Il ne faut croire ni au surhomme, ni au Tour de France

L’écologie, c’est aussi rendre aux hommes leurs capacités humaines, c’est reconnaître nos limites, ne pas vouloir les dépasser. Christopher Froome, qui domine actuellement le Tour de France 2013, est le parfait exemple qu’il ne faut pas suivre. Voici quelques indications sur ce surhomme dont nous ne voulons pas :

Froome, un inconnu qui décolle

Froome ? Personne ne le connaissait dans les rangs juniors ou au début de sa carrière pro. Mieux, avant le Tour de Suisse 2011, il n’avait jamais terminé dans les 10 premiers d’un chrono d’une épreuve WorldTour… et voilà qu’en deux ans, il augmente son niveau jusqu‘à presque taper le multiple champion du monde du chrono Tony Martin… Mais la puissance de Froome lors d’un chrono ne peut être interprétée : course trop courte, tout simplement.

Vayer et Portoleau ne calculent les puissances que sur certaines étapes de montagne comportant plusieurs cols, c’est très différent. Si vous développez plus de 410 watts sur une dernière ascension après 180, 200 ou 220 bornes et plusieurs autres cols, c’est que vos muscles n’ont pas fatigué au fil des heures de course. C’est que vos muscles sont tellement bien oxygénés qu’ils ne toxinent pas, et vous vous présentez au pied de la dernière ascension comme si vous veniez de partir. Ce n’est pas humain car avec l’effort et la durée, l’organisme humain fatigue. Accumule des lactates à l’effort. Perd son efficacité. C’est précisément ce qu’implicitement les calculs de puissance de Vayer et Portoleau visent à démontrer : chez certains, comme Froome, la fatigue ne s’installe pas. C’est anormal.

Source : http://laflammerouge.com/

Froome, aux mains d’un manager « crédule »

Dave Brailsford, le manager de l’équipe Sky, donc de Christopher Froome, se veut « clean ». Mais il se refuse de publier les données SRM (puissance moyenne, cadence moyenne, etc.) de son poulain : « Je ne pense pas que cela éviterait le suspicion si on les publiait. »* Donc circulez, y’a rien à voir. De toute façon Dave Brailsford  croit encore à la puissance illimitée de l’homme : « On sait que les performances sportives s’améliorent au fin du temps. En 2113, un coureur clean ira plus vite que Froome ne le fait maintenant. C’est logique. »

Toutes les études scientifiques sur le sujet montrent le contraire, les performances sportives humaines commencent à plafonner… sauf usage d’une nouvelle drogue ou autres prothèses techniques.

* LE MONDE du 11 juillet 2013, Dave Brailsford, le « Mister Clean » du cyclisme

Froome, surhumain dans les cols

« Impossible de gagner le Tour sans dopage », avait enfin avoué Lance Armtrong. Prié par France Télévisions de confirmer, « les yeux dans les yeux », qu’il n’avait jamais pris de « produits dopants », Chris Froome ose aujourd’hui : « Non. Rien… Je considère comme une mission personnelle de montrer que notre sport est propre. » Pourtant lors de l’ultime ascension vers Ax 3 Domaines, soit une pente soutenue (8,2 %) qui s’étire sur près de 8 km, le favori du Tour a battu en 23’14 » les temps réalisés lors de l’édition 2003 par l’Américain Lance Armstrong (23’24 ») et l’Allemand Jan Ulrich (23’17 »). Le septuple vainqueur (1999-2005) déchu et le lauréat 1997, qui s’étaient livré un duel acharné il y a dix ans lors de cette ascension finale, ont en commun d’avoir reconnu s’être dopés.*

Négligeons les vitesses moyennes, même si un contre-la-montre par équipes à 57,84 km/h et une moyenne générale qui frise les 41 km/h laissent dubitatif. Ce qui compte, ce sont les puissances en montagne. Un radar étaient placés dans les Pyrénées sur la montée d’Ax 3 Domaines. En deçà de 410 watts, c’est sans garantie mais humain, entre 410 et 430, c’est suspect, jusqu’à 450 miraculeux, et au-delà mutant. Chris Froome est là pour gagner. Il a relégué Dan Martin à Ax à 2’34 », sur la seule montée finale en développant 446 watts. D’autant plus inquiétant que cette performance quasi mutante le place à seulement deux petits watts de la prestation effarante du duo Armstrong-Ullrich en 2003, alors « chargés comme des mules ».« Impossible de gagner le Tour sans dopage ? » Vous avez la réponse.

