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notre bimensuel : écolosceptiques, organisation du déni

Les membres de la classe globale (ceux qui ont les moyens d’avoir une voiture individuelle) savent plus ou moins consciemment que demain il faudra changer de mode de vie, mais aujourd’hui les comportements ne varient qu’à la marge. Pourquoi ? Voici quelques éléments de réflexion dans notre bimensuel. L’abonnement à BIOSPHERE-INFO est gratuit, il suffit d’envoyer un courriel à biosphere@ouvaton.org

écoloscepticisme et organisation du déni

Biosphere-Info n° 349 (16 au 31 avril 2015)

1/3) Quelques explications de l’écoloscepticisme
Malgré la catastrophe en marche, pourquoi nous ne faisons rien ? D’abord le message médiatique est brouillé. Chez les marchands de journaux, la longue liste des revues vantant les charmes de l’automobilisme est incomparablement plus longue que celle des articles analysant la crise écologique. Dans la quasi-totalité des médias, les pages planète (ou son équivalent) couvrent une surface minime, si ce n’est inexistante. Si par un bienheureux hasard un journaliste consacre son papier à un phénomène écologique, il y a de fortes chances que sa tendance à donner aussi la parole aux anti-écolos induit l’incapacité à se forger véritablement une opinion. Quand on rajoute les milliards d’euros que la publicité consacre à inciter à consommer tout et n’importe quoi et le fait que les entreprises pratiquent l’écoblanchiment, difficile de contrôler ses achats et de consommer à bon escient. La loi du moindre effort s’installe dans la détermination de nos choix.

De toute façon les capacités d’un individu de résister au formatage collectif sont généralement insignifiantes. On peut tenir un discours écolo entre amis mais ne pas être en mesure d’agir en ce sens au niveau syndical, politique ou même associatif. L’éducation actuelle entraîne à la soumission, pas à prendre de la distance avec le discours dominant ; autorité du père, du prêtre, du maître, du chef, du patron, etc. Le discours véhiculé par la hiérarchie reste celui de la classe dominante, plus vite, plus loin, moins cher. Il faut prendre sa voiture, partir en vacances en avion, avoir envie de désirer toujours plus. Le sens des limites et l’autolimitation ne sont pas des modèles admis de comportement. Or nous agissons en interaction spéculaire, comme un miroir de ce qui nous entoure : je fais parce que tu fais ainsi parce que tout le monde agit de la sorte. Dès le plus jeune âge, nous imitons nos parents, puis nos copains, puis nos amis. Les individus ne peuvent se penser qu’à l’unisson. Plus les acteurs sont nombreux, moins il y aura de chance pour qu’un individu se sente capable d’agir unilatéralement. Si nous nous distinguons, c’est pour suivre les sirènes du marketing qui nous susurrent de suivre la mode et d’en avoir une plus grosse.

Il y a aussi la pression du confort, la force des habitudes. Il paraît impensable de se passer de la voiture, de la télé et du portable. Dans le cas du changement climatique, nous sommes à la fois spectateurs et acteurs, et ce conflit interne ne peut que renforcer notre désir de négation. Nous assistons donc à la négation de la conscience (« Je ne savais pas »), la négation de l’action (« Je n’ai rien fait »), celle de la capacité personnelle à intervenir (« Je ne pouvais rien faire » et « personne ne faisait rien ») et au rejet de la faute sur les autres (« les responsables, ce sont les capitalistes, les multinationales, les riches, les Américains, les Chinois, etc. »). Nous nous efforçons de diluer notre responsabilité. Les gens attendent que quelqu’un d’autre agisse à leur place et subsument leur responsabilité personnelle dans celle du groupe.

Ensuite nous ne nous sentons pas en capacité d’agir directement sur des phénomènes planétaires comme le pic pétrolier, le réchauffement climatique ou l’extinction des espèces. Les problèmes sont d’une telle envergure et d’une telle nature que la société ne dispose d’aucun mécanisme culturel pour les accepter. D’autant plus que ces phénomènes sont la plupart du temps invisible, les pollutions comme le réchauffement ou les radiations ne sont pas directement perçues. Quant aux déchets encombrants, on les enterre ou on les fait brûler ; ils disparaissent. On peut qualifier ces processus écologiques globaux de « problème hors contexte », phénomène si éloigné de l’expérience des gens qu’ils ne peuvent assimiler les informations disponibles.

Enfin quand nous sommes confrontés à des tendances contradictoires, nous souffrons de dissonance cognitive, la situation de notre psyché lorsque se mettent à l’habiter en nous deux croyances contradictoires. Nous ne trouvons alors notre équilibre psychologique qu’en suivant la pente de la facilité, suivre la croyance qui va arranger le plus de monde possible. Il est donc très fréquent que les individus commettent des actes qui sont en contradiction avec leur point de vue. Les gens ne peuvent pas supporter trop de méchante réalité. La classe globale, perdue dans les sombres extases de l’info-spectacle permanent, de la consommation-divertissement et de la compulsion automobile, ont beaucoup de mal à interpréter les forces grandissantes qui vont transformer radicalement les conditions de la vie quotidienne dans une société technologique éloignée de la nature. D’ailleurs la plupart des économistes orthodoxes ne reconnaissent aucune limite à la croissance projetée dans l’avenir. Otages de leur propre système, ils ne sont pas capables de concevoir une autre forme d’économie. Les politiques leur emboîtent le pas. Les médias mettent les choses en musique. Les journaux publient par exemple de sinistres mises en garde quant à l’évolution du climat, tout en proposant quelques pages plus loin des articles invitant avec enthousiasme le lecteur à partir en week-end à Rio. Le refus d’une prise de conscience est donc profondément implanté dans une société saturée d’informations qui néglige d’apprendre à séparer le bon grain et l’ivraie. Bref, il ne suffit pas d’informer.

L’imaginaire culturel est tel que la plupart des Américains pensent vraiment que le pétrole est surabondant, voire inépuisable. Leur réflexion s’arrête souvent là. James Howard Kunstler écrivait en 2005 : « Le public américain suppose que lorsque le pétrole sera épuisé, l’humanité sera passé au système énergétique suivant (le candidat actuellement préféré reposant sur l’hydrogène) et qu’il se présentera juste à temps, par livraison spéciale, parce que l’économie de marché en a décidé ainsi et que le libéralisme ne nous a jamais laissés tomber. Pour beaucoup d’Américains, qui n’ont jamais connu que le monde de l’énergie bon marché, il est tout simplement impossible d’imaginer la vie sans pétrole. Croire que l’économie de marché fournira automatiquement un substitut aux combustibles fossiles est une forme de pensée magique. » (La fin du pétrole, le vrai défi du XXIe siècle) »

D’autant plus que la notion de progrès technique, autre pensée magique, a été profondément instillée dans les têtes : le pétrole sera épuisé sans doute mais on trouvera bien quelque chose, alors prenons le volant. La plupart d’entre nous ne peuvent tout simplement pas considérer la possibilité que la civilisation industrielle ne sera pas sauvée par l’innovation technologique. Comment un pays qui a envoyé des hommes sur la Lune pourrait-il éprouver autre chose qu’une confiance quasi divine en ses capacités à triompher des difficultés ? James Howard Kunstler ajoutait : « Nous avons tendance à confondre l’énergie et la technologie. Si elles vont main dans la main, elles ne sont pas la même chose. Le pétrole est un cadeau unique de la géologie, qui nous a permis d’utiliser l’énergie accumulée par des millions d’années d’insolation. Lorsque nous aurons achevé de le brûler, il aura disparu à jamais. La technique n’est que le matériel pour employer ce combustible. Autrement dit, une bonne partie de notre technologie actuelle ne fonctionnera pas sans pétrole, et sans la « plate-forme » du pétrole nous risquons de ne pas avoir les outils nous permettant de dépasser le niveau présent de technique fondé sur les combustibles fossiles. » Les partisans de la fuite en avant comptent pourtant sur des découvertes nouvelles pour réparer les dégâts des technologies précédentes. L’illusion technologique est inacceptable pour la bonne raison qu’on l’on ne joue pas au poker avec l’avenir de l’humanité.

Les Occidentaux se précipitent vers l’avenir en somnambules. Dans son livre (Vivre sans pétrole), Jean Albert Grégoire écrivait déjà en 1979 : « L’observateur ne peut manquer d’être angoissé par le contraste entre l’insouciance de l’homme et la gravité des épreuves qui le guette. Comment l’automobiliste pourrait-il admettre la pénurie lorsqu’il voit l’essence couler à flot dans les pompes et lorsqu’il s’agglutine à chaque congé dans des encombrements imbéciles ? Cette situation me paraît beaucoup plus inquiétante encore que celle des Français en 1938. Ceux qui acceptaient de regarder les choses en face apercevaient au-delà des frontières la lueur des torches illuminant les manifestations wagnériennes, ils entendaient les bruits de bottes rythmant les hurlements hystériques du Führer. Tous les autres refusaient de voir et d’entendre. On se souvient de notre réveil en 1940 ! »
Le siècle dernier a été marqué par les mensonges d’Etat et la négation de masse. Un exemple que le XXIe siècle n’est pas obligé de suivre, ce qu’il fait pourtant tel un aveugle jusqu’à maintenant.

