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La grande régression physique de l’humanité

C’est le paradis des petits hommes grassouillets. Les enfants ont perdu 25 % de leurs capacités cardio-vasculaires en l’espace de 40 ans  et leur endurance s’écroule. En cause un mode de vie hyper-sédentaires dans un environnement artificiel où les machines nous prennent en charge. La trottinette n’a plus besoin de la poussée de nos jambes, elle est électrique.

Victor Fersing : La vie de nos ancêtres chasseurs-cueilleurs était rythmée par le mouvement, dans la société modernisée nous avons peuplé l’environnement de technologies confortables. Nous aimons minimiser l’effort : 95 % des usagers choisissent l’escalator plutôt que l’escalier . On ne compte plus les publicités pour les applications de livraison à domicile. Nos mains ne touchent plus la terre, nos pieds n’effleurent plus l’herbe et notre dépendance aux écrans ne mobilise que notre vue et notre ouïe.

Plongés dans ce brouillard technologique, nous avons perdus quelques repères fondamentaux, d’où l’importance de rappeler qu’on mène une vie plus épanouie en retrouvant des choses simples, comme le fait de se remettre en mouvement. Si les enfants ne peuvent plus jouer dans le monde physique, alors ils se retirent dans des mondes virtuels et les espaces clos de leurs chambres. A l’école, il y a très peu de sens qui sont mobilisés : on ne manipule rien avec les mains, on n’éprouve pas les sensations de son corps et on a tendance à recopier bêtement ce qu’on entend en cours. La scolarité se trouve dans un espace coupé du monde, assis sur une chaise, sans possibilité d’interactions. Si nous n’exerçons plus notre muscle social, il va tout simplement s’atrophier et alors nous aurons encore plus de raisons de nous immerger dans une métavers imaginé par les grandes plateformes numériques…

Lève-toi et marche ! La marche laisse à notre cerveau un espace disponible pour penser différemment, sans avoir à subir les vitesses effrénées des flux informationnels algorithmiques – si tant est qu’on marche sans écouteur et sans regarder son smartphone.

NB : Ce point de vue de Victor est issu du courrier des lecteurs du bimensuel La Décroissance de mai-juin 2026 page 21. Nous recommandons la lecture de ce journal, les différents textes proposés devraient être connus de tous et toutes.

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04 En faculté de sciences économiques, bof !

avec Michel Sourrouille, faisons connaissance

Avec la scolarisation, il s’agit d’enfermer les enfants entre les quatre murs d’un établissement scolaire, il s’agit de passer des centaines d’heures à entrer avec toute une classe d’âge dans la routine d’un programme pour recevoir un diplôme en fonction de sa capacité à se soumettre. Selon le même modèle que la formation des scribes autrefois, on croit que le passage par plusieurs stades d’apprentissage théoriques et livresques, l’école élémentaire, puis le collège, le lycée, la faculté (ou ses équivalents ) permet de progresser continûment dans une chaîne du savoir. Ainsi parlait Ivan Illich dans « une société sans école ».

Car qu’apprend-on vraiment à l’école ? On y apprend que plus on y passe d’heures, plus on vaut cher sur le marché. Penser librement, c’est aussi de débarrasser de cette fabrique à institutionnaliser les inégalités.

Il y a la vie en classe. Plus de vingt ans de vie assis pour les plus malchanceux, toute la vie pour les enseignants et les bureaucrates. J’ai eu la chance de rester jusqu’à cinq ans à la maison, ma mère au foyer s’occupant de mon frère et moi-même. Fondements d’une vie plus active quand le milieu est favorable, merci maman. Je ne me rappelle presque rien de ma scolarité primaire. Oubli volontaire ou amnésie générale ? Nous apprenions par cœur. La première interrogation écrite a porté sur les tables de multiplication. Quoi ? il fallait les apprendre ! Mais je les connais toujours. Quel intérêt de  calculer ? Ah, oui, pour subir le marché et sa comptabilité !

Je me demande encore comment j’ai survécu aux années de lycée (Michel Montaigne, à Bordeaux) : salle de classe fermée, tableau noir et saleté, grillage aux fenêtres, pas de nature, bureau surélevé comme preuve d’autorité. Comment oser encore se rebeller ! Un jour j’étais dans la cour avec des copains. Niveau première je crois. Le censeur nous demande ce que nous faisions là. Moi, serviable, de répondre qu’Untel (nom du prof) est absent. Le kapo me fait répéter, je m’exécute : « Untel est absent. » Je reçois une gifle ! Je n’avais pas dit « Monsieur » Untel. Autorité au lycée, autorité à la maison, société autoritaire. Mais j’essayais de comprendre. Je faisais de la philo en première, j’ai occulté tout le reste. Comme il n’y avait pas encore de philo cette année-là, j’ai redoublé ma première. L’année suivante en terminale un prof de philo sympa. D’après le professeur, on ne pouvait prendre en note que ce qu’on jugeait nécessaire. J’ai donc croisé les bras, au premier rang, définitivement. Au bout d’une semaine, le prof de philo s’est fâché, j’avais trop respecté ses consignes à la lettre. La philo est tombée de son piédestal. Où donc était la vérité ? Entre le ça, le moi et le surmoi nous expliquait un professeur stagiaire. Ah bon ! Freud faisait une entrée dans ma vie pensante.

En mai 1968, je terminais ma première année de sciences économiques en faculté. Je n’ai rien compris à cette révolte étudiante. J’étais plongé dans le droit, le marginalisme et les exercices de math, je n’avais pas du tout la tête révolutionnaire. J’étais presque d’accord avec Sanguinetti : « La jeunesse n’existe pas, c’est une invention des adultes. Mai 1968, c’est la condamnation du monde moderne, mais c’est surtout une crise d’infantilisme. La jeunesse veut les droits de l’adulte et les privilèges de l’enfance. Le pouvoir étudiant, c’est une farce ! » Des phrases sur les murs bordelais m’ont cependant marqué, par exemple : «  L’ennui suinte de ces murs où le cadavre du militantisme se putréfie », « La cohérence du mythe bolchevique a fait place au mythe de la cohérence bolchevique. » En tant qu’étudiant séreux, je suis resté pendant les grandes vacances discuter à la fac de la réforme de l’enseignement universitaire. La presque totalité des manifestants était aux abonnés absents. Manifester, c’est bien, discuter et construire, c’est pas leur truc, aux agitateurs. Mai 68 fut une fête qui arracha ses participants à la quotidienneté, leur donna l’illusion d’une liberté absolue et d’une totale communion. Une illusion. Les mouvements de masse n’ont pas de prise sur une réalité complexe, sauf à déstabiliser la société de façon temporaire.

Tout s’apprend, même l’incompréhensible. Je recherchais la réalité vraie dans les circonvolutions de mes cours en fac. On ne naît pas avec des courbes d’offre et de demande dans la tête. Ricardo était « un esprit puissant mais obscur qui, il en fait d’ailleurs l’aveu, ne s’est pas toujours compris lui-même ». Mais Stuart Mill a écrit des choses sublimes, genre : « L’appréciation comparative du moraliste n’a rien à faire en économie politique. S’il n’y avait pas d’autre alternative, on choisirait le communisme avec tous ses risques plutôt que l’état présent où le produit du travail est distribué en raison inverse de la peine prise (…) La concurrence est pour le présent une nécessité indispensable au progrès, mais la coopération est le plus noble idéal, l’émulation fraternelle pour la poursuite du bien de tous. » La concurrence qui s’effectue entre entreprises privées sur le marché serait-elle donc une aberration totale ? J’apprends que l’union des hommes fait toujours plus que leurs rivalités, que ce soit pour dresser l’obélisque ou pour aller sur la Lune. Pourtant nous rivalisons de plus belle, compétitivité exige. Il me faut ingérer la loi de la rente foncière et celle des avantages comparatifs, le prix naturel du travail et autres fadaises ! Les concepts que nous utilisions en fac de sciences économiques me semblaient frelatés, contradictoires, indécis.

Il m’a fallu pourtant longtemps pour commencer à contester les enseignants. Il me fallait une volonté anti-autoritaire, acquise dans mon milieu familial, nourrie par ma critique de la religion et mes premières actions militantes. Mon premier exploit ? Il fut symbolique. En décembre 1969, troisième année de fac, le professeur Ghestin s’attendait à ce qu’on se lève à son entrée. C’était dans un amphi de sciences po., je suis resté assis, tout l’amphi était debout. J’étais tout seul au milieu d’un cercle vide, aucun de mes copains n’avait voulu s’asseoir à côté de moi. Ils savaient ce que je voulais faire, ils n’étaient pas solidaires. Les étudiants attendent, moi assis, eux debout. Une minute, deux minutes, trois… Le prof s’interroge, il m’interpelle. Je lui explique que nous nous levions seulement devant lui, pas avec les autres profs… donc ! Il s’est assis, les étudiants se sont assis, le rituel du salut debout a été définitivement abandonné. Je contestais une autorité de droit divin pour laquelle il n’y a pas lieu de comprendre, mais d’obéir. Mon acte a été individuel et solitaire, mais il me remettait en harmonie avec moi-même. Ce fut ma première révolte publique.

C’est à partir de 1970 que je me forge mes propres convictions économiques. Comment les suppôts de l’utilité marginale pourraient-ils expliquer l’unicité du prix sur le marché pour différentes personnes qui sont dans des conditions tout à fait dissemblables, par exemple l’affamé et le rassasié ? Quelle est la valeur de ces néoclassiques extrémistes qui refusent à l’autorité publique le droit de décider si la circulation automobile doit se tenir à droite ou à gauche ? Il est presque tragique que Walras s’imagine qu’il avait découvert la preuve rigoureuse qui manquait aux  défenseurs contemporains du dogme du libre-échange simplement parce qu’il revêtait de formules mathématiques les arguments même qu’il considérait comme insuffisants quand ils étaient exprimés en langage ordinaire ! Même la célèbre phrase d’Adam Smith me paraît contestable : « Ce n’est pas de la bienveillance du boucher ou du boulanger que nous attendons notre dîner, mais de leur propre intérêt. Nous nous adressons non pas à leur humanité, mais à leur égoïsme et ne leur parlons jamais de nos propres besoins, mais de leur avantage. » Pourtant une relation interpersonnelle ne peut pas s’analyser seulement du point de vue des individus impliqués dans cette relation, toute la société est concernée par ce que fait le moindre de ses membres. Un boucher ou un charcutier est sous contrôle social. Je pense qu’un jeune aventureux se serait depuis longtemps barré de la fac ! Mais je n’avais pas l’esprit d’entreprise… je ne savais pas encore quelle était ma voie.

En février 1970, je commence avec Einstein  à percevoir ce que relativiser veut dire: « Si ma théorie de la relativité est prouvée, l’Allemagne me revendiquera comme Allemand et la France déclarera que je suis citoyen du monde. Mais si ma théorie est fausse, la France dira que je suis Allemand et l’Allemagne déclarera que je suis juif. » Je m’informe toujours et encore. A cette époque, Nixon remplace par l’armée les postiers en grève au nom de l’intérêt général, le directeur de la Cause du peuple, Jean-Pierre Le Dantec, est arrêté pour apologie de meurtre, les gardes mobiles chargent les honnêtes commerçants qui soutiennent Nicoud, fondateur d’un Comité d’Information et de Défense. Contre les travailleurs indépendants, la paix est assurée par l’Etat et les marchés. Je suis désormais les cours de la fac de sciences économiques avec un chapeau haut de forme ; critique implicite du capitalisme. Les études universitaires m’ennuient, je ne peux plus supporter les profs, je passe le permis poids lourds en mars 1970. Ma décision est prise, je veux faire chauffeur routier. Mon père m’en a dissuadé, disant très justement que s’il avait payé mes études jusque-là, ce n’était pas pour que j’abandonne en route. J’ai trouvé cela logique, va pour la maîtrise en quatre ans.

Je note : « On oublie trop souvent le long terme pour le court terme, on oublie trop souvent de placer l’intérêt de l’espèce avant celui de la nation, d’une classe, de l’individu.  Le fonctionnement réel de l’économie étouffe la clairvoyance sociale. » Je progresse dans ma réflexion. Je m’insurge contre les connaissances théoriques, la concurrence « pure et parfaite », le noumène opposé au phénomène quand des gens crèvent de faim, quand le canon sert encore à rectifier les frontières. Je m’insurge contre les courbes sans fondement réel, pour des équations sans rime ni raison. Poser I = S (Investissement = épargne), c’est par exemple attribuer sa raison d’être à la distinction épargnant-entrepreneur, c’est justifier la préférence pour la liquidité des classes pauvres et les encaisses monétaires du gratin financier. La bourse me semble un marché de dupes, le taux d’intérêt n’a pas de fondement autre que le coût de transaction.

Octobre 1970, je commence ma quatrième année de sciences économiques, option économétrie. Planification indicative à la française, planification impérative à la soviétique, autogestion yougoslave, tout est possible. Les pratiques gouvernementales testent toutes les options. Que choisir ? Je distribue en TP un hebdo qui vient d’être interdit par le ministre Marcellin (Hara-Kiri du 16 novembre 1970 avec en couverture « Bal tragique à Colombey : 1 mort »… De Gaulle vient de mourir). Chaque membre du groupe en a un exemplaire, je soutiens Hara-Kiri à fonds perdu. De là je veux déboucher sur une critique de la planification : parler de planification est un acte politique… Or à l’heure actuelle les politiciens ne savent plus où aller… La preuve, Hara-Kiri qui est interdit. Plutôt que d’interdire une revue, ne vaut-il pas mieux interdire par exemple la discrimination des salaires ?  Avant de parler de planification économique, ne vaudrait-il pas mieux aborder la planification de la pensée, etc. J’invente la dynamique de groupe sans en avoir les rudiments. N’importe quoi sans doute, mais au moins je m’implique collectivement.

L’idiotie de la croissance économique n’est encore perceptible par personne. Pourtant Pierre Massé, du commissariat au plan, nous explique que si la production continue de progresser à son rythme actuel, elle conduirait à doter en 2070 chaque Français d’une centaine d’automobiles et à fabriquer avant l’an 3000 un volume de produits manufacturés dépassant celui de la Terre, de la Lune et de Vénus réunis. Sur le taux d’intérêt, ma conviction est faite. Dans notre manuel d’économie de Raymond Barre, « L’économiste n’a pas pour sa part à résoudre le problème de la moralité de l’intérêt : il constate l’existence de l’intérêt et sa tâche est d’en fournir l’explication ». Qu’en termes immoraux ces choses-là sont dites ! Car j’ai une explication non conventionnelle, mais qui me semble irréfutable. Le taux d’intérêt ne représente que le coût qu’implique le fonctionnement centralisé du système monétaire. Il se résume aux coûts bancaires de paiement de la main d’œuvre nécessaire et du matériel utilisé. Pas besoin de l’argent des rentiers, la banque peut créer de l’argent ex nihilo, c’est d’ailleurs son rôle principal. Pas besoins de prime de risques, les contrevenants peuvent être repérés facilement. Quant au fait de rémunérer celui qui renonce temporairement par le prêt à l’usage de son propre argent, laissez-moi rigoler. Toute accumulation de fric résulte de l’exploitation d’autres personnes dont on a retiré des subsides illégitimes. L’appropriation privée du capital financier est une absurdité, il n’y a aucune explication raisonnable au fait de retirer un bénéfice de la monnaie : l’argent ne peut pas faire de petits : du catholicisme sans le savoir. Tout cela pour dire qu’à la fac, je ne fais plus grand chose à part expliquer que l’inflation résulte de la lutte des classes et de la taille de mes WC. En termes clairs, il y a spirale salaire-prix à cause des revendications syndicales et pression à la hausse sur le prix à cause de l’expansion de la demande.

Mes lectures annexes sont toujours très loin de ce que j’apprends en cours ! Début 1971, j’étudie Hegel et Marcuse.

Hegel avait écrit que « le pouvoir du négatif est le principe qui préside au développement des concepts : la contradiction est la qualité distinctive de la raison. C’est seulement à travers une rationalité qui admet la contradiction que se constitue vraiment le mouvement du réel et même le concept de réel ». Il s’agit là du mouvement dialectique, thèse, antithèse, synthèse. Hegel explicite ma conviction, il faut savoir intégrer dans sa pensée un raisonnement contraire au sien.

De son côté Marcuse complète Hegel en opposant deux argumentations : « Ce qui est ne peut pas être vrai » d’une part,  « Ce qui est réel et rationnel » d’autre part. J’ai un cousin matheux qui m’avait dit plus simplement que la nature était mathématisable mais n’était pas mathématique. Marcuse estime que « la logique mathématique et symbolique contemporaine s’oppose radicalement à la logique dialectique par élimination du négatif. La tension entre ce qui est et ce qui devrait être disparaît. De cette manière on prétend à la pensée objective, exacte et scientifique alors qu’on a éliminé tout jugement qui puisse condamner la réalité établie. On peut conclure que le fait que l’opposition négative se soit transformé en opposition positive empêche tout changement qualitatif ». Je comprends Marcuse, il n’y a pas de lois économiques immuables mais seulement une organisation afférente à un état de conscience donné. Or l’enseignement de sciences économiques nous transformait en lignes géométriques reproduisant la parole des soi-disant grands maîtres. Notre rôle d’économiste sera de maintenir l’ordre, devenir expert-comptable ou économètre d’Etat, matricule untel au poste numéro tant. Contre cette police facultérale de la pensée, tout est bon pour moi pour contester, discuter, agiter.

