à qui profitent les OGM ? Débat entre Deshayes et Testart

L’essai de Jacques Testart, à qui profitent les OGM ? s’organise en trois parties. La première consiste en une critique des PGM. « L’affaire Séralini » en deuxième partie complète la démonstration. Le tout permet, dans une troisième partie, de déboucher sur une remise en cause du système actuel d’expertise. Voici une tentative de dialogue entre l’auteur, Jacques Testart, et un membre de l’AFBV (association française pour les biotechnologies végétales), Alain Deshayes :

Alain Deshayes : Dans une première partie, on retrouve  toutes les critiques classiques contre les PGM. Ainsi, la biologie moléculaire est-elle dénoncée pour son approche réductrice qui ne peut permettre de décrire la « complexité » des organismes. Les généticiens moléculaires, sont eux accusés d’être « obnubilés » par le caractère inéluctable du progrès et d’être incapables « d’apprécier les phénomènes liés à l’environnement et encore moins à l’économie rurale ou à la culture paysanne ». Ces arguments ont largement été utilisés dès les années 80 par les améliorateurs de plantes de l’INRA qui affirmaient que la biologie moléculaire et le génie génétique ne leur serviraient jamais à rien et que leur préoccupation était la « biologie de la plante entière » ! On comprend pourquoi ils sont aujourd’hui scientifiquement marginalisés.

Jacques Testart : Il fallait s’y attendre, les partisans des plantes transgéniques ne pouvaient pas laisser sans riposte mon petit bouquin sur les PGM. C’est fait. Si les chercheurs qui prétendaient travailler « sur la plante entière » ont été « scientifiquement marginalisés », cela ne démontre pas qu’ils avaient tort mais que le paradigme moléculaire a gagné la bataille des idées et des marchés…ce qui pourrait se retourner dans l’avenir.

Alain Deshayes : Classique également la critique « d’inutilité des PGM » qui n’existeraient que pour « maximiser les profits des multinationales de la semence ». Certes, ces entreprises ne se caractérisent pas par leur altruisme, mais au lieu des pirouettes, des simplifications et des non-dits, il aurait été intéressant que Jacques Testart s’interroge sur les raisons qui font qu’après 15 ans, ce sont plus de 160 millions d’hectares dans le monde qui, en 2011, ont été cultivés avec des PGM. Il aura du mal en tout cas à nous convaincre que les 15 millions d’agriculteurs concernés ont été manipulés.

Jacques Testart : L’inutilité des PGM pour les consommateurs serait donc un argument « classique »… il me semble que c’est plutôt leur dangerosité qui est classiquement argumentée et n’explique pas l’engouement de millions d’agriculteurs. Effectivement, ces agriculteurs, qui ne sont pas des paysans mais des industriels de l’agriculture, sont capables de développer une technologie sans intérêt pour les consommateurs pourvu qu’elle soit rentable pour eux… jusqu’à ce que l’avantage initial soit ruiné par les effets secondaires (mutations des nuisibles, appauvrissement du sol, exigences des semenciers, etc.). Mais j’attends toujours des arguments qui montreraient que les consommateurs bénéficient des PGM…

Alain Deshayes : Classique aussi la critique des commissions d’évaluation des risques, qui seraient « sous influence ». Mais il est regrettable que Jacques Testart commette un certain nombre d’approximations et d’erreurs qui trompent le lecteur sur la réalité. Il est, par exemple, coupable de (feindre ?) de ne pas savoir que le 27 septembre 2010, les ministres de l’Agriculture, dont le ministre français, n’ont pas accepté la proposition de la commission de pouvoir refuser une PGM « pour des motifs éthiques ou sociaux », voire d’atteinte « à l’ordre public » ; et cela au nom de leur opposition à « une renationalisation » de la PAC. Ils ont préféré laisser perdurer un système où leur abstention lors des votes donne automatiquement le pouvoir de décision à la commission. De même, il est erroné d’affirmer que la tomate (développée par la société californienne Calgene), qui devait pouvoir être « conservée longtemps après récolte », ait été « refusée par les consommateurs » en raison de son « goût tellement exécrable », elle a au contraire été bien accueillie ; elle a été retirée du marché parce que les coûts de production élevés faisaient perdre de l’argent à la société.

