anthropisation

Qui fabrique vraiment les lois environnementales ?

Socialter n° 70 (juin-juillet 2025)

Qui (dé)fait la loi ?

Le citoyen peut légitimement se demander qui fabrique vraiment la loi. Les parlementaires ne sont pas spécialistes dese sujts qu’ils défendent, ils s’appuient sur l’expertise extérieure. Mais le marché de l’influence est biaisé : l’asymétrie de moyens doublée d’une opacité tenace et d’un rapprochement des certains lobbys avec la droite et l’extrême droite renforcent considérablement les offensives anti-écolos. Ainsi la FNSEA, défenseur du modèle agro-industriel, a un budget annuel de 20 à 25 millions d’euros dont près de 3 millions est consacré au lobbying. Cela eut dire des salariés, des consultants, de vastes campagnes de communication, une réactivité quasi-instantanée à l’actualité, la capacité de rencontrer les élus tous les jours. Comme la vison court-termiste prédomine, les groupes d’intérêts peuvent jouer sur les micro-détails. Comme les voix les plus fortes étouffent les autres, il existe ainsi un forme de détournement de la représentation politique. Et désormais, quand une association porte une parole militante et critique, on menace de couper ses subventions. (pages 19 et 20)

Le recul de la démocratie environnementale (page 33-34)

Le droit à l’environnement a d’abord été conçu comme un droit à polluer. La première loi environnementale dans le monde a été instaurée en 1810 par Napoléon. Au début de l’industrialisation de la France, l’empereur se confronte aux plaintes de riverains qui saisissent les juridictions contre des projets ou des usines qui saccagent leurs terres. A la suite de ces plaintes, les juges ordonnent très souvent la fermeture ou la suspension de l’activité industrielle en cause. En réaction, Napoléon demande au chimiste Chaptal, ancien directeur de la poudrerie de javel, de pallier cette difficulté. Plutôt que de laisser aux juges la capacité de détermine le niveau de pollution admissible , cette compétence est délégué à l’administration. Dorénavant tous les textes issu du Code de l’environnement résultent de cette histoires : ils sont au service de l’industrie et du système agroalimentaire. On peut polluer en dessous d’un seuil admissible fixé par l’administration selon son bon vouloir. Depuis l’arrivée de Macron au pouvoir en 2017, nous assistons même à un mouvement de régression, en particulier concernant la participation du public au processus décisionnel et l’accès à la justice… Le champ de l’enquête publique a été réduit : elle se déroule désormais en ligne, sans réunion publique et sous des délais plus courts.

D’où le résultat suivant : punchliners en roue libre (page 44 à 46)

Christophe Guilloteau (LR): « J’en ai assez de ces associations de danseurs aux pieds nus qui viennent nous expliquer ce que nous, élus, on doit faire sur nos territoires…. Je ne suis pas prêt à ce que mes enfants mangent des graines tous les jours et fassent de la bicyclette tous les jours. »

Pierre Meurin (RN) : La commission nationale du d&bat public est l’incubateur des soirées mondaines de tous vos lobbys écolos, antinucléaires, favorables aux zones à faible émission, etc. »

Laurent Wauquiez (LR) : L’Office français pur la biodiversité est une coalition d’idéologues qui empêche les agriculteurs de travailler et de vivre dignement. »

Olivier Andriès (directeur groupe Safran) : Si c’est pour se faire accueillir, quand on crée 500 emplois dans une région, par des tomates, ce n’est pas la peine, je ne le ferai pas. »

Emmanuel Macron (locatarie de l’Elysée) : « Arrêtons d’emmerder les Français. »

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La lucidité par temps d’effondrement écologique

résumé du livre de Jean-Marc Gancille

« Ne plus se mentir » (Rue de l’échiquier, 2025)

« Le discours lénifiant des « petits gestes citoyens » implore les élites de transformer un système qu’elles ont structurellement conçu à leur profit et qui sur-détermine la capacité d’action des citoyens. Mais les faits sont têtus, toujours pas de transition énergétique, encore moins d’économie régénératrice, toujours la même hypocrisie techno-solutionniste et des polluants partout, des pluies diluviennes et des méga-feux. Aucune opposition sérieuse au bulldozer productiviste. Car au plan individuel, qui est prêt à réduire son salaire, à vivre dans la frugalité, à renoncer à une grosse part de confort, de sécurité, de santé par souci du climat et de la biodiversité ? A peu près personne. Il y a peu d’intérêt à sacrifier son mode de vie quand une grande majorité de ses voisins jouent les passagers clandestins, quand la plus grande partie de l’humanité aspire à toujours plus et quand les plus chanceux en tirent des revenus indécents. Les États-Unis viennent d’élire haut la main un président ultra-conservateur, menteur, misogyne, populiste et raciste, climato-négationniste et opposé à toute réglementation environnementale, qui a fait du forage tous azimuts l’une de ses promesses de campagne. Le système dominant ira au bout de sa logique quel que soit le qualificatif utilisé, capitalisme, néolibéralisme, productivisme, croissancisme, civilisation thermo-industrielle…

Il est grand temps de ne plus se mentir : la transition écologique n’existe pas. Nous avons lamentablement échoué à mobiliser la société. La formule « écouter la forêt qui pousse plutôt que l’arbre qui tombe » évite de se poser la question du pourquoi de la tronçonneuse et des moyens d’y mettre fin. Symbole de la résistance ultime, la journée sans achat, événement parfait pour faire le buzz chaque année pour mieux oublier les 364 jours suivants. Derrière les promesses de neutralité carbone des énergies renouvelables se cachent des infrastructures lourdes avec leur millions de batteries, câbles, serveurs, terminaux, microprocesseurs… tous composés de métaux rares (bismuth, cobalt, germanium, tantale, etc.) dont l’extraction, le traitement, la mise en œuvre et la fin de vie sont extrêmement polluants et massivement émetteurs de gaz à effet de serre. Pris isolément, l’achat d’un véhicule électrique semble une bonne « solution » verte et propre. Mais une telle individualisation de la problématique occulte la question systémique de sa généralisation. Qui aujourd’hui peut affirmer qu’il connaît ou travaille dans une entreprise dont le modèle est, au mieux, neutre pour l’environnement ? Personne.

Atténuer le changement climatique suppose des choix impopulaires. Il faudrait renchérir substantiellement le coût des énergie fossiles et des biens de consommation émetteurs de CO2, décourager drastiquement de prendre l’avion, prévoir la fin de la voiture individuelle, populariser les économies d’énergie, limiter la consommation de viande et de poisson, éliminer les emplois néfastes à l’environnement, voire mettre en œuvre des politiques aujourd’hui taboues de limitation des naissances, etc. En parallèle à cette bataille des consciences, la guerre écologique devrait s’attaquer aux obstacles structurels. Il ne s’agit ni plus ni moins que de reconvertir en un temps record la globalité d’un système sédimenté depuis la révolution industrielle sur le principe d’une croissance économique reposant sur les énergies fossiles. Il serait donc urgent de remettre en cause une organisation spatiale façonné par la logique productiviste qui tire profit de la densification urbaine, de la logistique en flux tendus, de l’hyper-mobilité. Le processus de mondialisation des échanges doit être remplacé par une relocalisation des activités. Il faut en finir avec la construction de routes supplémentaires, de supermarchés, d’extension urbaines. Il faut rapprocher lieux de travail et domicile, combattre l’habitat pavillonnaire et la possession de résidences secondaires, etc.

Dans quelques direction que l’on porte son regard, il devient certain qu’aucune de ces mesures radicales ne sera adoptée. Nous sommes passé maître dans l’art de la substitution causale pour défausser nos responsabilité sur les autres, le riches, les pauvres, les Chinois, le capitalisme.. . Gare au blasphème de la décroissance, cet épouvantail bien pratique qui renvoie directement à la case « Caverne éclairée à la bougie » sans passer par la case « Je réfléchis deux secondes ». Dans une interview, Jeff Bezos : « Nous ne voulons pas vivre dans un monde rétrograde. Nous voulons que la population continue à croître sur cette planète. Nous voulons continuer à utiliser plus d’énergie par personnes…. » « Nous voulons, nous voulons… », mais nous ne pourrons pas. Pour une raison très simple qu’exprime l’équation de Kaya : la croissance des émissions de CO2 résulte d’une progression du PIB mondial par habitant, de la poursuite de la croissance de la population et de l’intensité énergétique soutenue du PIB. Il y a donc fort à parier que l’ampleur du réchauffement climatique ruinera le rêve de monsieur Bezos. Du point de vue de la physique, il est insensé de penser que l’on puisse réduire les émissions de gaz à effet de serre significativement sans réduire massivement notre consommation énergétique. Depuis 1970, chaque augmentation de 1 % du PIB mondial a été accompagné d’une augmentation de 0,6 % de l’énergie primaire. Ce rapport est presque constant. Et pendant ce temps-là, l’habitabilité de la Terre se dégrade et le vivant s’effondre. »

Commentaire 

Cet auteur est très pessimiste sur la mise en pratique des recommandation radicales :

« On aura beau s’agiter en tous sens en clamant « il n’est pas trop tard », il est désormais certain qu’il n’existe aucune porte de sortie pour s’extraire de la situation dans laquelle nous nous sommes empêtrés… Au premier rang de ces inerties, une opposition farouche de la population elle-même. Une majorité de la population vit aujourd’hui de ce qui détruit environnement, nuit à la santé et hypothèque l’avenir de sa descendance. Nos élus sont enlisés dans une logique d’intérêts qui rend impossible l’application d’un tournant radical devenu nécessaire. Une tyrannie pourrait prendre les mesures qu’exige un avenir menaçant, mais qui peut raisonnablement croire en une dictature éclairée et bienveillante exercée au nom de l’intérêt général ? Margaret Mead affirmait : » Ne doutez jamais qu’un petit groupe d’individus conscients et engagés puisse changer le monde. Ça s’est toujours passé ainsi ». Sauf que l’histoire nous enseigne que des conditions propices sont indispensables pour que ce petit groupe arrive à ses fins. Et pour l’instant elles ne sont pas réunies. »

« Pour l’instant », écrit Jean-Marc Gancille. Mais un changement d’imaginaire social ne peut arriver que dans la durée et quand les temps sont propices. Le message de Jésus-Christ a mis des centaines d’année pour s’institutionnaliser et les prophéties marxistes du pouvoir au peuple ne se sont jamais vraiment concrétisées. Aujourd’hui les conditions sont entièrement nouvelles par rapport à une époque où on croyait les ressources terrestres illimitées. La croissance reste encore une idéologie de référence, mais accroît nos problèmes. Notre Maison commune, la Terre, devient punitive à notre égard et nous envoie des avertissements : réchauffement climatique, stress hydrique, pénuries de ressources, etc. Il n’y a pas de classes sociales antagonistes, nous sommes tous dans le même bateau qui est en train de couler. Quand il n’y aura plus d’échappatoire pour personne sur une planète devenue globalement invivable, il faudra bien trouver de nouvelles modalités pour (sur)vivre ensemble. Alors le changement d’imaginaire social pourrait sans doute se faire rapidement.

Jean-Marc Gancille constate page 54 : « Nulle surprise à ce que dans ce contexte délétère émergent des mouvements plus virulents, revendiquant le recours à des formes d’actions violentes et radicales. » Après les manifestations pacifiques, ce n’est là aussi qu’une étape d’une conscientisation écologique. Mais détruire les biens nuisibles aux humains et à leur environnement pourrait accélérer le mouvement. Nécessité fait loi.

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Nous traumatisons l’ensemble des animaux

Après des milliers de tests rigoureux, les biologistes ont maintenant identifié le son le plus effrayant de la nature… Des léopards lâchent précipitamment leur proie, des rhinocéros détalent soudain à vive allure, des zèbres abandonnent leur point d’eau en pleine saison sèche, des kangourous se mettent en hypervigilance… Croyez-le ou non, ces scènes de panique ont été déclenchées par une voix humaine, simplement diffusée par des enceintes fixées sur les arbres pour les besoins de l’expérience. Ce qui terrorise à ce point la faune sauvage se résume à l’enregistrement de quelques mots prononcés par un banal homo sapiens sur le mode d’une conversation anodine, avec le ton monocorde d’un présentateur de la BBC et un volume sonore très raisonnable d’environ 60 décibels. Plus troublant encore, ce phénomène de terreur est détecté absolument partout dans le monde. A chaque fois la voix humaine déclenche au moins deux fois plus souvent la fuite que les hurlements du grand prédateur local.

A vrai dire, il y a une certaine logique à ce que la faune sauvage se méfie de nous comme de la peste. Depuis des millénaires, notre espèce s’est caractérisée par des carnages répétés et sans précédent. Nous tuons ou capturons les membres d’environ 15 000 espèces, soit 300 fois plus que n’importe quel autre prédateur sur Terre. La faune a bien intégré le fait que nous sommes des superprédateurs. Avec nos armes, nos chiens de chasse et notre organisation sociale, nous sommes redoutablement dangereux.

Le son qui sort de notre gorge est devenu un énorme facteur de stress pour toute la biodiversité. N’importe quel biologiste a pu aussi constater que la faune était de plus en plus active la nuit pour mieux nous éviter.

Source : epsiloon, juillet 2025 (page 56-57)

sur notre blog, Des prédateurs omniprésents et terrifiants, les humains

extraits : L’humain a pris possession de la planète. Principale espèce envahissante de notre globe, il a déjà modifié les trois quarts de la surface terrestre. Devant cette progression, la plupart des animaux ont choisi la fuite : plus loin des villes ou des axes routiers, plus haut dans les montagnes, au plus profond des forêts. Mais ce déplacement spatial n’est ni toujours possible, ni nécessairement suffisant. Pour vivre heureux, de nombreux mammifères ont donc trouvé une autre parade, « l’ajustement temporel ». En termes plus simples, ils ont adopté un mode de vie nocturne. Et cela dans des proportions notables : en moyenne, les mammifères ont vu leur « nocturnalité » croître d’un facteur 1,36. Autrement exprimé, un animal qui partage, en temps normal, son activité à parts égales entre jour et nuit porte la part nocturne à 68 % lorsque l’homme vient roder dans les parages. Au Népal, les humains et les tigres empruntent les mêmes sentiers, mais pas à la même heure….

Le point de vue des écologistes malthusiens

Notez que l’humain et le loup se ressemblent, ils chassent en meute. Ce sont des prédateurs en haut de la chaîne alimentaire qui doivent en conséquence réguler leur population en proportion des ressources à leur disposition. Le loup limite sa reproduction au seul couple dominant de la meute pour ajuster ses effectifs aux ressources disponibles. Quand les proies se font rares, la meute reste parfois deux ou trois ans sans mises bas ! Ce comportement est d’autant plus admirable que le loup, bien qu’intelligent, ne dispose pas de cet outil prospectif unique au monde qu’est le néocortex humain. Un outil en l’occurrence totalement déficient : l’espèce humaine s’avère incapable d’accepter, ni même de discerner une limite à sa propre prolifération. Au contraire elle a tout fait pour croître et se multiplier. En France, 1 104 loups en 2023 pour 67 millions d’humains : cherchez l’erreur ! Le problème essentiel est que l’espèce homo sapiens s’est propagée au détriment de presque toutes les autres.

Qui pourra nous débarrasser du prédateur suprême qui ose lui-même se déclarer comme espèce « Homo sapiens » alors que c’est l’animal le plus féroce d’entre tous, qui tue sans discernement et sans réel besoin même à l’intérieur de sa propre espèce ?

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Que signifie « la nature », rien pour les urbains !

Les enfants français passent dix fois moins de temps dehors qu’il y a trente ans. Près de 40 % des enfants de 3 à 10 ans ne jouent jamais dehors en semaine. Ce déficit de nature engendre un isolement sensoriel, un appauvrissement de l’imaginaire, un mal-être croissant. On apprend de la nature encore faut-il s’y immerger.

