Théophile de Giraud, la question démographique

Chaque minute, 100 personnes meurent, 240 naissent. L’inverse eut été mieux. Il y aurait d’abondantes raisons d’intenter procès aux populateurs puisque désormais la procréation n’est plus seulement un crime contre l’enfant, elle est aussi un crime contre l’Humanité ! En effet deux menaces éléphantesques écrasent de tout leur poids le XXIe siècle vagissant : la Surpopulation et son corollaire immédiat, la Pollution, ici comprise en tant que destruction du biotope. On insiste trop peu sur cette vérité biomathématique : le prétendu « droit » à la reproduction semble un sujet intouchable… Et pourtant les spécialistes l’admettent désormais unanimement, la planète est en train de trépasser à petit feu. Lorsque l’on sait par ailleurs que les aspirations ultimes de la plupart des pays du Tiers-monde s’avèrent de s’aligner sur le niveau de vie occidental, on devine sans peine quelle catastrophe se profile dans les prochaines décennies ! Ainsi constate-t-on que d’année en année la superficie des terres nouvellement conquises (au détriment de la végétation forestière…) pour l’exploitation agricole demeure inférieure à celle des sols arables définitivement perdus ! Trop nombreux dans un sac de farine, les charançons s’entre-dévorent. Les tensions et les frustrations causée par une démographie incontrôlée préparent les guerres « absolues » de l’avenir. Laissez faire Vénus, elle vous amènera Mars.

Certains voudraient nous faire croire que notre planète peut tolérer 12 milliards de créatures humaines. Oui, 12 milliards de malheureux se serrant la ceinture, convertis de force au végétarisme, résignés à une existence de citadins compressés : destin de bétail parqué. Je préférerais pour ma part savoir la terre peuplée d’un maximum de cent millions d’individus. Aucun combat pour la préservation de l’environnement ne peut plus s’envisager sans une lutte intensive contre la fécondité ! Rappelons-le sèchement : sur notre planète surpollupeuplée, la procréation s’apparente désormais à un crime contre l’humanité ! Si vous cherchez à connaître le mobile ultime de la venue au jour de nouvelles victimes, interrogez plutôt les futurs parents sur le pourquoi de leur parentalité : ils vous répondront le plus naïvement du monde qu’ils font un enfant parce qu’ils en ont envie ! Ils engendrent pour satisfaire un prurit, une concupiscence ! Les enfants sont là pour empêcher les parents de s’ennuyer. L’enfant n’est rien d’autre qu’un cadeau que les parents se font à eux-mêmes. A travers leurs rejetons, les rejetonneurs n’ont souci que de transmettre leurs gènes, que d’assurer leur survie, que de reconnaître leur image peinte sur la figure de leur bébé. Parlez donc d’adoption aux amateurs de bébés, vous verrez une moue se dessiner sur leur faciès avide de posséder une proie émanée de leurs entrailles. Des orphelins ? Le bébé d’un autre ? Allons donc, convoquez plutôt les scientifiques afin qu’ils m’aident à vaincre ma stérilité ! L’enfant ne paraît le plus souvent que pour permettre aux parents de paraître. A bien y regarder, aucun enfant n’existe pour sa propre finalité, tous ne sont que de simples appendices des chimères, des attentes et des prurits parentaux.

Faisons remarquer à nos amis les militants verts, admirables champions de l’Ethique, que sur une planète dont la santé périclite à cause de la quantité irraisonnée de ses habitants, un écologiste qui se reproduit est un écologiste douteux… Le discours politique ambiant ose vanter la reproduction à visée économique : il faudrait fabriquer des enfants afin de garantir le financement des pensions de retraite ou de soutenir la croissance industrielle. On demande donc à un individu de naître afin de nous aider à résoudre nos problèmes : quelle pestilence ! La fécondité comme source de prospérité est fondée sur l’instrumentalisation d’autrui, c’est-à-dire sur le principe même de l’esclavage. Je vous le rappelle, l’enfant n’est pas un billet de banque ! Il n’a pas à naître pour matelasser les escarres de votre caducité : financez votre propre avenir ou bien résignez-vous à l’idée que vous êtes mortels.

L’art de guillotiner les procréateurs (manifeste anti-nataliste) de Théophile de Giraud (2006)

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16 réflexions sur “Théophile de Giraud, la question démographique”

  1. Didier Barthès

    Théophile de Giraud a raison. Il n y a pas de solution qui puisse assurer un avenir enviable à la biosphere comme à notre espèce qui ne passe par un changement dans l’ordre de grandeur de nos effectifs

    Si l’humanité dans sa forme actuelle (c’ est à dire avec homo sapiens comme seul représentant) à duré de 30 à 35 000 ans c’est parce que 90 % de ce temps elle a eu des effectif qui en effet ne dépassaient pas 100 millions (et même beaucoup beaucoup moins la plus grande partie du temps) tandis que nos effectifs actuels conduisent à la catastrophe avant la fin du siècle.

