Utilisez très souvent le préfixe « dé », merci

A ce jour, la catégorie « mots en français préfixés avec dé- » du Wiktionnaire compte 609 pages. Dans la presse et chez les militants, le préfixe « dé » connaît déjà un succès grandissant, il exprime la nécessité qu’il y a de modifier nos comportements. Deux lettres pour inverser une tendance qui peut être néfaste.

Michel Dalloni : En plein Black Friday, un dé-vendeur à la télé était chargé par l’Ademe, l’Agence de la transition écologique, de nous déconditionner par le biais de quatre spots publicitaires. Dans le sillage du célèbre « déconstruire », introduit au XXe siècle par la philosophie, d’autres occurrences ont rejoint le peloton. Le détravail dans la revue Socialter, démythifier, déconfliction (en jargon militaire), détotaliser (refuser les énergies fossiles), désairbnbiser (renoncer à un week-end à petit prix). La démarchandisation va avec la déconsommation, qui accompagne à merveille la décroissance imposée par la décarbonation.

Ces mots marchent très, très bien, car ils sont efficaces. L’oreille est vite accrochée. On comprend que le préfixe fait formuler le processus inverse à l’habituel, les tenants de l’ordre établi sont en porte-à-faux.  C’est un outil sémantique qui permet d’exprimer sa colère. Il aide à prendre la mesure de notre effroi devant le futur annoncé. Notre ami ce préfixe ajoute du sens aux mots qu’ils dénoncent. Déconstruire n’est pas détruire, déconsommer ne veut pas dire se priver.. Et quand on est d’accord sur ce qui crée le désaccord, un monde en commun devient possible. Nous sommes devant un travail rhétorique, une euphémisation stratégique. Le mot est beaucoup moins chargé émotionnellement. Aucun doute : « dé » milite pour une forme de rupture progressive, un changement qui ménagerait un certain temps la permanence du monde ancien. Il y a une réflexion pour un projet différent car “Dé” raconte une insatisfaction. Les mots mènent parfois le combat à notre place.

Le point de vue des écologistes décroissancistes

Le journaliste Dalloni minimise la force du mot obus « décroissance », critique fondamentale de notre société de sur-croissance. Et il a oublié des mots qui préfigurent pourtant notre avenir, démondialisation, désindustrialisation, désétatisation, détechnicisation, déconnexion, dévoiturage, désurbanisation, démilitarisation, démobilité, dénatalité, dépopulation.

En résumé, il s’agit de mettre en œuvre une décolonisation de notre imaginaire. Penser en « dé », c’est aussi condamner les SUR qui dominent le monde actuel, surexploitation, surconsommation, surdéveloppement, surabondance, surpêche, surpâturage, suremballage, surcommunication, surmédicalisation, surendettement, suréquipement…

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Entrons en résistance, « Dé »construisons

extraits : A l’heure de la suprématie des « SUR » (surproduction, surpollution, surpopulation…), définissons pour l’après-Covid une société apaisée des « Dé »….

11 réflexions sur “Utilisez très souvent le préfixe « dé », merci”

  1. Quand les dé sont jetés dans l’agora,
    il s’agit plus d’une désespérance, d’une psychose que d’une philosophie de vie.

    Cette défiance est dû à une perte de repères, au manque de garde fous qui poussent certains au rétropédalage plutôt que de se projeter vers un futur possible.

    La vie n’est pas un pari qu’il soit positif ou négatif.
    La vie n’existe que par l’énergie vitale qui habite chacun de nos organismes en le poussant à penser, à déterminer une trajectoire qui sera positive car elle est , et même si elle se termine dans un gouffre , le récit héroïque restera comme un exemple aux yeux de tous.
    Dénier cette vérité de l’humain, c’est refuser sa condition, sa nature profonde.

    Les dé seront oubliés de tous car ils n’auront pas raconté une histoire visible et audible par les humains.

