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Nicolas Hulot, un présidentiable écolo crédible en 2017

Sondage exclusif We Demain / Harris Interactive (1)

En cas de candidature, Nicolas Hulot recueillerait entre 9 et 11 % des intentions de vote. Les Français le jugent plus apte à « bien diriger la France » que François Hollande et Nicolas Sarkozy. Concernant son image, 79 % des Français jugent Nicolas Hulot sympathique, 73 % qu’il a de bonnes solutions pour l’écologie, 70 % qu’il est courageux, 67 % dynamique, 54 % qu’il a de bonnes idées pour la France et 53 % qu’il est crédible et capable de tenir ses engagements.  27 % des Français souhaitent le voir se présenter à l’élection présidentielle de 2017.

Nicolas Hulot est jugé davantage apte à bien diriger la France que les deux derniers présidents de la République : 31 % pour Nicolas Hulot, contre 27 % pour Nicolas Sarkozy et 14 % pour François Hollande.

Harris Interactive a testé deux hypothèses pour un premier tour :

Première hypothèse, Nicolas Sarkozy et François Bayrou candidats : 

Marine Le Pen obtiendrait 27 %, Nicolas Sarkozy 19 %, François Hollande 14, François Bayrou 12 %, Jean-Luc Mélenchon 10 %, Nicolas Hulot 9 %… etc. Cécile Duflot n’obtiendrait que 1%.

Seconde hypothèse, Alain Juppé est le candidat des Républicains : 

Marine Le Pen 29 %, Alain Juppé 26 %, François Hollande 13 %, Nicolas Hulot 11 %, Jean-Luc Mélenchon 11 %. Dans cette hypothèse, Nicolas Hulot n’est qu’à deux points de François Hollande. Et Cécile Duflot est à 2 % des intentions de vote.

(1) Enquête réalisée en ligne du 11 au 13 avril 2016. Échantillon de 1 535 personnes, représentatif des Français âgés de 18 ans et plus. Méthode des quotas et redressement appliqués aux variables suivantes : sexe, âge, catégorie socioprofessionnelle et région de l’interviewé(e), ainsi que le comportement électoral aux élections précédentes pour les intentions de vote.

http://www.wedemain.fr/Sondage-exclusif-We-Demain-Harris-Interactive-Hulot-bouscule-les-lignes-de-la-presidentielle-2017_a1772.html

Trangenèse, cisgenèse ou mutagenèse, l’art de s’y perdre

Comment s’y retrouver en matière d’OGM ? Il y avait la transgenèse, ajout d’un gène étranger dans la plante. Il y maintenant la cisgenèse, qui consiste à intégrer un gène d’une espèce apparentée à la plante et la mutagenèse, mutation artificiellement dopée de façon épigénétique ou par le Crispr. Déjà on peut subodorer que les scientifiques affiliés aux industriels pour produire des chimères vont toujours avoir raison, c’est si compliqué que le pékin moyen en perd son latin.

A l’heure où la France va prendre position sur la réglementation des nouvelles techniques d’ingénierie génétique, le débat semble déjà bouclé. Sept associations de la société civile claquent la porte du Haut conseil des biotechnologies (HCB). Dans un communiqué de presse du 13 avril, FNE estime le débat sociétal et scientifique impossible au sein du HCB, aux mains des lobbyistes de l’agrochimie : « Nous ne ferons pas partie de cette mascarade, qui veut nous faire croire que ces nouvelles techniques de modifications génétiques ne sont que de simples mécanismes naturels de mutation… Le HCB, avec la complicité du gouvernement français, méprise tout avis contradictoire aux intérêts de l’industrie des OGM…Le HCB s’acharne à dissimuler toutes les données scientifiques qui remettent en cause les nouvelles techniques de modification génétique »

Un article du Monde détaille la controverse : « De nouvelles techniques (dites « new plant breeding techniques », ou NPBT) permettent de modifier le génome d’une plante sans recourir à l’introduction d’un gène extérieur. Si on échappe par ce biais au statut juridique des OGM, ces « nouveaux OGM » échapperaient aux procédures d’évaluation des risques, d’autorisation, d’étiquetage, de suivi… Pour l’heure, Bruxelles n’a pas encore pris de décision, mais celle-ci ne saurait trop tarder. Elle sera fondée sur la position des Etats membres. Et celle de la France s’appuiera sur l’avis du HCB… dont le texte semble de piètre qualité scientifique. »*

Deux commentateurs sur le monde.fr prennent parti… pour des scientifiques qui ne voient que l’aspect « progrès technique » et en oublient les considérations sociales et éthiques de toute nouvelle technologie : « Ce Haut Conseil des Biotechnologies ne devrait être composé que de scientifiques qui donne un avis scientifique. Y intégrer de la politique via des ONG et organisations paysannes c’est polluer la science… Je suis d’accord, demander l’avis du pékin lambda ça revient bien souvent a demander l’avis d’un idiot qui n’y connaît rien. on a bien assez de biologistes capable de déterminer ce qui peut être dangereux ou pas dans nos universités. »

* LE MONDE du 13 avril 2016, Batailles et polémiques autour des nouveaux OGM

Trangenèse, cisgenèse ou mutagenèse, l’art de s’y perdre

Comment s’y retrouver en matière d’OGM ? Il y avait la transgenèse, ajout d’un gène étranger dans la plante. Il y maintenant la cisgenèse, qui consiste à intégrer un gène d’une espèce apparentée à la plante et la mutagenèse, mutation artificiellement dopée de façon épigénétique ou par le Crispr. Déjà on peut subodorer que les scientifiques affiliés aux industriels pour produire des chimères vont toujours avoir raison, c’est si compliqué que le pékin moyen en perd son latin.

A l’heure où la France va prendre position sur la réglementation des nouvelles techniques d’ingénierie génétique, le débat semble déjà bouclé. Sept associations de la société civile claquent la porte du Haut conseil des biotechnologies (HCB). Dans un communiqué de presse du 13 avril, FNE estime le débat sociétal et scientifique impossible au sein du HCB, aux mains des lobbyistes de l’agrochimie : « Nous ne ferons pas partie de cette mascarade, qui veut nous faire croire que ces nouvelles techniques de modifications génétiques ne sont que de simples mécanismes naturels de mutation… Le HCB, avec la complicité du gouvernement français, méprise tout avis contradictoire aux intérêts de l’industrie des OGM…Le HCB s’acharne à dissimuler toutes les données scientifiques qui remettent en cause les nouvelles techniques de modification génétique »

Un article du Monde détaille la controverse : « De nouvelles techniques (dites « new plant breeding techniques », ou NPBT) permettent de modifier le génome d’une plante sans recourir à l’introduction d’un gène extérieur. Si on échappe par ce biais au statut juridique des OGM, ces « nouveaux OGM » échapperaient aux procédures d’évaluation des risques, d’autorisation, d’étiquetage, de suivi… Pour l’heure, Bruxelles n’a pas encore pris de décision, mais celle-ci ne saurait trop tarder. Elle sera fondée sur la position des Etats membres. Et celle de la France s’appuiera sur l’avis du HCB… dont le texte semble de piètre qualité scientifique. »*

Deux commentateurs sur le monde.fr prennent parti… pour des scientifiques qui ne voient que l’aspect « progrès technique » et en oublient les considérations sociales et éthiques de toute nouvelle technologie : « Ce Haut Conseil des Biotechnologies ne devrait être composé que de scientifiques qui donne un avis scientifique. Y intégrer de la politique via des ONG et organisations paysannes c’est polluer la science… Je suis d’accord, demander l’avis du pékin lambda ça revient bien souvent a demander l’avis d’un idiot qui n’y connaît rien. on a bien assez de biologistes capable de déterminer ce qui peut être dangereux ou pas dans nos universités. »

* LE MONDE du 13 avril 2016, Batailles et polémiques autour des nouveaux OGM

L’Europe sera africaine si les tendances se poursuivent

Ces dernières années, la Nations unies ont sans cesse revu à la hausse leur projection moyenne pour la population mondiale en 2100, l’estimation étant passée de 9,1 milliards à 11,2 milliards. La quasi-totalité de l’accroissement non prévu vient de l’Afrique. A l’échelle mondiale, une femme donne aujourd’hui naissance à 2,5 enfants  en moyenne, soit moitié moins qu’au début des années 1950. Mais en Afrique, les femmes donnent naissance en moyenne à 4,7 enfants chacune.

Projection basse pour l’Afrique en 2100 : 3,0 milliards
Projection moyenne : 4,4 milliards (22 fois la population de 1950 !)
Projection haute : 6,1 milliards
Projection à fécondité constante :  16 milliards !

Ces chiffres doivent être analysé en ayant à l’esprit qu’il y avait environ 200 millions d’Africains en 1950 et 1,2 milliards en 2015. La taille des plus grandes villes du continent explosera en 2050. Lagos passera de 11 millions d’habitants en 2010 à 40 millions, Kinshasa de 8,4 millions à 31 millions. Si l’on se fonde sur les projections d actuelles, il y aura au milieu du siècle des centaines de bidonvilles regroupant chacun des centaines de milliers de personnes. Une compétition accrue pour la nourriture et les emplois risque d’engendrer des conflits dans toute la région. Déjà 37 % des jeunes adultes en Afrique subsaharienne déclarent vouloir émigrer vers un autre pays. Certains  pays africains ont cependant réduit leur taux de fécondité.

En Tunisie Habib Bourguiba commença en 1957 à bouleverser le statut juridique des femmes en garantissant des droits civiques complets, dont le droit de vote et celui de ne pas porter le voile. L’école est devenue publique et gratuite pour les filles comme pour les garçons. Bourguiba a banni la polygamie, augmenté l’âge minimum du mariage  et accordé aux femmes le droit de divorcer. Il a légalisé la contraception, puis a subventionné les avortements pour les femmes ayant de nombreux enfants. Au milieu des années 1960, des dispensaires mobiles de planning familial distribuaient des contraceptifs oraux dans tout le pays. Le taux de fécondité en Tunisie est tombé de 7 enfant par femme à 2 au milieu des années 2000 (bien qu’il ait légèrement augmenté depuis).

