’industrialisation de la France, l’empereur se confronte aux plaintes de riverains qui saisissent les juridictions contre des projets ou des usines qui saccagent leurs terres. A la suite de ces plaintes, les juges ordonnent très souvent la fermeture ou la suspension de l’activité industrielle en cause. En réaction, Napoléon demande au chimiste Chaptal, ancien directeur de la poudrerie de javel, de pallier cette difficulté. Plutôt que de laisser aux juges la capacité de détermine le niveau de pollution admissible , cette compétence est délégué à l’administration. Dorénavant tous les textes issu du Code de l’environnement résultent de cette histoires : ils sont au service de l’industrie et du système agroalimentaire. On peut polluer en dessous d’un seuil admissible fixé par l’administration selon son bon vouloir. Depuis l’arrivée de Macron au pouvoir en 2017, nous assistons même à un mouvement de régression, en particulier concernant la participation du public au processus décisionnel et l’accès à la justice… Le champ de l’enquête publique a été réduit : elle se déroule désormais en ligne, sans réunion publique et sous des délais plus courts.

D’où le résultat suivant : punchliners en roue libre (page 44 à 46)

Christophe Guilloteau (LR): « J’en ai assez de ces associations de danseurs aux pieds nus qui viennent nous expliquer ce que nous, élus, on doit faire sur nos territoires…. Je ne suis pas prêt à ce que mes enfants mangent des graines tous les jours et fassent de la bicyclette tous les jours. »

Pierre Meurin (RN) : La commission nationale du d&bat public est l’incubateur des soirées mondaines de tous vos lobbys écolos, antinucléaires, favorables aux zones à faible émission, etc. »

Laurent Wauquiez (LR) : L’Office français pur la biodiversité est une coalition d’idéologues qui empêche les agriculteurs de travailler et de vivre dignement. »

Olivier Andriès (directeur groupe Safran) : Si c’est pour se faire accueillir, quand on crée 500 emplois dans une région, par des tomates, ce n’est pas la peine, je ne le ferai pas. »

Emmanuel Macron (locatarie de l’Elysée) : « Arrêtons d’emmerder les Français. »

Qui fabrique vraiment les lois environnementales ? Lire la suite »

La lucidité par temps d’effondrement écologique

résumé du livre de Jean-Marc Gancille

« Ne plus se mentir » (Rue de l’échiquier, 2025)

« Le discours lénifiant des « petits gestes citoyens » implore les élites de transformer un système qu’elles ont structurellement conçu à leur profit et qui sur-détermine la capacité d’action des citoyens. Mais les faits sont têtus, toujours pas de transition énergétique, encore moins d’économie régénératrice, toujours la même hypocrisie techno-solutionniste et des polluants partout, des pluies diluviennes et des méga-feux. Aucune opposition sérieuse au bulldozer productiviste. Car au plan individuel, qui est prêt à réduire son salaire, à vivre dans la frugalité, à renoncer à une grosse part de confort, de sécurité, de santé par souci du climat et de la biodiversité ? A peu près personne. Il y a peu d’intérêt à sacrifier son mode de vie quand une grande majorité de ses voisins jouent les passagers clandestins, quand la plus grande partie de l’humanité aspire à toujours plus et quand les plus chanceux en tirent des revenus indécents. Les États-Unis viennent d’élire haut la main un président ultra-conservateur, menteur, misogyne, populiste et raciste, climato-négationniste et opposé à toute réglementation environnementale, qui a fait du forage tous azimuts l’une de ses promesses de campagne. Le système dominant ira au bout de sa logique quel que soit le qualificatif utilisé, capitalisme, néolibéralisme, productivisme, croissancisme, civilisation thermo-industrielle…

Il est grand temps de ne plus se mentir : la transition écologique n’existe pas. Nous avons lamentablement échoué à mobiliser la société. La formule « écouter la forêt qui pousse plutôt que l’arbre qui tombe » évite de se poser la question du pourquoi de la tronçonneuse et des moyens d’y mettre fin. Symbole de la résistance ultime, la journée sans achat, événement parfait pour faire le buzz chaque année pour mieux oublier les 364 jours suivants. Derrière les promesses de neutralité carbone des énergies renouvelables se cachent des infrastructures lourdes avec leur millions de batteries, câbles, serveurs, terminaux, microprocesseurs… tous composés de métaux rares (bismuth, cobalt, germanium, tantale, etc.) dont l’extraction, le traitement, la mise en œuvre et la fin de vie sont extrêmement polluants et massivement émetteurs de gaz à effet de serre. Pris isolément, l’achat d’un véhicule électrique semble une bonne « solution » verte et propre. Mais une telle individualisation de la problématique occulte la question systémique de sa généralisation. Qui aujourd’hui peut affirmer qu’il connaît ou travaille dans une entreprise dont le modèle est, au mieux, neutre pour l’environnement ? Personne.

Atténuer le changement climatique suppose des choix impopulaires. Il faudrait renchérir substantiellement le coût des énergie fossiles et des biens de consommation émetteurs de CO2, décourager drastiquement de prendre l’avion, prévoir la fin de la voiture individuelle, populariser les économies d’énergie, limiter la consommation de viande et de poisson, éliminer les emplois néfastes à l’environnement, voire mettre en œuvre des politiques aujourd’hui taboues de limitation des naissances, etc. En parallèle à cette bataille des consciences, la guerre écologique devrait s’attaquer aux obstacles structurels. Il ne s’agit ni plus ni moins que de reconvertir en un temps record la globalité d’un système sédimenté depuis la révolution industrielle sur le principe d’une croissance économique reposant sur les énergies fossiles. Il serait donc urgent de remettre en cause une organisation spatiale façonné par la logique productiviste qui tire profit de la densification urbaine, de la logistique en flux tendus, de l’hyper-mobilité. Le processus de mondialisation des échanges doit être remplacé par une relocalisation des activités. Il faut en finir avec la construction de routes supplémentaires, de supermarchés, d’extension urbaines. Il faut rapprocher lieux de travail et domicile, combattre l’habitat pavillonnaire et la possession de résidences secondaires, etc.

Dans quelques direction que l’on porte son regard, il devient certain qu’aucune de ces mesures radicales ne sera adoptée. Nous sommes passé maître dans l’art de la substitution causale pour défausser nos responsabilité sur les autres, le riches, les pauvres, les Chinois, le capitalisme.. . Gare au blasphème de la décroissance, cet épouvantail bien pratique qui renvoie directement à la case « Caverne éclairée à la bougie » sans passer par la case « Je réfléchis deux secondes ». Dans une interview, Jeff Bezos : « Nous ne voulons pas vivre dans un monde rétrograde. Nous voulons que la population continue à croître sur cette planète. Nous voulons continuer à utiliser plus d’énergie par personnes…. » « Nous voulons, nous voulons… », mais nous ne pourrons pas. Pour une raison très simple qu’exprime l’équation de Kaya : la croissance des émissions de CO2 résulte d’une progression du PIB mondial par habitant, de la poursuite de la croissance de la population et de l’intensité énergétique soutenue du PIB. Il y a donc fort à parier que l’ampleur du réchauffement climatique ruinera le rêve de monsieur Bezos. Du point de vue de la physique, il est insensé de penser que l’on puisse réduire les émissions de gaz à effet de serre significativement sans réduire massivement notre consommation énergétique. Depuis 1970, chaque augmentation de 1 % du PIB mondial a été accompagné d’une augmentation de 0,6 % de l’énergie primaire. Ce rapport est presque constant. Et pendant ce temps-là, l’habitabilité de la Terre se dégrade et le vivant s’effondre. »

Commentaire 

Cet auteur est très pessimiste sur la mise en pratique des recommandation radicales :

« On aura beau s’agiter en tous sens en clamant « il n’est pas trop tard », il est désormais certain qu’il n’existe aucune porte de sortie pour s’extraire de la situation dans laquelle nous nous sommes empêtrés… Au premier rang de ces inerties, une opposition farouche de la population elle-même. Une majorité de la population vit aujourd’hui de ce qui détruit environnement, nuit à la santé et hypothèque l’avenir de sa descendance. Nos élus sont enlisés dans une logique d’intérêts qui rend impossible l’application d’un tournant radical devenu nécessaire. Une tyrannie pourrait prendre les mesures qu’exige un avenir menaçant, mais qui peut raisonnablement croire en une dictature éclairée et bienveillante exercée au nom de l’intérêt général ? Margaret Mead affirmait : » Ne doutez jamais qu’un petit groupe d’individus conscients et engagés puisse changer le monde. Ça s’est toujours passé ainsi ». Sauf que l’histoire nous enseigne que des conditions propices sont indispensables pour que ce petit groupe arrive à ses fins. Et pour l’instant elles ne sont pas réunies. »

« Pour l’instant », écrit Jean-Marc Gancille. Mais un changement d’imaginaire social ne peut arriver que dans la durée et quand les temps sont propices. Le message de Jésus-Christ a mis des centaines d’année pour s’institutionnaliser et les prophéties marxistes du pouvoir au peuple ne se sont jamais vraiment concrétisées. Aujourd’hui les conditions sont entièrement nouvelles par rapport à une époque où on croyait les ressources terrestres illimitées. La croissance reste encore une idéologie de référence, mais accroît nos problèmes. Notre Maison commune, la Terre, devient punitive à notre égard et nous envoie des avertissements : réchauffement climatique, stress hydrique, pénuries de ressources, etc. Il n’y a pas de classes sociales antagonistes, nous sommes tous dans le même bateau qui est en train de couler. Quand il n’y aura plus d’échappatoire pour personne sur une planète devenue globalement invivable, il faudra bien trouver de nouvelles modalités pour (sur)vivre ensemble. Alors le changement d’imaginaire social pourrait sans doute se faire rapidement.

