Alan Weisman et la question démographique

Alan Weisman est un journaliste qui a enquêté deux années durant dans plus de vingt pays. Son livre est donc une mine de renseignements grâce, entre autres, au témoignage de différents experts locaux en Israël, au Pakistan, en Inde… L’autre qualité de ce livre est de lier assez souvent la surpopulation humaine et la dégradation des écosystèmes pour les autres espèces. D’où cette conclusion : « Je ne veux personnellement éliminer aucun être humain de la planète. Je vous souhaite à tous longue vie et bonne santé. Mais soit nous réduisons humainement nos effectifs, soit la nature va mettre beaucoup d’entre nous à la porte, et brutalement… Partageons mieux la Terre avec toutes les espèces qu’elle fait vivre, laissons à celles-ci l’espace et les ressources dont elles ont besoin, et nos rituels amoureux se perpétueront. » Extraits :

p.40 En écologie des populations, on évoque souvent « l’illusion des Pays Bas » : le fait qu’une population très dense jouisse d’un niveau de vie très élevé, comme c’est le cas en Hollande (403 hab/km2), ne prouve pas que les humains peuvent prospérer dans un environnement coupé de la nature. Comme tout le monde, les Hollandais ont besoin de choses que seuls les écosystèmes peuvent fournir. Et par chance ils ont les moyens de les acquérir ailleurs que chez eux. Ils survivent grâce aux surplus d’autres pays.

p.50 Dans l’histoire de la biologie, toute espèce qui a surexploité ses ressources a vu sa population s’effondrer – parfois jusqu’à l’extinction. Pour la survie de l’espèce humaine, peut-être s’agit-il de trouver le moyen de réduire humainement la population globale, puis de la maintenir à un chiffre optimal. La détermination de ce chiffre sera,  que cela nous plaise ou non, la grande affaire du XXIe siècle.

p.57 Le débat sur le chiffre optimal de la population humaine suppose acquis une médecine optimale. Un retour en arrière sur ce plan serait aussi inacceptable qu’un processus quelconque d’élimination sélective. Le paludisme tue un enfant toutes les trente secondes. Si ces enfants cessaient de mourir, ils deviendraient des adultes qui produiraient d’autres enfants qui, à leur tour, ne seront pas tués par le paludisme. Il serait évidemment inadmissible de s’opposer à la disparition du paludisme dans le seul but de brider le nombre des humains ; en revanche, il ne serait pas absurde que les promoteurs de la recherche sur le paludisme aient l’obligation d’investir aussi dans la planification familiale.

p.63 Avant l’apparition de l’engrais à base d’azote artificiel (procédé Haber-Bosch), la population mondiale tournait autour de deux milliards d’individus. Quand nous n’en aurons plus, la population de notre espèce pourrait bien se rapprocher de nouveau de cette moyenne naturelle.

p.106 à 109 Le premier Congrès de la population optimale pour le monde fut organisé à Cambridge en 1993. Gretchen Daily et le couple Ehrlich présentèrent le résultat d’une estimation qu’ils qualifièrent eux-mêmes de « calcul de coin de table » : le nombre total d’habitants susceptibles de vivre avec 6 térawatts d’énergie, chaque individu disposant de 3 kilowatts en moyenne, était de deux milliards. Deux milliards, c’était le chiffre de la population en 1930, au moment où le procédé Haber-Bosch commençait juste à être commercialisé. La quasi-totalité de l’humanité vivait encore de végétaux qui poussaient grâce à la seule lumière du soleil, pas avec l’aide de combustibles fossiles. C’était un monde sans télévision, avec peu d’automobiles, peu d’appareils ménagers, pas de voyage touristique en avion.

p. 410-411 D’après les stupéfiantes compilations de données de Jon Foley, si nous ne gouvernons pas tous les acteurs indisciplinés de ce monde pour en faire des gestionnaires hyper-efficaces des ressources, si nous n’utilisons pas l’engrais de façon parfaitement ciblée et si nous ne luttons pas contre la surconsommation de viande, nous sommes condamnés à donner raison à la prophétie de Malthus. Plutôt que d’essayer de soutirer trois fois plus de récoltes à cette terre déjà épuisée, ne serait-il pas plus réaliste de réduire la population mondiale. Foley a réfléchi quelques instants avant d’acquiescer : « L’issue, à un moment ou un autre, c’est que nous serons obligés de survivre avec moins d’individus. Combien ? Je l’ignore. Un milliard ou deux peut-être. Qui peut savoir ? »

Compte à rebours (Jusqu’où pourrons nous être trop nombreux sur terre ?) d’Alan Weisman (2013)

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9 réflexions sur “Alan Weisman et la question démographique”

  1. Esprit critique

    – « Pour la survie de l’espèce humaine, peut-être s’agit-il de trouver le moyen de réduire humainement la population globale, puis de la maintenir à un chiffre optimal. La détermination de ce chiffre sera, que cela nous plaise ou non, la grande affaire du XXIe siècle.» (Alan Weisman)

    Weisman dit «peut-être». Ce qui signifie qu’il n’en est pas certain, qu’il ne fait là que soumettre une idée, une question (Comment réduire «humainement» la population humaine ?)
    Une question qui n’est pas nouvelle et qui tourne en boucle, bref rien de nouveau sous le soleil.
    Mais son «peut-être» n’est peut-être là que pour faire joli, parce que ce qu’il dit ensuite est sans aucune équivoque : «que cela nous plaise ou non».