Jacques Testart : Alain Deshayes  semble disculper la Commission européenne de tout laxisme dans les évaluations, mettant en cause les ministres de l’agriculture ! J’accorde cependant à Alain Deshayes qu’il est possible que la première PGM commercialisée, la tomate à longue conservation, fut retirée du marché non seulement pour son goût exécrable mais aussi par insuffisance de rentabilité, ce dernier défaut pouvant dépendre du premier. Ce qui évoque la dernière PGM autorisée en Europe, une pomme de terre à usage industriel, laquelle a disparu du marché avant même d’y entrer, et sans explication ! Le monde du bizness des PGM est décidément plein de mystères…

Alain Deshayes : Au delà de ces erreurs, c’est sans surprise que cette partie se conclue sur la nécessité  du recours aux « modèles de production alternatifs et de proximité ». Mais la référence à l’agroécologie, chère à Olivier de Schutter, qui pourrait « doubler la production alimentaire de régions entières en 10ans… » n’est pas des plus pertinentes car très peu d’agronomes soutiennent une telle affirmation.

Jacques Testart : Il existe pourtant d’autres idées qui montent comme celles de Marc Dufumier et de paysans ou de consommateurs de plus en plus nombreux.

Propos déjà relatés par le site JNE des journalistes-écrivains pour la nature et l’écologie

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11 réflexions sur “à qui profitent les OGM ? Débat entre Deshayes et Testart”

  1. @Apis mellifica
    On t’a reconnu Marcel.
    Berlan est un (triste) clown, et certainement pas un scientifique, ni dans son ancien poste, ni dans sa formation, ni dans sa dialectique à la « Monde Diplomatique ». Par contre il aimerait bien en être un, un petit jaloux en somme (si j’etais biospherien j’ecrirais qu’il a des symptomes de dissonance cognitive).

  2. Apis mellifica

    On peut signaler aux lecteurs de ce blog qui auraient survécus à l’hystérie technolâtre de « Bob » ou de ses semblables – et qui osent encore penser que la technique n’est pas neutre – que Jean-Pierre Berlan décrit assez bien le projet de société mortifère qui se dessine derrière les « Clônes Pesticide Brevetés » ou OGM. Il y a « la guerre au vivant » chez Agone mais on trouve facilement sur Internet par le biais d’interviews l’essentiel de ses propos sur le sujet.

  3. @ Biosphère:
    «Vous parlez des « sols », alors que nous parlions de « microbiologie des sols »»
    Testart se plaint d’un manque d’approche «holistique» en agriculture et vous vous focalisez sur la microbio des sols uniquement. Ça ressemble à une bonne vielle logique réductrice façon biologie moléculaire non? Réduisons le sol à sa seule fraction biologique, ça nous évitera des prises de têtes avec sa chimie et sa physique!
    «Nous parlons d’exode rural contemporain, vous parlez de l’époque de Charlemagne…»
    Non, je signe que l’exode rural a commencé bien avant l’arrivée des PGM. Quant à Charlemagne, cela faisait référence à la nécessité du rachat de semence qui est loin d’être une nouveauté.
    «Aucun de vos arguments ne répondent à cette question. Dommage…»
    Normal, je pose des questions au grand Testart l’agronome. Lui qui est spécialiste devrait apporter les preuves de l’inutilité des PGM et du métier de semencier (ou d’agriculteur producteur de semecnes). Je veux des preuves sourcées, pas des belles paroles.

    La modération du blog à « BOB »:
    Prière de ne pas faire de commentaires plus longs que ce à quoi vous répondez.
    La stratégie de la logorrhée n’est pas un bon moyen de clarifier un débat. Merci.

  4. @ Biosphère:

    Vous avez édité ma réponse et au passage viré les 4 ou 5 liens vers des journaux de science du sol & son environnement, le rapport de l’INRA sur l’état des sols en France (avec mesure de sa biologie) et surtout un lien vers l’INRA de Dijon spécialisé dans la microbio des sols et l’agroécologie. Pas très fair play comme façon de faire…

  5. pure hypocrisie, biosphere….
    « O ciel, du grec! Il sait du grec, ma soeur… »

  6. « […] vous avez les mêmes symptômes que […] »

    Arretez de vouloir faire passer les individus pour des malades mentaux, biosphere.

    1. « Sumptôma » veut dire simple coïncidence. Les discours des trolls sur ce blog se ressemblent, ils se contentent d’accusations pour éviter d’approfondir une thématique donnée. Coq au Vin, nous avions cru que vous aviez dépassé ce stade délétère…

  7. Bob,
    nous avons remarqué que vous avez les mêmes symptômes qu’Alain Deshayes, ne pas approfondir les dires d’un opposant et noyer le poisson.
    – Vous parlez des « sols », alors que nous parlions de « microbiologie des sols »
    – Nous parlons d’exode rural contemporain, vous parlez de l’époque de Charlemagne…
    Nous vous rappelons que l’objet du débat est de savoir si les PGM sont utiles ou non. Aucun de vos arguments ne répondent à cette question. Dommage…

