Le PIB va s’effondrer avec le prochain choc pétrolier

Gaël Giraud : « L’élasticité (la sensibilité) du PIB par rapport au capital apparaît beaucoup plus faible que ce qui est couramment admis. Par contre sur le long terme, une relation extrêmement stable existe entre la consommation d’énergie et la croissance du PIB. Si vous croyez que le prix de l’énergie reflète fidèlement l’offre et la demande réelles, et si vous postulez que l’industrie des hydrocarbures n’est soumise à aucune contrainte du côté de l’extraction, alors vous concluez tranquillement que l’élasticité du PIB par rapport à l’énergie est proche de la part du coût de l’énergie dans le PIB. Soit moins de 10 %. Mes propres travaux empiriques, menés sur près d’une cinquantaine de pays, et sur plus de quarante ans, montrent qu’en réalité l’élasticité du PIB par rapport à l’énergie primaire est comprise entre 40 %, pour les zones les moins dépendantes du pétrole, comme la France, et 70 % pour les Etats-Unis, avec une moyenne mondiale tournant autour de 60 %.

Est-ce la consommation d’énergie qui cause la croissance du PIB ou bien l’inverse ? Mes travaux penchent clairement en faveur d’une relation causale univoque de la consommation d’énergie primaire vers le PIB, et non l’inverse. La crise des subprimes de 2008 est en quelque sorte les conséquences d’un choc pétrolier. En 1999, le baril est à 9 dollars et en 2007, il tourne autour de 60 dollars (avant de s’envoler à 140 $ du fait de la tempête financière). Nos économies ont donc connu un troisième choc pétrolier au cours des premières années 2000, de même amplitude que ceux des années 1970, quoique davantage étalé dans le temps. Ce choc pétrolier n’a pas eu l’effet récessif majeur de ceux de 1973 et 1979 à cause de la politique monétaire de taux directeurs très faibles qui a rendu possible une expansion significative du crédit. Autrement dit, nos économies se sont endettées pour compenser la hausse du prix du pétrole, rendant le choc relativement indolore. Mais le remède qui a rendu possible d’amortir le choc pétrolier a aussi provoqué la pire crise financière de l’histoire, elle-même largement responsable de la crise actuelle des dettes publiques. Tout se passe donc comme si nous étions en train de payer, maintenant, le véritable coût de ce troisième choc pétrolier.

Le parallèle que Tainter propose entre la dépendance de l’empire romain à l’égard de l’énergie pillée chez les sociétés conquises, et notre propre dépendance énergétique me paraît très pertinent. Si l’on suit Tainter, nous serions condamnés, dans la mesure où notre société aurait atteint son “pic de complexité”. Si l’Europe devient leader dans la transition énergétique et, plus globalement, écologique, alors elle pourra exporter auprès du reste du monde son savoir-faire. Sinon, elle sera condamnée à devoir faire la guerre, comme l’empire romain, pour capter l’énergie des autres, ce qu’elle n’a plus guère les moyens de faire. »

Source : Interview de Gaël Giraud par Matthieu Auzanneau (que nous avons résumé) 

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