politique

Biosphere-Info : Post-covid = Post-croissance

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Selon toute vraisemblance, ce sont les politiques de relance économique à l’ancienne qui vont ressurgir avec la fin du confinement. Une période de renoncements et de sobriété partagée ne peut pas s’épanouir dans un monde formaté par le consumérisme et le productivisme. La baisse actuelle des prix du pétrole va même rendre attrayante l’idée d’une relance « grise », qui s’appuierait fortement sur des énergies fossiles temporairement bon marché. Il est donc d’autant plus nécessaire de penser un autre monde et de lutter contre ce système thermo-industriel prédateur. Comme l’exprimait René Dumont, nous devons faire notre possible pour que l’utopie devienne une réalité dans le futur. Ce blog biosphere existe depuis 15 ans, il a toujours défendu l’idée de post-croissance. Ci-dessous quelques extraits de nos articles récents sur le post-covid, cliquez sur le lien pour avoir l’intégralité :

26 avril 2020, Post-covid, les mauvais choix se précisent

Le HCC recommande de ne pas relancer le secteur aéronautique, le ministre de l’économie veut subventionner Air France…

25 avril 2020, Cyril Dion, « Le monde d’après » la covid-19

Cyril Dion : « Chaque territoire devrait pouvoir assurer une part essentielle de la production de nourriture de ses habitants…

22 avril 2020, post-covid, à quel prix le baril après-demain

Ubuesque paradoxe, la valeur du baril cotait à New York le 20 avril au-dessous de 0 dollar… à long terme le prix du baril va exploser, un immense choc pétrolier est inéluctable…

21 avril 2020, post-Covid, la conception d’Edgar Morin

L’épidémie mondiale du virus a transformé un mode de vie extraverti en introversion sur le foyer, mettant en crise violente la mondialisation…

20 avril 2020, Post-covid, pour un Conseil de la Résistance

commentaire d’une tribune de Dominique Méda

19 avril 2020, post-covid, pour une écologie de rupture

2020 devait être une année cruciale pour le climat et la biodiversité… il n’en sera rien…

17 avril 2020, post-covid, post-croissance, notre programme

Vers une économie « réelle » au service des biens communs (18 mesures)… lapenseeecologique.com/propositions-pour-un-retour-sur-terre/ 

16 avril 2020, post-Covid, l’impossible an 01 de l’écologie

En 1971, Gébé propose dans une BD « On arrête tout, on réfléchit et c’est pas triste ! » La population décide de suspendre production, travail, école, et de déterminer ce qui doit être redémarré ou pas…

12 avril 2020, Covid-19 va fermer durablement les frontières

« Le retour de la limite, c’est la manière de contrôler ce qu’on fait de nous-mêmes et où on décide de ne pas aller. La demande de frontières est humaine »…

11 avril 2020, Que disent les décroissants du coronavirus ?

La terre entière se ramasse un bon coup dans la tronche, faute d’avoir pensé à lever le pied, à penser sobriété heureuse…

10 avril 2020, post-Covid, une société sans pétrole ?

L’éditorial du MONDE titre : « Après la crise, sortir de notre addiction au pétrole. ..

5 avril 2020, post-covid, dette économique/dette écologique

Le fait de puiser davantage que la part renouvelable des ressources naturelles au sein d’un écosystème à l’équilibre délicat crée une dette écologique…

4 avril 2020, post-covid, décroissance et relocalisation !

En période de confinement, nous apprenons à faire nos course au plus près du domicile, les circuits courts sont recherchés, changer de comportement est facile quand on y est obligé….

2 avril 2020, post Covid-19, quelles activités suspendre ?

Bruno Latour : « A la demande « relançons le plus rapidement possible la production », il faut répondre par un cri : « Surtout pas ! » C’est maintenant qu’il faut se battre pour qu’ une fois la crise passée ne se ramène pas le même ancien régime climatique…

31 mars 2020, 1929-2020, stratégies écolos en temps de crise

Rappelons l’analyse de Jean-Marc Jancovici : « Si demain nous n’avions plus de pétrole, ni gaz, ni charbon, ce n’est pas 4 % du PIB que nous perdrions (la place de l’énergie dans le PIB), mais près de 99 %. Tant que nous ne nous mettrons pas la décarbonisation de l’économie au sommet de nos politiques, ce qui nous attend au bout du chemin est hélas uniquement le chaos et le totalitarisme…

29 mars 2020, Covid-19, la magie de l’argent inopérante

Avec le Covid-19 viendrait le temps de la magie, où les liquidités pourront apparaître là où l’on jurait qu’elles ne pouvaient plus se trouver. Mais comment mobiliser l’argent nécessaire à la rupture écologique vers une économie en phase avec les limites de la planète ?…

24 mars 2020, Après le Covid-19, vers une démondialisation

Le protectionnisme est une évidence à l’heure d’un libre-échange généralisé qui met la planète au pillage. Si la pandémie actuelle peut nous servir à renouer avec les vertus de la relocalisation, ce serait un miracle que nous attendons avec impatience…

21 mars 2020, Covid-19, donnons un revenu de substitution

Monnaie hélicoptère ou bien revenu universel de base…

18 mars 2020, Pire que le Covid-19, notre système prédateur

Dominique Méda : « Comme au sortir de la Seconde Guerre mondiale, il nous faut trouver l’énergie de la reconstruction. Une reconstruction non plus portée par l’idéologie prométhéenne de la mise en forme du monde à l’image de l’homme, mais par une éthique de la modération, de la limite, de la mesure…

17 mars 2020, Virus et état de guerre, allons à l’essentiel

Nous avons fait la guerre à la planète, épuisé ses richesses et ses potentialités, il est urgent de faire la paix. Mais cela veut dire aller à l’essentiel, pratiquer le rationnement pour une sobriété partagée et ce sur une période très très longue…

16 mars 2020, Virus et Climat, il faudrait agir de même

Stéphane Foucart : « Si les États œuvrent traditionnellement à favoriser, quoi qu’il en coûte, l’activité de leurs industries, ils peuvent aussi renverser ce paradigme. Si les États veulent éviter la part la plus catastrophique du réchauffement en cours et ralentir l’effondrement de la vie, ils devront sans doute – une fois consommé l’échec des politiques actuelles – user de la potion amère qu’ils s’administrent face au Covid-19…

13 mars 2020, Le virus Covid-19, vecteur de décroissance

Les militants de la décroissance l’ont rêvé, le coronavirus l’a fait : l’activité productive est à l’arrêt, le krach boursier est arrivé, les perspectives de croissance sont en berne, les déplacements sont réduits au strict minimum, les voyages par avion sont supprimés, les enfants restent en famille chez eux, le foot spectacle se joue à huis clos…

22 septembre 2018, Quelle transition pour le mouvement de la décroissance ?

Le mot fourre-tout « transition écologique » remplace l’imbécillité de l’expression « croissance verte » qui se substituait à l’oxymore « développement durable ». Sur ce blog, nous avons fait déjà une synthèse des éléments pertinents pour un programme écologique. Voici ce que pensent d’une « transition adaptée » certains décroissants aujourd’hui…

1er septembre 2017, BIOSPHERE-INFO, Gouverner la décroissance ?

Yves Cochet a rédigé le 1er chapitre d’un livre collectif, « Gouverner la décroissance ». Voici un résumé de son propos suivi par trois éléments déterminants d’un avenir aussi prévisible que difficilement maîtrisable…

L’après Covid-19 se prépare déjà en coulisses

L’ONU reconnaissait début 2018 près de 16 000 associations environnementales dans le monde, mais ce n’est qu’une des branches d’un activisme multiformes qui peut prendre aussi l’aspect de nombreuses Nimby plus ou moins déclarées. Au niveau de la France, les Assises de l’écologie et des solidarités avaient été lancées officiellement par EELV en mars 2018 avec l’objectif de faire émerger un nouvel espace pour l’écologie politique. Voici une présentation de la dernière réunion des Assises a réuni le mercredi 22 avril 2020 en visioconférence près de 40 personnes représentants 25 organisations :

9 associations de gauche ou écologiste,

– l’Arc en Ciel des jours heureux, qui regroupe une quinzaine de personnalités médiatiques, de la politique ou de la société civile, représentée par Marie Monique Robin

– Le collectif Big Bang représenté par Clémentine Autain

– La coalition des jeunes pour le climat représenté par Romain Olla

– Le Festival des idées représenté par Christian Paul

– La Fondation Copernic représentée par Pierre Khalfa et Willy Pelletier

– Les Convivialistes représentés par Alain Caillé

– Le collectif Résilience commune représenté par Grégoire Verrière

– Le collectif Unis pour le climat représenté par François Dubreuil

– Le pacte du pouvoir de vivre représenté par Philippe Lemoine

14 organisations partenaires des assises de l’écologie et des solidarités

– le parti AEI représenté par Julien LOpez

– le parti CAP21 représenté par Jean Rapenne, Philippe Segers et Béatrice Hovnanian

– la coopérative EELV représentée par Brigitte Giry et Denis Guenneau

– Le Mouvement européen DIEM25 représentée par Christine Patte

– Le parti EELV représenté par Julien Bayou, Hélène Hardy et Alain Coulombel

– Le parti Ensemble! représenté par Clémentine Autain, Roland Mérieux et Francis Sitel

– La fédération des élus verts et écologiste représentée par Catherine Hervieux

– Le parti GénérationS représenté par Claire Monod

– Les jeunes écolos représentés par Claire Lejeune, Romane Rozen et William Doré

– Le parti MEI représenté par Francine Herbaut et Antoine Waechter

– Le parti Nouvelle Donne représenté par Anne Hessel, Aline Mouquet et Elizabeth Gleizes

– L’archipel Osons les jours heureux représenté par Patrick Viveret et Marie Hélène Iznarn

– Le mouvement PEPS représenté par Patrick Farbiaz

– L’association d’éducation populaire UTOPIA représentée par Denis Vicherat et David Flachet

2 partis politiques n’étant pas partenaires des assises

– Place publique représenté par son président Jo Spiegel

– Le Parti socialiste représenté par Océane Charet Godart, membre du bureau du PS

Les Assises avaient décidées en septembre 2019 de passer d’une structure proche d’un archipel à durée temporaire à une structure permanente. La réunion d’avril 2020 d’une durée de trois heures fut essentiellement informative. Elle s’est conclue sur la volonté de faire rapidement une autre réunion. Cette tentative de rassemblement n’est encore qu’une ébauche, mais un jour ou l’autre l’écologie politique prendra la pouvoir, c’est une évidence, nous avons tous intérêt à ce que l’espèce humaine vive en harmonie durable avec les possibilités de la planète. Il nous faut d’urgence un CNR (Conseil National de la Renaissance), sinon nous crèverons collectivement du « narcissisme des petites différences » qui taillade les mouvements écolo-progressistes depuis des décennies.

La catastrophe covid ne sert par de pédagogie

Stéphane Foucart : « ...Face au rouleau compresseur de la pandémie, qui détruit les emplois, aggrave les inégalités, dépossède chacun de nous de ses libertés les plus fondamentales – se déplacer, se réunir, embrasser ses proches ou simplement mettre le nez dehors –, le réchauffement climatique demeure une préoccupation majeure… (Mais) le « monde d’après » la pandémie de Covid-19 s’annonce, en dépit des discours, la copie conforme de celui d’avant. »

Bullocrate sur lemonde.fr : Monsieur Foucart est vert… On le savait. Il a une préoccupation, la planète. Alors il devrait se féliciter, le virus a fait prendre conscience à la planète que nous étions tous liés. Mais comme tous les verts, monsieur Foucart n’a qu’une obsession, la montée des eaux et qu’un programme, la décroissance. Je renvoie M. Foucart à la tribune de DSK ( dont je m’étonne que Le Monde n’en ait jamais parlé ou cité), ce n’est pas avec la montée des eaux et des températures que vous donnerez du travail aux 26 millions de chômeurs américains. Et ce n’est pas en abandonnant le transport aérien et la construction aéronautique et automobile que vous créerez du PIB.

FG44 @bullocrate. :Ah, la sacro-sainte croissance… Celle qui nous fuit misérablement depuis 20 ans alors que l’on fait pourtant tout pour libéraliser le travail, détruire méthodiquement notre service public (on en voit quelques effets désastreux ces temps-ci, avez-vous remarqué?) et attirer ou garder les grosses entreprises à coup d’incitations fiscales (auxquelles les TPME et PME ont rarement droit)? Celle qui profite essentiellement aux 1 à 5% les plus aisés? Celle-là? Commençons déjà par répartir les fruits du travail équitablement et après on verra. Quant à demander son avis à DSK… Je ne crois pas trop en sa capacité à sauver le monde, franchement. Il ne tient qu’à nous de retrouver une manière plus harmonieuse d’envisager notre vie, nos vies, en symbiose avec le monde et les espèces qui nous entourent. Faute de quoi il n’y aura plus grand-monde pour en parler dans – allez… – 1 siècle ou deux. Mais vous pouvez bien sûr faire comme si de rien n’était.

