politique

L’écologie est-elle un paradigme rassembleur ?

Yannick Jadot, tête de liste EELV aux Européennes : « Je veux rassembler les Français autour de l’écologie. Je me sens de gauche, l’histoire de ma famille est de gauche, mais ça ne suffit pas. Accueillons avec enthousiasme celles et ceux qui veulent construire avec nous, d’où qu’ils viennent….  Nous ne sommes pas sortis de la tutelle sociale-démocrate pour se perdre dans le marais centriste.  L’écologie est sociale, elle est la matrice qui doit permettre de repenser la solidarité en réduisant les fractures sociales, de créer des emplois locaux, d’offrir une protection aux travailleurs et aux chômeurs, d’aménager notre territoire pour que plus personne ne se sente exilé dans son propre pays… Nous connaissons nos démons. Chassons-les les zigzag tactiques, les replis sur des débats internes qui n’intéressent que nous, les petites phrases insidieuses ! Nous n’avons pas d’autre choix que le rassemblement dans le dépassement. » *

David Cormand, secrétaire national d’EELV : « L’écologie politique est une offre politique alternative face à la droite et à la gauche de ces dernières décennies. Les alliances ne doivent pas être un préalable mais un débouché de la ligne que l’on se choisit. On n’a pas de raison de limiter notre offre politique uniquement à ceux qui viennent de la gauche. Ce serait renoncer à construire une nouvelle majorité d’idées beaucoup plus large. Notre contribution au débat, ce n’est pas de choisir entre tel ou tel appareil en mutation mais de proposer une ligne claire, celle du paradigme écologiste pour devenir majoritaire et gagner, il faut un nouvel imaginaire. L’écologie doit affirmer une forme de leadership idéologique sur l’alternative à l’extrême droite et au libéralisme. L’extrême droite juge qu’il faut revenir au passé, les libéraux court-termistes englués dans le présent estiment qu’il faut accepter le monde tel qu’il est, et seuls les écologistes pensent l’avenir de la planète. L’offre de la social-démocratie est moribonde parce que son idéal de rendre juste la répartition de l’abondance est aujourd’hui dépassé. Il s’agit désormais d’établir dans la justice une société de sobriété. »**

* LE MONDE du 25-26 août 2019, EELV : Yannick Jadot veut rassurer sa base de gauche

** LE MONDE du 22 août 2019, David Cormand : « Il s’agit désormais d’établir dans la justice une société de sobriété »

33ème JDE (journées d’été d’EELV)

De retour des 33ème JDE du 22 au 24 août à Toulouse, ce mail pour en causer. Nous étions un peu plus de 2000 sur le site ! Plusieurs moments ont fait l’objet d’une captation et peuvent être revisionnés ici :

Mais surtout pleins d’ateliers, moments de réflexion en petites groupes sur « Un autre modèle économique est possible », « Faut-il en finir avec les partis politiques », « Pourquoi préférer la ZTL à la ZFE ? », « Quelle éducation face au tout numérique ? » etc. Ce parti montre qu’il est aussi une université populaire de formation. Voici quelques extraits du discours d’introduction de l’organisatrice Marine Tondelier :

« L’écologie est et reste un sport de combat. Que vous pratiquez pour la plupart ici.  A en écouter certains, vous allez pouvoir arrêter car on a une excellente nouvelle pour vous : TOUT LE MONDE EST DEVENU ECOLOGISTE. Et donc comme vous devez aussi parfois l’entendre « on n’a pas besoin de parti écologiste parce qu’elle est dans tous les partis » et d’ailleurs « l’écologie ne devrait pas être un parti ». En fait il y a en fait au moins deux sortes d’écologistes politiques, des « d’écologiste mais ». Ils sont écologistes « mais tu comprends blablabla là on n’a pas le choix ». L’écologie d’accord, « mais le développement économique tu comprends c’est important ». L’écologie d’accord, « mais le nucléaire on peut plus faire sans ». L’écologie d’accord, « mais tu vois ce projet va supprimer des terres agricoles mais le promoteur m’a dit qu’il allait créer plein d’emplois ». L’écologie d’accord, « mais tu comprends en avion je mets 2 heures alors qu’en train j’en aurais mis 4 »…  J’arrête la liste mais elle est encore longue. Le problème, vous l’avez compris, c’est qu’il y a toujours à la fin une bonne raison d’être écologiste « mais », quand on tolère que l’écologie passe après. Ce raisonnement « l’écologie mais » est risqué, car il donne l’impression que l’écologie est partout même quand elle n’est nulle part ou si peu dans les actes. Mais notre avenir, nos enfants, notre planète et surtout ceux qui y vivent ont besoin d’écologistes POINT. D’écologistes sans MAIS. D’écologistes qui ne soient pas dans le « en même temps » mais dans le « il est temps », l’urgence écologique n’attends pas. »

L’écologie politique comme force dominante ?

L’écologie, nouvelle force politique, va être une entreprise de longue haleine tout au cours du XXIe siècle. Elle va en effet à rebours de tous les systèmes socio-économiques que nous avons vécu depuis le néolithique : la Terre subit aujourd’hui au pillage mondialisé, les générations futures vont hériter d’une planète exsangue. Dans les péripéties électoralistes du court terme, nous ne devons jamais oublier notre horizon à long terme, écocentrée et non anthropocentrique, ayant le sens des limites contre une société croissanciste. Comme se rassembler autour de ce message ?

Nous constatons que l’axe droite/gauche de l’échiquier politique a perdu toute crédibilité, que ce soit au niveau national ou international. Il y a désormais trois forces en présence qui se profilent. Celle qui monte est la tentation populiste (de droite ou de gauche) avec personnification par un leader et désignation de boucs émissaires à nos difficultés (les immigrés, les « élites », l’Europe…). Face à cela, un magma qui se dit « progressiste » et rassemble des forces de droite comme de gauche au nom de la démocratie et de la libre entreprise. C’est en fait la perpétuation du système issu de la révolution industrielle, « business as usual ». De son côté le mouvement écologique, divers et éclaté comme toute force émergente, porte cependant un projet de société durable, en équilibre avec les possibilité biophysiques de la planète : c’est le seul mouvement réaliste possible. Certains prônent une écologie superficielle, d’autres pensent approfondir les fondements de cette écologie, mais c’est toujours le mot « écologique » qui rassemble, pas les vieilles étiquettes gauche ou droite. La stratégie, ce qui structure fondamentalement l’écologie politique, c’est son message reposant sur les résultats de l’écologie scientifique, réchauffement climatique, extinction des espèces, pic pétrolier ou des métaux, état des ressource renouvelables, etc. Elle repose sur l’idée que les contraintes naturelles conditionnent l’état d’une société, la délibération démocratique déterminant normalement le fonctionnement de l’économie. Il ne s’agit plus d’une lutte travailleurs (option de gauche) contre le capital (défendu par la droite), il s’agit de prendre en considération le facteur Terre. Le problème, c’est de passer de la vision du long terme au programme électoral présent et à la cuisine électorale.

Pour les programmes, leur contenu a amplement montré la diversité des écologismes pratiqués par les différentes tendances de l’échiquier politique français. Pour simplifier, il y a des fragments d’écologie profonde (une éthique de la Terre) chez certains et des variétés infinies d’écologie superficielle chez la plupart, axée sur la croissance verte, le moteur propre, etc. Ces tendances souvent contradictoires traversent le parti EELV lui-même, ce sera un débat permanent. Ajoutons que même l’extrême droite se targue aujourd’hui de considérations écologiques. Pour la petite histoire, l’extrême-droite récuse officiellement cette différenciation droite/gauche puisqu’elle dit représenter « le peuple ». A chacun son vernis écolo, mais notons que c’est toujours l’écologie qui fait le socle commun, pas l’étiquette droite ou gauche. Cette démarcation n’a d’ailleurs plus d’importance pour la grande majorité des électeurs. Mais chaque force politique en présence aura son propre programme social-écologique, les tribunes et analyses ici ou là ne déterminent pas l’évolution des différents groupes politiques institutionnalisés qui possèdent leur propre logique interne. Le rassemblement de ces mouvements disparates paraît pour l’instant impossible.

Quant à la tactique électorale, les événements depuis la présidentielle 2017 montre que l’arrimage à la gauche socialiste voulue par Voynet puis par Duflot a abouti à un véritable échec pour EELV. Avec le positionnement de Yannick Jadot aux européennes 2019, les Verts reviennent à leur fondement historique depuis René Dumont (1974) et surtout Waechter : « l’écologie n’est pas à marier », elle se suffit à elle-même. L’urgence écologique est en effet devenue de nos jours un cri de ralliement, que ce soit pour une jeunesse qui s’était dépolitisée, une gauche sans repères ou des conservateurs qui se diraient de droite. L’écologie politique peut-elle devenir un parti de gouvernement ? Les soubresauts de la planète l’exige…

Michel Sourrouille, coopérateur EELV

L’invention de l’écologie politique… en 1957

Le premier auteur à avoir employé l’expression « écologie politique » semble avoir été Bertrand de Jouvenel en 1957. Il précisait : « l’instruction économique devrait toujours être précédée d’une introduction écologique ». En d’autres termes, on ne peut pas être un bon économiste si on n’est pas d’abord un bon écologiste. Résumons l’analyse de Jouvenel.