2/3) une analyse de Bertrand Méheust
La politique de l’oxymore de Bertrand Méheust (La Découverte, 2009)
Je suis convaincu qu’une catastrophe est en gestation, mais je ne partage pas la conviction que les démocraties modernes possèdent les ressorts nécessaires pour la prévenir et l’affronter. Le danger du système libéral, c’est que, ayant disqualifié tous ses concurrents, il n’a plus d’extérieur et ne peut se contraindre lui-même dans des délais utiles. Le marché, en s’efforçant par tous les moyens de poursuivre sa course, mettra l’humanité en péril. Il possède encore de nombreux espaces, de nombreux interstices et il pourra continuer de se déployer.
La pression du confort est une notion décisive. Il est sous-entendu (hors discussion, sauf dans les milieux encore marginaux de la décroissance), que le confort moderne, au sens large où nous l’entendons aujourd’hui, est un acquis irréversible. Cette façon de penser est largement due au fait que les générations nées depuis les années 1970 n’ont pas connu d’autres conditions de vie et ne dispose pas d’éléments de comparaison. Un jeune des banlieues déshéritées, aujourd’hui, dispose de moyens de confort que n’avait pas le roi Louis XIV, notamment l’eau chaude au robinet, les WC et le chauffage. Cette révolution du confort est le premier moteur de la pression sur la nature entraînée par nos gestes quotidiens. Il se trouve qu’aucun système démocratique ne semble pouvoir fonctionner aujourd’hui en dessous d’une certaine pression de confort. Si une Sparte démocratique existe quelque part dans le monde contemporain, je demande qu’on me la montre. Inéluctablement, la démocratie moderne, c’est-à-dire la démocratie libérale où l’individu prime sur le collectif, démultiplie les besoins des hommes et augmente la pression sur l’environnement. Partout où l’individu devient une valeur centrale, ses besoins personnels s’accroissent avec l’étendue de sa sphère personnelle ; son espace vital minimal augmente en même temps que ses exigences de mobilité ; il lui faut manger plus de viande ; il lui faut consommer davantage de produits culturels ; il veut tout cela, et plus encore, pour ses enfants.
Le propre de l’oxymore est de rapprocher deux réalités contradictoires. Développement durable, agriculture raisonnée, marché civilisationnel, financiarisation durable, flexisécurité, moralisation du capitalisme, vidéoprotection, etc. La montée des oxymores constitue un des faits révélateurs de la société contemporaine. Le clip publicitaire qui nous montre la chevauchée d’un 4×4 dans un espace vierge cherche à nous conditionner à l’idéologie consumériste : en associant deux réalités contradictoires, l’espace naturel et la machine qui le dévore, il nous suggère perfidement la possibilité de leur conciliation. Si la contradiction et le conflit sont inhérents à tout univers mental, ils atteignent dans le nôtre une dimension inégalée. Plus l’on produira des oxymores, plus les gens soumis à une sorte de double bind permanent, seront désorientés, et inaptes à penser et à accepter les mesures radicales qui s’imposeraient. C’est ici le lieu de rappeler l’étymologie grecque d’oxymore, qui signifie « folie aiguë ».

3/3) Sur notre blog, quelques extraits
http://biosphere.blog.lemonde.fr/2012/02/19/pourquoi-lecoloscepticisme-triomphe-actuellement/
… Il est toujours étonnant de constater la force de l’écoloscepticisme alors que tous les indicateurs de santé de la biosphère ont viré au rouge. Stéphane Foucart se penche encore une fois sur les dessous du lobby climatosceptique* : rémunération par les entreprises, expertises bidon, désinformation virale… En fait l’écoloscepticisme est en phase avec un système moribond. Quant tout fout le camp, les gens sont prêts à soutenir ceux qui les rassurent, l’extrême droite en France et ailleurs, le Tea Party aux USA, les marchands d’illusions. On ne veut pas imaginer le pire, on veut continuer à croire au progrès technique qui sauve, à la hausse infinie du pouvoir d’achat, au maintien de ses privilèges…
* LE MONDE du 18 février 2012, Le Heartland Institute, un think tank qui conteste lascience climatique, est fragilisé par une fuite de documents.

http://biosphere.blog.lemonde.fr/2012/05/01/maurice-tubiana-arretons-davoir-peur/
… Dans son dernier livre, « Arrêtons d’avoir peur ! », Maurice Tubiana ne fait que reprendre les tartes à la crème de l’écoloscepticisme déjà étalées dans des livres aux titres redondants : « Le fanatisme de l’apocalypse » de Pascal Bruckner, « L’apocalypse n’est pas pour demain » de Bruno Tertrais, « Les prêcheurs de l’apocalypse » de Jean de Kervasdouén, etc. Comme tous ces prêcheurs du « dormez braves gens, dormez », Maurice Tubiana aime les insecticides, les OGM, la radioactivité, l’énergie nucléaire, les ondes électromagnétiques…

La charte de l’environnement en 2005… oubliée en 2015 !

Le 28 février 2005, la Charte de l’environnement était approuvée par les parlementaires français réunis en Congrès pour lui donner une valeur constitutionnelle : « Aux côtés des droits de l’homme de 1789 et des droits sociaux de 1946, et au même niveau, nous allons reconnaître les principes fondamentaux d’une écologie soucieuse du devenir de l’homme ». Nous sommes en 2015 en nous n’avons pas fêté les dix ans de cette charte. Rappelons cette avancée majeure de notre droit, avancée qui n’a malheureusement pas connu d’application réelle.

« Le peuple français, Considérant que les ressources et les équilibres naturels ont conditionné l’émergence de l’humanité ; que l’avenir et l’existence même de l’humanité sont indissociables de son milieu naturel ; que l’environnement est le patrimoine commun des êtres humains ; que l’homme exerce une influence croissante sur les conditions de la vie et sur sa propre évolution ; que la diversité biologique, l’épanouissement de la personne et le progrès des sociétés humaines sont affectés par certains modes de consommation ou de production et par l’exploitation excessive des ressources naturelles ; que la préservation de l’environnement doit être recherchée au même titre que les autres intérêts fondamentaux de la Nation ; qu’afin d’assurer un développement durable, les choix destinés à répondre aux besoins du présent ne doivent pas compromettre la capacité des générations futures et des autres peuples à satisfaire leurs propres besoins ; Proclame :

« Art. 1er. – Chacun a le droit de vivre dans un environnement équilibré et respectueux de la santé.
« Art. 2. – Toute personne a le devoir de prendre part à la préservation et à l’amélioration de l’environnement.
« Art. 3. – Toute personne doit, dans les conditions définies par la loi, prévenir les atteintes qu’elle est susceptible de porter à l’environnement ou, à défaut, en limiter les conséquences.
« Art. 4. – Toute personne doit contribuer à la réparation des dommages qu’elle cause à l’environnement, dans les conditions définies par la loi.
« Art. 5. – Lorsque la réalisation d’un dommage, bien qu’incertaine en l’état des connaissances scientifiques, pourrait affecter de manière grave et irréversible l’environnement, les autorités publiques veillent, par application du principe de précaution et dans leurs domaines d’attributions, à la mise en oeuvre de procédures d’évaluation des risques et à l’adoption de mesures provisoires et proportionnées afin de parer à la réalisation du dommage.
« Art. 6. – Les politiques publiques doivent promouvoir un développement durable. A cet effet, elles concilient la protection et la mise en valeur de l’environnement, le développement économique et le progrès social.
« Art. 7. – Toute personne a le droit, dans les conditions et les limites définies par la loi, d’accéder aux informations relatives à l’environnement détenues par les autorités publiques et de participer à l’élaboration des décisions publiques ayant une incidence sur l’environnement.
« Art. 8. – L’éducation et la formation à l’environnement doivent contribuer à l’exercice des droits et devoirs définis par la présente Charte.
« Art. 9. – La recherche et l’innovation doivent apporter leur concours à la préservation et à la mise en valeur de l’environnement.
« Art. 10. – La présente Charte inspire l’action européenne et internationale de la France. »

remarques : La Biosphère constate avec soulagement que les humains (en France !) reconnaissent pour la première fois dans un texte fondamental qu’ils ont des devoirs envers l’environnement beaucoup plus qu’ils n’ont de droits pour eux-mêmes. L’année 2005 n’est donc pas complètement vide de sens, même si on parle encore d’environnement (ce qui est autour des humains, donc marque d’anthropocentrisme) plutôt que de protection de la Nature ! De plus le concept de « développement », à plus forte raison « durable » (article 6) inclut dans une loi fondamentale, n’est pas approprié. Il s’apparente un peu trop à l’obsession croissanciste. Or il n’y a pas de croissance durable possible dans un monde fini.
NB : Le débat interne aux socialistes avait abouti en 2005 à une consigne de « non-participation au vote ». Et c’est le très libéral député Alain Madelin, le seul à avoir voté contre, qui avait été interviewé par « Le Monde » pour condamner sans restriction une telle Charte !

François Hollande, des vœux pour 2015 vides de contenu

Le mercredi 31 décembre 2014, François Hollande n’avait manifestement rien de neuf à annoncer aux Français : libéraliser l’économe (loi Macron) et « loi consensuelle » sur la fin de vie (donc loi nécessairement molle).  Le troisième sujet évoqué par le chef de l’Etat fait part de sa conversion très récente à l’environnement : «  L’année 2015 sera  une année essentielle pour la planète. » Faisant référence à la conférence qui doit se tenir à Paris à la fin de l’année 2015 sur le climat, le chef de l’Etat a exprimé le souhait que ce rendez-vous débouche sur la rédaction d’« une déclaration sur les droits de l’humanité pour préserver la planète ». Mais ce n’est qu’une idée dont il pense que, politiquement, cela ne lui coûtera rien car elle sera reprise internationalement à Paris en décembre lors du sommet sur le climat. L’échec prévisible ne sera donc pas le sien. Erreur funeste, toute action écologique demande des efforts conséquents.

 François Hollande n’aborde de façon frontale aucune des plaies du monde à venir : épuisement des ressources terrestres (qui impactera irrémédiablement l’économie), vieillissement de la population (dont la fin de vie n’est qu’un petit aspect), urgence écologique (qui oblige à une modification fondamentale de notre niveau de vie à l’occidentale). Ce François à courte vue envisage une « déclaration sur les droits de l’humanité pour préserver la planète». Baigné d’un anthropocentrisme rabougri, il n’a aucune conscience qu’il faudrait inverser les termes de la phrase, instaurer une déclaration des droits de la planète pour préserver l’humanité. E si on considère les discours de sa ministre de l’écologie Ségolène Royal ainsi que le vide conceptuel de la loi sur la transition énergétique en France (aucune option sur la limitation des besoins), on sait que la France n’aura rien à mettre sur la tablée internationale en décembre 2015.