    1. Esprit critque

      De son côté Néandertal aura duré environ 400.000 ans. Sa disparition (si on peut appeler comme ça, vu que nous savons maintenant que nous avons des gènes de Néandertal) est l’objet de nombreuses hypothèses. Explosion d’un méga volcan il y a env. 35.000 ans dans la baie de Naples, conflits avec sapiens etc. Quoi qu’il en soit les paléontologues estiment à 70.000 l’effectif maximal des néandertaliens.
      En regardant également les effectifs d’autres espèces aujourd’hui disparues, peut-on pour autant faire un lien entre l’effectif et la durabilité d’une espèce ?

      1. En tous cas je ne crois pas que ce soit seulement du fait que son effectif ne dépassait pas 100 millions que la population de sapiens s’est maintenue autant de temps. Je pense qu’il existe «mille» raisons.
        Néandertal lui aussi savait faire du feu. On peut imaginer «mille» scénarios. Si… ce volcan n’avait pas explosé. Et si, les néandertaliens n’avaient pas tous concentrés là. Et si, sapiens n’était pas passé par là, etc. Et aussi, si… les néandertaliens avaient été bien plus nombreux. Mais à quoi bon refaire le monde avec des si, en quoi ça nous avance? Peut être à voir les choses autrement.
        Sans dérobade (comme dit Théophile), qui me dire que ce nombre de 8 milliards, qui fait trembler autant de monde… n’est pas une chance pour notre espèce ?

        1. Didier Barthès

          Qui vous le dit Michel C ?
          Oh, eh bien moi je n’hésite pas à le dire. Notre nombre n’est pas une chance mais une calamité pour la biosphere comme pour nous mêmes. D’ailleurs nous avons presque tout éliminé.

          1. Didier Barthès. L’idée de chance ou de calamité, pour notre espèce, dépend bien sûr de ce que souhaite celui qui calcule la probabilité. Si pour vous perdre c’est gagner, je suis d’accord. Autrement dit si votre plus grand souhait est que notre espèce disparaisse, alors je comprends très bien que vous ne puissiez pas appeler ça une chance. Seulement à ce moment là il faut avoir l’honnêteté de le dire clairement (ex : bon débarras !)
            Pour moi, un écologiste qui fait une fixette sur ce problème (qui de toute manière va se régler très vite) est un écologiste douteux (pour reprendre Théophile).

      2. Didier Barthès

        Là confrontation ou plutôt la compétition avec l homo sapiens lui a sans doute été fatale comme elle l’a été pour toutes les espèces de grands mammifères. Homo sapiens est redoutable.

        1. Esprit critique

          Qu’Homo sapiens soit un redoutable prédateur j’en conviens. De son côté Néandertal ne rechignait pas, lui non plus, à manger du mammouth. Et à le chasser jusqu’en Sibérie. Je ne dirais pas pour autant que c’est là La Cause de l’extinction du mammouth, je miserais plutôt sur le changement climatique à l’époque. Plus vieux encore, le T-Rex nous est présenté comme un super prédateur, de récentes études parlent même d’une espèce invasive. Et pourtant il semble aujourd’hui avéré que ce n’est pas à cause de ça qu’il a disparu.
          Quoi qu’il en soit vous ne pouvez pas dire que c’est (sans aucun doute) Sapiens qui a fait disparaître Néandertal. Parce que ça non plus nous ne le savons pas, tout simplement.

          1. Didier Barthès

            Oui vous avez tout compris neandertal et sapiens avaient la même faim, mais sapiens est aujourd’hui 10 000 fois plus nombreux que ne fut neandertal et un rapport de 1 à 10 000 ça change la nature des choses.
            Quand à T tex ses effectifs ont été évalués à 20 000 en même temps, voila encore de quoi montrer qu en cas de petits effectifs même un grand prédateur ne bouleverse pas les équilibres.
            Pour le mammouth la thèse du changement climatique est improbable. Il en avait connu au moins une vingtaine de même nature et y avait parfaitement résisté

          2. Parti d'en rire

            Mais mon cher Didier, que pouvons-nous y faire si c’est Sapiens qui a survécu et non l’inverse ? En attendant c’est peut-être con mais c’est comme ça ! Et si ça se trouve c’est à cause des gènes de Néandertal que nous en sommes là. Ne serait-ce qu’à bouffer de la viande. Bon d’accord pour le T-Rex, j’aurais mieux fait de parler des bisons et des gnous. Au début du 19ème siècle c’est 60 millions de bisons qui broutaient, rotaient et pétaient en Amérique du Nord, vous imaginez déjà tout ce méthane ? Et comment la planète tournerait avec des milliards de bisons et autant de gnous etc. Eh oui, faute de T-Rex vous ne pouvez pas non plus écarter ce scénario. 🙂

  2. – « Un des plus adamantins monarques spirituels de l’humanité, le Bouddha, nous avait pourtant sévèrement avertis en proclamant son célèbre « Sarvam Duhkham : Tout est Souffrance », non seulement la naissance, la maladie, le travail, la vieillesse et la mort […]
    Répondez sans dérobade : s’il existait une solution capable d’abolir la totalité des maux dont gémit notre désastreuse humanité, s’il était possible, par le biais d’un remède simple, immensément peu dispendieux, immédiatement accessible [etc.] auriez-vous la macabre inintelligence de dédaigner un tel remède, de mépriser une telle miraculeuse panacée ? Non, cela va sans dire. »
    ( Théophile de Giraud – L’art de guillotiner les procréateurs – P.10 )