Julien Vitores : Il circule une idée de sens commun selon laquelle il y aurait une proximité instinctive entre les enfants et la nature. Ce qui semble être du sens commun est en réalité socialement situé. L’approche sociologique permet de montrer qu’il y a différentes manières d’appréhender la nature ; chacun y voit ce qu’il veut. La nature devient un révélateur des logiques sociales, voire de conflits de valeurs. Il y a vingt ou trente ans, il fallait emmener son enfant au musée, aujourd’hui,c’est l’emmener dans la forêt pour la bourgeoisie. Dès 5 ou 6 ans, les enfants des catégories favorisées peuvent pointer le lion et le chat comme étant de la même famille, sans forcément se souvenir du mot « félin ». Si une sortie-nature est assurée par une naturaliste, les enfants ne vont pas expérimenter la même chose que sous la responsabilité d’un chasseur…

Le point de vue des écologistes

Il n’existe pas à ce jour d’éthique chargée de définir les relations de l’homme à la terre, ni aux animaux, ni aux plantes qui vivent dessus. Il faut donc valoriser une éthique de la terre et montrer la responsabilité individuelle face à la santé de la terre, c’est-à-dire sa capacité à se renouveler elle-même. L’écologie, c’est cet effort pour comprendre et respecter cette capacité. Le progrès n’est pas de faire éclore des routes et des paysages merveilleux, mais de faire éclore le sens de l’observation dans des cerveaux humains. Par exemple le chasseur ne devrait pas être cette fourmi motorisée qui envahit les continents avant d’avoir appris à « voir » le jardin à côté de chez lui. La relation à la terre est actuellement une relation de propriété comportant des droits, mais pas de devoirs. D’ailleurs pour l’homme des villes, il n’y a plus de relation vitale à la terre. Lâchez-le une journée dans la nature, si l’endroit n’est pas un terrain de golfe ou un « site pittoresque », il s’ennuiera profondément. Les pratiques de protection de l’environnement ne sont que des soulagements partiels apportés à la douleur de la communauté biotique.

Aldo Leopold : « Cessez de penser au bon usage de la nature comme à un problème exclusivement économique. Une chose est juste quand elle tend à préserver l’intégrité, la stabilité et la beauté de la communauté biotique, elle est injuste lorsqu’elle tend à l’inverse. »

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Grandir au contact de la nature, impératif

extraits : Alors que l’Allemagne, la Suisse ou les pays nordiques ont depuis longtemps intégré le plein air à leur pédagogie, la France est à la traîne. Dans une tribune au « Monde », un collectif d’élus et de professionnels de l’éducation appelle à systématiser par une proposition de loi des sessions de classe dehors, sur tout le territoire….

Enfants coupés de la nature, civilisation sans âme

extraits : « Quoi ? Pieds nus dans l’herbe ? Ça va pas la tête ! C’est dégoûtant. Il y a des bêtes… » Dans un monde normal, on découvre le contact direct avec la terre dès qu’on commence à marcher. Aujourd’hui, quatre enfants sur dix (de 3 à 10 ans) ne jouent jamais dehors pendant la semaine. Et les petits franciliens sortent encore moins. Quand on ne sait plus grimper aux arbres et jouer dans l’herbe, on se déconnecte aussi de tout contact avec le sensible, notre odorat, notre toucher. Quand un enfant joue dehors, la nature lui offre des défis variés, il a l’occasion de prendre des décisions, de résoudre des problèmes. Mais tout retient les enfants à intérieur des habitats, l’attrait des écrans, l’urbanisation, les « dangers » de l’apprentissage de l’autonomie. Des enfants dénaturés, le constat est terrifiant. Comment devenir écolo dans un tel contexte ?….

Notre très inquiétante séparation d’avec la nature

extraits : Que reste-t-il de la vraie nature dans nos villes, nos intérieurs aseptisés, nos supermarchés climatisés, nos jardinets engazonnés, nos autoroutes embouteillés et nos parcs d’attraction ? A la maison, à l’école ou au travail, quand sommes-nous en contact sensoriel avec la texture de la terre, la lumière, les cycles de la terre, les esprits des arbres, la puissance de la vie ? Où et comment apprenons-nous cela ? De par leur formatage intérieur dès la petite enfance, nombre de personnes sont – existentiellement et émotionnellement – trop séparées de la nature pour être véritablement touchés par les maux qui l’affectent. Fruit de la modernité, la culture de la société industrielle est déconnectée de son substrat naturel. Nous savons notre impact écologique négatif, mais nous n’y prêtons guère attention, car la nature ne fait plus vraiment partie de notre être et de notre vie….

JDE (août 2013) : Quelle nature voulons-nous protéger ?

extraits : Les parcs et réserves naturelles ne couvrent que 1 % du territoire. Vouloir protéger ces 1 % n’est certainement pas de l’intégrisme. Plus un territoire est petit, plus la biodiversité est réduite. Je constate aussi que 98 % de la biomasse des vertébrés est constituée de l’espèce humaine et de ses animaux domestiques. Il reste seulement 2 % pour les écureuils et tous les animaux sauvages. Le réjouissant, c’est l’herbe qui repousse sur les trottoirs…

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Malthus prévoyait la multiplication des épidémies

Surpopulation humaine, surpopulation de nos élevages, monocultures, les épidémies ont de beaux jours devant elles. Nous mourrons en masse par où nous avons péché : notre fécondité sans frein.

– La dermatose nodulaire contagieuse détectée pour la première fois dans l’Ain, les bovins du foyer contaminé seront abattus. Cette épizootie est un coup dur pour l’élevage en France, après une année 2024 marquée par la recrudescence de la maladie hémorragique épizootique et de la fièvre catarrhale ovine.

Maladie virale, la pathologie conduit à « des pertes de production importantes » qui peuvent aller « jusqu’à la mort d’une partie du cheptel infecté » (environ 10 %), selon le ministère de l’agriculture. La maladie provoque notamment fièvre, chute de lactation, hypertrophie des ganglions lymphatiques et nodules sur la peau et les muqueuses. Pour stopper la propagation de la DNC, transmise via des insectes piqueurs, l’Etat a lancé, le 18 juillet une vaste campagne de vaccination concernant 310 000 bovins…

La bactérie tropicale « Ralstonia solanacearum » fait trembler les maraîchers de la vallée du Loir

Elle s’appelle Ralstonia solanacearum et c’est une bactérie redoutable. Familière des régions tropicales et subtropicales, elle s’est aujourd’hui implantée dans la vallée du Loir, faisant frémir les maraîchers qui irriguent leurs cultures avec l’eau de la rivière. Ce pathogène des végétaux a en effet un faible pour les solanacées, cette famille de légumes qui regroupe tomates, pommes de terre, aubergines, poivrons et autres piments, qu’il fait dépérir en quelques jours.

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Virus humain, virus porcin, virus des végétaux

extraits : Comment ne pas penser au virus Sars-Cov-2 quand il s’agit du virus PPA ? L’Allemagne, la Belgique, la Chine, la France, le monde entier est concerné par la peste porcine. La gravité et la contagiosité du virus rend nécessaire l’identification de la zone infectée, l’élimination des animaux touchés, la désinfection complète du site et le contrôle des déplacements des suidés et matières à risque. La peste porcine africaine (PPA) est une maladie animale qui touche exclusivement les porcs domestiques et les sangliers. Faute de traitement efficace connu, les porcs et autres suidés malades doivent être abattus, enterrés ou incinérés dans les conditions sanitaires appropriées. Comme pour la pandémie humaine, le confinement devient obligatoire et le contrôle aux frontières omniprésent….

Hier le Covid-19, demain le H5N1…

extraits : Le virus H5N1 circule intensément dans les élevages bovins américains, il est donc un bon candidat pour être le fauteur de la prochaine pandémie. La grande taille des exploitations et la faible diversité génétique des animaux font office de chambre d’amplification ; la charge virale dans l’environnement augmente, l’infectivité et la pathogénicité des virus aussi ; la faune sauvage se réinfecte au contact d’animaux domestiques ; ses déplacements contribuent à distribuer le pathogène sur tous les continents. Depuis mars 2024, l’émergence dans plusieurs Etats américains du clade 2.3.4.4b du virus grippal aviaire hautement pathogène H5N1 chez des mammifères non carnivores constitue un changement épidémiologique….

Épidémies, la fatalité du grand nombre

extraits : L’élevage en batterie des humains et des animaux ne présage rien de bon, la concentration accentue les risques de contamination. La pandémie humaine s’est propagée à la planète entière, il en est de même de la peste porcine. Et les végétaux ne sont pas à l’abri d’une infection virale.  À population nombreuse, consommation de masse, production de masse dans des conditions désastreuses, risque croissant d’épidémie. Le risque de contamination entre animaux humains et non-humains se double du risque alimentaire au niveau végétal. La fin des épidémies expliquait pour une part l’explosion démographique, mais la surpopulation implique des risques croissants d’épidémies. C’est ce qu’on appelle une causalité circulaire. Quelques exemples récents

EFG, Épidémie, Famines, Guerres… normal

extraits : Malthus avait tout prévu dès 1798, l’épidémie, la famine, les guerres. Dans son « Essai sur le principe de population », il ramenait les causes multiples de ces dysfonctionnements à une cause principale, la non maîtrise de sa fécondité par l’espèce humaine. Dans une note, Malthus précisera son idée de fond : « A ce qu’il me semble personnellement, celui qui indique le moyen d’atteindre un mieux relatif est un bien plus grand bienfaiteur de l’humanité que celui qui se contente de discourir sur les tares de la société actuelle et la beauté d’une société différente, sans indiquer une méthode concrète pour accélérer notre progression de l’une vers l’autre. » A son avis, il était donc nécessaire de réguler l’évolution de la population à un niveau compatible avec les ressources alimentaires….

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Rupture, STOP aux résidences secondaires

De Royan à Annecy et de Biarritz à Bonifacio, des villes très touristiques ou attractives disent stop aux nouvelles résidences secondaires

Véronique Chocron : Il y a sur les sites touristiques un énorme problème de logement pour les résidents, il n’y a tout simplement pas de locations à l’année et, pour acheter, les prix sont très élevés. Une toute nouvelle disposition législative, la loi Echaniz-Le Meur votée en novembre 2024, permet d’interdire la construction de résidences secondaires. Cette possibilité inédite rencontre aujourd’hui un véritable succès auprès des élus locaux, quelle que soit leur étiquette politique. Tous sont confrontés au défi de loger leurs administrés dans des villes submergées par des maisons aux volets clos et des meublés de tourisme…

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Interdiction d’avoir plus de deux logements

extraits : Interdiction de posséder plus de deux logements, ce serait une mesure bien plus efficace ! L’urgence écologique impose des mesures radicales, on doit le dire même si c’est mal perçu dans l’immédiat. La transition énergétique, que la fin des énergies fossiles et le réchauffement climatique rendent nécessaire, ne sera pas facile. Mais la meilleure façon de s’afficher comme un citoyen responsable vis-à-vis des générations futures est d’habiter une petite maison, une seule, près du boulot, qui consommera automatiquement moins de tout et réduira les émissions de gaz à effet de serre. N’oublions pas que chaque logement qui se construit, chaque habitat pavillonnaire qui s’étend à l’extérieur des villes, chaque résidence secondaire… empiète sur le territoire des autres espèces et explose l’empreinte écologique. Ajoutons l’interdiction du tourisme, et le climat s’en remettra peut-être….

votez PPLD… (Parti pour la décroissance)

Voici  les objectifs du Parti Pour La Décroissance, qui présente une douzaine de candidats aux législative françaises de 2007 :

1 – Démantèlement des agences de publicité, véritable organe de propagande de la société de consommation.

2 – Sortie de l’habitat pavillonnaire. Ce style d’habitat est un véritable fléau environnemental et social.

3 – Sortie progressive de l’automobile et de sa civilisation.

4 – Sortie progressive des énergies fossiles au profit de la sobriété énergétique.

5 – Relocalisation progressive de l’économie.

6 – Démantèlement progressif des multinationales, développement des petites entités économiques pour favoriser l’emploi local.

7 – Instauration progressive d’un Revenu maximum autorisé à hauteur de trois fois le SMIC.

 8 – Interdiction de posséder plus de deux logements.

 9 – Mise sous tutelle démocratique de la recherche pour la réorienter vers des objectifs écologiques.

10 –Sortie du sport professionnel au profit des sports amateurs et interdiction des sports et loisirs motorisés.

Bien entendu, un tel programme reçoit l’approbation pleine et entière de la Biosphère…

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La tête de nos dirigeants dans un sac de plastique

Toutes les conférences internationales ont échoué, sur le climat, sur la biodiversité, sur la désertification et celle sur le plastique ne fait pas exception. Le niveau de production de plastiques, aujourd’hui hors de contrôle, pourrait atteindre le milliard de tonnes par an d’ici à 2050, et les déchets plastiques s’accumulent et polluent l’ensemble des écosystèmes, sachant qu’à ce jour moins de 10 % sont recyclés à l’échelle planétaire. Or, on dispose maintenant de données scientifiques claires pour dire que le niveau de pollution plastique est directement lié à son niveau de production. Les pays producteurs de pétrole « contestent complètement » l’évidence scientifique.

Sylvie Burnouf : Après l’échec de celle qui devait déjà être la dernière et qui s’était tenue fin 2024 en Corée du Sud, l’ultime session de négociations le 15 août 2025 pour parvenir à un traité mondial juridiquement contraignant pour lutter contre la pollution plastique et ses effets délétères sur l’environnement et la santé humaine s’est finalement soldé par un échec cuisant. Aucun terrain d’entente n’a pu être trouvé entre la centaine de pays dits « de haute ambition » partisans d’un traité limitant la production de plastique et s’attaquant à l’ensemble de son cycle de vie et de l’autre, un petit groupe de pays dits « obstructeurs », dont les pays du Golfe, l’Iran et la Russie, producteurs de pétrole et de gaz, qui veulent limiter la portée de ce texte à la seule question de la gestion des déchets et du recyclage. Le processus de décision, qui repose sur l’obtention d’un consensus, « ne fonctionne pas ».

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Nous aimons nous baigner dans un océan de plastique (avril 2018)

extraits : Entre 1950 et 2015, 8,3 milliards de tonnes de plastique ont été produites. Conséquence, les mers et les océans, grandes poubelles du monde, ont commencé à se plastifier. Si rien ne change, les océans pourraient contenir plus de plastique que de poissons dès 2050 : le ratio était de 1 tonne de plastique pour 5 tonnes de poisson en 2014, il sera de 1 pour 3 en 2025. Alors, la ­ « plastisphère » l’aura emporté sur la biosphère marine. Nous connaissons pourtant les solutions, le recyclage, l’interdiction des bouteilles d’eau en plastique, le remplacement de tous nos ustensiles et jouets par du bois ou du métal, la sobriété dans notre consommation générale. Pour arriver à ce résultat, il faudrait taxer lourdement chaque objet en plastique, mettre en place des consignes, vendre bien plus cher les produits emballés que les produits en vrac….

La fausse disparition des sacs en plastique (juillet 2017)

extraits : Selon les estimations des industriels, les bioplastiques[2] pourraient connaître une croissance de 50% au cours des 5 prochaines années. Cette tendance n’est pas sans soulever des interrogations d’un point de vue environnemental. Au niveau de la production, les plastiques biosourcés nécessitent des matières végétales dont les modes de culture sont parfois très impactants (utilisation d’engrais, de pesticides…) et qui concurrencent la production d’aliments. Par ailleurs, tous les sacs biosourcés ne sont pas nécessairement biodégradables et compostables, ce qui aboutit à des messages inintelligibles pour les consommateurs qui sont complètement perdus dans les terminologies….

Dans nos archives 

9.11.2005 Fertilité masculine en péril !

Une étude américano-danoise indique que plus l’exposition de la mère pendant la grossesse à des phtalates (présents notamment dans les plastiques et les pesticides) a été importante, plus la distance séparant l’anus de la base du pénis de l’enfant est faible. Cette distance anogénitale est un indice de « masculinisation » et c’est donc la première démonstration de l’influence des perturbateurs endocriniens sur la différenciation sexuelle au cours de la vie fœtale.

