stages de responsabilité parentale ?

Le stage de responsabilité parentale intervient quand l’enfant a déjà dérapé. Plutôt qu’un contrôle a posteriori de l’incompétence parentale, ne faudrait-il pas instaurer un permis de procréer plus en amont ?

Suite aux émeutes en juin 2024 du fait souvent de très jeunes et évoquant « la situation de certains quartiers, où tous les défis sécuritaires, sociaux, familiaux, éducatifs semblent s’additionner », la première ministre annonce déployer des réponses judiciaires, éducatives ou sociales ». Désirant lutter contre la « démission de certains parents devant les dérives de leurs enfants », Elisabeth Borne annonce le 26 octobre 2023 que son gouvernement proposera au Parlement que « des stages de responsabilité parentale ou des peines de travaux d’intérêt général puissent être prononcées à l’encontre des parents qui se soustraient à leurs devoirs éducatifs ».

Rien de nouveau sous le soleil. Ce genre de stage découle déjà du décret n° 2007-1388 du 26 septembre 2007 relatif à la mise en œuvre du stage de responsabilité parentale.

L’objectif de ce stage est avant tout de responsabiliser les parents afin de prévenir la délinquance des mineurs due à une carence familiale grave. Un soutien éducatif sur un temps limité est apporté aux parents de manière à les engager dans un processus de changement. Dans le cadre de la loi du 5 mars 2007 sur la prévention de la délinquance, l’article 227-17 du code pénal prévoit des poursuites à l’égard des parents « qui se sont soustraits sans motif légitime à leurs obligations légales au point de compromettre la santé, la moralité ou l’éducation de leur enfant mineur ». Alternative aux poursuites, le stage de responsabilité parentale vise à rappeler les obligations juridiques, économiques, sociales et morales qu’implique l’éducation d’un enfant. Si elle s’inscrit dans un cadre judiciaire contraint (à la demande et sous le contrôle du Procureur de la République), la démarche se veut éducative et constructive.

Les principaux objectifs assignés à ce stage sont :

– L’élaboration d’une réflexion autour de la responsabilité des parents vis-à-vis de leurs enfants et l’identification des difficultés résultant de la fonction de parent ;

– La prise de conscience des conséquences de l’acte/comportement sur l’enfant ;  

– L’inscription dans une démarche de résolution du conflit parental et d’accompagnement de l’enfant permettant d’instaurer une parentalité active ;

– La prise de conscience par les parents de leurs responsabilités pénales au regard de l’infraction commise.

D’un contrôle a posteriori des parents à un mécanisme préalable à la procréation ?

Tous les parents doivent se sentir responsables de leurs enfants. Ceux qui n’ont pas le permis de conduire ne peuvent pas prendre leur voiture, ceux qui n’ont pas les capacités de devenir parent doivent-ils conserver le droit de procréer ?

Le métier de parent se pratique sans expérience préalable, si ce n’est la vague connaissance qu’on a de sa propre enfance et les exemples contradictoires qu’on peut trouver ici ou là. On constate alors que les adultes projettent plus ou moins consciemment dans leur comportement ce qu’ils sont déjà, ils reproduisent leur propre vécu antérieur. Cette prédisposition ne prépare pas forcément à prendre en charge l’éducation des enfants de la meilleure façon possible. Il faudrait donc un entraînement à la parentalité.

Antoine Bueno : « A l’heure où j’écris ces lignes, ma femme et moi nous attendons notre second enfant. Nous avons finalement cédé à notre désir, tout en sachant qu’il était égoïste. Je ne vois aucune raison d’être fier de ce choix. Mais quand il me faut annoncer la nouvelle, j’ai droit au « félicitations ! » de rigueur. Félicitations pour quoi ? Pour contribuer activement à ruiner l’écosystème ? Ce « félicitations » est la preuve de l’inconscience suicidaire dans laquelle nous demeurons vis-à-vis de notre environnement. Dans l’un des pays les plus avancés du monde, même si des gens supposés éclairés ne voient pas le rapport entre procréation et environnement, c’est que, peut-être, la bataille écologique est déjà perdue… Le permis de procréer est une solution politique inédite au problème de la surpopulation. Parce qu’il est urgent que la société abandonne son productivisme démographique. La planète ne peut plus attendre. »1