Jean-Marc Gancille constate page 54 : « Nulle surprise à ce que dans ce contexte délétère émergent des mouvements plus virulents, revendiquant le recours à des formes d’actions violentes et radicales. » Après les manifestations pacifiques, ce n’est là aussi qu’une étape d’une conscientisation écologique. Mais détruire les biens nuisibles aux humains et à leur environnement pourrait accélérer le mouvement. Nécessité fait loi.

La lucidité par temps d’effondrement écologique Lire la suite »

Nous traumatisons l’ensemble des animaux

Après des milliers de tests rigoureux, les biologistes ont maintenant identifié le son le plus effrayant de la nature… Des léopards lâchent précipitamment leur proie, des rhinocéros détalent soudain à vive allure, des zèbres abandonnent leur point d’eau en pleine saison sèche, des kangourous se mettent en hypervigilance… Croyez-le ou non, ces scènes de panique ont été déclenchées par une voix humaine, simplement diffusée par des enceintes fixées sur les arbres pour les besoins de l’expérience. Ce qui terrorise à ce point la faune sauvage se résume à l’enregistrement de quelques mots prononcés par un banal homo sapiens sur le mode d’une conversation anodine, avec le ton monocorde d’un présentateur de la BBC et un volume sonore très raisonnable d’environ 60 décibels. Plus troublant encore, ce phénomène de terreur est détecté absolument partout dans le monde. A chaque fois la voix humaine déclenche au moins deux fois plus souvent la fuite que les hurlements du grand prédateur local.

A vrai dire, il y a une certaine logique à ce que la faune sauvage se méfie de nous comme de la peste. Depuis des millénaires, notre espèce s’est caractérisée par des carnages répétés et sans précédent. Nous tuons ou capturons les membres d’environ 15 000 espèces, soit 300 fois plus que n’importe quel autre prédateur sur Terre. La faune a bien intégré le fait que nous sommes des superprédateurs. Avec nos armes, nos chiens de chasse et notre organisation sociale, nous sommes redoutablement dangereux.

Le son qui sort de notre gorge est devenu un énorme facteur de stress pour toute la biodiversité. N’importe quel biologiste a pu aussi constater que la faune était de plus en plus active la nuit pour mieux nous éviter.

Source : epsiloon, juillet 2025 (page 56-57)

sur notre blog, Des prédateurs omniprésents et terrifiants, les humains

extraits : L’humain a pris possession de la planète. Principale espèce envahissante de notre globe, il a déjà modifié les trois quarts de la surface terrestre. Devant cette progression, la plupart des animaux ont choisi la fuite : plus loin des villes ou des axes routiers, plus haut dans les montagnes, au plus profond des forêts. Mais ce déplacement spatial n’est ni toujours possible, ni nécessairement suffisant. Pour vivre heureux, de nombreux mammifères ont donc trouvé une autre parade, « l’ajustement temporel ». En termes plus simples, ils ont adopté un mode de vie nocturne. Et cela dans des proportions notables : en moyenne, les mammifères ont vu leur « nocturnalité » croître d’un facteur 1,36. Autrement exprimé, un animal qui partage, en temps normal, son activité à parts égales entre jour et nuit porte la part nocturne à 68 % lorsque l’homme vient roder dans les parages. Au Népal, les humains et les tigres empruntent les mêmes sentiers, mais pas à la même heure….

Le point de vue des écologistes malthusiens

Notez que l’humain et le loup se ressemblent, ils chassent en meute. Ce sont des prédateurs en haut de la chaîne alimentaire qui doivent en conséquence réguler leur population en proportion des ressources à leur disposition. Le loup limite sa reproduction au seul couple dominant de la meute pour ajuster ses effectifs aux ressources disponibles. Quand les proies se font rares, la meute reste parfois deux ou trois ans sans mises bas ! Ce comportement est d’autant plus admirable que le loup, bien qu’intelligent, ne dispose pas de cet outil prospectif unique au monde qu’est le néocortex humain. Un outil en l’occurrence totalement déficient : l’espèce humaine s’avère incapable d’accepter, ni même de discerner une limite à sa propre prolifération. Au contraire elle a tout fait pour croître et se multiplier. En France, 1 104 loups en 2023 pour 67 millions d’humains : cherchez l’erreur ! Le problème essentiel est que l’espèce homo sapiens s’est propagée au détriment de presque toutes les autres.

Qui pourra nous débarrasser du prédateur suprême qui ose lui-même se déclarer comme espèce « Homo sapiens » alors que c’est l’animal le plus féroce d’entre tous, qui tue sans discernement et sans réel besoin même à l’intérieur de sa propre espèce ?

Nous traumatisons l’ensemble des animaux Lire la suite »

Que signifie « la nature », rien pour les urbains !

Les enfants français passent dix fois moins de temps dehors qu’il y a trente ans. Près de 40 % des enfants de 3 à 10 ans ne jouent jamais dehors en semaine. Ce déficit de nature engendre un isolement sensoriel, un appauvrissement de l’imaginaire, un mal-être croissant. On apprend de la nature encore faut-il s’y immerger.

Julien Vitores : Il circule une idée de sens commun selon laquelle il y aurait une proximité instinctive entre les enfants et la nature. Ce qui semble être du sens commun est en réalité socialement situé. L’approche sociologique permet de montrer qu’il y a différentes manières d’appréhender la nature ; chacun y voit ce qu’il veut. La nature devient un révélateur des logiques sociales, voire de conflits de valeurs. Il y a vingt ou trente ans, il fallait emmener son enfant au musée, aujourd’hui,c’est l’emmener dans la forêt pour la bourgeoisie. Dès 5 ou 6 ans, les enfants des catégories favorisées peuvent pointer le lion et le chat comme étant de la même famille, sans forcément se souvenir du mot « félin ». Si une sortie-nature est assurée par une naturaliste, les enfants ne vont pas expérimenter la même chose que sous la responsabilité d’un chasseur…

Le point de vue des écologistes

Il n’existe pas à ce jour d’éthique chargée de définir les relations de l’homme à la terre, ni aux animaux, ni aux plantes qui vivent dessus. Il faut donc valoriser une éthique de la terre et montrer la responsabilité individuelle face à la santé de la terre, c’est-à-dire sa capacité à se renouveler elle-même. L’écologie, c’est cet effort pour comprendre et respecter cette capacité. Le progrès n’est pas de faire éclore des routes et des paysages merveilleux, mais de faire éclore le sens de l’observation dans des cerveaux humains. Par exemple le chasseur ne devrait pas être cette fourmi motorisée qui envahit les continents avant d’avoir appris à « voir » le jardin à côté de chez lui. La relation à la terre est actuellement une relation de propriété comportant des droits, mais pas de devoirs. D’ailleurs pour l’homme des villes, il n’y a plus de relation vitale à la terre. Lâchez-le une journée dans la nature, si l’endroit n’est pas un terrain de golfe ou un « site pittoresque », il s’ennuiera profondément. Les pratiques de protection de l’environnement ne sont que des soulagements partiels apportés à la douleur de la communauté biotique.

Aldo Leopold : « Cessez de penser au bon usage de la nature comme à un problème exclusivement économique. Une chose est juste quand elle tend à préserver l’intégrité, la stabilité et la beauté de la communauté biotique, elle est injuste lorsqu’elle tend à l’inverse. »

En savoir plus grâce à notre blog biosphere

Grandir au contact de la nature, impératif

extraits : Alors que l’Allemagne, la Suisse ou les pays nordiques ont depuis longtemps intégré le plein air à leur pédagogie, la France est à la traîne. Dans une tribune au « Monde », un collectif d’élus et de professionnels de l’éducation appelle à systématiser par une proposition de loi des sessions de classe dehors, sur tout le territoire….

Enfants coupés de la nature, civilisation sans âme

extraits : « Quoi ? Pieds nus dans l’herbe ? Ça va pas la tête ! C’est dégoûtant. Il y a des bêtes… » Dans un monde normal, on découvre le contact direct avec la terre dès qu’on commence à marcher. Aujourd’hui, quatre enfants sur dix (de 3 à 10 ans) ne jouent jamais dehors pendant la semaine. Et les petits franciliens sortent encore moins. Quand on ne sait plus grimper aux arbres et jouer dans l’herbe, on se déconnecte aussi de tout contact avec le sensible, notre odorat, notre toucher. Quand un enfant joue dehors, la nature lui offre des défis variés, il a l’occasion de prendre des décisions, de résoudre des problèmes. Mais tout retient les enfants à intérieur des habitats, l’attrait des écrans, l’urbanisation, les « dangers » de l’apprentissage de l’autonomie. Des enfants dénaturés, le constat est terrifiant. Comment devenir écolo dans un tel contexte ?….