Février 1971, je me fâche avec mon groupe de travaux pratiques. Je voulais faire la simulation d’une prise de décision : le transport domicile-travail et ses améliorations possibles vues par la municipalité d’une grande ville. Mes camarades préfèrent un exposé magistral sur les critères de rationalité en Union soviétique : ils veulent exploiter leur travail réalisé depuis deux mois, « tel théoricien pense, tel autre croit… » Ils pouvaient très bien suivre à l’oral mon projet et rendre par écrit leur synthèse. Ils ne veulent pas ! Ils restent des techniciens de l’économie, pas des sociologues engagés. Et quand on sait ce qu’est devenue depuis la « rationalité soviétique » ! J’ai quand même réussi à organiser quelques débats, mais je me suis aperçu que les membres de mon TP d’analyse économique étaient inaptes à une participation active. Je discutais plutôt avec les assistants qui dirigeaient  nos travaux. J’en conclus que notre enseignement nous rendait incapable de discuter des problèmes contemporains. Nous avons été enfermés dans des querelles de concepts sans intérêt et les étudiants ont perdu leur sens de l’autonomie intellectuelle. L’idéal de l’enseignement supérieur semble être de formater de parfaits abrutis qui ne pensent qu’à une chose, avoir leur examen pour gagner plus de fric que d’autres. Peu leur importe leur utilité sociale du moment qu’ils pourront fréquenter leur cercle de bridge. Tristesse triste.

Mars 1971, je note : Le loyer d’habitation est au sens économique une somme qui est affectée à l’amortissement de l’appartement occupé et à l’investissement nécessaire à loger l’augmentation de la population ou aux désirs d’accroître les mètres carrés disponibles. Or cette somme va la plupart du temps à un propriétaire qui l’affecte à une résidence secondaire d’utilité sociale inexistante ou à un fonds de placement qui servira à l’enrichir encore plus. Une véritable rationalité ne sera atteinte que si tous les membres d’une collectivité ont pleinement conscience des répercussions globales des inégalités sociales et de leur injustice.

Le bureau de la société des agrégés (Sud-Ouest du 8 mars 1971) dénonce publiquement l’ouvrage : « Le petit livre rouge des écoliers et lycéens ». C’était à les en croire une œuvre ni littéraire ni idéologique mais de destruction et de démoralisation qui, plus est, « porte une grave atteinte à l’immense majorité des élèves et des maîtres ». Je me suis empressé de me procurer ce livre rouge. On y trouve des choses très intéressantes : « Suivant les directives ministérielles, les professeurs doivent faire participer activement leurs élèves à l’enseignement. Vous (les lycéens) devez donc être actifs, c’est-à-dire agir et parler pendant la classe. Si vous ne faites qu’écouter le professeur et si vous vous ennuyez, vous ne respectez donc pas les directives ministérielles. Essayez d’expliquer tout cela à votre prof. ». Le Petit Livre Rouge a été interdit par le ministre de l’intérieur Marcellin, « Raymond la matraque » ! Je fournis à qui veut la bonne adresse pour se le procurer illégalement (Etienne Bolo, Paris 15ème). J’en achète en nombre, je diffuse.

Un assistant de fac me trouve inclassable, échappant totalement à la grille de notation ordinaire. Dans les devoirs que je lui remets, j’exprime mon approche personnelle des choses et non l’idéologie théorisée d’Hicks ou d’Untel. Quand je fais un exposé oral, j’instaure tout de suite débat et non-directivité. Quand je ne suis pas d’accord, je le dis, même dans un amphi de 200 étudiants ! Avril 1971, je pose la question à mon professeur Merigot : « La majorité de l’auditoire, me semble-t-il, trouve votre cours profondément ennuyeux. Que pensez-vous de votre propre cours ? » A l’économètre Lagoueyte : « Que pensez-vous de la phrase de Sauvy : la poussée actuelle d’économétrie est une fuite devant la réalité de notre temps. » A Robine : « Que faut-il faire devant la non prise en compte par les entreprises privées de la détérioration de l’environnement ? ». L’enseignement ne fait que perpétuer un ordre établi sur des bases fausses. Petit Livre Rouge p.12 : « Quand on n’a qu’un droit, celui d’obéir, on apprend inévitablement à ne jamais chercher à savoir pourquoi on fait ce qu’on fait. On apprend à ne jamais se poser de questions, on apprend à ne plus penser. » Face à cela, notre esprit critique ne vient pas spontanément, il faut le cultiver, il faut s’entraîner, il faut changer de comportement.

La mode est alors au short pour les filles. Très peu en portent dans ma fac. Faut pas nous confondre avec la fac de sociologie ! J’ai mis plusieurs mois à me convaincre à partir en short à la fac, j’y allais souvent en vélo. Le 8 juin 1971, c’est fait : un garçon en short à la fac de sciences éco, un seul, c’est moi ! En fin d’année estudiantine, un assistant de fac m’a asséné : « On peut te prendre pour le meilleur élève d’une classe Freinet, mais tu n’as strictement rien à faire ici en éco ». Ainsi donc dans notre société policée, la pédagogie s’arrêterait à 10-11 ans, toute participation active à son enseignement étant interdite au-delà ? Mais le blocage ne vient pas seulement des instances officielles. Ceux qui distribuent Rouge et LO ne comprennent pas plus les avantages de l’apprentissage permanent, celui qu’on apprend en marchant de ses propres jambes. Notre liberté d’agir ne vient pas spontanément, il faut résister, il faut s’entraîner. C’est à ce prix qu’on obtient son autonomie.

10 juin 1971. Je loupe la première session de l’examen de fin d’année. Normal, vu mon état d’esprit. J’ai acquis un tempérament si critique que je suis en perpétuel déphasage avec ce qui m’est scolairement demandé. J’ai pu me débrouiller en TP parce que les assistants pouvaient tester directement mon niveau de sincérité ; il ne peut en être de même dans une copie d’examen. Mais je réussis la deuxième session de rentrée. Il suffit d’apprendre par cœur et de réciter : le prof est content. Ce n’est pas suffisant.Ce n’est plus l’économie qui va motiver mon existence, c’est l’écologie et l’enseignement.

Pour m’écrire, biosphere@ouvaton.org

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La dénatalité , bonne nouvelle pour la décroissance ?

La dénatalité est-elle une bonne nouvelle pour la décroissance ?

Le bimensuel La Décroissance (mai-juin 2026) aborde enfin le débat de la question démographique (page  30 et 31), mais encore de façon incomplète ou déformée.

Anne-Cécile Mailfert : La planète est pillée, la guerre est à nos portes, la crise économique frappe et on est pressuré par le travail et par les technologies. Dans un tel contexte, la baisse de la natalité peut être considérée comme une grève des ventres à bas bruit… Toutes les sociétés dans lesquelles les femmes ont conquis leur liberté et vivent dans de meilleurs conditions ont réduit leur taux de natalité… Le sujet de la démographie est fondamental, j’appelle les féministes et écologistes à se saisir de ce débat crucial.

Notre commentaire : Rien à dire, le diagnostic d’Anne-Cécile est bien établi. Il est seulement étonnant que ce journal créé en mars 2004 n’aborde la problématique démographique que 22 ans plus tard. La décroissance économique devrait être toujours associée à la décroissance démographique.

Sylvie Ferrari : Le choix d’avoir des enfants ou non relève de la liberté de chacun et non des statistiques… Les penseurs qui ont inspiré le courant de la décroissance alertaient sur les risques que faisait peser une évolution exponentielle de la population. Nicolas Georgescu-Roegen notamment jugeait qu’il était important de s’inscrire sur une trajectoire de limitation progressive de la population pour la rendre compatible avec une agriculture agroécologique qui reposerait sur le flux solaire… Il disait que dans la biosphère où nous vivons, la question démographique ne pouvait pas être déconnectée de la question écologique.

Notre commentaire : Puisque limiter la population en fonction des ressource agricoles est incontournable comme d’ailleurs Malthus le constatait dès 1798, la liberté individuelle de choix en matière de fécondité devrait dont être régulé d’une manière ou d’une autre. Notre usage de la liberté ne doit se faire que si elle est adaptée aux contraintes, surtout quand ces limites sont d’ordre biophysiques comme l’exprime Georgescu-Roegen.

Jacques Véron : Voici plus d’une demi-siècle, le rapport Meadows prouvait qu’un monde fini ne pouvait s’accommoder de croissances économiques et démographiques indéfinies, les ressources naturelles ne pouvant que finir par manquer… Le contexte est aujourd’hui bien différent, la stabilisation de la population mondiale est en vue d’ici la fin du siècle… Une stationnarité des populations semble préférable.

Notre commentaire : Il est incroyable que ce démographe officiel, membre de l’INED, occulte complètement le niveau démesuré d’une population mondiale qui a dépassé 8 milliards depuis 2022 et qui s’oriente vers les 10 milliards. Ce surnombre n’est supportable actuellement que par notre usage boulimique des énergies fossiles, ressources en voie d’épuisement et causes du réchauffement climatique. Comme tous les médiatisés, Mr Véron s’inquiète seulement du vieillissement, ce qui est un soutien implicite à la relance de la fécondité pour avoir une population « stationnaire ».

Olivier Rey : Désormais en France, les élèves de Terminale ont droit à un graphique qui montre qu’en matière de réduction des émissions de carbone, le no kid est sans rival… Les puissances économiques avaient tout intérêt à promouvoir ce genre de discours, cela incite les jeunes à s’adonner sans remords à la consommation… Des indigènes (des autochtones), en s’abstenant d’engendrer, ont fait plus que leur part pour l’environnement, et peuvent dès lors consommer sans scrupules ; de l’autre, des immigrants avides d’élever leur niveau de consommation. Alors non, l’effondrement de la natalité n’est pas une bonne nouvelle pour la décroissance.

Notre commentaire : On retrouve par deux fois ce leitmotiv médiatisé, ce n’est pas la démographie qui importe, c’est le niveau de vie. Or niveau de fécondité et niveau de consommation ne sont pas automatiquement reliés, tout dépend de la sociologie des besoins, orientée par le matraquage publicitaire actuel.

Olivier Rey : La décroissance sans enfants perd sa raison d’être, de joyeuse elle devient sinistre. La décroissance est au service de la vie, et il appartient à l’essence de la vie de se transmettre, de génération en génération.

Notre commentaire : Mr Rey devrait dire cela devant une femme qui, dans un pays en voie de sous-développement, tient dans ses bras un enfant décharné car sous-alimenté. Le mouvement de la décroissance a pour objectif le bien-être des générations futures, ce n’est pas un mouvement pro-life de type religieux.

Lire sur notre blog, Jacques Véron : « Démographie et écologie »

extraits : Comme tous les démographes, Jacques Véron se cantonne dans son livre à une vision descriptive ; le mot planning familial par exemple n’apparaît jamais. C’est une preuve de fatalisme, ainsi cette autre remarque : « Freiner l’urbanisation ne semble guère possible. » Ce livre caricature parfois les malthusiens : « L’importance de l’effet niveau de vie tend à être ignorée ou du moins sous-estimée par ceux qui veulent rendre la population seule responsable de toutes les formes de dégradations environnementales. » Mais c’est une première tentative de la part d’un membre de l’INED de lier la question démographique et les problèmes environnementaux…

Lire sur notre blog, Olivier Rey, un anti-malthusien paradoxal

extraits : Selon Olivier Rey,

« L’effondrement du taux de natalité dans nombre de pays n’est pas la traduction d’une sagesse, qui inciterait à faire décroître la population mondiale pour modérer les atteintes que les activités humaines portent à la nature, mais une manifestation de nihilisme. Catastrophiques sont les taux de fécondité actuels : 1,12 pour l’Espagne, 1,2 pour la Pologne, 1,21 pour l’Italie, 1,38 pour l’Union européenne dans son ensemble. La France qui, dans ce marasme, s’en sortait à peu près, voit à son tour son taux de fécondité plonger (1,66 en 2023). Non pas la baisse, mais l’écroulement de la population que de tels taux induisent est un cataclysme… Les êtres humains ont régressé jusqu’à voir s’étioler en eux la faculté essentielle pour tout vivant, qui est de transmettre la vie. L’économie devrait être au service de la vie : qu’elle en vienne à entraver sa transmission est une perversion caractérisée… »

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03 Une pensée en formation, un effort constant

avec Michel Sourrouille, faisons connaissance

Il ne suffit pas de se délivrer de l’empreinte religieuse pour que tout devienne possible. Bien d’autres déterminants pèsent sur nos choix et notre comportement, la famille, les copains, l’école, les livres, les médias, etc.

Notre liberté intellectuelle résulte d’un apprentissage toujours recommencé, entre acceptation d’un ordre social établi et recherche de la meilleure voie possible pour le changer. Cet apprentissage demande un effort sans lequel rien n’est possible.

Racontez-moi votre enfance, je vous dirai qui vous êtes. Je suis né en 1947. La société de l’après-guerre était patriarcale. Mon père était le chef de famille. La loi à l’époque disait la même  chose. Ma mère obéissait. J’obéissais. Mon petit frère obéissait. La majorité n’était qu’à 21 ans à l’époque. Donc je  ne me posais pas de question sur ce que je croyais ou non, je prenais l’existence comme elle venait. On me disait d’apprendre mes leçons, j’apprenais mes leçons, on me disait de faire la prière du soir, je faisais ma prière du soir, on me disait de m’habiller comme ceci ou comme cela et je m’habillais comme ceci ou comme cela. La vie n’était qu’habitude, en ce temps-là on ne décidait pas, on suivait le sens du courant, la visite régulière aux grands-parents, les repas de famille, quelques camps scouts avec salut au drapeau et la messe en latin bien entendu. Je crois que ma première réflexion a seulement eu lieu vers quinze ans, après qu’un chef scout m’ait demandé quelles questions je me posais. « Aucune, chef ! » C’est vrai, je ne me posais aucune question, j’avais déjà toutes les réponses. Ce n’était pas normal. J’ai commencé vraiment à réfléchir ce jour-là. Depuis, ma vie apparemment sans histoire m’a apporté bien des questions et fabriqué bien des révoltes.

J’étais bien habillé. Veston, petit gilet, pantalon bien coupé. Mon père était tailleur. A 16 ans mon père m’a autorisé à choisir un tissu, mon premier choix personnel. « Jaune voyant » ai-je répondu. J’ai obtenu du vert moutarde. Mon père savait aussi négocier, je commençais à déterminer mes propres choix. Bientôt je n’ai plus rien porté… ni veston ni petit gilet ni pantalon bien coupé. Mais pour le reste je faisais glou glou, je faisais miam miam, je ne défilais même pas criant « paix au Vietnam ». Ma famille ne m’a pas du tout préparé au militantisme politique. De la guerre d’Algérie, je n’ai retenu que les klaxons scandant dans un embouteillage bordelais « Algérie fran-çaise, Algérie fran-çaise… » Ce n’est qu’à 21 ans que j’ai connu ma crise d’adolescence, tardive, mais mieux vaut tard que jamais. Une crise d’adolescence, c’est le moment où nous pouvons accéder à l’autonomie contre les faux-semblants qu’on a voulu nous imposer.

J’ai commencé à tenir régulièrement un petit carnet de notules en juin 1969 qui m’a servi de guide pour ma pensée balbutiante. Je finissais ma deuxième année de fac de sciences économiques, un bourrage de crâne universitaire qui remplace le formatage par la famille. J’ai commencé une cure de désintoxication. Dans mes notules, je parlais de la main invisible d’Adam Smith comme d’un scandale, la justification théorique d’un inégalitarisme éhonté. Je recopiais la Déclaration des droits de l’homme, j’enchaînais aussitôt sur le profit qui devrait être attribué à la collectivité et non à « des entrepreneurs privés qui risquent fort d’en faire uniquement un usage personnel ». J’estimais déjà que le salaire n’est pas fixé automatiquement et rationnellement. Il n’est que le fruit des préjugés de la société et non la nécessité inéluctable qu’en font les théoriciens par l’intermédiaire des mots magiques : offre et demande. Je pensais que les hommes viennent d’abord… ensuite seulement le commerce, la production et la finance.

J’ai un accident terrible en solex début août 1969. Je monte sur le capot d’une bagnole qui arrivait en sens inverse, je suis projeté dans les airs, visage ensanglanté, blanc des yeux devenu entièrement rouge, traumatisme crânien, plusieurs heures de coma… Certains ont pensé dans ma famille, et ils n’ont peut-être pas tort, que cela a servi d’électrochoc. Mon cerveau a été très très secoué, et il se serait replacé dans une autre configuration. On m’a dit que dans un état d’inconscience total, je suis allé pisser derrière les rideaux de la chambre partagée avec d’autres patients, arguant que c’était mon droit le plus absolu… Quelques jours seulement après ma sortie de l’hôpital, j’écrivais :

« La fac, quelle ineptie, quel tas de crétins, quel non-sens. A quoi bon former des chefs d’entreprises quand l’héritage est notre loi, pourquoi des juristes si ce n’est pour soutenir l’ordre établi, pourquoi enseigner le consensualisme des contrats quand tout contrat ne peut être que léonin. Il faut supprimer l’inutile dans l’enseignement, il faut supprimer la concurrence qui admet la loi du plus fort, il faut une éducation technique commune, une langue universelle… »

Mon cerveau fonctionnait maintenant à merveille. Je continuais à lire les Sciences et Vie auquel était abonné mon père, le dictionnaire des citations (l’âge d’or était l’âge où l’or ne régnait pas), toutes sortes de lectures qui me sortaient de l’univers universitaire.

Pendant ma convalescence, j’ai eu le temps d’écrire, de faire le point. Je conteste dans mes notules les profs de fac que j’ai eus pendant l’année, l’institution du mariage, le fric qui fait avancer les soldats : « On dépense le fric insolemment, on gaspille l’argent des pauvres et les pauvres s’émerveillent. Si je possède une usine, des capitaux, ce n’est pas à moi seul que je le dois mais à tous les ouvriers qui y ont participé, aux consommateurs qui achètent mes produits, à la collectivité tout entière. L’argent des bénéfices réparti inéquitablement est un vol … » Je condamne tabous et préjugés, l’infaillibilité du pape et la place de la fourchette à table. Je prône déjà les transports collectifs en ville et l’usage des deux roues pour éviter embouteillages et gaspillage de matières premières. Je m’interroge : « Pourquoi produire des voitures Renault quand la SNCF  est en déficit ? » J’estime que l’action individuelle et la cohérence collective sont indissolublement liés. Je pense me mettre à poil sur une plage pour mettre en pratique ma liberté alors que les naturistes sont parqués dans des camps. Je me vois demander à un prof qui veut qu’on se lève à son entrée si la politesse se situe au niveau du cul. Je me vois déjà faire le tout fou dans un camp militaire.