 Avoir des enfants n’est pas seulement un droit individuel puisqu’il met en jeu toute la société humaine et son avenir. Dans certains cas en France2, les futurs adoptants doivent obtenir un agrément pour adopter. Cet agrément est délivré par le président du Conseil départemental. La réforme de 2022 rappelle que « l’agrément a pour finalité l’intérêt des enfants qui peuvent être adoptés. Il est délivré lorsque la personne candidate à l’adoption est en capacité de répondre à leurs besoins fondamentaux, physiques, intellectuels, sociaux et affectifs« . La loi du 22 février 2022 met en place une préparation des candidats à l’agrément aux enjeux de l’adoption et des besoins de l’enfant adoptable. Le projet d’adoption fait l’objet d’une évaluation sociale et psychologique. L’agrément est délivré pour 5 ans. Alors, pourquoi un tel agrément ne serait-il pas exigé pour des futurs parents biologiques ?

Le débat sur le droit d’avoir des enfants a été largement abordé dans les pays anglo-saxon sous l’angle du « permis de parentalité ». Il se fonde sur l’analogie avec le permis de conduire. Le terme « permis » semble inapproprié, il faudrait plutôt parler d’aide à la parentalité, ce qu’Antoine Bueno appelle « permis de procréer » :

« Le permis de procréer est distinct du permis de parentalité car il est conforme aux droits de l’homme (page 24). Le volet social du permis de procréer implique une politique à mettre en œuvre à l’échelle nationale. Il s’agit de mieux accompagner les projets parentaux par une procédure inspirée de celle de l’adoption. Chaque projet parental ferait l’objet d’une enquête psychosociale (page 28). Le contrôle des naissances doit être un système de discrimination positive. En dehors des situations de risque manifeste pour l’enfant, l’examen du projet parental doit servir à définir un plan d’aide pour les familles qui en auraient le plus besoin. Autrement dit, constater que les futurs parents ont des besoins socio-économiques, psychologiques ou médicaux ne servirait pas à leur interdire d’être parents, mais à les aider à le devenir dans de meilleures conditions (page 60). »3

Le permis de procréer peut avoir plusieurs définitions

Théophile de Giraud en 2006 : « Comment se fait-il qu’il n’existe à ce jour aucun permis de procréer ? Et pourtant, quel foisonnement, dans nos sociétés, de permis en tout genre : permis de conduire, de chasse, de pêche, de construire, de travail, de séjour, d’inhumer, etc. Sans oublier les permis de pratiquer une profession : les omniprésents diplômes. Tout le monde jugera indispensable qu’un médecin, ou un ingénieur ou un soudeur ou une puéricultrice n’obtienne guère licence d’exercer sans avoir démontré au préalable ses compétences. Le Parlement de Taïwan a rendu obligatoire pour tous les candidats au mariage un cours d’éducation familiale consistant à quatre heures d’information sur la gestion de la famille et de conseils sur la manière d’élever des enfants. Quatre heures toutefois, cela semble un peu court : nous prônons quatre années. Intensives. Il n’est pas acceptable que des individus deviennent parents sans posséder un bagage équivalent à celui d’un spécialiste de la psychologie infantile ».4

Paul Watson en 2012 : « Je crois que les quatre cavaliers de l’Apocalypse seront les moyens qui vont servir à réduire notre population – famines, épidémies, guerres et troubles civils. La solution que je préconise est que personne ne devrait avoir d’enfants à moins de suivre une formation de six mois au cours de laquelle on apprendrait ce que cela veut dire d’être un parent responsable et au terme de laquelle on obtiendrait un diplôme certifiant que l’on est suffisamment responsable pour avoir un enfant. C’est une situation bien étrange quand on y pense. On a besoin d’un permis pour conduire une voiture, il faut un diplôme pour accéder à certains métiers. Pas pour avoir un enfant ! »5

Antoine Bueno en 2019 : « De même qu’il faut avoir une compétence pour conduire une voiture, il faut à l’évidence une compétence pour être parent. Il est donc nécessaire de fixer des critères pour être éligible à la parentalité (critères médicaux, d’âge, de moralité…). Deuxièmement, les personnes qui sont éligibles à la parentalité doivent réussir un examen pour pouvoir avoir des enfants. (pages 24 à 26)… Nul ne contestera qu’être parent nécessite un minimum de connaissances, des aptitudes, de la patience, de l’empathie, etc. L’analogie entre parentalité et activités soumis à autorisation semble donc bien fonctionner. (pages 49 à 52) ».