Notre très inquiétante séparation d’avec la nature

extraits : Que reste-t-il de la vraie nature dans nos villes, nos intérieurs aseptisés, nos supermarchés climatisés, nos jardinets engazonnés, nos autoroutes embouteillés et nos parcs d’attraction ? A la maison, à l’école ou au travail, quand sommes-nous en contact sensoriel avec la texture de la terre, la lumière, les cycles de la terre, les esprits des arbres, la puissance de la vie ? Où et comment apprenons-nous cela ? De par leur formatage intérieur dès la petite enfance, nombre de personnes sont – existentiellement et émotionnellement – trop séparées de la nature pour être véritablement touchés par les maux qui l’affectent. Fruit de la modernité, la culture de la société industrielle est déconnectée de son substrat naturel. Nous savons notre impact écologique négatif, mais nous n’y prêtons guère attention, car la nature ne fait plus vraiment partie de notre être et de notre vie….

JDE (août 2013) : Quelle nature voulons-nous protéger ?

extraits : Les parcs et réserves naturelles ne couvrent que 1 % du territoire. Vouloir protéger ces 1 % n’est certainement pas de l’intégrisme. Plus un territoire est petit, plus la biodiversité est réduite. Je constate aussi que 98 % de la biomasse des vertébrés est constituée de l’espèce humaine et de ses animaux domestiques. Il reste seulement 2 % pour les écureuils et tous les animaux sauvages. Le réjouissant, c’est l’herbe qui repousse sur les trottoirs…

Que signifie « la nature », rien pour les urbains ! Lire la suite »

Malthus prévoyait la multiplication des épidémies

Surpopulation humaine, surpopulation de nos élevages, monocultures, les épidémies ont de beaux jours devant elles. Nous mourrons en masse par où nous avons péché : notre fécondité sans frein.

– La dermatose nodulaire contagieuse détectée pour la première fois dans l’Ain, les bovins du foyer contaminé seront abattus. Cette épizootie est un coup dur pour l’élevage en France, après une année 2024 marquée par la recrudescence de la maladie hémorragique épizootique et de la fièvre catarrhale ovine.

Maladie virale, la pathologie conduit à « des pertes de production importantes » qui peuvent aller « jusqu’à la mort d’une partie du cheptel infecté » (environ 10 %), selon le ministère de l’agriculture. La maladie provoque notamment fièvre, chute de lactation, hypertrophie des ganglions lymphatiques et nodules sur la peau et les muqueuses. Pour stopper la propagation de la DNC, transmise via des insectes piqueurs, l’Etat a lancé, le 18 juillet une vaste campagne de vaccination concernant 310 000 bovins…

La bactérie tropicale « Ralstonia solanacearum » fait trembler les maraîchers de la vallée du Loir

Elle s’appelle Ralstonia solanacearum et c’est une bactérie redoutable. Familière des régions tropicales et subtropicales, elle s’est aujourd’hui implantée dans la vallée du Loir, faisant frémir les maraîchers qui irriguent leurs cultures avec l’eau de la rivière. Ce pathogène des végétaux a en effet un faible pour les solanacées, cette famille de légumes qui regroupe tomates, pommes de terre, aubergines, poivrons et autres piments, qu’il fait dépérir en quelques jours.

En savoir plus grâce à notre blog biosphere

Virus humain, virus porcin, virus des végétaux

extraits : Comment ne pas penser au virus Sars-Cov-2 quand il s’agit du virus PPA ? L’Allemagne, la Belgique, la Chine, la France, le monde entier est concerné par la peste porcine. La gravité et la contagiosité du virus rend nécessaire l’identification de la zone infectée, l’élimination des animaux touchés, la désinfection complète du site et le contrôle des déplacements des suidés et matières à risque. La peste porcine africaine (PPA) est une maladie animale qui touche exclusivement les porcs domestiques et les sangliers. Faute de traitement efficace connu, les porcs et autres suidés malades doivent être abattus, enterrés ou incinérés dans les conditions sanitaires appropriées. Comme pour la pandémie humaine, le confinement devient obligatoire et le contrôle aux frontières omniprésent….

Hier le Covid-19, demain le H5N1…

extraits : Le virus H5N1 circule intensément dans les élevages bovins américains, il est donc un bon candidat pour être le fauteur de la prochaine pandémie. La grande taille des exploitations et la faible diversité génétique des animaux font office de chambre d’amplification ; la charge virale dans l’environnement augmente, l’infectivité et la pathogénicité des virus aussi ; la faune sauvage se réinfecte au contact d’animaux domestiques ; ses déplacements contribuent à distribuer le pathogène sur tous les continents. Depuis mars 2024, l’émergence dans plusieurs Etats américains du clade 2.3.4.4b du virus grippal aviaire hautement pathogène H5N1 chez des mammifères non carnivores constitue un changement épidémiologique….

Épidémies, la fatalité du grand nombre

extraits : L’élevage en batterie des humains et des animaux ne présage rien de bon, la concentration accentue les risques de contamination. La pandémie humaine s’est propagée à la planète entière, il en est de même de la peste porcine. Et les végétaux ne sont pas à l’abri d’une infection virale.  À population nombreuse, consommation de masse, production de masse dans des conditions désastreuses, risque croissant d’épidémie. Le risque de contamination entre animaux humains et non-humains se double du risque alimentaire au niveau végétal. La fin des épidémies expliquait pour une part l’explosion démographique, mais la surpopulation implique des risques croissants d’épidémies. C’est ce qu’on appelle une causalité circulaire. Quelques exemples récents

EFG, Épidémie, Famines, Guerres… normal

extraits : Malthus avait tout prévu dès 1798, l’épidémie, la famine, les guerres. Dans son « Essai sur le principe de population », il ramenait les causes multiples de ces dysfonctionnements à une cause principale, la non maîtrise de sa fécondité par l’espèce humaine. Dans une note, Malthus précisera son idée de fond : « A ce qu’il me semble personnellement, celui qui indique le moyen d’atteindre un mieux relatif est un bien plus grand bienfaiteur de l’humanité que celui qui se contente de discourir sur les tares de la société actuelle et la beauté d’une société différente, sans indiquer une méthode concrète pour accélérer notre progression de l’une vers l’autre. » A son avis, il était donc nécessaire de réguler l’évolution de la population à un niveau compatible avec les ressources alimentaires….

Malthus prévoyait la multiplication des épidémies Lire la suite »

Rupture, STOP aux résidences secondaires

De Royan à Annecy et de Biarritz à Bonifacio, des villes très touristiques ou attractives disent stop aux nouvelles résidences secondaires

Véronique Chocron : Il y a sur les sites touristiques un énorme problème de logement pour les résidents, il n’y a tout simplement pas de locations à l’année et, pour acheter, les prix sont très élevés. Une toute nouvelle disposition législative, la loi Echaniz-Le Meur votée en novembre 2024, permet d’interdire la construction de résidences secondaires. Cette possibilité inédite rencontre aujourd’hui un véritable succès auprès des élus locaux, quelle que soit leur étiquette politique. Tous sont confrontés au défi de loger leurs administrés dans des villes submergées par des maisons aux volets clos et des meublés de tourisme…

En savoir plus grâce à notre blog biosphere

Interdiction d’avoir plus de deux logements

extraits : Interdiction de posséder plus de deux logements, ce serait une mesure bien plus efficace ! L’urgence écologique impose des mesures radicales, on doit le dire même si c’est mal perçu dans l’immédiat. La transition énergétique, que la fin des énergies fossiles et le réchauffement climatique rendent nécessaire, ne sera pas facile. Mais la meilleure façon de s’afficher comme un citoyen responsable vis-à-vis des générations futures est d’habiter une petite maison, une seule, près du boulot, qui consommera automatiquement moins de tout et réduira les émissions de gaz à effet de serre. N’oublions pas que chaque logement qui se construit, chaque habitat pavillonnaire qui s’étend à l’extérieur des villes, chaque résidence secondaire… empiète sur le territoire des autres espèces et explose l’empreinte écologique. Ajoutons l’interdiction du tourisme, et le climat s’en remettra peut-être….

votez PPLD… (Parti pour la décroissance)

Voici  les objectifs du Parti Pour La Décroissance, qui présente une douzaine de candidats aux législative françaises de 2007 :

1 – Démantèlement des agences de publicité, véritable organe de propagande de la société de consommation.

2 – Sortie de l’habitat pavillonnaire. Ce style d’habitat est un véritable fléau environnemental et social.

3 – Sortie progressive de l’automobile et de sa civilisation.

4 – Sortie progressive des énergies fossiles au profit de la sobriété énergétique.

5 – Relocalisation progressive de l’économie.

6 – Démantèlement progressif des multinationales, développement des petites entités économiques pour favoriser l’emploi local.

7 – Instauration progressive d’un Revenu maximum autorisé à hauteur de trois fois le SMIC.

 8 – Interdiction de posséder plus de deux logements.

 9 – Mise sous tutelle démocratique de la recherche pour la réorienter vers des objectifs écologiques.

10 –Sortie du sport professionnel au profit des sports amateurs et interdiction des sports et loisirs motorisés.