A la fin des années 1950, à une époque où la discipline scientifique qu’est l’écologie, dûment institutionnalisée depuis le début du XXème siècle dans le cadre des sciences du Vivant, n’était guère connue de l’opinion publique, Bertrand de Jouvenel prononça à Tokyo une conférence* préconisant « le passage nécessaire de l’économie politique à l’écologie politique » . Notre espèce est en co-évolution avec les autres espèces dans une situation de dépendance forcée à l’égard de notre environnement naturel qu’il qualifie de « machine terraquée » : « Aussi bien qu’un organisme inférieur, la plus orgueilleuse société est un parasite de son milieu : c’est seulement un parasite intelligent et qui varie ses procédés. » Il y a chez Bertrand de Jouvenel une perception très vive de la mutation anthropologique constituée par la Révolution industrielle : « Réduite à ses traits matériels les plus simples, l’histoire du genre humain est celle d’un accroissement de forces. Accroissement des forces d’abord par le nombre des hommes, qui a été très longtemps le fait principal ; ensuite par la captation de forces auxiliaires, les animaux de labeur, plus tard l’énergie du vent et du cours d’eau, plus tard les combustibles fossiles, de nos jours enfin l’énergie nucléaire.  » Ce qui est désormais déterminant, c’est notre dépendance à l’égard de sources d’énergie extérieures au monde vivant actuel, puisées dans les entrailles de la Terre.

En tant que membre de la Commission des comptes de la Nation, Bertrand de Jouvenel appartenait à la corporation des économistes de sorte que la critique de la science économique qu’il amorça en 1957 et poursuivit dans ses ouvrages de 1965 et 1976 ne procède pas d’un point de vue extérieur mais bien plutôt interne à ladite corporation : « L’économiste ne peut que sous-estimer ce que la société sous-estime. Ce n’est pas déficience de sa part, mais seulement soumission à sa discipline. Sa soumission à la valeur que la société donne aux choses est une condition de sa rigueur ; néanmoins il limite ainsi son horizon et ne peut pas toujours voir les conséquences éloignées de cette attitude. » A l’origine du fourvoiement de l’économie politique se trouve la place prépondérante accordée par Adam Smith à la division du travail et à l’accumulation du capital plutôt qu’à l’exploitation croissante de la nature. « Cette erreur du génial fondateur de la science économique a été lourde de conséquences : elle a orienté ses successeurs vers le problème de l’équilibre général, ce qui a beaucoup retardé l’intelligence de la croissance. Elle fausse nos plus modernes calculs économiques en laissant hors de compte l’intervention des agents naturels. » Or, non seulement ces derniers sont loin d’être illimités, mais encore leurs composantes vivantes entretiennent des relations complexes avec le milieu. Parmi les autres causes du fourvoiement de l’économie politique figurent sa sur-estimation du modèle monétaire, sa sous-estimation des « déséconomies externes », autrement dit des externalités négatives, et sa fascination pour la croissance. « L’étroite liaison de la vision économique avec l’instrument monétaire restreint son champ de vision au domaine de la circulation de l’argent, qui ne s’emploie qu’entre hommes, donc à l’intérieur de l’organisme social, et ne s’applique point à ses rapports avec la nature. La vision monétaire ne permet de voir les choses qu’à partir du moment où elles entrent dans le système des relations humaines comme marchandises, et aussi longtemps qu’elles conservent ce caractère : avant d’avoir été ainsi perçues, elles sont sans existence économique; sitôt rejetées, elles perdent l’existence économique. »

La thèse centrale de son texte de 1957 ressort de la citation ci-après : « Pour ces raisons, il me semble que l’instruction économique devrait toujours être précédée d’une introduction écologique. Avant de parler de l’organisation des hommes pour l’obtention de biens, il faudrait montrer que ces biens sont obtenus à partir de l’environnement naturel et que, dès lors, l’organisation dont il s’agit est essentiellement une organisation pour tirer parti de l’environnement. » Au fond, il préconisait rien de moins qu’un changement de paradigme faisant de l’économie un prolongement de l’écologie, c’est-à-dire d’une science du Vivant, alors que l’économie de l’environnement tente aujourd’hui encore de réaliser l’inverse. Non seulement « l’économie politique » qu’on enseignait encore en faculté dans les années 1970 n’est pas devenu « écologie politique », mais elle a été dénaturée en se nommant de façon injustifiée « sciences économiques ». Erreur funeste qui nous a entraîné vers une croissance économique hors sol !

* texte paru dans le Bulletin du SEDEIS du 1er mars 1957 sous le titre « De l’économie politique à l’écologie politique », reproduit dans La civilisation de puissance, paru en 1976

source : https://www.catallaxia.org/wiki/Bertrand_de_Jouvenel:Jouvenel,_pionnier_m%C3%A9connu_de_l%27%C3%A9cologie_politique

Les origines historiques de l’écologie politique

Ralph Waldo Emerson dans son manifeste « La nature » (édité en 1836) appelle à réveiller sa sensibilité pour communier avec une nature dont l’homme fait partie et pouvoir ainsi affronter le conformisme. Le concept d’écologie apparaît en 1859 dans le préambule de De l’origine des espèces de Charles Darwin, sous le nom d’« économie de la nature ». Il y décrit les relations entre les prairies de trèfles, pollinisés par les bourdons, et les chats qui mangent les mulots qui eux-mêmes délogent les bourdons de leurs terriers. Le terme écologie en tant que tel est construit sur le grec oikos (« maison, habitat ») et lógos (« discours ») : c’est la science de l’habitat. Il fut inventé en 1866 par Ernst Haeckel, biologiste allemand. Dans son ouvrage Morphologie générale des organismes, il désignait par ce terme « la science des relations des organismes avec le monde environnant, c’est-à-dire, dans un sens large, la science des conditions d’existence ». l’origine de l’écologie est d’essence scientifique, ceux qui font l’étude des écosystèmes s’appellent écologues. A partir du moment où les observations concordantes des biologistes, naturalistes et autres chercheurs montreront la dégradation de la planète, l’écologie entrera en politique : il faut bien prendre des décisions, ne pas se contenter d’observer et comprendre. Rares sont les personnes qui réagissent à la société dominante. On peut certes nommer Elysée Reclus (1830-1905), Henry David Thoreau (La désobéissance civile, 1849) ou même Gandhi (lire son autobiographie, 1925-1929). Plus explicitement précurseur de l’écologie politique, nous pensons à l’ouvrage « La planète au pillage » de Fairfield Osborn (1948). Il faut aussi citer l’ouvrage de la biologiste américaine Rachel Carson sur les ravages du DDT, « Le printemps silencieux » (1962). En France, ce sont les naturalistes qui ont été les premiers à s’inquiéter du dérèglement planétaire. Ainsi Jean Dorst, « Avant que nature meure » (1965).

Dans les années 1960, on ne parle pas encore d’écologie politique en France, c’est le mouvement associatif qui mène seul le combat environnemental. Le livre de Serge Moscovici en 1968 n’est qu’un « Essai sur l’histoire humaine de la nature ». Sa démarche n’est pas politique : « Quelles sont les racines de l’inégalité sociale, de quelle façon peut-on la combattre ? Quelle est la société la plus juste ? Voilà les demandes auxquelles on est pressé de fournir une réponse. » Son livre « De la nature, pour penser l’écologie » est seulement publié en 1976. Notons que le mouvement de mai 1968 ne parlait pas encore d’écologie. Mais au cœur de la contestation de la guerre du Vietnam, le mouvement « Survivre » des scientifiques critiques (devenu Survivre et Vivre à l’été 1971) contribue à l’apparition d’un écologisme d’ultra-gauche. Rassemblés autour d’Alexandre Grothendieck, une poignée de mathématiciens dénonce la militarisation de la recherche et l’orientation mortifère du développement techno-scientifique. De 1971 à 1973, la revue constitue le journal écologique le plus important, atteignant un tirage de 12 500 exemplaires, avant que les éditions du Square ne lancent La Gueule ouverte et le Nouvel Observateur Le Sauvage. Il ne s’agit pas encore d’écologie politique, mais de dénonciation du système. Ce sont les prémices de l’écologie politique. Alain Hervé a été une cheville ouvrière du passage de l’écologie médiatisée à la présence de l’écologie dans l’arène électorale. Il avait fondé en 1970 la branche française des Amis de la Terre et supervisé le hors-série du Nouvel Observateur en avril 1972 : « La dernière chance de la Terre ». À partir de 1973, il dirigeait le mensuel écologique Le Sauvage. Lors de la candidature de René Dumont à la Présidence de la République en 1974, il a été responsable du bureau de presse.

Excepté quelques expériences locales aux élections, l’écologie politique ne devient donc visible qu’à partir de la présidentielle 1974. Et encore, c’est le mouvement associatif qui est maître d’œuvre. Justification : « Plutôt que de chercher à politiser l’écologie Philippe Saint-Marc, animateur du Comité de la Charte de la Nature (signée par près de 300 000 personnes), préconisait à l’époque d’écologiser les politiques en sensibilisant les différents partis aux enjeux environnementaux. Mais en novembre 1973, l’Association des Journalistes-écrivains pour la protection de la nature (AJEPN) organise un débat entre neufs délégués des partis politiques chargés des questions environnementales. D’après Jean Carlier, alors directeur du service des informations à RTL et militant de la protection de la nature et de l’environnement, « ça a été lamentable, sauf un ou deux exemples, des centristes plutôt ». À l’issue de cette réunion, Jean se dit convaincu que les partis politiques ne prendront jamais les enjeux environnementaux au sérieux, à moins d’y être contraints. Le 3 décembre 1973, lors d’une réunion du bureau de l’AJEPN, il propose de présenter un candidat écologiste aux prochaines élections présidentielles qui, selon lui, ne devraient pas tarder du fait de la détérioration de l’état de santé de Georges Pompidou. Ce sera René Dumont. » (extraits du livre de Michel Sourrouille, « L’écologie à l’épreuve du pouvoir », 2016)

Le philosophe Hans JONAS (1903-1993) n’a fait éditer son livre « Le principe responsabilité » qu’en 1979, et ce n’était pas de la politique, c’était de la philosophie. Il n’y a pas là d’écologie politique au sens de politique « politicienne », c’est-à-dire par présentation à des élections. Lors de la présidentielle de 1974, nous sommes en présence d’un programme explicitement écologiste qui sera porté par l’agronome René Dumont. L’action écologique de terrain passe dans le jeu institutionnel. Notons que la structure partisane de l’écologie politique a été encore longue à se mettre en place. Les Verts sont issus en 1984 de la fusion de la confédération écologiste et du parti écologiste, ils ne comptaient que 1700 adhérents à la fin de 1988.