28.05.2005 Sacs-poubelle

La ville de Bombay interdisait les sacs en plastique en 2000, l’Etat du Bengale fin 2001, le Bangladesh en mars 2002, la France hésite encore en l’an 2005. Pourtant le polyéthylène est non seulement une pollution visuelle, mais provoque des maladies chez les animaux qui les avalent, bloquent les égouts et polluent les sols. Il faut dire aussi que les substituts comme le polyéthylène additivé se délite en micro-particules durables, elles aussi nuisibles à l’environnement….

La tête de nos dirigeants dans un sac de plastique Lire la suite »

A partir du 24 juillet 2025, la Terre vivait à crédit

Selon le Global Footprint Network, le jeudi 24 juillet 2025 était le « jour du dépassement » écologique, A partir de cette date, c’est-à-dire en moins de sept mois, l’humanité a consommé plus de ressources naturelles et émis plus de gaz à effet de serre que la Terre n’est en capacité d’en produire ou d’en absorber au cours d’une année. A ce rythme, il faudrait 1,8 planète pour subvenir aux besoins des humains. Or nous n’en avons qu’une seule à disposition !

Un appel à l’action intitulé #movethedate (« repousse la date ») propose des solutions pour réduire l’empreinte écologique : instaurer une taxe carbone de 100 dollars la tonne serait la mesure la plus efficace : elle ferait gagner 63 jours avant le « dépassement ». La maîtrise de la fécondité déplacerait la date de 49 jours et le développement des énergies renouvelables 26 jours.

Anne-Aêl Durand : Pour mesurer la pression de l’activité humaine sur un territoire, il suffit de comparer deux notions : L’empreinte écologique de la population, soit l’ensemble des ressources naturelles dont l’humanité a besoin pour se nourrir, se loger, se déplacer et compenser les déchets qu’elle génère. Cette notion est ensuite ramenée à une surface : un pâturage pour le bétail, une forêt pour le bois, un océan pour les poissons… mais aussi la surface nécessaire pour absorber le CO2 produit par les activités humaines. La biocapacité ou capacité biologique d’un territoire, c’est-à-dire la surface nécessaire pour produire des ressources naturelles et services écologiques renouvelables. La biocapacité de la Terre était estimée à 12 milliards d’hectares globaux, alors que les humains utilisent l’équivalent de 20 milliards d’hectares par an, soit 1,7 fois plus. Au-delà du nombre d’habitants sur terre, l’épuisement des ressources est surtout lié à leur mode de vie : un habitant du Qatar aura consommé l’équivalent d’une année de ressources dès le 6 février et un Français le 19 avril. En revanche, l’Uruguay est quasiment à l’équilibre, avec un « dépassement » seulement à la fin décembre.

Mais la méthodologie est affinée chaque année, ce qui fait fluctuer la date fatidique et fragilise les comparaisons. Lorsque LE MONDE a publié un article à ce sujet en 2015, le dépassement survenait le 13 août. Or les dernières données publiées en 2025 fixent désormais le dépassement au 4 août 2015. D’autres indicateurs écologiques ne sont pas pris en compte : l’épuisement des ressources non renouvelables (charbon, pétrole, uranium), l’érosion de la biodiversité, la pollution de l’eau, de l’air ou du sol… ce qui pourrait gonfler encore davantage l’empreinte humaine.

Le point de vue des écologistes effondrés

L’impact des humains sur l’environnement est le produit de 3 facteurs selon l’équation IPAT (Proposée dans les années 1970 par Paul Ehrlich et John Holdren) : I=PxAxT

• I = Impact environnemental global
• P = Population (nombre de personnes). Plus il y a d’humains, plus la pression globale peut augmenter.
• A = Affluence = niveau de consommation ou de revenu par personne.Plus chaque personne consomme (ex. : énergie, biens, nourriture), plus l’impact augmente.
• T = Technologie. Selon le niveau d’efficacité ou de propreté de la technologie, l’impact est plus ou moins élevé.
L’équation montre que réduire l’impact peut se faire en réduisant la population (P), consommant moins (A), ou utilisant des technologies T plus propres. Or on refuse d’agir sur la démographie, on refuse toute atteinte à son niveau de vie et les technologies sont de plus en plus gourmandes en ressources et destructrices de l’environnement !

Claude Levi-Strauss : « J’imagine que l’humanité n’est pas entièrement différente des vers de farine qui se multiplient à l’intérieur d’un sac et qui commencent à s’empoisonner par leur propres toxines bien avant que la nourriture ou même l’espace physique ne leur manque. Nous sommes habitués par toutes nos traditions intellectuelles à une échelle de rapports entre l’humanité et la planète qui est en train de se transformer de manière radicale et je ne suis pas du tout persuadé que nous soyons moralement, psychologiquement, peut-être même physiquement équipés pour y résister. »

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2 août 2023, le jour du dépassement

« Jour du dépassement » ce 28 juillet 2022

29 juillet 2021, « le jour du dépassement »

22 août 2020, Jour du dépassement

29 juillet 2019, jour du dépassement

Le Jour du dépassement, aujourd’hui 1er août 2018

13 août 2015, le jour du dépassement des limites

Le jour du dépassement, 19 août 2014 : tous aux abris !

Aujourd’hui 22 août 2012, le jour du dépassement

le jour du dépassement, 27 septembre 2011

le jour du dépassement, 21 août 2010

références bibliographiques

Notre empreinte écologique de Mathis WACKERNAGEL et William REES (1996)

L’empreinte écologique d’Aurélien Boutaud et Natacha Gondran (2009

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Assassiner un arbre, ce n’est pas bien

Dans la nuit du 27 au 28 septembre 2023, deux amis armés d’une tronçonneuse avaient conduit pendant quarante minutes jusqu’à un parking, marché vingt minutes dans l’obscurité et l’un d’eux avait filmé l’autre pendant qu’il abattait l’arbre, lui envoyant ensuite la vidéo. Le Sycamore Gap Tree, érable sycomore majestueux niché depuis plus de cent ans entre deux collines dans le nord de l’Angleterre, était l’un des arbres les plus photographiés du pays. Le lendemain de leur méfait, Daniel Graham et Adam Carruthers s’étaient délectés de la couverture médiatique de l’affaire, se félicitant d’une histoire devenue « virale ». Ils ont été condamnés chacun, le 15 juillet 2025 à quatre ans et trois mois de prison par le tribunal. Les deux hommes n’ont jamais expliqué pourquoi ils s’en étaient pris au célèbre sycomore. Carruthers a juste expliqué qu’il ne comprenait pas l’émotion provoquée par la destruction de l’érable : « C’était juste un arbre ».

Lieu de mariage et de souvenirs familiaux, extrêmement photogénique, l’érable avait été élu arbre anglais de l’année en 2016.

Le point de vue des écologistes arboriphiles

– « La bêtise humaine est la seule chose qui donne une idée de l’infini .» (Ernest Renan)

– Il y a 3000 milliards d’arbres dans le monde alors que l’espèce humaine compte déjà plus de 8,2 milliards de membres, soit 366 arbres par personne. Mais avec la sécheresse, les incendies et l’artificialisation des sols, il ne restera bientôt plus de forêts pour se protéger de la chaleur et admirer la nature. Qu’on se rassure, on aura encore une image de notre passé forestier sur des écrans… tant qu’il y aura de l’électricité !

– A ceux qui voudraient y voir une sévérité de la justice britannique contre les attaques contre la nature, des militants écologistes qui avaient voulu bloquer des routes ont été condamnés, eux, à 6 ans de prison !

– « Il n’existe que deux choses infinies, l’univers et la bêtise humaine… mais pour l’univers, je n’ai pas de certitude absolue. » (Albert Einstein)

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L’arbre doit aussi avoir le droit de gagner en justice

extraits : On peut, du moment qu’il n’y a pas mort d’homme, complètement éradiquer les forêts… il suffit de payer quelques amendes. Contre cette lacune de la pensée anthropocentrique, il faut donc donner aux arbres le droit d’agir en justice. En 1972, Christopher D.Stone se posait cette question : “Should Trees Have Standing? Toward Legal Rights for Natural Objects”. Ce passage du statut d’objet naturel à celui de sujet de droit s’inscrit pour Stone dans la continuité du processus historique d’extension des droits légaux : après les étrangers, les femmes, les fous, les Noirs… les arbres. Nous prenons chaque jour des décisions pour le compte d’autrui et dans ce qui est censé être son intérêt ; or autrui est bien souvent une créature dont les souhaits sont bien moins vérifiables que ceux des rivières ou des arbres.

Les arbres et les loups, à aimer tous deux

extraits : La nature subit impassible la puissance de nos coups par fusils ou tronçonneuses interposés. Mais partout, des habitants s’opposent à l’abattage de platanes ou de chênes près de chez eux. Qu’ils soient quelques-uns ou des dizaines. Dans les villes et villages, des collectifs citoyens se créent pour racheter ou gérer en commun des forêts. Les activités de sylvothérapie, de grimpe ou d’Accrobranche se développent. Les cabanes dans les bois attirent toujours davantage de vacanciers. Dans les librairies, ouvrages jeunesse, romans ou essais consacrés aux arbres débordent des rayons. Pour neuf Français sur dix, selon une étude d’opinion réalisée pour l’ONF, les forêts sont synonymes de bien-être et d’apaisement….

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Peut-on faire confiance au rapport Meadows ?

Peut-on faire confiance au rapport Meadows ? Telle est la question que nous avons posé à Perplexity, l’IA offert par LE MONDE à ses abonnés.

La réponse de « l’intelligence artificielle » dévalorise complètement une étude scientifique, publié en 1972-1973, qui avait pourtant clairement posé pour la première fois la question des limites physiques de la croissance économique. Perlexity nous assène :

« Ce rapport a suscité dès sa parution des critiques virulentes qui lui reprochaient de ne pas intégrer la dimension monétaire et les mécanismes de prix dans son analyse. .. Ce rapport a été critiqué pour son cadre jugé trop rigide par certains économistes, qui pensaient que les substitutions technologiques et les mécanismes de marché pourraient résoudre les problèmes environnementaux… Cinquante ans après, certains experts estiment que le scénario principal du rapport Meadows, qui prévoyait un effondrement lié à l’épuisement des ressources, n’est pas celui qui se réalise le plus, mais plutôt un autre scénario d’effondrement lié à la pollution excessive permise par l’abondance des ressources. En résumé, le rapport Meadows doit être lu en tenant compte de ses limites et des critiques qu’il a suscitées.

Perplexity s’appuie seulement sur 5 documents dont nous vous donnons l’essentiel qui valide plutôt le rapport Meadows et non l’inverse.

Robert Boyer : J’avais été passionné, en 1972, par le rapport Meadows sur les limites de la croissance : il diagnostiquait une crise systémique et la nécessité d’une refondation en profondeur. Mais la théorie standard l’a complètement disqualifié en s’appuyant sur l’idée qu’il y aurait toujours des effets de substitution et des changements technologiques pour répondre, par le marché, aux problèmes liés à la pollution et aux ressources naturelles non renouvelables. C’est en partie de cette façon que s’est installé le cadre théorique néoclassique, longtemps obstacle à la prise en compte de l’environnement. Aujourd’hui ces problèmes environnementaux ressurgissent de façon dramatique. On peut penser que leurs effets sur la science économique seront plus importants qu’alors. Mais ce n’est pas certain car la situation est à certains égards plus défavorable aujourd’hui qu’il y a cinquante ans. La situation actuelle se caractérise par l’imbrication de plusieurs crises différentes…

Dominique Bourg : Après le coup de semonce du GIEC, la publication du premier rapport de l’IPBES (Plate-forme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques) sur la chute des populations d’insectes et celle du rapport Meadows sur la raréfaction des ressources, suscitent un immense écho international.La Communauté européenne adopte le plan Mansholt de décroissance de la zone, juste avant la tenue d’une COP à Bonn…

Pascal Riché : En 1972, le Massachusetts Institute of Technology (MIT) publie le rapport Meadows sur les limites de la croissance. Appuyée sur une modélisation informatique (alors une nouveauté ébouriffante), une équipe d’ingénieurs et de chercheurs affirme que la croissance mène la planète à sa perte, du fait de l’épuisement des ressources. Le mythe d’une croissance infinie, carburant des « trente glorieuses », est brutalement remis en cause. Comme un seul homme, les économistes étrillent le rapport – qui n’est certes pas sans défauts – publié sous l’égide du Club de Rome. Quelques pontes, comme Robert Solow (1924-2023) ou Joseph Stiglitz, commencent alors à chercher comment aboutir à une croissance respectueuse des ressources naturelles. La plupart de leurs collègues misent sur le progrès technique pour venir à bout de la difficulté posée, persuadés qu’il sera toujours possible de substituer une ressource à l’autre.

Elsa Conesa : Dès les années 1970, lorsque le rapport Meadows, écrit par une équipe de scientifiques américains, pose pour la première fois la question des limites physiques de la croissance économique, il fait immédiatement l’objet de virulentes critiques de la part des économistes, notamment de William Nordhaus, de l’université Yale (Connecticut), qui lui reproche de ne pas avoir inclus une dimension monétaire. Autrement dit, de n’avoir raisonné qu’en tenant compte des flux physiques, sous-estimant la sensibilité des économies et des individus aux prix. Il développa l’un des premiers modèles permettant d’évaluer l’impact macroéconomique du réchauffement climatique, qui lui valut, en 2018, un prix Nobel d’économie. Ainsi que les foudres d’une partie de la communauté scientifique et des écologistes, son modèle promouvant une cible optimale de réchauffement, fixée à 3 °C en 2100, quand l’accord de Paris fixe un objectif à 2 °C…

François-Xavier Oliveau : Le fameux rapport sur les limites de la croissance, le « rapport Meadows » publié en 1973, expose ainsi dans son scénario principal un effondrement lié à l’épuisement des ressources de matières premières. Mais cet ouvrage remarquable, qui mériterait d’être lu autant qu’il est cité, propose également des scénarios alternatifs. L’un d’entre eux fait l’hypothèse de ressources illimitées. Il aboutit aussi à un effondrement, non pas sous l’effet de la rareté mais au contraire d’une pollution hors de contrôle permise par l’abondance des ressources. Cinquante ans après, c’est ce second scenario qui se réalise. Loin d’avoir décru, les réserves identifiées sont aujourd’hui bien supérieures à celles citées par le rapport. Nous consommons beaucoup plus de ressources, aidés par la baisse structurelle de leur prix. Même le pétrole est plus accessible : en France, une dizaine de minutes rémunérées au smic permettent de se procurer un litre d’essence ; c’était le double en 1970, lorsque le litre d’essence coûtait 1,10 franc pour un salaire minimum à 3,50 francs de l’heure. Notre invraisemblable capacité d’innovation nous a permis d’inventer de nouveaux procédés de prospection, d’extraction et de raffinage qui ont rendu abondante une ressource finie, reportant sa disparition aux calendes grecques. C’est précisément cette abondance qui menace nos écosystèmes.On peut légitimement, dans nos pays riches, promouvoir une frugalité individuelle librement consentie. Mais il serait aussi injuste qu’illusoire de l’exiger des six autres milliards d’humains qui rêvent d’abondance. Ils feront tout pour y accéder ; nous n’avons pas d’autre choix que d’apprendre à rendre durable cette abondance. Au lieu d’attendre en vain une rareté illusoire et mortifère, visons la maîtrise de l’abondance et son extension au monde entier.