Bien entendu, un tel programme reçoit l’approbation pleine et entière de la Biosphère…

Rupture, STOP aux résidences secondaires Lire la suite »

La tête de nos dirigeants dans un sac de plastique

Toutes les conférences internationales ont échoué, sur le climat, sur la biodiversité, sur la désertification et celle sur le plastique ne fait pas exception. Le niveau de production de plastiques, aujourd’hui hors de contrôle, pourrait atteindre le milliard de tonnes par an d’ici à 2050, et les déchets plastiques s’accumulent et polluent l’ensemble des écosystèmes, sachant qu’à ce jour moins de 10 % sont recyclés à l’échelle planétaire. Or, on dispose maintenant de données scientifiques claires pour dire que le niveau de pollution plastique est directement lié à son niveau de production. Les pays producteurs de pétrole « contestent complètement » l’évidence scientifique.

Sylvie Burnouf : Après l’échec de celle qui devait déjà être la dernière et qui s’était tenue fin 2024 en Corée du Sud, l’ultime session de négociations le 15 août 2025 pour parvenir à un traité mondial juridiquement contraignant pour lutter contre la pollution plastique et ses effets délétères sur l’environnement et la santé humaine s’est finalement soldé par un échec cuisant. Aucun terrain d’entente n’a pu être trouvé entre la centaine de pays dits « de haute ambition » partisans d’un traité limitant la production de plastique et s’attaquant à l’ensemble de son cycle de vie et de l’autre, un petit groupe de pays dits « obstructeurs », dont les pays du Golfe, l’Iran et la Russie, producteurs de pétrole et de gaz, qui veulent limiter la portée de ce texte à la seule question de la gestion des déchets et du recyclage. Le processus de décision, qui repose sur l’obtention d’un consensus, « ne fonctionne pas ».

En savoir plus grâce notre blog biosphere

Nous aimons nous baigner dans un océan de plastique (avril 2018)

extraits : Entre 1950 et 2015, 8,3 milliards de tonnes de plastique ont été produites. Conséquence, les mers et les océans, grandes poubelles du monde, ont commencé à se plastifier. Si rien ne change, les océans pourraient contenir plus de plastique que de poissons dès 2050 : le ratio était de 1 tonne de plastique pour 5 tonnes de poisson en 2014, il sera de 1 pour 3 en 2025. Alors, la ­ « plastisphère » l’aura emporté sur la biosphère marine. Nous connaissons pourtant les solutions, le recyclage, l’interdiction des bouteilles d’eau en plastique, le remplacement de tous nos ustensiles et jouets par du bois ou du métal, la sobriété dans notre consommation générale. Pour arriver à ce résultat, il faudrait taxer lourdement chaque objet en plastique, mettre en place des consignes, vendre bien plus cher les produits emballés que les produits en vrac….

La fausse disparition des sacs en plastique (juillet 2017)

extraits : Selon les estimations des industriels, les bioplastiques[2] pourraient connaître une croissance de 50% au cours des 5 prochaines années. Cette tendance n’est pas sans soulever des interrogations d’un point de vue environnemental. Au niveau de la production, les plastiques biosourcés nécessitent des matières végétales dont les modes de culture sont parfois très impactants (utilisation d’engrais, de pesticides…) et qui concurrencent la production d’aliments. Par ailleurs, tous les sacs biosourcés ne sont pas nécessairement biodégradables et compostables, ce qui aboutit à des messages inintelligibles pour les consommateurs qui sont complètement perdus dans les terminologies….

Dans nos archives 

9.11.2005 Fertilité masculine en péril !

Une étude américano-danoise indique que plus l’exposition de la mère pendant la grossesse à des phtalates (présents notamment dans les plastiques et les pesticides) a été importante, plus la distance séparant l’anus de la base du pénis de l’enfant est faible. Cette distance anogénitale est un indice de « masculinisation » et c’est donc la première démonstration de l’influence des perturbateurs endocriniens sur la différenciation sexuelle au cours de la vie fœtale.

28.05.2005 Sacs-poubelle

La ville de Bombay interdisait les sacs en plastique en 2000, l’Etat du Bengale fin 2001, le Bangladesh en mars 2002, la France hésite encore en l’an 2005. Pourtant le polyéthylène est non seulement une pollution visuelle, mais provoque des maladies chez les animaux qui les avalent, bloquent les égouts et polluent les sols. Il faut dire aussi que les substituts comme le polyéthylène additivé se délite en micro-particules durables, elles aussi nuisibles à l’environnement….

La tête de nos dirigeants dans un sac de plastique Lire la suite »

A partir du 24 juillet 2025, la Terre vivait à crédit

Selon le Global Footprint Network, le jeudi 24 juillet 2025 était le « jour du dépassement » écologique, A partir de cette date, c’est-à-dire en moins de sept mois, l’humanité a consommé plus de ressources naturelles et émis plus de gaz à effet de serre que la Terre n’est en capacité d’en produire ou d’en absorber au cours d’une année. A ce rythme, il faudrait 1,8 planète pour subvenir aux besoins des humains. Or nous n’en avons qu’une seule à disposition !

Un appel à l’action intitulé #movethedate (« repousse la date ») propose des solutions pour réduire l’empreinte écologique : instaurer une taxe carbone de 100 dollars la tonne serait la mesure la plus efficace : elle ferait gagner 63 jours avant le « dépassement ». La maîtrise de la fécondité déplacerait la date de 49 jours et le développement des énergies renouvelables 26 jours.

Anne-Aêl Durand : Pour mesurer la pression de l’activité humaine sur un territoire, il suffit de comparer deux notions : L’empreinte écologique de la population, soit l’ensemble des ressources naturelles dont l’humanité a besoin pour se nourrir, se loger, se déplacer et compenser les déchets qu’elle génère. Cette notion est ensuite ramenée à une surface : un pâturage pour le bétail, une forêt pour le bois, un océan pour les poissons… mais aussi la surface nécessaire pour absorber le CO2 produit par les activités humaines. La biocapacité ou capacité biologique d’un territoire, c’est-à-dire la surface nécessaire pour produire des ressources naturelles et services écologiques renouvelables. La biocapacité de la Terre était estimée à 12 milliards d’hectares globaux, alors que les humains utilisent l’équivalent de 20 milliards d’hectares par an, soit 1,7 fois plus. Au-delà du nombre d’habitants sur terre, l’épuisement des ressources est surtout lié à leur mode de vie : un habitant du Qatar aura consommé l’équivalent d’une année de ressources dès le 6 février et un Français le 19 avril. En revanche, l’Uruguay est quasiment à l’équilibre, avec un « dépassement » seulement à la fin décembre.

Mais la méthodologie est affinée chaque année, ce qui fait fluctuer la date fatidique et fragilise les comparaisons. Lorsque LE MONDE a publié un article à ce sujet en 2015, le dépassement survenait le 13 août. Or les dernières données publiées en 2025 fixent désormais le dépassement au 4 août 2015. D’autres indicateurs écologiques ne sont pas pris en compte : l’épuisement des ressources non renouvelables (charbon, pétrole, uranium), l’érosion de la biodiversité, la pollution de l’eau, de l’air ou du sol… ce qui pourrait gonfler encore davantage l’empreinte humaine.

Le point de vue des écologistes effondrés

L’impact des humains sur l’environnement est le produit de 3 facteurs selon l’équation IPAT (Proposée dans les années 1970 par Paul Ehrlich et John Holdren) : I=PxAxT

• I = Impact environnemental global
• P = Population (nombre de personnes). Plus il y a d’humains, plus la pression globale peut augmenter.
• A = Affluence = niveau de consommation ou de revenu par personne.Plus chaque personne consomme (ex. : énergie, biens, nourriture), plus l’impact augmente.
• T = Technologie. Selon le niveau d’efficacité ou de propreté de la technologie, l’impact est plus ou moins élevé.
L’équation montre que réduire l’impact peut se faire en réduisant la population (P), consommant moins (A), ou utilisant des technologies T plus propres. Or on refuse d’agir sur la démographie, on refuse toute atteinte à son niveau de vie et les technologies sont de plus en plus gourmandes en ressources et destructrices de l’environnement !

Claude Levi-Strauss : « J’imagine que l’humanité n’est pas entièrement différente des vers de farine qui se multiplient à l’intérieur d’un sac et qui commencent à s’empoisonner par leur propres toxines bien avant que la nourriture ou même l’espace physique ne leur manque. Nous sommes habitués par toutes nos traditions intellectuelles à une échelle de rapports entre l’humanité et la planète qui est en train de se transformer de manière radicale et je ne suis pas du tout persuadé que nous soyons moralement, psychologiquement, peut-être même physiquement équipés pour y résister. »

En savoir plus grâce à notre blog biosphere

2 août 2023, le jour du dépassement

« Jour du dépassement » ce 28 juillet 2022

29 juillet 2021, « le jour du dépassement »

22 août 2020, Jour du dépassement

29 juillet 2019, jour du dépassement

Le Jour du dépassement, aujourd’hui 1er août 2018

13 août 2015, le jour du dépassement des limites

Le jour du dépassement, 19 août 2014 : tous aux abris !

