Afghanistan, une surpopulation ignorée

Si on tape sur le moteur de recherche de Google « Afghanistan « surpopulation » », on tombe d’abord sur la surpopulation carcérale. On dirait que médiatiquement il est impossible de parler de surpopulation humaine. Pourtant la surpopulation carcérale n’est que la conséquence directe de la surpopulation humaine du pays. Le journal LE MONDE fin 2023 analyse la situation afghane de manière très diverse, mais jamais du point de vue démographique:

12 décembre 2023 : La production du stupéfiant a chuté de 95 % en Afghanistan après l’interdiction de la culture du pavot par les talibans…

8 novembre 2023 : Un bus qui circulait dans un quartier de l’ouest de la capitale afghane, majoritairement peuplé par la communauté chiite hazara, a explosé…

25 octobre 2023 : Le régime de Kaboul détourne à son profit les fonds internationaux destinés à l’éducation…

18 octobre 2023 : Le journaliste franco-afghan Mortaza Behboudi, détenu en Afghanistan, a été libéré…

Pourtant le constat de surpopulation de ce pays devrait être incontournable. En 1950, l’Afghanistan compte environ 7,5 millions de personnes, en 2021 on atteint déjà plus 40 millions. En 2023, la population de l’Afghanistan augmentera de 1 270 382 personnes et à la fin de l’année elle sera de 43 349 960 personnes. Sous réserves bien entendu ! Les statistiques ne sont jamais parfaites en matière démographique, et les mouvements de population peuvent changer la donne. Pour la première fois depuis 1979, l’Afghanistan avait lancé un vaste programme de décompte de sa population… en 2014. Le nombre d’Afghans se situerait à cette époque entre 26 et 32 millions, une fourchette significative de l’imprécision des chiffres. Pendant des mois, le recensement afghan avait dû être suspendu : les représentants des différentes ethnies du pays craignaient de voir les résultats modifier les rapports de force politique. Dans les 15 provinces évaluées, 3 549 168 individus au total sont rentrés de l’étranger ou ont été déplacés à l’intérieur du pays entre janvier 2012 et décembre 2017. Fin 2023, le gouvernement afghan a décidé de renvoyer chez eux 1,7 million d’Afghans en situation irrégulière, malgré les risques liés au régime des talibans.

Le taux de fécondité est de 4,75 enfants par femme (2020) et l’Afghanistan détient le triste record de plus haute mortalité infantile. Les femmes sont dominées à un niveau rarement atteint dans l’histoire de l’humanité. On refuse même explicitement le droit des femmes à disposer de leur corps : « L’approbation par le Président Afghan Hamid Karzai de la loi Shia Personal Status en mars 2009 a effectivement détruit le mouvement Shia pour les droits de la femme et la liberté en Afghanistan. Selon cette loi, les femmes n’ont pas le droit de refuser l’acte sexuel à leur époux sauf si elles sont malades, et peuvent être privées de nourriture en cas de refus »1. Aujourd’hui il y a interdiction de l’accès au collège et au lycée des jeunes filles. En l’absence totale de libre choix pour les femmes, le taux de croissance de la population est de 2,9% de variation annuelle (2021), soit un doublement de la population en 24 ans. Mais comme d’habitude le Fonds des Nations Unies pour la population minimise toute idée de surpopulation en Afghanistan2. Cet organisme ne s’intéresse qu’à la crise humanitaire : 

«  On dénombre 28,3 millions de personnes, soit les deux tiers de la population du pays, ayant besoin d’une aide humanitaire d’urgence pour survivre. Instabilité politique, rapide déclin économique et trois années consécutives de sécheresse ont provoqué une forte insécurité alimentaire et des niveaux de famine sans précédent. Cette crise est également en train de compromettre des avancées acquises ces vingt dernières années, en particulier en matière de droits des femmes et des filles. Cet état de crise a été aggravée par trois séismes et une série de répliques qui ont touché l’ouest de l’Afghanistan à partir du 7 octobre 2023. La plupart des victimes sont des femmes et des enfants, qui étaient à la maison pendant que les hommes travaillaient. Des millions d’Afghan·e·s ont un accès très limité voire inexistant aux soins de santé, et le pays reste l’un des plus dangereux du monde pour accoucher. En moyenne, une femme y meurt toutes les deux heures à cause de sa grossesse ou de son accouchement, de causes largement évitables avec des soins de qualité. Les services vitaux de protection pour les femmes et les filles risquant de subir ou subissant de la violence basée sur le genre, eux aussi, sont limités à cause de l’effondrement des voies de signalement, des mécanismes juridiques et des refuges. »

Le travail de l’UNFPA en Afghanistan se concentre sur la prestation de services essentiels de santé reproductive et de soutien psychosocial par et pour les femmes. On agit pour sécuriser les accouchements, on ne dit jamais que faire moins d’enfant serait un bien pour le pays.

