Planification écologique, un gadget ?

Si la France a abandonné l’idée d’une planification, c’est parce que la vitesse des innovations technologique et la diversification des modes de consommation ont empêché toute vision globale et rendu impossible la gestion de la complexité. Il n’en est pas de même en période de crise où la limitation devient la norme ; la parenthèse Covid-19 nous a d’ailleurs montré qu’on pouvait rapidement en rester à la couverture des besoins essentiels. Or le blocage énergétique et le réchauffement climatique nécessitent une baisse drastique de nos émissions de gaz à effet de serre, d’où l’urgence de limiter nos besoins de consommation et de simplifier notre appareil de production. Une planification par l’État des changements structurels nécessaires paraît donc nécessaire, et cela peut s’accompagner de plans territoriaux démocratiquement conçus au niveau local. A défaut d’accéder au second tour, Jean-Luc Mélenchon a réussi aujourd’hui à imposer son thème-phare, la planification écologique, qu’Emmanuel Macron a repris à son compte en annonçant qu’il en chargerait directement le premier ministre.

Jean Pisani-Ferry : Le dernier plan français a pris fin en 1992, les économistes répétaient que le rôle des gouvernements n’était pas de jouer les chefs d’orchestre, mais de donner un prix au carbone. Le reste – choix des technologies, spécialisation sectorielle, consommation, modes de vie – serait du ressort des agents privés. Cette belle architecture s’est défaite. En France, en 2013, l’abandon de l’écotaxe poids lourds a coûté 1 milliard d’euros en indemnités et la hausse de la fiscalité carbone est suspendue depuis fin 2018. Il y a pire. Si l’on veut qu’entreprises et ménages investissent pour réduire leurs émissions, il ne suffit pas de fixer le prix du carbone pour aujourd’hui, il faut aussi le programmer pour dans vingt ans. Et donc, oui, planifier. Il n’y aura de transition réussie que si les citoyens se reconnaissent dans un projet collectif, y voient la possibilité d’un avenir désirable et en deviennent les acteurs.

Lire, Planification publique et carte carbone

Commentaires :

Sarah Py : Le solutionnisme macronien, c’est la technologie qui nous sauvera, nucléaire, éolien, solaire, captation du carbone. La question de la sobriété, donc de sacrifices n’est qu’à peine esquissé, la transition climatique sera menée sans vraies ruptures;. Patrick Arthus, c’est Cassandre, ici tout coule d’un fleuve tranquille. Exit crises alimentaires, crises des métaux, risques géopolitiques, tout cela cède devant l’organisation planifiée de nos gouvernants.

Yves Poss : En clair, cette tribune de Patrick Arthus explique que l’engagement pris par Emmanuel Macron à propos de son « virage écologique » implique qu’il révise, en profondeur, le programme qu’il a présenté pendant sa campagne du premier tour. Et il a juste deux mois pour actualiser, adapter ses promesses anciennes à cet engagement nouveau, pour que les députés soient, eux, élus sur un programme qui vaudra engagement vis à vis des citoyens pour la durée de leur mandature. Vaste programme, et les jours sont comptés.

le sceptique : La planification écologique est soit un gadget de comm’, soit une mauvaise idée. La planification est l’horreur bureaucratique : des hauts fonctionnaires qui, après avoir commandité des rapports McKinsey, vont répercuter des directives aux administrations locales, qui vont essayer de forcer la main à des élus locaux, qui vont se cogner la grogne sociale sur le terrain. La France claque déjà un fric fou dans ce « modèle », l’argent public paie des réunions de bureau du mille feuille politico-administratif pour ajuster des normes illisibles et boucler des financements médiocres.

Bahvoyons : Les 10% les plus riches de la planète émettent entre 35 et 48 % de co2… comment demander la participation de tous si ceux-là continuent de bousiller la planète?

HdA @Bahvoyons : les 10% les plus riches dont vous parlez, c’est vous et moi, habitants des pays riches. 50% de notre impact vient des importations : les fringues pas chers que vous achetez avec frénésie, les copies chinoises des produits Occidentaux que vous trouvez sur tik-tok, vos paires de chaussures de sport, vos citytrips, votre smartphone, vos écouteurs, vos produits alimentaires, vos piles et batteries, vos streaming, vos livraisons à domiciles etc… Pas les « riches », ça. Mais la classe moyenne des pays riches et elle représente ces 10 % qui produit 50 % du CO2.

Philip69 : Le problème est que les pauvres sont beaucoup beaucoup plus nombreux que les riches, et que les vrais riches qui flambent et consomment à tout va ne sont qu’une infime partie de la population. Un milliardaire produisant 1000 x plus de CO2 qu’un smicard produit beaucoup moins de CO2 que 100.000 ou un million de smicards. Donc il est illusoire de penser faire passer la pilule de la décroissance en tapant sur les riches. D’autant que la seule aspiration des pauvres, c’est de l’être moins et de consommer plus. Il ne peut y avoir d’adhésion collective à un projet de régression

Izy @Philip69 : Il est complètement illusoire de faire passer la pilule du serrage de ceinture auprès des pauvres si les riches ne serrent pas la leur. Le problème ne vient pas des pauvres, mais de ceux qui les appauvrissent.