Aujourd’hui 22 août 2012, le jour du dépassement

le jour du dépassement, 27 septembre 2011

le jour du dépassement, 21 août 2010

références bibliographiques

Notre empreinte écologique de Mathis WACKERNAGEL et William REES (1996)

L’empreinte écologique d’Aurélien Boutaud et Natacha Gondran (2009

A partir du 24 juillet 2025, la Terre vivait à crédit Lire la suite »

Assassiner un arbre, ce n’est pas bien

Dans la nuit du 27 au 28 septembre 2023, deux amis armés d’une tronçonneuse avaient conduit pendant quarante minutes jusqu’à un parking, marché vingt minutes dans l’obscurité et l’un d’eux avait filmé l’autre pendant qu’il abattait l’arbre, lui envoyant ensuite la vidéo. Le Sycamore Gap Tree, érable sycomore majestueux niché depuis plus de cent ans entre deux collines dans le nord de l’Angleterre, était l’un des arbres les plus photographiés du pays. Le lendemain de leur méfait, Daniel Graham et Adam Carruthers s’étaient délectés de la couverture médiatique de l’affaire, se félicitant d’une histoire devenue « virale ». Ils ont été condamnés chacun, le 15 juillet 2025 à quatre ans et trois mois de prison par le tribunal. Les deux hommes n’ont jamais expliqué pourquoi ils s’en étaient pris au célèbre sycomore. Carruthers a juste expliqué qu’il ne comprenait pas l’émotion provoquée par la destruction de l’érable : « C’était juste un arbre ».

Lieu de mariage et de souvenirs familiaux, extrêmement photogénique, l’érable avait été élu arbre anglais de l’année en 2016.

Le point de vue des écologistes arboriphiles

– « La bêtise humaine est la seule chose qui donne une idée de l’infini .» (Ernest Renan)

– Il y a 3000 milliards d’arbres dans le monde alors que l’espèce humaine compte déjà plus de 8,2 milliards de membres, soit 366 arbres par personne. Mais avec la sécheresse, les incendies et l’artificialisation des sols, il ne restera bientôt plus de forêts pour se protéger de la chaleur et admirer la nature. Qu’on se rassure, on aura encore une image de notre passé forestier sur des écrans… tant qu’il y aura de l’électricité !

– A ceux qui voudraient y voir une sévérité de la justice britannique contre les attaques contre la nature, des militants écologistes qui avaient voulu bloquer des routes ont été condamnés, eux, à 6 ans de prison !

– « Il n’existe que deux choses infinies, l’univers et la bêtise humaine… mais pour l’univers, je n’ai pas de certitude absolue. » (Albert Einstein)

En savoir plus grâce à notre blog biosphere

L’arbre doit aussi avoir le droit de gagner en justice

extraits : On peut, du moment qu’il n’y a pas mort d’homme, complètement éradiquer les forêts… il suffit de payer quelques amendes. Contre cette lacune de la pensée anthropocentrique, il faut donc donner aux arbres le droit d’agir en justice. En 1972, Christopher D.Stone se posait cette question : “Should Trees Have Standing? Toward Legal Rights for Natural Objects”. Ce passage du statut d’objet naturel à celui de sujet de droit s’inscrit pour Stone dans la continuité du processus historique d’extension des droits légaux : après les étrangers, les femmes, les fous, les Noirs… les arbres. Nous prenons chaque jour des décisions pour le compte d’autrui et dans ce qui est censé être son intérêt ; or autrui est bien souvent une créature dont les souhaits sont bien moins vérifiables que ceux des rivières ou des arbres.

Les arbres et les loups, à aimer tous deux

extraits : La nature subit impassible la puissance de nos coups par fusils ou tronçonneuses interposés. Mais partout, des habitants s’opposent à l’abattage de platanes ou de chênes près de chez eux. Qu’ils soient quelques-uns ou des dizaines. Dans les villes et villages, des collectifs citoyens se créent pour racheter ou gérer en commun des forêts. Les activités de sylvothérapie, de grimpe ou d’Accrobranche se développent. Les cabanes dans les bois attirent toujours davantage de vacanciers. Dans les librairies, ouvrages jeunesse, romans ou essais consacrés aux arbres débordent des rayons. Pour neuf Français sur dix, selon une étude d’opinion réalisée pour l’ONF, les forêts sont synonymes de bien-être et d’apaisement….

Assassiner un arbre, ce n’est pas bien Lire la suite »

Peut-on faire confiance au rapport Meadows ?

Peut-on faire confiance au rapport Meadows ? Telle est la question que nous avons posé à Perplexity, l’IA offert par LE MONDE à ses abonnés.

La réponse de « l’intelligence artificielle » dévalorise complètement une étude scientifique, publié en 1972-1973, qui avait pourtant clairement posé pour la première fois la question des limites physiques de la croissance économique. Perlexity nous assène :

« Ce rapport a suscité dès sa parution des critiques virulentes qui lui reprochaient de ne pas intégrer la dimension monétaire et les mécanismes de prix dans son analyse. .. Ce rapport a été critiqué pour son cadre jugé trop rigide par certains économistes, qui pensaient que les substitutions technologiques et les mécanismes de marché pourraient résoudre les problèmes environnementaux… Cinquante ans après, certains experts estiment que le scénario principal du rapport Meadows, qui prévoyait un effondrement lié à l’épuisement des ressources, n’est pas celui qui se réalise le plus, mais plutôt un autre scénario d’effondrement lié à la pollution excessive permise par l’abondance des ressources. En résumé, le rapport Meadows doit être lu en tenant compte de ses limites et des critiques qu’il a suscitées.

Perplexity s’appuie seulement sur 5 documents dont nous vous donnons l’essentiel qui valide plutôt le rapport Meadows et non l’inverse.

Robert Boyer : J’avais été passionné, en 1972, par le rapport Meadows sur les limites de la croissance : il diagnostiquait une crise systémique et la nécessité d’une refondation en profondeur. Mais la théorie standard l’a complètement disqualifié en s’appuyant sur l’idée qu’il y aurait toujours des effets de substitution et des changements technologiques pour répondre, par le marché, aux problèmes liés à la pollution et aux ressources naturelles non renouvelables. C’est en partie de cette façon que s’est installé le cadre théorique néoclassique, longtemps obstacle à la prise en compte de l’environnement. Aujourd’hui ces problèmes environnementaux ressurgissent de façon dramatique. On peut penser que leurs effets sur la science économique seront plus importants qu’alors. Mais ce n’est pas certain car la situation est à certains égards plus défavorable aujourd’hui qu’il y a cinquante ans. La situation actuelle se caractérise par l’imbrication de plusieurs crises différentes…

Dominique Bourg : Après le coup de semonce du GIEC, la publication du premier rapport de l’IPBES (Plate-forme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques) sur la chute des populations d’insectes et celle du rapport Meadows sur la raréfaction des ressources, suscitent un immense écho international.La Communauté européenne adopte le plan Mansholt de décroissance de la zone, juste avant la tenue d’une COP à Bonn…

Pascal Riché : En 1972, le Massachusetts Institute of Technology (MIT) publie le rapport Meadows sur les limites de la croissance. Appuyée sur une modélisation informatique (alors une nouveauté ébouriffante), une équipe d’ingénieurs et de chercheurs affirme que la croissance mène la planète à sa perte, du fait de l’épuisement des ressources. Le mythe d’une croissance infinie, carburant des « trente glorieuses », est brutalement remis en cause. Comme un seul homme, les économistes étrillent le rapport – qui n’est certes pas sans défauts – publié sous l’égide du Club de Rome. Quelques pontes, comme Robert Solow (1924-2023) ou Joseph Stiglitz, commencent alors à chercher comment aboutir à une croissance respectueuse des ressources naturelles. La plupart de leurs collègues misent sur le progrès technique pour venir à bout de la difficulté posée, persuadés qu’il sera toujours possible de substituer une ressource à l’autre.

Elsa Conesa : Dès les années 1970, lorsque le rapport Meadows, écrit par une équipe de scientifiques américains, pose pour la première fois la question des limites physiques de la croissance économique, il fait immédiatement l’objet de virulentes critiques de la part des économistes, notamment de William Nordhaus, de l’université Yale (Connecticut), qui lui reproche de ne pas avoir inclus une dimension monétaire. Autrement dit, de n’avoir raisonné qu’en tenant compte des flux physiques, sous-estimant la sensibilité des économies et des individus aux prix. Il développa l’un des premiers modèles permettant d’évaluer l’impact macroéconomique du réchauffement climatique, qui lui valut, en 2018, un prix Nobel d’économie. Ainsi que les foudres d’une partie de la communauté scientifique et des écologistes, son modèle promouvant une cible optimale de réchauffement, fixée à 3 °C en 2100, quand l’accord de Paris fixe un objectif à 2 °C…

François-Xavier Oliveau : Le fameux rapport sur les limites de la croissance, le « rapport Meadows » publié en 1973, expose ainsi dans son scénario principal un effondrement lié à l’épuisement des ressources de matières premières. Mais cet ouvrage remarquable, qui mériterait d’être lu autant qu’il est cité, propose également des scénarios alternatifs. L’un d’entre eux fait l’hypothèse de ressources illimitées. Il aboutit aussi à un effondrement, non pas sous l’effet de la rareté mais au contraire d’une pollution hors de contrôle permise par l’abondance des ressources. Cinquante ans après, c’est ce second scenario qui se réalise. Loin d’avoir décru, les réserves identifiées sont aujourd’hui bien supérieures à celles citées par le rapport. Nous consommons beaucoup plus de ressources, aidés par la baisse structurelle de leur prix. Même le pétrole est plus accessible : en France, une dizaine de minutes rémunérées au smic permettent de se procurer un litre d’essence ; c’était le double en 1970, lorsque le litre d’essence coûtait 1,10 franc pour un salaire minimum à 3,50 francs de l’heure. Notre invraisemblable capacité d’innovation nous a permis d’inventer de nouveaux procédés de prospection, d’extraction et de raffinage qui ont rendu abondante une ressource finie, reportant sa disparition aux calendes grecques. C’est précisément cette abondance qui menace nos écosystèmes.On peut légitimement, dans nos pays riches, promouvoir une frugalité individuelle librement consentie. Mais il serait aussi injuste qu’illusoire de l’exiger des six autres milliards d’humains qui rêvent d’abondance. Ils feront tout pour y accéder ; nous n’avons pas d’autre choix que d’apprendre à rendre durable cette abondance. Au lieu d’attendre en vain une rareté illusoire et mortifère, visons la maîtrise de l’abondance et son extension au monde entier.