    1. Esprit critique

      Et en effet, en plus de la question du chiffre «optimal» et celle des moyens pour l’atteindre, avant la fin de ce siècle une autre question risque très fort de se poser. Celle de savoir QUI doit rester et QUI doit partir.
      Exactement comme dans toute entreprise en difficulté quand il s’agit de réduire les effectifs. Là aussi le politiquement correct est de mise, on ne parle plus de plans sociaux mais de «plans de sauvegarde de l’emploi», parfois la stratégie est même annoncée sans aucune pudeur : «rassurer ceux qui doivent rester et déstabiliser humainement ceux qui doivent partir». Là aussi on nous parle de la Survie de l’Entreprise, de la Région, de la Sauvegarde de l’Emploi, du Bien Commun et patati et patata.

      1. Je doute que les obnubilés du (sur)nombre soient réellement soucieux de la survie de notre espèce. Certains parmi eux ne cachent d’ailleurs pas leur haine de l’Homme. Chez les autres je me demande si ça ne serait pas plutôt la survie du Système, tout simplement. Et de ce que ce système leur procure à titre individuel.
        Quoi qu’il en soit la survie d’une espèce dépend de plus d’un facteur. Jusqu’à preuve du contraire un nombre élevé d’individus est plutôt favorable à la survie l’espèce, c’est au contraire un nombre faible qui compromet sa survie.

        C’est notamment pour ces raisons que je persiste à penser que cette voie malthusienne est une très mauvaise idée.

        1. Alors, non, pas du tout. Les études de génétique des populations montrent que la taille efficace de population (grosso modo la taille minimale pour assurer une variabilité génétique suffisante) pour l’espèce Homo sapiens est située entre 10000 et 20000 individus seulement (voir par exemple Chad et al., 2010, PNAS 107(5):2147-2152). Voir également les travaux de Dawkins ou de Charlesworth à ce sujet. Les populations humaines ont, par le passé, été soumises à de tels goulots d’étranglement en termes populationnels, ce qui n’a pas empêché notre espèce de survivre.

          1. Merci Guy d’apporter de l’eau à mon moulin. Imaginons une catastrophe, autre qu’un astéroïde genre celui qui a frappé la Terre il y a 65 millions d’années, et qui ferait disparaître en l’espace de quelques jours (semaines ou années) 99 % de l’humanité. Il resterait alors 80 millions d’humains sur Terre. Si c’était 99,99 % (Big Cata) il en resterait encore 8 millions. La survie de l’espèce reposerait alors sur les conditions qui permettraient aux survivants de vivre dans la durée.
            Les plus grands risques alors ne sont pas forcément ceux auxquels on pense de suite, hiver nucléaire, pollutions multiples etc. Je pense qu’il faut plutôt les voir du côté de ces folies que représentent la biologie de synthèse, les nanonechnologies et l’intelligence dite artificielle. Quand on voit l’incapacité de nos gouvernements pour ce qui est du climat, on peut craindre le pire.

  2. Esprit critique

    – « Le débat sur le chiffre optimal de la population humaine suppose acquis une médecine optimale »

    Eh oui. Et tout le problème est là, pour calculer ce fameux «Nombre d’Or».
    Qu’est ce qu’une «médecine optimale» ? Il n’y a pas que le paludisme qui tue. Doit-on alors revenir aux médecines ancestrales, nous contenter des plantes, des rebouteux, des chamans etc. ?
    Mais si encore il n’y avait que ça … Quel est le «tonnage optimal» d’engrais à base d’azote artificiel ? Et celui des veaux, vaches, cochons et autres bestiaux dont les bouses permettent de faire pousser de bons légumes ? Quel est le «nombre optimal» de térawatts par têtes de pipes ? Et celui des satellites en orbite ? etc. etc.

  3. En attendant, tant qu’elles sont encore visibles, profitez de la Voie Lactée, de la Grande Ourse, de la Petite et des autres. À l’oeil nu ou à la lunette profitez bien du Spectacle, ça ne peut pas faire de mal ! L’observation du Ciel depuis la Terre devient de plus en plus difficile, ce n’est pas une blague. Les passionnés d’étoiles et de constellations devraient lancer des pétitions, ça c’en est une. 🙂

    Quel est le rapport avec notre sujet ? Rien d’autre que cette histoire d’exponentielle et de limites. Pendant que certains s’appliquent à calculer le nombre «optimal» d’humains sur Terre, le nombre de satellites en orbite ne cesse d’augmenter. Toujours plus. De satellites en fonction, de satellites HS, de morceaux de ferraille et détritus divers. Engendrant tout un tas de problèmes divers et variés. Comme si nous n’en avions pas déjà assez.

    1. La question pourrait-être alors : Quel est le nombre optimal de satellites ?
      On peut toujours penser qu’il y a de l’espace, dans l’Espace. C’est ainsi qu’en 2018 le cabinet Euroconsult estimait que 7000 engins seraient lancés durant les 10 prochaines années.
      Soit 6 fois plus que lors de la décennie précédente. Soit autant que depuis le début de la con quête spatiale. Notamment des milliers et des milliers de petits satellites en orbite basse. À lui seul, Starlink (SpaceX) c’est pas moins de 12000 satellites opérationnels en orbite basse en 2025.

      1. Pas besoin d’expliquer à quoi doit servir toute cette merde orbitale. Pas besoin de télescope pour voir tous ces milliards qui gravitent autour de ces «constellations» (c’est comme ça qu’on appelle ces nuages de satellites). Derrière les milliards, de dollars et d’euros, nous retrouvons bien sûr nos incontournables milliardaires. Parmi lesquels nos fumeux «philanthropes», les Bezos, Musk et Compagnie. Pas besoin d’un dessin pour entrevoir le monde que ce «joli» monde nous prépare. Ce monde où nous serons con damnés à être toujours trop nombreux. En attendant, on peut tourner le problème dans tous les sens… la seule Solution… c’est d’aller vivre sur Mars. 🙂

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