COP28. La sortie des énergies fossiles, tabou

Fin octobre, les températures moyennes de l’année en cours étaient déjà supérieures de plus de 1,34 °C à la moyenne des températures du XXe siècle, et de 1,54 °C par rapport au XIXe siècle. Tous les changements évoqués convergent vers un affaiblissement de nos capacités de production alimentaire. Une refonte de nos modes de vie est nécessaire. L’urgence est telle qu’il faut confirmer sans attendre une suggestion de l’ONU formulée le 20  septembre 2023 : l’arrêt immédiat de tout nouveau projet d’extraction de tous les combustibles fossiles. Il faut également que la COP28 appelle à engager dès que possible la fin définitive de l’extraction des énergies fossiles. De toute façon, avec la déplétion des ressources énergétiques, la prophétie du Sheikh Rashid ben Saïd al-Maktoum, émir de Dubaï jusqu’à sa mort en 1990, se réalisera nécessairement :

« Mon grand-père se déplaçait en chameau. Mon père conduisait une voiture. Je vole en jet privé. Mes fils conduiront des voitures. Mes petits-fils se déplaceront en chameau. » (in Pétrole, la fête est finie de Richard Heinberg – 2008)

 Perrine Mouterde : Les combustibles fossiles (charbon, pétrole et gaz) sont à l’origine de 80 % des émissions de gaz à effet de serre, ce qui leur confère le rôle de principaux responsables de la crise climatique qui menace l’humanité. Et pourtant, au cours des trois dernières décennies, par un incroyable tour de passe-passe, ils ne se sont jamais retrouvés sur le devant de la scène des négociations climatiques. Preuve de ce tabou, le mot « fossile » n’apparaît dans aucune décision adoptée à l’issue des COP jusqu’en 2021. L’option d’envisager la baisse de l’usage de tous les fossiles n’a figuré dans aucun des textes soumis à discussion pendant la COP27. Fin octobre 2023, lors de la pré-COP28 à Abou Dhabi, Riyad a de nouveau appelé à « éviter de cibler des sources d’énergie ». C’est la société civile qui a multiplié les mouvements de protestation contre des pipelines ou des mines de charbon et intenté des procédures judiciaires. Ce sont les scientifiques qui ont porté l’idée que limiter le réchauffement impliquait de sortir des énergies fossiles, de laisser des réserves dans le sol.

Le point de vue des écologistes inquiets

Le PDG de la compagnie nationale pétrolière Abu Dhabi National Oil Company préside la COP28, c’est mettre le loup dans la bergerie. Commencer à parler fossile seulement après 27 années de COP à ne rien dire de tangible, c’est irréel. Mais sortir des énergies fossiles, c’est totalement irréaliste. La Chine autorise en moyenne deux nouvelles centrales au charbon par semaine, c’est cela la réalité. L’exhortation à agir se heurte à une réalité sociale : dans leur très grande majorité, les peuples ne veulent pas remettre en question leurs habitudes et modes de vie. Il suffit de constater les positions prises par la plupart des électeurs, en marche toute vers l’extrême droite climato-sceptique. Ça rassurer. En conséquence les gouvernements ne peuvent prendre de décisions à la hauteur du problème.

Pourtant la réalité du réchauffement climatique est incontestable, pourtant les conséquences sont déjà désastreuses dans le vécu d’un nombre de plus en plus important de personnes… A ne pas vouloir préparer la décroissance économique et démographique, nous préparons un avenir proche où la décroissance sera imposée par les réalités biophysiques. Dire autrement, c’est être aveugle.