Quelques documents du MONDE plus anciens

15 juin 1972 : M. Raymond Barre critique sévèrement le rapport du Club de Rome. Le jugement que porte aujourd’hui M. Barre sur le rapport du Club de Rome est sévère. Outre un caractère excessif et systématiquement pessimiste, il lui reproche, sinon d’avoir mal identifié les problèmes les plus graves se posant à notre société, du moins de ne pas en avoir apprécié la nature.Il serait mal venu, étant donnée la pauvreté relative de nos sociétés, estime le vice-président de la Comission, de vouloir substituer des priorités nouvelles – préservation du milieu et des ressources naturelles – aux priorités anciennes – plein emploi et accroissement des revenus, – de plaider par exemple pour une diminution de la croissance économique en Europe. L’objectif n’est pas de freiner l’expansion mais de l’adapter aux nouvelles aspirations que la société de consommation et ses succès ont suscitées.

20 janvier 1973. PHILIPPE SIMONNOT : Le  » club de Rome  » s’est lourdement trompé, car il a fondé ses analyses et ses prévisions sur des courbes exponentielles qui n’existent pas. Tel est, en substance, la  » leçon  » d’économie politique qu’a donnée à Paris M. Fremont Félix, expert américain. Selon lui, la croissance exponentielle est un jeu amusant de l’esprit, car elle engendre tout de suite des chiffres fantastiques. Mais, comme diraient les anciens, on ne la trouve pas dans la nature.  » A l’exception de l’expansion démographique mondiale, dit à son tour M. Félix, [la croissance exponentielle] n’a jamais été maintenue pendant plus d’une dizaine ou d’une vingtaine d’années dans aucun des domaines de consommation ou de production où une telle croissance risquerait d’absorber une part considérable des ressources mondiales limitées… Autrement dit, puisque la croissance n’est pas exponentielle dans aucun des domaines vitaux, le danger d’épuisement des ressources naturelles est écarté. Nous voilà rassurés ! M. Felix se fait accusateur :  » Le spectre totalement imaginaire de la croissance exponentielle a provoqué par contrecoup une clameur des ignorants en faveur de la  » croissance zéro  » [qui plongerait en fait l’humanité] dans un abîme de famine, de pestilence, de chaos et de guerre. « 

14 juin 1977. Alfred Sauvy : Les critiques à l’adresse du célèbre premier rapport au Club de Rome avaient été à la dimension même des moyens employés et des résultats annoncés.L’ensemble de l’ouvrage porte d’ailleurs sur les méthodes d’analyse des systèmes et non sur les données du monde, mais il y a plus.L’interminable chapitre de Donella H. Meadows sur la population est entaché de nombreuses erreurs de fait ; il y a pourtant d’excellents démographes aux États-Unis. Vient ensuite le  » secteur du capital « , très bon reflet des conceptions admises aux États-Unis, qui ne tient compte du facteur humain, notamment de l’importance de l’accumulation du capital culturel, mise en évidence par diverses expériences, depuis la guerre.Théorique, elle aussi, l’étude sur l’agriculture comporte une minutieuse analyse économétrique des phénomènes d’érosion, dégradation ou régénération des sols, etc., sans applications numériques, notamment sur le nombre d’habitants, que, dans une optique mondialiste, la Terre pourrait nourrir. Les travaux remarquables de Mme E. Boserup sur les réactions de l’homme à son environnement ne sont pas davantage utilisés.En fin d’ouvrage est cependant dénoncée la lenteur des adaptations sociales devant les transformations physiques qui menacent le monde.

16 novembre 1981. Annie Battle : En 1972, dans le ciel – pas encore très encombré -de la prospective, une petite bombe éclate sous la forme d’un rapport, The Limits to Growth. En français, Halte à la croissance. Les conclusions :  » Dans la dynamique actuelle, les limites de la planète seront atteintes dans les cent prochaines années, le résultat le plus vraisemblable sera une baisse soudaine et irrésistible tant dans la population que dans la capacité industrielle (…). Le second rapport, Stratégie pour demain (1974), réalisé par les professeurs Mesarovic et Pestel, affinait considérablement le modèle et permettait un grand nombre de scénarios sur l’avenir de l’humanité, alors qu’il n’y en avait qu’un dans le premier rapport. Le monde y était partagé en dix sous-régions. On ne prévoyait pas, comme dans le travail de Meadows, une catastrophe mondiale mais l’éclatement de crises graves dans certaines régions du monde et leurs réactions en chaîne sur les régions environnantes.

9 juin 1992. La deuxième prophétie du Club de Rome : depuis le choc pétrolier, le Club de Rome avait disparu de la scène publique.  » Plus discrètement, nous avons cherché à approfondir différents thèmes et à entrer dans l’action « , précise Bertrand Schneider. Dix-huit rapports ont été publiés, abordant des sujets spécifiques .  » Avec Questions de survie, le nouveau rapport ne propose pas de modèle mathématique rigide et ne sous-estime pas, comme celui de 1972, les capacités de réaction et d’innovation de la nature humaine ; il pose les grandes questions de l’époque (chômage, accroissement du fossé entre pays riches et pauvres, destruction de l’environnement, urbanisation non maîtrisée, etc.) et avance des ébauches de solutions. Mêlant réflexion éthique et économique, il met surtout l’accent sur les effets néfastes du comportement humain, aussi bien dans les relations avec autrui qu’avec l’environnement, et recommande une approche nouvelle de l’éducation.

25 mai 2012. Dennis Meadows ,« La croissance mondiale va s’arrêter ». En mars 1972, répondant à une commande d’un think tank – le Club de Rome –, des chercheurs du Massachusetts Institute of Technology (MIT) publiaient The Limits to Growth, un rapport modélisant les conséquences possibles du maintien de la croissance économique sur le long terme. De passage à Paris le 23 mai 2012, à l’occasion de la publication en français de la dernière édition de ce texte qui fait date, son premier auteur, le physicien américain Dennis Meadows, 69 ans, a répondu aux questions du Monde : « Tout scientifique comprend qu’il y a des limites physiques à la croissance de la population, de la consommation énergétique, du PIB, etc. Les questions intéressantes sont plutôt de savoir ce qui cause cette croissance et quelles seront les conséquences de sa rencontre avec les limites physiques du système.Pourtant, l’idée commune est, aujourd’hui encore, qu’il n’y a pas de limites. Et lorsque vous démontrez qu’il y en a, on vous répond généralement que ce n’est pas grave parce que l’on s’approchera de cette limite de manière ordonnée et tranquille pour s’arrêter en douceur grâce aux lois du marché. Ce que nous démontrions en 1972, et qui reste valable quarante ans plus tard, est que cela n’est pas possible : le franchissement des limites physiques du système conduit à un effondrement.