Quelques documents du MONDE plus anciens

15 juin 1972 : M. Raymond Barre critique sévèrement le rapport du Club de Rome. Le jugement que porte aujourd’hui M. Barre sur le rapport du Club de Rome est sévère. Outre un caractère excessif et systématiquement pessimiste, il lui reproche, sinon d’avoir mal identifié les problèmes les plus graves se posant à notre société, du moins de ne pas en avoir apprécié la nature.Il serait mal venu, étant donnée la pauvreté relative de nos sociétés, estime le vice-président de la Comission, de vouloir substituer des priorités nouvelles – préservation du milieu et des ressources naturelles – aux priorités anciennes – plein emploi et accroissement des revenus, – de plaider par exemple pour une diminution de la croissance économique en Europe. L’objectif n’est pas de freiner l’expansion mais de l’adapter aux nouvelles aspirations que la société de consommation et ses succès ont suscitées.

20 janvier 1973. PHILIPPE SIMONNOT : Le  » club de Rome  » s’est lourdement trompé, car il a fondé ses analyses et ses prévisions sur des courbes exponentielles qui n’existent pas. Tel est, en substance, la  » leçon  » d’économie politique qu’a donnée à Paris M. Fremont Félix, expert américain. Selon lui, la croissance exponentielle est un jeu amusant de l’esprit, car elle engendre tout de suite des chiffres fantastiques. Mais, comme diraient les anciens, on ne la trouve pas dans la nature.  » A l’exception de l’expansion démographique mondiale, dit à son tour M. Félix, [la croissance exponentielle] n’a jamais été maintenue pendant plus d’une dizaine ou d’une vingtaine d’années dans aucun des domaines de consommation ou de production où une telle croissance risquerait d’absorber une part considérable des ressources mondiales limitées… Autrement dit, puisque la croissance n’est pas exponentielle dans aucun des domaines vitaux, le danger d’épuisement des ressources naturelles est écarté. Nous voilà rassurés ! M. Felix se fait accusateur :  » Le spectre totalement imaginaire de la croissance exponentielle a provoqué par contrecoup une clameur des ignorants en faveur de la  » croissance zéro  » [qui plongerait en fait l’humanité] dans un abîme de famine, de pestilence, de chaos et de guerre. « 

14 juin 1977. Alfred Sauvy : Les critiques à l’adresse du célèbre premier rapport au Club de Rome avaient été à la dimension même des moyens employés et des résultats annoncés.L’ensemble de l’ouvrage porte d’ailleurs sur les méthodes d’analyse des systèmes et non sur les données du monde, mais il y a plus.L’interminable chapitre de Donella H. Meadows sur la population est entaché de nombreuses erreurs de fait ; il y a pourtant d’excellents démographes aux États-Unis. Vient ensuite le  » secteur du capital « , très bon reflet des conceptions admises aux États-Unis, qui ne tient compte du facteur humain, notamment de l’importance de l’accumulation du capital culturel, mise en évidence par diverses expériences, depuis la guerre.Théorique, elle aussi, l’étude sur l’agriculture comporte une minutieuse analyse économétrique des phénomènes d’érosion, dégradation ou régénération des sols, etc., sans applications numériques, notamment sur le nombre d’habitants, que, dans une optique mondialiste, la Terre pourrait nourrir. Les travaux remarquables de Mme E. Boserup sur les réactions de l’homme à son environnement ne sont pas davantage utilisés.En fin d’ouvrage est cependant dénoncée la lenteur des adaptations sociales devant les transformations physiques qui menacent le monde.

16 novembre 1981. Annie Battle : En 1972, dans le ciel – pas encore très encombré -de la prospective, une petite bombe éclate sous la forme d’un rapport, The Limits to Growth. En français, Halte à la croissance. Les conclusions :  » Dans la dynamique actuelle, les limites de la planète seront atteintes dans les cent prochaines années, le résultat le plus vraisemblable sera une baisse soudaine et irrésistible tant dans la population que dans la capacité industrielle (…). Le second rapport, Stratégie pour demain (1974), réalisé par les professeurs Mesarovic et Pestel, affinait considérablement le modèle et permettait un grand nombre de scénarios sur l’avenir de l’humanité, alors qu’il n’y en avait qu’un dans le premier rapport. Le monde y était partagé en dix sous-régions. On ne prévoyait pas, comme dans le travail de Meadows, une catastrophe mondiale mais l’éclatement de crises graves dans certaines régions du monde et leurs réactions en chaîne sur les régions environnantes.

9 juin 1992. La deuxième prophétie du Club de Rome : depuis le choc pétrolier, le Club de Rome avait disparu de la scène publique.  » Plus discrètement, nous avons cherché à approfondir différents thèmes et à entrer dans l’action « , précise Bertrand Schneider. Dix-huit rapports ont été publiés, abordant des sujets spécifiques .  » Avec Questions de survie, le nouveau rapport ne propose pas de modèle mathématique rigide et ne sous-estime pas, comme celui de 1972, les capacités de réaction et d’innovation de la nature humaine ; il pose les grandes questions de l’époque (chômage, accroissement du fossé entre pays riches et pauvres, destruction de l’environnement, urbanisation non maîtrisée, etc.) et avance des ébauches de solutions. Mêlant réflexion éthique et économique, il met surtout l’accent sur les effets néfastes du comportement humain, aussi bien dans les relations avec autrui qu’avec l’environnement, et recommande une approche nouvelle de l’éducation.

25 mai 2012. Dennis Meadows ,« La croissance mondiale va s’arrêter ». En mars 1972, répondant à une commande d’un think tank – le Club de Rome –, des chercheurs du Massachusetts Institute of Technology (MIT) publiaient The Limits to Growth, un rapport modélisant les conséquences possibles du maintien de la croissance économique sur le long terme. De passage à Paris le 23 mai 2012, à l’occasion de la publication en français de la dernière édition de ce texte qui fait date, son premier auteur, le physicien américain Dennis Meadows, 69 ans, a répondu aux questions du Monde : « Tout scientifique comprend qu’il y a des limites physiques à la croissance de la population, de la consommation énergétique, du PIB, etc. Les questions intéressantes sont plutôt de savoir ce qui cause cette croissance et quelles seront les conséquences de sa rencontre avec les limites physiques du système.Pourtant, l’idée commune est, aujourd’hui encore, qu’il n’y a pas de limites. Et lorsque vous démontrez qu’il y en a, on vous répond généralement que ce n’est pas grave parce que l’on s’approchera de cette limite de manière ordonnée et tranquille pour s’arrêter en douceur grâce aux lois du marché. Ce que nous démontrions en 1972, et qui reste valable quarante ans plus tard, est que cela n’est pas possible : le franchissement des limites physiques du système conduit à un effondrement.

Avec la crise financière, on voit le même mécanisme de franchissement d’une limite, celle de l’endettement : on voit que les choses ne se passent pas tranquillement. Dans les vingt prochaines années, entre aujourd’hui et 2030, vous verrez plus de changements qu’il n’y en a eu depuis un siècle, dans les domaines de la politique, de l’environnement, de l’économie, la technique. Les troubles de la zone euro ne représentent qu’une petite part de ce que nous allons voir. Et ces changements ne se feront pas de manière pacifique… »

Notre blog biosphere est beaucoup plus pertinent

que l’ensemble des documents du MONDE

2 mai 2023. Le message actualisé du rapport Meadows

Jorgen RANDERS : Le rapport Les limites à la croissance (LC) avait observé que l’impact environnemental de la société humaine avait augmenté de 1900 à 1972 à cause de la croissance de la population mondiale, de l’utilisation des ressources et de l’impact environnemental par personne. Cette hausse s’est poursuivie depuis 1972, l’empreinte écologique humaine totale augmente encore, poussée par l’augmentation de la population mondiale et de la consommation matérielle.Quand les limites approcheront, la société passera d’abord du temps à discuter de sa réalité mais pendant ce temps, la croissance continuera et mènera l’empreinte écologique en territoire insoutenable. Ceci est exactement ce qui s’est passé dans l’arène climatique mondiale (les COP)….

https://revues-msh.uca.fr/revue-opcd/index.php?id=230

1er mai 2023. Meadows prévoit la décroissance démographique

Lancement d’une nouvelle revue « Mondes en décroissance ». Voici un extrait du contenu, une compilation des réponses en 2023 de Dennis Meadows à 21 des questions les plus récurrentes sur le rapport « Les limites de la croissance », publié en 1972. Dennis MEADOWS : Plusieurs études récentes et indépendantes ont montré que l’un de nos scénarios, la figure 35 du livre de 1972, suit raisonnablement bien les données historiques de 1970 à 2010. Ce scénario est reproduit ci-dessous sous forme de figure.

https://revues-msh.uca.fr/revue-opcd/index.php?id=244

En savoir encore plus grâce à notre blog

les limites de la croissance ou rapport au club de Rome (1972 )

Les limites à la croissance (dans un monde fini) de Meadows et Randers (2004)

(traduction française de The limits to Growth – The 30-year update)

Les limites de la croissance selon Gerondeau et Meadows (mai 2012)

la nature va gagner contre l’homme, Meadows l’a dit (juin 2012)

croiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiissance, Meadows contre Hollande (juin 2012)

MEADOWS et la décroissance démographique (juin 2022)

Meadows, rien n’a changé depuis 1972, la cata (avril 2023)

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La catastrophe décrite en 2005 par notre blog

3.04.2005 Le pape ou la planète ?

Début 2005, plus de 1300 scientifiques réunis par l’ONU à propos de l’état des écosystèmes de la planète ont rendu leur diagnostic. Selon ce rapport, environ 60 % des écosystèmes permettant la vie sur terre ont été dégradés par l’activité humaine, et cela de façon plus accentuée au cours des cinquante dernières années que dans toute l’histoire de l’homo sapiens. Les humains ont depuis 1945 converti pour l’agriculture plus de terres qu’aux XVIIIe et XIXe siècles réunis. Entre 1750 et 2005, 60 % de l’accroissement de la concentration en gaz carbonique dans l’atmosphère s’est produit seulement depuis 1959. Il s’agit d’une pression telle sur les fonctions naturelles de la planète que la capacité des écosystèmes à répondre aux demandes des générations futures ne peut plus être considérée comme acquise. Les pauvres des zones rurales sont déjà touchés par cette catastrophe parce qu’ils dépendent plus directement des services d’origine éco-systémique. Le verdict est sans appel mais les médias ne lui accordent que quelques brèves. Ce rapport publié et oublié juste avant la mort du pape Jean Paul II s’efface, il paraît plus important de consacrer au décès d’un seul homme des heures et des heures dans les journaux télévisés du monde entier, des pages et des pages dans la presse écrite. Pourtant du point de vue de la Biosphère, cette « disparition » d’un pape n’a aucune signification, aucune valeur si ce n’est la mise à disposition pour les décomposeurs de quelques dizaines de kilos de chair.

Un jour prochain les humains devront choisir entre leur propre culte ou celui de la planète.

16.07.2005 Péril en la demeure

Les humains ont déjà beaucoup de raison d’être inquiets. Il y a les problèmes de l’environnement (réchauffement climatique, perte de biodiversité, épuisement des ressources halieutiques, pollution des sols et des mers, déforestation, pénurie d’eau douce). Il y a aussi les problèmes strictement humains comme la pauvreté, le manque d’éducation, le terrorisme, les pandémies, les catastrophes naturelles. Face à cela, il y a l’insuffisance des règles, qu’elles soient fiscales, monétaires, bioéthiques, policière, commerciales ou canalisant les migrations.

Mais cette liste n’est pas complète, cinq grandes vagues de menace arrivent à l’horizon :

  • Le vieillissement qui creuse déjà des dette énormes et annonce des conflits intergénérationnels.
  • Une nouvelle division internationale du travail qui repose sur les délocalisations tous azimuts.
  • Le coût du pétrole et une probable pétroapocalypse à venir avec un chômage en conséquence.
  • Une géopolitique où s’affronteront les blocs américains, européens et chinois (entre autres !)
  • La montée des idéologies de repli identitaire ou religieux à la mesure d’un stress croissant.

La Biosphère  se demande encore pourquoi les humains ne réagissent pas !

18.07.2005 Catastrophe cosmique

« Notre planète est infestée d’hommes que semblent décidés à saboter l’admirable harmonie de la vie. Ils pourraient bien la ramener à sa stérilité initiale. La Nature a mis en effet au monde une espèce néfaste capable de neutraliser les instincts régulatoires qui assuraient la pérennité de la vie terrestre, une espèce déjà en mesure d’exterminer la vie sur la Terre ». (Hubert
Reeves, in Malicorne)

Pour la Biosphère aussi, l’être humain est une catastrophe cosmique, une seule solution : leur décroissance durable.

8.09.2005 Loi sur l’énergie

Quatre années d’intenses négociations pour une loi américaine sur l’énergie de 1724 pages, adoptée définitivement le 8 août dernier. L’acquisition de SUV (= 4X4) est toujours fiscalement favorisée et les normes pour l’efficacité énergétique des véhicules comme de l’habitat ne sont toujours pas renforcées. On distribue aussi beaucoup de subventions pour les principaux soutiens financiers des républicains ou pour soutenir la production et favoriser la création de nouvelles raffineries. Mais la loi fait complètement l’impasse sur la gestion de la demande alors que dans les transports il n’existe pas de produits économiquement substituables au pétrole. Les mesures en faveur de la lutte contre le réchauffement climatique sont d’ailleurs inexistantes.

Avec 40 % d’électricité produite à partir du charbon et plus de 5 tonnes de CO2 émises annuellement par habitant (contre 1,8 en France), le gouvernement Bush veut ignorer totalement le poids du mode de vie américain sur la Biosphère. Puisse les catastrophes naturelles s’exacerber aux USA…

12.09.2005 Vous êtes des animaux stupides

La surface dévastée par l’ouragan Katrina est de 235 000 km2, soit près de la moitié de la superficie de la France. Colère et désespoir gagnait en particulier les 300 000 habitants de la Nouvelle-Orléans en attente d’évacuation. Rudolph éclate : « On vit comme des animaux, sans électricité, sans eau, sans toilettes, sans douches, sans rien. Il faut que l’on sorte de là, on devient fous et malades. Ma fille et ses deux petites filles vivent comme des clochardes, c’est insupportable ». S’il est vrai que le cataclysme a révélé le niveau élevé des inégalités et la cruauté des rapports sociaux aux USA, en fait l’ouragan n’est qu’un épiphénomène : les humains sont les premiers responsables de la catastrophe. Dès 1722, on commençait l’édification des travaux d’assèchement de ce qui était un marécage propice à la biodiversité. En 1763, La Nouvelle Orléans n’avait encore que 3200 âmes, mais il y eut ensuite l’explosion urbaine qui avait aujourd’hui besoin de six grandes stations de pompage fonctionnant 24 heures sur 24, même par temps sec !

La Biosphère vous rappelle que les humains sont des animaux parmi les autres qui vivent normalement sans électricité, ni eau courante ou douches privées. Tout cela n’est que le privilège de la classe globale actuelle qui utilise sans limites les ressources naturelles au détriment de beaucoup d’humains, des autres animaux et des écosystèmes : les premiers destructeurs des cycles vitaux sont les habitants de villes dont on croit qu’elles peuvent survivre même en dessous du niveau de la mer !

19.09.2005 Une institutionnalisation de l’eau

La loi française du 3 janvier 1992 a promu l’eau comme « patrimoine commun de la nation » et posé le principe d’une gestion équilibrée des eaux entre les usagers et le respect de la nature. Encore faut-il, pour légiférer en matière environnementale, que la France soit poussée par une Directive-cadre européenne en l’an 2000. Mais il faut encore attendre la loi du 21 avril 2004 pour prétendre atteindre un « bon état écologique » de toutes les ressources en eau, et ce pour 2015 !!! C’est dans ce cadre dévoyé que les citoyens sont amenés à exprimer leur avis sur la gestion de l’eau entre le 2 mai et le 2 novembre 2005. Débat bâclé puisque les Français commencent juste à savoir courant septembre  qu’il existe une consultation nationale!