François Hollande a oublié qu’il était un politique. Quand nous offrons nos vœux à nos proches, nous savons que cela n’aura aucune conséquence sur le destin individuel des personnes concernées. Mais cela leur fait sans doute plaisir. Quant à un président de la République, qui gère une puissance mondiale et devrait préparer activement la prochaine conférence sur le climat, nous avons besoin d’un autre genre d’homme que ce François-là. En d’autres termes, nous souhaiterions tout le pouvoir d’Etat pour Nicolas Hulot en 2017.

Il faut nous occuper d’autre chose que de nos fesses !

« La question éthique posée par les perturbateurs endocriniens (PE) tient à la quantité de risques que nous sommes prêts à prendre pour d’autres qui n’ont pas aujourd’hui la parole ». Cette phrase qui termine la chronique* de Stéphane Foucart est tellement judicieuse qu’elle mérite développement. Elle fait référence implicitement aux « acteurs absents », terme référencé** mais non encore utilisé dans les colonnes du MONDE.

Les PE, ce sont plusieurs centaines de substances de synthèse, présentes dans un grand nombre de produits d’usage courant et dans la chaîne alimentaire, qui interfèrent avec le système hormonal humain et peuvent, de ce fait, produire des effets délétères à des niveaux d’exposition chronique très faibles. En 2009, l’actuel secrétaire d’Etat américain, John Kerry, proposait une loi dont l’objectif était de prévenir l’exposition aux PE des enfants à naître et des nourrissons : sans succès ! Pourtant les effets majeurs des PE se jouent dans la période périnatale, et conditionnent la santé à venir des enfants exposés. Mais nous ne considérons que le présent et nos propres fesses. Il y a une énorme lacune dans notre capacité de réflexion.

Nous pensons sur ce blog qu’il n’y a de véritable démocratie consciente et réaliste que si nous ne parlons aussi au nom des acteurs absents, si nous agissons aussi en pensant à l’avenir de nos générations futures, en s’inquiétant aussi du sort des autres espèces que la nôtre. Voici un florilège de nos précédents articles mettant en scène les acteurs absents :

Les animaux ne peuvent ni parler, ni se révolter. Dommage !

Après Fukushima, quelle démocratie ?

Obsolescence de la démographie représentative

Une démocratie élargie aux acteurs absents

* LE MONDE du 4-5 mai 2014, Question d’éthique

** Acteur absent (tiers absent) : Acteur, au sens le plus large, qui ne peut prendre la parole lors d’une négociation, ou qui n’est pas invité à la table des négociations. EXEMPLE : milieu naturel, êtres vivants non humains, générations futures. (Dictionnaire du développement durable, AFNOR 2004)

L’écologie politique, victime des faits-divers médiatisés

La secrétaire nationale d’EELV est interrogée au Grand Rendez-vous*. Aucune question sur l’écologie, pourtant la spécificité d’Emmanuelle Cosse. Mais six questions (sur 8) à propos des alcôves de l’Elysée :

– Aujourd’hui, la vie personnelle du président de la République est étalée en détail. Faut-il s’y faire ou s’en plaindre ?

– Vous dites « je m’en fous ». pour vous, il n’y a aucun question publique dans une histoire privée au sommet de l’Etat ?

– Qui, pour vous, est la « première dame » aujourd’hui ?

– Est-ce qu’il faut un statut de la première dame ?

– Est-il légitime qu’elle ait un bureau et un cabinet ?

– Faut-il protéger davantage, par la loi, la vie privée ?

Cette façon de présenter l’écologie politique montre que LE MONDE est devenu un vulgaire tabloïd, un tout petit journal à scandales. Si on se réfère à la vidéo complète de ce « Grand Rendez-vous », il n’est pas anodin que la première question posée à Emmanuelle Cosse portait sur l’affaire Dieudonné. Les faits-divers toujours en première ligne. Le système capitaliste qui saborde la planète n’a plus besoin de se défendre, plus personne ne pense à le mettre en accusation ! Car le problème de fond de cette interview de la représentante du mouvement écologiste, c’est qu’Emmanuelle Cosse ne pense même pas à parler d’écologie, ne pense pas à affirmer que l’écologie, c’est une vision du long terme, pas un enlisement dans les faits divers…

* LE MONDE du 14 janvier 2014, Emmanuelle Cosse : la vie privée d’Hollande, « trois Français sur quatre s’en foutent »

(le Grand Rendez-vous Europe 1, LE MONDE, I-télé)

L’écologie politique, victime des faits-divers médiatisés

La secrétaire nationale d’EELV est interrogée au Grand Rendez-vous*. Aucune question sur l’écologie, pourtant la spécificité d’Emmanuelle Cosse. Mais six questions (sur 8) à propos des alcôves de l’Elysée :

– Aujourd’hui, la vie personnelle du président de la République est étalée en détail. Faut-il s’y faire ou s’en plaindre ?

– Vous dites « je m’en fous ». pour vous, il n’y a aucun question publique dans une histoire privée au sommet de l’Etat ?

– Qui, pour vous, est la « première dame » aujourd’hui ?

– Est-ce qu’il faut un statut de la première dame ?

– Est-il légitime qu’elle ait un bureau et un cabinet ?

– Faut-il protéger davantage, par la loi, la vie privée ?

Cette façon de présenter l’écologie politique montre que LE MONDE est devenu un vulgaire tabloïd, un tout petit journal à scandales. Si on se réfère à la vidéo complète de ce « Grand Rendez-vous », il n’est pas anodin que la première question posée à Emmanuelle Cosse portait sur l’affaire Dieudonné. Les faits-divers toujours en première ligne. Le système capitaliste qui saborde la planète n’a plus besoin de se défendre, plus personne ne pense à le mettre en accusation ! Car le problème de fond de cette interview de la représentante du mouvement écologiste, c’est qu’Emmanuelle Cosse ne pense même pas à parler d’écologie, ne pense pas à affirmer que l’écologie, c’est une vision du long terme, pas un enlisement dans les faits divers…

* LE MONDE du 14 janvier 2014, Emmanuelle Cosse : la vie privée d’Hollande, « trois Français sur quatre s’en foutent »

(le Grand Rendez-vous Europe 1, LE MONDE, I-télé)

Techniques enchâssées contre techniques « branchées »

Dans une société vernaculaire, la technique est « enchâssée » dans les relations sociales, elle est sous contrôle social. La technique agricole ou artisanale utilisée par une société vernaculaire  n’est pas une technique visant à maximiser la productivité. En effet, ce type de société met en place la technique la mieux adaptée pour atteindre le maintien de son homéostasie (équilibre dynamique) et par-là celle de l’écosphère elle-même. La technique de l’homme traditionnel n’était donc pas destinée à transformer ou maîtriser l’environnement, mais plutôt à lui permettre d’y vivre. Il s’ensuit que la technique utilisée par une société lui est propre, elle est partie intégrante de son héritage culturel et le « transfert de technologie » y est très peu répandu. Quand les Portugais ont introduit le mousquet dans le Japon du XVIe siècle, son emploi fut désavoué et il fallut attendre longtemps avant qu’il soit autorisé à remplacer les armes traditionnelles. Son efficacité en tant qu’instrument de guerre n’était pas mise en doute. Mais il ne  correspondait pas à la tradition culturelle japonaise, pour laquelle l’utilisation d’un engin permettant à un gamin de tuer un samouraï chevronné était tout à fait inadmissible. (…)

C’est notamment parce que la société vernaculaire a adapté son mode de vie à son environnement qu’elle est durable, et c’est parce que la société industrielle moderne s’est au contraire efforcée d’adapter son environnement à son mode de vie qu’elle ne peut espérer survivre. Wolfgang Sachs1 met en relief les conséquences sociales d’un appareil apparemment aussi anodin que le mixer électrique : « Il extrait les jus de fruits en moins de temps qu’il ne faut pour le dire. Quelle merveille ! A première vue. Il suffit de jeter un coup d’œil sur la prise et le fil pour s’apercevoir qu’on est en face du terminal domestique d’un système national et, en fait, mondial. L’électricité arrive par un réseau de lignes alimenté par les centrales qui dépendent à leur tour de barrages, de plates-formes off-shore ou de derricks installés dans de lointains déserts. L’ensemble de la chaîne ne garantit un approvisionnement adéquat et rapide que si chacun des maillons est encadré par des bataillons d’ingénieurs, de gestionnaires et d’experts financiers, eux-mêmes reliés aux administrations et à des secteurs entiers de l’industrie (quand ce n’est pas à l’armée).  En mettant le mixer en marche, on n’utilise pas simplement un outil, on se branche sur tout un réseau de systèmes interdépendants. Le passage de techniques simples à l’équipement moderne implique la réorganisation de la société tout entière. » (…)

Notre incapacité à maîtriser l’intrusion de technologies de plus en plus périlleuses dans les fonctionnements de l’écosphère fait peser une menace croissante sur notre survie. Il est urgent de soumettre de nouveau les sciences et les techniques à un contrôle social, de les réenchâsser dans les rapports sociaux. A ceux qui pourraient craindre que cela compromette notre capacité de résoudre les problèmes sociaux et écologiques réels, rappelons que la technologie, malgré la multitude de ses usages, est incapable de résoudre les problèmes sociaux et écologiques auxquels nous sommes aujourd’hui confrontés. La dislocation des systèmes naturels est à l’origine de la crise actuelle, et aucune technologie n’est capable de rétablir leur fonctionnement normal. Aucune ne peut recréer, par exemple, une forêt tropicale, aucun artifice ne peut reconstituer une famille ou une communauté disloquée. Le mieux que nos techniciens puissent faire, c’est mettre au point des techniques moins destructrices, dont l’impact sur l’environnement soit beaucoup plus bénin, et recréer les conditions dans lesquelles la nature pourra œuvrer.

(extraits de Teddy Goldsmith, dossier de l’Ecologiste n° 5 (automne 2001), Sciences et techniques, les raisons de la contestation.)