Pour en savoir plus, lire l’article de Robert Engelman (ancien président de l’Institut Worldwatch) dans le numéro d’avril 2016 de la revue « Pour la Science » : titre : 6 milliards d’Africains ?

en 2100, la planète habitable sera beaucoup plus petite

L’élévation moyenne du niveau de l’océan atteindra au moins 2 mètres d’ici à la fin du siècle. En effet, il est déjà clair après l’échec de la COP21 qu’il n’y aura pas infléchissement volontaire de nos émissions de gaz à effet de serre. Il apparaît aussi évident que les experts du réchauffement climatique (le GIEC) ont jusqu’à présent minimisé les risques. En effet ces scientifiques sous-estiment  systématiquement leur diagnostic en écartant ce qui est imparfaitement connu. En 2007, dans son quatrième rapport, le GIEC n’avait pas tenu compte des pertes de glaces du Groenland : le pire attendu pour 2100 était estimé autour de 60 centimètres de hausse du niveau marin. En 2013, une fois le Groenland intégré aux calculs, le diagnostic s’était aggravé de près d’un facteur deux, à environ un mètre. Mais les modèles climatiques actuels ne tiennent pas compte d’un possible relargage dans l’atmosphère du carbone prisonnier des sols gelés de l’Arctique. Il est pourtant très probable que le réchauffement à venir, en décongelant le pergélisol, conduise à une aggravation considérable de la situation. Or la quantité de carbone dormant dans les sols gelés de l’Arctique est généralement estimée à environ 1 700 milliards de tonnes, c’est-à-dire plus de deux fois l’ensemble du carbone présent dans l’atmosphère. De plus il n’est pas possible de savoir à quel moment se concrétisera la fonte de la calotte glaciaire de l’Antarctique, ni quelle sera son ampleur*.

Donc une prévision de 60 centimètres d’augmentation du niveau moyen de la mer, puis 1 mètre, aujourd’hui une estimation à deux mètres, demain sans doute beaucoup plus. Nous attendons un Jaurès de l’écologie qui aura le cran d’expliquer aux électeurs que les scientifiques nous trompent par excès de prudence. Voici deux commentaires sur lemonde.fr dignes d’être lus pour qu’il en soit autrement.

Lucine : «Le problème est sans doute bien plus grave. Tout notre système social repose sur la croyance dans le Progrès. Si même des scientifiques respectés disent que notre civilisation industrielle nous conduit à la pire catastrophe qui s’est jamais produite dans l’histoire humaine, les populations ne peuvent tout simplement pas y croire, parce que cela contredit leur croyance dans le Progrès. On ne change pas de religion du jour au lendemain, même au bord du gouffre

Michel Brunet : «Nous aurions affaire à une glaciation que l’impact serait beaucoup plus sensible que le réchauffement climatique sur les populations de l’hémisphère Nord. Tout le monde et les médias en tête louent les mois d’hiver doux comme maintenant. On s’inquiète du réchauffement qu’aux mois de juillet-août et en cas de surchauffe supérieur à 35 ° et encore

* données scientifiques fournies par Stéphane Foucart
(LE MONDE du 12 avril 2016, Climat : un grand malentendu)

Faire disparaître les riches, l’innovation… et la publicité

Diminuer comme il le faudrait nos émissions de gaz à effet de serre paraît improbable car incompatible avec des échanges économiques basés sur la concurrence et la compétition. Ou avec des consommations des classes moyennes et supérieures boostées par le matraquage publicitaire et inspirées par le mode de vie des super-riches. Voici ce qu’en dit dans son dernier livre Sylvestre Huet :

1. Si vous voulez faire disparaître l’aspiration à la consommation d’espace et d’énergie tirée par la volonté d’imiter les riches et les super-riches, il faut bien faire «disparaître» ces derniers (non en tant qu’individus… mais en tant que propriétaires de fortunes et de revenus trop élevés). La révolution sociale que désigne un tel objectif n’est vraiment pas compatible avec les idéologies et les politiques économiques conduites de Washington à Pékin, en passant par Moscou, Paris, la banque mondiale et l’Organisation mondiale du commerce. Une société inégalitaire, qui permet aux castes dominantes de consommer sans limites énergie et matières premières, peut-elle promouvoir la sobriété… de tous les autres ? Cela semble stupide, et c’est pourtant le credo de tous les responsables politiques qui prétendent que l’on peut parvenir aux objectifs climatiques sans réforme sociale.

2. La course à l’innovation est présentée par la plupart des élites comme l’alpha et l’oméga de toute politique économique. Il faut donc booster cette innovation sans s’interroger sur son contenu ou sur ses conséquences. Nicolas Sarkozy a ainsi réformé le crédit impôt recherche (CIR) pour le transformer en une méga niche fiscale pour les entreprises. François Hollande a poursuivi la même politique. Le CIR repose pourtant sur une vision purement idéologique : toute innovation décidée par une entreprise est considérée par principe comme étant si bonne pour la société qu’il faut la récompenser par une diminution d’impôt.  C’est ainsi que des banques ont pu en bénéficier au motif qu’elles ont développé des algorithmes permettant de jouer en Bourse à des fréquences très inférieures à la seconde. Or s’interroger sur la finalité sociale et les conséquences des innovations technologiques font tout autant partie du dossier climat que les énergies peu carbonées.

3. Le matraquage publicitaire a remplacé le moteur de la guerre et de ses commandes massives pour booster l’économie. D’où la consommation de masse, toujours croissante. D’où aussi l’invention de techniques pour obtenir de la population un comportement éloigné des pratiques économes de leurs parents. La démarche était si transparente que l’un des slogans utilisé juste après-guerre aux États-Unis était «Soyez patriotes, consommez». Les générations actuelles y sont accoutumées au point qu’elles ont du mal à imaginer un monde où ce matraquage serait absent. Quant à l’ampleur des dégâts, il suffit de se souvenir de ce cri du coeur d’un patron de TF1 revendiquant le fait de vendre du «temps de cerveau disponible» aux annonceurs publicitaires. Aussi je m’interroge : peut-on bâtir une société de la sobriété énergétique dans un monde où l’espace mental des populations est en permanence soumis à ce matraquage publicitaire poussant à la consommation ?

* Sylvestre Huet, les dessous de la cacophonie climatique
(éditions la ville brûle 2015, 146 pages pour 10 euros

Où va le monde ? Il court trop vite à la catastrophe

Tous les discours médiatisés ont un point commun : la croissance va revenir, on va s’en tirer, le cours ordinaire des choses reprendra à terme. C’est là l’illusion qui expose au danger. Car si rien ne change, nous savons que nous allons à la catastrophe.

1/4) Yves Cochet, devant la catastrophe

Il y a des domaines qui dépendent d’un accord entre humains, d’autres des ressources naturelles. Or la nature ne négocie pas avec les humains. A cet égard, le projet de loi sur les retraites, adopté en octobre 2010, est non seulement injuste lorsqu’on examine ses fondements socioéconomiques, mais il est surtout irréaliste dans sa conception même, fondé sur un rapport du Conseil d’orientation des retraites publié en avril 2010. Celui-ci fondait ses calculs les plus pessimistes sur une croissance annuelle moyenne de 1,5 % jusqu’en 2050, soit une augmentation du PIB de 100 % à cet horizon. Comment peut-on sérieusement supputer cela aujourd’hui ? Aucun de ces auteurs ne partage le point de vue écologiste de la singularité absolue de la situation actuelle. Je suis du côté des objecteurs de croissance. J’estime que la récession probable – voire la dépression – sera un passage fatal vers toute société de décroissance.

En effet, à la manière de Marx, je crois que ce sont les circonstances matérielles qui déterminent les consciences et non l’inverse. Notre existence  sociale n’est pas déterminée par notre conscience, mais dépend plutôt d’une réalité qui nous dépasse : les rapports de production chez Marx, la géologie chez moi.

Ce sont ceux qui nient la proximité de la catastrophe, ceux qui croient à la continuité, ceux qui s’enivrent de l’illusion de la croissance, qui sont catastrophistes sans le savoir, par aveuglement.

2/4) Jean-Pierre Dupuy, faire comme si le pire était inévitable

En conclusion de son film Une vérité qui dérange (2006), Al Gore pose un problème philosophique considérable : « Les générations futures auront vraisemblablement à se poser la question suivante, « A quoi donc pouvaient bien penser nos parents, Pourquoi ne se sont-ils pas réveillés alors qu’ils pouvaient encore le faire ?  » Cette question qu’ils nous posent, c’est maintenant que nous devons l’entendre. »

Les catastrophes naturelles et les catastrophes morales, de plus en plus, seront indiscernables. Il est encore temps de faire que jamais il ne pourra être dit par nos descendants : « Trop tard ! » Un trop tard qui signifierait qu’ils se trouvent dans une situation où aucune vie humaine digne de ce nom n’est possible. C’est l’avenir qui donne sens au passé.

3/4) Susan George : Où va le monde ? Dans le mur, si nous laissons faire

Nous aurions dépensé 14 000 milliards de dollars en Occident pour sauver les banques et remettre le système financier en place depuis le début de la crise financière en septembre 2008. Un audit de la Réserve fédérale, en juillet 2011, révélait des prêts et garanties d’urgence de 16 000 milliards de dollars aux banques américaines et étrangères. Un chercheur indépendant arrive au total ahurissant de 29 000 milliards. On a convaincu les banques qu’on allait les sauver quoi qu’elles fassent, elles ont donc tout encouragement pour prendre à nouveau des risques inconsidérés. L’économie de casino est repartie de plus belle. Je prévois donc dans les dix ans qui viennent une autre crise financière qui sera plus dévastatrice encore.

Avec la finance, il est cependant possible de dire : « On s’est trompé et il faut se réorganiser du tout au tout. » Avec le climat, ce n’est pas possible. Je pense que la conscience qu’ont les gens de la gravité de la situation augmente, de façon probablement exponentielle. Nous voyons des initiatives absolument partout. Il faut en quelque sorte reconnaître la planète comme la « loi suprême ».

4/4) Serge Latouche, l’Europe de Charlemagne va éclater

Nous sommes en post-démocratie, des systèmes représentatifs manipulés par les lobbies et les médias. Avec l’extraordinaire versatilité des opinions publiques, les évolutions des sociétés sont imprévisibles. Comme les Romains à la chute de leur empire, on ne peut supporter ni les maux, ni les remèdes.

Le modèle systémique World 3 (Limits to Growth, The 30-year Update – 2004), testé sur plus d’un siècle est un bon outil pour prévoir les tendances lourdes. Selon que l’on prenne des mesures palliatives plus ou moins sérieuses, l’effondrement – le collapse – se situe en 2030 et 2070 : 2030, en raison de la crise des énergies non renouvelables (pétrole, gaz, charbon, uranium, terres rares, autres minéraux) ; 2070, en raison des pollutions, des dérèglements climatiques, de la désertification  dans un monde qui compterait entre neuf et dix milliards d’habitants.

