Aurelio Peccei et la revue « La Décroissance »

Nous aimons bien le mensuel « La Décroissance », coup de poing contre la pensée unique croissanciste. Nous aimons beaucoup moins le fait que tout ce qui bouge au niveau des écologistes y est automatiquement classé comme « écotartufe », que ce soit Hugo Clément ou Aurélio Peccei dans leur dernier opuscule (numéro de décembre 2020/janvier 2021).

Du point de vue des écologistes, nous voyons plutôt le côté positif de tous ceux qui veulent faire face à l’urgence écologique, et Aurelio (1908-1984), fondateur du Club de Rome en 1968,  est vraiment un précurseur qui pouvait écrire dans les années 1970 :

« Je suis né en homme libre et j’ai tâché de le rester. Alors j’ai refusé, j’ai refusé… vous comprenez ce que ça veut dire, surtout en Italie à mon époque : la soumission au conformisme religieux, le fascisme. Je me sens obligé de faire tout ce que je peux pour mettre à la disposition des hommes ce que je sais, ce que je sens, ce que je peux faire. Nous avons tellement développé notre capacité de production qu’il nous faut soutenir une économie dont le côté productif est hypertrophique.  On le fait avec ces injections de motivations artificielles, par exemple par la publicité-propagande. Ou on le justifie par la nécessité de donner du travail à des gens, à une population qui sont enfermés dans un système dans lequel, s’il n’y a pas de production, tout s’écroule. Autrement dit nous sommes prisonniers d’un cercle vicieux, qui nous contraint à produire plus pour une population qui augmente sans cesse… Nous avons été fascinés par la société de consommation, par les bénéfices apparents ou les satisfactions immédiates, et nous avons oublié tout un aspect de notre nature d’hommes. Le profit individuel, ou la somme des profits individuels, ne donne pas le profit collectif ; au contraire, la somme des profits individuels donne une perte collective, absolue, irréparable.  Nous le voyons maintenant avec le plus grand bien commun qu’on puisse imaginer : les océans. Les océans seront détruits si on continue à les exploiter comme on le fait actuellement. Ils seront exploités à 100 % pour les bénéfices personnels de certaines nations, de certaines flottes, de certains individus, etc. Et le bien commun disparaît. Les richesses que nous avons reçues des générations précédentes disparaissent. Notre génération n’a pas le droite de volatiliser un héritage, nous devons à notre tour le passer aux autres.

Nous sommes en train de détruire, au-delà de toute possibilité de recyclage, les bases mêmes de la vie. L’homme achèvera son œuvre irresponsable, maudite – il a détruit les formes animales les plus évoluées ; les grands animaux, les baleines, la faune africaine, les éléphants, etc. C’est l’aspect le plus voyant de notre puissance destructrice dans la biosphère. Quand nous coupons du bois pour en faire l’édition du dimanche d’un journal à grand tirage, qui est constitué pour 90 % de publicité qui est une activité parasitaire, quand nous reboisons, il nous semble que nous reconstituons la nature. En fait le fait d’avoir détruit un bois détruit tous ces biens infinis de vie qui avaient besoin de l’ensemble de ces grands arbres, et  qui étaient un tissu de cycles, de systèmes enchevêtrés l’un dans l’autre ; tout ce bouillonnement de vie est dégradé par le fait que nous avons, sur une grande superficie, coupé les arbres. C’est comme une blessure : après le tissu de reconstitue mais la cicatrice reste. Si nous le faisons sur des superficies très grandes, comme nous le faisons partout dans le monde, nous provoquons d’une façon irrémédiable une dégradation de la biosphère. L’homme, servant son intérêt immédiat, réduit la déjà mince capacité de support de vie humaine dans le monde : la biosphère, cette mince pellicule d’air, d’eau et de sol que nous devons partager avec les animaux et les plantes. Parce que nos connaissances nous ont donné des possibilités supérieures, nous pouvons engranger toutes les calories que nous savons puiser dans la terre, nous pouvons nous entasser dans des communautés plus vastes que celles que nous savons manier, nous pouvons obtenir des vitesses plus grandes que celles que nous savons maîtriser, nous pouvons avoir des communications plus rapides entres nous sans savoir quel contenu leur donner. Nous agissons comme des barbares, l’homme n’a pas su utiliser ses connaissances d’une façon intelligente. Les bêtes, elles, quand elles ont satisfait leurs besoins, ne tuent pas, ne mangent pas, n’accumulent pas, elles gardent leur nature primitive et belle.

