démographie

Serge Latouche, la question démographique

« Il n’est de richesse que l’homme » disait Jean Bodin au XVIe siècle. Je suis d’accord avec Pierre Jouventin sur le tabou démographique et son aspect religieux. Mais je n’aborde jamais spontanément le problème lorsque je fais une conférence. Dans mon livre « Le pari de la décroissance », je consacre tout un chapitre à la démographie. Si une croissance infinie est incompatible avec un monde fini, il en résulte évidemment qu’une croissance démographique infinie l’est également. Cependant, en tant que militant de la décroissance, mon problème n’est pas que les Chinois soient trop nombreux – ils le sont incontestablement – mais que les Américains consomment trop. Si tout le monde vivait comme les Burkinabés, la planète pourrait supporter 23 milliards d’hommes. Mais je suis d’accord avec Claude Lévi-Strauss qui disait qu’au delà de 2 ou 3 milliards, nous serions déjà trop nombreux. Il faut bien évidement prendre la question démographique à bras-le-corps.

Les positions du mensuel La Décroissance, qui sont essentiellement celles de son rédacteur en chef Vincent Cheynet, sont difficilement défendable. Elles tiennent à mon avis de sa culture catholique et de cette idée d’infamie attachée à l’épithète « malthusien » parce que Marx avait fait la critique de Malthus, pas toujours intelligemment d’ailleurs. Pour eux, être malthusien est politiquement incorrect !

Un numéro de la collection « Les précurseurs de la décroissance » sera consacré à Malthus. Je ne sais pas s’il sortira en raison d’un blocage de la maison d’édition. Si les dominants veulent réduire la population, c’est pour ne pas changer de système. Il va y avoir de plus en plus de mouvements anti-natalistes que ne vont pas faire dans la dentelle, à l’instar des mouvements anti-migratoires. Pour les gens de l’extrême gauche, qui voient le cynisme de ceux qui dominent le monde, le problème écologique ne peut se résoudre simplement en réduisant la population. Notre déracinement se traduit par des revendications infinies : « J’ai le droit de… », de faire un enfant même si je ne peux enfanter, ou bien encore changer de sexe… Cette idéologie du « droit à tout » s’intègre dans la démesure.

Le point de friction avec Pierre Jouventin résidait clairement dans la démographie ; il m’avait reproché explicitement dans un livre de ne pas parler de la décroissance démographique. Je n’avais jamais vraiment dit le contraire, mais ce n’était pas le centre de mes critiques de la croissance.

* Pour une écologie du vivant, regards croisés sur l’effondrement en cours (éditions Libre & Solidaire, 2019)

Surpopulation et extinction des espèces

La nouvelle animation du MNHN, intitulée « Revivre » est consacrée aux espèces disparues. Ici, une rhytine de Steller, sorte d’immense lamantin de 8 mètres de long massacré au XVIIIe siècle. Là, un dodo qui paraît surpris de se promener en paix parmi ces Homo sapiens qui l’ont éradiqué. Aucune mesure susceptible de protéger notre environnement ne sera efficace s’il n’y a pas au départ une interrogation sur les limites de l’expansion de l’homme sur notre planète. Homo sapiens est une espèce biologique, née de la sélection naturelle, qui ne peut être dissociée du contexte naturel qui l’entoure. Or la surpopulation a confisqué les zones les plus riches au détriment du reste du vivant.

L’homme est un être hétérotrophe. Son métabolisme est incapable de synthétiser les sucres comme le font les plantes par photosynthèse. Il n’a pas non plus la possibilité, comme les ruminants, de synthétiser certains acides aminés à partir des sucres fournis par les végétaux. Il a donc besoin de tuer pour se nourrir. Il a exterminé les mammifères de grande taille, il a épuisé les rivières, les fleuves et les mers, il a exterminé tous les carnassiers situés au sommet de la chaîne alimentaire… il écarte tout ce qui le gêne. Il n’y a jamais eu de pause dans la croissance de la population humaine. Il est partout. Dans son roman Temps futurs paru en 1948, Aldous Huxley se demande à quoi se sont occupés les humains. « A polluer les rivières, à tuer tous les animaux sauvages, au point de les faire disparaître, à détruire les forêts, à délaver la couche superficielle du sol et à la déverser dans la mer, à consumer un océan de pétrole, à gaspiller les minéraux qu’il avait fallu la totalité des époques géologiques pour déposer. Une orgie d’imbécillité criminelle. Et ils ont appelé cela le Progrès. »

En 2017, le prix du « Wildlife Photographer of the Year » est décerné pour la photo d’un animal mort, tué par un humain. Un rhinocéros est abandonné près d’un trou d’eau, avec sur le nez un trou sanglant à l’endroit où autrefois se dressait sa corne. Le photographe Brent Stirton a encore en mémoire la violence de la scène : « Le rhinocéros a été tué avec une arme de gros calibre, munie d’un silencieux. Les braconniers lui ont enlevé la corne alors qu’il était encore vivant, ce qui engendre des souffrances terribles. C’était horrible, il y avait du sang partout. » Le rhinocéros est mort sans raison si ce n’est les pouvoirs imaginaires de guérison que les hommes attribuent à sa corne en kératine. Mais elle vaut 50 000 dollars le kilo, soit plus que l’or. Une véritable fortune au Mozambique, un des pays les plus pauvres de la planète. LAfrique est peuplée, surpeuplée d’humains pauvres, toujours plus pauvres, cercle vicieux de la surper-fécondité des pauvres qui empêchent tout développement économique, et rend nécessaire d’abattre un rhinocéros de temps en temps. Lorsqu’une ressource alimentaire s’épuise, l’être humain s’efforce de lui trouver une substitution, une nouvelle niche écologique à conquérir pour la détruire, une nouvelle source d’enrichissement.

L’expansion démographique mal contrôlée rend aléatoire toute mesure conservatoire du milieu naturel.

Pierre Jouventin, la question démographique

Pendant 95 % de l’existence des hominidés, nous avons vécu en équilibre avec notre milieu. Ce mode de vie, très difficile quand on le compare à l’actuel, aurait pu durer indéfiniment, comme celui d’un loup qui n’épuise jamais son environnement puisque sa natalité est régulée par l’abondance (ou non) de la ressource. Dans les conditions de vie contraignantes et dangereuses des chasseurs-cueilleurs, la mortalité était très forte. Comme il n’était pas possible pour une femme de s’occuper en même temps de plusieurs enfants en bas âge, cela limitait les naissances… jusqu’à la sédentarisation de notre espèce. Nous sommes alors passés d’une stratégie de type K (mortalité infantile forte et longévité relativement importante) au boom actuel des naissances. Grâce aux céréales et au lait qui permettent de sevrer les enfants beaucoup plus tôt, la vie paysanne a permis d’élever jusqu’à un jeune tous les ans. En outre la mortalité en bas âge a considérablement baissé du fait du développement de l’hygiène. D’où une démographie accélérée de type r (propre aux petits mammifères de faible longévité et de reproduction rapide) associée à une durée de vie augmentée, c’est-à-dire un cocktail démographique explosif. A partir de l’invention de l’agriculture, nous devenons la seule espèce sur Terre a échapper provisoirement à la régulation des naissances par la limitation des ressources naturelles comme l’avait compris Malthus : « La possibilité d’accroissement d’une population humaine est infiniment plus grande que celle de la Terre pour produire sa nourriture. » Comme un nouveau riche, l’homme depuis le Néolitihique s’est mis a dépenser le capital au lieu de se contenter des intérêts du placement, comme le faisaient les animaux et les ancêtres humains. La révolution agricole a constitué un piège. On en voit pas comment ce système d’exploitation des ressources pourrait se perpétuer avec l’accélération démographique : 1 habitant pour 3300 hectares au paléolithique, 1 pour 1000 ha au Mésolithique, 1 pour 100 ha au Néolithique, 1 pour 10 ha à l’age de fer et 1 pour 2 ha à l’époque actuelle !

Notre démographie est devenue explosive, mais aucune terre vierge ne restant plus à explorer et à exploiter, nous sommes confrontés à nos limites de colonisateur. Le moteur de la prospérité ne pouvait fonctionner que dans un monde vierge à coloniser par quelques milliers d’hommes à natalité faible. Nous nous sommes engagés dans une voie sans issue où la surpopulation associée à l’épuisement des ressources naturelles conduit inéluctablement à des crises violentes. Nous assistons en conséquence à une montée d’intolérance dans un monde en perte de repère où des fanatiques religieux incultes veulent nous ramener au Moyen Age. Les migrations de populations commencent à déstabiliser les régions les plus industrieuses qui, après avoir accueilli avec générosité les premiers migrants, vont devoir un jour ou l’autre fermer leurs frontières et contrôler plus fermement leurs populations, à l’encontre de l’idéologie humanitaire et progressiste qui nous animait depuis les Lumière, et même avant, du fait de nos racines chrétiennes. L’ONU prévoit 250 millions de réfugiés climatiques en 2050. Plus de la moitié de la population mondiale a moins de 28 ans et une partie se trouve déjà en âge de se reproduire. Comment obtenir une nécessaire limitation des naissances dans un régime démocratique ? C’est aussi difficile que d’obtenir la décroissance et la pauvreté volontaires. Les gens responsables et lucides sont de plus en plus pessimistes sur l’avenir de cet être rationnel que l’on disait parfait. Certains en viennent à refuser de mettre au monde des enfants avec un destin aussi sombre en perspective. Est-il juste que les gens les plus responsables n’élèvent pas d’enfants et que les irresponsables procréent sans retenue pour recevoir des allocations familiales ? Ce nom d’Homo sapiens que nous nous sommes données est révélateur par sa grandiloquence et sa candeur de notre destin exceptionnel et tragique : nous ne sommes pas « celui qui sait », mais celui qui aurait dû savoir ! Si nous étions véritablement raisonnables et savants, nous aurions évité de polluer un monde si accueillant, de tuer ou d’asservir les autres êtres vivants.

Les ressources naturelles se raréfient quand la population mondiale s’accroît et consomme de plus en plus. En 1850, les êtres humains et leur bétail représentaient environ 5 % de la biomasse animale terrestre ; elle est actuellement évaluée à 30 % et continue à croître : plusieurs auteurs considèrent l’espèce humaine comme un cancer qui ronge la Terre. Ce constat est d’autant plus accablant que la solution qui s’éloigne était entre nos mains : il suffisait de réguler nos populations et d’éviter de saccager la nature.

Pierre Jouventin dans son livre « L’homme, cet animal raté (Histoire naturelle de notre espèce) »

EELV pour un accueil illimité des Afghan.e.s

« L’asile est un droit des personnes et un devoir de la République. » Le communiqué EELV du 25 août 2021 est clair, les milliers d’Afghan•e•s fuyant le régime taliban doivent être accueillis. En particulier les femmes, les LGBTQIA et de nombreuses minorités qui risquent d’être persécutés par les Talibans. En bref plus de la moité de la population afghane se retrouverait en France ou en Europe. EELV est indigné par les propos d’Emmanuel Macron qui visent à « protéger contre les flux migratoires irréguliers importants qui nourriraient les trafics de toute nature ». Europe Écologie Les Verts demande l’ouverture d’un corridor humanitaire.