La volonté du peuple exprimée grâce au tirage au sort

Convention citoyenne pour le climat, une assemblée de 150 Français tirés au sort à partir des listes électorales… mais aussi à partir des listes des abonnés au téléphone afin d’élargir la convention aux personnes éloignées de la politique. Les travaux dureront six mois et les propositions « pour lutter contre le réchauffement climatique » votées par le Parlement ou soumises à un référendum*. En Irlande, une assemblée purement citoyenne a été à l’initiative de la reconnaissance du droit à l’avortement. Quelques commentaires du point de vue des écologistes démocrates :

Le nombre de personnes pour représenter le peuple en réflexion est trop grand ; plus il y a de personnes, plus le nombre d’interrelations se multiplie et bloque l’expression d’une intelligence collective. Une Conférence de consensus avec une vingtaine de participants aurait suffi. Le fait qu’il n’y a pas de compétence particulière des membres est un avantage, l’ouverture d’esprit de chacun n’est pas viciée par un parti pris associatif, politique ou économique. Même si par miracle un climato-sceptique s’y retrouve, il lui faudra trouver la meilleure façon de comprendre et assumer des avis différents. Quant à la compétence technique, mieux vaut ne pas faire confiance aux experts ; le sens du bien commun est une qualité partagée par tous nos concitoyens ou presque, surtout quand on est réuni pour le rechercher ensemble. Notons d’ailleurs que nos députés n’ont pas de compétence particulière, si ce n’est l’art et la manière de se faire élire, ce qui ne prédispose en rien à être représentatif d’autrui. Le problème de fond, c’est le passage de la proposition à la décision finale. Les parlementaires risquent fort de réduire en charpie les bonnes idées. Un référendum ne sera pas forcément en adéquation avec la proposition de citoyens qui ont été formés pour maîtriser un sujet donné. Par exemple, si la taxe carbone est proposée par la Convention citoyenne, quelle majorité de votants pourrait accepter le fait de devoir payer plus cher son essence « si nécessaire au mode de vie actuel ». Pourtant tout le monde ressent plus ou moins consciemment que limiter nos émissions de gaz à effet de serre est une nécessité absolue et que cela ne va pas être une partie de plaisir. Pour en savoir plus sur le tirage au sort, quelques éléments de réflexion sur notre blog biosphere:

21 mars 2017, Allons bien au-delà de la démocratie représentative

Biosphere-Info du 3 janvier 2017, comment faire de la politique autrement ?

26 août 2016, Votons pour des députés désignés par tirage au sort

15 mars 2016, Le tirage au sort peut remplacer les procédures électives

* LE MONDE du 19-20 mai 2019, 150 Français tirés au sort, six mois de débat, la taxe carbone sur la table : la Convention citoyenne sur le climat se précise

40 ans après, comment redire l’indicible

Jean-Marc Jancovici : La limite, c’est notre ennemie. Quand ils ne peuvent s’affranchir eux-mêmes des limites, les hommes s’inventent d’innombrables divinités capables de le faire à leur place. La ribambelle des Dieux du temps des Grecs et des Romains étaient aptes à s’affranchir d’à peu près n’importe quelle loi terrestre s’il leur plaisait de le faire. Aujourd’hui, que l’on soit grand sportif, grand drogué, grand président, grand patron ou grand artiste, on est « grand » quand on a dépassé une limite. L’élève en difficulté que l’on essaie de remettre sur les rails n’obéit pas à une loi différente : il doit lui aussi dépasser ses propres limites. Avec le présent livre*, «  Les limites à la croissance », il s’agit uniquement de limites, non point pour les dépasser, mais pour s’en accommoder. L’idée de base de ce travail, initialement mené en 1972, est d’une simplicité biblique : pour que les hommes puissent produire, qu’il s’agisse de nourriture ou de la fusée Ariane, il leur faut des ressources naturelles. Tant que nous poursuivrons un objectif de croissance économique, nous pouvons être aussi optimistes que nous le voulons sur le stock initial de ressources et la vitesse du progrès technique, le système finira par s’effondrer sur lui-même au cours du XXIe siècle. La seule manière d’éviter cette issue était de stabiliser le PIB mondial au niveau de 1975. Bien évidemment ce n’est pas le chemin que nous avons suivi depuis. (préface)

Préface des auteurs : The Limits to Growth a été publié en 1972. Une version révisée, Beyond the Limits, est parue en 1992. Cette nouvelle mise à jour de 2004 fait le bilan des données que nous avons récoltées durant ces trente dernières années. L’un des piliers de notre projet était le modèle informatique World3 qui produit des scénarios sur le développement mondial. L’expansion de la population et du capital physique contraint petit à petit l’humanité à consacrer davantage de capital à la résolution de problèmes nés de l’association de plusieurs limites. A bout du compte, ces problèmes accaparent tellement de capital qu’il devient impossible d’alimenter la croissance. Le déclin de l’industrie empêche alors la société d’assurer la production dans d’autres secteurs : alimentation, services et autres formes de consommation. Et lorsque ces secteurs cessent de se développer, l’accroissement démographique s’arrête lui aussi. Nous plaidions pour que l’empreinte écologique de l’humanité ne dépasse pas la capacité de charge de la planète Terre.

En 1992 le monde est déjà en dépassement. La production mondiale de céréales par habitant a atteint son maximum au milieu des années 1980. La perspective d’une importante augmentation des captures de poissons marins s’est envolée. Nous payons un tribut toujours plus lourd aux catastrophes naturelles. La concurrence de plus en plus féroce autour des ressources en eau douce et de combustibles fossiles provoque des tensions, voire des conflits. Les États-Unis et d’autres émettent toujours plus de gaz à effet de serre et les données météorologiques fournissent la preuve que les activités humaines modifient le climat mondial. On constate déjà un déclin économique continu dans plusieurs régions. 54 pays représentant 12 % de la population mondiale ont enregistré une baisse du PIB par habitant de 1990 à 2001. La consommation actuelle de ressources dépasse de quelque 20 % la capacité de charge mondiale (empreinte écologique de Mathis Wackernagel). Mais hélas peu de personnes ont pris conscience de la gravité de la situation. Nous n’avons pas réussi à faire accepter le concept de « dépassement » comme une préoccupation légitime du débat public. Nous sommes beaucoup plus pessimistes qu’en 1972 quant à l’avenir qui nous attend. Jorgen est le cynique de notre groupe. Il pense que l’humanité va poursuivre, jusqu’à ce qu’il soit trop tard, les objectifs à court terme que sont toujours plus de consommation, d’emplois et de sécurité financière. Il est affligé à l’idée que les humains vont intentionnellement renoncer au monde merveilleux qui aurait pu être le leur. (janvier 2004)

* Les limites à la croissance (dans un monde fini) de Dennis Meadows, Donella Meadows & Jorgen Randers

édition rue de l’échiquier 2017, édition originale 2004 sous le titre The Limits to Growth, the 30-Year Update

L’écologiste effondré et l’élu potentiel

L’écologiste effondré : J’ai encore du chemin à faire pour diviser par 5 ma production de CO2. Mais le problème ce n’est pas moi, c’est notre incapacité collective à agir à la hauteur des enjeux. Notre société va disparaître dans les pleurs et le sang. L’effondrement a commencé, il faudrait nous préparer aux chocs à venir, renforcer notre résilience individuelle et collective pour tenter limiter la casse… Mais nous continuons à mentir, à promettre que « demain nous allons raser gratis », que quelques aménagements à la marge nous permettront de ne pas remettre en cause notre mode de vie. J’ai deux petites filles de 15 mois et de 5 ans qui vont survivre ou mourir au cœur des horreurs qui se préparent…

Le politicien écolo : Je partage ton angoisse à propos de l’avenir. Et alors ? Tu proposes quoi au juste ? Je serais très intéressé de savoir comment tu fais avaler ce discours catastrophiste aux électeurs. Tu t’imagines que ce discours est vendeur pour les élections municipales ? Tu penses faire combien d’adhérents et récolter combien de voix avec un programme proposant de réduire de 10 fois notre empreinte carbone, comme le suggère Yves Cochet ? Le problème, c’est la démocratie… Si l’on veut être en position de prendre de vraies décisions, significatives, il faut être élus et avant d’être élu, il faut être en capacité d’être élu… Je constate que « les pauvres » dans les quartiers populaires de ma ville de banlieue parisienne se foutent pas mal du danger de « collapse ». Ils pensent surtout à gagner plus pour dépenser plus. Et je ne peux leur en vouloir puisque toute la société tourne autour de cette seule fonction de « consommateur »… Bref, notre programme tient aussi compte de ce que les électeurs peuvent entendre… Une règle de base dans une démocratie, pour qui veut prendre le pouvoir grâce aux élections pour être en position de prendre de bonnes décisions par la suite.