DMA : Bullocrate vous êtes donc persuadé qu’il n’y a pas de limites à la croissance économique… Le choix n’est pas entre croissance et décroissance, mais entre décroissance contrôlée et décroissance anarchique.

Michel SOURROUILLE : Je croyais à la pédagogie de la catastrophe dès le début des années 2000 avec le pic pétrolier. Désabusé par l’inertie sociale, j’ai alors pensé grâce au réchauffement climatique que la catastrophe servirait de pédagogie. Aujourd’hui je suis désespéré, la sensibilité écologique progressé mais les politiques économiques restent suicidaires. Les avertissements multiples de différentes branches de la science sur l’imminence des catastrophes écologiques et démographiques n’ont entraîné que quelques brèves dans quelques médias sans rien changé au modèle croissanciste soutenu par les politiciens de tous bords. La crise profonde liée à la maladie Covid-19 montre encore une fois que l’expérience historique n’est qu’une lanterne accrochée derrière notre dos et qui n’éclaire que notre passé.

A.Lari : On avait vu des poissons revenir dans la mer, la pollution et le bruit diminuer drastiquement, les voitures et les avions à l’arrêt, la consommation effrénée de produits inutiles s’arrêter… On pensait qu’on n’avait pas d’autre choix que de se prendre le mur, et le virus nous a montré le contraire. Je crains aussi le retour au monde d’avant. Ce serait un immense échec car on n’a plus d’excuse pour nous adapter aux capacités de la planète. Ce virus a aussi mis en exergue le besoin d’équilibrer les richesses entre les hommes. Il a montré le besoin de personnel politique compétent (et pas juste « communicant du sérail » qu’on a partout en France).

Dmg : Hélas, trois fois hélas… mais les raisons sont connues… ceux qui profitent du système actuel ne veulent surtout pas qu’il change et ont les moyens d’arriver à leurs fins. Et les politiques sont myopes qui ne voient pas plus loin que leur prochaine réélection : la sortie de la crise Covid devra être effective avant 2022. Le changement climatique, bof, c’est dans 20 ans… Et on fait tout pour anesthésier les gens et les empêcher de créer un réel mouvement de fond : là, avec le Covid, c’est pain béni puisque tout rassemblement est de facto interdit, et que les infos sont focalisées sur ce seul événement. Sauf que ces manœuvres de report nous mènent encore plus sûrement à la catastrophe.

DMA : Le choix pour les décennies à venir ne sera pas entre croissance et décroissance, mais entre décroissance contrôlée et décroissance brutale et anarchique. La disponibilité des ressources naturelles diminue à grande vitesse et l’Europe, qui importe la majorité de l’énergie qu’elle consomme, est particulièrement vulnérable. Néanmoins, après 150 ans de croissance presque ininterrompue, nos « élites » (et une bonne partie de nos sociétés) n’ont tout simplement pas envie de comprendre ou d’accepter cette réalité. La croissance est, pour elles, le seul scénario concevable. C’est bien plus qu’une idéologie, c’est une croyance quasi religieuse.

R.Vermeersch : Des milliers de milliards de dollars pour sauver des millions de personnes maintenant. Mais si peu pour en sauver des milliards d’autres dans un futur proche.

Philipp69 : Il n’y a guère que des gens surprotégés et ayant tout le loisir de rêvasser à un monde qui leur paraîtrait meilleur. Tous les autres, partout dans le monde, aspirent à retrouver un même nombre d’emplois et le même pouvoir d’achat, la liberté individuelle et capacité de bouger… Hélas, pour beaucoup, la décroissance sera autre chose qu’un choix et elle s’imposera durement.

RDF : J’ai la chance que mon travail est – pour le moment- assez peu voire pas impacté par Covid-19. Je me rends bien compte que pour beaucoup (plus) d’autres cela peut signifier la perte de leurs moyens de subsistance – foutue angoisse ! Comment expliquer à ces gens qu’il y aurait quelque chose de mieux qu’un retour au « business as usual » – quel qu’il soit ? Nous savons tous que tant la limitation au supportable que l’adaptation au changement climatique impliquent des renoncements douloureux. Certes pas uniquement : il pourra y avoir de réels bénéfices – mais seulement peut être et seulement APRÈS les pertes… Comment demander à ceux qui sont à genoux de supporter encore une charge supplémentaire – spécialement quand ceux qui le pourraient le mieux envisagent de … quitter le navire (maisons en Suède ou bunker sur île privée)…? Il y a les factures à payer, les crédits à rembourser : c’est ÇA qui nous enchaîne au « business as usual » – en temps « normal ». Et combien plus par temps de crise!

MD : Dans quelques mois nous allons voir ce que signifie la décroissance, des millions de chômeurs. Mais les petits hommes verts ne seront pas concernés, ils sont fonctionnaires.

zut alors @ MD : C’est sur qu’il vaut mieux le plein emploi dans un monde invivable…

R3D3 : Salut, je suis un « petit homme vert ». Employé en CDD. La décroissance ce n’est pas ça. Ce n’est pas la crise économique. La décroissance, c’est un monde où tout le monde a à manger, à boire, accès aux soins, et où on ne dort pas dans la rue. Où on est plus sobres, mais aussi plus heureux, et pas inactifs. Pas un monde des 1% dans leurs gratte-ciels, et des 99% sur le pâvé. Lisez des articles sur la décroissance, ou croissance zéro, pour savoir ce que c’est vraiment. Le but c’est de réorienter l’économie vers des emplois à faible empreinte écologique, et haute valeur sociale.

Awriluw : La nature est sur un cycle de plusieurs milliers d’années. Coronavirus ou autre, homo-sapiens ou autre, notre planète évolue sur ce cycle. Les « petits » soubresauts dus à notre civilisation sont négligeables sauf pour nos modes de vie. Un seul volcan majeur peut supprimer toute vie humaine. RdV dans quelques millions d’années pour voir l’état de la terre avant son absorption par son soleil.

Phil86180 : Si on continue avec le système libéral devenu complètement fou il y aura une autre pandémie encore plus grave jusqu’à ce que l’humanité disparaisse ce sera certainement ce qu’il y aura de mieux c’est l’espèce la plus dangereuse et la plus stupide.

Covid-19, une pédagogie de la catastrophe ?

Je croyais à la pédagogie de la catastrophe dès le début des années 2000 avec le pic pétrolier. Désabusé par l’inertie sociale, j’ai alors pensé grâce au réchauffement climatique que la catastrophe servirait de pédagogie. Aujourd’hui je suis désespéré, la sensibilité écologique a progressé mais les politiques économiques restent suicidaires. Les avertissements multiples des différentes branches de la science sur l’imminence des catastrophes écologiques et démographiques n’ont entraîné que quelques brèves dans quelques médias sans rien changer au modèle croissanciste soutenu par les politiciens de tous bords. La crise profonde liée à la maladie Covid-19 montre encore une fois que l’histoire n’est qu’une lanterne accrochée derrière notre dos et qui n’éclaire que notre passé. Voici l’opinion de Stéphane Foucart qui confirme notre analyse :

« Le « monde d’après » la pandémie de Covid-19 s’annonce la copie conforme de celui d’avant. En Europe, aux échelons communautaires comme nationaux, tout concourt à relancer les économies sans considération pour la question écologique. Le Green Deal est remis en cause par une majorité d’Etats membres. L’industrie de la plasturgie réussit la prouesse d’un retour en grâce du plastique à usage unique. L’agro-industrie demande des assouplissements de normes sur l’usage des pesticides. En France, aucune contrepartie climatique n’a été demandée aux grands groupes qui se verront soutenus à hauteur de 20 milliards d’euros d’argent public.  La gestion de la pandémie de Covid-19 et les mesures nécessaires à la sortie de crise conspirent à faire de l’environnement une question subsidiaire. Pourtant, la mise à l’arrêt de l’économie était une opportunité de refaire de la politique au sens premier du terme, c’est-à-dire de définir et de poursuivre des objectifs communs désirables, de choisir les secteurs d’activités à relancer et à soutenir. La catastrophe en cours nous ouvre à la fragilité du système que forme l’interconnexion des structures sociales, du système productif et de la biosphère. Si le réarrangement de quelques nucléotides sur l’ARN d’un virus transporté par un petit mammifère est capable du désastre en cours, qui peut imaginer ce que produira sur le long terme l’élévation de plus d’un mètre des océans, comme le promettent les experts du climat pour les prochaines décennies ? Il y a, en somme, une pédagogie de cette crise. Que de la catastrophe il puisse naître quelque chose. »

Voici maintenant quelques extraits de nos articles antérieurs sur la pédagogie de la catastrophe :

16 décembre 2018, Serge Latouche et la pédagogie des catastrophes

« Lorsque j’ai commencé à prêcher la décroissance, j’espérais que l’on puisse bâtir une société alternative pour éviter la catastrophe. Maintenant que nous y sommes, il convient de réfléchir à la façon de limiter les dégâts. En tout cas, la transition douce, je n’y crois plus. Seul un choc peut nous permettre de nous ressaisir…

7 septembre 2014, La récupération de la catastrophe par les technocrates

Nombreux sont les écologistes qui attendent un sursaut : au pied du mur, peut-être ferions-nous demi-tour ? Non, les catastrophes n’ont pas conduit à un « on arrête tout, on réfléchit ». Non, le chaos n’entraîne pas de lui-même une prise de conscience salvatrice. Nous sommes toujours aveuglés par la religion de la croissance destructive, nous considérons toujours l’homme comme supérieur à son milieu, la Terre comme un réservoir inépuisable…

14 juin 2014, Pédagogie de la catastrophe n’est pas catastrophisme

Comme je suis un adepte de la pédagogie de la catastrophe (pour que ce ne soit pas la catastrophe qui serve de pédagogie), je me permets de vous envoyer les statistiques suivantes à utiliser sans modération…

4 août 2009, pédagogie de la catastrophe

Malgré les avertissements du GIEC, il ne faut rien attendre de Copenhague en décembre prochain : des conciliabules entre diplomates ne peuvent pas faire ressentir l’urgence de la lutte contre le changement climatique…

1er septembre 2007, pédagogie de la catastrophe

Un centre d’expertise anglais, l’Institute for Public Policy Research (IPPR), a récemment publié les résultats d’une recherche qui analyse la manière dont les médias britanniques traitent du changement climatique…

9 octobre 2006, On pêche trop de poissons !!!

Chaque année, la New Economics Foundation (NEF),  calcule la date à laquelle la consommation de ressources par l’humanité dépasse la capacité de renouvellement de la planète. Cette date anniversaire a été baptisée « Jour de la dette écologique » (« Overshoot day »). Cette année, on vient juste de tourner la page, c’était le 9 octobre… La Biosphère  te dit : « Si la pédagogie de la catastrophe ne sert à rien, alors ce sera la catastrophe qui servira de pédagogie. »

Post-covid, les mauvais choix se précisent

Thèse : « Ce n’est pas le moment de soutenir l’aviation coûte que coûte » : le Haut Conseil pour le climat rappelle l’urgence de la transition écologique. Le HCC recommande de conditionner l’octroi d’aides publiques à des acteurs privés ou à des collectivités à « l’adoption explicite de plans d’investissement, avec mesures de vérification, et de perspectives compatibles avec la trajectoire bas carbone ». Par exemple, toute aide au secteur aérien doit être conditionnée à la mise en place d’un plan précis pour atteindre la neutralité carbone. « Ce n’est pas le moment de soutenir l’aviation coûte que coûte, mais d’ouvrir le débat sur le fait de réduire les déplacements en avion, prévient la climatologue Corinne Le Quéré, présidente du HCC. Des aides (formation, reconversion) aux travailleurs des secteurs très émetteurs peuvent parfois être préférées à une aide sectorielle. » (LE MONDE du 23.04.2020)

Antithèse : Un plan « historique » pour « sauver notre compagnie nationale ». Le ministre de l’économie et des finances, Bruno Le Maire n’a pas hésité sur les mots ni sur les moyens pour soutenir Air France. Air France va recevoir une enveloppe de 7 milliards d’euros, a fait savoir le ministre, lors d’une interview donnée, vendredi 24 avril, au journal de 20 heures de TF1. Cette aide se décomposera en 4 milliards d’euros de prêts bancaires garantis à 90 % par l’Etat et en 3 milliards d’euros de prêt direct de l’Etat. (LE MONDE du 25.04.2020)

Synthèse : D’un côté le Haut Conseil pour le climat qui avait tenu sa première réunion de travail le 31 janvier 2019 deux mois après avoir été officiellement lancé par Emmanuel Macron. C’est une instance qui ne fait que formuler des recommandations. Autant dire qu’elle ne sert à rien face aux lobbies thermo-industriels. Nos politiciens actuels sont formatés pour reconduire après le confinement le business as usual. Les constructeurs allemands d’automobiles exigent déjà une « prime à la casse » comme celle obtenue après la crise de 2008-2009. Trump éructe : « Nous ne laisserons jamais tomber la grande industrie pétrolière américaine ». Même le HCC se laisse aller à soutenir la voiture individuelle en misant sur les moteurs « propres » des véhicules électrique. Autant dire que nous ne voulons pas mettre une société bas carbone, basée sur la marche, le vélo et le raccourcissement des distances entre domicile et travail, entre lieu de résidence et villégiature.