Début septembre 1969, je constate avec Arthur Koestler (le Yogi et le  commissaire) que notre conscience semble se rétrécir en raison directe du développement de nos communications. Je ressens que tous les « ismes », anarchisme, communisme, libéralisme, socialisme … perdent leur sens et que le monde ressemble à une allée plantée de points d’interrogation. Je découvre que la technique rend l’homme capable de dominer les forces de la nature, mais grisé par la puissance, il en oublie sa dépendance. J’observe que nous nous conduisons comme les caricatures anachroniques de l’homme que nous pourrions être. Résultat ? Je ne sais plus où j’en suis, quelle vérité, quelle raison de vivre me donner… Qu’est-ce qui est contingent et qu’est-ce qui ne l’est pas ? Je juge ma mémoire encombrée d’une quantité démesurée de connaissances inutiles pour les 9/10ème et falsifiée pour le reste. Tout me semble faux, mesquin et inutile, la fac et les discussions, les filles ou la société. Mais je cherche, je cherche, sans guide spirituel ni boussole.

Je lis encore et toujours, des lectures qui forment un homme, ainsi la 25ème heure de Virgil Gheorgiu, un livre sur les camps de concentration. Sans connaître encore les analyses d’Ellul (La Technique ou l’enjeu du siècle (1954)), elles sont bien là, en germe :

« L’homme est obligé de s’adapter à la machine… Il devient une minorité brimée par la technique. Les esclaves techniques tiennent en main les points cardinaux de l’organisation sociale. Ils agissent selon des lois spécifiques, automatisme, uniformité, anonymat… Il y aura des arrestations automatiques, des condamnations, des distractions automatiques. »

Je me renseigne sur la révolte des étudiants allemands, Rudi Dutschke. La violence ne peut aboutir.

Nous sommes en octobre 1969. Je fais un stage chez un expert comptable, je fais des exercices de retenue sur salaire pour les cotisations sociale, je planche sur le traitement mécanographique de la comptabilité. Je cultive mes propres références : « L’argent ne fait pas de petit (le taux d’intérêt ne correspond à rien) », « C’est posséder le bien d’autrui que de posséder le superflu (Saint Augustin). » Je vis une réelle contradiction entre mes aspirations et la réalité. J’ai un moment de blues. Je ne cherche plus à me passionner pour l’athéisme ou pour la politique, pour la faim du monde ou le dernier match de foot. J’écris comme notule :

« Aucune passion, aucune aspiration. Ma vie n’est même pas triste, elle est pleine d’indifférence. Agir, à quoi bon ? On se retrouve sans réponses, ou impuissant devant l’inertie d’autrui et l’hébétude du monde. Le mieux est d’occuper mes heures, m’appliquer à ne plus sentir ma vie s’écouler (s’écrouler), jouer à s’aimer et faire semblant de jouer, pour arriver sans doute un jour à ce regard de vieux penché sur ces petits riens, qui ne regrette rien, qui n’a même plus le désir de vivre, mais seulement celui de survivre…. un  peu  ! »

Je me réfugie dans les études et mon entraînement journalier au piano. Mais mes principes de base sont bien établis, ils resteront sensiblement les mêmes pendant toute mon existence :

– La propriété, c’est le vol. L’homme ne travaille pas pour lui-même mais pour la collectivité. Il n’a aucun droit personnel sur « sa » femme, « sa » maison, « son » capital. C’est un locataire perpétuel.

–  A travail égal, salaire égal. Il n’y a pas d’inégalité de valeur entre le travail d’un éboueur et celui d’un PDG. Ils sont aussi utiles à la société l’un que l’autre, ils dépendent autant l’un de l’autre. Pourquoi alors un salaire différent ? L’unité monétaire devrait être définie par l’heure de travail.

– Le même enseignement pour tous. Les injustices, les fausses valeurs, viennent le plus souvent de l’ignorance de la masse. C’est par l’éducation permanente et égalitaire qu’on arrivera à éliminer disparités et résistances aux réformes nécessaires.

Note du 18 novembre 1969, le moral revient : « On ne peut montrer son cul, mais on doit montrer son carnet de chèque ! Je ne sais pas ce que signifie intelligence et diplôme, souveraineté nationale et patriotisme, morale et religion. Je refuse ma nationalité française. Je suis né dans ce qu’on appelle Bordeaux par inadvertance, je pourrais aussi bien être hindou et crever de faim. Je refuse mon baptême parce que je ne peux serrer la main de Jésus Christ ; les paroles teintées d’eau bénite ne me transportent pas au septième ciel. Je refuse la langue que je parle parce qu’elle ne me permet pas de comprendre l’hébreu ou le zoulou. Je refuse l’enseignement qui conduit à diviser la société en castes, je refuse un gouvernement qui ne sert qu’à m’engluer dans les papiers de sa bureaucratie. Je vis dans une région de rêve qui a éliminé ses rancœurs et ses heurts. Je voudrais transformer le droit de la propriété : les biens à la mort de leurs soi-disant propriétaires reviennent à la collectivité.  Les revenus sont fondés sur l’heure de travail. Les gérants des biens immeubles  perçoivent un loyer qui est versé à une caisse de construction et d’amélioration. Les capitaux ne portent plus intérêt. D’ailleurs le capital disparaît, on ne reconnaît que le facteur travail. Le sens de l’utopie, ça permet d’avancer. »

J’ai souvent quelques discussions animées avec des copains-copines. Le 20 février 1970, Daniel me soutenait que l’homme est doué de naissance, moi au contraire que c’est le milieu qui faisait tout : on ne naît pas bête ou intelligent, on le devient. D’après son point de vue, un crétin restera un crétin. Pour moi, il suffit de s’en occuper attentivement, de le rééduquer s’il n’est pas déjà trop tard. Daniel soutient l’inégalité sans chercher à établir l’égalité. Plus tard mes études de sociologie me montreront à quel point j’avais raison. La plasticité cérébrale est très grande, le conditionnement culturel une réalité. « On ne naît pas femme, on le devient » (Simone de Beauvoir), et tout le reste à l’avenant.

Je recopie quelques citations du dictionnaire du diable en mars 1970 : « Air : substance nutritive fournie par une généreuse providence pour engraisser les pauvres ; Cadavre : produit fini dont nous sommes la matière brute. La tâche la plus stupide que puisse prendre un être humain est, sans aucun doute, l’édification d’un tombeau à son usage. La solennité du moyen en accentue la futilité du but connu à l’avance ; Charrue : instrument qui réclame à grands cris des mains habituées au porte-plume ; Commerce : transaction dans laquelle A vole à B les marchandises de C ; etc. » Une lecture que je recommande pour se décrasser le cerveau. Il faut se méfier des stéréotypes qui sont dans nos têtes, c’est la mise à distance qui nous libère.

Je note : « Nous avons tendance à coller des étiquettes sur ce que nous ne connaissons qu’imparfaitement ou pas du tout. Pour les étudiants de Princeton, les Allemands ont l’esprit scientifique, les Italiens sont impulsifs, les Noirs paresseux, les Chinois superstitieux alors que les Américains sont intelligents et ambitieux. Ce que nous voyons est déterminé à l’avance par ce que nous nous attendons à voir. Le tort des gens, c’est quand on leur apporte quelque chose de nouveau, de ne pas y croire. De ne pas avoir un esprit ouvert. » Je cultive mon ouverture.

Je proclame l’utopie : « Je ne suis pas un anarchiste, ni nihiliste ni cynique, je ne suis ni communiste ou trotskiste, maoïste ou castriste. Je suis quelque chose en constante formation ouvert à autre chose. Quelque chose de mouvant comme la pensée, quelque chose d’universel comme la non-violence, quelque chose d’immuable comme nos actes. Je suis. Je suis pour une humanité meilleure. Cela suffit. »

Je lis aussi bien l’Idiot International, Hara-Kiri ou Politique aujourd’hui. Je me forme moi-même. On ne reste intelligent que tant qu’on élimine de la mémoire ce qui est contredit par un fait nouveau. Mais la bêtise élimine le fait nouveau, ce qui pourrait contredire la mémoire ! Pour progresser mentalement, il faut accepter une certaine dislocation mentale, abandonner ses a priori pour retrouver le sens de l’intérêt commun. Je recopie le testament d’un mort vivant, écrit pas un certain Gérard Robin :

« Je suis né en 1939, mort en 1969. Ma vie n’a été qu’un grand rêve, vivre. Je lègue à l’Etat ma vieille bicyclette, témoin de mes vagabondages. Je demande que ma bibliothèque personnelle soit enfouie dans la terre et qu’à son emplacement on plante un grand sapin. Comme je n’ai rien écrit, il suffira de regarder vivre et d’écouter les vivants… »

Ma révolte contre l’autoritarisme socio-familial prenait des contours plus précis, plus engagés, plus apparents pour tout dire. Barbe et cheveux longs, très longs. Toujours le même anorak noir sur le dos, toujours ou presque le même pantalon. Mon père me disait bien que je changerai, car « quand j’aurai moi aussi femme, enfants et beaucoup d’emmerdements, je n’aurais plus le temps de penser ». Je n’attache pas d’importance à la voiture et à la retraite, je me suis appris à ne pas fumer, à ne pas boire, à ne pas regarder la télé. Je peux me passer de musique et de voiture. Le préfet Grimaud disait que la voiture individuelle est incompatible avec la vie urbaine contemporaine, Cartier déclarait qu’interdire à l’homme d’utiliser son véhicule personnel était une atteinte à la vie moderne et à la liberté… Déjà les contradictions de la vie moderne. Dans ces années 1970 se profilait les débats des années 2000, j’avais choisi mon camp.

Le 23 mai 1970, je sors de tôle. J’avais malencontreusement participé à une manif de la Gauche prolétarienne. Un copain de fac avait abusé de mon esprit militant, il m’avait entraîné dans cette action sans m’en donner les modalités ! On m’a mis en garde à vue, dans une cellule : pas de ceinture ou de lacet, ni montre ni bague, aucun papier personnel. Seul dans une cellule, la tinette dans un coin. La chasse d’eau actionnée de l’extérieur, ainsi que la lumière, presque permanente. J’ai demandé un crayon, sans rétribution. On me l’a promis, je l’attends toujours. Faut dire qu’on m’accusait d’avoir attaqué un commissariat de police, d’en avoir cassé les carreaux.  Tout le groupe est parti d’un côté, je me suis désolidarisé en partant de l’autre, lentement. Un policier a tiré sur moi, son pistolet s’est enrayé. J’ai de la chance. Un inspecteur me bourre de coups après mon arrestation ; trop énervé pour me faire mal. Il s’apercevra plus tard qu’il connaissait mon père. Il viendra la nuit me voir dans ma cellule, affirmant que « la société, je n’y comprenais rien ». Je réponds que personne n’y comprends plus rien. Il s’est écrasé. Mais j’aurais du lui dire que je ne le comprenais que trop; que la société était devenue un monstre envahissant, un monstre à têtes multiformes où l’individualité se perdait de plus en plus pour ne plus se retrouver. Nous sommes trop nombreux pour pouvoir nous aimer vraiment. La société ne laisse pas l’individu s’exprimer, le règlement remplace la libre parole, la répression se substitue à l’empathie.

On a perquisitionné chez mes parents la chambre où je vivais, on a saisi le dazibao affiché au mur, très grande feuille banderole avec les citations que je collecte car elles me parlent  :

« La méchanceté tient lieu d’esprit aux imbéciles… Il n’y a jamais eu qu’un seul chrétien et il est mort sur la croix… Qui donc me prendra dans ses bras pour me faire comprendre que j’existe… Une âme morte est une âme complètement habituée…  Caressez un cercle, il deviendra vicieux… Décence, un mot qu’il serait trop difficile de justifier… Nous n’étions que la hache, fait-on le procès à une hache ? … L’EGALITE ou la MORT… La conscience règne mais ne gouverne pas… Je ne suis pas assez fou pour être raisonnable… La bêtise, c’est de conclure… »

Cela me résumait très bien ! Le gouvernement voulait dissoudre la Gauche Prolétarienne, qui sera officiellement interdite le 27 mai 1970 ; quatre jours après ma sortie du tribunal. Le ministre de l’intérieur avait téléphoné pour que je sois sévèrement sanctionné. Mon idéalisme explicite a sans doute été une circonstance atténuante pour la justice. Et surtout j’étais déjà connu comme membre d’un mouvement pour l’action non-violente. La justice fera preuve de son indépendance. Je suis passé devant le petit parquet, en comparution immédiate et sans avocat, après 48 heures de garde à vue. J’ai récolté un mois de prison avec sursis et 300 francs d’amende : destruction en partie d’immeuble public ! Des camarades s’étaient cotisés pour m’aider à payer l’amende. L’un d’entre eux a volé la caisse. Ainsi va la vie.

Le lendemain  de ma libération, je reprenais comme si de rien n’était l’étude de Lord Beveridge présentant le budget de la nation : du plein emploi pour tous dans une société plus libre ! Je finissais ma troisième année de licence de sciences économiques, j’allais commencer ma « maîtrise » (à l’époque c’était la licence en quatre ans).

Mes notules de novembre 1970 continuent de montrer la multiplicité de mes centres d’intérêt. Je suis aussi bien pour une langue universelle que contre le tourisme. J’estime absurde d’apprendre à l’école des langues secondaires et non un langage unique de type espéranto : à quoi bon s’encombrer l’esprit des méfaits d’une concurrence linguistique entre nations ? Pour moi, le voyage n’est pas un déplacement du corps le long des kilomètres de l’espace, mais un voyage de l’esprit dans le flux des informations qui lui arrive. Faire du tourisme, c’est une démarche individualiste qui ne recherche que le plaisir personnel d’une sensation exotique, l’artefact d’un dépaysement. Ce n’est pas l’affirmation d’une volonté de changer l’ordre aberrant des choses. Mieux vaudrait agir sur son proche environnement. Le voyage immobile devient alors ouverture sur le réel concret. Fin 1970, je fais 400 kilomètres pour une session dite communautaire. Les garçons ont couché d’un côté et les filles je ne sais où ! On a bien lu Charlie/Fournier au début, et alors ? Nous étions un énorme groupuscule de 85 personnes qui totalisaient  17000 km pour cette rencontre. Quel gaspillage d’essence et de temps ! J’aurais préféré vivre la fraternité dans mon immeuble, dans ma rue. Mais elle n’existe pas. Alors ? Ce n’est que bien plus tard que je vais apprendre à fréquenter mes voisins, la fraternité se construit. Je tâtonne, je tâtonne… tâtonnement expérimental dirait Célestin Freinet !

Janvier 1971, j’ai vraiment compris qu’il fallait sortir de l’aliénation qui pèse sur moi, sur nous tous.

Dans la Revue des revues (l’URSS et les pays de l’Est, 1968) : « L’idée centrale de Pavlov, plutôt qu’une mécanique simpliste du réflexe conditionné, est le déterminisme d’une structure cérébrale dominée par des processus d’analyse et de synthèse des excitations, ce qui rejoint l’indéterminisme neurophysiologique… Après 50 ans de littérature soviétique on a vu, pour la première fois de l’histoire des hommes, des individualités développées ne pas s’opposer à la société mais se fondre en elle. »

Dans Partisans n° 46 : « Le capitalisme moderne ne saurait tenir longtemps par le seul jeu d’un esclavage pur et simple de la classe ouvrière ; il est nécessaire que, d’une certaine manière, l’exploité soit consentant, c’est-à-dire qu’il reprenne à son compte, au niveau de sa propre organisation mentale, les structures économiques qui l’aliènent. Cette prise en compte s’effectue, comme toute opération psychique, sur un registre symbolique. Par exemple la notion de patrie n’a par essence aucune réalité pour le psychisme individuel. Mais elle devient la mère-patrie, liée à des images communes, partagées par d’autres… Plus tu arrives à te départir de ton conformisme et plus tu deviens à même de comprendre, et donc de te rééduquer. »

J’estime aussi que la société n’est qu’un agrégat d’individus, qu’elle ne peut rien faire sans la bonne volonté de ces individus. Si ma propre influence est petite, mesquine, éphémère, d’autres « moi » peuvent agir dans le même sens chacun à leur petite échelle. Ce sont tous ces petits riens qui forment finalement la conscience de tout un peuple en mouvement ; nous sommes personnellement à la fois le nombril et la poussière. Si la société va mal, nous en sommes à la fois responsables et coupables.

En février 1971, je participe à un WE sur violence/non-violence. Pas grand chose à retenir. Je préfère me polariser sur le statut de l’enfant, à l’insatiable curiosité. Pour moi, c’est évident, la révolution ne peut éclore qu’à la maternelle, c’est la révolution du jardin d’enfant de Vera Schmidt juste après la « révolution » bolchevique. L’enfant est ouvert au monde, malheureusement les influences sont bonnes au mauvaises. Là est le drame, car en même temps que l’épanouissement possible, il y a tout ce que les adultes montrent : frustration, ignorance, possessivité, racisme, violence, passivité… Moi j’ai passé l’âge de l’enfance. Je n’ai plus de spontanéité, j’analyse tous les mécanismes répressifs qui bloquent mon libre arbitre, la société de consommation comme je l’apprendrai plus tard. Je n’aime pas aller au cinéma pour voir un spectacle-qui-fait-passer-un-bon-moment, m’amuser pour m’amuser. Je n’aime pas bouffer en cœur pour boire en peu plus. Je réfléchis trop. J’ai déjà conscience de ne pouvoir appartenir à aucune chapelle. Il n’y a pas plus grand châtiment que d’habiter tout seul le paradis des idées !