Cette situation dramatique est accentuée par le retour des Talibans au pouvoir. Le 15 août 2021 est une date qui restera marquée à jamais dans la mémoire des Afghans. Apprendre le matin de ce dimanche que les dernières capitales provinciales étaient tombées aux mains des Tâlebân et que ceux-ci étaient aux portes de Kaboul attendant les ordres pour y rentrer a été la fin d’une séquence en accéléré de la désintégration de la République Islamique d’Afghanistan3. L’aide internationale a disparu et les réserves de la Banque centrale ont été gelées alors qu’une sécheresse dramatique frappe le pays et provoque une famine. Soucieux de nourrir leurs familles, les jeunes hommes s’enrôlent souvent dans les groupes armés promoteurs de cet islamisme radical. Le cercle vicieux surpopulation, famine, intégrisme religieux, fécondité non maîtrisée, surpopulation… s’installe durablement.

Aujourd’hui, avec un système bancaire presque totalement bloqué, des salaires non payés, des prix des produits alimentaires qui explosent, la vie des Afghans devient de plus en plus difficile dans un pays qui subit depuis plusieurs années des séche­resses rendant ses productions agricoles totalement insuffisantes. Tant que ce pays ne mettra pas en place un planning familial qui cherche à équilibrer le nombre d’Afghans et les ressources alimentaires, il n’y a nulle issue de secours.

En savoir plus sur la surpopulation

Alerte surpopulation, le combat de Démographie Responsable (2022)

Surpopulation… Mythe ou réalité ? (2023)

Un panorama des pays surpeuplés,

Surpopulation généralisée dans tous les pays

Pour lutter contre la surpopulation,

https://www.demographie-responsable.fr/

11 réflexions sur “Afghanistan, une surpopulation ignorée”

  1. Les commentaires de Michel C à sortir du sujet, ici centré sur l’Afghanistan, est une preuve supplémentaire du fait que la surpopulation est une réalité contournée. C’est un soutien implicite au mouvement nataliste.
    Michel C s’exclame : « Le Surnombre a bon dos, mais il ne faut peut-être pas exagérer. Ouvrez les yeux bon sang ! Sachez voir, aussi, ce qui va bien, ce qui s’arrange. Le thon rouge de Méditerranée par exemple. »

    Malgré l’action de Greenpeace, le stock de thon n’est toujours pas à l’équilibre. Et ce n’est pas parce que WWF nous parle du Woylie ou du Panda que la situation globale de la biodiversité s’améliore. L’arbre cache la forêt, quelques espèces emblématiques ne peuvent occulter l’impact effroyable de la densité humaine sur la faune sauvage.
    https://www.wwf.fr/vous-informer/effet-panda/retrospective-le-meilleur-de-2023

    1. Ben oui puisque vous le dites, vous avez encore raison. Je suis en plein déni de réalité, j’ai tort de regarder ce qui va bien, ce qui est beau etc. etc.
      Et je le con fesse, bien sûr je suis nataliste. Démoniaque quoi !

      C’est bon comme ça ? Est-ce que ça me vaut au moins le Purgatoire ? 🙂

      1. C’est vrai que des surplus de population qui se sentent obligés de vivre dans la criminalité pour pouvoir s’en sortir pour finalement aboutir en prison, c’est une vie heureuse ! Hein ? Ça vaut le coup de pondre des gosses à gogo pour qu’ils finissent taulards ? Que de réjouissance la croissance démographique pas vrai Michel ?

  2. Hier la Chine aujourd’hui l’Afghanistan. La transition Pékin Kaboul a dû être laborieuse.
    Vivement Dakar, désormais Yanbu, et qu’ON en finisse. Et quand ON aura fini le tour, ON pourra dire que toutes les taules du monde sont surpeuplées.
    Si un de nos commentateurs trouve un pays où la surpopulation carcérale n’existe pas, qu’il nous en fasse part. Et nous lui expliquerons que ce n’est que la conséquence directe de la surpopulation humaine du pays.
    Et c’est pour tout et n’importe quoi pareil. Les classes surchargées, ce n’est pas qu’il manque des profs, non pas du tout. Le Surnombre vous dis-je ! Les services d’urgences dépassés idem, la Surpop vous dis-je ! Les écoles qui ferment, les déserts médicaux, les campagnes qui crèvent, Rochefourchat et sa seule habitante, le village le moins peuplé de France (Le Monde 21 juillet 2023), c’est toujours pareil le Poumon vous dis-je !
    Eh oui, sur Biosphère ON manque pas d’air.