C’est pourquoi l’écologie politique doit employer une « rhétorique de la guerre ». Avant même le coronavirus, nous étions déjà au niveau écologique en situation de guerre en temps de paix. Il existait déjà de multiples mouvements de résistance à la société thermo-industrielle, Greenpeace, Extinction rebellion, Amap, etc. Nous ne sommes pas occupés par une armée étrangère, mais enrégimentés par un système croissanciste pervers qui met les gens de son côté par une fausse abondance. Dans ce contexte les résistants sont minoritaires et les collabos très nombreux. La situation de confinement forcé recrée une atmosphère de guerre, avec les laissez-passer, les assignés à résidence, la surveillance généralisée, les condamnations des réfractaires… Le côté positif, c’est que la politique gouvernementale montre dans les faits qu’elle a tout pouvoir puisqu’elle peut suspendre toute la vie économique même au prix d’une récession brutale. Le gouvernement de Macron a mis en place avec la lutte contre le SRAS-CoV-2 une administration de temps de guerre, des politiques publiques économiques et sociales exceptionnelles, un état juridique d’exception. Un gouvernement décroissanciste aurait donc les moyens de son objectif. Cette pratique d’arrêt est, pour nous écologistes, nécessaire vu l’état d’épuisement de la planète. Ce n’est pas encore apparent pour beaucoup, nous sommes déjà en situation de pénuries, que ce soit par épuisement des ressources naturelles renouvelables et non renouvelables . Une écologie de rupture avec le système dominant ne peut pas s’opérer sans efforts importants de tous et toutes, producteurs, consommateurs, citoyens, comme en temps de guerre. Sauf qu’il ne s’agit pas de lutter contre un virus, mais d’abord contre nous-mêmes, nos propres habitudes de société de consommation et du spectacle.

Dans une économie écologique sans avions ni véhicules individuels, la production « de masse » s’effondre, nous recherchons l’autonomie territoriale. Toutes les activités seront reconfigurés pour revitaliser travail aux champs et artisanat. La sobriété devra être partagée, les riches devront donner leurs lingots pour soutenir notre combat. Il ne s’agit pas de concevoir une stratégie de relance globale (déficit budgétaire et monnaie fondante) et d’aides aux entreprises polluantes, mais d’une restructuration dans ses plus intimes détails de la société marchande. Il s’agit de faire politiquement de la taxonomie, classer les activités productives selon leur impact sur la durabilité ou non de la planète, déterminer nos véritables besoins, lutter contre notre boulimie de mobilités de toutes sortes. Nous devrons abandonner beaucoup de nos esclaves énergétiques pour compte davantage sur nos forces endosomatiques, finalement retrouver des éléments qui s’apparente à la situation actuelle de confinement. De toute façon, étant donné les caractéristiques pernicieuses du SRAS-CoV-2, il semble qu’il va falloir s’adapter à des confinements partiels sur une grande période. Un parti écologiste devrait saisir cette occasion pour montrer qu’avec la sobriété partagée nous pouvons aller vers une société écologique, vivable, viable et durable. Ce passage ne sera réalisable qu’en mettant en place une situation de guerre en temps de paix à vocation bas carbone. Mais ce n’est pas ce à quoi pense Bruno Le Maire, Trump, et la totalité des dirigeants de cette planète.

post-covid, à quel prix le baril après-demain

Ubuesque paradoxe, la valeur du baril cotait à New York le 20 avril au-dessous de 0 dollar, un prix négatif. Autrement dit, les spéculateurs cherchaient à se débarrasser de leurs barils tellement le marché était saturé. La Covid-19 a fait chuter a demande de 30 %, les déplacements en voiture ou en avion sont réduits au minimum. Cette chute illustre aussi la financiarisation du pétrole ; les spéculateurs qui avaient acheté un contrat pétrolier n’ont pas de lieu pour stocker le pétrole et attendre des jours meilleurs. Enfin les considérations géopolitique sont toujours présentes, l’Arabie saoudite et la Russie s’étaient lancées dans une violente guerre des prix en augmentant leur production pour remporter des parts de marché. Bien que spectaculaire, ce prix négatif pour le contrat à terme WTI (West Texas Intermediate) n’est qu’anecdotique. Les économistes sont très forts, ils peuvent expliquer une chose et son contraire, la prospérité éternelle et la crise profonde… après que les faits se soient déroulés. Sur ce blog biosphere, nous ne nous intéressons qu’aux déterminants du long terme et pas à l’écume des jours présents.

A moyen terme le pétrole pas cher va inciter beaucoup de pays à pratiquer une relance « grise », basée sur les énergies fossiles, dès la fin des mesures de confinement. Et donc que les émissions de CO2 vont repartir à la hausse. Exit la lutte contre le réchauffement climatique, place aux politiques de relance, au soutien des compagnies aériennes et aux incitations à consommer à crédit. Pour un écologiste, le monde d’après ressemblera étrangement au monde d’avant, quelques problèmes de passage aux différentes frontières exceptés. Situation ubuesque, certes, mais toute l’économie mondiale est actuellement ubuesque…. l’argent continue et continuera à ruisseler sur les murs des banques, quelques spéculateurs vont s’enrichir encore plus, d’autres s’appauvrir beaucoup plus, le Peuple retournera à l’usine et l’État ne pourra qu’accentuer la pression fiscale pour compenser notre arrivée en récession post-covid. Et tout le monde trinquera face à une inévitable envolée des prix, peut-être même une hyper-inflation…

De tout façon à long terme le prix du baril va exploser, un immense choc pétrolier est inéluctable et ses conséquences seront encore plus dévastatrices pour la société thermo-industrielle que le SARS-cov-2. C’est inéluctable car le pétrole est une ressource non renouvelable dont nous consommons 100 millions de barils par jour pour faire travailler nos esclaves énergétiques à notre place. Quand il n’y en aura plus, il n’y en aura plus, c’est aussi simple que cela, on peut l’expliquer à un enfant de 5 ans avec des bonbons dont on mange le dernier devant lui. Voici quelques extraits de nos écrits sur ce blog biosphere :

19 septembre 2018, Le baril de pétrole à 80 dollars, ridiculement bas !

Pour la première fois, la barre historique des 100 millions de barils produits par jour a été franchie au mois d’août, soit 15 900 000 000 litres, soit environ deux litre par jour et par habitant au niveau mondial ! C’est vertigineux, démentiel, non durable. La prise de conscience planétaire pour le climat, le fait de devoir laisser les ressources fossiles sous terre pour éviter la catastrophe est encore loin. Pour rester en dessous de la barre symbolique de 2°C d’augmentation de la température mondiale, il faudrait en effet s’abstenir d’extraire un tiers des réserves de pétrole, la moitié des réserves de gaz et plus de 80 % du charbon disponibles dans le sous-sol mondial. Or les pays membres de l’OPEP, le cartel des exportateurs de pétrole, ont pourtant augmenté leur production ces derniers mois…

3 juin 2018, Quel est le véritable prix du baril de pétrole ?

Le prix du baril Brent était de 74,75 dollars le 29 mai 2018, le marché du système libéral ne sait pas si demain il sera à 20 dollars ou à 1000 dollars. Tout ce qu’on prévoit quand on raisonne en fonction des réalités géophysiques, c’est que le pic du pétrole conventionnel est déjà dépassé depuis 2006, ce qui aurait dû entraîner une hausse constante de prix car plus c’est rare, plus c’est cher. Quel est le véritable prix du baril de pétrole ? Il va tendre vers l’infini au fur et à mesure qu’on se rapprochera des dernières gouttes de pétrole à extraire.

11 mars 2017, Le quadruplement du prix du baril, une bonne nouvelle

Nous vivons actuellement un contre-choc pétrolier, les cours du baril sont tombés de 114 dollars mi-juin 2014 à 55 dollars… Pourtant nous avons dépassé le pic pétrolier, le moment où nous avons atteint le maximum de production possible avant le déclin, comme l’avait déjà signalé l’AIE : « La production de pétrole conventionnel a atteint son pic historique en 2006, elle ne le redépassera jamais. »… N’oublions pas que lors du choc pétrolier de 1973, le prix du baril a quadruplé dans l’année. Et nous sommes aujourd’hui à 55 dollars le baril… Comme les conférences sur le climat n’ont servi à rien depuis 22 ans, comme les entreprises ne pensent qu’en termes de profit à court terme, il faudra attendre l’affolement des cours du pétrole pour que l’économie retrouve sa vraie définition, l’art d’économiser. Prévoyez dès aujourd’hui d’avoir besoin dans votre mode de vie le moins possible d’une voiture. Sinon, catastrophe !

30 mars 2009, juste prix du baril

Les spécialistes n’ont pas vu venir l’envolée des prix du baril (147,5 dollars à la mi-juillet 2008) ni son effondrement (35 dollars mi-décembre).Pourtant le spécialiste du Monde (rubrique matières premières, 29-30 mars) s’interroge doctement sur le juste prix ou optimum économique. A-t-il la réponse ? Oui, il a la réponse : « Le prix équitable se situe autour de 70 dollars ». Pour l’affirmer, il suffit à Jean-Michel Bezat de recopier ce que réclame les pétromonarchies du Golfe…Les générations futures se passeront de pétrole, elles n’avaient qu’à naître au moment des Trente Glorieuses, période qu’on surnommera plus tard les années toxiques.

Post-covid, pour un Conseil de la Résistance

« Comme en 1944 avec le Conseil National de la Résistance, la conception d’un programme post-covid ne peut revenir qu’à une large coalition d’acteurs représentatifs de toute la société » écrit Méda. C’est historiquement faux, l’élaboration d’un programme de gouvernement ne se fait pas avec une coalition d’acteurs, mais par un petit nombre d’individus. Le CNR avait chargé un Comité général d’étude de préparer une plate-forme politique pour la France d’après la Libération. En novembre 1943 à Alger, le général de Gaulle entérine les points essentiels élaborés par ce Comité. De plus Dominique Méda fait une autre erreur, miser sur une coalition d’acteurs. C’est pratiquement impossible, on assiste depuis plusieurs années aux vaines tentatives de rassembler la gauche et les écologistes, c’est Sisyphe. Exemples, l’échec de l’Union à la dernière présidentielle entre le PS, EELV et Mélenchon ni sur less différentes tentatives d’Archipel et autres appels très médiatisés à l’unité !

Pourtant l’urgence écologique, éclatement partisan ou pas, Covid-19 ou pas, est toujours là. Nous avons absolument besoin d’un programme équivalent au CNR. Dominique Méda a raison de vouloir une « reconversion écologique », l’opinion publique y est d’ailleurs préparée. Mais il faudrait que l’écologie politique refuse clairement une écologie superficielle, adepte de l’écoblanchiment (greenwashing), genre croissance verte, agriculture raisonnée, moteur propre, etc. Il nous faut une écologie de rupture, et donc préciser les solutions dont parle Méda. Par exemple la notion de « planification »doit s’accompagner de la notion de taxonomie (cf définition en annexe). Pour la notion de « rendre les territoires les plus autosuffisants possible », il nous faut utiliser l’expression « communauté de résilience », bien documentées sous différentes appellations complémentaires. Pour l’idée de « rompre avec la division internationale du travail », il ne faut pas avoir peur de parler de protectionnisme ou même de démondialisation. Pour « réduire considérablement l’éventail des salaires », il faut introduire l’idée de revenu maximum, ce qui d’ailleurs devrait inclure l’ensemble des revenus et pas seulement ceux du travail. Yves Cochet a vainement tenté depuis des années d’orienter EELV vers une écologie de rupture, il est actuellement complètement désabusé et attend l’effondrement final réfugié dans sa longère. On en peut qu’espérer que la période de sobriété partagée que nous traversons en ce moment va être propice à une résurgence de ses idées programmatiques.