Notons d’abord qu’il n’y pas le moindre soupçon d’écologisme dans ce positionnement politique des « Verts ». L’idéologie d’un monde sans frontières est leur a priori partisan qui ne supporte pas la contradiction. Il n’y a pas d’ailleurs de commission démographie dans ce parti, uniquement une commission thématique « immigration ». Pas la peine pour ces militants de s’appesantir sur l’émigration ! Pourtant la question n’est pas si l’on est « anti-migrants », car qui pourrait être insensible à la misère des migrants venus du tiers-monde ? La question est plutôt de savoir si l’on est  « anti-immigration ». La réponse à cette question est difficile et doit être nuancée. Malheureusement, les interlocuteurs  « pro-migrants » ne veulent pas quitter le terrain de la morale et de l’émotivité et évacuent le problème général des flux migratoires avec des slogans du type « l’accueil d’abord »

La position de Démographie Responsable est présentée dans la pétition intitulée « La population française ne doit pas dépasser 70 millions d’habitants » où il est écrit : « Chaque habitant supplémentaire ajoute à la pression sur la nature et sur les écosystèmes, aggravant ainsi notre empreinte écologique. Il ne faut plus inciter les couples à avoir plus de deux enfants, via les allocations et le quotient familial, et faire en sorte que le solde migratoire tende vers zéro.» Il faut nettement distinguer le racisme qui rejette la différence avec une maîtrise des flux migratoires pour raison écologique : un territoire ne peut raisonnablement dépasser sa capacité de charge. Or la France est déjà surpeuplée, l’Union européenne encore plus…

Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphere.

19 juin 2020, Problème, anti-migrants ou anti-immigration ?

18 juin 2020, Démographie Responsable et immigrations

7 octobre 2018, Immigration, l’écologie politique est-elle humaniste 

30 août 2016, L’immigrationisme pousse à la guerre de tous contre tous

12 juin 2015, Immigration, débat entre malthusiens et écosocialistes

Michel Sourrouille, la question démographique

Autant le livre d’Eve Libera, « Arrêtez de faire des gosses », relève d’une conception très égoïste, « un môme c’est encombrant », autant le livre de Michel Sourrouille publié en 2019, « Arrêtons de faire des gosses ! Comment la surpopulation nous mène à notre perte » démontre qu’il faut devenir malthusien car il en va de notre salut collectif. Déjà coordinateur en 2014 du livre collectif « Moins nombreux, plus heureux (l’urgence écologique de repenser la démographie)», l’auteur fait à la fois une synthèse des oppositions au malthusianisme et de la montée en puissance de l’idée de surpopulation. Un monde trop peuplé d’humains devient une réalité incontournable à l’heure de l’épuisement des ressources et de la chute de la biodiversité. Voici le sommaire du livre :

PRÉFACE de Didier Barthès, porte-parole de l’association Démographie Responsable

INTRODUCTION : d’une inquiétude personnelle à la nécessité de la faire partager

LE CONSTAT DE SURPOPULATION… 23

Famine… 24 – Guerres…27 – Épidémies… 30 – Surpopulation et surconsommation… 34 – Surpopulation et surexploitation des ressources…37 – Surpopulation et extinction des espèces… 40 – Surpopulation et réchauffement climatique… 43 – Surpopulation française… 45

L’ART DE SE POSER DES QUESTIONS ET D’Y RÉPONDRE… 48

Questions globales… 49 – Population et écologie… 49 – Population humaine et biodiversité…53 – Population et éthique…56 – Questions liées à l’accroissement naturel… 6 1- Population et développement… 62 – Population et vieillissement…65

MALTHUS, UN LANCEUR D’ALERTE EN 1798… 67

Les idées de MALTHUS…. 68 – Le rejet du message malthusien… 71 — Le point de vue de Paul Ariès : « évitons Malthus »…72 — Le point de vue de François Jarrige : « oublions Malthus »…74 – Le point de vue de Serge Latouche : « Malthus, c’est secondaire »…78 – La difficulté politique de concrétiser le malthusianisme

LA QUESTION DEMOGRAPHIQUE, UN TABOU…83

L’échec des conférences internationales sur la démographie…86 – – La position de l’Église catholique… 90 – – Les anti-malthusiens de gauche… 95

LA QUESTION DÉMOGRAPHIQUE DEVIENT INCONTOURNABLE… 99

Le débat historique…101 – Des scientifiques pour une maîtrise de la fécondité humaine…103 – Des politiques qui deviennent malthusiens…104

LES SOLUTIONS À LA SURPOPULATION… 109

L’action individuelle…112

L’action associative…116

En France, l’association Démographie Responsable…116

Les associations malthusiennes dans le monde…119

L’action politique…124

Considérations personnelles sur les solutions à donner à la surpopulation…130

Construisons ensemble un nouvel imaginaire…137

BIBLIOGRAPHIE…………………………………………….146

LEXIQUE………………………………………………………..170

Discours collectif : question démographique

1) La plupart des décroissants tirent à boulets rouges sur les néo-malthusiens. S’ils admettent parfois qu’une régulation de la population est nécessaire, ils ne considèrent pas ce problème comme prioritaire, mais tout à fait accessoire. Parce que leur foi en l’homme leur fait croire que les nantis vont accepter une « transition sereine et démocratique » faisant que le souhait de Gandhi se réalise prochainement : « Vivre simplement pour que d’autres, simplement, puissent vivre. » Ce qui est un leurre. C’est méconnaître la nature humaine, c’est-à-dire l’histoire des dix derniers millénaires de l’humanité. En fait la « décroissance » est un tout cohérent dont la démographie fait partie. C’est ce que montre Annaba dans un premier chapitre, « les décroissants ne peuvent qu’être malthusiens ».

2) En écologie, la question démographique fait l’objet d’un véritable tabou. Alors que de nombreux facteurs de pression anthropiques sont étudiés, montrés du doigt et parfois combattus, la problématique du nombre des hommes est généralement passée sous silence, rejetée comme non politiquement correcte. Il s’agit de montrer dans une deuxième partie, avec Didier Barthès, qu’une autre vision, en réalité plus humaniste, est possible : « Un droit contre tous les autres. » Le droit à une reproduction « infinie » s’oppose à tous les autres droits des hommes. Il s’oppose à celui de disposer durablement d’un monde écologiquement viable. Il s’oppose à la mise à disposition d’un confort minimal impliquant une consommation mesurée de ressources. Ce droit s’oppose aussi à lui-même, puisque plus nous laissons grandir notre nombre, plus demain nous devrons prendre de gré ou de force des mesures pour le restreindre. Dit plus simplement, le droit au nombre s’oppose à une société agréable et durable.

3) Nous sommes désormais plus de 7 milliards, mais savons-nous seulement de quelle superficie de terre habitable dispose chaque être humain pour produire tout ce qu’il consommera durant sa vie et absorber tous ses déchets ? Nul débat sur la population mondiale n’est pensable sans connaître la réponse à cette question. Introduction au concept de surpollupopulation : le problème n’est aucunement le mode de vie, mais la quantité d’individus qui pratiquent ce mode de vie. La preuve par Tikopia : un très mauvais exemple de « gestion durable ». Comme quoi la décroissance économique n’est qu’une pseudo-solution, alors que la dénatalité au contraire n’a rien d’une utopie. Deux clés majeures : le féminisme, et l’instauration d’une formation scolaire à la non-parentalité. Objectif : 300 millions d’humains en 2100. Ce sont les thèses radicales défendues avec humour par Théophile de Giraud dans « Save the planet, make no baby !»

4) Alain Gras est beaucoup plus technique : « La surchauffe de la croissance ». Il développe les enseignements de François Meyer, Lotka, Paul Chefurka, Joseph Tainter, etc. Leurs analyses prospectives font apparaître des risques majeurs de surpopulation relative, liée à la question énergétique, à la taille des villes, aux rendements agricoles, et autres variables. On peut craindre des effets de seuil et des risques d’effondrement car le processus évolutif n’est pas linéaire. Nous sommes peut-être assez proches, au niveau mondial, de la situation au XIVe siècle en Europe, au moment de la peste noire qui avait découlé de l’urbanisation. L’obsession folle du progrès conduit à une accélération de la prédation, qui est une surchauffe d’un autre type que celle de la démographie, mais qui, combinée avec elle, rend l’avenir invivable. Le problème est global et Alain Gras ne sait s’il y a une solution.

5) Alain Hervé s’interroge sur « l’inconvénient d’être humain ». Chaque être humain est l’équivalent d’une cellule du grand corps de l’humanité. Il semble que l’humanité souffre d’un cancer, d’une prolifération excessive des ses cellules. Alors l’humanité subit des opérations chirurgicales. Ce sont les guerres, les épidémies, les famines, les stérilisations massives autoritaires, les génocides, les fièvres puerpérales, les perturbations climatiques… Restent les traitements radiothérapiques et chimiques que les Etats et les Nations Unies peuvent concevoir sous diverses formes d’incitations brutales à la dénatalité, par exemple en Chine. La population mondiale se stabiliserait vers 9 milliards en 2050 : il n’est même pas certain que ce chiffre sera atteint.

6) Corinne Maier interroge la politique nataliste française : « la grande baby-llusion ». Aucune dépense n’est trop lourde pour permettre aux habitants de notre beau pays de se reproduire. La presse et les sondages prétendent que pouponner est la préoccupation majeure du-de la Français(e). Nous voici de plein pied dans la version moderne du nationalisme, « faites des enfants, cela va vous épanouir » : un slogan plus tendance que les fanfaronnades de Pétain, mais pas moins rance. L’enjeu est double : d’abord offrir toujours plus de petits consommateurs à un capitalisme qui a besoin de vendre davantage de cochonneries ; ensuite, cultiver avec des bébés made in France cette fleur fragile qu’est la francitude. Il est temps d’examiner avec un regard critique cette politique nataliste, en s’interrogeant sur son utilité collective. $

7) Homo « Sapiens » (!) pense pouvoir maîtriser les lois de la nature (procréation in vitro, OGM, biologie synthétique etc.). Mais la nature sera toujours la plus forte. Il faut qu’elle puisse reprendre ses droits car l’homme a oublié qu’il en était lui-même issu. Y compris et surtout pour notre alimentation, car sans agronomie et sans paysan, pas de société humaine… C’est la thématique développée par Jacques Maret, « Population, alimentation, agronomie et famines ». Pour les démographes officiels, les économistes et politiques, la croissance d’une population déclencherait une dynamique économique. Dans un monde fermé les flux de nourriture et d’énergies nécessaires à la (sur)vie humaine posent des problèmes de logistique, les limites de la Planète s’imposent. La nécessité de décroître énoncée par Malthus (1766-1834) est donc incontournable.

8) Jean-Claude Noyé s’interroge sur « contraception et avortement, ce qu’en disent les religions ».  L’occasion de réaffirmer que le fait religieux se décline au pluriel. Il convient de  parler « des » christianismes ainsi que des diverses modalités de l’islam, du judaïsme, du bouddhisme, etc. Ces modalités et sensibilités contrastées orientent le regard des fidèles sur la population. Ainsi catholiques progressistes ou conservateurs ne reçoivent pas de la même façon les directives du magistère romain. A fortiori quand il s’agit de la fameuse encyclique de Paul VI sur la contraception, Humanae Vitae (juillet 1968),dont le contenu s’inscrit dans le droit fil d’un refus constant de l’Eglise catholique non seulement de l’avortement mais aussi de tout moyen de contraception non « naturel ». Ce texte consomma un peu plus la rupture entre le Vatican et le monde moderne. Alors même que le concile Vatican II avait porté, quelques années auparavant, l’espoir d’un rabibochage entre eux. Que va faire le pape François ?

9) « 9 milliards en 2050 ? Pas si sûr » C’est de la prévision moyenne de la population humaine en 2050 qu’est partie la réflexion de Pablo Servigne. Il montre que ce chiffre est issu d’un modèle démographique qui ne tient pas compte des ressources. Or, intégrer les limites physiques de la Terre donne des prévisions bien différentes. Selon d’autres modèles démographiques, bien plus réalistes, il est très probable que nous n’atteignions jamais 9 milliards d’être humains et que la population chute de manière incontrôlée aux alentours de 2030… si rien n’est fait en matière de politique démographique. Brandir un chiffre « optimiste », même s’il est de l’ONU, n’est pas une preuve scientifique que nous pouvons contourner les lois de la thermodynamique. C’est un vœu pieux, qui ne suffit plus à masquer la probabilité croissante d’un effondrement.