J’ai l’impression que l’humanité s’engage dans une impasse, mais il n’y a encore personne pour le dire clairement. Robert Prehoda montrait en 1967 (Designing, the future, the role of technological forecasting) que la prolongation des courbes indique que la quantité d’énergie sur terre dépassera en 1994 celle rayonnée par le soleil, que les vaisseaux spatiaux atteindront le vitesse de la lumière en 1998 et que l’espérance de vie approchera l’immortalité en l’an 2000 ; en l’an 3900, la population humaine formera une masse se propageant par sa propre croissance aussi vite que la lumière ! Notre monde est absurde, mais nous ne le savons pas encore.

 

Fin 1971, j’acquiers plus de confiance en moi. J’ai même une fâcheuse tendance à croire que j’ai toujours raison quand on discute de problèmes existentiels. Je pense avoir raison à cause des études prolongées auxquelles je me suis astreint, philosophie, droit, économie, connaissance de tous les mouvements politiques, communiste, anarchiste, UDR, PSU, SDS, Black Panthers… En fait je deviens super-chiant aux yeux de mes copains-copines. Et mes recherches tout azimut ne m’empêchent pas de me tromper. En novembre, j’estime que la tribu amazonienne ou la communauté de l’Arche sont des anachronismes voués à disparaître car non intégrés au mouvement général de l’humanité. Mon état d’esprit cosmopolite et global m’empêchait de voir la force du local et de la diversité culturelle.

Nous avions déjà en 1971 la condamnation du catastrophisme qui nous fait oublier la réalité de la catastrophe ! Ainsi Louis Pauwells, dans sa Lettre ouverte aux gens heureux et qui ont bien raison de l’être (Albin Michel, 1971) : « Aliénation, pollution, surpopulation, sont des mythes. La grande injustice faite au Tiers Monde est aussi un mythe ». Son idée générale, « on n’arrête pas le progrès matériel ». 

Par exemple cette anecdote relatée par Pauwells : « Au début du XIXe siècle, Stephenson eut l’idée de mettre la locomotive à vapeur sur des rails. Un banquier, réticent, demanda : Et si une vache se met sur les rails ? Si une vache se met sur les rails, eh bien tant pis pour la vache ! »

Pauwells prend un autre exemple : « Un bébé américain apporte plus de pollution dans le monde que 1000 bébés asiatiques. Il conviendrait donc d’arrêter l’industrie et de ne plus faire d’enfants. C’est la thèse de la croissance zéro. Mais les chefs syndicalistes en Amérique estiment qu’avec 5 millions de chômeurs, 12 millions d’assistés sociaux et 28 millions de logements à construire, les USA ont autre chose à faire que des grèves anti-progrès… Je crois que la vraie menace est l’invasion des élites occidentales par la sinistrose. »

Des dizaines d’années plus tard, les discours resteront malheureusement les mêmes. Mais je suis entre-temps devenu un expert de la pédagogie de la catastrophe !

Je me documente toujours et encore. Une enquête d’Himmelweit, Oppenheim et Vince en GB (Television in the lives of our children – 1961) montre déjà que regarder la télévision est une activité mentale passive. Elle « sollicite les facultés sensorielles de l’affectivité plutôt que l’intelligence… La télé provoque chez l’enfant une perte d’initiative, rend blasé et émousse l’imagination… L’idéologie des moyens de communication de masse tendrait à décourager les activités militantes, surtout celles qui tendent à modifier l’état actuel de la société… La puissance de la communication de masse procède de sa mollesse même… Il y a massage plus que message. » Un numéro d’Historia enfonce le clou. Selon une enquête récente faite en Tarn et Garonne dans un groupe scolaire, les enfants de 9 à 16 ans passent près de 1000 heures par an devant le téléviseur alors qu’ils n’ont que 800 heures de cours. L’attention des élèves est de plus en plus difficile à fixer. Ils ont de moins en moins le goût de l’effort. Ils attendent du professeur un spectacle !  L’objet technique n’est pas neutre sur la conscience des gens. Si nous restons simple consommateur, impossible de s’apercevoir de notre aliénation par l’objet. Dire que par la suite les écrans ont envahi toutes les existences ou presque !

Il faudrait pouvoir organiser des contre-institutions, ce que conçoit dans les années 1970 l’anti-pédagogie, l’anti-psychiatrie, la contre-culture. Il faudrait une déscolarisation de la société, une démilitarisation, une désindustrialisation, une dépopulation, une désurbanisation (notule du 23 avril 1972). Je découvre Ivan Illich :

« Notre langage de tous les jours, notre conception du monde ne révèlent que trop combien nous ne séparons plus la nature de l’homme de celle des institutions modernes. Il est grand temps de conduire une recherche à contre-courant sur la possibilité d’utiliser la technologie au service des interactions personnelles, créatrices et autonomes et de permettre l’apparition de valeurs qui ne puissent pas être soumises aux règles des technocrates. »

J’en sors renforcé dans mes convictions. Une des caractéristiques des sociétés modernes est la dépendance institutionnalisée, c’est à-dire un mode de vie organisé par d’autres, on naît à l’hôpital, on est soigné par un médecin, on se nourrit du labeur des paysans, on meurt aux mains des pompes funèbres. Cette dépendance institutionnalisée se double d’un éclatement du pouvoir ; les centres de décision sont partout et nulle part, le pouvoir n’appartient plus aux hommes mais à une forme d’organisation, l’obéissance découle des règles qui protègent les institutions.

Je pense avoir fini ma maturation psychologique pendant l’année 1972, j’ai 24-25 ans. Je sais maintenant de façon théorique qu’il faudrait changer la société, mais je sais aussi par expérience que changer les gens n’est pas gagné par avance. Pourquoi ? Chacun joue un rôle social, il se comporte par rapport à ce que les autres attendent de lui. Il ne pratique pas l’acte juste, il respecte le jeu social. Plus tard je mettrai un mot sur ce déterminisme, l’interaction spéculaire : je fais parce que tu fais ainsi parce que nous faisons tous de même. Cette explication sociologique permet d’enterrer le vieux débat épistémologique sur l’antériorité de l’individu ou de la société. L’un et l’autre se renforcent mutuellement car je me représente la manière dont les autres se représentent les choses et moi-même. « Je donne le bon exemple » n’est un message positif que si un grand nombre de personnes font ainsi. Sinon je peux suivre le mauvais exemple !

La boucle est bouclée. La dépendance matérielle est corroborée par l’obligation qui est faite aux individus d’intérioriser ou d’admettre le bien fondé de nos structures socio-économiques. L’institution provoque une coupure entre l’idée que se fait l’individu de l’acte juste et ce qu’impose à l’individu la préservation de l’institution. L’homme est dans un corset très serré, division extrême du travail, distinction poussée entre ville et campagne, transport individualisé et polluant, exploitation de l’ouvrier dans la fabrication d’automobiles. Chacun de nous est compromis… Difficile alors de trouver les moyens de sa liberté. Tout dépend de notre attitude dans les différentes institutions que nous traversons. L’action qui déclenche l’effet domino a besoin que chacun de nous se positionne dans la bonne ligne pour que la réaction en chaîne se produise dans le bon sens.

Le plus important se trouve donc dans l’éducation. Mais il ne s’agit pas d’apprendre à lire, écrire et compter. Ces « fondamentaux » sont presque anodin par rapport à la possibilité de former sa propre pensée pour acquérir son autonomie et le sens collectif. Or cela, on ne l’apprend ni à l’école, ni en fac. Et surtout pas en faculté de sciences économique et sociales !

Pour m’écrire, biosphere@ouvaton.org

03 Une pensée en formation, un effort constant Lire la suite »

À l’école des écrans, foutaise antihumaniste

Benjamin Lay, Lille (Nord)

« L’Éducation nationale se veut humaniste et écologistes. Dans ses programmes et instructions officielles, on y trouve donc des ambitions très hautes quant aux valeurs à transmettre aux élèves en matière de respect de droits de l’homme et de l’environnement. Mais l’Éducation nationale a surtout l’amour de la nouveauté et de la modernité.

Après avoir submergé les classes d’ordinateurs et de tableaux informatisés, après avoir rendu obligatoire la connexion des parents et élèves à des systèmes internet en remplacement des cahiers de texte ou des carnets de correspondance, voilà qu’elle fait la promotion de l’intelligence artificielle générative au mépris de son coût humain et environnemental tout en informant, de façon très contradictoire, que trop d’écrans nuit à l’intelligence et la santé mentale.

Elle impose des formations obligatoires sur ce sujet à ses enseignants, même à ceux dont je suis qui disent s’opposer à l’IAg pour les raisons humanistes et écologistes qu’ils sont censés transmettre à leurs élèves. L’Éducation nationale est devenu un rouage parfait de la « start-up nation » macroniste et du système techniciste, un monstre incohérent, aux discours et aux ambitions contradictoires, nuisible pour l’intelligence humaine et environnementale. Tout cela malheureusement avec la complicité servile ou fascinée par la modernité de la plupart des enseignants, des syndicats d’enseignants et forcément de toute la hiérarchie bien formatée de l’Éducation nationale… Heureusement que je suis bientôt en retraite… »

NB : Ce point de vue de Benjamin est issu du courrier des lecteurs du bimensuel La Décroissance de mai-juin 2026. Nous recommandons la lecture de ce journal, les différents textes proposés devraient être connus de tous et toutes.

À l’école des écrans, foutaise antihumaniste Lire la suite »

02 Préalable, se libérer de la religion

avec Michel Sourrouille, faisons connaissance

C’est parce que le pouvoir du sacré peut entrer en symbiose avec la Nature que les humains pourraient à nouveau vivre ensemble dans un environnement apaisé. Ma spiritualité, ce qui est sacré à mes yeux, c’est le lever du soleil qui apporte l’énergie de la vie aux plantes, l’eau qui ruisselle et étanche la soif de toutes les espèces, l’équilibre des écosystèmes. Ni la bible, ni le coran, je veux lire dans le livre de la Nature pour l’amour de toutes les formes de vie. Mais pour cela, il me faut voir dans la bible et le coran qu’imagination humaine, poison de notre pensée.

La religion a une double signification, elle relie et elle rassemble ; elle permet une pratique institutionnalisée qui apporte une cohérence au monde et le maintien de cet ordre. Aucune société ne peut donc vivre sans une certaine forme de religion. Mais les religions font référence le plus souvent à un dieu abstrait, invisible. Impossible de s’entendre puisque ce sont des humains qui interprètent la parole de « dieu » pour imposer aux autres leur propre conception de l’existence. Cette relation verticale avec un dieu invisible qu’on dit tout puissant peut être avantageusement remplacée par une relation horizontale de l’individu envers autrui comme envers la Biosphère. Alors on peut essayer d’agir en toute connaissance de cause.

Ma première révolte véritable ? Contre les religions. On ne devient pas athée de naissance, on le devient. J’étais déjà baptisé avant même de pouvoir dire un mot. Dès la naissance ou presque. Comme cela se faisait ! Je suis devenu un bouffeur de curé. Rien n’est déterminé à l’avance à condition de pouvoir sortir du piège de la prédestination sociale !

Dans mon jeune temps, la religion était omniprésente. Mes parents se sont mariés civilement. Ils ont attendu le mariage religieux pour ensuite seulement pouvoir faire l’amour. Il me fallait raconter mes péchés lors de la confession, à genoux dans une petite boîte noire, avec une lucarne qui s’ouvre et une voix doucereuse qui chuchote à voix basse : « Mon fils, dis-moi tout. » Le problème, c’est que je ne me sentais pas pécheur le moins du monde. Je récitais un « Notre père qui êtes aux cieux » et deux « Je vous salue Marie » en guise de pénitence pour le péché que j’avais inventé. D’où vient alors ma rébellion ? D’un amoncellement de petits éléments qui progressivement m’ont fait douter. Un jour je me suis enhardi pour demander à un prêtre s’il croyait personnellement à l’enfer. A sa réponse évasive et son air emprunté je savais dorénavant ce qu’il fallait savoir : on me racontait des histoires. J’étais devenu plus méfiant. Depuis ce jour j’ai multiplié les questions et confronté les réponses ; on ne se pose jamais assez de questions, on ne nous fournit jamais suffisamment d’éléments de réponses.

Nous recevions l’abbé Fontanilh, l’ancien aumônier de papa, le curé de Cadillac. « Bénissez-nous mon père, bénissez ce repas… et donnez du pain à ceux qui n’en ont pas » Un cérémonial à la maison, toujours le même. Désuet, irréel. Pendant le repas, j’attaque le curé et sa religion. C’était pour moi un jeu de questions-réponses. Comme le quitte ou double que j’avais gagné au temps du catéchisme. Est-ce que l’enfer existe ? L’abbé commence à perdre patience. Je conteste l’infaillibilité papale. Il perd pied. Pourquoi le célibat des prêtres, cette absurde exigence ? Il se fâche, jusqu’à vouloir me faire mal physiquement. Il passe derrière moi, me prend aux épaules, et il serre, serre. Je ne pouvais croire en Dieu… ses représentants étaient bien trop fragiles.

Pour Karl Marx, toute critique commence par la critique de la religion : « Religion, opium du peuple » ! J’avais bien commencé, sans le savoir. Quand le doute s’instille, il se propage. Je commençais à être libre de mes pensées. Les révoltes verbales font le révolté. Je ne croyais plus que ce qu’on pouvait me démontrer. Or l’existence de Dieu, totale abstraction, repose uniquement sur un acte de foi. Au lycée Michel Montaigne de Bordeaux, sur l’ensemble des classes de première, nous n’étions plus que quatre devant l’aumônier. L’un était là parce qu’il était obligé par ses parents, l’autre s’ennuyait en internat, un troisième venait pour le spectacle. Car j’étais là uniquement pour contester le curé.

Le christianisme est devenu pour moi un vieux meuble qu’on conserve par charité. Plus tard dans les années 1970, je polémiquerai avec un ami candidat prêtre, Christian Alexandre : « Vous les Chrétiens, vous êtes comme le capitalisme, fondé sur une hiérarchie, une préséance absurde et ridicule. Vous êtes contre le racisme, mais vous n’arrivez pas à vous entendre entre chrétiens. Vous faites le service militaire au lieu de trois ans de tôle  pour insoumission. Classer le naturisme et la pilule comme un mal est abaisser la morale. Je connais l’Évangile, ce n’est qu’un vieux bouquin qui ne me suffit plus. Ce n’est plus l’Église qui prêche l’amour véritable, mais les hippies. Ils ne se référent plus aux textes chrétiens, mais à Confucius, Marcuse, mai 1968 ou aux communes libres. Ils ne s’attachent pas à une doctrine limitée et fermée. Ils préfèrent cultiver leur existence terrestre sans applaudir à l’automatisme de quelques gestes ancestraux symboliquement vides. Je regrette le temps que j’aie passé à la messe… »

Dans une allocution prononcée au tribunal de la Rote, le pape Paul VI a voulu donner un coup d’arrêt aux tendances qui affirment que l’autorité de l’Église ne dérive que du consensus de l’ensemble des fidèles (Sud-Ouest du 29 janvier 1971). Les fidèles étaient donc pour le pape l’objet et non pas l’origine de l’autorité. Les croyants restent assujettis. Leur Église repose uniquement sur un argument d’autorité ! Aucune démocratie dans ce système bloqué, un pur totalitarisme. Comme on ne peut déterminer l’assise matérielle du divin, les dialogues entre croyants et incroyants sont voués à l’impasse, sans synthèse possible : le raisonnement contre l’acte de foi. Aucun débat sincère et ouvert n’est donc possible avec un véritable croyant. Avec mon père, je n’ai même pas essayé. A 91 ans, il regarde toujours la messe… à la  télé vu son âge. Mais cela n’a pas empêché une entente cordiale en famille ; nous savions séparer les croyances individuelles et notre vivre ensemble.

– Pour la psychanalyse, la religion serait une névrose obsessionnelle de l’humanité qui dérive des rapports de l’enfant au père ; le père est chargé de la mission répressive, qui impose entre autres un renoncement à la liberté sexuelle, à la liberté tout court. C’était tout à fait mon cas ! L’ennemi était à l’intérieur de ma tête, j’avais intériorisé normes et tabous. Me libérer de la religion, c’était aussi prendre ma liberté d’agir vis-à-vis de l’autorité paternelle. L’image du père occultait ma pensée personnelle, l’image de Dieu sert de mystification à la pensée humaine ; c’est complémentaire. Une fois cette prise de conscience, je pouvais dorénavant cultiver mon athéisme, chercher la raison et le raisonnable, changer ma pensée pour changer la société. L’individu est construit socialement, il est donc obligé pour partie de se conformer à la croyance du moment. Mais les croyances sont fragiles, elles évoluent avec le contexte. Nos normes culturelles bougent parce que certains, au départ en marge et souvent pourchassés, ont posé de nouvelles règles à notre pensée qui s’imposent avec le temps. Après tout, le christianisme est le résultat d’une secte qui a réussi… Il me fallait abandonner l’idée de dieu pour faire ma révolution copernicienne.