Les études des historiens nous apprennent que la vie perdure, tant bien que mal. En raison de la logique routinière, les grands projets programmés se poursuivent : autoroutes, aqueducs, aéroports, tunnels, centrales nucléaires et autres projets insoutenables comme le Grand Paris – alors que très probablement, il n’y aura bientôt plus de pétrole pour les faire fonctionner. Les avions repartent jusqu’à ce que, de blocages des dépôts de pétrole en faillites de compagnies aériennes, de plus en plus de destinations ne soient plus assurées. Et puis un beau jour plus un seul avion ne vole dans le ciel. Mais à ce moment-là, cela ne dérange plus personne. Les supermarchés ont fermé leurs portes, mais les Villes en transition s’efforcent de résoudre les problèmes d’intendance, y réussissant tant bien que mal.

L’Euroland était une tentative de contrecarrer la tendance lourde, celle de l’effondrement. Sa réussite provisoire constitue une parenthèse historique dans l’évolution à long terme qui va vers l’émiettement des organisations sociales et politiques. L’éclatement de la Belgique, après celui de la Tchécoslovaquie, de l’URSS, de la Yougoslavie et, demain, de l’Espagne, de l’Italie et de bien d’autres, est le signe manifeste de cette logique. Des fiefs plus ou moins fascistes dominés par des dictateurs populistes et xénophobes se dessinent déjà en Italie, en Autriche, en Hongrie et ailleurs, voire par des chefs de guerre comme dans l’ex-Yougoslavie. Bien sûr cela n’ira pas sans grèves, émeutes, saccages, grenades lacrymogènes et aussi, selon toute vraisemblance, kalachnikovs… A moins de remettre en question la société de croissance, on n’échappera pas au chaos.

Les mouvements antisystèmiques se développent, dans les villes en transition, les cités postcarbone, au sein des AMAP, par le biais d’échanges effectués avec des monnaies locales… Tout cela va dans un sens favorable au renforcement des organisations résilientes, autonomes et conviviales, constituant des oasis qui peuvent féconder le désert ou, au contraire être étouffées par lui. Outre le jardin familial et le bricolage qui résistent en toutes circonstances, deux institutions témoignent depuis le Néolithique d’une extraordinaire résilience : la petite exploitation paysanne et l’atelier artisanal. Ces deux institutions expliquent pourquoi et comment les Russes ont survécu à la décomposition de l’Union soviétique. Le message final est simple : le bonheur, la félicité se trouve dans la capacité à savoir limiter ses besoins.

in « Où va le monde ? (une décennie 2012-2022 au-devant des catastrophes) »

(mille et une nuits, 2012)

Non à une primaire ligotant les écologistes à la gauche

C’est un petit texte écrit sur un coin de table par les écologistes Daniel Cohn-Bendit et Yannick Jadot cornaqués par le sociologue Michel Wieviorka. Après on en fait une pétition à signer sur Internet : « … Nous appelons à une grande primaire des gauches et des écologistes. Notre primaire est la condition sine qua non pour qu’un candidat représente ces forces à l’élection présidentielle en incarnant le projet positif dont la France a besoin… » Constatons d’abord que l’écologie n’est pas au centre de cet appel. On parle de Front national et de droitisation de la société, d’impuissance politique et de débat à approfondir, et de façon sous-jacente de la nécessité de désigner un seul candidat à la présidentielle au nom de toutes les gauches. En fait comme d’habitude il s’agit d’une manœuvre politicienne. Jadot l’exprime clairement : « Si Hollande refuse la primaire, c’est lui qui va à la faute. »* Alors une candidature écologiste pourrait sans remords se déclarer pour 2017 : François Hollande assumerait seul l’arrivée de Marine le Pen au second tour. Marre de ces positionnements politicards. Soyons clair, l’écologie politique n’est pas à vendre sur le grand marché des gauches et des alliances « populaires ». Soyons plus précis.

Abordons le fond du problème, la place de l’écologie politique sur la grande scène politique. A propos de cet appel à primaire, Alain Lipietz parle sur son blog d’une présidentielle autrefois « à quatre partis, deux dans chaque camp, le premier tour servant à désigner l’option la plus crédible au sein de chaque camp ». Il estime ce temps révolu avec la quasi certitude que l’extrême droite sera au second tour. Il a peur du « tigre en papier », ce FN sans programme sérieux qui surfe uniquement sur le mécontentement de l’opinion face aux errements du PS et de l’ex-UMP. La montée du Front national, c’est Sarkozy et Hollande, Valls et consorts qui en sont responsables, pas l’écologie politique. A eux d’affronter Marine le Pen qui, de toute façon ne sera pas élue au deuxième tour en 2017 car le « front républicain » se formera à ce moment-là.

Par contre le premier tour doit bien continuer à montrer aux électeurs plusieurs modèles de gouvernement, surtout à une époque où PS et LR ne diffèrent plus vraiment, c’est du social-libéralisme autoritaire des deux côtés. Donc le seul modèle cohérent à opposer au FN, c’est bien ce « désir d’écologie » qui commence à imbiber le corps électoral. Sortons de la logique politicienne à courte vue, montrons à la présidentielle 2017 qu’il n’y a pas le choix, ce sera l’écologie au pouvoir ou le chaos énergétique, climatique, économique et socio-politique. Il y a bien deux modèles de société en présence, le social-libéralisme et le social-écologisme. Hollande et Valls ont choisi leur camp, anti-écolo. L’écologie politique doit garder son autonomie vis-à-vis des gauches… et de la droite. La présence d’un candidat ou une candidate de l’écologie politique à la présidentielle 2017 sera un des sujets du congrès d’EELV de mai-juin prochain et ce débat se fera en dehors des partis de gauche.

* LE MONDE du 12 janvier 2016, un collectif de personnalités réclame une primaire à gauche en 2016

Non à une primaire ligotant les écologistes à la gauche

C’est un petit texte écrit sur un coin de table par les écologistes Daniel Cohn-Bendit et Yannick Jadot cornaqués par le sociologue Michel Wieviorka. Après on en fait une pétition à signer sur Internet : « … Nous appelons à une grande primaire des gauches et des écologistes. Notre primaire est la condition sine qua non pour qu’un candidat représente ces forces à l’élection présidentielle en incarnant le projet positif dont la France a besoin… » Constatons d’abord que l’écologie n’est pas au centre de cet appel. On parle de Front national et de droitisation de la société, d’impuissance politique et de débat à approfondir, et de façon sous-jacente de la nécessité de désigner un seul candidat à la présidentielle au nom de toutes les gauches. En fait comme d’habitude il s’agit d’une manœuvre politicienne. Jadot l’exprime clairement : « Si Hollande refuse la primaire, c’est lui qui va à la faute. »* Alors une candidature écologiste pourrait sans remords se déclarer pour 2017 : François Hollande assumerait seul l’arrivée de Marine le Pen au second tour. Marre de ces positionnements politicards. Soyons clair, l’écologie politique n’est pas à vendre sur le grand marché des gauches et des alliances « populaires ». Soyons plus précis.

Abordons le fond du problème, la place de l’écologie politique sur la grande scène politique. A propos de cet appel à primaire, Alain Lipietz parle sur son blog d’une présidentielle autrefois « à quatre partis, deux dans chaque camp, le premier tour servant à désigner l’option la plus crédible au sein de chaque camp ». Il estime ce temps révolu avec la quasi certitude que l’extrême droite sera au second tour. Il a peur du « tigre en papier », ce FN sans programme sérieux qui surfe uniquement sur le mécontentement de l’opinion face aux errements du PS et de l’ex-UMP. La montée du Front national, c’est Sarkozy et Hollande, Valls et consorts qui en sont responsables, pas l’écologie politique. A eux d’affronter Marine le Pen qui, de toute façon ne sera pas élue au deuxième tour en 2017 car le « front républicain » se formera à ce moment-là.

Par contre le premier tour doit bien continuer à montrer aux électeurs plusieurs modèles de gouvernement, surtout à une époque où PS et LR ne diffèrent plus vraiment, c’est du social-libéralisme autoritaire des deux côtés. Donc le seul modèle cohérent à opposer au FN, c’est bien ce « désir d’écologie » qui commence à imbiber le corps électoral. Sortons de la logique politicienne à courte vue, montrons à la présidentielle 2017 qu’il n’y a pas le choix, ce sera l’écologie au pouvoir ou le chaos énergétique, climatique, économique et socio-politique. Il y a bien deux modèles de société en présence, le social-libéralisme et le social-écologisme. Hollande et Valls ont choisi leur camp, anti-écolo. L’écologie politique doit garder son autonomie vis-à-vis des gauches… et de la droite. La présence d’un candidat ou une candidate de l’écologie politique à la présidentielle 2017 sera un des sujets du congrès d’EELV de mai-juin prochain et ce débat se fera en dehors des partis de gauche.

* LE MONDE du 12 janvier 2016, un collectif de personnalités réclame une primaire à gauche en 2016

Biosphere-Info : sauver le climat, lutter contre la pub

Les conférences internationales sur le climat ne sont que des bavardages diplomatiques. On fixe au niveau national et international des chiffres de réduction des émissions de gaz à effet de serre sans s’intéresser le moins du monde aux méthodes pour atteindre ces objectifs. Un des moyens de limiter nos émissions consiste à reconsidérer nos besoins pour limiter notre consommation, et cela personne n’en parle. C’est pourquoi la lutte contre la société de consommation est un combat d’avant-garde. On peut montrer l’exemple en pratiquant personnellement ou en famille la simplicité volontaire et la sobriété partagée. Au niveau collectif l’action anti-publicitaire paraît aussi un moyen efficace. Sans publicité, nous pourrions retrouver la distinction entre besoins essentiels et besoins superflus.
Voici quelques repères présentés par notre bimensuel BIOSPHERE-INFO pour vous permettre d’agir contre l’agression publicitaire. Pour recevoir gratuitement notre bimensuel, s’inscrire à cette adresse : biosphere@ouvaton.org

Bi-mensuel BIOSPHERE-INFO n° 356 (16 au 30 septembre 2015)