10) Michel Sourrouille aborde une question rarement évoquée, « la décroissance des migrations sur une planète close et saturée ». En effet cet aspect sent le souffre puisque l’arrêt des migrations est une thématique portée par l’extrême droite. Mais pas seulement.Sur une planète saturée d’humains, les frontières se ferment. Les lois contre les étrangers se durcissent un peu partout, dans les pays riches comme dans les pays pauvres. La décroissance démographique ne touchera pas seulement les migrants économiques, mais aussi le tourisme de masse. Le plus insoluble sera certainement le statut à donner aux éco-réfugiés, nombre fortement accru par les effets du réchauffement climatique. Cela posera demain un problème peut-être insoluble à l’idée de solidarité humaine. Or, si notre société est devenue une société de forte mobilité, il n’en a pas toujours été ainsi.

11) Michel Tarrier s’intéresse à une autre question, aussi largement délaissée : « Notre occupation indue des niches écologiques des autres espèces. » Nous serons entre 9 et 10 milliards dans moins d’un siècle, c’est une surcharge planétaire outrancière et délétère puisque nous sommes déjà entrés dans une crise écosystémique et d’extinction massive d’espèces (cette sixième est la nôtre !), avec 24 351 espèces végétales et animales disparues, 11 millions d’hectares de forêt anéanties à jamais et… un pic pétrolier avéré d’un débit de 28 milliards de barils pompés.  À quel titre et au nom de quoi et de qui l’espèce humaine se permettrait-elle de proliférer sans limite au détriment de toutes les autres espèces animales et végétales de la Planète ?

12) Pour clore cet ouvrage collectif, Jean Christophe Vignal peut écrire : « Penser la dénatalité est un exercice difficile ». Difficile, car il heurte le discours de la cécité volontaire sur la croissance économique comme démographique, appuyé sur une écologie facile et optimiste mais irréaliste. Difficile aussi du fait de notre organisation sociale construite au fil du temps sur l’encouragement à ‘toujours plus d’hommes’, confondant ainsi croissance démographique et viridité ; il ne s’agit pas seulement de limiter les allocations familiales, mais d’interroger l’ensemble des prestations fournies par notre État-providence, jusqu’à questionner notre conception de la transmission et du droit de la famille. Difficile enfin, parce que cerner les conséquences concrètes induites par une décroissance démographique s’inscrivant dans une transition écologique assez forte pour être à la hauteur des enjeux, le tout dans le respect des droits de l’homme, agite tant d’éléments techniques, sociaux, politiques, que ce choix est aussi une aventure.

La dénatalité pourrait favoriser le bonheur sur Terre, c’est l’aventure qui est proposée dans le livre collectif Moins nombreux, plus heureux (l’urgence écologique de repenser la démographie), (coordinateur Michel Sourrouille – 2014)

René Dumont et la question démographique

Une recension au filtre de ses différents ouvrages :

1954, Economie agricole dans le monde. L’augmentation annuelle de la population mondiale commença il y a environ deux siècles, et tout permet de prévoir qu’elle continuera pendant au moins cent ans encore. D’après ce que nous savons, rien de semblable ne s’est produit dans le passé, nous sommes en face d’un problème sans précédent. Empêcher la diffusion du « birth control » et laisser les adolescents périr de misère physiologique, est-ce là une position humaine morale ? Le moment est venu de nous désolidariser de mesures qui nous coulent, lentement mais sûrement. Plus nous attendons, plus la difficulté sera grande.

1962, l’Afrique noire est mal partie. L’école actuelle freine le progrès agricole. Le nombre de gosses qui, étant resté plus de trois ou quatre ans sur les bancs de l’école, consentent à retourner à la terre est généralement infime. On remplit de jeunes désœuvrés les rues des villages, puis des bourgs ; bientôt ils atteignent les bidonvilles des capitales. Ce sont eux qui fournissent ces parasites sociaux, passant leur temps à écrire des demandes d’emploi dans toutes les administrations. D’autres préfèrent rejoindre le maquis…

1973, l’utopie ou la mort. J’ai été saisi à la gorge par les perspectives qui s’offrent à nous si se prolongent les actuelles croissances exponentielles de la population et de la production industrielle. Il nous faut donc sortir du système capitaliste. Car jamais une société humaine n’a perdu à ce point le contrôle de sa démographie, de sa technologie, de son modèle de consommation. Non seulement nous nous acheminons vers une rupture brutale de notre type de civilisation au détriment de nos petits-enfants, mais nous privons définitivement les pays d’économie dominée de toute possibilité de réel développement par des gaspillages qui deviennent de plus en plus insoutenables. La croissance démographique zéro, dont nous avons montré l’urgence bien plus grande dans les pays riches, devrait donc s’accompagner d’une série de freins à l’urbanisation dévergondée, sans limite, qui dégrade l’environnement, pollue effroyablement, entraîne l’aliénation d’une part croissante de travailleurs, et surtout gaspille des ressources qui ne vont pas tarder à manquer.

1974, L’écologie ou la mort (à vous de choisir) : campagne de René Dumont, les objectifs de l’écologie politique. L’homme attaque la nature depuis 10 000 ans par le feu, le déboisement, le défrichage, etc. Nourrir plus d’homme implique la destruction du milieu naturel. Du reste, si nous nous multiplions inconsidérément, le phosphore nécessaire à l’agriculture manquerait bientôt. Depuis 1950, la population du globe a augmenté à un rythme exponentiel. Nous sommes près de 4 milliards, nous serons 7 milliards en l’an 2000 ; même avec une réduction importante des taux de fécondité, on ne serait pas loin de 6 milliards. C’est la FIN du monde ou la FAIM du monde. Il faut réagir contre la surpopulation. En Inde surpeuplée certes, mais surtout chez les riches : 500 fois plus d’énergie consommée par tête à new York que chez le paysan indien. Nous sommes les premiers à avoir dit que la croissance démographique doit être arrêtée d’abord dans les pays riches, parce que c’est dans les pays riches que le pillage du Tiers-Monde, par le gaspillage des matières sous-payées, aboutit aux plus grandes destructions de richesse. Ce qui remet en cause toutes les formes d’encouragement à la natalité, chez nous en France. La « France de 100 millions de Français » chère à Michel Debré est une absurdité. Les propositions du mouvement écologique : la limitation des naissances ; la liberté de la contraception et de l’avortement. Nous luttons pour le droit absolu de toutes les femmes de régler à leur seule convenance les problèmes de contraception et d’avortement.

1974, Agronome de la faim. Avec des écologistes anglais et américains, de Barry Commoner à Paul Ehrlich en passant par Dennis Meadows, Barbara Ward, René Dubos, etc., c’est la conception traditionnelle de l’agronome qui se voit remise en question. Là ou beaucoup visaient le rendement maximal immédiat en « maîtrisant la nature », il nous faut maintenant, pour préserver le futur, chercher à nous associer à cette mère nourricière universelle, la biosphère de notre si petite planète. On ne la protégera, et avec elle l’avenir de l’humanité, qu’en remettant en cause le vieux « croissez et multipliez » qui se révèle de plus en plus dangereux.

1976, Chine : la révolution culturale. Le président Mao a largement contribué avec le Grand Bond en avant de 1955, aux difficultés alimentaires des trois années noires, 1959-1960-1961 ; et il retarda de plusieurs années la mise en oeuvre effective du contrôle des naissances. Il en est résulté peut-être 60 millions de Chinois de plus, donc une baisse de leur niveau de vie. La très récente mais rapide réduction de la natalité que nous avons constatée, si elle se généralisait, permettrait de relever plus vite le niveau de vie. Si l’on compte à brève échéance sur un avenir meilleur, ce n’est pas à cause d’un miracle agricole, car les progrès potentiels restent laborieux. Mais c’est parce qu’il semble que se desserre enfin la contrainte démographique.

1977, Seule une écologie socialiste. Il m’a fallu longtemps pour comprendre le drame écologique, l’épuisement des ressources rares de la planète, eau incluse, le danger de toutes les formes de pollutions qui peuvent compromettre, avec nos écosystèmes, nos climats eux-mêmes. Ainsi l’écologie nous oblige à revoir nos conceptions. La première mesure à prendre, en priorité absolue, c’est évidemment de freiner au plus vite l’explosion démographique. Il faut désormais envisager de freiner non seulement la démographie des pays pauvres, mais aussi celle des pays riches : diminuer la population de la société de consommation, cette population de gaspillage des ressources rares de la planète. Mais il faut bien voir que le contrôle des naissances est incapable, à lui seul, de résoudre le problème du développement. Il faut envisager la réduction du gaspillage des ressources non renouvelables de la planète.

1989, Mes combats. Mal aiguillés par un système économique inadapté à leur situation, pillés par le libéralisme à l’échelle internationale, exploités par nombre de leurs dirigeants, la majorité des pays du tiers-monde se trouvent face à une explosion démographique catastrophique qui, si elle se prolongeait, leur enlèverait tout espoir. Au-delà d’une croissance démographique de 2 % par an, le progrès économique devient très difficile ; au-delà de 3 % – et c’est le cas de l’Afrique – le progrès devient improbable, pour ne pas dire impossible. Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, voici un continent tout entier, l’Afrique, dont le niveau de vie diminue depuis bientôt vingt ans en temps de paix. Il est sans espoir d’en sortir tant qu’il ne se dégagera pas du piège démographique.

Redire cela n’est pas sous-estimer les autres freins au développement – que je n’ai cessé de combattre – mais c’est souligner l’essentiel : les risques de famine généralisée dans le tiers-monde, nous le verrons augmenter chaque jour. Le facteur démographique y joue le rôle le plus important : pour dix milliards d’habitants en l’an 2050, on pourra compter neuf milliards de pauvres contre un bon milliard de riches, encore plus gaspilleur des ressources. L’environnement mondial, déjà nettement compromis, risque d’être anéanti… De 1950 à 1984, la population mondiale a presque doublé, passant de 2,5 milliards à près de cinq milliards. La production céréalière mondiale, base de l’alimentation, avait largement suivi. Cela a permis une augmentation de 40 % de la production céréalière par tête dans le monde. Mais l’année 1984 restera dans l’histoire comme le grand tournant. De 1984 à 1988, la production céréalière mondiale, rapportée à la population, baisse de 14 % en quatre ans. Or nous allons dépasser les six milliards de personnes en l’an 2000.

1995, Ouvrez les yeux ! Le XXIe siècle est mal parti. Au début de notre siècle (je suis né en 1904), le monde comptait environ deux milliards d’humains. La natalité élevée était compensée par une forte mortalité. En réduisant rapidement cette dernière par la généralisation des progrès médicaux, sans pour autant réduire la fécondité dans les pays pauvres, on a déclenché une explosion démographique qui représenterait, si elle se prolongeait, la plus grave des menaces sur la survie même de l’humanité. Seuls les pays riches ont arrêté cette progression, ce qui est fort heureux, puisqu’ils sont les plus grands gaspilleurs : il n’y faut donc pas encourager la natalité ! L’Asie a su ralentir le taux de progression, l’Amérique latine commence à le faire. Mais l’Afrique, qui aura multiplié par cinq sa population en moins d’un siècle, reste la plus menacée. La majorité des élites africaines ne veut pas reconnaître l’extrême gravité de la situation.