  8. «la connaissance de la microbiologie des sols, parce qu’elle est actuellement marginalisée, est dépassée
    Je doute que A. Deshayes ait dit cela. Au contraire le sol est une des dernières frontières de la science. Il est étudié partout dans le monde, et Testart l’agronome aurait dû avoir des cours de science et de microbio des sols au lieu de répéter les mensonges de Claude Bourguignon.
    «Les paysans ont été des victime, poussés à l’exode rural, et non des volontaires de l’innovation semencière
    Paysans poussés à l’exode rural à cause de l’innovation semencière. Pas mal comme trouvaille. À quand une révision des manuels d’histoire? C’est tellement plus simple avec ce genre d’argument boiteux. D’une part, déjà sous Charlemagne les paysans devaient périodiquement racheter leurs semences, d’autre part l’innovation semencière ne date pas des PGM.
    «Un vrai agriculteur préfère les semences paysannes et non la soumission à des firmes supranationales
    Qui êtes-vous pour décider de l’authenticité des agriculteurs? Donnez-moi des exemples concrets des merveilleux avantages des semences paysannes. Je suis curieux d’entendre autre chose des belles paroles?
    «Les commissions d’évaluation des risques seraient sous influence
    Ben l’influence ne doit pas être terrible, car depuis les premières recherches sur les PGM en France et en Allemagne au début des années 80, on n’a pas vu beaucoup d’applications disponibles pour les agriculteurs.
    «Jacque Testart pense que l’agroécologie est notre avenir
    L’agroécologie de qui? Celle, scientifique, de Lucien Séguy ou celle complètement hallucinée de MM. Robin et compagnie?
    «Alain Deshayes, comme d’habitude, ne répond pas sur le fond. Il s’attache encore à une affirmation particulière (l’agroécologie pourrait « doubler la production alimentaire de régions entières en 10 ans ») et de façon non scientifique s’appuie sur le sens commun des spécialistes : « Très peu d’agronomes soutiennent une telle affirmation. »
    Il a raison. Faire passer la production d’un champ de maïs africain de 1 t/ha à 2 t/ha, ce n’est pas de ce que j’appelle une révolution.

  9. « Si les chercheurs […] ont été « scientifiquement marginalisés », cela ne démontre pas qu’ils avaient tort mais que [xxx] gagné la bataille des idées  »

    Remplacez les « xxx » par « le paradigme moleculaire » et vous obtenez une horrible cabale dont les opposants sont des heros.

    Remplacez les « xxx » par « l’origine anthropique du rechauffement » et vous obtenez une veritable verite vraie dont les opposants sont des affreux climatosceptiques revisionistes et sectaires.

  10. Les commentaires de Biosphere
    – La biologie moléculaire serait une approche réductrice qui ne considère pas les phénomènes liés à l’environnement et encore moins à l’économie rurale ou à la culture paysanne. Alain Deshayes ne répond pas à cette approche des PGM. En fait la connaissance de la microbiologie des sols, parce qu’elle est actuellement marginalisée, n’est pas dépassée. Il est vrai que l’agriculture industrielle a encore les faveurs des politiques et du marché, mais le public commence à se rendre compte des méfaits de ce type de forçage des sols. Les marginaux un jour deviennent souvent majoritaires par la suite.
    – Les PGM, inutiles, n’existeraient que pour maximiser les profits des multinationales de la semence. Encore une fois Alain Deshayes ne répond pas sur le fond, il se contente de dire que puisque les PGM couvrent beaucoup d’hectares, ce serait une bonne chose, décidée en toute liberté par les agriculteurs. Il oublie de dire que la concentration des terres résulte d’un programme politique uniquement tourné vers le productivisme. Les paysans ont été des victime, poussés à l’exode rural, et non des volontaires de l’innovation semencière. Un vrai agriculteur préfère les semences paysannes et non la soumission à des firmes supranationales.
    – Les commissions d’évaluation des risques seraient sous influence. Encore une fois, Alain Deshayes botte en touche sur ce point en privilégiant un cas particulier (survenu le « 27 septembre 2010 ») montrant le blocage des institutions européennes et donc le non contrôle des évaluateurs… qui eux-mêmes font une confiance aveugle dans les tests proposés par les firmes semencières elles-mêmes : juge et partie.
    – Jacque Testart pense que l’agroécologie est notre avenir. Alain Deshayes, comme d’habitude, ne répond pas sur le fond. Il s’attache encore à une affirmation particulière (l’agroécologie pourrait « doubler la production alimentaire de régions entières en 10 ans ») et de façon non scientifique s’appuie sur le sens commun des spécialistes : « Très peu d’agronomes soutiennent une telle affirmation. »
    Il nous semble dommageable qu’un spécialiste de la bio-ingénierie comme Alain Deshayes se refuse à un approfondissement de la réflexion. Cela ne permet pas au citoyen moyen de savoir en fin de compte si les PGM à vocation alimentaire sont utiles ou non. Dommage…

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