Lire, 2027, un ministre de l’Énergie et des Besoins

Nicolas Hulot : Dans le pacte écologique de 2006, je prenais clairement position. L’idée de planifier une politique de décroissance des consommations de matières premières et d’énergie peut choquer, tant nous sommes habitués aux discours inverses. Mais un tel point de vue recouvre néanmoins un principe de réalité incontournable. Personne ne souhaite aller vers une société de privation et d’abstinence, mais nous n’avons pas d’autre choix que de mettre en place des normes, des réglementations, des instruments fiscaux qui concourront à la modération des productions, des comportements et des consommations. J’entends déjà les cris d’orfraie : c’est une révolution ! Eh bien, oui ! Nous sommes, de fait, engagés dans une révolution, planétaire de surcroît. Qui peut imaginer que le défi écologique pourra se relever à la marge ?

MonsieurD : Les 30 glorieuses ont eu le succès que l’on connaît grâce en particulier à la planification. Les gouvernements successifs de la 4ème République sont allés de plans en plans successifs, amendés les uns après les autres, sans que l’alternance rapide des majorités ne change beaucoup de choses. Alors je ne vois pas pourquoi une planification écologique glissante par plans de 3 ou 5 ans ne réussirait pas la transition.

Partagez ...

5 réflexions sur “Planification écologique, un gadget ?”

  1. Esprit critique

    – « Jean-Luc Mélenchon a réussi aujourd’hui à imposer son thème-phare, la planification écologique, qu’Emmanuel Macron a repris à son compte en annonçant qu’il en chargerait directement le premier ministre.»

    Je l’ai dit X fois, le Système (capitaliste) est très fort pour récupérer (et recycler etc.) toutes les idées qui lui font obstacle. Cela fait des années que Mélenchon peaufine son plan, sa «planification écologique». Et comme sur ce terrain il a bien travaillé, creusé etc. qu’il en a même fait le coeur de son programme, et que finalement ça semble plaire à une partie non négligeable de la Clientèle … il n’y a donc rien d’étonnant à ce que Manu lui pique les idées.
    Ne serait-ce seulement que les mots, l’emballage. Le vol et l’enfumage, c’est de bonne guerre comme on dit.

    Macron et Mélenchon divergent sur la planification écologique (Les Echos – 9 mai 2022)

  2. Planifier, programmer, organiser… comme prévoir, anticiper etc. c’est ce que nous faisons tous. Souvent sans nous en rendre compte. Là derrière, le désir de dominer le monde et de tout maîtriser. On peut planifier n’importe quoi, un trajet en voiture par exemple, ou à vélo, en bateau, en avion etc. maintenant il y existe des gadgets pour ça. Simone de Beauvoir (Mémoires d’une jeune fille rangée) écrit : « je planifierais ses journées dans les moindres détails, j’en éliminerais tout hasard ». Maintenant si on fait le bilan, on s’aperçoit qu’il est plutôt rare que les choses se déroulent exactement comme prévu. Mais ça ne fait rien, on ne peut pas faire autrement. En attendant, nous sommes con damnés à tout planifier. Planifier c’est bien sûr aussi, et en même temps, gouverner. On se doit donc de planifier la (sacro-sainte) Transition Écologique. Bonjour la Planification Écologique.

    1. Prof Shadocko

      – « Et donc, oui, planifier. Il n’y aura de transition réussie que si les citoyens se reconnaissent dans un projet collectif, y voient la possibilité d’un avenir désirable et en deviennent les acteurs.» (Jean Pisani-Ferry)

      Seul l’avenir dira si la transition sera réussie ou pas. Tout dépend déjà de l’objectif, de la destination. Autrement dit du Plan, du Rantanplan, bref de la Planification. Transition et Planification font la paire, pour tourner en rond. De la même manière qu’on peut planifier n’importe quoi, on peut planifier n’importe quelle destination. De toutes façons tous les chemins mènent à Rome.
      – « Quand on ne sait pas où l’on va, il faut y aller… Et le plus vite possible.» (Shadocks)
      Au stade où nous en sommes, ce qui compte c’est d’avancer, de marcher ! Voire de ramer ou de pomper peu importe. Et si le pompage est planifié, alors c’est le Top.

      1. En attendant, planifions ! Planifier, pomper, ça occupe, ça entretient l’idée qu’on s’occupe des problèmes. Bref, planifier c’est sérieux !
        Plus sérieusement, quoique, Jean Pisani-Ferry parle d’un projet collectif, d’un avenir désirable, et de citoyens acteurs etc. Tout ça est bien sûr très joli, tout ça porte un nom, utopie. Qu’il ne faut pas confondre avec rêves de doux rêveurs.
        Seulement voilà, comment décoloniser les imaginaires ? Comment donner à ces millions de cons-sot-mateurs l’envie d’avoir envie d’aut’chose … et d’ailleurs ?
        Le premier objectif de la Planification Écologique devrait être que tous les petits bourgeois, gentilhommes ou pas (voir Alain Accordo), sachent déjà où ils habitent. Comment ? Peut-être en leur racontant cette histoire de caverne, de prisonniers enchaînés, et puis celle du chien et du loup… etc. etc. Mon Dieu quel chantier !

      2. Oui mais ! Pour que la Transition puisse être réussie, encore faut-il que la Planification le soit. Eh oui, comment pourrait-on réussir un truc si on a loupé le plan ? Ce serait alors un étrange coup de bol, non ? Et peut-on laisser une affaire aussi importante entre les mains du Destin ? Et après tout, pourquoi pas !
        Quoi qu’il en soit, avant de nous soucier de la réussite ou de l’échec de la Transition, il me semble moins con de réussir la Planification. La recette, le truc, le plan… ce n’est donc pas de planifier, connement, encore faut-il le faire bien. Et plus tard, dans vingt ou trente ans… on pourra, peut-être… voir si c’était un bon plan, ou pas.
        – Comment réussir la planification écologique ? (13/5/20222 huffingtonpost.fr )

Les commentaires sont fermés.