Le yin du protectionnisme contre le yang du libre-échange

L’écologie penche pour le protectionnisme, la démondialisation, en définitive la relocalisation. Historiquement les vagues de protectionnisme et de libre-échange se sont succédé depuis l’abolition en 1838 des Corn Laws qui protégeaient l’agriculture britannique. Dans les années 1930, un protectionnisme extrême finit par l’effondrement du commerce mondial. Même Keynes allait jusqu’à plaider pour « l’autosuffisance nationale » en 1933 pour protéger l’emploi britannique. Après 1945, le libre-échange était revenu en force*. Depuis la crise de 2008, la protection est à nouveau à l’ordre du jour. Les effets positifs du libre-échange n’existent que par l’accélération de la croissance économique que cela entraîne, mais les conséquences globales sont néfastes. La concurrence internationale s’est accompagnée de délocalisation, de montée des inégalités, de chômage structurel et de déséquilibres socio-écologiques. Le « doux » commerce est en réalité une affaire de puissance, c’est le plus fort qui impose sa loi. Pensez à la guerre de l’opium qui a ouvert le marché chinois à l’empire britannique. Regardez aujourd’hui le bras de fer entre Trump et la Chine. Le libre-échange est un rapport de force qui fait quelques gagnants et beaucoup de perdants.

Rappelons qu’un libre-échange basé sur le va-et-vient de produits quasi-similaires est une absurdité. Un jour Fritz Schumacher vit un camion à l’effigie d’une marque de biscuits écossais entrer dans Londres ; peu après il apprit qu’une entreprise fabriquant des biscuits à Londres acheminait sa production jusqu’en Écosse. Cette découverte le troubla profondément. En tant qu’économiste, il ne parvenait pas à comprendre pourquoi des être compétents se voyaient contraints de conduire un camion d’un bout à l’autre des îles britanniques dans le seul but de transporter des biscuits. N’était-ce pas absurde ? Le coût humain et environnemental d’une tel manœuvre n’avait donc alerter personne ? Schumacher eut beau tourner et retourner le problème dans sa tête, il faut incapable d’y déceler la moindre logique. Et il n’y a pas que les biscuits qui sont ainsi transportés sans raison d’une région ou d’un pays à un autre. La Grande-Bretagne exporte presque autant de beurre qu’elle en importe. Sous prétexte de faire des économies d’échelle, on feint d’ignorer les dés-économies d’échelle qui en résultent. Fritz Schumacher entreprit alors de faire un livre, Small is beautiful, publié en 1973. 

Au niveau écologique, la descente énergétique qui s’amorce va de toute façon entraîner une contraction des échanges dans un monde interconnecté. Dur, dur ! Il nous faut donc préparer dès aujourd’hui les moyens d’une souveraineté alimentaire et la possibilité de sources d’énergies renouvelables. Cela passe surtout par la réduction des besoins, la relocalisation, l’instauration de communautés de résilience, etc. La démondialisation est notre avenir. Pour en savoir plus sur ce blog biosphere :

2 septembre 2014, Démondialisation, pour un retour au protectionnisme

8 septembre 2011, la démondialisation selon Aquilino Morelle

1er juillet 2011, la démondialisation contre Pascal Lamy

30 juin 2011, la démondialisation contre Zaki Laïdi (suite)

29 juin 2011, la démondialisation contre le gauche-droite de Zaki Laïdi

3 mai 2011, Montebourg, de la démondialisation à la décroissance

17 juin 2011, tout est écolo, y compris le protectionnisme

29 décembre 2010, Démondialisation féroce

* LE MONDE économie du 10-11 février 2019, un combat récurrent entre économistes

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3 réflexions sur “Le yin du protectionnisme contre le yang du libre-échange”

  1. La Commission européenne a conclu, vendredi 28 juin, un vaste accord commercial avec le Mercosur (Argentine, Brésil, Uruguay, Paraguay). Nicolas Hulot : « Je ne comprends pas.
    Le libre-échange est à l’origine de toutes les problématiques écologiques. L’amplifier ne fait qu’aggraver la situation. On laisse un président, Jair Bolsonaro, saccager la forêt amazonienne, sans laquelle on n’a aucune chance de gagner la bataille climatique. Elle représente à elle seule dix années d’émissions mondiales de gaz à effet de serre. Par ailleurs, on s’indiffère d’exactions multiples et répétées contre les Indiens d’Amazonie.
    On est victimes de ce que certains économistes ont appelé la « tragédie des horizons », soit notre incapacité à combiner le court terme et le long terme. A un moment il faut faire des choix, on ne peut pas courir deux lièvres à la fois. Il faudra comprendre un jour qu’une des premières obligations va être de relocaliser tout ou partie de nos économies. Mais avant que nos élites l’intègrent, je pense qu’on sera tous calcinés. Il est fini le temps où j’arrondis les angles, terminé, j’en ai ras le bol. La mondialisation, les traités de libre-échange sont la cause de toute la crise que nous vivons. Si on ne s’attaque pas à cela, ça ne sert à rien. Ce n’est pas en installant trois éoliennes que l’on va y arriver. »
    (LE MONDE du 1er juillet 2019)