1997, Famines, le retour. Désordre libéral et démographie non contrôlée. Nous les agronomes, alliés aux agriculteurs, aux paysans et paysannes, n’avons cessé de travailler pour accroître la production alimentaire. Mais en cette tragique fin de siècle, nous devons faire face à une menace croissante, que je n’ai cessé de signaler : la sécurité alimentaire est de plus en plus compromise et la faim des pauvres est en train de toucher de plus en plus d’humains. Certes la révolution verte (irrigation, engrais, génétique) a permis à la production céréalière – qui fournit plus de la moitié de l’alimentation humaine – de suivre la courbe de l’explosion démographique jusqu’en 1984. Mais depuis cette date, qui devient de ce fait historique, nous avons assisté à une démographie non maîtrisée, une urbanisation excessive et non préparée, un libéralisme économique non contrôlé, et ce combiné aux déficiences en eau et autres ressources naturelles, ainsi qu’à la « démolition » des climats par l’effet de serre. Ces éléments conjugués n’ont plus permis à la production alimentaire de suivre la courbe de la population. Si on n’arrive pas à contrôler la démographie et à atteindre rapidement une croissance zéro de la population mondiale, je crains fort que le nombre des très mal nourris ne cesse d’augmenter. La révolution doublement verte que l’on nous promet, celle du génie génétique, risque fort de manquer de terres fertiles et surtout d’eau pour se réaliser.

Comment je suis devenu écologiste (textes de René Dumont présentés en 2014 par Charles Rémy)

L’Égypte et Al-Sissi face à la surpopulation

Certains décroissants croient encore que le seul problème, c’est la surconsommation des riches. Les malthusiens constatent que la surpopulation est un véritable problème dont on ne se rend compte que trop récemment.

Laure Stephan : «  La question démographique est centrale : de nombreux enjeux sociaux, comme l’éducation, la santé ou l’accès au logement, y sont liés. Associée à une menace, érigée en sujet de « sécurité nationale », la pression sur les ressources est devenue un leitmotiv politique en Égypte. Le pays arabe le plus peuplé compte désormais plus de 102 millions d’habitants, contre environ 84 millions il y a dix ans. Plus de 60 % des Égyptiens ont moins de 30 ans. Le nombre idéal d’enfants reste au-delà des objectifs officiels : chez les jeunes de 15-29 ans, il oscille en moyenne entre 2,6 et 2,9. Le contrôle des naissances est désormais un thème récurrent des interventions du président Abdel Fattah Al-Sissi, qui n’a pas hésité à lier accroissement de la population et agitation sociale. La campagne « Deux, c’est assez », lancée en 2018 par les autorités, vise des familles bénéficiaires de programmes sociaux. Les critiques objectent que l’angle alarmiste masque mal la réalité des inégalités sociales. »

Quelques commentaires sur lemonde.fr :

MEKEDA : Dans les quartiers populaires on aime les grandes familles! Lire cela à propos d’un pays qui ne parvient ni à nourrir ni à soigner sa population serait comique si ce n’était tout simplement tragique.

Orion : Ah ! Enfin un article du Monde qui traite spécifiquement de la démographie non viable d’un pays africain. Au suivant (liste non exhaustive) : Niger (6.9 enfants par femme), Nigeria (5.4), Sénégal et Côte d’Ivoire (4.6), Éthiopie (4.3), etc…

Lecteur du ghetto : Ce qui est dramatique, c’est de ne lire un papier comme celui-là qu’une fois tous les 10 ans… La démographie est l’enjeu absolu de notre humanité industrialisée. C’est la clé du développement des pays sous-développés, mais cela nécessite « une révolution culturelle » difficile à envisager dans ces pays.

Trompe-la-Mort : Le mot prolétariat vient du latin « proles », qui signifiait chez les Romaine que les citoyens de la plus basse classe n’avaient comme seule richesse que leurs enfants. Actuellement, on pourrait considérer que l’inverse est vrai à l’échelle des nations. Les pays qui ne maîtrisent pas leur population ne peuvent se développer correctement.

Michel SOURROUILLE : Les nombreux titres du MONDE depuis 2016 qui portent sur la surpopulation sont tous centrés sur la surpopulation « carcérale » sauf deux, l’un sur la surpopulation dans un camp migratoire, et l’autre déjà sur l’Égypte (11 février 2020). Mon quotidien de référence fait comme si la surpopulation n’existait pas dans beaucoup de pays et aussi au niveau mondial. Le mot malthusien est-il tabou ? Par contre un éditorial du MONDE (15-16 février 2015) donnait comme bonne nouvelle la vente de 24 Rafale, d’une frégate et d’une collection de missiles à l’Egypte ! Il me semble qu’il manque un peu d’analyse systémique dans mon journal préféré, on ne peut pas ne pas faire de lien entre ventes d’armes aux pays pauvres, appauvrissement de ces pays et insuffisances de leurs mesures de prévention des naissances.

Démographie Responsable : Le mot d’ordre égyptien « Deux c’est assez » ressemble comme deux gouttes d’eau à « Je me contente de deux enfants » qui est le slogan utilisé depuis des années par notre association et qui ne cible pas un pays en particulier, mais tous.

Pour en savoir plus :

1er février 2011, l’Egypte, victime de sa démographie

Stephen Emmott et la question démographique

Stephen Emmott s’appuie sur des graphiques terrifiants, l’expansion démesurée de la population mondiale, la croissance exponentielle du CO2 dans l’atmosphère, le réchauffement des océans, le taux d’extinction des espèces, les pertes énormes de surfaces boisées, la surexploitation des écosystèmes marins, une consommation d’eau qui croît deux fois plus vite que ne croit la population, une production croissante de véhicules à moteur, etc. « Et chacun de ces problèmes s’accentue à mesure que la population mondiale s’approche des 10 milliards d’habitants… Une population plus nombreuse accroît la demande d’eau et de nourriture. La demande de nourriture renforce à son tour le besoin de terres, ce qui accélère la déforestation. Cette demande augmente également la production alimentaire et le transport. Tout cela alourdit les dépenses énergétiques. Celles-ci finissent par renforcer les émissions de CO2 et de méthane, ce qui aggrave encore le changement climatiqueLa façon dont les plantes vont réagir à ce phénomène nous est tout simplement inconnue pour l’heure… » 

Dix milliards pour Stephen Emmott, c’est trop difficile à faire vivre et à nourrir. Au cours des quarante prochaines années, nous devrons produire pour nous alimenter plus de nourriture que n’en a fourni toute la production agricole au cours des 10 000 ans passés. Or la quantité de nourriture que nous produisons dépend presque entièrement des engrais chimiques à base de phosphate. Les réserves sont limitées, elles vont bientôt être épuisées. Lorsque ce moment arrivera, cela signifiera pour la population humaine la fin de l’agriculture telle que nous la connaissons. « Seuls les idiots refuseraient d’admettre qu’il y a une limite au nombre de personnes que notre planète peut supporter. Mon avis est nous avons dépassé cette limite. Depuis longtemps. Mais je crois que nous allons continuer à faire comme si de rien n’était. »

L’idée générale de Stephen Emmott ? « Tandis que notre population se rapproche des 10 milliards, nous pénétrons en territoire inconnu. Mais s’il est une chose prévisible, c’est que les choses vont s’aggraver encore… Quelle que soit la façon dont on envisage les choses, une planète peuplée de 10 milliards d’habitants promet d’être infernale. »  Alors le recours au fusil ? « Ce n’est pas un hasard si un nouveau type d’acteur participe désormais à presque toutes les conférences scientifiques sur le changement climatique auxquelles j’assiste : l’armée. » Il a demandé à l’un des scientifiques les plus rationnels et les plus brillants qu’il connaisse – un jeune chercheur de son labo – ce qu’il ferait, lui, s’il avait une chose, une seule, à faire dans la situation où nous sommes. Sa réponse ?

« Apprendre à mon fils à se servir d’un fusil. »

Ainsi se termine le livre de Stephen Emmott, 10 milliards (2014)

Alan Weisman, quelques citations

  • D’après la numérologie kabbaliste, les mots « Dieu » et « nature » sont équivalents. Il n’est pas besoin de miracle pour constater que dieu existe. Je le vois dans toutes les composantes de la nature : les arbres, les vallées, le ciel, le soleil.

– Au temps du prophète Jérémie, Jérusalem comptait alors moins de 2000 habitants. Des monts de Judée descendaient guépards, lions, loups et léopards qui chassaient le cerf élaphe, la gazelle, l’oryx, l’onagre. Aujourd’hui il reste certains oiseaux, la plupart des autres espèces ont disparu. Il y a trop de routes et de murs de sécurité qui divisent les populations de gazelles et empêchent les hardes de se rejoindre. Israël, avec 740 habitants au kilomètre carré, a la plus forte densité de tous les pays occidentaux. Qu’arrivera-t-il, vers 2050, quand la population d’Israël aura doublé ?

– Quant à la distribution équitable des ressources alimentaires, est-il suffisant de l’envisager pour notre seule espèce ? Depuis que Dieu a enjoint à Noé de sauver également les animaux pour reconstituer l’humanité après le déluge, nous devrions savoir que le monde ne peut pas exister sans eux. Problème : la production alimentaire destinée à l’humanité occupant désormais quelque 40 % des terres immergées (hors pergélisols), et celles-ci étant aussi couvertes par nos routes et nos villes, nous avons pris possession de presque la moitié de la surface de la planète au profit d’une seule espèce, la nôtre. Comment toutes les autres vont-elles s’en sortir ?

– L’idée de « gérer » l’espèce humaine comme si nous étions des animaux sauvages ou d’élevage nous choque. Pourtant, dans l’histoire de la biologie, toutes les espèces qui ont surexploité les ressources de leur environnement ont subi un effondrement de leur population, parfois fatal pour l’espèce entière. Sur cette Terre au bout du rouleau, nous ne vivons plus dans une étendue sauvage et illimitée : nous sommes dans un parc. Nous adapter à cette réalité est aujourd’hui la condition de notre survie. Sans quoi la nature fera le travail à notre place. Par exemple la nature nous privera de nourriture. Le risque qu’une épidémie de fièvre Ebola ravage nos populations est en effet bien moins élevé que celui de voir des pathogènes soufflés aux quatre coins du monde faire s’effondrer notre production alimentaire centrée sur quelques monocultures.

– Ce que nous savons avec certitude, c’est que plus la vie est diversifiée, mieux elle se porte. Plus il y a de plantes différentes ensemble, plus elles utilisent avec efficacité les ressources dont elles disposent. Le résultat le plus visible est que la productivité primaire – la capacité des plantes à transformer le carbone de l’atmosphère en biomasse – est plus élevée là où la biodiversité est la plus forte. Et plus la diversité des plantes est élevée, moins on y trouve d’animaux nuisibles pour les dévorer. Apparemment, c’est parce qu’on y trouve aussi une plus large gamme d’insectes, de chauves-souris et d’oiseaux qui se nourrissent de ces nuisibles.

– Supposons – de façon purement théorique – que le monde entier adopte une politique de l’enfant unique. A la fin de ce siècle, nous serons de nouveau 1,6 milliard d’habitants. Le chiffre de l’an 1900. Nous libérerions ainsi des millions d’hectares de terres que pourraient réinvestir les autres espèces vivantes – essentielles au bon fonctionnement des écosystèmes.

– Je ne veux personnellement éliminer aucun être humain de la planète. Je vous souhaite à tous longue vie et bonne santé. Mais soit nous réduisons humainement nos effectifs, soit la nature va mettre beaucoup d’entre nous à la porte, et brutalement… Partageons mieux la Terre avec toutes les espèces qu’elle fait vivre, laissons à celles-ci l’espace et les ressources dont elles ont besoin, et nos rituels amoureux se perpétueront.

Compte à rebours (Jusqu’où pourrons nous être trop nombreux sur terre ?) d’Alan Weisman

première édition 2013 sous le titre Countdown. Our Last, Best Hope for a future on Earth ?