Dominique Méda a aussi raison sur un autre point : « Le risque est grand qu’au lieu de jouer un rôle d’alerte, la brutalité inouïe du confinement n’incite les gouvernements à pousser comme jamais les feux du productivisme et du consumérisme pour faire repartir l’économie comme avant. Le risque est réel de voir se développer des relances « brunes » massives, et du côté des consommateurs, des pulsions d’achats consolatrices qui contribueront toutes à augmenter la crise écologique. Le risque est quasi avéré de voir les légitimes appels à la post-croissance ou à la décroissance balayés d’un revers de main. » D’où l’idée de Résistance, comme pendant une guerre d’occupation. Des mouvements émergent dont nous avons déjà parlé sur ce blog biosphere :

22 février 2020, Urgence écologique, rébellion nécessaire

9 octobre 2019, Tout savoir sur Extinction Rebellion

20 avril 2019, CLIMAT : la semaine internationale de rébellion

28 août 2018, Jean-François Noblet, manuel d’éco-résistance

13 juillet 2018, Deep Green Resistance, ne nous trompons pas d’ennemi

(Commentaire d’une chronique de Dominique Méda dans LE MONDE)

post-Covid, l’impossible an 01 de l’écologie

En 1971, Gébé propose dans une bande dessinée une révolution non-violente : « On arrête tout, on réfléchit et c’est pas triste ! » La population décide de suspendre production, travail, école, et de déterminer ce qui doit être redémarré ou pas. Les fabricants de voiture ? Les grands magasins ? Les grandes fermes industrielles ? Dès les premières pages de la bande dessinée, le ton est donné : il faut arrêter ce mode de vie qui n’a plus de sens et qui mène la planète à la catastrophe. Aujourd’hui en 2020 une tribune dans LE MONDE* veut remettre ça : « Pendant l’épidémie des millions de travailleurs se sont très concrètement interrogés sur l’utilité de leur travail… Après le confinement, il nous faut retourner dans nos lieux de travail pour y tenir des assemblées où décider de ce que nos productions doivent devenir : être arrêtées ? réorientées dans un sens soutenable écologiquement, socialement, moralement ? relocalisées en mondialisant autrement ? »

Comme si pendant le confinement les gens étaient devenus des décroissants pensants ! Comme si après le confinement les gens ne voudraient pas revenir à leur vie d’avant sans qu’on discute à perte de vue du monde d’après ! La réalité qui nous attend est une société toujours aussi croissanciste, avoir plus de pouvoir d’achat, acheter ce que la publicité vante, des bénéfices pour les entreprises, un pouvoir fort car sécurisant, en attendant les Jeux Olympiques reportés à 2021… Nous aurons un gouvernement qui ne pense que relance économique, endettement massif et business as usual ! Tout le contraire de ce qu’il faudrait faire, et pourtant les gens seront contents.

Un gouvernement devenu écolo aiderait les gens à penser la résilience à long terme, pousserait les entreprises à devenir bas carbone, instaurerait par la culture un nouveau rapport à la nature… Nous savions déjà au début des années 1970 ce qu’il faudrait faire si on était écolo, ne pas déstructurer les solidarités de proximité et les emplois localisés, ne pas verser dans l’agro-industrie et faire ainsi le vide dans les campagnes, miser sur les techniques douces et non mettre en place le tout-nucléaire, interdire la publicité pour en rester aux besoins essentiels, perfectionner le système de santé et ne rien donner aux militaires, etc. Depuis cinquante ans, nous avons fait le contraire de ce qu’il faudrait faire, et en conséquence la société est maintenant structurée autour de la bagnole et du supermarché avec un yaourt qui a fait le tour de la planète avant d’arriver dans notre assiette. Comment un gouvernement pourrait-il faire autrement après le confinement que remettre le wagon sur ses rails croissancistes ?

Notre constat semble pessimiste, il se veut seulement réaliste. D’autant plus réaliste que je constate l’impréparation absolue du parti EELV de penser la gestion d’une grave crise comme celle que nous traversons. Notre ami Yves Cochet de son côté prépare la fin du monde dans sa longère à la campagne : « L’effondrement peut d’abord prendre la forme d’une guerre liée à la raréfaction des ressources. Ou provenir d’épidémies dues à une insécurité sanitaire – le moustique-tigre remonte les latitudes, amenant le chikungunya ou la dengue –, ou de famines. Pour s’en sortir, il faudrait une économie de guerre comme à Londres, en 1941. Je suis pour le rationnement de l’essence, des vivres, des vêtements, et pour le contrôle des naissances. Mon discours ne fera jamais recette. Je ne suis pas entendu, et c’est précisément pour cela que l’effondrement va arriver. »**

Restons optimiste. Nous connaissons déjà beaucoup de méthodes pour construire une société post-croissanciste, viable et vivable. En voici un exemple, officiel. La taxonomie écologique***, classement des activités plus ou moins « propres » au niveau des entreprises, des techniques et des ménages, pourrait servir de point de repère à nos comportements. La Commission européenne avait publié le 18 juin 2019 une proposition de « référentiel d’activités durables » pour permettre aux investisseurs et aux entreprises d’identifier les secteurs qui génèrent des bénéfices environnementaux, c’est-à-dire qui contribuent significativement à la lutte contre le changement climatique sans pour autant provoquer des dommages collatéraux. Ce serait une avancée politique majeure. Mais en décembre 2019 la France et le Royaume-Uni ont bloqué la tentative de taxonomie parce qu’elle rendait pratiquement impossible le financement de l’énergie nucléaire par des produits financiers durables. Moralité : ce n’est pas parce qu’on échoue souvent qu’il ne faut pas persévérer dans la bonne voie.

* https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/04/14/economie-comment-ne-pas-redemarrer-pour-tout-recommencer_6036564_3232.html

** Le Parisien (7 juin 2019, «L’humanité pourrait avoir disparu en 2050»)

*** 18 décembre 2019, L’art de classer ce qui est bien ou mal

NB : Le mouvement PEPS (Pour une écologie populaire et sociale) semble être à l’origine de cette tribune.

Les USA font triste mine face à la Covid-19

Tous les dirigeants américains tiennent le même discours, anti-écolo. Le président George H. W. Bush père prévenait déjà la planète que « le mode de vie des Américains n’est pas négociable ». Ne nous trumpons pas, Obama a le même fond, les Américains d’abord. Lors de son discours d’investiture le 20 janvier 2009, Barack Obama affirmait :  « Nous n’allons pas nous excuser pour notre mode de vie, nous le défendrons sans relâche.» Lors de son discours d’investiture le vendredi 20 janvier 2017 Donald Trump confirmait : « A compter de ce jour, il n’y aura plus que l’Amérique d’abord, l’Amérique d’abord ». Les différences importent peu dans ce contexte en phase avec la culture américaine. Pourtant Obama se voudrait plus perspicace. Lors d’une conférence à Paris le 2 décembre 2017, son discours valait plus que parole d’évangile à 4000 dollars la minute ; l’ex-président avait listé ses trois principales « peurs » : le changement climatique, la prolifération nucléaire et la crainte d’une pandémie mondiale à l’image d’une grippe espagnole décuplée par le développement fulgurant des transports aériens. De son côté , Donald Trump avait qualifié en novembre 2012 les changements climatiques de canular lorsqu’il avait envoyé un tweet dans lequel il déclarait : « Le concept de réchauffement climatique a été créé par et pour les Chinois afin de rendre le secteur manufacturier américain non compétitif. » De nos jours le même Trump persiste à appeler le Covid-19 « virus chinois » !

« Keep America great … » ! Pour préparer sa réélection en novembre 2020, décidément Donald Trump voudrait être le premier en tout : courbe asymptotique du Corona, nombre de gens au chômage en quelques jours, nombre de personnes sans couverture sociale… être citoyen américain est sûrement great, voire super great, à condition d’être du bon coté des statistiques, parce que sinon c’est la loi de la jungle. Et puis franchement, une société avec de telles contradictions ne fait pas envie, des communautés religieuses dans tout le pays dont la compassion ne dépasse pas les frontières de leur catégorie socio-économique, un racisme quasi institutionnalisé, l’utilisation d’armes à feu pour résoudre n’importe quel problème. En mars 2020, il s’est vendu 2 millions d’armes aux Etats-Unis, le double du mois précédent*. Cette frénésie est alimentée par la crainte que la pandémie aboutisse à des pénuries et des débordements. Depuis que Donald Trump a décrété que les marchands d’armes sont des commerces « essentiels » pouvant bénéficier d’une dérogation au confinement, les faits divers liés au Covid-19 alimentent les infos locales. Il faut dire que les Amerloques sont mal armés pour lutter contre le virus avec des taux de comorbidités démentiels : 40 % des Américains sont obèses, un sur trois souffre de diabète, un sur deux de maladie cardiovasculaire. De toute façon les États-Unis comptent 30 millions de personnes qui n’ont aucune couverture santé, tandis qu’un Américain sur deux déclare être sous-assuré. Soulignons que 40 % des Américains ne peuvent pas faire face à une dépense imprévue de plus de 400 dollars, on peut alors facilement imaginer qu’avec l’explosion du chômage les défauts sur les crédits à la consommation vont se multiplier, ce qui accentuera la crise bancaire. Les USA font triste mine face à la Covid-19.

Aujourd’hui c’est Pearl Harbor et le 11-Septembre réunis en Amérique, sauf que ce n’est pas localisé, l’épidémie embrase tout le pays. Dimanche 5 avril, on annonçait que 1 200 personnes étaient mortes des suites du Covid-19 au cours des dernières vingt-quatre heures. Mais Dieu est aux côtés de Trump. Un pasteur célébrissime demander, en pleine transe, à Dieu de détruire le virus, le tout diffusé en prime time, pour mieux apprécier l’absurdité qui caractérise ce pays.Tony Spell, pasteur d’une autre église géante de Louisiane, la « Life Tabernacle Church », a organisé une messe en dépit d’une interdiction : « Nous avons le mandat de Dieu pour nous réunir et nous rassembler, et continuer à faire ce que nous faisons, cette pandémie est motivée par des motifs politiques (empêcher la réélection de Trump) ». Un chroniqueur de Fox News assure : « Vous ne pouvez simplement pas laisser les épidémiologistes diriger un pays de plus de 320 millions d’habitants. » La messe est dite, les Américains ne voudront rien comprendre, rien changer, ils vont réélire leur clown et sanctifier le »business as usual », avant la chute finale, après le choc pétrolier ultime.

Sur notre blog le 11 novembre 2016, Ne nous TRUMPons pas, nous l’avons bien cherché

* https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/04/06/face-au-covid-19-le-modele-americain-n-a-jamais-semble-aussi-fragile_6035666_3232.html

1929-2020, stratégies écolos en temps de crise

1) blocage énergétique

En 1929, la consommation annuelle de pétrole avait atteint un milliard et demi de barils, en 2020 on consomme 100 millions de baril par jour, environ deux litre par jour et par habitant, soit pour l’année 36 milliards de baril. La relance de l’économie mondiale après 1929 n’a été possible que par l’abondance pétrolière, la guerre n’étant qu’un des moyens d’utiliser l’énergie fossile pour faire fonctionner la société thermo-industrielle. Or les réserves de pétrole sont en train de se tarir, le pic des hydrocarbures toute formes confondues est prévu par Jancovici en 2020. Vouloir après 2020 retrouver une croissance économique est physiquement impossible.

Il faut donc préparer politiquement une société post-carbone et, au-delà de la taxe carbone, déjà envisager une carte carbone, c’est à dire un rationnement de l’énergie. Rappelons l’analyse de Jean-Marc Jancovici : « Si demain nous n’avions plus de pétrole, ni gaz, ni charbon, ce n’est pas 4 % du PIB que nous perdrions (la place de l’énergie dans le PIB), mais près de 99 %. Tant que nous ne nous mettrons pas la décarbonisation de l’économie au sommet de nos politiques, ce qui nous attend au bout du chemin est hélas uniquement le chaos et le totalitarisme. T »

2) blocage démographique

En 1929 la population mondiale était de 2 milliards de personnes, elle est en 2020 de 7,8 milliards. Autant dire que nos problèmes globaux pour manger, se loger, se chauffer, se déplacer ont été multiplié par au moins 4, sachant que la taille d’une population démultiplie les problèmes. C’est ce qu’indique par exemple l’équation de Kaya qui relie démographie et réchauffement climatique : CO2 = (CO2 : KWh)  x (KWh : dollars) x (dollars : Population) x Population = CO2

La surpopulation entraîne des problèmes de concentration humaine en certains lieux (sur-urbanisation, regroupements festifs ou religieux, etc), ce qui a facilité la propagation du virus actuel. La planète devient une ville. D’à peine 11 % en 1800, le taux d’urbanisation moyen des futures régions développées s’élève à 30 % en 1900 . Désormais, à l’échelle mondiale, plus d’un homme sur deux vit en ville (près de 70 % prévue en 2050) alors qu’en 1900 il n’y en avait qu’un sur dix. Cela s’accompagne d’une bidonvilisation dans les pays pauvres. Comment opérer un confinement efficace en Inde ou en Afrique ?