– Pour la science, les religions de type anthropocentrique sont depuis longtemps obsolètes. On croyait avec la bible que notre planète était au centre de l’univers, et l’être humain au centre de la Terre. Galilée (né en 1564) utilisa une lunette astronomique, récemment découverte, pour observer le relief de la lune et surtout les satellites de Jupiter, démontrant par la même occasion un héliocentrisme beaucoup plus pertinent que le message biblique. Un tribunal de l’Inquisition, dont les membres ont refusé de regarder par la lorgnette l’univers céleste, l’obligea d’autorité à se rétracter en 1633 : « Je jure que j’ai toujours cru, que je crois maintenant, et que, Dieu aidant, je croirai à l’avenir tout ce que tient, prêche et enseigne la sainte Église catholique et apostolique romaine…  J’abjure les écrits et propos, erronés et hérétiques, par lesquels j’ai tenu et cru que le soleil était le centre du monde et immobile, et que la Terre n’était pas le centre et qu’elle se mouvait. »

 L’Eglise catholique n’a réhabilité Galilée qu’en 1992 ! Pour les gardiens de la foi et des fausses croyances, il faut donc attendre plus de 350 années pour reconnaître une vérité scientifiquement prouvée… Aujourd’hui nos satellites confirment tous les jours la révolution copernicienne, cette découverte de la libre pensée. La religion reste toujours un obstacle à l’émancipation de l’espèce humaine.

Combien de manifestations de rue pour une société meilleure les paroles d’un pape ont-elles entraînées ? Combien de prêtres se sont-ils couchés sur les terrains militaires pour empêcher des avions d’aller lâcher leurs bombes ? Combien de patrons très chrétiens favorisent-ils l’autogestion et la coopération ? Je sais maintenant qu’en priant un Dieu absent, on ne peut trouver que de fausses solutions à la détresse humaine. Dieu n’agit pas, dieu n’est pas en moi, il n’est qu’un mot, un concept métaphysique, une chimère. Puisque Dieu est mort, tout devient possible. Je peux accéder à l’autonomie. Depuis j’en ai fait plein usage. Le prosélytisme religieux devient pour moi une abomination ; le blasphème une nécessité. Nous avons inventé la démocratie pour qu’il y ait débat. Puisque la religion n’est qu’une idéologie comme les autres, elle doit pouvoir être critiquée. Michel Houellebecq aura le droit d’écrire : « La religion la plus con, c’est quand même  l’islam. Quand on lit le Coran, on est effondré. » C’est un tribunal civil qui l’a dit.

En 2005, j’ai composé le texte suivant, centré sur le concret : « C’est la Biosphère qui constitue notre origine et notre avenir, c’est la Biosphère qui accompagne notre présent et qui conditionne notre futur, la Biosphère est le père et la mère de toutes choses vivantes. En conséquence, le culte des dieux à l’image des seuls humains est vide de sens, seul compte la compréhension de la Biosphère, l’harmonie avec la Biosphère. Telle est donc ma prière :

Oh Dieu, écoute mon appel

Entends ma désespérance

Vois la maison Terre en train de sombrer

Et l’humanité se déchirer

Anéantir la biodiversité

Épuiser l’énergie du passé

Le charbon, le pétrole, le gaz.

Oh Dieu, tu n’écoutes rien

Parce que tu n’entends ni ne vois

Tu es aveugle, sourd et muet

Car seuls des humains te font parler.

L’humanité tourne autour de ses petits dieux

Les dieux uniques du monothéisme

Les dieux du marché et de l’argent,

Les dieux de la science et de la technique

Chacun son dieu du moment qu’il nous aveugle.

L’humanité n’a plus de racines

Quand elle s’invente des dieux

Qui sont à son image.

Alors célébrons la Nature,

Revenons à la Terre

Telle est ma prière :

Je crois en la matière,

le père et la mère du ciel et de la terre,

Je crois en la Biosphère,

partie infime de l’univers visible et invisible,

Je crois en la Biosphère car je fais partie d’elle.

C’est pourquoi

Je m’engage à promouvoir l’équilibre entre tous les être humains aujourd’hui,

Je m’engage à préserver l’avenir de leurs générations futures,

Je m’engage à respecter tout le reste de la Biosphère.

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Le formatage culturel de notre pensée et de notre comportement nous laisse peu de marges de manœuvre. Il faut vraiment faire un effort sur soi-même et contre les autres pour pouvoir affirmer sa liberté de pensée. Ma critique de la religion a été le premier pas de ma réflexion et le fondement de tout mon militantisme à venir. Encore fallait-il étayer ma pensée, encore balbutiante !

Pour m’écrire, biosphere@ouvaton.org

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Deux litres de pétrole par jour et par habitant

Pour la première fois, la barre historique des 100 millions de barils produits par jour a été franchie au mois d’août 2018, soit 15 900 000 000 litres, soit environ deux litres de pétrole par jour et par habitant au niveau mondial ! C’est vertigineux, démentiel, non durable. Qu’en est-il de la France ?

Max Ponce, Mervan (Saône-et-Loire)

En 1960 la France comptait 7 900 000 automobiles. Elle en compte 39 000 0000 soixante-six ans plus tard, somme à laquelle il faut ajouter 625 000 poids lourds, 6 500 000 véhicules utilitaires et 94 000 autocars.

Sur notre petite planète au bord de l’asphyxie circulent près de 1,4 milliards de véhicules assoiffés de pétrole ! Le rapport de l’OPEP en date de juillet 2025 prévoit une consommation pouvant atteindre 123 millions de barils par jour en 2050, faisant face à une demande croissante des pays émergents. Les mesures et discours annonçant un monde décarboné pour demain ressemblent de plus en plus à une fable destinée à calmer les angoisses de l’humanité et à donner à chacun une bonne conscience illusoire. Et surtout à entretenir la foi en la croissance.

Les réserves prouvées de pétrole en 2024 représenteraient, d’après la revue statistique de l’énergie mondial, 47 années de consommation au rythme actuel. Autant dire que la pénurie est pour demain. Les perspectives pour les générations futures, prises en tenaille entre le dérèglement climatique et la disparition annoncée de la principale ressource énergétique, sont alarmantes. La voiture électrique présentée comme la panacée n’est qu’un leurre. Hormis le coût économique des infrastructures qu’imposeraient le « tout électrique », notre boulimie de mobilité reviendrait à transformer nos paysages en cauchemar digne des pires scénarios de films d’anticipation.

NB : Ce point de vue de Max est issu du courrier des lecteurs du bimensuel La Décroissance de mai-juin 2026. Nous recommandons la lecture de ce journal, les différents textes proposés devraient être connus de tous et toutes,

Le point de vue des écologistes bio-physiques

Sur ce blog biosphere, nous ne nous intéressons qu’aux déterminants du long terme et pas à l’écume des jours présents. Le prix du baril n’est rien, volatile, la disponibilité en quantité de la ressource devrait être le seul indicateur fiable. Or la quantité de pétrole est fixé à l’avance, il a été formé pendant des centaines de millions d’années. Depuis des dizaines d’années la consommation de pétrole est supérieure à la quantité découverte. Pourtant, la production de pétrole a continué d’augmenter, mais un pétrole qu’il faut aller chercher pou

La prise de conscience planétaire pour le climat, le fait de devoir laisser les ressources fossiles sous terre pour éviter la catastrophe est encore loin. Pour rester en dessous de la barre symbolique de 2°C d’augmentation de la température mondiale, il faudrait en effet s’abstenir d’extraire un tiers des réserves de pétrole, la moitié des réserves de gaz et plus de 80 % du charbon disponibles dans le sous-sol mondial.

En savoir plus grâce à notre blog biosphere

Quel est le véritable prix du baril de pétrole ? (juin 2018)

extraits : Pour les Romains, le moteur de la croissance était le nombre d’esclaves, pour le monde moderne c’est la merde du diable (le pétrole). Le prix du baril Brent le 29 mai 2018 était de 74,75 dollars, le marché du système libéral ne sait pas si demain il sera à 20 dollars ou à 1000 dollars. Tout ce qu’on sait quand on raisonne en fonction des réalités géophysiques, c’est que le pic du pétrole conventionnel est déjà dépassé depuis 2006, ce qui aurait dû entraîner une hausse constante de prix car plus c’est rare, plus c’est cher. L’ère utile du pétrole en tant que combustible fossile s’achèvera avant le milieu du XXIe siècle, autant dire demain….

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01 Quelques fragments de mon existence

avec Michel Sourrouille, faisons connaissance

On ne naît pas écolo, on le devient. Comment ? Pourquoi ? Longue histoire. Je suis un enfant d’après-guerre, je suis animal parmi les animaux, androgyne comme tout le monde, athée et écolo, mais aussi cosmopolite et localiste, philosophe et militant, politique et associatif… Je suis fragments de vie, je serai fragment de Terre, assemblage temporaire de molécules qui se dissoudront en atomes ; conscience partielle et fugitive de la vie de l’univers.

Racontez-moi vos ancêtres, je vous dirai qui vous êtes. Je suis né le 4 novembre 1947, et même bien avant. Certains croient faire de gros progrès en reconstituant leur généalogie familiale grâce à quelques archives usées : attitude purement anthropocentrique qui balbutie sur un siècle ou deux. Ce n’est pas là un exercice très captivant, mieux vaut le long souvenir de notre histoire commune. Remonte dans le temps, bien avant l’automobile, le téléphone et l’électricité… tu arriveras il y a 400 générations, quand tes ancêtres commençaient à cultiver la terre et à se croire séparés de l’univers. En remontant encore, il y a 10 000 générations environ, tu trouveras ton premier ancêtre homo sapiens. Mais ton origine est encore antérieure ; il y a 100 000 générations, ceux par qui tu es arrivé étaient des hominidés. Si tu continues à remonter la chaîne du vivant qui mène jusqu’à toi, tu arrives aux unicellulaires, à la formation de la Terre, à la naissance de l’univers. Cet exercice mental bien documenté par la science te permet alors d’agir selon ton âge véritable de quinze milliards d’années. Avec une conscience ainsi élargie, tu pourras prendre part au changement de cap vers une société qui soutient la vie, qui respecte tous les êtres vivants. Au contraire, valoriser la conscience subjective d’une existence rattachée seulement à tes derniers ancêtres t’empêche de percevoir que toutes les autres espèces vivantes forme ta parentèle, que la biodiversité est aussi une composante de ta famille. Les humains appartiennent à l’ordre de la vie ; nous ne sommes que fragment de Terre, lié à son destin universel.

J’ai été heureux de naître et de ressentir, je ne suis pas malheureux de ma mort prochaine qui offrira mon corps au recyclage de la matière. L’essentiel n’est pas là pour moi. Je suis un passeur ; je ne fais que transmettre les connaissances que j’ai acquises. Je suis ou j’ai été moniteur de colonies de vacances et instructeur CEMEA1, éducateur puis professeur de SES2, animateur pour jeu d’échecs et formateur d’animateurs, arbitre national FFE3 et formateur d’arbitres, animateur du pôle écologique du PS et formateur EELV4, très actif sur Internet pour diffuser mes analyses, journaliste-écrivain pour la Nature et l’Écologie, toujours prêt à aller plus loin en discutant avec mes proches et mon prochain. Chacun de nous apprend aux autres, consciemment ou inconsciemment, de façon maladroite ou pertinente. Car chacun de nos actes ou presque est jugé par d’autres, servant de modèle ou de repoussoir.

Les fragments de mon enfance expliquent ce que je suis devenu. J’ai de la chance. Je deviens bientôt un octogénaire, je n’ai jamais connu de guerre sur mon territoire, ni famine, ni crise économique aiguë. La France où j’habite est la cinquième puissance mondiale. Mon niveau de vie, qui doit correspondre à la moyenne nationale, a atteint le plus haut sommet qu’il pouvait atteindre dans l’histoire humaine depuis son origine. Dans mon cocon familial, j’ai toujours été heureux. Ma mère était au foyer, nous avons toujours eu une atmosphère de sérénité. Mon père n’avait qu’un idéal, fonder une famille heureuse. Il a réussi. Mon idéal à moi ? Fonder une société heureuse. C’est pourquoi je suis un passeur.

Mais la société française en particulier, et la biosphère en général, sont au bord de l’abîme. Notre abondance matérielle, notre mobilité exacerbée, notre espérance de vie qui s’allonge, tout cela découle de l’énergie facile, de l’énergie fossile. L’effondrement est inéluctable, nous avons dépassé la capacité de charge de la planète. La croissance dans un monde fini est impossible, tous les indicateurs sont au rouge, écologiques (perte de biodiversité, stress hydrique, stérilisation des sols, épuisement des ressources non renouvelables, non recyclage des ressources renouvelables, réchauffement climatique…), économiques (crise de surendettement des ménages et des États, chômage de masse, inflation qui ne peut que reprendre…) ou sociaux (militarisation de la société, exacerbation des individualismes, éclatement des structures institutionnelles, dérapages de la société du spectacle, radicalisations identitaires…).

D’ici à 2050, la synergie des crises alimentaires, énergétiques, climatiques et démographiques va entraîner une dégradation rapide et brutale du niveau de vie à l’occidentale. Face à la catastrophe annoncée, les humains vont réagir à leur manière, selon deux modalités contradictoires. Pour une part, les violences se multiplieront, qu’elles s’exercent entre les humains ou pour piller les dernières ressources accessibles. Nous ferons aussi appel à la raison, à la coopération, au sentiment d’interdépendance. Nous ne pouvons pas déterminer à l’avance ce qui l’emportera entre la face sombre de l’individu ou l’intelligence des situations.

Je fais mon possible pour éviter le pire. Personnellement, mon idéal de former une société heureuse ne disparaît pas avec la montée des difficultés, au contraire. Toute mon existence a été vouée à (in)former après m’être (in)formé, et peu importe de ne pas obtenir immédiatement un résultat probant. Aucun individu ne peut à lui seul changer la société, c’est notre comportement commun qui fait le sens de l’évolution. Il me suffit d’avoir fait ce que j’estimais devoir faire, la part du colibri5.

J’arrive à la fin de ma vie, la retraite professionnelle ne m’empêche pas d’agir. Je passe plus d’heures au service de l’espèce humaine et de notre biosphère que si je travaillais à plein temps. Ce livre est l’aboutissement de mes pensées, de ma vocation d’éduquer. Je veux essayer de montrer que nous sommes déterminés par notre milieu social, mais que nous pouvons choisir notre propre chemin. Il n’y a de liberté véritable que dans la mesure où nous savons mesurer les contraintes. Je suis arrivé peu après mai 1968 aux années de mon éclosion, à ma renaissance. Élevé dans une société autoritaire, imbibée de religiosité et d’économisme, il me fallait penser autrement. Dans mon carnet de notules que je tenais depuis 1969, j’attribuais à Tchekhov cette phrase que je fais mienne : 

« Tout homme a en lui-même un esclave qu’il tente de libérer. »

Je me suis libéré. Pour mieux réfléchir… Pour aider à améliorer le monde… J’ai soutenu et propagé tout ce qui à mon avis allait dans ce sens, la non-violence, l’objection de conscience, le féminisme, le naturisme, le biocentrisme, le sens de l’écologie, le sens des limites de la planète, l’objection de croissance, le malthusianisme, la simplicité volontaire…

Voici donc un compte-rendu des fragments de mon existence au service des générations futures et des non-humains : les mémoires d’un militant écolo. Ma première révolte, base de ma libération, fut ma lutte contre l’esprit de religion. En espérant que cela pourra vous aider à cheminer de votre côté…

Pour m’écrire, biosphere@ouvaton.org

annexe

1. CEMEA, Centre d’entraînement aux méthodes d’éducation active

2. SES, sciences économiques et sociales

3. FFE, Fédération Française des Echecs

4. EELV, Europe Ecologie – Les Verts

5. Dans « La part du colibri, l’espèce humaine face à son devenir », Pierre Rabhi rappelle l’enseignement de la légende amérindienne du colibri : « Un jour, dit la légende, il y eut un immense incendie de forêt. Tous les animaux terrifiés et atterrés observaient, impuissants le désastre. Seul le petit colibri s’active, allant chercher quelques gouttes d’eau dans son bec pour les jeter sur le feu.

Au bout d’un moment, le tatou, agacé par ses agissements dérisoires, lui dit : « Colibri ! Tu n’es pas fou ? Tu crois que c’est avec ces quelques gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu ? » « Je le sais, répond le colibri, mais je fais ma part. »

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Devenir objecteur de conscience en 1971

Voici ci-dessous quelques éléments de mon vécu en 1971…

Nous sommes en 2026 et j’ai la nette impression d’une profonde régression de la pensée humaine.

Michel Sourrouille

– Début février 1971, je note dans mon carnet : « Je peux dire sans beaucoup me tromper que si tous les budgets militaires depuis la nuit des temps avaient été consacrés à aider les humains au lieu de vouloir les détruire, il y aurait déjà un gouvernement mondial, une même langue, une même monnaie et une société où patrons et ouvriers marcheraient la main dans la main. »

– Désarmer doit être pour un pays une décision unilatérale. Si nous attendons que l’autre commence, nous pourrons toujours attendre longtemps. Tandis que si nous sommes désarmés, nous devenons un exemple de comportement.

– Si on nous attaque, il doit y avoir des raisons. Supprimons les raisons !  S’il y a attaque et qu’on nous envahit, faisons de la résistance passive. Notre exemple servira pour le futur.

– Nous n’avons jamais eu une seule raison valable de nous battre entre nations, tous les humains appartiennent à notre humanité commune, nous partageons la même terre, nous avons des intérêts communs.

– Mi-février 1971, Michel Debré m’apprend sans le vouloir l’existence des objecteurs de conscience lors d’un débat sur la patrie avec le communiste Jacques Duclos. « La patrie apporte la liberté par le suffrage universel : la liberté de la minorité de se plier aux exigences de la majorité (…) Les objecteurs de conscience ont de la chance qu’il y ait des patriotes », dit Debré. Duclos penche pour l’internationalisme des marseillaises, non pour le cosmopolitisme. J’en déduis que Duclos est pour une patrie rattaché à l’URSS et Debré pour la patrie du grand capital.

– Le refus de l’usage des armes est nécessairement un mouvement internationaliste ; le fait que le droit à l’objection ne soit pas reconnu dans un pays est une anomalie à combattre.