Avec la crise financière, on voit le même mécanisme de franchissement d’une limite, celle de l’endettement : on voit que les choses ne se passent pas tranquillement. Dans les vingt prochaines années, entre aujourd’hui et 2030, vous verrez plus de changements qu’il n’y en a eu depuis un siècle, dans les domaines de la politique, de l’environnement, de l’économie, la technique. Les troubles de la zone euro ne représentent qu’une petite part de ce que nous allons voir. Et ces changements ne se feront pas de manière pacifique… »

Notre blog biosphere est beaucoup plus pertinent

que l’ensemble des documents du MONDE

2 mai 2023. Le message actualisé du rapport Meadows

Jorgen RANDERS : Le rapport Les limites à la croissance (LC) avait observé que l’impact environnemental de la société humaine avait augmenté de 1900 à 1972 à cause de la croissance de la population mondiale, de l’utilisation des ressources et de l’impact environnemental par personne. Cette hausse s’est poursuivie depuis 1972, l’empreinte écologique humaine totale augmente encore, poussée par l’augmentation de la population mondiale et de la consommation matérielle.Quand les limites approcheront, la société passera d’abord du temps à discuter de sa réalité mais pendant ce temps, la croissance continuera et mènera l’empreinte écologique en territoire insoutenable. Ceci est exactement ce qui s’est passé dans l’arène climatique mondiale (les COP)….

https://revues-msh.uca.fr/revue-opcd/index.php?id=230

1er mai 2023. Meadows prévoit la décroissance démographique

Lancement d’une nouvelle revue « Mondes en décroissance ». Voici un extrait du contenu, une compilation des réponses en 2023 de Dennis Meadows à 21 des questions les plus récurrentes sur le rapport « Les limites de la croissance », publié en 1972. Dennis MEADOWS : Plusieurs études récentes et indépendantes ont montré que l’un de nos scénarios, la figure 35 du livre de 1972, suit raisonnablement bien les données historiques de 1970 à 2010. Ce scénario est reproduit ci-dessous sous forme de figure.

https://revues-msh.uca.fr/revue-opcd/index.php?id=244

En savoir encore plus grâce à notre blog

les limites de la croissance ou rapport au club de Rome (1972 )

Les limites à la croissance (dans un monde fini) de Meadows et Randers (2004)

(traduction française de The limits to Growth – The 30-year update)

Les limites de la croissance selon Gerondeau et Meadows (mai 2012)

la nature va gagner contre l’homme, Meadows l’a dit (juin 2012)

croiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiissance, Meadows contre Hollande (juin 2012)

MEADOWS et la décroissance démographique (juin 2022)

Meadows, rien n’a changé depuis 1972, la cata (avril 2023)

Peut-on faire confiance au rapport Meadows ? Lire la suite »

La catastrophe décrite en 2005 par notre blog

3.04.2005 Le pape ou la planète ?

Début 2005, plus de 1300 scientifiques réunis par l’ONU à propos de l’état des écosystèmes de la planète ont rendu leur diagnostic. Selon ce rapport, environ 60 % des écosystèmes permettant la vie sur terre ont été dégradés par l’activité humaine, et cela de façon plus accentuée au cours des cinquante dernières années que dans toute l’histoire de l’homo sapiens. Les humains ont depuis 1945 converti pour l’agriculture plus de terres qu’aux XVIIIe et XIXe siècles réunis. Entre 1750 et 2005, 60 % de l’accroissement de la concentration en gaz carbonique dans l’atmosphère s’est produit seulement depuis 1959. Il s’agit d’une pression telle sur les fonctions naturelles de la planète que la capacité des écosystèmes à répondre aux demandes des générations futures ne peut plus être considérée comme acquise. Les pauvres des zones rurales sont déjà touchés par cette catastrophe parce qu’ils dépendent plus directement des services d’origine éco-systémique. Le verdict est sans appel mais les médias ne lui accordent que quelques brèves. Ce rapport publié et oublié juste avant la mort du pape Jean Paul II s’efface, il paraît plus important de consacrer au décès d’un seul homme des heures et des heures dans les journaux télévisés du monde entier, des pages et des pages dans la presse écrite. Pourtant du point de vue de la Biosphère, cette « disparition » d’un pape n’a aucune signification, aucune valeur si ce n’est la mise à disposition pour les décomposeurs de quelques dizaines de kilos de chair.

Un jour prochain les humains devront choisir entre leur propre culte ou celui de la planète.

16.07.2005 Péril en la demeure

Les humains ont déjà beaucoup de raison d’être inquiets. Il y a les problèmes de l’environnement (réchauffement climatique, perte de biodiversité, épuisement des ressources halieutiques, pollution des sols et des mers, déforestation, pénurie d’eau douce). Il y a aussi les problèmes strictement humains comme la pauvreté, le manque d’éducation, le terrorisme, les pandémies, les catastrophes naturelles. Face à cela, il y a l’insuffisance des règles, qu’elles soient fiscales, monétaires, bioéthiques, policière, commerciales ou canalisant les migrations.

Mais cette liste n’est pas complète, cinq grandes vagues de menace arrivent à l’horizon :

  • Le vieillissement qui creuse déjà des dette énormes et annonce des conflits intergénérationnels.
  • Une nouvelle division internationale du travail qui repose sur les délocalisations tous azimuts.
  • Le coût du pétrole et une probable pétroapocalypse à venir avec un chômage en conséquence.
  • Une géopolitique où s’affronteront les blocs américains, européens et chinois (entre autres !)
  • La montée des idéologies de repli identitaire ou religieux à la mesure d’un stress croissant.

La Biosphère  se demande encore pourquoi les humains ne réagissent pas !

18.07.2005 Catastrophe cosmique

« Notre planète est infestée d’hommes que semblent décidés à saboter l’admirable harmonie de la vie. Ils pourraient bien la ramener à sa stérilité initiale. La Nature a mis en effet au monde une espèce néfaste capable de neutraliser les instincts régulatoires qui assuraient la pérennité de la vie terrestre, une espèce déjà en mesure d’exterminer la vie sur la Terre ». (Hubert
Reeves, in Malicorne)

Pour la Biosphère aussi, l’être humain est une catastrophe cosmique, une seule solution : leur décroissance durable.

8.09.2005 Loi sur l’énergie

Quatre années d’intenses négociations pour une loi américaine sur l’énergie de 1724 pages, adoptée définitivement le 8 août dernier. L’acquisition de SUV (= 4X4) est toujours fiscalement favorisée et les normes pour l’efficacité énergétique des véhicules comme de l’habitat ne sont toujours pas renforcées. On distribue aussi beaucoup de subventions pour les principaux soutiens financiers des républicains ou pour soutenir la production et favoriser la création de nouvelles raffineries. Mais la loi fait complètement l’impasse sur la gestion de la demande alors que dans les transports il n’existe pas de produits économiquement substituables au pétrole. Les mesures en faveur de la lutte contre le réchauffement climatique sont d’ailleurs inexistantes.

Avec 40 % d’électricité produite à partir du charbon et plus de 5 tonnes de CO2 émises annuellement par habitant (contre 1,8 en France), le gouvernement Bush veut ignorer totalement le poids du mode de vie américain sur la Biosphère. Puisse les catastrophes naturelles s’exacerber aux USA…

12.09.2005 Vous êtes des animaux stupides

La surface dévastée par l’ouragan Katrina est de 235 000 km2, soit près de la moitié de la superficie de la France. Colère et désespoir gagnait en particulier les 300 000 habitants de la Nouvelle-Orléans en attente d’évacuation. Rudolph éclate : « On vit comme des animaux, sans électricité, sans eau, sans toilettes, sans douches, sans rien. Il faut que l’on sorte de là, on devient fous et malades. Ma fille et ses deux petites filles vivent comme des clochardes, c’est insupportable ». S’il est vrai que le cataclysme a révélé le niveau élevé des inégalités et la cruauté des rapports sociaux aux USA, en fait l’ouragan n’est qu’un épiphénomène : les humains sont les premiers responsables de la catastrophe. Dès 1722, on commençait l’édification des travaux d’assèchement de ce qui était un marécage propice à la biodiversité. En 1763, La Nouvelle Orléans n’avait encore que 3200 âmes, mais il y eut ensuite l’explosion urbaine qui avait aujourd’hui besoin de six grandes stations de pompage fonctionnant 24 heures sur 24, même par temps sec !

La Biosphère vous rappelle que les humains sont des animaux parmi les autres qui vivent normalement sans électricité, ni eau courante ou douches privées. Tout cela n’est que le privilège de la classe globale actuelle qui utilise sans limites les ressources naturelles au détriment de beaucoup d’humains, des autres animaux et des écosystèmes : les premiers destructeurs des cycles vitaux sont les habitants de villes dont on croit qu’elles peuvent survivre même en dessous du niveau de la mer !

19.09.2005 Une institutionnalisation de l’eau

La loi française du 3 janvier 1992 a promu l’eau comme « patrimoine commun de la nation » et posé le principe d’une gestion équilibrée des eaux entre les usagers et le respect de la nature. Encore faut-il, pour légiférer en matière environnementale, que la France soit poussée par une Directive-cadre européenne en l’an 2000. Mais il faut encore attendre la loi du 21 avril 2004 pour prétendre atteindre un « bon état écologique » de toutes les ressources en eau, et ce pour 2015 !!! C’est dans ce cadre dévoyé que les citoyens sont amenés à exprimer leur avis sur la gestion de l’eau entre le 2 mai et le 2 novembre 2005. Débat bâclé puisque les Français commencent juste à savoir courant septembre  qu’il existe une consultation nationale!

La Biosphère ne sera pas sauvée par des démarches participatives car plus rien dans la société actuelle n’a le pouvoir de durer quand les politiques s’opposent aux politiques, les scientifiques aux scientifiques, sans parler de l’impossible dialogue entre politiques et scientifiques, opinion publique et réalité. Seule la catastrophe réalisée rassemble, et en matière d’eau elle est déjà là au niveau national et international.

13.10.2005 Processus délibératif

Sur les questions d’environnement, il n’y a pas de décideur, il n’y a que des mécanismes de décision qui font interagir des individus ou des groupes qui ont à la fois des représentations différentes du problème débattu et des poids différents dans la discussion. Donc nécessairement le processus délibératif devient sans fin. Une conférence des citoyens sur un sujet (par exemple les OGM) n’aura que des impacts politiques et décisionnels faibles, que la préparation soit bâclée comme en France ou dure deux années comme en Suisse. Les politiques se contentent d’un affichage de volonté réformatrice en ne s’engageant que pour des actions minimales ou illusoires. En conséquence, un forum de citoyens doit être assuré de durer longtemps car seule la continuité permet les itérations successives nécessaires pour aboutir à un consensus efficace.