La maîtrise de la fécondité liée la désurbanisation apparaît alors comme une politique à mener. Cela implique que les pays riches montrent l’exemple, d’où l’abandon des politiques natalistes en France, et une aide publique au développement mieux concentrée sur la généralisation du planning familial.

3) double blocage analytique

La durée de la crise de 1929 découle d’un refus de libérer des liquidités. Non seulement on croyait aux vertus du libre jeu du marché avec non intervention de l’État, mais l’étalon-or faisait que toute monnaie devait être gagée par un équivalent en or, ce qui restreignait la création monétaire. La crise ne pouvait que s’amplifier. C’est l’analyse par Keynes en 1936 qui a changé la donne. Face à une crise de grande ampleur, il faut adopter une politique monétaire volontariste par la baisse des taux d’intérêt et une politique budgétaire de relance de l’économie par le déficit. Cette politique a été adoptée systématiquement après la seconde guerre mondiale, ce qui est une des explications des Trente Glorieuses. Mais elle a fait se succéder périodes d’expansion et politiques d’austérité pour aboutir dans les années 1970 à la stagflation et au pillage généralisé de la planète. On ne peut structurellement appliquer une politique de laxisme monétaire et budgétaire, politique qui selon Keynes ne devrait être que conjoncturelle. Il faut donc changer de paradigme, ni le laisser faire du libéralisme économique comme en 1929, ni le déversement de liquidité et la croissance par la dette comme on l’a fait lors de la crise financière de 2008. Pourtant Donald Trump veut déverser aujourd’hui des milliards sous forme de chèques aux particuliers, l’Allemagne s’engage à dépenser plus de 1 000 milliards d’euros , c’est le retour de la bonne vieille planche à billets. On revient au mantra, « business as usual » comme sortie de la crise économique. Mais si les États peuvent payer toutes les factures du Covid-19, cela ne change rien au fond du problème qui est constitué à la fois par une crise climatique, une crise de la biodiversité, une crise par épuisement des ressources naturelles, une crise hydrique, etc.

Il nous faut une nouvelle  conception de l’économie politique adaptée à la situation présente, c’est la bio-économie, ou économie biophysique, c’est-à-dire l’écologie. Il faut prendre en compte le fait que la circulation des richesses fabriquées dans une société n’est que la sous-partie des richesses globales que nous offre la biosphère. Une sobriété partagée ne découle pas d’une distribution globale d’argent, mais d’une régulation secteurs d’activité par secteurs d’activité, c’est-à-dire une planification indicative dont la France avait donné l’exemple au sortir de la seconde guerre mondiale ; il s’agit de revitaliser un commissariat au plan qui devra arbitrer entre les activités à soutenir publiquement et celles laissées au libre jeu du marché. Cela doit s’accompagner de mesures impératives comme le rationnement de l’énergie par une taxe carbone. Pour que cette politique de rigueur soit acceptée par la population, il faut éliminer le plus possible les inégalités de revenus. En 1932, quand Roosevelt arrive au pouvoir après la crise de 1929, le taux de l’impôt fédéral sur le revenu applicable aux plus riches était de 25 % aux Etats-Unis. Le nouveau président décide de le porter immédiatement à 63 %, puis 79 % en 1936, 91 % en 1941… pour un revenu supérieur à 200 000 dollars de l’époque, soit 1 million de dollars d’aujourd’hui (770 000 euros). A ces niveaux d’indécence, ce ne sont pas les compétences ou le dynamisme que l’on rémunère : ce sont la rapacité, des prises de risque excessives, une position médiatique illusoire (sportifs, acteurs…). Ce n’est qu’un exemple de ce qu’on pourrait faire à nouveau, taxer les riches pour partager l’effort de sobriété. La taxation confiscatoire des revenus exorbitants est non seulement possible, mais écologiquement nécessaire.

Comme l’exprime Hervé Kempf dans son livre Comment les riches détruisent la planète, « La seule façon que vous et moi acceptions de consommer moins de matière et d’énergie, c’est que la consommation matérielle, donc le revenu, de l’oligarchie soit sévèrement réduite. En soi pour des raisons d’équité, et plus encore, en suivant la leçon de Veblen, pour changer les standards culturels de la consommation ostentatoire. Puisque la classe de loisir établit le modèle de consommation de la société, si son niveau est abaissé, le niveau général de consommation diminuera. Nous consommerons moins, la planète ira mieux, et nous serons moins frustrés par le manque de ce que nous n’avons pas. » L’épidémie de coronavirus met en lumière toute une série de métiers jusqu’ici mal considérés, chauffeurs-livreurs ou caissiers, devenus, à la faveur de la crise, vitaux. Le ministre de l’économie annonçait récemment que les entreprises qui demandent le report de leurs échéances fiscales et sociales ne pourront pas verser de dividendes. Ce nest qu’un premier pas dans la bonne direction.

L’économie, plus importante qu’une pandémie

Donald Trump, président des États-Unis d’Amérique : « On perd des milliers et des milliers de personnes chaque année à cause de la grippe, et on ne met pas le pays à l’arrêt. On peut perdre un certain nombre de personnes à cause de la grippe. Mais on risque de perdre plus de personnes en plongeant le pays dans une récession grave ou une dépression. Il faut retourner au travail, beaucoup plus tôt que les gens ne le pensent. Nous ne pouvons pas laisser le remède être pire que le problème lui-même… »

Angel Gurria, Secrétaire général de l’OCDE : « L’heure est venue d’apporter des réponses immédiates et à grande échelle relever l’économie et la remettre en mouvement. faire en sorte que les initiatives prises dans de nombreux pays pour atténuer le ralentissement de l’activité économique et protéger les plus vulnérables produisent les meilleurs résultats possibles, qu’elles rassurent les marchés. La dislocation de l’économie causée par la crise due au coronavirus altère le fonctionnement des marchés financiers et fragilise les revenus et les bilans des banques. Il conviendrait, une fois passé le pic de la crise, de donner la priorité à un programme d’investissement coordonné entre les pays, notamment en faveur de la recherche médicale, du développement et des infrastructures.il serait également utile de s’attaquer aux facteurs qui détérioraient la confiance avant même l’apparition du coronavirus, notamment en éliminant les restrictions aux échanges… »

Commentaires sur lemonde.fr :

soyez le premier à réagir : Gurria exprime la véritable angoisse des économistes modernes : perdre l’économie de marché, le libre échange, la financiarisation du monde, les (bull-shit) jobs, bref, tout ce qui ne marche pas en temps de crise et qui détruit la planète. J’ai trouvé cet article écœurant à un moment où le monde est contraint se remettre en cause.

Quand les bornes : Extraordinaire ! En résumé le système capitaliste mondialisé et dérégulé a totalement échoué il faut donc…supprimer les dernières fragiles barrières pouvant protéger les populations et accélérer l’édification d’une administration mondiale qui sera encore plus inefficaces. C’est tellement logique…

Gilles SPAIER : Nulle part, il n’est question avec Gurria de changement de mode de vie. De cesser de faire le tour de la terre pou un oui ou pour un non et donc de transporter les virus avec les voyages incessants, d’arrêter le tourisme de masse et les immenses paquebots pollueurs et inutiles, de produire notre alimentation en respectant la nature et en arrêtant les élevages intensifs etc. etc.

Vert de Terre : Comme toujours, quand ça va mal, on demande aux états d’agir et quand ça va bien on demande aux états de ne pas perturber le business. Le nerf de la guerre étant l’argent, il est indispensable d’instaurer des règles commune de taxation des entreprises pour éviter un dumping fiscal suicidaire, indispensable de taxer le kérosène, indispensable de réguler et de taxer la finance et indispensable de taxer ce pour-cent d’hyper-riches qui on tant gagné ces dernières années. Ce faisant, les états auront enfin plus de marges de manœuvres pour s’occuper de santé, d’éducation, de protéger l’environnement, etc.

Super Sara : Le monsieur Gurria semble oublier la question climatique dont le Covid n’est qu’une gentille répétition si on ne fait rien. « il serait également utile de s’attaquer aux facteurs qui détérioraient la confiance avant même l’apparition du coronavirus, notamment en éliminant les restrictions aux échanges. » –> en fait, non, chéri, on ne veut plus d’échanges, plus de produits chinois produit comme des sagouins au détriment de l’environnement, plus de frelons asiatiques, plus des ces produits minables de chez H&M. La mondialisation, basta !

BOLAND : Je ne vois pas en quoi une diminution de la consommation est un énorme drame. Se mettre à jeûner , à manger plus équilibré, parce qu’on devient obèse avec tous les risques que cela comporte semble un comportement judicieux. Dans un monde fini, on ne peut plus rêver une croissance sans limites … On doit penser à vivre autrement, peut-être plus « pauvrement » …

Georges : les pays très mal gouvernés sont évidemment plus à risque : les USA, que l’OMS décrit comme le prochain Hubei, le Brésil dont le président appelle le virus une fake news, l’Iran dont le pouvoir niait l existence du covid jusqu aux élections… En Turquie la population se jette sur l’eau de Cologne, qu’elle pense être un remède.

AliBobo : Néanmoins il n’est pas faux de dire que la crise économique majeure qui se profile pourrait faire de 20 à 30 % de chômeurs aux US selon les analyses entraînera aussi des morts directement ou indirectement (misère, violences, usage des opiacés et drogues diverses). Chaque pays est confronté à cette redoutable ligne de crête entre protection sanitaire et défense de l’économie, les deux indispensables pour défendre la population.

Thymie : En dépit du caractère évident des traits du canard Trump (narcissisme, inculture, cynisme, absence de compassion, impulsivité maladive, tendance pathologique aux mensonges… on en passe…), il exerce une sorte de fascination sur des millions d’électeurs, fascination pas encore éteinte. En fait, ce n’est pas en dépit, mais finalement à cause de ces traits qu’il est arrivé là où il est, et qu’il a ces partisans. Car autant il y a des admirateurs de la dictature poutinienne (« joueur d’échecs »…), voire chinoise (« efficaces »…), autant il y a des soutiens de Duarte aux Philippines (« moins de dealers »…), autant il y a des trumpophiles voire trumpôlâtres EN RAISON de son désintérêt absolu pour les notions de morale, équité, concorde…

Soupir : Selon l’Imperial College de Londres, 3 scénarios sont envisageables pour les USA : dans le premier, aucune mesure de confinement. Résultat : 81 % de la population US serait atteinte, il y aurait 2,2 millions de morts (dont 4 à 8% de personnes de plus de 70 ans). La demande de lits en établissements de soins serait 30 fois supérieure à la capacité d’accueil existante. 2ème scénario : en associant mise en quarantaine des malades, confinement à la maison et évitement des contacts sociaux, le nombre de morts serait divisé par deux. En combinant toutes ces mesures de précaution et en y ajoutant la fermeture des écoles et des universités, 5 mois durant, la pandémie pourrait être stoppée. Faute de quoi, les USA vont devenir rapidement le nouvel épicentre du COVID-19. Très mauvais pour le business de Trump… et l’économie en général.

* https://www.lemonde.fr/international/article/2020/03/24/donald-trump-perd-patience-face-au-coronavirus_6034181_3210.html?contributions&page=4

** https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/03/24/angel-gurria-c-est-la-troisieme-et-plus-grave-crise-economique-financiere-et-sociale-du-xxie-siecle_6034237_3232.html

Covid-19, les réactions d’ultra-gauche

Le plus rigolo, les 11 mesures d’urgence prônées par La France Insoumise, un catalogue de revendications tout azimut dont nous extrayons quelques perles :

– 10 milliards d’euros doivent immédiatement être injectés dans le système de santé pour faire face à l’urgence et limiter les dégâts des politiques austéritaires de ce gouvernement ;

– Il faut intégrer le Covid-19 à la liste des maladies professionnelles.

– Gratuité des quantités nécessaires au bien-être pour l’électricité, l’eau et le gaz pour toutes et tous.

– Une prise en charge totale par l’État des frais d’obsèques des personnes décédées du fait du virus.

– Réquisitionner les usines et transformer les lignes de production pour fabriquer massivement : masque, gel hydroalcoolique, bouteilles d’oxygènes, masques et cordons respiratoires.

– Nous demandons la suspension de toutes les réformes en cours concernant le ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse.