La porte de sortie nous semble apocalyptique. Mais quand la plus grande partie de l’humanité aura été éliminée par des famines, des guerres et des épidémies, ça ira beaucoup mieux…

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après le pic pétrolier, le pic charbonnier ! (6 novembre 2010)

extrait : Peu après 2030, la stagnation puis le déclin de la production de charbon, combinée avec le déclin accéléré de la production de gaz et de pétrole touchera toutes les économies thermo-industrialisées. Entre 2040 et 2050, le commerce du charbon cesse totalement et la production de pétrole est devenue marginale et essentiellement consommée sur place. Les coupures d’électricités deviennent la norme et l’activité industrielle disparaît progressivement. Les infrastructures mal entretenues s’effondrent tandis que le manque de carburant bloque les communications. Les investissements dans les énergies renouvelables sont devenus impossibles, faute de moyens financiers et matériels. Le niveau de vie baissera de manière dramatique. Seules les nations disposant de ressources fossiles ou d’une solide agriculture de subsistance pourront survivre. Partout ailleurs, l’ordre social disparaît et la plupart des gouvernements sont en cessation de paiement…

10 réflexions sur “COP28. La sortie des énergies fossiles, tabou”

  1. Un déclaration ci-dessus est dommageable :
    « Ce sont les scientifiques qui ont porté l’idée que limiter le réchauffement impliquait de sortir des énergies fossiles »
    Quels scientifiques ?
    Les économistes ou les météorologues peut être, mais sont-ce de vrais scientifiques et ceux invoqués ?

    J’ai l’impression que ici on veut impliquer les physiciens, chimistes et les biologistes: paléontologues, palynologues, botanistes, zoologues, etc.
    Jamais un scientifique de sciences dures ne se risquera à faire une recommandation sociologique ou idéologique.
    Éventuellement, Il ne le fera à titre personnel ou idéologique mais cela n’aura rien à voir avec sa science.

    Arrêtons de prendre en otage les scientifiques !!! 🤮

    1. Bonjour Tsp.
      Les scientifiques qui ont modélisé le réchauffement climatique sont des climatologues. Il s’agit de prévoir dans le long terme, pas de s’inquiéter avec les météorologues du temps qu’il fait aujourd’hui. Les économistes ne sont pa s des scientifique au sens des sciences dures, ils ne sont pas présents dans l’évaluation du pôle scientifique du GIEC. Je vous rappelle que le réchauffement a toujours été exprimé par les climatologues en termes de « probabilité » de l’influence humaine, une probabilité de plus en plus prouvée au fur et à mesure de l’évolution des températures et des modèles d’explication.

      Les recommandations faites aux politiques réunis lors de la conférence officielle (dite COP28 cette année) découle des données fournis par les climatologues qui ne sont pas responsable de ce qu’en fait Le PDG de la compagnie nationale pétrolière Abu Dhabi National Oil Company qui préside cette COP.

    2. Michel C du parti d'en rire

      Les scientifiques pris en otage… les vrais bien sûr… les pauvres !
      Faut oser quand même, non ? Audiard dirait que c’est à ça qu’ON les reconnait.

  2. L’exorciste Emmanuel Macron  à la COP28 : « J’exhorte les pays du G7 s’engager à mettre fin au charbon avant 2030 pour montrer l’exemple. La poursuite des investissements en faveur du charbon est une vraie absurdité au regard de l’objectif de lutte contre le réchauffement climatique, nous devons engager un virage absolu . »
    En France, Emmanuel Macron s’était initialement engagé à fermer les quatre dernières centrales à charbon sur le territoire national en 2022. Un engagement reporté à la fin de son second et dernier mandat présidentiel en 2027 !

  3. Les références que j’ai concernant la fin des énergies fossiles sont de 50 ans pour le pétrole et le gaz et de 130 ans pour le charbon. Ceci sur la base des réserves connues et de la consommation actuelle, la croissance démographique accélérant cette fin des énergies.
    Les prix augmenteront, les pénuries se développeront de façon erratiques suivant l’offre et la demande, les régions et la puissance économique des pays.l’économie globale va ralentir et le repli des nations va se mettre en place en fonction des ressources de chaque pays et donc les différences de niveau économiques vont s’accentuer.
    Plus personne ne se préoccupera du CO2, les petites discussions idéologiques autour du réchauffement climatique paraîtront bien dérisoires. Le tabou est là, personne ne veut voir cette réalité car elle est assez effroyable.
    Pas Top.