La Biosphère ne sera pas sauvée par des démarches participatives car plus rien dans la société actuelle n’a le pouvoir de durer quand les politiques s’opposent aux politiques, les scientifiques aux scientifiques, sans parler de l’impossible dialogue entre politiques et scientifiques, opinion publique et réalité. Seule la catastrophe réalisée rassemble, et en matière d’eau elle est déjà là au niveau national et international.

13.10.2005 Processus délibératif

Sur les questions d’environnement, il n’y a pas de décideur, il n’y a que des mécanismes de décision qui font interagir des individus ou des groupes qui ont à la fois des représentations différentes du problème débattu et des poids différents dans la discussion. Donc nécessairement le processus délibératif devient sans fin. Une conférence des citoyens sur un sujet (par exemple les OGM) n’aura que des impacts politiques et décisionnels faibles, que la préparation soit bâclée comme en France ou dure deux années comme en Suisse. Les politiques se contentent d’un affichage de volonté réformatrice en ne s’engageant que pour des actions minimales ou illusoires. En conséquence, un forum de citoyens doit être assuré de durer longtemps car seule la continuité permet les itérations successives nécessaires pour aboutir à un consensus efficace.

La Biosphère ne sera pas sauvée par des démarches participatives car plus rien dans la société actuelle n’a le pouvoir de durer quand les scientifiques s’opposent aux scientifiques, les politiques aux politiques, sans parler de l’impossible dialogue entre scientifiques et politiques, politiques et opinion publique, opinion publique et réalité. Seule la catastrophe réalisée (une pétroapocalypse ?) rassemble. Alors en attendant, que les plus courageux d’entre vous passent à l’action directe !

14.10.2005 Impuissance médiatique

En 1992, une étude australienne a montré que la télévision présentait le sort des victimes de catastrophes sans restituer leur contexte historique et social ; encore plus grave, les évènements étaient présentés comme étant hors de tout contrôle individuel ou collectif. Une autre étude en 1993 sur le traitement du thème environnemental dans la presse écrite française relevait aussi des comportements de dénonciation sans que soit évoqué la possibilité d’une mobilisation populaire. Aujourd’hui encore presse et télévision se caractérisent toujours par une préférence pour des horizons proches et une description d’un univers sur lequel l’emprise de la fatalité est grande, où l’individu est isolé et impuissant, où l’action des pouvoirs publics est insuffisante.

Pourtant des actions individuelles telles que le tri de déchets ou le renoncement à la voiture n’acquièrent un sens que dans le cadre d’une vison collective de la cohésion sociale : le consensus sur la sobriété volontaire n’adviendra qu’à partir du moment où s’instaurera la croyance de chacun en la soumission de tous les autres, c’est-à-dire sous l’emprise de la nécessité de sauver la Biosphère… et les humains par la même occasion.

18.10.2005 Renaissance du nucléaire ?

Depuis la catastrophe de Tchernobyl en avril 1986, on n’avait plus construit de réacteur nucléaire. Aujourd’hui on a oublié l’expérience du passé (l’expérience, une lanterne que les humains ont dans le dos et qui n’éclaire que leur passé), et on croit (la foi, autre caractéristique du cerveau humain), qu’il est absolument indispensable de lutter contre l’effet de serre en construisant de nouvelles centrales. Le premier pays à se lancer dans l’aventure est la Finlande qui a officiellement mis en chantier un EPR (European pressurized reactor) le 12 septembre dernier (mise en service en 2009). Dans trois ans ce sera au tour de la France de commencer à construire un EPR à Flamanville. Pourtant le parlement finlandais avait repoussé en 1993 toute idée d’un cinquième réacteur nucléaire, il ne l’a accepté en 2002 que par 107 voix « pour » et 92 « contre », soit une majorité de 54 % seulement. Pourtant en France, selon le comité des sages issu du débat national sur l’énergie, l’urgence d’une nouvelle construction de réacteur n’était pas clairement démontrée.

La Biosphère sait qu’il faut des centaines d’années de réajustements itératifs pour trouver un équilibre précaire dans un écosystème, les humains croient qu’ils peuvent tout faire dans l’immédiat alors qu’ils ont très peu de réserves d’uranium et que le problème des déchets nucléaires n’est pas encore résolu !

21.10.2005 Relance du nucléaire ?

La groupe français Areva a créé une société commune avec la compagnie d’électricité américaine Constellation dans le but explicite de construire aux USA quatre réacteurs nucléaire EPR. Depuis 1978, aucune tranche n’avait été commandé aux USA. En effet l’opinion publique avait été marquée par l’accident dans la centrale de Three Mile Island (Pennsylvanie) en mars 1979 et par la catastrophe de Tchernobyl en avril 1986. De toute façon le pays possède déjà un parc de 104 réacteur assurant 21 % de sa production électrique, mais G.Bush veut maintenant aller au-delà et plaide : « Plus d’énergie nucléaire rendra notre nation plus sûre et moins polluante. Il est temps pour ce pays de commencer à nouveau à construire des centrales nucléaires (discours du 22 juin 2005) ».

La Biosphère sait qu’il faut des centaines d’années de réajustements itératifs pour trouver un équilibre précaire dans un écosystème, pourtant les humains croient qu’ils peuvent tout faire dans l’immédiat alors qu’ils ont très peu de réserves d’uranium et que le problème des déchets nucléaires n’est pas encore résolu !

4.11.2005 Des plantes indociles

Le colza est un hybride naturel de la navette (Brassica rapa) et du chou (Brassica oleracea) et dans cette lignée, il est donc susceptible de se croiser avec nombre de ses cousins, crucifères ou brassicacées. Des variétés transgéniques de colza qui tolèrent les insecticides pourraient donc donner cette caractéristique à de « mauvaises » herbes au détriment des cultures humaines. Une étude anglaise(Farm scale evaluation) a d’ailleurs démontré que ce n’était pas une simple hypothèse, même si les rares hybrides observés perdaient cette résistances au fil des générations. L’étude insiste cependant sur un autre inconvénient du colza : sur chaque mètre carré cultivé, de 1000 à 6000 graines tombent sur le sol et les repousses sont extrêmement fréquentes, d’autant plus que les graines peuvent demeurer en terre de cinq à dix ans avant de germer.

Quand la rotation des cultures est perturbée par l’exubérance des plantes, quand les humains continuent de disséminer leurs chimères génétiques, la Biosphère prévoit quelques catastrophes agricoles à venir.

16.11.2005 Pédagogie de la catastrophe

Le progrès technique n’est plus un choix de la conscience, mais une drogue à laquelle vous êtes tous accoutumés et à laquelle il est presque impossible de renoncer volontairement : même le militant écologiste au sortir d’une réunion pour sauver la planète retourne le plus souvent chez lui en voiture et non à pied, tourne le commutateur plutôt que d’allumer la chandelle, prend une bière au frigidaire plutôt que d’aller tirer l’eau du puits et regarde la télévision en continuant de pester contre l’abêtissement de la société du spectacle. Seul un échec historique de la civilisation fondée sur l’utilitarisme et le progrès pourrait faire découvrir que le bonheur n’est pas de vivre en grand, mais de vivre bien. Seule une catastrophe du type pétroapocalypse pourra dessiller les yeux de tous ces adeptes plus ou moins fascinés par la technique.

La Biosphère attend, elle est patiente, très patiente, elle existe depuis 3,5 milliards d’années, les homo sapiens depuis 150 000 ans environ, la révolution industrielle depuis 200 ans seulement !

23.11.2005 Dynamique de la crise

Que ce soit au Canada, en Europe ou ailleurs, chaque pêcheur est aujourd’hui individuellement conscient que leur catégorie professionnelle va collectivement à la catastrophe. Mais chaque pêcheur sait également qu’en situation de rareté générale, le poisson qu’il ne prend pas immédiatement sera pris par un autre. Il est donc condamné à pêcher tout ce qu’il peut dans un minimum de temps tout en sachant pertinemment que cela aggrave le processus de catastrophe collective. Alors les Etats côtiers veulent étendre encore plus loin vers le large leur juridiction, mais cela ne suffit pas et ils doivent instaurer des quotas de pêche, puis subventionner une partie de leurs pêcheurs pour les empêcher de pêcher, enfin interdire un jour ou l’autre la pêche à la morue et aux anchois…

Il y a bien longtemps que les humains auraient du comprendre que l’ami des pêcheurs et l’ami des poissons fréquentent le même océan et que l’essentiel n’est jamais la dynamique de la croissance, mais la gestion collective de la stabilité.

29.11.2005 Divergences de PDG

L’environnement n’est pas un sujet de prédilection pour les dirigeants de grandes entreprises, c’est ce que démontre une étude française. S’ils admettent facilement leur ignorance de ces questions, le sujet provoque visiblement chez eux un certain malaise. Pourtant les qualificatifs qu’ils utilisent pour parler de la crise écologique sont éloquents : majeur, extrêmement important, sérieux, question fondamentale, ou même catastrophe. Mais le naturel revient rapidement : « Il n’y a pas lieu de s’inquiéter. La forêt, il y a un bon reboisement. On utilise le plus correctement ce que la planète a à nous offrir. L’eau est beaucoup moins polluée qu’il y a dix ans. L’air aussi, il y a des mesures qui sont prises ». Ils estiment aussi que le problème écologique, c’est avant tout un problème de surpopulation, mais aucun n’identifie le contrôle des naissances comme solution au problème de l’environnement. Les dirigeants, qu’ils soient d’ailleurs chefs d’entreprises ou responsables de partis, continuent à appréhender la tension économie/environnement du point de vue du profit et de l’emploi plutôt que du point de vue de l’environnement et de la démographie.

Pourtant, même si la population occidentale se stabilise, son empreinte écologique est tellement importante qu’il faudrait diviser ces populations par trois ou quatre pour maintenir un niveau de pression acceptable sur les écosystèmes « toutes choses égales par ailleurs », c’est-à-dire en maintenant le reste du monde dans la pauvreté. La Biosphère hurle alors : riches et pauvres, faites moins d’enfants !

Notre article le plus récent sur la réalité de la catastrophe

24 janvier 2025, Les villes soumises aux catastrophes

La catastrophe décrite en 2005 par notre blog Lire la suite »

La Décroissance n’est pas un concept flou

Qui est prêt à marcher à pied sur des distances conséquentes, à utiliser un vélo sans assistance électrique pour des distance plus longues, à ne pas disposer d’un smartphone et d’une télé, à ne pas partir en vacances en voiture ou en avion, à ne plus manger de produits ultra-transformée et si possible à produire soi même sa nourriture faire cuire ses repas au feu du bois ramassé par soi même ? A l’heure actuelle, pas grand monde se veut vivre décroissant. Mais nécessité fait loi. Quand les sources d’énergie fossiles vont se tarir et le réchauffement climatique s’amplifier, il faudra bien faire preuve de sobriété énergétique et utiliser ses propres forces physiques plutôt que des énergies exosomatiques. Qu’on le veuille ou non ! Les réalités biophysiques conditionnent in fine nos activités monétisées, l’argent ne se mange pas. A l’heure actuelle, pas grand monde se veut vivre décroissant. Mais nécessité fait loi. Quand les sources d’énergie fossiles vont se tarir et le réchauffement climatique s’amplifier, il faudra bien faire preuve de sobriété énergétique et utiliser ses propres forces physiques plutôt que des énergies exosomatiques. Qu’on le veuille ou non ! Les réalités biophysiques conditionnent in fine nos activités monétisées, l’argent ne se mange pas. Voici une critique du point de vue de Pisani-Ferry déjà mis en question par notre précédent post.

dix économistes répondent à Jean Pisani-Ferry : La récente chronique de Jean Pisani-Ferry consacrée à la décroissance nous pousse à réagir collectivement en tant que membres de la Société francophone d’économie écologique. Sa proposition de « compléter » le PIB témoigne de l’enfermement dans un même logiciel de réflexion, où l’indicateur devient le but recherché et où est esquivée toute remise en question profonde du modèle économique. Un nouvel indicateur comme le produit intérieur net ajusté (PINA) réduit les questions environnementales aux émissions de CO2 ; il ne prend pas la pleine mesure des pollutions chimiques, de l’érosion de la biodiversité, de l’artificialisation des sols, de la dégradation des cycles de l’eau, de l’azote et du phosphore que génère notre modèle économique actuel. Écrire que la décroissance est un concept flou et qu’elle n’a « macroéconomiquement, pas de sens clair » revient à fermer délibérément les yeux. La décroissance entend remettre au centre du débat les finalités de l’activité économique – assurer un bien vivre collectif, qui ne se fasse pas aux dépens de l’environnement, des plus pauvres ou des générations futures. Un pan entier de ses recherches est consacré à la modélisation macroéconomique de ce que serait « une transformation planifiée et démocratique du système économique afin de réduire radicalement l’impact écologique et les inégalités et d’améliorer le bien-être », pour reprendre la définition commune la plus récente de la décroissance. Il n’est plus question de performance économique pour elle-même, mais de la capacité de l’économie à répondre aux besoins de la société sans saper ses fondations, intrinsèquement ancrées dans des cycles naturels. C’est l’un des résultats majeurs de la macroéconomie écologique que de montrer que les pays aux revenus les plus élevés doivent une part de leur développement à l’extraction des ressources et de la force de travail des pays des Suds (cela s’appelle l’échange écologiquement inégal).

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Jean Pisani-Ferry délégitime le concept de décroissance (juillet 2025)

extraits : La décroissance est un terme-obus, choisi pour montrer la direction à prendre. Il n’a jamais prétendu être autre chose, marquer une volonté de construire des modes de production différents, moins polluants, plus respectueux des hommes et de la nature. Jean Pisani-Ferry n’a comme souci principal que de perpétuer le PIB comme indicateur clé, et donc garder l’essentiel du statu quo, business as usual. Sans me tromper beaucoup, je peux dire que si on défalque du PIB le coût des dommages que sa croissance induit sur l’état de santé de la population, l’épuisement des ressources naturelles et les dégradations de tous ordres, déforestation, réchauffement climatique, pollutions diverses, etc., on verrait statistiquement que nous ne sommes plus dans un régime de croissance économique mais au contraire de décroissance.

Le problème, c’est que si la politique ne veut pas maîtriser la décroissance de tout ce qui a un impact négatif sur les humains et la nature, alors nous aurons une décroissance subie, ce que les économistes orthodoxes appellent récession, crise, ou même effondrement. On le savait depuis 1972 et le rapport du MIT sur les limites à la croissance, mais est-ce que Pisani-Ferry a lu ce rapport ? On en doute….

La Décroissance dans les colonnes du MONDE (mai 2023)

extraits : « Concrètement, le PIB ne fournit pas une bonne mesure du bien-être, et on ne peut pas le prendre pour guide dans le pilotage de la transition, puisqu’il ignore la notion même de soutenabilité. C’est dans les années 1970, avec le rapport du Club de Rome (1972), titré « Les limites de la croissance », que le culte du PIB a commencé d’être mis en cause et qu’est apparu le thème de la décroissance. Mais il a fallu attendre la première décennie de ce siècle pour que la critique s’affirme. En 2009 paraissent coup sur coup le livre de Tim Jackson Prospérité sans croissance et le rapport Stiglitz-Sen-Fitoussi sur de nouveaux indicateurs. Mais ces efforts n’ont pas débouché sur un substitut satisfaisant au produit intérieur brut (PIB). Les tableaux de bord fondés sur une multiplicité d’indicateurs ne suscitent guère que l’indifférence. L’indicateur de développement humain (IDH) publié par les Nations unies a l’avantage d’illustrer de manière saisissante que prospérité partagée et croissance ne se confondent pas, mais il n’est pas médiatisé. L’Insee envisage aujourd’hui la publication de comptes nationaux « augmentés », qui comprennent notamment une mesure du PIB ajusté des dommages induits par les émissions de gaz à effet de serre. (Jean Pisani-Ferry) »….