1. Wolfgang Sachs, Six essays on the archaeology of development

François Hollande, des toiles d’araignée dans le cerveau

François Hollande et Jean-Marc Ayrault ont des toiles d’araignée dans le cerveau. C’est quelqu’un qui les connaît bien qui le dit, le député Yves Cochet. Ce spécialiste de l’apocalypse pétrolière nous donne sur mediapart une analyse extrêmement précise que tout gouvernement devrait connaître, sauf s’il a des toiles d’araignées à la place du cerveau :

« Le débat national sur la transition énergétique s’achève sans que certaines questions fondamentales aient été résolues ni même évoquées. Je pense à trois paramètres d’apparence technique : l’énergie nette, le Peak Oil, le découplage. De quoi s’agit-il et comment expliquer l’ignorance ou la dissimulation de ces questions très politiques au cours des centaines d’heures de discussion au sein des groupes de travail et du Conseil national du débat sur la transition énergétique depuis six mois ?

L’énergie nette – ou ce que les anglophones appellent Energy Return on Energy Invested (ERoEI) – d’une filière est la quantité d’énergie finalement utilisable une fois retranchée l’énergie nécessaire à la produire et à la rendre disponible. Par exemple, pour injecter quinze litre de SP95 dans le réservoir d’une automobile, combien faut-il de litre-équivalents en amont, depuis l’extraction du pétrole brut jusqu’à la fourniture d’essence à la station-service, en passant par le transport et le raffinage de l’or noir initial ? Aujourd’hui, en moyenne, un litre. Il y a cinquante ans, vingt centilitres auraient suffi. En effet, à cette époque, les champs pétroliers étaient plus facilement opérables, le brut de meilleure qualité, et la chaîne d’approvisionnement moins dispendieuse. Dans toutes les filières, on observe ainsi une baisse tendancielle de l’énergie nette au cours du temps. Jusqu’au point où certaines d’entre elles n’exhibent plus ou pas d’énergie nette et deviennent alors des “ puits d’énergie ” inutilisables. Telles sont souvent les filières des biocarburants qui, pourtant, sont doublement subventionnées par la France et par l’Union européenne, sous la pression des lobbies céréaliers et betteraviers. Quelle déraison ! Bref, la notion d’énergie nette est un outil des plus pertinents pour comparer les filières énergétiques et considérer leurs évolutions. Alors qu’il apparaît indispensable dans toute panoplie de politique énergétique, cet outil est totalement absent des centaines de pages du débat sur la transition énergétique.

Le Peak Oil, ou pic de production pétrolière mondiale. Certains experts nient les faits, d’autres estiment que le pic de production de pétrole conventionnel est déjà passé depuis sept ans, et que la légère hausse de la production mondiale est due aux huiles non-conventionnelles (sables bitumineux de l’Alberta, huiles extra-lourdes de l’Orénoque, pétroles off-shore profonds…). S’y ajoutent récemment les “ huiles de schiste ” étasunienness (Dakota du nord, Texas) dont on peut pourtant anticiper la décrue prochaine pour cause de non-rentabilité économique et de dévastation environnementale. En outre, certaines institutions observatrices du monde pétrolier incluent abusivement, dans cette addition, les biocarburants, qui ne sont pas des hydrocarbures. Les plus avisées des estimations concernant le passage du pic de production mondial, tous liquides confondus, évoquent les années 2015-2018, suivies d’un déclin continu de l’ordre de 5% par an. Ainsi, dans un rapport récent financé par le Parlement européen, on peut lire : « La probabilité est très forte de voir l’offre pétrolière se réduire avant 2020 » ; puis « l’Europe est très vulnérable à un choc énergétique ». En mars 2013, l’Energy Watch Group, formé d’universitaires allemands, décrit le Peak Oil et la déplétion consécutive en ces termes : « La production mondiale totale d’énergie fossile est proche de son pic. Le déclin imminent de l’offre pétrolière créera un écart grandissant avec la demande que les autres combustibles fossiles (charbon, gaz) seront incapables de compenser ». L’armée américaine et certaines compagnies de réassurance, qui ne sont pas connues pour leur humour ou leur militantisme décroissantiste, ont récemment publié des études alarmistes sur les conséquences politiques d’un Peak Oil proche.

Enfin, on emploie le terme “ découplage ” pour indiquer la possibilité d’une croissance du PIB sans croissance de la consommation d’énergie. Cependant, en moyenne depuis 1970, chaque augmentation de 1% du PIB mondial a été accompagnée d’une augmentation de 0,6% de la consommation d’énergie primaire. Autrement dit, malgré les progrès techniques et l’amélioration de l’efficacité énergétique, il y a une corrélation positive entre activité économique et énergie depuis quarante-trois ans. Or, dans tous les scénarios examinés lors du débat sur la transition énergétique, le contraire est affirmé pour les trente-sept ans à venir. Il est ainsi écrit que, à l’horizon 2050, la France réussira le tour de force inédit dans l’histoire de diviser par deux sa consommation d’énergie tout en multipliant par deux son activité économique. Consommation d’énergie -50%, PIB +100% ! Je suis disposé à écouter longuement tout économiste, politicien ou autre expert, susceptible de me démontrer la plausibilité de ce scénario. Plus sérieusement, je crains que cette dernière fantaisie, ajoutée aux précédents oubli de l’énergie nette et sous-estimation du pic, ne discrédite complètement la transition énergétique et le prochain projet de loi afférent.

Ignorance ou dissimulation de ces trois paramètres nécessaires à la compréhension du monde énergétique et, au-delà, à l’analyse de la catastrophe multiforme de laquelle s’approche la planète ? Dans les deux cas, hélas, le volontarisme politique féliciste du gouvernement se heurtera à l’inévitable réalité des lois de la thermodynamique. »

http://blogs.mediapart.fr/edition/les-invites-de-mediapart/article/100713/transition-ou-illusion-energetique

L’écologie profonde versus l’écologie superficielle

Ce post est réservé uniquement aux commentaires de Coq (au vin) et à nos propres réponses ; nous voulons en effet vérifier si un dialogue sincère entre deux parties complètement opposées peut quand même déboucher sur un consensus.

Voici le début de l’échange déjà passé sur ce blog. Le premier commentaire est confié à Coq à qui la parole est maintenant donnée.

Biosphere @ Coq : Vous faites une comparaison intéressante entre l’écologie profonde que vous considérez comme un extrémisme et « l’écologie environnementaliste non extrémiste comme idée de centre droit ». Ecologie profonde contre écologie superficielle, là est l’essentiel.

La notion d’écologie profonde, introduite par le philosophe norvégien Arne Naess au début des années 1970, permet en effet de se différencier d’une écologie superficielle, du type capitalisme vert ou croissance verte, sans oublier toutes les formes de greenwashing. C’est cette forme d’écologisme « non extrémiste », qui permet de continuer le « business as usual », qui constitue en fait un véritable extrémisme puisque cela nous amène à surexploiter la planète en toute bonne conscience. C’est une position politique conservatrice radicale (que certains appellent ultralibérale) qui a abouti à la religion de la croissance et qui nie le fait que tous les indicateurs sont passés au rouge, que ce soit au niveau financier, social ou écologique.

Coq @ Biosphere :

Vous dites : « Ecologie profonde contre écologie superficielle, là est l’essentiel. »

Oui, effectivement. C’est le choix a faire. Mais je récuse le terme « superficiel » qui est un jugement de valeur. L’écologie que vous prônez est une politique de rupture, a tout point de vue. Une politique révolutionnaire, au sens strict. Je n’en veux pas (vous l’aurez remarque), et je ne crois pas une seconde, contrairement a vous, à ces indicateurs qui seraient au rouge et que la situation rende un jour votre vision inévitable. Je lui préfère une écologie d’accompagnement, environnementaliste.

Biosphere @ Coq :

Prenons votre phrase : « Je ne crois pas une seconde à ces indicateurs qui seraient au rouge »

Pour nous, biosphere, il ne s’agit pas de croyance, mais de faits avérés, par exemple : l’endettement colossal des Etats les plus riches, ce qui est déjà un véritable paradoxe. La crise des subprimes qui démontre que la classe globale (qui se permet d’avoir un véhicule individuel) vit à crédit. La chômage structurel et massif qui s’est installé dans les pays pauvres comme dans les pays riches. Le réchauffement climatique qui va faire ses effets sur la longue durée. Le pic pétrolier déjà dépassé qui nous fait envisager un choc pétrolier à plus ou moins court terme. La perte de biodiversité qui commence à être bien documentée. Etc, etc. Nous aimerions vous voir plus souvent étayer vos propos et non vous en tenir à une simple « croyance ». Vous êtes scientifique, quelles sont vos preuves ?

Quant à l’écologie « superficielle », c’est le terme même utilisé par le philosophe Arne Naess pour justifier son choix de fonder l’écologie « profonde ». Il n’y a donc pas moyen de « récuser » ce terme. La distinction faite par Naess entre profond et superficiel est politique et porte principalement sur la différence que crée le fait d’accepter ou non de changer nos modes de vie comme notre manière de pensée. Naess a proposé cette distinction en pensant déjà aux récupérations dont l’écologie serait de plus en plus l’objet dans le futur. De ce point de vue, notre travail de blogueur peut être considéré comme une version actualisée de la deep ecology.

