L’utopie écologique, un imaginaire à vivre

L’utopie « techno-libérale » décrit une société hyperindividualiste organisée pour une croissance forte tirée par la science et la technologie, avec le transhumanisme comme point d’horizon. L’Utopie « écologique »i dépeint une organisation de l’économie et de la société tendue vers la sobriété, le « moins mais mieux ». L’Utopie « sécuritaire » renvoie à une société nostalgique d’un passé révolu, attachée à la morale et à la tradition, soucieuse de préserver son identité face aux influences étrangères. Notre enquête d’opinion* a mesuré le degré d’adhésion des Français à ces trois modèles de société idéale, trois « systèmes utopiques » contemporains qui prescrivent des priorités, des politiques et des institutions supposées conduire à un avenir souhaitable.

Chaque système utopique a été présenté aux personnes ayant participé à l’enquête de manière détaillée, en couvrant les aspects relatifs à l’organisation de la vie économique, au système politique, aux modes de vie et de consommation, etc. 55 % des répondants ont accordé leur meilleure note à l’utopie « écologique ». L’utopie « sécuritaire » se classe en deuxième (29 % des répondants), l’utopie « techno-libérale » reste à 16 %. Mais la porosité des préférences s’étend dans toutes les directions, les répondants ont tendance à se construire leur propre société idéale en picorant dans les trois systèmes utopiques les aspects dans lesquels ils se reconnaissaient le mieux. L’utopie écologique profite sans conteste de l’accélération récente de la prise de conscience des enjeux écologiques par les Français, et notamment de la montée en résonance médiatique de la thématique de l’effondrement. Elle séduit également de manière positive, par les modes de vie qui lui sont attachés. Une très large majorité de Français se déclarent attirés par la perspective de modes de vie ancrés sur un territoire de proximité, favorisant les liens sociaux (en particulier avec ses proches), associés à des modes de consommation qui font la part belle à la consommation de produits locaux, en grande partie bio, où la consommation de viande aurait fortement reculé au profit des protéines végétales. C’est l’inverse de ce vers quoi nous a mené concrètement le techno-libéralisme qui en fait, est une « utopie » réalisée grâce au pillage de la planète. Les citoyens veulent désormais redonner du sens dans une société de marchandisation qui a cassé toutes les solidarités de proximités qui existaient autrefois. Malheureusement l’optique sécuritaire, cultivée par les gouvernements (lutte contre le terrorisme) et les nationalistes/populistes, brouillent le message sur ce que pourrait être une société idéale. Quelques commendataires sur lemonde.fr :

Cassandre : Utopie : vue politique ou sociale qui ne tient pas compte de la réalité… utopie communiste, utopie nazie, utopie libertaire…

Michel SOURROUILLE : Utopie, lieu qui n’existe pas encore mais que les efforts coordonnées et non-violents de tous les membres du groupe humain peuvent faire en sorte que cela devienne réalité. Cassandre devrait relire Thomas More, l’inventeur du mot Utopie, qui a décrit une société idéale dont on pourrait s’approcher si on y mettait du sien. N’oubliez pas aussi le livre de René Dumont en 1972, L’utopie ou la mort, qui constitue le premier ouvrage de référence de l’écologie française. Dumont a essayé lors de la présidentielle 1974 de faire en sorte que l’Utopie écolo devienne réalité, les électeurs n’ont pas voulu, tant pis pour eux, la situation est maintenant telle qu’on la voit, catastrophique…

untel : Monstrueusement biaisé par la « présentation » aux sondés des différentes utopies. Les sondeurs adorent depuis toujours faire choisir entre un gâteau et un étron, ce qui leur permet d’obtenir des résultats significatifs sans trop d’effort.

le sceptique : Tout dépend de la manière dont est présentée la société idéale ! Si l’on a fait comprendre aux gens que consommer moins, c’est produire moins, donc moins de richesses et de revenus, moins de services publics et droits sociaux payés par l’impôt, moins de capacités de vie (genre maisons, voitures, voyages) payées par le travail, alors oui, la France est mûre pour la décroissance. Si l’on a laissé entendre que c’était grosso modo le même train de vie qu’aujourd’hui avec plus de temps en famille et en jardinage, alors non, on a enfumé les participants par un biais d’omission sur les conséquences systémiques désagréables d’une richesse collective et individuelle qui baisse. Vu les mobilisations sociales en France et dans le monde dès qu’on a le sentiment de perdre des avantages, j’ai quelques doutes.