    1. Esprit critique

      Vu que les dé vont nous sauter à la gueule… moi je crois plutôt que cette histoire visible et audible n’aura même plus besoin d’être racontée.
      Et puis je crois que le DÉsespoir (autre chose que la DÉsespérance) a du bon.
      ( La différence entre espoir et espérance – jepense.org )
      – « On ne va jusqu’à l’espérance qu’à travers la vérité, au prix de grands efforts. Pour rencontrer l’espérance, il faut être allé au-delà du désespoir. Quand on va au bout de la nuit, on rencontre une autre aurore. Le démon de notre cœur s’appelle « À quoi bon ! ». L’enfer, c’est de ne plus aimer. Les optimistes sont des imbéciles heureux, quant aux pessimistes, ce sont des imbéciles malheureux.» (Georges Bernanos, conférence 1945)

  2. « En résumé, il s’agit de mettre en œuvre une décolonisation de notre imaginaire.  » Encore avec cette expression infantile ? Je dirai plutôt, décolonisation du monde imaginaire et foutez la paix à Peter Pan ! Car c’est de revenir au monde des réalités des faits dont il s’agit et tant besoin ! Ceux qui restent dans le monde imaginaire sont atteints de néoténie ! Tant qu’il y aura des dettes publiques et privées (entreprises et particuliers) alors les gens voudront du productivisme à fond les manettes pour pouvoir rembourser leurs crédits ! Autrement dit, les gens voudront produire, vendre et acheter le maximum de biens et services pour pouvoir percevoir des revenus qui permettront de rembourser leurs crédits ! Alors tous vos scénarios imaginaires n’auront aucun impact sur le commerce, la pollution et l’environnement, les réalités des faits l’emporteront sur les visions bisounours du monde imaginaire !

    1. Seul un plan de désendettement, notamment en court-circuitant les émissions de nouveaux crédits, permettront de réduire la production et la pollution sous toutes ses formes.

      Par ailleurs, je vous invite à lire article du journal Le Monde intitulé « Ces jeunes diplômés heureux dans les « big corpos » : « J’ai envie de gagner des sous, et je ne vais pas arrêter de faire ce que je fais pour aider la collectivité » dont voici l’introduction « Bien que conscients des enjeux environnementaux, une large partie des jeunes diplômés des grandes écoles intègrent des multinationales, préférant faire passer leurs ambitions professionnelles avant leur utilité sociale et écologique. »

      1. Plus sérieusement. Le fait que de jeunes diplômés s’éclatent dans les « big corpos » n’enlève rien au fait qu’et en même temps d’autres leur tournent le dos.
        – Ces jeunes qui tournent le dos aux grandes entreprises au nom de leurs valeurs (La Croix 13/05/2022)
        Qui leur disent merde pour leur préférer la joie de vivre dans la sobriété et la simplicité volontaire. Oh certes pas majoritaires, mais de plus en plus nombreux.
        En attendant, j’ai toujours dit que le temps ne fait rien à l’affaire.
        Ecoute les paroles de Brassens, si ça se trouve il pourrait te faire du bien.

        1. « Qui leur disent merde pour leur préférer la joie de vivre dans la sobriété et la simplicité volontaire. Oh certes pas majoritaires, mais de plus en plus nombreux. »

          Qu’est ce que je n’entends pas comme sottise ! Sur quelle enquête t’appuies tu pour une telle affirmation ?
          Personnellement, je ne vois pas le nombre de smartphones, de voitures, d’ordinateurs, de consoles de jeux et les jeux vidéos, décliner !
          Plus nombreux dans quelle proportion ? Quel pourcentage de la population ?
          Car si certains consomment moins, n’étant pas que ces individus souhaitent baisser leur consommation pour raison écologique, mais parce que la population s’appauvrit par l’inflation !!! C’est uniquement parce que leur pouvoir d’achat à baisser, alors quand tu racontes sobriété heureuse c’est du pipeau ! Ces personnes sont plutôt fâchées de voir leur pouvoir d’achat baisser !

