À lire, Essai sur le principe de population (1798)

L’essentiel de cet « Essai » de Robert Malthus réside dans l’avertissement que la Terre constitue un espace clos et saturé d’humains si on laisse faire les choses en matière démographique. Robert Malthus (1766-1834) est donc un écologiste avant la lettre, mettant en relation la croissance rapide (progression géométrique) de la population humaine qui se trouve en décalage croissant avec l’évolution linéaire (dite arithmétique) des ressources alimentaires. Il précède d’un siècle et demi le Club de Rome et ses courbes exponentielles et annonce la catastrophe. Jusqu’à présent le développement économique a pu suivre la croissance des besoins grâce à l’utilisation des énergies fossiles. Mais ces dernières années cette expansion butte sur la double limite de l’épuisement des ressources naturelles et des capacités de régénération du milieu. Et l’on découvre, maintenant que la sphère des activités économiques est dépendante de la reproduction de la biosphère. Au moment où l’homme met en péril les conditions de sa propre survie, le principe de population doit rappeler à tout homme politique la nécessité d’une pensée des limites.

« – Pour les plantes et les animaux, le défaut de place et de nourriture détruit ce qui naît au-delà des limites assignées à chaque espèce. Les effets de cet obstacle sont, pour l’homme, bien plus compliqué. Il se sent arrêté par la voix de la raison, qui lui inspire la crainte d’avoir des enfants aux besoins desquels il ne pourra point pourvoir. Si au contraire l’instinct l’emporte, la population croît plus que les moyens de subsistance.

– Les obstacles à la population qui maintiennent le nombre des individus au niveau de leurs moyens de subsistance, peuvent être rangés sous deux chefs. Les uns agissent en prévenant l’accroissement de la population, et les autres en la détruisant. Les obstacles destructifs renferment toutes les causes qui tendent de quelque manière à abréger la durée naturelle de la vie humaine par le vice ou par le malheur. Ainsi on peut ranger sous ce chef l’extrême pauvreté, la mauvaise nourriture des enfants, l’insalubrité des grandes villes, toutes les espèces de maladies et d’épidémies, la guerre, la peste, la famine.

– En Angleterre, les lois sur les pauvres tendent manifestement à accroître la population sans rien ajouter aux moyens de subsistance. Un homme peut se marier avec peu ou point de moyens de soutenir une famille, parce qu’il compte sur les secours de sa paroisse. Ce que je propose, c’est l’abolition graduelle des lois sur les pauvres, assez graduelle pour n’affecter aucun individu qui soit actuellement vivant, ou qui doivent naître dans les deux années prochaines. Ces raisonnements ne s’appliquent pas aux cas d’une urgente détresse, produite par quelques accidents que n’a point occasionné l’indolence ou l’imprudence de celui qui en est la victime. En aucun cas, nous ne devons perdre l’occasion de faire du bien. »(1ère édition 1798, Flammarion 1992)

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« L’écologie à l’épreuve du pouvoir »(Michel Sourrouille aux éditions Sang de la Terre)

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1 réflexion sur “À lire, Essai sur le principe de population (1798)”

  1. On peut considérer Malthus comme le premier écologiste dans le sens ou plus moins indirectement, il a placé la notion de finitude au cœur de sa réflexion. Cette approche implique d’ailleurs que l’économie ne soit qu’une partie de l’écologie, une idée je crois souvent défendue (à juste titre) sur ce site. Nous ferions bien de nous en inspirer.

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