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Du permis de parentalité au permis de procréer

extraits : Soyons clair, les enfant n’ont pas choisi de naître, donc les parents sont entièrement responsables. Pour qu’il y ait moins d’enfants martyrisés, mieux vaut instituer un permis de parentalité : il y a passage par une école des parents, puis tests successifs avec des exigences socialement définies comme on le fait d’ailleurs déjà dans le cas d’une adoption. Dernière étape finale, un permis de procréer, ils pourront passer l’acte. Comme pour le bac, des années d’études et le passage terminal. Il faut un permis de conduire une voiture, il est vraiment étrange que pour l’énorme responsabilité parentale, on puisse faire dix enfant et ne pas pouvoir s’en occuper dignement.

Sanctions pour non respect du permis de procréer ?

extraits : Le nouveau-né n’est que potentialité à la naissance, il ne devient véritablement humain que grâce aux adultes qui accompagnent son épanouissement socioculturel dans un contexte d’équilibre écologique durable. Aucune personne n’a de droit absolu à procréer quand on sait que cet enfant va souffrir socialement et/ou que la collectivité sera mis en demeure de le prendre en charge. Dire cela, est-ce glisser sur une très mauvaise pente qui conduirait directement vers un éco-fascisme ? Nous pensons au contraire que la montée du totalitarisme dans nos sociétés résulte du fait de ne pas aborder de front nos problèmes, à commencer par ceux de nos enfants en perdition…

permis de parent

extraits : Tu peux lire dans « Le prix du bonheur » de Sir Richard Layard ce constat de réalité: « Concevoir un enfant est un acte impliquant de lourdes responsabilités. Pourtant la société ne se soucie guère de savoir qui doit avoir le droit ou non d’en procréer. Le psychologue américain David Lykken estime que les parents devraient passer un permis leur permettant de faire un enfant puisque les intérêts de l’enfant sont au moins aussi importants que ceux des parents. Alors que faire ? Il faudrait commencer par donner à l’école des cours d’éducation parentale afin d’expliquer aux élèves tout ce qu’implique, en termes de soins et de responsabilités, le fait d’élever un enfant. Il faudrait ensuite autoriser un couple à n’avoir un enfant qu’à condition que les deux parents soit réellement unis et prêt à s’occuper de leur progéniture…

1 Antoine Bueno « Permis de procréer », éditions Albin Michel

2 https://www.notaires.fr/fr/couple-famille/adoption/les-conditions-dadoption-en-france

3 BUENO Antoine, Permis de procréer, édition Albin Michel, 2019

4 GIRAUD Théophile de, L’art de guillotiner les procréateurs, opus déjà cité

6 réflexions sur “stages de responsabilité parentale ?”

  1. La vie ne se décrète pas, elle est là et la reproduction ne peut que rester libre sous peine de rentrer dans une société ubuesque et totalitaire.
    Ce qui est déjà le cas avec tous les embrigadements et règlements que nous devons subir pour vivre ensemble.
    Pour l’éducation des parents, Les politiques ne font que réagir a posteriori pour ce genre de sujet. Et aujourd’hui, les politiques sont surtout dans la communication pour apaiser les tensions.
    Être parent est compliqué et effectivement il serait bien d’aider l’apprentissage à la parentalité même si aucune recette miracle n’existe vu la diversité physique et psychologique des enfants et des parents.
    Un permis d’être parent est bien sûr une blague ou une provocation ou un délire d’intellectuel rêvant de société parfaite.

