la Terre en partage avec Ibrahima Coulibaly

Il est venu en France à l’occasion du colloque « La Terre en partage »*. Il est venu  à Brive pour commenter le documentaire de Boubakar Gakou sur l’exploitation des paysans par l’Office du Niger, Terre Verte. Il est venu échanger avec nous sur la crise alimentaire et la privatisation des biens communs. Nous avons lié amitié. Ibrahima Coulibaly est un paysan, vivant avec les 16 personnes de son groupe familial sur 20 hectares. Pourtant il est ingénieur agronome, il pourrait pantoufler dans un ministère malien, mais il a choisi la terre. Car il a connu à dix ans la famine de 1973 causée par la grande sécheresse. Il a compris ce qu’il fallait faire. Il a décidé de rechercher la sécurité alimentaire pour tous, ce qui passe nécessairement par la souveraineté agricole. Alors non seulement il cultive sa terre, mais il fait de la politique, ou plutôt du syndicalisme. Ibrahima Coulibaly est président de la Coordination nationale des organisations paysannes du Mali, la CNOP. A ce titre, il participe fréquemment à des réunions au sommet avec l’Etat malien ; sans grand succès jusqu’à présent. Les politiques ne se penchent pas sur la réalité paysanne. Les administratifs ne savent  pas qu’un analphabète est capable de réfléchir à bon escient. La terre appartient à l’Etat qui en fait ce qu’il veut. Dans les zones irriguées, l’office du Niger reprend des terres ancestrales au paysan qui n’a pas pu payer la redevance pour l’eau. Le gouvernement loue des terrains à des pays comme la Chine qui les reloue à des Maliens pour en tirer bénéfice. Les commerçants maliens font en sorte que les paysans qui cultivent le riz soient endettés et en même temps importent du riz asiatique de mauvaise qualité.

Ibrahima sait tout cela. Il sait qu’il faut soulever des montagnes pour changer la donne. Il n’a pas d’illusion, mais grâce à lui les lignes bougent, les agriculteurs commencent à se parler, à se coordonner. La CNOP qu’il anime regroupe déjà 2 500 000 agriculteurs maliens. La CNOP adhère à via Campesina, le syndicat international des paysans. Ibrahima travaille sa propre terre, mais il participe aussi à une lutte mondiale. Ibrahima est en contact étroit avec José Bové, à ses côtés il était aussi au Larzac. Ibrahima  nous redonne confiance dans la nature humaine. La Terre a besoin d’Ibrahima, de beaucoup d’Ibrahima qui puissent se dresser un peu partout contre la corruption et les lobbies de l’agrobusiness.

Car le combat n’est pas gagné d’avance. Ibrahima connaît le livre de René Dumont, « L’Afrique noire est mal partie » (Seuil, 1962). Le constat reste valable cinquante ans après. Ibrahima s’inquiète de l’urbanisation de l’Afrique, sans structures d’accueil des migrants intérieurs. Les jeunes veulent des diplômes et devenir fonctionnaires, ils seront chômeurs. Même les diplômés en agriculture ne se voient par retourner à la terre. A ces blocages internes au pays, Ibrahima ajoute les contraintes externes : les règles absurdes du libre échange imposées par l’OMC alors qu’il faudrait instaurer un certain protectionnisme agricole ; le poids des intermédiaires dans le commerce alimentaire international ; les subventions à l’exportation agricole dans les pays riches ; la main-mise par certains pays ou des gens bien placés sur les terres du Mali… Changer cette situation fait penser à Sisyphe. Ibrahima ne se décourage pas, à chacun de nous de prendre la Terre en partage à l’image d’Ibrahima.

  • colloque « La Terre en partage » du 28 au 30 septembre à l’Hôtellerie des frères franciscains à Brive. Intervenants : Ibrahima Coulibaly, Dany Dietmann, Alain Gras, Michel Griffon, Claude et Lydia Bourguignon, Geneviève Azam, Xavier Hauchart et Therry Gaudin. Débats animés par Ruth Stégassy.
  • Prochain colloque « Coopération et associativité, du big-bang jusqu’à l’homme » les 25-26 janvier 2013.

Contact colloque@lestreizearches.com

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2 réflexions sur “la Terre en partage avec Ibrahima Coulibaly”

  1. « La terre appartient à l’Etat […] »: c’est bien la nature du probleme.

  2. « La terre appartient à l’Etat […] »: c’est bien la nature du probleme.

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