Génération.s propose 10 mesures, centrées sur « l’impératif sanitaire en toute circonstance », avec bien sûr quelques piques contre les intérêts économiques et financiers :

1. Remboursement intégral et sans avance de frais pour l’ensemble des soins ;

2. Majoration salariale pour les métiers à risque face à l’épidémie de Covid-19 ;

3. Renforcement des sanctions pour les entreprises ne respectant pas les règles de sécurité sanitaire ; 

4. Réquisition des biens immobiliers vides pour héberger les personnes sans-abri ;

5. Dégel du point d’indice pour les fonctionnaires ;

6. Aide au loyer pour l’ensemble des bénéficiaires des minima sociaux ;

7. Prise en charge supplémentaire des soins thérapeutiques liés au handicap ;

8. Fermeture de la Bourse de Paris ;

9. Nationalisation de tout organisme de recherche présentant un intérêt stratégique dans le cadre de la lutte contre l’épidémie Covid-19 ;

10. Rétablissement de l’ISF. 

Nos conclusions : Ces deux partis ne pensent pas du tout à une société post-croissance, ils sont encore obsédés par le tout virus.

Covid-19, donnons un revenu de substitution

Pascal Perez, économiste : En France, cinq à dix millions d’actif n’ont pas de revenu de substitution si leurs clients sont empêchés. Des centaines de milliards d’euros sont nécessaires pour compenser l’effondrement de la demande. Une solution, la « monnaie hélicoptère ». Il s’agit d’un prêt perpétuel personnel financé par chaque banque centrale. Il est perpétuel car il est reconduit quand il arrive à échéance. Ce prêt permet aux ménages de faire face aux dépenses courantes jusqu’à ce que les affaires reprennent. La monnaie hélicoptère a été théorisée par le Prix Nobel d’économie Milton Friedmann, qui y voyait le dernier recours pour financer la consommation. Un ménage désargenté dépense alors qu’une grande entreprise qui emprunte à taux zéro rachète ses actions ou ses concurrents. En 2020, en accordant à tous les ménages de la zone euro un prêt perpétuel de 2 000 euros en moyenne, la BCE injecterait 300 milliards d’euros dans l’économie. Ce montant représente 3 % du montant total de la valeur des billets et dépôts à vue actuellement en circulation. Par comparaison, depuis 2015, la BCE a racheté pour 2 000 milliards d’euros de créances d’entreprises et d’Etat pour soutenir la croissance. (ndlr : Cela laisse de côté tous les pays où la chute du prix des matières premières et de l’activité touristique va entraîner de nouvelles émeutes de la faim.)*

Denis Consigny, promoteur du revenu universel de base : Jusqu’à présent, les différents projets de distribution de revenus de façon universelle et inconditionnelle ont été essentiellement présentés sous l’angle de leur contribution à la lutte contre la pauvreté. Mais nous vivons actuellement une période où les responsables en sont réduits à choisir entre relativement peu de morts moyennant beaucoup d’emplois détruits, et relativement peu d’emplois détruits moyennant beaucoup de morts. Dans ce contexte, un revenu d’existence présenterait l’avantage de calmer le jeu. Il suffirait de porter son montant au niveau du minimum alimentaire vital et ce sans obliger quiconque à « voler pour survivre ». Le versement des salaires et charges, mais aussi des loyers et échéances d’emprunts, pourraient aussi être suspendus pendant la durée du confinement. La sortie de trésorerie ponctuelle que subirait le Trésor public pourrait être compensée à court terme par la même quantité de création monétaire mise à sa disposition par la Banque centrale européenne (BCE), et à long terme par les rentrées fiscales préservées du fait de la moindre destruction des actifs et des emplois.**

Galatée sur lemonde.fr : Le principe est intéressant . Personnellement, je n’en ai pas besoin . Oui aux personnes dans le besoin, non à tous les ménages, la notion de ménage étant trop disparate . A la fin de cette crise beaucoup de français vont être appauvris, une minorité va s’enrichir comme souvent en temps de guerre donc inutile de leur donner un prêt perpétuel .

Sayah : Mais à quoi ça servirait ? On est dans une sociale démocratie, l’assurance chômage existe et qu’on ne meurt pas de faim même si on ne peut pas aller travailler. Et avant qu’on me traite de « 1 % » ou je ne sais quoi : je suis au smic et je plaide coupable pour les fast-food. Je ne vois vraiment pas où iraient 2000€ par ménage, sur Amazon certainement. Si des gens en ont effectivement besoin, il faudrait peut être faire l’effort de les cibler spécifiquement plutôt que de balancer de l’argent par les fenêtres…

L B 2 @ Sayah : La réponse est simple. Donnez de l’argent aux plus pauvres et l’argent et immédiatement réinjecté dans l’économie. Donnez de l’argent aux banques et aux grands groupes comme cela est fait d’habitude et l’argent ne va pas dans l’économie réelle mais reste dans la finance.

cadres désabusés : A quand un article sur l’épargne de précaution qui doit justement servir dans la crise actuelle ? Le taux d’épargne des ménages des classes populaires (2 premiers déciles) est de 2,4%. Ainsi, il est possible de mettre de côté 3 mois d’épargne de précaution en moins de 10 ans de carrière. Donc où est le problème ? D’autant plus que les fonctionnaires n’auront pas de baisse de traitement et les salariés du privé conserveront une partie importante de leur salaire.

Arbus aux cadres désabusés : Ah si seulement ils y avaient pensé ! C’est sûr, avec 50 % des gens qui gagnent moins de 1700€ par mois et 30% moins de 1500, ils font de l’épargne sans difficulté. De la part d’un cadre au salaire médian de 3100 € par mois, c’est un peu facile, vous ne trouvez pas ?

cadres désabusés @Arbus : votre argumentaire ne tient pas, sauf pour un couple en tout début de carrière. Quand vous êtes à mi carrière, après 240 ou 250 mois de salaire au smic, si vous n’arrivez pas à mettre l’équivalent de 3 mois (soit un effort d’épargne de 1,2%) durant ces 20 ans, il faut peut-être se poser les bonnes questions !

Jean Sérien : Perso je n’en aurais pas besoin et donc ne le solliciterai pas. Personne en France n’a de livret A, d’assurance vie ? Ou seulement les 1% les plus riches ?

* https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/03/19/pascal-perez-un-pret-perpetuel-personnel-finance-par-chaque-banque-centrale_6033648_3232.html

** https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/03/19/le-revenu-d-existence-pour-calmer-le-jeu-en-situation-de-crise_6033630_3232.html

Pire que le Covid-19, notre système prédateur

Cette crise sanitaire est un coup de semonce. Elle met en évidence l’extrême fragilité des arrangements humains mais aussi l’ampleur de l’impréparation dans laquelle se trouvent nos sociétés. Nous devons, nous suggère le Président, changer de modèle de développement. Mais depuis des décennies, des centaines de chercheurs le réclament. Nous devons rompre avec le productivisme et le consumérisme, mettre en œuvre une politique de sobriété sans laquelle nous ne parviendrons pas à stopper l’emballement climatique. Nous devons adopter d’urgence d’autres indicateurs de référence que le PIB, l’empreinte carbone encore les neuf limites planétaires de Rockström . Nous devons inventer et construire une société postcroissance.

Le coronavirus n’est rien à côté des événements qui s’abattront sur nous à mesure que la crise écologique déroulera implacablement ses conséquences. Tempêtes, cyclones, assèchement, montée des eaux, sols improductifs, famines et évidemment guerres et affaissement de la démocratie. Si nous ne savons pas résister au coronavirus, comment y résisterons-nous ? Comment lutterons-nous contre les virus que le permafrost risque de libérer ? Comment ferons-nous face à des événements que nous ne sommes même pas parvenus à imaginer et à des effets de seuil qui rendront brutalement présents et irréversibles des phénomènes que nul n’imaginait ? Comment comprendre que nos sociétés ne se préparent en rien à des événements qui pourraient advenir dans un laps de temps très court. Nous devons impérativement dès aujourd’hui faire entrer nos sociétés dans un véritable processus de reconversion.

Pour cela, nous devons en effet engager des ruptures majeures. Rupture avec un capitalisme débridé qui est à l’origine de la situation dans laquelle nous nous trouvons. Rupture avec une liberté de circulation des capitaux dont même le FMI reconnaît la toxicité. Rupture aussi avec la désindustrialisation de notre pays et la délocalisation de nos productions.Comme au sortir de la Seconde Guerre mondiale, il nous faut trouver l’énergie de la reconstruction. Une reconstruction non plus portée par l’idéologie prométhéenne de la mise en forme du monde à l’image de l’homme, mais par une éthique de la modération, de la limite, de la mesure, que l’Antiquité avait su inventer mais que nous avions oubliée. Nous avons perdu un temps précieux lors de ce dernier quinquennat.

Dominique Méda (extraits)

NB : sur ce blog biosphere nous disons depuis longtemps la même chose, par exemple :

17 mars 2020, Virus et état de guerre, allons à l’essentiel

16 mars 2020, Virus et Climat, il faudrait agir de même

13 mars 2020, Le virus Covid-19, vecteur de décroissance

22 septembre 2018, Quelle transition pour le mouvement de la décroissance ?

1er septembre 2017, BIOSPHERE-INFO, Gouverner la décroissance ?

27 août 2012, mécanismes d’un effondrement économique rapide

7 novembre 2007, fragilité de la puissance

Bilan trés écolo des municipales

Parmi les quelque 47,7 millions d’électeurs appelés à élire leur maire, moins de la moitié aura au final glissé un bulletin dans l’urne (avec une abstention entre 53,3 et 56 %), validant une importante poussée écologiste dans une ambiance générale surréaliste après que le gouvernement a décrété samedi soir la fermeture de tous les « lieux recevant du public non indispensables à la vie du pays ».« L’épidémie écrase tout commentaire politique », a estimé,sur France 2, le secrétaire national d’Europe Ecologie-Les Verts (EELV), Julien Bayou. Pourtant, au regard des premiers résultats, les Verts enregistrent de bons scores lors de ce scrutin ; à Lyon, Bordeaux, Strasbourg, Grenoble, Tours ou encore Besançon, où les candidats estampillés EELV sont en tête. L’écologie politique est passée d’une offre de témoignage à une force politique majeure.

Une chose a en effet changé en vingt ans, l’état de l’opinion publique. Personne ne peut plus se dire en désaccord avec l’objectif de préserver la planète ou celui de lutter contre le réchauffement climatique. Il y a eu un basculement particulièrement ressenti il y a deux ans avec les marches internationales des jeunes pour le climat. A ce moment-là, les parents, les grands-parents et les enseignants ont commencé à se sentir concernés. Un autre moment-clé a eu lieu en 2019 avec les épisodes caniculaires de l’été. En septembre 2019, l’enquête Fractures françaises montrait que la protection de l’environnement était devenue la première préoccupation des Français interrogés (52 %), devant l’avenir du système social (48 %) et le pouvoir d’achat (43 %). Une première. D’où un nouveau positionnement politique de l’opinion publique. Une étude de « Destin commun »s’est appuyé sur une enquête de l’institut Kantar : 86 % des sondés veulent « agir (…) pour les jeunes générations », 78 % estiment « penser souvent aux enjeux liés à l’environnement », 77 % y perçoivent une « opportunité pour créer de nouveaux emplois », 68 % considèrent que « la protection de l’environnement pourrait nous unir par-delà nos divisions », 66 % affirmant que « la plupart des gens ne prennent pas assez au sérieux le changement climatique ». Il y a désormais trois forces politiques en présence. Celle qui monte est la tentation populiste (de droite ou de gauche) avec personnification par un leader et désignation de boucs émissaires à nos difficultés (les immigrés, les « élites », l’Europe…). Face à cela, un magma qui se dit « progressiste » et rassemble des forces de droite comme de gauche au nom de la démocratie et de la libre entreprise. La troisième voie, celle de l’avenir, s’articule autour de l’écologie politique.

Cette irruption massive de l’écologie dans l’imaginaire des gens est prise dorénavant très au sérieux par les partis politiques. En France, les candidats aux élections municipales tombent tous d’accord sur la végétalisation dans les villes mais s’affrontent encore sur la place à donner aux éoliennes. Que dire alors de spécifique quand tous les candidats de tous bords se veulent écolos ? Quelle est la place d’un parti écologiste ? Elle se trouve dans la radicalité, il faut montrer que les mesures à prendre ne vont pas faire plaisir aux Gilets jaunes, aux membres des services publics, aux retraités, aux travailleurs dans les secteurs anti-écologiques, à ceux qui gagnent beaucoup trop… mais qu’elles sont incontournables. On sait dorénavant qu’on ne peut pas avoir à la fois croissance économique et décroissance des émissions de gaz à effet de serre. Nous allons être forcés de réduire les échanges internationaux de biens et même de personnes. Tout bascule. La sobriété sera partagée, sinon nous courrons collectivement au désastre. Les commentateurs sur lemonde.fr sont d’ailleurs très dubitatifs vis-à-vis non seulement du verdissement des partis politiques, mais aussi sur celui des citoyens.

