Surpopulation, c’est en partie la faute des démographes

« Examinons ces curieux spécimens que sont les démographes. Ils partagent avec les météorologues la religion dite du beau temps. Qu’importe que les faits les contredisent. Leurs prévisions sont déjà oubliées. Jamais je n’ai entendu un démographe dire que les humains se multipliaient excessivement. Ils annoncent avec un grand sourire, toujours le sourire, que « la transition » est en vue. L’humanité n’ira pas au-delà de dix milliards. Vers 2050. Puis décroîtra naturellement. Autrement dit, il n’y a plus que quarante ans à tenir et trois milliards de candidats à l’humanité de plus à nourrir.

En 1971, en tant que directeur de collection, je publiais aux éditions Fayard « la Bombe P » de Paul et Ann Erhlich. Ce livre, qui avait été vendu à deux millions d’exemplaires aux Etats-Unis, ne trouva pas plus de quelques milliers de lecteurs en France. Le chœur des démographes pétris de philosophie chrétienne cria au scandale et annonça que la population humaine se stabiliserait naturellement. L’injure suprême fut clamée : « Malthusianisme ». Cette imprécation s’accompagnait de noms d’oiseaux divers. Sur ce, pendant les quarante ans qui suivirent, l’humanité a continué d’augmenter de quelques milliards. Et ce n’est pas fini. Mais les démographes continuèrent et continuent d’annoncer le tassement annoncé. On imagine qu’ils sont payés pour ça, sinon pourquoi les paierait-on ? Ces démographes ont tendance à observer l’accroissement de population comme ne constituant pas une preuve de l’accroissement de population. Ils observent un tassement des courbes de croissance. Ils observent une baisse rapide de la fertilité. Leur tassement finira effectivement par se produire mais on ne peut encore dire à quelle échéance. En attendant, l’entassement le plus visible fut celui des populations urbaines, chassées des campagnes par la contrainte ou la séduction. En route vers le Progrès.

Des babas béats se sont produits sur les plateaux de télévision le soir du 1er novembre 2012 pour célébrer l’arrivée du sept milliardième être humain sur la Planète Terre. Ils se sont entre congratulés, tutoyés et se sont lavés de l’horrible soupçon de pouvoir apparaître comme des malthusiens. Oornés de l’étiquette de démographe, d’économiste, de philosophe, de politologue, d’agronome, de psyquelquechose, ils ont tous considéré que l’espèce humaine pouvait être nourrie sans trop de problèmes, même si elle s’accroît encore de quelques milliards dans les années à venir. Réjouissons-nous avec eux de la beauté du spectacle. Le grouillement urbain les comble sans doute. Une visite aux 25 millions d’habitants de Bombay s’impose pour admirer une réussite de l’espèce.  Un milliard d’affamés ne leur semble qu’un détail à régler, sans problème. Pas une seule fois les babas n’ont pas davantage mentionné l’épuisement des ressources, la surexploitation de la planète, l’empoisonnement des sols et de la mer par les produits chimiques, l’envahissement des déchets, l’augmentation de la radioactivité ambiante, le massacre et l’exploitation des autres formes de la vie… La planète Terre qui abrite le cancer humain n’est plus qu’un champ de ruines.

Si l’on n’en reste pas aux incantations des démographes, qui entendent des voix comme Bernadette Soubirous, il faut en revenir au rapport entre ressources et population tel que l’avait analysé Malthus. La faim sévit, la terre s’épuise… déjà vu. Il faut donc comme le proposaient Paul et Ann Ehrlich il y a quarante ans réduire la croissance de la population. D’abord dans les pays riches qui consomment et gaspillent le plus. Ensuite dans les pays pauvres qui ne peuvent plus nourrir leurs habitants. Ce n‘est pas une tâche impossible. Les Chinois y sont parvenus. Nous n’avons pas vu naître quatre cents millions de Chinois… »

Alain Hervé

dans le livre « Moins nombreux, plus heureux (l’urgence écologique de repenser la démographie) »

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2 réflexions sur “Surpopulation, c’est en partie la faute des démographes”

  1. La grande Athènes du temps d’Hérodote ne comptait que 30 000 habitants. Aujourd’hui, il existe des dizaines de villes de plus d’un million d’habitants dont nous n’avons jamais entendu parler. Il est temps de se demander si ça reflète une situation saine.

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