Coq @ Biosphere :

Vous dites : « il ne s’agit pas de croyance, mais de faits avérés »

Je comprends bien, mais le choix et la prioritisation des faits est subjective. Les faits qui montrent que l’apocalypse que vous espérez/prédisez n’est pas pour demain : l’espérance de vie a double depuis la révolution industrielle ; la science et la technique permettent à la Chine et à l’Inde de se nourrir et de se développer ; les prophètes de malheurs, depuis Marx jusqu’a Malthus, se sont tous trompés dans leurs prédictions ; l’Homme va sur la lune; l’Homme comprend et maîtrise l’atome; l’Homme comprend et maîtrise la cellule ; la science nous libère de la superstition ; la culture et l’économie de clocher, sources de toutes les guerres, disparaissent enfin ; le modèle libéral économique et social se développe et nous éloigne de la voie de la servitude (Hayek), etc etc etc…

Biosphere @ Coq

à propos de votre accumulation de certitudes, notre réponse : Le classement des faits dépend à la fois des a priori du sujet et d’une réalité objective. Les progrès d’espérance de vie se sont fait au prix d’une débauche non durable de ressources fossiles, ce n’est pas une victoire pérenne. De même pour la Chine (en surchauffe économique) et l’Inde (échec de la révolution verte). On va sur la lune, mais on dégrade la planète terre : où est l’avantage ? La connaissance scientifique progresse, les relations sociales régressent. Les conflits militaires n’ont jamais cessé. Et le relatif succès du libéralisme économique ne repose que sur l’endettement généralisé et le pillage des ressources naturelles. Enfin toutes les analyses du rapport population/alimentation montrent le déséquilibre que craignait Malthus. : 1 milliard de personnes ont faim.

La bataille de Notre-Dame-des-Landes préfigure une guerre

Il y a d’un côté ce qui croient encore à la toute puissance des humains, de l’autre ceux qui ont conscience des limites de la planète. D’un côté les autorités locales ou nationales, de l’autre quelques militants de l’écologie. D’un côté les tenants du système thermo-industriel qui croient encore que l’abondance énergétique est devant nous. De l’autre les écologistes qui commencent  à diffuser leurs idées. D’un côté le PS et l’UMP, habituellement opposés, qui se retrouvent dans ce projet. De l’autre EELV et le MoDem qui sont contre. Les uns ont la police et même l’armée à leur service, de l’autre il n’y a que la légitimité de l’action et la force de la non-violence. La bataille de Notre-Dame-des-Landes est symbolique de ce rapport de force contre les armes de la vérité à venir. En cela il préfigure tous les combats qui vont être mené contre la démesure de notre société.

La commission du dialogue* vient d’estimer que le projet d’aéroport était « justifié ». Il est vrai que le gouvernement de Jean-Marc Ayrault avait exclu que cette commission puisse retoquer le projet. Sans surprise, Ayrault a réaffirmé « son attachement à poursuivre la conduite de ce projet ». La commission parie sur le risque de saturation de l’actuel aéroport de Nantes-Atlantique à l’horizon 2018-2020… sans tenir compte de l’évolution probable du prix du kérosène d’ici à 2050. On prévoit quatre millions de passagers  en 2020 et neuf millions en 2050… Foutaises ! On dirait vraiment que le gouvernement socialiste ne sait pas qu’il a engagé publiquement un débat sur la « transition énergétique » dans le long terme. La Coordination des associations opposées au projet d’aéroport (Acipa) estime que les prévisions ne prennent pas en compte la crise du pétrole et l’avenir incertain du transport aérien. Ayrault a oublié que la création de cet aéroport avait été proposée en 1963, mais que le projet avait déjà été suspendu par la crise pétrolière des années 1970. Or aujourd’hui, nous savons officiellement (l’AIE) que le pic pétrolier est dépassé, le pétrole va se faire de plus en plus rare et cher. L’aéroport s’accompagne en outre de la construction de quelque 110 hectares de parking dédiés aux voitures… alors que le mot d’ordre va être bientôt au dévoiturage, abandon de la voiture individuelle en période de pénurie de carburant. Etonnant aussi que le gouvernement fasse l’impasse sur le réchauffement climatique alors qu’il s’engage par ailleurs à diminuer les émissions de gaz à effet de serre.

Deux autres commissions viennent de rendre leur préconisation : la mission agricole, chargée d’évaluer les pertes et compensations en terres agricoles liées au projet, et la commission d’évaluation scientifique du système de compensations environnementales. Elles ont aussi émis des critiques au dossier de futur aéroport. Les experts scientifiques remettent en question la validité du calcul de compensation des zones humides. Au lieu de remplacer un hectare de zone humide par deux hectares, dite méthode de « compensation surfacique », il était proposé d’étudier les services rendus en termes de biodiversité, de botanique, d’hydrologie, etc. sur une surface donnée et de chercher à les remplacer sur une surface qui pourrait être plus réduite. Les experts ont remis en question cette méthode dite de « compensation fonctionnelle ». S’agissant des agriculteurs, la commission a alerté sur la perte de terres agricoles qui s’accompagne de « l’incidence de la compensation environnementale sur l’agriculture ». L’ayraul-port prévoit la destruction de 1 640 hectares de terres bocagères à l’écosystème très riche et la perte d’une centaine d’emplois agricoles directs.

Si vous le pouvez, rejoignez les militants qui agissent avec l’Acipa contre le mégaprojet NDDL.

* Le Monde.fr avec AFP | 09.04.2013, Notre-Dame-des-Landes : un projet « justifié », des aménagements nécessaires

La bataille de Notre-Dame-des-Landes préfigure une guerre

Il y a d’un côté ce qui croient encore à la toute puissance des humains, de l’autre ceux qui ont conscience des limites de la planète. D’un côté les autorités locales ou nationales, de l’autre quelques militants de l’écologie. D’un côté les tenants du système thermo-industriel qui croient encore que l’abondance énergétique est devant nous. De l’autre les écologistes qui commencent  à diffuser leurs idées. D’un côté le PS et l’UMP, habituellement opposés, qui se retrouvent dans ce projet. De l’autre EELV et le MoDem qui sont contre. Les uns ont la police et même l’armée à leur service, de l’autre il n’y a que la légitimité de l’action et la force de la non-violence. La bataille de Notre-Dame-des-Landes est symbolique de ce rapport de force contre les armes de la vérité à venir. En cela il préfigure tous les combats qui vont être mené contre la démesure de notre société.

La commission du dialogue* vient d’estimer que le projet d’aéroport était « justifié ». Il est vrai que le gouvernement de Jean-Marc Ayrault avait exclu que cette commission puisse retoquer le projet. Sans surprise, Ayrault a réaffirmé « son attachement à poursuivre la conduite de ce projet ». La commission parie sur le risque de saturation de l’actuel aéroport de Nantes-Atlantique à l’horizon 2018-2020… sans tenir compte de l’évolution probable du prix du kérosène d’ici à 2050. On prévoit quatre millions de passagers  en 2020 et neuf millions en 2050… Foutaises ! On dirait vraiment que le gouvernement socialiste ne sait pas qu’il a engagé publiquement un débat sur la « transition énergétique » dans le long terme. La Coordination des associations opposées au projet d’aéroport (Acipa) estime que les prévisions ne prennent pas en compte la crise du pétrole et l’avenir incertain du transport aérien. Ayrault a oublié que la création de cet aéroport avait été proposée en 1963, mais que le projet avait déjà été suspendu par la crise pétrolière des années 1970. Or aujourd’hui, nous savons officiellement (l’AIE) que le pic pétrolier est dépassé, le pétrole va se faire de plus en plus rare et cher. L’aéroport s’accompagne en outre de la construction de quelque 110 hectares de parking dédiés aux voitures… alors que le mot d’ordre va être bientôt au dévoiturage, abandon de la voiture individuelle en période de pénurie de carburant. Etonnant aussi que le gouvernement fasse l’impasse sur le réchauffement climatique alors qu’il s’engage par ailleurs à diminuer les émissions de gaz à effet de serre.

Deux autres commissions viennent de rendre leur préconisation : la mission agricole, chargée d’évaluer les pertes et compensations en terres agricoles liées au projet, et la commission d’évaluation scientifique du système de compensations environnementales. Elles ont aussi émis des critiques au dossier de futur aéroport. Les experts scientifiques remettent en question la validité du calcul de compensation des zones humides. Au lieu de remplacer un hectare de zone humide par deux hectares, dite méthode de « compensation surfacique », il était proposé d’étudier les services rendus en termes de biodiversité, de botanique, d’hydrologie, etc. sur une surface donnée et de chercher à les remplacer sur une surface qui pourrait être plus réduite. Les experts ont remis en question cette méthode dite de « compensation fonctionnelle ». S’agissant des agriculteurs, la commission a alerté sur la perte de terres agricoles qui s’accompagne de « l’incidence de la compensation environnementale sur l’agriculture ». L’ayraul-port prévoit la destruction de 1 640 hectares de terres bocagères à l’écosystème très riche et la perte d’une centaine d’emplois agricoles directs.

Si vous le pouvez, rejoignez les militants qui agissent avec l’Acipa contre le mégaprojet NDDL.

* Le Monde.fr avec AFP | 09.04.2013, Notre-Dame-des-Landes : un projet « justifié », des aménagements nécessaires

Oil Man : l’information Total qu’il ne fallait pas louper

La production de pétrole du groupe Total décline pour la 8ème année ! Les extractions de pétrole de Total se sont établies à 1,22 million de barils par jour (Mb/j) en 2012, en recul de 0,5 % par rapport à 2011. Le recul est de 19,2 % par rapport à 2007 et de 28 % par rapport à 2004, date du début de la baisse de la production du groupe. Le nombre de puits de pétrole exploités à part entière par Total a pourtant été accru de 40 % entre 2007 et 2011, essentiellement à travers des acquisitions. L’ensemble des puits dans lesquels la firme possède un quelconque intérêt a été multiplié par 2,5, tandis que les dépenses consacrées à la production et à l’exploration étaient multipliées par… 2,5 (de 12 à 30 milliards de dollars) ! Lorsque l’on plante beaucoup plus d’arbres et que, malgré cela, les récoltes continuent de décroître, c’est d’ordinaire le signe que la terre n’est plus aussi généreuse qu’avant. Alors que le verger du groupe Total est mondial… Sur chacun des cinq continents, le pétrolier français est implanté dans de nombreux pays qui s’apprêtent à connaître ou qui connaissent déjà un déclin structurel.