Thierry Piot : Les électeurs de Dati/Ciotti/Fillon/Sarkozy/lepen se sentent vraiment concernés par l’état de l’air/eau/bouffe que nous ingurgitons ? et les gens qui se complaisent devant BFM, Figaro, Le Point, Valeurs Actuelles, aussi ? Wa… en effet, ce serait un véritable tournant.

Bobby Videau : « L’écologie, première préoccupation des Français ». Cela signifie que les Français vont demander une décroissance économique et la baisse de leur pouvoir d’achat, histoire de ne plus détruire l’environnement ? J’ai quand-même un doute là…

L Éveillée : Cela me rappelle un ancien sondage pour connaître la chaîne de TV préférée des français qui plaçait Arte en tête, bien devant la Une.

MaxLombard :Tout le monde il est écolo tout le monde il est gentil mais personne y veut payer !

daniel.G : Tout le monde est écolo, mais quand on a voulu mettre une taxe sur le diesel, plus personne n’était écolo. A prévoir : la pensée écologique va buter inévitablement sur les exigences matérielles et économiques, donc ne se fera pas sauf si l’humanité y est acculée.

ca_alors : Il y a l’écologie sympa: respect de l’environnement. Il y a l’écologie punitive. Et là, à proférer des menaces incantatoires en permanence, et complaisamment relayé par les média, c’est le mauvais versant de la religion .

Thierry Piot : @ca alors. Hum, vous devriez réaliser que le côté sympathique du respect de l’environnement (c’est vrai qu’en ce moment, l’agridustrie par exemple, la respecte beaucoup, la nature) va très vite être remplacée par la punition maximum, infligée non pas par des écolos directifs, mais par la planète elle-même : ressources insuffisantes et polluées, populations déplacées par les aléas climatiques, maladies liées à la toxicité de l’air/mer/terre/bouffe, assurances dans l’incapacité de rembourser les dégâts liés au réchauffement climatique, économie handicapée (le coronavirus illustre la fragilité de notre système)… bref, vous devriez vous accommoder des écolos intransigeants, car ce sont des bisounours comparé à ce qui nous attend.

PHILEMON FROG : J’éprouve ce sentiment : « enfin ! après 30 ans désespérants ! » La prise de conscience est acquise et elle est forte. Mais la réaction réelle reste timide et tâtonnante. Nos gouvernants et une grande partie de la classe politique y restent indifférents, ils feront le minimum avant 2022 et ce seront 5 années perdues, ce qui est énorme et rédhibitoire. Quant aux particuliers, ils se disent encore : pourquoi agirais-je si les autres ne font rien ? Mais c’est désormais avec un sentiment de honte et de culpabilité. Il faut transformer cette honte en réaction. Je suis convaincu que ça peut se faire rapidement désormais. Ça s’est déjà amorcé.

Gilles SPAIER : Le problème est que beaucoup de nos « décideurs » ont eu le logiciel de leur cerveau implanté il y a quelques dizaines d’années. Ils disent « oui l’écologie c’est important » mais en restent avec le es. La santé de Bayer d’abord, celle des populations, surtout rurales, n’a pas d’importance. Dans les faits, l’écologie, ils s’en fichent.

Electron : Le véritable défi, c’est que notre développement économique et notre société sont fondés sur 80% d’énergies fossiles, à la fois dispensatrice de gaz à effet de serre mais aussi non renouvelable, donc appeler à se raréfier puis disparaître, notamment le pétrole. Les conséquences de leur fin ne sont pas connues, mais risquent d’être délétères pour l’humanité.

VincentB : L’ étude « Destin comun » met en relief l’immense écart entre la volonté et les actes. Toujours plus d’avions (cf les projets d’agrandissements des aéroports de Roissy et Nice), toujours autant de bagnoles sur les routes et de pub pour les SUV, de viande, de lait, de fraises en hiver (vendues en magasin bio, s’il-vous-plaît), de terrasses chauffées … Pendant ce temps-là, E. Borne prenant son courage à deux mains, freine sur les éoliennes, parce que certains ne trouvent pas ça très beau dans le paysage. On a connu ministre plus téméraire. Qui osera mettre les français devant leurs contradictions ? Et leur dire qu’ils doivent INDIVIDUELLEMENT changer de comportement.

17 août 2019, L’écologie politique comme force dominante ?

23 février 2020, Des municipales à l’heure du verdissement

17 novembre 2019, Municipales, tous écolos ou presque !

Virus et état de guerre, allons à l’essentiel

« Nous sommes en guerre, allons à l’essentiel. » Ainsi pourrait se résumer l’intervention télévisée du président de la république française lundi 16 mars (lire en fin de cet article). Mais il ne s’agit que de lutter contre le coronavirus pour une période que Macron estime temporaire. Notre réalité structurelle est tout autre. Nous avons fait la guerre à la planète, épuisé ses richesses et ses potentialités, il est urgent de faire la paix. Mais cela veut dire aller à l’essentiel, pratiquer le rationnement pour une sobriété partagée et ce sur une période très très longue. Voici quelques références sur notre blog biosphere :

23 décembre 2019, Après les fêtes de Noël, l’économie de guerre

« Mon discours ne fera jamais recette. Je (Yves Cochet) ne suis pas entendu, et c’est précisément pour cela que l’effondrement va arriver. Pour s’en sortir, il faudrait une économie de guerre comme à Londres, en 1941. Je suis pour le rationnement de l’essence, des vivres, des vêtements, et pour le contrôle des naissances. Mais il n’y a pas d’exemples dans l’Histoire où une économie de guerre a été adoptée avant la guerre. Les gens ne l’acceptent pas. Aujourd’hui, la préoccupation première des Français, c’est le pouvoir d’achat…

3 décembre 2019, état de guerre, la planète ne négocie pas

Le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres affirme, à la veille de l’ouverture de la conférence sur les changements climatiques (COP25) : « L’espèce humaine est en guerre contre la planète et la planète rend coup pour coup. » Il a présenté la liste effrayante des effets dévastateurs de plus en plus « meurtriers » du réchauffement : hausse du niveau des océans, fonte des calottes polaires, sécheresses… « Le point de non-retour n’est plus loin à l’horizon, il est en vue et se rapproche de nous à toute vitesse »…

4 octobre 2011, Avec Lancia, abandonnez le superflu, ne gardez que l’essentiel

Abandonnez le superflu, ne gardez que l’essentiel. » Message admirable qui passait à la télé. Mais il s’agit d’une pub pour la nouvelle Lancia Ypsilon qui poursuit : « redécouvrez l’élégance et laissez-la s’exprimer » … Abandonner le superflu pour ne garder que l’essentiel se trouve du côté de la simplicité volontaire et bientôt de l’austérité obligée quand on s’apercevra que les réserves de pétrole ont une fin et que les publicitaires nous ont trompé et fait vivre un rêve sans lendemain…

7 juin 2010, Blood, Toil, Tears and Sweat

« I have nothing to offer but Blood, Toil, Tears and Sweat » s’exclamait Churchill le 13 mai 1940 : « Je n’ai rien d’autre à offrir que du  sang, de la peine, des larmes et de la sueur ». Nous sommes en état de guerre, de guerre contre la planète ; la question monétaire est secondaire par rapport à la question des ressources physiques. Bien plus, tout ce que nous avons imaginé antérieurement pour sortir de la crise financière (remettre en route la machine à créer de la monnaie dans les banques) ne servira qu’à mieux préparer la prochaine crise. Les politiques doivent faire leur le diagnostic de Jean-Marc Jancovici et Alain Grandjean : « Osons le dire : celui ou celle qui arriverait, aujourd’hui, avec les idées claires sur la contrainte des ressources naturelles, et qui aurait un programme bien bâti pour y répondre, avec un mélange de souffle nouveau et d’efforts pour chacun, celui-là ou celle-là pourrait être audible. »…

Discours de Macron : « Samedi soir, les restaurants, les bars, tous les commerces non essentiels à la vie de la nation ont également clos leurs portes… Jamais la France n’avait dû prendre de telles décisions, évidemment exceptionnelles, évidemment temporaires en temps de paix. Elles ont été prises avec ordre, préparation, sur la base de recommandations scientifiques avec un seul objectif : nous protéger face à la propagation du virus…Nous sommes en guerre, en guerre sanitaire certes. Nous ne luttons ni contre une armée ni contre une autre nation, mais l’ennemi est là, invisible, insaisissable, et qui progresse. Et cela requiert notre mobilisation générale. Nous sommes en guerre. Toute l’action du gouvernement et du Parlement doit être désormais tournée vers le combat contre l’épidémie, de jour comme de nuit. Rien ne doit nous en divertir… Nous sommes en guerre. J’appelle tous les acteurs politiques, économiques, sociaux, associatifs, tous les Français à s’inscrire dans cette union nationale.. Nous sommes en guerre et la Nation soutiendra ses enfants qui, personnels soignants en ville, à l’hôpital, se trouvent en première ligne… »

https://www.lemonde.fr/politique/article/2020/03/16/nous-sommes-en-guerre-retrouvez-le-discours-de-macron-pour-lutter-contre-le-coronavirus_6033314_823448.html

Contre les exportations française d’armement

Cocorico, la France est sur le podium, troisième place du marché mondial des ventes d’armement : 7,9 % des exportations de missiles, avions de chasse et navires de guerre sur la période allant de 2015 à 2019 : un record depuis 1990 selon l’Institut international de recherche pour la paix. L’article du MONDE* est dithyrambique : « La France n’en finit pas de grignoter année après année une part croissante du marché mondial de l’armement… Les ventes d’armement tricolore ont grimpé de 72 % par rapport à la période comprise entre 2010 et 2014. Ce bond spectaculaire reflète les succès commerciaux en Egypte, en Inde, au Brésil, en Malaisie, aux Emirats arabes unis. Ces contrats exports sont importants pour la balance commerciale de la France et indispensables pour sa sécurité. Sans les ventes à l’Egypte ou au Qatar, la France n’aurait pas les moyens de mettre à la disposition de ses forces armées les équipements les plus performants et innovants. Sauf à les acheter aux Etats-Unis, ce qui limiterait sa souveraineté… » LE MONDE reste le quotidien du business as usual. Nos articles antérieurs font la critique de ce que vante tant le MONDE, le bellicisme.

23 février 2017, exportation d’armements, inconscience humaine

Sur ce blog biosphere, nous sommes très clair. Toute vente d’armes à des pays tiers est une erreur stratégique, toute intervention militaire à l’extérieur des frontières est une erreur tactique, toute résolution des conflits par la force armée ne résout d’aucune manière les problèmes de fond : surpopulation, absence d’autonomie alimentaire, inégalités sociales croissantes, extrême dépendance aux ressources fossiles, multiplication des conflits armés sur une planète exsangue… Une des revendications de l’écologie politique devrait être l’arrêt des exportations d’armement, de façon unilatérale pour la France puisqu’il ne faut pas s’attendre à ce que les autres commencent. Mais nous n’avons pas connaissance d’un seul des programmes des présidentiables 2017 qui aborde de près ou de loin le domaine militaro-commercial.

31 janvier 2014, Exportation d’armes, signe de notre bêtise suprême

extraits : Il faut vraiment être tordu pour se réjouir des exportations françaises d’armement. C’est pourtant ce que fait un article du MONDE* : « 6,3 milliards d’euros d’exportation d’armements en 2013…

5 juillet 2012, la France arrête d’exporter des armes, un projet écolo

extraits : Il existe aujourd’hui des dispositions mondiales régissant le commerce des os de dinosaures, mais pas celui des chars !…

6 juin 2008, armes contre pétrole

extraits : La France pense à son approvisionnement en pétrole, ses principaux acheteurs d’explosifs en tous genres sont les Emirats arabes unis et l’Arabie saoudite (LeMonde du 6.06.2008)…

nihaho sur lemonde.fr : si on vend des armes, il ne faut pas s’émouvoir que nos clients se foutent sur la tronche et que tel partie du monde est instable. Et j’ai du mal avec les commentaires qui au nom de l’économie et de la prospérité du pays gnagnagna n’ont que faire des gosses qui se prennent les bombes dessus.

Urge : Plus de 100 000 bébés meurent chaque année des suites d’un conflit armé, conclut un rapport de l’ONG Save the Children (le Monde) … Hors-sujet !

Citoyen P : Expliquez-nous pourquoi nos Rafales ne sont achetés que par des régimes autoritaires ? Je vais vous le dire, les dirigeants de ses pays sont corruptibles et il faut arroser les dirigeants ou leurs entourages pour décrocher des contrats

enowie : Nous sommes dans un pays dont l’économie est valorisante : 1er dans le luxe, 3ème en armement. Pourquoi nous imposaient une austérité budgétaire.

