Les écologistes d’EELV sont-ils encore écologistes ?

Les critiques d’EELV envers le gouvernement se multiplient, mais portent sur tout autre chose que nos rapports avec la biosphère : « Violences policières inacceptables (après des incidents avec Droit au logement), soutien à la mobilisation des lycéens (« indignés » par l’affaire Leonarda), les propos jugés « inhumains et incompréhensibles » de Manuel Valls (toujours à propos de l’affaire Leonarda), désaccord (très minoritaire) sur le volet recettes de la loi de fiances, désaccord sur les retraites.* »

On dirait que l’écologie n’existe plus pour les écologistes, ce n’est qu’un mélange de gauchisme attardé et de libertarisme sociétal. La plus grande victoire des écologistes dans la majorité gouvernementale serait-elle le « mariage pour tous » ?… Un proche de Manuel Valls, Zaki Laïdi, condamne sans appel : « La sous-traitance d’une partie des enjeux du champ politique par le Parti socialiste à certains alliés, notamment aux Verts, a conduit au naufrage. Ces derniers constituent encore aujourd’hui un réel obstacle à la modernisation de la gauche, alors qu’ils sont de plus en plus minoritaires dans le pays. C’est la raison pour laquelle on a peine à imaginer qu’ils puissent continuer à siéger au gouvernement si leurs représentants venaient à attiser les lycéens, par exemple.** »

Le congrès d’EELV aura lieu le 16 novembre dans les régions et le 30 novembre au niveau national. Voici ce que disent les différentes motions d’orientation à propos de la participation de leurs deux ministres au gouvernement socialiste. On y voit un peu d’écologie, mais beaucoup d’incertitudes en ce qui concerne la sortie du gouvernement. Seule la motion Avenir Ecolo prévoit un mécanisme de décision, un référendum d’initiative militante sur la question. L’ordre des motions par numérotation alphabétique est celui donné par la brochure officielle de convocation pour le congrès :

a) Changer de cap, vers une écologie du vivre mieux

Renforcés par notre entrée au gouvernement, nous avons gagné des combats que nous menions de longue date : logement décent, droit au mariage pour toutes et tous, politique de développement. Il n’en demeure pas moins que la ligne suivie par notre allié n’est indéniablement pas la notre. La liste de nos désaccords est longue : CICE, ANI, traités européens d’austérité et de libre échange (TSCG, traité de libre échange atlantique), grands projets inutile s (NDDL), nucléaire, droit de vote des étrangers, retraites, scrutins territoriaux, ondes électromagnétiques, expulsion de Roms, langues régionales, reconversion de l’agriculture… Nous en restons au stade des discours pendant que le gouvernement rogne le budget de l’écologie… Malgré le travail de nos ministres, la politique du gouvernement reste rivée à une idéologie marquée par le libéralisme économique, le productivisme et une logique sécuritaire. La question de la participation gouvernementale n’est pas taboue, et sa poursuite ne peut s’inscrire que dans la mise en œuvre de projets forts…

b) Là où vit l’écologie – LOVE

Faute d’arriver à peser suffisamment sur la politique conduite par le gouvernement, nous sommes en voie de normalisation… La fragilité actuelle de notre position au gouvernement provient de notre faiblesse dans la société… Tant que nous serons dans la coalition gouvernementale, la société attend de nous une double action : avoir le courage de peser en interne, et de lutter en externe, sans nous contenter de la faiblesse des arbitrages rendus à l’Elysée… On peut lister nos divergences avec la politique menée : CICE, ANI, grands projets inutiles, EPR, retraites, expulsion des Roms, scrutins territoriaux, cumul des mandats, indigence de la loi pour l’égalité hommes femmes, absence d’une grande réforme fiscale ou statu quo nucléaire. On manquerait l’essentiel : loin d’engager une politique porteuse d’un changement de modèle, le gouvernement est prisonnier du culte de la croissance et obsédé par l’idée de plaire aux marchés.

c) Objectif Terre

La plupart de nos alliés socialistes sont aujourd’hui dans l’incapacité d’une remise en question du modèle productiviste…

d) Via Ecologica

Via Ecologica ! appelle à …conquérir notre autonomie pour peser sur les politiques publiques… Le parti doit garder son autonomie de pensée, de réflexion et d’expression, reprendre un temps d’avance et ne pas limiter son horizon programmatique à l’ordre du jour du Conseil des ministres ! EELV doit réaffirmer ses priorités dans le cadre de la participation gouvernementale pour lancer d’urgence la transition écologique.

e) Avenir Ecolo

Faute d’avoir su donner sens et contenu à «l’autonomie contractuelle», sortir ou non du gouvernement devient une question inextricable. À Marseille, la conférence de bilan a été un leurre teinté de langue de bois. Pourtant de nombreux adhérents s’interrogent sur notre utilité en tant que parti au sein de ce gouvernement pro nucléaire et qui défend si peu l’écologie. C’est pourquoi nous demandons un vrai bilan avec analyse indépendante. Et si nous le jugeons pertinent, nous demanderons un référendum d’initiative militante sur la sortie du gouvernement.

f) La motion participative – LMP

Notre mouvement ne représente pas une alternative quand nous sommes relégués au rang de supplétifs du PS. La sortie du gouvernement se pose…Discutons sans tabous des questions qui fâchent : participation au gouvernement…Le gouvernement actuel est sourd à l’urgence: statut quo sur le nucléaire, austérité budgétaire… Les principes économiques que le gouvernement défend – retour de la croissance, allègement du coût du travail, orthodoxie budgétaire – sont contraires aux valeurs que nous défendons… La question de rupture des majorités peut se poser à tous les échelons : municipal, régional et national…Quand nos partenaires dévient des contrats de mandats, nous ne devons ni nous taire ni claquer la porte immédiatement. Un gouvernement, un parlement, un conseil municipal ou régional, n’est ni un lieu qu’on déserte à la légère, ni un poste honorifique justifiant des compromissions inacceptables. On s’y bat, au risque de s’en faire exclure, pour faire respecter les contrats, en prenant l’opinion et les mouvements sociaux à témoin, pour sortir du tête-à-tête stérile avec un allié socialiste qui renie son propre projet de changement de 2012…La poursuite de notre participation à la majorité doit dépendre de notre capacité à y peser et à mobiliser au-delà de nos rangs

g) Déterminé-e-s ! Pour un sursaut !

Malgré les avancées sur le logement, le mariage pour tous, la politique de développement ou la justice, force est de constater aujourd’hui que la politique d’ensemble du Gouvernement n’est pas à la hauteur des enjeux… Où se situe la rupture avec l’ère sarkozyste ?… Évitons les faux débats : depuis plus de quinze ans les écologistes assument d’agir au sein des institutions, du local au gouvernement. Mais, aujourd’hui, la question de notre participation à un gouvernement qui ne tient pas ses engagements se pose avec acuité. Elle n’est pas taboue. Il est deux écueils qu’il nous faut pourtant éviter. La fuite d’abord…le choix du repli pour préserver notre « pureté idéologique ». La soumission ensuite…nous nous soumettons alors d’abord au carcan des institutions et nous nous auto-censurons. Élevons donc nos exigences ! Nous devons donner les preuves que nous ne nous compromettrons pas pour rester à tout prix au gouvernement, sans pour autant gesticuler à chaque insatisfaction. Un rapport de force offensif, sans être agressif, comporte nécessairement une part de risque qu’il convient d’assumer…

* LE MONDE du 25 octobre 2013 : Les écologistes multiplient les signes de défiance envers le gouvernement

** LE MONDE du 25 octobre 2013 : Au pouvoir, les modernistes s’imposent

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