Ce recul paraît confirmer une tendance que connaissent également les principaux concurrents de Total depuis le milieu des années 2000. Baisse de la production globale en dépit d’efforts d’investissements sans cesse plus gigantesques : les symptômes de la maladie qui semble atteindre le groupe Total touchent également ses principaux concurrents, à commencer par le premier d’entre eux, Exxon. Les « majors » font toutes face à un déclin de leurs extractions de brut amorcé entre 2007 pour BP et avant l’an 2000 pour Chevron.

Pour en savoir plus, le blog de Matthieu Auzanneau

Soutenez ce journaliste indépendant qui sait toujours aller à l’essentiel.

Allez sur son blog… et plus si affinités.

Pic pétrolier : l’alerte ignorée d’un expert du FMI

Michael Kumhof est co-responsable de la modélisation au sein du Fonds monétaire international (FMI). Son inquiétude concernant un déclin prochain de la production mondiale de pétrole ne trouve aucun écho dans la ligne politique du FMI.Il est interrogé par Matthieu Auzanneau*. En résumé :

Pourquoi vous êtes-vous penché sur la question du pic pétrolier ?

Michael Kumhof – Lorsque j’observe l’économie mondiale, je sais que les implications d’un déclin pétrolier seraient si graves qu’en tant que chercheur, je ne peux qu’examiner ce problème avec le plus grand sérieux.

Combien de temps avons-nous encore avant que le déclin commence ?

Si vous regardez seulement le pétrole brut [qui constitue environ 80 % de la production de carburant liquide], alors on pourrait dire que nous avons déjà atteint la production historique maximale. Au FMI, dans notre dernière étude, nous avons seulement simulé ce qu’il pourrait se passer lorsque le déclin s’amorcera, quelle que soit la date du pic.

Pouvez-vous décrire le degré de gravité des conséquences d’un déclin de la production mondiale de pétrole ?

Dans notre simulation, avec un déclin de 2 % par an des extractions, le prix du brut grimperait énormément, de presque 800 % au bout de 20 ans ! Je ne suis pas sûr que l’économie mondiale serait capable de faire face à quelque chose comme ça. Une fois que les prix du baril dépassent un certain niveau, l’impact sur le PIB pourrait être beaucoup plus grand.

Que voulez-vous dire ?

L’effet des prix du pétrole sur le PIB peut être non-linéaire. Cela signifie qu’au-delà de, mettons, 200 dollars le baril, beaucoup de secteurs pourraient être incapables de faire face. On peut penser aux transports : le fret routier, les compagnies aériennes et toute l’industrie automobile souffriraient très gravement d’un prix aussi élevé. Et puis il y aurait un effet domino sur d’autres secteurs de l’économie.

Notre modèle envisage une adaptation relativement douce, dans laquelle les industries parviennent à ré-allouer leurs investissements en direction d’autres sources d’énergie. Il n’est pas évident à mes yeux qu’il s’agit là d’un scénario correct. Avec [la simulation d’]un prix du baril supérieur à 200 dollars, on entre dans un monde inconnu.

Vous insistez sur le fait que la production de brut n’augmente quasiment plus depuis maintenant sept ans, et ce malgré l’envolée des cours du brut. 

Dans notre étude parue en mai, intitulée « L’avenir du pétrole : géologie contre technologie« , nous montrons que, même si la croissance économique réclamait une croissance de la production pétrolière d’environ 0,8 % par an (ce qui correspond à ce que l’Agence internationale de l’énergie a annoncé), les prix du brut devraient dans ce cas augmenter terriblement, de presque 100 % d’ici à la fin de la décennie ! La géologie commence indubitablement à limiter notre capacité à accroître la production.

Vous avez développé ce que vous appelez un « scénario de frontière entropique ». L’entropie n’est pas un concept économique, et l’on ne s’attend pas à le croiser dans une étude du FMI…

Non, malheureusement, ce n’est toujours pas un concept économique. Le concept d’entropie vient de la physique et de la thermodynamique. En gros, ce concept dit que tout système fait face à une dissipation de son énergie, allant d’un état concentré à un état diffus, c’est-à-dire techniquement inutilisable. Bien des structures que nous utilisons ont été construites en ayant recours à des quantités énormes d’énergie concentrée, principalement sous forme de carburants fossiles. Si vous ne touchez pas à ces structures, si vous n’ajoutez pas constamment de l’énergie au système, alors au bout de quelques décennies, ces structures s’effondreront.

Les économistes ont négligé l’entropie, je pense que c’est une erreur. Il y a eu une analyse publiée en 1971 [pdf] par Nicholas Georgescu-Roegen.

Que diriez-vous du degré de prise de conscience du FMI à propos du pic pétrolier ?

Nous autres chercheurs ne produisons pas la ligne politique officielle du FMI. Nous avons présenté nos travaux en interne, mais uniquement au sein du département de recherche. Pour ma part, lorsque je regarde les faits, je ne peux tout bonnement plus écarter la perspective géologique [la perspective d’une limite absolue des capacités d’extraction mondiales]. Ecarter cette perspective serait hautement anti-scientifique, et même irresponsable.

* Matthieu Auzanneau

NB : Matthieu Auzanneau est journaliste indépendant. Si vous souhaitez soutenir financièrement son travail, cliquez ICI

Pic pétrolier : l’alerte ignorée d’un expert du FMI

Michael Kumhof est co-responsable de la modélisation au sein du Fonds monétaire international (FMI). Son inquiétude concernant un déclin prochain de la production mondiale de pétrole ne trouve aucun écho dans la ligne politique du FMI.Il est interrogé par Matthieu Auzanneau*. En résumé :

Pourquoi vous êtes-vous penché sur la question du pic pétrolier ?

Michael Kumhof – Lorsque j’observe l’économie mondiale, je sais que les implications d’un déclin pétrolier seraient si graves qu’en tant que chercheur, je ne peux qu’examiner ce problème avec le plus grand sérieux.

Combien de temps avons-nous encore avant que le déclin commence ?

Si vous regardez seulement le pétrole brut [qui constitue environ 80 % de la production de carburant liquide], alors on pourrait dire que nous avons déjà atteint la production historique maximale. Au FMI, dans notre dernière étude, nous avons seulement simulé ce qu’il pourrait se passer lorsque le déclin s’amorcera, quelle que soit la date du pic.

Pouvez-vous décrire le degré de gravité des conséquences d’un déclin de la production mondiale de pétrole ?

Dans notre simulation, avec un déclin de 2 % par an des extractions, le prix du brut grimperait énormément, de presque 800 % au bout de 20 ans ! Je ne suis pas sûr que l’économie mondiale serait capable de faire face à quelque chose comme ça. Une fois que les prix du baril dépassent un certain niveau, l’impact sur le PIB pourrait être beaucoup plus grand.

Que voulez-vous dire ?

L’effet des prix du pétrole sur le PIB peut être non-linéaire. Cela signifie qu’au-delà de, mettons, 200 dollars le baril, beaucoup de secteurs pourraient être incapables de faire face. On peut penser aux transports : le fret routier, les compagnies aériennes et toute l’industrie automobile souffriraient très gravement d’un prix aussi élevé. Et puis il y aurait un effet domino sur d’autres secteurs de l’économie.

Notre modèle envisage une adaptation relativement douce, dans laquelle les industries parviennent à ré-allouer leurs investissements en direction d’autres sources d’énergie. Il n’est pas évident à mes yeux qu’il s’agit là d’un scénario correct. Avec [la simulation d’]un prix du baril supérieur à 200 dollars, on entre dans un monde inconnu.

Vous insistez sur le fait que la production de brut n’augmente quasiment plus depuis maintenant sept ans, et ce malgré l’envolée des cours du brut. 

Dans notre étude parue en mai, intitulée « L’avenir du pétrole : géologie contre technologie« , nous montrons que, même si la croissance économique réclamait une croissance de la production pétrolière d’environ 0,8 % par an (ce qui correspond à ce que l’Agence internationale de l’énergie a annoncé), les prix du brut devraient dans ce cas augmenter terriblement, de presque 100 % d’ici à la fin de la décennie ! La géologie commence indubitablement à limiter notre capacité à accroître la production.

Vous avez développé ce que vous appelez un « scénario de frontière entropique ». L’entropie n’est pas un concept économique, et l’on ne s’attend pas à le croiser dans une étude du FMI…

Non, malheureusement, ce n’est toujours pas un concept économique. Le concept d’entropie vient de la physique et de la thermodynamique. En gros, ce concept dit que tout système fait face à une dissipation de son énergie, allant d’un état concentré à un état diffus, c’est-à-dire techniquement inutilisable. Bien des structures que nous utilisons ont été construites en ayant recours à des quantités énormes d’énergie concentrée, principalement sous forme de carburants fossiles. Si vous ne touchez pas à ces structures, si vous n’ajoutez pas constamment de l’énergie au système, alors au bout de quelques décennies, ces structures s’effondreront.

Les économistes ont négligé l’entropie, je pense que c’est une erreur. Il y a eu une analyse publiée en 1971 [pdf] par Nicholas Georgescu-Roegen.

Que diriez-vous du degré de prise de conscience du FMI à propos du pic pétrolier ?

Nous autres chercheurs ne produisons pas la ligne politique officielle du FMI. Nous avons présenté nos travaux en interne, mais uniquement au sein du département de recherche. Pour ma part, lorsque je regarde les faits, je ne peux tout bonnement plus écarter la perspective géologique [la perspective d’une limite absolue des capacités d’extraction mondiales]. Ecarter cette perspective serait hautement anti-scientifique, et même irresponsable.

* Matthieu Auzanneau

NB : Matthieu Auzanneau est journaliste indépendant. Si vous souhaitez soutenir financièrement son travail, cliquez ICI

EELV et le mouvement associatif

D’un côté un parti écolo qui ne compte que 18 000 adhérents1. De l’autre des ONG puissantes, comme Greenpeace France (165 000 adhérents) ou WWF France (160 000 adhérents) qui n’ont guère de rapports avec la direction du mouvement, et vice versa2. Il semblerait pourtant logique que les membres d’EELV soient dans une symbiose avec les associations environnementalistes. Ce genre d’obligation est inscrite dans les statuts du PS3. Pourquoi pas le même type d’obligation à EELV ?