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Jean Pisani-Ferry délégitime le concept de décroissance

Les hérauts de la croissance verte nous expliquent le découplage entre émissions de gaz à effet de serre et croissance. Une chimère, croissance et GES vont de pair ! Tentons alors de reposer les termes du débat : un indicateur comme le PIB est fait pour indiquer si les politiques publiques vont dans le bon sens. Or le PIB (Produit intérieur brut) agrège des éléments à la fois positifs et négatifs pour la société. D’où le discours de Robert Kennedy, qui dira du PIB qu’il comptabilise positivement la destruction des forêts, la fabrication d’armes, mais laisse de côté la santé et l’éducation de nos enfants. Mesurant uniquement les flux, le PIB peut nous donner l’illusion de nous enrichir, alors même que nous détruisons notre patrimoine naturel. Il est pourtant devenu un indicateur fétiche auquel nous sommes attachés de manière quasi obsessionnelle… Jean Pisani-Ferry y croit encore !

Jean Pisani-Ferry : Depuis le rapport de la commission Stiglitz-Sen-Fitoussi de 2009, on sait que le produit intérieur brut (PIB) est une mesure biaisée de la performance économique. Il ignore notamment tant la détérioration du climat induite par les émissions de gaz à effet de serre que la baisse du capital naturel résultant du rétrécissement des espaces naturels et de la dégradation de la biodiversité. Une controverse s’est alors nouée autour du thème de la décroissance. La décroissance est un concept flou dont la séduction est fortement diminuée par le ralentissement du pouvoir d’achat et les sirènes populistes. Certes le terme de décroissance traduit un rejet louable du consumérisme effréné, mais il n’a macroéconomiquement pas de sens clair. Le débat public serait plus pertinent si les comptes nationaux produisaient deux mesures de la croissance : l’une traditionnelle (le PIB), l’autre corrigée des effets de l’activité économique sur le climat et la nature. Cet indicateur alternatif permettrait de mieux apprécier la performance économique du pays et inciterait les gouvernants à des politiques plus respectueuses de l’environnement. Les « décroissants » seraient obligés de reconnaître le coût économique des politiques qu’ils préconisent.

Le point de vue des écologistes décroissants

La décroissance est un terme-obus, choisi pour montrer la direction à prendre. Il n’a jamais prétendu être autre chose, marquer une volonté de construire des modes de production différents, moins polluants, plus respectueux des hommes et de la nature. Jean Pisani-Ferry n’a comme souci principal que de perpétuer le PIB comme indicateur clé, et donc garder l’essentiel du statu quo, business as usual. Sans me tromper beaucoup, je peux dire que si on défalque du PIB le coût des dommages que sa croissance induit sur l’état de santé de la population, l’épuisement des ressources naturelles et les dégradations de tous ordres, déforestation, réchauffement climatique, pollutions diverses, etc., on verrait statistiquement que nous ne sommes plus dans un régime de croissance économique mais au contraire de décroissance.

Le problème, c’est que si la politique ne veut pas maîtriser la décroissance de tout ce qui a un impact négatif sur les humains et la nature, alors nous aurons une décroissance subie, ce que les économistes orthodoxes appellent récession, crise, ou même effondrement. On le savait depuis 1972 et le rapport du MIT sur les limites à la croissance, mais est-ce que Pisani-Ferry a lu ce rapport ? On en doute.

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Pour sortir du fétichisme consacré au PIB

extraits : En 2005, Gadrey et Jany-Catrice publiaient un livre sur les nouveaux indicateurs de richesse. Le livre démarre sur une critique du PIB (simplement égal à la consommation + l’investissement) pour aborder ensuite les indicateurs alternatifs comme l’empreinte écologique, l’IPV (indicateur de progrès véritable) ou l’IBED (indicateur de bien-être véritable).  Ces indicateurs sont par nature complexes, ainsi cette formule : IBED = consommation marchande des ménages + services du travail domestique + dépenses publiques non défensives + formation de capital productif (investissement) – (dépenses privées défensives + coûts des dégradations de l’environnement + dépréciation du capital naturel). Les dépenses défensives sont définies par les dépenses (et la production correspondante) qui servent à réparer les dégâts provoqués par des activités humaines de production ou de consommation. Certains analystes estiment que la moitié des dépenses publiques sont de type défensif, ce qui diminue d’autant le bien-être véritable.

Lire Les nouveaux indicateurs de richesse de Gadrey et Jany-Catrice (édition La Découverte, 2005)

Pour en savoir encore plus

24 mai 2020, Post-covid, remplaçons le PIB par le BNB

9 août 2017, Le PIB s’accroît car l’eau et l’air sont des biens rares !

14 août 2014, Une bonne nouvelle, la croissance du PIB est en panne

23 avril 2014, Le PIB va s’effondrer avec le prochain choc pétrolier

13 août 2013, Journaliste = poser des limites à la croissance du PIB

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autoroute A69, une impasse pour le gouvernement

Les États présentent un caractère trouble assez particulier, ils sont à la fois des formes institutionnalisées de pillage et décideurs de projets. Le dossier de l’A69 est celui qui illustre le mieux cette troublante dualité – entre l’Etat stratège soucieux du long terme et l’Etat pillard qui permet le saccage de l’avenir et des biens communs au bénéfice de quelques-uns. L’A69 est ce vieux projet d’autoroute entre Castres et Toulouse dont le tracé jouxte celui de la route nationale 126  : de vingt à trente minutes gagnées pour relier les deux villes, et une vingtaine d’euros pour l’aller-retour. Inutile et imposé. L’État s’obstine dans un combat d’arrière-garde qui sera de toute façon perdu à long terme.

Michel Guerrin : Les opposants à l’autoroute A69, rassemblés dans le parc du château de Scopont, ont commencé samedi 5 juillet à défiler en direction du chantier de l’autoroute en construction. « No macadam ! S’il faut cramer des machines, bloquer une route… on le fera, parce qu’il est absolument nécessaire de s’opposer à ce projet inutile imposé et écocidaire. » Quelque 1 500 gendarmes ont été déployés, les autorités s’attendent à 2 000 manifestants. Fin février, le tribunal administratif de Toulouse a ordonné une interruption des travaux, estimant qu’il n’y avait pas de raison impérative d’intérêt public majeur pour justifier les dégâts causés à l’environnement. Mais avant l’examen du dossier au fond prévu à la fin de l’année 2025, la cour administrative d’appel de Toulouse a autorisé fin mai une reprise du chantier !

Le ministre de l’intérieur, Bruno Retailleau : « Quand, au nom de l’écologie, on prépare une manifestation avec des armes comme des catapultes ou des boules de pétanque ; quand, au nom de l’écologie, on mobilise des dizaines de militants d’ultragauche encagoulés et dangereux qui ne veulent que détruire ou casser du flic, alors c’est qu’on a basculé dans la sédition et l’ultraviolence… Ce ne sont pas des militants écologistes, ce sont des barbares ».

Le point de vue des écologistes sans parti pris

– Une nouvelle autoroute en 2025, c’est d’une violence inouïe.

– Nous assistons à une terrible transformation du foncier agricole par la stérilisation des terres.

– Priorité systématique à la bétonisation sous la pression des lobbys.

– Voulez-vous vous faire racketter 15 euros chaque fois que vous irez a Toulouse ?

– Un gendarme pour chaque manifestant, on voit où va nos impôts et les souhaits de Retailleau.

– Les flics, dont 70 % votent pour un parti raciste et climatonégationniste, sont juste là pour faire régner la paix et l’harmonie.

– Les cocktails Molotov sont les verres de bienvenu et les boules de pétanques, les cacahuètes qui vont avec.

– Une boule de pétanque, c’est moins grave que le réchauffement climatique.

– Elle est légale ou pas, cette autoroute ? Je n’y comprends plus rien.

– La démocratie approuve le suicide de la civilisation et les famines à venir sous prétexte d’intérêt économique.

– L’occasion d’organiser un référendum ? Ah non, l’environnement et le futur, les décideurs s’en foutent.

– Un rapport d’Amnesty International démontre les violations répétées par l’État contre toutes les personnes qui luttent pour sauver notre climat.

– Je participe à l’action en boycottant l’automobile, ce désastre quotidien.

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Autoroute A69, le chantier est arrêté, enfin ! (février 2025)

extraits : Le tribunal administratif de Toulouse a annulé, le 27 février, l’arrêté préfectoral autorisant le chantier de l’autoroute A69, entre Toulouse et Castres : « L’A69 et l’élargissement de l’A680 n’ayant que des bénéfices de portée limitée, il n’y a pas de nécessité impérieuse à les réaliser, et les arguments présentés en faveur de ces projets ne justifient pas qu’il soit dérogé à l’objectif de conservation des habitats naturels, de la faune et de la flore sauvages. » L’Etat va faire appel, a annoncé le ministère des transports car cette route a été « déclarée d’utilité publique en 2018 et bénéficie d’un large soutien local de la part des élus, des habitants et des acteurs économiques »….

A69. Manifestation interdite, donc violente ? (juin 2024)

extraits : A partir du 7 juin 2024, les mouvements mobilisés contre le projet d’autoroute avaient prévu trois jours de réunions et d’actions sur le tracé de l’A69. Le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, a demandé au préfet du Tarn d’interdire « cette nouvelle manifestation qui s’annonce extrêmement violente » où pourraient se rendre « 5 000 personnes dont 600 black blocs ». Le groupe des écologistes à l’Assemblée nationale a, pour sa part, évoqué le film Minority Report (2002) en décrivant un gouvernement prêt à « nous plonger en plein film d’anticipation où la violence s’invente avant même son existence éventuelle »….

autoroute A69, inutile et imposée (octobre 2023)

extraits : L’enterrement de Notre-Dame-des-Landes ne faisait que préparer l‘épanouissement de la contestation de tous les GTII, Grands travaux inutiles et imposés. Partout sur le territoire, une cinquantaine de projets d’aménagement suscitent de vives oppositions locales, souvent depuis plusieurs années : déchets nucléaires à Bure, lignes à très haute tension….

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Des économistes aveugles face à l’urgence écologique

Pendant longtemps, la science économique a ignoré la crise du climat et de la biodiversité malgré les alertes répétées des écologues. En épluchant le répertoire des articles des économistes du monde entier (RePec), on constate que les spécialistes de l’environnement ne représentent que 4 % des chercheurs. Autre constat alarmant, dans l’ensemble des articles publiés par les cinq plus prestigieuses revues de la profession entre 1975 et 2023, seuls 25 ont porté sur le changement climatique sur plus de 18 000 articles. Les climatologues et biologistes ont beau avoir alerté la planète, pendant des décennies, qu’une catastrophe est en cours, et avoir répété qu’elle est forcément dévastatrice pour l’activité humaine, la science économique a continué à caresser ses modèles de croissance comme si de rien n’était. La liste des 93 Prix Nobel d’économie révèle l’ampleur d’un profond décalage avec les enjeux écologiques, elle est vide de tout spécialiste de l’environnement.

Et les « économistes écologiques », les hétérodoxes qui remettent en cause le système capitaliste, sont persona non grata dans la plupart des facultés d’économie.

Pascal Riché : Le grand paradoxe, c’est qu’à l’origine la nature était au cœur de l’analyse économique. Au XVIIIe siècle, les premiers économistes étaient appelés les « physiocrates », des mots grecs physis (« nature ») et kratos (« gouvernement »). Pour eux, toute richesse venait de la terre, qu’exploitaient les agriculteurs. Puis est venue l’école classique. Jean-Baptiste Say (1767-1832) présentait la nature comme un « magasin » dans lequel l’homme pouvait librement piocher, car ses produits étaient « inépuisables ». Pour les classiques, la valeur ne vient pas de la nature, mais du travail (le capital étant du « travail accumulé », dira Marx qui s’inscrit dans le même sillage). Après 1870, on a commencé à mettre l’économie en équation. Et pour y parvenir, les « néoclassiques » ont tout simplifié. Ils ont bâti une fonction de production reposant sur seulement deux facteurs, le capital et le travail. La nature avait disparu du paysage. Elle est devenue une forme de capital substituable aux autres. Or, la nature n’est pas substituable au capital. Si vous abattez une forêt millénaire, vous pouvez certes vendre le bois mais, avec cette somme, vous ne pouvez pas faire réapparaître la forêt. La question de la dégradation de l’environnement est abordée comme une fâcheuse défaillance du système que l’on peut résoudre. On parle d’« externalités négatives ». Si une usine rejette des déchets dans une rivière, cela a un contrecoup sur l’activité des pêcheurs. Pigou suggère d’instaurer des taxes. Nicholas Stern est chargé par le gouvernement du Royaume-Uni en 2005 d’un travail sur l’économie du changement climatique. Il défend l’idée d’attribuer un prix au carbone et de le faire payer à travers des taxes et des réglementations.

Le rapport Stern sur le climat, aussitôt publié qu’oublié

Aujourd’hui, la plupart des études situent le coût social du carbone entre 100 et 200 euros la tonne. Mais patatras, on serait plutôt autour de 850 euros selon Adrien Bilal et Diego Känzig !

Pourtant depuis quelques années, le vent semble tourner, illustration des trois étapes d’une mutation de l’imaginaire social : après le déni, la sortie de l’irénisme, puis la réinvention. Mais du côté de l’effondrement de la biodiversité, impossible de l’encapsuler dans un seul indicateur comme la taxe carbone. Multiforme, cette crise-là est d’une effroyable complexité. L’« économie de la biodiversité » requiert une connaissance technique de l’écologie. Il devient urgent de travailler de façon pluridisciplinaire. Un économiste qui ne propose qu’un seul outil comme la taxe carbone, c’est comme un garagiste qui n’aurait qu’un tournevis. Pour ré-encastrer l’économie dans la nature, elle doit renouer avec la façon de penser très riche et très libre des premiers économistes, qui, au XVIIIe siècle, mêlaient logique, mathématiques, physique, sciences naturelles, philosophie morale et science politique. On ne parlait pas de « sciences économiques », mais d’économie politique

Le point de vue des écologistes transdisciplinaires

– Toute la pensée théorique de l’économie orthodoxe est basée sur l’observation et la modélisation des civilisations industrielles du 19 au 20ème siècle. Autant dire une microseconde de notre existence d’humains dans les pays européens.

– La capacité des économistes à justifier l’ordre établi ne connaît pas de limites. Et ça fonctionne dans les deux sens, l’ordre établi ayant besoin d’économistes qui justifient son inaction écologique.

– Les programmes d’économie au bac général (SES) reflètent ce qui est dit dans l’article : les problèmes climatiques sont un peu évoqués, pas ceux de la biodiversité. Et tout de suite on évoque les solutions : innovations, marchés… et croissance !

– La réforme du lycée en 2019 a certes créé une une spécialité écologie… mais celle-ci est réservée à l’enseignement agricole qui dépend du ministère de l’agriculture et non de l’éducation nationale.

– En 2015 la notion de développement durable est sortie en France des programmes du collège car jugée trop critique et trop injonctive au profit de la « transition écologique »qui permet la mise en place macronienne d’une « écologie à la française ».

– Les économistes aveuglés par des modèles obsolètes depuis le rapport de 1972 sur les limites de la croissance portent une très lourde part de responsabilité dans le retard criminel que nous avons pris pour espérer rendre le monde vivable à nos jeunes.

– Aux élections européennes de 2024, les listes proposant une écologie active ont récolté des formules du type : »la fin du mois avant la fin du monde, écologie punitive, khmers verts, populisme vert »…

Nicholas Georgescu-Roegen a montré que l’énergie et les minéraux utilisés dans le processus de production se dégradent nécessairement dans un processus irréversible, qu’il désigne comme l’« entropie », une notion empruntée à la thermodynamique.

– Je vous renvoie au rapport de l’Institute and Faculty of Actuaries : en l’absence de réponse politique rapide, l’économie mondiale subirait une perte de 50 % du PIB d’ici 2090 et la mort de la moitié de l’H- Le Titanic est maintenant lancé a pleine vitesse avec l’orchestre au grand complet.umanité (4 milliards d’habitants).