* LE MONDE du 9 juillet 2013, La fusée Chris Froome sur orbite

** LE MONDE du 9 juillet 2013, Froome aussi puissant qu’Armstrong et Ullrich en 2003

Froome, surhumain dans le contre-la-montre

L’Allemand Tony Martin a remporté mercredi 10 juillet la 11e étape du Tour de France, un contre-la-montre de 33 kilomètres entre Avranches et le Mont-Saint-Michel, devant le maillot jaune Christopher Froome, qui a vu ses principaux rivaux perdre beaucoup de temps. En tête aux deux points intermédiaires du parcours en dégageant une impression de facilité, Chris Froome a ralenti la cadence dans les derniers kilomètres du tracé, pour le plus grand plaisir de Tony Martin, qui n’avait plus goûté à la joie d’une victoire d’étape depuis le chrono de Grenoble en 2011. Tony Martin règne donc en maître sur le contre-la-montre uniquement parce que le dopé numéro 1 l’a laissé gagner…

* Le Monde.fr avec Reuters | 10 juillet 2013 Tour de France : Tony Martin règne en maître sur le contre-la-montre

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5 réflexions sur “Il ne faut croire ni au surhomme, ni au Tour de France”

  1. Quinze ans pour connaître la vérité du dopage !
    Des traces d’érythropoïétine (EPO) ont été retrouvées dans les échantillons urinaires de Marco Pantani lors du Tour de France 1998. Des traces d’EPO ont aussi été découvertes dans les échantillons appartenant à son dauphin, l’Allemand Jan Ullrich, et au troisième, l’Américain Bobby Jullich.
    Ces analyses ont été réalisées fin 2004 par le laboratoire antidopage de Châtenay-Malabry non pas dans un but disciplinaire mais de recherche scientifique afin d’éprouver un nouveau test de détection de l’érythropoïétine, hormone encore indétectable en 1998 et 1999. Ce sont ces travaux qui avaient déjà permis de prouver que l’Américain Lance Armstrong avait utilisé de l’EPO dès le premier de ses Tours victorieux, en 1999.
    source : LE MONDE du 25 juillet 2013, Les trois premiers du Tour de France 1998 avaient aussi eu recours à l’EPO

  2. docteur Jean-Pierre de Mondenard, spécialiste du dopage :
    « L’accidentologie routière a baissé grâce à des radars performants. Alors que dans la lutte antidopage, les radars sont plutôt en bois… On ne peut pas s’appuyer sur les contrôles pour déterminer qui triche ou qui ne triche pas.
    La loi votée le 1er juin 1965 se présente comme une loi antistimulants. Le ministre qui avait promulgué cette loi s’appelait Maurice Herzog, le vainqueur de l’Annapurna… qui lui-même avait franchi le sommet de l’Annapurna grâce aux amphétamines. A l’époque, on croyait que le dopage ne concernait que les stimulants. Les stéroïdes anabolisants étaient alors considérés par un comité scientifique comme des vitamines !
    Dans mon livre*, je peux écrire que « la quasi-totalité » des vainqueurs du Tour depuis 1947 a déjà avoué avoir recouru au dopage ou bien a été contrôlée positive… Je dis 1947 parce que je ne dispose pas forcément de documents suffisants depuis 1903… La triche est consubstantielle à l’homme. Plus de la moitié des étudiants ont déjà triché dans leurs études. En sport, la compétition est un potentialisateur de la triche. Ce n’est pas la difficulté du Tour de France qui fait le dopage, c’est le Tour de France en tant que Tour de France qui fait le dopage. Dès le début du XXe siècle, quand le vélo est devenu professionnel, les soigneurs déjà présents dans les hippodromes sont allés dans les vélodromes. Ils donnaient aux cyclistes les mêmes produits qu’ils donnaient au chevaux pour améliorer leurs performances : caféine, atropine, belladone… »
    source : Le Monde.fr | 20.07.2013 « La triche est consubstantielle à l’homme, comme le dopage au Tour »
    * Les Grandes Premières du Tour de France (éditions Hugo Sport, 2013)

