La ligne éditoriale des grands médias audiovisuels a rendu presque impossible l’affirmation d’un débat politique sur l’écologie.
Stéphane Foucart : Selon les estimations, le climat n’aura occupé qu’environ 5 % du temps des débats animés par les grands médias audiovisuels, au cours de la campagne présidentielle qui s’achève. Cette quasi-absence a des effets majeurs sur notre perception collective, les questions qui ne sont pas posées disparaissent de la conversation publique. L’interview politique est performative : l’habitabilité de la planète à échéance de quelques décennies devient une question de second ordre. En termes de tactique politique, il y a peu d’intérêt pour les candidats à travailler une matière réduite à la portion congrue. Résultat, les trois quarts des suffrages sont allés, le 10 avril, à des programmes dépourvus de toute ambition en la matière. La formation intellectuelle du journaliste politique conduit à privilégier les questions économiques, sociétales, ainsi que les affrontements d’ego. Les thématiques de l’insécurité, de l’immigration, du « wokisme » se sont ainsi mécaniquement imposées face aux sujets environnementaux. Ce déséquilibre pose évidemment une question démocratique majeure ; les débats sur les inégalités, la répartition des efforts, la distinction entre l’essentiel et le superflu… brillent par son absence.
Place aux commentaires :
le sceptique : Le baromètre LM-Cevipof disait que 25% des citoyens désignaient l’environnement comme important. Mais les militants verts doivent être lucides : quand un citoyen dit que l’environnement est important, il ne dit pas » je veux décroître mon revenu et mes activités pour ne plus perturber le climat et la biodiversité ». L’environnement agrège des préoccupations et des solutions différentes, cela exprime rarement une croyance forte faisant passer l’intégrité de la nature avant le reste. Un peu d’inflation et le très peu écolo « pouvoir d’achat » explose en tête des sujets de préoccupation.
Philobae : La « ligne » éditoriale consistant entre autres à s’assurer d’une audience maximum, les médias doivent aussi mesurer l’intérêt que portent leurs lecteurs/auditeurs/téléspectateurs/follower à ce sujet.
Savinien : L’insuffisance de la couverture du changement climatique n’est-elle pas aussi due à la complexité du problème : entre les politiques décroissantes/sobres qui n’ont de chance qu’à l’échelle mondiale, les renouvelables dont certaines récréent des dépendances (terres rares pour les batteries) ou soulèvent des débats d’acceptabilité (éoliennes), le débat décarbonation avec ou sans nucléaire…
Enervé par la colère
Un beau soir, après la guerre
J’ ai balancé ma télé par la f’nêtre
Comme j’ suis un garçon primaire
Je m’ suis dit: « un militaire
Avec un peu d’bol
S’ la mange en pleine tête »
Libérés, enfin, mes yeux
On r’gardé l’ scaphandrier d’ l’aquarium
Qui cherche un trésor planqué
Sous les cailloux bariollés
Pauvr’ bonhomme
Enervé par France Intox
Les FM, et les juke-box
J’ai balancé ma radio par la f’nêtre
En priant pour qu’elle tombe pas
Sur la tronche du môme, en bas
Petit joueur d’accordéon à casquette
Libérées, mes deux oreilles
Ont écouté l’ poisson rouge d’ l’aquarium
Qu’ était content d’être tout seul
Qui f’sait juste un peu la gueule
etc. etc.
Il s’agit là d’un élargissement à la politique de cette question fondamentale qui tarabuste philosophes et scientifiques ? Y a-t-il une réalité indépendante de l’observateur. Le monde a-t-il une existence sans conscience pour le regarder ?