        2. DÉsillusion => DÉmission ! Non non c’est pas du pipeau.
          -« Ils sont diplômés, voire très diplômés […] Rencontre avec ces jeunes actifs qui pensaient avoir tout pour réussir et qui se réveillent désabusés. » (helloworkplace.fr)
          – « Si pendant longtemps la réussite sociale consistait à passer des études supérieures aux stages décrochés dans les plus prestigieux cabinets et groupes français avant de démarrer sa carrière, cela n’est plus le rêve de la Génération Z. » (La Grande Démission de la Génération Z ne fait que commencer – journaldunet.com)
          – « 35% des diplômés de 2023 déclarent qu’ils sont prêts à démissionner s’ils se rendent compte que le poste ne correspond pas à leurs attentes » (Étude 2023 sur les attentes des jeunes diplômés – icims.com)

        3. Cela vaut aussi pour ton commentaire du 08 DÉCEMBRE 2023 À 13:51 (“Préparer les jeunes à la fin du monde !”) sur le même sujet : la Grande Démisssion.
          Tu peux toujours chipoter ce que disent les études, les enquêtes), surtout celles qui ne vont pas dans ton sens… tu peux toujours autant qu’il te plaira essayer de nous enfumer et noyer le poisson… mais tu ne pourras pas nier que les mentalités sont en train de changer. Pour le pire et le meilleur certes. Que ça te plaise ou non, les jeunes (génération Z) n’ont plus du tout le même rapport au Travail que l’avaient leurs parents, encore moins leurs grands-parents. Peu importe le nombre, le pourcentage, pour de plus en plus de gens (surtout les jeunes) le Travail n’est plus sacré. Et c’est tant mieux ! (travail = tripalium)
          Pareil de la Réussite (la Rolex) et de la Gloire. La Patrie n’en parlons même pas.

    2. Parti d'en rire

      Une expression infantile ! Que dis-je, de pauvres Peter Pan atteints de néoténie !
      Diantre, diable… eh ben chapeau, quelle imagination ! Et pour changer la Dette, et les crédits et patati et patata. Ne manque plus que les migrants, les baby-boomers et les soixante-huitards. Sans oublier les UmPs et les bécasses évidemment.
      Mon dieu que de travail pour décoloniser certains pauvres imaginaires. Rien que d’y penser je suis déjà fatigué, c’est grave Docteur ? Mon dieu quelle misère !

  3. Pas mal cet article, puisse t-il participer à décoloniser les imaginaires. J’ai hâte de voir ce qu’en pense notre cher Didier. Savoir si cette fois c’est bon, ou toujours pas. S’il a compris quoi.
    Pour moi c’est bon, ça fait déjà un bon moment que j’en use et en abuse, des «dé».
    Et sans modération SVP ! Et des «con» et en même temps. Surtout pour déconner.
    Déconner, débloquer, quand ce n’est pas dégobiller et conchier les gros dégueulasses.
    Désobéir, à ces règles hypocrites, déranger, déplaire… et que ça plaise ou non !
    ( à suivre )

    1. Bref, il aura donc fallu que ce soit l’ADEME avec son dévendeur qui provoque ce déclic.
      Disons plutôt ce ridicule déchaînement. Cette débile agitation, qui suscite cette petite réflexion, qui après mûre délibération accouche de cette délicieuse définition :
      – « Dévendeur : un concept qui déplaît sans déplaire » (cm-cm.fr – 24 novembre 2023 )
      Eh ben voilà, ça oui c’est le genre de con sensus qui n’est pas sans me déplaire. Merci le monde de la Mode Circulaire. Décoloniser les imaginaires tout en tournant en rond en attendant. En tous cas c’est clair, c’est bien le «dé» du dévendeur qui coince.
      Si encore ON nous avait vendu un «queer-vendeur» (vendeur étrange)… ou ne serait-ce qu’un «alter-vendeur»… je suis sûr con n’en serait pas là… à tenter de décoloniser les imaginaires tout en déconnant et en même temps. 🙂

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