  2. «  » Et il n’y a pas que les biscuits qui sont ainsi transportés sans raison d’une région ou d’un pays à un autre. La Grande-Bretagne exporte presque autant de beurre qu’elle en importe. Sous prétexte de faire des économies d’échelle, on feint d’ignorer les dés-économies d’échelle qui en résultent. «  »

    Je trouve complétement absurde d’importer des marchandises qu’on est capable de produire soi-même ! On ne devrait pouvoir qu’importer ce dont on est incapable de produire ou alors que l’on peut produire mais pas en quantité suffisante. En l’occurrence, il n’y a pas lieu d’exporter des produits qu’on importe, c’est grotesque ! Mais c’est la politique monétariste qui permet de produire les absurdités du libre-échange, via la spéculation monétaire, mais ce monétarisme a été rendu possible par l’énergie bon marché, qui permet de déplacer à bas coût des marchandises d’un endroit du globe à un autre. Alors, sur l’aspect monétaire, ça permet à quelques uns d’y gagner de la monnaie par la spéculation, MAIS sur le plan de la physique, on gaspille du pétrole pour déplacer ces marchandises qu’on est pourtant capable de produire sur place, bref à court terme quelques uns y gagnent de la monnaie, mais sur le long terme c’est l’humanité qui perd des ressources, donc ce qui veut dire aussi que les gains gagnés à très court terme seront finalement perdu aussi sur le long terme, donc ce n’est pas si bénéfique que ça. Puis sur le plan de la biologie, on détruit l’environnement et des espèces animales, donc là aussi on enregistre des pertes économiques sur le long terme. En faite ces abrutis pensent accumuler des gains à un instant X sur le calendrier mais à court terme, à part que ces gains vont se transformer en pertes beaucoup plus conséquentes sur le long terme puisqu’on épuise des ressources naturelles inutilement pour produire ces gains illusoires court-termistes. Et encore, d’autres pertes sur le plan humain ne sont jamais énoncés, car pour imposer le libre-échange, ils procèdent à des guerres sur différents continents, comme le rappelle si bien Jacques Sapir, les navires de guerre précèdent les navires marchands, donc c’est un mensonge de dire que la mondialisation commerciale c’est la paix, alors pour en revenir sur les pertes sur le plan humain, à long terme il y aura des rancœurs à engranger aussi, provenant de pays victimes de ces guerres, qui provoqueront des dégâts sur notre territoire. Bref, ça devient compliqué de mettre fin au totalitarisme marchand…

  3. «  » Et il n’y a pas que les biscuits qui sont ainsi transportés sans raison d’une région ou d’un pays à un autre. La Grande-Bretagne exporte presque autant de beurre qu’elle en importe. Sous prétexte de faire des économies d’échelle, on feint d’ignorer les dés-économies d’échelle qui en résultent. «  »

    Je trouve complétement absurde d’importer des marchandises qu’on est capable de produire soi-même ! On ne devrait pouvoir qu’importer ce dont on est incapable de produire ou alors que l’on peut produire mais pas en quantité suffisante. En l’occurrence, il n’y a pas lieu d’exporter des produits qu’on importe, c’est grotesque ! Mais c’est la politique monétariste qui permet de produire les absurdités du libre-échange, via la spéculation monétaire, mais ce monétarisme a été rendu possible par l’énergie bon marché, qui permet de déplacer à bas coût des marchandises d’un endroit du globe à un autre. Alors, sur l’aspect monétaire, ça permet à quelques uns d’y gagner de la monnaie par la spéculation, MAIS sur le plan de la physique, on gaspille du pétrole pour déplacer ces marchandises qu’on est pourtant capable de produire sur place, bref à court terme quelques uns y gagnent de la monnaie, mais sur le long terme c’est l’humanité qui perd des ressources, donc ce qui veut dire aussi que les gains gagnés à très court terme seront finalement perdu aussi sur le long terme, donc ce n’est pas si bénéfique que ça. Puis sur le plan de la biologie, on détruit l’environnement et des espèces animales, donc là aussi on enregistre des pertes économiques sur le long terme. En faite ces abrutis pensent accumuler des gains à un instant X sur le calendrier mais à court terme, à part que ces gains vont se transformer en pertes beaucoup plus conséquentes sur le long terme puisqu’on épuise des ressources naturelles inutilement pour produire ces gains illusoires court-termistes. Et encore, d’autres pertes sur le plan humain ne sont jamais énoncés, car pour imposer le libre-échange, ils procèdent à des guerres sur différents continents, comme le rappelle si bien Jacques Sapir, les navires de guerre précèdent les navires marchands, donc c’est un mensonge de dire que la mondialisation commerciale c’est la paix, alors pour en revenir sur les pertes sur le plan humain, à long terme il y aura des rancœurs à engranger aussi, provenant de pays victimes de ces guerres, qui provoqueront des dégâts sur notre territoire. Bref, ça devient compliqué de mettre fin au totalitarisme marchand…

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