  2. Comme déjà dit le 31 JANVIER 2023 À 15:42 (“Du permis de parentalité au permis de procréer”) je regrette que cette info (l’annonce d’Elisabeth Borne du 26 oct 2023) serve à nous re-remettre sur la table ce fameux permis de procréer. Même si cette fois l’info n’est pas un fait divers, je pense qu’avant de réfléchir à Ça (l’Horreur) nous ferions mieux de nous en tenir à réfléchir à ces «solutions» que le gouvernement a trouvé pour assurer l’ordre public (L’Ordre Etabli etc.)
    La délinquance des mineurs est évidemment un problème, qui n’est pas nouveau, qui est étudié depuis longtemps, et qui certes aujourd’hui prend de nouvelles tournures. Bien sûr que les parents sont responsables ! Mais qui ne l’est pas ? Cette histoire de responsabilité occupe les penseurs depuis des lustres, il y a responsable ET responsable. Et puis il y a le «responsable mais pas coupable ! » Bref, ON n’a pas fini de nous amuser (abuser) avec ça.
    ( à suivre )

    1. Seulement il n’y a pas que ces pauvres gamins, et ces pauvres familles, souvent monoparentales, qui posent problème. Demain ON nous (ré)inventera des stages de responsabilité citoyenne, des peines toujours plus lourdes, des camps de redressement… pour remettre sur le Droit Chemin tous ceux qui menacent le sacro-saint Ordre Etabli. Comme ces satanés «écoterroristes» par exemple.
      Plutôt que d’apporter de l’eau au moulin de la Machine… en ciblant, responsabilisant, culpabilisant et condamnant les plus faibles… essayons de faire entendre que cette violence (dans la rue, sur l’A69 etc. celle des gamins, celle des plus grands, en noir, en jaune, en rouge etc.) ne fait qu’exprimer un ras le bol. Notamment celui du mépris. Le mépris (violence) que nous affichent (infligent) ceux qui dirigent le monde. Directement avec leurs discours, leurs attitudes, modes de vie… et/ou indirectement avec leurs toutous de service et chiens de garde.

      1. Évidemment qu’il faut des centres de rééducation ! Car avec tous les bandits qui trafiquent, qui dealent, qui volent, qui cambriolent, qui agressent, qui violent, qui pratiquent le proxénétisme, qui glandent au Rsa en complémentant avec l’argent des trafics ! Tous ces fainéants qui ne veulent que de l’argent facile en pourrissant la vie des gens ! Alors oui à la rééducation pour réinstaurer Ordre Loi Travail et Discipline ! En finir avec les parasites une bonne fois pour toute !

        1. Nous avons déjà suffisamment de solutions et de «solutions» comme ça.
          Lois, flics, juges, amendes, TIG, prisons etc. Maintenant, si elles ne marchent pas (et c’est le cas) commençons par nous demander POURQUOI.
          Posons-nous les bonnes questions : Avons-nous suffisamment de flics, de juges, de prisons, les amendes sont-elles dissuasives etc. ? À quoi sont occupés les flics, les militaires, les juges, les politiques etc. ? À quoi sont occupées ces mères seules qui ne peuvent pas s’occuper de leurs gosses ? (à regarder la Télé et à picoler… vraiment ? Pas TOUTES quand même si ?) Les prisons sont-elles occupées uniquement par des gens dont leur «place» est en taule ? Pourquoi alors d’autres n’y sont pas ? etc. etc.

          Quels centres de rééducation ? Des CEF (centres éducatifs fermés) versions modernes des «maisons de correction» (dites aussi «maisons de redressement») où ON envoyait les gosses «pas sages» au 19ème siècle ? ( à suivre )

        2. (suite) Ou alors des goulags, comme en URSS ? Ces centres de «rééducation» où le Travail (forcé bien sûr) était censé redresser ceux qui refusaient de courber l’échine. Comme d’ailleurs dans ces sinistres camps, dont ce célèbre qui arborait sur son portail «Arbeit macht frei» (La liberté par le travail).
          Voilà où mène (entre autres) le culte du Travail. Surtout quand ON n’est pas foutu d’en donner à tout le monde. Travail-Ordre-Discipline, auquel ON peut rajouter Patrie, n’est que le Credo de tous les régime autoritaires. Misère misère !

          Enfin, quels parasites ? C’est toujours du même côté qu’ON regarde. C’est normal, puisque c’est toujours de côté là qu’ON nous les montre. Hi-han, hi-han !
          Demandons-nous qui nous servons quand nous ânonnons «parasites», «terroristes», «wokistes» et j’en passe. Alors évidemment qu’il faudrait des centres de rééducation !
          Disons alors, des centres de décolonisation des imaginaires.

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