    1. Sans dérobade, je commencerais par ces quelques vers d’Abd Al Malik (M’effacer) :
      – « Je continuerais à invoquer l’Amour … Jusqu’à ce que son règne vienne. Que la vie d’chacun soit aussi importante que la mienne. Même si c’la m’essouffle, même si c’la ne dure qu’une seconde, ma vie j’la donnerais pour pouvoir vivre cette seconde. Caresser au moins de l’œil cette seconde, entr’apercevoir les ailes de cette seconde.»

      On est quand même en droit de se poser une question. Puisque c’est le Bouddha qui l’a dit, puisqu’en ce bas monde tout est souffrance etc. puisque ce fameux «remède», cette «miraculeuse panacée» existe et est à la portée de tous … qu’est-ce qu’attend alors notre «philosophe» pour … s’effacer ?

    2. (suite) Sauf que je ne parle pas ici de son «remède», celui qui consiste à cesser de procréer, je parle de celui qui permet de cesser de vivre. D’endurer toute cette misère (misère, misère !) Ce ne sont pourtant pas les moyens d’en finir, de s’effacer, qui manquent.
      Alors de deux choses l’une, soit notre marchand de «remèdes» est sado-masochiste (il en parle P.11) soit il est comme moi et tant d’autres (masos ou pas), finalement et tous comptes faits, plutôt heureux de vivre. Heureux (un peu, beaucoup, passionnément etc.) de vivre, donc pas pressé d’en finir. Heureux de vivre avec ou sans gosse(s), peu importe, comme avec ou sans femme(s), chien(s), bagnole(s), honneur(s), tracas etc. etc.

      1. Je soupçonne notre marchand de «remèdes» de trouver sa force de vie dans une certaine forme d’ironie. On ne compte plus les auteurs, artistes, poètes, utilisant l’ironie pour parler de choses graves et sérieuses. L’ironie n’est qu’un moyen (un remède) comme un autre permettant de dédramatiser une situation difficile, autrement dit de vivre avec. Comme ici vivre avec cette obsession (fixette) qui engendre cette peur, cette hantise.
        Là encore, à chacun sa came.

  3. Encore un qui a tout «compris».
    – « deux menaces éléphantesques écrasent de tout leur poids le XXIe siècle vagissant : la Surpopulation et son corollaire immédiat, la Pollution »
    Si les Majuscules peuvent aider à mieux penser, tant mieux. Les guillemets et les parenthèses peuvent également aider. Les guillemets au «droit» (à la reproduction) me suffisent à comprendre ce que le type a dans la tête. Pourquoi pas des guillemets au droit de respirer ? On en met bien aux « droits à polluer », non ? Personnellement je ne mets jamais de majuscules sur ces deux menaces, par contre j’utilise généralement des parenthèses quand j’écris au sujet de la (sur)population.
    Nos «deux menaces éléphantesques» amènent notre inquiet à inventer un nouveau mot, il voit notre planète «surpollupeuplée». Le Problème c’est donc la Surpollupopulation. Toutefois pour lui la Pollution est la conséquence (immédiate) de la Surpopulation. La Poule et l’Oeuf.

    1. Esprit critique

      Justement la Pollution. On pense de suite aux océans de plastique, aux particules fines etc. et on oublie vite celle qui est probablement la pire, celle des esprits.
      Là aussi nous pourrions dire : « la pollution des esprits et son corollaire immédiat, le grand n’importe quoi, la Pollution etc.»
      Les philosophes sont sensés nous éclairer. Force est de constater aujourd’hui que même eux ne savent plus où ils en sont. Je pointe là bien sûr les me(R)diatiques. Ces gens là, sensés être au dessus du lot, sensés savoir de quoi ils parlent, nous parlent de liberté, de droit, de devoir etc. et racontent n’importe quoi. Misère misère !

      1. Celui-ci nous dit, entre autres :
        – « la procréation s’apparente désormais à un crime contre l’humanité ! »
        S’apparente ??? Serait-ce alors comme le Canada-Dry ? Si ce n’est que ça ce n’est pas encore trop grave. Quoique. Au stade où nous en sommes, on pourrait dire la même chose du refus de laisser la place aux autres. Notamment passé un certain âge.
        Un crime contre l’humanité, rien que ça ! Et ce genre de criminels il faut évidemment les éliminer ! Du grand art ! Celui-ci se dit POUR la guillotine (titre de on bouquin). Après nous avoir expliqué «savamment» les mobiles qui animent «les amateurs de bébés», notre «philosophe» convoque l’Éthique (avec Majuscule) pour nous faire part de ses doutes au sujet de ces écologistes qui se reproduisent.
        Il n’y a pas à dire, c’est du grand « Art » ! En attendant, j’ai de plus en plus honte de me dire écologiste.

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