– Ma conscience ne me permet pas de vivre à l’intérieur d’une organisation appelée pudiquement « obligations légales d’activité « , armée qui ne permet ni l’amour de l’homme, ni la discussion, ni la non-violence. Or ma société me permet de vivre selon ma conscience ; que ma société fasse son devoir ! » (extraits de ma demande officielle pour être objecteur de conscience, 26 avril 1971).

– En juin 1971 Louis Lecoin, celui grâce à qui le statut d’objecter de conscience était devenu possible, meurt à 83 ans. Je fais passer un article dans Sud-Ouest, mais on a censuré ce passage : « C’est avec lui qu’on peut dire qu’un désarmement unilatéral donnerait à la France la meilleure place et la plus enviable dans la mémoire des hommes, de tous les hommes devenus citoyens égaux dans un monde sans frontières et à unique patrie. » Le journal a égrené le passé de Louis, mais n’a pas voulu aborder ce qui permettrait un avenir meilleur… La liberté d’exprimer ses idées est toute relative en France !

– J’écris au président du tribunal de grande instance : « Lundi 8 mai 1972, vous jugerez Jean Coulardeau, Odette Gaignard… pour incitation de militaires à la désobéissance, au renvoi et à la destruction de papier militaire et pour propagande en faveur du statut des objecteurs de conscience. Je proteste contre cette atteinte à la liberté d’expression car les inculpés ne font-ils pas autre chose qu’employer les mêmes « armes » que l’organisation militaire : incitation des civils à l’obéissance, incitation à l’adhésion aux buts militaires et propagande en faveur du statut de soldat. »

– Seule est vraie la parole qui mène aux actes.

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Le sexe virtuel, c’est bandant

Désinhibés par l’anonymat du numérique, certains « gameurs » jonglent d’un sexe à l’autre en fonction de leur avatar et s’aventurent vers de nouveaux rivages érotiques. Parmi le catalogue d’interactions permises par l’interface de dialogue (« flirter », « blaguer », « danser avec »…) d’un jeu vidéo apparaît l’option « faire crac-crac ». Et les deux amantes de se diriger vers un lit, des visuels suggèrent l’acte sexuel… sans rien dévoiler. Dans le cadre bisounours des Sims, chaque personnage est joyeusement bisexuel.

Antonin Gratien

– Lorsque les concepteurs de jeu vidéo mettent en scène la diversité sexuelle, le souci d’inclusivité relève du « pink washing », une stratégie de marketing qui consiste à se draper des atours du progressisme pour toucher un plus large public – et donc écouler davantage de produits.

– Si l’immersion vidéoludique a un tel pouvoir, c’est parce que l’avatar est le lieu privilégié de l’identification et de la projection. Le joueur dépose des aspects du “soi” idéalisés ou réprimés, parce que vécus comme honteux, et dénigrés au quotidien.

– Les jouissances connectées n’ont rien à envier à celles offertes par la sexualité physique. Plus encore : d’ici peu, les premières pourraient bientôt surpasser les secondes en intensité. Pour cela, il suffit d’attendre la création d’implants électroniques qui stimuleraient directement les organes érogènes du cerveau.

Dans la réalité virtuelle, personne ne se soucie de ce que vous êtes derrière l’ordinateur. En ligne, les joueurs sont des “résidents” du métavers [monde virtuel] via leur avatar, avant d’être biologiquement des hommes ou des femmes.

– En 2024, la police britannique a lancé la première enquête pour « méta-viol » dans le métavers d’Horizon World après qu’une adolescente de 16 ans a été victime d’une agression collective – par un groupe d’avatars – alors qu’elle portait un casque de réalité virtuelle !

– Puisque l’avatar fonctionne comme une projection de soi à laquelle on s’identifie, l’expérience du joueur est celle d’une fusion avec son personnage. De sorte que l’intrusion de l’intimité virtuelle peut être ressentie corporellement, et plonger dans un état de sidération qui empêche la déconnexion au moment de l’agression. Et ainsi provoquer un traumatisme. Comme dans un viol en vrai !!!

Le point de vue des écologistes techno-sceptiques

Un peu d’histoire. Le Tamagotchi a été un jouet électronique portable créé au Japon en 1996. En appuyant sur des boutons situés autour d’un petit écran vidéo, on nourrit, lave et soigne un animal virtuel pour qu’il « vive » le plus longtemps possible. Pour la première fois, une compagnie virtuelle est proposée au public. L’arrivée du Tamagotchi a engendré dans le monde entier des sentiments d’attachements avec des compagnons virtuels. Ce genre d’addiction à une machine est de plus en plus présent aujourd’hui en raison des avancées technologiques, notamment en matière d’intelligence artificielle.

Le sexe virtuel n’est qu’un prolongement des Tamagotchis ; la machine devient le partenaire exclusif d’Homo dit sapiens. On préfère l’artifice à la nature. On habitue les enfants à des artefacts relationnels par écrans interposés. Aujourd’hui on préfère se confier à son assistance électronique « intelligente » plutôt que d’avoir une relation en présentiel.

Mais soyons honnête, tout personne qui s’immerge dans un roman a de fortes chances de préférer son plaisir personnel à un engagement social.

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Roman, qui ne mérite pas lecture (2017)

extraits : Le roman, support du rêve, instrument d’une fausse liberté ! Le « partage d’humanité » permet au lecteur de se replier dans une petite bulle confortable où il ne prête nulle attention aux malheurs de la Biosphère. Ce n’est pas ainsi qu’on fait une conscience ! Si un auteur a recours au langage du roman, ce n’est pas le plus souvent dans l’intention de transformer le monde ; le roman naît le plus souvent des (in)satisfactions très personnelles de l’écrivain. Du côté du lecteur, la multiplicité de ses lectures romancées va l’empêcher d’ouvrir véritablement les yeux au monde réel. Si vous aviez le temps de lire tous les romans parus dans l’année, vous êtes presque sûr de finir aussi ignorants des réalités que lorsque vous avez commencé. Le prix Nobel de littérature récompensait normalement une « inspiration idéaliste » ; maintenant les romans ne sont plus fait pour apprendre et se souvenir, mais pour passer le temps et oublier d’agir….

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Trump peut utiliser l’arme nucléaire contre l’Iran

Le 23 avril, le président Donald Trump a affirmé pendant un échange avec la presse dans le bureau Ovale ne pas avoir l’intention d’utiliser l’arme nucléaire contre l’Iran, : « Non, je ne l’utiliserai pas. Il ne devrait jamais être possible pour quiconque d’utiliser l’arme nucléaire… Pourquoi utiliserais-je l’arme nucléaire alors que nous les avons complètement anéantis, de manière très conventionnelle ? »

https://www.lemonde.fr/international/live/2026/04/24/en-direct-guerre-au-moyen-orient-le-cessez-le-feu-entre-israel-et-le-liban-sera-prolonge-de-trois-semaines-annonce-donald-trump_6681958_3210.html

Le commentaire de Michel Sourrouille

Cette phrase du président américain veut dire en fait que si l’Iran n’était pas anéanti de manière conventionnelle, alors Trump pourrait utiliser l’arme nucléaire. Il ne faudrait jamais oublier que les USA ont déjà utilisé l’arme nucléaire deux fois contre des civils.

La dissuasion nucléaire est donc un leurre, l’existence de ce moyen de domination peut être utilisé par n’importe quel dirigeant… surtout s’il s’agit d’anéantir la résistance d’un pays non possesseur de la bombe. On peut par exemple penser au conflit entre Israël (nucléarisé) et l’Iran (non nucléaire) !

Les écologistes sont le seul parti qui pourrait prôner le désarmement nucléaire de la France. L’avantage politique, c’est que ce parti aurait un créneau de visibilité électorale conforme à son ADN pacifiste (préparer la paix pour éviter la guerre).

Les Insoumis, les plus proches de la position globale des écologistes, sont ambigus. A ma connaissance, la dissuasion nucléaire est « caduque » selon Mélenchon. Du moins telle qu’elle est mise en œuvre aujourd’hui. Il penche pour une refonte radicale. La dissuasion serait opérée depuis l’espace et sans faire appel à des moyens nucléaires. (février 2022).

Les précisions de Philippe Leclerre

(résumé) Lutter contre la propagande militariste est aussi une entreprise sémantique. La notion d’industrie de « défense » n’existe pas, c’est une invention du lobby militaro-industriel qui conditionne les mentalités. Il y a création d’éléments de langage qui collent aux cerveaux comme du sparadrap. Les ventes d’armes alimentent des guerres et des massacres, mais la production en masse destinée à l’exportation permettait des économies d’échelle et obtenir ainsi des coûts moindres pour l’armée française.

Les médias, à commencer par Le Monde, publient des articles sur les guerres sous l’appellation « défense » et l’industrie militaire est devenue « industrie de défense ». C’est un tour de passe-passe, une tromperie. Il n’y a pas d’industrie « de défense ». Quand la France guerroie au Sahel, les armes utilisées ne sont certainement pas « de défense » ; quand la France expédie des armes en Israël ou en Arabie saoudite au plus fort des massacres (Palestine, Liban, Iran,Yémen…), ces armes ne sont évidemment pas produites pour la défense.

L’expression « industrie de défense » nous fait avaler la participation en notre nom à l’incendie criminel qui ronge la planète. Je dis souvent que le premier combat des militants est celui de la sémantique. Lorsqu’on emploie la terminologie imposée par des gens avec qui nous ne sommes pas d’accord, nous confortons leurs positions et leurs argumentations : nous sommes piégés, sur la défensive, et même souvent captifs.
Il n’y a pas d’industrie de défense, mais
seulement une industrie militaire.

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Le Japon tourne le dos au pacifisme

Le pacifisme est inscrit dans la Constitution japonaise de 1947 qui dispose que le Japon « renonce à la guerre en tant que droit souverain de la nation » (article 9).

Le Japon a même adopté une interdiction conditionnelle des exportations d’armes en 1967, puis une interdiction totale une décennie plus tard. En 2014, le Japon a ouvert la voie aux exportations pour cinq catégories de produits militaires non létaux : le sauvetage, le transport, l’alerte, la surveillance, le déminage. Lorsque l’Ukraine a lancé un appel aux nations amies pour obtenir des armes afin de repousser l’offensive de la Russie, le Japon avait exprimé sa sympathie, mais s’était abstenu d’envoyer des armes.

Mais le Japon a annoncé le 21 avril 2026 assouplir ses règles d’exportation d’armements en vigueur depuis cinquante ans, un changement historique ouvrant la voie à la vente d’armes létales à l’étranger. La première ministre, Sanae Takaichi, aux positions ultranationalistes, en avait fait un marqueur de sa politique. Elle soutient que cette évolution permettra à l’archipel de renforcer sa défense nationale, tout en stimulant l’industrie d’armement pour en faire un moteur de croissance économique.

Le point de vue des écologistes pacifistes

Quand les Portugais ont introduit le mousquet dans le Japon du XVIe siècle, son emploi fut désavoué et il fallut attendre longtemps avant qu’il soit autorisé à remplacer les armes traditionnelles. Son efficacité en tant qu’instrument de guerre n’était pas mise en doute. Mais il ne  correspondait pas à la tradition culturelle japonaise, pour laquelle l’utilisation d’un engin permettant à un gamin de tuer un samouraï chevronné était tout à fait inadmissible.

Nous sommes assis sur une poudrière, mais nous augmentons la quantité de poudre, exportations d’armes, dissuasion nucléaire « élargie », augmentation généralisée des dépenses militaires, militarisation de la population en France, etc.

La seule voie qui importe, préparer la paix pour éviter la guerre, n’est plus de ce monde. Seul Léon XIV porte une voix dissidente !

Le pape américain s’est exprimé le 11 mai 2025 au balcon de la basilique Saint-Pierre pour appeler « les grands de ce monde » à arrêter la guerre, que ce soit à Gaza, entre l’Inde et le Pakistan, ou encore en Ukraine.

Le 11 avril 2026 dans la basilique Saint-Pierre, ecclésiastiques et ambassadeurs près le Saint-Siège étaient venus écouter la prière pour la paix, décidée à la dernière minute par le pape Léon XIV : « Chers frères et sœurs, assez avec l’idolâtrie de soi-même et de l’argent ! Assez avec la démonstration de force ! Assez avec la guerre ! La véritable force se manifeste dans le service de la vie. Il est temps de faire la paix ! Asseyez-vous à la table du dialogue et de la médiation, et non à la table où se planifie le réarmement et où se décident des actions meurtrières ! »

« Dieu ne bénit aucun conflit », avait écrit le pape sur le réseau X, la veille.

Samedi 18 avril 2026, le cardinal Joseph McElroy, archevêque de Washington, a demandé aux fidèles d’agir : « En tant que citoyens et croyants en cette démocratie, nous devons plaider en faveur de la paix auprès de nos représentants et de nos dirigeants. Il ne suffit pas de dire que nous avons prié, nous devons aussi agir. »

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La merde, un de nos biens les plus précieux

Pour pousser, les plantes ont besoin de nutriments indispensables (azote, phosphore, potassium…), qui, après avoir été consommés, sont excrétés par le corps. Traditionnellement, les paysans avaient le souci d’utiliser les excrétions humaines et animales pour fertiliser les sols cultivés.

Fabien Esculier : Jusqu’au XIXᵉ siècle, l’évacuation des matières organiques hors des villes s’effectue souvent selon un principe symétrique à celui de leur approvisionnement alimentaire. Il y a vidange des excreta, utilisés comme engrais sur les terres avoisinantes. La densification des villes conduit à imaginer un système de stockage dans des fosses. Avec le développement de l’hygiénisme, l’arrivée progressive de l’eau courante dans les habitations s’accompagne de la généralisation des toilettes à chasse d’eau puis des systèmes d’égouts. Les excréments y disparaissent comme par magie, même si, en réalité, ils vont polluer les rivières. Mais c’est surtout au XXe siècle, avec l’apparition des engrais de synthèse, que s’opère le basculement. En 1913, le chimiste allemand Fritz Haber et l’industriel Carl Bosch développent un procédé industriel pour convertir l’azote de l’air en azote assimilable par les plantes. Après la seconde guerre mondiale, ce procédé se généralise en France, en même temps que l’agriculture industrielle.

Nous dépensons des sommes colossales à détruire l’azote de nos excrétions dans les stations d’épuration. Et nous consacrons autant d’énergie et d’argent à fabriquer la même quantité d’azote sous forme d’engrais pour nous nourrir. Or, les guerres en Ukraine et au Moyen-Orient ont mis en lumière les effets catastrophiques des dépendances aux énergies fossiles sur notre autonomie alimentaire. Tant que nous serons dépendants des engrais d’origine fossile pour notre subsistance, notre souveraineté alimentaire sera un leurre. En outre, les conséquences environnementales de cette production sont catastrophiques. Elle contribue pour 2 % aux émissions de gaz à effet de serre et donc au réchauffement climatique, et aggrave les concentrations de nitrates dans notre eau potable.

NB : Fabien Esculier a fondé en 2014 le programme de recherche-action Ocapi (Organisation des cycles carbone, azote et phosphore dans les territoires) qui réinvente des pratiques millénaires, oubliées depuis cinquante ans. Dans Une autre histoire des excréments (Actes Sud, 304 p., 21 euros), il retrace le destin de ce trésor vital, devenu un déchet coûteux.

Le point de vue des écologistes avec toilettes sèches

– Dans son roman « La Terre », Zola parle d’une paysanne qui produisait et proposait plus beaux légumes du village, mais qui suscitaient une certaine défiance car elle était appelée « la Mère Caca »…

– Je vois déjà certains sortir les références fausses au Sri Lanka, les accusations de militantisme pour discréditer le chercheur (quand on aime pas le message, on attaque le messager)

– L’agronome et écologiste avant l’heure René Dumont expliquait qu’en Chine le vidangeur les récoltait les excréments et était l’homme le plus riche du village alors qu’en Inde c’était considéré comme indigne par les brahmanes, aux « intouchables » de s’en occuper !

– La solution peut être le re-développement de ceintures urbaines de production vivrières utilisant les excrétionss dans le cadre de circuits courts, ce qui existait encore au 19eme siècle comme à Paris.

– Intégrer dans les représentations que ce qui est considéré comme abject est en fait un or brun ne se fera pas sans résistances.

– Le prix des engrais augmente => le prix de la tonne de céréale augmente => le prix de la viande augmente. C’est comme cela que la consommation de produits carnés va se réguler.

– Reste plus qu’à séparer les produits sanitaire, le cadmium et les médicaments des eaux usées. Bon courage.

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toilettes sèches (2008)

extraits : Alors que dans les pays riches une frange d’expérimentateurs éclairés se lance dans la construction de toilettes sèches, il est vraiment bizarre que les pays pauvres n’utilisent pas les excréments humains qui peuvent faire un bon engrais. Il est bizarre qu’un article sur nos latrines insiste plutôt sur les maladies diarrhéiques, la contamination des eaux de surface, les bactéries, virus et autres parasites, sans aborder l’intérêt du nécessaire recyclage de toute matière par les décomposeurs. Nous n’avons pas à frémir ni fantasmer sur nos matières fécales : rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme…

pisser dans la nature ou dans des toilettes ? (2012)

extraits : Il y a des commémorations pour tout, y compris pour les WC : journée mondiale des toilettes le 19 novembre ! Car ça urge : choléra, typhoïde, légionellose et autres maladies hydriques sont directement liés aux lacunes de l’assainissement. Or 1,1 milliard de personnes n’a d’autre choix que de déféquer dans un champ, au bord d’une rivière, en forêt ou sur un terrain vague… Pisser dans des toilettes « hygiéniques » avec le « tout-à-l’égout » n’est pas le meilleur service à rendre à l’humanité. Si le phosphore manque, la production agricole chutera !….