Editions Flammarion 2014, 430 pages, 23,90 €

Alan Weisman et la question démographique

Alan Weisman est un journaliste qui a enquêté deux années durant dans plus de vingt pays. Son livre est donc une mine de renseignements grâce, entre autres, au témoignage de différents experts locaux en Israël, au Pakistan, en Inde… L’autre qualité de ce livre est de lier assez souvent la surpopulation humaine et la dégradation des écosystèmes pour les autres espèces. D’où cette conclusion : « Je ne veux personnellement éliminer aucun être humain de la planète. Je vous souhaite à tous longue vie et bonne santé. Mais soit nous réduisons humainement nos effectifs, soit la nature va mettre beaucoup d’entre nous à la porte, et brutalement… Partageons mieux la Terre avec toutes les espèces qu’elle fait vivre, laissons à celles-ci l’espace et les ressources dont elles ont besoin, et nos rituels amoureux se perpétueront. » Extraits :

p.40 En écologie des populations, on évoque souvent « l’illusion des Pays Bas » : le fait qu’une population très dense jouisse d’un niveau de vie très élevé, comme c’est le cas en Hollande (403 hab/km2), ne prouve pas que les humains peuvent prospérer dans un environnement coupé de la nature. Comme tout le monde, les Hollandais ont besoin de choses que seuls les écosystèmes peuvent fournir. Et par chance ils ont les moyens de les acquérir ailleurs que chez eux. Ils survivent grâce aux surplus d’autres pays.

p.50 Dans l’histoire de la biologie, toute espèce qui a surexploité ses ressources a vu sa population s’effondrer – parfois jusqu’à l’extinction. Pour la survie de l’espèce humaine, peut-être s’agit-il de trouver le moyen de réduire humainement la population globale, puis de la maintenir à un chiffre optimal. La détermination de ce chiffre sera,  que cela nous plaise ou non, la grande affaire du XXIe siècle.

p.57 Le débat sur le chiffre optimal de la population humaine suppose acquis une médecine optimale. Un retour en arrière sur ce plan serait aussi inacceptable qu’un processus quelconque d’élimination sélective. Le paludisme tue un enfant toutes les trente secondes. Si ces enfants cessaient de mourir, ils deviendraient des adultes qui produiraient d’autres enfants qui, à leur tour, ne seront pas tués par le paludisme. Il serait évidemment inadmissible de s’opposer à la disparition du paludisme dans le seul but de brider le nombre des humains ; en revanche, il ne serait pas absurde que les promoteurs de la recherche sur le paludisme aient l’obligation d’investir aussi dans la planification familiale.

p.63 Avant l’apparition de l’engrais à base d’azote artificiel (procédé Haber-Bosch), la population mondiale tournait autour de deux milliards d’individus. Quand nous n’en aurons plus, la population de notre espèce pourrait bien se rapprocher de nouveau de cette moyenne naturelle.

p.106 à 109 Le premier Congrès de la population optimale pour le monde fut organisé à Cambridge en 1993. Gretchen Daily et le couple Ehrlich présentèrent le résultat d’une estimation qu’ils qualifièrent eux-mêmes de « calcul de coin de table » : le nombre total d’habitants susceptibles de vivre avec 6 térawatts d’énergie, chaque individu disposant de 3 kilowatts en moyenne, était de deux milliards. Deux milliards, c’était le chiffre de la population en 1930, au moment où le procédé Haber-Bosch commençait juste à être commercialisé. La quasi-totalité de l’humanité vivait encore de végétaux qui poussaient grâce à la seule lumière du soleil, pas avec l’aide de combustibles fossiles. C’était un monde sans télévision, avec peu d’automobiles, peu d’appareils ménagers, pas de voyage touristique en avion.

p. 410-411 D’après les stupéfiantes compilations de données de Jon Foley, si nous ne gouvernons pas tous les acteurs indisciplinés de ce monde pour en faire des gestionnaires hyper-efficaces des ressources, si nous n’utilisons pas l’engrais de façon parfaitement ciblée et si nous ne luttons pas contre la surconsommation de viande, nous sommes condamnés à donner raison à la prophétie de Malthus. Plutôt que d’essayer de soutirer trois fois plus de récoltes à cette terre déjà épuisée, ne serait-il pas plus réaliste de réduire la population mondiale. Foley a réfléchi quelques instants avant d’acquiescer : « L’issue, à un moment ou un autre, c’est que nous serons obligés de survivre avec moins d’individus. Combien ? Je l’ignore. Un milliard ou deux peut-être. Qui peut savoir ? »

Compte à rebours (Jusqu’où pourrons nous être trop nombreux sur terre ?) d’Alan Weisman (2013)

Jacques Véron et la question démographique

Comme tous les démographes, Jacques Véron se cantonne à une vision descriptive ; le mot planning familial par exemple n’apparaît jamais. C’est une preuve de fatalisme, ainsi cette autre remarque : « Freiner l’urbanisation ne semble guère possible. » Ce livre caricature parfois les malthusiens : « L’importance de l’effet niveau de vie tend à être ignorée ou du moins sous-estimée par ceux qui veulent rendre la population seule responsable de toutes les formes de dégradations environnementales. » Mais c’est une première tentative de la part d’un membre de l’INED de lier la question démographique et les problèmes environnementaux. Jacques Véron constate à juste titre que les démographes ne se sont intéressés que de manière intermittente à la question environnementale et jamais en très grand nombre : « Une des raisons du relatif désintérêt pour la problématique population/environnement est le sentiment éprouvé par certains démographes que cette question ne relève guère du champ de la science de la population… Les démographes ont tendance à penser que le rôle joué par la variable population dans les changements environnementaux est, en dernière analyse, relativement secondaire. » Jacques Véron est d’un autre avis : « Même si la réduction de la fécondité mondiale au niveau de remplacement des générations était immédiate, du fait de l’inertie démographique, la croissance de la population mondiale se poursuivrait encore pendant plusieurs décennies. Les variables démographiques jouent un rôle majeur pour ce qui est des possibilités d’adaptation aux changements environnementaux en cours. Étant donné la complexité des relations en jeu, démographie et écologie sont deux disciplines qui gagneraient à se rapprocher. »

On trouve donc dans ce livre quelques éléments intéressants dont voici un résumé.

Une des façons de lier numériquement la population à l’environnement, c’est d’estimer la « capacité de charge » de la terre ou sa « capacité limite ». Appliqué au monde animal, cet indicateur correspond à la taille maximale d’un troupeau susceptible de vivre durablement sur un territoire donné. L’empreinte écologique de l’humanité s’apparente à la capacité de charge. Dans Road to Survival, Vogt considérait en 1948 qu’à cette époque la population mondiale avait déjà dépassé l’optimum durable. Mais Colin Clark en 1968 cite pour population limite 47 milliards si l’humanité adoptait le régime alimentaire américain et 157 milliards avec le régime alimentaire japonais. Ces nombres paraissent aujourd’hui déraisonnables alors que la question se pose de savoir dans quelles conditions il serait possible de nourrir les probables 10 milliards d’habitants de la fin de ce siècle.

En 1972, une équipe du MIT applique pour le compte du Club de Rome l’analyse des systèmes à la dynamique économique, démographique et écologique mondiale. Ce modèle sophistiqué conduit aux mêmes conclusions que les analyses malthusiennes : la croissance de la population est une menace pour l’avenir de l’humanité. Par ailleurs, le prolongement des tendances observées ne peut que conduire à un épuisement des ressources, et donc à prouver la nécessité d’enrayer la croissance démographique. La même année avait lieu à Stockholm la première conférence des Nations unies sur l’environnement humain. La déclaration finale proclame, au titre d’un des 7 points jugés centraux, que « l’augmentation naturelle de la population pose sans cesse de nouveaux problèmes pour la préservation de l’environnement » et elle appelle à des politiques démographiques pour limiter la croissance de la population.

En 1987, le rapport Brundtland de la Commission mondiale sur l’environnement et le développement attribue une grande partie des déséquilibres observés à l’accroissement de la population mondiale et à la modification de sa répartition spatiale. Stabiliser le nombre des êtres humains est perçu par les membres de la commission comme une urgence. Pourtant l’objectif alors affiché de 6 milliards d’habitants est aujourd’hui dépassé !

En l’an 2000, la 55ème session de l’assemblée générale des Nations unies adopte les « huit objectifs du millénaire pour le développement » sans jamais parler directement de la population. En 2011, les Nations unies établissent les perspectives démographiques pour le long terme (à l’horizon 2100). Si l’évolution était conforme à l’hypothèse moyenne, la population mondiale compterait alors un peu plus de 10 milliards d’habitants. Mais un maintien dans l’avenir de la fécondité au niveau actuel se traduirait par un nombre d’êtres humains sur terre avoisinant les 27 milliards !

Dans sa version canonique, la théorie de la transition démographique se présente comme une théorie de l’autorégulation des populations, la baisse de mortalité entraînant nécessairement un baisse de la fécondité. Le constat, dans certains pays défavorisés, d’une baisse de la mortalité nullement suivie d’une baisse de la natalité a conduit les théoriciens américains à émettre des doutes sur la validité de la théorie de la transition démographique (stabilisation de l’accroissement naturel avec une faible natalité et une faible mortalité). Ils ont alors été conduits à militer pour l’adoption de politique de limitation des naissances, partout où la fécondité se maintenait à un niveau élevé.

Démographie et écologie de Jacques Véron (2013)

Philippe Lebreton, la question démographique

– Depuis la sortie de cavernes, l’homme a déclenché une exponentielle ; et une exponentielle, ça va très vite…, surtout vers la fin. (Prof. Mollo-Mollo)

– La vérité doit être affirmée et constamment rappelée : la France moderne pourrait compter 100 millions d’habitants a dit le général de Gaulle dans son message à la nation du 1er janvier 1963. Cette affirmation n’est pas exagérée. (Michel Debré)

– Nul individu conscient de ce que l’homme peut réaliser à l’aide de la technologie et de la science ne peut vouloir limiter le nombre d’êtres humains qui peuvent vivre sur Terre. (Fidel Castro)

– « Un vrai croyant n’utilise pas les moyens de contraception ? » Or condamner le préservatif en Afrique noire devrait moralement impliquer la prise en charge matérielle des enfants à venir, dans un contexte de corruption, de guerres tribales, de crise climatique, de famines et de maladies.

– Avoir été opposé à la colonisation du Maghreb au nom du droit des peuples à l’autodétermination et du droit à la différence ne donne-t-il pas aujourd’hui quelque droit à s’interroger sur les effets pervers d’une immigration massive et rapide ?

– Il vaut mieux employer des moyens anticonceptionnels et élever deux enfants qu’en avoir dix et en perdre huit. Mais pour le bonheur de l’humanité, il vaut mieux en perdre huit qu’en élever dix. (Robert Hainard)

– L’importance de l’effondrement du communisme ? Elle est ridicule à côté du problème numéro un qui nous tourmente : la démographie. Depuis que l’homme est sur cette terre, nous n’avons jamais atteint ce degré de folie. (Claude Lévi-Strauss)

– Il est étrange que les pronatalistes puissent considérer les enfants comme un élément de relance économique, et les personnes âgées comme un fardeau social, alors que les deux classes d’âge sont également consommatrices/non productrices.

– Encore aujourd’hui, la loi du silence entache au niveau planétaire les conséquences de la pullulation démographique, ou popullulation : politiquement incorrecte, « la question ne sera pas posée… »

– Si l’on admet que l’empreinte écologique est à la fois d’origine énergétique et démographique, la popullulation mondiale est un problème de même gravité que la débauche énergétique occidentale.

– Si des rats considéraient notre espèce comme nous observons la leur dans les cages de nos laboratoires, ils comprendraient immédiatement nos problèmes actuels et à venir : entassement démographique, épuisement des ressources, accumulation des déchets, agressivité et lutte pour la survie ; le tout au détriment de l’espèce et du milieu ambiant. (Henri Laborit)

– Avec votre agriculture intensive, vous enlevez à la terre son phosphore. Plus d’un demi pour cent par an. Il disparaît complètement de la circulation. Et c’est cela que vous appelez le progrès ! Vous vous imaginez que nous sommes en progrès  parce que nous mangeons notre capital. Les phosphates, le charbon, le pétrole… Vous êtes en trains de détruire l’équilibre. Et, en fin de compte, la nature le rétablira. (Aldous Huxley, 1926)

– On dirait que l’homme est destiné à s’exterminer lui-même après avoir rendu la planète inhabitable. (Lamarck, 1820)

– Notre nombre, notre polymorphisme génétique, notre polyvalence et notre adaptabilité sont tels qu’il restera bien quelque part des poches de résistance pour « réensemencer » l’anthroposphère. Car l’homme, néoplasme de l’évolution, est bien le « cancer de la planète », dont les métastases peuvent d’ores et déjà être observées dans tous les recoins de la biosphère.