Biosphere : Cet échange réalisé entre deux militants d’un même parti écologiste résume la contradiction entre le fait qu’il y a vraiment urgence écologique d’une part, mais que pour arriver en situation de décider, il faut être élu et donc faire plaisir. « Le problème, c’est la démocratie ! ». C’est exact, des populations qui peuvent élire Poutine, Trump, Bolsonaro ou Macron ne sont pas du tout préparées à la rupture. La démission de Nicolas Hulot de son poste de ministre de l’écologie de Macron a démontré que même avec un président qui se dit « progressiste », il n’y a pas d’avancée réelle possible en matière écologiste dans un monde « business as usual ». Or nous sommes déjà entrés en temps de guerre, une guerre que nous menons internationalement contre la planète pour s’accaparer ses richesses et éliminer tout ce qui n’est pas appropriation humaine. Il faudrait donc annoncer politiquement « Du sang, du labeur, des larmes et de la sueur »… comme en temps de guerre*. Un écologiste qui ne dirait pas cela aujourd’hui, à quelque poste électoral qu’il brigue, ne serait pas un véritable écologiste. Nous devons par exemple dire aux « pauvres » qui roulent en automobile et s’accaparent parfois les ronds-points que le prix du litre d’essence devrait être au moins dix fois plus cher que son montant actuel pour atténuer la brutalité du prochain choc pétrolier et diminuer le réchauffement climatique. Qu’on ne soit pas élu quand on tient un discours de vérité n’est pas grave puisque ce discours était le seul qui devait être tenu. Flatter le peuple n’est pas un exercice démocratique, mais une manœuvre démagogique et populiste indigne d’un parti écologiste. Au fur et à mesure que l’effondrement de la société militaro-industrielle deviendra une évidence aux yeux des électeurs, il y aura deux pistes offertes. Soit mettre des écologistes réalistes au pouvoir et accepter la sobriété partagée, soit acclamer un nouveau Führer et accumuler les guerres. Le peuple n’a pas toujours raison… Comme l’écrivait Henry David Thoreau dans La désobéissance civile (1849), « Tout homme qui a raison contre les autres constitue déjà une majorité d’une voix ».

* « « I have nothing to offer but blood, toil, tears and sweat » (Je n’ai à offrir que Du sang, du labeur, des larmes et de la sueur) est une expression célèbre prononcée par Winston Churchill le 13 mai 1940, dans son premier discours devant la Chambre des communes, après sa nomination au poste de Premier ministre du Royaume-Uni durant la Seconde Guerre mondiale.

Oraison funèbre pour François de Rugy

Sous le poids des affaires, François de Rugy vient de démissionner de son poste de ministre de la social-écologie. Barbara Pompili, l’une des parlementaires LREM les plus proches de François de Rugy, avec qui elle avait été élue sous les couleurs d’Europe Ecologie-Les Verts en 2012 : « Je ne peux pas comprendre cette légèreté dans la gestion des moyens publics destinés à l’exercice du mandat parlementaire ».

De notre côté, nous ne regrettons pas une personnalité qui a toujours fait preuve d’une écologie régressive, superficielle, type écoblanchiment. La seule écologie positive et réaliste est celle qui nous dit qu’on va en baver maintenant ; les « avantages acquis » sont derrière nous et devant, c’est l’épuisement des ressources fossiles, le choc climatique, l’extinction des espèces, la surpopulation humaine, etc. Voici quelques mots antérieurs sur notre blog biosphere à propos de cet opportuniste nommé Rugy.

29 janvier 2019, de Rugy détricote toutes les avancées écologiques

12 septembre 2018, François de Rugy, adepte d’une écologie superficielle

5 septembre 2018, de Rugy ministre de l’écologie, l’ambition au pouvoir

2 juin 2012, François de Rugy, un député vraiment écolo ?

Une ouverture à droite de l’écologisme ?

Pour marquer le rassemblement des écologistes, rendez-vous était donné lundi 8 juillet devant l’incinérateur d’Ivry-sur-Seine. On y voyait Yannick Jadot (Europe Ecologie-Les Verts), Delphine Batho (Génération Ecologie), Antoine Waechter (Mouvement écologiste indépendant), François Damerval (Cap 21), Jean-Marc Governatori (Alliance écologiste indépendante) et François Béchieau (Mouvement des progressistes). Manquait à l’appel le Parti animaliste. « Ils sont sur une ligne monothématique, mais nous allons les rencontrer dans les prochains jours », a indiqué M. Jadot*. Réunir les différentes chapelles écolos ? Jusqu’à présent l’écologie institutionnelle a tendance à se disperser plutôt qu’à se rassembler !

Le texte commun du 8 juillet : « Nous voulons préparer la conquête et l’exercice du pouvoir par un mouvement démocratique en rupture avec les anciens clivages partisans à l’égard desquels nous affirmons notre indépendance… L’écologie est la seule alternative à la barbarie et à la progression de l’extrême droite. » La grande absente est… la gauche. François Damerval estime que « ce rassemblement est important car il va au-delà du clivage droite-gauche ». Delphine Batho : « Tous ceux qui se définissent écolos sont les bienvenus, ils doivent quitter les anciens partis pollués ».Yannick Jadot : « Dans des municipalités où vous avez des maires qui sont sans étiquette ou divers droite, qui font du 100 % bio dans les cantines, des jardins partagés ou de la rénovation urbaine, qui appliquent ce que nous avons envie de faire, nous prendrons nos responsabilités. Surtout si on les compare à des socialistes qui sont dans des contournements routiers ou du 100 % Sodexo ! » Les gauchistes d’EELV sont ulcérés. Julien Bayou, porte-parole d’EELV : « On ne fera pas d’accord à droite ! » La sénatrice de Paris Esther Benbassa : « A qui m’interroge sur l’ouverture de Yannick Jadot à des accords avec des sans-étiquette ou divers droite, je réponds qu’il parle en son nom, pas au nom d’EELV ». David Cormand, secrétaire national d’EELV : « Ma ligne est assez simple : c’est celle qui a été votée à l’unanimité par le Conseil fédéral. Il n’y aura pas d’alliance avec la droite, qu’elle soit d’extrême droite, conservatrice ou libérale ».

Un commentaire du sceptique sur lemonde.fr : « Pauvre Jadot : il a compris que l’écolo-gauchisme majoritaire au conseil fédéral EELV est la garantie de végéter en marge de la vie politique, que le seul moyen d’en sortir est de casser le tabou en faisant des alliances locales même avec la droite écolo-compatible, comme le font les Grünen allemands, realos depuis 20 ans. Mais voilà : alors qu’on parle surtout du lepénisme, le gauchisme pourrit lui aussi la politique française depuis 40 ans. Nous devons être la dernière grande démocratie à avoir autant de chapelles marxistes, d’intellectuels anticapitalistes, de sachants révolutionnaires, de ratiocinations doctrinaires complètement décalées par rapport au monde tel qu’il évolue. Et comme ce gauchisme pourrit la politique par la voie gauche, l’écologie en est logiquement victime, avec ses fractions pures et jalouses. Cet état de fait plaît aux pollueurs, puisqu’il leur permet en France de dire « regardez, c’est nous ou la chienlit utopique anticapitaliste ». »

Sur notre blog biosphere, nous n’avons pas attendu ces derniers rebondissements pour clarifier le débat écologie/droite/gauche :

7 juin 2019, Yannick JADOT assume, ni droite ni gauche

16 avril 2018, L’écologie va-t-elle passer à droite, nature oblige ?

15 mai 2017, l’écologie politique, vision par-delà droite et gauche (l’écologie intégrale du pape François)

27 mars 2017, un parti social-écologiste ou bien ni droite ni gauche ?

22 août 2016, L’écologie est-elle de droite ou de gauche, ou d’ailleurs

23 avril 2016, L’écologie, ni gauche, ni droite, ni centre, mais supérieur

8 avril 2016, Le « ni droite ni gauche » va avoir le vent en poupe

20 février 2016. Deux manières de tuer l’affrontement droite/gauche (le FN et les Verts)

13 janvier 2016, Non à une primaire ligotant les écologistes à la gauche

19 décembre 2013, Droite ou gauche, comment situer l’écologie ?

17 mai 2013, l’écologie ou l’extrême droite, à toi de choisir !

28 septembre 2011, Manuel Valls, plus proche de la droite que des écologistes

17 mai 2011, plus à gauche et moins à droite, Nicolas Hulot

19 avril 2011, Nicolas Hulot, droite ou gauche?

12 février 2011, socialistes à droite, écologisme à droite (Dominique Strauss-Kahn)

26 février 2010, droite/gauche, un classement ringard

17 octobre 2009, l’écologie de droite (Chantal Jouannet)

6 juillet 2008, droite et gauche, même combat

3 mars 2008, l’écologie, de droite ou de gauche ?

