Nos amis les loups en ligne de mire

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen a ouvert la voie le 4 septembre 2023 à une possible révision du statut de protection de cet animal : son propre poney, Dolly, a été tué par un loup en septembre 2022 ! Exemple frappant de l’animal domestique choyé au détriment de l’espèce sauvage. Errare humanum est !

Perrine Mouterde et Chiddes : La préparation du nouveau « plan loup », qui doit être adopté d’ici à la fin de l’année pour la période 2024-2029, n’échappe pas aux surenchères et aux tensions. Des chiens de protection ont été déployés, des clôtures électriques installées, des moyens financiers conséquents engagés. Les membres de la brigade mobile d’intervention « grands prédateurs terrestres », installée à Gap depuis 2015, sont envoyés sur les foyers de prédation. Mais les organisations agricoles réclament officiellement la suppression du plafond de destruction des loups et l’équipement des éleveurs et chasseurs en armes équipées de lunettes à visée nocturne. Claude Font, responsable loups de la Fédération nationale ovine : « Il faut que tous les loups qui s’approchent des troupeaux soient susceptibles d’être tué ». Olivier Laporte, fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles (FDSEA) de la Nièvre : « Le loup et l’élevage, ce n’est pas compatible. »

Une expertise collective de 2017, dirigée par le Muséum national d’histoire naturelle, estimait que le taux global de mortalité devait être maintenu « en dessous de 34 % », faute de quoi la population déclinerait. Or, alors que le plafond de tirs létaux a augmenté (162 loups ont été tués en 2022), le taux de mortalité a été estimé à 42 % pour la période 2014-2019. Pour les éleveurs, le seuil de viabilité, mentionné dans l’actuel plan comme étant estimé à « 500 loups », est largement dépassé : la population compte un millier d’animaux signalés dans 53 départements.

Le point de vue des écologistes amoureux des loups

1 104 loups en 2023 pour 67 millions d’humains : cherchez l’erreur ! Que diraient les Français si le taux de mortalité des animaux homo sapiens était fixé « juste en dessous de 34 % ». Et quel est le seuil de viabilité de cette espèce d’hominidé qu’on devrait respecter : environ 500 individus, comme les loups ? Notez que l’humain et le loup se ressemblent, ils chassent en meute. Ce sont des prédateurs en haut de la chaîne alimentaire qui doivent en conséquence réguler leur population en proportion des ressources à leur disposition

Le loup limite sa reproduction au seul couple dominant de la meute pour ajuster ses effectifs aux ressources disponibles. Quand les proies se font rares, la meute reste parfois deux ou trois ans sans mises bas. Ce comportement est d’autant plus admirable que le loup, bien qu’intelligent, ne dispose pas de cet outil prospectif unique au monde qu’est le néocortex humain. Un outil en l’occurrence totalement déficient : l’espèce humaine s’avère incapable d’accepter, ni même de discerner une limite à sa propre prolifération. au contraire ils ont tout fait pour croître et se multiplier. Aujourd’hui la concurrence des loups ne sont qu’une infime fraction des maux qu’ils doivent combattre, extinction de la biodiversité, réchauffement climatique, épuisement des ressources fossiles, stress hydrique, etc. Ils l’ont bien cherché !

Le renard bouffe mes poules que j’aime, je n’ai rien à reprocher au renard, je me reproche de ne pas protéger mes poules qui n’ont rien demandé. Les moutons n’ont d’existence que pour que les humains les bouffent. Pourquoi pas laisser au loup sa part ? Notre planète, et nous par conséquent, ne supportera pas encore longtemps des élevages ovins et bovins aussi intensifs. Puisque l’homme est un loup pour l’homme, comme nous l’on appris Plaute, Hobbes et quelques autres, aura t’on le droit de lui tirer dessus dimanche prochain ? Les intérêts particuliers doivent passer derrière l’intérêt de la nature et de la biodiversité.