Bernard l. @le sceptique : Vous émettez le doute que l’on n’aurait pas présenté aux sondés les aspects que vous considérez comme négatifs de l’utopie écologique. On peut aussi considérer que les sondés ne sont pas totalement idiots. Mais qu’en serait-il selon vous des aspects négatifs des deux autres utopies ? Pourquoi n’en parlez-vous pas ? Pourquoi vous considérez-vous fondé à dénigrer tout ce qui relève de ce qui est présenté ici comme l’utopie écologique, à en dénigrer toute objectivité, toute légitimité, au delà de tout argument de fond ? Et ne jamais remettre en question les autres « utopies » ?

* LE MONDE du 23 novembre 2019, Philippe Moati : « L’utopie écologique séduit les Français »

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3 réflexions sur “L’utopie écologique, un imaginaire à vivre”

  1. Parabole de la vallée poissonneuse :
    100 humains arrivent dans une belle vallée où ils trouvent un lac plein plein de poissons. 80 se réjouissent, pêchent et se gavent de poissons, 19 supervisent cette société de consommateurs, un seul s’inquiète de la pérennité de la ressource, in fine 100 humains meurent de faim quand il n’y a plus d’arêtes à bouffer ni d’autres vallées où aller…

  2. Pour répondre à Bernard l. qui dit à le sceptique : «On peut aussi considérer que les sondés ne sont pas totalement idiots.»
    Oui, on peut toujours considérer… Toutefois ce sondage révèle que les «décroissants radicaux» représenteraient 9% des sondés. («adhèrent massivement à l’utopie écologique et quasi exclusivement à celle-ci. Très diplômés. Très représentés au sein de la classe créative.» )

    Or, 9% c’est déjà très loin de ces 55 % qui soit-disant adhéreraient à cette utopie écologique. Cependant, si nous pouvons prendre ce sondage un tant soit peu au sérieux, c’est là une bonne nouvelle,. Parce que je pensais qu’ils ne représentaient que 2 à 3% à tout casser.

    Quoi qu’il en soit, ce sondage prétendant nous peindre 5 profils de Français, nous dit que ce sont «Les modernes» qui arrivent en tête (« 31 % de l’échantillon. Ils disent oui à la notion de progrès, y compris à l’humain augmenté. Ils sont consuméristes. Ils sont plus jeunes que la moyenne de l’échantillon et issus de catégories socioprofessionnelles modestes.»)
    Et quand je vois ce qui suit, là je n’ai vraiment pas de quoi me réjouir.

  3. Nous avons tous une certaine idée du crédit que nous devons accorder aux sondages, ainsi que de ce à quoi ils servent. Les sondages servent tout simplement à manipuler l’opinion, la sacro-sainte Opinion. Ce truc formidable qui nous dispense de penser par nous-même et qui nous pousse insidieusement à épouser la fameuse norme, hi-han.
    En continu, au sujet de tout et n’importe quoi, on mesure ce que les gens pensent. C’est juste dommage que les gens aiment ça, se faire sonder, mais c’est comme ça. Et puis on publie les résultats, ou pas, selon qu’on ait un intérêt ou pas à le faire. Et puis on ajuste la stratégie et le discours de propagande en fonction. Et puis on recommence, on remesure, etc. Et c’est comme ça qu’on «avance» … c’est comme ça qu’on TRANSITE …

    Ce coup ci, le «on» c’est l’observatoire société et consommation (Obsoco) avec le soutien de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), de la banque publique d’investissement Bpifrance et de la chaire ESCP-Edouard-Leclerc. Autrement dit… imaginez de vrais écolos purs et durs, des partisans de la décroissance, et qui plus est de vrais utopistes issus de l’école Thomas More … qui paient un sondage, juste pour savoir où en sont les cons-ommateurs à la veille du Black-Friday. N’importe quoi !
    Et c’est comme ça qu’on «avance», et c’est comme ça que l’écologie «avance» . C’est comme ça que tout récemment on a pu dire que « pour préserver l’environnement, les Français sont même devenus des adeptes de la décroissance (54% vs 45%) plutôt que d’une croissance verte.» (sondage Odaxa pour Aviva Assurances, BFM et Challenges).

    Conclusion : Vraiment trop forts ! Nous devrions savoir que le capitalisme a cette formidable capacité à se métamorphoser, notamment en s’emparant des idées de ses opposants pour les recycler et en tirer bénéfice.

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