* LE MONDE du 10 juillet 2019,  Yannick Jadot ou l’écologie « et de droite et de gauche »

Les pensées politiques d’Alain Hervé

Politique : La France vit avec une posture intellectuelle du XIXe siècle. J’ai eu du fait de ma profession l’occasion de bavarder avec quelques-uns de nos dirigeants. Je peux citer Jospin, Rocard, Guichard, Couve de Murville… Gauche, droite, je les ai tous trouvés parfaitement ignares en ce qui concerne les notions les plus élémentaires de l’écologie : les biotopes, la biodiversité, la chaîne alimentaire, les risques liés à l’énergie nucléaire, aux manipulations génétiques… Enfermé à vie dans un système de références appris à l’école (souvent à l’ENA) et dont ils étaient incapables de sortir. Et ça ne change pas avec les nouveaux venus. Je crains que droite ou de gauche nous n’élisions un Président Sisyphe. Le double langage a gangrené le discours politique. L’énergie nucléaire devient une énergie propre, le développement durable c’est la nouvelle justification de la poursuite de la croissance économique, l’aide au tiers-monde c’est un nouveau colonialisme encore plus destructeur que le précédent des fondements des sociétés et des civilisations non occidentales… Sauf exception, les intellectuels français se taisent. Les salons sartriens bourdonnent de leurs affaires du siècle passé.

L’écologie n’est pas un luxe, le souci des petits oiseaux… c’est la gestion globale du monde vivant dont nous faisons partie. Difficile à admettre. Mais nous allons y être aidés par la nature elle-même qui va prendre des décisions pour nous. Elles seront sans appel. Elles seront dramatiques. Le réchauffement climatique, l’effondrement des nappes phréatiques, l’avancée des déserts… ne sont pas des données négociables. Ce n’est pas la planète qui est en danger. C’est l’animal humain qui s’agite à la surface qui se suicide.

Politique écologique : L’écologie, c’est la politique de gestion de la biosphère prioritaire à toute autre décision politique, économique ou sociale.

– La politique écologique de la recherche scientifique n’est pas orientée vers la production de puissance militaire, vers la suprématie du marché économique… mais vers l’étude raffinée de tous les systèmes vivants et de leur protection.

– La politique écologique n’a pas pour objectif prioritaire d’exporter davantage que le voisin et n’importe quoi : des armes, des automobiles, des techniques agricoles inadaptés vers le tiers-monde… mais le développement d’une bioéconomie adaptée aux ressources minérales et aux besoins du pays.

– La politique écologique démographique ne consiste pas à saturer le territoire pour décourager le voisin d’y venir… mais à le peupler intelligemment en répartissant la population, en vidant progressivement les conurbations et en repeuplant les campagnes.

– La politique écologique agricole ne consiste pas à produire à grands frais énormément de produits standardisés sur des sols banalisés, saturés d’engrais chimique… mais à promouvoir une agriculture scientifique, c’est-à-dire finement adaptée au biotope et aux hommes.

– La politique écologique sociale ne consiste pas à prétendre sauvegarder à n’importe quel prix le plein-emploi, à faire courir le prolétariat derrière la carotte de l’augmentation de salaires… mais à donner à chacun la possibilité de savoir quels sont les problèmes auxquels la collectivité est confrontée et de prendre personnellement ses responsabilités pour qu’ils soient résolus.

Nicolas Hulot poussé à la démission

Le quotidien LE MONDE du 8 mai 2018 reste dubitatif sur le bilan écologique du gouvernement Macron après un an au pouvoir : « Recul de la baisse du nucléaire dans le mix énergétique, affaiblissement de la définition des perturbateurs endocriniens, interdiction limitée du glyphosate, influence très limitée dans les états généraux de l’alimentation : Nicolas Hulot n’a pas réussi à gagner ces arbitrages gouvernementaux… Le président Macron n’a pas encore donné d’impulsion claire pour ériger notre pays en modèle unanime de transition bas carbone… Une loi très symbolique sur la fin de la recherche et de l’exploitation des hydrocarbures en France n’a pas empêché la prolongation de plusieurs permis d’exploration… Quant à la fermeture des quatre dernières centrales à charbon de l’Hexagone, annoncée pour la fin du quinquennat, elle n’est toujours pas amorcée… Aucune mesure d’ampleur pour faire face à la crise de la biodiversité n’a encore été prise.» Le rythme de sénateur adopté par le gouvernement sur le front de l’environnement tranche avec le volontarisme affiché dans de nombreux autre secteurs : droit du travail, SNCF, université… Mais soyons clair sur les responsabilités partagées : il n’y a pas que le gouvernement qui importe, un ministre de l’écologie sans appui massif de l’opinion publique ne peut arriver à un bon résultat.

Nicolas Hulot s’interroge : « Si demain je devais parvenir au constat que j’ai atteint mon seuil d’efficacité, j’aviserais. Je n’exclus aucun hypothèse. » Le 16 mai 2018, il fait enfin explicitement pression sur le gouvernement. Invité de BFM-TV et RMC un an après son intronisation comme ministre de la transition écologique et solidaire, Nicolas a annoncé qu’il aura cet été « un moment de vérité » avec Emmanuel Macron et Edouard Philippe. Pour une éventuelle démission il laisse planer le doute : « On fera le point avec le président et le premier ministre, on tracera les perspectives et on prendra ensemble des décisions sur l’avenir et les prochaines étapes. Si je sens qu’on n’avance pas, que les conditions ne sont pas remplies, voire éventuellement qu’on régresse, à ce moment-là, j’en tirerai les leçons. » A la question de savoir s’il est « satisfait » de cette première année au gouvernement, Nicolas a reconnu que c’était « difficile ». « Je vois surtout ce qu’il reste à faire. Là je suis en pleine action avec le plan d’innovation thermique, la programmation pluriannuelle de l’énergie… Jusqu’à l’été, j’ai la tête sous l’eau. Cette évaluation-là, je la ferai cet été. J’aurai suffisamment d’éléments pour pouvoir regarder si effectivement je participe à cette transformation sociétale. » Son départ du gouvernement aurait, de facto, un coût politique élevé, il faut le ménager. Mais la réalité est plus brutale. Convoqué le jour même par le Premier ministre, Nicolas se fait remonter le bretelles, non seulement pour avoir évoqué une éventuelle démission, mais pour avoir apporté son soutien à un amendement du député LRM Matthieu Orphelin dans le cadre du projet de loi Agriculture et Alimentation. Cet amendement visait à interdire le glyphosate le 1er mai 2012, soit dans le délai de trois ans fixé par Macron lui-même alors que Bruxelles a repoussé l’interdiction au mois de décembre 2022. Selon Édouard Philippe, « quand un amendement est rejeté, il est rejeté ! » Le même jour, dans le cadre du projet de loi Elan destiné à accélérer les procédures d’urbanisme, la commission des affaires économiques a adopté, avec l’avis « tout à fait favorable » du gouvernement, des amendements qui ouvrent des brèches dans la loi Littoral. Par exemple on pourra bétonner des espaces restés à l’état naturel entre des constructions existantes. Or Nicolas était signataire en janvier 2017 d’une pétition « Ne touchez pas à la loi Littoral ». Aujourd’hui ministre d’État, il est réduit au silence. Le 6 juin 2018, Nicolas doit faire preuve publiquement de ce qu’on appelle la solidarité gouvernementale…

Le 28 août 2018, Nicolas Hulot démissionne avec fracas.

Extraits du livre de Michel Sourrouille, « Nicolas Hulot, la brûlure du pouvoir »

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Nicolas Hulot, ex-ministre de l’écologie

NH a participé directement du pouvoir gouvernemental. Devenir ministre pour un écologiste est un passage périlleux qui met en déséquilibre ses idées théoriques et idéaliste face à une pratique qui oblige à des compromis incessants. La volonté de mettre en place une écologie de rupture avec le système dominant se heurte à des résistances de toutes sortes. Nicolas pose clairement le problème : « Quel compromis peut-on trouver entre notre idéal et le monde tel qu’il est, avec son inertie, sa résistance et sa dynamique fulgurante. Si notre combat était partagé par le plus grand nombre, nous l’aurions déjà mis en chantier. » Les difficultés d’une transition sont socio-politiques et tiennent à la question de l’acceptation par l’opinion des fortes contraintes que nécessite l’urgence écologique. Nicolas précisait : « Je ne prends pas l’opinion pour plus bête et égoïste qu’elle ne l’est, mais je n’ai pas non plus une vision angélique, surtout quand la psychologie des hordes se substitue à la psychologie individuelle. D’où le rôle des leaders d’opinion. Mais où sont passés nos intellectuels, nos artistes ou nos leaders religieux dans le discours écologique ? Le jour où les artistes, les intellectuels et les hommes politiques de tous bords se bougeront à l’unisson, alors la société civile pourra se faire entendre. Qu’ils nous incitent à passer d’une société épicurienne à une société plus raisonnable, à comprendre que notre plaisir et notre enchantement ne résident pas dans la possession. » L’opinion doit accepter des freins opposées à ses désirs (de déplacements sans limites, de puissance sans limites, de consommation sans limites). Ce discours réaliste sur les contraintes peut être interprété comme un discours malthusien ou castrateur. Le déni est très fort et il fait le lit des sceptiques démagogiques qui entretiennent par exemple la tentation de penser que la technique va nous « sauver ».