A l’heure ou manger moins de viande devient un impératif environnemental et sanitaire, le retour du loup est une formidable opportunité pour réguler la taille des troupeaux, grands émetteurs de gaz de serre. Voici un petit témoignage du terrain. J’ai un ami éleveur (900 brebis) qui avait tellement de dégâts de gibiers (sangliers, chevreuils, cerfs) sur ses cultures qu’il avait arrêté de faire des céréales pour nourrir ses bêtes. Cela lui coutait très cher de devoir acheter ses céréales. Un meute de loups s’est installée sur sa commune. Il a eu une grosse attaque à la suite de laquelle il a mis les mesures de protections (chiens, etc.). L’arrivée des loups a drastiquement fait diminuer la population ongulée. Aujourd’hui il refait ses céréales et dit clairement qu’entre le loup et les ongulés, il choisit le loup.

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Loups en France ou troupeaux d’éléphants ? (2019)

extraits : Que diraient les éleveurs des montagnes françaises si, au lieu de loups, ils étaient confrontés à des troupeaux d’éléphants ! Le Botswana n’a levé que le 22 mai dernier l’interdiction de chasser l’éléphant sur son territoire. Le Botswana (superficie comparable à la France) a de loin la plus importante population d’éléphants en Afrique, avec 135 000 individus recensés en 2015, qui se déplacent librement. En France il n’y a que 430 loups. Autre comparaison, il y a 1500-2000 loups en Espagne et 1000-1500 en Italie. ..

350 loups, 67 millions de Français, le déséquilibre (2018)

extraits : Nous les loups, nous ne pouvons pas saquer les bergers. ! Ils font de l’élevage pour la viande, un ranching avec des troupeaux de plus en plus importants tout en économisant la main d’œuvre. Optique de courte vue, productiviste. En plus, de quoi se plaignent ces éleveurs : ils sont indemnisés pour chaque bête que nous égorgeons. Nous soupçonnons les bergers de hurler au loup simplement pour accroître leurs émoluments. Nous en avons marre d’être pourchassés alors que nous ne faisons que vivre notre existence de loup. Notre vie devient impossible, même José Bové a demandé de nous tirer comme des lapins…

Si tu tues les loups, tu dois aussi tuer les cerfs (2014)

extraits : Aldo Leopold : « Dans le Wisconsin, il y avait des loups, et ceux-ci se chargeaient de réduire les hardes de cerfs. Mais lorsque les broussailles firent leur apparition, les loups avaient été éradiqués et l’Etat avait promulgué une loi pour protéger les élans. Tout était prêt pour que commence l’invasion du cerf. Cette immense population de cerfs mangeait des broussailles de bon appétit. Qu’y avait-il dans ces broussailles ? Des arbustes qui préparaient l’avènement de la future forêt. Mais les cerfs mangeaient la forêt naissante. Il semblait évident que si nous ne réduisions par leur population nous-mêmes, la famine s’en chargerait et nous finirions par perdre à la fois forêt et cerfs. Les protecteurs de cervidés, interdisant les tentatives pour réduire la population de cerfs, sont prêts à sacrifier la future forêt. L’erreur fondamentale de cette forme de « protection de la nature », c’est qu’elle cherche à protéger une ressource en en détruisant une autre. Ces « protecteurs » sont incapables de considérer la terre comme un « tout ». Ils sont incapables de penser en termes de bien-être à long terme pour l’ensemble de  la communauté biotique. »…

Du loup ou des humains, quel est le super-prédateur ? (2014)

extraits : Les loups colonisent de nouveaux territoires, en cela ils ne font qu’imiter les pratiques humaines. Les jeunes loups quittent leur meute quand il y a concurrence pour l’alimentation, les jeunes humains quittent leur cercle d’appartenance quand il faut s’expatrier pour chercher un emploi. Les loups peuvent parcourir 40 à 50 km en une nuit, des hommes prennent l’avion et font des milliers de kilomètres en peu de temps. Il n’y a pas grand-chose qui arrête le loup, il n’est pas inféodé à un écosystème, il s’adapte à tous. Les humains ont la même plasticité…

de l’homme au loup, une trop troublante similitude (2013)

extraits : Un berger s’exclame : « On élève des brebis, pas des loups. On n’a pas signé pour faire des croquettes fraîches. » Un loup rétorque : mieux vaut des croquettes fraîches qu’un  Big Mac de chez McDonald’s… Chaque Américain dévore en moyenne 330 grammes de viande par jour (plus de 120 kilos par an). « Le loup mange en moyenne 2 à 3 kg de viande par jour, mais peut jeûner plusieurs jours. »…

pas assez de loups, trop de moutons, difficile cohabitation (2012)

extraits : La population de loups en France est estimée à 250 individus, la population humaine en métropole à 63,5 millions. En conséquence la cohabitation du loup avec les Français est en train d’atteindre son point de rupture. Entre la survie d’une espèce animale menacée, et celle d’une espèce prédatrice qui couvre toute la France, il s’agit de choisir.