– L’éventuelle renaissance sera cruelle parce que ce n’est pas des forêts médiévales qu’il faudra ressortir, mais des ruines de nos cités pour réhabiliter les terres polluées des campagnes et les glaciers dénudés de nos montagnes.

Le futur a-t-il un avenir ? (pour une responsabilité socio-écologique) de Philippe Lebreton (2012)

POUR ou CONTRE la stérilisation forcée ?

Faut-il être POUR ou CONTRE la stérilisation forcée ? Ce genre de question se veut implicitement accusatoire. Si vous êtes plutôt POUR vous êtes un vrai méchant, si vous êtes sans hésitation CONTRE, vous êtes à coup sûr un gentil humaniste. Nous pensons que les choses sont beaucoup trop complexes pour être résumé par un seul parti pris, en blanc ou en noir. La réalité est toujours grise.

Historiquement la stérilisation forcée a été à la mode pour des raisons d’eugénisme. A la fin du XIXe siècle et au début du XXe, le souci d’améliorer l’espèce humaine par une sélection se répandit dans tout le monde occidental. Il inspira de nombreuses lois instaurant notamment la stérilisation des indésirables. En Allemagne, l’un des principaux tenants de l’eugénisme fut Ernst Haeckel, celui-là même qui forgea en 1866 le néologisme « écologie ». Cette méthode a été même pratiquée de façon légale. La première loi sur la stérilisation a été adoptée dans l’Indiana en 1907. Les pratiques eugénistes ont été autorisées dans trente-deux États à la suite d’une décision de la Cour suprême des Etats-Unis (Buck v. Bell, 1927). Quand, en 1928, le canton suisse de Vaud a voté en faveur de la première loi européenne sur la stérilisation (abrogée en 1985 seulement), les Américains en avaient déjà promulgué près de trente. Il existait un Bureau d’enregistrement eugénique avec une liste des « personnes socialement inaptes » à stériliser, incluant notamment « les débiles mentaux », « les fous », « les criminels », « les ivrognes », « les aveugles », « les sourds », « les difformes »La Caroline du Nord a pratiqué jusqu’en 1974 cette politique de stérilisation forcée. En Suède, au moins 60 000 personnes ont été stérilisées de force de 1935 à 1975. Une première loi portait sur les personnes souffrant de maladies héréditaires, la loi de 1941 a élargi les cas de stérilisation aux personnes menant un mode de vie asocial . Ces exemples montrent que le positionnement POUR ou CONTRE la stérilisation forcée recouvre en fait des débats de société qui méritent autre chose que des anathèmes. En démocratie, l’issue politique d’une controverse se situe dans le niveau d’acceptabilité sociale, et cela varie dans le temps et dans l’espace.

Avec le sentiment croissant d’une surpopulation humaine, un autre débat commence juste à voir le jour ; agir sur la natalité. La stérilisation pourrait devenir une méthode de contraception parmi d’autres. La ligature des canaux déférents est une opération chirurgicale déjà utilisée par des millions d’hommes, 14 % en Chine, 13 % aux États-Unis. Il s’agit avant tout d’assumer volontairement ce geste, mais ce n’est légalement possible que récemment en France : la loi du 4 juillet 2001 autorise la ligature des trompes pour une femme, la vasectomie pour un homme. La frontière entre stérilisation volontaire et stérilisation forcée est étroite. Un projet législatif déposé en Alabama en 2020 montre la complexité du passage de l’individuel au collectif : « Dès l’âge de 50 ans – ou dès la naissance du troisième enfant – tout homme doit subir une vasectomie. » La démocrate Rolanda Hollis observe que le système n’impose aucune contrainte ni restriction aux hommes en termes de gestion de leur reproduction aux États-Unis – il est temps, dit-elle, que les hommes prennent leurs responsabilités. Il s’agissait pour elle de combattre une autre législation, celle qui interdit aux femmes d’avorter, mesure qui devait entrer en vigueur le 15 novembre 2019 en Alabama. Si l’État réglemente les droits reproductifs des femmes, alors il devrait en être de même pour les hommes.

Wikipédia nous donne des informations sur les pratiques de stérilisation contrainte. Ces politiques sont généralement à consonance eugénique ou raciste, très peu portent spécifiquement sur la démographie. Plusieurs centaines de femmes ont été victimes de stérilisations forcés à La Réunion par des médecins de la clinique de Saint Benoît durant les années 1960. « Dans ce pays malade de démographie, je n’ai jamais eu le sentiment de faire mal », a affirmé un médecin lors du procès en 1971. Le programme de stérilisation de masse d’Indira Gandhi et de son fils Sanjay Gandhi, premier ministre, aboutit à partir de 1975 à stériliser de force 6,2 millions d’hommes. En 2013 et 2014, 4 millions de stérilisations ont encore eu lieu. La Chine a également mis en place des programmes de stérilisation à des fins de contrôle démographique. Exemples rares dans un monde qui reste foncièrement nataliste.

La surpopulation croissante est de même nature que le réchauffement climatique. Pour Greta Thunberg, c’est forcément blanc ou noir : « Il n’y a pas de zone grise quand on parle de survie. Si les émissions carbone doivent s’arrêter, alors nous devons arrêter les émissions carbone. » Le constat est inattaquable, mais Greta ne dit rien des mesures à prendre, simplicité volontaire ou sobriété forcée. En fait toutes les mesures possibles sont envisageables dans un contexte démocratique. En matière de réchauffement climatique, les petits gestes de chacun (tels se passer de voiture pour rouler en vélo) sont inopérants dans une société formatée par Ford, Renault, etc. Alors l’État pourrait décréter un prix du carbone, mesure incitative et collective, mais il n’ose pas le faire face à l’opinion des Gilets Jaunes. Alors dans l’avenir il y aura forcément une carte carbone, un rationnement imposé. De la même manière, il y aura peut-être dans l’avenir institutionnalisation d’un permis de procréer et stérilisation forcée pour les récalcitrants. Une démographie responsable aujourd’hui aurait évité ces lendemains funestes, si ce n’est horribles… mais pas plus que les boucheries dans des guerres fomentées pour préserver  son espace vital.

Le refus de toute contrainte aujourd’hui nous poussera peut-être demain à prendre des mesures très radicales pour maîtriser autant que faire se peut une décroissance économique ET démographique. Mais si la délibération démocratique échoue à prendre les mesures nécessaires pour éviter des situations ingérables, Dame nature fera sans aucun doute son œuvre de grande faucheuse.

Hugues Stoeckel, la question démographique

Le loup limite sa reproduction au seul couple dominant de la meute pour ajuster ses effectifs aux ressources disponibles. Quand les proies se font rares, la meute reste parfois deux ou trois ans sans mises bas. A contrario, lorsqu’elle investit de vastes territoires vierges de tout congénère, il arrive que plusieurs femelles de la meute accèdent simultanément au droit de perpétuer l’espèce. Ce comportement est d’autant plus admirable que le loup, bien qu’intelligent, ne dispose pas de cet outil prospectif unique au monde qu’est le néocortex humain. Un outil en l’occurrence totalement déficient : l’espèce humaine s’avère incapable d’accepter, ni même de discerner une limite à sa propre prolifération. Et ce, bien qu’elle subisse déjà les premiers effets de l’effondrement énergétique.

Percevoir le problème démographique à temps requiert un néocortex en bon état de marche et pas trop encombré de croyances.

Aujourd’hui, les niveaux de population dépendent des carburants fossiles et de l’agriculture industrielle. Ôtez-les du tableau et il y aura une réduction de la population mondiale qui est bien trop horrible pour pouvoir y penser. Paul Chefurka conjecture qu’en 2100, la planète ne pourra plus nourrir qu’un milliard d’humains environ. C’était la population mondiale vers 1800, au début de l’anthropocène. Mais la terre avait à l’époque un potentiel nourricier intrinsèquement supérieur à l’actuel, et bien supérieur à celui de 2050 qui aura subi des chocs successifs supplémentaires. Un gigantesque exode urbain devra s’opérer à rebours dans les décennies à venir.

D’un côté 7,8 à 11 milliards d’humains programmés pour 2050, de l’autre un seul milliard « nourrissable ». Un objectif de descente démographique est strictement impossible à tenir par le seul contrôle des naissances, ce qui implique une explosion des décès prématurés par famines, guerres, pandémies ou suicides. Malthus s’est trompé sur les délais, mais son diagnostic reste fondamentalement correct. Il est vrai que l’élitisme qui sous-tend ses solutions est repoussant. Aussi convient-il de se réclamer d’un néo-malthusianisme égalitariste que ne se soucie pas du sort des riches, mais de celui de l’espèce. Cette doctrine fut d’ailleurs jugée très progressiste à la fin du XIXe siècle, la grève des ventres était féministe, pacifiste et humaniste. Une grève qui fut décriée à l’époque par les productivistes et cléricaux du pays.

Alors que faire aujourd’hui ? Le seul paramètre sur lequel nous ayons toute latitude pour agir efficacement et sans douleur est la natalité. Une excellente raison de tenter de la maîtriser, non pour effacer le problème – l’inertie démographique est bien trop grande – mais pour en atténuer les effets à terme. Entendons-nous bien : il n’est pas question de s’exonérer du devoir de réduire les consommations et les rejets évitables. Mais se borner à cela déboucherait exactement sur le même effet de rebond que la baisse des émissions de CO2 par voiture… alors que l’effet  rebond d’une dénatalité serait un bonus en espace et en agrément de vie pour chacun. A vrai dire, les limites de la planète ont été à ce point outrepassées que nous n’avons plus le choix. Aucune solution ne peut prétendre à résoudre seule le problème : ni le partage, ni la sobriété, ni la dénatalité. Même ensemble, ces solutions risquent de ne pas suffire. Nier le risque, c’est choisir délibérément la sortie de crise par la violence.

La faim du monde (l’humanité au bord d’une famine globale) d’Hugues Stoeckel (2012)

Wikipedia et le concept de surpopulation

Wikipédia en résumé : La surpopulation est un état démographique caractérisé par le fait que le nombre d’individus d’une espèce vivante excède la capacité de charge de son habitat, c’est-à-dire sa capacité à fournir les ressources nécessaires pour assurer la pérennité de cette espèce. Qu’en est-il de l’espèce humaine ?

La paléodémographie étudie les comportements et les structures des populations préhistoriques. Elle a permis par exemple d’évaluer la population totale d’Homo ergaster, qui vivait en Afrique entre – 1,8 et 1 million d’années avant notre ère, au maximum à 200 000 individus. Les Homo erectus dont les archéologues ont retrouvé des traces datées de 1,6 million d’années près de Béziers n’étaient que quelques milliers en France. Selon la théorie de la catastrophe de Toba, une gigantesque éruption volcanique a modifié l’histoire de l’évolution humaine par une réduction sévère de la population il y a environ 74 000 ans : la population mondiale aurait été réduite à 15 000 individus. Depuis cette époque jusqu’à la fin du Paléolithique, on estime que la population mondiale n’a probablement jamais dépassé, selon les sources, 1 million à 15 millions d’individus avant l’invention de l’agriculture .On estime aujourd’hui que les hommes préhistoriques vivant (sur ce qui correspondait à cette époque au territoire français actuel) de chasse et de cueillette étaient en état de « surpopulation » à partir de 3 à 4 habitants en moyenne au km².