Comme l’exprime Nicolas Hulot, « il n’y aura pas de sortie de la myopie démocratique si les citoyens ne sont pas eux-mêmes les défenseurs d’une conscience élargie du monde dans le temps et dans l’espace. » Juste après la nomination de Nicolas comme ministre, le journaliste-écrivain Jean-François Noblet s’exclamait dans un message diffusé sur le net : « Mon cœur s’envole et mon espoir est immense. Je sais que personne n’est parfait, que cela ne sera pas facile mais nous disposons tous d’une considérable ouverture dans ce ciel mondial si menaçant. Aussi je vous invite à tout faire pour que Nicolas soit écouté, défendu, soutenu. Je sais, par expérience, qu’il aura grand besoin du monde associatif et de tous les citoyens pour réussir. » Sur le site du Sauvage, le cofondateur des Amis de la Terre Alain Hervé appelle lui aussi à le soutenir : « La nomination de Nicolas Hulot ministre est la plus grande innovation de ce nouveau règne républicain. Il est à porter au crédit d’Emmanuel Macron qui autorise soudain des positions radicales à s’exprimer. Hulot est détenteur d’une longue pratique et d’une profonde connaissance de l’écologie. Reste à voir comment il pourra exprimer ses convictions. Je ne pense pas qu’il soit réductible à une ligne « économiste » du gouvernement. Que tous les écologistes le soutiennent, qu’il s’agisse des militants, des philosophes ou des politiciens carriéristes. Nous assistons à une prodigieuse innovation dans la politique française. Bonne chance Nicolas. »

Un ministre de l’écologie a besoin de l’engagement de chacun d’entre nous, sinon il ne peut pas faire grand chose. Nicolas Hulot a fait tout ce qu’il pouvait au poste qu’il occupait, faisons ce qu’il est possible de faire à notre échelle. Puisse ce livre* contribuer à un engagement plus fort de la population. Nous sommes tous co-responsables face à l’urgence écologique. (à suivre)

* Extraits du livre de Michel Sourrouille, « Nicolas Hulot, la brûlure du pouvoir »

A commander de préférence chez votre libraire de proximité ou par défaut Amazon, Cultura, La Procure, etc.

Créez votre communauté résiliente

Depuis 1972, le rapport au club de Rome a dénoncé la course à la croissance en démontrant les limites de la planète. Depuis 1974 et le premier choc pétrolier, nous savons que notre civilisation dépend du pétrole.  Depuis 1990 et le premier rapport du GIEC (groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), nous savons que l’humanité va faire face à un réchauffement climatique. Nous savons aussi de façon scientifique que le choc des hydrocarbures n’est qu’une partie des dégradations écologiques qui menacent nos sociétés. Comment agir efficacement ? L’échec des conférences internationales et les inerties gouvernementales montre que cette voie est trop lente. Pratiquer à l’échelle personnelle la simplicité volontaire semble nécessaire mais insuffisant. Ce qui nous semble le plus pragmatique, c’est d’agir directement au sein de sa communauté d’appartenance pour en restaurer la résilience, la capacité de résister aux chocs.

Ce paradigme ou modèle de référence porte des noms différents : Communautés intentionnelles ou Ecovillages ou Agenda 21 local ou Towns transition ou Plan climat ou Cités jardins ou communautés de résilience … La profusion des termes montre la richesse de cette alternative à l’ère des combustibles fossiles. Il ne s’agit pas d’une nouvelle théorisation, mais d’une pratique applicable au Nord comme au Sud, par les gens de droite comme par les gens de gauche, par les urbains et les paysans, par les chefs d’entreprise et par les travailleurs. Tout le monde est concerné puisqu’il s’agit de rendre notre avenir durable.

 1) l’objectif : instaurer un territoire de résilience

– une démarche logique : Les jumeaux hydrocarbures (pic pétrolier et réchauffement climatique) nous imposent une descente énergétique. Il ne s’agit pas de catastrophisme, mais d’une réalité. Le meilleur moyen est de tendre localement à l’autonomie alimentaire et énergétique.

– une démarche non idéologique : il y a un intérêt commun à adopter une telle voie, quelle que soit l’appartenance politique des habitants d’un territoire. Agir ensemble sur son territoire implique décentralisation en acte, mais aussi soutien de l’Etat à ce mouvement.

– une démarche pragmatique : le territoire doit élaborer un plan d’action de descente énergétique (Pade), ce qui peut rejoindre des pratiques locales existantes (plan climat local, AMAP, SEL, MAB, Velocity, point info-énergie, jardins partagés…) pour une dynamique collective.

2) un changement technique : usage de techniques douces

– doux à la nature : application du principe du berceau au berceau, c’est-à-dire un nouveau modèle économique où la notion même de déchets est bannie au profit de cycles fermés. Il faut suivre l’exemple de la nature qui opère selon un métabolisme au sein duquel le déchet n’existe pas.

– doux à la société : utilisation d’une spécialisation limitée et d’appareillages simplifié ; renouveau de la paysannerie et de l’artisanat ; principe de coopération et non de concurrence.

– doux politiquement : il s’agit d’instaurer une démocratie locale, sachant que seul le local est durable. L’avènement d’un territoire de résilience ne peut se faire qu’avec la participation de tous.

 3) un changement culturel

– limitation des besoins : les limites de la planète, qui ne se mesurent pas seulement au gaspillage des ressources fossiles, imposent une sobriété joyeuse et l’abandon du culte de la croissance.

– changement de valeurs : pour une éthique de la Terre qui combine respect de la nature (de ses cycles, des  différentes formes du vivant…) et défense des intérêts des acteurs absents (générations futures, non-vivants, habitants des autres territoires)

les trois principaux ouvrages de référence sur les communautés de résilience

2006 Les Ecovillages de Jonathan Dawson

2010 Manuel de transition de Rob Hopkins

2011 comment sortir de la société de consommation (World Watch Institute)

Site Internet des Territoires de Transition

http://www.transitionfrance.fr/

Pour l’avion tous bords confondus

Pour confirmer les analyses de ce blog biosphere sur la distinction entre écologie superficielle et écologie d’approfondissement, cette tribune* signée par plusieurs sénateurs et députés de gauche, du Centre, de droite et macronistes, « Arrêtez de taper sur l’avion » . L’alliance de l’ancien monde économico-politique contre l’urgence écologique !

« Honte de prendre l’avion (‘flygskam’), amendement à la loi d’orientation des mobilités prévoyant d’augmenter la taxe sur le kérosène et le taux de TVA sur les billets d’avion, proposition de loi visant à interdire les vols ­domestiques lorsqu’il est possible de prendre le train avec un temps supplémentaire de deux heures et demie ou moins… Ces dernières semaines, nous assistons, interloqués, à une multiplication des attaques contre l’avion. Sans remettre en cause l’urgence écologique et la nécessité de ­réduire drastiquement les émissions de gaz à effet de serre, nous souhaitons mettre en garde contre des solutions démagogiques qui sacrifieraient les territoires les plus éloignés des métropoles. Les lignes aériennes interrégionales sont souvent le seul moyen de leur éviter un isolement mortifère. L’avion est indispensable pour permettre aux dirigeants et salariés de rencontrer rapidement leurs clients à Paris et à l’étranger. Nous avons conscience de l’importance de changer nos modes de transport et de consommation pour lutter contre le réchauffement climatique… mais privilégions l’écologie incitative plutôt que punitive. Aidons le secteur aérien à adopter une stratégie bas carbone en développant la recherche sur l’hydrogène et le biokérosène. L’avion nuit au climat, certes ; mais si on le compare à l’automobile, il consomme deux fois moins par passager. S’y attaquer sans ­discernement aggraverait considérablement la fracture territoriale et sociale de notre pays. »

Même s’il y a une « oscillation perpétuelle » des résultats électoraux de l’écologie politique, on sait de source sûre que la psychologie de l’électeur moyen s’est mis au vert et qu’une angoisse de l’avenir se fait ressentir de plus en plus ouvertement. Cette tribune de parlementaires tous bords confondus le confirme, la situation écologique est bien présente dans leurs propos. Se pose alors le type de stratégie électorale à mener pour les écologistes, ce que tranche actuellement les dirigeants d’EELV : «  Ce que nous ne voulons plus c’est utiliser des mots vides de sens pour masquer la réalité de la crise que nous vivons. Trop facile de se dire de gauche ou de droite et de ne pas agir pour l’intérêt général. » En d’autres termes les mots droite ou gauche, à plus forte raison « centre », sont des mots valises auxquels on peut donner le sens que l’on veut ; c’est la même chose que le mensonge statistique déjà abordé. La venue surprise de Macron au pouvoir c’est d’ailleurs joué sur une stratégie droite ET gauche ET centre, ce qui a contribué en à en finir électoralement avec cette vieille distinction qui date du siècle précédent. Aller chercher des voix nouvelles se résume dorénavant à tenir un discours simpliste comme l’extrême-droite OU BIEN montrer les interdépendances du vivant et les limites de la planète ; ce discours n’est ni de droite ni de gauche, c’est l’approche complexe de l’écologie politique. Bien entendu la majorité des urnes restera un moment encore à ceux qui soutiennent comme Macron le business as usual tout en faisant croire au peuple que c’est pour leur bien . Les tenants de l’alliance à gauche se gardent bien de définir la « gauche » dont il veulent l’appui. Nous rappelons que la gauche à une audience électorale proche de 6 % pour chacune de ses composantes, pas de quoi en faire une base électorale élargie. Rappelons aussi la difficulté d’une alliance entre ces différentes composantes malgré les tentatives de la présidentielle (triumvirat Hamon/Jadot/Mélenchon) et bien d’autres initiatives d’unification. Chaque gauche veut conserver son pré-carré et/ou son leader, le mot « gauche » ne veut plus rien dire. Mieux vaut utiliser directement le mot social qui est au-delà des étiquettes : tous les individus sans exception, même s’ils se croient d’extrême droite, ont intérêt à ce que nous mettions politiquement en place une stabilisation durable de cet environnement qui nous fait vivre. Seul le mot « écologie » peut politiquement rassembler.