Face aux éleveurs, des loups exaspérés (2012)

extraits : Quand on voit ces alpages où l’herbe n’est plus qu’un paillasson parce qu’il y a trop de moutons, nous sommes exaspérés. Regardez bien comment l’homme a défiguré la montagne par le surpâturage, par la disparition de la flore alpine du fait des dents du mouton. Une brebis peut être remplacée rapidement, une montagne mise à mal par l’excès d’ovins a besoin de deux ou trois décennies pour se reconstituer. Nous les loups, nous sommes donc utiles pour réguler la pression des herbivores sur les alpages. Avec vos troupeaux de milliers de têtes dans le Mercantour, trop, c’est trop : nous ne sommes pas encore assez ! ...

gardons nos tigres et nos loups, diminuons notre nombre (2012)

extraits : Il y a un siècle, la population de tigres en Inde était de 100 000 individus. Ils ne sont plus que 1700 aujourd’hui. Si la population mondiale d’humains suivait la même pente, nous sommes 7 milliards aujourd’hui, nous ne serions plus que 119 millions en 2112. Une vraie bénédiction pour les autres espèces en général et pour les tigres en particulier…Suivons l’enseignement de l’écologie profonde ainsi défini par Arne Naess : « L’épanouissement de la vie et des cultures humaines est compatible avec une diminution substantielle de la population humaine. L’épanouissement de la vie non-humaine requiert une telle diminution. »…

un loup de moins, humanisme en berne (2010)

extraits : Catherine Larrère : « La présence des loups ne signifie pas la mort des troupeaux, et encore moins celle des hommes, mais elle incite à changer de mode de vie, à accepter que l’espace où les hommes vivent ne soit pas uniformément et uniquement humain, mais laisse place à d’autres formes de vie. Le choix n’est pas entre l’homme et la nature, mais entre un monde uniforme, modelé aux seuls intérêts économiques et un monde divers, laissant place à la pluralité des aspirations humaines comme à la pluralité des vivants. Le monde uniforme est anthropocentrique, il n’est pas certain qu’il soit humaniste. A tout mesurer à l’aune de l’humain, on risque de ne plus mesurer qu’une partie de l’humain. »…

moins d’éleveurs, plus de loups (2008)

extraits : L’espèce Canis lupus, réintroduite depuis l’Italie vers 1992, serait dans un état de conservation favorable en France avec 150 individus et quatorze meutes. Je rêve d’un territoire français où l’espèce homo sapiens serait ramenée à 150 individus rassemblés dans quatorze villages, ce qui permettrait aux loups, aux forêts et à l’exubérance de la vie sous toutes ses formes de prendre tout l’espace dont l’homme s’est accaparé pour son seul intérêt à court terme…

6 réflexions sur “Nos amis les loups en ligne de mire”

  1. Michel C. est un commentateur fidèle, qui peut compléter à juste titre un article, mais qui s’adonne trop souvent au raccourci trompeur : on isole un fragment de texte pour en tirer des conclusions erronées car sorties de leur contexte. Exemple ici :
    Le texte d’origine : L’espèce Canis lupus, réintroduite depuis l’Italie vers 1992, serait dans un état de conservation favorable en France avec 150 individus et quatorze meutes.
    Michel C : « Le chiffre idéal, le chiffre rêvé (pour les humains)… c’est 150 ! Et 14 villages !Tant qu’à nous en sortir des bonnes, n’ayons pas peur du ridicule ! »
    Le texte disait que si 150 individus, c’est suffisant pour les loups, il en est de même pour les humains et ce serait favorable : « Cela qui permettrait aux loups et à l’exubérance de la vie sous toutes ses formes de prendre tout l’espace dont l’homme s’est accaparé pour son seul intérêt à court terme. »