Vous êtes à Gaza et vous devez former des spécialistes pour les habitants d’un pays complètement détruit. Vous avez 5 profils mais vous ne pouvez en choisir que 4 parmi : infirmier, maçon instituteur, fermier et économiste. Lequel reste à quai ?

Des économistes aveugles face à l’urgence écologique Lire la suite »

Notre indice de capacité destructrice

Le bimestriel La Décroissance » nous offre les moyens de modifier notre imaginaire social, aujourd’hui croissanciste et destructeur.

Alain Gras : Il y a fragilité de la puissance, la vulnérabilité de nos sociétés découle de macro-systèmes trop complexes et trop énergivores. Quand j’ai commencé mes recherches sur notre techno-dépendance, je me suis intéressé au train. Il bouleverse les relations entre les êtres humains toute en permettant la fluidité des échanges sur une grande distance. Son fonctionnement nécessité un réseau de communication et des régulations à partir de centres de contrôle. Le tout est relié à l’électricité, un modèle qui s’est généralisé aujourd’hui au monde entier. Notez que le numérique n’est rien d’autre que de l’électro-numérique. On imagine alors que tout est facile, instantané, que tout va très bien Madame la marquise ! Mais il suffit d’une défaillance dans un des maillons de la chaîne pour que tout le système se grippe. Il faut donc remettre en question notre dépendance à l’électricité elle-même. Le nucléaire représentant une part infime de la consommation électrique au niveau mondial. Les écologistes qui considèrent l’électrification intégrale comme une solution font fausse route. L’électro-numérique et ses data centers ou les cyber-monnaies ne sont rien d’autres que de la spéculation, ils ne font que nous plonger dans un univers quotidien de plus en plus artificiel et inhumain. La technoscience est un moyen de domination sur le milieu naturel et sur les hommes. L’électricité devient un monstre qui mange ses enfants. Elle nous amène à un délire de toute-puissance.

Cette explosion de puissance s’observe de la façon la plus évidente dans le domaine militaire. Une étude MIT des années 1970 proposait un « indice de capacité destructrice » des armes pour mesurer le « progrès » des technologies de la mort. L’épée avait un indice de 20 comme l’arc, l’arbalète 32, le fusil à pierre au XVIIIe siècle 150, le fusil à chargeur pendant la Première guerre mondiale 780, la mitraillette lors de la Seconde guerre mondial 18 000. Le missile tactique à tête nucléaire, 60 millions. Une croissance exponentielle. Et c’est une étude qui date d’une cinquantaine d’années, la capacité mortifère a bien augmenté depuis !

Le concept de décroissance met en cause la démesure et nous appelle à l’autolimitation, à la vertu de la prudence chère aux Grecs anciens. Pour ceux qui nous gouvernent, la décroissance c’est pourtant le diable. Et je pense qu’elle va l’être de plus en plus ; parce que précisément, elle arrive. Il faut être fasciné par le modèle Meadows, le rapport au club de Rome sur les limites à la croissance qui est sorti en 1972. « Make America great again », ce n’est que la défense d’une machine qui s’enraye dans un capitalisme délirant. Trump est l’incarnation la plus grotesque du mode de vie « non négociable », la promesse de retrouver la grandeur passée » et la poursuite à marche forcée de la course à la puissance. Nous sommes dans un moment de bascule où la catastrophe va nous révéler l’impasse dans laquelle nous nous trouvons alors que la puissance militaire se confond avec celle de l’industrie et de l’économie.

J’estime, pour conclure sans nuances, que dans notre monde électro-numérique le combat des imaginaires sera décisif. Le mot « progrès » est le premier à jeter à la poubelle pour que l’avenir s’ouvre à tous les possibles libérés des contraintes techniques.

Lire, Le choix du feu d’Alain Gras (2007)

extraits : L’humanité avait vécu jusqu’au XIXe siècle dans un usage relativement équilibré des sources naturelles d’énergie. Le choix « vapeur-chaleur » qui a été fait il y a un siècle et demi à peine allait fermer toutes les ouvertures qu’offrait l’usage des énergies renouvelables. Aujourd’hui l’agriculture est devenue un chaudron, l’alimentation fournit des calories en trop, les voitures correspondent au feu dans le moteur, sans oublier la bouilloire nucléaire et l’eau esclave du  feu ; même la croissance démographique a un coût énergétique majeur….

Pour en savoir plus sur Alain Gras

Alain GRAS, universitaire et décroissanciste (2022)

extraits : Alain Gras, professeur des universités, est aussi un contributeur régulier au contenu du mensuel « La décroissance ». Il a publié en 2007 un livre qui devrait rester sur les tables de chevet des politiciens, « Le Choix du feu ». Il a participé au livre collectif « Moins nombreux, plus heureux (l’urgence écologique de repenser la démographie) ». Voici le chapitre dont il est l’auteur….

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Hadrien Goux travaille chez Bloom, bravo

L’attitude à l’égard de Claire Nouvian, fondatrice de l’association Bloom (créée le 28 février 2005) est variée.

Il y a ceux qui la détestent : « Je suis hyperclivante. Les pêcheurs néerlandais m’appellent Hitler…  »

Il y a ceux qui la comprennent. « C’est une adversaire respectable, concède le président de la commission pêche au Parlement européen. Elle est attachante même si elle est parfois chiante. »

https://bloomassociation.org/

Voici le témoignage d’un des salariés de son association qui agit contre la destruction de l’océan, du climat et des pêcheurs artisans

Hadrien Goux : Je gagne 2 100 euros net par mois et cela me suffit amplement pour vivre. étudiant à l’Ecole des mines de Paris, on nous met en tête qu’on obtiendra des salaires mirobolants en sortie d’études. Aujourd’hui, deux ans après avoir obtenu mon diplôme, je suis salarié de l’organisation non gouvernementale française Bloom, qui se consacre à la sauvegarde des océans. Quand on m’interroge sur ma rémunération qui reste modérée, je réponds souvent : « A quoi ça sert de gagner 50K [50 000 euros] si c’est pour contribuer à un système qui s’autodétruit et fera perdre sa valeur à l’argent ? »

Évidemment, ça génère des discussions avec certains de mes camarades ingénieurs qui ne sont pas aussi conscients des crises en cours et à venir. Je ne crois pas au fait de changer les choses de l’intérieur comme nombre de mes camarades, je vois par contre très bien comment c’est le système qui les change.

Je n’ai pas toujours été aussi déterminé. Quand j’étais en prépa au lycée Hoche à Versailles, en 2019, je regardais un peu de loin les marches pour le climat. J’étais impliqué mais mon écologie n’était pas très politique, je voulais sauver les ours polaires. Puis je suis arrivée à l’Ecole des mines, et comme tous les étudiants fraîchement sortis de prépa, j’ai suivi le cours de Jean-Marc Jancovici sur l’énergie et le climat. Une claque. En tant qu’ingénieur on comprend bien la problématique scientifique, mais on nous laisse avec cette question : pourquoi est-ce qu’on est aussi apathiques ? Je suis passé de la perception d’une crise lointaine avec des ours polaires en danger à : ce sont des humains, – nous, en fait – qui vont subir les canicules, la montée des eaux, les sécheresses comme on le voit déjà bien en France, et pire ailleurs.J’ai fait un premier stage dans le nucléaire chez Orano. Je suis arrivé en pensant contribuer à la décarbonation de la production d’énergie et j’en suis ressorti avec le sentiment que je n’y ferai pas bouger les lignes.

Agir est le meilleur remède à l’anxiété, sûrement pas un gros salaire, plutôt même le contraire ! Je n’ai pas ce rêve d’acheter une maison, de faire des voyages ou de fonder une famille, parce qu’au vu de la trajectoire actuelle du dérèglement climatique, mon temps est bien mieux utilisé à limiter la catastrophe que de faire des plans sur la comète qui nous arrive droit dessus ! J’essaie pour l’instant de changer le monde à mon échelle.

Le point de vue des écologistes contesté par des aveugles

On ne comprend pas pourquoi des commentateurs abonnés au MONDE se permettent de critiquer Hadrien…. à moins qu’ils ne soient payés par une officine de l’appareil thermo-industriel pour nous empêcher d’agir en faveur de nos générations futures.

lecteur assidu : Un gros salaire permet une solidarité sociale active tandis que le petit non-croissant, confit dans son individualisme, ne voit que le doigt de son confort égotique.

Ln49 : Si ça vous rassure… Cette personne paie des impôts et reste au dessus du niveau médian. Quant à l’individualisme, il s’est engagé dans un combat collectif puisque politique.

jea.vie : Le Monde a le chic pour dénicher dans une promotion de l’Ecole des Mines le seul ingénieur qui est raccord avec sa propre idéologie, ce qui lui permet d’en rajouter une couche. Ce jeune homme est un marginal dans la population à laquelle il appartient !

Olivier L. : Les commentaires négatifs montrent à quel point certaines personnes sont conditionnées par le « système » (libéralisme, efficacité économique, concurrence, performance, rentabilité, etc.) et, aussi, inconscients des problèmes environnementaux. Ce jeune homme est un modèle, ses parents peuvent être fiers de lui, la société lui est reconnaissante.

J. Dupont : C’est tellement plus facile de prôner la décroissance et s’afficher « anti-système » que de chercher des solutions. Tout cela c’est un concentré de paresse, de veulerie et de bêtise. Et encore plus consternant pour quelqu’un qui a eu la chance d’être diplômé d’une des plus prestigieuse école d’ingénieurs. Depuis que l’Homme existe il se bat contre la nature pour subsister. En étant imaginatif, en s’organisant, en cherchant à surmonter les difficultés. Mais il avait faim, il avait froid, il était en danger… et pas dans le confort douillet d’une « ecoanxiété » puérile .

yeux ouverts : « Paresse, veulerie, bêtise » : puis quoi encore ? Vous croyez qu’associatif rime avec inaction ? Qu’on ne peut pas faire preuve d’imagination et mettre ses talents au service d’une grande cause ? Au contraire il y a des tas de choses à penser et construire en sortant du système qui alimente la destruction de la planète. Il faut juste reconnaître le courage : de renoncer à un salaire confortable et d’accepter de se retrouver marginalisé par le regard des autres.

Jean-Charles D.. : Merci aux contribuables d’avoir financé les études d’Hadrien, et qui n’aura aucun retour sur investissement…

TTC : Bien au contraire, voilà de l’argent bien placé par le contribuable : quelqu’un qui cherche à ce que nous ayons un futur. N’est-ce pas ce que tout le monde devrait souhaiter ?

Jx : Oui alors c’est surtout les contribuables qui lui ont permis de ne pas faire de prêt étudiant en rendant les études quasi gratuites. Franchement ça saoule de payer des études d’ingénieurs pour des types qui vont glander dans des associations ou qui partent à l’étranger. Il faut changer le système et les forcer à rembourser.

Dark Knight : Ben oui vous avez raison, on devrait obliger chaque citoyen à être rentable et faire un bilan comptable individuel chaque année. Gare à ceux qui ne rempliraient par leurs objectifs, ils seraient virés de la citoyenneté française, ces flemmards. On pourrait créer une entreprise pour gérer ça, et l’ouvrir à l’actionnariat, qui permettrait un enrichissement sans fin et qui ferait à coup sûr ruisseler son indescriptible richesse vers les plus nécessiteux (s’ils font des efforts en contrepartie). Je propose même de nommer immédiatement B. Arnault président, l’homme de la situation! Bizarre qu’on y ait pas pensé plus tôt.

Bandera : Si les hurluberlus comme lui ne font pas d’enfants, c’est parfait. Dans une génération nous seront débarrassés des écolos.

On va tous crever du chgt climatique : Oui, Bandera, et on profitera pleinement du bonheur de vivre sur une planète saccagée par les industriels…

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Claire Nouvian, militantisme et désespoir

extraits : Claire Nouvian aujourd’hui (en 2020) : « J’ai toujours été un prophète de malheur : celle qui annonce la catastrophe afin que l’on puisse réagir et l’éviter. Mais aujourd’hui je regarde les faits, le dérèglement du climat, la disparition des espèces, le recul de la démocratie, la concentration inouïe des richesses dans les mains de quelques-uns, l’état de surveillance numérique, le divertissement qui a gagné contre la culture de la connaissance. Garder espoir relèverait de la profession de foi. Je ne suis pas croyante. Moi qui, plus jeune, pensais que les militants de Greenpeace étaient des extrémistes, j’ai compris que les vrais extrémistes étaient les capitalistes qui détruisaient la planète….

Bloom et Nicolas Hulot, même combat en mer

extraits : Claire Nouvian, fondatrice de l’association Bloom vient de recevoir le prix Goldman, considéré comme la plus haute distinction internationale dans le domaine de l’environnement.* Bloom est une petite association de 8 salariés entièrement vouée « aux océans et à ceux qui en vivent », avec pour ambition d’établir « un pacte durable entre l’homme et la mer ». Si la madone des poissons se fait autant remarquer, c’est surtout parce qu’elle remporte les campagnes qu’elle mène. L’interdiction de la pêche profonde en dessous de 800 mètres décrétée par l’Union européenne en 2016 est très largement à mettre à son crédit….

Pêche, de l’artisanat au massacre de masse

extraits : Aujourd’hui les sondeurs, sonars et autres radars traquent les poissons, le recours aux avions pour détecter les bancs de thon et au satellite pour explorer les couches d’eau sont des éléments d’une spirale néfaste dans laquelle les pêcheurs comme les décideurs politiques ont enfermé les ressources halieutiques. Va-t-on aux champignons avec une pelleteuse ? Non, mais ce n’est pas le cas pour la pêche…..

La pêche industrielle dans l’impasse

extraits : Le retour à la pêche artisanale est une nécessité. Sinon on trouvera un jour cette brève journalistique : « Nous apprenons que nous avons enfin pu reconstituer un spécimen d’une espèce de poisson jadis appelée sardine. Nos prévisions de repeuplement permettent d’anticiper la pêche des sardines dans environ 350 années… » Nous pensons qu’il faut dorénavant être l’ami des poissons avant d’être l’ami des pêcheurs. Depuis 2020, une trentaine de scientifiques de renom, membres d’universités et de centres de recherches de douze pays, se sont réunis lors de plusieurs ateliers à l’initiative de l’association Bloom, afin de fournir une nouvelle définition d’une réelle durabilité des pêches…

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en Chine, les cochons vivent en HLM

Quand, à l’été 2018, la peste porcine africaine a atteint la Chine par la Russie, le pays s’est montré impuissant à contenir l’épidémie. Il a fallu abattre 200 millions de porcs, près de la moitié du cheptel. Face à la pénurie, le prix de la viande de porc a doublé en un an : un choc pour une population qui en consomme 3,5 kilos par habitant et par mois.

Jordan Pouille : Pour empêcher une nouvelle épidémie de fièvre porcine, la Chine a transformé ses élevages traditionnels en fermes-usines géantes. A Hongqiao (« Pont arc-en-ciel »), un bâtiment d’élevage de 26 étages est opérationnel depuis octobre 2022. Chaque étage compte 10 000 gorets pour à peine une poignée de vétérinaires et d’agents d’entretien. En juillet, un deuxième bâtiment sera inauguré. La capacité de l’élevage sera doublée pour atteindre 540 000 cochons.

L’absence de contact entre l’homme et l’animal est une priorité, le profit une obligation, la technologie une obsession. Les animaux sont pesés, les plus gros sont amenés par un système de rampes vers un monte-charge cheminant lentement vers la sortie, et la route menant à l’abattoir. Aucune bête ne doit dépasser 200 jours. Au-delà, le cochon mange encore plus mais grossit lentement. Le profit sera moins élevé. Cette ferme verticale qui défigure Hongqiao et répugne ses habitants n’est pas une anomalie. La Chine en compterait 200. ces usines à cochons créent peu d’emplois, mais promettent une sécurité sanitaire maximale, des coûts et des pertes réduits, un approvisionnement stable. Elles sont adossées à des méthaniseurs servant à alimenter d’autres usines.