Il faut s’appuyer sur une base sociale élargie, celle qui a compris que la somme des urgences impose une nouvelle radicalité. Une radicalité écologique donc, pas une resucée deS gaucheS historiques. C’est là où la stratégie électorale de l’écologie politique devient délicate. En effet l’urgence sociale-écologique impose de tenir un discours qui s’apparente à une écologie « punitive », il suffit de penser aux mésaventures de la taxe carbone avec les Gilets jaunes ou à cette tribune pro-avions de parlementaires. Il n’y aura plus distinction entre une écologie de gauche et une écologie du centre, il y aura opposition entre une écologie superficielle (croissance verte, nucléaire sans CO2, charbon propre, biokérosène, etc.) et une écologie approfondie, celle qui montre aux électeurs la vérité des réalités biophysiques : il faudra donc faire beaucoup d’efforts pour sortir de l’impasse dans laquelle nous a mené le business as usual… Les électeurs ont besoin de politiques qui montrent leur détermination dans une situation globale où on a oublié le sens des limites. Il ne va pas être facile d’inverser un électorat moyen bercé par la profusion de marchandises issus des Trente Glorieuses et des énergies fossile gracieusement données par la planète… à titre temporaire ! Il ne va pas être facile de montrer à des parlementaires que les vieux concepts comme « attractivité d’un territoire », « progrès technologique » ou « écologie punitive » perdent toutes leurs pertinences. Ce n’est pas facile, mais si on n’essaye pas, on ne changera rien au désastre en cours.

* https://www.lejdd.fr/Politique/arretez-de-taper-sur-lavion-la-tribune-de-93-elus-de-tous-bords-3906012

Quelle ligne politique pour EE-LV ?

Le clivage gauche/droite compte moins que la lutte pour le climat

Yannick Jadot est-il suffisamment « de gauche » aux yeux des militants d’EE-LV de la Vienne, où la liste a fait d’excellents scores aux européennes? On pensait que notre question était légitime, les militants nous l’ont renvoyée à la volée: « C’est quoi la gauche? La sociale démocratie qui a eu le pouvoir en Europe? Celle du quinquennat de François Hollande? Ou celle qui attend le « grand soir » pour agir pour le climat? » Autour de la table de l’interview, il y a des historiques, Robert Rochaud et Chantal Nocquet, un militant plus récent, Didier Dargère, et une jeune élue régionale, Léonore Moncond’huy. Des parcours différents, mais une réponse commune : le clivage politique gauche/droite compte moins, aujourd’hui, que la lutte contre le réchauffement climatique.

« Le clivage, il est entre les écolos, les libéraux et l’extrême droite »

« On se reconnaîtrait dans une gauche qui prendrait en compte la finitude de la planète », précise Robert Rochaud. « Mais pas dans celle dont l’horizon est borné par des lignes ferroviaires à grande vitesse et des voitures électriques, renchérit Léonore Moncond’huy. Ce n’est pas à Yannick Jadot qu’il faut demander des garanties sur tel ou tel positionnement. C’est à tous ceux qui s’affichent écologistes à gauche, mais qui ne veulent pas changer le système. » La ligne de Jadot, « dont l’engagement écologiste ne fait aucun doute », est donc la bonne, aux yeux des militants: « Les électeurs, en tout cas, ont été pragmatiques, ils savent que le groupe des Verts pèsera au Parlement européen. On a notamment rallié les suffrages de nombreux jeunes. A nous d’être ouverts à cette demande. A nous de les accueillir, de les former. » Pragmatiques, mais radicaux quand même. « On soutient les formes d’action des jeunes pour le climat, ou encore ceux qui décrochent les portraits d’Emmanuel Macron dans les mairies », insistent-ils, histoire de tracer une frontière politique. « Le prochain clivage politique, c’est celui qui opposera un mouvement écologiste comme le nôtre, aux libéraux comme les macronistes, et à l’extrême droite », prophétise Robert Rochaud. Et le bon programme politique, désormais, « c’est celui qui proposera aux collectivités locales d’aller contre le système et de se mettre en situation d’être le plus autonomes possible en matière d’énergie, de nourriture, d’eau et de mobilités ». La résilience écologique est en marche.

Philippe Bonnet

https://www.centre-presse.fr/article-683732-ee-lv-prone-une-ligne-politique-pragmatique.html

Macron : la taxe kérosène pourra attendre…

Hier nous considérions les propos de Canfin vantant les avantages d’une écologie « réaliste » sur ce blog biosphere. Aujourd’hui nous en analysons une application, c’est l’art de l’immobilisme. L’Assemblée nationale à la solde de Macron a refuse une taxation de l’aérien le vendredi 14 juin. La loi d’orientation des mobilités (LOM) se vide encore plus de sa substance. Le kérosène bénéficie d’une exonération de TICPE (taxe de consommation sur les produits énergétiques) alors que les automobilistes sont taxés sur le carburant. La ministre des transports, Elisabeth Borne, botte en touche :

« Il faut qu’on ait cette réflexion sur la taxation du transport aérien à l’échelle européenne. »  Elle a aussi jugé « possible que le transport aérien puisse aller vers des avions zéro carbone ». L’amendement visant à interdire les vols intérieurs qui ne font pas économiser plus de temps par rapport à un même trajet en train seraient selon la ministre « contraires à la liberté d’entreprendre et à la liberté d’aller et venir ». Les députés ont aussi rejeté un amendement suggérant l’application, sur les billets, d’une taxe d’empreinte carbone aérienne, en cas d’alternative ferroviaire comparable à l’avion. La ministre a mis en garde contre les « distorsions de concurrence » et les risques de « dumping écologique et social ».

Il y a peu super Macron, par la voix d’Edouard Philippe, promettait une accélération sur l’écologie. Aujourd’hui on appuie sur le frein. « La question doit être réglée à un autre niveau » (par exemple l’UE) et « soyons confiant dans la capacité de la technique à apporter demain des solutions propres (plus tard, on peut rêver) sont les deux grandes argumentations des immobilistes. Le parler vrai aurait été de dire : on ne veut pas risquer de mettre en danger l’aéroport de Roissy, vaut mieux le privatiser. Quand on peut légiférer en France, on attend l’Europe. Quand l’Europe légifère, on crie au diktat européen… on n’est pas prêts de progresser. Quand la Ministre juge « possible que le transport aérien puisse aller vers des avions zéro carbone », on cauchemarde ! Construire puis faire voler des avions de plusieurs dizaines de tonnes sur des milliers de kilomètres avec un bilan = zéro carbone ! J’ai du mal à y croire ! Je n’y crois pas. L’immobilisme du gouvernement et de ses députés est en réalité un négationnisme de l’urgence écologique, et n’oublions pas que l’aspect climatique se double de l’aspect ressource/pic de production de pétrole. N’oublions pas que les avions, ce sont des hordes de touristes pour visiter en troupeau la Tour Eiffel, les plages paradisiaques ou les pyramides d’Égypte. A force de prôner la liberté de circuler et de faire n’importe quoi, c’est un régime dictatorial qui nous guette. Si on voulait avoir une chance même minimale de transitionner, il faudrait même avoir vraiment commencé depuis longtemps, depuis 1972 et le rapport sur les limites de la croissance. Alors que la planète suffoque, il est plus que jamais indispensable de prendre des mesures très radicales. Lire sur notre blog :

19 septembre 2009, la fin de l’avion plus lourd que l’air

8 octobre 2010, trop de touristes prennent l’avion

21 octobre 2014, Christophe de Margerie est mort, le kérosène l’a tué

10 août 2015, gaz à effet de serre de l’aéronautique, ça flambe

13 mai 2016, Compagnies aériennes, un jour le kérosène les tuera

13 mai 2018, L’imbécillité écologique du tourisme mondial

26 avril 2019, Prenez l’avion, c’est « bon » pour nos générations futures

Pascal Canfin, l’amoureux de Macron l’écolo

Pascal Canfin, tout nouveau député européen macroniste, cire les pompes de son nouveau maître : « L’écologie s’installe comme un des éléments-clés de l’ADN de la majorité présidentielle. Dans la vraie vie, il faut négocier, passer un compromis… Toutes les études montrent que plus de transition écologique, c’est plus d’emplois et plus de croissance. Nous n’avons pas à choisir entre écologie et emploi, ou entre écologie et pouvoir d’achat.C’est ce qui fédère les macronistes issus de la gauche et ceux qui viennent de la droite… Plus aucun parti n’a le monopole de l’écologie et c’est une excellente nouvelle… Si les Verts veulent être sur une logique d’écologie décroissante et anticapitaliste, je leur laisse, ça n’est pas la mienne… Quand le gouvernement a lancé le conseil de défense écologique, Yannick Jadot  a dit? « C’est du foutage de gueule. » Soit EELV est dans la critique permanente, soit ils adoptent une ligne plus réaliste… Aux Verts français de faire cette révolution culturelle… Certaines générations ont construit leur identité politique sur l’anticapitalisme, l’anticommunisme, l’antiracisme. Là, c’est le climat, et le président de la République l’a parfaitement compris… L’écologie réaliste, efficace et ambitieuse correspond à une attente croissante dans la société. Cet électorat-là sera indispensable au chef de l’Etat en 2022… »