Tertullien (150-220), écrivain et théologien chrétien qui vivait à Carthage alors que la population mondiale n’était que de 190 millions d’habitants, écrivait : « Assurément il suffit de jeter les yeux sur l’univers pour reconnaître qu’il devient de jour en jour plus riche et plus peuplé qu’autrefois. Tout est frayé ; tout est connu ; tout s’ouvre au commerce… Comme témoignage décisif de l’accroissement du genre humain, nous sommes un fardeau pour le monde ; à peine si les éléments nous suffisent ; les nécessités deviennent plus pressantes ; cette plainte est dans toutes les bouches : la nature va nous manquer. Il est bien vrai que les pestes, les famines, les guerres, les gouffres qui ensevelissent les cités, doivent être regardés comme un remède, espèce de tonte pour les accroissements du genre humain. »

Or la croissance démographique devient spectaculaire à partir de 1950. La population mondiale à la fin du XVIIIe siècle est estimée à un peu moins d’un milliard. Au début du XXe siècle, elle atteint environ 1,6 milliard. En 1940, elle est déjà de 2,3 milliards. Le taux de croissance démographique mondial a atteint un pic à 2,1 % l’an dans la période 1965-1970. Cela entraîne un doublement en moins de 70 ans. Une enquête du Pew Research Center sur les différences d’opinions entre le public et les scientifiques, publiée en janvier 2015, révèle que 59 % des Américains pensent que la croissance de la population mondiale sera un problème majeur, cette opinion atteint 82 % chez les scientifiques. De nos jours, un nombre croissant de scientifiques pensent que les limites écologiques sont plus contraignantes et risquent de déclencher plus vite l’effondrement démographique. En 2017, plus de 15 000 scientifiques de 184 pays, dans un manifeste publié par la revue BioScience58 et largement relayé par la presse mondiale, reconnaissent consensuellement que l’espèce humaine est en état de surpopulation sur Terre. Une étude de chercheurs de l’université de Cassel (Allemagne), publiée par la revue Nature, prévoit que 27 % des 416 métropoles étudiées, soit une centaine de grandes villes peuplées actuellement de 233 millions d’habitants, ne seront vraisemblablement plus en mesure de répondre à la demande de leur population en 2050, passée alors à 736 millions d’habitants.

La surpopulation est bien évidemment une notion relative : un territoire richement doté en ressources naturelles peut accueillir une population bien plus élevée qu’une région désertique. On pourrait en conclure que la mondialisation a pour effet de globaliser le problème de la surpopulation. Ce n’est qu’en partie vrai, car les habitants des régions les plus pauvres n’ont qu’un accès très restreint aux bénéfices de la mondialisation : le transport coûte cher, les pays riches élèvent des barrières plus ou moins étanches contre les migrations. C’est pourquoi on constate des signes manifestes de surpopulation (famines récurrentes, malnutrition, etc.) dans certaines régions. Ainsi, le Soudan du Sud a été en février 2017, le sixième pays au monde depuis 1985 à être déclaré en situation de famine. Le président du Parlement burkinabè, Salifou Diallo, a déclaré : « Quand on a des taux de croissance économique de l’ordre de 5 à 6 % avec un taux de fécondité située à 6 ou 7 %, nous sommes dans une situation de démographie non maîtrisée et nous ne pouvons pas espérer de développement avec une telle situation. »

Les parlementaires doivent faciliter un déclin rapide, volontaire, de la fécondité grâce à l’accès universel à la planification familiale, l’augmentation du niveau d’éducation des femmes et le renforcement des efforts pour améliorer la survie de l’enfant . L’éducation au sujet de la surpopulation, du planning familial et des méthodes de contrôle des naissances est bien évidemment un ingrédient de base de toute politique de modération de la démographie. Mais nous devrions tous savoir que la loi régule les interactions entre les humains ; plus la densité de population augmente, plus fréquentes sont ces interactions, et ainsi se développe encore plus de lois et/ou de lois plus restrictives pour réguler ces interactions.

Georges Minois et la question démographique

Georges Minois a écrit beaucoup de livres bien documentés. Qu’il rejoigne le camp des malthusiens est donc un bon signe de la part d’un fin connaisseur des péripéties historiques ! Pour lui, les temps commencent à changer à partir du milieu du XXe siècle. Le premier cri d’alarme est lancé en 1948 par William Vogt qui écrit dans Road to Survival : « La surface des terres cultivables diminue rapidement à mesure que croît la population, et que le sol est détruit… il est évident que d’ici cinquante ans, le monde ne sera pas en état de nourrir trois milliards d’individus en plus, si ce n’est à un régime de coolies. » Mais les caractéristiques des prédictions de Cassandre sont qu’elles se réalisent et que personne ne les écoute. Voici quelques extraits recomposés qui ne reflètent qu’une toute petite partie de la richesse de cet ouvrage :

La France se distingue particulièrement par son populationnisme. La loi répressive de 1920, interdisant aussi bien l’avortement que la contraception, a été votée aussi bien par Maurice Barrès (nationaliste) qu’Édouard Herriot (radical-socialiste), Marc Sangnier (chrétien-démocrate) ou Robert Schuman (catholique). Pour ces politiques parfois progressistes, « il ne s’agit pas de porter atteinte au principe sacré de la liberté de penser et d’écrire » (Louis Barthou, républicain modéré) : à l’époque la peste brune est plus acceptable que le malthusianisme !

L’Institut national d’études démographiques a été créé en 1945. Sous des dehors scientifiques, il a des allures de service de propagande nataliste. Un de ses directeurs, Alfred Sauvy, était un populationniste notoire, partisan d’une répression rigoureuse de l’avortement dans un de ses écrits de 1943. Le congrès du parti communiste en 1956 le répète : « Le néomalthusianisme, conception ultra réactionnaire, remise à la mode par les idéologues de l’impérialisme américain, est une arme aux mains de la bourgeoisie pour détourner les travailleurs de la lutte pour les revendications immédiates, pour le pain, pour le socialisme. » La naissance du 50 millionième français en 1968, est présentée comme un exploit national.  En 1974, Simone Veil fait voter la loi qui légalise la pratique de l’avortement. Le thème du vieillissement par dénatalité devient l’obsession, on ne recule pas devant les excès de langage : Michel Jobert parle d’autogénocide (1976), Pierre Chaunu de peste blanche (1976), Jean Fourastié de suicide collectif (1979). En 1988, l’Ined peut afficher fièrement le palmarès : « L’Irlande mis à part, la France est le pays où la fécondité, bien qu’insuffisant pour assurer le strict remplacement des générations, est la plus élevée. »

Mais face au vieillissement de la population, la pire des solutions est d’encourager la natalité. Les enfants que l’on fait naître aujourd’hui auront la charge d’entretenir les effectifs pléthoriques de leurs parents, grands-parents, et même une bonne partie de leurs arrière-grands-parents, étant donné l’allongement de la longévité. Et cela dans un monde aux ressources raréfiées et à l’environnement saccagé. C’est cela qui est suicidaire.

La mondialisation a du mal à pénétrer dans le domaine démographique, où on continue à raisonner en termes nationaux : dans la naissance d’un Français, on voit d’abord que c’est un Français, qui contribue à augmenter l’effectif national. C’est en pleine contraction avec des préoccupations écologiques, puisque le niveau de vie d’un Français a cinq ou dix fois plus d’impact sur l’environnement que celui d’un Chinois ou d’un Nigérien. La dimension globale est prise en compte pour le climat, mais pas pour la population, quand bien même il y a des liens entre les deux.

Le poids du nombre de Georges Minois (2011)

Michel Tarrier et la question démographique

Faire des enfants tue… la planète. L’idée générale de ce livre de 2011 est donnée par le sous-titre, « Eloge de la dénatalité » (éditions LME). C’est la même thématique que le livre précédent de 2008, co-écrit à l’époque avec Daisy Tarrier, « Faire des enfants tue ». Voici quelques citations :

– Aux racines françaises du militantisme antinataliste, on trouve une des pionnières de l’écoféminisme avant la lettre, Nelly Roussel (1878-1922). Elle revendiqua le droit des femmes à disposer de leur  corps et prônait le contrôle des naissances. De même Madeleine Pelletier (1874-1939) : L’éducation féministe des filles ; Le Droit à l’avortement… Paul Robin (1837-1912), engagé dans l’action féministe et le néo-malthusianisme, diffusa des tracts sur les moyens de contraception, fonda un syndicat des prostituées et ouvrit une des premières agences pour l’union libre.

– Contrairement à toute logique, la décroissance démographique reste un énorme tabou qui n’ose pas dire son nom, un scandale qui provoque tous les courroux ! C’est à peine si on peut l’ouvrir à propos de la décroissance démographique ! Et l’on s’inquiète même des nations qui, en Europe, ne montrent plus la même ardeur à procréer des enfants dix à vingt fois plus pollueurs que ceux des pays du Sud !

– Pourquoi la bourgeoisie a-t-elle fait de Malthus un maudit ? Pour augmenter et faire fructifier le stock de pauvres gens sur lequel la classe dominante s’engraisse ; chair à canon, chair à prostitution, chair à consommation, chair électorale… C’est à l’élite bien-pensante, dogmatique et « vertueuse » que profite le crime démographique.

– La dénatalité est le plus souvent vilipendée par le libéralisme, bien que les adeptes de la décroissance économique participent curieusement et de concert avec les fondamentalismes religieux au lynchage du désir de décroissance démographique. C’est affligeant.

– L’Eglise catho s’oppose à la procréation médicalement assistée, et là elle a toute l’estime des dénatalistes pourtant étrangers à la sainte famille.

– Tout pacte écologique sous-tend l’idée d’un pacte antinataliste. Mais pourquoi les Verts restent-ils cois ? Yves Cochet se lança dans une croisade antinataliste, mais maman Cécile Duflot est une multipare récidiviste.

– Compte tenu de notre incapacité à une justice planétaire, à une plus juste répartition des ressources et des richesses, recourir à une double décroissance, tant de la natalité que de l’économie, serait l’unique voie que la raison commande.

– Ressembler à sa mère ou à son père n’est pas une assurance-vie. Il faut quelque chose de plus qu’un couple pour faire des enfants, il faut au moins une Planète viable.

– Quand nous constatons que les couples homosexuels rêvent aussi d’un embryon (et pendant qu’on y est de convoler à la sainte église qui les bannit !), les bras nous en tombent. Un enfant peut-il naître de l’union de deux femmes ou de deux hommes : non. Mais les expériences se poursuivent !

– Nous ne tuons plus nos nourrissons mais nous allons nous retrouver bientôt avec 3 ou 4 milliards de gens qui vont crier famine. Que ferons-nous ?

– Les programmes de stérilisation contrainte sont à vomir… Il serait plutôt question d’offrir aux pays dits en développement une éducation prônant le minimum de naissances (1 à 2 enfants) en s’articulant avec une contraception gratuite. Quant aux pays nantis, la plus dictatoriale des mesures ne serait qu’une écotaxe imposée au-delà de deux enfants par couple, en lieu et place des allocations familiales, devenues socialement et écologiquement parfaitement ridicules et scandaleuses.

–  « Faites en un ou n’en faites pas, mais ne dépassez pas deux » serait le bon message.

– Nous sommes la seule et unique espèce à avoir envahi la Planète jusqu’à occuper les niches écologiques de la plupart des autres espèces, douteux privilège dû au volume encombrant de la merveilleuse éponge qui nous sert de cerveau.

– Mettre un terme au fléau démographique humain pour alléger la pression anthropique qui s’exerce sans commune mesure sur les ressources et redonner leurs places aux autres espèces est une solution à adopter dans la plus grande urgence. Elle doit être doublée d’une décroissance économique sélective : identifier et favoriser les activités utiles, à fable pression environnementale et organiser simultanément un recul inconditionnel de celles qui conduisent à des désastres écologiques et humains.