Merci la Terre, nous sommes tous écologistes (2013)

extraits : La chasse d’eau fut inventée par un Anglais, en 1775. Ce système, qui est synonyme d’hygiène et de civilisation moderne, n’est cependant pas généralisable, pour deux raisons. D’une part, il coûte trop cher, aucun pays du tiers-monde ne peut l’envisager, sauf pour le centre de sa capitale. D’autre part, il n’y a pas assez d’eau. Toute l’eau de l’Himalaya ne suffirait pas à emplir les chasses d’eau d’un milliard de Chinois…

815 millions d’affamés et cela ne peut qu’augmenter (2017)

extraits : On a combattu depuis le XIXe siècle la loi des rendements décroissants en agriculture par plus d’engrais et d’énergie, les sols ont été dopés artificiellement, ils sont en bout de course aujourd’hui, et les ressources fossiles sont bientôt inaccessibles. Autant il est facile dans de petites communautés de recycler les déjections humaines, autant cela devient impossible quand une population s’accumule sur un territoire restreint. La chasse d’eau est une invention du diable qui n’est pas généralisable. Il n’y a pas de problème dont la solution ne soit facilitée par la maîtrise de la fécondité humaine….

19 novembre, la journée mondiale des WC (2020)

extraits : Chaque jour il nous faut uriner et déféquer, bref c’est un besoin vital. Souvent le lieu importe peu, c’est n’importe où, mais quand on est des milliards à se soulager, ça craint… C’est pourquoi l’Organisation des Nations unies (ONU) a choisi le 19 novembre pour marquer la Journée mondiale des toilettes. Faire pipi-caca, c’est en effet le moyen d’aborder de nombreuses problématiques : comment économiser l’eau en tirant la chasse ? Comment récupérer l’urine qui peut faire un bon engrais ?….

Toilettes, dis-moi comment tu défèques (2022)

extraits : Le développement des toilettes était l’un des objectifs du millénaire, défini ainsi en l’an 2000 par les Nations unies : diminuer par deux le nombre de personnes n’ayant pas accès à des sanitaires d’ici à 2015. Mais dans le monde de demain, le principal souci ne sera pas la douce chaleur du lieu où on défèque car nous serons plutôt préoccupés par le nécessaire recyclage de notre urine et de nos merdes. J’ai rencontré pour la première fois en 2014 des WC séparant l’urine et les selles dans un village de yourte près de Totnes, ville modèle des communautés en transition. Mais si la population augmente trop vite, on ne pourra que polluer toujours plus…

Absence de WC en Afrique, à qui la faute ? (2023)

extraits : En 2011 la Fondation Bill et Melinda Gates a lancé le concours international Reinvent the Toilet pour inventer les toilettes du futur sans eau ni électricité tout en valorisant les déchets humains. Cela existe, les toilettes sèches. Mais même cela paraît inaccessible à un continent africain de 1,26 milliard d’habitants, à la croissance démographique exponentielle. Un demi-milliard de personnes dans le monde pratiquent ce que les Nations unies nomment « défécation à l’air libre », véritable arme de destruction massive d’eaux vives : rivières, lacs et littoraux sont pollués….

Toilettes, dis-moi comment tu défèques, je te dirais où tu vas (2026)

Étudiant dans les années 1970 en faculté de sciences économiques, j’aurais aimé qu’on nous parle un peu plus de la gestion de nos déchets plutôt que des grandes théories du marché et du libre échange. J’ai connu l’installation à la dure de WC chez mes grands-parents, dans une cabane au fond du jardin, les fesses assises sur un trou au milieu des planches, on se soulageait directement sur une fosse où grouillaient les vers blancs. Pour la vider, on portait nos seaux directement sur le compost. (Michel Sourrouille)

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22 avril, « Journée de la Terre » !?!

La Journée de la Terre, programmée tous les ans le 22 avril, devrait être célébrée par tous et toutes. Ce n’est pas le cas. Dans les archives du MONDE, la journée de la Terre est placée sous le signe de la désinvolture, dans nos archives l’approche reste insuffisante, et sur google quelques point saillants.

Dans les archives du MONDE

La Journée de la terre en 1999

La Confédération nationale des travailleurs dans l’agriculture (Contag) a déclaré mercredi 7 avril avoir envahi mardi, Journée nationale d’occupation de la terre, au moins 59 fazendas (grandes propriétés terriennes) pour faire accélérer la réforme agraire. Le président Fernando Henrique Cardoso a dit que si les occupations sont « confirmées » par le ministère de la politique agricole, « elles représentent un acte contre la loi » qui « entraînera des punitions », selon le porte-parole de la présidence, M. Sergio Amaral.

La Journée de la terre en 2010

A l’occasion de la Journée mondiale de la Terre, célébrée par plus de 500 millions de personnes dans 184 pays, un grand rassemblement à 10 heures sur la prairie du Triangle du parc de la Villette, à Paris. Pour chaque personne présente, qui donne un euro, un arbre sera planté dans le cadre des programmes de reforestation menés par Planète Urgence. L’objectif ? Planter 500 000 palétuviers en Indonésie.

La Journée de la terre en 2012

La Journée de la terre, célébrée chaque année le 30 mars par la minorité arabe palestinienne d’Israël, commémore les morts lors de manifestations contre la confiscation de terrains en 1976. (LE MONDE du 30 mars 2012),

Comme quoi la Journée de la terre n’est pas la même pour tout le monde !

La Journée de la terre en 2023

Sur Arte, une programmation spéciale « Journée de la Terre » placée sous le signe des bonnes nouvelles. La région des Abruzzes, en Italie, se dépeuple ? C’est une bonne nouvelle ! Dans les Abruzzes, les crises économiques ont chassé l’homme, laissant derrière lui sites industriels et villages abandonnés… Mais, contre toute attente, la végétation y a repris ses droits, et les loups ainsi que les ours marsicains ont reparu. Il faut « Rendre toute sa place à la nature ».

Des pans de montagne sont dynamités près de Cologne, en Allemagne ? Encore une bonne nouvelle ! Les anciennes carrières de l’Eifel sont aujourd’hui peuplées de grands ducs, une décharge au sud de Francfort s’est réensauvagée, comme une mine de lignite désaffectée, à Cleveland, aux Etats-Unis.

Parmi les dix films programmés dès 5 heures, un autre inédit sort du lot, consacré Au royaume des vers de terre. Si le thème peut prêter à sourire, c’est à dessein : la réalisatrice exploite l’évocation comique du lombric pour convaincre le téléspectateur d’approfondir le sujet. Plusieurs séquences montrent ainsi le ver de terre en très gros plan et avec des sons amplifiés, dans son tunnel, ou en train de creuser (à la vitesse de 5 mètres par heure), ou encore deux spécimens en train de s’accoupler tête-bêche – le ver est hermaphrodite.

Dans nos archives biosphèriques

22 avril 2022, Journée de la Terre

extraits : La Journée de la Terre (Earth Day) est une fête célébrée aux États-Unis depuis 1970, toujours le 22 avril, en commémoration de la création du mouvement environnementaliste. Même le gouvernement français connaît cette date, la preuve : « La Journée mondiale de la Terre est l’occasion chaque année de sensibiliser les habitants de la planète aux problèmes qui l’affecte. En parallèle de l’action de l’État, des organismes et des entreprises, chacun, à son échelle, peut agir pour la planète… »

Notez que la page de référence de cette déclaration gouvernementale n’existe plus sur Internet !

Voter le 22 avril, quel dilemme !

extraits : Ne rêvons pas, il n’y aura pas de priorité écologique de la part des présidentiables lors des élections françaises du 22 avril 2007… Comme, de l’extrême gauche à l’extrême droite, il n’y a aucun candidat aux présidentielles qui prône la joie de vivre par la décroissance de la consommation d’énergie et de biens matériels, à toi électeur de choisir entre Charybde et Scylla : au pays des aveugles, les borgnes sont roi ou reine.

« Journée de la terre » sur google

– Le Jour de la Terre fut célébré pour la première fois aux États-Unis, le 22 avril 1970. Il n’existait aucun mécanisme légal ou réglementaire pour protéger notre environnement. Au printemps 1970, le sénateur Gaylord Nelson a créé la Journée de la Terre afin d’inscrire cette question à l’agenda national . Vingt millions d’Américains ont manifesté dans différentes villes des États-Unis, et cela a fonctionné !

– Au fil des ans, le Jour de la Terre est devenu une organisation, ainsi qu’une journée environnementale participative d’envergure, célébrée à partir de 1990 dans plusieurs pays à travers le monde.

– Cette Journée internationale de la Terre nourricière nous rappelle la nécessité de passer à une économie plus durable, qui bénéficie à la fois à l’humanité et à la planète. Assurer une harmonie avec la nature et la Terre n’est plus uniquement souhaitable, mais impératif.

– Comment célébrer la journée de la Terre ? Faire la fête. Organisez une sortie à vélo ou roller. Organisez une fête de quartier sur le thème de l’environnement, avec tri sélectif, sensibilisation à la consommation d’eau, consommation d’aliments locaux et bio-équitables, projets de verdissement ou de nettoyage

– La planète sera-t-elle habitable d’ici 2050 ? D’ici là, 3,3 milliards de personnes – soit un tiers de la population mondiale – seront confrontées à un stress hydrique. Selon le rapport GEO-7, le monde approche de plusieurs seuils climatiques critiques, potentiellement irréversibles . La fonte des calottes glaciaires du Groenland et de l’Antarctique occidental pourrait entraîner une montée du niveau de la mer de 10 mètres.

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Diminution de la population allemande, victoire !

En Allemagne, le pays a perdu près de 100 000 habitants en 2025 ; pour un pays de 83 millions d’habitants, c’est une baisse microscopique. Un article du MONDE crie pourtant à la catastrophe, mais les commentateurs du monde.fr rétablissent la vérité vraie. Le message de Malthus, c’est-à-dire préserver l’équilibre entre la population humaine et les ressources offertes par la Biosphère, est toujours d’actualité.

Elsa Conesa : Près de trente-six ans après la réunification, l’Allemagne est à nouveau confrontée à l’un de ses fantômes : le déclin démographique. En 2025, le pays a perdu près de 100 000 habitants, l’immigration ne suffisant plus à compenser le recul des naissances. L’institut pour l’économie allemande de Cologne (IW), a publié le 13 avril un scénario d’évolution estimant la population à 81 millions d’habitants en 2045, contre 83,5 millions à fin 2025. L’évolution est perçue comme durable, parce que liée non pas à la baisse de la natalité, mais à la diminution des flux migratoires, dépendants des tendances de fond et des choix politiques.

Les répercussions économiques d’un recul démographique sont de fait considérables. Dans le scénario central de l’institut de Cologne, la population active diminuera de plus de 8 % dans les vingt prochaines années, amputant la capacité du pays à générer de la croissance et créer de la richesse. L’Allemagne compte aujourd’hui 33 retraités pour 100 personnes en âge de travailler, évolution menace la viabilité du système de financement de la protection sociale allemand, lequel repose, comme en France, largement sur le travail. L’exécutif est, par ailleurs, déjà confronté à la nécessité d’une réforme des retraites et du système de santé, percutés par le vieillissement de la population, et qui s’annonce très impopulaire.

Les commentaires sur lemonde.fr

EgoBrain : Nous y voilà, un système allemand tourné tout entier vers la croissance, mais qui ne tient plus ; concentration des riches, difficultés d’accès à un emploi, anxiété généralisée, technologies asocialisantes, dérèglement climatique en accélération… Avec moins de monde, on saccagera toujours l’environnement, mais moins vite, ce qui est toujours ça de pris. Sortez le pop-corn, le spectacle du choc monumental que va se prendre notre société thermo-industrielle vaudra le détour.

Sauf qui Peut : Excellente nouvelle pour les allemands et la planète. La seule planche de salut pour l’humanité dans l’écosystème terrestre est la Décroissance. Démographique ET économique.

Manululu : Et c’est bien ainsi. Aussi en France. Plus compatible avec la transition écologique surtout. Aussi individuellement, quand les baby-boomers disparaissent, le prix immobilier et le chômage baissera significativement.

Chemi : La croissance démographique ne doit plus être un objectif. En 40 ans la France a gagné 20 millions d’habitants. On est mieux ? La planète souffre de cette course idiote.

Faut savoir : Bientôt tous ces nombreux retraités du baby boom d’après guerre seront morts et alors le problème du financement des retraites ne se posera plus. En outre s’il manque tant de travailleurs pourquoi il y a alors autant de chômeurs? Une population qui diminue, ça ne fait de mal ni à la société, ni à l’environnement

Natelman : Vers un retour à un nouvel équilibre. Bonne nouvelle pour la biodiversité.

Malthus : L’humanité, si elle veut continuer à vivre sur une planète habitable doit vraiment redescendre à des effectifs sensiblement plus bas, C’est un constat irréfutable, toutes les études scientifiques sérieuses montrent que nous avons dépassé les capacités de régénération de nos ressources et que notre nombre étouffe la biodiversité. Le mouvement de la décroissance, économique et démographique, nous montre le chemin à suivre…

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l’Allemagne décroît, chouette !

extraits : Je fais remarquer qu’il reste encore en Allemagne 82,1 millions d’habitants, soit autant que la population mondiale totale qui a explosé avec la révolution néolithique (80 millions de personnes il y a 8000 ans). Plus de 80 millions d’énergivoraces aujourd’hui sur un petit territoire, ce n’est pas rien, surtout avec le niveau actuel de consommation de l’Allemand moyen (il faudrait trois ou quatre planètes pour pouvoir se hisser tous à ce niveau). Ensuite les Allemands eux-mêmes ne s’inquiètent pas vraiment de la baisse de leur population au contraire de la ministre de la famille avec ses sept enfants (bien que médecin, aucune maîtrise de sa propre fécondité)…

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La surpopulation n’existe pas pour le MONDE

Dans la rubrique Planète du MONDE, la thématique « Population » ne vient qu’en 8ème position après « climat, catastrophes naturelles, biodiversité, agriculture&alimentation, PFAS, pollutions et énergie ». Le thème démographique est uniquement vu au prisme de la baisse de fécondité. La notion de surpopulation humaine est totalement absente des colonnes du MONDE, sauf pour parler de surpopulation carcérale ! En voici la preuve :

Le prisme de la baisse de fécondité

15 avril 2026, En Allemagne, l’immigration ne compense plus le déclin démographique

14 mars 2026, Face à la baisse de sa population, la Chine cherche comment relancer sa natalité

11 février 2026, Baisse de la natalité : un retour à l’universalité des allocations familiales préconisé

11 février 2026, Face au défi démographique (la baisse de fécondité), le débat politique fait l’impasse sur les propositions qui fâchent

31 janvier 2026, « La baisse de la natalité peut nous aider à résoudre quelques graves difficultés que connaît la France »

24 janvier 2026, Baisse de la natalité : quel est le poids de l’infertilité ?

22 janvier 2026, Beata Javorcik, économiste : « La baisse des taux de fécondité constitue une bombe à retardement »

21 janvier 2026, Baisse de la natalité en France : « Il se peut que l’on vive une période de changement social très rapide et très genré »

15 janvier 2026, Le Japon s’enfonce dans la crise démographique

13 janvier 2026, La population de votre commune est-elle en déclin naturel ? Vérifiez avec notre outil de visualisation

La surpopulation, uniquement carcérale

15 avril 2026, Blocage de la prison de Villepinte : les agents dénoncent la surpopulation carcérale

8 avril 2026, « Assurer des conditions de détention dignes, c’est donner à notre société la possibilité de devenir plus sûre » (le secrétaire générale du Syndicat national des directeurs pénitentiaires, alerte sur la « bombe à retardement » de la surpopulation carcérale)

8 avril 2026, La stratégie alignée du ministre Gérald Darmanin et du député Florent Boudié pour freiner la surpopulation en prison

31 mars 2026, Surpopulation carcérale : au 1ᵉʳ mars, les prisons françaises abritaient 87 126 détenus, un chiffre record

22 janvier 2026, Prisons françaises : le Conseil de l’Europe « alarmé » par la surpopulation, l’insalubrité et les violences

20 janvier 2026, En Guadeloupe, une surpopulation « dramatique » au centre pénitentiaire de Baie-Mahault, alerte le contrôleur des prisons

8 janvier 2026, La piste d’une proposition de loi pour faire baisser de façon « immédiate » le nombre de détenus dans les prisons

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SURPOPULATION, aucun pays n’est à l’abri

Le livre de Michel SOURROUILLE, «  SURPOPULATION Afghanistan, France, Royaume Uni… aucun pays n’est à l’abri », essaye de montrer deux choses.

– D’abord que le surnombre est une réalité généralisée. Il n’y a pas d’opposition entre pays riches et pays pauvres, tous les pays sont concernés. Il n’y a nul prisme anti-pauvres dans ce constat.

– D’autre part que la démographie est une variable complexe qui relie à la fois la psychologie des femmes et des hommes, la religion, la politique gouvernementale, les soubassements économiques et environnementaux, etc.

Il n’y a pas de réflexe anti-malthusien à avoir, les évolutions actuelles devraient apparaître pour ce qu’elles sont, notre nombre dépasse déjà les capacités du milieu qui nous fait vivre.

A votre disposition, voici l’intégrale du livre

1/27. SURPOPULATION Afghanistan, France, Royaume Uni… aucun pays n’est à l’abri

2/27. Afghanistan : 0,3 % de superficie cultivée

3/27. Bangladesh, densité de 1 200 hab./km² !!!