Canfin, un clampin aux dents longues barbouillées de vert ! Es-tu l’homme de la « révolution culturelle », entouré de révolutionnaires écolos comme Edouard Philippe ou François de Rugy. Rappelons que c’est un ex- lobbyiste d’Areva qui promeut aujourd’hui l’écologie à l’Assemblée et au Sénat. Marre de tous ces opportunistes qui disent parler écologie et persévèrent dans le culte de la croissance et du marché. Rien de nouveau sous le soleil macroniste : une pseudo écologie soluble dans la chasse, le nucléaire, l’agriculture intensive et les glyphosates… Hulot avait tiré les conclusions de cette « écologie réaliste », il avait démissionné. Au moment même des grandes déclarations lyriques pendant les élections Européennes, des textes contraires, nocifs à l’environnement, étaient votés à l’Assemblée macroniste. Il faut arrêter de prendre les citoyens électeurs pour des imbéciles. Refusez donc le grand soir de l’écologie, M. Canfin, nous allons irréversiblement vers le « grand soir de la Terre » ; pas la fin du monde, certes, pas la mort de la Terre mais un bouleversement profond du Vivant et de tous les équilibres écosystèmiques. Continuez ainsi et nous irons vers la grande nuit de la Terre… Petite rétrospective sur notre blog biosphere à propos de Canfin :

27 mars 2019, Européennes : Pascal Canfin verdit la liste de Macron

extraits : Pascal Canfin, ex-membre d’EELV et ex-ministre–alibi écolo de François Hollande est propulsé numéro 2 de la liste « Nathalie Loiseau ». Il justifie naïvement son ralliement en assurant que l’écologie représentera le cœur du programme porté par la majorité aux européennes : « Les échanges que j’ai eus depuis dix jours avec le président de la République sur ce sujet m’ont apporté les assurances nécessaires… »

16 septembre 2014, Pascal Canfin : social-libéralisme contre social-écologie

extraits : A force de s’être éloigné des promesses de 2012, la base politique du gouvernement de Manuel Valls est extrêmement étroite et ne représente désormais qu’une seule partie du PS, dont on ne sait même pas si elle est vraiment majoritaire… Nous sommes désormais à gauche dans une bataille entre un modèle social-libéral, et un modèle social-écologique…

5 septembre 2014, « Imaginons », le livre sans imagination de Pascal Canfin

extraits : Canfin quitte Hollande et le gouvernement, il en fait aussitôt un livre. Ainsi va la médiatisation de la vie publique. Nous avons eu les gémissements de Valérie Trierweiler sur ses mois passés avec François Hollande, nous avons eu la charge violente contre François Hollande faite par sa ministre du logement EELV Cécile Duflot. L’ex-ministre du Développement EELV Pascal Canfin ne pouvait être en reste… Le problème, c’est qu’il n’y a pas beaucoup plus d’écologie chez Canfin qu’il n’y en avait dans le livre de Duflot…

* LE MONDE du 15 juin 2019, Pascal Canfin : « Aux Verts de faire leur révolution culturelle »

Édouard Philippe devient plus vert que vert

Quelques réactions au discours de politique générale d’un premier ministre qui annonce l’« accélération écologique » :

Jean-Patrick : « accélération sur l’écologie » déjà les termes choisis montrent que c’est mal parti. Pour l’écologie on a avant tout besoin de faire l’éloge de la lenteur : train (au lieu de l’avion), vélo et piétons (à la place des voitures), slow food.…

Jane : Une accélération verte de 80 à 90 km/heure ?

Gorgone : les promesses politique ne valent rien.Si ils ne font pas de lois, ca ne vaut même pas le papier sur lequel son discours est écrit.

Noodle : Bla bla bla… Il n’y aura aucune accélération en ce domaine et il faut être un sacré naïf ou un fieffé menteur pour le croire ou l’affirmer. Quelques mesurettes dans le bon sens feront office de spectacle pour amuser la galerie. Pas de normes strictes dans la construction, des aides limitées et surtout facultatives pour les déplacements travail maison… pas de projet d’ampleur sur le renouvelable, sur le ferroutage…rien pour corriger les échecs de la loi alimentation… bref de beaux discours creux et peu d’action réelle. En matière environnementale ce gouvernement procrastinateur n’est qu’une perte de temps… une de plus malheureusement. Mais comme c’est le cas dans de nombreux pays très pollueurs il vaut mieux expliquer au enfants et aux jeunes en général qu’ils vont sérieusement en baver et qu’ils doivent se préparer à un certainement forme d’attrition… et chercher des trèfles à 4 feuilles, on sait jamais.

Bibi de Bordeaux : J’ai beau chercher, je ne vois rien qui soit à la hauteur des menaces qui se profilent l’horizon. On nous annonce une extinction massive des espèces animales et végétales, une montée inéluctable des températures avec son cortège de catastrophes en tous genres et, alors qu’on attendrait un effort colossal pour isoler nos logements-passoires, inventer le moteur non polluant (hydrogène ?), mettre des millions de camions sur le rail, etc, on se contente de mesures cosmétiques alliées à un discours ronflant.
Bien entendu aussitôt salué par le ramasse-miettes de service, tout le monde aura reconnu de Rugy.

HK : Du vent une nouvelle fois ! On ne peut pas concilier croissance et écologie, espérons que les verts vont résister aux appels, il n’y aura que la compromission et la soumission au bout de la route si EELV va gouverner avec LREM.

Michel SOURROUILLE : en fait Edouard Philippe souffre de dissonance cognitive : il sait ce qu’il faudrait faire, une écologie radicale, mais il choisit la voie de la facilité, faire comme d’habitude. Il voudrait concilier l’inconciliable, « la force de la croissance » et l’impossibilité d’une croissance dans un monde fini dont on a déjà dépassé les limites. Il choisit donc le marché, c’est-à-dire la préférence pour le court terme. Il ne faut surtout pas envisager le dévoiturage, on préfère aider un million de familles à acheter un véhicule grâce à « la prime à la conversion pour l’achat d’un véhicule moins polluant ». On ne sort pas des oxymores « croissance verte » et « moteur propre ». A l’heure où la décision sur la montagne d’or en Guyane n’est pas encore tranché, il ose le lyrisme : « En finir avec un mode de consommation dans lequel les mines sont toujours plus profondes et les montagnes de déchets toujours plus haute ».

Trop malsaine, cette « démocratie » en berne

Un tour des infos du MONDE (numéro du 8 juin 2019) rendrait une personne normale complètement désespérée face aux jeux pernicieux des combines de la démocratie « représentative ».

– La démocratie anglaise à vau-l’eau : Boris Johnson est favori pour succéder à May. Spécialiste des Fake news qu’il émettait pour pousser au Brexit, son amateurisme en tant que chef de la diplomatie a fait le tour du monde. Le bagou, l’europhobie et le nationalisme tiennent lieu de passe-partout pour accéder aux postes de responsabilité. Les membres de la Chambre des communes ne voteront certes pas pour ses qualités, mais comme seul rempart qui paraisse « « crédible » au Parti du Brexit de Nigel Farage. Le choix entre Charybde et Scylla, comme en France Macron ou Le Pen aux européennes, exit l’importance de l’Union ! (page 3)

– « Comme il est généralement admis dans la société japonaise que porter des hauts tallons est nécessaire et approprié au travail », le ministre du travail Kanako Otsuji refuse de légiférer pour interdire aux entreprises d’obliger ses salariées à porter des chaussures à talon. Peu importe que cela nuise à la marche et entretienne des douleurs, la tradition est plus forte que la volonté des femmes ! (page 4)

– Au Kazakhstan, une élection de pure façade. Le successeur désigné de Nazarbaïev doit être élu sans surprise à la présidence. La seule interrogation, pourra-il obtenir les 97,5 % des voix qu’avait récolté celui-ci en 2015 ? Les clans oligarchiques continueront à se partager les richesses du pays (pétrole, gaz, uranium). (page 5)

– Il n’y a pas de démocratie mondiale, c’est chacun pour soi dans la défense de ses propres intérêts. L’enjeu, prendre le contrôle d’une organisation qui aura une influence sur les standards agricoles et alimentaires. Pour l’élection au poste de directeur général de l’Organisation des Nations unies pour l’agriculture et l’alimentation (FAO), la candidate française Catherine Geslain-Lanéelle défendra un « projet mondial incluant les intérêts américains. » Elle s’est engagée à « ne pas défendre les positions européennes sur la question des biotechnologies et des OGM ». Le candidat géorgien David Kirvalidze est partisan du libre-échange ; il se targue d’avoir « le soutien d’un grand nombre de pays en voie de développement ». Cette élection est phagocytée par la règle « un pays, un vote ». De son côté, la Chine travaille activement à faire élire son candidat, Qu Dongyu ; on n’hésite pas à sortir le carnet de chèques et à user de son influence pour obtenir les voix de pays ­africains. La lutte contre l’insécurité alimentaire , objectif premier de la FAO, passe clairement au second plan ! (page 6)

– La démocratie participative devient un véritable marché. Les entreprises du secteur dépendent pour beaucoup de leurs commanditaires, élus et administrations, qui ne font pas souvent la différence entre participation et communication. Pensons au Grand débat de Macron qui n’a pas respecté l’éthique de la participation équitable de tous : interventions répétées du président de la République, questions orientées et qui excluent des sujets comme l’ISF (impôt de solidarité sur la fortune), commentaires désactivés sur la plate-forme en ligne… (page 16)

Comment voulez-vous que dans un contexte général aussi éloigné de l’intérêt public on puisse prendre des mesures radicales pour assurer la transition énergétique et écologique. D’ailleurs, aux dernières nouvelles, cette dénomination est devenue officiellement « France, finance verte » dans le code de l’environnement !!!