  3. A l’attention de Didier Barthès :
    comment les coureurs contournent les contrôles

    Le leader de Sky, Chris Froome, fait partie des coureurs les plus contrôlés depuis le départ de l’épreuve. Mais « Il a un coup d’avance », commente un spécialiste, « son passeport biologique est parfaitement lisse ». Ce passeport détecte les variations des profils hématologiques ou endocrinologiques pouvant indiquer la prise de produits dopants. Sur le Tour, l’Agence française de lutte contre le dopage (AFLD) s’en sert pour cibler les contrôles urinaires et sanguins. Le problème, c’est qu’il est aujourd’hui détourné de son usage par les préparateurs de certains coureurs qui s’en servent pour gérer les variations induites par les protocoles de dopage. « Certains médecins d’équipe réveillent les coureurs à 5 heures avant le passage des contrôleurs afin d’ajuster les valeurs ». Pour présenter des profils sans variations suspectes dans le temps, la solution est simple : « Des micro-doses de tout, tout le temps. » Et c’est valable pour l’EPO comme pour les transfusions sanguines. Fini les injections de poches d’un demi-litre de sang, aujourd’hui la mode est aux mini-poches. Lles progrès de la pharmacopée désorientent les autorités en charge des contrôles. On pourra toujours contourner les méthodes de détection. Les cas positifs à l’EPO sont rares mais les autotransfusions sanguines sont indétectables tout comme les micro-doses. On peut être clean à 6 heures du matin après des prises la veille à 23 heures. La prolifération de nouvelles substances pourrait rendre encore plus ardue la mission des autorités de contrôle. « On a bossé dur, on a beaucoup surveillé, confie une source policière. Mais en face, on a des gars très bien organisés, très discrets. Trop professionnels pour se faire avoir. »
    (LE MONDE du 19 juillet 2013)

  4. Je ne suis pas avec Froome 24 h sur 24 et donc j’ignore s’il prend des produits interdits, il y a toutefois des éléments en sa faveur (c’est à dire de son innocence) qui ne sont pas repris ici.
    – La puissance totale ne peut être appréciée qu’au regard de la stature générale,. Qu’un coureur comme Marco Pantani produise 450 watts était inimaginable compte tenu de ses 1,70 m environ, mais Christopher Froome fait près de 1, 90 m c’est donc plus plausible, en contrepartie il a un poids plus important à monter en haut des cols.
    – Froome ne fait pas une différence énorme avec ses rivaux, il est le premier certes mais avec 2,5 minutes d’avance après 2000 km, il n’est pas sur une autre planète par rapport aux autres. (Coppi ou Merckx ont relégué leurs adversaires beaucoup plus loin)
    – Il est connu pour suivre un entrainement très rigoureux
    – les cyclistes sont de plus en plus contrôlés.
    – Bien sûr c’est impressionnant ce qu’il fait mais il faut prendre un recul statistique. le Tour de France est la plus prestigieuse course du monde, celle que tous les coureurs rêvent de faire et de gagner. Comte tenu du nombre d’étapes et de leur variété, c’est presque toujours le meilleur cycliste du monde (et du moment) qui la remporte, il n’est pas étonnant qu’il ait des performances hors du commun. Nous sommes 7 milliards sur Terre, les 200 coureurs qui participent au Tour de France font partie des 300 personnes les plus douées et les plus entrainées au monde pour parvenir à ses résultats. Sur presque tous les plans (VO2 max, capacité respiratoire, type de fibres musculaire, longueur des fémurs, rapport poids-puissance, volume cardiaque…ils se situent à la limite des caractéristiques considérées comme normales, et c’est pour cela qu’ils peuvent participer à cette épreuve, il ne faut pas s’étonner qu’ils aient des résultats exceptionnels, le vainqueur de cette course par définition, plus encore. Donc je serais prudent, et laisserais à Christopher Froome la présomption d’innocence, cela me semble la moindre des choses. Je dois dire aussi que je ne peux qu’avoir un respect immense pour la dose d’efforts et de souffrances que suppose de participer au Tour de France. C’est d’une difficulté extrême. Ces hommes y consacrent chaque instant de leur vie, ils pensent vélo toute la journée, sont 10 ou 15 kg en dessous du poids considéré comme normal, et ne peuvent 15 ans durant se permettre le moindre écart. Pour moi cela mérite du respects très peu de gens se soumettent à une telle ascèse et font subir à leur corps un tel traitement.

  5. le business cycliste
    Il y a la drogue, et l’argent de la drogue. Lance Armtrong s’exprimait dans LE MONDE du 29 juin : « Impossible de gagner le Tour sans se doper ! » Il a perdu ses sept titres pour dopage. Pourtant le président « d’honneur » de l’Union Cycliste Internationale, Hein Verbruggen, affirmait un an avant les aveux du Texan : « Lance Armstrong ne s’est jamais dopé. Jamais, jamais ,jamais ! » Les déballages ne sont pas du goût de cet homme d’affaires. Il dirige, depuis 2001, la société Olympic Broadcasting Services, qui gère les droits de retransmission des Jeux Olympiques. De son côté la Grande Boucle a rapporté 32,5 millions après impôts en 2011 à Amaury Sport Organisation, qui a la haute main sur le Tour, pour un chiffre d’affaires de 157 millions. Soit une remarquable rentabilité de 20,7 %. Depuis 2005, le taux n’a jamais été inférieur à 20 %. La drogue rapporte.
    (Le Canard Enchaîné du 3 juillet 2013, p.4)

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