Pour sauver le climat, luttons contre la pub

1/2) coordonnée utiles
R.A.P. (Résistance à l’agression publicitaire)
La Teinturerie
24, rue de la Chine 75020 Paris
tél. : 01 43 66 02 04 (tcp. : 01 43 66 03 10)
Courriels
RAP : contact@antipub.org
RAP Lille : contact.lille@antipub.org – Site Internet : http://lille.antipub.org
RAP Toulouse : contact.toulouse@antipub.org
RAP Paris : contact.paris@antipub.org
RAP Nantes : contact.nantes@antipub.org
RAP Bordeaux : contact.bordeaux@antipub.org
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Le Publiphobe, association concurrente de R.A.P.
(diffusion d’une feuille sporadique par abonnement)
67, rue Saint-Jacques, 75005 Paris.
Tél. 01 45 79 82 44.
Casseurs de pub
52 rue Crillon
BP 36003
69411 Lyon cedex 06
Tél. 04 72 00 09 82
http://www.casseursdepub.org
Paysages de France (MNEI, association qui lutte notamment contre l’affichage publicitaire envahissant)
5, place Bir-Hakeim, 38000 Grenoble
Tél. & tcp. 04 76 03 23 75
http://paysagesdefrance.org/
Les Brigades antipub (site d’actualité antipublicitaire et son forum)
www.bap.propagande.org
Planète antipub : La planète antipub reprend les actualités à partir des différents sites de l’écosystème anti-publicitaire français.
http://planete.antipub.org/
Pourquoi je suis antipub : Pour dire ou lire pourquoi l’on est antipub :
http://pourquoijesuis.antipub.org
2/2) Quelques éléments d’information
1 – NON À LA DÉRÉGLEMENTATION DE L’AFFICHAGE PAR LE GOUVERNEMENT !
2 – LA LOI MACRON PASSE EN FORCE ET LES SÉNATEURS REVIENNENT SUR L’INTERDICTION DES BÂCHES PUBLICITAIRES SUR LES MONUMENTS HISTORIQUES
3 – EURO 2016 : LES LYONNAIS VENDUS AUX ANNONCEURS PAR LEUR ÉLUS
4 – ARRIVÉE DU TOUR ALTERNATIBA
5 – ACTION « PORTEURS DE PAROLE » À TOULOUSE LE 23 JUIN
6 – ACTION DES VEILLEURS DE NUIT DU 28 MAI À PARIS
7 – ACTUALITÉS PUBLICITAIRES

(lire la suite)

Un « sommet des consciences » pour le climat loupé

Vous êtes sans doute passé à côté de cet événement. C’était le 21 juillet dernier, vous étiez étendu sur la plage, au soleil. Le réchauffement climatique n’avait pour l’instant présent que des bienfaits pour vous. Mais Pierre Thiesset, journaliste au mensuel La décroissance, a écouté les intervenants pour vous. En résumé :

« L’organisateur Nicolas Hulot est imbattable en matière de miévrerie grandiloquente : « Qu’est-ce qui va se jouer à Paris ? L’accomplissement de l’humanité. Allons-nous enfin devenir humain? » Kofi Annan, ancien secrétaire général des Nations unies, n’a fait que louer les voitures nucléaires Autolib. Pour Janos Pasztor, le chaos climatique est « une opportunité d’aller vers un monde meilleur » ! Albert de Monaco, le parrain d’un paradis fiscal, déclame qu’il faut « inventer un autre mode de vie qui ne se fonde pas sur la prédation des ressources… » Le président de la république François Hollande se ripoline en sage appelant à la sobriété : « La cause profonde de la dégradation de l’environnement et du climat, c’est un mode de vie, un mode de production, un mode de consommation qui n’est plus compatible avec le développement humain… » Etc. Etc.

On fait blablater quelcues figures médiatiques molles, on fait croire que le climat préoccupe la classe dirigeante, et pendant ce temps-là on continue à faire passer les lois Macron, on négocie la création de vastes zones de libre-échange, on conforte un modèles libéral tout entier tourné vers la croissance, on rive tous les écoliers devant des écrans. Oh les affidés de Hulot, laissez notre conscience tranquille. Votre écologie n’est qu’une pastille verte sur un avion de chasse. La nôtre est fondamentalement subversive. Elle nécessite des choix collectifs qui rompent avec l’accumulation illimitée du capital. Elle nécessite d’en finir avec le productivisme et l’urbanisation sans fin, avec les privilèges d’une minorité d’accapareurs, de se défaire de l’emprise de la marchandise sur nos vies… C’est pourquoi nous organisons un contre-sommet le 14 novembre à Vénissieux pour objecter à vos menées. »

Pour lire en entier les deux pages de ce génial article de Pierre Thiesset, achetez d’urgence La décroissance de septembre 2015 (pour 2 euros 50 en kiosque).

notre bimensuel : écolosceptiques, organisation du déni

Les membres de la classe globale (ceux qui ont les moyens d’avoir une voiture individuelle) savent plus ou moins consciemment que demain il faudra changer de mode de vie, mais aujourd’hui les comportements ne varient qu’à la marge. Pourquoi ? Voici quelques éléments de réflexion dans notre bimensuel. L’abonnement à BIOSPHERE-INFO est gratuit, il suffit d’envoyer un courriel à biosphere@ouvaton.org

écoloscepticisme et organisation du déni

Biosphere-Info n° 349 (16 au 31 avril 2015)

1/3) Quelques explications de l’écoloscepticisme
Malgré la catastrophe en marche, pourquoi nous ne faisons rien ? D’abord le message médiatique est brouillé. Chez les marchands de journaux, la longue liste des revues vantant les charmes de l’automobilisme est incomparablement plus longue que celle des articles analysant la crise écologique. Dans la quasi-totalité des médias, les pages planète (ou son équivalent) couvrent une surface minime, si ce n’est inexistante. Si par un bienheureux hasard un journaliste consacre son papier à un phénomène écologique, il y a de fortes chances que sa tendance à donner aussi la parole aux anti-écolos induit l’incapacité à se forger véritablement une opinion. Quand on rajoute les milliards d’euros que la publicité consacre à inciter à consommer tout et n’importe quoi et le fait que les entreprises pratiquent l’écoblanchiment, difficile de contrôler ses achats et de consommer à bon escient. La loi du moindre effort s’installe dans la détermination de nos choix.

De toute façon les capacités d’un individu de résister au formatage collectif sont généralement insignifiantes. On peut tenir un discours écolo entre amis mais ne pas être en mesure d’agir en ce sens au niveau syndical, politique ou même associatif. L’éducation actuelle entraîne à la soumission, pas à prendre de la distance avec le discours dominant ; autorité du père, du prêtre, du maître, du chef, du patron, etc. Le discours véhiculé par la hiérarchie reste celui de la classe dominante, plus vite, plus loin, moins cher. Il faut prendre sa voiture, partir en vacances en avion, avoir envie de désirer toujours plus. Le sens des limites et l’autolimitation ne sont pas des modèles admis de comportement. Or nous agissons en interaction spéculaire, comme un miroir de ce qui nous entoure : je fais parce que tu fais ainsi parce que tout le monde agit de la sorte. Dès le plus jeune âge, nous imitons nos parents, puis nos copains, puis nos amis. Les individus ne peuvent se penser qu’à l’unisson. Plus les acteurs sont nombreux, moins il y aura de chance pour qu’un individu se sente capable d’agir unilatéralement. Si nous nous distinguons, c’est pour suivre les sirènes du marketing qui nous susurrent de suivre la mode et d’en avoir une plus grosse.

Il y a aussi la pression du confort, la force des habitudes. Il paraît impensable de se passer de la voiture, de la télé et du portable. Dans le cas du changement climatique, nous sommes à la fois spectateurs et acteurs, et ce conflit interne ne peut que renforcer notre désir de négation. Nous assistons donc à la négation de la conscience (« Je ne savais pas »), la négation de l’action (« Je n’ai rien fait »), celle de la capacité personnelle à intervenir (« Je ne pouvais rien faire » et « personne ne faisait rien ») et au rejet de la faute sur les autres (« les responsables, ce sont les capitalistes, les multinationales, les riches, les Américains, les Chinois, etc. »). Nous nous efforçons de diluer notre responsabilité. Les gens attendent que quelqu’un d’autre agisse à leur place et subsument leur responsabilité personnelle dans celle du groupe.

Ensuite nous ne nous sentons pas en capacité d’agir directement sur des phénomènes planétaires comme le pic pétrolier, le réchauffement climatique ou l’extinction des espèces. Les problèmes sont d’une telle envergure et d’une telle nature que la société ne dispose d’aucun mécanisme culturel pour les accepter. D’autant plus que ces phénomènes sont la plupart du temps invisible, les pollutions comme le réchauffement ou les radiations ne sont pas directement perçues. Quant aux déchets encombrants, on les enterre ou on les fait brûler ; ils disparaissent. On peut qualifier ces processus écologiques globaux de « problème hors contexte », phénomène si éloigné de l’expérience des gens qu’ils ne peuvent assimiler les informations disponibles.

Enfin quand nous sommes confrontés à des tendances contradictoires, nous souffrons de dissonance cognitive, la situation de notre psyché lorsque se mettent à l’habiter en nous deux croyances contradictoires. Nous ne trouvons alors notre équilibre psychologique qu’en suivant la pente de la facilité, suivre la croyance qui va arranger le plus de monde possible. Il est donc très fréquent que les individus commettent des actes qui sont en contradiction avec leur point de vue. Les gens ne peuvent pas supporter trop de méchante réalité. La classe globale, perdue dans les sombres extases de l’info-spectacle permanent, de la consommation-divertissement et de la compulsion automobile, ont beaucoup de mal à interpréter les forces grandissantes qui vont transformer radicalement les conditions de la vie quotidienne dans une société technologique éloignée de la nature. D’ailleurs la plupart des économistes orthodoxes ne reconnaissent aucune limite à la croissance projetée dans l’avenir. Otages de leur propre système, ils ne sont pas capables de concevoir une autre forme d’économie. Les politiques leur emboîtent le pas. Les médias mettent les choses en musique. Les journaux publient par exemple de sinistres mises en garde quant à l’évolution du climat, tout en proposant quelques pages plus loin des articles invitant avec enthousiasme le lecteur à partir en week-end à Rio. Le refus d’une prise de conscience est donc profondément implanté dans une société saturée d’informations qui néglige d’apprendre à séparer le bon grain et l’ivraie. Bref, il ne suffit pas d’informer.

L’imaginaire culturel est tel que la plupart des Américains pensent vraiment que le pétrole est surabondant, voire inépuisable. Leur réflexion s’arrête souvent là. James Howard Kunstler écrivait en 2005 : « Le public américain suppose que lorsque le pétrole sera épuisé, l’humanité sera passé au système énergétique suivant (le candidat actuellement préféré reposant sur l’hydrogène) et qu’il se présentera juste à temps, par livraison spéciale, parce que l’économie de marché en a décidé ainsi et que le libéralisme ne nous a jamais laissés tomber. Pour beaucoup d’Américains, qui n’ont jamais connu que le monde de l’énergie bon marché, il est tout simplement impossible d’imaginer la vie sans pétrole. Croire que l’économie de marché fournira automatiquement un substitut aux combustibles fossiles est une forme de pensée magique. » (La fin du pétrole, le vrai défi du XXIe siècle) »

D’autant plus que la notion de progrès technique, autre pensée magique, a été profondément instillée dans les têtes : le pétrole sera épuisé sans doute mais on trouvera bien quelque chose, alors prenons le volant. La plupart d’entre nous ne peuvent tout simplement pas considérer la possibilité que la civilisation industrielle ne sera pas sauvée par l’innovation technologique. Comment un pays qui a envoyé des hommes sur la Lune pourrait-il éprouver autre chose qu’une confiance quasi divine en ses capacités à triompher des difficultés ? James Howard Kunstler ajoutait : « Nous avons tendance à confondre l’énergie et la technologie. Si elles vont main dans la main, elles ne sont pas la même chose. Le pétrole est un cadeau unique de la géologie, qui nous a permis d’utiliser l’énergie accumulée par des millions d’années d’insolation. Lorsque nous aurons achevé de le brûler, il aura disparu à jamais. La technique n’est que le matériel pour employer ce combustible. Autrement dit, une bonne partie de notre technologie actuelle ne fonctionnera pas sans pétrole, et sans la « plate-forme » du pétrole nous risquons de ne pas avoir les outils nous permettant de dépasser le niveau présent de technique fondé sur les combustibles fossiles. » Les partisans de la fuite en avant comptent pourtant sur des découvertes nouvelles pour réparer les dégâts des technologies précédentes. L’illusion technologique est inacceptable pour la bonne raison qu’on l’on ne joue pas au poker avec l’avenir de l’humanité.