Savoir communiquer demande la reconnaissance de valeurs communes, une possibilité créatrice et une vision de la vie. Nous avons perdu ces trois choses, et nous nous obstinons à créer des moyens de communication qui restent sans contenu. Nous donnons à nos enfants le téléphone, la motocyclette, la télévision, l’avion, etc., mais aucunement la capacité d’utiliser ces moyens techniques de façon créatrice. L’homme emploie ses connaissances pour créer des biens matériels, des machines, des biens consommables, et ce que nous appelons le progrès : ce ne peut pas être notre but. Nous sommes prisonniers des machines que nous avons créées. L’essentiel reste les élans spirituels, la morale, qui n’ont rien à voir avec la technologie, la technique, les gadgets. Notre culture s’est essentiellement axées, dans sa forme capitaliste ou socialiste, sur des valeurs purement matérielles. C’est ce que nous devons réformer en nous… »*

* Enquête sur le Club de Rome par Janine Delaunay (in Halte à la croissance) Fayard 1972, 318 pages, 26 francs

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4 réflexions sur “Aurelio Peccei et la revue « La Décroissance »”

  1. Le second problème c’est que tout ça hélas, comme le reste d’ailleurs, ne fait pas avancer grand chose. Généralement un écotartufe reste un écotartufe.

    Quant à Aurelio Peccei, comment pourrions-nous le mettre dans le même panier que Hugo Clément et Compagnie, puisqu’il n’est plus de ce monde ? Aurelio Peccei était d’une autre époque, disons même dire d’un autre monde. Alors ne mélangeons pas tout. Souvenons-nous qu’il était un gros industriel italien, qu’il fut entre autre directeur de FIAT, qu’il fut résistant pendant la guerre, qu’il était anti-fasciste, et qu’il fut aussi le fondateur du Club de Rome. Le club de Rome dont nous mesurons aujourd’hui les résultats au niveau de ce fameux réveil des consciences. En attendant, Aurelio Peccei restera évidemment dans la grande liste des précurseurs de la décroissance.

    1. Pour en revenir à notre jeune écotartufe, les potins merdiatiques (PARIS MATCH) nous informent qu’il est actuellement en train de sauver la planète avec la belle Alexandra Rosenfeld.
      – «C’est dans les Alpes que Alexandra Rosenfeld et Hugo Clément ont posé leurs valises pour profiter des sports d’hiver. »
      (Alexandra Rosenfeld et Hugo Clément, escapade au ski)

      1. Le fric c'est chic

        Saviez vous que notre jeune écotartufe habite depuis peu à Biarritz ? Très chic Biarritz ! Les vagues, le surf, à deux pas des Pyrénées, bien enneigées elles aussi en ce moment. Sauf que pour notre joli couple les Pyrénées c’est pas aussi chic que les Alpes.

  2. Se moquer c’est pas bien. C’est pas bien de qualifier d’écotartufe «tous ceux qui veulent faire face à l’urgence écologique». Et Hugo Clément est bien sûr de ceux-là. La bonne blague !
    L’intérêt de la rubrique «L’écotartufe du mois» est de permettre à certains qui se croient et/ou se prétendent écologistes, de se remettre en question. Et pas seulement les heureux élus. La moquerie, l’ironie, l’humour, ne sont ici que des modes d’expression. Voire des armes, pour parler dans le langage guerrier à la mode.
    Le premier problème avec ça, c’est la réaction de ceux qui se reconnaissent dans la caricature. Jusqu’à présent je n’ai pas vu de réaction disproportionnée de la part de tel ou tel écotartufe épinglé par «le journal de la joie de vivre». Pour moi c’est déjà une bonne nouvelle, les écotartufes peuvent encore faire preuve de juste mesure.

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