– Le concept d’empreinte écologique n’a pas tenu compte que nous n’étions pas la seule grande espèce sur Terre.  C’est un volet de plus à verser au dossier de notre cécité anthropocentriste. Nous ne sommes pas la seule espèce à jouir de la biosphère et toutes les espèces sont colocataires dans un mutualisme nécessaire. Revendiquer ce 1,8 hectares pour nous seuls, en expropriant la faune sauvage, n’est donc ni scientifique ni raisonnable.

– Il semblerait que pour s’inscrire dans un réel équilibre naturel et pérenne, l’effectif humain ne devrait pas dépasser tout au plus un milliard, voire seulement 300 millions selon d’autres points de vue. Comme nous n’étions que 250 millions en l’an 1, ce qui est proposé n’est qu’un « retour à la normale », très christique qui plus est !

– Pour ceux qui préfèrent la nature à l’humain (ce n’est pas dissocié !), la préservation du biopatrimoine, le militantisme à la cause animale, la défense des paysages, la reforestation, etc. sont de louables activités aptes à compenser l’instinct de reproduction, légitimant haut la main et justifiant socialement le fait de ne pas avoir enfanté.

– « L’épanouissement de la vie et des cultures humaines est compatible avec une diminution substantielle de la population humaine. L’épanouissement de la vie non humaine requiert une telle diminution », écrivait Arne Naess.

Ligatures des trompes et vasectomie pour tous et toutes

Rappelons que, sans stérilisation, une chienne et sa progéniture peuvent mener à la naissance de 67 000 chiots en à peine six ans et, en sept ans, une chatte et ses petits peuvent engendrer le nombre astronomique de 370 000 chatons. Une des solutions les plus efficaces pour endiguer cette catastrophe est la stérilisation des animaux de compagnie. C’est là le point de vue d’un certain nombre de célébrités (Nathalie Baye, Jacques Dutronc, Matthieu Ricard…) dans une tribune du MONDE. Bien sûr on peut toujours discutailler les chiffres. Une chienne fait une portée chaque année pendant 6 ans, avec 10 chiots viables et 50 % de femelles. Il faut 2 ans à ces chiots pour avoir leur premières portée. Cela ferait 1460 chiots en 6 ans et non pas 67000. Mais l’essentiel demeure, il s’agit d’une progression exponentielle possible, très rapide, pour une population déjà pléthorique. La France est particulièrement concernée : championne d’Europe de la possession de compagnons à quatre pattes, il faut s’occuper de la sexualité de 13,5 millions de chats et 7,3 millions de chiens.

De leur côté les Français(es) sont près de 67 millions, et leur appétit de ressources naturelles n’a rien à envier aux chats et chiens. Il n’étaient que 40 millions en 1951. Comment donner un travail utile et bien payé, procurer une voiture et des transports en commun, offrir des vacances et des résidences secondaires… à 27 millions de personnes de plus si ce n’est en dépassant largement les capacités de régénération de la planète, au prix du réchauffement climatique, au détriment de la biodiversité, sans compter tous les problème annexes. Alors, décroissance démographique ? Ce que des célébrités envisagent sérieusement pour certains animaux, la stérilisation forcée, peut-on le dire pour l’animal humain ?

Certainement pas, c’est interdit par la morale. On ne peut pas dire que ce genre de pratique anti-humaniste est intelligente, encore moins qu’elle est lucide. La crainte de la surpopulation brouille l’esprit, pousse à dire des énormités, des choses qui sont impensables et d’autant plus irréalisables (sauf dans certains pays qui relèvent de la dictature). Il n’en reste pas moins que la meilleure façon de réduire durablement le bilan carbone de la France, c’est de réduire sa population. C’est ce que disait déjà le présidentiable René Dumont en 1974, « Nous sommes les premiers à avoir dit que la croissance démographique doit être arrêtée d’abord dans les pays riches ». Il faut le faire, mais de façon HUMAINE, c’est-à-dire de la façon la plus acceptable possible pour l’opinion publique. Il faut miser sur le sens de la responsabilité des Français, sur leur engagement personnel pour tous ces petits gestes qui vont sauver la planète. Dans l’Hexagone, Ils ou Elles ont à leur disposition le plus grand choix possible pour éviter de tomber dans le piège de la procréation. Notons l’IVG, interruption volontaire de grossesse, insistons sur le côté volontaire de la chose, plébiscitée par plus de 230 000 femmes, soit environ 30 IVG pour 100 naissances. La ligature des trompes est bien plus radicale. Cette méthode de stérilisation féminine est parfois demandée en cachette de leur mari par des femmes fatiguées par leurs grossesses multiples. N’oublions pas les hommes. La vasectomie est devenue légale en France : toute personne majeure ayant « exprimé une volonté libre, motivée et délibérée en considération d’une information claire et complète sur ses conséquences » devrait pouvoir obtenir une stérilisation.

Pour ne pas horrifier une gauche bien pensante, il est absolument interdit de penser une stérilisation forcée, encore moins d’y joindre la parole si ce n’est en laissant l’action aux bons soins du sens des responsabilités du Français moyen. Il paraît d’ailleurs raisonnable et très sensé de compter sur l’intelligence collective des Français(es) qui ne nous ont jamais déçu. Et c’est vraiment être complètement à côté de la plaque que d’affirmer : « Sinon dame nature se fera un réel plaisir de réduire le surnombre d’humains sans lésiner sur la méthode ».

Pour en savoir plus grâce à notre blog biosphere :

7 mai 2021, Éliminons chiens et chats de compagnie

21 octobre 2021, Stérilisation forcée, eugénisme ou génocide ?

Paul Ehrlich, la question démographique

Quarante ans après la publication de son livre The population Bomb, le scientifique Paul Ehrlich persiste et signe : la surpopulation – associée aujourd’hui à la surconsommation – est au centre de la crise environnementale à laquelle la planète est confrontée.

«  En quelque 60 millions d’années, Homo sapiens est devenu l’animal dominant de la planète. Nous avons de plus en plus utilisé ce pouvoir pour épuiser le capital naturel de la planète, notamment ses terres agricoles profondes et riches, ses nappes phréatiques constituées durant les périodes glaciaires et sa biodiversité. Cette tendance est en grande partie due à la concomitance entre croissance démographique et augmentation de la consommation par habitant, une combinaison qui ne peut se poursuivre encore longtemps sans que risque de s’effondrer notre civilisation désormais mondiale.

L’impact négatif de notre espèce sur nos propres mécanismes régulateurs de la biosphère peut être plus ou moins rendu par l’équation I = P.A.T. Dans cette équation, la taille de la population (P) est multipliée par la consommation moyenne de ressources par individu (A pour « affluence »), elle-même multipliée par une unité de mesure de la technologie (T) qui actionne et entretient la consommation. Le produit de P, A et T est l’impact (I), une estimation du niveau de dégradation, par les hommes, des services écosystémiques dont ils dépendent. A en croire les médias ainsi que les déclarations de nos hommes politiques, les problèmes environnementaux, tels qu’ils sont reconnus aujourd’hui, peuvent être résolus par des changements mineurs en matière de technologie et de recyclage (T). Des véhicules ultralégers et économes en carburant présenteront de toute évidence des avantages à court terme, mais au fur et à mesure que la population et la consommation augmenteront, ils rejetteront toujours plus de dioxyde de carbone (et de caoutchouc vaporisé) dans l’atmosphère. Aucune avancée technologique ne permettra que la population ou l’abondance matérielle continuent à augmenter. Et face à cet état de fait, il est pour le moins étonnant de traiter par le mépris les deux problèmes, pourtant si liés, de la population et de la consommation.

Chaque habitant qui vient aujourd’hui s’ajouter à la population provoque en moyenne plus de dégâts que la personne précédente sur les fragiles mécanismes de régulation de la biosphère, toutes choses égales par ailleurs. Et la raison est simple : Homo sapiens est devenu l’animal dominant grâce à son intelligence. Les paysans n’ont pas commencé par s’installer sur des sols pauvres où l’eau était rare, mais dans de riches vallées fluviales. C’est là que la plupart des villes se sont développées, là, donc, que les sols riches sont à présent recouverts pour construire des routes et des banlieues et que les sources d’approvisionnement en eau sont polluées ou surexploitées. Résultat : pour pouvoir supporter davantage d’habitants, il faut se déplacer vers des terres toujours plus pauvres, creuser des puits toujours plus profonds ou exploiter des sources toujours plus lointaines pour obtenir de l’eau. Il faut ensuite dépenser plus d’énergie pour transporter cette eau sur des distances toujours plus grandes afin d’approvisionner champs, habitations et usines.

Alors pourquoi n’accordons-nous pas d’importance à la question de la surpopulation ? A droite, les tentatives gouvernementales de contrôle des naissances relèvent de l’anathème puisqu’on considère que le rôle de l’Etat dans les chambres à coucher doit se limiter à forcer les femmes à mener à terme les grossesses non désirées. A gauche, on craint, non sans raison, que le contrôle des naissances puisse avoir des relents racistes ou discriminatoires s’il est destiné, par exemple, à réduire le nombre de populations minoritaires ou pauvres. En outre, certains leaders religieux continuent à vanter la sur-reproduction auprès de leurs ouailles. Mais la responsabilité revient principalement à l’ignorance qui conduit les principaux médias, y compris des journaux comme le New York Times, à camper sur leurs positions natalistes. Ainsi, on pouvait lire dans un article du Times du 29 juin qu’on assiste actuellement à une chute des naissances dans les pays industrialisés, les Etats-Unis, dont la population continue à augmenter, constituant une « heureuse exception« .

Le silence qui entoure le facteur surconsommation (A) dans l’équation I=PAT est plus facile à expliquer. En effet, la consommation continue à être perçue comme un bienfait par de nombreux économistes, hommes d’affaires importants et hommes politiques, pour qui l’augmentation de la consommation est la panacée à tous les maux économiques. Trop de chômage ? Poussons donc les gens à acheter un 4×4 ou un nouveau réfrigérateur. La croissance perpétuelle est la raison d’être de la cellule cancéreuse, mais les économistes de bas étage n’ont pas d’autre idée. Certaines économistes de renom commencent pourtant à aborder la question de la surconsommation, mais le problème et ses solutions restent difficiles à analyser. Il faudrait donc que des chercheurs mettent au point des préservatifs anticonsommation ou encore une pilule du lendemain post-frénésie de soldes. Et, bien sûr, il y a la fâcheuse question de la consommation dans les pays pauvres. Une minorité non négligeable des pays émergents possède la richesse suffisante pour acquérir les habitudes de consommation des pays développés (par exemple : manger beaucoup de viande et acheter des voitures). La régulation de la consommation est bien plus complexe que celle de la démographie et il est nettement plus difficile de trouver des solutions humaines et équitables à ce problème.

Notre animal dominant est en train de gaspiller son intelligence et ses formidables accomplissements. En effet, le sort de notre civilisation est actuellement entre les mains de décideurs qui regardent délibérément du côté du confort et du profit immédiats. Il faut débattre et décider si nos congénères veulent un maximum de personnes sur terre vivre avec un niveau de vie minimum ou bien une population beaucoup plus restreinte qui permette aux individus d’avoir le choix entre plusieurs styles de vie. Comment parvenir à un changement qui concerne tout, depuis les politiques démographiques et la transformation des systèmes énergétiques, industriels et agricoles à travers le globe jusqu’aux relations Nord-Sud et interreligions en passant par les positions militaires ? Voilà bien un défi titanesque pour tout un chacun. Hommes politiques, industriels, écologistes, sociologues, simples citoyens et médias doivent participer aux débats. Est-ce possible ? Cela reste à prouver. Mais certaines sociétés ont accompli des transitions majeures dans un passé récent, comme le prouvent la révolution des droits civiques aux États-Unis ou l’effondrement du communisme en Union soviétique. »

L’animal dominant, évolution démographique et environnement de Paul et Anne Ehrlich (2008)