Les Occidentaux se précipitent vers l’avenir en somnambules. Dans son livre (Vivre sans pétrole), Jean Albert Grégoire écrivait déjà en 1979 : « L’observateur ne peut manquer d’être angoissé par le contraste entre l’insouciance de l’homme et la gravité des épreuves qui le guette. Comment l’automobiliste pourrait-il admettre la pénurie lorsqu’il voit l’essence couler à flot dans les pompes et lorsqu’il s’agglutine à chaque congé dans des encombrements imbéciles ? Cette situation me paraît beaucoup plus inquiétante encore que celle des Français en 1938. Ceux qui acceptaient de regarder les choses en face apercevaient au-delà des frontières la lueur des torches illuminant les manifestations wagnériennes, ils entendaient les bruits de bottes rythmant les hurlements hystériques du Führer. Tous les autres refusaient de voir et d’entendre. On se souvient de notre réveil en 1940 ! »
Le siècle dernier a été marqué par les mensonges d’Etat et la négation de masse. Un exemple que le XXIe siècle n’est pas obligé de suivre, ce qu’il fait pourtant tel un aveugle jusqu’à maintenant.

2/3) une analyse de Bertrand Méheust
La politique de l’oxymore de Bertrand Méheust (La Découverte, 2009)
Je suis convaincu qu’une catastrophe est en gestation, mais je ne partage pas la conviction que les démocraties modernes possèdent les ressorts nécessaires pour la prévenir et l’affronter. Le danger du système libéral, c’est que, ayant disqualifié tous ses concurrents, il n’a plus d’extérieur et ne peut se contraindre lui-même dans des délais utiles. Le marché, en s’efforçant par tous les moyens de poursuivre sa course, mettra l’humanité en péril. Il possède encore de nombreux espaces, de nombreux interstices et il pourra continuer de se déployer.
La pression du confort est une notion décisive. Il est sous-entendu (hors discussion, sauf dans les milieux encore marginaux de la décroissance), que le confort moderne, au sens large où nous l’entendons aujourd’hui, est un acquis irréversible. Cette façon de penser est largement due au fait que les générations nées depuis les années 1970 n’ont pas connu d’autres conditions de vie et ne dispose pas d’éléments de comparaison. Un jeune des banlieues déshéritées, aujourd’hui, dispose de moyens de confort que n’avait pas le roi Louis XIV, notamment l’eau chaude au robinet, les WC et le chauffage. Cette révolution du confort est le premier moteur de la pression sur la nature entraînée par nos gestes quotidiens. Il se trouve qu’aucun système démocratique ne semble pouvoir fonctionner aujourd’hui en dessous d’une certaine pression de confort. Si une Sparte démocratique existe quelque part dans le monde contemporain, je demande qu’on me la montre. Inéluctablement, la démocratie moderne, c’est-à-dire la démocratie libérale où l’individu prime sur le collectif, démultiplie les besoins des hommes et augmente la pression sur l’environnement. Partout où l’individu devient une valeur centrale, ses besoins personnels s’accroissent avec l’étendue de sa sphère personnelle ; son espace vital minimal augmente en même temps que ses exigences de mobilité ; il lui faut manger plus de viande ; il lui faut consommer davantage de produits culturels ; il veut tout cela, et plus encore, pour ses enfants.
Le propre de l’oxymore est de rapprocher deux réalités contradictoires. Développement durable, agriculture raisonnée, marché civilisationnel, financiarisation durable, flexisécurité, moralisation du capitalisme, vidéoprotection, etc. La montée des oxymores constitue un des faits révélateurs de la société contemporaine. Le clip publicitaire qui nous montre la chevauchée d’un 4×4 dans un espace vierge cherche à nous conditionner à l’idéologie consumériste : en associant deux réalités contradictoires, l’espace naturel et la machine qui le dévore, il nous suggère perfidement la possibilité de leur conciliation. Si la contradiction et le conflit sont inhérents à tout univers mental, ils atteignent dans le nôtre une dimension inégalée. Plus l’on produira des oxymores, plus les gens soumis à une sorte de double bind permanent, seront désorientés, et inaptes à penser et à accepter les mesures radicales qui s’imposeraient. C’est ici le lieu de rappeler l’étymologie grecque d’oxymore, qui signifie « folie aiguë ».

3/3) Sur notre blog, quelques extraits
http://biosphere.blog.lemonde.fr/2012/02/19/pourquoi-lecoloscepticisme-triomphe-actuellement/
… Il est toujours étonnant de constater la force de l’écoloscepticisme alors que tous les indicateurs de santé de la biosphère ont viré au rouge. Stéphane Foucart se penche encore une fois sur les dessous du lobby climatosceptique* : rémunération par les entreprises, expertises bidon, désinformation virale… En fait l’écoloscepticisme est en phase avec un système moribond. Quant tout fout le camp, les gens sont prêts à soutenir ceux qui les rassurent, l’extrême droite en France et ailleurs, le Tea Party aux USA, les marchands d’illusions. On ne veut pas imaginer le pire, on veut continuer à croire au progrès technique qui sauve, à la hausse infinie du pouvoir d’achat, au maintien de ses privilèges…
* LE MONDE du 18 février 2012, Le Heartland Institute, un think tank qui conteste lascience climatique, est fragilisé par une fuite de documents.

http://biosphere.blog.lemonde.fr/2012/05/01/maurice-tubiana-arretons-davoir-peur/
… Dans son dernier livre, « Arrêtons d’avoir peur ! », Maurice Tubiana ne fait que reprendre les tartes à la crème de l’écoloscepticisme déjà étalées dans des livres aux titres redondants : « Le fanatisme de l’apocalypse » de Pascal Bruckner, « L’apocalypse n’est pas pour demain » de Bruno Tertrais, « Les prêcheurs de l’apocalypse » de Jean de Kervasdouén, etc. Comme tous ces prêcheurs du « dormez braves gens, dormez », Maurice Tubiana aime les insecticides, les OGM, la radioactivité, l’énergie nucléaire, les ondes électromagnétiques…

notre bimensuel : écolosceptiques, organisation du déni

Les membres de la classe globale (ceux qui ont les moyens d’avoir une voiture individuelle) savent plus ou moins consciemment que demain il faudra changer de mode de vie, mais aujourd’hui les comportements ne varient qu’à la marge. Pourquoi ? Voici quelques éléments de réflexion dans notre bimensuel. L’abonnement à BIOSPHERE-INFO est gratuit, il suffit d’envoyer un courriel à biosphere@ouvaton.org

écoloscepticisme et organisation du déni

Biosphere-Info n° 349 (16 au 31 avril 2015)

1/3) Quelques explications de l’écoloscepticisme
Malgré la catastrophe en marche, pourquoi nous ne faisons rien ? D’abord le message médiatique est brouillé. Chez les marchands de journaux, la longue liste des revues vantant les charmes de l’automobilisme est incomparablement plus longue que celle des articles analysant la crise écologique. Dans la quasi-totalité des médias, les pages planète (ou son équivalent) couvrent une surface minime, si ce n’est inexistante. Si par un bienheureux hasard un journaliste consacre son papier à un phénomène écologique, il y a de fortes chances que sa tendance à donner aussi la parole aux anti-écolos induit l’incapacité à se forger véritablement une opinion. Quand on rajoute les milliards d’euros que la publicité consacre à inciter à consommer tout et n’importe quoi et le fait que les entreprises pratiquent l’écoblanchiment, difficile de contrôler ses achats et de consommer à bon escient. La loi du moindre effort s’installe dans la détermination de nos choix.

De toute façon les capacités d’un individu de résister au formatage collectif sont généralement insignifiantes. On peut tenir un discours écolo entre amis mais ne pas être en mesure d’agir en ce sens au niveau syndical, politique ou même associatif. L’éducation actuelle entraîne à la soumission, pas à prendre de la distance avec le discours dominant ; autorité du père, du prêtre, du maître, du chef, du patron, etc. Le discours véhiculé par la hiérarchie reste celui de la classe dominante, plus vite, plus loin, moins cher. Il faut prendre sa voiture, partir en vacances en avion, avoir envie de désirer toujours plus. Le sens des limites et l’autolimitation ne sont pas des modèles admis de comportement. Or nous agissons en interaction spéculaire, comme un miroir de ce qui nous entoure : je fais parce que tu fais ainsi parce que tout le monde agit de la sorte. Dès le plus jeune âge, nous imitons nos parents, puis nos copains, puis nos amis. Les individus ne peuvent se penser qu’à l’unisson. Plus les acteurs sont nombreux, moins il y aura de chance pour qu’un individu se sente capable d’agir unilatéralement. Si nous nous distinguons, c’est pour suivre les sirènes du marketing qui nous susurrent de suivre la mode et d’en avoir une plus grosse.

Il y a aussi la pression du confort, la force des habitudes. Il paraît impensable de se passer de la voiture, de la télé et du portable. Dans le cas du changement climatique, nous sommes à la fois spectateurs et acteurs, et ce conflit interne ne peut que renforcer notre désir de négation. Nous assistons donc à la négation de la conscience (« Je ne savais pas »), la négation de l’action (« Je n’ai rien fait »), celle de la capacité personnelle à intervenir (« Je ne pouvais rien faire » et « personne ne faisait rien ») et au rejet de la faute sur les autres (« les responsables, ce sont les capitalistes, les multinationales, les riches, les Américains, les Chinois, etc. »). Nous nous efforçons de diluer notre responsabilité. Les gens attendent que quelqu’un d’autre agisse à leur place et subsument leur responsabilité personnelle dans celle du groupe.

