Nicolas Hulot et les Colibris

La marge de manœuvre des individus est limitée. Mais il y a aussi des moments pour faire des choix. Il y a certes des êtres qui, par leur appartenance géographique ou sociale, n’ont pas cette possibilité. Ils subissent dès la naissance. Dans notre société, nous avons le grand privilège d’avoir un certain choix au niveau individuel. En revanche, je m’interroge sur la marche de manœuvre collégiale, dans un système qui s’est sécrété presque seul. Peut-on ordonner différemment les choses ? L’inertie est telle que les forces que nous pourrions créer ne serons pas assez puissantes pour endiguer le mouvement. C’est une question qui me hante au point que je finis par l’évacuer en me disant que notre seule obligation est de tenter l’impossible. Mon ami Pierre Rabhi m’a enseignée la légende amérindienne du colibri : « Un jour, dit la légende, il y eut un immense incendie de forêt. Tous les animaux terrifiés et atterrés observaient, impuissants le désastre. Seul le petit colibri s’active, allant chercher quelques gouttes d’eau dans son bec pour les jeter sur le feu. Au bout d’un moment, le tatou, agacé par ses agissements dérisoires, lui dit : « Colibri ! Tu n’es pas fou ? Tu crois que c’est avec ces quelques gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu ? » « Je le sais, répond le colibri, mais je fais ma part. »

On me demande souvent si les individus sont vraiment prêts à modifier leurs comportements. Eh bien, je pense que oui, mais à la condition que leur volonté individuelle rencontre l’organisation collective, car les gens ne veulent pas être seuls à pédaler dans le bon sens. Les individus vont devoir se responsabiliser en permanence par leurs gestes de consommation. Il va falloir devenir des écolo-citoyens et des consommacteurs pour que la planète reste vivable. Chaque geste de consommation, avant de s’effectuer, doit nous interpeller sur sa nécessité et sa finalité. Le consommateur doit encourager prioritairement les produits de proximité. Dans les entreprises, dans les associations, dans les collectivités, je vois émerger des solutions, qu’elles soient modestes ou macro. Le changement que je pressens dans la société civile est la seule chose qui fait que je ne renonce pas à mon engagement. Je compare souvent cette énergie que nous pouvons générer au travail de l’eau. On pense que l’eau n’a aucun pouvoir par rapport à la roche, alors qu’elle est capable de vaincre avec le temps les plus grandes résistances. Je pense qu’il en va de même pour l’esprit humain. Une partie de l’humanité est convaincue que tout semble immuable, et elle occulte probablement une autre humanité. C’est à cette seconde partie qu’il faut s’adresser, pour essayer de la rassembler.

Quand on observe l’histoire présente, on s’aperçoit que nous sommes à un stade déterminant, propice à de gigantesques bouleversements. Ne serait-ce que parce que nous sommes entrés dans l’ère atomique, que nous avons changé d’échelle et que les rapports entre l’homme et la nature sont presque inversés. Fut un temps où l’homme subissait l’évolution, alors que maintenant nous la conditionnons nous-mêmes. Mais l’échéance qui nous concerne ne se situe pas dans quelques siècles, Nous avons à peine quelques décennies pour réagir. C’est le moment de juger notre véritable intelligence et de constater si nous sommes capables de reprendre les rênes du progrès en mains. Si la réponse est négative, nous allons à la collision. Nous sommes devenus un acteur de l’évolution, pour le meilleur ou pour le pire. Et l’exemplarité des uns peut devenir la norme future.

Lire aussi, Le colibri, emblème de l’écologie en marche

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1 réflexion sur “Nicolas Hulot et les Colibris”

  1. Ces extraits ont été publiés dans le livre de Michel Sourrouille paru en octobre 2018, « Nicolas Hulot, la brûlure du pouvoir ». Mieux vaut rendre la pensée de Nicolas Hulot publique, la libre circulation des idées écolos contribue à la formation de notre intelligence collective…
    Chaque jour vous aurez un nouvel extrait sur ce blog biosphere jusqu’à parution intégrale d’un livre qui a été écrit en prévision de la démission de Nicolas de son poste de ministre de l’écologie. On ne peut avoir durablement un ministre voué à l’urgence écologique dans un gouvernement qui en reste au business as usual…

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