Schweik @ enowie : On pourrait faire bien mieux : avec nos magnifiques terres agricoles je vois une superproduction de pavots et de cannabis. On pourrait subvenir aux  »besoins » de drogue de toute la planète; les cartels sud américains de coca seraient ridicules.

yeux ouverts : À quoi bon ? On en restera au niveau de l’ironie. Aucun gouvernement, je dis bien aucun gouvernement, ne renoncerait à la manne financière et aux emplois de cette industrie, ni à l’accès aux technologies de pointe qu’elle autorise pour notre défense…

MICHEL SOURROUILLE : « Si tu veux la paix prépare la guerre ! » C’est le mot d’ordre de cet article du MONDE. Détestable. Il n’y a qu’un seul mot d’ordre à médiatiser, « si tu veux la paix, prépare la paix » : arrêt des exportations d’armes, désarmement nucléaire unilatéral de la France, remplacement du service militaire par un service civil d’objecteurs de conscience opposés en toute circonstances à l’usage collectif des armes…. Ce n’est pas parce que ce projet est à l’heure actuelle utopique qu’il est irréaliste, l’utopie est faite pour qu’elle devienne une réalité…

* LE MONDE du 10 mars 2020, La France s’affirme comme le troisième exportateur mondial d’armement

Des municipales à l’heure du verdissement

L’évolution des discours pour ces municipales 2020 pose sans doute un problème à EELV, parti spécifiquement écolo. Les élus des années 1990 avaient transformé leur ville en entreprise pour devenir une zone « attractive ». C’était la mode de la politique du  développement local, zones industrielles par-ci, grands travaux inutiles par-là. Les politiques d’image visaient à améliorer le positionnement extérieur de la ville, festival de musique par-ci, festival de la bande dessinée par-là… Aujourd’hui c’est le verdissement général. Que dire de spécifique quand tous les candidats se veulent écolos ? Voici l’exemple d’Angoulême, avec un maire sortant de droite. Son programme :

« Pour un espace public de qualité, nous nous engageons à mettre en œuvre un plan pistes cyclables. Nous réaliserons la refonte totale de l’éclairage public pour multiplier nos économies d’énergie, Pour une ville conviviale, nous procéderons à la création de 20 poumons verts. Pour plus de propreté, nos proposons un plan zéro mégot et la tolérance zéro pour l’incivilité sur les déchets ménagers. Pour plus de sécurité… favoriser les patrouilles de policiers municipaux à vélo. Pour une ville qui respire… favoriser l’accès aux transports collectifs en expérimentant la gratuité et en développant des zones à vitesse limitée à 30 km/h. Pour une ville sportive, réalisation d’équipements sportifs de proximité. Nous réaliserons un plan sur 10 ans pour la rénovation énergétique des établissements scolaires avec deux école à énergie positive à la Grand Font. Parce que l’avenir passe par la reconnexion des plus jeunes avec la nature, nous proposons le jardinage à l’école avec aménagement d’espaces nature dans chaque cour d’école ainsi que l’implantation de vergers à proximité de nos écoles. Pour une ville citoyenne, nous proposons la réalisation des Assises de la jeunesse et de la transition écologique. Climat, on s’engage. Écoles, éclairage public, poumons verts et fruitiers, rénovation des bâtiments publics, déploiement des bornes électriques… » (prospectus de 16 pages couleur distribué dans les boîtes aux lettres)

Notons que ce projet municipal émane d’un maire sortant qui se représente aujourd’hui sans étiquette. Pourtant en 2014 le jeune UMP de 34 ans Xavier Bonnefont avait repris en la mairie d’Angoulême conquise par le PS en 2008. Son discours n’est plus partisan : «Appartenir à une écurie politique c’est quelque chose que je comprends ayant été inscrit dans un parti politique pendant quelque temps. Pour autant c’est quelque chose qui ne m’intéresse pas plus que ça… Je rappelle que je suis en dehors de tout parti politique. J’ai ma propre association locale qui s’appelle « Générations Grand Angoulême. » Mais Xavier Bonnefont bénéficiera du soutien d’En Marche qui ne présente pas de candidat en son nom direct… Voici nos articles précédents sur ce blog biosphere :

11 février 2020, Municipalisme, tout le pouvoir au local ?

17 novembre 2019, Municipales, tous écolos ou presque !

27 mars 2014, Bilan des municipales en France, l’introuvable tripartisme

12 mars 2008, municipalisation libérale

Urgence écologique, rébellion nécessaire

Faisant le constat de l’inaction des gouvernements face à l’urgence écologique et climatique, près de 1 000 scientifiques appellent les citoyens à la désobéissance civile. Leurs propos formulent l’évidence : «  Hypocrisie de politiques qui voudraient d’un côté imposer la sobriété aux citoyens tout en promouvant de l’autre un consumérisme débridé et un libéralisme économique inégalitaire et prédateur…Une croissance infinie sur une planète aux ressources finies est une impasse… L’habitabilité de la France sera remise en question… Le futur de notre espèce est sombre… En conséquence, nous appelons à participer aux actions de désobéissance civile menées par les mouvements écologistes historiques (Amis de la Terre, Greenpeace…) ou formés plus récemment (Extinction Rebellion, Youth for Climate…)… »* Mais le message a du mal à passer, comme tous les autres messages anxiogènes qui sont médiatisés depuis les années 1970. La preuve, les commentateurs s’écharpent sur lemonde.fr :

Philippe C : Pas très intelligent ni responsable d’appeler à la désobéissance civique alors que l’on croule (voire crève) sous les incivilités qui pourrissent la vie de tous le monde. On a presque une élection par an pour s’exprimer efficacement, n’est ce pas suffisant ? La désobéissance civique est un refus de la loi…..

CH Kenny @ Philippe : Quand les lois – de l’argent en l’occurrence – sont stupides, que faire ?

Andreas : Au lieu de crier à la désobéissance, ces 1000 cerveaux feraient mieux d’atteler leurs efforts pour trouver une solution au CO2 par exemple. Il doit bien y avoir des moyens pour capturer à grande échelle les gaz à effet de serre. J’ai vu un reportage il y 6 mois environ d’une entreprises dans les Grisons qui avec d’énormes ventilateurs qui aspiraient l’air, captait le CO2 et en faisait des galettes. Pourquoi on en parle pas plus?

C3po @ Andreas : Et après la marmotte, elle prend la galette, elle l’emballe dans de l’aluminium, et hop ! il n’y a plus de CO2. Elle est pas belle, la vie ?

Pat Cartier : Étonnant tous ces commentateurs qui se comportent comme si cette tribune était faite pour convaincre. Alors que sa véritable fonction est de faire connaître la liste des signataires. Notez bien les noms, lecteurs du Monde : ce sont ceux de vos futurs commissaires politiques si les décroissants arrivent au pouvoir.

Eric L. : La tendance générale des réactions est plus inquiétante que la tribune elle-même. L’inconscience de la situation et des risques d’emballement climatique est largement partagée, et toute idée de remise en cause de notre système économique directement à l’origine du réchauffement, de la pollution et de la chute de la biodiversité, rejetée. On attend des scientifiques… des solutions ! Des solutions qui ne remettraient pas en cause le moins du monde notre mode de vie, bien entendu. Quand le vent forcit, on réduit la voilure. Nous, on s’accroche à elle! L’issue ne fait guère de doute dans ces conditions : nous serons emporté avec elle…

Gladys Destin : Le catastrophisme me fatigue. Je trouve cette tribune puérile et scooperesque. L’écologie attend le plus grand sérieux, une transition réfléchie et concertée. De grâce, n’en soyons pas victimes, mais grands gagnants, alimentation, confort, santé, mobilité… il suffit d’intelligence et de pragmatisme, pour arrêter une grande partie du carnage, pas de contrition ou de punition

Gilles SPAIER : Je suis atterré de voir la résistance de nombreux lecteurs du Monde. Il est exact que l’action du gouvernement est totalement entravée par les pressions des lobbys industriels et agro-industriels. Exemple concret, Macron fait sa Com à Chamonix et en même temps ladite vallée a été phagocytée par le tourisme et l’autoroute du Mont Blanc. Cherchez l’erreur.

Piérick @ GillesSpaier : Tout est dit dans votre propos : l’absurdité (ubuesque) des décisions politiques pour lutter contre ce réchauffement climatique (200 € par an si un fonctionnaire prend son vélo pour aller travailler… (sic)), etc. Nous sommes cuits, bien évidemment, à tous points de vue : +7°C en 2100, l’eau et les sols contaminés, la majorité des espèces vivantes sous terre… Le bon côté des choses, c’est que la Terre et le reste des espèces vivantes iront infiniment mieux lorsqu’elles seront débarrassées de la plus nuisible des espèces, à savoir « sapiens sapiens »…

Notre soutien aux mouvements de rébellion sur ce blog biosphere :

9 octobre 2019, Tout savoir sur Extinction Rebellion

9 octobre 2019, Pour ou contre Extinction Rebellion ?

1er octobre 2019, Biosphere-Info, la désobéissance civique

3 juillet 2019, Extinction Rebellion avec Ingrid Verleye

20 mai 2019, Greta Thunberg, l’icône dont nous avons besoin

20 avril 2019, CLIMAT : la semaine internationale de rébellion

20 février 2019, Nous, adultes, ferons la grève scolaire du 15 mars

* LE MONDE du 21 février 2020, L’appel de 1 000 scientifiques : « Face à la crise écologique, la rébellion est nécessaire »

EELV. Julien Bayou est-il un écotartuffe ?

Le mensuel « La Décroissance » consacre une partie de ses colonnes à faire le tri entre les « vrais » et les « faux » écologistes. Si la récupération des questions écologiques est un problème crucial quand des entreprises s’expriment « au nom de l’écologie » (écoblanchiment, greenwashing), une des difficultés est de ne pas tomber pour autant dans une chasse aux sorcières quand il s’agit de personnes. A vous de juger si Julien Bayou est un écotartuffe… ou pas. Extraits du dernier numéro du « 1er journal d’écologie politique » :

1) « Précisons ce qu’est un écotartuffe à tous nos lecteurs parfois indisposés par les personnalités choisies par nous. En souvenir de Molière, l’écotartuffe renvoie à l’hypocrisie de tous ceux qui prétendent « faire le bien » pour ne servir que leurs propres intérêts. Alors qu’il y a cinquante ans les mêmes se seraient mis « au service de la classe ouvrière », l’engagement écologiste est aujourd’hui le terrain privilégié des tartuffes modernes. Julien Bayou, nouveau secrétaire national d’EELV depuis fin novembre, 2019, constitue un cas d’école si parfait qu’on a peine à le croire. Ses premiers faits d’armes ont lieu dans les association Générations précaires et Jeudi noir qui combattent notamment la crise du logement à Paris. Puis c’est Sauvons les riches avec l’organisation de mobilisations parodiques qui plaisent tant aux médias. Mais le happening nourrit difficilement son homme. Le plus efficace pour s’approcher au plus près de la galette reste la voie politicienne. Bayou adhère aux Verts en 2009 pour y faire une carrière météorite. Elu conseiller régional d’Île de France en 2010, il devient président du Centre francilien pour l’innovation (soutien aux PME innovantes). Pas vraiment de l’écologie radicale, mais de bons et utiles contacts. Il trouve le temps de participer à Nuit debout, de lancer le site aiderlesrefugies.fr ou encore de créerMon revenu de base. Cette frénésie militante n’a aucun rapport avec la critique écologiste de nos institutions de croissance. Elle sert à occuper le créneau médiatique du rebelle écolodegôche. Presque toutes les associations dans lesquelles il s’est engagé ont disparu depuis longtemps. Car il ne s’agit jamais de s’inscrire dans un temps long, mais de multiplier les coups médiatiques pour servir une carrière. Le fond, visiblement, il s’en moque. Il a raison. Il n’y a plus de fond, mais des bouffons. Sa carrière d’écotartuffe, s’il sait continuer à sortir du rang au cœur d’une concurrence féroce, promet d’être grandiose. » (La Décroissance, février 2020, « Bayou ira loin »)

2) Julien Bayou est aussi l’auteur d’une brochure Désobéissons pour sauver l’Europe (2018). « Très original, il y raconte que l’Union européenne est menacée par la montée des divisions. Et il invoque l’éternel vœu pieux d’une Europe « sociale ». Il appelle à désobéir à la règle des 3 % pour laisser davantage filer les déficits pour investir massivement dans les infrastructures de la troisième révolution industrielle, un plan Marshall pour la transition écologique extrêmement rentable… Voilà à quoi sert aujourd’hui le parti EELV, à relayer les banalités du capitalisme vert. » (La Décroissance, février 2020, « Obéissant »)