Ensuite nous ne nous sentons pas en capacité d’agir directement sur des phénomènes planétaires comme le pic pétrolier, le réchauffement climatique ou l’extinction des espèces. Les problèmes sont d’une telle envergure et d’une telle nature que la société ne dispose d’aucun mécanisme culturel pour les accepter. D’autant plus que ces phénomènes sont la plupart du temps invisible, les pollutions comme le réchauffement ou les radiations ne sont pas directement perçues. Quant aux déchets encombrants, on les enterre ou on les fait brûler ; ils disparaissent. On peut qualifier ces processus écologiques globaux de « problème hors contexte », phénomène si éloigné de l’expérience des gens qu’ils ne peuvent assimiler les informations disponibles.

Enfin quand nous sommes confrontés à des tendances contradictoires, nous souffrons de dissonance cognitive, la situation de notre psyché lorsque se mettent à l’habiter en nous deux croyances contradictoires. Nous ne trouvons alors notre équilibre psychologique qu’en suivant la pente de la facilité, suivre la croyance qui va arranger le plus de monde possible. Il est donc très fréquent que les individus commettent des actes qui sont en contradiction avec leur point de vue. Les gens ne peuvent pas supporter trop de méchante réalité. La classe globale, perdue dans les sombres extases de l’info-spectacle permanent, de la consommation-divertissement et de la compulsion automobile, ont beaucoup de mal à interpréter les forces grandissantes qui vont transformer radicalement les conditions de la vie quotidienne dans une société technologique éloignée de la nature. D’ailleurs la plupart des économistes orthodoxes ne reconnaissent aucune limite à la croissance projetée dans l’avenir. Otages de leur propre système, ils ne sont pas capables de concevoir une autre forme d’économie. Les politiques leur emboîtent le pas. Les médias mettent les choses en musique. Les journaux publient par exemple de sinistres mises en garde quant à l’évolution du climat, tout en proposant quelques pages plus loin des articles invitant avec enthousiasme le lecteur à partir en week-end à Rio. Le refus d’une prise de conscience est donc profondément implanté dans une société saturée d’informations qui néglige d’apprendre à séparer le bon grain et l’ivraie. Bref, il ne suffit pas d’informer.

L’imaginaire culturel est tel que la plupart des Américains pensent vraiment que le pétrole est surabondant, voire inépuisable. Leur réflexion s’arrête souvent là. James Howard Kunstler écrivait en 2005 : « Le public américain suppose que lorsque le pétrole sera épuisé, l’humanité sera passé au système énergétique suivant (le candidat actuellement préféré reposant sur l’hydrogène) et qu’il se présentera juste à temps, par livraison spéciale, parce que l’économie de marché en a décidé ainsi et que le libéralisme ne nous a jamais laissés tomber. Pour beaucoup d’Américains, qui n’ont jamais connu que le monde de l’énergie bon marché, il est tout simplement impossible d’imaginer la vie sans pétrole. Croire que l’économie de marché fournira automatiquement un substitut aux combustibles fossiles est une forme de pensée magique. » (La fin du pétrole, le vrai défi du XXIe siècle) »

D’autant plus que la notion de progrès technique, autre pensée magique, a été profondément instillée dans les têtes : le pétrole sera épuisé sans doute mais on trouvera bien quelque chose, alors prenons le volant. La plupart d’entre nous ne peuvent tout simplement pas considérer la possibilité que la civilisation industrielle ne sera pas sauvée par l’innovation technologique. Comment un pays qui a envoyé des hommes sur la Lune pourrait-il éprouver autre chose qu’une confiance quasi divine en ses capacités à triompher des difficultés ? James Howard Kunstler ajoutait : « Nous avons tendance à confondre l’énergie et la technologie. Si elles vont main dans la main, elles ne sont pas la même chose. Le pétrole est un cadeau unique de la géologie, qui nous a permis d’utiliser l’énergie accumulée par des millions d’années d’insolation. Lorsque nous aurons achevé de le brûler, il aura disparu à jamais. La technique n’est que le matériel pour employer ce combustible. Autrement dit, une bonne partie de notre technologie actuelle ne fonctionnera pas sans pétrole, et sans la « plate-forme » du pétrole nous risquons de ne pas avoir les outils nous permettant de dépasser le niveau présent de technique fondé sur les combustibles fossiles. » Les partisans de la fuite en avant comptent pourtant sur des découvertes nouvelles pour réparer les dégâts des technologies précédentes. L’illusion technologique est inacceptable pour la bonne raison qu’on l’on ne joue pas au poker avec l’avenir de l’humanité.

Les Occidentaux se précipitent vers l’avenir en somnambules. Dans son livre (Vivre sans pétrole), Jean Albert Grégoire écrivait déjà en 1979 : « L’observateur ne peut manquer d’être angoissé par le contraste entre l’insouciance de l’homme et la gravité des épreuves qui le guette. Comment l’automobiliste pourrait-il admettre la pénurie lorsqu’il voit l’essence couler à flot dans les pompes et lorsqu’il s’agglutine à chaque congé dans des encombrements imbéciles ? Cette situation me paraît beaucoup plus inquiétante encore que celle des Français en 1938. Ceux qui acceptaient de regarder les choses en face apercevaient au-delà des frontières la lueur des torches illuminant les manifestations wagnériennes, ils entendaient les bruits de bottes rythmant les hurlements hystériques du Führer. Tous les autres refusaient de voir et d’entendre. On se souvient de notre réveil en 1940 ! »
Le siècle dernier a été marqué par les mensonges d’Etat et la négation de masse. Un exemple que le XXIe siècle n’est pas obligé de suivre, ce qu’il fait pourtant tel un aveugle jusqu’à maintenant.

2/3) une analyse de Bertrand Méheust
La politique de l’oxymore de Bertrand Méheust (La Découverte, 2009)
Je suis convaincu qu’une catastrophe est en gestation, mais je ne partage pas la conviction que les démocraties modernes possèdent les ressorts nécessaires pour la prévenir et l’affronter. Le danger du système libéral, c’est que, ayant disqualifié tous ses concurrents, il n’a plus d’extérieur et ne peut se contraindre lui-même dans des délais utiles. Le marché, en s’efforçant par tous les moyens de poursuivre sa course, mettra l’humanité en péril. Il possède encore de nombreux espaces, de nombreux interstices et il pourra continuer de se déployer.
La pression du confort est une notion décisive. Il est sous-entendu (hors discussion, sauf dans les milieux encore marginaux de la décroissance), que le confort moderne, au sens large où nous l’entendons aujourd’hui, est un acquis irréversible. Cette façon de penser est largement due au fait que les générations nées depuis les années 1970 n’ont pas connu d’autres conditions de vie et ne dispose pas d’éléments de comparaison. Un jeune des banlieues déshéritées, aujourd’hui, dispose de moyens de confort que n’avait pas le roi Louis XIV, notamment l’eau chaude au robinet, les WC et le chauffage. Cette révolution du confort est le premier moteur de la pression sur la nature entraînée par nos gestes quotidiens. Il se trouve qu’aucun système démocratique ne semble pouvoir fonctionner aujourd’hui en dessous d’une certaine pression de confort. Si une Sparte démocratique existe quelque part dans le monde contemporain, je demande qu’on me la montre. Inéluctablement, la démocratie moderne, c’est-à-dire la démocratie libérale où l’individu prime sur le collectif, démultiplie les besoins des hommes et augmente la pression sur l’environnement. Partout où l’individu devient une valeur centrale, ses besoins personnels s’accroissent avec l’étendue de sa sphère personnelle ; son espace vital minimal augmente en même temps que ses exigences de mobilité ; il lui faut manger plus de viande ; il lui faut consommer davantage de produits culturels ; il veut tout cela, et plus encore, pour ses enfants.
Le propre de l’oxymore est de rapprocher deux réalités contradictoires. Développement durable, agriculture raisonnée, marché civilisationnel, financiarisation durable, flexisécurité, moralisation du capitalisme, vidéoprotection, etc. La montée des oxymores constitue un des faits révélateurs de la société contemporaine. Le clip publicitaire qui nous montre la chevauchée d’un 4×4 dans un espace vierge cherche à nous conditionner à l’idéologie consumériste : en associant deux réalités contradictoires, l’espace naturel et la machine qui le dévore, il nous suggère perfidement la possibilité de leur conciliation. Si la contradiction et le conflit sont inhérents à tout univers mental, ils atteignent dans le nôtre une dimension inégalée. Plus l’on produira des oxymores, plus les gens soumis à une sorte de double bind permanent, seront désorientés, et inaptes à penser et à accepter les mesures radicales qui s’imposeraient. C’est ici le lieu de rappeler l’étymologie grecque d’oxymore, qui signifie « folie aiguë ».

3/3) Sur notre blog, quelques extraits
http://biosphere.blog.lemonde.fr/2012/02/19/pourquoi-lecoloscepticisme-triomphe-actuellement/
… Il est toujours étonnant de constater la force de l’écoloscepticisme alors que tous les indicateurs de santé de la biosphère ont viré au rouge. Stéphane Foucart se penche encore une fois sur les dessous du lobby climatosceptique* : rémunération par les entreprises, expertises bidon, désinformation virale… En fait l’écoloscepticisme est en phase avec un système moribond. Quant tout fout le camp, les gens sont prêts à soutenir ceux qui les rassurent, l’extrême droite en France et ailleurs, le Tea Party aux USA, les marchands d’illusions. On ne veut pas imaginer le pire, on veut continuer à croire au progrès technique qui sauve, à la hausse infinie du pouvoir d’achat, au maintien de ses privilèges…
* LE MONDE du 18 février 2012, Le Heartland Institute, un think tank qui conteste lascience climatique, est fragilisé par une fuite de documents.

http://biosphere.blog.lemonde.fr/2012/05/01/maurice-tubiana-arretons-davoir-peur/
… Dans son dernier livre, « Arrêtons d’avoir peur ! », Maurice Tubiana ne fait que reprendre les tartes à la crème de l’écoloscepticisme déjà étalées dans des livres aux titres redondants : « Le fanatisme de l’apocalypse » de Pascal Bruckner, « L’apocalypse n’est pas pour demain » de Bruno Tertrais, « Les prêcheurs de l’apocalypse » de Jean de Kervasdouén, etc. Comme tous ces prêcheurs du « dormez braves gens, dormez », Maurice Tubiana aime les insecticides, les OGM, la radioactivité, l’énergie nucléaire, les ondes électromagnétiques…

La charte de l’environnement en 2005… oubliée en 2015 !