    1. Didier BARTHES

      On a jamais autant dépensé pour l’éducation et pourtant ça ne marche plus, c’est donc que le problème est ailleurs. Classe surchargées ? Allons donc, elles l’étaient bien autant du temps de notre enfance nous étions de 30 à 40 et il n’y avait nulle auxiliaire de ceci ou de cela. Oui encore une fois le problème est ailleurs concernant l’éducation.
      Quant à la surpopulation oui partout elle met une pression pour rendre les choses plus difficile, à la nature d’abord, aujourd’hui les animaux sauvages ne représentent presque plus rien dans le monde vivant, il faut ouvrir les yeux sur cette réalité.

      1. Pour les classes surchargées, admettons. Admettons même que ce soit Attal, en 6 mois, qui ait débloqué la situation. Reste à espérer qu’il nous la débloque également dans les hôpitaux, en manque chronique de moyens depuis des décennies. Pareil pour les entreprises, qui peinent à recruter. La Grande démission («The Great Resignation» ou «Big Quit», ce phénomène qui comme pas mal d’autres modes nous vient des States) serait-elle également une des conséquences du Surnombre ?
        Le Surnombre a bon dos mais il ne faut peut-être pas exagérer.
        Pareil pour le monde du vivant. Là encore pourquoi ce besoin de noircir le tableau plus noir qu’il l’est ? Presque plus rien dites-vous ? Ouvrez les yeux bon sang ! Sachez voir, aussi, ce qui va bien, ce qui s’arrange. Le thon rouge de Méditerranée par exemple.
        – Rétrospective : le meilleur de 2023 – 10 bonnes nouvelles pour la biodiversité
        (wwf.fr 12 janvier 2024 )

    1. De façon imagée, la parabole du nénuphar nous indique qu’il ne faut pas tarder à prendre des décisions politiques. Imaginons un nénuphar dans un grand lac qui aurait la propriété de produire chaque jour son semblable. On estime qu’au bout de trente jours, la totalité du lac va être couverte, ce qui provoquerait l’extinction de la vie. On se décide à n’intervenir qu’au moment où les nénuphars auront occupé la moitié du lac. Quel jour donc ? Réponse : non pas 15 jours, comme on pourrait le penser un peu hâtivement, mais bien au 29ème jour, c’est-à-dire la veille, puisque le double de superficie est recouvert chaque jour. Au bout du 24ème jour, 97% de la surface du lac est encore disponible. Le cerveau humain semble difficilement saisir les propriétés d’une croissance exponentielle, une vitesse fulgurante.

      Pour notre civilisation thermo-industrielle, nous sommes le 29e jour… Pour l’Afghanistan, c’est déjà trop tard.

      1. Oui ,et pas que pour l’Afghanistan, quand on pense au drame qui menace l’Egypte par exemple dont la densité sur sa partie habitable est quasiment la plus élevée du monde (hors cités-états bien entendu).
        Nul ne devrait être nommé ministre sans que l’on se soit assuré qu’il maîtrise le concept de progression géométrique.

        1. Autrement dit, nul ne devrait être nommé ministre sans que l’on se soit assuré qu’il maîtrise les nénuphars. Et la physique, la chimie, l’histoire, la géographie, tout le reste et en même temps.
          Rassurez-vous mon cher Didier, les spécialistes des nénuphars nous assurent que leur prolifération a nettement ralenti. Le doublement tous les jours fait désormais de l’histoire ancienne. Et donc maintenant si ON veut nous faire comprendre, ou nous faire peur, il ne reste plus qu’à trouver une autre histoire. Une autre fable quoi.

    2. Rassurez-vous mon cher Didier, les spécialistes des nénuphars nous assurent que leur prolifération a nettement ralenti. Cette histoire de doublement tous les jours fait désormais partie de l’histoire ancienne. Et donc maintenant, si ON veut nous faire comprendre… il va falloir trouver une autre histoire. Une autre fable quoi.

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