Il nous faut créer un sentiment d’appartenance au peuple écolo4. L’écologie est pour l’instant un sentiment diffus dans la population, elle est très peu représentée institutionnellement.  Ce n’est pas le cas des mouvements qui ont accompagné la lutte de classes, les mutuelles, les coopératives ouvrières, les caisses de grève, le mouvement d’éducation populaire… Or l’histoire du XXIe siècle ne va plus être centrée sur le travail (le prolétariat) et le capital technique (les capitalistes), mais sur le facteur nature. L’écologie politique ou art de bien gérer notre maison commune (la planète) va rassembler normalement au-delà des sensibilités partisanes. Car tout le monde est concerné par la pérennité des rapport entre l’homme et la nature. Encore faut-il en prendre conscience5. Si les militants EELV montraient leur affinité avec les associations environnementales, nous serions sur la voie de la constitution du peuple écolo.

Certains pourraient penser qu’une adhésion du militant écolo à n’importe quelle association ferait l’affaire (Syndicats, Parents d’élèves, Aide à la personne…). Cela serait valable si nous étions militant socialo. Nous, nous devons montrer que l’écologie est au fondement de toute chose, sociales ou économiques6. Nos associations de référence sont aussi bien les AMAP que les MAB, FNE ou WWF, Greenpeace ou les faucheurs d’OGM, les SELS ou même le mouvement NIMBY, etc.

Nous sommes bien un parti politique généraliste. Mais nous ne sommes pas un parti socialiste. Le socialisme s’est historiquement appuyé sur les syndicats et réciproquement, C’était dans leur objectif de changement du rapport de force économique.  Mais le socialisme connaît le même échec que le  capitalisme7. EELV doit s’appuyer sur ce qui dans la société civile permet d’instaurer un autre rapport entre l’homme et la nature : les associations environnementalistes.

N’oublions pas que si ces association découlent des inquiétudes de l’écologie scientifique, l’écologie politique découle de l’action associative8. Ce sont des associations9 qui ont motivé et soutenu la candidature de René Dumont aux présidentielles de 1974. Savoir aujourd’hui à quelle association adhérer pour soutenir notre combat politique relève d’une analyse des statuts de cette association10.

Précisions :

1. En 2008 on dénombrait environ 2000 élus pour quelque 6000 adhérents. Après le succès d’Europe Ecologie  aux élections européennes de 2009, leur nombre est évalués à 20 000. Lors de la primaire d’Europe Ecologie-Les Verts lundi 6 juin 2011, il y avait plus de 30 000 votants. EELV compterait 35 357 membres dont 16 452 adhérents au parti et 18 905 coopérateurs.

2. LE MONDE du 31 décembre 2011.

3. Les membres du Parti doivent appartenir à une organisation syndicale de leur profession et au moins à une association, notamment de défense des droits de l’homme, de solidarité, de consommateurs, d’éducation populaire, de parents d’élèves ou d’animateurs de la vie locale. (statuts du Parti socialiste – titre 2, les militants – Article 2.2 : obligations syndicales et associatives des adhérents)

4. « L’enjeu est dorénavant de construire un parti réseau, un parti social multiforme. Coopérative, ou mouvement, réseaux ou cercles, l’important est moins dans l’appellation que dans la capacité à créer une forme d’appartenance commune à ce qu’on pourrait appeler un « peuple écolo » : une identité sociale qui serait devenue légitime et revendiquée. » (Des écologistes en politique d’Erwan Lecoeur)

5. L’antagonisme entre patrons et travailleurs n’est pas une évidence. Un travailleur peut trouver tout à fait normal qu’il y ait des patrons tout puissants et très bien payés. Karl Marx faisait la distinction entre la classe en soi (existence de l’exploitation de l’homme par l’homme sans en avoir conscience) et la classe pour soi (qui entraîne un engagement politique).

6. « Si demain nous n’avions plus de pétrole, ni gaz, ni charbon, ce n’est pas 4 % du PIB que nous perdrions (la place de l’énergie dans le PIB), mais près de 99 %. Rappelons qu’il ne saurait y avoir d’humanité prospère et le moindre PIB bien gras et bien dodu sur une planète dévastée. Quiconque réalise ce que signifie, pour le mode de vie occidental, de limiter la hausse de la moyenne des températures à 2°C comprend que ça ne va pas être simple d’y arriver. Une grande partie des évolutions économiques et sociales vont s’inverser. Le prix de la biosphère est infini ; sans elle, l’espèce humaine deviendrait immédiatement un vestige du passé. » (Changer le monde, tout un programme de Jean-Marc Jancovici)

7. « (p.42) : Avec qui engager des partenariats ? (p.44) : Marqués comme la droite au fer rouge du productivisme, fasciné par ses fétiches et ses aditions, la social-démocratie et les courants marxistes restent éloignés de l’essentiel du paradigme écologiste. Les écologistes n’ont pas vocation à épouser une doctrine qui n’est pas la leur en y introduisant un peu de vitamine verte.» (Manifeste pour une société écologique  – 13 novembre 2010)

8. « Tout a commencé en France au début du mois de décembre 1973, au cours d’une réunion de l’Association des Journalistes et Ecrivains pour la protection de la nature et de l’environnement. Et si on présentait un candidat aux présidentielles de 1974 ?  Idée adoptée, puis oubliée. Après la mort de Pompidou, l’idée renaît au sein des « Amis de la Terre » qui choisit le 6 avril 1974 comme candidat, sans qu’il le sache, René Dumont. Tout le long de la campagne, Dumont sera le représentant des associations écologiques qui le soutiennent. » (La campagne de René Dumont et ses prolongements, Pauvert 1974)

9. Associations pour la candidature de René Dumont : Les Amis de la Terre ; Action zoophile ; Comité antinucléaire de Paris ; Combat pour l’homme ; Droits du piéton ; Ecologie et Survie ; Fédération des usagers des transports ; Association pour la protection contre les rayonnements ionisants ; Comité de sauvegarde de Fessenheim et de la plaine du Rhin ; Nature et Vie ; Maisons paysannes de France ; Défense et protection des animaux ; La Gueule Ouverte ; Front occitan ; Etc.

10. Par exemple Attac a « pour objet de produire et communiquer de l’information, de promouvoir l’éducation populaire, ainsi que de mener des actions de tous ordres en vue de la reconquête, par les citoyens, du pouvoir que la sphère financière exerce sur tous les aspects de la vie politique, économique, sociale et culturelle dans l’ensemble du monde. Parmi ces moyens figure la taxation des transactions sur les marchés financiers. » Il n’y a nulle trace dans ces objectifs de préoccupation à propos des rapports entre l’homme et la nature.

EELV et le mouvement associatif

D’un côté un parti écolo qui ne compte que 18 000 adhérents1. De l’autre des ONG puissantes, comme Greenpeace France (165 000 adhérents) ou WWF France (160 000 adhérents) qui n’ont guère de rapports avec la direction du mouvement, et vice versa2. Il semblerait pourtant logique que les membres d’EELV soient dans une symbiose avec les associations environnementalistes. Ce genre d’obligation est inscrite dans les statuts du PS3. Pourquoi pas le même type d’obligation à EELV ?

Il nous faut créer un sentiment d’appartenance au peuple écolo4. L’écologie est pour l’instant un sentiment diffus dans la population, elle est très peu représentée institutionnellement.  Ce n’est pas le cas des mouvements qui ont accompagné la lutte de classes, les mutuelles, les coopératives ouvrières, les caisses de grève, le mouvement d’éducation populaire… Or l’histoire du XXIe siècle ne va plus être centrée sur le travail (le prolétariat) et le capital technique (les capitalistes), mais sur le facteur nature. L’écologie politique ou art de bien gérer notre maison commune (la planète) va rassembler normalement au-delà des sensibilités partisanes. Car tout le monde est concerné par la pérennité des rapport entre l’homme et la nature. Encore faut-il en prendre conscience5. Si les militants EELV montraient leur affinité avec les associations environnementales, nous serions sur la voie de la constitution du peuple écolo.

Certains pourraient penser qu’une adhésion du militant écolo à n’importe quelle association ferait l’affaire (Syndicats, Parents d’élèves, Aide à la personne…). Cela serait valable si nous étions militant socialo. Nous, nous devons montrer que l’écologie est au fondement de toute chose, sociales ou économiques6. Nos associations de référence sont aussi bien les AMAP que les MAB, FNE ou WWF, Greenpeace ou les faucheurs d’OGM, les SELS ou même le mouvement NIMBY, etc.

Nous sommes bien un parti politique généraliste. Mais nous ne sommes pas un parti socialiste. Le socialisme s’est historiquement appuyé sur les syndicats et réciproquement, C’était dans leur objectif de changement du rapport de force économique.  Mais le socialisme connaît le même échec que le  capitalisme7. EELV doit s’appuyer sur ce qui dans la société civile permet d’instaurer un autre rapport entre l’homme et la nature : les associations environnementalistes.

N’oublions pas que si ces association découlent des inquiétudes de l’écologie scientifique, l’écologie politique découle de l’action associative8. Ce sont des associations9 qui ont motivé et soutenu la candidature de René Dumont aux présidentielles de 1974. Savoir aujourd’hui à quelle association adhérer pour soutenir notre combat politique relève d’une analyse des statuts de cette association10.

Précisions :

1. En 2008 on dénombrait environ 2000 élus pour quelque 6000 adhérents. Après le succès d’Europe Ecologie  aux élections européennes de 2009, leur nombre est évalués à 20 000. Lors de la primaire d’Europe Ecologie-Les Verts lundi 6 juin 2011, il y avait plus de 30 000 votants. EELV compterait 35 357 membres dont 16 452 adhérents au parti et 18 905 coopérateurs.