Le 28 février 2005, la Charte de l’environnement était approuvée par les parlementaires français réunis en Congrès pour lui donner une valeur constitutionnelle : « Aux côtés des droits de l’homme de 1789 et des droits sociaux de 1946, et au même niveau, nous allons reconnaître les principes fondamentaux d’une écologie soucieuse du devenir de l’homme ». Nous sommes en 2015 en nous n’avons pas fêté les dix ans de cette charte. Rappelons cette avancée majeure de notre droit, avancée qui n’a malheureusement pas connu d’application réelle.

« Le peuple français, Considérant que les ressources et les équilibres naturels ont conditionné l’émergence de l’humanité ; que l’avenir et l’existence même de l’humanité sont indissociables de son milieu naturel ; que l’environnement est le patrimoine commun des êtres humains ; que l’homme exerce une influence croissante sur les conditions de la vie et sur sa propre évolution ; que la diversité biologique, l’épanouissement de la personne et le progrès des sociétés humaines sont affectés par certains modes de consommation ou de production et par l’exploitation excessive des ressources naturelles ; que la préservation de l’environnement doit être recherchée au même titre que les autres intérêts fondamentaux de la Nation ; qu’afin d’assurer un développement durable, les choix destinés à répondre aux besoins du présent ne doivent pas compromettre la capacité des générations futures et des autres peuples à satisfaire leurs propres besoins ; Proclame :

« Art. 1er. – Chacun a le droit de vivre dans un environnement équilibré et respectueux de la santé.
« Art. 2. – Toute personne a le devoir de prendre part à la préservation et à l’amélioration de l’environnement.
« Art. 3. – Toute personne doit, dans les conditions définies par la loi, prévenir les atteintes qu’elle est susceptible de porter à l’environnement ou, à défaut, en limiter les conséquences.
« Art. 4. – Toute personne doit contribuer à la réparation des dommages qu’elle cause à l’environnement, dans les conditions définies par la loi.
« Art. 5. – Lorsque la réalisation d’un dommage, bien qu’incertaine en l’état des connaissances scientifiques, pourrait affecter de manière grave et irréversible l’environnement, les autorités publiques veillent, par application du principe de précaution et dans leurs domaines d’attributions, à la mise en oeuvre de procédures d’évaluation des risques et à l’adoption de mesures provisoires et proportionnées afin de parer à la réalisation du dommage.
« Art. 6. – Les politiques publiques doivent promouvoir un développement durable. A cet effet, elles concilient la protection et la mise en valeur de l’environnement, le développement économique et le progrès social.
« Art. 7. – Toute personne a le droit, dans les conditions et les limites définies par la loi, d’accéder aux informations relatives à l’environnement détenues par les autorités publiques et de participer à l’élaboration des décisions publiques ayant une incidence sur l’environnement.
« Art. 8. – L’éducation et la formation à l’environnement doivent contribuer à l’exercice des droits et devoirs définis par la présente Charte.
« Art. 9. – La recherche et l’innovation doivent apporter leur concours à la préservation et à la mise en valeur de l’environnement.
« Art. 10. – La présente Charte inspire l’action européenne et internationale de la France. »

remarques : La Biosphère constate avec soulagement que les humains (en France !) reconnaissent pour la première fois dans un texte fondamental qu’ils ont des devoirs envers l’environnement beaucoup plus qu’ils n’ont de droits pour eux-mêmes. L’année 2005 n’est donc pas complètement vide de sens, même si on parle encore d’environnement (ce qui est autour des humains, donc marque d’anthropocentrisme) plutôt que de protection de la Nature ! De plus le concept de « développement », à plus forte raison « durable » (article 6) inclut dans une loi fondamentale, n’est pas approprié. Il s’apparente un peu trop à l’obsession croissanciste. Or il n’y a pas de croissance durable possible dans un monde fini.
NB : Le débat interne aux socialistes avait abouti en 2005 à une consigne de « non-participation au vote ». Et c’est le très libéral député Alain Madelin, le seul à avoir voté contre, qui avait été interviewé par « Le Monde » pour condamner sans restriction une telle Charte !

François Hollande, des vœux pour 2015 vides de contenu

Le mercredi 31 décembre 2014, François Hollande n’avait manifestement rien de neuf à annoncer aux Français : libéraliser l’économe (loi Macron) et « loi consensuelle » sur la fin de vie (donc loi nécessairement molle).  Le troisième sujet évoqué par le chef de l’Etat fait part de sa conversion très récente à l’environnement : «  L’année 2015 sera  une année essentielle pour la planète. » Faisant référence à la conférence qui doit se tenir à Paris à la fin de l’année 2015 sur le climat, le chef de l’Etat a exprimé le souhait que ce rendez-vous débouche sur la rédaction d’« une déclaration sur les droits de l’humanité pour préserver la planète ». Mais ce n’est qu’une idée dont il pense que, politiquement, cela ne lui coûtera rien car elle sera reprise internationalement à Paris en décembre lors du sommet sur le climat. L’échec prévisible ne sera donc pas le sien. Erreur funeste, toute action écologique demande des efforts conséquents.

 François Hollande n’aborde de façon frontale aucune des plaies du monde à venir : épuisement des ressources terrestres (qui impactera irrémédiablement l’économie), vieillissement de la population (dont la fin de vie n’est qu’un petit aspect), urgence écologique (qui oblige à une modification fondamentale de notre niveau de vie à l’occidentale). Ce François à courte vue envisage une « déclaration sur les droits de l’humanité pour préserver la planète». Baigné d’un anthropocentrisme rabougri, il n’a aucune conscience qu’il faudrait inverser les termes de la phrase, instaurer une déclaration des droits de la planète pour préserver l’humanité. E si on considère les discours de sa ministre de l’écologie Ségolène Royal ainsi que le vide conceptuel de la loi sur la transition énergétique en France (aucune option sur la limitation des besoins), on sait que la France n’aura rien à mettre sur la tablée internationale en décembre 2015.

François Hollande a oublié qu’il était un politique. Quand nous offrons nos vœux à nos proches, nous savons que cela n’aura aucune conséquence sur le destin individuel des personnes concernées. Mais cela leur fait sans doute plaisir. Quant à un président de la République, qui gère une puissance mondiale et devrait préparer activement la prochaine conférence sur le climat, nous avons besoin d’un autre genre d’homme que ce François-là. En d’autres termes, nous souhaiterions tout le pouvoir d’Etat pour Nicolas Hulot en 2017.

Il faut nous occuper d’autre chose que de nos fesses !

« La question éthique posée par les perturbateurs endocriniens (PE) tient à la quantité de risques que nous sommes prêts à prendre pour d’autres qui n’ont pas aujourd’hui la parole ». Cette phrase qui termine la chronique* de Stéphane Foucart est tellement judicieuse qu’elle mérite développement. Elle fait référence implicitement aux « acteurs absents », terme référencé** mais non encore utilisé dans les colonnes du MONDE.

Les PE, ce sont plusieurs centaines de substances de synthèse, présentes dans un grand nombre de produits d’usage courant et dans la chaîne alimentaire, qui interfèrent avec le système hormonal humain et peuvent, de ce fait, produire des effets délétères à des niveaux d’exposition chronique très faibles. En 2009, l’actuel secrétaire d’Etat américain, John Kerry, proposait une loi dont l’objectif était de prévenir l’exposition aux PE des enfants à naître et des nourrissons : sans succès ! Pourtant les effets majeurs des PE se jouent dans la période périnatale, et conditionnent la santé à venir des enfants exposés. Mais nous ne considérons que le présent et nos propres fesses. Il y a une énorme lacune dans notre capacité de réflexion.

Nous pensons sur ce blog qu’il n’y a de véritable démocratie consciente et réaliste que si nous ne parlons aussi au nom des acteurs absents, si nous agissons aussi en pensant à l’avenir de nos générations futures, en s’inquiétant aussi du sort des autres espèces que la nôtre. Voici un florilège de nos précédents articles mettant en scène les acteurs absents :

Les animaux ne peuvent ni parler, ni se révolter. Dommage !

Après Fukushima, quelle démocratie ?

Obsolescence de la démographie représentative

Une démocratie élargie aux acteurs absents

* LE MONDE du 4-5 mai 2014, Question d’éthique

** Acteur absent (tiers absent) : Acteur, au sens le plus large, qui ne peut prendre la parole lors d’une négociation, ou qui n’est pas invité à la table des négociations. EXEMPLE : milieu naturel, êtres vivants non humains, générations futures. (Dictionnaire du développement durable, AFNOR 2004)

L’écologie politique, victime des faits-divers médiatisés

La secrétaire nationale d’EELV est interrogée au Grand Rendez-vous*. Aucune question sur l’écologie, pourtant la spécificité d’Emmanuelle Cosse. Mais six questions (sur 8) à propos des alcôves de l’Elysée :

– Aujourd’hui, la vie personnelle du président de la République est étalée en détail. Faut-il s’y faire ou s’en plaindre ?

– Vous dites « je m’en fous ». pour vous, il n’y a aucun question publique dans une histoire privée au sommet de l’Etat ?

– Qui, pour vous, est la « première dame » aujourd’hui ?

– Est-ce qu’il faut un statut de la première dame ?

– Est-il légitime qu’elle ait un bureau et un cabinet ?

– Faut-il protéger davantage, par la loi, la vie privée ?

Cette façon de présenter l’écologie politique montre que LE MONDE est devenu un vulgaire tabloïd, un tout petit journal à scandales. Si on se réfère à la vidéo complète de ce « Grand Rendez-vous », il n’est pas anodin que la première question posée à Emmanuelle Cosse portait sur l’affaire Dieudonné. Les faits-divers toujours en première ligne. Le système capitaliste qui saborde la planète n’a plus besoin de se défendre, plus personne ne pense à le mettre en accusation ! Car le problème de fond de cette interview de la représentante du mouvement écologiste, c’est qu’Emmanuelle Cosse ne pense même pas à parler d’écologie, ne pense pas à affirmer que l’écologie, c’est une vision du long terme, pas un enlisement dans les faits divers…

* LE MONDE du 14 janvier 2014, Emmanuelle Cosse : la vie privée d’Hollande, « trois Français sur quatre s’en foutent »

(le Grand Rendez-vous Europe 1, LE MONDE, I-télé)

L’écologie politique, victime des faits-divers médiatisés

La secrétaire nationale d’EELV est interrogée au Grand Rendez-vous*. Aucune question sur l’écologie, pourtant la spécificité d’Emmanuelle Cosse. Mais six questions (sur 8) à propos des alcôves de l’Elysée :

– Aujourd’hui, la vie personnelle du président de la République est étalée en détail. Faut-il s’y faire ou s’en plaindre ?

– Vous dites « je m’en fous ». pour vous, il n’y a aucun question publique dans une histoire privée au sommet de l’Etat ?

– Qui, pour vous, est la « première dame » aujourd’hui ?

– Est-ce qu’il faut un statut de la première dame ?