4/27. Cameroun, taux d’accroissement de 2,54 %

5/27. Danemark, la montée de la mer

6/27. Égypte, plus de 105 millions d’habitants

7/27. France, une baisse de natalité trop tardive

8/27. Ghana, sans planning familial, No Future

9/27. Haïti, une densité de 414 hab./km²

10/27. Italie, surpopulation en voie d’extinction

11/27. Japon, une densité de 346 hab./km²

12/27. Kenya, le fardeau de la dette

13/27. Liban, déjà 547 hab./km² en 2021

14/27. Madagascar, trente femmes à l’origine

15/27. MONDE, densité moyenne de 61 hab./km2

16/27. Niger, coups d’État à répétition

17/27. Ouganda, de 7 millions d’habitants à 47

18/27. Pays-Bas, densité de 421 hab/km² (≈ Haïti)

19/27. Qatar, 234 hab./km² en 2021 dans un désert 

20/27. Royaume-Uni, surpopulation au pays de Malthus

21/27. Suisse, halte à la surpopulation

22/27. Tanzanie, le paradis devenu un enfer

23/27. Ukraine, une guerre d’un autre âge

24/27. Venezuela, la malédiction extractiviste

25/27. Yémen, de 4,7 millions à 52 millions d’hab.

26/27. Zimbabwe, surpopulation et choléra

27/27. CONCLUSION, tous les pays sont surpeuplés

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La surpopulation n’existe pas pour le MONDE Lire la suite »

Katy Perry agresse sexuellement Ruby Rose

La chanteuse Ruby Rose a expliqué que l’actrice australienne Katy Perry aurait baissé sa culotte, puis frotté son sexe sur son visage alors qu’elle était endormie sur les genoux d’une amie, la réveillant en sursaut. L’agression sexuelle remonte à 2010 à Melbourne. Elle ajoute : « Je n’avais qu’une vingtaine d’années. J’en ai maintenant 40. Il m’a fallu près de deux décennies pour en parler. Ça montre bien tout le trauma qu’engendre une agression sexuelle. Vous avez besoin de sortir ça de vous avant que ça ne vous dévore comme un cancer. »

Katy Perry, aujourd’hui âgée de 41 ans : « Mme Rose a un long passé de diffamation publique sur les réseaux sociaux… »

https://www.lemonde.fr/international/article/2026/04/15/katy-perry-accusee-d-agression-sexuelle-par-l-actrice-ruby-rose-une-enquete-ouverte-en-australie_6680278_3210.html

Le point de vue des écologistes sur les mal-baisées

Cette histoire microscopique n’a rien à faire dans les colonnes du MONDE, et pourtant c’est aussi là qu’on la trouve. Comment voulez vous que les citoyens s’intéressent aux affaires sérieuses quand on donne dans un journal dit « de référence » la parole à des racontars d’il y a plus de 15 ans  ?

Soyons sérieux, parcourons la rubrique planète du MONDE

– L’objectif « zéro artificialisation nette », destiné à lutter contre la bétonnisation des sols, de nouveau assoupli par l’Assemblée nationale

– La circulation océanique qui maintient un climat doux en Europe pourrait s’affaiblir davantage que prévu

– Le rebond de la pollution de l’air en Île-de-France en 2025 « rappelle l’importance du maintien des ZFE », selon Airparif

– Le Parlement entérine l’adoption de la loi de « simplification » et la suppression des ZFE (zones à faibles émissions)

– ZFE : près de 3 millions de véhicules parmi les plus polluants seront remis en circulation avec l’abandon du dispositif

– « Les PFAS ne sont que la partie émergée de l’iceberg de la pollution chimique en Europe »

– Terres rares : des entreprises européennes prises au piège des restrictions chinoises

– The Shift Project liste les 20 chantiers à lancer d’urgence pour réussir la transition énergétique

– « La liberté diplomatique de l’Espagne n’est pas seulement politique, elle est énergétique »

– Derrière la guerre en Iran, l’obsession trumpienne des ressources énergétiques mondiales

– Data centers : « Limiter les impacts spatiaux, énergétiques et environnementaux des grandes fermes de données est fondamental »

– Pourquoi est-il bon d’apprendre le chant des oiseaux aux enfants ?

– Mesurer le déclin des insectes en photographiant sa plaque d’immatriculation : une idée « simple et géniale »

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Notre anéantissement en direct

Ce monde interconnecté est fantastique, on peut suivre son anéantissement en direct, par exemple aujourd’hui samedi 18 avril :

En Iran

0h19 : Le président américain a affirmé vendredi que l’uranium enrichi stocké par l’Iran serait « rapporté aux Etats-Unis », peu après avoir affirmé qu’un accord avec Téhéran était très proche pour mettre fin à la guerre.

1h15 : « L’Iran refermera le détroit stratégique d’Ormuz si les Etats-Unis maintiennent leur blocus sur les ports iraniens », a affirmé samedi le président du Parlement de la République islamique, Mohammad Bagher Ghalibaf.

3h15 : « C’est une nouvelle positive que nous avons reçue », a déclaré le premier ministre australien, Anthony Albanese, après l’annonce par l’Iran de la réouverture du détroit d’Ormuz

7h26 : Depuis que les Etats-Unis « appliquent le blocus naval aux navires tentant d’entrer ou de sortir des ports iraniens » par le détroit d’Ormuz, 21 navires « ont obéi aux ordres des forces américaines de faire demi-tour et de retourner en Iran », a annoncé le commandement militaire américain.

8h41 : L’Iran, qui avait annoncé vendredi la réouverture du détroit stratégique d’Ormuz, a menacé de le refermer si les Etats-Unis maintiennent leur blocus.

10h26 : « Tant que les Etats-Unis mettront fin à la libre circulation complète des navires depuis l’Iran vers leur destination et de leur destination vers l’Iran, la situation du détroit d’Ormuz sera strictement contrôlée par nos forces armées et restera dans son état précédent » (commandement central des forces iraniennes)

……………………………

20h26 : « Compte tenu du nombre limité de navires autorisés à passer, l’Iran a décidé de donner la priorité à ceux qui se conforment plus rapidement aux nouveaux protocoles du détroit d’Ormuz et qui s’acquittent des frais liés aux services de sécurité et de sûreté », a déclaré un membre de l’administration de la République islamique

en Ukraine

7h46 : L’armée de l’air ukrainienne a annoncé que l’Ukraine avait été attaquée par 219 drones russes pendant la nuit de vendredi à samedi.

9h07 : L’oblast russe de Samara a été attaqué pendant la nuit . L’usine pétrochimique de Novokouïbychevsk et la raffinerie de Syzran, qui traite jusqu’à 8,9 millions de tonnes de pétrole par an et contribue à l’effort logistique russe, ont été visées par l’Ukraine.

9h14 : Selon le ministère de la défense russe, les forces de défense antiaériennes ont intercepté et détruit 258 drones ukrainiens, dans la nuit de vendredi à samedi.

9h33 : Trois personnes blessées à Kharkiv et une à Odessa, où des installations portuaires ont été endommagées, selon les autorités locales

10h02 : Dans l’oblast russe de ⁠Leningrad, ‌autour de Saint-Pétersbourg, le gouverneur a fait savoir qu’un incendie s’était déclaré dans ‌le port ‌de Vyssotsk, qui abrite ⁠un ‌terminal d’exportation d’hydrocarbures.

………………………………………………

19h26 : Une femme d’une trentaine d’années touchée lors de la fusillade qui a éclaté samedi dans un supermarché de Kiev a succombé à ses blessures à l’hôpital, ce qui porte le bilan à six morts et neuf blessés

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Les a-côtés d’une guerre inhumaine

L’IA ne devient pas humaine, c’est l’humain qui devient machine. Netanyahou ne fait preuve d’aucun sentiment d’humanité. Et on peut se demander à juste titre si Trump est normal. Ils utilisent les machines pour faire semblant d’être fort. Et ils négligent les séquelles des combats qu’ils ont provoqués.

Le soldat, au service de la machine

Laure de Roucy-Rochegonde, directrice du centre géopolitique des technologies de l’IFRI, autrice de « La Guerre à l’ère de l’intelligence artificielle. Quand les machines prennent les armes » (PUF, 2024).

Dès les premières heures du conflit en Iran, le modèle d’IA générative d’Anthropic « Claude » a été utilisé par l’armée américaine pour planifier l’attaque lancée le 28 février 2026. Les techniques d’IA réduisent considérablement le délai entre la collecte d’informations, l’analyse, la décision et l’action militaire permettant, concrètement, la frappe d’un plus grand nombre de cibles, plus vite, à moindres frais et avec l’apparence d’une justification rationnelle. Il y a une marginalisation de la prise de décision humaine dans la kill chain. Les opérations deviennent trop rapides pour être pleinement comprises par les opérateurs. La phase de vérification humaine des cibles se révèle extrêmement courte, parfois de l’ordre d’une vingtaine de secondes. Une telle pression temporelle incite à seulement entériner les propositions de la machine. Et si, au nom de l’efficacité militaire, nous avions déjà commencé à déléguer à la machine des choix qui engagent notre humanité ?

L’érosion du contrôle exercé sur la force militaire est d’autant plus préoccupante que, d’après une étude menée par Kenneth Payne au King’s College de Londres, les principaux modèles développés par OpenAI, Anthropic et Google choisissent de recourir à l’arme nucléaire dans 95 % des cas de conflits auxquels ils sont exposés. Ce pourcentage indique que le tabou nucléaire n’est pas aussi prégnant dans le raisonnement de programmes d’IA qu’il ne l’est dans l’imaginaire humain.

En 1945, après avoir lâché une bombe sur Hiroshima, les Américains, en ont envoyé une deuxième 3 jours après sur Nagasaki, sans même attendre que le Japon capitule. Tout ça pour montrer sa force et tester une bombe au plutonium différente de la première. Est-ce qu’une IA aurait été moins cynique que ces dirigeants-là ?

Le soldat, ce traumatisé des combats

Un livre de référence, L’Homme en guerre de Patrick Clervoy (Odile Jacob, 288 pages, 23,90 euros)

Patrick Clervoy a effectué toute sa carrière comme psychiatre au sein des forces armées. Il pose un éclairage cru sur la banalité du stress post-traumatique chez les militaires engagés en opération :

« A l’épreuve de la guerre, un homme se transforme, sa personnalité change. Il devient quelqu’un d’autre. La guerre, c’est le lieu où se décomposent les sociétés…  Rien n’est plus insupportable pour un soldat que la peur de son voisin…  Neuf soldats sur dix connaissent une inhibition à tuer… Pour un homme en guerre, le premier danger n’est pas celui de perdre sa vie, mais celui de perdre son humanité  ».

Aux Etats-Unis, rappelle-t-il, entre 2008 et 2016, environ 6 000 soldats se sont suicidés. Avec de tels chiffres, l’Amérique déplore un plus grand nombre de vies perdues au retour d’Irak ou d’Afghanistan que durant les années de guerre sur ces deux théâtres.

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2,5 milliards d’humains au lieu de 8, ou moins !

En 2023, la population mondiale atteint 8,3 milliards, mais la Terre ne pourrait en supporter durablement que 2,5 milliards ou moins. L’analyse de Corey Bradshaw et son équipe montre que la pression démographique dépasse la biocapacité depuis le milieu du XXe siècle. Face à un choc démographique prévisible, repenser les politiques démographique et les modes de consommation devient crucial pour un avenir soutenable.

Auriane Polge in Science et Vie (09 Avr 2026)

Nous serions déjà trois fois trop nombreux pour vivre durablement sur Terre. La population mondiale aurait depuis longtemps dépassé le seuil que notre planète peut supporter sans épuiser ses réserves ni compromettre la qualité de vie de ses habitants. Pas de temps à perdre ?

Les ressources naturelles semblent inépuisables à l’échelle d’une vie humaine, mais leur renouvellement suit des rythmes bien plus lents que notre consommation. La pression d’une humanité en expansion interroge la compatibilité entre nos modes de vie et les limites du vivant. La capacité de charge de la Terre pourrait être bien inférieure à ce que l’on imagine. L’humanité compte aujourd’hui environ 8,3 milliards d’individus. Pourtant, selon une analyse parue dans Environmental Research Letters, la Terre ne pourrait en accueillir durablement que 2,5 milliards. Autrement dit, nous serions plus de trois fois trop nombreux pour maintenir un équilibre entre consommation et régénération des écosystèmes. Cette estimation ne fixe pas un plafond absolu, mais elle signale un dépassement massif entre ce que nous prélevons et ce que la planète renouvelle.

Ce seuil correspond à la biocapacité globale, c’est-à-dire la faculté des écosystèmes à produire des ressources et à absorber les déchets. Le chiffre de 2,5 milliards évoque le nombre d’habitants que la Terre supportait au milieu du XXe siècle, lorsque cet équilibre tenait encore. Au-delà, la pression dépasse les capacités de régénération naturelle, et les effets s’accumulent au fil des générations.

Plus de deux siècles de données démographiques au crible

L’équipe dirigée par Corey Bradshaw, de l’université Flinders en Australie, a examiné plus de 200 ans de données démographiques mondiales à l’aide de modèles de croissance écologique. Leurs travaux, cosignés avec le regretté Paul Ehrlich de Stanford et six autres chercheurs, suggèrent que le basculement s’est produit vers le milieu du XXe siècle. Avant cette période, la croissance démographique s’accompagnait d’un développement globalement soutenable.

Toutefois, à partir des années 1950, chaque habitant supplémentaire n’accélérait plus le progrès, mais alourdissait la pression sur les systèmes planétaires. Les auteurs décrivent cette transition comme une phase démographique négative. L’étude montre en effet que la taille de la population explique davantage la hausse des températures mondiales et l’empreinte écologique globale que la consommation par individu. D’autant que les régions à forte croissance disposent souvent des sols les plus fragiles et des réserves en eau les plus limitées.

La capacité de charge de la Terre face à un pic démographique annoncé

Selon les projections de l’étude, la population mondiale pourrait atteindre un pic compris entre 11,7 et 12,4 milliards d’individus d’ici les années 2070. Ce chiffre aggraverait considérablement l’écart avec le seuil soutenable estimé. Par conséquent, les auteurs insistent sur la nécessité de repenser à la fois les politiques démographiques et les modes de consommation. Réduire les émissions de gaz à effet de serre par habitant ne suffirait pas si le nombre total d’individus continue d’augmenter pendant encore quarante ans.

Désormais, l’enjeu consiste à adapter les sociétés humaines à des limites physiques non extensibles, sans attendre que la démographie décline d’elle-même. D’autres scientifiques rappellent néanmoins que certaines estimations placent le seuil maximal bien plus bas, en fonction des hypothèses retenues sur les technologies et les habitudes de consommation. Le débat reste donc profondément lié aux choix collectifs que feront les sociétés dans les décennies à venir, entre sobriété et innovation.

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La population mondiale au 1er janvier 2026

extraits : Nous voilà maintenant un peu plus de 8,2 milliards sur la Terre en ce 1er janvier 2026. La croissance démographique est toujours forte, + 76 millions de personnes supplémentaires en 2025, plus que la population de la France. Certes le rythme de progression tend à baisser mais reste toujours positif. Nous passons à peu près sous la barre des + 1 % par an. Rappelons qu’avec un tel taux d’accroissement, la population double encore tous les 70 ans. Pourtant c’est la baisse de fécondité qui inquiète le monde politique comme le monde médiatique….

Le casse-tête de la population optimale

extraits : Les grands carnivores comme les lions et les tigres, ne sont plus au total que 20 000 à 40 000 seulement sur la planète. Contre bientôt 8 milliards pour la seule espèce humaine, le super-prédateur. Si nous avions à exprimer un idéal de population, ce serait 6 à 8 millions de terriens, un chiffre qui nous ramène avant le néolithique il y a plus de 10 000 ans, époque où il fallait vivre de chasse et de cueillette sans empiéter sur son écosystème… condition qui n’a d’ailleurs pas toujours été respectée à l’époque ! Voici de nos jours quelques avis sur la notion de l’optimum de population souhaitable….

Dans le livre « Moins nombreux, plus heureux » (2014)

Pablo Servigne : « En l’espace de quelques décennies, l’humanité a de fortes chances de faire face à un pic de la population, un pic énergétique, un pic de l’eau disponible, un pic des terres arables, et très probablement un pic des rendements agricoles. Ainsi, il est désormais réaliste de penser que nous redescendions au cours des prochaines décennies à des niveaux de population proches de l’ère pré-industrielle : un à deux milliards d’êtres humains sur terre. »

Alain Gras  : « Paul Chefurka met en évidence la corrélation très forte entre énergie et population : « Une des deux options de son modèle mathématique prend non seulement en compte la raréfaction des ressources, mais aussi l’hypothèse Lotka-Volterra qu’il nomme « excès de capacité de charge » dans l’écosystème. Entre autres : déficits alimentaires régionaux massifs, maladies non soignées en raison du démantèlement des services médicaux et sanitaires dans les villes, mortalité accrue due aux aléas climatiques, affaissement de la durée de vie, etc. Dans ce cas, les chiffres de la population mondiale sont de 4 milliards en 2050 et 1 milliard en 2100. »

Alan Weisman (en 2013) : « Dans l’histoire de la biologie, toute espèce qui a surexploité ses ressources a vu sa population s’effondrer – parfois jusqu’à l’extinction. Pour la survie de l’espèce humaine, peut-être s’agit-il de trouver le moyen de réduire humainement la population globale, puis de la maintenir à un chiffre optimal. La détermination de ce chiffre sera,  que cela nous plaise ou non, la grande affaire du XXIe siècle. Le premier Congrès de la population optimale pour le monde fut organisé à Cambridge en 1993. Gretchen Daily et le couple Ehrlich présentèrent le résultat d’une estimation qu’ils qualifièrent eux-mêmes de « calcul de coin de table » : le nombre total d’habitants susceptibles de vivre avec 6 térawatts d’énergie, chaque individu disposant de 3 kilowatts en moyenne, était de deux milliards. Deux milliards, c’était le chiffre de la population en 1930, au moment où le procédé Haber-Bosch (engrais à base d’azote artificiel) commençait juste à être commercialisé. La quasi-totalité de l’humanité vivait encore de végétaux qui poussaient grâce à la seule lumière du soleil, pas avec l’aide de combustibles fossiles. Quand nous n’en aurons plus, la population de notre espèce pourrait bien se rapprocher de nouveau de cette moyenne naturelle…

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