Le point de vue des écologistes à l’air libre

Bref une maison close pour cochons. Les dirigeants de la FNSEA en rêvent toutes les nuits, les végétariens s’écrient : La fin de la viande, VITE ! Pauvres cochons. Pauvres humains. Pauvre Terre. La société industrielle et mécanisée dans ce qu’elle a de pire. Vivement la viande de laboratoire rêvent les technophiles. C’est là que tu te dis que l’être humain est complètement dingue ou alors qu’on est vraiment trop sur cette planète. 8 milliards d’humains, 1,5 milliard de porcins ,1,6 milliard de bovins et 25 milliards de volailles. Un petit virus ou une petite bactérie pourrait-elle s’introduire? On imagine….mais non elle n’a pas la carte numérique lui permettant de passer les portes blindées… Dans les élevages chinois de porcs, plus de 20 antibiotiques sont utilisés, dont plus de la moitié classés critiques pour le traitement des infections chez les humains par l’OMS. Cependant la nature trouve toujours un moyen de parvenir à ses fins ! Les utilisations d’antibiotiques chez l’animal entraînent le développement d’infections résistantes à ces antibiotiques.

L’élevage en batterie est un non sens écologique. Mais quand les humains sont élevés en batterie vu leur nombre, les deux font la paire.

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Vaches en batterie : l’immonde étable à 1000 laitières

extraits : Même LE MONDE se pose des questions sur les usines à vache : « La ferme des 1 000 vaches commence à sortir de terre… l’étable géante de 234 mètres de long… la production de lait passera de 9 000 à 11 500 litres par an et par bête… reste un problème de taille : que faire du « digestat », les résidus organiques chargés d’azote produits par le méthaniseur ?… l’inlassable mobilisation de Novissen contre cette « ferme-usine »… son mot d’ordre : « Halte aux travaux. Exigeons l’abandon total du projet [de la société] Ramery »… la Confédération paysanne dénonce aussi « l’industrialisation de l’agriculture »

Poules en batterie : maltraitance censurée par la justice

extraits : L’association  L214, spécialisée dans la défense des animaux d’élevage, a été condamnée à payer une somme conséquente à deux élevages de poules pondeuses en batterie, au motif… d’une « atteinte à la vie privée » : deux reportages vidéo ont été tournés de façon clandestine dans deux élevages en batterie qui détiennent « des milliers de poules enfermées dans des cages non conformes à la réglementation ». Mais les images ont été obtenues sans autorisation ! L214 déplore de se retrouver « criminalisée dans son rôle d’information »…

Lire, Les poules préfèrent les cages d’Armand Farrachi (2000)

extraits : L’objectif à peine dissimulé de l’économie mondialisée est de soumettre le vivant aux conditions de l’industrie. En ce sens le sort des poules en cage, qui ne vivent plus nulle part à l’état sauvage, qui n’ont plus aucun milieu naturel pour les accueillir, augure ainsi du nôtre. Il est possible dans notre monde actuel de prouver que les poules préfèrent les cages, que les otaries préfèrent  les cirques, les poissons les bocaux, les Indiens les réserves, les Tziganes les camps de concentration, les humains les cités. Si les poules préfèrent les cages, on ne voit donc pas pourquoi les humains ne préfèreraient pas les conditions qui leur sont faites, aussi pénibles, aussi outrageantes soient-elles, à une liberté dont ils ne sauraient faire bon usage et qu’ils retourneraient contre eux-mêmes….

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Le découragement des militants écolos

Un exemple parmi d’autres, Jean-Michel Favrot. Chercheur physico-chimiste, il est membre actif de nombreuses organisations de protection de l’environnement depuis plus de 40 ans. Il a écrit de nombreux livres et contribué au livre collectif « SURPOPULATION… Mythe ou réalité ? » (2023). Voici son témoignage :

« Mon dernier livre (AnthropoEXcentrisme, 2025) ne décolle pas. Mes propres limites en matière rédactionnelle sont peut-être en cause, mais je crains que le mal soit plus profond. La lecture n’est plus un mode privilégié d’information, les sujets que nous traitons heurtent le souhait, par ailleurs légitime, de vivre paisiblement sans trop se poser de questions, les médias et les politiques nous sont hostiles, les rares journalistes sensibilisés sont submergés par les messages à passer tant les attaques viennent de toute part en ce moment. Plus les nouvelles sont terrifiantes (40 000 morts par an par les particules fines, explosion des cancers du pancréas par les insecticides et fongicides, effondrement de glaciers, crues dévastatrices, sécheresses, inondations et cyclones, perte invraisemblable de biodiversité….), plus le virage anti-environnement est violent (ZAN, ZFE supprimée, espèces « dé-protégées », dérogations tout azimut sur les aires protégées…).

Question perte de biodiversité, je vais animer ce dimanche ma dernière sortie ornithologique faute d’oiseaux à montrer et surtout à faire écouter… D’habitude en cas de fin de saison ornithologique, je me rabattais sur les insectes, papillons et libellules, mais là aussi c’est l’hécatombe… 45 ans d’observations continues derrière moi et un sentiment de dégoût face à cet incommensurable gâchis. Que faire pour se faire entendre, voilà la seule question qui m’intéresse dorénavant ? Sûrement je n’ai plus les bons « codes », je n’ai pas le bon réseau malgré toutes les associations que j’ai soutenues matériellement et physiquement … Je suis très déçu par les média « réseaux sociaux ». Des belles photos d’oiseaux ou d’insectes publiées et les réactions sont positives… Dès qu’on passe une info un tant soit peu « engagée « et plus personne ne réagit, quand on ne se fait pas rire au nez !!! La société semble anesthésiée.

J’ai du mal à me résigner face à ces reculs incessants. Pourrait-on réfléchir à comment briser le plafond de verre anti-écolo ? Ai-je loupé quelque chose ? Peut-on se faire aider et par qui ? »

Le point de vue des écologistes bien en peine

Rédacteur en chef de ce blog biosphere, nous faisons absolument le même constat, désespérant. Les médias répètent la vulgate croissanciste ou se noient dans les faits divers du jour. L’ensemble des partis politiques sans exception ne font rien pour engager une rupture civilisationnelle quand ils ne nous traitent pas de Khmers verts. Les citoyens sont tellement noyés par un flux incessant de nouvelles plus ou moins (a)variées qu’ils sont devenus des spectateurs d’un show permanent, Trump, l’A69, le dernier match de tennis, etc. Pour les catastrophes causées par des crises écologiques, on se contente de compter le nombre de morts. Contre l’insécurité médiatisée, on préfère voter Front national.

Il est difficile d’être beaucoup de militants quand l’imaginaire social est imprégné de consumérisme et de nombrilisme. L’habituation aux délires des dirigeants, désolant. Mais des associations plus ou moins informelles font des actions qui vont dans le bon sens (FNE, Soulèvements de la Terre, Terrestres,…). Ce n’est qu’un début, continuons le combat. Notre philosophie est celle de Thoreau :

– « Tout homme qui a raison contre tous les autres constitue déjà une majorité d’une voix. »

– « Peu importe qu’un début soit modeste : ce qui est bien fait au départ est fait pour toujours. »

En savoir plus sur Jean-Michel Favrot

Jean-Michel FAVROT, l’AnthropoEXcentrisme

extraits : Vers une nouvelle relation au vivant , AnthropoEXcentrism ou l’humanisme élargi, un livre de Jean-Michel FAVROT. Dans une filiation assumée avec la plateforme d’Arne Naess sur « l’Écologie Profonde » , voici la plateforme de l’anthropoEXcentrisme….

Maîtrise de la fécondité ou impasse évolutive

extraits : Jean-Michel FAVROT propose dans son livre une nouvelle vision de l’Humanité, de son rôle, de sa place : Démographie, l’impasse évolutive (des clefs pour de nouvelles relations Homme-Nature. Ce livre tranche avec la démagogie et l’autosatisfaction des politiques de tous bords qui considèrent comme tabou la question démographique. Et si tous les maux actuels de la Terre, pauvreté, catastrophes naturelles, réchauffement climatique, raréfaction des matières premières, effondrement de la biodiversité…, avaient une cause originelle commune ? Et si ce dénominateur commun était aussi l’un des seuls leviers sur lequel il est encore possible d’agir pour atténuer les conséquences graves des crises environnementales et humaines qui ne manqueront pas d’émailler le 21ème siècle ?….

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La tragédie des horizons, ce qui nous pend au nez

Voir plus loin que le petit bout de notre nez est nécessaire si on ne veut pas s’écraser quelque part. L’écologie est une tentative scientifique qui envisage l’équilibre durable ou non d’une espèce par rapport à son milieu de vie. On mesure les effets des émissions de gaz à effet de serre sur le climat, on constate l’extinction de la biodiversité ou l’artificialisation des territoires, on soupèse l’avenir de la ressource halieutique ou hydrique, etc. Les conséquences à long terme peuvent être terribles pour l’espèce s’il y a un fort décalage entre population et ressources. L’écologie politique essayer d’en tirer des conséquences au niveau institutionnel. Mais pour le moment, sauf très rares exception, partis politiques, ménages , entreprises et État gardent une forte préférence pour le court terme. Il est paradoxal de constater que c’est le monde de la finance qui commence à s’inquiéter. Mark Carney, directeur de la banque d’Angleterre, a évoqué en 2015 ce qu’il appelle la tragédie des horizons qu’il nous faudrait briser :

« Nous n’avons pas besoin d’une armée d’actuaires pour nous dire que les conséquences catastrophiques du changement climatique se manifesteront bien après les horizons traditionnels de la plupart des acteurs, imposant un coût aux générations futures que les générations actuelles n’ont pas d’intérêt direct à régler. Cela est au-delà du cycle économique, du cycle politique, et de l’horizon des autorités technocratiques comme les banques centrales. Pour la stabilité financière, c’est un peu plus long, mais généralement jusqu’aux limites du cycle de crédit, environ une décennie. En d’autres termes, une fois que le changement climatique devient un sujet pour la stabilité financière, il est peut-être déjà trop tard… »

Les marchés financiers peuvent au mieux synthétiser l’information récente au regard du passé. Mais ils sont incapables de calculer le risque d’événements survenant à long terme. Même les investisseurs publics ne possèdent pas l’horizon nécessaire et les acteurs de ce secteur n’orientent pas spontanément les flux de capitaux vers l’économie « bas carbone ». Aujourd’hui Mark Carney, est devenu premier ministre au Canada, va-t-il se soucier du long terme ? Sa carrière politique est météorique. En septembre 2024, il est choisi pour diriger un groupe de travail du Parti libéral du Canada sur la croissance économique en vue des élections fédérales de 2025. Il se lance en dans la course à la direction du parti consécutive à la démission du premier ministre Justin Trudeau. Le 9 mars 2025, il remporte les élections internes avec 85 % des voix. Mark Carney est officiellement nommé premier ministre du Canada par la gouverneure générale Mary Simon, et assermenté le 14 mars 2025. On attend la suite quant à l’urgence écologique !

Comment surmonter « la tragédie de l’horizon » ? Les mutations du capitalisme provoquent des crises systémiques de longue durée parce que le croissancisme est vénéré par tous. Le mot sobriété est utilisé timidement dans certains discours politiques, mais l’idée de décroissance maîtrisée est encore tabou. Les questions du long terme ne sont pas encore l’horizon des préoccupations électorales. L’effondrement de notre mode de développement est donc programmé. Une tribune dans LE MONDE envisage cette perspective.

Eric Macé : « Il est maintenant bien établi que le mode de développement moderne déployé depuis plusieurs siècles, fondé sur un rapport extractiviste à la nature n’est pas durable. Les équilibres planétaires connus depuis les 11 000 dernières années au sein de l’holocène sont en train de vriller à un rythme dont la rapidité rend de plus en plus certaines des menaces aux conséquences incalculables. Alors que la modernité fondait sa légitimité historique sur le projet d’émanciper les humains de leur vulnérabilité originelle par le biais des bénéfices du progrès et de la croissance dans un futur illimité, le paradoxe tragique vient que ce mode de développement conduit à une vulnérabilité plus grande encore car non plus locale mais globale. Une pression anthropique exponentielle sur les équilibres planétaires menace les conditions mêmes d’existence des humains et des non-humains.

Les logiques capitalistes, extractivistes, inégalitaires, impérialistes, sont redevenues la norme et menacent toutes les formes existantes de coopération internationales concernant une action concertée de réduction des gaz à effet de serre et de restauration de la biodiversité. Reste à savoir qui seront les acteurs capables de porter un projet de rupture socio-écologique.

Le point des vue des écologistes bien informés

Rien de nouveau dans ce constat de Macé, c’est ce qu’écrivait déjà le rapport de 1972 sur le limites de la croissance : l’effondrement aura lieu au cours de ce siècle si les tendances croissancistes ne sont pas inversées. En d’autres termes, nous avons perdu plus de 50 ans en nous goinfrant de ressources naturelles de plus en plus limitées et dégradées. La conclusion d’Eric Macé, est terrifiante : «  Les logiques extractivistes, inégalitaires… sont redevenues la norme. Reste à savoir qui seront les acteurs capables de faire autrement ». Aucun pays, aucun parti en France, aucune personnalité politique ne tient devant les citoyens un discours de vérité : dire entre autres que nous allons au désastre si nous râlons contre le prix de l’essence (jugé toujours trop cher) alors que notre avenir est à la disparition de la voiture individuelle.

Notre plus ancien article sur la considération du long terme

27.12.2005 Le dernier mot à la coopération

Le prix Nobel d’économie est habituellement décerné à d’ardents défenseurs de la microéconomie et de la compétition, ce qu’on appelle élégamment la « concurrence ». Mais cette année 2005 le prix a été décerné à R.Aumann « pour avoir amélioré notre compréhension du conflit et de la coopération ». Il y a d’abord la prise en compte du long terme : quand une interaction sociale se répète au cours du temps, le comportement agressif d’un acteur, même s’il lui est favorable à court terme, lui est défavorable à long terme s’il prend en considération la chaîne de réactions que son comportement va induire. Ensuite la vertu de la médiation qui favorise la coopération. Pour une fois l’économie se rapproche des fondements de l’écologie. Dans l’organisation symbiotique du vivant, ce n’est pas la compétition et la domination qui sont les stratégies les plus efficaces, mais les systèmes de coopération. Un naturaliste américain faisait remarquer qu’on ne trouve pratiquement pas d’individualisme dans la Nature, une communauté biotique fonctionne comme une république de plantes et d’animaux étroitement associés se rapprochant davantage d’un organisme autonome qu’aucune de ses parties constituantes. L’avantages des alliances biotiques, c’est que la coopération est totalement inconsciente, une interdépendance mutuelle automatique. C’est l’équilibre automatique du marché en dehors de toute présence humaine.

Le monde humain est chaotique et entraîne une fragmentation de l’être, alors que celui de la Nature est une communauté étroitement soudée, un organisme complexe unique qui transcende tous les conflits et toutes les mesquineries, un champ de matière parcouru de courants vitaux même si les relations entre proies et prédateurs ne sont pas de tout repos. L’intrusion de la volonté humaine ne peut que perturber cet équilibre dynamique sauf à construire le sens de la coopération non pas simplement entre humains, mais entre activité et humaine et respect des écosystèmes.

En savoir plus grâce à notre blog biosphere

Écologie, choix du long terme contre le CT (juin 2024)

extraits : La seule chose dont on peut être certain est que le long terme finit toujours par l’emporter sur le court terme. La catastrophe écologique actuellement en œuvre a pour cause essentielle l’incapacité de l’espèce humaine à raisonner sur le long terme, à anticiper les drames à venir.Une des caractéristiques principales de l’écologisme est sa préoccupation du long terme, à savoir le sort des générations futures et de la biodiversité. Cette pensée du futur peut rendre optimiste. Certes la montée de l’extrême droite en France et dans beaucoup de pays fait en sorte que l’urgence écologique n’est pas du tout ressentie….

La tragédie des horizons, ce qui nous pend au nez Lire la suite »