La Biosphère ne sera pas sauvée par des démarches participatives car plus rien dans la société actuelle n’a le pouvoir de durer quand les scientifiques s’opposent aux scientifiques, les politiques aux politiques, sans parler de l’impossible dialogue entre scientifiques et politiques, politiques et opinion publique, opinion publique et réalité. Seule la catastrophe réalisée (une pétroapocalypse ?) rassemble. Alors en attendant, que les plus courageux d’entre vous passent à l’action directe !

14.10.2005 Impuissance médiatique

En 1992, une étude australienne a montré que la télévision présentait le sort des victimes de catastrophes sans restituer leur contexte historique et social ; encore plus grave, les évènements étaient présentés comme étant hors de tout contrôle individuel ou collectif. Une autre étude en 1993 sur le traitement du thème environnemental dans la presse écrite française relevait aussi des comportements de dénonciation sans que soit évoqué la possibilité d’une mobilisation populaire. Aujourd’hui encore presse et télévision se caractérisent toujours par une préférence pour des horizons proches et une description d’un univers sur lequel l’emprise de la fatalité est grande, où l’individu est isolé et impuissant, où l’action des pouvoirs publics est insuffisante.

Pourtant des actions individuelles telles que le tri de déchets ou le renoncement à la voiture n’acquièrent un sens que dans le cadre d’une vison collective de la cohésion sociale : le consensus sur la sobriété volontaire n’adviendra qu’à partir du moment où s’instaurera la croyance de chacun en la soumission de tous les autres, c’est-à-dire sous l’emprise de la nécessité de sauver la Biosphère… et les humains par la même occasion.

18.10.2005 Renaissance du nucléaire ?

Depuis la catastrophe de Tchernobyl en avril 1986, on n’avait plus construit de réacteur nucléaire. Aujourd’hui on a oublié l’expérience du passé (l’expérience, une lanterne que les humains ont dans le dos et qui n’éclaire que leur passé), et on croit (la foi, autre caractéristique du cerveau humain), qu’il est absolument indispensable de lutter contre l’effet de serre en construisant de nouvelles centrales. Le premier pays à se lancer dans l’aventure est la Finlande qui a officiellement mis en chantier un EPR (European pressurized reactor) le 12 septembre dernier (mise en service en 2009). Dans trois ans ce sera au tour de la France de commencer à construire un EPR à Flamanville. Pourtant le parlement finlandais avait repoussé en 1993 toute idée d’un cinquième réacteur nucléaire, il ne l’a accepté en 2002 que par 107 voix « pour » et 92 « contre », soit une majorité de 54 % seulement. Pourtant en France, selon le comité des sages issu du débat national sur l’énergie, l’urgence d’une nouvelle construction de réacteur n’était pas clairement démontrée.

La Biosphère sait qu’il faut des centaines d’années de réajustements itératifs pour trouver un équilibre précaire dans un écosystème, les humains croient qu’ils peuvent tout faire dans l’immédiat alors qu’ils ont très peu de réserves d’uranium et que le problème des déchets nucléaires n’est pas encore résolu !

21.10.2005 Relance du nucléaire ?

La groupe français Areva a créé une société commune avec la compagnie d’électricité américaine Constellation dans le but explicite de construire aux USA quatre réacteurs nucléaire EPR. Depuis 1978, aucune tranche n’avait été commandé aux USA. En effet l’opinion publique avait été marquée par l’accident dans la centrale de Three Mile Island (Pennsylvanie) en mars 1979 et par la catastrophe de Tchernobyl en avril 1986. De toute façon le pays possède déjà un parc de 104 réacteur assurant 21 % de sa production électrique, mais G.Bush veut maintenant aller au-delà et plaide : « Plus d’énergie nucléaire rendra notre nation plus sûre et moins polluante. Il est temps pour ce pays de commencer à nouveau à construire des centrales nucléaires (discours du 22 juin 2005) ».

La Biosphère sait qu’il faut des centaines d’années de réajustements itératifs pour trouver un équilibre précaire dans un écosystème, pourtant les humains croient qu’ils peuvent tout faire dans l’immédiat alors qu’ils ont très peu de réserves d’uranium et que le problème des déchets nucléaires n’est pas encore résolu !

4.11.2005 Des plantes indociles

Le colza est un hybride naturel de la navette (Brassica rapa) et du chou (Brassica oleracea) et dans cette lignée, il est donc susceptible de se croiser avec nombre de ses cousins, crucifères ou brassicacées. Des variétés transgéniques de colza qui tolèrent les insecticides pourraient donc donner cette caractéristique à de « mauvaises » herbes au détriment des cultures humaines. Une étude anglaise(Farm scale evaluation) a d’ailleurs démontré que ce n’était pas une simple hypothèse, même si les rares hybrides observés perdaient cette résistances au fil des générations. L’étude insiste cependant sur un autre inconvénient du colza : sur chaque mètre carré cultivé, de 1000 à 6000 graines tombent sur le sol et les repousses sont extrêmement fréquentes, d’autant plus que les graines peuvent demeurer en terre de cinq à dix ans avant de germer.

Quand la rotation des cultures est perturbée par l’exubérance des plantes, quand les humains continuent de disséminer leurs chimères génétiques, la Biosphère prévoit quelques catastrophes agricoles à venir.

16.11.2005 Pédagogie de la catastrophe

Le progrès technique n’est plus un choix de la conscience, mais une drogue à laquelle vous êtes tous accoutumés et à laquelle il est presque impossible de renoncer volontairement : même le militant écologiste au sortir d’une réunion pour sauver la planète retourne le plus souvent chez lui en voiture et non à pied, tourne le commutateur plutôt que d’allumer la chandelle, prend une bière au frigidaire plutôt que d’aller tirer l’eau du puits et regarde la télévision en continuant de pester contre l’abêtissement de la société du spectacle. Seul un échec historique de la civilisation fondée sur l’utilitarisme et le progrès pourrait faire découvrir que le bonheur n’est pas de vivre en grand, mais de vivre bien. Seule une catastrophe du type pétroapocalypse pourra dessiller les yeux de tous ces adeptes plus ou moins fascinés par la technique.

La Biosphère attend, elle est patiente, très patiente, elle existe depuis 3,5 milliards d’années, les homo sapiens depuis 150 000 ans environ, la révolution industrielle depuis 200 ans seulement !

23.11.2005 Dynamique de la crise

Que ce soit au Canada, en Europe ou ailleurs, chaque pêcheur est aujourd’hui individuellement conscient que leur catégorie professionnelle va collectivement à la catastrophe. Mais chaque pêcheur sait également qu’en situation de rareté générale, le poisson qu’il ne prend pas immédiatement sera pris par un autre. Il est donc condamné à pêcher tout ce qu’il peut dans un minimum de temps tout en sachant pertinemment que cela aggrave le processus de catastrophe collective. Alors les Etats côtiers veulent étendre encore plus loin vers le large leur juridiction, mais cela ne suffit pas et ils doivent instaurer des quotas de pêche, puis subventionner une partie de leurs pêcheurs pour les empêcher de pêcher, enfin interdire un jour ou l’autre la pêche à la morue et aux anchois…

Il y a bien longtemps que les humains auraient du comprendre que l’ami des pêcheurs et l’ami des poissons fréquentent le même océan et que l’essentiel n’est jamais la dynamique de la croissance, mais la gestion collective de la stabilité.

29.11.2005 Divergences de PDG

L’environnement n’est pas un sujet de prédilection pour les dirigeants de grandes entreprises, c’est ce que démontre une étude française. S’ils admettent facilement leur ignorance de ces questions, le sujet provoque visiblement chez eux un certain malaise. Pourtant les qualificatifs qu’ils utilisent pour parler de la crise écologique sont éloquents : majeur, extrêmement important, sérieux, question fondamentale, ou même catastrophe. Mais le naturel revient rapidement : « Il n’y a pas lieu de s’inquiéter. La forêt, il y a un bon reboisement. On utilise le plus correctement ce que la planète a à nous offrir. L’eau est beaucoup moins polluée qu’il y a dix ans. L’air aussi, il y a des mesures qui sont prises ». Ils estiment aussi que le problème écologique, c’est avant tout un problème de surpopulation, mais aucun n’identifie le contrôle des naissances comme solution au problème de l’environnement. Les dirigeants, qu’ils soient d’ailleurs chefs d’entreprises ou responsables de partis, continuent à appréhender la tension économie/environnement du point de vue du profit et de l’emploi plutôt que du point de vue de l’environnement et de la démographie.

Pourtant, même si la population occidentale se stabilise, son empreinte écologique est tellement importante qu’il faudrait diviser ces populations par trois ou quatre pour maintenir un niveau de pression acceptable sur les écosystèmes « toutes choses égales par ailleurs », c’est-à-dire en maintenant le reste du monde dans la pauvreté. La Biosphère hurle alors : riches et pauvres, faites moins d’enfants !

Notre article le plus récent sur la réalité de la catastrophe

24 janvier 2025, Les villes soumises aux catastrophes

La catastrophe décrite en 2005 par notre blog Lire la suite »