– Est-il légitime qu’elle ait un bureau et un cabinet ?

– Faut-il protéger davantage, par la loi, la vie privée ?

Cette façon de présenter l’écologie politique montre que LE MONDE est devenu un vulgaire tabloïd, un tout petit journal à scandales. Si on se réfère à la vidéo complète de ce « Grand Rendez-vous », il n’est pas anodin que la première question posée à Emmanuelle Cosse portait sur l’affaire Dieudonné. Les faits-divers toujours en première ligne. Le système capitaliste qui saborde la planète n’a plus besoin de se défendre, plus personne ne pense à le mettre en accusation ! Car le problème de fond de cette interview de la représentante du mouvement écologiste, c’est qu’Emmanuelle Cosse ne pense même pas à parler d’écologie, ne pense pas à affirmer que l’écologie, c’est une vision du long terme, pas un enlisement dans les faits divers…

* LE MONDE du 14 janvier 2014, Emmanuelle Cosse : la vie privée d’Hollande, « trois Français sur quatre s’en foutent »

(le Grand Rendez-vous Europe 1, LE MONDE, I-télé)

Techniques enchâssées contre techniques « branchées »

Dans une société vernaculaire, la technique est « enchâssée » dans les relations sociales, elle est sous contrôle social. La technique agricole ou artisanale utilisée par une société vernaculaire  n’est pas une technique visant à maximiser la productivité. En effet, ce type de société met en place la technique la mieux adaptée pour atteindre le maintien de son homéostasie (équilibre dynamique) et par-là celle de l’écosphère elle-même. La technique de l’homme traditionnel n’était donc pas destinée à transformer ou maîtriser l’environnement, mais plutôt à lui permettre d’y vivre. Il s’ensuit que la technique utilisée par une société lui est propre, elle est partie intégrante de son héritage culturel et le « transfert de technologie » y est très peu répandu. Quand les Portugais ont introduit le mousquet dans le Japon du XVIe siècle, son emploi fut désavoué et il fallut attendre longtemps avant qu’il soit autorisé à remplacer les armes traditionnelles. Son efficacité en tant qu’instrument de guerre n’était pas mise en doute. Mais il ne  correspondait pas à la tradition culturelle japonaise, pour laquelle l’utilisation d’un engin permettant à un gamin de tuer un samouraï chevronné était tout à fait inadmissible. (…)

C’est notamment parce que la société vernaculaire a adapté son mode de vie à son environnement qu’elle est durable, et c’est parce que la société industrielle moderne s’est au contraire efforcée d’adapter son environnement à son mode de vie qu’elle ne peut espérer survivre. Wolfgang Sachs1 met en relief les conséquences sociales d’un appareil apparemment aussi anodin que le mixer électrique : « Il extrait les jus de fruits en moins de temps qu’il ne faut pour le dire. Quelle merveille ! A première vue. Il suffit de jeter un coup d’œil sur la prise et le fil pour s’apercevoir qu’on est en face du terminal domestique d’un système national et, en fait, mondial. L’électricité arrive par un réseau de lignes alimenté par les centrales qui dépendent à leur tour de barrages, de plates-formes off-shore ou de derricks installés dans de lointains déserts. L’ensemble de la chaîne ne garantit un approvisionnement adéquat et rapide que si chacun des maillons est encadré par des bataillons d’ingénieurs, de gestionnaires et d’experts financiers, eux-mêmes reliés aux administrations et à des secteurs entiers de l’industrie (quand ce n’est pas à l’armée).  En mettant le mixer en marche, on n’utilise pas simplement un outil, on se branche sur tout un réseau de systèmes interdépendants. Le passage de techniques simples à l’équipement moderne implique la réorganisation de la société tout entière. » (…)

Notre incapacité à maîtriser l’intrusion de technologies de plus en plus périlleuses dans les fonctionnements de l’écosphère fait peser une menace croissante sur notre survie. Il est urgent de soumettre de nouveau les sciences et les techniques à un contrôle social, de les réenchâsser dans les rapports sociaux. A ceux qui pourraient craindre que cela compromette notre capacité de résoudre les problèmes sociaux et écologiques réels, rappelons que la technologie, malgré la multitude de ses usages, est incapable de résoudre les problèmes sociaux et écologiques auxquels nous sommes aujourd’hui confrontés. La dislocation des systèmes naturels est à l’origine de la crise actuelle, et aucune technologie n’est capable de rétablir leur fonctionnement normal. Aucune ne peut recréer, par exemple, une forêt tropicale, aucun artifice ne peut reconstituer une famille ou une communauté disloquée. Le mieux que nos techniciens puissent faire, c’est mettre au point des techniques moins destructrices, dont l’impact sur l’environnement soit beaucoup plus bénin, et recréer les conditions dans lesquelles la nature pourra œuvrer.

(extraits de Teddy Goldsmith, dossier de l’Ecologiste n° 5 (automne 2001), Sciences et techniques, les raisons de la contestation.)

1. Wolfgang Sachs, Six essays on the archaeology of development

François Hollande, des toiles d’araignée dans le cerveau

François Hollande et Jean-Marc Ayrault ont des toiles d’araignée dans le cerveau. C’est quelqu’un qui les connaît bien qui le dit, le député Yves Cochet. Ce spécialiste de l’apocalypse pétrolière nous donne sur mediapart une analyse extrêmement précise que tout gouvernement devrait connaître, sauf s’il a des toiles d’araignées à la place du cerveau :

« Le débat national sur la transition énergétique s’achève sans que certaines questions fondamentales aient été résolues ni même évoquées. Je pense à trois paramètres d’apparence technique : l’énergie nette, le Peak Oil, le découplage. De quoi s’agit-il et comment expliquer l’ignorance ou la dissimulation de ces questions très politiques au cours des centaines d’heures de discussion au sein des groupes de travail et du Conseil national du débat sur la transition énergétique depuis six mois ?

L’énergie nette – ou ce que les anglophones appellent Energy Return on Energy Invested (ERoEI) – d’une filière est la quantité d’énergie finalement utilisable une fois retranchée l’énergie nécessaire à la produire et à la rendre disponible. Par exemple, pour injecter quinze litre de SP95 dans le réservoir d’une automobile, combien faut-il de litre-équivalents en amont, depuis l’extraction du pétrole brut jusqu’à la fourniture d’essence à la station-service, en passant par le transport et le raffinage de l’or noir initial ? Aujourd’hui, en moyenne, un litre. Il y a cinquante ans, vingt centilitres auraient suffi. En effet, à cette époque, les champs pétroliers étaient plus facilement opérables, le brut de meilleure qualité, et la chaîne d’approvisionnement moins dispendieuse. Dans toutes les filières, on observe ainsi une baisse tendancielle de l’énergie nette au cours du temps. Jusqu’au point où certaines d’entre elles n’exhibent plus ou pas d’énergie nette et deviennent alors des “ puits d’énergie ” inutilisables. Telles sont souvent les filières des biocarburants qui, pourtant, sont doublement subventionnées par la France et par l’Union européenne, sous la pression des lobbies céréaliers et betteraviers. Quelle déraison ! Bref, la notion d’énergie nette est un outil des plus pertinents pour comparer les filières énergétiques et considérer leurs évolutions. Alors qu’il apparaît indispensable dans toute panoplie de politique énergétique, cet outil est totalement absent des centaines de pages du débat sur la transition énergétique.

Le Peak Oil, ou pic de production pétrolière mondiale. Certains experts nient les faits, d’autres estiment que le pic de production de pétrole conventionnel est déjà passé depuis sept ans, et que la légère hausse de la production mondiale est due aux huiles non-conventionnelles (sables bitumineux de l’Alberta, huiles extra-lourdes de l’Orénoque, pétroles off-shore profonds…). S’y ajoutent récemment les “ huiles de schiste ” étasunienness (Dakota du nord, Texas) dont on peut pourtant anticiper la décrue prochaine pour cause de non-rentabilité économique et de dévastation environnementale. En outre, certaines institutions observatrices du monde pétrolier incluent abusivement, dans cette addition, les biocarburants, qui ne sont pas des hydrocarbures. Les plus avisées des estimations concernant le passage du pic de production mondial, tous liquides confondus, évoquent les années 2015-2018, suivies d’un déclin continu de l’ordre de 5% par an. Ainsi, dans un rapport récent financé par le Parlement européen, on peut lire : « La probabilité est très forte de voir l’offre pétrolière se réduire avant 2020 » ; puis « l’Europe est très vulnérable à un choc énergétique ». En mars 2013, l’Energy Watch Group, formé d’universitaires allemands, décrit le Peak Oil et la déplétion consécutive en ces termes : « La production mondiale totale d’énergie fossile est proche de son pic. Le déclin imminent de l’offre pétrolière créera un écart grandissant avec la demande que les autres combustibles fossiles (charbon, gaz) seront incapables de compenser ». L’armée américaine et certaines compagnies de réassurance, qui ne sont pas connues pour leur humour ou leur militantisme décroissantiste, ont récemment publié des études alarmistes sur les conséquences politiques d’un Peak Oil proche.

Enfin, on emploie le terme “ découplage ” pour indiquer la possibilité d’une croissance du PIB sans croissance de la consommation d’énergie. Cependant, en moyenne depuis 1970, chaque augmentation de 1% du PIB mondial a été accompagnée d’une augmentation de 0,6% de la consommation d’énergie primaire. Autrement dit, malgré les progrès techniques et l’amélioration de l’efficacité énergétique, il y a une corrélation positive entre activité économique et énergie depuis quarante-trois ans. Or, dans tous les scénarios examinés lors du débat sur la transition énergétique, le contraire est affirmé pour les trente-sept ans à venir. Il est ainsi écrit que, à l’horizon 2050, la France réussira le tour de force inédit dans l’histoire de diviser par deux sa consommation d’énergie tout en multipliant par deux son activité économique. Consommation d’énergie -50%, PIB +100% ! Je suis disposé à écouter longuement tout économiste, politicien ou autre expert, susceptible de me démontrer la plausibilité de ce scénario. Plus sérieusement, je crains que cette dernière fantaisie, ajoutée aux précédents oubli de l’énergie nette et sous-estimation du pic, ne discrédite complètement la transition énergétique et le prochain projet de loi afférent.

Ignorance ou dissimulation de ces trois paramètres nécessaires à la compréhension du monde énergétique et, au-delà, à l’analyse de la catastrophe multiforme de laquelle s’approche la planète ? Dans les deux cas, hélas, le volontarisme politique féliciste du gouvernement se heurtera à l’inévitable réalité des lois de la thermodynamique. »

http://blogs.mediapart.fr/edition/les-invites-de-mediapart/article/100713/transition-ou-illusion-energetique