2. LE MONDE du 31 décembre 2011.

3. Les membres du Parti doivent appartenir à une organisation syndicale de leur profession et au moins à une association, notamment de défense des droits de l’homme, de solidarité, de consommateurs, d’éducation populaire, de parents d’élèves ou d’animateurs de la vie locale. (statuts du Parti socialiste – titre 2, les militants – Article 2.2 : obligations syndicales et associatives des adhérents)

4. « L’enjeu est dorénavant de construire un parti réseau, un parti social multiforme. Coopérative, ou mouvement, réseaux ou cercles, l’important est moins dans l’appellation que dans la capacité à créer une forme d’appartenance commune à ce qu’on pourrait appeler un « peuple écolo » : une identité sociale qui serait devenue légitime et revendiquée. » (Des écologistes en politique d’Erwan Lecoeur)

5. L’antagonisme entre patrons et travailleurs n’est pas une évidence. Un travailleur peut trouver tout à fait normal qu’il y ait des patrons tout puissants et très bien payés. Karl Marx faisait la distinction entre la classe en soi (existence de l’exploitation de l’homme par l’homme sans en avoir conscience) et la classe pour soi (qui entraîne un engagement politique).

6. « Si demain nous n’avions plus de pétrole, ni gaz, ni charbon, ce n’est pas 4 % du PIB que nous perdrions (la place de l’énergie dans le PIB), mais près de 99 %. Rappelons qu’il ne saurait y avoir d’humanité prospère et le moindre PIB bien gras et bien dodu sur une planète dévastée. Quiconque réalise ce que signifie, pour le mode de vie occidental, de limiter la hausse de la moyenne des températures à 2°C comprend que ça ne va pas être simple d’y arriver. Une grande partie des évolutions économiques et sociales vont s’inverser. Le prix de la biosphère est infini ; sans elle, l’espèce humaine deviendrait immédiatement un vestige du passé. » (Changer le monde, tout un programme de Jean-Marc Jancovici)

7. « (p.42) : Avec qui engager des partenariats ? (p.44) : Marqués comme la droite au fer rouge du productivisme, fasciné par ses fétiches et ses aditions, la social-démocratie et les courants marxistes restent éloignés de l’essentiel du paradigme écologiste. Les écologistes n’ont pas vocation à épouser une doctrine qui n’est pas la leur en y introduisant un peu de vitamine verte.» (Manifeste pour une société écologique  – 13 novembre 2010)

8. « Tout a commencé en France au début du mois de décembre 1973, au cours d’une réunion de l’Association des Journalistes et Ecrivains pour la protection de la nature et de l’environnement. Et si on présentait un candidat aux présidentielles de 1974 ?  Idée adoptée, puis oubliée. Après la mort de Pompidou, l’idée renaît au sein des « Amis de la Terre » qui choisit le 6 avril 1974 comme candidat, sans qu’il le sache, René Dumont. Tout le long de la campagne, Dumont sera le représentant des associations écologiques qui le soutiennent. » (La campagne de René Dumont et ses prolongements, Pauvert 1974)

9. Associations pour la candidature de René Dumont : Les Amis de la Terre ; Action zoophile ; Comité antinucléaire de Paris ; Combat pour l’homme ; Droits du piéton ; Ecologie et Survie ; Fédération des usagers des transports ; Association pour la protection contre les rayonnements ionisants ; Comité de sauvegarde de Fessenheim et de la plaine du Rhin ; Nature et Vie ; Maisons paysannes de France ; Défense et protection des animaux ; La Gueule Ouverte ; Front occitan ; Etc.

10. Par exemple Attac a « pour objet de produire et communiquer de l’information, de promouvoir l’éducation populaire, ainsi que de mener des actions de tous ordres en vue de la reconquête, par les citoyens, du pouvoir que la sphère financière exerce sur tous les aspects de la vie politique, économique, sociale et culturelle dans l’ensemble du monde. Parmi ces moyens figure la taxation des transactions sur les marchés financiers. » Il n’y a nulle trace dans ces objectifs de préoccupation à propos des rapports entre l’homme et la nature.

la démondialisation selon Aquilino Morelle

Le directeur de la campagne d’Arnaud Montebourg, Aquilino Morelle, conclut : « Soit nous conduisons une stratégie de protectionnisme raisonné, européen, social et écologique, soit les peuples céderont aux sirènes perverses des droites extrêmes. » A nous aussi, pour des raisons écologiques, il nous paraît nécessaire de relocaliser l’activité pour épargner les énergies fossiles (moins de déplacements) et favoriser l’emploi local (respect des ressources naturelles locales, paysans du cru, agriculteurs de proximité, monnaie locale, etc.). C’est pourquoi l’idée de démondialisation est nécessaire, mais elle doit être accompagnée de la réalisation de communautés de résilience ou territoires en transition. Il nous faut harmoniser la démondialisation selon Montebourg et les analyses d’Elinor Ostrom que nous avons analysé dans notre post précédent. Voici quelques extraits du texte d’Aquilino Morelle (LE MONDE du 8 septembre 2011) :

« Sacralisée à l’instar d’une loi de la nature, la mondialisation s’imposerait aux hommes. Proposer un autre modèle de développement déclenche aussitôt une classique entreprise de disqualification : la démondialisation serait une  » absurdité  » (Zaki Laïdi), une  » illusion démagogique « ,  » une fable  » (Pierre Lellouche), un  » concept réactionnaire  » (Pascal Lamy). Pour eux (MM. Camdessus, Delors et Lamy), en 1983, le choc de la  » contrainte extérieure  » (c’est ainsi que l’on désignait alors la mondialisation) a été un événement providentiel. Pénétrés de la supériorité du libre-échange, ces hommes se sont toujours considérés comme des progressistes. Ces  » socialistes  » français ont réussi à établir ce qu’il est convenu d’appeler le  » consensus de Paris « . Ils ont alors convaincu François Mitterrand de libéraliser la finance. L’année 1983 n’a pas été l’année de la capitulation de la gauche française devant la finance, mais celle de son ralliement à celle-ci ! C’est  » le triomphe de la cupidité  » dénoncé par le Prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz. Un triomphe rendu possible non par la démission des hommes politiques de gauche, comme on le croit encore trop souvent, mais par leur consentement !

Mais les seules lois qui s’imposent à l’homme sont celles de sa raison et de sa volonté. Ce qui a été fait par des hommes peut être corrigé par d’autres hommes. Quel aveuglement idéologique que d’avoir accepté l’entrée de la Chine au sein de l’OMC en 2001 sans aucune contrepartie ! Produisons les marchandises chez nous chaque fois que c’est possible  » : ce sont cette raison et ce sens des réalités humaines soulignés par Keynes que les partisans de la mondialisation ont voulu nous faire perdre. C’est le retour à cette sagesse qui est au cœur du projet de démondialisation.

Soit nous conduisons une stratégie de protectionnisme raisonné, européen, social et écologique, soit les peuples céderont aux sirènes perverses des droites extrêmes. La démondialisation s’oppose ainsi autant au délire de l’ouverture infinie des marchés détruisant les protections sociales, les industries et les modes de vie, qu’au repli nationaliste et haineux de Marine Le Pen. »

la démondialisation selon Aquilino Morelle

Le directeur de la campagne d’Arnaud Montebourg, Aquilino Morelle, conclut : « Soit nous conduisons une stratégie de protectionnisme raisonné, européen, social et écologique, soit les peuples céderont aux sirènes perverses des droites extrêmes. » A nous aussi, pour des raisons écologiques, il nous paraît nécessaire de relocaliser l’activité pour épargner les énergies fossiles (moins de déplacements) et favoriser l’emploi local (respect des ressources naturelles locales, paysans du cru, agriculteurs de proximité, monnaie locale, etc.). C’est pourquoi l’idée de démondialisation est nécessaire, mais elle doit être accompagnée de la réalisation de communautés de résilience ou territoires en transition. Il nous faut harmoniser la démondialisation selon Montebourg et les analyses d’Elinor Ostrom que nous avons analysé dans notre post précédent. Voici quelques extraits du texte d’Aquilino Morelle (LE MONDE du 8 septembre 2011) :

« Sacralisée à l’instar d’une loi de la nature, la mondialisation s’imposerait aux hommes. Proposer un autre modèle de développement déclenche aussitôt une classique entreprise de disqualification : la démondialisation serait une  » absurdité  » (Zaki Laïdi), une  » illusion démagogique « ,  » une fable  » (Pierre Lellouche), un  » concept réactionnaire  » (Pascal Lamy). Pour eux (MM. Camdessus, Delors et Lamy), en 1983, le choc de la  » contrainte extérieure  » (c’est ainsi que l’on désignait alors la mondialisation) a été un événement providentiel. Pénétrés de la supériorité du libre-échange, ces hommes se sont toujours considérés comme des progressistes. Ces  » socialistes  » français ont réussi à établir ce qu’il est convenu d’appeler le  » consensus de Paris « . Ils ont alors convaincu François Mitterrand de libéraliser la finance. L’année 1983 n’a pas été l’année de la capitulation de la gauche française devant la finance, mais celle de son ralliement à celle-ci ! C’est  » le triomphe de la cupidité  » dénoncé par le Prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz. Un triomphe rendu possible non par la démission des hommes politiques de gauche, comme on le croit encore trop souvent, mais par leur consentement !

Mais les seules lois qui s’imposent à l’homme sont celles de sa raison et de sa volonté. Ce qui a été fait par des hommes peut être corrigé par d’autres hommes. Quel aveuglement idéologique que d’avoir accepté l’entrée de la Chine au sein de l’OMC en 2001 sans aucune contrepartie ! Produisons les marchandises chez nous chaque fois que c’est possible  » : ce sont cette raison et ce sens des réalités humaines soulignés par Keynes que les partisans de la mondialisation ont voulu nous faire perdre. C’est le retour à cette sagesse qui est au cœur du projet de démondialisation.

Soit nous conduisons une stratégie de protectionnisme raisonné, européen, social et écologique, soit les peuples céderont aux sirènes perverses des droites extrêmes. La démondialisation s’oppose ainsi autant au délire de l’ouverture infinie des marchés détruisant les protections sociales, les industries et les modes de vie, qu’au repli nationaliste et haineux de Marine Le Pen. »