  4. Sortir des énergies fossiles reviendrait à casser volontairement les moteurs de notre société, à mécontenter en pratique toute la population, (essayez d’augmenter l’essence de 20 % !) Ce serait la certitude d’un suicide électoral. Bouleverser des sociétés géantes est un risque que personne n’ose prendre (on peut le comprendre).
    Nos sociétés sont mal outillées pour le long terme, c’est pourquoi, en pratique, la sortie des énergies fossiles se fera presque exclusivement par la contrainte du manque physique et probablement pas avant. Ne soyons pas naïfs.

    1. Tout le monde sait qu’ON ne peut pas arrêter tout comme ça, que les junkies ont besoin de leur dose, d’héroïne ou de méthadone peu importe. (À 11:40) Oui je suis d’accord, on peut le comprendre… et les comprendre. Mais ce n’est pas pour ça qu’ON devrait dire amen et applaudir ce Cirque. Et sombrer dans la Dépression… à quoi bon ?
      Pour les prédictions et les prophéties, je peux faire aussi bien que nos spécialistes et autres champions. Autant le faire dans le style Kivabien. Le Cosmogol je n’y crois pas !
      La Bagnole électrique pour TOUS non plus. Par contre pour certains oui. Les petits enfants du Sheikh Rashid ben Machin, par exemple, eh ben je ne crois pas du tout qu’ils se déplaceront en chameau. Mais plutôt en Rolls, comme Papi Rashid, ne soyons pas naïfs. Verte SVP la Rolls ! Électrique ou à Hydrogène voire les deux et en même temps, ON n’arrête pas le Progrès. Par contre pour le jet … là encore ne soyons pas naïfs. 🙂

  5. Du moment que les rentiers des fossiles peuvent continuer à engranger… d’une manière ou d’une autre… l’arrêt immédiat de tout nouveau projet d’extraction de tous les combustibles fossiles (suggestion ONU) ne leur pose aucun problème. Les appeler à engager, dès que possible (!) la fin définitive de l’extraction des énergies fossiles… oui ON peut, ça ne mange pas de pain. Et même leur faire signer les papiers (les accords) qui vont bien !
    Si les écologistes sont inquiets… par rapport au Réchauffement etc. ce n’est certainement pas le cas des pontes du G17. Parce que s’ils partageaient cette inquiétude, ils tourneraient le dos à tous leurs projets aussi débiles que pharaoniques. J.O d’hiver en Arabie saoudite , nouvelle capitale «Sissi-City» en Egypte, projet «lunaire» à Dubaï, etc. etc.
    Leur inquiétude ne porte QUE sur la pénurie annoncée des fossiles, notamment du Pétrole.
    ( à suivre )

    1. Mais toutefois n’allons pas croire que ça les empêche de bien dormir.
      Comme tout le monde ils savent qu’ON ne peut pas arrêter tout comme ça. Que les junkies ont besoin de leur dose, d’héroïne ou de méthadone peu importe.
      Ce qui leur laisse donc encore le temps pour bien réfléchir. Et se mettre d’accord entre eux sur la meilleure manière de se partager le monde et le Business.
      La Question, leur Problème : De quelle manière va t-ON bien pouvoir continuer à engranger et délirer (déconner) toujours plus ?
      Doit-ON se tourner vers le business de l’Hydrogène, en attendant le Cosmogol…
      Ou bien celui du Tourisme, sur la lune et sur Mars…
      Ou alors mettre le paquet sur celui des vélos, des pédalos et des chameaux ?
      (1 DÉCEMBRE 2023 À 17:45 “COP28, blocage du G17 à Dubaï ?”)

      Cette COP ne trompe donc que les gogos. Dont certains vont même jusqu’à se réjouir qu’elle se déroule à Dubaï, ils voient là un espoir… les pauvres.

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