    1. Désolé d’avoir fait là dans le ridicule, mais la tentation était trop grande.
      Le nombre de loups en France est actuellement estimé à environ 900 individus répartis sur au moins 145 territoires :
      – Y a-t-il 906 loups en France ? Le chiffre officiel crée la controverse
      ( 20minutes.fr/planete/ 03/07/23 )

      J’en déduis donc que le chiffre idéal, le chiffre rêvé (pour les humains)… passe donc à 900 répartis sur 145 villages.
      Plus sérieusement, je ne sais pas s’il y a trop de loups ou pas assez. En ce qui me con cerne, tant qu’ils ne m’empêchent pas d’aller aux champignons l’esprit tranquille, ils ne me dérangent pas. Oui je sais, je ne pense qu’à ma pomme.
      En attendant les loups se portent bien, l’espèce n’est nullement en danger, leur population est d’ailleurs en augmentation exponentielle; 🙂

    2. (suite) Autre sophisme (un raisonnement faux sous une apparence de vérité) de Michel C. : « En quoi le fait de choyer un animal de compagnie porterait-il tort à telle ou telle espèce animale ? ».
      Encore une déformation des propos.
      Dans le texte, il s’agissait de l’attitude d’une femme au pouvoir envisageant d’aller contre un texte européen après que son animal préféré ait été tué par un loup. C’est un constat de fait qui ne peut être remis en question. Maintenant, si on faisait un sondage auprès de tous les possesseurs de chiens sur leur attitude envers les loups, il y a de fortes chances qu’ils veuillent limiter le nombre de loups sans envisager nullement de restreindre leur choix personnel à avoir un chien. On aime la compagnie animale proche, pas la vie sauvage, c’est dommage.

      1. Si ON va par là tout est sophisme. Dans mon commentaire À 19:31 je posais pas moins de 4 questions. Je n’ai pas l’impression que ce sont des questions à la con qui peuvent être balayées comme ça d’un revers de la main. D’autre part je faisais moi aussi un constat de fait qui ne peut être remis en question. Quant à ce sondage, à la con comme tous les sondages, là encore tout dépendrait déjà de la façon dont ON poserait la question :
        – Amis des bêtes, vététistes, joggeurs et autres cueilleurs de champignons, êtes-vous POUR ou CONTRE la réintroduction des loups dans la forêt de Rambouillet ?
        – Amis des bêtes, des belles et des beaux et autres noctambules, êtes-vous POUR ou CONTRE la réintroduction des loups dans le bois de Boulogne ?
        Juste manière de rendre vos aventures plus sauvages. 🙂

  2. –  » […] Exemple frappant de l’animal domestique choyé au détriment de l’espèce sauvage. Errare humanum est !  »

    Exemple frappant d’un des sophismes habituels de Biosphère. En quoi le fait de choyer un animal de compagnie porterait-il tort à telle ou telle espèce animale ? Ne peut-on pas, et en même temps, aimer son animal de compagnie et défendre les espèces sauvages ? Qu’est-ce qui nous dit que c’est parce que son poney a été tué par un loup que Ursula von der Leyen envisage une révision du statut de protection du loup ? Le loup ne poserait-il donc aucun problème ? Du moins aucun digne d’intéresser les politiques…
    Le loup, comme l’ours, le panda du WWF, les baleines… est le chouchou des zécolos.
    Pour les rats, les limaces, les bergers… ils ont moins d’états d’âme. Attendons que le loup reprenne ses quartiers dans les bois autour de Paris, et ON en reparle.

    1. – « Je rêve d’un territoire français où l’espèce homo sapiens serait ramenée à 150 individus rassemblés dans quatorze villages, ce qui permettrait aux loups, aux forêts et [patati et patata] » (moins d’éleveurs, plus de loups )

      Non non vous ne rêvez pas ! Vous avez bien lu.
      Le chiffre idéal, le chiffre rêvé… c’est 150 ! Et 14 villages !
      Tant qu’à nous en sortir des bonnes, n’ayons pas peur du ridicule ! 🙂

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